,d',,alembert ,,par ,,joseph ,,bertrand ,,membre ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,et ,,secr,,taire ,,perp,,tuel ,,de ,l',,acad,,mie ,,des ,,sciences ,,chapitre ,i ,l',,enfance ,,de ,d',,alembert ,leibniz1 dit-on1 ne faisait cas de la science que parce qu'elle lui donnait le droit d'tre cout quand il parlait de philosophie et de religion4 ,l'ide certes est gnreuse et digne de son grand esprit1 mais si tous ceux qui abordent ces hautes questions devaient commencer par tre des ,leibniz1 ils deviendraient singulirement rares4 ,quelque haut d'ailleurs qu'ils fussent placs1 leurs discours loquents ou vulgaires1 orthodoxes ou hrtiques1 vaudraient seulement par eux-mmes et nullement par le nom de l'auteur4 ,les plus illustres sur ce terrain sont les gaux des plus humbles1 et l'autorit n'y peut tre accepte dans aucune mesure4 ,que les luthriens ne triomphent donc pas pour avoir compt dans leurs rangs ,kpler et ,leibniz1 car les catholiques leur opposeraient ,descartes et ,pascal1 et si ces grands hommes se sont hautement dclars chrtiens1 on pourrait1 parmi les penseurs les plus libres et les sceptiques les plus hardis1 citer des gnies du mme ordre1 au premier rang desquels se place d',alembert4 ,le nom de d',alembert rappelle aux gomtres l'mule de ,clairaut et d',euler1 le prdcesseur de ,lagrange et de ,laplace1 le successeur d',huygens et de ,newton2 d',alembert est1 pour les lettrs1 l'orateur spirituel1 dont l'loquence toujours prte fut1 pendant un quart de sicle1 pour deux ,acadmies1 le plus grand attrait des sances solennelles4 ,les curieux d'anecdotes littraires savent ses relations avec un grand homme et avec un grand roi1 qu'il osait1 tout en les respectant et les aimant1 et sans mconnatre l'honneur de leur amiti1 contredire souvent1 blmer quelquefois et conseiller avec une indpendante sagesse4 ,a la fin comme au commencement de sa vie1 la destine de d',alembert le mit en lutte avec le malheur4 ,vainqueur dans son enfance1 il a su1 par la force de son caractre et la grce de son esprit1 triompher d'une situation difficile et cruelle4 ,bris par le chagrin aux approches de la vieillesse1 il a courb tristement la tte et1 sans accepter les consolations de l'amiti ni se soucier des distractions de la gloire1 attendu la mort comme une dlivrance4 ,d',alembert fut expos quelques heures aprs sa naissance1 le #ag novembre #agag1 sur les marches de l'glise ,saint-,jean-,lerond4 ,cette petite glise1 dmolie en #agdh1 avant d'tre un sanctuaire particulier1 avait t une chapelle dpendant de la cathdrale ou1 pour parler plus exactement1 le baptistre mme de ,notre-,dame de ,paris1 accol la gauche de la faade1 dont ,claude ,frollo1 pendant sa chute1 apercevait le toit1 petit comme une carte ploye en deux4 ,dans plusieurs glises1 ,sens et ,auxerre notamment1 les chapelles rserves aux crmonies du baptme s'appellent galement ,saint-,jean-,lerond4 ,la mre de d',alembert1 en le livrant la charit publique1 s'tait rserv heureusement le moyen de le retrouver un jour4 ,l'enfant1 baptis par les soins d'un commissaire de police1 reut le nom de ,jean-,baptiste ,lerond4 ,on l'envoya en nourrice au village de ,crmery1 prs de ,montdidier2 il y resta six semaines4 ,la premire nourrice1 ,anne ,frayon1 femme de ,louis ,lemaire1 en le rendant le #a;er janvier #agah1 reut #e livres pour le premier mois et #b livres #e sols pour les quatorze premiers jours du second4 ,molin1 mdecin du roi1 probablement accoucheur de la mre1 l'avait rclam en prenant l'engagement de pourvoir ses besoins4 ,on ne rencontre plus dans la vie de d',alembert l'intervention de ce praticien clbre par son avarice4 ,jamais1 disait-il1 mes hritiers n'auront autant de plaisir dpenser mon bien que j'en ai eu l'amasser4 ,cette fortune tait grande1 on le devine2 d',alembert n'en eut aucune part4 ,molin1 en l'adoptant1 n'tait que le prte-nom de son pre1 le chevalier ,destouches1 gnral d'artillerie4 ,destouches1 au mois de novembre #agag1 tait en mission l'tranger4 ,au retour1 il s'informa de l'enfant4 ,la mre tait ,mme de ,tencin1 chanoinesse et soeur du futur cardinal-archevque de ,lyon4 ,nous n'avons ici qu' nous dtourner d'elle4 ,dsireuse avant tout d'viter le scandale1 elle ne demandait l'enfant1 s'il vivait1 que de ne pas faire parler de lui4 ,cdant cependant aux instances de ,destouches1 elle lui donna1 quoique regret1 le moyen de retrouver le pauvre abandonn4 ,destouches ne cessa jamais de veiller sur lui4 ,lors de sa mort en #agbf1 l'enfant1 g de neuf ans1 laissait prvoir dj ce qu'il serait un jour4 ,on l'avait plac dans un pensionnat du faubourg ,saint-,antoine1 celui de ,bre1 o ,mme ,rousseau1 son excellente nourrice1 passait pour sa mre et mritait ce titre par son empressement1 sa tendresse et son orgueil d'avoir un tel fils4 ,jean ,lerond profita beaucoup des leons de ,bre1 qui1 ds l'ge de dix ans1 dclarait n'avoir plus rien lui apprendre4 ,destouches en mourant ne laissa son fils ni sans ressource1 ni sans appui3 il lui lguait #a #bjj livres de rente et le recommandait l'affectueuse protection de son excellente famille4 ,c'est par l'influence des parents de son pre que d',alembert1 l'ge de douze ans1 toujours sous le nom de ,lerond1 fut admis au collge des ,quatre-,nations4 ,c'tait une grande faveur4 ,ce collge1 fond par la volont du cardinal ,mazarin1 ne recevait que des boursiers choisis par la famille du cardinal1 fils de familles nobles1 s'il tait possible1 et originaires de l'une des provinces rcemment annexes la ,france4 ,jean ,lerond y fut admis comme gentilhomme4 ,d',alembert1 sans ignorer le nom et la situation de sa mre dans le monde1 n'a jamais eu de relations avec elle4 ,il n'est pas vrai que devenu clbre il ait refus de la voir4 ,c'est ,mme de ,tencin qui le fuyait comme un remords4 ,le rcit de ,mme ,suard1 dans ses ,mmoires1 a toutes les apparences de la vrit3 ,m4 d',alembert1 dit-elle1 m'a parl avec la plus grande confiance de ,mme de ,tencin1 sa mre1 et de son pre1 ,m4 ,destouches1 militaire distingu et le plus honnte homme du monde4 ,m4 d',alembert m'a dit que sa nourrice 7,mme ,rousseau7 l'avait reu avec une tte pas plus grosse qu'une pomme ordinaire1 des mains comme des fuseaux1 termines par des doigts aussi menus que des aiguilles4 ,son pre l'emporta bien envelopp dans son carrosse et parcourut tout ,paris pour lui donner une nourrice2 mais aucune ne voulait se charger d'un enfant qui paraissait au moment de rendre son dernier souffle4 ,enfin il arriva chez cette bonne ,mme ,rousseau1 qui1 touche de piti pour ce pauvre petit tre1 consentit s'en charger et promit au pre qu'elle ferait tout ce qui dpendrait d'elle pour le lui conserver3 elle y parvint force de soins1 et ceux qui ont connu d',alembert ont t tmoins de la tendresse qu'il a conserve pour cette excellente femme1 qui s'est montre sa vritable mre4 ,il est rest auprs d'elle jusqu' l'ge de cinquante ans1 et1 lorsqu'il alla vivre avec ,mlle de l',espinasse1 il allait sans cesse chercher sa chre nourrice1 la consoler de ses peines1 faire des caresses ses petits enfants1 et la laissait heureuse d'avoir un tel fils4 ,son pre le voyait souvent et s'amusait beaucoup1 m'a dit d',alembert1 de ses gentillesses et bientt de ses rponses1 qui annonaient1 ds l'ge de cinq ans1 une intelligence peu commune2 il allait en pension et son matre tait enchant de son esprit4 ,un jour ,m4 ,destouches1 qui en parlait sans cesse ,mme de ,tencin1 obtint d'elle qu'elle l'accompagnerait o il l'avait plac1 et par les caresses et les questions qu'il adressa son fils en tira beaucoup de rponses qui le divertirent et l'intressrent4 ,avouez1 madame1 dit ,m4 ,destouches ,mme de ,tencin1 qu'il et t bien dommage que cet aimable enfant et t abandonn4 ,d',alembert1 qui avait alors sept ans1 se souvenait parfaitement de cette visite et de la rponse de ,mme de ,tencin1 qui se leva l'instant en disant3 ,partons1 car je vois qu'il ne fait pas bon ici pour moi4 ,m4 ,destouches1 en mourant1 recommanda d',alembert sa famille1 qui jamais ne l'a perdu de vue4 ,quand j'ai connu d',alembert1 ajoute ,mme ,suard1 il allait encore dner avec le neveu et la nice de son pre une fois par semaine1 et il tait toujours reu avec autant d'gards que d'estime et d'amiti4 ,en me mettant si avant dans sa confidence1 d',alembert m'autorisa lui demander s'il tait vrai que ,mme de ,tencin lui et fait dire par un ami1 quand il eut acquis une grande clbrit1 qu'elle serait charme de le voir3 ,jamais1 m'a-t-il dit1 elle ne m'a rien fait dire de semblable4--,cependant1 monsieur1 on vous prte dans cette occasion une rponse trs fire une mre qui1 jusqu' votre clbrit1 ne vous avait pas donn un signe de vie2 et j'ai entendu bien des personnes applaudir votre refus comme un juste ressentiment4--,ah6 me dit-il1 jamais je ne me serais refus aux embrassements d'une mre qui m'aurait rclam2 il m'et t trop doux de la recouvrer4 ,quand ,mme de ,tencin mourut1 elle laissa tout son bien ,astuc1 son mdecin4 ,on prtendit que c'tait un fidicommis et que le bien devait passer d',alembert1 mais il n'en a jamais rien reu2 il disait qu'elle aimait beaucoup ,astuc et que1 quant lui1 il tait bien sr qu'elle n'avait pas plus pens lui sa mort que pendant sa vie4 ,l'ducation des pupilles du cardinal tait complte et brillante4 ,cent livres par an leur taient accordes pour leur entretien et menues dpenses3 une acadmie annexe au collge devait leur enseigner l'quitation1 l'escrime et la danse4 ,l',universit de ,paris1 excutrice des volonts du cardinal1 refusa sur ce point de s'y conformer4 ,d',alembert1 dans son enfance1 n'apprit pas les belles manires et ne les connut jamais4 ,le jeune ,lerond fit de brillantes tudes4 ,la famille de ,destouches1 heureuse sans doute de ses succs1 ne cessa jamais de veiller sur lui4 ,la preuve en est inscrite sur le registre de la ,facult des arts4 ,a la fin de l'anne #agce1 le jeune colier1 g de dix-huit ans1 fut reu bachelier s arts4 ,il est inscrit sous le nom de ,daremberg4 ,le registre1 dont je dois la connaissance aux recherches perspicaces de ,m4 ,abel ,lefranc1 mentionne la rclamation du candidat ,jean-,baptiste ,lerond qui repousse le nom de ,daremberg que sa famille veut lui imposer4 ,une note du recteur du collge des ,quatre-,nations atteste que ,daremberg et ,jean ,lerond sont une mme personne et l'un des plus brillants lves du collge3 ,lerond ,parisinus1 qui cum a pueritia credidisset et solitus esset a parentibus vocitari ,daremberg1 inscripsit se in catalogis philosophicis ,joannem ,baptistum ,ludovicum ,daremberg1 omisso nomine suo gentilitio ,lerond4 ,supplicavit ut inscribatur suo nomine ,joannes ,lerond sine ullo alio cognomine4 ,ut non alia subesse possit dubilatio de ,joanne ,lerond1 dixit idem prosyndicus1 juvenem illum in collegio ,mazarineo a pluribus annis magna cum laude studere1 omnibusque magistris esse notissimum1 praesertim ipsi amplissimo rectori1 et ,m4 ,geoffroy philosophiae professori1 quorum lectiones exceperit1 et sibi ipsi qui eum habuerit discipulum1 caeteris longe antecellentem1 ita ut nullus sit dubitandi locus quin juvenis qui se inscripsit ,joannem ,baptistum ,ludovicum ,daremberg idem sit qui nunc postulat inscribi se ,joannem ,lerond4 ,quelle est l'origine de ce nom de ,daremberg8 ,pourquoi la famille de ,destouches voulait-elle le lui imposer8 ,pourquoi ,jean ,lerond1 comme par une transaction1 adoptait-il trois ans plus tard celui de d',alembert1 qu'il a rendu illustre8 ,ces questions paraissent insolubles4 ,je proposerai une remarque au moins singulire4 ,l'anagramme de ,,batiste ,,lerond est ,d',,alenbert1 ,,soit4 ,il n'est pas impossible que le jeune gomtre1 familier avec la thorie des permutations1 ait tourn lui-mme cette inversion assez conforme aux habitudes de l'poque4 ,quoi qu'il en soit1 dans la famille ,destouches on le nommait ds l'enfance le chevalier ,daremberg4 ,les ,archives nationales possdent l'inventaire aprs dcs de ,michel-,camus ,destouches1 commissaire gnral de l'artillerie1 frre et hritier du pre de d',alembert4 ,on y lit3 ,item1 une autre liasse contenant seize pices qui sont mmoires des fournitures faites par ledit deffunt ,michel-,camus ,destouches et payements par lui faits au chevalier d',arembert1 mineur1 pour servir au compte des arrrages de la pension viagre de #a #bjj livres par an lui lgues par ledit deffunt ,louis-,camus ,destouches4 ,le testament de ,louis-,camus ,destouches1 conserv dans l'tude de ,me ,robineau1 notaire ,paris1 porte d'autre part3 ,je donne et lgue44444444444441 plus au sieur ,jean d',arembert prsent en pension chez ,bre1 faubourg ,saint-,antoine1 #a #bjj livres de pension viagre1 que je veux et entends qui lui soient rgulirement payes et par prfrence tous autres legs1 en ayant touch les fonds de ceux qui il appartient1 et1 s'il est encore en bas ge quand je mourrai1 on lui nommera un tuteur ad hoc4 ,que signifient ces mots1 en ayant touch les fonds de ceux qui il appartient8 ,le legs serait-il un souvenir de sa mre1 le seul qu'il en ait jamais reu8 ,les ,archives nationales possdent une lettre de d',alembert du mois de mars #aggi1 adresse au ministre de la maison du roi et commenant par ces mots3 ,j'ai l'honneur de vous envoyer mon extrait baptistaire4 ,vous n'y trouverez pas le nom de d',alembert1 qui ne m'a t donn que dans mon enfance et que j'ai toujours port depuis1 mais je suis connu de plusieurs personnes sous le nom de ,jean ,lerond1 qui est mon nom vritable4 ,l'orthographe des noms au ,x,v,i,i,ie sicle avait moins de fixit qu'aujourd'hui2 il est difficile cependant de considrer d',alembert1 d',arenbert et d',aremberg comme trois manires d'crire le mme nom4 ,d',alembert apprit au collge ce qu'on y enseignait alors4 ,il en sortit excellent latiniste1 sachant assez le grec pour lire plus tard dans le texte ,archimde et ,ptolme4 ,on l'exera1 conformment la tradition1 circonduire et allonger des priodes et faire brillamment des amplifications1 nom trs convenable1 disait-il plus tard1 non sans quelque injustice1 noyer dans deux feuilles de verbiage ce qu'on pourrait et devrait dire en deux lignes4 ,le talent de bien dire en amplifiant et de trouver sans effort l'heureux arrangement des paroles1 dvelopp par ses matres au collge ,mazarin1 n'a pas peu contribu sans doute1 n'en dplaise d',alembert1 ses succs comme orateur acadmique4 ,s'ils n'ajoutent rien sa gloire1 ils ont pu1 en procurant ses contemporains des heures de vif plaisir1 devenir une des joies de sa vie4 ,aprs avoir pass--c'est ainsi que lui-mme juge ses tudes--sept ou huit ans apprendre des mots ou parler sans rien dire1 il commena ou1 pour mieux dire1 on crut lui faire commencer l'tude des choses3 c'tait la dfinition de la philosophie4 ,on dsignait alors sous ce nom la logique ou1 trs peu prs1 ce que le matre de philosophie se proposait d'apprendre ,m4 ,jourdain3 ,bien concevoir1 par le moyen des universaux2 bien juger1 par le moyen des catgories1 et bien construire un syllogisme1 par le moyen des figures3 ,barbara1 ,celarent1 ,darii1 ,ferio1 ,baralipton4 ,on se demandait si la logique est un art ou une science1 si la conclusion est de l'essence du syllogisme4 ,quoique la forme prte la comdie1 ne nous persuadons pas qu'une telle tude ne ft alors qu'une inutile et ridicule curiosit4 ,nul ne songe aujourd'hui invoquer les rgles du syllogisme1 on ne le comprendrait pas4 ,lorsque1 il y a deux cents ans1 ces rgles rigoureuses et irrprochables taient connues de tous les honntes gens1 il suffisait1 aux yeux des bons juges1 pour triompher dans une discussion1 de rsoudre in modo et figura les arguments sophistiques de l'adversaire2 chacun flicitait le vainqueur sans ignorer pour cela que le vaincu pouvait avoir raison4 ,par le respect de ces rgles excellentes1 ingnieux thormes dans la science du raisonnement1 on faisait preuve d'ducation classique1 peu prs comme la connaissance de l'escrime ou de l'quitation faisait paratre un lve des acadmies vraisemblablement de bonne famille4 ,l'ducation1 toutes les poques--on aurait grand tort de s'en plaindre1--a joint aux connaissances rellement utiles tous un savoir convenu1 sorte de franc-maonnerie entre ceux qui le possdent4 ,a quoi sert l'orthographe1 sinon dmontrer qu'on a t bien lev8 ,en ,chine1 les lettrs ont une langue part1 cela n'est ni sans intention ni sans avantage4 ,la physique de ,descartes enseigne pendant les annes de philosophie convenait moins encore l'esprit rigoureux de d',alembert4 ,les cartsiens de collge draisonnaient en termes obscurs sur des questions mal dfinies et mal comprises2 d',alembert ne conserva de ses matres en physique que le souvenir de paralogismes qu'il parodiait avec gaiet4 ,c'est en songeant son professeur de physique qu'il avait conu l'ide d'une antiphysique dans laquelle on expliquerait et dmontrerait1 par des raisonnements non moins plausibles que ceux de l'cole1 le contraire prcisment de la vrit4 ,on dirait1 par exemple3 ,le baromtre hausse pour annoncer la pluie4 ,explication4--,lorsqu'il doit pleuvoir1 l'air est plus charg de vapeurs1 par consquent plus pesant1 par consquent il doit faire hausser le baromtre4 ,ce qu'il fallait dmontrer4 ,l'hiver est la saison o la grle doit principalement tomber4 ,explication4--,l'atmosphre tant plus froide en hiver1 il est vident que c'est surtout dans cette saison que les gouttes de pluie doivent se congeler jusqu' se durcir en traversant l'atmosphre4 ,ce qu'il fallait dmontrer4 ,par malheur pour ces explications1 les faits y sont absolument opposs4 ,la baisse du baromtre annonce la pluie1 et la grle1 en t1 tombe plus souvent qu'en hiver4 ,les raisons sont prfrables cependant celles qu'on invoquait chaque jour dans l'tude de la physique4 ,la liste peut s'tendre1 et d',alembert formait le projet d'y introduire tous les phnomnes physiques4 ,d'autres branches d'tudes1 qui rclament aujourd'hui bien du temps et provoquent bien des efforts1 ne jouaient dans les classes aucun rle4 ,les plans d'tudes du ,x,v,i,i,ie sicle ne nous disent pas comment un excellent lve1 comme d',alembert1 apprenait avant de quitter le collge que ,charlemagne au ,i,xe sicle avait renouvel l'empire1 et qu'un saint roi nomm ,louis s'tait crois au ,x,i,i,ie4 ,on pouvait mriter tous les prix dans toutes les classes sans avoir appris que ,madrid est en ,espagne et que ,franois ,ier y a t prisonnier de ,charles-,quint4 ,il ne parat pas que les gnrations instruites par cette mthode ignorassent plus que celles d'aujourd'hui la gographie et l'histoire4 ,l'excs du mal tait le meilleur des remdes et l'ignorance complte le meilleur stimulant4 ,les jeunes gens qui n'avaient rien appris lisaient les histoires et consultaient les cartes1 leur jour et leur heure1 quand ils en sentaient le dsir et le besoin1 avec profit par consquent4 ,l'habitude de faire pendant les repas des lectures instructives pouvait aussi laisser quelques souvenirs1 mais il est croire qu'on n'coutait gure4 ,quoi qu'il en soit1 ,diderot1 ,voltaire et d',alembert1 et1 au sicle prcdent1 ,corneille1 ,racine et ,bossuet ont t instruits par cette mthode2 leur ignorance a t passagre4 ,le dsir d'apprendre est le meilleur fruit des premires tudes4 ,on le fait natre en exerant l'esprit1 non en fatiguant la mmoire4 ,quand l'ignorance devient un ennemi1 la victoire n'est pas douteuse4 ,les coliers du ,x,v,i,i,ie sicle en sortant du collge ne pouvaient pas s'crier comme ceux d'aujourd'hui3 ,me voil1 grce ,dieu1 dbarrass de mes tudes6 ,ils ne l'taient pas1 et c'tait un grand bien4 ,le but n'tait pas alors de prparer l'lve une profession librale1 moins encore un examen1 on lui livrait la source1 c'tait lui d'y boire et d'apprendre1 aprs son entre dans le monde1 suivant ses besoins et son zle1 les vrits utiles ou utilisables4 ,le collge l'y prparait par l'tude des bonnes lettres en le rendant capable de parler et de raisonner des choses avec les honntes gens1 de lire avec fruit tous les livres1 d'en crire au besoin1 en donnant son esprit la politesse commune tous les temps et toutes les nations4 ,deux conditions sont ncessaires1 on ne saurait le nier3 la premire est de connatre les choses2 la seconde est de savoir parler1 raisonner et crire sur celles que l'on a apprises4 ,la premire n'est pas la plus importante2 elle s'apprend tout ge4 ,si la seconde vingt ans n'est pas acquise1 on risque fort de l'ignorer toujours4 ,jean ,lerond1 aprs avoir subi l'examen du baccalaurat es arts1 suivit pendant deux annes les leons de l'cole de droit4 ,il s'inscrivit pour les cours des professeurs ,amyot1 ,legendre1 de ,ferrire et ,rousseau4 ,on lit sur les registres dix mentions relatives d',alembert4 ,il suffira d'en citer une3 ,ego ,joannes ,lerond ,parisiensis excipio lectiones dominorum ,amyot et ,legendre1 octob4 #agcf die ultimo4 ,dans le registre intitul ,registrum supplicantium pro assequendis gradibus3 ,die ,jovis #aa ,juli #agch1 supplicaverunt pro examine gallico3 ,joannes ,lerond ,parisiensis et ,d4 ,rousseau1 ,legendre1 ,maillot1 ,delaroche1 ,bernard4 ,d',alembert1 licenci en droit1 pouvait plaider1 et son brillant esprit lui promettait de grands succs1 mais la profession ne lui plaisait pas4 ,il n'aurait accept que de bonnes causes1 et elles sont rares4 ,il faut se garder d'en valuer le nombre la moiti de celles qui se plaident4 ,quand l'un des plaideurs a tort1 il n'est pas certain que l'autre ait raison2 d',alembert connaissait les fables de ,la ,fontaine4 ,riche de #a #bjj livres de rente1 il vivait chez sa mre adoptive1 heureux d'apporter dans la modeste vie de la famille sinon l'aisance au moins la scurit4 ,jamais le ,palais ne le vit la barre4 ,il voulut tudier en mdecine4 ,lui-mme l'a racont1 mais son passage la ,facult n'a pas laiss de traces4 ,les professeurs du collge ,mazarin1 presque tous prtres1 se faisaient aimer de leurs lves4 ,jansnistes ardents1 ils servaient volontiers de directeurs leurs consciences et de guides leurs premiers pas dans le monde4 ,jean ,lerond1 joyeux et confiant1 accepta d'abord leurs conseils4 ,leurs livres de dvotion l'ennuyrent1 ils s'y attendaient3 on lui prta les livres de controverse4 ,la sympathie et la confiance ont des bornes4 ,d',alembert1 effray de cette pieuse ferveur qui n'engendrait que la haine1 rejeta cet amer breuvage1 et1 sans cacher toute sa rpugnance1 devint l'adversaire1 bientt l'ennemi de ceux qui le lui prsentaient4 ,les invectives1 dans les discussions thologiques1 en #agcf1 allaient jusqu' la fureur4 ,jansnistes et jsuites1 pour l'attaquer ou pour la dfendre1 faisaient de la bulle ,unigenitus l'essentiel de la religion et la pierre de touche de la foi4 ,les pamphlets succdaient aux pamphlets1 et si d',alembert1 comme il s'en est vant1 lisait avec conscience tous ceux qu'on lui prtait1 la polmique la plus violente occupait une grande part de son temps4 ,le livre du pre ,quesnel3 ,rflexions sur le ,nouveau ,testament avait t l'occasion et devenait le terrain de la lutte4 ,la destine de ce livre est singulire4 ,publi en #afga1 on le recommandait dans plusieurs diocses et le citait comme le soutien le meilleur et le plus difiant de la foi1 tir des pures sources de l'criture et de la tradition4 ,son succs pendant un quart de sicle s'accroissait sans cesse4 ,l'archevque de ,paris1 crit ,bossuet qui l'approuve1 tant encore vque de ,chlons1 crut trouver dans ce livre un trsor pour son glise4 ,le pieux vque1 aprs l'avoir revu et annot1 l'adressa aux curs1 aux vicaires et aux autres ecclsiastiques de son diocse pour servir de matire leurs instructions4 ,les ,rflexions du pre ,quesnel taient reues avec avidit et dification1 les libraires ne pouvaient suffire la dvotion des fidles2 chaque mois voyait natre une dition nouvelle4 ,il suffisait1 si nous en croyons le tmoignage de ,bossuet1 de lire le livre des ,rflexions morales pour y trouver1 avec le recueil des plus belles penses des saints1 tout ce qu'on peut dsirer pour l'dification1 pour l'instruction et pour la consolation des fidles4 ,tant d'excellentes pages cependant et tant de pieuses annotations cachaient le poison jansniste4 ,les jsuites eurent d'abord des scrupules et des doutes1 la discussion anima leur zle4 ,la question fut porte ,rome4 ,on s'y partagea comme ,paris4 ,la dcision sans appel de la bulle ,unigenitus ordonna enfin1 en #agac1 la soumission et le silence aux esprits les plus orgueilleux et les plus tenaces qui furent jamais4 ,un livre difiant et orthodoxe pendant quarante ans tait interdit4 ,les maximes et les conseils que les jsuites eux-mmes avaient eus en vnration devenaient1 sur leur insistance1 dangereux et impies4 ,on condamnait cent une propositions d'autant plus coupables que le venin y tait plus cach4 ,il l'tait extrmement1 et beaucoup de fidles1 une grande partie mme du clerg1 habitus en nourrir leur esprit1 refusrent de changer de rgime4 ,la guerre fut dclare et troubla la ,france pendant plus d'un demi-sicle4 ,quarante ans aprs la publication de la bulle1 le nombre des lettres de cachet lances son occasion dpassait quarante mille4 ,du haut en bas1 la socit tait divise4 ,on tait appelant ou non appelant2 les plus ardents taient rappelants2 les non communiquants refusaient toute relation avec les approbateurs de la bulle4 ,le silence respectueux tait blm de tous1 le mpris prodigu ceux qui pesaient les affaires du sanctuaire dans la balance de la raison1 et le tolrantisme fltri comme une faiblesse ou dnonc comme un crime4 ,pour dlivrer la vrit retenue dans l'injustice1 chacun se faisait gloire de devenir une ville forte1 une colonne inbranlable et un mur d'airain4 ,un bourgeois de ,paris bien pensant n'aurait pas confi ses souliers un dcrotteur ou sa malle un commissionnaire sans prendre des informations1 pour ne pas souiller sa conscience en encourageant l'indiffrence d'un non appelant ou l'erreur criminelle d'un partisan de la bulle4 ,il fallait tre jansniste ou moliniste4 ,boindin1 auteur comique fort oubli1 disait3 ,entre ,dumarsais et moi la diffrence est grande3 ,dumarsais est athe jansniste1 et moi je suis athe moliniste4 ,quoique la bulle ft de #agac1 au moment o d',alembert quitta le collge1 en #agce1 la polmique redoublait de violence4 ,les gurisons du cimetire de ,saint-,mdard sur le tombeau du diacre ,pris accroissaient l'ardeur fanatique des jansnistes1 tout fiers des miracles que ,dieu faisait pour eux4 ,on discutait sur les limites de l'observance due la cour de ,rome3 s'tend-elle aux questions de fait8 ,le problme1 comme au temps de ,pascal1 avait deux solutions opposes1 videntes chacune pour ceux qui l'adoptaient4 ,pour se faire une ide de l'acharnement des partis1 il faut les laisser parler4 ,la charit chrtienne1 disait une brochure du temps1 permet-elle1 sans se faire leur complice1 de communiquer avec ceux qui1 pour combattre la vrit1 descendent tout vivants dans l',enfer8 ,quand j'ouvre cette bulle1 disait un autre auteur1 et que j'y vois condamner cent une vrits qui sont l'lixir de la tradition1 l'abrg du christianisme1 le rempart de l'glise1 le fondement de la religion1 dois-je me contenter de dire3 on veut me faire illusion8 ,la bulle est visiblement subreptice et porte tous les caractres de la plus pernicieuse nouveaut4 ,c'est sur ce ton que1 par des milliers de pamphlets se rpondant comme les voix d'un choeur d'anathmes1 les partis1 pendant un quart de sicle1 se maudissent1 se dchirent et s'insultent4 ,pour ceux qui prendraient intrt au fond1 ils sont rares aujourd'hui1 il serait malais de les instruire4 ,pour voir ce venin si bien cach et comprendre ces subtiles distinctions1 il faut regarder de prs et avoir de bons yeux4 ,quand ,dieu veut sauver l'me1 en tout temps1 en tout lieu1 ,l'invitable effet suit le vouloir de ,dieu4 ,l'innocence de ces deux vers semble galer leur platitude4 ,c'est une dangereuse erreur3 ils contiennent deux hrsies condamnes par la bulle4 ,dans les miracles accomplis sur le tombeau d'un appelant1 le bienheureux ,pris1 les jsuites n'accordaient aucun sujet de triomphe leurs adversaires4 ,il fallait avant tout dfinir le mot miracle4 ,comment esprer sans cela une argumentation solide8 ,un miracle1 disaient-ils1 doit tre instantan et complet4 ,tout ce qui vient de ,dieu a d'abord sa perfection4 ,ses oeuvres sont acheves suivant la force du terme4 ,c'est une vrit dont ,mose nous est garant4 ,quelque chose que ,dieu fasse1 il est impossible1 dit le ,sage1 d'y ajouter ou d'en retrancher4 ,oserait-on prtendre qu'il est impossible d'ajouter une gurison imparfaite8 ,elle n'est donc pas l'oeuvre de ,dieu4 ,satan1 le pre du mensonge1 qui remue le ciel et la terre pour susciter des ennemis ,dieu parmi les hommes1 ne peut-il pas aussi faire des miracles8 ,on n'en peut pas chrtiennement douter4 ,les malfices sont constants1 les histoires en sont remplies1 les confessions des malfaiteurs en font foi1 les arrts des cours souveraines le confirment4 ,mais le dmon n'a pas la toute-puissance1 il essaye1 il ttonne1 il s'y reprend plusieurs fois4 ,entre sa folle malice et la sage bont de ,dieu1 la distinction devient facile4 ,les malades guris ,saint-,mdard1 aprs avoir ajout neuvaines sur neuvaines1 ne peuvent tre1 suivant cette doctrine1 que des imposteurs ou des dmoniaques4 ,un paralytique jette ses bquilles sur le tombeau du diacre1 et rentre pied chez lui1 mais en boitant4 ,ce n'est pas ,dieu qui fait ainsi les choses demi1 le miracle est un pige1 l'apparente promesse une menace1 et les convulsions qui la prcdent1 les effets1 dans ce lieu maudit1 de la rage et de la furie du dmon4 ,il n'est rien de mieux fond sur les critures4 ,n'a-t-il pas t dit dans l',apocalypse3 ,vae terrae et mari1 quia descendit diabolus ad vos habens iram magnam6 ,a ces preuves en apparence si solides on opposait l'vidence des faits4 ,la premire oeuvre de ,dieu a t la production du chaos1 et la terre fut d'abord sans beaut1 afin que l'on apprt que toute crature ne devient parfaite qu' mesure que ,dieu l'enrichit4 ,l'enfant ressuscit par lie ne l'a t qu'aprs que le prophte se fut tendu trois fois sur lui4 ,le mme prophte1 le texte est formel1 a envoy sept fois son serviteur avant que la pluie promise ,achab et commenc tomber4 lise s'est couch sept fois sur l'enfant de la ,sunamite1 il a frapp sept fois le ,jourdain4 ,naaman1 qu'il envoya au ,jourdain1 s'y est baign sept fois conscutives1 et ,ezchias1 personne ne l'ignore1 n'a t guri que le troisime jour2 si ,dieu et voulu le gurir subitement1 on ne lui aurait pas promis comme une grande grce qu'il irait au temple dans trois jours4 ,comme dans l'antiphysique de d',alembert1 les faits dmentent la thorie4 ,cette thorie d'ailleurs suppose ce qui est en question4 ,les maladies du corps sont l'image des maladies de l'me1 c'est--dire des pchs2 les gurisons miraculeuses que ,dieu opre des maladies du corps sont l'image de celles qu'il opre dans nos mes4 ,la consquence est vidente3 ,dieu quelquefois convertit un pcheur en un moment par un coup extraordinaire de sa grce1 mais cela arrive aussi rarement dans cette lie des sicles1 qu'il arrivait frquemment dans l'glise naissante4 ,dans les efforts que fait un pcheur pour rompre ses liens et ses mauvaises habitudes1 l'me souffre des espces de convulsions dont celles des corps malades dans le cimetire de ,saint-,mdard ne sont aujourd'hui que l'image4 ,le pre ,quesnel a dit3 ,on ne sait ce que c'est que le pch et la vraie pnitence1 quand on veut tre rtabli d'abord dans la possession des biens dont le pch nous a dpossds et qu'on ne veut pas porter la confusion de cette sparation2 et l-dessus les deux partis triomphaient1 car cette maxime1 accepte par les appelants et favorable aux miracles lentement accomplis1 est la quatre-vingt-huitime proposition condamne par la bulle4 ,les miracles du dmon sont des crimes4 ,ceux qui en profitent mritent la mort1 et la responsabilit s'tend fort loin4 ,toute la postrit d',aman fut pendue comme lui1 et les enfants des accusateurs de ,daniel furent jets avec eux dans la fosse aux lions4 ,la peine est porte plus loin parmi les ,chinois3 les mandarins sont dposs en mme temps que leurs parents sont punis lorsqu'il se consomme quelque grand crime1 comme quand les enfants ont dit des injures leurs pres4 ,sur ce pied1 la punition des convulsionnaires irait bien loin1 puisque leur tat criminel est injurieux ,dieu1 le pre de tous les chrtiens4 ,l'ironie est une arme puissante4 ,on lisait beaucoup en #agce ,cartouche1 ou le ,sclrat sans reproche par la grce du pre ,quesnel4 ,cartouche est un honnte homme1 un fort honnte homme1 en un mot un homme irrprochable1 et ceux qui en jugent autrement sont obligs en conscience d'abjurer le pre ,quesnel ou de faire rparation ,cartouche4 ,pourquoi le blmer8 ,pouvait-il1 si la grce lui a manqu1 se dfendre des crimes dont il tait tent8 car les commandements sont impossibles qui les transgresse4 ,un jour1 dit la ,correspondance de ,grimm1 le cardinal de ,rochechouart1 ambassadeur de ,france ,rome1 entre chez le pape ,benot ,,xiv avec un visage fort allong3 ,eh bien1 qu'y a-t-il1 monsieur l'ambassadeur8 lui dit-il4--,je viens de recevoir la nouvelle1 lui dit l'ambassadeur1 que l'archevque de ,paris est de nouveau exil4--,et toujours pour cette bulle8 demande le pape4--,hlas6 oui1 ,saint-,pre4--,cela me rappelle1 reprend le pontife1 une aventure du temps de ma lgation ,bologne4 ,deux snateurs prirent querelle sur la prminence du ,tasse sur l',arioste4 ,celui qui tenait pour l',arioste reut un bon coup d'pe dont il mourut4 ,j'allai le voir dans ses derniers moments3 ,est-il possible1 me dit-il1 qu'il faille prir dans la force de l'ge pour l',arioste que je n'ai jamais lu6 ,c'est ,benot ,,xiv si peu confiant dans les lumires des dfenseurs de la bulle1 que ,voltaire a ddi sa tragdie de ,mahomet1 pour l'examen de laquelle1 par une fantaisie singulire de ,m4 d',argenson1 d',alembert avait t pour une fois transform en censeur4 ,benot ,,xiv avait raison sans doute1 mais sous ces questions mal comprises par les plus ardents s'agitait dj la prtention de penser librement4 ,les jansnistes n'en convenaient pas1 mais les jsuites montraient clairement qu'en se faisant juge de la foi1 en prfrant la persuasion de chacun toute autorit visible1 on fait de l'glise une rpublique o le scepticisme doit triompher4 ,les pres fondaient de grandes esprances sur ,jean ,lerond2 ils voulaient de leur brillant lve faire un ennemi des jsuites4 ,leur pieux dsir eut un succs complet1 mais ils dpassrent le but1 et d',alembert devint galement hostile aux deux partis4 ,il conserva pendant toute sa vie pour cette nourriture1 qu'il serait injuste d'appeler thologique1 une rpugnance mle de colre1 traitant d'ennemis publics tous ceux qui1 pour ces bagatelles sacres1 troublaient la tranquillit des citoyens et la paix des esprits4 ,d',alembert aimait rire4 ,les histoires de convulsionnaires1 premier aliment de son esprit1 lui en donnaient rarement l'occasion4 ,on me permettra cependant1 dans la ,vie du diacre ,pris condamne au feu par l',inquisition et solennellement brle ,rome1 de signaler une anecdote fort oublie et cependant devenue clbre4 ,labiche en a fait le sujet de sa charmante pice le ,misanthrope et l',auvergnat4 ,bien peu de nos contemporains1 en l'applaudissant au thtre du ,palais-,royal1 y ont souponn une rminiscence des convulsionnaires de ,saint-,mdard4 ,le diacre ,pris1 interdit comme appelant de la bulle au futur concile1 vivait saintement et souffrait sans se plaindre3 le parti le canonisait4 ,le bon diacre consacrait aux bonnes oeuvres une fortune suprieure ses besoins4 ,sa conscience timore se reprochait chaque jour des faiblesses qu'il tait seul apercevoir4 ,un prtre du diocse d',orlans s'tait rendu clbre par son humeur frondeuse et son caractre difficile4 ,il avait dans plusieurs paroisses apport la discorde et le trouble2 suspect1 de plus1 de jansnisme et condamn par son vque1 il tait tomb dans la pauvret4 ,le bon diacre lui offrit l'hospitalit avec l'injonction formelle de tout observer dans la maison et d'tudier1 sans craindre l'indiscrtion1 les imperfections et les pchs de son hte4 ,pris couchait sans draps et vivait de lgumes4 ,en change de cette maigre chre1 la tche impose son surveillant tait facile4 ,le saint homme pchait rarement4 ,la situation tait celle de ,machavoine chez ,chiffonet4 ,le dnouement fut le mme2 un jour vint o le diacre1 bout de patience1 s'cria3 ,vritablement1 il va un peu loin6 ,les livres jansnistes prts d',alembert contenaient peu d'histoires de ce genre2 il s'en dgota bien vite4 ,pendant ses tudes de mdecine comme l'cole de droit1 d',alembert s'exerait aux mathmatiques4 ,les leons lmentaires reues au collge taient excellentes1 et un souvenir reconnaissant est d son matre ,m4 ,caron4 ,les amis de d',alembert1 regardant1 non sans raison1 les mathmatiques comme un mauvais instrument de fortune1 eurent assez d'influence pour le dcider se sparer pour un temps de ses livres de science4 ,il les porta chez un ami1 chez ,diderot peut-tre4 ,la mdecine restait sa seule tude1 mais la gomtrie1 quoi qu'il ft1 le divertissait sans cesse4 ,les problmes troublaient son repos4 ,impatient de toute contrainte1 mme volontaire1 d',alembert1 chaque fois qu'une difficult l'arrtait1 allait chercher un des volumes4 ,ils revinrent tous dans sa petite chambre4 ,la maladie tait sans remde3 il l'accepta comme un bonheur4 ,la mdecine fut abandonne2 les problmes1 rsolus sans scrupule1 furent discuts avec persvrance4 ,d',alembert1 l'ge de vingt ans1 avait1 sans rien rver de plus pour l'avenir1 la modeste ambition de devenir un grand gomtre4 ,,chapitre ,,ii ,d',,alembert ,,et ,l',,acad,,mie ,,des ,,sciences ,d',alembert1 vers la fin de sa vie1 songeant ses premiers travaux1 crivait avec motion3 ,les mathmatiques ont t pour moi une matresse6 ,cette matresse1 quoique souvent nglige1 ne l'a jamais trahi4 ,le temps pendant lequel des succs sans clat couronnaient des travaux sans ambition fut pour lui le plus heureux et le plus regrett4 ,sous le modeste toit de celle qui lui servait de mre1 il trouvait la tranquillit ncessaire ses profondes recherches4 ,en se rveillant dans sa petite chambre mal are1 et de laquelle on voyait trois aunes de ciel1 il songeait avec joie la recherche commence la veille et qui allait remplir sa matine1 au plaisir qu'il allait goter le soir au spectacle1 et1 dans les entr'actes des pices1 au plaisir plus grand encore que lui promettait le travail du lendemain4 ,le monde--je veux dire les socits brillantes dans lesquelles d',alembert devait tre bientt recherch et admir tait pour lui sans attrait2 il ne le connaissait ni ne le dsirait4 ,quelques amis1 dont quelques-uns devinrent clbres ou illustres1 formaient sa socit habituelle4 ,le profond gomtre tait cit comme le plus gai1 le plus plaisant1 le plus aimable de tous4 ,la premire communication de d',alembert l',acadmie des sciences est du #ai juillet #agci2 elle est insignifiante4 ,il propose une remarque relative un passage d'un livre classique alors1 l'analyse dmontre du pre ,reyneau4 ,tout lecteur attentif pouvait l'crire sans travail en marge de son exemplaire4 ,clairaut1 nomm rapporteur1 loua avec bienveillance le jeune gomtre de vingt et un ans pour son exactitude et son zle4 ,un an aprs1 en #agdj1 d',alembert aborde la mcanique des fluides4 ,il vise trop haut cette fois1 et les plus habiles aujourd'hui1 malgr les progrs ou1 pour mieux dire1 cause des progrs de la science1 reculeraient devant les difficults qu'il accumule4 ,il tudie la rfraction d'un corps solide lanc obliquement dans un liquide4 ,clairaut1 sans affirmer l'exactitude de la solution1 y signale beaucoup de savoir et y loue beaucoup d'habilet4 ,trois mmoires nouveaux1 que d',alembert n'a pas jugs dignes1 non plus que les prcdents1 de figurer dans ses opuscules imprims1 confirmrent l'opinion trs favorable qu'il avait su ds le premier jour donner de ses talents4 ,sans attendre d'autres titres la confiance des gomtres1 le #a;er mars #agda1 l'ge de vingt-trois ans1 d',alembert osa demander l',acadmie des sciences une place d'associ devenue vacante4 ,on dbutait habituellement par le titre d'adjoint4 ,l',acadmie prfra ,lemonnier1 qui1 depuis cinq ans dj1 avait franchi ce premier pas de la carrire acadmique4 ,la promotion de ,lemonnier laissait vacante une place d'adjoint3 d',alembert la demanda4 ,l',acadmie nomma l'abb de ,gua4 ,vaincu une troisime fois par l'astronome ,lacaille1 le jeune candidat fut enfin nomm1 le #ag mars #agdb1 adjoint pour la section d'astronomie4 ,il tait g de vingt-quatre ans4 ,l'extrme jeunesse des candidats proposs au choix du roi pourrait surprendre4 ,lemonnier1 prfr d',alembert lors de sa premire candidature1 tait entr l',acadmie l'ge de vingt et un ans1 ,clairaut dix-huit ans2 ,lacaille1 g de vingt-huit ans1 tait un candidat dj mr4 ,les savants pour lesquels aujourd'hui les portes de l',acadmie s'ouvrent avant leur trentime anne sont fort rares4 ,l'avantage accord nos anciens ne rvle ni des gnies plus prcoces1 ni des efforts plus heureux1 ni des luttes moins difficiles4 ,les jeunes savants1 admis autrefois comme adjoints ou mme comme associs de l',acadmie1 ne porteraient pas aujourd'hui le nom de membres4 ,ils avaient le droit d'assister aux sances et d'y demander la parole3 rien de plus2 ils ne votaient pas dans les lections4 ,les pensionnaires1 seuls pensionns comme l'indique leur nom1 se partageaient les jetons de prsence4 ,l'tude des procs-verbaux suffirait pour fournir une de ces preuves dont l'histoire souvent doit se contenter4 ,en relevant pour plusieurs annes le nombre des signatures1 j'ai trouv1 pour toutes1 les pensionnaires plus exacts que leurs jeunes confrres4 ,la consquence est vidente2 la probabilit ne peut se calculer1 mais la vraisemblance n'est pas contestable4 ,en ralit1 les adjoints louchaient les jetons de prsence1 qui taient de deux francs1 dans un cas seulement1 celui de l'enterrement d'un confrre4 ,d',alembert fut promu en #agdf au rang d'associ gomtre4 ,on lit sur les registres1 la date du #bf fvrier #agdf3 ,,mm4 d',alembert et ,blidor obtiennent la majorit des voix pour la place d'associ gomtre vacante par la promotion de ,lemonnier celle de pensionnaire astronome4 ,deux pages plus loin3 ,le roy a choisi ,m4 d',alembert pour la place d'associ gomtre4 ,d',alembert1 par une faveur spciale et fort rare1 avait obtenu en #agde1 tant encore adjoint1 une pension de #ejj livres sur les fonds de l',acadmie4 ,le #g avril #agef1 d',alembert figure encore parmi les associs4 ,le #aj avril #agef1 sans qu'aucune mention soit faite d'une nomination1 il est inscrit au nombre des pensionnaires4 ,le #h mai #agef1 le comte d',argenson crit3 ,je vous donne avis que le roy dsire qu'il soit incessamment procd l'lection la place d'associ qui vaque l',acadmie des sciences par la promotion de ,m4 d',alembert celle de pensionnaire surnumraire4 ,m4 de ,parcieux est nomm4 ,c'est seulement en #agfe que d',alembert1 plus de vingt ans aprs son entre l',acadmie1 changea le titre de pensionnaire surnumraire pour celui de pensionnaire titulaire1 et fut enfin mis en possession de tous les avantages et de tous les droits accords aux membres de l',acadmie des sciences4 ,le trait de dynamique de d',alembert1 publi en #agdc1 plaa immdiatement son auteur au nombre des premiers gomtres de l',europe4 ,la matire1 difficile et nouvelle1 tait traite de main de matre4 ,le livre de d',alembert1 aujourd'hui rarement consult1 fait poque dans l'histoire de la mcanique4 ,lagrange1 un demi-sicle plus tard1 crivant avec lgance et profondeur l'histoire de la science qu'il transformait de nouveau1 dit en parlant du livre de d',alembert3 ,le trait de dynamique de d',alembert1 qui parut en #agdc1 mit fin ces espces de dfis1 en offrant une mthode directe et gnrale pour rsoudre ou du moins pour mettre en quations tous les problmes de dynamique qu'on peut imaginer4 ,cette mthode rduit toutes les lois du mouvement des corps celle de leur quilibre et ramne ainsi la dynamique la statique4 ,ramener la dynamique la statique6 ,le progrs accompli par d',alembert se rsume en effet par ces paroles1 qui malheureusement1 pour qui n'a pas approfondi la question1 ne peuvent avoir aucun sens2 incomprhensible pour les uns1 la phrase1 dans sa concision1 en dit beaucoup trop pour les autres4 ,il s'agit seulement--il faut appeler sur ce point l'attention--de la mise du problme en quations4 ,la rsolution de ces quations par des mthodes qui varieront d'un cas l'autre laissera subsister un vaste champ de recherches4 ,la statique fait connatre les conditions de l'quilibre4 ,qu'ont-elles de commun avec les lois du mouvement8 ,si1 dans l'espoir de le comprendre1 nous considrons le cas le plus simple1 celui d'un point matriel isol1 les deux problmes restent entirement distincts4 ,on peut approfondir les conditions d'quilibre sans avoir fait un pas dans l'tude du mouvement2 la dpendance mutuelle des deux thories n'existe que pour les systmes dans lesquels les points lis les uns aux autres sont rendus solidaires4 ,l'un des cas les plus simples est celui du pendule4 ,le pendule simple1 form par un point pesant oscillant l'extrmit d'un fil dpourvu de masse1 est une abstraction mathmatique2 c'est le plus simple des systmes4 ,le point n'est pas libre2 il ne peut quitter le cercle dont l'extrmit fixe du fil est le centre4 ,le pendule compos1 dans lequel oscille une masse do dimensions apprciables suspendue une tige pesante comme elle1 prsente un second cas1 beaucoup moins simple4 ,si chaque point tait libre1 il oscillerait d'autant plus vite qu'il serait plus rapproch du centre2 il ne peut en tre ainsi3 la tige rigide et la masse qui la termine oscillent dans le mme temps4 ,les points se font des concessions1 ils y sont forcs4 ,ceux d'en bas iront plus vite et ceux d'en haut plus lentement que s'ils taient seuls4 ,les liaisons1 pour imposer ces changements1 font natre des forces1 et ces forces doivent tre introduites dans les quations du problme2 elles sont inconnues3 comment faire8 ,les plus habiles avant d',alembert avaient rencontr ce problme1 dont la solution pralable semble indispensable1 sans apercevoir de solution4 ,sans entrer au dtail1 ce qui serait impossible1 nous rduirons la grande dcouverte de d',alembert la remarque qui lui sert de base4 ,le systme1 quel qu'il soit1 par la nature des liaisons qui le dfinissent1 est capable de produire certaines forces4 ,ces forces sont les mmes dans l'tat d'quilibre et dans l'tat de mouvement4 ,les lois de la statique sont depuis longtemps connues1 ces forces y jouent un rle1 et1 par cette tude antrieure1 le problme auxiliaire1 si difficile en apparence1 se trouve rsolu d'avance ou1 pour mieux dire1 lud4 ,dans le discours prliminaire qui prcde le trait de mcanique1 apparaissent pour la premire fois quelques-unes des qualits qui devaient appeler si souvent d',alembert loin du thtre de ses premiers succs4 ,on rencontre dj l'crivain habile et le philosophe hardi qui ose aborder les questions les plus hautes1 discutant le degr de certitude de toute vrit accepte4 ,les questions les plus abstraites1 celles que le commun des hommes regarde comme les plus inaccessibles1 sont souvent1 dit-il1 celles qui portent avec elles une plus grande lumire4 ,l'obscurit semble s'emparer de nos ides mesure que nous examinons dans un objet plus de proprits sensibles2 l'impntrabilit ajoute l'ide d'tendue semble ne nous offrir qu'un mystre de plus2 la nature du mouvement est une nigme pour les philosophes2 le principe mtaphysique des lois de la percussion ne leur est pas moins cach2 en un mot1 plus ils approfondissent l'ide qu'ils forment de la matire et des proprits qui la reprsentent1 plus cette ide s'obscurcit et parat vouloir leur chapper1 plus ils se persuadent que l'existence des objets extrieurs1 appuye sur le tmoignage quivoque de nos sens1 est ce que nous connaissons le moins imparfaitement encore4 ,d',alembert aborde dans son discours une question fort clbre alors et que les gomtres1 qui peuvent seuls approfondir la discussion1 rsolvent tous aujourd'hui1 sans1 il est vrai1 s'en inquiter beaucoup1 dans un sens oppos celui qu'il adopte4 ,les lois de la mcanique sont-elles des vrits ncessaires ou contingentes8 ,peut-on1 en d'autres termes1 par le seul raisonnement et en dehors de toute exprience1 dmontrer les principes de la science et dcouvrir les lois du mouvement8 ,pour fixer nos ides sur cette question1 il faut1 dit d',alembert1 d'abord la rduire au seul sens raisonnable qu'elle puisse avoir4 ,il ne s'agit pas de dcider si l'auteur de la nature aurait pu lui donner d'autres lois que celles que nous observons2 ds qu'on admet un tre intelligent et capable d'agir sur la matire1 il est vident que cet tre peut chaque instant la mouvoir et l'arrter son gr1 ou suivant des lois uniformes1 ou suivant des lois qui soient diffrentes pour chaque instant et pour chaque partie de matire2 l'exprience continuelle de notre corps nous prouve assez que la matire1 soumise la volont d'un principe pensant1 peut s'carter dans ses mouvements de ceux qu'elle aurait vritablement si elle tait abandonne elle-mme4 ,la question propose se rduit donc savoir si les lois de l'quilibre et du mouvement qu'on observe dans la nature sont diffrentes de celles que la matire abandonne elle-mme aurait suivies4 ,cette seule manire raisonnable de poser la question semble1 il faut l'avouer1 bien singulire1 et l'ide de considrer la matire abandonne elle-mme et affranchie du gouvernement1 on pourrait presque dire des caprices de la raison souveraine1 laisse entrevoir l'ami de ,diderot dispos carter partout et toujours1 dt-il ne rien rester1 les arguments puiss dans une telle considration4 ,lorsque ,lagrange dclare que la dynamique de d',alembert a mis fin entre les gomtres aux problmes difficiles proposs par dfi1 si le lecteur suppose que la thorie du mouvement1 trop bien connue1 n'tait plus digne de servir d'preuve1 il a trs mal compris l'assertion4 ,descartes1 parlant de sa grande dcouverte1 l'analyse applique la gomtrie1 dclare1 non sans orgueil et mme avec plus d'orgueil qu'il n'est permis1 qu'il se dispense de rsoudre les problmes auxquels sa mthode est applicable1 pour laisser ses descendants le plaisir facile de s'y exercer4 ,pour la gomtrie1 comme pour la mcanique1 l'assertion est trompeuse4 ,la science1 dans aucun cas1 n'a procd ainsi4 ,plus une mthode est nouvelle et fconde1 plus elle tend le champ de l'inconnu4 ,les difficults vaincre pour avancer encore grandissent aux approches des sommets1 qui1 pour cette raison peut-tre1 ne seront jamais atteints4 ,d',alembert n'a vu dans son principe qu'une voie signale tous et ouverte lui-mme pour tenter de nouveaux travaux4 ,quelques-uns sont admirables4 ,l'un des premiers1 malgr le succs obtenu1 ne doit tre aujourd'hui lou qu'avec rserves4 ,d',alembert1 en #agdf1 obtint le prix propos par l',acadmie de ,berlin l'auteur du meilleur ouvrage sur la cause des vents4 ,ce concours eut sur la vie de d',alembert une grande influence en le mettant en relation avec ,frdric1 dont1 pendant quarante ans1 il resta l'ami3 c'est le seul mot qui convienne4 ,le livre de d',alembert sur la cause des vents ne tend pas l'application4 ,d',alembert n'a pas tudi le vritable mcanisme1 dj connu1 dans ses traits gnraux au moins1 qui explique les vents alizs soufflant sans cesse dans la zone torride et presque exactement de l'est vers l'ouest4 ,ils sont produits par les diffrences de temprature1 qui dans ces rgions dterminent l'lvation de l'air3 l'air plus froid qui le remplace et vient des rgions borales est anim d'une moindre vitesse de rotation et semble par consquent souffler en sens oppos au mouvement de la terre4 ,d',alembert ne parle de cette cause principale et prpondrante que pour refuser de s'en occuper4 ,j'avoue1 dit-il1 que la diffrente chaleur que le soleil rpand sur les parties de l'atmosphre doit y exciter des mouvements2 je veux mme accorder qu'il en rsulte un vent gnral qui souffle toujours dans le mme sens1 quoique la preuve qu'on en donne ne me paraisse pas assez vidente pour porter dans l'esprit une lumire parfaite2 mais si on se propose de dterminer la vitesse de ce vent gnral et sa direction dans chaque endroit de la terre1 on verra facilement qu'un pareil problme ne peut tre rsolu que par un calcul exact2 or les principes ncessaires pour ce calcul nous manquent entirement1 puisque nous ignorons et la loi suivant laquelle la chaleur agit et la dilatation qu'elle produit dans les parties de l'air3 cette dernire raison est plus que suffisante pour nous dterminer faire ici abstraction de la chaleur solaire1 car1 comme il n'est pas possible de calculer avec quelque exactitude les mouvements qu'elle peut occasionner dans l'atmosphre1 il faut ncessairement reconnatre que la thorie des vents n'est susceptible d'aucun degr de perfection de ce ct-l4 ,ces lignes contiennent une dclaration de principes bien dangereuse pour les progrs de la physique4 ,bien loign de vouloir approfondir les causes caches1 d',alembert n'accepte que des problmes bien nets et bien purs1 dont l'nonc permette une solution exacte et acheve2 non content de ngliger ce qui est petit et sans influence sensible1 il carte avec ddain tout ce qui1 lui semblant mal connu et mal dtermin1 diminue la prcision et la beaut du problme4 ,c'est la mme tendance qui plus tard et dans un autre ordre d'ides devait le conduire restreindre1 jusqu' l'annuler1 le champ de la mtaphysique et de la philosophie4 ,malgr l'habilet qu'il y dploie1 l'insuffisance de la thorie de d',alembert est visible d'ailleurs au premier coup d'oeil3 la grandeur et la direction actuelle des vents dpendraient en effet1 suivant elle1 aujourd'hui encore1 de l'tat initial des couches atmosphriques1 sans que les frottements et les chocs renouvels depuis le commencement du monde en aient dissip l'influence4 ,le prix accord d',alembert fut-il donc le rsultat d'une mprise1 et le titre de membre de l',acadmie de ,berlin tait-il immrit8 ,il y aurait grande injustice le croire4 ,dans l'ouvrage sur la cause des vents on reconnat chaque page le grand gomtre profondment instruit de la science du mouvement et capable d'ouvrir des voies nouvelles4 ,de tels essais prcdent les chefs-d'oeuvre et les prparent1 parce qu'ils perfectionnent l'instrument des recherches en enseignant le manier avec plus d'lgance et de sret4 ,d',alembert1 suivant les consquences de son principe de dynamique1 en a fait l'application la thorie de la prcession des quinoxes1 et son livre sur ce sujet difficile suffirait pour le rendre immortel4 ,les ples de la terre1 moins de chocs que rien ne fait prvoir dans l'avenir et que rien ne prouve dans le pass1 sont immobiles la surface2 ceux du ciel1 au contraire1 se dplacent sans cesse par rapport aux toiles fixes4 ,c'est la grande dcouverte d',hipparque4 ,le ple1 autour duquel semble tourner le ciel1 parcourt un petit cercle dont le rayon mesure #bc #a_/b et1 s'avanant de #ej environ par an1 en fera le tour en vingt-six mille ans4 ,l'quateur1 perpendiculaire la ligne des ples1 tourne ncessairement avec elle2 en vertu de cette rotation1 il coupe le plan cliptique1 qui est fixe1 en des points variables4 ,ces points sont les quinoxes1 qui comme le ple1 par consquent1 accompliront leur rvolution en vingt-six mille annes4 ,les observations astronomiques confirment la prdiction hardie du grand astronome de l'antiquit4 ,les sicles succdent aux sicles et l'quinoxe continue sa marche uniforme4 ,quelle force produit et rgle son mouvement8 ,la question pour ,kpler n'aurait pas eu de sens4 ,heureux et fier de pntrer le mcanisme du monde1 il n'avait pas l'audace de chercher les causes4 ,newton a rvl le ressort2 c'est la mcanique en chercher les effets4 ,la terre chaque anne tourne autour du soleil4 ,c'est qu'elle est attire par lui2 sans cette attraction insuffisante les runir1 anims par les vitesses acquises1 les deux corps s'loigneraient indfiniment4 ,le soleil1 en attirant la terre1 n'est pas la cause de la rotation qui produit les jours et les nuits2 il ne pourrait1 si la terre tait homogne et sphrique1 ni l'acclrer ni la ralentir4 ,mais sur un globe aplati et htrogne l'action est dvie et1 ne s'exerant pas exactement vers le centre1 produit une rotation qui dplace chaque jour d'une quantit inapprciable aux observations la position de l'axe du monde4 ,newton a signal cette cause inconteste du phnomne4 ,d',alembert l'a soumise au calcul4 coutons ,laplace1 en pareille matire le grand juge4 ,la dcouverte de ces rsultats1 dit-il aprs avoir expliqu le dtail du phnomne1 tait au temps de ,newton au-dessus des moyens de l'analyse et de la mcanique2 il fallait en inventer de nouveaux4 ,l'honneur de cette invention tait rserv d',alembert4 ,un an et demi aprs la publication de l'crit dans lequel ,bradley prsenta sa dcouverte1 d',alembert fit paratre son trait de la prcession des quinoxes1 ouvrage aussi remarquable dans l'histoire de la mcanique cleste et de la dynamique1 que l'crit de ,bradley dans les annales de l'astronomie4 ,d',alembert en suivant sa voie devait rencontrer les plus grands problmes de la mcanique cleste4 ,les questions depuis ,newton taient nettement poses1 et nul mieux que lui n'tait prpar la lutte4 ,le trait de dynamique de d',alembert est l'annonce et en quelque sorte le prologue de la mcanique analytique1 chef-d'oeuvre de ,lagrange4 ,les crits de d',alembert sur le systme du monde forment un trait de mcanique cleste dans lequel ,laplace1 qui l'a loyalement reconnu1 a largement et fructueusement puis4 ,d',alembert a repris la thorie de la lune esquisse seulement par ,newton4 ,le problme appartenait tous2 si ,clairaut et ,euler1 en l'abordant en mme temps que lui1 y ont rencontr les mmes succs1 il faut se garder d'en conclure qu'il ft facile4 ,newton y avait chou1 et les forces runies des trois nouveaux athltes ont laiss leurs successeurs un vaste champ parcourir4 ,les observations se perfectionnent2 aprs les degrs sont venues les minutes1 aprs les minutes les secondes1 et aujourd'hui les diximes de seconde4 ,les calculateurs prtendent tout expliquer et y russissent2 c'est en astronomie surtout que les dtails sont la pierre de touche des thories4 ,l'accord dans la thorie de la lune n'a pas t immdiat1 et l'observation1 en dmentant d'abord le calcul1 a veill de grandes motions et provoqu d'ardentes discussions4 ,diderot ne faisait qu'en rire et1 sans rien entendre la question1 se faisait lire en la discutant4 ,ce qu'il y a d'utile en gomtrie peut1 disait-il1 s'apprendre en six mois4 ,le reste est de pure curiosit4 ,cela est vrai sans doute4 ,mais la posie1 la peinture1 la mtaphysique et bien d'autres produits de l'activit humaine sont aussi de pure curiosit2 si l'on doit pour cela les envelopper dans un mme ddain1 la barbarie deviendra l'idal des sages et le voeu des gens senss4 ,il n'existe dans la nature1 ajoute ,diderot1 ni surface sans profondeur1 ni ligne sans largeur1 ni point sans dimensions1 ni aucun corps qui ait cette rgularit hypothtique du gomtre ,ds que la question qu'on lui propose le fait sortir de ses suppositions1 ds qu'il est forc de faire entrer dans la solution d'un problme l'valuation de quelques causes ou qualits physiques1 il ne sait plus ce qu'il fait4 ,si le calcul s'applique si parfaitement l'astronomie--c'est toujours ,diderot qui parle---c'est que la distance immense laquelle nous sommes placs des corps clestes rduit leurs orbes des lignes presque gomtriques4 ,mais prenez le gomtre au toupet et approchez-le de la lune d'une cinquantaine de diamtres terrestres3 alors1 effray du balancement norme et des terribles alternatives du globe lunaire1 il trouvera qu'il y a autant de folie lui proposer de tracer la marche de notre satellite dans le ciel que d'indiquer celle d'un vaisseau dans nos mers quand elles sont agites par la tempte4 ,l'imagination de ,diderot le sert mal4 ,les gomtres ont depuis le trait de d',alembert perfectionn sans cesse les calculs dont il a nettement donn le principe4 ,glairaut et ,euler ses contemporains1 ,lagrange et ,laplace1 et1 aprs eux1 ,plana1 ,damoiseau1 ,hansen1 ,delaunay et ,adams ont inscrit leurs noms dans l'histoire de la science en consacrant de nombreuses annes perfectionner et refaire cette thorie rebelle aux formules4 ,la longueur des calculs dpasse toute prvision et s'accrot sans cesse4 ,pour l'astronome aujourd'hui tout est fait1 rien n'est bauch pour le gomtre4 ,un problme trs connu et par comparaison trs facile donnera la clef de l'nigme4 ,la quadrature du cercle est en gomtrie comme la pierre philosophale en chimie1 la chose impossible2 les ignorants seuls osent la chercher1 et quand ils l'ont pniblement trouve1 il leur faut de nouveau de longs efforts pour dcider un savant vritable leur montrer1 en entrant au dtail1 l'illusion de leur dcouverte4 ,les acadmies depuis longtemps rejettent avec ddain1 sans en avoir pris connaissance1 toute annonce d'une solution nouvelle4 ,le problme est class comme insoluble4 ,archimde l'a rsolu pourtant1 prcisment comme d',alembert a rsolu celui du mouvement de la lune1 et1 depuis deux mille ans1 quiconque ne se contente pas de l'exactitude acquise peut1 sans effort d'esprit1 trouver1 autant qu'il lui plat1 de nouveaux chiffres exacts et certains4 ,le rayon du cercle tant donn1 la surface est connue avec une prcision illimite2 on peut partager un millimtre carr en un million de parties gales1 et chaque partie1 de nouveau1 en un million de parties nouvelles1 recommencer cinquante fois la division2 le rsultat imperceptible de toutes ces oprations de l'esprit restera1 si le calculateur le veut1 suprieur l'erreur commise4 ,que demande-t-on de plus8 ,pourquoi traiter d'insoluble un problme si parfaitement rsolu8 ,la rponse est bien simple3 le gomtre veut une erreur nulle4 ,entre zro pour lui et l'extrme petitesse1 d'aprs les rgles du jeu qu'il veut jouer1 il y a un abme4 ,une solution n'est pas plus ou moins parfaite1 elle est exacte ou inexacte4 ,l'histoire du problme des trois corps est semblable4 ,les travaux mathmatiques de d',alembert sont innombrables4 ,nous ne pouvons en faire le rsum4 ,il est impossible mme de citer ceux qui pourraient1 en l'absence de tout autre titre1 assurer son nom une place leve dans l'histoire de la science4 ,ses tudes sur les cordes vibrantes sont du nombre4 ,taylor avant d',alembert avait rsolu le problme2 ,euler1 ,bernouilli et ,lagrange s'y sont exercs aprs lui4 ,aprs de longues et subtiles discussions1 leur dsaccord a souvent subsist4 ,une gloire incontestable reste d',alembert3 il a cr l'occasion de ce problme de physique une mthode nouvelle d'analyse4 ,d',alembert est le crateur de la thorie si fconde des quations aux drives partielles4 ,il faut dire toute la vrit4 ,l'esprit de d',alembert1 ingnieux et profond sur toutes les parties de la science1 se refusait sur l'une d'elles aux dmonstrations les plus claires4 ,il a toujours repouss les principes du calcul des probabilits1 et1 dans ses discussions plusieurs fois rptes avec ,daniel ,bernouilli1 la postrit ne peut refuser son illustre adversaire l'avantage d'avoir eu raison sur tous les points4 ,malgr les travaux de ,pascal1 d',huygens et de ,jacques ,bernouilli1 d',alembert refuse de voir dans le calcul des probabilits une branche lgitime des mathmatiques4 ,le problme qui fut le point de dpart de ses doutes et l'occasion de ses critiques est rest clbre dans l'histoire de la science sous le nom de problme de ,saint-,ptersbourg4 ,on suppose qu'un joueur1 ,pierre1 jette une pice en l'air autant de fois qu'il faut pour amener face4 ,le jeu s'arrte alors et il paye son adversaire ,paul1 #a franc s'il a suffi de jeter la pice une fois1 #b francs s'il a fallu la jeter deux fois1 #d francs s'il y a eu trois coups1 puis #h francs1 #af francs1 et ainsi de suite en doublant la somme chaque fois que l'arrive de face est retarde d'un coup4 ,on demande combien ,paul doit payer quitablement en change d'un tel engagement8 ,le calcul fait par ,daniel ,bernouilli1 qui avait propos le problme1 exige que l'enjeu de ,paul soit infini4 ,quelque somme qu'il paye ,pierre avant de commencer le jeu1 l'avantage sera de son ct2 tel est le sens du mot infini4 ,ce rsultat1 quoique rigoureusement dmontr1 semble contraire aux indications du bon sens4 ,aucun homme raisonnable ne voudrait payer cent francs les promesses de ,pierre4 ,l'esprit de d',alembert1 pour repousser ce paradoxe1 rejetait avec ddain les principes qui y conduisent1 en proposant1 pour en nier la rigueur et en contester l'vidence1 les raisonnements les moins fonds et les plus singulires objections4 ,il refuse1 par exemple1 aux gomtres le droit d'assimiler dans leurs dductions cent preuves faites successivement avec la mme pice cent autres faites simultanment avec cent pices diffrentes4 ,les chances1 dit-il1 ne sont pas les mmes dans les deux cas1 et la raison qu'il en donne est fonde sur un singulier sophisme3 ,il est trs possible1 dit-il1 et mme facile de produire le mme vnement en un seul coup autant de fois qu'on le voudra1 et il est au contraire trs difficile de le produire en plusieurs coups successifs1 et peut-tre impossible1 si le nombre des coups est trs grand4 ,si j'ai1 ajoute d',alembert1 deux cents pices dans la main et que je les jette en l'air la fois1 il est certain que l'un des coups croix ou pile se trouvera au moins cent fois dans les pices jetes1 au lieu que1 si l'on jetait une pice successivement en l'air cent fois1 on jouerait peut-tre toute l'ternit avant de produire croix ou pile cent fois de suite4 ,est-il ncessaire de faire remarquer que les deux cas assimils sont entirement distincts1 et que jeter deux cents pices en l'air pour choisir aprs coup les cent qui tournent la mme face1 c'est absolument comme si l'on jetait en l'air une pice deux cents fois de suite1 en choisissant aprs1 pour les compter seules1 les preuves qui ont fourni le rsultat dsir8 ,dans cette discussion1 qui d'ailleurs n'occupe qu'une bien faible place parmi ses opuscules1 d',alembert se trompe compltement et sur tous les points4 ,son esprit1 dsireux de lumire1 toujours prt dclarer impntrable ce qui lui semble obscur1 tait plus qu'un autre expos au pril de condamner lgrement les raisonnements si glissants et si fins du calcul des chances4 ,quant au paradoxe du problme de ,saint-,ptersbourg1 il disparat entirement lorsqu'on interprte exactement la rponse du calcul3 une convention quitable n'est pas une convention indiffrente pour les parties2 cette distinction claircit tout4 ,un jeu peut tre la fois trs juste et trs draisonnable4 ,supposons1 pour mettre cette vrit dans tout son jour1 que l'on propose mille personnes possdant chacune un million de former en commun un capital d'un milliard1 qui sera abandonn l'une d'elles dsigne par le sort1 toutes les autres restant ruines4 ,le jeu sera quitable1 et pourtant aucun homme sens n'y voudra prendre part4 ,en termes plus simples et plus vidents encore3 un trs gros jeu est insens sans tre inique4 ,le problme de ,saint-,ptersbourg offre1 sous l'apparence d'un jeu trs modr1 dans lequel on doit vraisemblablement payer quelques francs seulement1 des conventions qui peuvent1 dans des cas qui n'ont rien d'impossible1 rendre la perte colossale4 ,les plus grands gomtres ont crit sur le calcul des probabilits2 presque tous ont commis des erreurs3 la cause en est1 le plus souvent1 au dsir d'appliquer des principes des problmes qui par leur nature chappent la science4 ,d',alembert commet la faute oppose3 il nie les principes4 ,imposer aux hasards des lois mathmatiques est pour lui un contresens2 il rejette le problme et dtourne les yeux4 ,les gomtres1 sur ce point1 n'avaient qu'un parti prendre1 celui de ne pas le lire4 ,il n'a jamais connu la question4 ,daniel ,bernouilli l'a invit se mettre au fait des matires dont il parle4 ,d',alembert l'a trait d'impertinent3 ils avaient tous les deux raison4 ,lorsque1 trop confiant dans la thorie1 on l'invoque dans des cas o elle n'a que faire1 le scepticisme reprend l'avantage4 ,la clbre question de l'inoculation en offre un exemple4 ,l'inoculation1 au ,x,v,i,i,ie sicle1 avant la dcouverte de la vaccine1 tait pour les familles le parti le plus sage2 l'tude des faits le rendait vident1 mais il ne fallait pas mler de formules la discussion3 telle est la thse de d',alembert4 ,il l'a1 selon sa coutume1 soutenue avec chaleur et esprit2 il adopte la bonne cause et combat ceux qui la dfendent mal2 nous ne devons pas passer sous silence ce rle qui lui fait honneur4 ,la question de fait domine tout2 elle repose sur des chiffres incertains4 ,les statistiques n'taient pas d'accord4 ,d',alembert1 dont la conclusion est rsolument favorable l'inoculation1 allgue surtout le trs petit nombre des dcs1 fort infrieur1 suivant les renseignements les plus certains1 celui qu'on avait propos d'abord en conseillant pourtant de braver le danger4 ,sur deux cents inoculs1 avait dit ,daniel ,bernouilli1 il en meurt un en moyenne dans le mois qui suit l'opration4 ,si cela tait vrai1 rpond d',alembert1 il faudrait laisser chacun libre4 ,chacun1 comme dit ,pantagruel1 serait arbitre de ses propres penses et de soy-mme prendrait conseil2 mais le chiffre est exagr4 ,les prcautions chaque jour mieux connues ont rendu le nombre des victimes dix fois moindre et pourront le rduire encore4 ,sans insister sur ces chiffres douteux1 la thse qu'il soutient est celle-ci3 ,l'valuation de la vie moyenne n'a pour une telle question rien qui soit dcisif4 ,il n'est pas vrai que1 la vie moyenne tant suppose1 par exemple1 de vingt-cinq ans pour les hommes de trente ans bien portants1 toute innovation qui la portera vingt-sept ans doive tre accepte comme un avantage4 ,supposons1 pour carter toute hsitation1 que la petite vrole soit la seule maladie mortelle2 on sait gurir toutes les autres2 quiconque ne meurt pas de celle-l atteindra l'ge de cent ans4 ,les ravages de cette maladie unique sont cependant terribles2 ils rduisent de quatre-vingts ans soixante la vie moyenne d'un homme de vingt ans4 ,l'inoculation--c'est l'hypothse--fait mourir1 le lendemain du jour o elle