,george ,s& ,illu/ration ,,spiridion ,,notice ,spiridion a t crit en gr&e p>tie1 et t]m9 dans la ,*>treuse de ,valdemosa1 aux gmissem5ts de la bise dans les clotres en ru9es4 ,c]tes1 ce lieu romantique et mieux inspir un plus gr& pote4 ,heureusem5t le plaisir d'crire ne se mesure pas au mrite de l'uvre1 mais l'motion de l'arti/e2 sans des proccupations s\v5t d\l\reuses1 j'aurais t bi5 satisfaite de cette cellule de mo9e dans un site sublime1 o le has>d1 ou plutt la ncessit rsultant de l'abs5ce de t\t autre asile1 m'avait conduite et mise prcism5t dans le milieu qui conv5ait au sujet de ce livre comm5c ,nohant4 ,,george ,,s&4 ,nohant1 #be aot #ahee4 99 99 99 99 99 ,m4 ,,pi]re ,,l]\x4 ,ami et frre p> les annes1 pre et matre p> la v]tu et la sci5ce1 agrez l'envoi d'un de mes contes1 non comme un travail digue de v\s tre ddi1 mais comme un tmoignage d'amiti et de vnration4 ,,george ,,s&4 99 99 99 99 99 ,lorsque j'entrai comme novice au c\v5t des ,bndict9s1 j'tais pe9e g de seize ans4 ,mon c>actre d\x et timide sembla inspir] d'abord la confiance et l'affection2 mais je ne t>dai pas voir la bi5veillance des frres se *ang] en froideur2 et le pre trsori]1 qui seul me cons]va un peu d'intrt1 me prit plusieurs fois "p p\r me dire t\t bas que1 si je ne faisais att5tion moi-mme1 je tomb]ais dans la disgrce du ,prieur4 ,je le pressais en va9 de s'expliqu]2 il mettait un doigt sur ses lvres1 et1 s'loignant d'un air my/rieux1 il aj\tait p\r t\te rponse3 ,v\s savez bi51 mon *] fils1 ce que je veux dire4 ,je *]*ais va9em5t mon crime4 ,il m'tait impossible1 aprs le plus scrupuleux exam51 de dc\vrir en moi des torts assez graves p\r mrit] une rprim&e4 ,des sema9es1 des mois s'c\lr5t1 et l'espce de rprobation tacite qui pesait sur moi ne s'ad\cit po9t4 ,en va9 je r$\blais de f]veur et de zle2 en va9 je veillais t\tes mes p>oles1 t\tes mes p5ses2 en va9 j'tais le plus assidu aux (fices et le plus ard5t au travail2 je voyais *aque j\r la solitude l>gir un c]cle aut\r de moi4 ,t\s mes amis m'avai5t quitt4 ,p]sonne ne m'adressait plus la p>ole4 ,les novices les mo9s rguli]s et les mo9s mritants semblai5t s'arrog] le droit de me mpris]4 ,quelques-uns mme1 lorsqu'ils passai5t prs de moi1 s]rai5t contre leur corps les plis de leur robe1 comme s'ils euss5t cra9t de t\*] un lpreux4 ,quoique je rcitasse mes leons sans faire une seule faute1 et que je fisse dans le *ant de trs-gr&s progrs1 un pr(ond sil5ce rgnait dans les salles d'tude qu& ma timide voix avait cess de rsonn] s\s la vote4 ,les docteurs et les matres n'avai5t pas p\r moi un seul reg>d d'enc\ragem5t1 t&is que des novices non*alants ou incapables tai5t combls d'loges et de rcomp5ses4 ,lorsque je passais devant l'abb1 il dt\rnait la tte1 comme s'il et eu horreur de mon salut4 ,j'exam9ais t\s les m\vem5ts de mon cur1 et je m'int]rogeais svrem5t p\r savoir si l'orgueil bless n'avait pas une gr&e "p dans ma s\ffrance4 ,je p\vais du mo9s me r5dre ce tmoignage que je n'avais ri5 p>gn p\r combattre t\te rvolte de la vanit1 et je s5tais bi5 que mon cur tait rduit une tri/esse pr(onde p> l'isolem5t o on le ref\lait1 p> le manque d'affection1 et non p> le manque d'amusem5ts et de flatt]ies4 ,je rsolus de pr5dre p\r appui le seul religieux qui ne pt fuir mes confid5ces1 mon confesseur4 ,j'allai me jet] ses pi$s1 je lui exposai mes d\leurs1 mes ef=ts p\r mrit] un sort mo9s rig\reux1 mes combats contre l'esprit de repro*e et d'am]tume qui comm5ait s'lev] en moi4 ,mais quelle fut ma con/]nation lorsqu'il me rpondit d'un ton glacial3 ,tant que v\s ne m'ouvrirez pas votre cur avec une entire s9crit et une p>faite s\mission1 je ne p\rrai ri5 faire p\r v\s4 -- pre ,hgsippe6 lui rpondis-je1 v\s p\vez lire la vrit au fond de mes entrailles2 c> je ne v\s ai jamais ri5 ca*4 ,alors il se leva et me dit avec un acc5t t]rible3 ,misrable p*eur6 me basse et p]v]se6 v\s savez bi5 que v\s me ca*ez un secret =midable1 et que votre consci5ce e/ un abme d'iniquit4 ,mais v\s ne tromp]ez pas l'il de ,dieu1 v\s n'*app]ez po9t sa ju/ice4 ,allez1 retirez-v\s de moi2 je ne veux plus ent5dre vos pla9tes hypocrites4 ,jusqu' ce que la contrition ait t\* votre cur1 et que v\s ayez lav p> une pnit5ce s9cre les s\illures de votre esprit1 je v\s df5ds d'appro*] du tribunal de la pnit5ce4 -- mon pre6 mon pre6 m'criai-je1 ne me rep\ssez pas a9si1 ne me rduisez pas au dsespoir1 ne me faites pas d\t] de la bont de ,dieu et de la sagesse de vos jugem5ts4 ,je suis innoc5t devant le ,seigneur2 ayez piti de mes s\ffrances4444 --,reptile audacieux6 s'cria-t-il d'une voix tonnante1 glorifie-toi de ton p>jure et invoque le nom du ,seigneur p\r appuy] tes faux s]m5ts2 mais laisse-moi1 te-toi de devant mes yeux1 ton endurcissem5t me fait horreur6 ,en p>lant a9si1 il dgagea sa robe que je t5ais dans mes ma9s suppliantes4 ,je m'y atta*ai avec une sorte d'g>em5t2 alors il me rep\ssa de t\te sa =ce1 et je tombai la face contre t]re4 ,il s'loigna1 p\ssant violemm5t d]rire lui la porte de la sacri/ie o cette scne se passait4 ,je demeurai dans les tnbres4 ,soit p> la viol5ce de ma *ute1 soit p> l'excs de mon *agr91 une ve9e se rompit dans ma gorge1 et j'eus une hmorragie4 ,je ne pus me relev]1 je me s5tis dfaillir rapidem5t1 et bi5tt je fus t5du sans connaissance sur le pav baign de mon sang4 ,je ne sais combi5 de temps je passai a9si4 ,qu& je comm5ai rev5ir moi1 je s5tis une fra*eur agrable2 une brise h>monieuse semblait se j\] aut\r de moi1 s*ait la sueur de mon front et c\rait dans ma *evelure1 puis semblait s'loign] avec un son vague1 imp]ceptible1 murmur] je ne sais quelles notes faibles dans les co9s de la salle1 et rev5ir sur moi comme p\r me r5dre des =ces et m'engag] me relev]4 ,cep5dant je ne p\vais m'y dcid] encore1 c> j'pr\vais un bi5-tre in\1 et j'c\tais dans une sorte d'ab]ration paisible les bruits de ce s\ffle d't qui se glissait furtivem5t p> la f5te d'une p]si5ne4 ,alors il me sembla ent5dre une voix qui p>tait du fond de la sacri/ie1 et qui p>lait si bas que je ne di/+uais pas les p>oles4 ,je re/ai immobile et prtai t\te mon att5tion4 ,la voix p>aissait faire une de ces prires entrec\pes que n\s appelons oraisons jaculatoires4 ,enf9 je saisis di/9ctem5t ces mots3 ,esprit de vrit1 relve les victimes de l'ignorance et de l'impo/ure4 ,pre ,hgsippe6 dis-je d'un ton faible1 e/-ce v\s qui rev5ez v]s moi8 ,mais p]sonne ne me rpondit4 ,je me s\levai sur mes ma9s et sur mes g5\x1 j'c\tai encore1 je n'ent5dis plus ri54 ,je me relevai t\t a fait1 je reg>dai aut\r de moi2 j'tais tomb si prs de la porte unique de cette petite salle1 que p]sonne aprs le d"p de mon confesseur n'et pu r5tr] sans m>*] sur mon corps2 d'ailleurs1 cette porte ne s'ouvrait qu'en d$ans p> un loquet de =me anci5ne4 ,j'y t\*ai1 et je m'assurai qu'il tait f]m4 ,je fus pris de t]reur1 et je re/ai quelques in/ants sans os] faire un pas4 ,adoss contre la porte1 je *]*ais p]c] de mon reg>d l'obscurit dans laquelle les angles de la salle tai5t plongs4 ,une lueur blaf>de1 tombant d'une luc>ne volet de ple9 *ne1 tremblait v]s le milieu de cette pice4 ,un faible v5t1 t\rm5tant le volet1 agr&issait et dim9uait t\r t\r la f5te qui laissait pntr] cette r>e lumire4 ,les objets qui se tr\vai5t dans cette rgion demi claire1 le prie-,dieu surmont d'une tte de mort1 quelques livres p>s sur le plan*]1 une aube susp5due la muraille1 semblai5t se m\voir avec l'ombre du feuillage que l'air agitait d]rire la croise4 ,qu& je crus voir que j'tais seul1 j'eus honte de ma timidit3 je fis un signe de croix1 et je m'apprtai all] ouvrir t\t fait le volet2 mais un pr(ond s\pir qui p>tait du prie-,dieu me ret9t cl\ ma place4 ,cep5dant je voyais assez di/9ctem5t ce prie-,dieu p\r tre bi5 sur qu'il n'y avait p]sonne4 ,une ide que j'aurais d concevoir plus tt v9t me rassur]3 quelqu'un p\vait tre appuy dehors contre la f5tre1 et faire sa prire sans song] moi4 ,mais qui donc p\vait tre assez h>di p\r mettre des vux et prononc] des p>oles comme celles que j'avais ent5dues8 ,la curiosit1 seule passion et seule di/raction p]mise dans le clotre1 s'emp>a de moi4 ,je m'avanai v]s la f5tre2 mais pe9e eus-je fait un pas1 qu'une ombre noire1 se dta*ant1 ce qu'il me p>ut1 du prie-,dieu1 trav]sa la salle en se dirigeant v]s la f5tre1 et passa devant moi comme un clair4 ,ce m\vem5t fut si rapide que je n'eus pas le temps d'vit] ce que je pr5ais p\r un corps1 et ma frayeur fut si gr&e que je faillis m'van\ir une seconde fois4 ,mais je ne s5tis ri51 et1 comme si j'eusse t trav]s p> cette ombre1 je la vis disp>atre ma gau*e4 ,je m'lanai v]s la f5tre1 je p\ssai le volet avec prcipitation2 je jetai les yeux dans la sacri/ie1 j'y tais absolum5t seul2 je les prom5ai sur t\t le j>d91 il tait ds]t1 et le v5t du midi c\rait sur les fleurs4 ,je pris c\rage3 j'explorai t\s les co9s de la salle1 je reg>dai d]rire le prie-,dieu1 qui tait =t gr&2 je sec\ai t\s les vtem5ts sac]dotaux susp5dus aux murailles2 je tr\vai t\tes *oses dans leur tat naturel1 et ri5 ne put m'expliqu] ce qui s'tait pass4 ,la vue de t\t le sang que j'avais p]du me porta croire que mon c]veau1 affaibli p> cette hmorragie1 avait t en proie une halluc9ation4 ,je me retirai dans ma cellule1 et j'y demeurai enf]m jusqu'au l5dema94 ,je passai ce j\r et cette nuit dans les l>mes4 ,l'inanition1 la p]te de sang1 les va9es t]reurs de la sacri/ie1 avai5t bris t\t mon tre4 ,nul ne v9t me sec\rir ou me consol]2 nul ne s'enquit de ce que j'tais dev5u4 ,je vis de ma f5tre la tr\pe des novices se rp&re dans le j>d94 ,les gr&s *i5s qui g>dai5t la maison v9r5t gaiem5t leur r5contre1 et reur5t d'eux mille c>esses4 ,mon cur sa s]ra et se brisa la vue de ces animaux1 mieux traits c5t fois1 et c5t fois plus heureux que moi4 ,j'avais trop de foi en ma vocation p\r concevoir aucune ide de rvolte ou de fuite4 ,j'acceptai en somme ces humiliations1 ces inju/ices et ce dlaissem5t1 comme une preuve envoye p> le ciel et comme une occasion de mrit]4 ,je priai1 je m'humiliai1 je frappai ma poitr9e1 je recomm&ai ma cause la ju/ice de ,dieu1 la protection de t\s les sa9ts1 et v]s le mat9 je f9is p> gt] un d\x repos4 ,je fus veill en sursaut p> un rve4 ,le pre ,alexis m'tait app>u1 et1 me sec\ant rudem5t1 il m'avait rpt peu prs les p>oles qu'un tre my/rieux m'avait dites de la sacri/ie3 ,relve-toi1 victime de l'ignorance et de l'impo/ure4 ,quel rapport le pre ,alexis p\vait-il avoir avec cette rm9isc5ce8 ,je n'en tr\vai aucun1 s9on que la vision de la sacri/ie m'avait beauc\p occup au mom5t o je m'tais endormi1 et qu' ce mom5t mme j'avais vu de mon grabat le pre ,alexis r5tr] du j>d9 dans le c\v5t1 v]s le c\*] de la lune1 une heure environ avant le j\r4 ,cette mat9ale prom5ade du pre ,alexis ne m'avait p\rtant pas frapp comme un fait extraord9aire4 ,le pre ,alexis tait le plus savant de nos mo9es3 il tait gr& a/ronome1 et il avait la g>de des in/rum5ts de physique et de gomtrie1 dont l'obs]vatoire du c\v5t tait assez bi5 f\rni4 ,il passait une p>tie des nuits faire ses expri5ces et contempl] les a/res2 il allait et v\ait t\te heure1 sans tre a/re9t celles des (fices1 et il tait disp5s de desc5dre l'glise p\r mat9es et laudes4 ,mais mon rve le ram5ant ma p5se1 je me mis song] que c'tait un homme biz>re1 t\j\rs proccup1 s\v5t in9telligible dans ses p>oles1 errant sans cesse dans le c\v5t comme une me en pe9e2 qu'en un mot ce p\vait bi5 tre lui qui1 la veille1 appuy contre la f5tre de la sacri/ie1 avait murmur une =mule d'invocation1 et fait pass] son ombre sur le mur1 p> has>d1 sans se d\t] de mes t]reurs4 ,je rsolus de le lui dem&]1 et eu rfl*issant la manire dont il accueill]ait mes que/ions1 je m'enh>dis saisir ce prtexte p\r faire connaissance avec lui4 ,je me rappelai que ce sombre vieill>d tait le seul dont je n'eusse reu aucune insulte muette ou v]bale1 qu'il ne s'tait jamais dt\rn de moi avec horreur1 et qu'il p>aissait absolum5t trang] t\tes les rsolutions qui se pr5ai5t dans la communaut4 ,il e/ vrai qu'il ne m'avait jamais dit une p>ole amie1 que son reg>d n'avait jamais r5contr le mi51 et qu'il ne p>aissait pas seulem5t se s\v5ir de mon nom2 mais il n'accordait pas plus d'att5tion aux autres novices4 ,il vivait dans un monde "p1 absorb dans ses spculations sci5tifiques4 ,on ne savait s'il tait pieux ou indiffr5t la religion2 il ne p>lait jamais que du monde extrieur et visible1 et ne p>aissait pas se s\ci] beauc\p de l'autre4 ,p]sonne n'en disait de mal1 p]sonne n'en disait de bi52 et qu& les novices se p]mettai5t quelque rem>que ou quelque "q sur lui1 les mo9es leur imposai5t sil5ce d'un ton svre4 ,peut-tre1 p5sai-je1 si j'allais lui confi] mes t\rm5ts1 il me donn]ait un bon conseil2 peut-tre lui qui passe sa vie t\t seul1 si tri/em5t1 s]ait t\* de voir p\r la premire fois un novice v5ir lui et lui dem&] son assi/ance4 ,les malheureux se *]*5t et se compr5n5t4 ,peut-tre e/-il malheureux1 lui aussi2 peut-tre sympa?is]a-t-il avec mes d\leurs4 ,je me levai1 et1 avant de l'all] tr\v]1 je passai au rfectoire4 ,un frre conv]s c\pait du pa92 je lui en dem&ai1 et il m'en jeta un morceau comme il et fait un animal importun4 ,j'eusse mieux aim des injures que cette muette et brutale piti4 ,on me tr\vait indigne d'ent5dre le son de la voix huma9e1 et on me jetait ma n\rriture p> t]re1 comme si1 dans mon abjection1 j'eusse t rduit ramp] avec les btes4 ,qu& j'eus mang ce pa9 am] et tremp de mes pleurs1 je me r5dis la cellule du pre ,alexis4 ,elle tait situe1 lo9 de t\tes les autres1 dans la p>tie la plus leve du btim5t1 ct du cab9et de physique4 ,on y arrivait p> un troit balcon1 susp5du l'extrieur du dme4 ,je frappai1 on ne me rpondit pas2 j'entrai4 ,je tr\vai le pre ,alexis endormi sur son fauteuil1 un livre la ma94 ,sa figure1 sombre et p5sive jusque dans le sommeil1 faillit m't] ma rsolution4 ,c'tait un vieill>d de taille moy5ne1 robu/e1 l>ge des paules1 vot p> l'tude plus que p> les annes4 ,son crne *auve tait encore g>ni p> d]rire de *eveux noirs crpus4 ,ses traits n]giques ne manquai5t cep5dant pas de f9esse4 ,il y avait sur cette face fltrie un mlange inexprimable de dcrpitude et de =ce virile4 ,je passai d]rire son fauteuil sans faire aucun bruit1 dans la cra9te de le mal dispos] en l'veillant brusquem5t2 mais1 malgr mes prcautions extrmes1 il s'ap]ut de ma prs5ce2 et1 sans s\lev] sa tte appesantie1 sans ouvrir ses yeux caves1 sans tmoign] ni humeur ni surprise1 il me dit3 ,je t'ent5ds4 --,pre ,alexis444 lui dis-je d'une voix timide4 --,p\rquoi m'appelles-tu pre8 reprit-il sans *ang] de ton ni d'attitude2 tu n'z pas c\tume de m'appel] a9si4 ,je ne suis pas ton pre1 mais bi5 plutt ton fils1 quoique je sois fltri p> l'ge1 t&is que toi1 tu re/es t]nellem5t jeune1 t]nellem5t beau6 ,ce disc\rs trange tr\blait t\tes mes ides4 ,je g>dai le sil5ce4 ,le mo9e reprit3 ,eh bi56 p>le1 je t'c\te4 ,tu sais bi5 que je t'aime comme l'enfant de mes entrailles1 comme le pre qui m'a eng5dr1 comme le soleil qui m'claire1 comme l'air que je respire1 et plus que t\t cela encore4 -- pre ,alexis1 lui dis-je1 tonn et att5dri d'ent5dre des p>oles si d\ces sortir de cette b\*e rigide1 ce n'e/ pas moi1 misrable enfant1 que s'adress5t des s5tim5ts si t5dres4 ,je ne suis pas digne d'une telle affection1 et je n'ai le bonheur de l'inspir] p]sonne2 mais1 puisque je v\s surpr5ds au milieu d'un heureux songe1 puisque le s\v5ir d'un ami gaie votre cur1 bon pre ,alexis1 que votre rveil me soit favorable1 que votre reg>d tombe sur moi sans colre1 et que votre ma9 ne rep\sse pas ma tte humilie1 c\v]te des c5dres de la d\leur et de l'expiation4 ,en p>lant a9si1 je pliai les g5\x devant lui1 et j'att5dis qu'il jett les yeux sur moi4 ,mais pe9e m'eut-il vu qu'il se leva comme saisi de fureur et d'p\vante en mme temps4 ,l'clair de la colre brillait dans ses yeux1 une sueur froide ruisselait sur ses tempes dva/es4 ,qui tes-v\s8 s'cria-t-il4 ,que me v\lez-v\s8 ,que v5ez-v\s faire ici8 ,je ne v\s connais pas6 ,j'essayai va9em5t de le rassur] p> mon humble po/ure1 p> mes reg>ds suppliants4 --,v\s tes un novice1 me dit-il1 je n'ai po9t affaire avec les novices4 ,je ne suis pas un directeur de consci5ces1 ni un disp5sateur de grces et de faveurs4 ,p\rquoi v5ez-v\s m'espionn] p5dant mon sommeil8 ,v\s ne surpr5drez pas le secret de mes p5ses4 ,ret\rnez v]s ceux qui v\s envoi5t1 dites-leur que je n'ai pas longtemps vivre1 et que je dem&e qu'on me laisse tranquille4 ,sortez1 sortez2 j'ai travaill]4 ,p\rquoi violez-v\s la consigne qui df5d d'appro*] de mon laboratoire8 ,v\s exposez votre vie et la mi5ne3 allez-v\s en6 ,j'obis tri/em5t1 et je me retirais pas l5ts1 dc\rag1 bris de d\leur1 le long de la gal]ie extrieure p> laquelle j'tais v5u4 ,il m'avait suivi jusqu'en dehors1 comme p\r s'assur] que je m'loignais4 ,lorsque j'eus atte9t l'escali]1 je me ret\rnai1 et je le vis deb\t1 l'il t\j\rs enflamm de colre1 les lvres contractes p> la mfiance4 ,d'un ge/e imprieux il m'ordonna de m'loign]4 ,j'essayai d'obir3 je n'avais plus la =ce de m>*]1 je n'avais plus celle de vivre4 ,je p]dis l'quilibre1 je r\lai quelques m>*es1 je faillis tre entran dans ma *ute p>-dessus la rampe1 et du haut de la t\r me bris] sur le pav4 ,le pre ,alexis s'lana v]s moi avec la =ce et l'agilit d'un *at4 ,il me saisit1 et me s\t5ant dans ses bras3 ,qu'avez-v\s donc8 me dit-il d'un ton brusque1 mais ple9 de sollicitude4 tes-v\s malade1 tes-v\s dsespr1 tes-v\s f\8 ,je balbutiai quelques p>oles1 et1 ca*ant ma tte dans sa poitr9e1 je fondis en l>mes4 ,il m'emporta alors comme si j'eusse t un enfant au b]ceau1 et1 entrant dans sa cellule1 il me dposa sur son fauteuil1 frotta mes tempes d'une liqueur spiritueuse et en humecta mes n>9es et mes lvres froides4 ,puis1 voyant que je repr5ais mes esprits1 il m'int]rogea avec d\ceur4 ,alors je lui ouvris mon me t\t entire3 je lui racontai les angoisses auxquelles on m'ab&onnait1 jusqu' me refus] le sec\rs de la confession4 ,je prote/ai de mon innoc5ce1 de mes bonnes int5tions1 de ma pati5ce1 et je me plaignis amrem5t de n'avoir pas un seul ami p\r me consol] et me =tifi] dans cette preuve au-dessus de mes =ces4 ,il m'c\ta d'abord avec un re/e de cra9te et de mfiance2 puis son front au/re s'claircit peu peu2 et1 comme j'a*evais le rcit de mes pe9es1 je vis de grosses l>mes ruissel] sur ses j\es creuses4 --,pauvre enfant1 me dit-il1 voil bi5 ce qu'ils m'ont fait s\ffrir1 victime de l'ignorance et de l'impo/ure6 ces p>oles1 je crus reconnatre la voix que j'avais ent5due dans la sacri/ie2 et1 cessant de m'en inquit]1 je ne songeai po9t lui dem&] l'explication de cette av5ture2 seulem5t je fus frapp du s5s de cette exclamation2 et1 voyant qu'il demeurait comme plong en lui-mme1 je le suppliai de me faire ent5dre encore sa voix amie1 si d\ce mon oreille1 si *re mon cur au milieu de ma dtresse4 ,jeune homme1 me dit-il1 avez-v\s compris ce que v\s faisiez qu& v\s tes entr dans un clotre8 ,v\s tes-v\s bi5 dit que c'tait enf]m] votre jeunesse dans la nuit du tombeau et v\s rs\dre vivre dans les bras de la mort8 -- mon pre1 lui dis-je1 je l'ai compris1 je l'ai rsolu1 je l'ai v\lu1 et je le veux encore2 mais c'tait la vie du sicle1 la vie du monde1 la vie de la *air que je cons5tais m\rir4 --,ah6 tu z cru1 enfant1 qu'on te laiss]ait celle de l'me6 tu t'es livr des mo9es1 et tu z pu le croire6 --,j'ai v\lu donn] la vie mon me1 j'ai v\lu lev] et purifi] mon esprit1 af9 de vivre de ,dieu1 dans l'esprit de ,dieu2 mais voil que1 au lieu de m'accueillir et de m'aid]1 on m'arra*e violemm5t du se9 de mon pre1 et on me livre aux tnbres du d\te et du dsespoir444 --,gu/ans gu/avi paululum mellis1 et ecce morior6 dit le mo9e d'un air sombre en s'asseyant sur son grabat2 et1 croisant ses bras maigres sur sa poitr9e1 il tomba dans la mditation4 ,puis se levant et m>*ant dans sa cellule avec activit3 ,comm5t v\s nomme-t-on8 me dit-il4 --,frre ,angel1 p\r s]vir ,dieu et v\s honor]1 rpondis-je4 ,mais il n'c\ta pas ma rponse1 et aprs un in/ant de sil5ce3 ,v\s v\s tes tromp1 me dit-il2 si v\s v\lez tre mo9e1 si v\s v\lez habit] le clotre1 il faut *ang] t\tes vos ides2 autrem5t v\s m\rrez6 --,dois-je donc m\rir en effet p\r avoir mang le miel de la grce1 p\r avoir cru1 p\r avoir espr1 p\r avoir dit3 ,seigneur1 aimez-moi6 --,oui1 p\r cela tu m\rras6 rpondit-il d'une voix =te en prom5ant aut\r de lui des reg>ds f>\*es2 puis il retomba encore dans sa rv]ie1 et ne fit plus att5tion moi4 ,je comm5ais me tr\v] mal l'aise auprs de lui2 ses p>oles entrec\pes1 son aspect rude et *agr91 ses clairs de s5sibilit suivis aussitt d'une pr(onde indiffr5ce1 t\t en lui avait un c>actre d'alination4 ,t\t d'un c\p il r5\vela sa "q1 et me dit d'un ton presque imprieux3 --,votre nom8 --,angel1 rpondis-je avec d\ceur4 --,angel6 s'cria-t-il en me reg>dant d'un air inspir4 ,il m'a t dit3 ,v]s la f9 de tes j\rs un ange te s]a envoy1 et tu le reconnatras la fl*e qui lui trav]s]a le cur4 ,il vi5dra te tr\v]1 et il te dira3 ,retire-moi cette fl*e qui me donne la mort444 ,et si tu lui retires cette fl*e1 aussitt celle qui te trav]se tomb]a1 ta plaie s]a f]me1 et tu vivras4 --,mon pre1 lui dis-je1 je ne connais po9t ce texte1 je ne l'ai r5contr nulle "p4 --,c'e/ que tu connais peu de *oses1 me rpondit-il en posant amicalem5t sa ma9 sur ma tte2 c'e/ que tu n'z po9t encore r5contr la ma9 qui doit gurir ta blessure2 moi je compr5ds la p>ole de l',esprit1 et je te connais4 ,tu es celui qui devait v5ir v]s moi2 je te reconnais cette heure1 et ta *evelure e/ blonde comme la *evelure de celui qui t'envoie4 ,mon fils1 sois bni1 et que le p\voir de l',esprit s'accomplisse en toi444 ,tu es mon fils bi5-aim1 et c'e/ en toi que je mettrai t\te mon affection4 ,il me pressa sur son se91 et levant les yeux au ciel1 il me p>ut sublime4 ,son visage prit une expression que je n'avais vue que dans ces ttes de sa9ts et d'aptres1 *efs-d'uvre de pe9ture qui ornai5t l'glise du c\v5t4 ,ce que j'avais pris p\r de l'g>em5t eut mes yeux le c>actre de l'inspiration4 ,je crus voir un ar*ange1 et1 pliant les deux g5\x1 je me pro/]nai devant lui4 ,il m'imposa les ma9s1 en disant3 ,cesse de s\ffrir6 que la fl*e acre de la d\leur cesse de d*ir] ton se92 que le d>d empoisonn de l'inju/ice et de la p]scution cesse de p]c] ta poitr9e2 que le sang de ton cur cesse d'arros] des m>bres ins5sible4 ,sois consol1 sois guri1 sois =t1 sois bni4 ,lve-toi6 ,je me relevai et s5tis mon me inonde d'une telle consolation1 mon esprit raff]mi p> une esprance si vive1 que je m'criai3 ,oui1 un miracle s'e/ accompli en moi1 et je reconnais