est pratique1 le cinquime de ceux qui s'y exposent4 ,la vie moyenne1 si tous se font inoculer vingt ans1 s'lvera--le calcul est facile--de soixante ans soixante-quatre4 ,qui oserait cependant1 dans de telles conditions1 je ne dis pas conseiller1 mais pratiquer l'opration8 ,quel mdecin consentirait se prsenter dans une ville1 offrant mille habitants jeunes et bien portants d'accrotre de quatre ans leur vie moyenne1 en se faisant accompagner de deux cents cercueils destins recevoir le lendemain ceux qui n'auront pas acquis la certitude de vivre cent ans8 ,l'accroissement de la vie moyenne semblerait fort indiffrent4 ,devant la crainte de mourir demain1 quels que soient les raisonnements1 disparaissent toutes les esprances et toutes les craintes relatives aux quatre-vingts annes qui suivent4 ,d',alembert dans ses crits mathmatiques manque d'lgance et de clart4 ,comment ce savant universel1 nourri aux tudes classiques1 habile disserter spirituellement et avec loquence sur les sujets les plus divers1 cet crivain clbre pour la vigueur et la prcision de son style1 perd-il son habilet et sa grce en rdigeant ses belles dcouvertes8 ,je hasarderai une explication4 ,d',alembert aucune poque de sa vie n'a voulu tre professeur4 ,au sortir du collge et pendant ses tudes en droit1 grce aux #abjj livres lgues par son pre1 il diminuait1 en la partageant1 la gne de ses parents adoptifs4 ,leur ordinaire de pauvres artisans suffisait la simplicit de ses gots4 ,rsign comme son ami ,diderot revtir souvent un costume en dsaccord avec la saison1 il n'a jamais consenti comme lui changer son temps contre un salaire4 ,diderot nous apprend sans embarras que1 profitant de toute occasion1 il enseignait pour gagner le pain quotidien les sciences aussi volontiers que les lettres4 ,que faisiez-vous dans l'alle des ,soupirs8 --,une assez triste figure4 --,au sortir de l vous battiez le pav4 --,d'accord4 --,vous donniez des leons de mathmatiques4 --,sans en savoir un mot4 ,n'est-ce pas l que vous voulez en venir8 --,justement4 --,j'apprenais en montrant aux autres et j'ai fait quelques bons lves4 ,d',alembert1 en cela comme sous beaucoup d'autres rapports1 dissemblait de son ami ,diderot3 ,diderot enseignait les mathmatiques sans les savoir2 d',alembert les savait1 mais n'a jamais voulu vendre une heure de son temps4 ,demandez1 dit ailleurs ,diderot le neveu de ,rameau1 son cynique interlocuteur1 demandez votre ami d',alembert1 le coryphe de la science mathmatique1 s'il serait trop bon pour en faire les lments4 ,d',alembert ne se posait pas la question1 jamais il n'a form d'lve1 et jamais1 dans le dsir d'tre compris des intelligences paresseuses et rebelles1 il n'a fait effort pour tre1 comme disait ,descartes1 transcendentalement clair4 ,on raconte qu'un jeune homme abordant le calcul diffrentiel y rencontrait des contradictions qui1 s'il est mal enseign1 peuvent rellement s'y trouver4 ,il osa consulter d',alembert1 illustre dj et1 comme disait ,diderot1 coryphe admir des sciences mathmatiques4 ,la rponse est reste clbre3 ,allez en avant1 la foi vous viendra4 ,ce mot brillant1 mais dpourvu de toute vrit1 explique assez bien les dfauts de d',alembert4 ,il se rserve d'clairer chaque page par la lecture de la suivante2 c'est ce qu'on appelle manquer de mthode4 ,si d',alembert n'avait pas toujours dans ses compositions gomtriques le style net et prcis d',euclide1 il runissait un haut degr1 avec une rputation toujours croissante1 les qualits dsires dans un secrtaire perptuel de l',acadmie des sciences4 ,trop jeune pour remplacer ,fontenelle1 il aurait t1 s'il l'avait voulu1 le successeur de ,mairan ou celui de ,grandjean de ,fouchy4 ,plusieurs fois dans sa correspondance il fait allusion pour les dmentir aux bruits rpandus ce sujet4 ,la voix publique une premire fois le dsignait pour remplir une place que le titulaire n'avait pas le dsir de quitter4 ,d',alembert ne pouvait admettre qu'on lui prtt de telles intentions4 ,il crivait ,mme du ,deffant1 amie dvoue de celui qui1 bien ou mal1 comme dit d',alembert1 occupait la place3 ,je suis toujours et plus que jamais dans les dispositions o vous m'avez vu de ne rien demander2 je ne pense point du tout1 et n'ai jamais pens la place de secrtaire de l',acadmie des sciences1 je serais trs fch1 quand je le pourrais1 d'en dpouiller celui qui la remplit bien ou mal4 ,je ne veux point non plus aller sur les brises de ,montigny qui1 je crois1 pense cette place1 en cas que ,dieu ou ,m4 d',argenson1 sous sa figure1 dispose du titulaire2 si j'ai fait la prface de l',encyclopdie1 'a t pour contribuer de mon mieux au bien de l'ouvrage2 l'gard des deux loges 7allgus comme preuve de sa candidature71 je ne les ai faits que parce que les auteurs du ,mercure me les ont demands4 ,je n'ai eu dans tout cela aucune vue d'intrt et de fortune et point d'autre que de prouver qu'on peut tre gomtre et avoir le sens commun4 tes-vous contente prsent1 madame1 et me condamnerez-vous sur la parole de ,m4 ,simard1 car1 selon ce que l'abb ,canaye m'crit1 je vois que vous tes fort en colre4 ,je lui pardonne cette dmarche1 parce qu'il n'a point eu envie de me dsobliger2 je vous pardonne mme de l'avoir cru1 mais je ne vous pardonnerais pas de le croire encore4 ,il crivait plus tard ,lagrange3 ,depuis que je vous ai crit1 j'ai acquis une dignit1 celle de secrtaire de l',acadmie franaise1 vacante par la mort de mon ami ,duclos4 ,cette place n'est pas fort avantageuse1 mais en rcompense elle donne peu de besogne faire1 ce qui me convient fort dans l'tat o je suis4 ,il n'en est pas de mme de la place de secrtaire de notre ,acadmie des sciences1 qui vraisemblablement ne tardera pas vaquer1 et que je travaille faire retomber notre ami ,condorcet qui la remplira merveilleusement4 ,d',alembert1 lu l',acadmie franaise en #agee1 sans jamais dlaisser la science1 portait depuis longtemps vers les lettres1 la philosophie et les polmiques de parti la plus grande part de son activit4 ,le dvouement de d',alembert pour ceux qu'il aimait tait sans limite et toujours prt1 mais il aimait peu de monde4 ,jovial et familier avec les indiffrents1 il avait le don de leur plaire1 les traitait en amis sans s'engager rien1 et sa verve satirique1 qui souvent dpassait sa pense1 prenait en s'exerant sur eux l'apparence d'une trahison4 ,il se plaisait peu parmi ses confrres de l',acadmie des sciences et1 sans vouloir s'en faire des ennemis1 parlait souvent d'eux comme s'ils l'avaient t4 ,sa correspondance avec ,lagrange est toute scientifique2 l',acadmie des sciences y semble occuper le centre de ses penses et de sa vie4 ,dans la libert d'un commerce intime1 il dit sans y attacher d'importance ce qu'il pense de chacun4 ,le secrtaire perptuel1 ,grandjean de ,fouchy1 dont il destine la succession son ami ,condorcet1 est ngligent et inepte4 ,l'pithte de ,vidaze semble faite pour lui comme celle de3 aux pieds lgers1 pour ,achille4 ,quand le nom de ,lalande se rencontre sous sa plume1 une pithte injurieuse le prcde ou le suit4 ,les diteurs de la correspondance ont remplac l'une d'elles par des points2 nous imiterons leur rserve4 ,lagrange1 en apprenant par un tiers la rconciliation de d',alembert avec celui qu'il traitait si mal1 marque un tonnement bien naturel4 ,d',alembert lui rpond3 ,a propos de ,lalande1 il est vrai que nous sommes raccommods parce qu'il en a tmoign un grand dsir et qu'au fond je suis bon diable4 ,le mot est trs juste2 d',alembert a des colres et des mots piquants1 il dit sur tous toute la vrit1 mais n'en veut personne4 ,le vaniteux ,fontaine1 quoi qu'en ait dit ,diderot1 n'tait ni estim ni aim de d',alembert4 ,il en parle souvent avec ddain1 et quand il annonce sa mort ,lagrange1 c'est avec plus que de l'indiffrence4 ,monsieur ,fontaine est mort dans un tat fort misrable1 accabl de dettes et mme ruin2 le tout par sa faute et pour avoir eu la vanit de vouloir tre seigneur de paroisse et d'avoir achet pour cela une terre qu'on lui a vendue un prix fou et qu'il n'a pas pu payer4 ,c'tait un homme de gnie1 mais d'ailleurs un fort vilain homme4 ,la socit gagne sa mort encore plus que la gomtrie n'y perd4 ,fontaine n'tait pas un homme de gnie1 d',alembert le savait bien1 mais il fallait aiguiser la pointe de l'pigramme4 ,lagrange rpond3 ,j'ai t fort touch de la mort de ,m4 ,fontaine et surtout des circonstances qui l'ont accompagne1 quoiqu'il se ft dchan contre moi sans rime ni raison4 ,le souvenir de ses anciennes bonts pour moi m'empchait cependant de lui vouloir du mal4 ,les traits lancs par d',alembert contre ses confrres sont continuels4 ,lorsque ,lagrange est nomm associ tranger de l',acadmie des sciences1 une voix manque l'unanimit4 ,c'est celle d'un mdecin nomm ,hrissent1 trs plat sujet et bien mchant bougre4 ,lorsque l',acadmie choisit l'abb ,bossut1 gomtre estimable1 auteur d'une trs bonne histoire des mathmatiques1 d',alembert crit en annonant ce choix3 ,nous avions pourtant grand besoin de gomtres4 ,deparcieux1 homme projets utiles1 que ,voltaire a appel grand gomtre1 est caractris par d',alembert comme un de ces hommes qu'il est bon d'avoir dans les ,acadmies afin que les gens en place soient persuads qu'elles sont bonnes quelque chose4 ,d',alembert d'ailleurs--c'est la fois une explication et une excuse--n'pargne pas ses propres ouvrages ses jugements ddaigneux ou svres4 ,je m'amuse1 crit-il ,lagrange1 faire imprimer deux volumes d'opuscules qui comprennent tous les rogatons gomtriques que j'imprime1 pour m'en dbarrasser1 comme les femmes qui pousent leurs amants pour s'en dfaire4 ,je ne quitterai pas la correspondance entre d',alembert et ,lagrange sans y relever un trait piquant qui trouverait difficilement place ailleurs4 ,d',alembert protgeait et aimait le jeune ,lagrange2 il avait1 lors d'un voyage de ,turin ,paris1 recommand le grand gomtre son ami ,voltaire1 dont le domaine des ,dlices se trouvait sur la route4 ,le jeune protg de d',alembert1 accueilli gracieusement par l'auteur de la ,henriade1 de ,zare1 de l',essai sur les moeurs et de ,candide1 il y en avait pour tous les gots1 ne parut nullement bloui4 ,il crit d',alembert3 ,j'ai pass par ,genve1 comme je me l'tais propos1 et1 la faveur de votre recommandation1 j'ai eu l'honneur de dner chez ,monsieur de ,voltaire1 qui m'a fait un trs gracieux accueil4 ,il tait ce jour-l en humeur de rire et ses plaisanteries tombaient toujours1 comme de coutume1 sur la religion1 ce qui amusa beaucoup toute la compagnie4 ,c'est1 en vrit1 un original qui mrite d'tre vu4 ,voltaire n'a pas mme remarqu le gomtre2 le nom de ,lagrange dans ses lettres n'est pas prononc4 ,on l'aurait bien surpris en lui prdisant que ce jeune homme insignifiant1 qui le trouvait curieux voir1 occuperait dans l'histoire de l'esprit humain une place plus haute sinon plus grande que la sienne4 ,l'esprit de d',alembert est complexe1 mais son coeur est facile connatre4 ,l'effort ncessaire pour la dissimulation dpassait ses forces4 ,ses amitis1 ses amours1 ses ddains et ses haines1 son incrdulit et son scepticisme taient connus de quiconque l'approchait1 et lorsque1 dsireux de tranquillit1 il prenait la rsolution d'tre correct et prudent1 il ne tardait pas rire de lui-mme1 comme il voulait rire de ,tout4 ,,chapitre ,,iii ,d',,alembert ,,et ,l',,encyclop,,die ,dans la satire trop vante de l'envieux ,gilbert1 dont1 par une rare et injuste fortune1 les vers ingnieusement mchants sont presque tous demeurs clbres1 on a souvent cit le trait lanc au froid d',alembert3 444,chancelier du ,parnasse1 ,qui se croit un grand homme et fit une prface4 ,on ne saurait plus mal dire4 ,les amis de d',alembert le traitaient d'illustre1 les envieux s'inclinaient devant lui4 ,sa gloire tait certaine1 il ne pouvait fermer les yeux l'vidence1 il tait grand1 jamais il ne fut fier4 ,simple et sans prtentions1 il comprenait tout et s'intressait tout4 ,son rire tincelant bravait les lois du dcorum2 prompt saisir les ridicules1 habile les imiter1 excellent mime1 quelquefois bouffon1 d',alembert se plaisait l'tonnement de ceux qui mesurent l'importance d'un personnage la dignit de ses manires4 ,diderot1 dont l'influence fit partager d',alembert la tche immense de l',encyclopdie1 avait avec lui1 malgr la grande diffrence de caractre et de talent1 un fonds d'ides communes qui les rapprochaient et pouvaient maintenir leur amiti4 ,libres tous deux de toute ambition1 avec la mme ardeur pour l'tude et pour les travaux de l'esprit1 ils taient galement curieux de science1 d'art1 de littrature1 de philosophie1 en enveloppant dans un mme scepticisme toutes les questions qui1 de prs ou de loin1 appartiennent la thologie4 ,l'exemple de leur vie et de leur noble caractre peut servir d'argument sans rplique qui voudra convaincre les esprits les plus prvenus que la bont1 le dvouement1 le dsintressement et la vertu ne sont l'apanage d'aucune secte1 le privilge d'aucune croyance4 ,l',encyclopdie fut d'abord une entreprise de librairie4 ,les polmiques religieuses n'inspiraient d',alembert qu'loignement et ddain4 ,satisfait de penser librement1 il ne demandait aux autres que la tolrance1 mais il la voulait pour lui-mme et pour tous4 ,c'tait une dclaration de guerre4 ,l',encyclopdie anglaise de ,chambers1 ,londres1 enrichissait les diteurs4 ,le premier projet tait de la traduire4 ,diderot avait fait ses preuves4 ,il ne traduisait pas1 il transformait4 ,en prtant un auteur obscur l'clat de son propre style et la hardiesse de ses penses1 il ne trahissait que lui-mme2 sa plume infidle ne pouvait rien crire de mdiocre4 ,la tche1 mme restreinte au programme primitif1 tait immense4 ,en s'associant d',alembert d'abord1 puis une petite arme1 dont il devint l'me1 ,diderot ne prvoyait pas la campagne retentissante qu'il devait diriger4 ,d',alembert1 soucieux de son repos1 aurait refus de s'y associer4 ,le prospectus de l',encyclopdie lui donnait pour titre3 ,encyclopdie ou ,dictionnaire raisonn des sciences1 des arts et des mtiers4 ,l'ordre alphabtique tait adopt4 ,on comprend mal la convenance d'associer le tableau des ides et du savoir humain une srie d'articles se succdant sans ordre ni mthode4 ,les diteurs pensaient autrement1 et le discours prliminaire1 en assignant dans chaque science la place de chaque question1 et chaque science sa place dans le dveloppement de l'esprit humain1 devait corriger1 en instruisant le lecteur1 le dfaut de mthode accept pour la commodit des recherches4 ,un chef-d'oeuvre d'ailleurs est toujours bienvenu4 ,diderot en attendait un de d',alembert4 ,uniquement soucieux de l'intrt de l'oeuvre1 au-dessus1 par son caractre1 de la vanit et mme de l'orgueil1 il lui importait surtout de prparer un succs son ami4 ,le discours prliminaire servant de prface l',encyclopdie contient1 dit d',alembert1 la quintessence des connaissances mathmatiques1 philosophiques et littraires acquises par vingt annes d'tudes4 ,il fait ainsi remonter ses mditations au jour de son entre au collge des ,quatre-,nations4 ,le discours contient deux parties distinctes3 l'exposition dtaille de l'ordre dans lequel sont nes les diverses branches du savoir humain1 et le tableau historique du progrs depuis la ,renaissance jusqu' nos jours4 ,le premier problme est insoluble4 ,nous ne savons les origines en aucun genre4 ,il faut donc deviner4 ,on est certain de proposer des vrits douteuses1 certain aussi de n'tre pas convaincu d'erreur4 ,toutes nos connaissances viennent par les sens1 tel est le point de dpart de d',alembert4 ,la prcision n'est qu'apparente1 l'assertion est vague4 ,veut-on dire qu'un aveugle1 sourd et muet de naissance1 dpourvu des organes du toucher1 nourri par une sonde1 n'acquerrait1 s'il pouvait vivre1 qu'un bien petit nombre d'ides8 ,on l'accordera sans peine4 ,les sens sont ncessaires assurment4 ,tout vient-il d'eux8 et qu'entend-on par l8 ,les sens des animaux valent les ntres pour le moins3 la source des ides pour eux n'est donc pas moins riche que pour nous4 ,pourquoi n'arrivent-ils pas nous galer8 ,helvtius a fait l'objection et trouv la rponse4 ,les animaux n'ont pas de mains4 ,l'ide du moi est la premire4 ,la premire chose que nos sensations nous apprennent1 c'est notre existence4 ,les sensations sont-elles indispensables8 ,pourrait-on concevoir un tre intelligent dpourvu1 faute de sensations1 du sentiment de sa propre existence8 ,aprs avoir connu notre propre existence1 nous devons nos sensations la connaissance des objets extrieurs et1 parmi eux1 celle de notre corps2 un sentiment irrsistible nous fait croire la ralit de ces objets4 ,d',alembert1 l'appui de cette ide1 propose un singulier argument4 ,n'ayant aucun rapport1 dit-il1 entre chaque sensation et l'objet qui l'occasionne ou du moins auquel nous le rapportons1 il ne parat pas qu'on puisse prouver par le raisonnement de passage possible de l'un l'autre4 ,il n'y a qu'une espce d'instinct plus sr que la raison mme qui puisse nous forcer franchir un si grand intervalle4 ,n'est-on pas tent de traduire ainsi3 la croyance la ralit des objets extrieurs n'est pas justifiable par la raison2 elle n'en est que plus certaine8 ,toutes les routes conduisent d',alembert au scepticisme4 ,il ne lui semble pas qu'on puisse avoir d'ide distincte1 moins encore d'ide complte ni de la matire ni d'autre chose4 ,quand je me perds dans mes rflexions ce sujet1 crivait-il vingt ans plus tard1 ce qui m'arrive toutes les fois que j'y pense1 je suis tent de croire que tout ce que nous voyons n'est qu'un phnomne qui n'a rien1 hors de nous1 de semblable ce que nous imaginons1 et j'en reviens toujours la question du roi indien3 ,pourquoi y a-t-il quelque chose8 ,le grand ,ampre1 qui1 plus souvent que d',alembert et avec plus de confiance et plus d'espoir1 aimait s'garer dans les tnbres de la mtaphysique1 trouvait aussi la diffrence entre les phnomnes et les noumnes difficile et incertaine4 ,la question change de nom sans avancer d'un pas4 ,c'est le problme du moi et du non-moi4 ,quand les savants s'embarrassent pour le rsoudre1 on pourrait leur rpondre1 en parodiant le vers d'un grand pote3 ,il faut pour l'ignorer avoir fait ses tudes4 ,l'tude des objets extrieurs est le premier soin de l'homme3 elle a pour origine la ncessit de garantir notre propre corps de la douleur et de la destruction4 ,il faut donc1 avant tout1 chercher ce qui nous est utile ou nuisible4 ,cette recherche nous rvle nos semblables et nous sommes attirs vers eux4 ,l'explication du rapprochement des hommes est trange1 il faut l'avouer4 ,mais ce qui suit l'est plus encore4 ,l'homme cherche l'homme1 on en convient sans peine2 mais que trouve-t-il8 ,l'injustice et le vice1 dont la vue lui enseigne la justice et la vertu4 ,le mal que nous prouvons par les vices de nos semblables1 produit en nous la connaissance rflchie des vertus opposes1 connaissance prcieuse dont une union et une galit parfaite nous auraient peut-tre privs4 ,de l'ide de vertu l'homme s'lve comprendre la spiritualit de l'me1 l'existence de ,dieu et nos devoirs envers lui4 ,malgr l'intrt de ces hautes vrits1 il ne faut pas1 comme on l'a dit plaisamment1 que le corps soit la dupe de l'immortalit de l'me4 ,telle est l'origine de l'agriculture1 de la mdecine et des arts ncessaires4 ,avides de connaissances utiles1 les premiers hommes ont d carter d'abord toute spculation oisive2 mais l'tude de la nature entreprise pour nous donner le ncessaire fournit avec profusion nos plaisirs4 ,la satisfaction d'apprendre des vrits mme inutiles est une espce de superflu qui supple ce qui nous manque4 ,en recueillant ce superflu pour goter l'amusement qui s'y attache1 l'esprit humain rencontre la physique et la mcanique1 et l'abstraction des proprits sensibles autres que l'tendue fait natre la gomtrie4 ,cette science est le terme le plus loign o la contemplation des proprits de la matire puisse nous conduire1 et nous ne pourrions aller plus loin sans sortir de l'univers matriel2 mais telle est la marche de l'esprit dans ses recherches1 qu'aprs avoir gnralis les perceptions1 il revient sur ses pas1 recompose de nouveau les perceptions mmes1 et en forme peu peu et par gradation des tres rels qui sont l'objet immdiat et direct de nos sensations4 ,la physique mathmatique1 l'astronomie et1 quand le raisonnement se trouve impuissant tout enchaner1 la physique exprimentale1 sont nes de ce mouvement rtrograde fait par l'esprit4 ,entre les limites trs loignes de nos connaissances certaines1 dont l'une est l'ide de nous-mme et l'autre cette partie des mathmatiques qui a pour objet les proprits gnrales des corps1 se trouve un intervalle immense ou l'intelligence suprme semble avoir voulu se jouer de la curiosit humaine1 tant par les nuages qu'elle y a rpandus sans nombre que par quelques traits de lumire qui semblent chapper de distance en distance pour nous attirer4 ,la nature de l'homme1 dont l'tude est si ncessaire1 est un mystre impntrable l'homme mme quand il n'est clair que par la raison seule4 ,rien ne nous est donc plus ncessaire qu'une religion rvle qui nous instruise sur tant de divers objets4 ,destine servir de supplment la connaissance naturelle1 elle nous montre une partie de ce qui tait cach1 mais elle se borne ce qu'il nous est absolument ncessaire de connatre4 ,le reste est ferm pour nous et apparemment le sera toujours4 ,quelques vrits croire1 un petit nombre de prceptes pratiquer1 voil quoi la religion rvle se rduit3 nanmoins1 la faveur des lumires qu'elle a communiques au monde1 le peuple mme est plus ferme et plus dcid sur un grand nombre de questions intressantes que ne l'ont t toutes les sectes de philosophes4 ,les lecteurs de l',encyclopdie taient prvenus4 ,ces lignes marquent aussi franchement qu'on pouvait le faire sans imprudence tout le programme thologique2 pour un pas de plus dans cette voie la porte se serait ferme4 ,quelquefois cependant1 mais avec moins de lgret1 d',alembert imite le tour habituel de ,voltaire4 ,d'ailleurs1 dit-il plus loin1 quelque absurde qu'une religion puisse tre 7reproche que l'impit seule peut faire la ntre71 ce ne sont jamais les philosophes qui la dtruisent4 ,lors mme qu'ils enseignent la vrit1 ils se contentent de la montrer sans forcer personne la connatre4 ,l'avantage que les hommes ont trouv tendre la sphre de leurs ides soit par leurs propres efforts1 soit par le secours de leurs semblables1 leur a fait penser qu'il serait utile de rduire en art la manire mme d'acqurir des connaissances et celle de se communiquer rciproquement leurs penses4 ,cet art a donc t trouv et nomm logique4 ,la science de la communication des ides ne se borne pas mettre de l'ordre dans les ides mmes2 elle doit apprendre encore exprimer chaque ide de la manire la plus nette4 ,la science du langage est devenue ncessaire1 et comme les hommes en se communiquant leurs ides cherchent aussi se communiquer leurs passions1 l'loquence est une arme ncessaire4 ,faite pour parler au sentiment comme la logique et la grammaire parlent l'esprit1 elle impose silence la raison mme1 mais les rgles ici ne peuvent suppler au talent1 et le gnie ne peut se rduire en prceptes4 ,il ne nous suffit pas de vivre avec nos contemporains et de les dominer pour embrasser le pass et l'avenir4 ,de l1 l'origine de l'histoire4 ,les branches principales se divisent en une infinit d'autres1 dont l'numration serait immense et appartient plus l',encyclopdie qu' la prface4 ,les beaux-arts jusqu'ici n'ont pas t mentionns4 ,est-il ncessaire de les dfinir et d'en chercher l'origine8 ,d',alembert s'est donn la tche de tout enchaner logiquement4 ,il est1 dit-il1 une autre espce de connaissances rflchies dont nous devons maintenant parler4 ,elles consistent dans les ides que nous nous formons nous-mmes1 en imaginant et composant des tres semblables ceux qui sont l'objet de nos ides directes4 ,c'est ce qu'on nomme l'imitation de la nature1 si connue et si recommande par les anciens4 ,comme les ides directes qui nous frappent le plus vivement sont celles dont nous conservons plus vivement le souvenir1 ce sont aussi celles que nous cherchons le plus rveiller en nous par l'imitation de leurs objets4 ,si les objets agrables nous frappent plus1 tant rels1 que simplement reprsents1 ce qu'ils perdent d'agrment en ce dernier cas est en quelque manire compens par celui qui rsulte du plaisir de l'imitation4 l'gard des objets qui n'exciteraient1 tant rels1 que des sentiments tristes ou tumultueux1 leur imitation est plus agrable que les objets mmes1 parce qu'elle nous place cette juste distance o nous prouvons le plaisir de l'motion sans en ressentir le dsordre2 c'est dans cette imitation des objets capables d'exciter en nous des sentiments vifs ou agrables1 de quelque nature qu'ils soient1 que consiste1 en gnral1 l'imitation de la belle nature1 sur laquelle tant d'auteurs ont crit sans en donner d'ide nette4 ,ce que nous savons de l'histoire semble s'accorder mal avec l'enchanement expos par d',alembert4 ,il prvoit l'objection4 ,quand on considre depuis l'poque de la ,renaissance les progrs de l'esprit humain1 on trouve1 dit-il1 que les progrs se sont faits dans l'ordre qu'ils devaient naturellement suivre4 ,cet ordre est prcisment le contraire de celui que propose le discours4 ,en sortant d'un long intervalle d'ignorance que des sicles de lumire avaient prcd1 la rgnration des ides a d ncessairement tre diffrente de leur gnration primitive4 ,un grand pote a dit3 ,le prsent au hasard flotte sur le pass4 ,d',alembert ne veut pas croire au hasard4 ,la partie la plus brillante du discours prliminaire est le tableau trac1 d'aprs l'histoire1 de la marche de l'esprit humain depuis son renouvellement par l'invention de l'imprimerie et l'migration des savants du ,bas-,empire apportant les richesses de l'antiquit4 ,le style convient au sujet2 il est digne la fois des grandes questions qu'on aborde1 des grands hommes que l'on juge et du grand esprit qui rvle sa puissance4 ,les chefs-d'oeuvre que les anciens nous avaient laisss dans presque tous les genres1 avaient t oublis pendant douze sicles4 ,les principes des arts et des sciences taient perdus1 parce que le beau et le vrai1 qui semblent se montrer de toutes parts aux hommes1 ne les frappent gure moins qu'ils ne soient avertis4 ,ce n'est pas que ces temps malheureux aient t plus striles que d'autres en gnies rares4 ,la nature est toujours la mme2 mais que pouvaient faire ces grands hommes sems de loin en loin1 comme ils le sont toujours1 occups d'objets diffrents et abandonns sans culture leurs lumires8 ,les ides qu'on acquiert par la lecture et par la socit sont le germe de presque toutes les dcouvertes4 ,c'est un air que l'on respire sans y penser et auquel on doit la vie2 les hommes dont nous parlons taient privs d'un tel secours4 ,celui qui inventa les roues et les pignons et invent les montres dans un autre sicle1 et ,gerbert au temps d',archimde l'aurait peut-tre gal4 ,d',alembert semble plus heureux qu'embarrass de l'immensit de sa tche4 ,il trace avec ardeur et vivacit le tableau des progrs de la posie4 ,ses jugements parfois peuvent causer quelques surprises4 ,au lieu d'enrichir la langue franaise1 on chercha d'abord la dfigurer4 ,ronsard en fit un jargon barbare1 hriss de grec et de latin2 mais heureusement il la rendit assez mconnaissable pour qu'elle devnt ridicule4 ,d',alembert n'aurait-il pas mieux fait de passer ,ronsard sous silence1 comme il a fait de ,clment ,marot8 ,pour lui1 comme pour ,boileau1 la posie franaise commence ,malherbe4 ,son admiration est sincre et l'inspire heureusement4 ,malherbe1 nourri de la lecture des excellents potes de l'antiquit1 et prenant comme eux la nature pour modle1 rpandit le premier dans notre posie une harmonie et des beauts auparavant inconnues4 ,balzac1 aujourd'hui trop mpris1 donne notre prose de la noblesse et du nombre4 ,les crivains de ,port-,royal continurent ce que ,balzac avait commenc2 ils y ajoutrent cette prcision1 cet heureux choix des termes et cette puret qui ont conserv jusqu' prsent la plupart de leurs ouvrages un air moderne et qui les distinguent d'un grand nombre de livres suranns crits dans le mme temps4 ,corneille1 aprs avoir sacrifi pendant plusieurs annes au mauvais got dans la carrire dramatique1 s'en affranchit enfin1 dcouvrit par la force de son gnie1 bien plus que par la lecture1 les lois du thtre1 et les exposa dans ses discours admirables sur la tragdie1 dans ses rflexions sur chacune de ses pices1 mais principalement dans ses pices mmes4 ,racine1 s'ouvrant une autre route1 fit paratre sur le thtre une passion que les anciens n'y avaient gure connue1 et1 dveloppant les ressorts du coeur humain1 joignait une lgance et une vrit continues quelques traits de sublime4 ,despraux dans son ,art potique se rendit l'gal d',horace en l'imitant4 ,molire1 par la peinture fine des ridicules et des moeurs de son temps1 laisse loin derrire lui la comdie ancienne4 ,la ,fontaine ft presque oublier sope et ,phdre1 et ,bossuet alla se placer ct de ,dmosthne4 ,tout cela n'est pas et n'tait pas mme alors bien nouveau1 mais suffit pour justifier d',alembert d'avoir aspir prouver1 en l'crivant1 qu'un gomtre peut avoir le sens commun4 ,le rle des ,italiens1 celui des ,anglais chez lesquels il admire sans limite l'immortel chancelier ,bacon et le sage philosophe ,locke1 sont indiqus avec une impartiale justice4 ,descartes est jug de haut par un de ses pairs comme gomtre1 par un adversaire indulgent pour les autres faces de son gnie4 ,il a peut-tre t grand1 mais il n'a pas t heureux4 ,il parat impossible de mieux dire en moins de mots4 ,sur sa philosophie et sur son systme du monde1 d',alembert est bien loin de vouloir l'amoindrir4 ,sa mthode aurait suffi pour le rendre immortel4 ,cet homme rare1 dit-il1 dont la fortune a tant vari en moins d'un sicle1 avait tout ce qu'il fallait pour changer la face de la philosophie4 ,une imagination forte1 un esprit trs consquent1 des connaissances puises dans lui-mme plus que dans les livres1 beaucoup de courage pour combattre les prjugs les plus gnralement reus et aucune espce de dpendance qui le fort les mnager4 ,aussi prouva-t-il1 de son vivant mme1 ce qui arrive1 pour l'ordinaire1 tout homme qui prend un ascendant trop marqu sur les autres1 il fit quelques enthousiastes et eut beaucoup d'ennemis4 ,soit qu'il connt sa nation1 soit qu'il s'en dfit seulement1 il s'tait rfugi dans un pays entirement libre pour y mditer plus son aise4 ,quoiqu'il penst beaucoup moins faire des disciples qu' les mriter1 la perscution alla le chercher dans sa retraite1 et la vie cache qu'il menait ne put l'y soustraire4 ,malgr toute la sagacit qu'il avait employe pour prouver l'existence de ,dieu1 il fut accus de la nier par des ministres qui1 peut-tre1 n'y croyaient pas4 ,tourment et calomni par des trangers et assez mal accueilli par ses compatriotes1 il alla mourir en ,sude1 bien loign sans doute s'attendre au succs brillant que ses opinions eurent un jour4 ,on peut considrer ,descartes comme gomtre ou comme philosophe4 ,les mathmatiques1 dont il semble avoir fait assez peu de cas1 font nanmoins aujourd'hui la partie la plus solide et la moins conteste de sa gloire4 ,la gomtrie1 qui1 par sa nature1 doit toujours gagner sans perdre1 ne pouvait manquer1 tant manie par un si grand gnie1 de faire des progrs trs sensibles et apparents pour tout le monde4 ,la philosophie se trouvait dans un tat trs diffrent4 ,tout y tait commencer2 et que ne cotent point les premiers pas en tout genre6 ,le mrite de les faire dispense de celui d'en faire de grands4 ,osons pntrer et traduire la pense de d',alembert4 ,les loquentes rveries de ,platon et la savante logique d',aristote avaient laiss tout faire en philosophie4 ,on doit ,descartes un premier pas1 il est petit et l'on attend encore le second4 ,chez un esprit habitu exiger la rigueur1 un tel jugement n'a rien qui doive surprendre4 ,mais pourquoi tant crire alors sur la philosophie8 ,les pages sur ,newton1 quoique belles1 ne sont pas dignes d'un tel sujet4 ,d',alembert aurait eu bonne grce s'incliner plus profondment devant son vritable matre4 ,lorsque1 press par les limites ncessaires de son oeuvre1 il salue rapidement les grands hommes en les jugeant d'un seul mot1 ce mot n'est pas toujours heureux3 ,galile1 qui la gographie doit tant pour ses dcouvertes astronomiques1 et la mcanique pour sa thorie de l'acclration4 ,il y avait plus et mieux dire sur l'adversaire victorieux du systme de ,ptolme4 ,huygens1 qui par ses ouvrages pleins de force et de gnie a su bien mriter de la gomtrie et de la physique4 ,le lecteur1 s'il ne le sait dj1 peut-il deviner1 dans ce savant qui mrite bien de la science1 le gnie immortel que dans son enfance on nommait ,archimde et dont la longue carrire a justifi ce glorieux surnom4 ,pascal1 auteur d'un trait sur la cyclode4444 ,quelle que puisse tre la suite1 d',alembert ici le prend de trop bas4 ,mais1 loin de rparer une maladresse irrparable1 il ajoute avec une froide ironie3 ,gnie immortel et sublime dont les talents ne pourraient tre trop regretts de la philosophie si la religion n'en avait pas profit4 ,ni ,galile1 ni ,huygens1 ni ,pascal ne sont traits suivant leur mrite4 ,la prface de d',alembert fut beaucoup admire4 ,les critiques les plus vives taient entoures de louanges4 ,on respectait mme en le combattant le savant qui1 dj illustre1 montrait dans un champ aussi vaste la profondeur de son esprit et la fermet de son style4 ,la prface que ,m4 d',alembert a mise la tte de ce grand ouvrage est bien propre prvenir en sa faveur2 c'est un morceau de gnie o brille un savoir exquis revtu de toutes les grces du style4 ,on y voit un esprit noble1 lev1 vraiment philosophique1 un discours nourri1 pour ainsi dire1 de rflexions lumineuses qui forment un texte serr et trs dlicat4 ,tel est le dbut de l'une des critiques les plus remarques et les plus libres publies sur l',encyclopdie4 ,d',alembert s'lve1 dans un de ses crits1 contre le gomtre 7on n'a jamais dit lequel7 qui1 en prsence d'une belle oeuvre de l'esprit1 demandait3 ,qu'est-ce que cela prouve8 ,je me contenterais1 ajoute-t-il1 de demander qu'est-ce que cela apprend8 ,cette question adresse la prface de l',encyclopdie resterait sans rponse4 ,l',encyclopdie1 plus encore que la prface1 souleva de vives critiques4 ,l'oeuvre de tant de mains tait fort ingale4 ,on citait beaucoup de questions faiblement traites2 d'autres n'auraient pas d l'tre du tout4 ,le dictionnaire1 en somme intressant et utile1 attirait surtout l'attention par le scepticisme philosophique qui y rgne4 ,voltaire1 qui prvoyait les difficults de cet immense programme1 est demi ironique1 mais aussi moiti srieux1 quand il termine par ces mots une lettre aux deux collaborateurs3 ,adieu1 ,atlas et ,hercule1 qui portez le monde sur vos paules4 ,tant que j'aurai un souffle dvie1 je suis au service des illustres auteurs de l',encyclopdie4 ,il envoie des articles de tous genres au bureau qui enrichit le genre humain4 ,le genre humain ne pouvait s'enrichir en un jour4 ,le monument sans avenir s'levait