ma9t5ant que v\s tes un sa9t devant le ,seigneur4 --,ne p>le pas a9si1 mon enfant1 d'un homme faible et malheureux1 me dit-il avec tri/esse2 je suis un tre ignorant et born1 dont l',esprit a eu piti quelquefois4 ,qu'il soit l\ cette heure1 puisque j'ai eu la puissance de te gurir4 ,va en paix2 sois prud5t1 ne me p>le en prs5ce de p]sonne1 et ne vi5s me voir qu'en secret4 --,ne me r5voyez pas encore1 mon pre1 lui dis-je2 c> qui sait qu& je p\rrai rev5ir8 ,il y a des pe9es si svres contre ceux qui appro*5t de votre laboratoire1 que je s]ai peut-tre bi5 longtemps avant de p\voir gt] de n\veau la d\ceur de votre entreti54 --,il faut que je te quitte et que je consulte1 rpondit le pre ,alexis4 ,il e/ possible qu'on te p]scute p\r la t5dresse que tu vas m'accord]2 mais l',esprit te donn]a la =ce de va9cre t\s les ob/acles1 c> il m'a prdit ta v5ue1 et ce qui doit s'accomplir e/ dit4 ,il se rassit sur son fauteuil1 et tomba dans un pr(ond sommeil4 ,je contemplai longtemps sa tte1 empre9te d'une srnit et d'une beaut surnaturelle1 bi5 diffr5te en ce mom5t de ce qu'elle m'tait app>ue d'abord2 puis1 baisant avec am\r le bord de sa robe grise1 je me retirai sans bruit4 ,qu& je ne fus plus s\s le *>me de sa prs5ce1 ce qui s'tait pass entre lui et moi me fit l'effet d'un songe4 ,moi1 si croyant1 si or?odoxe dans mes tudes et dans mes int5tions2 moi1 que le seul mot d'hrsie faisait frmir de cra9te et d'horreur1 p> quelles p>oles avais-je donc t fasc91 et p> quelle =mule avais-je laiss unir cl&e/9em5t ma de/9e cette de/9e inconnue8 ,alexis m'avait s\ffl l'esprit de rvolte contre mes suprieurs1 contre ces hommes que je devais croire et que j'avais t\j\rs crus infaillibles4 ,il m'avait p>l d'eux avec un pr(ond mpris1 avec une ha9e conc5tre1 et je m'tais laiss surpr5dre p> les figures et l'obscurit de son langage4 ,ma9t5ant ma mmoire me retraait t\t ce qui et d me faire d\t] de sa foi1 et je me s\v5ais avec t]reur de lui avoir ent5du cit] et invoqu] *aque in/ant l',esprit1 sans qu'il y joignt jamais l'pi?te consacre p> laquelle n\s dsignons la troisime p]sonne de la ,tr9it div9e4 ,c'tait peut-tre au nom du mal9 esprit qu'il m'avait impos les ma9s4 ,peut-tre avais-je fait alliance avec les esprits de tnbres en recevant les c>esses et les consolations de ce mo9e suspect4 ,je fus tr\bl1 agit2 je ne pus f]m] l'il de la nuit4 ,comme la veille1 je fus oubli et ab&onn4 ,de mme que la nuit prcd5te1 je m'endormis au j\r et me rveillai t>d4 ,j'eus honte alors d'avoir manqu depuis tant d'heures mes ex]cices de pit3 je me r5dis l'glise1 et je priai ardemm5t l',esprit sa9t de m'clair] et de me prs]v] des emb*es du t5tateur4 ,je me s5tis si tri/e et si peu =tifi au sortir de l'glise1 que je me crus dans une voie de p]dition1 et je rsolus d'all] me confess]4 ,j'crivis un mot au pre ,hgsippe p\r le suppli] de m'ent5dre2 mais il me fit faire v]balem5t1 p> un des conv]s les plus grossi]s1 une rponse mprisante et un refus positif4 ,en mme temps ce conv]s m'intima1 de la "p du ,prieur1 l'ordre de sortir de l'glise et de n'y jamais mettre les pi$s avant la f9 des (fices du soir4 ,encore1 si un religieux prolongeait sa prire dans le *ur1 ou y r5trait p\r s'y livr] quelque acte de dvotion p>ticulire1 je devais l'in/ant mme purg] la maison de ,dieu de mon s\ffle impur1 et cd] ma place un s]viteur de ,dieu4 ,cet arrt inique me blessa tellem5t que j'entrai dans une colre ins5se4 ,je sortis de l'glise en frappant du po+ sur les murs comme un furieux4 ,le conv]s me *assait dehors en me traitant de blasphmateur et de sacrilge4 ,au mom5t o je fran*issais la porte au fond du *ur qui donnait sur le j>d91 le *agr9 et l'indignation faillir5t me faire p]dre encore une fois l'usage de mes s5s4 ,je *ancelai2 un nuage passa devant mes yeux2 mais la fi]t va9quit le mal1 et je m'lanai v]s le j>d91 en me jetant un peu de ct p\r faire place une p]sonne que je vis t\t c\p sur le seuil face face avec moi4 ,c'tait un jeune homme d'une beaut surpr5ante1 et portant un co/ume trang]4 ,bi5 qu'il ft c\v]t d'une robe noire1 semblable celle des suprieurs de notre ordre1 il avait en dess\s une jaquette demi-c\rte en drap f91 atta*e p> une ce9ture de cuir b\cle d'arg5t1 la manire des anci5s tudiants allem&s4 ,comme eux1 il portait1 au lieu des s&ales de nos mo9es1 des bott9es collantes1 et sur son col de *emise1 rabattu et blanc comme la neige1 tombait gr&es ondes dores la plus belle *evelure blonde que j'aie vue de ma vie4 ,il tait gr&1 et son attitude lgante semblait rvl] l'habitude du comm&em5t4 ,frapp de respect et rempli d'inc]titude1 je le saluai demi4 ,il ne me r5dit po9t mon salut2 mais il me s\rit d'un air si bi5veillant1 et en mme temps ses beaux yeux1 d'un bleu svre1 s'ad\cir5t p\r me reg>d] avec une compassion si t5dre1 que jamais ses traits ne sont sortis de ma mmoire4 ,je m'arrtai1 esprant qu'il me p>l]ait1 et me p]suadant1 d'aprs la maje/ de son aspect1 qu'il avait le p\voir de me protg]2 mais le conv]s qui m>*ait d]rire moi1 et qui ne semblait faire aucune att5tion lui1 le =a brutalem5t de se retir] contre le mur1 et me p\ssa presque jusqu' me faire tomb]4 ,ne v\lant po9t engag] une lutte avilissante avec cet homme grossi]1 je me htai de sortir2 mais1 aprs avoir fait trois pas dans le j>d91 je me ret\rnai1 et je vis l'inconnu qui re/ait deb\t la mme place et me suivait des yeux avec une affectueuse sollicitude4 ,le soleil donnait en ple9 sur lui et faisait rayonn] sa *evelure4 ,il s\pira1 et1 levant ses beaux yeux1 v]s le ciel1 comme p\r appel] sur moi le sec\rs de la ju/ice t]nelle et la pr5dre tmo9 de mon in=tune1 il se t\rna l5tem5t v]s le sanctuaire1 entra dans le *ur et se p]dit dans l'ombre2 c> la brillante cl>t du j\r faisait p>atre tnbreux l'intrieur de l'glise4 ,j'avais envie de ret\rn] sur mes pas malgr le conv]s1 de suivre ce noble trang] et de lui dire mes pe9es2 mais quel tait-il p\r les accueillir et les faire cess]8 ,d'ailleurs1 s'il attirait v]s lui la sympa?ie de mon me1 il m'inspirait aussi une sorte de cra9te2 c> il y avait dans sa physionomie autant d'au/rit que de d\ceur4 ,je montai v]s le pre ,alexis1 et lui racontai les n\velles cruauts ex]ces env]s moi4 ,p\rquoi avez-v\s d\t1 homme de peu de foi8 me dit-il d'un air tri/e4 ,v\s v\s nommez ,ange1 et1 au lieu de reconnatre l'esprit de vie qui tressaille en v\s1 v\s avez v\lu all] v\s jet] aux pi$s d'un homme ignorant1 dem&] la vie un cadavre6 ,ce directeur ign>e v\s rep\sse et v\s humilie4 ,v\s tes puni p> o v\s avez p*1 et votre s\ffrance n'a ri5 de noble1 votre m>tyre ri5 d'utile p\r v\s-mme1 p>ce que v\s sacrifiez les =ces de votre ent5dem5t des ides fausses ou troites4 ,au re/e1 j'avais prvu ce qui v\s arrive2 v\s me craignez2 v\s ne savez pas si je suis le s]viteur des anges ou l'esclave des dmons4 ,v\s avez pass la nuit d]nire comm5t] t\tes mes p>oles1 et v\s avez rsolu ce mat9 de me v5dre mes ennemis p\r une absolution4 --,oh6 ne le croyez pas1 m'criai-je2 je me s]ais confess de t\t ce qui m'tait p]sonnel sans prononc] votre nom1 sans r$ire une seule de vos p>oles4 ,hlas6 s]ez-v\s donc1 v\s aussi1 inju/e env]s moi8 ,s]ai-je rep\ss de p>t\t8 ,la maison de ,dieu m'e/ f]me1 votre cur me le s]a-t-il de mme6 ,le pre ,hgsippe m'accuse d'impit2 et v\s1 mon pre1 v\s m'accusez d'tre l*e6 --,c'e/ que v\s l'avez t1 rpondit ,alexis4 ,la puissance des mo9es v\s intimide1 leur ha9e v\s p\vante4 ,v\s enviez leurs suffrages et leurs cajol]ies aux ineptes disciples qu'ils *oi5t t5drem5t4 ,v\s ne savez pas vivre seul1 s\ffrir seul1 aim] seul4 --,eh bi56 mon pre1 il e/ vrai1 je ne sais pas me pass] d'affection2 j'ai cette faiblesse1 cette l*et1 si v\s v\lez4 ,je suis peut-tre un c>actre faible1 mais je s5s en moi une me t5dre1 et j'ai beso9 d'un ami4 ,dieu e/ si gr& que je me s5s t]rifi en sa prs5ce4 ,mon esprit e/ si timide qu'il ne tr\ve pas en lui-mme la =ce d'embrass] ce ,dieu t\t-puissant1 et d'arra*] de sa ma9 t]rible les dons de la grce4 ,j'ai beso9 d'int]mdiaire entre le ciel et moi4 ,il me faut des appuis1 des conseils1 des mdiateurs4 ,il faut qu'on m'aime1 qu'on travaille p\r moi et avec moi mon salut4 ,il faut qu'on prie avec moi1 qu'on me dise d'espr] et qu'on me promette les rcomp5ses t]nelles4 ,autrem5t je d\te1 non de la bont de ,dieu1 mais de celle de mes int5tions4 ,j'ai peur du ,seigneur1 p>ce que j'ai peur de moi-mme4 ,je m'attidis1 je me dc\rage1 je me s5s m\rir1 mon c]veau se tr\ble1 et je ne di/+ue plus la voix du ciel de celle de l'enf]4 ,je *]*e un appui2 ft-ce un matre impitoyable qui me *tit sans cesse1 je le prfr]ais un pre indulg5t qui m'oublie4 --,pauvre ange g> sur la t]re6 dit le pre ,alexis avec att5drissem5t2 t9celle d'am\r tombe de l'aurole du matre1 et condamne c\v] s\s la c5dre de cette misrable vie6 ,je reconnais tes t\rm5ts la nature div9e qui m'anima dans ma jeunesse1 avant qu'on et paissi sur mes yeux les tnbres de l'endurcissem5t1 avant qu'on et glac s\s le cilice les battem5ts de ce cur brlant1 avant qu'on et r5du mes communications avec l',esprit pnibles1 r>es1 d\l\reuses et jamais incompltes4 ,ils f]ont de toi ce qu'ils ont fait de moi4 ,ils rempliront ton esprit de d\tes poignants1 de purils remords et d'imbciles t]reurs4 ,ils te r5dront malade1 vieux avant l'ge1 infirme d'esprit2 et qu& tu auras sec\ t\s les li5s de l'ignorance et de l'impo/ure1 qu& tu te s5tiras assez clair p\r d*ir] t\s les voiles de la sup]/ition1 tu n'en auras plus la =ce4 ,ta fibre s]a rel*e1 ta vue tr\ble1 ta ma9 dbile1 ton c]veau p>esseux ou fatigu4 ,tu v\dras lev] les yeux v]s les a/res1 et ta tte pesante retomb]a /upidem5t sur ta poitr9e2 tu v\dras lire1 et des fantmes dans]ont devant tes yeux2 tu v\dras te rappel]1 et mille lueurs inc]ta9es se j\]ont dans ta mmoire puise2 tu v\dras mdit]1 et tu t'endormiras sur ta *aise4 ,et p5dant ton sommeil1 si l',esprit te p>le1 ce s]a en des t]mes si obscurs que tu ne p\rras les expliqu]a ton rveil4 ,ah6 victime6 victime6 je te pla9s1 et ne puis te sauv]4 ,en p>lant a9si1 il frissonnait comme un homme pris de fivre3 son hale9e brlante semblait r>fi] l'air de sa cellule1 et on et dit1 la langueur de son tre1 qu'il lui re/ait pe9e quelques in/ants vivre4 ,bon pre ,alexis1 lui dis-je1 votre t5dresse p\r moi e/-elle donc dj fatigue8 ,j'ai t faible et cra9tif1 il e/ vrai2 mais v\s me sembliez si =t1 si vivant1 que je comptais retr\v] en v\s assez de *aleur p\r me p>donn] ma faute1 p\r l'effac] et p\r me =tifi] de n\veau4 ,mon me retombe dans la mort avec la vtre3 ne p\vez-v\s1 comme hi]1 faire un miracle qui n\s ranime t\s les deux8 --,l'esprit n'e/ po9t avec moi auj\rd'hui1 dit-il4 ,je suis tri/e1 je d\te de t\t1 et mme de toi4 ,revi5s dema91 je s]ai peut-tre illum94 --,et que devi5drai-je jusque l8 --,l',esprit e/ =t1 l',esprit e/ bon2 peut-tre t'assi/]a-t-il directem5t4 ,en att5dant1 je veux te donn] un conseil p\r ad\cir l'am]tume de ta situation4 ,je sais p\rquoi les mo9es ont adopt env]s toi ce sy/me d'inflexible m*ancet4 ,ils agiss5t a9si avec t\s ceux dont ils craign5t l'esprit de ju/ice et la droiture naturelle4 ,ils ont press5ti en toi un homme de cur1 s5sible l'outrage1 compatissant la s\ffrance1 ennemi des froces et l*es passions4 ,ils se sont dit que dans un tel homme ils ne tr\v]ai5t pas un complice1 mais un juge2 et ils veul5t faire de toi ce qu'ils font de t\s ceux dont la v]tu les effraie et dont la c&eur les gne4 ,ils veul5t t'abrutir1 effac] en toi p> la p]scution t\te notion du ju/e et de l'inju/e1 m\ss] p> d'inutiles s\ffrances t\te gnreuse n]gie4 ,ils veul5t1 p> de my/rieux et vils complots1 p> des nigmes sans mot et des *tim5ts sans objet1 t'habitu] vivre brutalem5t dans l'am\r et l'e/ime de toi seul1 te pass] de sympa?ie1 p]dre t\te confiance1 mpris] t\te amiti4 ,ils veul5t te faire dsespr] de la bont du matre1 te dgt] de la prire1 te =c] m5tir ou trahir tes frres dans la confession1 te r5dre envieux1 s\rnois1 calomniateur1 dlateur4 ,ils veul5t te r5dre p]v]s1 /upide et infme4 ,ils veul5t t'enseign] que le premi] des bi5s c'e/ l'intemprance et l'oisivet1 que p\r s'y livr] en paix il faut t\t avilir1 t\t sacrifi]1 dp\ill] t\t s\v5ir de gr&eur1 tu] t\t noble in/9ct4 ,ils veul5t t'enseign] la ha9e hypocrite1 la v5geance pati5te1 la c\>dise et la frocit4 ,ils veul5t que ton me meure p\r avoir t n\rrie de miel1 p\r avoir aim la d\ceur et l'innoc5ce4 ,ils veul5t1 en un mot1 faire de toi un mo9e4 ,voil ce qu'ils veul5t1 mon fils3 voil ce qu'ils ont entrepris1 voil ce qu'ils p\rsuiv5t d'un commun accord1 les uns p> calcul1 les autres p> in/9ct1 les meilleurs p> faiblesse1 p> obissance et p> cra9te4 --,qu'ent5ds-je8 m'criai-je1 et dans quel monde d'iniquit faites-v\s entr] mon me tremblante6 ,pre ,alexis6 pre ,alexis6 dans quel abme s]ais-je tomb1 s'il en tait a9si6 ciel6 ne v\s trompez-v\s po9t8 ,n'tes-v\s po9t aveugl p> le s\v5ir de quelque injure p]sonnelle8 ,ce mona/re n'e/-il habit que p> des mo9es prv>icateurs8 ,dois-je *]*] p>mi des mes plus s9cres la foi et la *>it qu'un impur dmon semble avoir *asses de ces murs maudits8 --,tu *]*]ais en va9 un c\v5t mo9s s\ill et des mo9es meilleurs2 t\s sont a9si4 ,la foi e/ p]due sur la t]re1 et le vice e/ impuni4 ,accepte le travail et la d\leur2 c> vivre1 c'e/ travaill] et s\ffrir4 --,je le veux1 je le veux6 mais je veux sem] p\r recueillir4 ,je veux travaill] dans la foi et dans l'esprance2 je veux s\ffrir selon la *>it4 ,je fuirai cet abom9able rceptacle de crimes2 je d*ir]ai cette robe blan*e1 emblme m5teur d'une vie de puret4 ,je ret\rn]ai la vie du monde1 ou je me retir]ai dans une ?bade p\r pleur] sur les fautes du g5re huma9 et me prs]v] de la contagion444 --,c'e/ bi51 me dit le pre ,alexis en pr5ant dans ses ma9s mes ma9s que je tordais avec dsespoir1 j'aime ce m\vem5t d'indignation et cet clair du c\rage4 ,j'ai connu ces angoisses1 j'ai =m ces rsolutions4 ,a9si j'ai v\lu fuir1 a9si j'ai dsir de vivre p>mi les hommes du sicle1 ou de m'enf]m] dans des cav]nes inaccessibles2 mais c\te les conseils que l',esprit m'a donns aux temps de mon preuve1 et grave-les dans ta mmoire3 ,ne dis pas3 ,je vivrai p>mi les hommes1 et je s]ai le meilleur d'entre eux2 c> t\te *air e/ faible1 et ton esprit s'te9dra comme le leur dans la vie de la *air4 ,ne dis pas non plus3 je me retir]ai dans la solitude et j'y vivrai de l'esprit2 c> l'esprit de l'homme e/ encl9 l'orgueil1 et l'orgueil corrompt l'esprit4 ,vis avec les hommes qui sont aut\r de toi4 ,g>de-toi de leur malice4 ,*]*e ta solitude au milieu d'eux4 ,dt\rne les yeux de leur iniquit1 reg>de en toi-mme1 et g>de-toi de les har autant que de les imit]4 ,fais-leur du bi5 dans le temps prs5t en ne leur f]mant ni ton cur ni ta ma94 ,fais-leur du bi5 dans leur po/rit en ouvrant ton esprit la lumire de l',esprit4 ,la vie du sicle dbilite1 la vie du ds]t irrite4 ,qu& un in/rum5t e/ expos aux intempries des saisons1 les cordes se dt5d5t2 qu& il e/ enf]m sans air dans un tui1 les cordes se romp5t4 ,si tu c\tes le s5s des p>oles huma9es1 tu oubli]as l',esprit1 et tu ne p\rras plus le compr5dre4 ,mais si tu ne laisses v5ir toi les sons de la voix huma9e1 tu oubli]as les hommes1 et tu ne p\rras plus les enseign]4 ,en rcitant ces v]sets d'une ,bible inconnue le pre ,alexis t5ait ouv]t le livre que j'avais vu dj entre ses ma9s1 et il t\rnait les pages p\r les consult]1 comme s'il et aid sa mmoire d'un texte crit2 mais les pages de ce livre tai5t blan*es1 et ne p>aissai5t pas avoir jamais port l'empre9te d'aucun c>actre4 ,ce fait biz>re rveilla mes inquitudes1 et je comm5ai l'obs]v] avec curiosit4 ,ri5 dans son aspect n'annonait en ce mom5t l'g>em5t1 ou seulem5t l'exaltation4 ,il ref]ma d\cem5t son livre1 et me p>lant avec calme3 ,g>de-toi donc1 me dit-il en comm5tant son texte1 de ret\rn] au monde2 c> tu es un faible enfant1 et si le v5t des passions v5ait s\ffl] sur toi1 il te9drait le flambeau de ton intellig5ce4 ,la concupisc5ce et la vanit ne te tr\v]ai5t peut-tre pas assez =t p\r rsi/] leur aiguillon4 ,quant moi1 j'ai fui le monde1 p>ce que j'tais =t1 et que les passions euss5t *ang ma =ce en fureur4 ,j'aurais surmont la prsomption et t]rass la luxure2 j'aurais succomb s\s les t5tations de l'ambition et de la ha9e2 j'aurais t dur1 intolrant1 v9dicatif1 orgueilleux1 c'e/--dire g/e4 ,n\s sommes faits l'un et l'autre p\r le clotre4 ,qu& un homme a ent5du l'esprit l'appel]1 ne ft-ce qu'une fois et faiblem5t1 il doit t\t quitt] p\r le suivre1 et re/] l o il l'a conduit1 quelque mal qu'il s'y tr\ve4 ,ret\rn] en arrire n'e/ plus en son p\voir1 et quiconque a mpris une seule fois la *air p\r l'esprit1 ne peut plus rev5ir aux plaisirs de la *air2 c> la *air rvolte se v5ge et veut *ass] l'esprit son t\r4 ,alors le cur de l'homme e/ le ?tre d'une lutte t]rible o la *air et l'esprit se dvor5t l'un l'autre2 l'homme succombe et meurt sans avoir vcu4 ,la vie de l'esprit e/ une vie sublime2 mais elle e/ difficile et d\l\reuse4 ,ce n'e/ pas une va9e prcaution que de mettre entre la contagion du sicle et le rgne de la *air1 des murailles1 des remp>ts de pi]re et des grilles d'aira94 ,ce n'e/ pas trop p\r en*an] la convoitise des *oses va9es que de desc5dre vivant dans un c]cueil scell4 ,mais il e/ bon de voir aut\r de soi d'autres hommes v\s au culte de l'esprit1 ne ft-ce qu'en app>5ce4 ,ce fut l'uvre d'une gr&e sagesse que d'in/itu] les communauts religieuses4 ,o e/ le temps o les hommes s'y *rissai5t comme des frres et y travaillai5t de conc]t1 en s'aidant *>itablem5t les uns les autres1 implor]1 p\rsuivre l'esprit1 va9cre les grossi]s conseils de la matire8 ,t\te lumire1 t\t progrs1 t\te gr&eur1 sont sortis du clotre2 mais t\te lumire1 t\t progrs1 t\te gr&eur doiv5t y prir1 si quelques-uns d'entre n\s ne p]svr5t dans la lutte effroyable que l'ignorance et l'impo/ure livr5t dsormais la vrit4 ,s\t5ons ce combat avec a*>nem5t2 p\rsuivons notre entreprise1 eussions-n\s contre n\s t\te l'arme de l'enf]4 ,si on c\pe nos deux bras1 saisissons le navire avec les d5ts2 c> l'esprit e/ avec n\s4 ,c'e/ ici qu'il habite2 malheur ceux qui pr(an5t son sanctuaire6 ,re/ons fidles son culte1 et1 si n\s sommes d'inutiles m>tyrs1 ne soyons pas du mo9s de l*es ds]teurs4 --,v\s avez1 raison1 mon pre1 rpondis-je1 frapp des p>oles qu'il disait4 ,votre enseignem5t e/ celui de la sagesse4 ,je veux tre votre disciple et ne me conduire que d'aprs vos dcisions4 ,dites-moi ce que je dois faire p\r cons]v] ma =ce et p\rsuivre c\rageusem5t l'uvre de mon salut au milieu des p]scutions qu'on me suscite4 --,les subir t\tes avec indiffr5ce1 rpondit-il2 ce s]a une t*e facile1 si tu considres le peu que vaut l'e/ime des mo9es1 et la faiblesse de leurs moy5s contre n\s4 ,il p\rra se faire qu' la vue d'une victime innoc5te comme toi1 et comme toi maltraite1 tu s5tes s\v5t l'indignation brl] tes entrailles2 mais ton rle en ce qui t'e/ p]sonnel1 c'e/ de s\rire1 et c'e/ aussi t\te la v5geance que tu dois tir] de leurs va9s ef=ts4 ,en outre1 ton ins\ciance f]a tomb] leur animosit4 ,ce qu'ils veul5t1 c'e/ de te r5dre ins5sible =ce de d\leur2 sois-le =ce de c\rage ou de raison4 ,ils sont grossi]s2 ils s'y mpr5dront4 ,s*e tes l>mes1 pr5ds un visage sans expression1 fe9s un bon sommeil et un gr& apptit1 ne dem&e plus la confession1 ne p>ais plus l'glise1 ou fe9s d'y tre morne et froid4 ,qu& ils te v]ront a9si1 ils n'auront plus peur de toi2 et1 cessant de j\] une sale comdie1 ils s]ont indulg5ts ton g>d1 comme l'e/ un matre p>esseux env]s un lev inepte4 ,fais ce que je te dis1 et avant trois j\rs je t'annonce que le ,prieur te m&]a devant lui p\r faire sa paix avec toi4 ,avant de quitt] le pre ,alexis1 je lui p>lai du p]sonnage que j'avais r5contr au sortir de l'glise1 et lui dem&ai qui il p\vait tre4 ,d'abord il m'c\ta avec proccupation1 ho*ant la tte1 comme p\r dire qu'il ne connaissait et ne se s\ciait de connatre aucun dignitaire de l'ordre2 mais1 mesure que je lui dtaillais les traits et l'habillem5t de l'inconnu1 son il s'animait1 et bi5tt il m'accabla de que/ions prcipites4 ,le so9 m9utieux que je mis y rpondre a*eva de grav] dans ma mmoire le s\v5ir de celui que je crois voir encore et que je ne v]rai plus4 ,enf9 le pre ,alexis1 saisissant mes ma9s avec une gr&e expression de t5dresse et de joie1 s'cria plusieurs reprises3 ,e/-il possible8 e/-il possible8 z-tu vu cela8 ,il e/ donc rev5u8 ,il e/ donc avec n\s8 il t'a connu8 il t'a appel8 ,il t]a la fl*e de ton cur6 ,c'e/ donc bi5 toi1 mon enfant1 toi qui l'z vu6 --,quel e/ il donc1 mon pre1 cet ami inconnu v]s lequel mon cur s'e/ lanc t\t d'abord8 ,faites-le moi connatre1 m5ez-moi v]s lui1 dites-lui de m'aim] comme je v\s aime et comme v\s semblez m'aim] aussi4 ,avec quelle reconnaissance n'embrass]ais-je pas celui dont la vue remplit votre me d'une telle joie6 --,il n'e/ pas en mon p\voir d'all] v]s lui1 rpondit ,alexis4 ,c'e/ lui qui vi5t v]s moi1 et il faut l'att5dre4 ,sans d\te1 je le v]rai auj\rd'hui1 et je te dirai ce que je dois te dire2 jusque-l ne me fais pas de que/ions2 c> il m'e/ df5du de p>l] de lui1 et ne dis p]sonne ce que tu vi5s de me dire4 ,j'objectai que l'trang] ne m'avait pas sembl agir d'une manire my/rieuse1 et que le frre conv]s avait du le voir4 ,le pre sec\a la tte en s\riant4 ,les hommes de *air ne le connaiss5t po9t1 dit-il4 ,aiguillonn p> la curiosit1 je montai le soir mme la cellule du pre ,alexis2 mais il refusa de m'ouvrir la porte4 ,laisse-moi seul1 me dit-il2 je suis tri/e1 je ne p\rrais te consol]4 --,et votre ami8 lui dis-je timidem5t4 --,tais-toi1 rpondit-il d'un ton absolu2 il n'e/ pas v5u2 il e/ p>ti sans me voir2 il revi5dra peut-tre4 ,ne t'en inquite pas4 ,il n'aime pas qu'on p>le de lui4 ,va dormir1 et dema9 conduis-toi comme je te l'ai prescrit4 ,au mom5t o je sortais1 il me rappela p\r me dire3 ,angel1 a-t-il fait du soleil auj\rd'hui8 --,oui1 mon pre1 un beau soleil1 une brillante mat9e4 --,et qu& tu z r5contr cette figure1 le soleil brillait8 --,oui1 mon pre4 --,bon1 bon1 reprit-il2 dema94 ,je suivis le conseil du pre ,alexis1 et je re/ai au lit t\t le l5dema94 ,le soir je desc5dis au rfectoire l'heure o le *apitre tait assembl1 et1 me jetant sur un plat de vi&es fumantes1 je le dvorai avidem5t2 puis1 mettant mes c\des sur la table1 au lieu de faire att5tion la ,vie des sa9ts qu'on lisait haute voix1 et que j'avais c\tume d'c\t] avec recueillem5t1 je feignis de tomb] dans une somnol5ce brutale4 ,alors les autres novices1 qui avai5t dt\rn les yeux avec horreur lorsqu'ils m'avai5t vu dol5t et contrit1 se prir5t rire de