trop vite4 ,d',alembert le comparait un habit d'arlequin1 o il y a quelques morceaux de bonne toffe et beaucoup de haillons4 ,le magnifique programme planait au-dessus des dbris1 mais les ennemis1 acharns et nombreux1 ne voulaient et ne pouvaient voir que les dtails3 ils en signalaient d'tranges4 ,diderot y introduisait jusqu' de longs articles extraits de la ,cuisinire bourgeoise4 ,l'article ,,agneau a trente-cinq lignes3 ,tout ce qui se mange de l'agneau est dlicat4 ,on met la tte et les pieds en potage1 on les chaude1 on les assaisonne avec le petit lard1 le sel1 le poivre1 les clous de girofle et les fines herbes2 on frit la cervelle aprs l'avoir bien saupoudre de mie de pain4444 ,bonne ou mauvaise1 et je la crois mauvaise1 cette cuisine n'est pas sa place4 ,l'article ,,gen,,ve1 crit par d',alembert1 a plus qu'un autre attir l'attention4 ,le consistoire calviniste de la petite rpublique y est lou d'accepter1 sans l'avouer publiquement1 un socinianisme parfait4 ,les sociniens1 personne ne l'ignorait alors1 feignant d'tre chrtiens1 ne croient ni au paradis ni l'enfer4 ,pour les orthodoxes1 ils mritent le bcher4 ,en les tolrant--c'tait l'opinion de ,bossuet--1 on franchirait toutes les bornes4 ,sociniens ou non1 les pasteurs protestaient avec violence1 et ,j4-,j4 ,rousseau1 sans se soucier du fond1 qu'il dclarait ne pas connatre1 combattit la prtention de faire sans leur aveu la confession publique de leurs sentiments secrets4 ,la thse tait juste1 l'argumentation facile1 et ,jean-,jacques se donna le plaisir de la dvelopper dans quelques pages irrfutables4 ,mais la lettre clbre adresse d',alembert traite une question beaucoup moins simple4 ,d',alembert avait crit3 ,on ne souffre pas ,genve de comdie2 ce n'est pas qu'on y dsapprouve les spectacles en eux-mmes1 mais on craint1 dit-on1 le got de parure1 de dissipation et de libertinage que les troupes de comdiens rpandent parmi la jeunesse4 ,cependant ne serait-il pas possible de remdier cet inconvnient1 par des lois svres et bien excutes sur la conduite des comdiens8 ,par ce moyen ,genve aurait des spectacles et des moeurs1 et jouirait de l'avantage des uns et des autres2 les reprsentations thtrales formeraient le got des citoyens1 et leur donneraient une finesse de tact1 une dlicatesse de sentiment qu'il est difficile d'acqurir sans ces leons4 ,la littrature en profiterait sans que le libertinage fit des progrs4 ,genve runirait la sagesse de ,lacdmone la politesse d',athnes4 ,d',alembert1 son ordinaire1 appuie et dveloppe trop longuement4 ,peu importe ,rousseau1 c'est le fond qu'il conteste et le thtre qu'il veut proscrire1 non partout1 mais ,genve4 ,la lettre de ,rousseau d',alembert a l'tendue d'un livre2 tous les regards alors se tournaient vers lui1 les mes se penchaient vers les paradoxes dont son style1 quelle que ft sa thse1 assurait le retentissement4 ,rousseau ne cache pas ses principes3 ,au premier coup d'oeil jet sur ces institutions1 dit-il1 je vois d'abord qu'un spectacle est un amusement1 et s'il est vrai qu'il faille des amusements l'homme1 vous conviendrez au moins qu'ils ne sont permis qu'autant qu'ils sont ncessaires1 et que tout amusement inutile est un mal pour un tre dont la vie est si courte et le temps si prcieux4 ,les luttes littraires plaisaient d',alembert2 il rpondit en s'efforant1 non sans succs1 d'imiter le style de son adversaire4 ,le public1 dans cette joute oratoire que rien ne rendait ncessaire1 vit cependant un amusement permis3 la lettre et la rponse furent beaucoup lues et beaucoup admires1 l'opinion donna raison d',alembert1 mais dcerna le prix d'loquence ,rousseau4 ,le caractre philosophique1 c'est--dire antireligieux de l',encyclopdie1 devait exciter des protestations4 ,ds le second volume un arrt du ,conseil avait interdit la vente des articles dj parus1 en soumettant la censure pralable tous ceux qui intresseraient l'avenir la religion4 ,sa ,majest a reconnu1 disait l'arrt1 que dans les deux volumes on a affect d'insrer des maximes tendant dtruire l'autorit royale1 tablir l'esprit d'indpendance et de rvolte1 et1 sous des termes obscurs et quivoques1 lever les fondements de l'erreur1 de la corruption des moeurs1 de l'irrligion et de l'incrdulit4 ,le gouvernement tait faible2 ses irrsolutions grandissaient avec l'audace de ses adversaires4 ,la dfense fut leve2 d'autres rclamations s'levrent4 ,l'avocat gnral ,omer ,fleury1 l'une des victimes les moins intressantes de ,voltaire1 s'criait1 quelques annes aprs1 dans un rquisitoire demeur clbre3 ,la socit1 l'tat et la religion se prsentent aujourd'hui au tribunal de la justice pour lui porter leurs plaintes4 ,c'est avec douleur que nous sommes contraints de le dire1 on ne peut se dissimuler qu'il n'y ait un projet conu1 une socit forme pour soutenir le matrialisme1 pour dtruire la religion1 pour inspirer l'indpendance et nourrir la corruption des moeurs4 ,quelques annes aprs1 le #h mars #agei1 un arrt du ,conseil supprimait les lettres de privilge accordes pour l'impression de l',encyclopdie4 ,on avait publi sept volumes4 ,d',alembert1 fatigu de la lutte et effray non sans excellentes raisons1 se retira dfinitivement4 ,une lettre adresse ,voltaire fait connatre les motifs d'une rsolution qui1 malgr les vives instances de ,diderot1 demeura inbranlable3 ,oui1 sans doute1 mon cher matre1 l',encyclopdie est devenue un ouvrage ncessaire et se perfectionne mesure qu'elle avance2 mais il est devenu impossible de l'achever dans le maudit pays o nous sommes4 ,les brochures1 les libelles1 tout cela n'est rien2 mais croiriez-vous que tel de ces libelles a t imprim par des ordres suprieurs dont ,m4 de ,malesherbes n'a pu empcher l'excution8 croiriez-vous qu'une satire atroce contre nous qui se trouve dans une feuille priodique qu'on appelle les ,affiches de province a t envoye de ,versailles l'auteur avec ordre de l'imprimer1 et qu'aprs avoir rsist autant qu'il a pu jusqu' s'exposer perdre son gagne-pain1 il a enfin imprim cette satire en l'adoucissant de son mieux8 ,ce qui en reste1 aprs cet adoucissement fait par la discrtion du prteur1 c'est que nous formons une secte qui a jur la ruine de toute socit1 de tout gouvernement et de toute morale4 ,cela est gaillard2 mais vous sentez1 mon cher philosophe1 que si on imprime aujourd'hui de pareilles choses1 par ordre exprs de ceux qui ont l'autorit en main1 ce n'est pas pour en rester l4 ,cela s'appelle amasser des fagots au septime volume pour nous jeter dans le feu au huitime4 ,nous n'avons plus de censeurs raisonnables esprer1 tels que nous en avions eu jusqu' prsent4 ,m4 de ,malesherbes a reu l-dessus les ordres les plus prcis et en a donn de pareils aux censeurs qu'il a nomms4 ,d'ailleurs1 quand nous obtiendrions qu'ils fussent changs1 nous n'y gagnerions rien2 nous conserverions alors le ton que nous avons pris1 et l'orage recommencerait au huitime volume4 ,il faudrait donc quitter de nouveau1 et cette comdie-l n'est pas bonne jouer tous les six mois4 ,si vous connaissiez d'ailleurs ,m4 de ,malesherbes1 si vous saviez combien il a peu de nerf et de consistance1 vous seriez convaincu que nous ne saurions compter sur rien avec lui1 mme aprs les promesses les plus positives4 ,mon avis est donc1 et je persiste1 qu'il faut laisser l l',encyclopdie et attendre un temps plus favorable 7qui ne reviendra peut-tre jamais7 pour la continuer4 ,s'il tait possible qu'elle s'imprimt dans le pays tranger en continuant1 comme de raison1 se faire ,paris1 je reprendrais mon travail1 mais le gouvernement n'y consentira jamais2 et1 quand il le voudrait bien1 est-il possible que l'ouvrage s'imprime cent ou deux cents lieues des auteurs8 ,pour toutes ces raisons1 je persiste en ma thse4 ,il laissa ,diderot terminer sans lui le monument plus vaste que grand1 plus vite oubli que les promesses auxquelles on continuait croire4 ,d',alembert a crit en traant son propre portrait3 ,impatient et colre jusqu' la violence1 tout ce qui le contrarie1 tout ce qui le blesse1 fait sur lui une impression vive1 dont il n'est pas le matre4 ,ce jugement est confirm par les dtails d'une affaire peu connue1 celle du jsuite ,tolomas1 membre de l',acadmie de ,lyon1 poursuivi1 sur des motifs qu'on jugera bien lgers1 par la colre de d',alembert qui demande avec insistance la ,compagnie dont il tait correspondant l'expulsion de celui qui l'avait1 disait-il1 offens4 ,le pre ,tolomas1 professeur au collge de ,lyon1 la rentre des classes1 le #cj novembre #aged1 pronona un discours latin en prsence du consulat et d'une assemble nombreuse4 ,il avait pris pour sujet l'apologie du collge et des mthodes adoptes pour l'ducation et pour l'enseignement4 ,l'intention tait vidente4 ,tolomas rpondait l'article ,collge rcemment paru dans l',encyclopdie1 dont l'auteur tait d',alembert4 ,l'attaque avait t vive1 la rponse tait de droit4 ,un jeune homme1 lisait-on dans l',encyclopdie1 aprs avoir pass dans un collge dix annes qu'on doit mettre au nombre des plus prcieuses de sa vie1 en sort1 lorsqu'il a le mieux employ son temps1 avec la connaissance trs imparfaite d'une langue morte1 avec des principes de rhtorique et des principes de philosophie qu'il doit tcher d'oublier1 souvent avec une corruption de moeurs dont l'altration de la sant est la moindre suite4 ,on couta ,tolomas avec bienveillance2 plus d'une allusion1 quoique faite en latin1 fut comprise et applaudie par l'lite de la socit lyonnaise4 ,on savait alors les classiques par coeur4 ,quand le pre ,tolomas parla d'un auteur ,cui nec est pater nec res1 chacun se rappela un vers d',horace et pensa la naissance de d',alembert4 ,d',alembert crivit pour s'en plaindre la ,socit royale de ,lyon4 ,sa lettre est du #cj janvier #agee4 ,il s'tonne de son silence et attend une justice publique4 ,le secrtaire perptuel de la ,socit rpondit le #bb fvrier #agee que la ,socit n'avait pas entendu le discours de l'un de ses collgues1 ni ne l'a examin2 que1 prononc au collge1 ce qui s'y passe n'est pas de son ressort et que la seule satisfaction que la ,socit puisse lui donner est de lui assurer que sa lettre a t lue en assemble gnrale1 que l'acadmicien inculp y tait prsent et a protest de son innocence d'intention et de fait1 puisque son discours ne contenait aucun trait qui puisse le regarder et qu'il offre1 ce que la ,socit a accept1 d'crire lui-mme ,m4 d',alembert4 ,le pre ,braud1 savant astronome1 correspondant de l',acadmie des sciences1 crivit de ,lyon le #ba fvrier #agee ,m4 d',alembert pour lui assurer que la harangue du pre ,tolomas1 qu'il a entendue1 ne contenait aucune attaque personnelle contre lui4 ,le pre ,tolomas lui-mme1 le #be fvrier #agee1 crivit d',alembert pour se plaindre des prventions qu'on lui a donnes4 ,il ne s'est permis aucune personnalit1 il a dans son discours dfendu les collges avec modration1 il l'a dpos entre les mains de ,m4 le ,prvt des marchands de ,lyon4 ,d',alembert1 dans une lettre du #ag mars #agee1 adresse ,m4 ,bourjelat1 cuyer du roi 7frre ,bourjelat1 comme il le nomme en parlant ,voltaire71 persiste dans sa rclamation contre l'injure du pre ,tolomas1 parce que1 dit-il1 la ,socit ne lui a pas rendu justice4 ,il n'a pas rpondu la rponse de son secrtaire parce qu'il se croit quitte dsormais de tout envers elle4 ,il n'aurait pas cru qu'au ,x,v,i,i,ie sicle1 dans une des premires villes de ,france1 il pt y avoir une ,socit littraire qui autorise chacun de ses membres outrager de la manire la plus indigne un homme de lettres qui n'a jamais insult qui que ce soit2 il lui demande de rendre publique sa lettre la ,socit1 la rponse qu'il en a reue1 celle des deux jsuites et la prsente4 ,il doit ce procd aux dignes membres de la ,socit de ,lyon qui1 n'ayant pu lui faire rendre justice et ne voulant pas attester que la harangue qu'ils ont entendue ne contenait rien d'injurieux1 ont pris le parti de se retirer4 ,si ces lettres1 comme le demande d',alembert1 ont t runies et publies en #agee1 la brochure qui les contient est actuellement introuvable4 ,le discours manuscrit de ,tolomas n'existe non plus ni dans les archives de la municipalit de ,lyon1 ni la bibliothque de la ville4 ,le dossier de l'affaire d',alembert-,tolomas1 la bibliothque de ,lyon1 contient #be pices4 ,nous en citerons deux seulement3 ,monsieur et cher confrre1 ,dans le moment que votre lettre1 le mmoire y joint et les jettons qui m'ont surpris comme chose que je ne croyais pas avoir mrite dans les rgles1 ,m4 ,bourjelat tait avec moi2 il m'a fait part du silence affect de ,m4 de ,malesherbes sur ce qui nous concerne2 lui qui l'avait prvenu il y a quelques semaines1 il lui a rpondu aux autres articles les moins importants de ses lettres et a laiss celui-l4 ,de plus1 il m'a montr une lettre de ,m4 d',alembert qui lui mande que s'il avait eu l'honneur d'tre de la ,socit royale de ,lyon1 il aurait eu celui de lui crire pour le prier de rayer de la liste le nom de ,tholomas ou le sien4 ,ce sont ses termes4 ,enfin il est constant et nous en avons des nouvelles certaines1 le discours du pre ,tholomas a fait une grande sensation ,paris1 et nous avons tout lieu de prsumer qu'il nous fait perdre la protection de ,m4 de ,malesherbes et mme celle de ,m4 d',argenson1 protecteur de l',encyclopdie4 ,au surplus1 ,m4 ,bourjelat est toujours trs dispos nous aider de tous les bons offices qui seront en son pouvoir4 ,il a dj tch de remdier au premier effet que produit le programme envoy ,m,mrs de l',encyclopdie en protestant que le corps n'avait rien de commun dans cette affaire2 il parat nanmoins qu'on y fait entrer pour beaucoup notre ,compagnie4 ,j'aurais1 sitt qu'il me sera possible1 l'honneur de confrer avec vous plus amplement sur cette affaire4 ,,goiffon4 ,goiffon dans une seconde lettre se montre beaucoup plus vif2 il a pris son parti4 ,c'est avec ,m4 de ,malesherbes qu'il veut se mnager1 et la bienveillance de ,m4 d',argenson qu'il ne veut pas perdre4 ,il a d'ailleurs entendu la harangue et1 toute rflexion faite1 la trouve injurieuse2 il prie en consquence la ,socit d'accepter sa dmission4 ,cinq autres membres prirent le mme parti4 ,l'un d'eux est le clbre ,montucla1 historien des mathmatiques2 il hsita longtemps1 car sa lettre est du #e juin #agee4 ,je suis extrmement mortifi de n'avoir vous crire depuis que vous tes secrtaire de la ,socit royale de ,lyon que pour le sujet pour lequel je le fais aujourd'hui4 ,il m'aurait t doux de conserver davantage le titre de votre associ2 mais mes liaisons avec ,m4 d',alembert et l'amiti dont il m'honore ne me permettent pas de me rputer davantage d'un corps dont il a de justes motifs de se plaindre4 ,je vous prie1 monsieur1 de lire ma lettre l',acadmie pour lui notifier la dmission que je lui donne de ma qualit d'acadmicien4 ,votre trs humble et trs obissant serviteur1 ,,montucla4 ,je dois au savant doyen de la ,facult catholique des sciences de ,lyon1 ,m4 ,valson1 un rapprochement curieux4 ,voltaire tait arriv ,lyon le #ae novembre #aged1 avec l'intention de s'y tablir4 ,la tradition rapporte mme qu'il devait fixer sa rsidence sur les bords de la ,sane1 prs de l'le ,barbe4 ,deux ,acadmies1 runies depuis1 existaient alors ,lyon3 l',acadmie des sciences et belles-lettres et l',acadmie des beaux-arts ou ,socit royale4 ,toutes deux taient fort considres1 mais animes d'un esprit diffrent4 ,la premire1 dont le membre le le plus connu1 ,fleurieu1 tait ami de ,voltaire1 favorisait les ,encyclopdistes4 ,la seconde1 ayant pour directeur le clbre architecte ,soufflot et patronne par l'archevque de ,lyon1 le cardinal de ,tencin1 oncle de d',alembert1 avait des sympathies tout opposes4 ,trs fire du titre de ,socit royale1 elle s'arrogeait le premier rang4 ,c'est celle-l qu'appartenait ,tolomas4 ,voltaire1 quelques jours aprs son arrive1 assista avec son ami ,fleurieu une sance de l',acadmie des sciences et belles-lettres4 ,l'archevque de ,lyon1 patron de l',acadmie royale1 ne pouvait aimer les allusions la naissance de son neveu2 il s'en prit ,voltaire4 ,pour menacer ses crits de poursuites on n'avait que l'embarras du choix2 il s'entendit avec le duc de ,villars1 gouverneur de la ville1 et ,voltaire jugea prudent de quitter ,lyon le #i dcembre #aged1 en attribuant au discours de ,tolomas les tracasseries qui l'inquitaient4 ,la mauvaise humeur de d',alembert devait naturellement s'en accrotre4 ,on peut rapprocher de cette affaire ,tolomas les efforts de d',alembert pour obtenir la suppression de la feuille de ,frron1 l',anne littraire4 ,on attaquait de toutes parts les ,encyclopdistes comme ennemis des lois et de la religion4 ,d',alembert et ,diderot taient traits chaque jour d'empoisonneurs publics4 ,frron1 que ,voltaire a rendu intressant force d'injustice1 tait un des plus violents dtracteurs de l'oeuvre4 ,d',alembert osa porter plainte ,m4 de ,malesherbes1 directeur de la librairie4 ,on esprait de lui plus que de la bienveillance pour l',encyclopdie2 on en avait acquis le droit4 ,m4 de ,malesherbes1 peu de temps avant1 forc par des ordres suprieurs de faire saisir les papiers de ,diderot1 le fit prvenir quelques heures l'avance4 ,on me laisse trop peu de temps6 s'cria-t-il1 o voulez-vous que je les cache8--,qu'il les envoie chez moi1 rpondit ,malesherbes1 ils y seront en sret4 ,s'il tait prt protger ses amis1 ,m4 de ,malesherbes ne pouvait ni ne voulait perscuter leurs adversaires4 ,il saisit l'occasion de donner d',alembert une leon de patience et d'quit4 ,mes principes1 lui crivit-il1 sont qu'en gnral toute critique littraire est permise1 et que toute critique qui n'a pour objet que le livre critiqu et dans laquelle l'auteur n'est jug que d'aprs son ouvrage1 est une critique littraire4 ,frron continua sa polmique vigilante et svre en relevant1 non sans esprit1 les mprises1 les faiblesses et les emprunts de l',encyclopdie4 ,la voix de ,voltaire1 ,cette voix qui s'aiguise et vibre comme un glaive1 redoubla de sarcasmes et d'injures contre celui qu'il appelait ,zole ,aliboron et1 dans ses jours de grande colre1 ,cartouche ,frron4 ,il ne serait pas juste1 en jugeant les faits1 d'oublier l'tat des esprits4 ,la guerre tait dclare4 ,quoique faites avec la plume1 les blessures taient dangereuses et les reprsailles redoutables4 ,l'irritation tait universelle4 ,chaque jour le ,parlement supprimait ou condamnait au feu quelque publication nouvelle4 ,l'emprisonnement d'un auteur1 son exil sans jugement ou plus souvent encore sa fuite1 taient devenus des vnements sans importance4 ,les imprimeurs et les colporteurs de livres prohibs taient condamns avec une rigueur intermittente et capricieuse1 tantt au carcan1 tantt aux galres1 quelquefois mort4 ,de pieux chrtiens1 pour avoir obi leur conscience1 taient1 par une vexation inoue1 privs des sacrements leur dernire heure et mouraient sans consolation4 ,un des collaborateurs de l',encyclopdie1 ,morellet1 venait d'tre envoy la ,bastille4 ,l'abb de ,prades1 autre rdacteur des articles thologiques1 s'tait trs prudemment enfui prs de ,frdric4 ,nous ne pouvons pas en lever un1 disait d',alembert4 ,la confraternit acadmique et la courtoisie due entre gens de lettres disparaissaient dans ces temps troubls devant les haines de parti4 ,frron pour les amis de d',alembert1 pour d',alembert mme1 personne dans le parti n'en voulait douter quoique la postrit en doute fort1 tait un personnage venimeux1 un vil spadassin littraire1 l'opprobre de la nation1 capable de toutes les infamies et souill par tous les vices3 444 444 444 444 444 444 444 444 444 444 444 444 ,cet animal se nommait ,jean ,frron4 ,on ne peut citer les vers qui prcdent4 ,tolomas tait un jsuite6 ,l'indignation contre les pieuses fureurs des jansnistes1 qui1 pour vaincre et dtruire les ennemis de la foi1 croyaient toute arme permise et toute perscution lgitime1 avait jet d',alembert dans la lutte4 ,dans l'ardeur du combat il croyait1 son tour1 tout permis contre ceux qu'il traitait1 sans faire de distinction1 de plate et odieuse canaille4 ,la gomtrie respecte toujours la logique2 les gomtres l'oublient quelquefois4 ,,chapitre ,,iv ,d',,alembert ,,et ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,la prface de l',encyclopdie fut un vnement4 ,les salons les plus brillants1 fort indiffrents aux problmes de dynamique et la prcession des quinoxes1 s'empressrent d'accueillir et d'attirer ce jeune savant1 si profond1 si universel1 si habile bien dire4 ,d',alembert rencontra chez le prsident ,hnault la clbre ,mme du ,deffant4 ,il allait volontiers o il se sentait dsir4 ,chaque jour bientt il la voyait ou lui crivait4 ,dans ce monde nouveau il sut plaire tous1 ,voltaire comme ,montesquieu1 ,mme de ,stahl comme la duchesse du ,maine4 ,le comte des ,alleurs1 un des habitus de la maison1 parle dans une de ses lettres du prodigieux et aimable d',alembert1 le sublime gomtre4 ,d',alembert1 pour plaire sa spirituelle amie1 dployait toutes les ressources de son esprit4 ,sur un point seulement il tait intraitable3 il ne voulait pas tre protg et drangeait par ses maladresses volontaires les plans arrangs pour le servir4 ,mme du ,deffant lui promettait une place l',acadmie franaise2 d',alembert l'acceptait volontiers1 mais la condition de ne faire la cour personne1 de parler librement sur tous les sujets1 et peut-tre1 sans l'avouer1 de se montrer d'autant plus raide ou plutt plus taquin--la raideur n'tait pas son genre--qu'on pouvait davantage lui tre utile4 ,mme du ,deffant1 protectrice dj de plus d'une candidature1 n'avait rien rencontr de pareil3 ,il choisit bien son temps pour jouer les ,alceste6 ,tant qu'il voudra quand on l'aura nomm4 ,l',encyclopdie est en vue1 il suffit d'y brler quelques grains d'encens4 ,un mot dans un tel livre peut faire un ami et ne doit rien coter une conscience raisonnable6 ,le prsident ,hnault1 auteur d'une histoire chronologique de ,france1 tait acadmicien2 ,mme du ,deffant tait son amie aprs avoir t un peu plus1 mais bien peu1 s'il faut l'en croire4 ,lorsque1 n'tant plus jeune1 elle rsolut1 tout en restant philosophe1 de rendre son genre de vie plus difiant1 d'loigner les occasions et de renoncer aux habitudes compromettantes1 elle ajoutait1 en l'annonant3 ,quant au prsident ,hnault1 je ne compte pas lui faire l'honneur de renoncer lui4 ,elle l'aimait assez pour vouloir dans l',encyclopdie une louange pour son livre1 ou s'intressait assez d',alembert pour dsirer dans sa candidature le protecteur zl que cette louange devait assurer4 ,d',alembert ne voulait rien comprendre3 le talent du prsident ne mrite pas l'honneur d'une citation1 il n'en aura pas4 ,ni ,dieu ni vous1 crit-il sa protectrice1 ni vous toute seule1 ne pourrez russir m'y dcider4 ,pensez-vous de bonne foi1 madame1 que dans un ouvrage destin clbrer les grands gnies1 je doive parler de l'abrg chronologique8 ,c'est un ouvrage utile et assez commode1 mais voil tout4 ,en vrit1 c'est l ce qu'on en dira quand le prsident ne sera plus1 et quand je ne serai plus1 moi1 je suis jaloux qu'on ne me reproche pas d'avoir donn des loges excessifs personne4 ,ne voil-t-il pas tout coup que les grandes runions fatiguent d',alembert2 il ne veut plus accepter d'invitation chez ,mme du ,deffant que pour dner avec elle en tte--tte3 il est insupportable6 ,il fait bien pis encore4 ,au moment o sa candidature parat en bonne voie1 il la compromet plaisir3 c'est n'y rien comprendre6 ,dans un opuscule qu'aucun devoir ne commande1 il parle des relations des hommes de lettres avec les grands comme s'il n'avait plus besoin de protecteurs4 ,pour ,mme du ,deffant1 c'est de la folie2 pour d',alembert1 une occasion de rire3 ,voil1 dit-il1 comme il faut traiter ces gens-l2 on n'est point de l',acadmie1 mais on est quaker et on passe le chapeau sur la tte devant l',acadmie et devant ceux qui en font tre4 ,un autre jour1 il crit sa protectrice obstine3 ,que diable avez-vous donc dit au prsident sur mon compte8 ,est-ce encore pour l',acadmie8 ,eh6 mon ,dieu6 laissez tout cela en repos4 ,j'en serai si on m'en met1 voil tout4 ,il devait chouer2 cela ne manqua pas4 ,d',alembert1 qui n'avait obtenu l',acadmie des sciences le modeste titre d'adjoint qu' sa quatrime candidature1 fut galement battu trois fois l',acadmie franaise4 ,buffon avait remplac1 en #agec1 ,languet de ,gergy1 archevque de ,sens4 ,quatre places furent vacantes en #aged4 ,d',alembert dut laisser passer avant lui le comte de ,clermont1 ,bougainville et de ,boissy4 ,l'lection du comte de ,clermont fit scandale4 ,on a gard le souvenir d'une pigramme qui valut1 dit-on1 quelques coups de bton au pote ,roi3 ,trente-neuf qu'on joint zro1 ,si j'entends bien le numro1 ,n'ont jamais pu faire quarante4 ,d'o je conclus1 troupe savante1 ,qu'ayant dans vos cadres admis ,clermont1 cette masse pesante1 ,ce digne cousin de ,louis1 ,la place est encore vacante4 ,de ,boissy1 pote comique1 s'tait lev jusqu' la tragdie4 ,la supriorit du genre tait alors accepte4 ,son ,alceste1 tel tait le sujet1 se termine par la mort du tratre qui1 se voyant dmasqu1 sort d'embarras en se poignardant4 ,il tombe mort sur la scne1 et ,hercule s'crie1 admirant ce vigoureux coup de poignard3 ,dieux1 avec tant de force et d'intrpidit1 ,que n'avait-il un coeur la vertu port6 ,ce sont les derniers vers de la pice4 ,alceste n'avait pas t reprsente depuis #agbg1 on l'avait peut-tre oublie4 ,on avait oubli aussi les dbuts de ,boissy1 dont les ,satires1 premier fruit de sa muse1 avaient1 dit d',alembert dans son loge1 offens les hommes de lettres les plus minents4 ,le troisime concurrent prfr d',alembert1 ,bougainville1 tait secrtaire perptuel de l',acadmie des inscriptions et belles-lettres4 ,ce choix1 s'il est permis de juger distance1 tait le plus mauvais des trois3 ,bougainville1 dit ,grimm1 qui peut-tre exagre1 fut nomm malgr l',acadmie et malgr le public4 ,il accroissait ses chances en se disant mourant3 ,nous croyez-vous1 lui rpondit ,duclos1 chargs de donner l'extrme-onction8 ,la sance de rception de ,bougainville est reste clbre4 ,ayant faire l'loge de ,la ,chausse1 adversaire dcid de ses prcdentes candidatures1 pour montrer la grandeur de son me1 il le compare ,molire et1 tout bien pes1 lui accorde la prfrence4 ,l',acadmie resta froide1 le public rit beaucoup1 et l'on continua regretter l'absence du nom de ,molire dans cet auguste sanctuaire o le petit-fils du grand ,cond 7le comte de ,clermont7 venait confondre ses lauriers avec ceux du neveu du grand ,corneille 7,fontenelle74 ,la nomination de d',alembert fut trs dispute4 ,la suppression rcente de deux volumes de l',encyclopdie lui donnait un caractre d'opposition auquel l',acadmie n'tait pas habitue4 ,le candidat lu1 d'aprs les usages1 tait soumis dans un second scrutin l'approbation de l',acadmie4 ,on votait par boules noires ou blanches4 ,on a prtendu que1 pour d',alembert1 le nombre des boules noires devait entraner l'exclusion et qu'une fraude de ,duclos en dissimula quelques-unes4 ,l'anecdote est fausse1 mais les boules noires furent nombreuses4 ,la rception de d',alembert eut beaucoup d'clat2 son prdcesseur tait ,surian1 vque de ,vence4 ,l',encyclopdie dans ce jour de triomphe se montra courtoise et modeste2 d',alembert eut le bon got de louer sans rticence les vertus de son prdcesseur et sa foi sans ironie4 ,on exagrerait en disant que l'loge de d',alembert a rendu l'vque de ,vence illustre3 il l'a prserv de l'oubli4 ,les loges acadmiques de d',alembert1 rarement cits et fort peu lus1 sont moins inconnus cependant que les oeuvres de ,surian et que l'histoire de l'vch de ,vence4 ,d',alembert a compos beaucoup d'loges4 ,dans ce genre de littrature1 a dit avec esprit ,m4 ,guizot1 beaucoup de travail et beaucoup de soin imitent le talent sans y prtendre4 ,d',alembert1 qui n'avait pas besoin d'imiter le talent1 travaillait peu ses loges4 ,ce n'est pas la postrit qu'il les adresse3 on ne doit pas1 comme on l'a fait trop souvent1 juger par eux de son style et de son got4 ,d',alembert au collge mritait le premier rang dans tous les genres d'tude1 il n'excellait pas moins en amplifications qu'en vers latins4 ,il chercha pendant toute sa vie1 dans ces exercices de plus en plus faciles sa plume exerce1 une distraction ses profondes recherches4 ,le succs toujours grand de ces oeuvres phmres a t une des joies de sa vie2 il acceptait toutes les occasions de les renouveler1 souvent les faisait natre3 on le trouvait toujours prt4 ,lecteur trs habile1 trop habile1 disaient les malveillants1 il amusait toujours l'auditoire3 c'tait tout ce qu'il voulait4 ,une lecture faite par lui1 quel qu'en ft l'auteur1 assurait une sance publique une affluence dont il tait fier4 l',acadmie des sciences comme l',acadmie franaise1 avant mme d'en tre secrtaire perptuel1 il prenait la parole presque toutes les runions publiques et se chargeait1 avec une complaisance empresse1 de lire les discours des laurats et les pices de posie couronnes4 ,souvent mme1 les jours de rception1 sans avoir de rle officiel1 il ouvrait la sance par quelques rflexions ou quelques conseils sur des sujets de morale1 de posie ou d'histoire4 ,c'est ce que ,bachaumont appelle faire la parade4 ,la production rapide de ces travaux sans gloire ne ralentissait ni sa correspondance toujours active1 ni son ardeur toujours fconde pour la science4 ,vous tes1 lui crivait ,voltaire l'occasion de l'une de ses lectures1 le seul crivain qui n'aille jamais ni en de ni au del de ce qu'il veut dire4 ,je vous regarde comme le premier crivain du sicle4 ,la postrit n'a pas ratifi la louange4 ,diderot trouve d',alembert dlicat1 ingnieux1 plaisant1 ironique et hardi1 mais il l'accuse d'crire sur la posie en gomtre4 ,qu'est-ce que cela veut dire8 ,le domaine des vrits dmontres est troit4 ,serait-il vrai qu'en y pntrant on se condamne n'en plus sortir et que l'habitude de la ligne droite rende l'esprit mauvais juge des gracieux dtours de la fantaisie4 ,il n'y a pas cela plus de raison que pour qu'un peintre ignore la musique4 ,pour tre diffrentes1 les facults de l'esprit ne s'excluent pas4 ,l'habitude de bien raisonner est une force1 il est rare qu'elle soit inutile1 plus rare encore qu'elle puisse nuire4 ,d',alembert a crit dans l'loge de ,bossuet3 ,de toutes les tudes profanes1 celle des mathmatiques fut la seule que le jeune ecclsiastique se crut en droit de ngliger4 ,les connaissances gomtriques ne lui parurent d'aucune utilit pour la religion4 ,on nous accuserait d'tre la fois juge et partie1 si nous osions appeler de cette proscription rigoureuse4 ,cependant nous serait-il permis d'observer1 tout intrt particulier mis part1 que le thologien naissant ne traite pas avec assez de justice et de lumire une science qui n'est pas aussi inutile qu'il le pensait au thologien mme4 ,science en effet si propre non pas redresser les esprits faux condamns rester ce que la nature les a faits1 mais fortifier dans les beaux esprits cette justesse d'autant plus ncessaire que l'objet de leurs mditations est plus important ou plus sublime4 ,bossuet pouvait-il ignorer que l'habitude de la dmonstration1 en nous faisant reconnatre et saisir l'vidence dans tout ce qui en est susceptible1 nous apprend encore ne point appeler dmonstration ce qui ne l'est pas et discerner les limites qui1 dans ce cercle troit des connaissances humaines1 sparent la lumire du crpuscule et le crpuscule des tnbres4 ,l'intention est vidente1 mais pour la rendre claire1 et c'est tout ce que voulait d',alembert1 il aurait suffi de trois lignes4 ,d',alembert1 pour rire et pour faire rire1 dpassait quelquefois les limites du bon got4 ,il est impossible de l'approuver lorsque1 faisant l'loge de ,m4 de ,clermont-,tonnerre1 vque de ,noyon1 dont ,boileau disait3 ,il m'estimerait bien davantage1 s'il savait que je suis gentilhomme1 il changeait le titre habituel de sa lecture en celui de pangyrique1 par la raison que ce prlat1 clbre par ses ridicules1 ne saurait tre lou dans le style habituel2 il tait ncessaire de combattre les exagrations1 de dmentir les lgendes qui ont runi dans l'histoire de son hros tous les traits ridicules de la vanit1 comme dans celle d',hercule tous les prodiges de la force4 ,d',alembert est souvent ingnieux1 rarement lger4 ,voulant louer ,segrais qui n'a pas accept l'honneur qu'on voulait lui faire d'avoir compos sous le nom de ,mme de ,lafayette son petit chef-d'oeuvre3 la ,princesse de ,clves1 il dit3 ,segrais n'a jamais hsit le rendre son vritable auteur et l'a toujours rendu avec la sincrit la plus franche1 sans emprunter1 comme ont fait tant d'autres en pareil cas1 le voile transparent de cette modestie hypocrite qui a soin de mal jouer la discrtion1 et qui1 en repoussant mollement un honneur dont elle n'est pas digne1 dsire et se flatte de n'tre pas crue sur parole4 ,fontenelle1 qui reste le modle de l'loquence acadmique1 aurait supprim les dernires lignes4 ,sans tre des ,fontenelles ni manquer de clart1 beaucoup d'autres1 en abrgeant la phrase1 auraient laiss au lecteur le plaisir de deviner quelque chose4 ,d',alembert1 lorsque tout est dit1 reprend souvent l'ide pour redoubler l'assertion sans accrotre la clart qui est complte1 ou fortifier la preuve qui semble vidente4 ,il rapporte1 dans l'loge de ,saint-,aulaire1 que pour dfendre les vers de ce pote de salon devenu candidat contre la critique de ,boileau1 un acadmicien lui reprsenta modestement que le marquis de ,saint-,aulaire tait un homme dont la naissance et par consquent les vers mritaient des gards4 ,le trait est lanc1 l'auditoire a compris1 celui qui a pu dire et par consquent les vers est jug2 d',alembert ajoute pour l'accabler3 ,je ne lui conteste pas1 rpondit ,despraux1 les titres de noblesse1 mais les titres du ,parnasse2 et quant vous1 monsieur1 qui trouvez ces vers-l si bons1 vous me ferez beaucoup d'honneur et de plaisir de dire du mal des miens4 ,l'incident est-il vid8 nullement2 d',alembert ajoute3 ,l'apologiste1 il faut en convenir1 donnait beau jeu ,despraux en prtendant que les vers qui le mettaient de si mauvaise humeur taient moins obligs d'tre bons1 parce qu'ils se prsentaient sous la sauvegarde des aeux de l'auteur4 ,la rflexion est sage1 trop sage mme4 ,est-ce fini8 pas encore2 d',alembert continue3 ,cet acadmicien si indulgent ne devait pas ignorer que des vers1 fussent-ils d'un empereur1 n'ont pas plus de droit d'tre mdiocres que s'ils avaient un simple bourgeois pour pre1 et si en pareil cas1 comme dit le ,misanthrope1 le temps ne fait rien l'affaire1 la gnalogie du pote y fait encore moins4 ,on a reproch aussi d',alembert d'oublier le caractre de la tribune qui lui est offerte1 en luttant sans attendre l'occasion pour le triomphe de la raison1 tel tait le nom inscrit sur son drapeau4 ,le reproche n'est pas injuste4 ,lorsque1 par exemple1 dans l'loge de ,bossuet1 d',alembert crit3 ,bossuet se reprsentait avec frayeur combien l'humanit serait plaindre si ce petit nombre d'hommes auxquels la ,providence a commis leurs semblables1 et qui n'ont redouter sur la terre que le moment o ils la quittent1 ne voyaient au-dessus de leur trne un arbitre suprme1 qui promet vengeance aux