mon abrutissem5t1 et j'ent5dis les suprieurs enc\rag] cette paisse gaiet p> la leur4 ,je cont9uai cette fe9te p5dant trois j\rs1 et1 comme le pre ,alexis me l'avait prdit1 je fus m& le soir du troisime j\r dans la *ambre du ,prieur4 ,je p>us devant lui dans une attitude cra9tive et sans dignit2 j'affectai des manires gau*es1 un air l\rd1 une me appesantie4 ,je faisais ces *oses1 non p\r me rconcili] avec ces hommes que je comm5ais mpris]1 mais p\r voir si le pre ,alexis les avait bi5 jugs4 ,je pus me conva9cre de la ju/esse de ses p>oles en ent5dant le ,prieur m'annonc] que la vrit tait enf9 connue1 que j'avais t inju/em5t accus d'une faute qu'un novice v5ait de confess]4 ,le ,prieur devait1 disait-il1 la contrition du c\pable et l'esprit de *>it1 de me taire son nom et la nature de sa faute2 mais il m'exhortait repr5dre ma place l'glise et mes tudes au noviciat1 sans cons]v] ni *agr9 ni rancune contre p]sonne4 ,il aj\ta en me reg>dant avec att5tion3 ,v\s avez p\rtant droit1 mon *] fils1 une rp>ation clatante ou un ddommagem5t agrable p\r le tort que v\s avez s\ff]t4 ,*oisissez1 ou de recevoir en prs5ce de t\te la communaut les excuses de ceux des novices qui1 p> leurs (ficieux rapports1 n\s ont induits en erreur1 ou bi5 d'tre disp5s p5dant un mois des (fices de la nuit4 ,jal\x de p\rsuivre mon expri5ce1 je *oisis la d]nire (fre1 et je vis aussitt le ,prieur dev5ir t\t fait bi5veillant et famili] avec moi4 ,il m'embrassa1 et le pre trsori] tant entr en cet in/ant3 ,t\t e/ arrang1 lui dit-il2 cet enfant ne dem&e1 p\r ddommagem5t du *agr9 involontaire que n\s lui avons fait1 autre *ose qu'un peu de repos p5dant un mois2 c> sa sant a s\ff]t dans cette preuve4 ,au re/e1 il accepte humblem5t les excuses tacites de ses accusateurs2 et il pr5d son p>ti sur t\t ceci avec une gr&e d\ceur et une aimable ins\ciance4 -- la bonne heure6 dit le trsori] avec un gros rire et en me frappant la j\e avec famili>it2 c'e/ a9si que n\s les aimons2 c'e/ de ce bon et paisible c>actre qu'il n\s les faut4 ,illu/ration ,le pre me donna un autre conseil1 ce fut de dem&] la p]mission de m'adonn] aux sci5ces1 et de dev5ir son lve et le prp>ateur de ses expri5ces physiques et *imiques4 ,on te v]ra avec plaisir accept] cet emploi1 me dit-il2 p>ce que la *ose qu'on cra9t le plus ici1 c'e/ la f]veur et l'asctisme4 ,t\t ce qui peut dt\rn] l'intellig5ce de son vritable b et l'appliqu] aux *oses matrielles e/ enc\rag p> le ,prieur4 ,il m'a propos c5t fois de m'adjo9dre un disciple1 et1 craignant de tr\v] un espion et un tratre dans les sujets qu'on me prs5tait1 j'ai t\j\rs refus s\s div]s prtextes4 ,on a v\lu une fois me contra9dre en ce po9t2 j'ai dcl> que je ne m'occup]ais plus de sci5ce et que j'ab&onn]ais l'obs]vatoire si on ne me laissait vivre seul et ma guise4 ,on a cd1 p>ce que1 d'une "p1 il n'y avait p]sonne p\r me remplac]1 et que les mo9es mett5t une vanit imm5se p>atre savants et prom5] les voyageurs dans leurs cab9ets et biblio?ques2 p>ce que1 de l'autre1 on sait que je ne manque pas d'n]gie1 et qu'on a mieux aim se db>rass] de cette n]gie au pr(it des spculations sci5tifiques1 qui ne font po9t de jal\x ici1 que d'engag] une lutte dans laquelle mon me n'et jamais pli4 ,va donc2 dis que tu z obt5u de moi l'autorisation de faire ta dem&e4 ,si on hsite1 m>que de l'humeur1 pr5ds un air sombre2 p5dant quelques j\rs re/e sans cesse pro/]n dans l'glise1 jene1 s\pire1 montre-toi f>\*e1 exalt dans la dvotion1 et1 de peur que tu ne devi5nes un sa9t1 on *]*]a faire de toi un savant4 ,je tr\vai le ,prieur encore mieux dispos accueillir ma dem&e que le pre ,alexis ne me l'avait fait espr]4 ,il y eut mme dans le reg>d pntrant qu'il atta*a sur moi1 en recevant mes rem]ciem5ts1 quelque *ose d'cre et de satirique1 quival5t l'action d'un homme qui se frotte les ma9s4 ,il avait dans l'me une p5se que ni le pre ,alexis ni moi n'avions press5tie4 ,je fus aussitt disp5s d'une gr&e p>tie de mes ex]cices religieux1 af9 de p\voir consacr] ce temps l'tude1 et on plaa mme mon lit dans une petite cellule vois9e de celle d',alexis1 af9 que je pusse me livr] avec lui1 la nuit1 la contemplation des a/res4 ,illu/ration ,c'e/ p>tir de ce mom5t que je contractai avec le pre ,alexis une troite amiti4 ,*aque j\r elle s'accrut p> la dc\v]te des 9puisables trsors de son me4 ,il n'a jamais exi/ sur la t]re un cur plus t5dre1 une sollicitude plus pat]nelle1 une pati5ce plus anglique4 ,il mit m'in/ruire un zle et une p]svrance au-dessus de t\te gratitude4 ,aussi avec quelle anxit je voyais sa sant se dtrior] du plus ou plus6 ,avec quel am\r je le soignais j\r et nuit1 *]*ant lire ses mo9dres dsirs dans ses reg>ds te9ts6 ,ma prs5ce semblait avoir r5du la vie son cur longtemps vide d'affection huma9e1 et1 selon son expression1 affam de t5dresse2 l'mulation son intellig5ce fatigue de solitude et lasse de se t\rm5t] sans cesse en face d'elle-mme4 ,mais en mme temps que son esprit repr5ait de la vigueur et de l'activit1 son corps s'affaiblissait de j\r en j\r4 ,il ne dormait presque plus1 son e/omac ne digrant plus que des liquides1 et ses membres tai5t t\r t\r frapps de p>alysie durant des j\rs enti]s4 ,il s5tait arriv] sa f9 avec srnit1 sans t]reur et sans impati5ce4 ,quant moi1 je le voyais dprir avec dsespoir1 c> il m'avait ouv]t un monde inconnu2 mon cur avide d'am\r nageait l'aise dans cette vie de s5tim5t1 de confiance et d'effusion qu'il v5ait de me rvl]4 ,t\tes les p5ses qui m'tai5t v5ues d'abord sur le drangem5t possible de son c]veau s'tai5t van\ies4 ,il me sembla dsormais que son exaltation my/rieuse tait l'lan du gnie2 son langage obscur me dev5ait de plus en plus intelligible1 et qu& je ne le compr5ais pas bi51 j'en attribuais la faute mon ignorance1 et je vivais dans l'espoir d'arriv] le pntr] p>faitem5t4 ,cep5dant cette flicit n'tait pas sans nuages4 ,il y avait comme un v] rongeur au fond de ma consci5ce timore4 ,le pre ,alexis ne me semblait pas croire en ,dieu selon les lois de l'glise *rti5ne4 ,il y a plus1 il me semblait p>fois qu'il ne s]vait pas le mme ,dieu que moi4 ,n\s n'tions jamais en dissid5ce ouv]te sur aucun po9t1 p>ce qu'il vitait soigneusem5t t\t rapport entre les sujets de nos tudes sci5tifiques et les enseignem5t du dogme4 ,mais il semblait que n\s n\s fissions mutuellem5t cette concession1 lui1 de ne pas l'attaqu]1 moi1 de ne pas le df5dre4 ,qu& p> has>d je lui s\mettais un cas de consci5ce ou une difficult ?ologique1 il refusait de s'expliqu] en disant3 ,ceci n'e/ pas de mon ressort2 v\s avez des docteurs v]ss dans ces matires1 allez les consult]2 moi1 en fait de culte1 je ne m'emb>rasse pas dans le labyr9! de la scola/ique1 je s]s mon matre comme je l'ent5ds1 et ne dem&e po9t un directeur ce que je dois admettre ou rejet]3 ma consci5ce e/ en paix avec elle-mme1 et je suis trop vieux p\r all] me remettre sur les bancs4 ,son ?me favori tait de p>l] sur la *air et sur l'esprit2 mais1 quoiqu'il ne se dcl>t jamais en dissid5ce avec la foi1 il traitait ces matires bi5 plus en philosophe mtaphysici5 qu'en s]viteur zl de l'glise ca?olique et roma9e4 ,j'avais encore rem>qu une *ose qui me donnait bi5 p5s]4 ,il avait s\v5t l'air proccup de mon in/ruction sci5tifique1 et alors il me faisait entrepr5dre des expri5ces *imiques dont j'ap]cevais moi-mme1 grce aux enseignem5ts qu'il m'avait dj donns1 l'insignifiance et la grossiret2 puis bi5tt il m'int]rompait au milieu de mes manipulations p\r me faire *]*] dans des livres inconnus des claircissem5ts qu'il disait prcieux4 ,je lisais voix haute1 en comm5ant la page qu'il m'indiquait1 p5dant des heures entires4 ,lui1 p5dant ce temps1 se prom5ait de long en l>ge1 levant les yeux au ciel avec en?\siasme1 passant l5tem5t la ma9 sur son front dp\ill1 et s'criant de temps en temps3 ,bon6 bon6 ,p\r moi1 j'avais bi5tt reconnu que ce n'tai5t pas l des articles de sci5ce s*e et prcise1 mais bi5 des pages ple9es d'une philosophie audacieuse et d'une morale inconnue4 ,je cont9uais quelque temps p> respect p\r lui1 esprant t\j\rs qu'il m'arrt]ait2 mais voyant qui'il me laissait all]1 je me mettais cra9dre p\r ma foi1 et1 posant le livre t\t d'un c\p1 je lui disais3 ,mais1 mon pre1 ne sont-ce pas des hrsies que n\s lisons l1 et croyez-v\s qu'il n'y ait ri5 dans ces pages1 trop belles peut-tre1 qui soit contraire notre sa9te religion8 ,en ent5dant ces p>oles1 il s'arrtait brusquem5t dans sa m>*e d'un air dc\rag1 me pr5ait le livre des ma9s1 et le jetait sur une table en me disant3 ,je ne sais pas6 je ne sais pas1 mon enfant2 je suis une crature malade et borne2 je ne puis jug] ces *oses2 je les lis1 mais sans dire qu'elles sont bonnes ni mauvaises4 ,je ne sais pas6 je ne sais pas6 ,travaillons6 ,et n\s n\s remettions t\s deux en sil5ce l'ouvrage1 sans os]1 moi appr(ondir mes p5ses1 lui me communiqu] les si5nes4 ,ce qui me f*ait le plus1 c'tait de l'ent5dre cit] et invoqu] sans cesse les rvlations d'un ,esprit t\t-puissant qu'il ne dsignait jamais clairem5t4 ,il donnait ce nom d',esprit l'ext5sion la plus vague4 ,tantt il semblait s'en s]vir p\r qualifi] ,dieu crateur et inspirateur de t\tes *oses1 et tantt il rduisait les proportions de cette ess5ce univ]selle jusqu' p]sonnifi] une sorte de gnie famili] avec lequel il aurait eu1 comme ,socrate1 des communications-cabali/iques4 ,dans ces in/ants-l1 j'tais saisi d'une telle frayeur que je n'osais dormir2 je me recomm&ais mon ange g>di51 et je murmurais des =mules d'exorcisme *aque fois que mes yeux appesantis voyai5t pass] les visions des rves4 ,mon esprit dev5ait alors si faible que j'tais t5t d'all] encore me confess] au pre ,hgsippe2 si je ne le faisais pas c'e/ que ma t5dresse p\r ,alexis re/ant inaltrable1 je craignais de le p]dre p> mes aveux1 quelque rs]ve et quelque prud5ce que je pusse y mettre4 ,cep5dant les deux *oses qui m'avai5t le plus inquit n'avai5t plus lieu4 ,lorsque mon matre s'endormait1 un livre la ma91 la tte p5*e dans l'attitude d'un homme qui lit1 son rveil il ne se p]suadait plus avoir lu1 et il ne me rapportait plus les s5t5ces imag9aires qu'il prt5dait avoir tr\ves dans ce livre4 ,en outre1 je ne voyais plus p>atre le cahi] sur les pages immacules duquel il lisait c\ramm5t1 affectant de se repr5dre et de t\rn] les feuillets comme il et fait d'un vritable livre4 ,je p\vais attribu] ces pratiques biz>res un affaiblissem5t passag] de ses facults m5tales1 phase d\l\reuse de la maladie1 dont il tait sorti et dont il n'avait plus consci5ce4 ,aussi me g>dais-je bi5 de lui en p>l]1 dans la cra9te de l'afflig]4 ,si son tat physique empirait1 du mo9s son c]veau p>aissait trs-bi5 rtabli2 il p5sait et ne rvait plus4 ,comme il ne pr5ait aucun so9 de sa sant1 il ne v\lait s'a/re9dre aucun rgime4 ,je n'avais plus gure d'esprance de le voir se rtablir4 ,il rep\ssait t\tes mes in/ances1 disant que l'arrt du de/9 tait 9vitable1 et p>lant avec une rsignation t\te *rti5ne de la fatalit1 qu'il semblait concevoir la manire des musulmans4 ,enf91 un j\r1 m'tant jet ses pi$s1 et l'ayant suppli avec l>mes de consult] un clbre mdec9 qui se tr\vait alors dans le pays1 je le vis cd] mes vux avec une complaisance mlancolique4 ,tu le veux1 me dit-il2 mais quoi bon8 que peut un homme sur un autre homme8 relev] quelque peu les =ces de la matire et y ret5ir le s\ffle animal quelques j\rs de plus6 ,l'esprit n'obx jamais qu'au s\ffle de l',esprit2 et l',esprit qui rgne sur moi ne cd]a pas la p>ole d'un mdec91 d'un homme de *air et d'os6 ,qu& l'heure m>que sonn]a1 il faudra re/itu] l't9celle de mon me au foy] qui me l'a dp>tie4 ,que f]as-tu d'un homme en enfance1 d'un vieill>d idiot1 d'un corps sans me8 ,il cons5tit nanmo9s recevoir la visite du mdec94 ,celui-ci s'tonna1 en le voyant1 de tr\v] un homme encore si jeune 7le pre ,alexis n'avait pas plus de soixante ans7 et d'une con/itution si robu/e dans un tel tat d'puisem5t4 ,il jugea que les travaux de l'intellig5ce avai5t ru9 ce corps trop nglig1 et je me s\vi5s qu'il lui dit ces p>oles prov]biales qui frappr5t mon oreille p\r la premire fois3 ,mon pre1 la lame a u le f\rreau4 --,qu'e/-ce qu'une misrable ga9e de plus ou de mo9s8 rpondit mon matre en s\riant2 la lame n'e/-elle pas inde/ructible8 --,oui1 rpondit le docteur2 mais elle peut se r\ill] qu& la ga9e ue ne la protge plus4 --,qu'import qu'une lame br*e se r\ille8 reprit le pre ,alexis2 elle e/ dj hors de s]vice4 ,il faut que le mtal soit remis dans la f\rnaise p\r tre travaill et employ de n\veau4 ,le docteur voyant que j'tais le seul qui portt un s9cre intrt au pre ,alexis1 me prit "p et m'int]rogea avec dtail sur son g5re de vie4 ,qu& il sut de moi l'excs du travail auquel s'ab&onnait mon matre1 et l'excitation qu'il entret5ait dans son c]veau1 il dit comme se p>lant lui-mme3 ,il e/ vid5t que le f\r a trop *auff2 il y a peu de ress\rces2 la flamme sublime a t\t dvor2 il faudra essay] de l'te9dre un peu4 ,il crivit une ordonnance1 et m'engagea la faire excut] fidlem5t1 aprs quoi il dem&a son malade la p]mission de l'embrass]1 le peu d'in/ants qu'il avait passs prs de lui ayant gagn son cur4 ,cette m>que de sympa?ie p\r mon matre me t\*a et m'attri/a pr(ondm5t2 ce bais] ressemblait un t]nel adieu4 ,le docteur devait repass] dans le pays la f9 de la saison o n\s v5ions d'entr]4 ,les remdes qu'il avait prescrits eur5t d'abord un effet m]veilleux4 ,mon bon matre retr\va l'aisance et l'activit de ses membres2 son e/omac dev9t plus robu/e1 et il eut plusieurs nuits d'un excell5t sommeil4 ,mais je n'eus pas longtemps lieu de me rj\ir2 c>1 mesure que son corps se =tifiait1 son esprit tombait dans la mlancolie4 ,la mlancolie fut suivie de tri/esse1 la tri/esse d'eng\rdissem5t1 l'eng\rdissem5t de dsordre4 ,puis t\tes ces phases se rptr5t alt]nativem5t dans la mme j\rne1 et t\tes ses facults p]dir5t leur quilibre4 ,je vis rep>atre ces somnol5ces durant lesquelles son c]veau travaillait pniblem5t sur des *imres4 ,je vis rep>atre aussi le maudit livre blanc qui m'avait tant dplu2 et non-seulem5t il y lisait1 mais il y traait *aque j\r des c>actres imag9aires avec une plume qu'il ne songeait po9t imbib] d'encre4 ,un pr(ond ennui et une inquitude secrte semblai5t m9] les ressorts dt5dus de son me4 ,p\rtant il cont9uait me tmoign] la mme bont1 la mme t5dresse2 il essaya1 malgr moi1 de cont9u] mes leons2 mais il s'ass\pissait au b\t d'un in/ant1 et1 s'veillant en sursaut1 il me saisissait le bras en me disant3 ,tu l'z p\rtant vu1 n'e/-ce pas8 ,tu l'z bi5 vu8 ,ne l'z-tu donc vu qu'une fois8 -- mon bon matre6 lui disais-je1 que ne puis-je ram5] prs de v\s cet ami qui v\s e/ si *]6 sa prs5ce ad\cirait votre mal et ranim]ait votre me4 ,mais alors il s'veillait t\t fait1 et me disait3 ,tais-toi1 imprud5t1 tais-toi2 de quoi p>les-tu l1 malheureux8 ,tu veux donc qu'il ne revi5ne plus1 et que je meure sans l'avoir revu8 ,je n'osais aj\t] un mot2 t\te curiosit tait morte en moi4 ,il n'y avait plus de place que p\r la d\leur1 et le s5tim5t d'une vague p\vante tait le seul qui v9t p>fois s'y ml]4 ,une nuit1 qu'accabl de fatigue je m'tais endormi plus tt et plus pr(ondm5t que de c\tume1 je fis un songe1 je rvai que je revoyais le bel inconnu dont l'abs5ce affligeait tant mon matre4 ,il s'appro*ait de mon lit1 et se p5*ant v]s moi1 il me p>lait l'oreille3 ,ne dites pas que je suis l1 me disait-il2 c> ce vieill>d ob/9 s'a*>n]ait me voir1 et je ne veux le visit] qu' l'heure de sa mort4 ,je le suppliai d'all] v]s mon matre1 lui disant qu'il s\pirait aprs sa v5ue1 et que les d\leurs de son me tai5t dignes de piti4 ,je m'veillais alors et me mettais sur mon sant2 c> j'avais l'esprit frapp de ce rve1 et j'avais beso9 d'ouvrir les yeux et d't5dre les bras p\r me conva9cre que c'tait un fantme cr p> le sommeil4 ,p> trois fois ce jeune homme m'app>ut dans t\te sa d\ceur et dans t\te sa beaut4 ,sa voix rsonnait mon oreille comme les sons loigns d'une lyre1 et sa prs5ce rp&ait un p>fum comme celui des lis au lev] de l'aurore4 ,p> trois fois je le suppliai d'all] visit] mon matre1 et p> trois fois je m'veillai et me conva9quis que c'tait un songe2 mais la troisime1 j'ent5dis de la cellule vois9e le pre ,alexis qui m'appelait avec vhm5ce4 ,je c\rus lui1 et1 la lueur d'une veilleuse qui brlait sur la table1 je le vis assis sur son lit1 les yeux brillants1 la b>be hrisse1 et comme hors de lui-mme4 ,v\s l'avez vu6 me dit-il d'une voix =te et rude1 qui n'avait ri5 de son timbre ord9aire4 ,v\s l'avez vu1 et v\s ne m'avez pas av]ti6 il v\s a p>l1 et v\s ne m'avez pas appel6 il v\s a quitt1 et v\s ne l'avez pas envoy v]s moi6 ,malheureux6 s]p5t r*auff dans mon se96 v\s m'avez enlev mon ami1 et mon hte e/ dev5u le vtre2 vipre6 v\s m'avez trahi1 v\s m'avez dp\ill1 v\s me donnez la mort6 ,il se jeta en arrire sur son *evet1 et re/a priv de s5tim5t p5dant plusieurs m9utes4 ,je crus qu'il v5ait d'expir]2 je frottai ses tempes glaces avec l'ess5ce qu'il avait c\tume d'employ] lorsqu'il tait m5ac de dfaillance4 ,je r*auffai ses pi$s avec ma robe1 et ses ma9s avec mon hale9e4 ,je ne p]cevais plus le bruit de la si5ne1 et ses doigts tai5t raidis p> un froid mortel4 ,je comm5ais me dsespr]1 lorsqu'il rev9t lui1 et1 se s\levant d\cem5t1 il appuya sa tte sur mon paule3 ,angel1 que fais-tu prs de moi cette heure8 me dit-il avec1 une d\ceur ineffable4 ,suis-je donc plus malade que de c\tume6 ,mon pauvre enfant1 je suis cause de tes s\cis et de tes fatigues4 ,je ne v\lus pas lui dire ce qui s'tait pass1 et encore mo9s lui dem&] compte de l'incroyable concid5ce de sa vision avec la mi5ne2 j'eusse cra9t de rveill] son dlire4 ,il semblait n'en avoir pas g>d le mo9dre s\v5ir1 et il exigea que je ret\rnasse mon lit4 ,j'obis1 mais je re/ai att5tif t\s ses m\vem5ts2 il me sembla qu'il dormait1 et que sa respiration tait gne2 son oppression augm5tait et dim9uait comme le bruit lo9ta9 de la m]4 ,enf9 il me p>ut s\lag1 et je succombai au sommeil2 mais1 au b\t de peu d'in/ants1 je fus rveill de n\veau p> le son d'une voix puissante qui ne ressemblait po9t la si5ne4 ,non1 tu ne m'z jamais connu1 jamais compris1 disait cette voix svre2 je suis v5u v]s toi c5t fois et tu n'z pas os m'app>t5ir une seule2 mais que peut-on att5dre d'un mo9e1 s9on l'inc]titude1 la c\>dise et le sophisme8 --,mais je t'ai aim6 rpondit la voix pla9tive et affaiblie du pre ,alexis4 ,tu le sais1 je t'ai implor1 je t'ai p\rsuivi2 j'ai employ t\tes les puissances de mon tre pntr] le s5s de tes p>aboles1 je t'ai invoqu g5\x2 j'ai dlaiss le culte des ,hbreux2 j'ai laiss le dieu des ,juifs et des g5tils se tordre d\l\reusem5t sur son gibet sanglant1 sans lui accord] une l>me1 sans lui adress] une prire4 --,et qui te l'avait comm& a9si8 reprit la voix4 ,mo9e ignorant1 philosophe sans entrailles6 m>tyr sans en?\siasme et sans foi6 t'ai-je jamais prescrit de mpris] le ,naz>en8 --,non1 tu n'z jamais daign te prononc] sur aucune *ose1 et tu n'z pas v\lu faire voir la lumire celui qui p\r toi aurait pass p> t\tes les idoltries4 ,tu le sais6 tu le sais6 si tu l'avais v\lu1 j'aurais d*ir le froc et ce9t le glaive4 ,j'aurais fait ret5tir ma p>ole et pr* ton vangile aux quatre co9s de la t]re2 j'y aurais port le f] et la flamme2 j'aurais b\lev]s la face des nations et impos ton culte aux huma9s du sud au sept5trion1 du c\*ant l'aurore4 ,j'avais la volont1 j'avais la puissance2 tu n'avais qu' dire3 ,m>*e6 mettre le flambeau dans ma ma9 et m>*] devant moi comme une toile2 j'aurais en ton nom1 en*an les m]s et transport les montagnes4 ,que ne l'z-tu v\lu6 tu aurais des autels1 et j'aurais vcu6 tu s]ais un dieu1 et je s]ais ton prophte4 --,oui1 oui1 dit la voix inconnue1 tu avais l'orgueil et l'ambition en p>tage2 et1 si je t'avais enc\rag1 tu aurais cons5ti tre dieu toi-mme4 -- matre6 ne me mprise pas1 ne me t\rne pas en drision6 ,j'avais ces in/9cts et je les ai ref\ls4 ,tu z blm mes vux tmraires1 mon audace ins5se1 et je t'ai sacrifi t\s mes rves4 ,tu m'z dit que la viol5ce ne g\v]nait pas les sicles1 et que l',esprit n'habitait pas dans la vapeur du sang et dans le tumulte des armes4 ,tu m'z dit qu'il fallait le *]*] dans l'ombre1 dans la solitude1 dans le sil5ce et le recueillem5t4 ,tu m'z dit qu'on le tr\vait dans l'tude1 dans le r5oncem5t1 dans une vie humble et ca*e1 dans les veilles1 dans la mditation1 dans l'incessante inspiration de l'me4 ,tu m'z dit de le *]*] dans les entrailles de la t]re1 dans la p\ssire des livres1 dans les v]s du spulcre2 et je l'ai *]* o tu m'avais dit1 et p\rtant je ne l'ai pas tr\v1 et je vais m\rir dans l'horreur du d\te et dans l'p\vante du nant6444 --,tais-toi1 l*e blasphmateur6 reprit la voix tonnante2 c'e/ ta soif de gloire qui cause tes regrets1 c'e/ ton orgueil qui te p\sse au dsespoir4 ,v]misseau sup]be1 qui ne peux te s\mettre desc5dre dans la tombe sans avoir pntr le secret de la t\te-puissance6 ,mais qu'importe l'inexorable pass1 l'innumrable av5ir des tres1 qu'un mo9e de plus ou de mo9s ait vcu dans l'impo/ure et soit mort dans l'ignorance8 ,l'intellig5ce univ]selle prira-t-elle p>ce qu'un bndict9 a ergot contre elle8 ,la puissance inf9ie s]a-t-elle dtrne p>ce qu'un mo9e a/ronome n'a pu la mesur] avec son compas et ses lunettes8 ,un rire impitoyable fit ret5tir la cellule du pre ,alexis1 et la voix de mon matre y rpondit p> un lam5table sanglot4 ,j'avais c\t ce dialogue avec une affreuse angoisse4 ,deb\t prs de la porte entr\v]te1 les pi$s nus sur le c>reau1 ret5ant mon hale9e1 j'avais essay de voir l'hte inconnu de cette veille s9i/re2 mais la lampe s'tait te9te1 et mes yeux1 tr\bls p> la peur1 ne p\vai5t p]c] les tnbres4 ,la d\leur de mon matre ranima mon c\rage2 j'entrai dans sa cellule1 je rallumai la lampe avec du phosphore1 et je m'appro*ai de son lit4 ,il n'y avait p]sonne autre que lui et moi dans la *ambre2 aucun bruit1 aucun dsordre ne trahissait le d"p prcipit de son int]locuteur4 ,je surmontai mon effroi p\r m'occup] de mon matre1 dont le dsespoir me d*irait4 ,assis sur son trav]s91 le corps pli en deux comme si une ma9 =midable eut bris ses re9s1 il ca*ait sa face dans ses g5\x convulsifs1 ses d5ts claquai5t dans sa b\*e1 et des torr5ts de l>mes ruisselai5t sur sa b>be grise4 ,je me jetai g5\x prs de lui1 je mlai mes pleurs aux si5s1 je lui prodiguai de filiales c>esses4 ,il s'ab&onna quelques in/ants cette effusion sympa?ique1 et s'cria plusieurs fois en se jetant dans mon se93 ,m\rir6 m\rir dsespr6 m\rir sans avoir vcu1 et ne pas savoir si l'on meurt p\r revivre8 --,mon pre1 mon matre bi5-aim1 lui dis-je1 je ne sais quelles dsolantes visions tr\bl5t votre sommeil et le mi54 ,je ne sais quel fantme e/ entr ici cette nuit p\r n\s t5t] et n\s m5ac]2 mais que ce soit un m9i/re du ,dieu vivant qui vi5t n\s inspir] une t]reur salutaire1 ou que ce soit un esprit de tnbres qui vi5t p\r n\s damn] en n\s faisant dsespr] de la bont de ,dieu1 faites cess] ces *oses surnaturelles en r5trant dans le giron de la sa9te glise4 ,exorcisez les dmons qui v\s assig5t1 ou r5dez-v\s favorables les anges qui v\s visit5t en recevant les sacrem5ts1 et en me p]mettant de v\s dire les prires de notre sa9te liturgie444 --,laisse-moi1 laisse-moi1 mon *] ,angel1 dit-il en me rep\ssant avec d\ceur1 ne fatigue pas mon c]veau p> des disc\rs purils4 ,laisse-moi seul1 ne tr\ble plus ton sommeil et le mi5 p> de va9es frayeurs4 ,t\t ceci e/ un rve1 et je me s5s t\t fait bi5 ma9t5ant2 les l>mes m'ont s\lag1 les l>mes sont une pluie bi5faisante aprs l'orage4 ,que ri5 de ce que je puis dire dans mon sommeil ne t'tonne4 ,aux appro*es de la mort1 l'me1 dans ses ef=ts p\r bris] les li5s de la matire1 tombe dans d'tranges dtresses2 mais l',esprit la relve et l'assi/e1 dit-on1 au mom5t sol5nel4 ,dans la mat9e1 je reu ordre de me r5dre auprs du ,prieur4 ,je desc5dis sa *ambre2 on me dit qu'il tait occup et que j'eusse l'att5dre dans la salle du *apitre1 qui y tait contigu4 ,j'entrai dans cette salle et j'en fis le t\r2 c'tait la seconde fois1 je crois1 que j'y pntrais1 et je n'avais jamais eu le loisir d'en contempl] l'ar*itecture1 qui tait gr&e et svre4 ,au re/e1 je n'y p\vais faire en cet in/ant mme qu'une mdiocre att5tion2 j'tais accabl des motions de la nuit1 tr\bl et p\vant dans ma consci5ce1 afflig1 p>-dessus t\t1 des d\leurs physiques et morales de mon *] matre4 ,en outre1 l'entreti5 auquel m'appelait le ,prieur ne laissait pas de m'inquit]2 c> j'avais s+ulirem5t nglig mes devoirs religieux depuis que j'tais le disciple d',alexis1 et je m'en faisais de srieux repro*es4 ,cep5dant1 t\t en prom5ant mes reg>ds mlancoliques aut\r de moi p\r me di/raire de ces tri/esses et me =tifi] contre ces apprh5sions1 je fus frapp de la belle ordonnance de cette antique salle1 c9tre avec une =ce et une h>diesse inconnues de nos mod]nes ar*itectes4 ,des p5d5tifs accols la muraille donnai5t naissance aux r9ceaux de pi]re qui s'entrecroisai5t en arceaux la vote1 et au-dess\s de *acun de ces p5d5tifs tait susp5du le portrait d'un dignitaire ou d'un p]sonnage illu/re de l'ordre4 ,c'tai5t t\s de beaux tableaux1 ri*em5t encadrs1 et cette longue gal]ie de graves p]sonnages vtus de noir avait quelque *ose d'imposant et de funraire4 ,on tait aux d]ni]s beaux j\rs de l'automne4 ,le soleil1 entrant p> les hautes croises1 projetait de gr&s rayons d'or ple sur les traits au/res de ces morts respectables1 et donnait un re/e d'clat aux dorures massives des cadres noircis p> le temps4 ,un sil5ce pr(ond rgnait dans les c\rs et dans les j>d9s2 les votes me r5voyai5t l'*o de mes pas4 ,t\t d'un c\p il me sembla ent5dre d'autres pas d]rire les mi5s1 et ces pas avai5t quelque *ose de si f]me et de si sol5nel que je crus que c'tait le ,prieur4 ,je me ret\rnai p\r le salu]2 mais je ne vis p]sonne et je p5sai m'tre tromp4 ,je recomm5ai m>*]1 et j'ent5dis ces pas une seconde fois1 et une troisime1 quoique je fusse absolum5t seul dans la salle4 ,alors les t]reurs qui m'avai5t dj assailli recomm5cr5t1 je songeai m'enfuir2 mais =c d'att5dre le ,prieur1 j'essayai de surmont] ma faiblesse et d'attribu] ces rv]ies l'accablem5t de mon corps et de mon esprit4 ,p\r y *app]1 je m'assis sur un banc1 vis--vis du tableau qui occupait le milieu p>mi t\s les autres4 ,il reprs5tait notre patron1 le gr& sa9t ,b5ot4 ,j'esprais que la contemplation de cette belle pe9ture *ass]ait les visions dont j'tais obsd1 lorsqu'il me sembla reconnatre1 dans la tte ple et d\l\reusem5t extatique du sa9t1 les traits de l'inconnu que j'avais r5contr un mat9 au seuil de l'glise4 ,je me levai1 je me rassis1 je m'appro*ai1 je me reculai1 et plus je reg>dai1 plus je me conva9quis que c'tai5t les mmes traits et la mme expression2 seulem5t la *evelure du sa9t tait rejete en dsordre d]rire sa tte1 son front tait un peu dg>ni1 et ses traits annonai5t un ge plus mr4 ,le co/ume ne consi/ait qu'en une robe noire qui laissait voir ses pi$s nus4 ,la dc\v]te de cette ressemblance me causa un transport de joie4 ,j'eus un in/ant l'orgueil de croire que notre sa9t patron m'tait app>u1 et que son esprit veillait sur moi4 ,en mme temps je songeai avec bonheur que le pre ,alexis tait dans la bonne voie1 et qu'il tait un sa9t lui-mme1 puisque le bi5heureux tait en comm]ce avec lui1 et v5ait l'assi/] tantt de salutaires repro*es1 et tantt1 sans d\te1 de t5dres enc\ragem5ts4 ,je m'avanai p\r m'ag5\ill] devant cette image sacre2 mais il me sembla encore qu'on me suivait pas pas1 et je me ret\rnai encore sans voir p]sonne4 ,en ce mom5t mes yeux se portr5t sur le tableau qui faisait face celui de sa9t ,b5ot2 et quelle fut ma surprise en retr\vant les mmes traits avec une expression d\ce et grave1 et la belle *evelure ondoyante que j'avais cru voir en ralit6 ,ce p]sonnage tait bi5 plus id5tique que l'autre avec ma vision4 ,il tait deb\t et dans l'attitude o il m'tait app>u4 ,il portait exactem5t le mme co/ume1 le mme manteau1 la mme ce9ture1 les mmes bott9es4 ,ses gr&s yeux bleus1 un peu enfoncs s\s l'arcade rgulire de ses s\rcils1 s'abaissai5t d\cem5t avec une expression mditative et pntrante4 ,la pe9ture tait si belle qu'elle me sembla tre sortie du mme p9ceau que le sa9t ,b5ot1 et le p]sonnage tait si beau lui-mme que t\tes mes mfiances cet g>d fir5t place une joie extrme de le revoir1 ne ft-ce qu'en effigie4 ,il tait reprs5t un livre la ma91 et beauc\p de livres tai5t p>s ses pi$s4 ,il p>aissait f\l] ceux-l avec indiffr5ce et mpris1 t&is qu'il levait l'autre dans la ma91 et semblait dire ce qui tait crit en effet sur la c\v]ture de ce livre3 ,hic e/ v]itas6 ,comme je le contemplais avec ravissem5t1 me disant que ce ne p\vait tre qu'un homme vnrable1 puisque son image dcorait cette salle1 la porte du fond s'ouvrit1 et le pre trsori]1 qui tait un bonhomme assez volonti]s bav>d1 v9t caus] avec moi en att5dant l'arrive du ,prieur4 ,v\s me p>aissez *>m de la vue de ces tableaux1 me dit-il4 ,notre sa9t ,b5ot e/ un sup]be morceau1 ce qu'on assure4 ,quelques auteurs l'ont pris p\r un ,van ,dyck2 mais ,van ,dyck tait mort qu& cette toile a t pe9te4 ,c'e/ l'ouvrage d'un de ses lves1 qui cont9uait admirablem5t sa manire4 ,il n'y a pas se tromp] sur les dates2 c> lorsque ,pi]re ,hbronius v9t ici1 v]s l'an #afij1 ,van ,dyck n'tait plus2 et1 comme v\s avez d le rem>qu]1 c'e/ la tte de ,pi]re ,hbronius1 alors g d'un peu plus de tr5te ans1 qui a s]vi de modle au pe9tre de sa9t ,b5ot4 --,et qui donc tait ce ,pi]re ,hbronius8 dem&ai-je4 --,eh6 mais1 reprit le mo9e en me montrant le portrait de mon ami inconnu1 c'e/ celui que l'on connat ici s\s le nom de l'abb ,spiridion1 le vnrable fondateur de notre communaut4 ,c'tait1 comme v\s voyez1 un des plus beaux hommes de son temps1 et le pe9tre ne p\vait pas tr\v] une plus belle tte de sa9t4 --,et il e/ mort8 m'criai-je1 sans song] ce que je disais4 --,v]s l'an #afih1 rpondit le trsori]1 il y a prs d'un sicle4 ,v\s voyez que le pe9tre l'a reprs5t t5ant en ma9 un livre et en f\lant plusieurs autres s\s les pi$s4 ,celui qu'il ti5t e/1 dit-on1 le quatrime crit de ,bossuet contre les prote/ants1 les autres sont les livres excrables de ,lu!r et de ses adeptes4 ,cette action faisait allusion la conv]sion rc5te de ,pi]re ,hbronius1 et m>quait son passage la vraie foi1 qu'il a s]vie avec clat depuis en embrassant la vie religieuse et en consacrant ses bi5s l'dification de cette sa9te maison4 --,j'ai ou dire en effet1 repris-je1 que ce fondateur fut un homme de gr& mrite1 qu'il vcut et m\rut en odeur de sa9tet4 ,le trsori] sec\a la tte en s\riant4 ,il e/ facile de bi5 vivre1 dit-il2 plus facile que de bi5 m\rir6 ,il n'e/ pas bon de tant cultiv] la sci5ce dans le clotre4 ,l'esprit s'exalte1 l'orgueil s'emp>e s\v5t des meilleures ttes1 et l'ennui fait aussi qu'on se lasse de croire t\j\rs aux mmes vrits4 ,on veut en dc\vrir de n\velles2 on s'g>e4 ,le dmon fait son pr(it de cela et v\s suscite p>fois1 s\s les =mes d'une belle philosophie et s\s les app>5ces d'une cle/e inspiration1 de mon/rueuses erreurs1 bi5 malaises abjur] qu& l'heure de r5dre compte v\s surpr5d4 ,j'ai ou dire t\t bas1 p> des g5s bi5 in=ms1 que l'abb ,spiridion1 sur la f9 de sa c>rire1 quoique m5ant une vie au/re et sa9te1 ayant lu beauc\p de mauvais livres1 s\s prtexte de les rfut] loisir1 s'tait laiss infect] peu peu1 et son insu1 p> le poison de l'erreur4 ,il cons]va t\j\rs l'extrieur d'un bon religieux2 mais il p>ait que secrtem5t il tait tomb dans des hrsies plus mon/rueuses encore que celles de sa jeunesse4 ,les livres abom9ables du juif ,sp9osa et les inf]nales doctr9es des philosophes de cette cole l'avai5t r5du pan?i/e1 c'e/--dire a?e4 ,mon *] fils1 oh6 que l'am\r de la sci5ce1 et qui n'e/ qu'une va9e curiosit1 ne v\s entrane jamais de telles *utes6 ,on prt5d que1 dans ses d]nires annes1 ,hbronius avait crit des abom9ations sans nombre4 ,heureusem5t il se rep5tit son lit de mort1 et les brla de sa propre ma91 af9 que le poison n'infectt pas1 p> la suite1 les esprits simples qui les lirai5t4 ,il e/ mort en paix avec le ,seigneur1 en app>5ce2 mais ceux qui n'avai5t vu que sa vie extrieure1 et qui le reg>dai5t comme un sa9t1 fur5t tonns de ce qu'il ne ft po9t de miracles p\r eux sur son tombeau4 ,les esprits droits qui avai5t appris le mieux jug]1 s'ab/9r5t t\j\rs de dire leurs cra9tes sur son sort dans l'autre vie4 ,quelques-uns p5sr5t mme qu'il avait t jusqu' se livr] des pratiques de sorcell]ie1 et que le diable p>u auprs de lui lorsqu'il expira4 ,mais ce sont des *oses dont il e/ impossible de s'assur] ple9em5t1 et dont il e/ imprud5t1 dang]eux peut-tre1 de p>l]4 ,paix soit donc sa mmoire6 ,son portrait e/ re/ ici p\r m>qu] que ,dieu peut bi5 lui avoir t\t p>donn en considration de ses gr&es aumnes et de la fondation de ce mona/re4 ,n\s fmes int]rompus p> l'arrive du ,prieur4 ,le trsori] s'incl9a jusque t]re1 les bras croiss sur la poitr9e1 et n\s laissa ensemble4 ,alors le ,prieur1 me toisant de la tte aux pi$s et me p>lant avec s*]esse1 me dem&a compte des longues veilles du pre ,alexis et du bruit de voix qu'on ent5dait p>tir *aque nuit de sa cellule4 ,j'essayai d'expliqu] ces faits p> l'tat de maladie de mon matre2 mais le ,prieur me dit qu'une p]sonne digne de foi1 en allant avant le j\r remont] l'horloge de l'glise1 avait ent5du dans nos cellules un gr& bruit de voix1 des m5aces1 des cris et des imprcations4 ,j'espre1 aj\ta le ,prieur1 que v\s me rpondrez avec s9crit et simplicit2 c> il y a grce p\r t\tes les fautes qu& le c\pable se confesse et se rep5t2 mais1 si v\s n'claircissez pas mes d\tes d'une manire satisfaisante1 les plus rudes *tim5ts v\s y contra9dront4 --,mon rvr5d pre1 rpondis-je1 je ne sais quels s\pons peuv5t pes] sur moi en de telles circon/ances4 ,il e/ vrai que le pre ,alexis a p>l voix haute t\te la nuit et avec assez de vhm5ce2 c> il avait le dlire4 ,quant moi1 j'ai pleur1 tant sa s\ffrance me faisait de pe9e2 et1 dans les in/ants o il rev5ait lui-mme1 il murmurait ,dieu de f]v5tes prires4 ,j'unissais ma voix la si5ne et mon cur au si54 --,cette explication ne manque pas d'habilet1 reprit le ,prieur d'un ton mprisant2 mais comm5t expliqu]ez-v\s la gr&e lueur qui t\t d'un c\p a clair vos cellules et le dme enti]1 et la flamme qui e/ sortie p> le fate et qui s'e/ rp&ue dans les airs1 accompagne d'une horrible odeur de s\fre8 --,je ne compr5drais pas1 mon rvr5d pre1 rpondis-je1 qu'il y et plus de mal me s]vir de phosphore et de s\fre p\r allum] une lampe qu'il n'y en a1 selon moi1 veill] un malade p5dant la nuit et pri] auprs de son lit4 ,il e/ possible que je me sois s]vi imprudemm5t de cette composition1 et que1 dans mon empressem5t1 j'aie laiss ouv]t le flacon1 dont l'odeur dsagrable a pu se rp&re dans la maison2 mais j'ose affirm] que cette odeur n'a ri5 de dang]eux1 et qu'en aucun cas le phosphore ne p\rrait caus] un inc5die4 ,je supplie donc ,votre ,rvr5ce de me p>donn] si j'ai manqu de prud5ce1 et de n'en imput] la faute qu' moi seul4 ,le ,prieur fixa longtemps sur moi un reg>d inquisiteur1 comme s'il et v\lu voir jusqu'o irait mon impud5ce2 puis1 levant les yeux au ciel dans un transport d'indignation1 il sortit sans me dire une seule p>ole4 ,re/ seul et frapp d'p\vante1 non cause de moi1 mais cause de l'orage que je voyais s'amass] sur la tte d',alexis1 je reg>dai involontairem5t le portrait d',hbronius1 et je joignis les ma9s1 emport p> un m\vem5t irrsi/ible de confiance et d'espoir4 ,le soleil frappait en cet in/ant le visage du fondateur1 et il me sembla voir sa tte se dta*] du fond1 puis sa ma9 et t\t son corps quitt] le cadre et se p5*] en avant4 ,le m\vem5t fit ondoy] lgrem5t la *evelure1 les yeux s'animr5t et atta*r5t sur moi un reg>d vivant4 ,alors je fus pris d'une palpitation si viol5te que mon sang b\rdonna dans mes oreilles1 ma vue se tr\bla2 et1 s5tant dfaillir mon c\rage1 je m'loignai prcipitamm5t4 ,je me retirai =t tri/e et =t inquiet4 ,soit que la ha9e et la calomnie euss5t env5im des faits qui re/ai5t p\r moi l'tat de problme1 soit que je fusse1 a9si que le pre ,alexis1 en butte aux attaques du mal9 esprit1 et qu'il se ft pass aux yeux d'un tmo9 vridique quelque *ose de plus que ce que j'avais ap]u1 je prvoyais que mon in=tun matre allait tre accabl de p]scutions1 et que ses d]ni]s in/ants1 dj si d\l\reux1 s]ai5t abreuvs d'am]tume4 ,j'eusse v\lu lui ca*] ce qui v5ait de se pass] entre le ,prieur et moi2 mais le seul moy5 de dt\rn] les *tim5ts qu'on lui prp>ait sans d\te1 c'tait de l'engag] se rconcili] avec l'esprit de l'glise4 ,il c\ta mon rcit et mes supplications avec indiffr5ce1 et qu& j'eus f9i de p>l]3 ,sois en paix1 me dit-il2 l',esprit e/ avec n\s1 et ri5 ne n\s arriv]a de la "p des hommes de *air4 ,l',esprit e/ rude1 il e/ svre1 il e/ irrit2 mais il e/ p\r n\s4 ,et qu& mme n\s s]ions livrs aux *tim5ts1 qu& mme on plong]ait ton corps dlicat et mon vieux corps agonisant dans les humides tnbres d'un ca*ot1 l',esprit mont]ait v]s n\s des entrailles de la t]re1 comme il desc5d sur n\s cette heure des rayons d'or du soleil4 ,ne cra9s pas1 mon fils2 l o e/ l',esprit1 l aussi sont la lumire1 la *aleur et la vie4 ,je v\lus lui p>l] encore2 il me fit signe avec d\ceur de ne pas le tr\bl]2 et1 s'asseyant dans son fauteuil1 il tomba dans une contemplation intrieure durant laquelle son front *auve et ses yeux abaisss v]s la t]re (frir5t l'image de la plus augu/e srnit4 ,il y avait en lui1 c\p sur1 une v]tu inconnue qui subjuguait t\tes mes rpugnances et dom9ait t\tes mes cra9tes4 ,je l'aimais plus qu'un fils n'a jamais aim son pre4 ,ses maux tai5t les mi5s1 et1 s'il et t damn1 malgr mon s9cre dsir de plaire ,dieu1 j'eusse v\lu p>tag] cette damnation4 ,jusque-l j'avais t rong de scrupules2 mais dsormais le s5tim5t de son dang] donnait tant de =ce ma t5dresse que je ne connaissais plus l'inc]titude4 ,mon *oix tait fait entre la voix de ma consci5ce et le cri de son angoisse2 ma sollicitude pr5ait un c>actre t\t huma91 je l'av\e4 ,s'il ne peut tre sauv dans l'autre vie1 me disais-je1 qu'il a*ve du mo9s paisiblem5t celle-ci2 et1 si je dois tre jamais *ti de ce vu1 la volont de ,dieu soit faite6444 ,le soir1 comme il s'ass\pissait d\cem5t et que j'a*evais ma prire ct de son lit1 la porte s'ouvrit brusquem5t1 et une figure p\vantable v9t se plac] en face de moi4 ,je demeurai t]rifi au po9t de ne p\voir articul] un son ni faire un m\vem5t4 ,mes *eveux se dressai5t sur ma tte et mes yeux re/ai5t atta*s sur cette horrible app>ition comme ceux de l'oiseau fasc9 p> un s]p5t4 ,mon matre ne s'veillait po9t1 et l'odieuse *ose tait immobile au pi$ de son lit4 ,je f]mai les yeux p\r ne plus la voir et p\r *]*] ma raison et ma =ce au fond de moi-mme4 ,je r\vris les yeux1 elle tait t\j\rs l4 ,alors je fis un gr& ef=t p\r cri]2 et1 un rlem5t s\rd sortant de ma poitr9e1 mon matre s'veilla4 ,il vit cela devant lui1 et1 au lieu de tmoign] de l'horreur ou de l'effroi1 il dit seulem5t du ton d'un homme un peu tonn3 ,ah6 ah6 --,me voici1 c> tu m'z appel1 dit le fantme4 --,mon matre haussa les paules1 et se t\rnant v]s moi3 --,tu z peur8 me dit-il2 tu pr5ds cela p\r un esprit1 p\r le diable1 n'e/-ce pas8 ,non1 non2 les esprits ne revt5t pas cette =me1 et1 s'il en tait d'aussi sottem5t laids1 ils n'aurai5t pas le p\voir de se montr] aux hommes4 ,la raison huma9e e/ s\s la g>de de l'esprit de sagesse4 ,ceci n'e/ po9t une vision1 aj\ta-t-il en se levant et en s'appro*ant du fantme2 ceci e/ un homme de *air et d'os4 ,allons1 tez ce masque1 dit-il en saisissant le spectre la gorge1 et ne p5sez pas que cette crapuleuse masc>ade puisse m'p\vant]4 ,alors1 sec\ant ce fantme avec une ma9 de f]1 il le fit tomb] sur les g5\x2 et1 ,alexis lui arra*ant son masque1 je reconnus le frre conv]s qui m'avait *ass de l'glise1 et qui avait nom ,dom9ique4 ,pr5ds la lampe6 me dit ,alexis d'une voix =te et l'il t9celant d'une joie ironique4 ,m>*e devant moi2 il faut que j'aie raison de cette abom9ation4 ,allons1 dp*e-toi6 obis6 z-tu mo9s de =ce et de c\rage qu'un livre6 ,j'tais encore si b\lev]s que ma ma9 tremblait et ne p\vait s\t5ir la lampe4 ,ouvre la porte1 me dit mon matre d'un ton imprieux4 ,j'obis2 mais1 en le voyant tran]1 comme un haillon sur le pav1 le misrable ,dom9ique1 je fus saisi d'horreur2 c> le pre ,alexis avait1 dans l'indignation1 des in/ants de viol5ce effrne1 et je crus qu'il allait prcipit] le prt5du dmon p>-dessus la rampe du dme4 ,grce6 grce6 mon pre1 lui dis-je en me mettant devant lui4 ,ne s\illez pas vos ma9s de sang4 ,le pre ,alexis haussa les paules et dit3 ,tu es ins5s6 ,puisque tu ne veux pas m>*] devant1 suis-moi6 ,et1 tranant t\j\rs le conv]s1 qui tait p\rtant un homme robu/e1 mais qui semblait t]rass p> une =ce surhuma9e1 il desc5dit rapidem5t l'escali]4 ,alors je repris c\rage et le suivis4 ,au bruit que n\s faisions1 plusieurs p]sonnes1 qui att5dai5t sans d\te au bas de l'escali] le rsultat des aveux que le faux dmon prt5dait arra*] mon matre1 se montrr5t2 mais1 en voyant une scne si diffr5te de ce qu'elles att5dai5t1 elles s'enveloppr5t dans leurs capu*ons et s'enfuir5t dans les tnbres4 ,n\s emes le temps de rem>qu] leurs robes que c'tai5t des frres conv]s et des novices4 ,aucun des pres ne s'tait compromis dans cette f>ce sacrilge1 dirige cep5dant1 comme n\s le smes depuis1 p> des ordres suprieurs4 ,alexis m>*ait t\j\rs gr&s pas1 tranant son prisonni]4 ,de temps en temps celui-ci faisait des ef=ts p\r se dgag] de sa ma9 =midable2 mais le pre1 s'arrtant1 lui imprimait un m\vem5t de /rangulation1 et le faisait r\l] sur les degrs4 ,les ongles d',alexis tai5t imprgns de sang1 et les yeux du ,dom9ique sortai5t de leurs orbites4 ,je les suivais t\j\rs1 et a9si n\s arrivmes au bas du gr& escali] qui donnait sur le clotre4 ,l tait susp5due la grosse clo*e que l'on ne sonnait qu' l'agonie des religieux1 et que l'on appelait l'articulo mortis4 ,t5ant t\j\rs d'une ma9 son dmon t]rass1 ,alexis se mit sonn] de l'autre avec une telle vigueur que t\t le mona/re en fut branl4 ,bi5tt n\s ent5dmes ouvrir prcipitamm5t les portes des cellules1 et t\s les escali]s se remplir5t de bruit4 ,les mo9es1 les novices1 les s]viteurs1 t\te la maison acc\rait1 et bi5tt le clotre fut ple9 de monde4 ,t\tes ces figures eff>es et en dsordre1 claires seulem5t p> la lueur tremblante de ma lampe1 (frai5t l'aspect des habitants de la valle de ,josaphat s'veillant du sommeil de la mort au son de la trompette du jugem5t4 ,le pre sonnait t\j\rs1 et en va9 on l'accablait de que/ions1 en va9 on v\lait arra*] de ses ma9s le malheureux ,dom9ique3 il tait anim d'une =ce surnaturelle2 il faisait face cette f\le1 et la dom9ant du bruit de son tocs9 et de sa voix de tonn]re3 ,il me manque quelqu'un1 disait-il2 qu& il s]a ici1 je p>l]ai1 je me s\mettrai1 mais je ne cess]ai de sonn] qu'il ne soit desc5du comme les autres4 ,enf9 le ,prieur p>ut le d]ni]1 et le pre ,alexis cessa d'agit] la clo*e4 ,il tait si =t et si beau en cet in/ant1 deb\t1 les yeux t9celants1 l'air victorieux1 et t5ant s\s ses pi$s cette figure de mon/re1 qu'on l'et pris p\r l'ar*ange ,mi*el t]rassant le dmon4 ,t\t le monde le reg>dait immobile2 pas un s\ffle ne s'ent5dait s\s la pr(onde vote du clotre4 ,alors le vieill>d1 levant la voix au milieu de ce sil5ce funbre1 dit en s'adressant au ,prieur3 ,mon pre1 voyez ce qui se passe6 ,p5dant que j'agonise sur mon lit1 des hommes de cette sa9te maison1 et qui s'appell5t mes frres1 vi5n5t assig] mon d]ni] s\pir d'une l*e curiosit et d'une sup]*]ie infme4 ,ils envoi5t dans ma cellule celui-ci1 ce ,dom9ique6 7,et en disant cela il levait assez haut la tte du conv]s p\r que t\te l'assemble ft bi5 mme de le reconnatre47 ,ils l'envoi5t1 affubl d'un dguisem5t hideux1 se plac] mon *evet et cri] mon oreille d'une voix furieuse p\r me rveill] en sursaut de mon sommeil1 de mon d]ni] sommeil peut-tre6 ,qu'esprai5t-ils8 m'p\vant]1 glac] p> une app>ition t]rifiante mon esprit qu'ils supposai5t abattu1 et arra*] mon dlire de honteuses p>oles et d'horribles secrets8 ,quelle e/ cette n\velle et incroyable p]scution1 mon pre1 et depuis qu& n'e/-il plus p]mis au p*eur de pass] dans le sil5ce et dans ta paix son heure suprme8 ,s'ils euss5t eu affaire un faible d'esprit1 et qu'ils m'euss5t tu p> cette vision inf]nale sans me laiss] le temps de me reconnatre et d'invoqu] le ,seigneur1 sur qui1 dites-moi1 aurait d tomb] le poids de ma damnation8 v\s t\s1 hommes de bonne volont qui v\s tr\vez ici1 ce n'e/ pas p\r moi que je p>le1 p\r moi qui vais m\rir2 c'e/ p\r v\s qui survivez1 c'e/ p\r que v\s puissiez boire tranquillem5t le calice de votre mort1 que je v\s dis de dem&] t\s avec moi ju/ice notre pre spirituel qui e/ devant n\s1 et au beso9 l'autre qui e/ au-dessus de n\s4 ,ju/ice donc1 mon pre6 j'att5ds3 faites ju/ice6 ,et les hommes de bonne volont qui tai5t l crir5t t\s ensemble3 ,ju/ice6 ju/ice6 et les *os mus du clotre rptr5t3 ,ju/ice6 ,le ,prieur assi/ait cette scne avec un visage impassible4 ,seulem5t il me sembla plus ple qu' l'ord9aire4 ,il re/a quelques in/ants sans rpondre1 le s\rcil lgrem5t contract4 ,enf9 il leva la voix1 et dit3 ,mon fils ,alexis1 p>donne cet homme4 --,oui1 je lui p>donne condition