infortuns dont ils auront souffert ou caus les larmes4 ,ce prlat citoyen tait persuad que ceux mmes qui auraient le malheur de regarder la croyance d'un ,dieu comme inutile aux autres hommes1 commettraient un crime de lse-humanit en voulant ter cette croyance aux monarques3 il faut que les sujets esprent en ,dieu et que les souverains le craignent4 ,c'est ici d',alembert qui parle et pour lui-mme1 on ne saurait en douter2 un tel langage choquerait dans les oeuvres de ,bossuet1 n'importe quelle place1 comme un intolrable contresens4 ,l'illustre chrtien aurait cru1 mme par figure oratoire1 dshonorer sa plume en plaant les oints du ,seigneur1 les rois qui rgnent par lui1 dont lui-mme a ordonn la puissance1 au nombre de ces insenss qui dans l'empire de ,dieu1 parmi ses ouvrages1 parmi ses bienfaits1 osent dire qu'il n'est pas et ravir l'existence celui par lequel subsiste toute la nature4 ,en crivant l'loge de ,bossuet1 d',alembert a le droit de lui emprunter sa plume1 non de lui prter la sienne4 ,d',alembert traite ,ronsard et ,marot avec un ddain que rien n'adoucit1 admire ,boileau avec une conviction que rien ne modre1 et dans une page plus digne d'un rhtoricien que d'un gomtre il le met en balance avec ,racine et ,voltaire1 c'est--dire avec ceux qu'il place au premier rang3 ,ne pourrait-on pas comparer ensemble1 dit-il1 nos trois plus grands matres en posie3 ,despraux1 ,racine et ,voltaire8 ,je nomme le dernier quoique vivant1 car pourquoi se refuser au plaisir de voir d'avance un grand homme la place que la postrit lui destine8 ,ne pourrait-on pas dire1 pour exprimer les diffrences qui les caractrisent1 que ,despraux frappe et fabrique trs heureusement ses vers2 que ,racine jette les siens dans une espce de moule parfait qui dcle la main de l'artiste sans en conserver l'empreinte1 et que ,voltaire1 laissant comme chapper des vers qui coulent de source1 semble parler sans art et sans tude sa langue naturelle8 ,ne pourrait-on pas observer qu'en lisant ,despraux on conclut et on sent le travail2 que dans ,racine on le conclut sans le sentir parce que d'un ct si la facilit continue en carte l'apparence1 de l'autre la perfection continue en rappelle sans cesse l'ide au lecteur2 qu'enfin1 dans ,voltaire1 le travail ne peut ni se sentir ni se conclure1 parce que les vers moins soigns qui lui chappent par intervalles laissent croire que les beaux vers qui prcdent et qui suivent n'ont pas cot davantage au pote8 ,enfin1 ne pourrait-on pas ajouter1 en cherchant dans les chefs-d'oeuvre des beaux-arts un objet sensible de comparaison entre ces trois crivains1 que la manire de ,despraux1 correcte1 ferme et nerveuse1 est assez bien reprsente par la belle statue du ,gladiateur2 celle de ,racine1 aussi correcte1 mais plus moelleuse et plus arrondie1 par la ,vnus de ,mdicis1 et celle de ,voltaire1 aise1 svelte et toujours noble1 par l',apollon du ,belvdre4 ,pour ,voltaire1 quand ce morceau fut lu1 il n'y avait pas d'indiffrents4 ,les amis applaudirent1 et les ennemis trouvrent sans doute qu'on leur rendait la critique facile4 ,d',alembert--puisque1 usant d'une franchise qu'il approuverait1 nous insistons sur ses dfauts oratoires--oubliait trop souvent l'excellente maxime d',horace3 ,semper ad eventum festina2 il se plaisait aux digressions4 ,son motif1 trs apparent quelquefois1 est d'introduire la louange d'un ami1 presque toujours celle de ,voltaire4 ,le caprice seul dans d'autres occasions lui fait oublier la ligne droite4 ,campistron1 secrtaire de ,m4 de ,vendme1 le suivait un jour1 sans qu'aucun devoir l'y appelt1 dans l'endroit le plus prilleux d'un champ de bataille3 ,campistron1 que faites-vous ici8 lui demanda ,m4 de ,vendme4--,monseigneur1 rpondit le pote1 voulez-vous vous en aller8 ,il aurait cru se dshonorer en ne partageant pas dans les plus brillantes occasions les prils et la gloire de son bienfaiteur4 ,d',alembert1 en laissant courir sa plume et oubliant ,campistron1 ajoute3 ,horace1 comme l'on sait1 n'avait pas si bien pay de sa personne la bataille de ,philippes2 il eut mme le courage1 si c'en est un1 de plaisanter sur sa fuite par ce vers d'une de ses odes3 ,relicta non bene parmula4 ,quelqu'un a fait graver son buste et a mis au bas1 en retranchant simplement le non3 ,relicta bene parmula4 ,on ne peut faire valoir plus heureusement une fuite qui d'un mauvais guerrier a fait un excellent pote4 ,mais il et encore mieux valu tre la fois l'un et l'autre comme ,eschyle et ,tyrte2 et peut-tre ,horace a-t-il contribu par l'aveu naf de sa poltronnerie aux soupons peu obligeants qu'on s'est plu quelquefois jeter sur la bravoure des potes4 ,on revient enfin l'loge de ,campistron1 ce talent prcoce1 un instant clbre1 et qui n'a jamais pu mrir2 la louange que lui donne d',alembert l'aurait peu flatt3 ,s'il ne s'est pas servi de sa plume aussi bien qu',horace1 il lui reste du moins la gloire de s'tre mieux servi de son pe4 ,n'aurons-nous pas notre tour le tort d'appuyer trop1 en ajoutant qu'il n'y a aucune gloire se promener1 avec ou sans pe1 sur un champ de bataille o l'on n'a que faire8 ,d',alembert avant tout aimait la sincrit1 il ne pouvait se rsigner faire des avances ou mme remercier ceux qui1 renseignant le public1 croient par un jugement bienveillant mriter la reconnaissance4 ,ils n'ont droit qu' l'estime s'ils sont sincres1 l'indiffrence s'ils font de leur plume l'instrument des amitis ou des haines que souvent ils ne partagent pas4 ,la presse1 moins bruyante mais non moins courtise qu'aujourd'hui1 ne devait pas lui tre favorable4 ,tandis que des amis obstins ou des amis de ses amis saisissaient toutes les occasions de vanter l'clat de son style et le charme de son dbit1 d'autres se plaignaient1 avec un parti pris non moins invariable1 du mauvais got de ses plaisanteries et de la lenteur de sa diction trop savamment ponctue4 ,sur plus d'un point les folliculaires du ,x,v,i,i,ie sicle sont les seuls tmoins qui nous restent4 ,aucun d'eux malheureusement n'a jur de dire la vrit4 ,il fallait avant tout servir sa coterie et dfendre ses amis4 ,ne demandons donc ni ,frron1 ni ,bachaumont1 ni ,grimm1 ni au ,journal de ,trvoux la vrit sur l'loquence acadmique de d',alembert2 ne nous fions pas trop aux correspondants de ,mme du ,deffant2 avant #agfe ils n'annonceront que des succs2 mais ds que la rupture est complte1 quand d',alembert son nom1 chaque fois qu'il le rencontre1 associe d'injurieuses pithtes1 on ne doit plus1 par une reprsaille toute naturelle1 apprendre par elle que des checs4 ,d',alembert1 secrtaire perptuel de l',acadmie franaise1 aimait l',acadmie et dtestait les sots4 ,il voulait que chaque lu ft honneur la ,compagnie4 ,ces principes taient ceux de tous les partis2 mais pour carter les cratures de la coterie rivale1 chacun tolrait1 dsirait et russissait souvent imposer de nombreuses exceptions la rgle4 ,d',alembert1 attentif aux opinions des candidats non moins qu' leur talent1 tait peu favorable aux grands seigneurs et aux prlats4 ,son influence tait acquise aux amis de la libre pense plus encore qu'aux hommes de lettres4 ,il tait au fond fort indiffrent1 mais1 prsent par devoir sur le thtre de la lutte1 organe de toutes les demandes1 centre naturel de toutes les sollicitations1 il ne pouvait manquer de jouer un rle1 et les vaincus devaient l'exagrer4 ,les recommandations de ,voltaire1 les conseils ou les ambitions de ,condorcet1 de ,marmontel1 de ,laharpe1 de ,turgot ou de ,diderot1 les prfrences de ,mlle de ,lespinasse et les amitis de ,mme ,geoffrin dirigeaient sa rsolution4 ,lorsqu'il l'avait prise1 il aimait vaincre1 comme tout jeu chacun dsire gagner la partie4 ,appel choisir entre ,coetlosquet et ,trublet1 entre ,louis de ,rohan et ,radonvilliers1 entre ,lomnie de ,brienne et ,roquelaure1 entre le prince de ,beauvau et ,gaillard1 entre ,brequigny et l'abb ,arnaud1 il faudrait1 avant d'accuser son impartialit1 revoir1 soyons franc1 et disons voir1 soyons plus franc encore1 et disons dcouvrir les pices de ces procs1 obscurs aujourd'hui1 jadis si mouvants4 ,la correspondance trs active entre d',alembert et ,voltaire roulait souvent sur les affaires acadmiques4 ,les deux amis1 habituellement d'accord1 se font volontiers des concessions4 ,on a beaucoup blm l'une d'elles4 ,d',alembert a prt ,voltaire tous les efforts de son zle pour carter de l',acadmie le prsident ,debrosses1 dont le livre charmant1 alors indit1 il faut le remarquer1 occupe dans la bibliothque des gens de got une place dans laquelle aucun de ses concurrents1 si leurs oeuvres existaient encore1 ne serait aujourd'hui tolr4 ,voltaire avait t le locataire du prsident4 ,se croyant tout permis1 je veux dire se croyant seul juge de ses droits1 il avait fait couper pour son usage quelques cordes de bois1 sans en avoir nul droit1 puisqu'il faut parler net4 ,le prsident1 allguant la coutume et l'usage et rclamant ses droits1 qu'il connaissait1 exigea le prix de son bois4 ,voltaire1 non moins indiffrent sans doute que son adversaire aux trois cents francs qui finirent par tre donns aux pauvres1 ne voulut pas s'avouer dans son tort4 ,debrosses eut le mauvais got de l'y contraindre en se donnant le dangereux plaisir d'engager avec lui une lutte d'esprit et le plaisir plus dangereux encore1 sur ce terrain favorable un magistrat qui a raison1 de mettre les rieurs de son ct4 ,n'et-il pas t1 je ne dis pas plus prudent--d',alembert ne l'aurait pas pardonn1--mais plus gracieux et plus sage au prsident de dtourner les yeux d'une faiblesse vidente de ,voltaire et de lui laisser voir--l'esprit pour cela ne lui manquait pas--que1 sans tre sa dupe1 il tait et voulait rester son trs humble serviteur8 ,c'est l1 je crois1 ce que1 sans aucune proccupation acadmique1 les aimables amis de ,debrosses lui auraient conseill et le conseil que1 dans un cas semblable1 lui-mme leur aurait donn4 ,il ne faudrait pas croire que d',alembert1 humblement inclin devant le patriarche1 suivt sans le discuter le mot d'ordre envoy de ,ferney4 ,quand un ami de ,voltaire dplat d',alembert1 il lui fait rsolument la guerre4 ,si ,voltaire1 par une vieille habitude1 appelle ,richelieu son hros1 d',alembert le nomme ,childebrand4 ,si ,voltaire dfend le vieillard jadis aimable et brillant1 d',alembert aussitt se permet d'triller ,rossinante-,childebrand4 ,lorsqu'une aventure scandaleuse1 qui fit alors beaucoup de bruit1 vient dshonorer1 la satisfaction peu dissimule de d',alembert1 celui qu'on nommait l',acadmie le chef du parti catholique1 d',alembert plaint son admirateur habituel de ne pouvoir cette fois parler librement sur ,mandrin-,childebrand1 qu'il ose1 dans une lettre ,voltaire1 rapprocher de ,cartouche-,frron4 ,une vieille coquetterie d'esprit rapproche ,voltaire de ,mme du ,deffant3 d',alembert1 qui ne l'ignore pas1 s'tonne qu'il crive des lettres charmantes cette vieille et infme catin4 ,on a dit souvent et rpt plus souvent encore que d',alembert1 l',acadmie franaise1 faisait les lections3 c'est presque une accusation4 ,celui qui fait les lections en est responsable4 ,d',alembert ne l'tait pas3 l'lection de son ancien ami ,chabanon1 faite deux ans aprs la mort de ,voltaire et quatre ans avant celle de d',alembert1 en peut tre cite comme preuve4 ,vous savez1 lui avait crit ,voltaire1 que ,chabanon a la plus grande envie d'tre des ntres1 mais les octognaires de notre tripot ne sont pas encore morts ni moi non plus4 ,j'attends pour vous en parler que la place soit vacante4 ,la place devient vacante2 d',alembert fait la sourde oreille2 il voudrait ,condorcet1 que les deux amis1 on ne sait pourquoi1 ont pris l'habitude d'appeler ,pascal4 ,la candidature est cette fois impossible4 ,nous n'aurons pas ,pascal1 dit d',alembert1 j'espre au moins que nous n'aurons pas ,cotin-,chabanon qui demande l',acadmie tout la fois comme on demande l'aumne et comme on demande la bourse1 et qui veut accumuler sur sa tte des titres au lieu de talents4 ,chabanon choue4 ,nous avons prfr1 crit d',alembert1 ne pouvant avoir ,pascal-,condorcet1 ,chapelain-,lemierre et ,cotin-,chabanon1 ,eutrope ,millot qui a du moins le mrite d'avoir crit l'histoire en philosophe et de ne s'tre jamais souvenu qu'il tait jsuite et prtre4 ,chabanon avait t1 vingt ou trente ans auparavant1 il s'en vante du moins1 l'ami trs intime de d',alembert4 ,dans ses mmoires1 platement crits1 o1 sans esprit1 sans tact et sans dcence1 il raconte longuement ses succs et ses dceptions d'amour1 il fait jouer d',alembert le rle de confident1 et l'excellent gomtre lui prodigue sa sympathie et ses consolations4 ,chabanon1 dans un jour de grande tristesse1 entre chez d',alembert1 qui1 du premier coup d'oeil1 le voyant malheureux1 l'accable de questions pleines d'intrt sur la cause de son chagrin4 ,chabanon tait amoureux et trahi4 ,comment peindre1 dit-il1 la sensibilit de d',alembert et la fougueuse prcipitation de ses mouvements8 ,fermer la porte aux deux verrous1 ouvrir un petit escalier qui rpondait la boutique du vitrier1 y crier3 ,madame ,rousseau1 je n'y suis pour personne6 et revenir moi1 me serrer dans ses bras1 ce ne fut pour lui que l'affaire d'un instant4 ,dans les premiers mots de d',alembert reparat cependant l'insensibilit affecte du sceptique railleur1 sous lequel quelques contemporains ont mconnu l'homme tendre et bon4 ,que voulez-vous6 dit-il ,chabanon3 vous avez commenc par tre heureux6 ,et il ajoute de la voix de fausset qui lui tait particulire3 ,c'est toujours la fiche de consolation4 ,mais1 mu par le dsespoir de son ami1 il prend aussitt un autre ton3 ,mon ami1 lui dit-il1 il faut viter de rester avec vous-mme4 ,jetez l les livres1 voyez vos amis1 courez1 distrayez-vous4 ,toutes les fois que je vous serai ncessaire1 je quitterai avec plaisir mon travail1 et nous irons nous promener ensemble4 ,pourquoi les sentiments de d',alembert avaient-ils chang8 ,les oeuvres de ,chabanon l'expliquent4 ,d',alembert ne se rsignait pas1 par amour pour l',acadmie1 y voir siger l'auteur d'ponine4 ,chapelain-,lemierre et ,cotin-,chabanon finirent tous deux par forcer la porte3 le meilleur des deux--c'tait ,chapelain--ne passa que le second4 ,cette double victoire remporte sur d',alembert le justifie du reproche adress par un crivain qu'on n'a pas encore compltement oubli1 ,snac de ,meilhan1 qui a crit3 ,l'intrigue et la cabale mirent dans les mains de d',alembert1 qui survcut ,voltaire1 le sceptre de la littrature4 ,rien n'est juste dans cette phrase et rien n'est vrai1 sinon que d',alembert a eu le chagrin d'assister la mort de ,voltaire4 ,,chapitre ,v ,d',,alembert ,,et ,,la ,,suppression ,,des ,j,,suites ,un personnage alors considrable--c'tait le marchal ,vaillant--me disait un jour3 ,je passe l't dans une petite commune de ,bourgogne2 l1 quoique voltairien1 chaque dimanche ma prsence l'glise difie les fidles3 vous me direz que c'est de l'hypocrisie6--,ah6 marchal6 rpondis-je sans hsitation444--,vous voulez dire1 continua-t-il1 que ce n'est pas de l'hypocrisie3 vous me feriez plaisir en m'expliquant pourquoi4 ,je fus embarrass2 il s'y attendait et nous rmes tous deux4 ,d',alembert1 incrdule convaincu et plus voltairien que ,voltaire1 affectait quelquefois1 dans ses crits et souvent dans ses discours acadmiques1 des formes respectueuses qui contrastent avec le ton de sa correspondance4 ,pour l'accuser cependant d'hypocrisie1 il faudrait ne l'avoir jamais connu4 ,en ne compromettant ni l',acadmie ni lui-mme1 il faisait preuve de tact et de prudence4 ,il riait de sa sagesse4 ,aprs avoir prononc l'loge de ,bossuet1 il reut de l'archevque de ,toulouse des louanges trs mrites2 il se frottait les mains et se rjouissait d'avoir si gravement jou l'orthodoxie4 ,s'il a pris trop de plaisir ce jeu1 le pch n'est pas grave4 ,d',alembert1 trs srieux au fond1 affectait de ne pas l'tre4 ,voltaire lui a reproch quelquefois un langage trop loign de sa pense4 ,vous me faites1 lui rpond un jour d',alembert1 une querelle de ,suisse que vous tes1 au sujet du ,dictionnaire de ,bayle4 ,premirement je n'ai pas dit3 ,heureux s'il et plus respect la religion et les moeurs6 ,ma phrase est beaucoup plus modeste4 ,mais1 d'ailleurs1 qui ne sait que dans ce maudit pays o nous crivons1 ces sortes de phrases sont style de notaire et servent de passeport aux vrits qu'on veut tablir8 ,personne n'y est tromp444 ,il faut connatre la situation4 ,on vient1 crivait peu de temps aprs d',alembert1 de publier une dclaration qui inflige la peine de mort tous ceux qui seront convaincus d'avoir compos1 fait composer et imprimer des crits tendans attaquer la religion4 ,la crainte des fagots est trs rafrachissante1 ajoute d',alembert4 ,c'est ceux qui les prparaient que fait allusion ce mot de ralliement si connu3 crasons l'infme4 ,il avait cours entre amis seulement et les portes fermes2 on ne confiait pas les lettres la poste4 ,quand on ne peut combattre en rase campagne1 les embuscades sont permises4 ,qu'un croyant aspire au martyre1 il joue son jeu et vise au paradis4 ,un mcrant n'a pas d'ambitions si hautes4 ,d',alembert ne craignait pas srieusement d'tre brl1 mais il ne voulait pas s'exposer comme ,diderot habiter ,vincennes1 ni comme ,voltaire s'exiler hors de ,france4 ,son coeur le retenait ,paris4 ,il ne voulait compromettre ni ses intrts ni son repos4 ,voltaire cependant excitait son zle2 il ne lui demandait que cinq ou six bons mots par jour4 ,lui-mme d'ailleurs conseillait la prudence et en donnait l'exemple4 ,je voudrais1 disait-il1 que chacun des frres lant tous les ans des flches de son carquois contre le monstre1 sans qu'il st de quelle main les coups partent4 ,il ne faut rien donner sous son nom4 ,je n'ai pas mme fait la ,pucelle4 ,je dirai matre ,joly de ,fleury que c'est lui qui l'a faite4 ,voltaire1 pas plus que d',alembert1 ne se souciait de boire la cigu4 ,il consentait pour loigner ce calice communier dans l'glise de ,ferney4 ,abbeville1 o le chevalier de la ,barre venait d'tre supplici1 il aurait mis chapeau bas devant toutes les processions4 ,d',alembert publia en #agfe un livre intitul3 ,histoire de la destruction des ,jsuites1 par un auteur dsintress4 ,en l'imprimant en ,suisse1 on avait1 suivant le conseil de ,voltaire1 soigneusement cach le nom de l'auteur4 ,on feignait au moins de le croire et l'on s'amusait du mystre4 ,c'est mots couverts que ,voltaire donne des nouvelles de l'impression4 ,on prpare un ouvrage de gomtrie1 et sur ce thme les deux amis rencontrent1 sans songer que jamais ils en amuseront le public1 des plaisanteries qui les rjouissent4 ,deux ans aprs1 d',alembert crit ,voltaire propos de la dispersion des jsuites d',espagne3 ,notre jeune mathmaticien a fait une petite suite pour l'ouvrage que vous connaissez o il traite de l'tat de la gographie en ,espagne4 ,vous le recevrez incessamment4 ,voltaire le reoit et rpond3 ,j'ai envoy vos gants d',espagne sur-le-champ leur destination2 leur odeur m'a rjoui le nez4 ,le livre fut introduit ,paris par les soins de ,marin 7frre ,marin71 secrtaire du lieutenant de police4 ,ceux qui en reurent les premiers exemplaires remercirent le frre d',alembert4 ,il ne faut pas regarder le secret1 bien ou mal gard1 ni surtout l'impression l'tranger comme des prcautions inutiles4 ,les ouvrages dans ce cas ne formaient pas dlit4 ,la police pouvait les interdire1 le ,parlement n'avait pas les juger4 ,le livre de d',alembert tait dfendu1 mais il circulait librement4 ,un an aprs sa publication1 ,diderot crivait3 ,le livre de d',alembert sur la destruction des jsuites1 qui n'est rien1 a fait plus de sensation dans ,paris que les quatre volumes de ses opuscules mathmatiques4 ,lorsque d',alembert se dclare impartial1 il a l'intention de l'tre2 comme historien1 il y russit4 ,la premire partie du livre devait1 pour ses amis tonns1 ressembler une apologie de la socit de ,jsus4 ,l'histoire de ,loyola et des ingnieux statuts qu'il inventa n'inspire d',alembert ni railleries ni bons mots4 ,les jsuites sont irrprochables dans leurs moeurs1 fidles leurs voeux1 laborieux dans leurs tudes et dvous la tche qui leur est confie4 ,on a bien fait cependant de les supprimer4 ,on ferait mieux encore de supprimer leurs ennemis les jansnistes et avec eux tous les ordres religieux4 ,c'est ainsi que1 fidle sa promesse1 l'auteur dsintress pourrait1 l'inverse de ,sosie1 se prsenter1 en disant3 ,messieurs1 ennemi de tout le monde1 car il l'est aussi des parlementaires1 et dclare1 huis clos bien entendu1 qu'il se plat cingler1 sans qu'on sache d'o le coup vient1 la canaille jsuitique1 la canaille jansniste et la canaille parlementaire4 ,les moins maltraits sont les jsuites4 ,les jansnistes ne s'y tromprent pas4 ,les gens raisonnables1 dit d',alembert1 ont trouv l'ouvrage impartial et utile1 mais les conseillers de la cour jansniste1 en attendant le prophte lie1 qui aurait bien d leur prdire cette tuile qui leur tombe sur la tte1 ont cri comme tous les diables4 ,ce qu'il y a de plaisant1 c'est que cette canaille trouve mauvais qu'on lui applique sur le dos des coups de bche qu'elle se fait donner sur la poitrine4 ,la plaisanterie n'est pas heureuse2 d',alembert1 toujours le fouet la main1 promet des coups plus rudes encore4 ,j'enverrai prochainement frre ,gabriel1 dit-il 7,gabriel est le libraire ,cramer71 de quoi les faire brailler encore1 car pendant qu'ils sont en train de braire il n'y a pas de mal leur tenir la bouche ouverte4 ,j'ai commenc par les croquignoles1 je continuerai par des coups de houssine2 ensuite viendront les coups de gaule1 et je finirai par les coups de bton4 ,il rve mieux que le bton et ajoute3 ,mon ,dieu6 l'odieuse et plate canaille6 mais elle n'a pas longtemps vivre et je ne lui pargnerai pas les coups de stylet6 ,la houssine1 le bton1 le stylet1 c'est toujours la mme plume1 diversement taille1 et l'apparente frocit de d',alembert n'est au fond qu'un petit accs de vanit4 ,d',alembert rit et s'amuse1 il ne veut poignarder personne4 ,il varie ses plaisanteries4 ,s'ils avalent ce crapaud1 dit-il dans une autre lettre1 je leur servirai d'une couleuvre1 elle est toute prte4 ,je ferai seulement la sauce plus ou moins piquante selon que je les verrai plus ou moins en apptit4 ,je respecterai toujours1 comme de raison1 la religion1 le gouvernement et mme les ministres1 mais je ne ferai pas de quartier toutes les autres sottises et assurment j'aurai de quoi parler4 ,voltaire devait tre content cette fois3 ce n'est pas l style de notaire4 ,d',alembert aussi tait content de lui-mme1 ,voltaire lui crivait3 ,cher dfenseur de la raison1 macte animo1 et passez joyeusement votre vie craser de votre main les ttes de l'hydre4 ,je ne vous le dissimule pas1 mon cher matre1 rpondait d',alembert1 vous me comblez de satisfaction par tout ce que vous me dites de mon ouvrage4 ,je le recommande votre protection et je crois qu'en effet il pourra tre utile la cause commune et que l'infme1 avec toutes les rvrences que je fais semblant de lui faire1 ne s'en trouvera pas mieux4 ,si j'tais1 comme vous1 assez loin de ,paris pour lui donner des coups de bton1 assurment ce serait de tout mon coeur1 de tout mon esprit et de toutes mes forces1 comme on prtend qu'il faut aimer ,dieu1 mais je ne suis post que pour lui donner des croquignoles1 en lui demandant pardon de la libert grande1 et il me semble que je ne m'en suis pas mal acquitt4 ,dans la premire partie du livre de d',alembert1 les croquignoles ne pleuvent pas encore4 ,on ne peut mieux comparer cette socit1 partout entoure d'ennemis et partout triomphante l'espace de deux sicles1 dit d',alembert1 qu'aux marais de ,hollande1 cultivs par un travail opinitre1 assigs par la mer qui menace chaque instant de les engloutir1 et sans cesse opposant leurs digues cet lment destructeur4 ,qu'on perce la digue en un seul endroit1 la ,hollande sera submerge aprs tant de sicles de travaux et de vigilance4 ,c'est aussi ce qui est arriv la socit4 ,ses ennemis ont enfin trouv l'endroit faible et perc la digue2 mais ceux qui l'avaient construite avec tant de soin et de patience1 ceux qui ont ensuite veill si longtemps sa conservation1 ceux qui ont cultiv avec tant de succs le terrain que protgeait cette digue1 n'en mritent pas moins d'loges4 ,dans la distribution des coups de houssine1 les jsuites1 on le voit1 n'ont pas leur juste part4 ,d',alembert raconte le rle des jsuites pendant le premier sicle et les raisons1 fort honorables pour eux1 de leurs succs3 ,la libralit qui admet et encourage tous les talents1 la longue dure du noviciat1 les srieuses preuves qui prcdent l'engagement3 nul n'est admis sans vocation et sans un dvouement toute preuve4 ,les pratiques religieuses leur sont rendues faciles3 qui travaille prie4 ,ils se lvent1 a-t-on dit par raillerie1 quatre heures du matin pour rciter ensemble des litanies quatre heures du soir4 ,c'est qu'ils croient plus honorable et plus utile d'avoir parmi eux des ,ptau et des ,bourdaloue que des fainants et des chantres4 ,tout cela n'est certes pas d'un adversaire fanatique et aveugle4 ,les jsuites sont unis pour le bien de la cause commune4 ,dans les autres socits1 les intrts et les haines rciproques des particuliers nuisent presque toujours au bien du corps4 ,chez les jsuites il en est autrement4 ,attaquez un seul d'entre eux1 vous tes sr d'avoir la socit pour ennemie4 ,jamais rpublicain n'aima la patrie comme chaque jsuite aime sa socit4 ,le dernier de ses membres s'intresse sa gloire1 dont il croit qu'il rejaillit sur lui quelques rayons4 ,ce n'est pas sans raison qu'on les a dfinis une pe dont la pointe est ,rome4 ,cet attachement des jsuites leur compagnie ne peut tre que l'effet de l'orgueil qu'elle leur inspire et nullement des avantages qu'elle procure chacun de ses membres4 ,le mrite modeste ou born au travail de cabinet y est mconnu1 peu considr1 quelquefois perscut si l'intrt de la socit le demande4 tous ces moyens d'augmenter leur considration et leur crdit1 ils en joignent un autre1 non moins efficace4 ,c'est la rgularit de la conduite et des moeurs4 ,leur discipline sur ce point est aussi svre que sage1 et1 quoi qu'en ait publi la calomnie1 il faut avouer qu'aucun ordre religieux ne donne moins de prise cet gard4 ,ceux d'entre eux qui ont enseign la morale la plus monstrueuse1 qui ont crit sur les matires les plus obscnes1 ont men la vie la plus difiante et la plus exemplaire4 ,c'tait au pied du crucifix que le pre ,sanchez crivit ses abominables et dgotants ouvrages1 et on a dit en particulier d',escobar1 galement connu par l'austrit de ses moeurs et le relchement de sa morale1 qu'il achetait le ciel bien cher pour lui-mme et le donnait bon march aux autres4 ,d',alembert raconte l'histoire des lettres de change signes par les jsuites d',amrique et non payes en ,europe1 le procs commercial fait par les ngociants de ,lyon et de ,marseille ces marchands auxquels leurs statuts prescrivaient la pauvret4 ,chaque profs en effet avait prononc ce serment3 ,je ne travaillerai jamais1 en aucune faon1 ni ne consentirai jamais au changement des rglements faits sur la pauvret par les constitutions de la socit1 si ce n'est quand1 par de justes causes1 les circonstances pourront exiger que cette pauvret soit encore restreinte davantage4 ,on faisait remarquer cependant qu'on peut tre pauvre au milieu de l'abondance4 ,si la socit possdait des biens considrables1 les membres de ce corps devenu opulent pourraient encore pratiquer la pauvret vanglique4 ,cette ingnieuse remarque justifiait tout4 ,la banqueroute tait un malheur impossible prvoir4 ,cela tait vrai1 mais ce malheur n'arrive pas sans qu'on s'y soit expos4 ,la maldiction des richesses tombe plus encore que sur les riches sur ceux qui ont soif de le devenir4 ,la banqueroute des jsuites1 importante par le chiffre des intrts engags--les dettes s'levaient #c millions1--l'tait surtout par les rvlations qui en sortaient4 ,elle fut porte la grand'chambre du ,parlement de ,paris4 ,les jsuites furent condamns1 aux applaudissements de la foule qui encombrait le palais1 payer les dettes de leurs frres1 avec dfense de faire du commerce4 ,la joie fut universelle4 ,ce fut le commencement de leurs malheurs4 ,leurs constitutions1 qu'il fallut produire1 furent dclares contraires aux lois du royaume1 l'obissance due au souverain1 la sret de sa personne et la tranquillit de l'tat4 ,aprs avoir jusque-l conserv en racontant les faits son rle d'historien impartial1 d',alembert rencontre la question de droit2 sa doctrine est singulire4 ,la suppression des jsuites tait utile la tranquillit publique2 il faut applaudir sans se soucier des motifs allgus4 ,les moyens juridiques1 il le dclare et l'approuve1 ne sont et ne devaient tre que des prtextes4 ,ce n'est pas parce qu'on croit les jsuites plus mauvais ,franais que les autres religieux qu'il faut les disperser et les dtruire1 c'est parce qu'on les sait plus redoutables4 ,ce motif1 quoique non juridique1 est meilleur qu'il ne faut pour s'en dfaire4 ,singulire et dangereuse doctrine sur les devoirs et les droits du premier tribunal de l'tat4 ,d',alembert1 toujours franc1 ajoute1 pour que sa pense soit bien comprise3 ,la ligue de la nation contre les jsuites ressemble la ligue de ,cambrai contre la rpublique de ,venise1 qui avait pour principale cause les richesses et l'insolence de ces rpublicains4 ,les pres1 ajoute-t-il1 ont os prtendre1 et plusieurs vques ont os l'imprimer1 que le gros recueil d'assertions extrait des auteurs jsuites par ordre du ,parlement1 recueil qui a servi de motif principal pour leur destruction1 n'aurait pas d oprer cet effet2 qu'il avait t compos la hte par des prtres jansnistes et mal vrifi par des magistrats peu propres ce travail2 qu'il tait plein de citations fausses1 de passages tronqus et mal entendus1 d'objections prises pour des rponses1 enfin de mille autres infidlits semblables4 ,telle est la prtention des jsuites4 ,les magistrats1 dit d',alembert1 ont pris la peine de rpondre4 quoi bon8 ,on ne peut nier1 ajoute-t-il1 que parmi un grand nombre de citations exactes1 il ne soit chapp quelques mprises2 elles ont t avoues sans peine2 mais ces mprises1 quand elles seraient beaucoup plus frquentes1 empchent-elles que le reste ne soit vrai8 ,d',alembert ici se borne oublier les leons reues l'cole de droit4 ,mais ce qui suit dpasse toute mesure4 ,la plainte des jsuites et de leurs dfenseurs ft-elle aussi juste qu'elle le parat peu1 qui se donnera la peine de vrifier tant de passages8 ,en attendant que la vrit s'claircisse1 si de pareilles vrits en valaient la peine1 le recueil aura produit le bien que la nation dsirait3 l'anantissement des jsuites4 ,et ce n'est pas dans une lettre confidentielle1 c'est dans le livre mme de l'auteur dsintress qu'on peut lire cet trange passage4 ,le tort fait la justice et la morale par un arrt motiv sur des calomnies 7telle est l'hypothse7 ne serait-il pas prcisment conforme aux principes les plus dangereux reprochs la socit8 ,on pourrait applaudir l'expulsion franchement dcide et sans procdure1 pour raison d'tat2 mais les faux griefs1 mls ou non des accusations fondes1 ne sauraient trouver d'approbateurs4 ,d',alembert1 remarquons-le bien1 n'admet pas la fausset des griefs1 mais il dclare1 sans ncessit par consquent1 que1 les reproches eussent-ils t des calomnies1 il faudrait se rjouir et approuver4 ,telle n'tait pas au fond1 telle ne pouvait tre sa doctrine4 ,deux ans aprs1 propos de la suppression des jsuites d',espagne1 il crivait ,voltaire3 ,croyez-vous tout ce qu'on dit ce sujet8 croyez-vous la lettre de ,m4 d',ossun1 lue en plein ,conseil et qui marque que les jsuites avaient form le complot d'attaquer1 le jeudi saint1 bon jour1 bonne oeuvre1 le roi d',espagne et toute la famille royale8 ,ne croyez-vous pas comme moi qu'ils sont assez mchants1 mais non pas assez fous pour cela1 et ne dsirez-vous pas que cette nouvelle soit tire au clair8 ,mais que dites-vous de l'ide du roi d',espagne qui les chasse si brusquement8 ,persuad comme moi qu'il a eu pour cela de bonnes raisons1 ne pensez-vous pas qu'il aurait bien fait de les dire et de ne pas les renfermer dans son coeur royal8 ,ne pensez-vous pas qu'on pourrait permettre aux jsuites de se justifier1 surtout quand on croit tre sr qu'ils ne le peuvent pas8 ,ne pensez-vous pas encore qu'il serait bien injuste de les faire tous mourir de faim1 si un seul frre coupable ou non s'avise d'crire bien ou mal en leur faveur8 propos du jsuite ,malagrida1 brl ,lisbonne pour de bien faibles motifs1 d',alembert ajoute3 ,c'est une chose plaisante que l'embarras o les jsuites et les jansnistes se trouvent l'occasion de cette victime immole par l',inquisition4 ,les jsuites1 dvous jusque-l ce tribunal de sang1 n'osaient plus en prendre le parti depuis qu'il avait brl un des leurs4 ,les jansnistes commenaient le trouver juste ds qu'il eut condamn un jsuite aux flammes4 ,ils assurrent et imprimrent que l',inquisition n'tait pas ce qu'ils avaient cru jusqu'alors1 et que la justice s'y rendait avec beaucoup de sagesse et de maturit4 ,on aimerait voir d',alembert et ,voltaire plus humains et moins aveugls par la passion que les chrtiens fort imparfaits qu'ils attaquent2 ni l'un ni l'autre n'aurait allum ni regard le bcher1 mais ils en riaient et de loin feignaient d'y penser avec plaisir4 ,d',alembert1 l'occasion de la tragdie d',olympie faite par ,voltaire en six jours1 lui crit3 ,donnez-nous vite votre oeuvre des six jours1 mais ne faites pas comme ,dieu et ne vous reposez pas le septime4 ,ce n'est point un plat compliment que je prtends vous faire2 mais je ne vous dis que ce que j'ai dj dit cent fois d'autres4 ,vos pices seules ont du mouvement et de l'intrt et1 ce qui vaut bien cela1 de la philosophie1 non pas de la philosophie froide et parlire1 mais de la philosophie en action4 ,je ne vous demande plus d'chafaud1 je sais et je respecte toute la rpugnance que vous y avez1 quoique depuis ,malagrida les chafauds aient leur mrite4 ,a la lueur d'un bcher le rire devient sinistre2 d',alembert1 en l'oubliant1 fait penser ce mot de ,grimm3 ,il semble voir des enfants qui jouent avec les instruments du bourreau4 ,les jsuites1 condamns1 tranaient l'affaire en longueur4 ,le gouvernement hsitait4 ,une circonstance fortuite prcipita leur ruine4 ,on reut la fin de mars #agfb la triste nouvelle de la prise de la ,martinique par les ,anglais4 ,la prudence du gouvernement voulut prvenir les plaintes qu'une si grande perte devait causer dans le public4 ,on imagina1 pour faire diversion1 de donner aux ,franais un autre objet d'entretien2 comme autrefois ,alcibiade avait imagin de faire couper la queue son chien pour empcher les ,athniens de parler d'affaires plus srieuses1 on dclara donc au principal des jsuites qu'ils n'avaient plus qu' obir au ,parlement et cesser leurs leons4 ,il est certain1 ajoute d',alembert1 toujours sincre1 que la plupart des jsuites1 ceux qui dans cette socit comme ailleurs ne se mlent de rien1 et qui y sont en plus grand nombre qu'on ne croit1 n'auraient pas d1 s'il et t possible1 porter la peine des fautes de leurs