que v\s le punirez1 mon pre1 rpondit ,alexis4 --,mon fils ,alexis1 reprit le ,prieur1 sont-ce l les s5tim5ts d'un homme qui se dit prt p>atre devant le tribunal de ,dieu8 ,je v\s prie de p>donn] cet homme1 et de retir] votre ma9 de dessus lui4 ,alexis hsita un in/ant2 mais il s5tit que1 s'il ne rprimait sa colre1 ses ennemis allai5t triomph]4 ,il fit deux pas en avant1 et1 p\ssant sa proie aux pi$s du ,prieur sans la l*]3 ,mon rvr5d1 dit-il en s'incl9ant1 je p>donne1 p>ce que je le dois et p>ce que v\s le v\lez2 mais comme ce n'e/ pas moi1 comme c'e/ le ciel qui a t (f5s1 comme c'e/ votre v]tu1 votre sagesse et votre autorit qui ont t outrages1 j'amne le c\pable vos g5\x1 et1 m'y pro/]nant avec lui1 je supplie ,votre ,rvr5ce de lui faire grce1 et de pri] p\r que la ju/ice t]nelle lui p>donne aussi4 ,les ennemis de mon matre avai5t espr que1 p> son emportem5t et sa rsi/ance1 il allait gt] sa cause2 mais cet acte de s\mission dj\a t\s leurs mauvais desse9s1 et ceux qui tai5t p\r lui donnr5t sa conduite de telles m>ques d'approbation que le ,prieur fut =c de pr5dre son p>ti1 du mo9s en app>5ce4 ,mon fils ,alexis1 lui dit-il en le relevant et en l'embrassant1 je suis t\* de votre humilit et de votre misricorde2 mais je ne puis p>donn] cet homme comme v\s lui p>donnez4 ,votre devoir tait d'int]cd] p\r lui1 le mi5 e/ de le *ti] svrem5t1 et il s]a fait a9si que le veul5t la ju/ice cle/e et les /atuts de notre ordre4 cet arrt svre1 un frmissem5t d'effroi passa de pro*e en pro*e2 c> les pe9es contre le sacrilge tai5t les plus svres de t\tes1 et aucun religieux n'en connaissait l't5due avant de les avoir subies4 ,il tait df5du1 en outre1 de les rvl]1 s\s pe9e de les subir une seconde fois4 ,les condamns ne sortai5t du ca*ot que dans un tat p\vantable de s\ffrance1 et plusieurs avai5t succomb peu de temps aprs avoir reu leur grce4 ,sans d\te1 mon matre ne fut pas dupe de la svrit du ,prieur1 c> je vis un s\rire trange err] sur ses lvres3 nanmo9s sa fi]t tait satisfaite1 et alors seulem5t il l*a sa proie4 ,sa ma9 tait tellem5t crispe et roidie au collet de son ennemi qu'il fut =c d'employ] son autre ma9 p\r l'en dta*]4 ,dom9ique tomba van\i aux pi$s du ,prieur1 qui fit un signe1 et aussitt quatre autres conv]s l'emportr5t aux yeux de l'assemble con/]ne4 ,il ne rep>ut jamais dans le c\v5t4 ,il fut df5du de jamais prononc] ni son nom ni aucune p>ole qui et rapport son trange faute2 l'(fice des morts fut rcit p\r lui sans qu'il n\s fut p]mis de dem&] ce qu'il tait dev5u2 mais p> la suite je l'ai revu dehors1 gras1 dispos et allgre1 et riant d'un air s\rnois qu& on lui rappelait cette av5ture4 ,mon matre s'appuya sur moi1 *ancela1 plit1 et p]dant t\t c\p la =ce miraculeuse qui l'avait s\t5u jusque-l1 il se trana gr&'pe9e son lit2 je lui lis aval] quelques g\ttes d'un cordial1 et il me dit3 ,angel1 je crois bi5 que je l'aurais tu si le ,prieur l'et protg4 ,il s'endormit sans aj\t] une p>ole4 ,le l5dema9 le pre ,alexis s'veilla assez t>d3 il tait calme1 mais trs-faible2 il eut beso9 de s'appuy] sur moi p\r gagn] son fauteuil1 et il y tomba plutt qu'il ne s'assit1 en p\ssant un s\pir4 ,je ne concevais pas que ce corps si dbile et t1 la veille1 capable de si puissants ef=ts4 ,mon pre1 lui dis-je en le reg>dant avec inquitude1 e/-ce que v\s v\s tr\vez plus mal1 et s\ffrez-v\s davantage8 --,non1 me rpondit-il1 non1 je suis bi54 --,mais v\s p>aissez pr(ondm5t absorb4 --,je rfl*is6 --,v\s rfl*issez t\t ce qui s'e/ pass1 mon pre4 ,je le conois2 il y a lieu mdit]4 ,mais v\s devriez1 ce me semble1 tre plus s]e91 c> il y a aussi lieu se rj\ir4 ,n\s avons f9i p> voir clair au fond de cet abme1 et n\s savons ma9t5ant que v\s n'tes pas rellem5t assig p> les mauvais esprits4 ,alexis se mit s\rire d'un air d\cem5t ironique1 en sec\ant la tte3 ,tu crois donc encore aux mauvais esprits1 mon pauvre ,angel8 me dit-il4 ,erreur6 erreur6 ,crois-tu aussi1 comme les physici5s d'autrefois1 que la nature a horreur du vide8 ,il n'y a pas plus de mauvais esprits que de vide4 ,que s]ait donc l'homme1 cette crature intellig5te1 ce fils de l'esprit1 si les mauvaises passions1 les vils in/9cts de la *air1 p\vai5t v5ir1 s\s une =me hideuse ou grotesque1 assaillir sa veille1 ou fatigu] son sommeil8 ,non3 t\s ces dmons1 t\tes ces crations inf]nales1 dont p>l5t t\s les j\rs les ignorants ou les impo/eurs1 sont de va9s fantmes crs p> l'imag9ation des uns p\r p\vant] celle des autres4 ,l'homme =t s5t sa propre dignit1 rit en lui-mme des pitoyables inv5tions avec lesquelles on veut t5t] son c\rage1 et1 sr de leur impuissance1 il s'endort sans inquitude et s'veille sans cra9te4 --,p\rtant1 lui rpondis-je tonn1 il s'e/ pass ici mme des *oses qui doiv5t me faire p5s] le contraire4 ,l'autre nuit1 v\s savez2 je v\s ai ent5du v\s entret5ir avec une autre voix plus =te que la vtre qui semblait v\s g\rm&] durem5t4 ,v\s lui rpondiez avec l'acc5t de la cra9te et de la d\leur2 et1 comme j'tais effray de cela1 je suis v5u dans votre *ambre p\r v\s sec\rir1 et je v\s ai tr\v seul1 accabl et pleurant amrem5t4 ,qu'tait-ce donc8 --,c'tait lui4 --,lui6 qui1 lui8 --,tu le sais bi51 puisqu'il tait avec toi1 puisqu'il t'avait appel p> trois fois1 comme l'esprit du ,seigneur appela durant la nuit le jeune ,samuel endormi dans le temple4 --,comm5t le savez-v\s1 mon pre8 ,alexis ne sembla pas ent5dre ma "q4 ,il re/a quelque temps absorb1 la tte baisse sur la poitr9e2 puis il reprit la p>ole sans *ang] de position ni faire aucun m\vem5t3 ,dis-moi1 ,angel1 qu& l'z-tu vu8 c'tait en ple9 j\r8 --,oui1 mon pre1 l'heure de midi4 ,v\s m'avez dj fait cette "q4 --,et le soleil brillait8 --,il rayonnait sur sa face4 --,ne l'z-tu vu que cette seule fois8 ,j'hsitais rpondre2 je craignais d'tre dupe d'une illusion et de donn] p> mes propres ab]rations de la consi/ance celles d',alexis4 ,tu l'z vu une autre fois6 s'cria-t-il avec impati5ce1 et tu ne me l'z pas dit6 --,mon bon matre1 quelle importance v\lez-v\s donn] des app>itions qui ne sont peut-tre que l'effet d'une ressemblance =tuite ou mme de simples jeux de la lumire8 --,angel1 que v\lez-v\s dire8 ,ce que v\s v\lez me ca*] m'e/ rvl p> vos rtic5ces mmes4 ,p>lez1 il le faut1 il y va du repos de mes d]ni]s j\rs6 ,va9cu p> sa p]si/ance1 je lui racontai1 p\r le satisfaire1 la frayeur que j'avais eue dans la sacri/ie un j\r que1 me croyant seul et sortant d'un pr(ond van\issem5t1 j'avais ent5du murmur] des p>oles et vu pass] une ombre sans p\voir m'expliqu] ensuite ces *oses d'une manire naturelle4 ,illu/ration ,et quelles tai5t ces p>oles8 dit ,alexis4 --,un appel ,dieu en faveur des victimes de l'ignorance et de l'impo/ure4 --,comm5t appelait-il celui qu'il invoquait8 ,disait-il3 ,esprit6 ou bi5 disait-il3 ,jhovah6 --,il disait3 ,esprit de sagesse6 --,et comm5t tait faite cette ombre8 --,je ne le sais po9t4 ,elle sortit de l'obscurit1 et se p]dit dans le rayon qui tombait de la f5tre1 avant que j'eusse eu le temps ou le c\rage de l'exam9]4 ,mais1 c\tez1 mon bon matre1 j'ai t\j\rs p5s que c'tait v\s qui1 appuy contre la f5tre1 et v\s p>lant v\s-mme444 ,alexis fit un ge/e d'incrdulit4 ,p\rriez-v\s avoir g>d le s\v5ir du contraire1 sans cesse errant1 cette poque1 dans les j>d9s1 et =tem5t proccup comme v\s l'tes t\j\rs8 --,mais tu l'z vu d'autres fois encore8 int]rompit ,alexis avec une sorte de viol5ce4 ,tu ne veux pas me dire t\t1 tu veux que je meure sans lgu] mon secret un ami6 ,rponds cette "q1 du mo9s4 ,qu& tu te prom5ais seul dans les beaux j\rs1 le long des alles c>tes du j>d91 et qu'en proie de d\l\reuses p5ses1 tu invoquais une provid5ce amie des hommes1 n'z-tu pas ent5du d]rire tes pas d'autres pas qui faisai5t cri] le sable8 ,je tressaillis1 et lui dis que ce bruit de pas m'avait p\rsuivi dans la salle du *apitre la veille mme4 ,et alors ri5 ne t'e/ app>u8 ,j'av\ai l'effet prodigieux du soleil sur le portrait du fondateur4 ,il s]ra ses ma9s l'une dans l'autre avec transport1 en rptant plusieurs reprises3 ,c'e/ lui1 c'e/ lui6444 ,il t'a *oisi1 il t'a envoy1 il veut que je te p>le4 ,eh bi56 je vais te p>l]4 ,recueille tes p5ses1 et qu'une va9e curiosit n'agite po9t ton me4 ,reois la confid5ce que je vais te faire1 comme les fleurs au mat9 reoiv5t avec calme la dlicieuse rose du ciel4 ,z-tu jamais ent5du p>l] de ,samuel ,hbronius8 --,oui1 mon pre1 s'il e/ en effet le mme que l'abb ,spiridion4 ,et je lui rapportai ce que le trsori] m'avait racont4 ,illu/ration ,le pre ,alexis haussa les paules avec une expression de mpris1 et me p>la en ces t]mes3 ,il e/ d'autres hritages que ceux de la famille1 o l'on se lgue1 selon la *air1 les ri*esses matrielles4 ,d'autres p>5ts plus nobles amn5t s\v5t des hritages plus sa9ts4 ,qu& un homme a pass sa vie *]*] la vrit p> t\s les moy5s et de t\t son p\voir1 et qu' =ce de so9s et d'tude il e/ arriv quelques dc\v]tes dans le va/e monde de l'esprit1 jal\x de ne pas laiss] s'enf\ir dans la t]re le trsor qu'il a tr\v1 et r5tr] dans la nuit le rayon de lumire qu'il a entrevu1 ds qu'il s5t appro*] son t]me1 il se hte de *oisir p>mi des hommes plus jeunes une intellig5ce sympa?ique la si5ne1 dont il puisse faire1 avant de m\rir1 le dpositaire de ses p5ses et de sa sci5ce1 af9 que l'uvre sacre1 in9t]rompue malgr la mort du premi] ouvri]1 m>*e1 s'agr&isse1 et1 p]ptue de race en race p> des successions p>eilles1 p>vi5ne la f9 des temps son enti] accomplissem5t4 ,et crois bi51 mon fils1 qu'il e/ beso91 p\r entrepr5dre et cont9u] de p>eils travaux1 p\r faire accept] de p>eils legs1 d'une intellig5ce gnreuse et d'un =t dvom5t1 qu& on sait d'avance qu'on ne connatra pas le mot de la gr&e nigme l'intellig5ce de laquelle on a p\rtant consacr sa vie4 ,p>donne-moi cet orgueil1 mon enfant2 ce s]a peut-tre la seule rcomp5se que je retir]ai de t\te cette vie de labeur2 peut-tre s]a-ce le seul pi que je rcolt]ai dans le rude sillon que j'ai lab\r la sueur de mon front4 ,je suis l'hriti] spirituel du pre ,fulg5ce1 comme tu s]as le mi51 ,angel4 ,le pre ,fulg5ce tait un mo9e de ce c\v5t2 il avait1 dans sa jeunesse1 connu le fondateur1 notre vnr matre ,hbronius1 ou1 comme on l'appelle ici1 l'abb ,spiridion4 ,il tait alors p\r lui ce que tu es p\r moi1 mon fils2 il tait jeune et bon1 inexprim5t et timide comme toi2 son matre l'aimait comme je t'aime1 et il lui apprit1 avec une p>tie de ses secrets1 l'hi/oire de sa vie4 ,c'e/ donc de l'hriti] mme du matre que je ti5s les *oses que je vais te r$ire4 ,pi]re ,hbronius ne s'appelait pas a9si d'abord4 ,son vrai nom tait ,samuel4 ,il tait juif1 et n dans un petit village des environs d',inspruck4 ,sa famille1 matresse d'une assez gr&e =tune1 le laissa1 dans sa premire jeunesse1 compltem5t libre de suivre ses incl9ations4 ,ds l'enfance il en montra de srieuses4 ,il aimait vivre dans la solitude1 et passait ses j\rnes et quelquefois ses nuits p>c\rir les pres montagnes et les troites valles de son pays4 ,s\v5t il allait s'asseoir sur le bord des torr5ts ou sur les rives des lacs1 et il y re/ait longtemps c\t] la voix des ondes1 *]*ant dml] le s5s que la nature ca*ait dans ces bruits4 mesure qu'il avana en ge1 son intellig5ce dev9t plus curieuse et plus grave4 ,il fallut donc song] lui donn] une in/ruction solide4 ,ses p>5ts l'envoyr5t tudi] aux univ]sits d',allemagne4 ,il y avait pe9e un sicle que ,lu!r tait mort1 et son s\v5ir et sa p>ole vivai5t encore dans l'en?\siasme de ses disciples4 ,la n\velle loi aff]missait les conqutes qu'elle avait faites1 et semblait s'pan\ir dans son triomphe4 ,c'tait1 p>mi les r=ms1 la mme ardeur qu'aux premi]s j\rs1 seulem5t plus claire et plus mesure4 ,le proslytisme y rgnait encore dans t\te sa f]veur1 et faisait *aque j\r de n\veaux adeptes4 ,en ent5dant pr*] une morale et expliqu] des dogmes que le lu?ranisme avait pris dans le ca?olicisme1 ,samuel fut pntr d'admiration4 ,comme c'tait un esprit s9cre et h>di1 il comp>a t\t de suite les doctr9es qu'on lui exposait prs5tem5t avec celles dans lesquelles on l'avait lev2 et1 clair p> cette comp>aison1 il reconnut t\t d'abord l'infriorit du judasme4 ,il se dit qu'une religion faite p\r un seul peuple l'exclusion de t\s les autres1 qui ne donnait l'intellig5ce ni satisfaction dans le prs5t1 ni c]titude dans l'av5ir1 mconnaissait les nobles beso9s d'am\r qui sont dans le cur de l'homme1 et n'(frait p\r rgle de conduite qu'une ju/ice b>b>e2 il se dit que cette religion ne p\vait tre celle des belles mes et des gr&s esprits1 et que celui-l n'tait pas le ,dieu de vrit qui ne dictait qu'au bruit du tonn]re ses *angeantes volonts1 et n'appelait l'excution de ses troites p5ses que les esclaves d'une t]reur grossire4 ,t\j\rs consqu5t avec lui-mme1 ,samuel1 qui avait dit selon sa p5se1 fit ensuite selon son dire1 et1 un an aprs son arrive en ,allemagne1 il abjura sol5nellem5t le judasme p\r entr] dans le se9 de l'glise r=me4 ,comme il ne savait pas faire les *oses moiti1 il v\lut1 autant qu'il tait en lui1 dp\ill] le vieil homme et se faire une vie t\te n\velle2 c'e/ alors qu'il *angea son nom de ,samuel p\r celui de ,pi]re4 ,quelque temps se passa p5dant lequel il s'aff]mit et s'in/ruisit davantage dans sa n\velle religion4 ,bi5tt il en arriva au po9t de *]*] p\r elle des objections rfut] et des adv]saires combattre4 ,comme il tait audacieux et entrepr5ant1 il s'adressa d'abord aux plus rudes4 ,bossuet fut le premi] auteur ca?olique qu'il se mit lire4 ,ce fut avec une sorte de dda9 qu'il le comm5a3 croyant que dans la foi qu'il v5ait d'embrass] rsidait la vrit pure1 il mprisait t\tes les attaques que l'on p\vait t5t] contre elle1 et riait un peu d'avance des argum5ts irrsi/ibles de l',aigle de ,meaux4 ,mais son ironique mfiance fit bi5tt place l'tonnem5t1 et ensuite l'admiration4 ,qu& il vit avec quelle logique puissante et quelle posie gr&iose le prlat franais df5dait l'glise de ,rome1 il se dit que la cause plaide p> un p>eil avocat en dev5ait au mo9s respectable2 et1 p> une transition naturelle1 il arriva p5s] que les gr&s esprits ne p\vai5t se dv\] qu' de gr&es *oses4 ,alors il tudia le ca?olicisme avec la mme ardeur et la mme imp>tialit qu'il avait fait p\r le lu?ranisme1 se plaant vis--vis de lui1 non pas comme font d'ord9aire les sectaires1 au po9t de vue de la controv]se et du dnigrem5t1 mais celui de la re*]*e et de la comp>aison4 ,il alla en ,france s'clair] auprs des docteurs de la religion-mre1 comme il avait fait en ,allemagne p\r la r=me4 ,il vit le gr& ,arnauld et le second ,grgoire de ,nazianze1 ,fnelon1 et ce mme ,bossuet4 ,guid p> ces matres1 dont la v]tu lui faisait aim] l'intellig5ce1 il pntra rapidem5t au fond des my/res de la morale et du dogme ca?oliques4 ,il y retr\va t\t ce qui faisait p\r lui la gr&eur et la beaut du prote/antisme1 le dogme de l'unit et de l't]nit de ,dieu que les deux religions avai5t emprunt au judasme1 et ceux qui sembl5t en dc\l] naturellem5t et que p\rtant celui-ci n'avait pas reconnus1 l'immortalit de l'me1 le libre arbitre dans cette vie1 et dans l'autre la rcomp5se p\r les bons et la punition p\r les m*ants4 ,il y retr\va1 plus pure peut-tre et plus leve encore1 cette morale sublime qui pr*e aux hommes l'galit entre eux1 la frat]nit1 l'am\r1 la *>it1 le dvom5t autrui1 le r5oncem5t soi-mme4 ,le ca?olicisme lui p>aissait avoir en outre l'avantage d'une =mule plus va/e et d'une unit vig\reuse qui manquait au lu?ranisme4 ,celui-ci avait1 il e/ vrai1 en ret\r1 conquis la lib]t d'exam51 qui e/ aussi un beso9 de la nature huma9e1 et proclam l'autorit de la raison individuelle2 mais il avait1 p> cela mme1 r5onc au pr9cipe de l'infaillibilit1 qui e/ la base ncessaire et la condition vitale de t\te religion rvle1 puisqu'on ne peut faire vivre une *ose qu'en v]tu des lois qui ont prsid sa naissance1 et qu'on ne peut1 p> consqu5t1 confirm] et cont9u] une rvlation que p> une autre4 ,or1 l'infaillibilit n'e/ autre *ose que la rvlation cont9ue p> ,dieu mme ou le ,v]be dans la p]sonne de ses vicaires4 ,le lu?ranisme1 qui prt5dait p>tag] l'orig9e du ca?olicisme et s'appuy] la mme rvlation1 avait1 en brisant la *ane traditionnelle qui ratta*ait le *ri/ianisme t\t enti] cette mme rvlation1 sap de ses propres ma9s les fondem5ts de son difice4 ,en livrant la libre discussion la cont9uation de la religion rvle1 il avait p> l mme livr aussi son comm5cem5t1 et att5t a9si lui-mme l'inviolabilit de cette orig9e qu'il p>tageait avec la secte rivale4 ,comme l'esprit d',hbronius se tr\vait en ce mom5t plus port v]s la foi que v]s la critique1 et qu'il avait bi5 mo9s beso9 de discussion que de conviction1 il se tr\va naturellem5t port prfr] la c]titude et l'autorit du ca?olicisme la lib]t et l'inc]titude du prote/antisme4 ,ce s5tim5t se =tifiait encore l'aspect du c>actre sacr d'antiquit que le temps avait imprim au front de la religion-mre4 ,puis la pompe et l'clat dont s'ent\rait le culte roma9 semblai5t cet esprit potique l'expression h>monieuse et ncessaire d'une religion rvle p> le ,dieu de la gloire et de la t\te-puissance4 ,enf91 aprs de mres rflexions1 il se reconnut s9crem5t et entirem5t conva9cu1 et reut de n\veau le baptme de ma9s de ,bossuet4 ,il aj\ta sur les fonts le nom de ,spiridion celui de ,pi]re1 en mmoire de ce qu'il avait t deux fois clair p> l'esprit4 ,rsolu ds lors consacr] sa vie t\t entire l'adoration du n\veau ,dieu qui l'avait appel lui et l'appr(ondissem5t de sa doctr9e1 il passa en ,italie1 et y fit btir1 l'aide de la gr&e =tune que lui avait laisse un de ses oncles1 ca?olique comme lui1 le c\v5t o n\s sommes4 ,fidle l'esprit de la loi qui avait cr les communauts religieuses1 il y rassembla aut\r de lui les mo9es les mieux fams p> leur intellig5ce et leur v]tu1 p\r se livr] avec eux la re*]*e de t\tes les vrits1 et travaill] l'agr&issem5t et la corroboration de la foi p> la sci5ce4 ,son entreprise p>ut d'abord russir4 ,/imuls p> son exemple1 ses compagnons se livrr5t p5dant quelques annes avec ardeur l'tude1 la prire et la mditation4 ,ils s'tai5t placs s\s la protection de sa9t ,b5ot1 et avai5t adopt les rgles de son ordre4 ,qu& le mom5t fut v5u p\r eux de se donn] un *ef spirituel1 ils portr5t unanimem5t sur ,hbronius leur *oix1 qui fut ratifi p> le pape4 ,le n\veau ,prieur1 un in/ant heureux de la confiance des frres qu'il s'tait *oisis1 se remit ses travaux avec plus d'ardeur et d'esprance que jamais4 ,mais son illusion ne fut pas de longue dure4 ,il ne fut pas longtemps reconnatre qu'il s'tait cruellem5t tromp sur le compte des hommes qu'il avait appels p>tag] son entreprise4 ,comme il les avait pris p>mi les plus pauvres religieux de l',italie1 il n'eut pas de pe9e en obt5ir du zle et du so9 p5dant les premires annes4 ,acc\tums qu'ils tai5t une vie dure et active1 ils avai5t facilem5t adopt le g5re d'exi/5ce qu'il leur avait donn1 et s'tai5t con=ms volonti]s ses dsirs4 ,mais1 mesure qu'ils s'habitur5t l'opul5ce1 ils dev9r5t mo9s laborieux1 et se laissr5t peu peu all] aux dfauts et aux vices dont ils avai5t vu autrefois l'exemple *ez leurs confrres plus ri*es1 et dont peut-tre ils avai5t cons]v en eux-mmes le g]me4 ,la frugalit fit place l'intemprance1 l'activit la p>esse1 la *ant l'gsme2 le j\r n'eut plus de prires1 la nuit plus de veilles2 la mdisance et la g\rm&ise trnr5t dans le c\v5t comme deux re9es impures2 l'ignorance et la grossiret y pntrr5t leur suite1 et fir5t du temple de/9 aux v]tus au/res et aux nobles travaux un rceptacle de honteux plaisirs et de l*es oisivets4 ,hbronius1 endormi dans sa confiance et p]du dans ses pr(ondes spculations1 ne s'ap]cevait pas du ravage que faisai5t aut\r de lui les misrables in/9cts de la matire4 ,qu& il ouvrit les yeux1 il tait dj trop t>d3 n'ayant pas vu la transition p> laquelle t\tes ces mes vulgaires tai5t alles du bi5 au mal2 trop loign d'elles p> la gr&eur de sa nature p\r p\voir compr5dre leurs faiblesses1 il se prit p\r elles d'un imm5se dda92 et1 au lieu de se baiss] v]s les p*eurs avec indulg5ce et de *]*] les ram5] leur v]tu premire1 il s'en dt\rna avec dgt1 et dressa v]s le ciel sa tte dsormais solitaire4 ,mais1 comme l'aigle bless qui monte au soleil avec le v59 d'un reptile dans l'aile1 il ne put1 dans la hauteur de son isolem5t1 se db>rass] des rvoltantes images qui avai5t surpris ses yeux4 ,l'ide de la corruption et de la bassesse v9t se ml] t\tes ses mditations ?ologiques1 et s'atta*]1 comme une lpre honteuse1 l'ide de la religion4 ,il ne put bi5tt plus sp>]1 malgr sa puissance d'ab/raction1 le ca?olicisme des ca?oliques4 ,cela l'am5a1 sans qu'il s'en ap]t1 le considr] s\s ses cts les plus faibles1 comme il l'avait jadis considr s\s les plus =ts1 et en re*]*]1 malgr lui1 les possibilits mauvaises4 ,avec le gnie inve/igateur et la puissante facult d'analyse dont il tait d\1 il ne fut pas longtemps les tr\v]2 mais1 comme ces magici5s tmraires qui voquai5t des spectres et tremblai5t leur app>ition1 il s'p\vanta lui-mme de ses dc\v]tes4 ,il n'avait plus cette f\gue de la premire jeunesse qui le p\ssait t\j\rs en avant2 et il se disait que1 cette troisime religion une fois dtruite1 il n'en aurait plus aucune s\s laquelle il pt s'abrit]4 ,il s'ef=a donc de raff]mir sa foi1 qui comm5ait *ancel]1 et p\r cela il se mit relire les plus beaux crits des df5seurs contempora9s de l'glise4 ,il rev9t naturellem5t ,bossuet2 mais il tait dj un autre po9t de vue1 et ce qui lui avait autrefois p>u concluant et sans rplique lui semblait ma9t5ant controv]sable ou niable en bi5 des po9ts4 ,les argum5ts du docteur ca?olique lui rappelr5t les objections des prote/ants2 et la lib]t d'exam51 qu'il avait autrefois ddaigne1 r5tra victorieusem5t dans son intellig5ce4 ,oblig de lutt] individuellem5t contre la doctr9e infaillible1 il cessa de ni] l'autorit de la raison individuelle4 ,bi5tt1 mme1 il en fit un usage plus audacieux que t\s ceux qui l'avai5t proclame4 ,il avait hsit au db2 mais1 une fois son lan pris1 il ne s'arrta plus4 ,il remonta de consqu5ce en consqu5ce jusqu' la rvlation elle-mme1 l'attaqua avec la mme logique que le re/e1 et =a de r$esc5dre sur la t]re cette religion qui v\lait ca*] sa tte dans les cieux4 ,lorsqu'il eut livr la foi cette bataille dcisive1 il cont9ua presque =cm5t sa m>*e et p\rsuivit sa victoire2 victoire fune/e1 qui lui cota bi5 des l>mes et bi5 des insomnies4 ,aprs avoir dp\ill de sa div9it le pre du *ri/ianisme1 il ne craignit pas de dem&] compte lui et ses successeurs de l'uvre huma9e qu'ils avai5t accomplie4 ,le compte fut svre4 ,hbronius alla au fond de t\tes les *oses4 ,il tr\va beauc\p de mal ml beauc\p de bi51 et de gr&es erreurs de gr&es vrits4 ,le gr& *amp ca?olique avait port autant d'ivraie1 peut-tre1 que de pur from5t4 ,dans la nature d'esprit d',hbronius1 l'ide d'un ,dieu pur esprit1 tirant de lui-mme un monde matriel et p\vant le faire r5tr] en lui p> un anantissem5t p>eil sa cration1 lui semblait tre le produit d'une imag9ation malade1 presse d'enfant] une ?ologie quelconque2 et voici ce qu'il se disait s\v5t3--,organis comme il l'e/1 l'homme1 qui ne doit p\rtant jug] et croire que d'aprs ses p]ceptions1 peut-il concevoir qu'on fasse de ri5 quelque *ose1 et de quelque *ose ri58 ,et sur cette base1 quel difice se tr\ve bti8 ,que vi5t faire l'homme sur ce monde matriel que le pur esprit a tir de lui-mme8 ,il a t tir et =m de la matire1 puis plac dessus p> le ,dieu qui connat l'av5ir1 p\r tre s\mis des preuves que ce ,dieu dispose son gr et dont il sait d'avance l'issue1 p\r lutt]1 en un mot1 contre un dang] auquel il doit ncessairem5t succomb]1 et expi] ensuite une faute qu'il n'a pu s'emp*] de commettre4 ,cette p5se des hommes appels1 sans leur cons5tem5t1 une vie de prils et d'angoisses1 suivie p\r la plup>t de s\ffrances t]nelles et 9vitables1 arra*ait l'me droite d',hbronius des cris de d\leur et d'indignation4--,oui1 s'criait-il1 oui1 *rti5s1 v\s tes bi5 les desc5dants de ces ,juifs implacables qui1 dans les villes conquises1 massacrai5t jusqu'aux enfants des femmes et aux petits des brebis2 et votre ,dieu e/ le fils agr&i de ce ,jhovah froce qui ne p>lait jamais ses adorateurs que de colre et de v5geance6 ,il r5ona donc sans ret\r au *ri/ianisme2 mais1 comme il n'avait plus de religion n\velle embrass] la place1 et que1 dev5u plus prud5t et plus calme1 il ne v\lait pas se faire inutilem5t accus] encore d'incon/ance et d'apo/asie1 il g>da t\tes les pratiques extrieures de ce culte qu'il avait intrieurem5t abjur4 ,mais ce n'tait pas assez d'avoir quitt l'erreur2 il aurait encore fallu tr\v] la vrit4 ,hbronius avait beau t\rn] les yeux aut\r de lui1 il ne voyait ri5 qui y ressemblt4 ,alors comm5a p\r lui une suite de s\ffrances inconnues et t]ribles4 ,plac face face avec le d\te1 cet esprit s9cre et religieux s'p\vanta de son isolem5t1 et se prit su] l'eau et le sang1 comme le ,*ri/ sur la montagne1 la vue de son calice4 ,et comme il n'avait d'autre b et d'autre dsir que la vrit1 que ri5 hors elle ne l'intressait ici-bas1 il vivait absorb dans ses d\l\reuses contemplations2 ses reg>ds errai5t sans cesse dans le vague qui l'ent\rait comme un ocan sans bornes1 et il voyait l'horizon recul] sans cesse devant lui mesure qu'il v\lait le saisir4 ,p]du dans cette imm5se inc]titude1 il se s5tait pris peu peu de v]tige1 et se mettait t\rbillonn] sur lui-mme4 ,puis1 fatigu de ses va9es re*]*es et de ses t5tatives sans esprance1 il retombait affaiss1 morne et dsorganis1 ne vivant plus que p> la s\rde d\leur qu'il ress5tait sans la compr5dre4 ,p\rtant il cons]vait encore assez de =ce p\r ne ri5 laiss] voir au dehors de sa misre intrieure4 ,on s\ponnait bi51 la pleur de son front1 sa l5te et mlancolique dm>*e1 quelques l>mes furtives qui glissai5t de temps en temps sur ses j\es amaigries1 que son me tait =tem5t travaille1 mais on ne savait p> quoi4 ,le manteau de sa tri/esse ca*ait t\s les yeux le secret de sa blessure4 ,comme il n'avait confi p]sonne la cause de son mal1 p]sonne n'aurait pu dire s'il v5ait d'une incrdulit dsespre ou d'une foi trop vive que ri5 sur la t]re ne p\vait ass\vir4 ,le d\te1 cet g>d1 n'tait mme gure possible4 ,l'abb ,spiridion accomplissait avec une si irrpro*able exactitude t\tes les pratiques extrieures du culte et t\s ses devoirs visibles de p>fait ca?olique1 qu'il ne laissait ni prise ses ennemis ni prtexte une s5sation plausible4 ,t\s les mo9es1 dont sa rigide v]tu cont5ait les vices et dont ses au/res labeurs condamnai5t la l*e p>esse1 blesss la fois dans leur gsme et dans leur vanit1 n\rrissai5t contre lui une ha9e implacable1 et *]*ai5t avidem5t les moy5s de le p]dre2 mais1 ne tr\vant pas dans sa conduite l'ombre d'une faute1 ils tai5t =cs de rong] leur fre9 en sil5ce1 et se cont5tai5t de le voir s\ffrir p> lui-mme4 ,hbronius connaissait le fond de leur p5se1 et1 t\t en mprisant leur impuissance1 s'indignait de leur m*ancet4 ,aussi1 qu&1 p> in/ants1 il sortait de ses proccupations intrieures p\r jet] un reg>d sur la vie relle1 il leur faisait rudem5t port] le poids de leur malice4 ,autant il tait d\x avec les bons1 autant il tait dur avec les mauvais4 ,si t\tes les faiblesses le tr\vai5t compatissant1 et t\tes les s\ffrances sympa?ique1 t\s les vices le tr\vai5t svre1 et t\tes les impo/ures impitoyable4 ,il semblait mme tr\v] quelque ad\cissem5t ses maux dans cet ex]cice complet de la ju/ice4 ,sa gr&e me s'exaltait encore l'ide de faire le bi54 ,il n'avait plus de rgle c]ta9e ni de loi absolue2 mais une sorte de raison in/9ctive1 que ri5 ne p\vait anantir ni dt\rn]1 le guidait dans t\tes ses actions et le conduisait au ju/e4 ,ce fut probablem5t p> ce ct qu'il se ratta*a la vie2 en s5tant f]m5t] ces gnreux s5tim5ts1 il se dit que l't9celle sacre n'avait pas cess de brl] en lui1 mais seulem5t de brill]2 et que ,dieu veillait encore dans son cur1 bi5 que ca* son intellig5ce p> des voiles impntrables4 ,que ce ft cette ide ou une autre qui le ranimt1 t\j\rs e/-il qu'on vit peu peu son front s'claircir1 et ses yeux1 t]nis p> les l>mes1 repr5dre leur anci5 clat4 ,il se remit avec plus d'ardeur que jamais aux travaux qu'il avait ab&onns1 et comm5a m5] une vie plus retire encore qu'aup>avant4 ,ses ennemis se rj\ir5t d'abord1 esprant que c'tait la maladie qui le ret5ait dans la solitude2 mais leur erreur ne fut pas de longue dure4 ,l'abb1 au lieu de s'affaiblir1 repr5ait *aque j\r de n\velles =ces1 et semblait se retremp] dans les fatigues t\j\rs plus gr&es qu'il s'imposait4 quelque heure de la nuit que l'on reg>dt sa f5tre1 on tait sr d'y voir de la lumire2 et les curieux qui s'appro*ai5t de sa porte p\r t*] de connatre l'emploi qu'il faisait de son temps1 ent5dai5t presque t\j\rs dans sa cellule le bruit de feuillets qui se t\rnai5t rapidem5t1 ou le cri d'une plume sur le papi]1 s\v5t des pas mesurs et tranquilles1 comme ceux d'un homme qui mdite4 ,quelquefois mme des p>oles in9telligibles arrivai5t aux oreilles des espions1 et des cris confus ple9s de colre ou d'en?\siasme les cl\ai5t d'tonnem5t leur place ou les faisai5t fuir d'p\vante4 ,les mo9es1 qui n'avai5t ri5 compris l'abattem5t de l'abb1 ne comprir5t ri5 son exaltation4 ,ils se mir5t *]*] la cause de son bi5-tre1 le b de ses travaux1 et leurs sottes c]velles n'imag9r5t ri5 de mieux que la magie4 ,la magie6 comme si les gr&s hommes p\vai5t rapetiss] leur intellig5ce immortelle au mti] de sorcire1 et consacr] t\te leur vie s\ffl] dans des f\rneaux p\r faire app>atre aux enfants effrays des diables queue de *i5 avec des pi$s de b\c6 ,mais la matire ignorante ne compr5d ri5 la m>*e de l'esprit1 et les hib\x ne connaiss5t pas les *em9s p> o les aigles vont au soleil4 ,cep5dant la monacaille n'osa pas dire t\t haut son op9ion1 et la calomnie erra honteusem5t dans l'ombre aut\r du matre1 sans os] l'attaqu] en face4 ,il tr\va1 dans la t]reur qu'inspirai5t ses imbciles ennemis des ma*9ations imag9aires1 une scurit qu'il n'aurait pas tr\ve dans la vnration due son gnie et sa v]tu4 ,du my/re pr(ond qui l'ent\rait1 ils s'att5dai5t voir sortir quelque t]rible prodige1 comme d'un sombre nuage des feux dvorants4 ,c'e/ a9si qu'il fut donn ,hbronius d'arriv] tranquille son heure d]nire4 ,qu& il la vit appro*]1 il fit v5ir ,fulg5ce1 p\r qui il n\rrissait une pat]nelle affection4 ,il lui dit qu'il l'avait di/+u de t\s ses autres compagnons1 cause de la s9crit de son cur et de son ard5t am\r du beau et du vrai1 qu'il l'avait depuis longtemps *oisi p\r tre son hriti] spirituel1 et que l'in/ant tait v5u de lui rvl] sa p5se4 ,alors il lui raconta l'hi/oire intime de sa vie4 ,arriv la d]nire priode1 il s'arrta un in/ant1 comme p\r mdit]1 avant de prononc] les p>oles suprmes et df9itives2 puis il reprit de la sorte3 --,mon *] enfant1 je t'ai initi t\tes les luttes1 t\s les d\tes1 t\tes les croyances de ma vie4 ,je t'ai dit t\t ce que j'avais tr\v de bon et de mauvais1 de vrai et de faux dans t\tes les religions que j'ai trav]ses4 ,je t'en laisse le juge1 et remets ta consci5ce le so9 de dcid]4 ,si tu p5ses que j'aie tort1 et que le ca?olicisme1 o tu z vcu depuis ton enfance1 satisfasse la fois ton esprit et ton cur1 ne te laisse pas entran] p> mon exemple1 et g>de ta croyance4 ,on doit re/] l o l'on e/ bi54 ,p\r all] d'une foi une autre il faut trav]s] des abmes1 et je sais trop combi5 la r\te e/ pnible p\r t'y p\ss] malgr toi4 ,la sagesse mesure aux plantes le t]ra9 et le v5t3 la rose elle donne la pla9e et la brise1 au cdre la montagne et l'ouragan4 ,il e/ des esprits h>dis et curieux qui veul5t et *]*5t avant t\t la vrit2 il en e/ d'autres1 plus timides et plus mode/es1 qui ne dem&5t que du repos4 ,si tu me ressemblais1 si le premi] beso9 de ta nature tait de savoir1 je t'ouvrirais sans hsit] ma p5se t\t entire4 ,je te f]ais boire la c\pe de vrit que j'ai remplie de mes l>mes1 au risque de t'enivr]4 ,mais il n'en e/ pas a9si1 hlas6 ,tu es fait p\r aim] bi5 plus que p\r savoir1 et ton cur e/ plus =t que ton esprit4 ,tu es atta* au ca?olicisme1 je le crois du mo9s1 p> des li5s de s5tim5t que tu ne p\rrais bris] sans d\leur2 et1 si tu le faisais1 cette vrit1 p\r laquelle tu aurais immol t\tes tes sympa?ies1 ne te pai]ait pas de tes sacrifices4 ,au lieu de t'exalt]1 elle t'accabl]ait peut-tre4 ,c'e/ une n\rriture trop =te p\r les poitr9es dlicates1 et qui t\ffe qu& elle ne vivifie pas4 ,je ne veux donc pas te rvl] cette doctr9e qui fait le triomphe de ma vie et la consolation de mon heure d]nire1 p>ce qu'elle f]ait peut-tre ton deuil et ton dsespoir4 ,que sait-on des mes8 ,p\rtant1 cause mme de ton am\r1 il e/ possible que le culte du beau te mne au beso9 du vrai1 et l'heure peut sonn] o ton esprit s9cre aura soif et faim de l'absolu4 ,je ne veux pas alors que tu cries en va9 v]s le ciel1 et que tu rp&es sur une ignorance incurable des l>mes inexauces4 ,je laisse aprs moi une ess5ce de moi1 la meilleure p>tie de mon intellig5ce1 quelques pages1 fruit de t\te ma vie de mditations et de travaux4 ,de t\tes les uvres qu'ont enfantes mes longues veilles1 c'e/ la seule que je n'aie pas livre aux flammes1 p>ce que c'tait la seule complte4 ,l je suis t\t enti]2 l e/ la vrit4 ,or le sage a dit de ne pas enf\ir les trsors au fond des puits4 ,il faut donc que cet crit *appe la brutale /upidit de ces mo9es4 ,mais comme il ne doit pass] qu'en des ma9s dignes de le t\*] et ne s'ouvrir qu' des yeux capables de le compr5dre1 j'y veux mettre une condition qui s]a en mme temps une preuve4 ,je veux l'emport] dans la tombe1 af9 que celui de v\s qui v\dra un j\r le lire ait assez de c\rage p\r brav] de va9es t]reurs en l'arra*ant la p\ssire du spulcre4 ,a9si1 c\te ma d]nire volont3 ,ds que j'aurai f]m les yeux1 place cet crit sur ma poitr9e4 ,je l'ai enf]m moi-mme dans un tui de p>*em91 dont la prp>ation p>ticulire p\rrait le g>antir de la corruption durant plusieurs sicles4 ,ne laisse p]sonne t\*] mon cadavre2 c'e/ l un tri/e so9 qu'on ne se dispute gure et qu'on te laiss]a volonti]s4 ,r\le toi-mme le l9ceul aut\r de mes membres extnus1 et veille sur ma dp\ille d'un il jal\x1 jusqu' ce que je sois desc5du dans le se9 de la t]re avec mon trsor2 c> le temps n'e/ pas v5u o tu p\rrais toi-mme en pr(it]4 ,tu n'en adopt]ais l'esprit que sur la foi de ma p>ole1 et cette foi ne suffirait pas l'preuve d'une lutte *aque j\r r5\vele contre toi p> le ca?olicisme4 ,comme *aque gnration de l'humanit1 *aque homme a ses beso9s intellectuels1 dont la limite m>que celle de ses inve/igations et de ses conqutes4 ,p\r lire avec fruit ces lignes que je confie au sil5ce de la tombe1 il faudra que ton esprit soit arriv1 comme le mi51 la ncessit d'une trans=mation complte4 ,alors seulem5t tu dp\ill]as sans cra9te et sans regret le vieux vtem5t1 et tu revtiras le n\veau avec la c]titude d'une bonne consci5ce4 ,qu& ce j\r luira p\r toi1 brise sans inquitude la pi]re et le mtal1 ouvre mon c]cueil et plonge dans mes entrailles dess*es une ma9 f]me et pieuse4 ,ah6 qu& vi5dra cette heure1 il me semble que mon cur te9t tressaill]a comme l'h]be glace au ret\r d'un soleil de pr9temps1 et que du se9 de ses trans=mations inf9ies mon esprit entr]a en comm]ce immdiat avec le ti53 c> l',esprit vit jamais1 il e/ l't]nel producteur et l't]nel alim5t de l'esprit2 il n\rrit ce qu'il eng5dre1 et1 comme *aque de/ruction alim5te une production n\velle dans l'ordre matriel1 de mme *aque s\ffle intellectuel entreti5t1 p> une invisible communion1 le s\ffle veill p> lui dans un sanctuaire n\veau de l'intellig5ce4 ,ce disc\rs n'veilla pas dans le se9 de ,fulg5ce une ardeur plus gr&e que son matre ne l'avait press5ti2 ,spiridion l'avait bi5 jug en lui disant que l'heure de la connaissance n'tait pas sonne p\r lui4 ,sans d\te1 des esprits plus h>dis et des c]veaux plus va/es que celui de ,fulg5ce euss5t pu tre in/itus dpositaires du secret de l'abb2 cette poque il s'en tr\vait encore dans le clotre4 ,mais1 sans d\te aussi1 ces c>actres ne lui (frai5t po9t une g>antie suffisante de s9crit et de ds9tressem5t2 il devait cra9dre que son trsor ne dev9t un moy5 de puissance temporelle ou de gloire monda9e dans les ma9s des ambitieux1 peut-tre une s\rce d'impit1 une cause d'a?isme1 s\s l'int]prtation d'une me aride et d'une intellig5ce prive d'am\r4 ,il savait que ,fulg5ce tait1 comme dit l'criture1 un or trs-pur1 et que si1 le c\rage lui manquant1 il v5ait ne po9t pr(it] du legs sacr1 du mo9s il n'en f]ait jamais un usage fune/e4 ,qu& il vit avec quelle humble rsignation ce disciple bi5-aim avait c\t ses confid5ces1 il s'applaudit de l'avoir laiss son libre arbitre1 et lui fit jur] seulem5t qu'il en m\rrait po9t sans avoir fait pass] le legs en des ma9s dignes de le possd]1 ,fulg5ce le jura4 --,mais1 mon matre6 s'cria-t-il1 quoi connatrai-je ces ma9s pures8 et si nul ne m'inspire assez de confiance p\r que je lui transmette votre hritage1 du se9 de la tombe votre voix ne mont]a-t-elle pas v]s moi p\r tanc] mon aveuglem5t ou ma timidit8 ,p\rrai-je1 qu& la lumire s]a te9te1 me dirig] seul dans les tnbres8 --,aucune lumire ne s'te9t1 rpondit l'abb1 et les tnbres de l'ent5dem5t sont1 p\r un esprit gnreux et s9cre1 des voiles faciles d*ir]4 ,ri5 ne se p]d2 la =me elle-mme ne meurt pas2 et1 ma figure re/ant grave dans le plus intime sanctuaire de ta mmoire1 qui p\rra dire que ma figure a disp>u de ce monde et que les v]s ont dtruit mon image8 ,la mort rompra-t-elle les li5s de notre amiti1 et ce qui e/ cons]v dans le cur d'un ami a-t-il cess d'tre6 ,l'me a-t-elle beso9 des yeux du corps p\r contempl] ce qu'elle aime1 et n'e/-elle pas un miroir d'o ri5 ne s'efface8 ,va1 la m] cess]a de reflt] l'azur des cieux avant que l'image d'un tre aim retombe dans le nant2 et l'arti/e qui fixe une ressemblance sur la toile ou sur le m>bre ne donne-t-il pas1 lui aussi1 une sorte d'immortalit la matire8 ,tels tai5t les d]ni]s entreti5s de ,spiridion avec son ami4 ,mais ici comm5ce p\r ce d]ni] une srie de faits p]sonnels sur lesquels j'appelle t\te ton att5tion2 les voici tels qu'ils m'ont t transmis ma9tes fois p> lui avec la plus scrupuleuse exactitude4 ,fulg5ce ne p\vait s'habitu] l'ide de voir m\rir son ami et son matre4 ,en va9 les mdec9s lui disai5t qui l'abb avait peu de j\rs vivre1 sa maladie ayant dpasse dj le t]me o cess5t les esprances et o s'arrt5t les ress\rces de l'art2 il ne concevait pas que cet homme1 encore si vig\reux d'esprit et de c>actre1 ft la veille de sa de/ruction4 ,jamais il ne l'avait vu plus clair et plus loqu5t dans ses p>oles1 plus subtil dans ses ap]u et plus l>ge dans ses vues4 ,au seuil d'une autre vie1 il avait encore de l'n]gie et de l'activit p\r s'occup] des dtails de la vie qu'il allait quitt]4 ,ple9 de sollicitude p\r ses frres1 il donnait *acun l'in/ruction qui lui conv5ait3 aux mauvais1 la prdication ard5te2 aux bons1 l'enc\ragem5t pat]nel4 ,il tait plus inquiet et plus t\* de la d\leur de ,fulg5ce que de ses propres s\ffrances physiques1 et sa t5dresse p\r ce jeune homme lui faisait oubli] ce qu'a de sol5nel et de t]rible le pas qu'il allait fran*ir4 ,ici le pre ,alexis s'int]rompit en voyant mes yeux se remplir de l>mes1 et ma tte se p5*a sur sa ma9 glace1 la p5se d'un rappro*em5t si intime entre la situation qu'il me dcrivait et celle o n\s n\s tr\vions l'un et l'autre4 ,il me comprit1 s]ra ma ma9 avec =ce et cont9ua4 ,spiridion1 voyant que cette me t5dre et passionne dans ses atta*em5ts allait se bris] avec le fil de sa vie1 essayait de lui ad\cir l'horreur dont le ca?olicisme environne l'ide de la mort2 il lui peignait s\s des c\leurs s]e9es et consolantes ce passage d'une exi/5ce phmre une exi/5ce sans f94 --,je ne v\s pla9s pas de m\rir1 lui rpondait ,fulg5ce2 je me pla9s p>ce que v\s me quittez4 ,je ne suis pas inquiet de votre av5ir1 je sais que v\s allez pass] de mes bras dans ceux d'un ,dieu qui v\s aime2 mais moi je vais gmir sur une t]re aride et tran] une exi/5ce dlaisse p>mi des tres qui ne v\s remplac]ont jamais p\r moi6 -- mon enfant6 ne p>le pas a9si1 rpondit l'abb2 il y a une provid5ce p\r les hommes bons1 p\r les curs aimants4 ,si elle te retire un ami dont la mission auprs de toi e/ remplie1 elle donn]a en rcomp5se ta vieillesse un ami fidle1 un fils dv\1 un disciple confiant1 qui ent\r]a tes d]ni]s j\rs des consolations que tu me procures auj\rd'hui4 --,nul ne p\rra m'aim] comme je v\s aime1 repr5ait ,fulg5ce1 c> jamais je ne s]ai digne d'un am\r semblable celui que v\s m'inspirez2 et qu& mme cela devrait arriv]1 je suis si jeune encore6 ,imag9ez ce que j'aurai s\ffrir1 priv de guide et d'appui1 durant les annes de ma vie o vos conseils et votre protection m'euss5t t le plus ncessaires6 --,ec\te1 lui dit un j\r l'abb1 je veux te dire une p5se qui a trav]s plusieurs fois mon esprit sans s'y arrt]4 ,nul n'e/ plus ennemi que moi1 tu le sais1 des grossires jongl]ies dont les mo9es se s]v5t p\r t]rifi] leurs adeptes2 je ne suis pas davantage p>tisan des extases que d'ignorants visionnaires ou de vils impo/eurs ont fait s]vir leur =tune ou la satisfaction de leur misrable vanit2 mais je crois aux app>itions et aux songes qui ont jet quelquefois une salutaire t]reur ou apport une vivifiante esprance des esprits s9cres et pieusem5t en?\sia/es4 ,les miracles ne me p>aiss5t pas inadmissibles la raison la plus froide et la plus claire4 ,p>mi les *oses surnaturelles qui1 lo9 de caus] de la rpugnance mon esprit1 lui sont un d\x rve et une vague croyance1 j'accept]ais comme possibles les communications directes de nos s5s avec ce qui re/e en n\s et aut\r de n\s des morts que n\s avons *ris4 ,sans croire que les cadavres puiss5t bris] la pi]re du spulcre et repr5dre p\r quelques in/ants les fonctions de la vie1 je m'imag9e quelquefois que les lm5ts de notre tre ne se divis5t pas subitem5t1 et qu'avant leur diffusion un reflet de n\s-mmes se projette aut\r de n\s1 comme le spectre solaire frappe encore nos reg>ds de t\t son clat plusieurs m9utes aprs que l'a/re s'e/ abaiss d]rire notre horizon4 ,s'il faut t'av\] t\t ce qui se passe en moi cet g>d1 je te confess]ai qu'il tait une tradition dans ma famille que je n'ai jamais eu la =ce de rejet] comme une fable4 ,on disait que la vie tait dans le sang de mes anctres un tel degr d'int5sit que leur me pr\vait1 au mom5t de quitt] le corps1 l'ef=t d'une crise trange1 inconnue4 ,ils voyai5t alors leur propre image se dta*] d'eux1 et leur app>atre quelquefois d\ble et triple4 ,ma mre assurait qu' l'heure suprme o mon pre r5dit l'esprit1 il prt5dait voir de *aque ct de son lit un spectre t\t semblable lui1 revtu de l'habit qu'il portait les j\rs de fte p\r all] la synagogue dont il tait rabb94 ,il et t si facile la raison hauta9e de rep\ss] cette lg5de que je ne m'en suis jamais donn la pe9e4 ,elle plaisait mon imag9ation1 et j'eusse t afflig de la condamn] au nant des erreurs juges4 ,ces disc\rs te caus5t quelque surprise1 je le vois4 ,tu m'z vu rep\ss] si durem5t les t5tatives de nos visionnaires et raill] d'une manire si impitoyable leurs halluc9ations1 que tu p5ses peut-tre qu'en cet in/ant mon c]veau s'affaiblit4 ,je s5s1 au contraire1 que les voiles se dgag5t1 et il me semble que jamais je n'ai pntr avec plus de lucidit dans les p]ceptions inconnues d'un n\vel ordre d'ides4 l'heure d'abdiqu] l'ex]cice de la raison sup]be1 l'homme s9cre1 s5tant qu'il n'a plus beso9 de se df5dre des t]reurs de la mort1 jette son b\cli] et contemple d'un il calme le *amp de bataille qu'il ab&onne4 ,alors il peut voir que1 de mme que l'ignorance et l'impo/ure1 la raison et la sci5ce ont leurs prjugs1 leurs aveuglem5ts1 leurs ngations tmraires1 leurs troites ob/9ations4 ,que dis-je8 il voit que la raison et la sci5ce huma9es ne sont que des ap]u provisoires1 des horizons n\vellem5t dc\v]ts1 au del desquels s'ouvr5t des horizons inf9is1 inconnus encore1 et qu'il juge insaisissables1 p>ce que la c\rte dure de sa vie et la faible mesure de ses =ces ne lui p]mett5t pas de p\ss] plus lo9 son voyage4 ,il voit1 vrai dire1 que la raison et la sci5ce ne sont que la supriorit d'un sicle relativem5t un autre1 et il se dit en tremblant que les erreurs qui le font s\rire en son temps ont t le d]ni] mot de la sagesse huma9e p\r ses devanci]s4 ,il peut se dire que ses desc5dants riront galem5t de sa sci5ce1 et que les travaux de t\te sa vie1 aprs avoir port leurs fruits p5dant une saison1 s]ont ncessairem5t rejets comme le vieux tronc d'un arbre qu'on recpe4 ,qu'il s'humilie donc alors1 et qu'il contemple avec un calme philosophique cette suite de gnrations qui l'ont prcd et cette suite de gnrations qui le suivront2 et qu'il s\rie en voyant le po9t int]mdiaire o il a vgt1 atome obscur1 imp]ceptible anneau de la *ane inf9ie6 ,qu'il dise3 ,j'ai t plus lo9 que mes anctres1 j'ai grossi ou pur le trsor qu'ils avai5t conquis4 ,mais qu'il ne dise pas3 ,ce que je n'ai pas fait e/ impossible faire1 ce que je n'ai pas compris e/ un my/re incomprh5sible1 et jamais l'homme ne surmont]a les ob/acles qui m'ont arrt4 ,c> cela s]ait un blasphme1 et ce s]ait p\r de tels arrts qu'il faudrait rallum] les b*]s o l'inquisition jette les crits des novateurs4 ,ce j\r-l1 ,spiridion mit sa tte dans ses ma9s1 et ne s'expliqua pas davantage4 ,le l5dema91 il reprit un entreti5 qui semblait lui plaire et le di/raire de ses s\ffrances4 --,fulg5ce6 dit-il1 que peut signifi] ce mot1 pass8 et quelle action veut m>qu] ce v]be1 n'tre plus8 ,ne sont-ce pas l des ides cres p> l'erreur de nos s5s et l'impuissance de notre raison8 ,ce qui a t peut-il cess] d'tre1 et ce qui e/ peut-il n'avoir pas t de t\t temps8 --,e/-ce dire1 matre1 lui rpliqua le simple ,fulg5ce1 que v\s ne m\rrez po9t1 ou que je v\s v]rai encore aprs que v\s ne s]ez plus8 --,je ne s]ai plus et je s]ai encore1 rpondit le matre4 ,si tu ne cesses pas de m'aim]1 tu me v]ras1 tu me s5tiras1 tu m'ent5dras p>t\t4 ,ma =me s]a devant tes yeux1 p>ce qu'elle re/]a grave dans ton esprit2 ma voix vibr]a ton oreille1 p>ce qu'elle re/]a dans la mmoire de ton cur3 mon esprit se rvl]a encore ton esprit1 p>ce que ton me me compr5d et me possde4 ,et peut-tre1 aj\ta-t-il avec une sorte d'en?