suprieurs4 ,ce sont des milliers d'innocents qu'on a confondus regret avec une vingtaine de coupables4 ,de plus1 ces innocents se trouvaient par malheur les seuls punis et les seuls plaindre1 car les chefs avaient obtenu par leur crdit des pensions dont ils pouvaient jouir leur aise1 tandis que la multitude immole restait sans pain comme sans appui4 ,tout ce qu'on a pu allguer en faveur de l'arrt gnral d'expulsion prononc contre ces pres1 c'est le fameux passage de ,tacite au sujet de la loi des ,romains qui condamnait mort tous les esclaves d'une maison pour le crime d'un seul4 ,habet aliquid ex iniquo omne magnum exemplum4 ,tout grand exemple a quelque chose d'injuste4 ,il faut s'y rsigner1 il y a deux morales1 ou1 ce qui serait plus triste encore1 contre l'intrt public allgu1 il n'en faut invoquer aucune4 ,continuons l'analyse du livre4 ,quelques parlements n'avaient rien prononc contre l'institut1 et les jsuites subsistaient encore en entier dans une partie de la ,france4 ,il y avait lieu d'apprhender qu'au premier signal de ralliement la partie disperse1 se rejoignant tout coup la partie runie1 ne formt une socit nouvelle1 avant mme qu'on ft en tat de la combattre4 ,la sagesse et l'honneur mme du gouvernement semblaient exiger que la jurisprudence l'gard des jsuites1 quelle qu'elle pt tre1 ft conforme dans tout le royaume4 ,ces vues paraissent avoir dict l'dit par lequel on vient d'abolir la socit dans toute l'tendue de la ,france4 ,tout s'tait runi pour accabler les jsuites et prparer leur ruine4 ,aux griefs accumuls contre eux ils avaient ajout deux fautes capitales4 ,nous n'en rappelons qu'une4 ,ils avaient refus1 par des motifs de respect humain1 de recevoir sous leur direction des personnes puissantes 7,mme de ,pompadour7 qui n'avaient pas lieu d'attendre d'eux une svrit si singulire tant d'gards4 ,ce refus indiscret a contribu prcipiter leur ruine4 ,ainsi ces hommes qu'on avait tant accuss de morale relche et qui ne s'taient soutenus la cour que par cette morale mme1 ont t perdus ds qu'ils ont voulu1 mme leur grand regret1 professer le rigorisme4 ,matire abondante de rflexion et preuve vidente que les jsuites depuis leur naissance jusqu' cette poque avaient pris le bon chemin pour se soutenir1 puisqu'ils ont cess d'tre ds qu'ils s'en sont carts4 ,il est certain1 telle est la conclusion de d',alembert1 que l'anantissement de la socit peut procurer la raison de grands avantages1 pourvu que l'intolrance jansniste ne succde pas en crdit l'intolrance jsuitique4 ,car1 on ne craint pas de l'avancer1 entre ces deux sectes l'une et l'autre mchantes et pernicieuses1 si on tait forc de choisir1 en leur supposant le mme degr de pouvoir1 la socit qu'on vient d'expulser serait la moins tyrannique4 ,les jsuites1 gens accommodants pourvu qu'on ne se dclare pas leur ennemi1 permettent assez qu'on pense comme on voudra4 ,les jansnistes1 sans gards comme sans lumires1 veulent qu'on pense comme eux4 ,s'ils taient les matres1 ils exerceraient sur les ouvrages1 sur les esprits1 sur les discours1 sur les moeurs l'inquisition la plus violente4 ,les jsuites taient des troupes rgulires1 rallies et disciplines sous l'tendard de la superstition4 ,c'tait la phalange macdonienne qu'il importait la raison d'avoir rompue et dtruite4 ,les jansnistes ne sont que des cosaques et des pandours dont la raison aura bon march4 ,impartial comme il l'a promis1 d',alembert est contre tous galement implacable4 ,le livre sur la destruction des jsuites obtint un grand succs et souleva de violentes colres4 ,l'auteur1 s'il faut en croire ,voltaire qui cite de mmoire et invente quelquefois1 fut trait d'hyne1 de ,philistin1 d',amorrhen1 de bte puante1 de ,satan et de ,rabsacs4 ,les pamphlets les plus envenims ne vivent gure2 la trace des invectives disparat avec eux4 ,la plupart s'adressaient moins d',alembert qu'au parti des philosophes tout entier4 ,l'yenne du ,gvaudan1 dit l'auteur anonyme d'une lettre un ami sur le livre nouveau1 a fait moins de mal que les crits publis depuis peu4 ,l'auteur de la lettre un ami1 qui s'appelait1 je crois1 le pre ,guidy1 veut parler des crits condamns rcemment par l'assemble gnrale du clerg 7aot #agfe7 dans des termes d'une violence presque gale3 ,une multitude d'crivains tmraires1 disaient les vques runis1 ont foul aux pieds les lois divines et humaines4 ,les vrits les plus saintes ont t obscurcies et les principes de la monarchie branls4 ,rien n'a t respect ni dans l'ordre civil1 ni dans l'ordre spirituel4 ,la majest de l'tre suprme et celle des rois sont outrages et l'on ne peut se dissimuler que dans l'ordre de la foi1 dans celui des moeurs1 dans l'ordre mme de l'tat1 l'esprit du sicle semble le menacer d'une rvolution qui prsage de toutes parts une ruine et une destruction totale4 ,le clerg voyait juste4 ,mais l',encyclopdie dans ses craintes n'occupe qu'une petite part1 et le livre sur la destruction des jsuites tait peine signal4 ,il n'est pas vrai non plus1 quoique ,voltaire1 heureux d'enrichir d'un mot nouveau le sottisier littraire1 l'ait rpt plusieurs fois1 que d',alembert ait t appel ,rabsacs4 ,j'ai trouv le passage4 ,d',alembert avait crit3 ,la philosophie1 laquelle les jansnistes avaient dclar une guerre presque aussi vive qu' la ,compagnie de ,jsus1 avait fait malgr eux et par bonheur pour eux des progrs semblables4 ,les jsuites1 intolrants par systme et par tat1 n'en taient devenus que plus odieux4 ,on les regardait1 si je puis parler de la sorte1 comme les grands grenadiers du fanatisme1 comme les plus dangereux ennemis de la raison et comme ceux dont il lui importait le plus de se dfaire4 ,les parlements1 quand ils ont commenc attaquer la ,socit1 ont trouv cette disposition dans tous les esprits4 ,c'est proprement la philosophie qui par la bouche des magistrats a port l'arrt contre les jsuites4 ,le jansnisme n'a t que le solliciteur4 ,c'est l'occasion de ce passage que l'un des auteurs des deux pamphlets trs diffrents portant tous deux pour titre le ,philosophe redress a provoqu par l'introduction du nom de ,rabsacs l'ironie dangereuse de ,voltaire4 ,quand j'accorderais1 dit-il1 ces prtendus destructeurs des jsuites la gloire1 dont ils paraissent jaloux1 d'avoir prononc l'arrt de leur ruine1 est-ce qu'il ne faudra pas toujours dire que c'est ,dieu qui s'est servi de blasphmateurs1 ,rabsacs leur tte1 pour tailler en pices les thiopiens1 tellement qu'il ne resta personne de leur ct pour enterrer les morts1 tandis que les philosophes de ,jrusalem s'applaudissaient de leur politique1 qui1 disaient-ils1 avait fait par leur diversion lever le sige aux ,assyriens8 ,l'allusion n'est pas claire2 en consultant la ,bible on la trouve plus obscure encore4 ,l'auteur avait oubli les dtails du sige de ,jrusalem2 mais il n'a pas appel d',alembert ,rabsacs4 ,on lui en a dit bien d'autres3 ,ne serait-ce pas s'avilir et faire trop d'honneur cet crivain que de qualifier en dtail toutes ses contradictions8 ,un monstre devant un miroir doit avoir horreur de lui-mme4 ,l'auteur1 disait un autre1 est un philosophe qui ose tout contre la vrit et qui1 distrait sur son ignorance1 se croit un savant du premier ordre4 ,on pourrait dfinir son crit3 ,pot-pourri ou ,recueil d'invectives ineptes contre la religion4 ,la menace se mle l'injure3 ,s'il n'est pas chrtien1 qu'il ne s'avise pas de le dire2 il pourrait bien se faire chasser par le peuple coups de pierre4 ,d',alembert n'tait pas chrtien1 on ne peut le nier2 mais1 pour le lapider sans crime1 il fallait attendre une condamnation2 le supplice sans cela n'aurait pas t rgulier4 ,d'autres1 plus modrs1 se contentaient de ddaigner son talent littraire4 ,dans un pamphlet signal par ,bachaumont on dclare que chez lui la vrit se montre sans beaut et l'erreur se cache sans finesse4 ,il veut tre le singe de ,pascal1 il n'est qu'un ,pasquin4 ,bachaumont ajoute3 ,et cela est vrai4 ,le nom de l'auteur dsintress tait connu de tous4 ,la mort de ,clairaut laissa vacante l',acadmie des sciences une des places de pensionnaire4 ,d',alembert1 membre de l',acadmie depuis vingt-deux ans et depuis dix ans dj pensionnaire surnumraire1 ne touchait qu'une partie de la pension4 ,il avait tous les droits remplacer ,clairaut2 l'usage le dsignait1 son mrite l'imposait1 et l',acadmie1 par un vote unanime1 le prsentait au choix du roi4 ,l'accueil fait au directeur de l',acadmie fut trs froid4 ,le ministre1 sans refuser1 rpondit3 ,nous ne sommes pas contents de ,m4 d',alembert4 ,on laissa la pension disponible1 et l'un des membres de l',acadmie1 dont le nom est rest justement populaire1 ,vaucanson1 eut l'indlicatesse de la demander4 ,les protestations furent unanimes1 et cette mesquine perscution fit tant de bruit1 sans que d',alembert s'en mlt en rien1 qu'aprs un an d'attente la pension lui fut attribue4 ,d',alembert crit ,lagrange3 ,je dois vous apprendre qu'on s'est enfin lass de me refuser cette misrable pension qu' la vrit je n'ai jamais demande1 mais que l',acadmie demandait vivement pour moi4 ,j'en ai fait au ministre un remerciement trs succinct et trs sec1 et je me suis su bon gr de n'avoir dmenti dans cette ridicule affaire ni mes principes ni ma conduite antrieure1 dont j'espre1 par la grce de ,dieu1 ne jamais me dpartir4 ,,chapitre ,,vi ,d',,alembert ,,et ,,frederic ,d',alembert crivait un jour ,voltaire3 ,je n'aime les grands que quand ils le sont comme vous1 c'est--dire par eux-mmes et qu'on peut vraiment se tenir pour honor de leur amiti et de leur estime4 ,pour les autres1 je les salue de loin1 je les respecte comme je dois et je les estime comme je peux4 ,pour accepter l'amiti offerte par ,frdric1 d',alembert n'avait rien changer ni ses principes ni ses dfiances4 ,dans leur correspondance1 dans leurs relations de chaque jour et de chaque heure pendant que d',alembert tait son hte1 le caractre royal effac sans affectation par ,frdric tait respect sans flatterie par d',alembert4 ,l'estime et la sympathie mutuelle faisaient natre une amiti sincre2 jamais le caractre ne s'en est dmenti4 ,les affectueux gards du roi taient pays par la reconnaissance et l'admiration du philosophe1 sans que la libert ait t menace ni l'galit mise en question4 ,d',alembert avait concouru en #agde et obtenu un prix l',acadmie de ,berlin4 ,l'pigraphe du mmoire tait une louange assez insignifiante adresse l'illustre monarque1 habilement tourne en vers latins1 sans platitude et sans emphase4 ,le mmoire fut admir par l',acadmie1 l'pigraphe remarque par ,frdric4 ,maupertuis1 quelques annes plus tard1 voulait quitter ,berlin1 mal portant1 malade1 mourant peut-tre de la diatribe du ,dr ,akakia4 ,la situation pour lui tait moralement amoindrie4 ,les flches de ,voltaire taient empoisonnes et les blessures incurables4 ,malgr la protection trs ferme et l'indignation trs sincre du roi contre ,voltaire1 ,maupertuis1 d'autant plus sensible qu'en frappant beaucoup trop fort1 la diatribe avait touch trs juste1 avait perdu toute autorit morale4 lev trop haut nagure1 il tait prcipit trop bas4 ,son importance acadmique tait dtruite4 ,le roi fit offrir d',alembert1 avec des avantages considrables1 la prsidence de son ,acadmie4 ,c'tait en #ageb4 ,d',alembert tait pauvre2 les dispensateurs des pensions et des faveurs en ,france n'taient pas alors et ne furent jamais ses amis4 ,il ne pouvait esprer dans l'avenir ni la fortune ni l'aisance4 ,il refusa pourtant sans hsiter4 ,les instances redoublrent sans l'branler4 ,aucune analyse ne peut remplacer les lettres changes1 rellement belles1 parce qu'elles sont sincres et qu'aucun mot n'en est dmenti par la vie de d',alembert4 la lettre crite par le marquis d',argens pour lui communiquer les offres de ,frdric1 d',alembert rpondit3 ,on ne peut tre1 monsieur1 plus sensible que je le suis aux bonts dont le roi m'honore4 ,je n'en avais pas besoin pour lui tre tendrement et inviolablement attach3 le respect et l'admiration que ses actions m'ont inspirs1 ne suffisent pas mon coeur2 c'est un sentiment que je partage avec toute l',europe2 un monarque tel que lui est digne d'en inspirer de plus doux et j'ose dire que je le dispute sur ce point tous ceux qui ont l'honneur de l'approcher4 ,jugez donc1 monsieur1 du dsir que j'aurais de jouir de ses bienfaits1 si les circonstances o je me trouve pouvaient me le permettre2 mais elles ne me laissent que le regret de ne pouvoir en profiter1 et ce regret ne fait qu'augmenter ma reconnaissance4 ,permettez-moi1 monsieur1 d'entrer l-dessus dans quelques dtails avec vous et de vous ouvrir mon coeur comme un ami digne de ma confiance et de mon estime4 ,j'ose prendre ce titre avec vous2 tout semble m'y inviter3 la lettre pleine de bont que vous m'avez fait l'honneur de m'crire2 la gnrosit de vos procds envers l'abb de ,prades1 auquel je m'intresse trs vivement1 et qui se loue1 dans toutes ses lettres1 de vous plus que de personne2 enfin la rputation dont vous jouissez si juste titre par vos lumires1 par vos connaissances1 par la noblesse de vos sentiments1 et par une probit d'autant plus prcieuse qu'elle est plus rare4 ,la situation o je suis serait peut-tre1 monsieur1 un motif suffisant pour bien d'autres de renoncer son pays4 ,ma fortune est au-dessous du mdiocre2 #agjj livres de rente font tout mon revenu4 ,entirement indpendant et matre de mes volonts1 je n'ai point de famille qui s'y oppose4 ,oubli du gouvernement1 comme tant de gens le sont de la ,providence1 perscut mme autant qu'on peut l'tre quand on vite de donner trop d'avantage sur soi la mchancet des hommes1 je n'ai aucune part aux rcompenses qui pleuvent ici sur les gens de lettres avec plus de profusion que de lumires4 ,une pension trs modique1 qui vraisemblablement me viendra fort tard1 et qui peine un jour me suffira si j'ai le bonheur ou le malheur de parvenir la vieillesse1 est la seule chose que je puisse raisonnablement esprer4 ,encore cette ressource n'est-elle pas trop certaine si la cour de ,france1 comme on me l'assure1 est aussi mal dispose pour moi que celle de ,prusse l'est favorablement4 ,malgr tout cela1 monsieur1 la tranquillit dont je jouis est si parfaite et si douce1 que je ne puis me rsoudre lui faire courir le moindre risque4 ,suprieur la mauvaise fortune1 les preuves de toute espce que j'ai essuyes dans ce genre1 m'ont endurci l'indigence et au malheur1 et ne m'ont laiss de sensibilit que pour ceux qui me ressemblent4 force de privations1 je me suis accoutum sans effort me contenter du plus troit ncessaire1 et je serais mme en tat de partager mon peu de fortune avec d'honntes gens plus pauvres que moi4 ,j'ai commenc1 comme les autres hommes1 par dsirer les places et les richesses1 j'ai fini par y renoncer absolument3 et de jour en jour je m'en trouve mieux4 ,la vie retire et obscure que je mne est parfaitement conforme mon caractre1 mon amour extrme pour l'indpendance1 et peut-tre un peu d'loignement que les vnements de ma vie m'ont inspir pour les hommes4 ,la retraite et le rgime que me prescrivent mon tat et mon got m'ont procur la sant la plus parfaite et la plus gale1 c'est--dire le premier bien d'un philosophe4 ,enfin1 j'ai le bonheur de jouir d'un petit nombre d'amis dont le commerce et la confiance font la consolation et le charme de ma vie4 ,jugez maintenant vous-mme1 monsieur1 s'il m'est possible de renoncer ces avantages1 et de changer un bonheur sr pour une situation toujours incertaine1 quelque brillante qu'elle puisse tre4 ,je ne doute nullement des bonts du roi1 et de tout ce qu'il peut faire pour me rendre agrable mon nouvel tat2 mais1 malheureusement pour moi1 toutes les conditions essentielles mon bonheur ne sont pas en son pouvoir4 ,l'exemple de ,m4 de ,maupertuis m'effraye avec juste raison2 j'aurais d'autant plus lieu de craindre la rigueur du climat de ,berlin et de ,potsdam1 que la nature m'a donn un corps trs faible et qui a besoin de tous les mnagements possibles4 ,si ma sant venait s'altrer1 ce qui ne serait que trop craindre1 que deviendrais-je alors8 ,incapable de me rendre utile au roi1 je me verrais forc aller finir mes jours loin de lui1 et reprendre dans ma patrie1 ou ailleurs1 mon ancien tat qui aurait perdu ses premiers charmes3 peut-tre mme n'aurais-je plus la consolation de retrouver en ,france les amis que j'y aurais laisss1 et qui je percerais le coeur par mon dpart4 ,je vous avoue1 monsieur1 que cette dernire raison seule peut tout sur moi2 le roi est trop philosophe et trop grand pour ne pas en sentir le prix2 il connat l'amiti2 il la ressent et il la mrite2 qu'il soit lui-mme mon juge4 ces motifs1 monsieur1 dont le pouvoir est le plus grand sans doute1 je pourrais en ajouter d'autres4 ,je ne dois rien1 il est vrai1 au gouvernement de ,france1 dont je crains tout sans en rien esprer2 mais je dois quelque chose ma nation1 qui m'a toujours bien trait1 qui me rcompense autant qu'il est en elle par son estime1 et que je ne pourrais abandonner sans une espce d'ingratitude4 ,je suis d'ailleurs1 comme vous le savez1 charg1 conjointement avec ,m4 ,diderot1 d'un grand ouvrage1 pour lequel nous avons pris avec le public les engagements les plus solennels1 et pour lequel ma prsence est indispensable2 il est absolument ncessaire que cet ouvrage se fasse et s'imprime sous nos yeux1 que nous nous voyions souvent et que nous travaillions de concert4 ,vous connaissez trop1 monsieur1 les dtails d'une si grande entreprise1 pour que j'insiste davantage l-dessus4 ,enfin1 et je vous prie d'tre persuad que je ne cherche point me parer ici d'une fausse modestie1 je doute que je fusse aussi propre cette place que ,sa ,majest veut bien le croire4 ,livr ds mon enfance des tudes continuelles1 je n'ai que dans la thorie la connaissance des hommes1 qui est si ncessaire dans la pratique quand on a affaire eux4 ,la tranquillit et1 si j'ose le dire1 l'oisivet du cabinet m'ont rendu absolument incapable des dtails auxquels le chef d'un corps doit se livrer4 ,d'ailleurs1 dans les diffrents objets dont l',acadmie s'occupe1 il en est qui me sont entirement inconnus1 comme la chimie1 l'histoire naturelle et plusieurs autres1 sur lesquels1 par consquent1 je ne pourrais tre aussi utile que je le dsirerais4 ,enfin1 une place aussi brillante que celle dont le roi veut m'honorer1 oblige une sorte de reprsentation1 tout fait loigne du train de vie que j'ai pris jusqu'ici2 elle engage un grand nombre de devoirs1 et les devoirs sont les entraves d'un homme libre3 je ne parle point de ceux qu'on rend au roi4 ,le mot de devoir n'est pas fait pour lui2 les plaisirs qu'on gote dans sa socit sont faits pour consoler des devoirs et du temps qu'on met les remplir4 ,enfin1 monsieur1 je ne suis absolument propre1 par mon caractre1 qu' l'tude1 la retraite et la socit la plus ferme et la plus libre4 ,je ne vous parle point des chagrins1 grands ou petits1 ncessairement attachs aux places o l'on a des hommes et surtout des gens de lettres dans sa dpendance4 ,sans doute le plaisir de faire des heureux et de rcompenser le mrite serait trs sensible pour moi2 mais il est fort incertain que je fisse des heureux1 et il est infaillible que je ferais des mcontents et des ingrats4 ,ainsi1 sans perdre les ennemis que je puis avoir en ,france1 o je ne suis cependant sur le chemin de personne1 j'irais trois cents lieues en chercher de nouveaux4 ,j'en trouverais1 ds mon arrive1 dans ceux qui auraient pu aspirer cette place1 dans leurs partisans et dans leurs cratures2 et toutes mes prcautions n'empcheraient pas que bien des gens se plaignissent et ne cherchassent me rendre la vie dsagrable4 ,selon ma manire de penser1 ce serait pour moi un poison lent1 que la fortune et la considration attaches ma place ne pourraient draciner4 ,je n'ai pas besoin d'ajouter1 monsieur1 que rien ne pourrait me rsoudre accepter1 du vivant de ,m4 de ,maupertuis1 sa survivance1 et venir1 pour ainsi dire1 ,berlin recueillir sa succession4 ,il tait mon ami2 je ne puis croire1 comme on me l'a mand1 qu'il ait cherch1 malgr ma recommandation1 nuire l'abb de ,prades2 mais quand j'aurais ce reproche lui faire1 l'tat dplorable o il est suffirait pour m'engager une plus grande dlicatesse dans les procds4 ,cependant cet tat1 quelque fcheux qu'il soit1 peut durer longtemps1 et peut demander qu'on lui donne ds prsent un coadjuteur2 en ce cas1 ce serait un nouveau motif pour moi de ne me pas dplacer4 ,voil1 monsieur1 les raisons qui me retiennent dans ma patrie2 je serais au dsespoir que ,sa ,majest les dsapprouvt4 ,je me flatte1 au contraire1 que ma philosophie et ma franchise1 bien loin de me nuire auprs de lui1 m'affermiront dans son estime4 ,plein de confiance en sa bont1 sa sagesse et sa vertu1 bien plus chres mes yeux que sa couronne1 je me jette ses pieds1 et je le supplie d'tre persuad qu'un des plus grands regrets que j'aurai dans ma vie1 sera de ne pouvoir profiter des bienfaits d'un prince aussi digne de l'tre1 aussi fait pour commander aux hommes que pour les clairer4 ,je m'attendris en vous crivant4 ,je vous prie d'assurer le roi que je conserverai toute ma vie1 pour sa personne1 l'attachement le plus dsintress1 le plus fidle et le plus respectueux2 et que je serai toujours son sujet au moins dans le coeur1 puisque c'est la seule faon dont je puisse l'tre4 ,si la perscution et le malheur m'obligent un jour quitter ma patrie1 ce sera dans ses tats que j'irai chercher un asile3 je ne lui demanderai que la satisfaction d'aller mourir auprs de lui libre et pauvre4 ,au reste1 je ne dois point vous dissimuler1 monsieur1 que longtemps avant le dessein que le roi vous a confi1 le bruit s'est rpandu1 sans fondement comme tant d'autres1 que ,sa ,majest songeait moi pour la place de prsident4 ,j'ai rpondu ceux qui m'en ont parl1 que je n'avais entendu parler de rien1 et qu'on me faisait beaucoup plus d'honneur que je ne mritais4 ,je continuerai1 si on m'en parle encore1 rpondre de mme1 parce que1 dans ces circonstances1 les rponses les plus simples sont les meilleures4 ,ainsi1 monsieur1 vous pouvez assurer ,sa ,majest que son secret sera inviolable2 je le respecte autant que sa personne1 et mes amis ignoreront toujours le sacrifice que je leur fais4 ,j'ai l'honneur d'tre1 etc4 ,l'estime de ,frdric redoubla4 ,ne pouvant russir attirer d',alembert et n'y renonant pas pour l'avenir1 il lui fit offrir1 par son ambassadeur1 une pension de #a #bjj livres4 ,louis ,,xv1 dit ,mme du ,hausset1 n'aimait pas le roi de ,prusse1444 les railleries de ,frdric l'avaient ulcr444 ,il entra un jour chez ,mme 7de ,pompadour7 avec un papier la main et lui dit3 ,le roi de ,prusse est certainement un grand homme2 il aime les gens talents et1 comme ,louis ,,xiv1 il veut faire retentir l',europe de ses bienfaits envers les savants des pays trangers4 ,voici1 ajouta-t-il1 une lettre de lui adresse milord ,marchal pour lui ordonner de faire part un homme suprieur de mon royaume d'une pension qu'il lui accorde4 ,et1 jetant les yeux sur la lettre1 il lut ces mots3 ,vous saurez qu'il y a un homme ,paris du plus grand mrite qui ne jouit pas des avantages d'une fortune proportionne ses talents et son caractre4 ,je pourrais servir d'yeux l'aveugle desse et rparer au moins quelques-uns de ses torts2 je vous prie d'offrir par cette considration444 ,je me flatte qu'il acceptera cette pension en faveur du plaisir que j'aurai d'avoir oblig un homme qui joint la beaut du caractre aux talents les plus sublimes de l'esprit4 ,le roi s'arrta3 en ce moment arrivrent ,,mm4 de ,marigny et d',ayen1 auxquels il recommena la lettre et il ajouta3 ,elle m'a t remise par le ministre des affaires trangres1 qui l'a confie milord ,marchal pour que je permette ce gnie sublime d'accepter ce bienfait4 ,mais1 dit le roi1 combien croyez-vous que se monte ce bienfait8 ,les uns dirent six1 huit1 dix mille livres4 ,vous n'y tes pas1 dit le roi1 douze cents livres4 --,pour des talents sublimes1 dit le duc d',ayen1 ce n'est pas beaucoup4 ,le roi de ,prusse aura le plaisir de faire du bruit peu de frais4 ,m4 de ,marigny raconta cette histoire chez ,quesnay et il ajouta que l'homme de gnie tait d',alembert et que le roi avait permis d'accepter la pension4 ,sa soeur 7,mme de ,pompadour7 avait1 dit-il1 insinu au roi de donner le double d',alembert et de lui dfendre d'accepter la pension1 mais il n'avait pas voulu1 parce qu'il regardait d',alembert comme un impie4 ,lorsque ,maupertuis mourut1 en #agei1 ,frdric renouvela ses instances4 ,d',alembert refusa de nouveau4 ,voltaire le lui conseillait fort4 ,que dites-vous1 lui crit-il1 de ,maupertuis mort entre deux capucins8 ,il tait malade depuis longtemps d'une rpltion d'orgueil2 mais je ne le croyais ni hypocrite1 ni imbcile4 ,je ne vous conseille pas d'aller jamais remplir sa place ,berlin1 vous vous en repentiriez4 ,je suis ,astolphe qui avertit ,roger de ne pas se livrer l'enchanteresse ,alcine1 mais ,roger ne le crut pas4 ,en prvenant d',alembert des dangers qu'il connaissait bien1 ,voltaire n'avait aucun tort4 ,la main gante de velours que ,frdric tendait gracieusement d',alembert pouvait gratigner les imprudents et broyer les ingrats4 ,l'amiti de ,frdric n'tait pas banale1 et s'il respectait les gnies sublimes1 c'taient ceux que lui-mme jugeait tels4 ,le bon et grand ,euler ne rencontrait la cour et l',acadmie ni les avantages offerts d',alembert avec tant d'empressement1 ni les gards que sa nave bonhomie ne savait pas imposer4 ,frdric le traitait avec la mme bienveillance prcisment qu'il montrait au jardinier de ,sans-,souci quand il tait content de ses services4 ,euler pour ,frdric n'tait pas plus un ami que d',alembert pour ,louis ,,xv4 ,louis ,,xv disait en parlant de l'un3 ,c'est un impie4 ,frdric1 s'il daignait s'en informer1 pouvait dire d',euler tout le contraire4 ,il tait tolrant et le lui pardonnait1 mais rien de plus4 ,euler1 si d',alembert l'avait consult et s'il avait os rpondre1 aurait donn le mme conseil que ,voltaire4 ,un de ses neveux avait t incorpor dans un rgiment4 ,le jeune homme se destinait au commerce2 la famille tait dsole4 ,euler adressa une supplique4 ,le roi lui rpondit3 ,comme je sais qu'il est d'une bonne taille1 ce qui marque un temprament flegmatique qui ne parat pas propre pour l'activit et la souplesse si ncessaires un habile marchand1 je crois que la nature l'a destin pour embrasser le mtier des armes4 ,j'espre que vous n'envierez pas au susdit rgiment cet homme1 dont j'aurai soin de faire la fortune en votre considration4 ,l'occasion tait bonne de quitter ,berlin2 la place d',euler1 d',alembert n'y et pas manqu4 ,le voyage de d',alembert ,berlin ne put avoir lieu que trois ans aprs la mort de ,maupertuis1 en #agfb4 ,son empressement profiter des offres de ,frdric n'eut1 on le voit1 rien d'indiscret4 ,frdric lui-mme n'tait pas toujours de loisir4 ,d',alembert1 pour accepter son invitation1 choisit le moment o le roi lui crivait3 ,je vais donc vivre tranquillement avec les ,muses et occup rparer les malheurs de la guerre dont j'ai toujours gmi4 ,d'autres1 en lisant ces lignes1 auraient eu le droit de sourire4 ,d',alembert ne l'avait pas4 ,la nature de ,frdric tait double2 jamais il ne s'est montr d',alembert1 jamais il n'a t pour lui qu'un ami spirituel1 profond1 gnreux et dvou4 ,pendant deux mois entiers le philosophe accepta l'hospitalit simple et intime de cet ami qui ne voulait pas avoir de cour1 et dont l'accueil et l'empressement cordial n'avaient rien de commun avec la politesse d'un grand seigneur ou les bonts d'un monarque4 ,dnant et soupant la table du roi1 d',alembert y parlait1 quels que fussent les invits1 avec aisance et libert1 sans se soucier de l'tiquette1 sans la connatre mme2 il ne cherchait pas l'apprendre1 ayant compris1 ds le premier jour1 qu'il serait mauvaise cole4 ,d',alembert cependant veille sur lui1 jamais il ne dpasse les bornes et rassure sur ce point ,mlle de ,lespinasse1 laquelle il rend compte de tout4 ,ne vous flattez pas1 ajouta-t-il1 que j'en sois ni moins polisson mon retour1 ni de meilleure contenance table4 ,il est vrai que je ne polissonne pas ici1 mais1 par cette raison mme1 j'aurai grand besoin de me ddommager1 et1 l'gard du maintien de la table1 c'est la chose du monde dont le roi est le moins occup et je ne saurais m'instruire avec lui sur ce grand sujet4 ,frdric dsirait vivement garder d',alembert2 il lui proposait avec une affectueuse et discrte insistance la prsidence de son ,acadmie4 ,je ne vous rpterai pas1 pour ne pas vous ennuyer1 crit d',alembert son amie1 quel point le roi est aimable et toutes les bonts dont il me comble4 ,hier1 aprs son concert1 je me promenai avec lui dans son jardin2 il cueillit une rose et me la prsenta en ajoutant qu'il voudrait bien me donner mieux4 ,vous sentez ce que cela signifie1 et ce n'est pas la premire fois qu'il m'a parl sur ce ton-l4 ,il me dit hier qu'il fallait que je visse l',acadmie et tout ce qui lui appartient pour en juger par moi-mme4 ,je crus entendre ce que cela voulait dire et je lui dis que c'tait bien aussi mon projet1 mais que1 mon premier objet tant de lui faire la cour1 je n'irais ,berlin qu'avec lui4 ,aprs m'avoir parl de mes lments de philosophie1 dont il est trs content1 le roi me demanda si je n'aurais pas piti de ses pauvres orphelins1 c'est ainsi qu'il appelle son ,acadmie4 ,il ajouta cette occasion les choses les plus obligeantes pour moi1 auxquelles je rpondis de mon mieux1 mais en lui faisant connatre cependant la ferme rsolution o j'tais de ne point renoncer ma patrie ni mes amis4 ,je dois ce prince la justice de dire qu'il sent toutes mes raisons1 malgr le dsir qu'il aurait de les vaincre4 ,il est impossible de me parler de cela avec plus de bont et de discrtion qu'il l'a fait4 ,il a fini la conversation par dsirer que je visse son ,acadmie et les savants qui la composent4 ,le #ac au matin1 nous sommes partis pour venir ici1 ,charlottenbourg1 une petite lieue de ,berlin1 et1 le #ad1 j'ai profit du voyage pour aller voir la ville et l',acadmie4 ,j'y ai t reu avec toutes les marques possibles d'estime et d'empressement4 ,le soir je retournai auprs du roi1 que je trouvai se promenant tout seul 7cela lui arrive souvent72 il me demanda si le coeur m'en disait4 ,je lui rpondis que tous ces messieurs m'avaient reu avec toute la bont possible et qu'assurment le coeur m'en dirait beaucoup s'il ne me disait pas avec une force invincible pour les amis que j'avais laisss en ,france4 ,d',alembert1 toujours bon et dvou1 ne voulant rien accepter1 moins encore demander pour lui-mme1 tait heureux d'employer sa faveur venir en aide aux autres4 ,je me porte mieux1 crit-il1 parce que le roi m'a donn hier une grande satisfaction3 c'est d'accorder1 sur les reprsentations que je lui ai faites1 une augmentation de pension au professeur ,euler1 le plus grand sujet de son ,acadmie1 et qui1 se trouvant charg de famille et assez mal ais1 voulait s'en aller ,ptersbourg4 ,euler resta ,berlin1 mais on le dsirait ,saint-,ptersbourg1 et avec raison1 car jamais acadmicien ne fut plus fcond ni mieux inspir dans ses incessantes productions4 ,vingt ans aprs la mort d',euler1 l',acadmie de ,saint-,ptersbourg devait encore chaque anne le plus grand attrait de ses recueils la publication de ses mmoires indits4 ,d',alembert--on le voit par le trait que nous venons de citer et par d'autres passages de sa correspondance--tait plein de dfrence1 d'admiration et de dvouement pour celui qu'il appelait le grand ,euler4 ,le grand ,euler1 dit-il en racontant sa visite l',acadmie1 m'a rgal d'un mmoire de gomtrie qu'il a lu l'assemble et qu'il a bien voulu me prter1 sur le dsir que je lui ai marqu de lire ce mmoire plus mon aise4 ,il n'y avait entre eux1 cependant1 ni sympathie ni amiti4 ,lorsque1 cinq ans aprs1 ,euler1 devenu presque aveugle1 accepta les offres de la ,russie1 c'est sur le conseil de d',alembert et les chaleureux tmoignages donns son rare mrite que ,frdric1 fort indiffrent la gomtrie1 insista longtemps pour le garder4 ,quand le dpart fut rsolu1 d',alembert1 toujours empress favoriser les talents1 proposa au grand ,lagrange1 alors trs jeune1 trs pauvre et inconnu ,turin1 la succession du grand ,euler1 en rglant avec ,frdric1 sans rencontrer ni objections ni refus1 les conditions offertes ce grand homme qui1 disait-il1 vaudrait bien ,euler4 ,je ne demande pas mieux1 rpondit ,frdric1 de changer un gomtre borgne 7,euler tait presque aveugle7 contre un gomtre qui a les deux yeux4 ,lagrange se rendit ,berlin2 mais l'admiration de d',alembert pour le jeune gomtre dont1 sur plus d'un point1 les dcouvertes devaient balancer et quelquefois effacer les siennes1 faillit faire tout chouer4 ,dans la lettre crite ,lagrange au nom de ,frdric1 il tait dit que le plus grand gomtre devait1 naturellement1 venir prendre la place auprs du plus grand roi4 ,lagrange1 dont la vanit n'tait pourtant pas le dfaut1 montra les lignes flatteuses1 qui1 adresses un jeune homme jusque-l fort peu remarqu et pourvu d'un trs modeste emploi1 firent quelque bruit ,turin4 la cour on en fut choqu1 et quand ,lagrange demanda un cong1 on laissa sa demande sans rponse4 ,il fallut pour dcider le roi de ,pimont1 qui au fond ne se souciait nullement d'un jeune professeur son cole d'artillerie1 l'intervention directe de ,frdric1 accorde sans hsitation la demande de d',alembert4 ,la correspondance de d',alembert avec son royal ami donne plus d'un exemple de sa constante et efficace sollicitude pour les hommes de mrite malheureux ou mconnus4 ,un savant illustre1 ,lambert1 avait t appel l',acadmie de ,berlin sur sa rputation qui tait grande et que le temps devait accrotre encore4 ,frdric voulut causer avec lui3 ,lambert ne lui plut pas4 ,je puis assurer1 crivit-il d',alembert1 qu'il n'a pas le sens commun4 ,lambert crivait en allemand sur la physique mathmatique plus que sur la gomtrie4 ,d',alembert1 vrai dire1 ne connaissait ni ses oeuvres ni sa personne1 mais il savait par ,lagrange son ingnieuse sagacit4 ,il se hta d'crire ,frdric1 qui1 sans attirer de nouveau prs de lui le savant et peu sociable gomtre1 lui fit l',acadmie une situation digne de son mrite4 ,aprs avoir protg la jeunesse de ,lagrange1 d',alembert offrit son appui au jeune ,laplace1 qui1 mcontent ,paris de sa position et des lenteurs de sa carrire acadmique1 avait confi d',alembert son dcouragement et son ennui4 ,laplace resta en ,france1 heureusement pour lui et pour nous1 mais l'influence de d',alembert1 la vue de ses premiers travaux1 bien infrieurs pourtant ceux de ,lagrange1 tait entirement son service4 ,lorsqu'aprs la mort de ,clairaut1 au moment o l'ouvrage de d',alembert sur la destruction des jsuites faisait beaucoup de bruit et un peu de scandale1 le ministre hsita quelque temps avant de lui accorder la pension devenue vacante1 laquelle il avait tous les droits1 ,frdric1 ne renonant pas ses projets1 lui crivait3 ,mon cher d',alembert1 ,j'ai t fch d'apprendre les mortifications qu'on vient de vous faire essuyer1 et l'injustice avec laquelle on vous prive d'une pension qui vous revenait de droit4 ,je me suis flatt que vous seriez assez