\siasme et comme frapp d'une ide n\velle1 peut-tre te dirai-je1 aprs ma mort1 ce que mon ignorance et la ti5ne n\s ont emp*s de dc\vrir ensemble et de n\s communiqu] l'un l'autre4 ,peut-tre la p5se fcond]a-t-elle la mi5ne2 peut-tre la sem5ce laisse p> moi dans ton me fructifi]a-t-elle1 *auffe p> ton s\ffle4 ,prie1 prie6 et ne pleure pas4 ,rappelle-toi que le jeune prophte ,elise dem&a p\r t\te grce au ,seigneur qu'il mit sur lui une d\ble "p de l'esprit du prophte ,elie1 son matre4 ,n\s sommes t\s prophtes auj\rd'hui1 mon enfant4 ,n\s *]*ons t\s la p>ole de vie et l'esprit de vrit4 ,le d]ni] j\r1 l'abb reut les sacrem5ts avec t\t le calme et t\te la dignit d'un homme qui accomplit un acte extrieur et qui l'accepte comme un symbole respectable4 ,il reut t\s les adieux de ses frres1 leur donna sa d]nire bndiction1 et1 se t\rnant v]s ,fulg5ce1 il lui dit t\t bas au mom5t o celui-ci1 le voyant si =t et si tranquille1 esprait presque qu'une crise favorable s'oprait et que son ami allait lui tre r5du3 ,fais-les sortir1 ,fulg5ce2 je veux tre seul avec toi4 ,hte-toi1 je vais m\rir4 ,fulg5ce1 con/]n1 obx2 et qu& il fut seul avec l'abb1 il lui dem&a1 en tremblant et on pleurant1 d'o lui v5ait1 dans un mom5t o il semblait si calme1 la p5se que sa vie allait f9ir si vite4 ,je me s5s extraord9airem5t bi51 en effet1 rpondit ,spiridion1 et1 si je m'en rapportais au bi5-tre que j'pr\ve dans mon corps et dans mon me1 je croirais volonti]s que je ne fus jamais plus =t et mieux portant4 ,mais il e/ c]ta9 que je vais m\rir2 c> j'ai vu t\t l'heure mon spectre qui me montrait le sabli]1 et qui me faisait signe de r5voy] t\s ces tmo9s inutiles ou malveillants4 ,dis-moi o en e/ le sable4 -- mon matre6 plus d' moiti c\l dans le rceptacle4 --,c'e/ bi51 mon enfant444 ,donne-moi l'crit444 place-le sur ma poitr9e1 et mets t\t de suite le l9ceul aut\r de mes re9s4 ,fulg5ce obx1 le front baign d'une sueur froide4 ,l'abb lui prit les ma9s1 et lui dit encore3 ,je ne m'en vais pas444 ,t\s les lm5ts de mon tre ret\rn5t ,dieu1 et une p>tie de moi passe en toi4 ,puis il f]ma les yeux et se recueillit4 ,au b\t d'une demi-heure1 il les ouvrit1 et dit3 ,cet in/ant e/ ineffable2 je ne fus jamais plus heureux444 ,fulg5ce1 re/e-t-il du sable8 ,fulg5ce t\rna ses yeux humides v]s le sabli]4 ,il ne re/ait plus que quelques gra9s dans le rcipi5t4 ,emport p> un m\vem5t de d\leur inexprimable1 il s]ra convulsivem5t les deux ma9s de son matre1 qui tai5t enlaces aux si5nes1 et qu'il s5tait se refroidir rapidem5t4 ,l'abb lui r5dit son tre9te avec =ce1 et s\rit en lui disant3 ,voici l'heure6 ,en cet in/ant1 ,fulg5ce s5tit une ma9 ple9e de *aleur se pos] sur sa tte4 ,il se ret\rna brusquem5t1 et vit deb\t d]rire lui un homme en t\t semblable l'abb1 qui le reg>dait d'un air grave et pat]nel4 ,il reporta ses reg>ds sur le m\rant2 ses ma9s s'tai5t t5dues1 ses yeux tai5t f]ms4 ,il avait cess de vivre de la vie des hommes4 ,fulg5ce n'osa se ret\rn]4 ,p>tag entre la t]reur et le dsespoir1 il colla son visage au bord du lit1 et p]dit connaissance p5dant quelques in/ants4 ,mais bi5tt1 se rappelant le devoir qu'il avait remplir1 il reprit c\rage1 et a*eva d'ensevelir son matre bi5-aim dans le l9ceul4 ,il arrangea le manuscrit avec le plus gr& so91 mit le crucifix dessus1 suivant l'usage1 et croisa les bras du cadavre sur la poitr9e4 pe9e y fur5t-ils placs1 qu'ils se roidir5t comme l'aci]1 et il sembla ,fulg5ce que nul p\voir huma9 n'et pu arra*] le livre ce corps priv de vie4 ,il ne le quitta pas une seule m9ute1 et le porta lui-mme1 avec trois autres novices1 dans l'glise4 ,l1 il se pro/]na auprs de son catafalque1 et y re/a sans pr5dre aucun alim5t ni gt] aucun sommeil1 jusqu' ce qu'il et de ses ma9s s\d le c]cueil et qu'il et vu de ses yeux scell] la pi]re du caveau4 ,qu& ce fui fait1 il se pro/]na sur cette dalle1 et l'arrosa de l>mes amres4 ,alors il ent5dit une voix qui lui dit l'oreille3 ,t'ai-je donc quitt8 ,il n'osa pas reg>d] auprs de lui4 ,il f]ma les yeux p\r ne ri5 voir4 ,mais la voix qu'il avait ent5due tait bi5 celle de son ami4 ,les *ants funbres rsonnai5t encore s\s la vote du temple1 et le cortge des mo9es dfilait l5tem5t4 ,l1 p\rsuivit ,alexis aprs s'tre un peu repos1 cess5t p\r moi les intimes rvlations de ,fulg5ce4 ,lorsqu'il me raconta ces *oses1 il crut devoir ne me ri5 ca*] de la vie et de la mort de son matre2 mais1 soit scrupule de *rti51 soit une sorte de confusion et de rep5tir env]s la mmoire de ,spiridion1 il ne v\lut po9t me racont] ce qui s'tait pass depuis entre lui et l'ombre assidue le visit]4 ,j'ai la c]titude intime qu'il eut de nombreuses app>itions dans les premi]s temps2 mais la cra9te qu'elles lui causai5t et les ef=ts qu'il faisait p\r s'y s\/raire les r5dir5t de plus en plus r>es et confuses4 ,fulg5ce tait un c>actre flottant1 une consci5ce timore4 ,qu& il eut p]du son matre1 le *>me de sa prs5ce cont9uelle n'agissant plus sur lui1 il fut effray de t\t ce qu'il avait ent5du1 et peut-tre de ce qu'il avait fait en inhumant le livre4 ,p]sonne mieux que lui ne savait combi5 l'accusation de magie tait indigne de la haute sagesse et de la puissante raison de l'abb4 ,nanmo9s1 =ce d'ent5dre dire1 aprs la mort de celui-ci1 qu'il s'tait adonn cet art dte/able et qu'il avait eu comm]ce avec les dmons1 ,fulg5ce1 p\vant des *oses surnaturelles qu'il avait vues1 et de celles qui1 sans d\te1 se passai5t encore en lui1 *]*a dans l'obs]vance scrupuleuse de ses devoirs de *rti5 un refuge contre la lumire qui bl\issait sa faible vue4 ,ce qu'il faut admir] dans cet homme gnreux et droit1 c'e/ qu'il tr\va dans son cur la =ce qui manquait son esprit1 et qu'il ne trahit jamais1 mme au se9 des inve/igations m5aantes ou p]fides du confessionnal1 aucun des secrets de son matre4 ,l'exi/5ce du manuscrit demeura ignore1 et1 l'heure de sa mort1 il excuta fidlem5t la volont suprme de ,spiridion en me confiant ce que je vi5s de te confi]4 ,spiridion avait rig en /atut p>ticuli] de notre abbaye1 que t\t religieux atte9t d'une maladie grave1 s]ait en droit de rclam]1 outre les so9s de l'infirmi] ord9aire1 ceux d'un novice ou d'un religieux son *oix4 ,l'abb avait in/itu ce rglem5t peu de j\rs avant sa mort1 en reconnaissance des consolations dont ,fulg5ce ent\rait son agonie1 af9 que ce mme ,fulg5ce et les autres religieux euss5t1 dans leur d]nire preuve1 ces sec\rs et ces consolations de l'amiti1 que ri5 ne peut remplac]4 ,fulg5ce tant donc tomb en p>alysie1 je fus m& auprs de lui4 ,le *oix qu'il faisait de moi en cette occurr5ce eut lieu de me surpr5dre2 c> je le connaissais pe9e1 et il n'avait jamais sembl me di/+u]1 t&is qu'il tait sans cesse ent\r de f]v5ts disciples et d'amis empresss4 ,objet des p]scutions et des mfiances de l'ordre durant les annes qui suivir5t la mort de l'abb1 il avait f9i p> faire sa paix =ce de d\ceur et de bont4 ,de gu]re lasse1 on avait cess de lui dem&] compte des crits hrtiques qu'on s\ponnait tre sortis de la plume d',hbronius1 et on se p]suadait qu'il les avait brls4 ,les conjectures sur le gr& uvre tai5t passes de mode depuis que l'esprit du ,,xviiisupe_/sup sicle s'tait infiltr dans nos murs4 ,n\s avions au mo9s dix bons pres philosophes qui lisai5t ,voltaire et ,r\sseau en ca*ette1 et qui p\ssai5t l'esprit =t jusqu' rompre le jene et s\pir] aprs le m>iage4 ,il n'y avait plus que le porti] du c\v5t1 vieill>d de quatre-v+ts ans1 contempora9 du pre ,fulg5ce1 qui mlt les sup]/itions du pass l'orgueil du prs5t4 ,il p>lait du vieux temps avec admiration1 de l'abb ,spiridion avec un s\rire my/rieux1 et de ,fulg5ce lui-mme avec une sorte de mpris1 comme d'un ignorant et d'un p>esseux qui et pu faire "p de son secret et enri*ir le c\v5t1 mais qui avait peur du diable et faisait niaisem5t son salut4 ,cep5dant il y avait encore de mon temps plusieurs jeunes c]veaux que la vie et la mort d',hbronius t\rm5tai5t comme un problme4 ,j'tais de ce nombre2 mais je dois dire que1 si le sort de cette gr&e me dans l'autre vie m'inspirait quelque inquitude1 je ne p>tageais aucune des imbciles t]reurs de ceux qui n'osai5t pri] p\r elle1 de peur de la voir app>atre4 ,une sup]/ition1 qui dur]a tant qu'il y aura des c\v5ts1 condamnait son spectre err] sur la t]re jusqu' ce que les portes du purgatoire tombass5t t\t fait devant son rep5tir ou devant les supplications des hommes4 ,mais1 comme1 selon les mo9es1 il e/ de la nature des spectres de s'a*>n] aprs les vivants qui veul5t bi5 s'occup] d'eux1 p\r en obt5ir t\j\rs plus de messes et de prires1 *acun se g>dait bi5 de prononc] son nom dans les commmorations p>ticulires4 ,p\r moi1 j'avais s\v5t rfl*i aux *oses tranges qu'on racontait au noviciat sur les anci5nes app>itions de l'abb ,spiridion4 ,aucun novice de mon temps ne p\vait affirm] avoir vu ou ent5du l',esprit2 mais c]ta9es traditions s'tai5t p]ptues dans cette cole avec les comm5taires de l'ignorance et de la peur1 lm5ts ord9aires de l'ducation monacale4 ,les anci5s1 qui se piquai5t d'tre clairs1 riai5t de ces traditions1 sans av\] qu'ils les avai5t accrdites eux-mmes dans leur jeunesse4 ,p\r moi1 je les c\tais avec avidit1 mon imag9ation se plaisant la posie de ces rcits m]veilleux1 et ma raison ne *]*ant po9t les comm5t]4 ,j'aimais surt\t une c]ta9e hi/oire que je veux te rapport]4 ,p5dant les d]nires annes de l'abb ,spiridion1 il avait pris l'habitude de m>*] gr&s pas dans la longue salle du *apitre depuis midi jusqu' une heure4 ,c'tait l t\te la rcration qu'il se p]mettait1 et encore la consacrait-il aux p5ses les plus graves et les plus sombres2 c>1 si on v5ait l'int]rompre au milieu de sa prom5ade1 il se livrait de viol5ts accs de colre4 ,aussi les novices qui avai5t quelque grce lui dem&] se t5ai5t-ils dans la gal]ie du clotre contigu celle du *apitre1 et l ils att5dai5t1 t\t tremblants1 que le c\p d'une heure sonnt2 l'abb1 scrupuleusem5t rguli] dans la di/ribution de sa j\rne1 n'accordait jamais une m9ute de plus ni de mo9s sa prom5ade4 ,quelques j\rs aprs sa mort1 l'abb ,dodatus1 son successeur1 tant entr un peu aprs midi dans la salle du *apitre1 en sortit1 au b\t de quelques in/ants1 ple comme la mort1 et tomba van\i dans les bras de plusieurs frres qui se tr\vai5t dans la gal]ie4 ,jamais il ne v\lut dire la cause de sa t]reur ni racont] ce qu'il avait vu dans la salle4 ,aucun religieux n'osa plus y pntr] cette heure-l1 et la peur s'emp>a de t\s les novices au po9t qu'on passait la nuit en prires dans les dortoirs1 et que plusieurs de ces jeunes g5s tombr5t malades4 ,cep5dant la curiosit tant plus =te encore que la frayeur1 il y en eut quelques-uns d'assez h>dis p\r se t5ir dans la gal]ie l'heure fatale4 ,cette gal]ie e/1 tu le sais1 plus basse de quelques pi$s que le sol de la salle du *apitre1 ,les c9q gr&es f5tres en ogive de la salle donn5t donc sur la gal]ie1 et cette poque elles tai5t1 comme auj\rd'hui1 g>nies de gr&s rideaux de s]ge r\ge con/amm5t baisss sur cette face du btim5t4 ,quels fur5t la surprise et l'effroi de ces novices lorsqu'ils vir5t pass] sur les rideaux la gr&e ombre de l'abb ,spiridion1 bi5 reconnaissable la silh\ette de sa belle *evelure6 ,en mme temps qu'on voyait pass] et repass] cette ombre1 on ent5dait le bruit gal et rapide de ses pas4 ,t\t le c\v5t v\lut tre tmo9 de ce prodige1 et les esprits =ts1 c> ds ce temps-l il y en avait quelques-uns1 prt5dai5t que c'tait ,fulg5ce ou quelque autre des anci5s favoris de l'abb qui se prom5ait de la sorte4 ,mais l'tonnem5t des incrdules fut gr& lorsqu'ils pur5t s'assur] que t\te la communaut1 sans en except] un seul religieux1 novice ou s]viteur1 tait rassemble sur la gal]ie1 t&is que l'ombre m>*ait t\j\rs et que le plan*] de la salle craquait s\s ses pi$s comme l'ord9aire4 ,illu/ration ,cela dura plus d'un an4 =ce de messes et de prires1 on satisfit1 dit-on1 cette me en pe9e1 et le premi] anniv]saire de la mort d',hbronius vit cess] le prodige4 ,cep5dant une autre anne s'c\la encore sans que p]sonne ost entr] dans la salle l'heure maudite4 ,comme on donne *aque *ose un nom de conv5tion dans les c\v5ts1 on avait nomm cette heure le ,mis]]e1 p>ce que1 p5dant l'anne qu'avait dur la prom5ade du rev5ant1 plusieurs novices1 dsigns t\r de rle p> les suprieurs1 avai5t t t5us d'all] rcit] le ,mis]]e dans la gal]ie4 ,qu& cette app>ition eut cess et qu'on se fut famili>is de n\veau avec les lieux hants p> l'esprit1 on disait qu' l'heure de midi1 au mom5t o le soleil passait sur la figure du portrait d',hbronius1 on voyait ses yeux s'anim] et p>atre en t\t semblables des yeux huma9s4 ,cette lg5de ne m'avait jamais tr\v railleur et sup]be4 ,je pr5ais un s+uli] plaisir l'ent5dre racont]2 et longtemps avant l'poque o je connus intimem5t ,fulg5ce1 je m'tais intress ce savant abb1 dont l'me agite n'avait peut-tre pu encore entr] dans le repos cle/e1 faute d'avoir tr\v des amis assez c\rageux ou des *rti5s assez f]v5ts p\r dem&] et obt5ir sa grce4 ,dans t\te la navet de ma foi1 je m'tais pos comme l'avocat de ,spiridion auprs du tribunal de ,dieu1 et t\s les soirs1 avant de m'endormir1 je rcitais avec onction un ,de pr(ondis p\r lui4 ,bi5 qu'il ft mort une qu>anta9e d'annes avant ma naissance1 soit que j'aimasse la gr&eur de ce c>actre dont on rapportait mille traits rem>quables1 soit qu'il y et en moi quelque *ose comme une prde/9ation dev5ir son hriti]1 je me s5tais mu d'une vive sympa?ie et d'une sorte de t5dresse pieuse en songeant lui4 ,j'avais horreur de l'hrsie1 et je le plaignais si vivem5t d'avoir donn dans cette erreur que je ne p\vais s\ffrir qu'on p>lt devant moi de ses d]nires annes4 ,illu/ration ,nanmo9s la prud5ce me df5dait d'av\] cette sympa?ie4 ,l'inquisition ex]ce sans cesse p> les suprieurs et incrim9 la puret de mes s5tim5ts4 ,le *oix que ,fulg5ce fit de moi p\r son ami et son consolateur eut lieu de me surpr5dre autant qu'il surprit les autres4 ,quelques-uns en fur5t blesss1 mais p]sonne ne songea m'en faire un crime2 c> je ne l'avais pas *]*1 et on n'en conut po9t de mfiance4 ,j'tais alors aussi f]v5t ca?olique qu'il e/ possible de l'tre1 et mme ma dvotion avait un c>actre d'or?odoxie f>\*e qui m'assurait1 s9on la bi5veillance1 du mo9s la considration des suprieurs4 ,il y avait dj quatre ans que j'avais fait pr(ession1 et cette f]veur de novice1 qui e/ dev5ue un t]me prov]bial1 ne s'tait pas encore dm5tie4 ,j'aimais la religion ca?olique avec une sorte de transport2 elle me semblait une ar*e sa9te l'abri de laquelle je p\rrais dormir t\te ma vie en sret contre les flots et les orages de mes passions2 c> je s5tais f]m5t] en moi une =ce capable de bris] comme le v]re t\s les raisonnem5ts de la sagesse2 et les ides que r5f]me ce mot1 my/re1 tai5t les seuls qui puss5t m'en*an]1 p>ce qu'elles seules p\vai5t g\v]n] ou du mo9s endormir mon imag9ation4 ,je me plaisais exalt] la puissance de cette rvlation div9e qui c\pe c\rt t\tes les controv]ses et promet1 en revan*e de la s\mission de l'esprit1 les t]nelles joies de l'me4 ,combi5 je la tr\vais prfrable ces philosophies pr(anes qui *]*5t va9em5t le bonheur dans un monde phmre1 et qui ne peuv5t1 aprs avoir l* la bride aux in/9cts de la matire1 repr5dre le mo9dre empire durable sur eux p> le raisonnem5t6 ,j'tais *>g de presque t\tes les in/ructions scola/iques1 et je pr(essais la ?ologie en aptre exalt1 faisant s]vir t\t l'esprit de discussion et d'exam5 qui tai5t en moi dmontr] l'excell5ce d'une foi qui proscrivait l'un et l'autre4 ,je semblais donc l'homme le mo9s propre recevoir les confid5ces de l'ami d',hbronius4 ,mais un seul acte de ma vie avait rvl nagure au vieux ,fulg5ce quel fonds on p\vait faire sur la f]met de mon c>actre4 ,un novice m'avait confi une faute que je l'avais engag confess]4 ,il ne l'avait pas fait1 et la faute ayant t dc\v]te a9si que la confid5ce que j'avais reue1 on taxait presque mon sil5ce de complicit4 ,on v\lait p\r m'abs\dre que je fisse de plus amples rvlations1 et que je compltasse1 p> la dlation1 l'accusation porte contre ce jeune homme4 ,j'aimai mieux me laiss] *>g] que de le *>g] lui-mme4 ,il confessa t\te la vrit1 et je fus disculp4 ,mais on me fit un gr& crime de ma rsi/ance1 et le ,prieur m'adressa des repro*es publics dans les t]mes les plus blessants p\r l'orgueil irritable qui c\vait dans mon se94 ,il m'imposa une rude pnit5ce2 puis1 voyant la surprise et la con/]nation que cet arrt svre rp&ait sur le visage des novices tremblants aut\r de moi1 il aj\ta3 --,n\s avons regret punir avec la rigueur de la ju/ice un homme aussi rguli] dans ses murs et aussi atta* ses devoirs que v\s l'avez t jusqu' ce j\r4 ,n\s aim]ions p>donn] cette faute1 la premire de votre vie religieuse qui n\s ait (f]t de la gravit4 ,n\s le f]ions avec joie1 si v\s montriez assez de confiance en n\s p\r v\s humili] devant notre pat]nelle autorit1 et si1 t\t en reconnaissant vos torts1 v\s pr5iez l'engagem5t sol5nel de ne jamais retomb] dans une telle rsi/ance1 en faveur des pr(anes maximes d'une monda9e loyaut4 --,mon pre1 rpondis-je1 j'ai sans d\te commis une gr&e faute1 puisque v\s condamnez ma conduite2 mais ,dieu rpr\ve les vux tmraires1 et qu& n\s faisons un f]me propos de ne plus l'(f5s]1 ce n'e/ po9t p> des s]m5ts1 mais p> d'humbles vux et d'ard5tes prires que n\s obt5ons son assi/ance future4 ,n\s ne saurions tromp] sa clairvoyance1 et il se rirait de notre faiblesse et de notre prsomption4 ,je ne puis donc m'engag] ce que v\s me dem&ez4 ,ce langage n'tait pas celui de l'glise1 et1 mon insu1 un in/ant d'indignation v5ait de trac] en moi une ligne de dm>cation entre l'autorit de la foi et l'application de cette autorit entre les ma9s des hommes4 ,le ,prieur n'tait pas de =ce s'engag] dans une discussion avec moi4 ,il prit un air d'hypocrite compassion1 et me dit d'un ton afflig qui dguisait mal son dpit3 --,je s]ai =c de confirm] ma s5t5ce1 puisque v\s ne v\s s5tez pas la =ce de me rassur] l'av5ir sur une seconde faute de ce g5re4 --,mon pre1 rpondis-je1 je f]ai d\ble pnit5ce p\r celle-ci4 ,je la lis en effet2 je prolongeai tellem5t mes macrations qu'on fut =c de les faire cess]4 ,sans m'en d\t]1 ou du mo9s sans l'avoir prvu1 j'allumai de pr(onds ress5tim5ts1 et j'excitai de vives al>mes dans l'esprit des suprieurs p> l'orgueil d'une expiation qui dsormais me dcl>ait invulnrable aux atte9tes des *tim5ts extrieurs4 ,fulg5ce fut vivem5t frapp du c>actre inatt5du que cette conduite1 de ma "p1 rvlait aux autres et moi-mme4 ,il lui *appa de dire que1 du temps de l'abb ,spiridion1 de telle *oses ne ne s]ai5t po9t passes4 ,ces p>oles me frappr5t mon t\r1 et je lui en dem&ai l'explication un j\r que je me tr\vai seul avec lui4 --,ces p>oles signifi5t deux *oses1 me rpondit-il3 d'abord1 que jamais l'abb ,spiridion n'et *]* arra*] de la b\*e d'un ami le secret d'un ami2 ensuite1 que1 si quelqu'un l'et os t5t]1 il et puni la t5tative et rcomp5s la rsi/ance4 ,je fus =t surpris de cet in/ant d'ab&on1 le seul peut-tre auquel ,fulg5ce se ft livr depuis bi5 des annes4 ,trs peu de temps aprs il tomba en p>alysie1 et me fit v5ir prs de lui4 ,il me p>ut d'abord trs gn avec moi1 et j'att5dais va9em5t qu'il m'expliqut p> quel has>d il m'avait *oisi4 ,mais1 voyant qu'il ne le faisait pas1 je s5tis ce qu'il y aurait eu d'indlicat le lui dem&]1 et je m'ef=ai de lui montr] que j'tais reconnaissant et honor de la prfr5ce qu'il m'accordait4 ,il me sut gr de lui p>gn] t\te explication1 et nos relations s'tablir5t sur un pi$ de t5dre intimit et de dvom5t filial4 ,cep5dant la confiance eut pe9e v5ir1 quoique n\s p>lassions beauc\p ensemble et avec une app>5ce d'ab&on4 ,le bon vieill>d semblait avoir beso9 de racont] ses jeunes annes1 et de faire p>tag] un autre l'en?