sensible cet affront pour ne pas vous exposer en souffrir d'autres4 ,et quelque temps aprs3 ,je suis tent quelquefois de faire des voeux pour que la perscution des lus redouble en certains pays4 ,je sais que ce voeu est en quelque sorte criminel4 ,l'intention est claire3 si la perscution chassait d',alembert1 des bras ,berlin lui seraient ouverts4 ,d',alembert une seule fois eut recours la bourse de ,frdric1 dans des circonstances et sous des formes qui leur font honneur tous deux4 ,la sant de d',alembert alarmait ses amis4 ,mlle de ,lespinasse crivait ,condorcet3 ,venez mon secours1 monsieur1 j'implore tout la fois votre amiti et votre vertu4 ,notre ami ,m4 d',alembert est dans un tat le plus alarmant2 il dprit d'une manire effrayante et ne mange que par raison4 ,mais ce qui est pis que tout cela encore1 c'est qu'il est tomb dans la plus profonde mlancolie4 ,son me ne se nourrit que de tristesse et de douleur4 ,il n'a plus d'activit ni de volont pour rien2 en un mot1 il prit si on ne le tire par un effort de la vie qu'il mne4 ,ce pays-ci ne lui prsente plus aucune dissipation2 mon amiti1 celle des autres1 ne suffisent pas pour faire la diversion qui lui est ncessaire4 ,enfin nous nous runissons tous pour le conjurer de changer de lieu et de faire le voyage d',italie2 il ne s'y refuse pas tout fait1 mais jamais il ne se dcidera faire ce voyage seul1 moi-mme je ne le voudrais pas4 ,il a besoin des secours et des soins de l'amiti et il faut qu'il trouve cela dans un ami tel que vous1 monsieur4 ,mlle de ,lespinasse ne pouvait ignorer la cause vritable de la tristesse de d',alembert4 ,mon amiti1 dit-elle1 ne suffit pas faire la diversion ncessaire4 ,c'est son amour qu'il aurait fallu4 ,elle lui avait donn le droit d'y compter1 et depuis deux ans dj1 tout entire au jeune de ,mora1 g de vingt-deux ans1 elle tourmentait d',alembert1 qui ne devinait rien1 par ses humeurs fantasques et la duret de ses refus4 ,d',alembert1 press par ses amis et par ses mdecins1 se dcida partir4 ,sa fortune ne lui permettait pas de faire l'improviste une aussi grosse dpense2 il crivit ,frdric3 ,ma sant dprit de jour en jour4 l'impossibilit absolue o je suis de me livrer au plus lger travail se joint une insomnie affreuse et une profonde mlancolie4 ,tous mes amis et mes mdecins me conseillent le voyage d',italie comme le seul remde mon malheureux tat2 mais mon peu de fortune m'interdit cette ressource1 l'unique cependant qui me reste pour ne pas prir d'une mort lente et cruelle4 ,vous avez eu la bont de m'offrir1 il y a sept ans1 les secours ncessaires pour ce voyage4 ,j'ai recours aujourd'hui au bienfaiteur qui je dois tant et qui je vais devoir encore la vie4 ,on m'assure que le voyage1 pour tre fait avec un peu d'aisance1 exige environ #b #jjj cus de ,france4 ,je prends la libert de les demander ,votre ,majest4 ,frdric rpondit3 ,mon cher d',alembert1 je trouve votre ,facult de mdecine bien aimable4 ,ah6 si j'avais de pareils mdecins6 ,ceux de ce pays-ci ne prescrivent leurs patients que des gouttes et des drogues abominables4 ,c'est une consolation pour moi que ces rois tant vilipends puissent tre de quelque secours aux philosophes2 ils sont au moins bons quelque chose4 ,adieu1 mon cher4 ,l'ordonnancement des six mille francs demands accompagnait la lettre4 ,le voyage fut interrompu1 les deux amis s'arrtrent ,ferney4 ,d',alembert1 un peu mieux portant et toujours malheureux loin de celle qui se passait si bien de lui1 reprit avec ,condorcet la route de ,paris4 ,il tait loin d'avoir dpens la somme envoye par ,frdric2 il voulut rendre le reste4 ,frdric lui rpond3 ,ne me parlez pas de finances4 ,on m'en rebat les oreilles ici et je dis comme ,pilate3 ,ce qui est crit est crit4 ,c'est dans de telles occasions seulement que ,frdric prenait un ton de matre4 ,lorsque1 six ans aprs1 d',alembert perdit ,mlle de ,lespinasse1 son dsespoir fut connu de tous4 ,frdric lui crivit de longues lettres de condolance et de consolation4 ,essayant tous les tons pour mieux russir1 il avait1 dans l'une d'elles1 introduit quelques plaisanteries4 ,le lendemain une lettre de d',alembert laisse voir une douleur si profonde et si vraie que ,frdric1 craignant de l'avoir bless1 lui envoie des excuses4 ,mon cher d',alembert1 je vous avais crit hier et1 je ne sais comment1 je m'tais permis quelques badinages4 ,je me le suis reproch aujourd'hui en recevant votre lettre4 ,un tel trait marque sans laisser de doute ce qu'ils taient l'un pour l'autre4 ,les relations de d',alembert avec l'impratrice ,catherine ne font pas moins d'honneur son dsintressement et la dignit de sa conduite que son intimit avec ,frdric4 ,le #b septembre #agfb1 avant son voyage ,berlin1 d',alembert avait reu d',odar1 conseiller de cour et bibliothcaire de l'impratrice de ,russie1 la lettre suivante3 ,monsieur1 la nature de ma commission peut excuser auprs de vous la libert que je prends de vous crire sans avoir l'honneur d'tre connu de vous4 ,c'est par zle pour le service de l'tat1 duquel j'ai l'avantage d'tre citoyen1 que j'ai pris sur moi de vous sonder1 monsieur1 si vous pourriez couter les propositions de concourir l'instruction du jeune grand-duc de ,russie4 ,rien ne peut vous donner une preuve plus convaincante de l'admiration gnrale que vous vous tes acquise1 que la confiance qu'une cour si loigne met dans votre esprit et dans votre coeur2 c'est un mrite que ,son minence ,m4 de ,pannin1 gouverneur de ce jeune prince1 voudrait se faire auprs de sa souveraine1 que de mettre entre des mains si habiles un ouvrage qu'elle a tant coeur4 ,toute l',europe est si unanime sur l'loge de notre gracieuse ,impratrice1 qu'il serait superflu de vous retracer ici la grandeur de son me1 son amour pour les sciences et pour ceux qui s'y distinguent1 son humanit1 sa gnrosit1 si toutes ces vertus1 en vous garantissant l'accueil le plus gracieux et les rcompenses proportionnes au plaisir que vous lui ferez1 ne me servaient d'arguments les plus stringents pour vous y inviter4 ,je sais bien que les richesses et les honneurs ne sont pas ce qui dtermine un philosophe1 mais l'occasion de faire un bien si important ne peut que vous tenter1 d'autant plus qu'elle est accompagne d'approcher une princesse des plus accomplies4 ,esprant1 monsieur1 que vous voudrez bien m'honorer d'une rponse favorable1 j'ai l'honneur d'tre aussi pntr d'admiration pour vos talents1 que de la considration la plus distingue1 monsieur1 de votre trs humble et trs obissant serviteur4 ,d',alembert refusa les offres de ,catherine et pour les mmes raisons que celles de ,frdric4 ,il ne voulait quitter ni ,paris ni surtout ,mlle de ,lespinasse4 ,monsieur1 il faudrait tre plus que philosophe ou plutt ne l'tre pas assez pour ne pas sentir tout le prix d'une place aussi importante qu'honorable1 qui1 tant remplie comme elle mrite de l'tre1 peut contribuer au bonheur d'une grande nation4 ,je suis donc infiniment flatt1 comme je le dois1 de la proposition que vous voulez bien me faire au nom de ,s4 ,e4 ,m4 de ,pannin1 qui je vous prie de faire agrer ma reconnaissance et mon respect4 ,ce que vous me faites l'honneur de me dire des qualits minentes de votre auguste ,impratrice1 doit rendre prcieux tout homme qui pense l'avantage de l'approcher et le bonheur de mriter sa confiance dans une ducation qui lui est si chre4 ,mais1 monsieur1 plus cette confiance m'honorerait par les devoirs sacrs qu'elle impose1 plus elle m'effraye par l'incapacit que je me sens d'y rpondre4 ,ne croyez pas que je veuille me parer d'une fausse modestie2 si j'avais l'honneur d'tre connu de vous1 vous sauriez avec quelle franchise j'exprime ici ce que je suis et encore plus quel point je dis la vrit en cette occasion4 ,quelques connaissances philosophiques et littraires acquises dans la retraite1 peu d'usage des hommes et encore moins des cours1 peu de lumires sur les matires pineuses du gouvernement dans lesquelles un prince doit tre instruit1 tout cela1 monseigneur1 est bien loin des talents ncessaires pour remplir dignement la place que l'on me fait l'honneur de me proposer4 ,il y a trente ans que je travaille uniquement et sans relche1 si je puis parler de la sorte1 ma propre ducation1 et il s'en faut bien que je sois content de mon ouvrage4 ,jugez du peu de succs que je devrais me promettre d'une ducation infiniment plus importante1 plus difficile et plus tendue4 ,je n'ajouterai point ces raisons1 monsieur1 les lieux communs ordinaires sur l'amour de la patrie4 ,je n'ai ni assez me louer de la mienne pour qu'elle soit en droit d'exiger de moi de grands sacrifices1 ni en mme temps assez m'en plaindre pour ne pas dsirer lui tre utile1 si elle m'en jugeait capable2 j'y ai1 en commun avec tous les gens de lettres qui ont le bonheur ou le malheur de se faire connatre par leur travail1 les agrments et les dgots attachs la rputation2 ma fortune y est trs mdiocre1 mais suffisante mes dsirs2 ma sant naturellement faible1 accoutume un climat doux et tempr1 ne pourrait en supporter un plus rude2 enfin1 monsieur1 c'est une des maximes de ma philosophie de ne point changer de situation quand on n'est pas tout fait mal2 mais ce qui loigne de moi toute envie de me transplanter1 c'est mon attachement pour un petit nombre d'amis qui je suis cher1 qui ne me le sont pas moins et dont la socit fait ma consolation et mon bonheur4 ,il n'y a1 monsieur1 ni honneurs1 ni richesses qui puissent tenir lieu d'un bien si prcieux4 ,un autre motif1 non moins respectable pour moi1 ne me permet pas1 monsieur1 d'accepter les offres si flatteuses de la cour de ,russie4 ,il y a plus de dix ans que le roi de ,prusse me fit faire les propositions les plus avantageuses2 il les a ritres sans succs plusieurs reprises1 et mon silence ne l'a pas empch de mettre le comble ses bonts pour moi1 par une pension dont je jouis depuis huit ans1 et que la guerre n'a point suspendue4 ,il a t mon premier bienfaiteur2 il a t longtemps le seul2 je jouis de ses bienfaits sans avoir la consolation de lui tre utile et je me croirais indigne de l'opinion favorable que les trangers veulent bien avoir de moi1 si j'tais capable de faire pour quelque prince que ce ft ce que je n'ai pas eu le courage de faire pour lui4 ,catherine rpondit elle-mme3 ,monsieur d',alembert1 je viens de lire la rponse que vous avez crite au sieur d',odar1 par laquelle vous refusez de vous transplanter pour contribuer l'ducation de mon fils4 ,philosophe comme vous tes1 je comprends qu'il ne vous cote rien de mpriser ce qu'on appelle grandeurs et honneurs dans ce monde2 vos yeux tout cela est peu de chose1 et aisment je me range de votre avis4 ,a envisager les choses sur ce pied1 je regarderais comme trs petite la conduite de la reine ,christine qu'on a tant lou 7sic7 et souvent blm 7sic7 plus juste titre2 mais tre n ou appel pour contribuer au bonheur et mme l'instruction d'un peuple entier et y renoncer1 me semble1 s'est 7sic7 refuser de faire le bien que vous avez coeur4 ,votre philosophie est fonde sur l'humanit2 permettez-moi de vous dire que de ne point ce 7sic7 prter la servir tant qu'on le peut1 c'est manquer son but4 ,je vous sais trop honnte homme pour attribuer vos refus la vanit2 je sais que la cause n'en est que l'amour du repos pour cultiver les lettres et l'amiti1 mais quoi tient-il8 ,venez avec tous vos amis1 je vous promets et eux aussi tous les agrments et aisances qui peuvent dpendre de moi et peut-tre vous trouverez plus de libert et de repos que chez vous2 vous ne vous prtez point aux instances du roi de ,prusse et la reconnaissance que vous lui avez2 mais ce prince n'a pas de fils4 ,j'avoue que l'ducation de ce fils me tient si fort coeur et vous m'tes si ncessaire que peut-tre je vous presse trop2 pardonnez mon indiscrtion en faveur de la cause et soyez assur que c'est l'estime qui m'a rendue si intresse4 ,p4-,s4 ,dans toute cette lettre je n'ai employe 7sic7 que les sentiments que j'ai trouvs dans vos ouvrages4 ,vous ne voudriez pas vous contredire4 ,il faut citer encore la rponse de d',alembert3 ,madame1 la lettre dont ,votre ,majest ,impriale vient de m'honorer me pntre de la plus vive reconnaissance et en mme temps de la plus vive douleur de ne pouvoir rpondre ses bonts4 ,j'ose nanmoins1 madame1 esprer de ces bonts mme et j'ajoute de l'quit de ,votre ,majest ,impriale1 de l'lvation et de la sensibilit de son me1 qu'elle voudra bien rendre justice aux motifs qui ne me permettent pas d'accepter ses offres4 ,si la philosophie est insensible aux honneurs1 elle ne saurait l'tre au prcieux avantage d'approcher une princesse claire1 courageuse et philosophe 7phnomne si rare sur le trne71 de mriter sa confiance dans la partie la plus importante de sa glorieuse administration et de concourir ses vues respectables pour le bonheur d'un grand peuple4 ,mais1 madame 7et je supplie ,votre ,majest ,impriale d'tre persuade que je la respecte trop pour ne pas lui parler avec toute la franchise philosophique71 je ne suis nullement en tat par le genre d'tudes que j'ai faites1 de donner un jeune prince destin au gouvernement d'un grand empire les connaissances ncessaires pour rgner2 je ne pourrais tout au plus que le former par les faibles leons aux vertus dont ,votre ,majest ,impriale lui donne bien mieux les exemples4 ,ma sant d'ailleurs ne pourrait rsister au climat rigoureux de la ,russie1 et me rendrait incapable du grand ouvrage auquel ,sa ,majest ,impriale me fait l'honneur de m'appeler4 ,enfin1 madame1 le petit nombre d'amis que j'ai le bonheur d'avoir1 aussi obscurs et aussi sdentaires que moi1 ne pourraient consentir notre sparation ni se rsoudre abandonner avec moi une patrie dont ils ne sont pas mieux traits4 ,pourquoi faut-il1 madame1 que la distance immense o je suis des tats que ,votre ,majest ,impriale gouverne avec tant de sagesse et de gloire1 ne me permette pas d'aller moi-mme la supplier d'approuver ces raisons1 mettre ses pieds 7au nom de tous les gens de lettres et de tous les sages de l',europe7 mon admiration1 ma reconnaissance et mon profond respect1 et l'assurer surtout que ce n'est point un principe de vanit raffine qui me dtourne de ce qu'elle dsire2 la vanit du philosophe peut refuser tout la supriorit du rang1 mais elle entend trop bien ses intrts pour ne pas se dvouer la supriorit des lumires1 en s'attachant1 comme elle le souhaiterait1 ,votre ,majest ,impriale1 si les motifs les plus puissants et les plus respectables ne s'y opposaient4 ,je conserverai prcieusement toute ma vie la glorieuse marque que ,votre ,majest ,impriale vient de me donner de ses bonts et de son estime1 mais l'honneur qu'elle me fait est si grand1 il suffit tellement mon bonheur que je ne songerai pas mme m'en glorifier4 ,soltikof1 ambassadeur de ,russie ,paris1 fut charg d'offrir d',alembert une pension de cent mille francs sans branler la rsolution du philosophe4 ,votre ,majest ,impriale1 depuis la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m'crire1 vient encore de mettre le comble ses bonts en me faisant offrir par son ambassadeur la fortune la plus immense et les distinctions les plus flatteuses4 ,mais1 madame1 si quelque chose avait pu me dterminer quitter la ,france et mes amis pour me charger d'un travail suprieur mes forces1 la lettre de ,sa ,majest ,impriale et t pour moi le plus puissant de tous les motifs3 ceux de l'intrt et de la vanit sont bien faibles en comparaison4 ,le dsintressement de d',alembert fut admir ,saint-,ptersbourg comme ,paris2 ,catherine eut comme ,frdric l'ambition de l'avoir pour ami1 et sa correspondance1 moins familire et moins intime que celle de ,frdric1 ne fut plus interrompue4 ,catherine daigne lui parler de ses principes de gouvernement et de ses dcrets4 ,lorsqu'elle dcide la runion des biens du clerg au domaine de la couronne1 bien assure de son approbation1 elle lui crit en ces termes3 ,cher monsieur1 on a trop de respect pour les choses spirituelles pour les mler au temporel1 et celui-ci se prte soulager l'autre des vanits qui lui sont trangres4 ,chacun reste dans l'tendue de sa domination1 sans qu'il s'avise seulement d'empiter sur ce qui n'est pas de sa comptence4 ,catherine ne veut dans son empire ni perscutions ni discussions religieuses2 les autocrates ne doutent de rien4 ,elle crit d',alembert3 ,si les hrtiques n'taient point soufferts1 les fidles dsespreraient de les ramener dans le giron de l',eglise4 ,les articles de foi sont inbranlables1 il n'y a pas de quoi discuter4 ,chacun est libre de vivre hrtique1 mais il faut se taire4 ,les prvenances et les bonts de ,catherine pour d',alembert n'taient pas1 comme celles de ,frdric1 exemptes de calcul4 ,elle voulait bien se laisser louer d'tre grande et simple1 mais sans abandonner le droit de commander et d'imposer les limites4 ,d',alembert1 ne comprenant pas ou ne voulant pas comprendre quelle distance ,catherine voulait rester de ,frdric1 accepta la mission de lui prsenter un mmoire en faveur de quelques prisonniers de guerre envoys en ,sibrie4 ,ces jeunes gens1 recommandables par leur courage1 en avaient fait trs mauvais usage2 aprs tre venus1 en leur propre nom1 porter dans ses tats l'insurrection et la guerre1 ils avaient trs indiscrtement1 s'il faut en croire ,voltaire1 dit sur elle des choses horribles4 ,d',alembert1 en invoquant sa clmence1 lui montrait de quel avantage serait pour elle la reconnaissance des philosophes4 ,la rpublique des lettres1 dont la philosophie est aujourd'hui le plus digne organe et dont elle tient pour ainsi dire la plume1 ne laissera ignorer ni la ,france ni l',europe que cette mme impratrice qui1 du sud au nord1 a fait trembler ,constantinople1 s'est montre plus grande encore aprs la victoire que dans la victoire mme2 qu'elle a su non seulement estimer1 mais rcompenser le courage imprudent et malheureux qui s'est tromp en osant la combattre2 que si quelques ,franais ont pris les armes contre elle1 elle a voulu par son indulgence leur gard tmoigner leur nation qu'elle ne la regarde point comme ennemie1 et surtout qu'elle se souvient avec bont de l'enthousiasme si juste que ses talents1 ses vertus et ses lumires ont inspir la partie la plus claire de la nation4 ,cette maladroite amplification de collge avait peu de chances de succs4 ,catherine rpondit brivement et schement3 ,j'ai reu la belle lettre que vous avez jug propos de m'crire1 au sujet de vos compatriotes prisonniers de guerre dans mes tats1 et que vous rclamez au nom de la philosophie et des philosophes4 ,on vous les a reprsents enchans1 gmissant et manquant de tout au fond de la ,sibrie4 ,eh bien6 monsieur1 rassurez-vous et vos amis aussi1 et apprenez que rien de tout cela n'existe4 ,les prisonniers de votre nation1 faits dans diffrents endroits de la ,pologne1 o ils fomentaient et entretenaient les dissensions1 sont ,kiovie 7,kiev71 o ils jouissent de leur propre aveu d'un tat supportable4 ,ils sont en pleine correspondance avec ,m4 ,durand1 envoy du roi de ,france ma cour1 et avec leurs parents4 ,j'ai vu une lettre d'un ,m4 ,galibert1 qui est parmi eux1 par laquelle il se loue des bons procds du gouvernement gnral de ,kiovie1 etc4 ,voil pour le moment tout ce que je peux vous dire d'eux4 ,accoutume voir rpandre par le monde les traits de la plus noire calomnie1 je n'ai point t tonne de celle-ci2 une mme source peut les avoir produites1 aussi ce n'est pas de cela que je m'embarrasse1 j'en suis bien console par tout ce que vous me dites de flatteur de la part des gens clairs de votre patrie1 la tte desquels vous vous trouvez4 ,soyez assur1 monsieur1 de la continuation de tous les sentiments que vous me connaissez4 ,d',alembert insista1 parlant de ,phocion1 cet ,athnien vertueux1 estim et chri d',alexandre4 ,catherine lui rpondit de manire terminer la correspondance3 ,monsieur d',alembert1 j'ai reu une seconde lettre crite de votre main qui contenait mot pour mot la mme chose que la premire4444 ,mais1 monsieur1 permettez-moi de vous tmoigner mon tonnement de vous voir un aussi grand empressement pour dlivrer d'une captivit qui n'en a que le nom des boutefeux qui soufflaient la discorde partout o ils se prsentaient4 ,d',alembert n'crivit plus ,catherine4 ,en #aghb1 cependant1 le fils de l'impratrice1 celui qui fut ,paul ,ier1 venant visiter ,paris1 voulut se rendre chez d',alembert1 et se montra pour lui plein de respect1 faisant allusion en le quittant au dsir que sa mre avait eu de lui donner pour prcepteur l'illustre ,franais4 ,il lui dit en le quittant3 ,vous devez comprendre1 monsieur1 tout le regret que j'ai de ne pas vous avoir connu plus tt4 ,si d',alembert avait tent de s'immiscer avec ,frdric dans les affaires du gouvernement1 il n'aurait pas eu sans doute plus de succs qu'avec ,catherine1 mais on l'aurait conduit moins schement4 ,la longue correspondance de ,frdric avec d',alembert roule sur la philosophie1 sur l'amour des lettres et la haine du fanatisme1 tendue1 sans qu'ils s'en cachent l'un l'autre1 la religion qui l'inspire4 ,mais ,frdric1 plein de dfrence pour le philosophe qu'il admire et qu'il aime1 s'il lui permet d'oublier qu'il est roi1 entend bien ne jamais l'oublier lui-mme4 ,,chapitre ,,vii ,d',,alembert ,,et ,,mademoiselle ,,de ,,lespinasse ,d',alembert dans son enfance n'avait appris ni les belles manires ni l'usage du monde4 ,sa renomme imposait l'indulgence2 rien de lui ne pouvait scandaliser2 il riait de tout sans jamais se contraindre1 laissant un libre cours sa verve satirique1 dclarant sans colre ses inimitis et ses griefs4 ,il semblait toujours1 avec des formes libres et gaies1 rappeler aux plus hauts personnages qu'en acceptant leurs invitations il trouvait bon qu'on lui en st gr4 ,avec les femmes il tait timide1 trs tendre au fond du coeur1 mais fier1 facile dcourager et1 pour des raisons que l'on ignore1 l'ayant t presque toujours quand il avait voulu devenir plus qu'un ami4 ,mme du ,deffant et ,mme ,geoffrin1 prneuses et introductrices de d',alembert dans la socit lgante1 avaient l'une et l'autre vingt ans de plus que lui4 ,ces deux amitis dans leurs meilleurs jours ne pouvaient suffire son coeur4 ,lorsque d',alembert mourut1 ,grimm dans sa correspondance raconta une anecdote invraisemblable qu'il faut croire vraie1 puisque d',alembert1 qui en est le hros1 l'a raconte lui-mme1 dans une lettre crite ,condorcet sur ,mme ,geoffrin4 ,un jeune homme1 qui ,mme ,geoffrin s'intressait1 jusqu'alors uniquement livr l'tude1 fut saisi et frapp comme subitement d'une passion malheureuse qui lui rendait l'tude et la vie mme insupportables2 elle vint bout de le gurir4 ,quelque temps aprs1 elle s'aperut que ce jeune homme lui parlait avec intrt d'une femme aimable qu'il voyait depuis peu de jours4 ,mme ,geoffrin1 qui connaissait cette femme1 l'alla trouver3 ,je viens1 lui dit-elle1 vous demander une grce2 ne tmoignez pas 999999 trop d'amiti ni d'envie de le voir2 il deviendrait amoureux de vous2 il serait malheureux2 je le serais de le voir souffrir et vous souffririez vous-mme de lui avoir fait tant de mal4 ,cette femme1 vraiment honnte1 lui promit ce qu'elle demandait1 et lui tint parole4 ,la bonne ,mme ,geoffrin savait ce qu'elle faisait2 elle connaissait d',alembert mieux que nous1 elle connaissait aussi la dame2 elle leur a sans doute rendu service tous deux4 ,d',alembert lui en a su gr6 c'est le trait le plus singulier de cette singulire anecdote4 ,quoi qu'il en soit1 dans cette socit et dans ce sicle o les liaisons avaient peu de mystre1 lorsque autour de d',alembert ses amis offraient leurs coeurs de trs honntes dames qui pour l'accepter ne se cachaient gure1 on ne lui a connu qu'une seule passion qui a fait le charme puis le tourment de sa vie4 ,mlle de ,lespinasse a t mal connue de ses contemporains4 ,sous la grce de son esprit qu'ils admiraient1 sous la distinction de ses manires1 la rgularit de sa vie et la dignit de sa conduite1 elle a cach les faiblesses de son coeur4 ,elle est clbre aujourd'hui1 grce ses lettres qui nous sont restes1 par l'ardeur de ses passions1 par l'extase de ses ravissements amoureux1 par la promptitude de ses infidlits4 ,sa jeunesse fut fort triste4 ,ne ,lyon en #agcb1 elle avait quinze ans de moins que d',alembert4 ,sa mre1 spare de son mari1 devait cacher sa naissance4 ,on la baptisa sous le nom de ,julie de ,lespinasse1 fille illgitime de ,claude ,lespinasse1 marchand1 et de ,julie ,novaire4 ,elle fut leve chez ,claude ,lespinasse2 ce trs honnte homme la prit en amiti4 ,sa mre1 comtesse d',albon1 devenue veuve1 voulut prendre chez elle la jeune ,julie1 ge alors de quinze ans4 ,ses autres enfants conurent pour cette soeur qu'ils devinaient une haine violente4 ,julie ne rappelait jamais ces souvenirs1 qu'elle rsumait par un seul mot3 des atrocits4 ,la comtesse d',albon quelques heures avant sa mort rvla ,julie le secret de sa naissance1 en lui remettant dans une cassette des papiers importants pour elle et la clef d'un secrtaire o elle devait trouver l'hritage qu'elle lui destinait4 ,julie porta la clef son frre4 ,vous faites bien1 lui dit-il froidement4 ,rien ici ne peut vous appartenir2 et ds le lendemain1 aprs lui avoir drob la cassette1 sans songer son sort ni son avenir1 il lui envoya par un laquais l'ordre de quitter le chteau4 ,sans se plaindre1 sans rien rclamer et certaine d'un accueil empress1 elle reprit sa place au foyer de ,claude ,lespinasse4 ,peu de temps aprs1 elle entra comme gouvernante chez une parente de sa mre1 belle-soeur de ,mme du ,deffant4 ,mme du ,deffant vint passer quelques mois chez son frre2 elle remarqua cette jeune fille plutt laide que jolie1 intelligente et fire1 mrie par le malheur et sachant opposer des humiliations continuelles une inaltrable patience et une dignit impassible4 ,mme du ,deffant1 mue et charme1 lui proposa prs d'elle la situation de demoiselle de compagnie1 en y mettant la condition bien inutile de ne jamais inquiter par la revendication de ses droits une famille dont elle tait l'amie4 ,tout alla bien pendant plusieurs annes4 ,jeune1 spirituelle1 gracieuse sans tre belle1 ,mlle de ,lespinasse faisait honneur sa protectrice1 qui1 fire de ses succs1 aimait la produire et se parer d'elle4 ,dans cette maison o l'esprit tait roi1 la charmante causeuse1 traite en princesse1 devait avoir le dsir de rgner4 ,le salon de ,mme du ,deffant devenait celui de ,mlle de ,lespinasse4 ,la matresse de la maison se levait tard2 avant cinq heures sa porte tait ferme4 ,mlle de ,lespinasse ouvrait la sienne1 oubliant que c'tait la mme4 ,ses admirateurs venaient raconter les nouvelles et discuter les questions du jour4 ,quelquefois mme1 des visiteurs d'importance1 satisfaits d'avoir vu ,mlle de ,lespinasse1 sans attendre l'heure fixe par ,mme du ,deffant1 allaient porter dans d'autres salons les anecdotes et les bons mots recueillis chez elle en son absence4 ,quoi qu'aient pu dire les amis trop prvenus et quel qu'ait t l'emportement trop vif de ,mme du ,deffant1 il y avait indlicatesse et trahison4 ,mlle de ,lespinasse1 loin de se montrer repentante1 le prit de trs haut et1 rompant sans retour avec sa bienfaitrice qui la chassait1 accepta l'aide de ses amis4 ,chacun s'inscrivit suivant ses moyens4 ,mme ,geoffrin fit don de #c #jjj livres de rente viagre2 ,mme de ,luxembourg se chargea du mobilier1 et les admirateurs de ,mlle de ,lespinasse lui assurrent avec une modeste aisance le moyen de les recevoir encore4 ,la colre de ,mme du ,deffant fut terrible4 ,il fallut choisir entre les deux salons3 d',alembert n'hsita pas4 ,blmant avec colre la vieille amie1 qu'il ne revit plus1 il prit parti pour ,mlle de ,lespinasse4 ,mme du ,deffant l'aimait quoi qu'il pt faire ou dire4 ,quinze ans aprs1 la mort de ,mlle de ,lespinasse ne lui arracha qu'une seule exclamation3 ,si elle tait morte quinze ans plus tt1 j'aurais conserv d',alembert4 ,on a beaucoup crit et beaucoup rapproch de dates l'occasion de d',alembert et de ,mlle de ,lespinasse4 ,le rcit accept ne parat pas exact4 ,moins d'une anne aprs avoir quitt ,mme du ,deffant1 ,mlle de ,lespinasse partageait avec d',alembert son appartement de la rue ,bellechasse4 ,d',alembert avait d quitter la rue ,michel-,lecomte par ordre de son mdecin1 le mme sans doute qui1 douze ans plus tard1 ordonnait ,m4 de ,mora1 au nom de sa sant menace ,madrid par l'air natal1 de se rapprocher de la rue ,bellechasse4 ,en ralit1 ,mlle de ,lespinasse1 quand elle quitta ,mme du ,deffant1 tait depuis plusieurs annes la matresse de d',alembert4 ,le gomtre savait compter4 ,lorsqu'en #aggf il perdit son amie1 son dsespoir s'exhala dans des pages qu'il n'a pas dtruites4 ,depuis huit ans au moins--elle lui en a lgu la preuve--il n'tait plus le premier objet de son coeur4 ,qui peut me rpondre1 s'crie-t-il aprs cette affligeante lecture1 que pendant les huit ou dix autres annes que je me suis cru tant aim1 vous n'avez pas tromp ma tendresse6 ,il est impossible d'en douter4 ,d',alembert1 au moment o il repoussait sans hsitation les offres brillantes de ,frdric1 avait acquis dj le droit de considrer comme une trahison la tendresse de ,julie pour un autre4 ,une lettre ,voltaire date de #agfj nous apprend que d',alembert et ,mme du ,deffant s'taient brouills dj4 ,il crivait ,voltaire seize ans avant la mort de son amie1 au dbut par consquent de leur intimit3 ,a propos1 vraiment1 j'oubliais de vous dire que je suis raccommod vaille que vaille avec ,mme du ,deffant4 ,le seul personnage important pour d',alembert--nous le savons aujourd'hui--tait alors ,mlle de ,lespinasse2 elle demeurait chez ,mme du ,deffant2 quand d',alembert qui s'tait loign y retourne1 c'est elle videmment qui le ramne4 ,lors donc que ,mme du ,deffant s'cria3 ,sans elle1 j'aurais conserv d',alembert1 il y a lieu de croire qu'elle se faisait illusion4 ,mme du ,deffant n'tait aveugle que des yeux2 elle avait devin la passion de d',alembert1 sans doute aussi elle la savait partage2 ces faiblesses1 pour elle1 taient choses toutes simples4 ,c'est par elle que ,voltaire en fut instruit2 une de ses lettres y fait allusion4 ,d',alembert1 sans rien avouer1 lui rpond3 ,si vous tes amoureux1 dites-vous1 restez ,paris4 ,a propos de quoi me supposez-vous l'amour en tte8 ,je n'ai pas ce bonheur ou ce malheur-l4 ,j'imagine bien qui peut vous avoir crit cette impertinence et propos de quoi2 mais il vaut mieux qu'on vous crive que je suis amoureux que si l'on vous crivait des faussets plus atroces dont on est bien capable4 ,on n'a voulu que me rendre ridicule4 ,l'influence de ,mlle de ,lespinasse sur d',alembert partir de leur runion a t de tous les instants4 ,il aimait l'associer ses travaux2 drobant peine quelques heures pour la gomtrie1 son ancienne matresse1 il ne se plaisait plus qu' des oeuvres lgres1 auxquelles son amie prenait part4 ,la main de ,mlle de ,lespinasse dans ses manuscrits--on pourrait dire dans leurs manuscrits--est sans cesse mls la sienne2 plus d'une page signe par d',alembert aurait pu l'tre par ,mlle de ,lespinasse3 toutes sont inspires par elle4 ,beaucoup de lettres de ,mlle de ,lespinasse sont crites de la main de d',alembert4 ,leur vie tranquille et libre d'ennuis semblait runir tous les lments de bonheur4 ,des amis minents ou illustres1 des savants1 des lettrs1 des beaux-esprits et des grands seigneurs admiraient chaque jour ,mlle de ,lespinasse4 ,condorcet1 ,turgot1 ,marmontel1 ,suard1 le comte d',anlezy1 ,m4 de ,saint-,chamans1 ,morellet1 ,chasteluz lui adressaient1 quand ils ne pouvaient la voir1 des lettres pleines d'affection et de respect4 ,voltaire trouvait ses billets charmants4 ,elle poussait jusqu'au gnie1 disait-on1 le talent de diriger une runion1 en y mnageant chacun son rle4 ,son esprit1 plus remarquable par le got que parla vivacit1 s'enivrait avec dlices de celui qu'elle inspirait aux autres2 elle-mme1 sur toute chose1 cherchait le mot juste2 on lui reprochait de le trouver trop bien2 elle tait un peu pdante4 ,parmi tant de tmoignages unanimes sur la grce et l'esprit de sa conversation1 rapportons une seule anecdote1 emprunte aux mmoires de ,morellet1 dans laquelle cet amour du beau langage est fort bien mis en relief4 ,mlle de ,lespinasse aimait avec passion les hommes d'esprit1 et ne ngligeait rien pour les connatre et les attirer dans sa socit4 ,elle avait dsir vivement voir ,m4 de ,buffon4 ,mme ,geoffrin1 s'tant charge de lui procurer ce bonheur1 avait engag ,buffon venir passer la soire chez elle4 ,voil ,mlle de ,lespinasse aux anges1 se promettant bien d'observer cet homme clbre1 et de ne rien perdre de ce qui sortirait de sa bouche4 ,la conversation ayant commenc de la part de ,mlle de ,lespinasse par des compliments flatteurs et fins1 comme elle savait les faire1 on vient parler de l'art d'crire1 et quelqu'un remarque avec loge combien ,m4 de ,buffon avait su runir la clart l'lvation du style1 runion difficile et rare4 ,oh6 diable6 dit ,m4 de ,buffon1 la tte haute1 les yeux demi ferms et avec un air moiti niais1 moiti inspir1 oh6 diable1 quand il est question de clarifier son style1 c'est une autre paire de manches4 ,a ce propos1 cette comparaison des rues1 voil ,mlle de ,lespinasse qui se trouble2 sa physionomie s'altre1 elle se renverse sur son fauteuil1 rptant entre ses dents3 une autre paire de manches6 clarifier son style6 ,elle n'en revint pas de toute la soire4 ,dans les lettres de ,mlle de ,lespinasse on a admir l'loquence1 on pourrait dire1 comme ,phdre1 les fureurs de l'amour4 ,en y tudiant1 non sans indiscrtion1 l'histoire de ses violentes passions1 on a rapproch les dates1 interprt les mots--on sait qu'elle employait toujours le mot juste--et racont avec indulgence1 mais dtermin avec prcision1 le jour1 l'heure et l'occasion de ses faiblesses4 ,le pre ,quesnel l'aurait absoute4 ,pour rsister1 la force lui manquait non moins que la grce pour le vouloir4 ,elle aurait pu s'crier comme une amie de ,mme de ,lambert3 ,je me sens garrotte1 entrane1 ce sont les fautes de l'amour1 ce ne sont plus les miennes4 ,aprs avoir offert son coeur d',alembert et s'tre donne lui jusqu' tre effraye de son bonheur1 envahie par une passion irrsistible1 elle a aim ,m4 de ,mora sans mesure et plus que sa vie4 ,subjugue plus tard par ,m4 de ,guibert1 qui semblait lui faire une grce1 elle a dchir tous les voiles de son me dans un long cri de douleur et d'amour4 ,les remords exaltaient sa tendresse pour ,m4 de ,mora1 sans lui donner la force d'avouer d',alembert que son coeur battait pour un autre4 ,elle est morte dsespre1 en associant avec tristesse et confusion dans ses souvenirs et dans ses regrets sa tendresse exalte pour ,m4 de ,mora qui venait de mourir ,bordeaux1 son amour pour ,m4 de ,guibert qui s'tait mari1 et sa vive affection pour d',alembert dont elle brisait le coeur4 ,il faut de l'loquence pour expliquer tout cela4 ,mlle de ,lespinasse en avait beaucoup2 elle n'a pas russi le faire aimer4 ,m4 de ,mora1 fils de l'ambassadeur d',espagne1 tait trs beau1 son coeur tait sensible1 et sa fortune immense lui permettait d'tre gnreux et magnifique2 mais ce n'est pas par l que ,mlle de ,lespinasse tait accessible4 ,ce coeur incapable de lutter et avide d'motions1 dans lequel d',alembert avait pntr pas pas1 s'ouvrit tout entier aux premiers regards du jeune ,espagnol4 ,elle ne put ni ne voulut lui cacher son trouble4 ,m4 de ,mora ne rsista pas4 ,pendant une de ses absences1 d',alembert vit arriver en dix jours vingt-deux lettres adresses ,mlle de ,lespinasse4 ,il ne devina rien4 ,m4 de ,mora retourna en ,espagne4 ,julie lui crivait chaque jour1 attendait les rponses avec une impatience fbrile et1 les jours de courrier1 envoyait la poste le bon d',alembert pour les recevoir quelques heures plus tt4 ,le chagrin la rendait dure et blessante4 ,sa tendresse pour d',alembert se changeait en loignement et en aversion4 ,il faisait tout pour la distraire et combattre son humeur ingale et chagrine4 ,il la conduisit un jour un dner littraire2 elle y rencontra ,m4 de ,guibert1 dont les succs ou1 pour parler mieux1 les promesses attiraient alors tous les regards4 ,ses admirateurs sur ses premiers essais en divers genres prdisaient en lui1 tout ensemble1 le successeur de ,bossuet1 de ,corneille et de ,cond3 il ne remplaa que ,m4 de ,mora dans le coeur de ,mlle de ,lespinasse4 ,le lendemain de sa premire rencontre1 ,mlle de ,lespinasse dj vaincue crivait ,condorcet3 ,j'ai fait connaissance avec ,m4 de ,guibert1 il me plat beaucoup2 son me se peint dans tout ce qu'il dit1 il a de la force1 de l'lvation1 il ne ressemble personne4 ,quelques jours aprs1 dans une autre lettre ,condorcet3 ,je voudrais que vous lussiez le discours prliminaire de l'ouvrage de ,m4 de ,guibert1 je suis sre qu'il vous ferait grand plaisir4 ,mlle de ,lespinasse ajoutait3 ,j'ai vu ,m4 de ,guibert chez moi1 il continue me plaire extrmement4 ,elle n'en disait rien ,m4 de ,mora1 en parlait d',alembert beaucoup moins qu' ,condorcet et beaucoup plus--il est impossible d'en douter-- ,m4 de ,guibert lui-mme1 qui ne s'en souciait gure4 ,pour ,mlle de ,lespinasse1 toutes les passions taient soeurs3 en s'offrant ,m4 de ,guibert1 elle aimait ,m4 de ,mora avec une tendresse plus exalte encore4 ,d',alembert ici devrait nous occuper seul3 il tait impossible cependant de ne pas raconter en parlant de lui ces trahisons qui brisrent sa vie4 ,d',alembert sans connatre toute la vrit ne pouvait l'ignorer compltement4 ,la ddicace de son portrait offert ,mlle de ,lespinasse se terminait par ces deux vers1 la fois tristes et doux3 ,et dites quelquefois en voyant cette image1 ,de tous ceux que j'aimai qui m'aima comme lui8 ,si elle tait change pour lui1 d',alembert ne le fut jamais pour elle4 ,moins savant que son amie dans les choses du coeur1 il avait joui de son bonheur sans en tre effray4 ,il croyait son amour endormi et en attendait le rveil2 c'est par les empressements de la tendresse la plus dvoue et de la plus affectueuse bont qu'il combattait1 sans jamais se plaindre1 l'indiffrence et les rebuts de cette me trouble et inquite1 jusqu'au jour o1 puise d'amour et de souffrance1 impatiente surtout de tant d'indignits1 elle hta volontairement sa fin1 et mourut dans ses bras en murmurant le nom de ,m4 de ,guibert4 ,on n'a pas d'lgie plus touchante que le cri de douleur adress par d',alembert aux mnes de ,mlle de ,lespinasse et trouv plus tard dans ses papiers3 ,o vous qui ne pouvez plus m'entendre1 vous que j'ai si tendrement et si constamment aime1 vous dont j'ai cru tre aim quelques moments1 vous que j'ai prfre tout1 vous qui m'eussiez tenu lieu de tout si vous l'aviez voulu4444 ,par quel motif1 que je ne puis ni comprendre ni souponner1 ce sentiment si doux pour moi1 que vous prouviez peut-tre encore dans le dernier moment o vous m'en avez assur1 s'est-il chang tout coup en loignement et en aversion8444 ,que ne vous plaigniez-vous moi1 si vous aviez vous plaindre6444 ,ou plutt1 ma chre ,julie1--car je ne pouvais avoir de torts envers vous1--aviez-vous avec moi quelque tort que j'ignorais et que j'aurais eu tant de douceur vous pardonner1 si je l'avais su8 ,la profonde blessure de d',alembert dchira l'enveloppe de froideur et d'insensibilit affecte qui cachait aux yeux du plus grand nombre ses trsors de dvouement et de bont4 ,le monde philosophique et lettr vit que ce grand savant qui savait si bien rire savait pleurer aussi4 ,chacun l'entoura de sympathie et d'affection4 ,frdric et ,voltaire surtout1 sans lutter avec sa douleur1 firent pour l'adoucir de constants et affectueux efforts4 ,mais la vie de d',alembert resta dcolore et sans but3 l'hiver tait venu pour son me4 ,la gomtrie1 si longtemps nglige1 lui rendait seule l'existence tolrable4 ,le respect et l'admiration qui l'entourrent jusqu' son dernier jour pouvaient le distraire1 mais non le consoler de vieillir sans famille1 sans esprance et sans tenir rien ici-bas4 ,une maladie douloureuse vint bientt briser sa sant constamment chancelante1 et il mourut le #bi octobre #aghc1 l'ge de soixante-six ans1 en trouvant que la vie ne vaut pas un regret4 ,honnte homme et homme de bien1 d',alembert fut aim et estim de tous ceux qui l'ont connu4 ,ses contemporains ont exalt l'envi sa bont et sa gnrosit1 toujours prte1 sans ostentation de vertu4 ,admir et vant jeune encore par les juges les plus illustres1 il n'excita l'envie de personne4 ,il s'exera dans les genres les plus divers1 et1 sans avoir produit dans tous d'immortels chefs-d'oeuvre1 il fut plac par l'opinion au premier rang des savants1 des littrateurs et des philosophes4 ,sans fortune1 sans dignits1 malgr le malheur de sa naissance et l'humble simplicit de sa vie1 il fut grand entre ses contemporains par l'tendue de son influence4 ,l'lvation de son caractre gala celle de son esprit4 ,dans son commerce familier et intime avec les plus grands personnages de son sicle1 il sut conserver sans froideur toute la dignit de ses manires et obtenir sans l'exiger autant de dfrence au moins qu'il en accordait2 mais1 quoique sensible la gloire et aux satisfactions de l'amour-propre1 il ne cessa jamais1 au milieu de ses succs si nombreux et si constants1 de chercher en vain le bonheur1 qu'il n'entrevit qu'un instant1 celui d'une affection profonde1 dvoue1 exclusive et1 pour tout dire enfin1 gale celle dont il se sentait capable4 ,,chapitre ,,viii ,,deux ,,portraits ,,portrait ,,de ,d',,alembert ,,fait ,,par ,,lui-,m,,me1 en #agfj4 ,m4 d',alembert n'a rien dans sa figure de remarquable1 soit en bien1 soit en mal2 on prtend1 car il ne peut en juger lui-mme1 que sa physionomie est pour l'ordinaire ironique et maligne2 la vrit1 il est trs frapp du ridicule1 et peut-tre a quelque talent pour le saisir3 ainsi il ne serait pas tonnant que l'impression qu'il en reoit se peignt souvent sur son visage4 ,sa conversation est trs ingale1 tantt srieuse1 tantt gaie1 suivant l'tat o son me se trouve1 assez souvent dcousue1 mais jamais fatigante ni pdantesque4 ,on ne se douterait point1 en le voyant1 qu'il a donn des tudes profondes la plus grande partie de sa vie2 la dose d'esprit qu'il met dans la conversation n'est ni assez forte ni assez abondante pour effrayer ou choquer l'amour-propre de personne2 et ce qui est heureux pour lui1 c'est qu'il ne lui vient pas plus d'esprit qu'il n'en montre1 car il le laisserait voir1 ne ft-ce que par l'impuissance absolue o il est de se contraindre sur quoi que ce puisse tre4 ,tout le monde est donc son aise avec lui sans qu'il y tche2 et on s'aperoit bien qu'il n'y tche pas2 ce qui fait qu'on lui en sait bon gr4 ,il est d'ailleurs d'une gaiet qui va quelquefois jusqu' l'enfance2 et le contraste de cette gaiet d'colier avec la rputation bien ou mal fonde qu'il a acquise dans les sciences1 fait encore qu'il plat assez gnralement1 quoiqu'il soit rarement occup de plaire3 il ne cherche qu' s'amuser et divertir ceux qu'il aime2 les autres s'amusent par contre-coup1 sans qu'il y pense et qu'il s'en soucie4 ,il dispute rarement et jamais avec aigreur3 ce n'est pas qu'il ne soit1 au moins quelquefois1 attach son avis2 mais il est trop peu jaloux de subjuguer les autres pour tre fort empress de les amener penser comme lui4 ,d'ailleurs1 l'exception des sciences exactes1 il n'y a presque rien qui lui paraisse assez clair pour ne pas laisser beaucoup de libert aux opinions2 et sa maxime favorite est que presque sur tout on peut dire tout ce qu'on veut4 ,le caractre principal de son esprit est la nettet et la justesse4 ,il a apport dans l'tude de la haute gomtrie quelque talent et beaucoup de facilit1 ce qui lui a fait en ce genre un assez grand nom de trs bonne heure4 ,cette facilit lui a laiss le temps de cultiver encore les belles-lettres avec quelque succs3 son style serr1 clair et prcis1 ordinairement facile1 sans prtention quoique chti1 quelquefois un peu sec1 mais jamais de mauvais got1 a plus d'nergie que de chaleur1 plus de justesse que d'imagination1 plus de noblesse que de grce4 ,livr au travail et la retraite jusqu' l'ge de plus de vingt-cinq ans1 il n'est entr dans le monde que fort tard et ne s'y est jamais beaucoup plu2 jamais il n'a pu se plier en apprendre les usages et la langue1 et peut-tre mme met-il une sorte de vanit assez petite les mpriser3 il n'est cependant jamais impoli1 parce qu'il n'est ni grossier ni dur2 mais il est quelquefois incivil par inattention ou par ignorance4 ,les compliments qu'on lui fait l'embarrassent parce qu'il ne trouve jamais sous sa main les formules par lesquelles on y rpond3 ses discours n'ont ni galanterie ni grce2 quand il dit des choses obligeantes1 c'est uniquement parce qu'il les pense1 et que ceux qui il les dit lui plaisent4 ,aussi le fond de son caractre est une franchise et une vrit souvent un peu brutes1 mais jamais choquantes4 ,impatient et colre jusqu' la violence1 tout ce qui le contrarie1 tout ce qui le blesse fait sur lui une impression vive dont il n'est pas le matre1 mais qui se dissipe en s'exprimant3 au fond il est trs doux1 trs ais vivre1 plus complaisant mme qu'il ne le parat1 et assez facile gouverner1 pourvu nanmoins qu'il ne s'aperoive pas qu'on en a l'intention1 car son amour pour l'indpendance va jusqu'au fanatisme1 au point qu'il se refuse souvent des choses qui lui seraient agrables1 lorsqu'il prvoit qu'elles pourraient tre pour lui l'origine de quelque contrainte2 ce qui a fait dire avec raison un de ses amis qu'il tait esclave de sa libert4 ,quelques personnes le croient mchant1 parce qu'il se moque sans scrupule des sots prtention qui l'ennuient2 mais1 si c'est un mal1 c'est tout celui qu'il est capable de faire3 il n'a ni le fiel ni la patience ncessaires pour aller au del2 et il serait au dsespoir de penser que quelqu'un ft malheureux par lui1 mme parmi ceux qui ont cherch le plus lui nuire4 ,ce n'est pas qu'il oublie les mauvais procds ni les injures1 mais il ne sait s'en venger qu'en refusant constamment son amiti et sa confiance ceux dont il a lieu de se plaindre4 ,l'exprience et l'exemple des autres lui ont appris en gnral qu'il faut se dfier des hommes2 mais son extrme franchise ne lui permet pas de se dfier d'aucun en particulier3 il ne peut se persuader qu'on le trompe2 et ce dfaut 7car c'en est un1 quoiqu'il vienne d'un bon principe7 en produit chez lui un autre plus grand1 c'est d'tre trop aisment susceptible des impressions qu'on veut lui donner4 ,sans famille et sans liens d'aucune espce1 abandonn de trs bonne heure lui-mme1 accoutum ds son enfance un genre de vie obscur et troit1 mais libre2 n1 par bonheur pour lui1 avec quelques talents et peu de passions1 il a trouv dans l'tude et dans sa gaiet naturelle une ressource contre le dlaissement o il tait2 il s'est fait une sorte d'existence dans le monde sans le secours de qui que ce soit1 et mme sans trop chercher se la faire4 ,comme il ne doit rien qu' lui-mme et la nature1 il ignore la bassesse1 le mange1 l'art si ncessaire de faire sa cour pour arriver la fortune3 son mpris pour les noms et pour les titres est si grand qu'il a eu l'imprudence de l'afficher dans un de ses crits2 ce qui lui a fait1 dans cette classe d'hommes orgueilleux et puissants1 un assez grand nombre d'ennemis1 qui voudraient le faire passer pour le plus vain de tous les hommes2 mais il n'est que fier et indpendant1 plus port d'ailleurs s'apprcier au-dessous qu'au-dessus de ce qu'il vaut4 ,personne n'est moins jaloux des talents et des succs des autres1 et n'y applaudit plus volontiers1 pourvu nanmoins qu'il n'y voie ni charlatanerie ni prsomption choquante2 car alors il devient svre1 caustique et peut-tre quelquefois injuste4 ,quoique sa vanit ne soit pas aussi excessive que bien des gens le croient1 elle n'est pas non plus insensible2 elle est mme trs sensible1 au premier moment1 soit ce qui la flatte1 soit ce qui la blesse2 mais le second moment et la rflexion remettent bientt son me sa place et lui font voir les loges avec assez d'indiffrence et les satires avec assez de mpris4 ,son principe est qu'un homme de lettres qui cherche fonder son nom sur des monuments durables1 doit tre fort attentif ce qu'il crit1 assez ce qu'il fait et mdiocrement ce qu'il dit4 ,m4 d',alembert conforme sa conduite ce principe2 il dit beaucoup de sottises1 n'en crit gure et n'en fait point4 ,personne ne porte plus loin que lui le dsintressement2 mais comme il n'a ni besoins1 ni fantaisies1 ces vertus lui cotent si peu qu'on ne doit pas l'en louer2 ce sont plutt en lui des vices de moins que des vertus de plus4 ,comme il y a trs peu de personnes qu'il aime vritablement et que1 d'ailleurs1 il n'est pas fort affectueux avec celles qu'il aime1 ceux qui ne le connaissent que superficiellement le croient peu capable d'amiti3 personne cependant ne s'intresse plus vivement au bonheur ou au malheur de ses amis2 il en perd le sommeil et le repos1 et il n'y a pas de sacrifice qu'il ne soit prt leur faire4 ,son me1 naturellement sensible1 aime s'ouvrir tous les sentiments doux2 c'est pour cela qu'il est tout la fois trs gai et trs port la mlancolie2 il se livre mme ce dernier sentiment avec une sorte de dlices2 et cette pente que son me a naturellement s'affliger1 le rend assez propre crire des choses tristes et pathtiques4 ,avec une pareille disposition1 il ne faut pas s'tonner qu'il ait t susceptible1 dans sa jeunesse1 de la plus vive1 de la plus tendre et de la plus douce des passions2 les distractions et la solitude la lui ont fait ignorer longtemps4 ,ce sentiment dormait1 pour ainsi dire1 au fond de son me2 mais le rveil a t terrible2 l'amour n'a presque fait que le malheur de ,m4 d',alembert1 et les chagrins qu'il lui a causs l'ont dgot longtemps des hommes1 de la vie et de l'tude mme4 ,aprs avoir consum ses premires annes dans la mditation et le travail1 il a vu1 comme le sage1 le nant des connaissances humaines2 il a senti qu'elles ne pouvaient occuper son coeur et s'est cri avec l',aminte du ,tasse3 ,j'ai perdu tout le temps que j'ai pass sans aimer4 ,mais comme il ne prenait pas aisment de l'amour1 il ne se persuadait pas aisment qu'on en et pour lui2 une rsistance trop longue le rebutait1 non par l'offense qu'elle faisait son amour-propre1 mais parce que la simplicit et la candeur de son me ne lui permettaient pas de croire qu'une rsistance soutenue ne ft qu'apparente4 ,son me a besoin d'tre remplie et non pas tourmente2 il ne lui faut que des motions douces2 les secousses l'usent et l'amortissent4 ,,portrait ,,de ,,mademoiselle ,,de ,,lespinasse ,,par ,d',,alembert1 ,,adress ,,elle-,m,,me ,,en #agga ,le temps et l'habitude1 qui dnaturent tout1 mademoiselle1 qui dtruisent nos opinions et nos illusions1 qui anantissent ou affaiblissent l'amour mme1 ne peuvent rien sur le sentiment que j'ai pour vous et que vous m'avez inspir depuis dix-sept ans3 ce sentiment se fortifie de plus en plus par la connaissance que j'ai des qualits aimables et solides qui forment votre caractre2 il me fait sentir en ce moment le plaisir de m'occuper de vous1 en vous peignant telle que je vous vois4 ,vous ne voulez pas1 dites-vous1 que je me borne faire la moiti de votre portrait en ne composant qu'un pangyrique2 vous y voudriez des ombres1 apparemment pour relever la vrit du reste2 et vous m'ordonnez de vous entretenir de vos dfauts1 mme1 en cas de besoin1 de vos vices1 si je vous en connais quelques-uns4 ,de vices1 j'avoue que je ne vous en sais point1 et j'en suis presque fch1 tant j'aurais envie de vous obir4 ,de dfauts1 je vous en connais quelques-uns1 et mme d'assez dplaisants pour les gens qui vous aiment4 ,trouvez-vous cette dclaration assez grossire8 ,je souhaiterais mme que vous eussiez d'autres dfauts que ceux dont j'ai vous faire le reproche4 ,je voudrais en vous ces dfauts qui rendent aimable1 de ceux qui sont l'effet des passions2 car j'avoue que j'aime les dfauts de cette espce3 mais par malheur ceux que j'ai vous reprocher n'en sont pas1 et prouvent peut-tre 7je ne vous dis cela qu' l'oreille7 qu'il n'y a gure de passion chez vous4 ,je ne parlerai point de votre figure2 vous n'y attachez aucune prtention1 et d'ailleurs c'est un objet auquel un vieux et triste philosophe comme moi ne prend pas garde1 auquel il ne se connat pas1 auquel mme il se pique de ne se pas connatre1 soit par ineptie1 soit par vanit1 comme il vous plaira4 ,je dirai cependant de votre extrieur1 ce qui me parat frapper tout le monde3 que vous avez beaucoup de noblesse et de grces dans tout votre maintien et1 ce qui est bien prfrable une beaut froide1 beaucoup de physionomie et d'me dans tous vos traits4 ,aussi pourrais-je vous nommer plus d'un de vos amis qui auraient eu pour vous plus que de l'amiti1 si vous l'aviez voulu4 ,le got qu'on a pour vous ne tient pas seulement vos agrments extrieurs2 il tient surtout ceux de votre esprit et de votre caractre1 votre esprit plat et doit plaire par bien des qualits1 par l'excellence de votre ton1 par la justesse de votre got1 par l'art que vous avez de dire chacun ce qui lui convient4 ,l'excellence de votre ton ne serait pas un loge pour une personne ne la cour et qui ne peut parler que la langue qu'elle a apprise3 en vous c'est un mrite trs rel1 et mme trs rare2 vous l'avez apport du fond d'une province1 o vous n'aviez trouv personne qui vous l'enseignt4 ,vous tiez sur ce point aussi parfaite le lendemain de votre arrive ,paris1 que vous l'tes aujourd'hui4 ,vous vous y tes trouve ds le premier jour aussi libre1 aussi peu dplace dans les socits les plus brillantes et les plus difficiles1 que si vous y aviez pass votre vie2 vous en avez senti les usages avant de les connatre1 ce qui suppose une justesse et une finesse de tact trs peu communes1 une connaissance exquise des convenances4 ,en un mot vous avez devin le langage de ce qu'on appelle bonne compagnie1 comme ,pascal dans ses ,provinciales avait devin la langue franaise1 qui n'tait pas forme de son temps1 et le ton de la bonne plaisanterie1 qu'il n'avait pu apprendre de personne dans la retraite o il vivait4 ,mais comme vous sentez parfaitement que vous avez ce mrite1 et mme que ce n'est pas en vous un mrite ordinaire1 vous avez peut-tre le dfaut d'y attacher trop de prix dans les autres3 il faut bien des qualits relles pour vous faire pardonner ceux qui ne l'ont pas2 et sur cet objet assez peu important1 vous tes impitoyable jusqu' la minutie4 ,oui1 mademoiselle1 la seule chose sur laquelle vous soyez dlicate1 et dlicate au point d'en tre quelquefois odieuse1 ici je suis comme ,mme ,bertrand dans la comdie du ,moulin de ,javelle1 et je vais d'abord aux invectives1 parce qu'il est question de dfendre mes propres foyers1 c'est votre excessive sensibilit sur ce qu'on nomme le bon ton dans les manires et dans les discours2 le dfaut de cette qualit vous parat peine effac par le sentiment le plus tendre et le plus vrai qu'on puisse vous marquer3 mais1 en rcompense1 il est des hommes en qui cette qualit supple auprs de vous toutes les autres2 vous les trouvez tels qu'ils sont1 faibles1 personnels1 pleins d'airs1 incapables d'un sentiment profond et suivi1 mais aimables et pleins de grces1 et vous avez la plus grande disposition les prfrer vos plus fidles1 vos plus sincres amis2 avec un peu plus de soin et d'attention pour vous1 ils clipseraient tout vos yeux1 et peut-tre vous tiendraient lieu de tout4 ,la mme justesse de got qui vous donne un si grand usage du monde1 se montre assez gnralement dans les jugements que vous portez sur les ouvrages4 ,vous ne vous y trompez gure1 et vous vous y tromperiez encore moins1 si vous vouliez toujours tre rellement de votre opinion1 et ne point juger d'aprs certaines personnes aux genoux desquelles votre esprit a la bont de se prosterner1 quoiqu'elles n'aient pas beaucoup prs le don d'tre infaillibles4 ,vous leur faites quelquefois l'honneur d'attendre leur avis1 pour en avoir un qui ne vaut pas celui que vous auriez eu de vous-mme4 ,vous avez encore un autre dfaut1 c'est de vous prvenir et1 comme on dit1 de vous engouer l'excs en faveur de certains ouvrages4 ,vous jugez avec assez de justice et de justesse tous les livres o il n'y a qu'un degr mdiocre de sentiment et de chaleur3 mais quand ces deux qualits dominent dans certains endroits d'un ouvrage1 toutes les taches1 mme considrables1 qu'il peut avoir1 disparaissent pour vous2 il est parfait vos yeux1 et il vous faut du temps et un sens plus rassis pour le juger tel qu'il est4 ,j'ajouterai cependant1 pour vous consoler de cette censure1 que tout ce qui tient au sentiment est un objet sur lequel vous ne vous trompez jamais1 et qu'on peut appeler votre domaine4 ,mais ce qui vous distingue surtout dans la socit1 c'est l'art de dire chacun ce qui lui convient2 et cet art1 quoique peu commun1 est pourtant bien simple chez vous2 il consiste ne jamais parler de vous aux autres1 et beaucoup d'eux4 ,c'est un moyen infaillible de plaire2 aussi plaisez-vous gnralement1 quoiqu'il s'en faille de beaucoup que tout le monde vous plaise3 vous savez mme ne pas dplaire aux personnes qui vous sont les moins agrables4 ,ce dsir de plaire tout le monde vous a fait dire un mot qui pourrait donner mauvaise opinion de vous ceux qui ne vous connatraient pas fond4 ,ah6 que je voudrais1 vous tes-vous crie un jour1 connatre le faible de chacun6 ,ce trait semblerait partir d'une profonde politique et d'une politique mme qui avoisine la fausset3 cependant vous n'avez nulle fausset2 toute votre politique se rduit dsirer qu'on vous trouve aimable1 et vous le dsirez1 non pas par un principe de vanit dont vous n'tes que trop loigne1 mais par l'envie et le besoin de rpandre plus d'agrment dans votre vie journalire4 ,si vous plaisez gnralement tout le monde1 vous plaisez surtout aux gens aimables2 et vous leur plaisez par l'effet qu'ils font sur vous1 par l'espce de jouissance qu'prouve leur amour-propre en voyant quel point vous sentez leurs agrments2 vous avez l'air de leur tre oblige de ces agrments comme s'ils n'taient que pour vous1 et vous doublez pour ainsi dire le plaisir qu'ils ont de se trouver aimables4 ,la finesse de got qui se joint en vous au dsir continuel de plaire1 fait que1 d'un ct1 il n'y a jamais rien en vous de recherch1 et que de l'autre il n'y a rien de nglig2 aussi peut-on dire de vous que vous tes trs naturelle et nullement simple4 ,discrte1 prudente et rserve1 vous possdez l'art de vous contraindre sans effort1 et de cacher vos sentiments sans les dissimuler4 ,vraie et franche avec ceux que vous estimez1 l'exprience vous a rendue dfiante avec tout le reste2 mais cette disposition1 qui est un vice quand on commence vivre1 est une qualit prcieuse pour peu qu'on ait vcu4 ,cependant cette attention1 cette circonspection dans la socit1 qui vous sont ordinaires1 n'empchent pas que vous ne soyez quelquefois inconsidre2 il vous est arriv1 la vrit bien rarement1 de laisser chapper en prsence de certaines personnes des discours qui vous ont beaucoup nui auprs d'elles3 c'est que vous tes franche par nature et discrte seulement par rflexion2 et que la nature s'chappe quelquefois malgr nos efforts4 ,les diffrents contrastes qu'offre votre caractre1 de naturel sans simplicit1 de rserve et d'imprudence1 contrastes qui viennent en vous du combat de l'art et de la nature1 ne sont pas les seuls qui existent dans votre manire d'tre1 et toujours par la mme cause4 ,vous tes la fois gaie et mlancolique1 mais gaie par votre naturel et mlancolique encore par rflexion3 vos accs de mlancolie sont l'effet des diffrents malheurs que vous avez prouvs2 votre disposition physique ou morale du moment les fait natre2 vous vous y livrez avec une satisfaction douloureuse1 et en mme temps si profonde1 que vous souffrez avec peine qu'on vous arrache de la mlancolie par la gaiet1 et qu'au contraire vous retombez avec une sorte de plaisir1 de la gaiet dans la mlancolie4 ,quoique vous ne soyez pas toujours mlancolique1 vous tes sans cesse pntre d'un sentiment plus triste encore2 c'est le dgot de la vie3 ce dgot vous quitte si peu1 que si mme dans un moment de gaiet on vous proposait de mourir1 vous y consentiriez sans peine4 ,ce sentiment continu tient l'impression vive et profonde que vos chagrins vous ont laisse2 vos affections mme1 et l'espce de passion que vous y mettez1 ne la dtruisent pas2 on voit que la douleur1 si je puis parler de la sorte1 vous a nourrie1 et que les affections ne font que vous consoler4 ,ce n'est pas seulement par vos agrments et par votre esprit que vous plaisez gnralement1 c'est encore par votre caractre4 ,quoique vous sentiez bien les ridicules1 personne n'est plus loign que vous d'en donner2 vous abhorrez la mchancet et la satire3 vous ne hassez personne1 si ce n'est peut-tre une seule femme1 qui la vrit a bien fait tout ce qu'il fallait pour tre hae de vous2 encore votre haine pour elle n'est-elle pas active1 quoique la sienne votre gard le soit jusqu'au ridicule et jusqu' un excs qui rend cette femme trs malheureuse4 ,vous avez une autre qualit trs rare1 et surtout dans une femme2 vous n'tes nullement envieuse3 vous rendez justice avec la satisfaction la plus vraie aux agrments et aux bonnes qualits de toutes les femmes que vous connaissez2 vous la rendez mme votre ennemie dans ce qu'elle peut avoir soit de bon et d'estimable1 soit d'agrable et de piquant4 ,cependant1 car il ne faut pas vous flatter mme en disant du bien de vous1 cette bonne qualit1 toute rare qu'elle est1 est peut-tre moins louable en vous qu'elle ne le serait en beaucoup d'autres4 ,si vous n'tes point envieuse1 ce n'est pas prcisment parce que vous trouvez bon que d'autres personnes aient sur vous les mmes avantages2 c'est qu'aprs avoir bien regard autour de vous1 tous les tres existants vous paraissent galement plaindre et qu'il n'y en a aucun dont vous voulussiez changer la situation contre la vtre4 ,s'il y avait ou si vous connaissiez un tre souverainement heureux1 vous seriez peut-tre trs capable de lui porter envie2 et on vous a souvent ou dire qu'il tait juste que les personnes qui ont de grands avantages eussent aussi de grands malheurs1 pour consoler ceux qui seraient tents d'en tre jaloux4 ,ne croyez pas cependant que votre peu de jalousie cesse d'tre une vertu1 quoique le principe n'en soit pas aussi pur qu'il pourrait l'tre2 car combien y a-t-il de gens qui ne croient pas que personne soit heureux1 qui ne voudraient tre la place de personne et qui ne laissent pas d'tre jaloux8 ,votre loignement pour la mchancet et l'envie suppose en vous une me noble2 aussi la vtre l'est-elle tous gards3 quoique vous dsiriez la fortune et que vous en ayez besoin1 vous tes incapable de vous donner aucun mouvement pour vous la procurer2 vous n'avez pas mme su profiter des occasions les plus favorables que vous avez eues pour vous faire un sort plus heureux4 ,non seulement vous avez l'me trs leve1 vous l'avez encore trs sensible2 mais cette sensibilit est pour vous un tourment plutt qu'un plaisir2 vous tes persuade qu'on ne peut tre heureux que par les passions1 et vous connaissez trop le danger des passions pour vous y livrer4 ,vous n'aimez donc qu'autant que vous l'osez2 mais vous aimez tout ce que vous pouvez ou tant que vous le pouvez2 vous donnez vos amis1 sur cette sensibilit qui vous surcharge1 tout ce que vous pouvez vous permettre3 mais il vous en reste encore une surabondance dont vous ne savez que faire1 et que1 pour ainsi dire1 vous jetteriez volontiers tous les passants2 cette surabondance de sensibilit vous rend trs compatissante pour les malheureux1 mme pour ceux que vous ne connaissez pas2 rien ne vous cote pour les soulager4 ,avec cette disposition1 il est naturel que vous soyez trs obligeante3 aussi ne peut-on vous faire plus de plaisir que de vous en fournir l'occasion2 c'est donner la fois de l'aliment votre bont et votre activit naturelle4 ,j'ai dit que vous donniez vos amis tous les sentiments que vous pouviez vous permettre2 vous leur accordez mme quelquefois au del de ce qu'ils seraient en droit d'exiger3 vous les dfendez avec courage1 en toute circonstance et en tout tat de cause1 soit qu'ils aient tort ou raison4 ,ce n'est peut-tre pas la meilleure manire de les servir2 mais tant de gens abandonnent leurs amis lors mme qu'ils pourraient et devraient les dfendre1 qu'on doit savoir gr votre amiti de fuir et d'abhorrer cette lchet1 mme jusqu' l'excs4 ,l'espce de mouvement sourd et intestin qui agite sans cesse votre me1 fait qu'elle n'est pas aussi gale qu'elle le parat1 mme vos amis4 ,vous avez souvent de l'humeur et de la scheresse1 mais1 par une suite de votre dsir gnral de plaire1 vous ne la laissez gure paratre qu' l'auteur de ce portrait3 il est vrai que vous rendez justice son amiti en ne craignant point de vous laisser voir lui telle que vous tes2 mais cette amiti se croit oblige de vous dire que la scheresse et l'humeur vous dparent beaucoup tous gards4 ,ainsi1 pour l'intrt mme de votre amour-propre1 l'amiti vous conseille d'avoir le moins de scheresse et d'humeur que vous pourrez1 moins que vos amis ne le mritent1 ce qui doit leur arriver bien rarement1 grce aux sentiments si profonds et si justes dont ils sont pntrs pour vous4 ,vous convenez de cette maudite scheresse1 et c'est bien fait vous2 ce qu'il y aurait encore de mieux faire1 ce serait de vous en corriger4 ,pour vous en dispenser1 vous cherchez vous persuader qu'elle est incorrigible et qu'elle tient votre caractre3 je crois que vous vous trompez l-dessus et qu'elle tient bien plutt la situation o vous tes4 ,vous tiez ne avec une me tendre1 douce et sensible2 vous ne l'avez que trop prouve1 et les effets pour vous n'ont t que trop cruels3 or1 vous en direz tout ce qu'il vous en plaira1 mais la sensibilit extrme exclut la scheresse4 ,ce vilain dfaut n'est donc pas en vous l'ouvrage de la nature1 mais1 ce qui est affreux1 l'ouvrage de l'art3 force d'tre contrarie1 choque1 blesse dans vos sentiments et dans vos gots1 vous vous tes accoutume ne vous affecter de rien2 force de rprimer les sentiments qui auraient pu faire votre malheur1 vous avez amorti ceux qui auraient rpandu la douceur dans votre me2 ils restent comme endormis au fond de votre coeur1 sans mouvement1 sans activit1 et vous avez prpar bien du mal vos amis en vous mettant l'abri de celui que vos ennemis cherchaient vous faire2 en travaillant vous rendre dure vous-mme1 vous l'tes devenue pour ceux qui vous aiment4 ,il est vrai--car le sentiment n'est point ananti chez vous1 il n'est qu'assoupi--que vous ne tardez pas vous repentir des chagrins que votre scheresse a causs1 quand vous voyez que ces chagrins ont fait une impression profonde2 vous revenez alors votre sensibilit ancienne2 un moment1 un mot rpare tout4 ,dans les autres1 le premier mouvement est l'effet de la nature1 le second est celui de la rflexion3 chez vous c'est tout le contraire2 et tel est dans votre me1 d'ailleurs si estimable1 le cruel et malheureux effet de l'habitude4 ,ce qui prouve encore que cette scheresse n'est point naturelle en vous1 c'est un autre dfaut que je vous ai reproch et qui est presque l'oppos de celui-l1 le dsir banal de plaire tout le monde3 pour ce dfaut-l1 vous le tenez beaucoup plus que l'autre de la nature2 elle vous a donn dans l'esprit les qualits les plus faites pour plaire1 de la noblesse1 des agrments et de la grce2 il est tout simple que vous cherchiez en tirer parti1 et vous n'y russissez que trop bien4 ,je ne connais personne1 je le rpte1 qui plaise aussi gnralement que vous1 et peu de personnes qui y soient plus sensibles2 vous ne refusez pas mme de faire les avances quand on ne va pas au-devant de vous2 et sur ce point votre fiert est sacrifie votre amour-propre3 assez sre de conserver ceux que vous avez acquis1 vous tes principalement occupe en acqurir d'autres2 vous n'tes pas mme1 il faut en convenir1 aussi difficile sur le choix qu'il vous conviendrait de l'tre4 ,la finesse et la justesse de votre tact devraient vous rendre dlicate sur le genre et le choix des connaissances2 l'envie d'avoir une cour et ce qu'on appelle dans le monde des amis1 vous a rendue d'assez bonne composition et les ennuyeux ne vous dplaisent pas trop1 pourvu que ces ennuyeux-l vous soient dvous4 ,les noms1 les titres ne vous en imposent pas2 vous voyez les grands comme il faut les voir1 sans bassesse et sans ddain4 ,l'infortune vous a donn cet orgueil respectable qu'elle inspire toujours ceux qui ne la mritent pas4 ,votre peu d'aisance et la triste connaissance que vous avez acquise des hommes1 vous font redouter les bienfaits dont le joug est si souvent craindre pour les mes bien nes2 peut-tre mme tes-vous porte pousser ce sentiment jusqu' l'excs3 mais1 en ce genre1 l'excs mme est une vertu4 ,votre courage est au-dessus de votre force2 l'indigence1 la mauvaise sant1 les malheurs de toute espce exercent votre patience sans l'abattre4 ,cette patience intressante et le spectacle de ce que vous avez souffert devaient vous faire des amis et vous en ont fait2 vous avez trouv quelque consolation dans leur attachement et dans leur estime4 ,voil1 mademoiselle1 ce que vous me paraissez tre3 vous n'tes pas parfaite1 sans doute1 et c'est en vrit tant mieux pour vous2 car le parfait ,grandisson m'a toujours paru un odieux personnage4 ,je ne sais si je vous vois bien2 mais1 telle que je vous vois1 personne ne me parat plus digne d'prouver par soi-mme et de faire prouver aux autres ce qui seul peut adoucir les maux de la vie1 les douceurs du sentiment et de la confiance4 ,en finissant ce portrait1 je ne puis pas ajouter comme dans la chanson3 ,le prieur qui l'a fait ,en est trs satisfait2 mais je sens que je vous applique1 et de tout mon coeur1 le vers de ,dufresny sur la jeunesse3 444 ,que de dfauts elle a ,cette jeunesse6 ,on l'aime avec ces dfauts-l4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,,chapitre ,i ,l'enfance de d',alembert4 ,,chapitre ,,ii ,d',alembert et l',acadmie des sciences4 ,,chapitre ,,iii ,d',alembert et l',encyclopdie4 ,,chapitre ,,iv ,d',alembert et l',acadmie franaise4 ,,chapitre ,v ,d',alembert et la suppression des jsuites4 ,,chapitre ,,vi ,d',alembert et ,frdric4 ,,chapitre ,,vii ,d',alembert et mademoiselle de ,lespinasse4 ,,chapitre ,,viii ,deux portraits4