\siasme qu'il avait p\r son bi5-aim matre ,spiridion4 ,je l'c\tais avec plaisir1 loign que j'tais de concevoir aucune inquitude p\r ma foi2 et bi5tt je pris tant d'intrt ce sujet que1 lorsqu'il s'en c>tait1 je l'y ram5ais de moi-mme4 ,j'aurais bi51 cause des travaux inconnus qui avai5t rempli les d]nires annes de l'abb1 g>d contre lui une sorte de mfiance1 si les dtails de sa vie m'euss5t t transmis p> un ca?olique mo9s rguli] que ,fulg5ce2 mais de celui-ci ri5 ne m'tait suspect1 et1 mesure que p> lui je me mis connatre ,spiridion1 je me laissai all] la sympa?ie trange et t\te-puissante que m'inspirait le c>actre de l'homme sans m'al>m] des op9ions f9ales du ?ologi54 ,cette s9crit vig\reuse et cette ju/ice rigide qu'il avait apportes dans t\s les actes de sa vie faisai5t vibr] en moi des cordes jusque l muettes4 ,enf9 j'arrivai *rir ce mort illu/re comme un ami vivant4 ,fulg5ce p>lait de lui et des *oses c\les depuis soixante ans comme s'ils euss5t t d'hi]2 le *>me et la vrit de ses tableaux tai5t tels p\r moi que je f9issais p> croire la prs5ce du matre ou son ret\r pro*a9 au milieu de n\s4 ,je re/ais p>fois longtemps s\s l'empire de cette illusion2 et qu& elle s'van\issait1 qu& je rev5ais au s5tim5t de la ralit1 je me s5tais saisi d'une vritable tri/esse1 et je m'affligeais de mon erreur p]due avec une navet qui faisait s\rire et pleur] la fois le bon ,fulg5ce4 ,malgr la rsignation pati5te avec laquelle ce digne religieux supportait son infirmit t\j\rs croissante1 malgr l'enj\em5t et l'expansion que ma prs5ce lui apportait1 il tait facile de voir qu'un *agr9 l5t et pr(ond l'avait rong t\te sa vie2 et plus ses j\rs dcl9ai5t v]s la tombe1 plus ce *agr9 my/rieux semblait lui pes]4 ,enf91 sa mort tant pro*e1 il m'ouvrit t\t fait son me et me dit qu'il m'avait jug seul capable de recevoir un secret de cette importance1 cause de la f]met de mes pr9cipes et de celle de mon c>actre4 ,l'une devait m'emp*]1 selon lui1 de m'g>] dans les abmes de l'hrsie1 l'autre me prs]v]ait de jamais trahir le secret du livre4 ,il dsirait que je ne prisse po9t connaissance de ce livre2 mais il aj\tait1 selon l'esprit du matre1 que1 si je v5ais p]dre la foi et tomb] dans l'a?isme1 le livre1 quoique enta* peut-tre d'hrsie1 devait c]ta9em5t me ram5] la croyance de la ,div9it et des po9ts fondam5taux de la vraie religion4 ,s\s ce rapport1 c'tait un trsor qu'il ne fallait pas laiss] jamais enf\i2 et ,fulg5ce me fit jur]1 au cas o je n'aurais jamais beso9 d'y rec\rir1 de ne po9t emport] se secret dans la tombe et de le confi] quelque ami pr\v avant de m\rir4 ,il y eut beauc\p d'emb>ras et de contradictions dans les aveux du bon religieux4 ,il semblait qu'il y et en lui deux consci5ces1 l'une t\rm5te p> les devoirs et les engagem5ts de l'amiti1 l'autre p> les t]reurs de l'enf]4 ,son tr\ble excita en moi une t5dre compassion1 et je ne songeai pas port] de svres jugem5ts sur sa conduite1 en un mom5t si sol5nel et si d\l\reux4 ,d'autre "p1 je comm5ais me tr\v] moi-mme dans la mme situation que lui4 ,ca?olique et hrtique la fois1 d'une ma9 j'invoquais l'autorit de l'glise roma9e1 de l'autre je plongeais dans la tombe de ,spiridion p\r y *]*] ou du mo9s p\r y protg] l'esprit de rvolte et d'exam54 ,je compris bi5 les s\ffrances du moribond ,fulg5ce1 et je lui ca*ai celles qui s'emp>ai5t de moi4 ,il s'tait s\t5u vig\reux d'esprit tant que l'urg5ce de ses aveux avait t aux prises avec les scrupules de sa dvotion4 pe9e eut-il mis f9 ses agitations qu'il comm5a baiss]3 sa mmoire s'affaiblit1 et bi5tt il sembla avoir compltem5t oubli jusqu'au nom de son ami4 ,durant les heures de la fivre1 il tait livr aux plus m9utieuses pratiques de dvotion1 et je n'tais occup qu' lui rcit] des prires et lui lire des psaumes4 ,il s'endormait un rosaire entre les doigts1 et s'veillait en murmurant3 ,mis]]e nobis4 ,on et dit qu'il v\lait expi] =ce de purilits la coteuse n]gie qu'il avait dploye en excutant la volont d]nire de son ami4 ,ce spectacle m'affligea4-- quoi s]t t\te une vie de s\mission et d'aveuglem5t1 p5sai-je1 s'il faut quatre-v+ts ans m\rir dans l'p\vante8 ,comm5t m\rront les a?es et les dbau*s si les sa9ts desc5d5t dans la tombe ples de t]reur et manquant de confiance eu la ju/ice de ,dieu8 ,une nuit ,fulg5ce1 en proie un r$\blem5t de fivre1 fut agit de rves pnibles4 ,il me pria de m'asseoir prs de son lit et de re/] veill af9 de rveill] lui-mme s'il v5ait s'endormir4 *aque in/ant il croyait voir un spectre appro*] de lui2 mais il av\ait ensuite qu'il ne le voyait po9t1 et que la peur seule de le voir l'aidait pass] devant ses yeux des images flottantes et des =mes confuses4 ,il faisait un beau clair de lune1 et cette circon/ance l'effrayait p>ticulirem5t4 ,c'e/ alors que1 dvor d'une curiosit g/e1 je lui arra*ai l'aveu des app>itions qu'il avait eues4 ,mais cet aveu fut trs incomplet2 sa tte s'g>ait *aque in/ant4 ,t\t ce que je pus savoir1 c'e/ que le spectre avait cess de le visit] p5dant plus de c9quante ans4 ,c'tait environ un an avant cette maladie1 s\s laquelle il succombait1 que l'app>ition tait rev5ue4 l'heure de la nuit o la lune entrait dans son ple91 il s'veillait et voyait l'abb assis prs de lui4 ,celui-ci ne lui p>lait po9t1 mais il le reg>dait d'un air tri/e et svre1 comme p\r lui repro*] son oubli et lui rappel] ses promesses4 ,fulg5ce en avait conclu que son heure tait pro*e2 et1 *]*ant aut\r de lui qui il p\rrait transmettre le secret1 il avait rem>qu que j'tais le seul homme sur lequel il put compt]4 ,il n'avait v\lu me faire aucune ouv]ture pralable1 af9 ne po9t attir] sur nos relations l'att5tion des suprieurs et de ne po9t m'expos] p> la suite des p]scutions4 ,la nuit se passa sans que le spectre app>t ,fulg5ce4 ,qu& il vit le mat9 blan*ir l'horizon1 il sec\a tri/em5t la tte en disant3 --,c'e/ f9i1 il ne vi5dra plus4 ,il ne v5ait que p\r me t\rm5t] lorsqu'il tait mcont5t de moi1 et ma9t5ant que j'ai fait sa volont il m'ab&onne6 matre1 matre1 j'ai p\rtant expos p\r v\s mon salut t]nel1 et peut-tre suis-je damn jamais p\r v\s avoir aim plus que moi-mme6 ,ce d]ni] lan d'une affection plus =te que la peur m'att5drit pr(ondm5t4 ,quel tait donc cet homme qui soixante ans aprs sa mort inspirait une telle p\vante1 de tels dv\em5ts et de si t5dres regrets8 ,fulg5ce s'endormit et se rveilla v]s midi4 --,c'en e/ fait1 me dit-il1 je s5s la vie qui de m9ute en m9ute se retire de moi4 ,mon *] frre1 je v\drais recevoir les d]ni]s sacrem5ts4 ,allez vite assembl] nos frres et dem&] qu'on vi5ne m'adm9i/r]4 ,hlas6 aj\ta-t-il d'un air proccup1 je m\rrai donc sans savoir si son me a fait sa paix avec la mi5ne6 ,j'ai dormi pr(ondm5t2 je n'ai po9t ent5du sa voix p5dant mon sommeil4 ,ah6 il aimait son livre mieux que moi6 ,je le savais bi56 je le lui disais qu& il tait p>mi n\s3--,matre1 t\te votre affection rside dans votre intellig5ce1 et votre cur n'a ri5 p\r n\s4 ,c'e/ l'hi/oire des hommes =ts et des hommes faibles4 ,qu& l'esprit des =ts e/ cont5t de n\s1 ils condesc5d5t n\s re*]*]2 mais n\s autres1 que n\s appr\vions ou non les spculations de leur esprit1 notre cur leur re/e indissolublem5t atta*4 --,p]e ,fulg5ce1 ne dites pas cela1 m'criai-je en le s]rant dans mes bras p> un lan involontaire et sans song] me faire l'application d'un repro*e qui ne s'adressait pas moi4 ,ce s]ait la premire1 la seule hrsie de votre vie4 ,les hommes vraim5t =ts aim5t passionnm5t1 et c'e/ p>ce que v\s tes un de ces hommes que v\s avez tant aim4 ,pr5ez c\rage cette heure suprme4 ,si v\s avez p* contre la sci5ce de l'glise en re/ant fidle l'amiti1 ,dieu v\s abs\dra1 p>ce qu'il prfre l'am\r l'intellig5ce4 --,ah6 tu p>les comme p>lait mon matre1 s'cria ,fulg5ce4 ,voici la premire p>ole selon mon cur que j'aie ent5due depuis soixante ans4 ,sois bni1 mon fils4 ,je te rpt]ai la bndiction de ,spiridion3 ,veuille le ,t\t-,puissant donn] tes vieux j\rs un ami fidle et t5dre comme tu l'z t p\r moi6 ,il reut les sacrem5ts avec une gr&e f]veur4 ,t\te la communaut assi/ait son agonie4 ,ceux des religieux que ne p\vait cont5ir sa cellule tai5t ag5\ills sur deux rangs dans la gal]ie1 depuis sa porte jusqu'au gr& escali] qu'on ap]cevait au fond4 ,t\t c\p ,fulg5ce1 qui semblait expir] dans une muette batitude1 se ranima1 et1 m'attirant v]s lui1 me dit l'oreille3--,il vi5t1 il monte l'escali]2 va au devant de lui4 ,ne compr5ant ri5 cet ordre1 mais obissant avec cet aveuglem5t que les moribonds ont droit d'exig]1 je sortis d\cem5t1 et1 sans tr\bl] le recueillem5t des religieux1 je fran*is le seuil et portai mes reg>ds sur cette va/e pr(ondeur de l'escali] vot1 o nageait en cet in/ant la vapeur embrase du soleil4 ,les novices1 placs t\j\rs d]rire les pr(s1 tai5t g5\x de *aque ct des rampes4 ,je vis alors un homme qui montait les degrs et qui s'appro*ait vivem5t4 ,sa dm>*e tait lgre et maje/ueuse la fois1 comme l'e/ celle d'un homme actif et revtu d'autorit4 sa haute taille ple9e d'lgance1 sa *evelure blonde et rayonnante1 son co/ume du temps pass1 je le reconnus sur-le-*amp4 ,il tait en t\t con=me la description que ,fulg5ce m'en avait faite tant de fois4 ,il trav]sa les deux ranges de mo9es1 qui rcitai5t voix basse les litanies des ,sa9ts1 sans que p]sonne s'ap]t de sa prs5ce1 quoiqu'elle ft visible p\r moi comme la lumire du j\r1 et que le bruit de ses pas rapides et cad5ces frappt mon oreille4 ,il entra dans la cellule4 ,au mom5t o il passa prs de moi1 je tombai sur mes g5\x4 ,sans s'arrt]1 il t\rna la tte v]s moi et me reg>da fixem5t4 ,je cont9uai le suivre des yeux4 ,il s'appro*a du lit1 prit la ma9 de ,fulg5ce1 et s'assit auprs de lui4 ,fulg5ce ne b\gea pas4 ,sa ma9 re/a immobile et p5dante dans celle du matre2 sa b\*e tait entr'ouv]te1 ses yeux fixes et sans reg>d4 ,p5dant t\t le temps que durr5t les litanies1 l'app>ition demeura immobile1 t\j\rs p5*e sur le corps de ,fulg5ce4 ,au mom5t o elles fur5t a*eves1 celui-ci se dressa sur son sant1 et1 s]rant convulsivem5t la ma9 qui t5ait la si5ne1 il cria d'une voix =te3 ,sancte ,spiridion1 ora pro nobis1 et retomba mort4 ,le fantme disp>ut en mme temps4 ,je reg>dai aut\r de moi p\r voir l'effet qu'avait produit cette scne sur les autres assi/ants3 au calme qui rgnait sur t\s les visages1 je reconnus que l'esprit n'avait t visible que p\r moi seul4 ,v+t-quatre heures aprs on desc5dit le corps de ,fulg5ce au se9 de la t]re4 ,je fus un des quatre religieux dsigns p\r le port] au fond du caveau de/9 son d]ni] sommeil4 ,ce caveau e/ situ au transept de notre glise4 ,tu z vu s\v5t la pi]re longue et troite qui en m>que le c5tre et qui porte cette trange inscription3 ,hic e/ v]itas4 --,cette inscription1 dis-je en int]rompant le pre ,alexis1 a s\v5t di/rait mes reg>ds et occup ma p5se p5dant la prire4 ,malgr moi1 je *]*ais pntr] le s5s d'une devise qui me p>aissait oppose l'esprit du *ri/ianisme4 ,comm5t1 me disais-je1 la vrit p\rrait-elle tre enf\ie dans un spulcre8 ,quels enseignem5ts les vivants peuv5t-ils dem&] la p\ssire des cadavres8 ,n'e/-ce pas v]s le ciel que nos reg>ds doiv5t se t\rn] ds que l't9celle de la vie a quitt notre *air mortelle1 et que l'me a bris ses li5s8 --,ma9t5ant1 rpondit ,alexis1 tu peux compr5dre le s5s my/rieux de cette pitaphe4 ,spiridion1 dans son en?\siasme p\r ,bossuet1 l'avait fait inscrire1 a9si que tu l'z vu1 au dos du livre que le pe9tre de son portrait lui plaa dans la ma94 ,plus t>d1 lorsqu'il eut dans son inaltrable bonne foi1 *ang une d]nire fois d'op9ion1 v\lant1 en face des v>iations de son esprit1 tmoign] de la con/ance de son cur1 il rsolut de g>d] sa devise1 et1 sa mort1 il exigea qu'elle ft grave sur sa tombe4 ,noble jal\sie d'un vaillant esprit que ri5 ne peut sp>] de sa conqute et qui dem&e dormir dans sa tombe avec la vrit qu'il a gagne1 comme le gu]ri] avec le trophe de sa victoire6 ,les mo9es ne comprir5t pas que cette prote/ation du m\rant ne se rapportait plus la doctr9e de ,bossuet2 quelques-uns mditr5t avec mfiance sur la porte de ces trois mots2 nul n'osa cep5dant y port] une ma9 pr(ane1 tant tait gr& le respect ml de cra9te que l'abb inspirait jusque dans son tombeau4 ,le j\r des obsques de ,fulg5ce1 cette dalle fut leve1 et n\s desc5dmes l'escali] du caveau2 c> une place avait t cons]ve p\r l'ami de ,spiridion ct de celle mme o il reposait4 ,telle avait t la d]nire volont du matre4 ,le c]cueil de *ne que n\s portions tait =t l\rd2 l'escali] roide et glissant2 les frres qui m'aidai5t1 des adolesc5ts dbiles1 tr\bls peut-tre p> la lugubre sol5nit qu'ils accomplissai5t4 ,la tor*e tremblait dans la ma9 du mo9e qui m>*ait en avant4 ,le pi$ manqua un des porteurs2 il r\la en laissant *app] un cri1 auquel les cris de ses compagnons rpondir5t4 ,la tor*e tomba des ma9s du guide1 et1 demi te9te1 ne rp&it plus sur les objets qu'une lumire inc]ta9e1 de plus en plus s9i/re4 ,l'horreur de cet in/ant fut extrme p\r des jeunes g5s timides1 levs dans les sup]/itions d'une foi grossire1 et prv5us contre la mmoire de l'abb p> les imputations absurdes qui circulai5t encore contre lui dans le clotre4 ,ils croyai5t sans d\te que le spectre de ,spiridion allait se dress] devant eux1 ou que l'esprit mal91 rveill p> ces sa9tes ablutions1 allait s'exhal] en flammes livides de la fosse tnbreuse4 ,quant moi1 plus robu/e de corps ou plus f]me d'esprit1 je ress5tais une vive motion1 mais nulle t]reur ne s'y mlait1 et c'tait avec une sorte de vnration joyeuse que j'appro*ais des reliques d'un gr& homme4 ,lorsque mon compagnon tomba1 je ret9s moi seul la dp\ille respectable de mon matre2 mais les deux autres qui m>*ai5t d]rire n\s s'tant laiss *oir aussi1 je fus entran p> la sec\sse imprime au f>deau1 et j'allai tomb] avec le c]cueil de ,fulg5ce sur le c]cueil de ,spiridion4 ,je me relevai aussitt2 mais en appuyant ma ma9 sur le s>cophage de plomb qui cont5ait les re/es de l'abb1 je fus surpris de s5tir1 au lieu du froid mtallique1 une *aleur qui semblait t5ir de la vie4 ,peut tre tait-ce le sang d'une lgre blessure que je v5ais de me faire la tte1 et dont le s>cophage avait reu quelques g\ttes4 ,dans le premi] mom5t1 je ne m'ap]u po9t de cette blessure1 et1 transport d'une sympa?ie trange1 inconcevable1 j'embrassai ce spulcre avec le mme transport que si j'eusse s5ti tressaillir contre mon se9 palpitant les ossem5ts dess*s de mon pre4 ,je me relevai la hte en voyant qu'un autre mo9e1 surv5ant au milieu de cette scne de t]reur1 avait ramass la tor*e4 ,je ne me rappelle pas sans une sorte de honte les p5ses qui m'absorbr5t la nuit qui suivit les obsques de ,fulg5ce1 t&is que je mditais ag5\ill sur sa pi]re tumulaire4 ,le s\v5ir de ,spiridion m'tait sans cesse prs5t3 bl\i p> le pre/ige de son audace intellectuelle et de cette puissance m]veilleuse dont l'influ5ce lui avait survcu si longtemps1 je me s5tis t\t c\p possd d'un ard5t dsir de m>*] sur ses traces4 ,la jeunesse e/ orgueilleuse et tmraire1 et les enfants croi5t qu'ils n'ont qu' ouvrir les ma9s p\r saisir les sceptres qu'ont ports les morts4 ,je me voyais dj abb au c\v5t1 comme ,spiridion1 matre de son livre1 bl\issant le monde enti] p> ma sci5ce et ma sagesse4 ,je ne savais pas quelle tait sa doctr9e mais1 quelle qu'elle ft1 je l'acceptais d'avance1 comme mane de la plus =te tte de son sicle4 ,en?\siasm p> ses ides1 je me relevai in/9ctivem5t p\r all] m'emp>] du livre1 et dj je *]*ais les moy5s de s\lev] la pi]re2 mais1 au mom5t d'y port] les ma9s je me s5tis arrt] t\t d'un c\p p> la p5se d'un sacrilge1 et t\s mes scrupules religieux1 un in/ant c>ts1 rev9r5t m'assaillir en mme temps4 ,je sorti de l'glise la fois *>m1 t\rm5t1 p\vant4 ,l'orgueil huma9 et la s\mission *rti5ne tai5t aux prises en moi1 je ne savais encore lequel triomph]ait mais il me sembla que le s5tim5t qui avait1 en une heure1 pris autant de =ce que l'autre en dix ans1 aurait bi5 de la pe9e succomb]4 ,cette lutte intrieure dura plusieurs j\rs4 ,enf9 mon intellig5ce v9t au sec\rs de l'orgueil et dcida la victoire4 ,la foi s'enfuit devant la raison1 comme l'obissance fuyait devant l'ambition4 ,ce ne fut po9t t\t d'un c\p cep5dant1 et de p>ti dlibr1 que j'abjurai la foi ca?olique4 ,lorsque j'acordai mon esprit le droit d'exam9] sa croyance1 tais encore tellem5t atta* cette croyance affaiblie que je me flattais de la retremp] au creuset de l'tude et de la mditation4 ,si elle devait s'cr\l] au premi] *oc de l'intellig5ce1 me disais-je1 elle s]ait un bi5 pauvre et bi5 fragile difice4 ,la loi qui prescrit d'abais] l'ent5dem5t devant les my/res a d tre promulgue p\r les c]veaux faibles4 ,ces my/res div9s ne peuv5t tre que de sublimes figures dont le s5s trop va/e p\vant]ait et bris]ait les c]veaux troits4 ,mais ,dieu aurait-il donn l'intellig5ce sublime de l'homme1 mane de lui-mme1 les tnbres p\r doma9e et la peur p\r guide8 ,non1 ce s]ait outrag] ,dieu1 et la lettre a d tre aux prophtes aussi claire que l'esprit4 ,p\rquoi l'me qui se s5t dta*e de la t]re et ard5te vol] v]s les hautes rgions de la p5se ne *]*]ait-elle pas m>*] sur les traces des prophtes8 ,plus on pntr]a dans les my/res1 plus on y tr\v]a de =ce et de lumire p\r rpondre aux argum5ts de l'a?isme4 ,celui-l e/ un enfant qui se cra9t lui-mme qu& sa volont e/ droite et son b sublime4 ,qui sait1 me disais-je encore1 si le livre de ,spiridion n'e/ pas un monum5t lev la gloire du ca?olicisme8 ,fulg5ce a manqu de c\rage2 peut-tre1 s'il et os s'emp>] de la sci5ce de son matre1 eut-il vu cess] t\tes ses al>mes4 ,peut-tre1 aprs bi5 des hsitations et bi5 des re*]*es1 ,hbronius1 clair d'une lumire n\velle et ranim p> une =ce imprvue1 a-t-il proclam dans son d]ni] crit le triomphe de ces mmes ides que depuis dix ans il passait l'alambic4 ,je me rappelais alors la fable du lab\reur qui confie ses fils l'exi/5ce d'un trsor enf\i dans son *amp1 af9 de les engag] travaill] cette t]re dont la fcondit doit faire leur ri*esse4 ,la p5se de ,spiridion a t celle-ci1 me disais-je3 ,ne croyez pas sur la foi les uns des autres1 et ne suivez pas comme des animaux privs de raison1 le s5ti] battu p> ceux qui m>*5t devant v\s4 ,ouvrez v\s-mmes votre voie v]s le ciel2 t\t *em9 conduit la vrit celui qu'une int5tion pure anime et que l'orgueil n'aveugle pas4 ,la foi n'a d'efficacit vritable qu'autant qu'elle e/ librem5t cons5tie1 et de f]met relle qu'autant qu'elle satisfait t\s les beso9s et occupe les puissances de l'me4 ,je rsolus donc de me livr] des tudes srieuses et appr(ondies sur la nature de ,dieu et sur celle de l'homme1 et de ne rec\rir au livre d',hbronius qu' la d]nire extrmit1 c'e/--dire au cas o1 mes =ces se tr\vant au-dess\s d'une t*e si rude1 je s5tirais en moi le d\te se *ang] en dsespoir1 et mes facults puises ne plus suffire f\rnir le re/e de ma c>rire4 ,cette rsolution conciliait t\t1 et ma curiosit qui s'veillait aux my/res de la sci5ce1 et ma consci5ce qui re/ait encore atta*e ceux de la foi4 ,avant d'en v5ir cette conclusion1 j'avais t =t agit1 j'avais beauc\p s\ff]t4 ,dans le m\vem5t de joie en?\sia/e qu'elle me causa1 je me laissai entran] une manife/ation t\te ca?olique de ma philosophie n\velle4 ,je v\lus faire un vu3 je pris avec moi-mme l'engagem5t de ne po9t rec\rir au livre d',hbronius avant l'ge de tr5te ans1 fusse-je assailli jusque-l p> les d\tes les plus poignants1 ou clair en app>5ce p> les c]titudes les plus vives4 ,c'tait cet ge que l'abb ,spiridion avait t dans t\te la f]veur de son ca?olicisme1 et qu'aprs avoir abjur dj deux croyances1 il s'tait v\ la troisime p> une indissoluble conscration4 ,j'avais v+t-quatre ans1 et je p5sais que six annes suffirai5t mes tudes4 ,dans ces dispositions1 je m'ag5\illai de n\veau sur la pi]re qu'on appelait dans le c\v5t le ,hic e/2 l1 dans le sil5ce et le recueillem5t1 je prononai voix basse un s]m5t t]rible1 v\ant mon me l't]nelle damnation et ma vie l'ab&on irrvocable de la ,provid5ce1 si je portais les ma9s sur le livre d',hbronius avant l'hiv] de #agff4 ,je ne v\lus po9t faire ce s]m5t dans l'ombre de la nuit1 me m5ant du tr\ble que la sol5nit funbre de c]ta9es heures rp& dans l'esprit de l'homme2 ce fut en ple9 midi1 p> un j\r brlant et la cl>t du soleil que je v\lus m'engag]4 ,la *aleur tant accablante1 le ,prieur avait1 comme il arrive quelquefois dans cette saison1 accord la communaut une heure de sie/e midi4 ,j'tais donc p>faitem5t seul dans l'glise2 un pr(ond sil5ce rgnait p>t\t2 on n'ent5dait mme pas le bruit acc\tum des j>d9i]s au dehors1 et les oiseaux1 plongs dans une sorte de recueillem5t extatique1 avai5t cess leurs *ants4 ,mon me se dilatait dans son orgueilleux en?\siasme2 les ides les plus riantes et les plus potiques se pressai5t dans mon c]veau en mme temps qu'une confiance audacieuse gonflait ma poitr9e4 ,t\s les objets sur lesquels errait ma vue semblai5t se p>] d'une beaut inconnue4 ,les lames d'or du tab]nacle t9celai5t comme si une lumire cle/e tait desc5due sur le ,sa9t des sa9ts4 ,les vitraux coloris1 embrass p> le soleil1 se refltant sur le pav1 =mai5t entre *aque colonne une l>ge mosaque de diamants et de pi]res prcieuses4 ,les anges de m>bre semblai5t1 amollis p> la *aleur1 incl9] leurs fronts1 et1 comme de beaux oiseaux1 v\loir ca*] s\s leurs ailes leurs ttes *>mantes1 fatigues du poids des corni*es4 ,les battem5ts gaux et my/rieux de l'horloge ressemblai5t aux =tes vibrations d'une poitr9e embrase d'am\r1 et la flamme blan*e et mate de la lampe qui brle incessamm5t devant l'autel1 luttant avec l'clat du j\r1 tait p\r moi l'emblme d'une intellig5ce en*ane sur la t]re qui aspire sans cesse se fondre dans l't]nel foy] de l'intellig5ce div9e4 ,ce fut dans cet in/ant de batitude intellectuelle et physique que je prononai demi-voix la =mule de mon vu4 ,mais pe9e avais-je comm5c que j'ent5dis la porte place au fond du *ur s'ouvrir d\cem5t1 et des pas que je reconnus1 c> nuls pas huma9s ne pur5t jamais se comp>] ceux-l1 ret5tir5t dans le sil5ce du lieu sa9t avec une indicible h>monie4 ,ils appro*ai5t de moi1 et ne s'arrtr5t qu' la place o j'tais ag5\ill4 ,saisi de respect et transport de joie1 j'levai la voix1 et j'a*evai di/9ctem5t la =mule que je n'avais pas int]rompue4 ,qu& lle fut f9ie1 je me ret\rnai croyant tr\v] deb\t d]rire moi celui que j'avais dj vu au lit de mort de ,fulg5ce2 mais je ne vis p]sonne4 ,l'esprit s'tait manife/ un seul de mes s5s4 ,je n'tais pas encore digne app>emm5t de le revoir4 ,il reprit sa m>*e invisible1 et1 passant devant moi1 il se p]dit peu peu dans l'loignem5t4 ,qu& il me p>ut avoir atte9t la grille du *ur1 t\t r5tra dans le sil5ce4 ,je me repro*ai alors de ne lui avoir po9t adress la p>ole4 ,peut-tre m'et-il rpondu1 peut-tre tait-il mcont5t de mon sil5ce1 et n'et-il att5du qu'un lan plus vif de mon cur v]s lui p\r se manife/] davantage4 ,cep5dant je n'osai m>*] sur ses traces ni invoqu] son ret\r2 c> il se mlait une gr&e cra9te l'attrait irrsi/ible que j'pr\vais p\r lui4 ,ce n'tait pas cette t]reur purile que les hommes faibles ress5t5t l'aspect d'une p]turbation quelconque des faits ord9airem5t accessibles leurs p]ceptions bornes4 ,ces p]turbations r>es et exceptionnelles1 qu'on appelle tort faits prodigieux et surnaturels1 t\t inexplicables qu'elles tai5t p\r mon ignorance1 ne me causai5t aucun effroi4 ,mais le respect que m'inspirait1 aprs sa mort1 cet homme suprieur1 je l'eusse pr\v presque au mme degr si je l'eusse vu durant sa vie4 ,je ne p5sais pas qu'il ft inve/i p> aucune puissance invisible du droit de me nuire ou de m'effray]2 je savais qu' l'tat de pur esprit il devait lire en moi et compr5dre ce qui s'y passait avec plus de =ce et de pntration encore qu'il ne l'et fait lorsque son me tait emprisonne dans la matire4 ,au contraire de ces c>actres timides qui euss5t trembl de le voir1 je ne craignais qu'une *ose1 c'tait de ne jamais lui sembl] digne de le voir une seconde fois4 ,lorsque j'eus p]du l'esprance de le contempl] ce j\r-l1 je demeurai tri/e et humili4 ,j'tais arriv me p]suad] qu'il n'tait po9t mort hrtique1 et que son me ne subissait pas les t\rm5ts du purgatoire1 mais qu'au contraire elle j\issait dans les cieux d'une t]nelle batitude4 ,ses app>itions tai5t une grce1 une bndiction d'en haut1 un miracle qui s'tait accompli en faveur de ,fulg5ce et de moi2 c'tait p\r moi un d\x et glorieux s\v5ir2 mais je n'osais dem&] plus qu'il ne m'tait accord4 ,ds ce j\r1 je m'adonnai au travail avec ardeur1 et1 en mo9s de deux annes j'avais dvor t\s les volumes de notre biblio?que qui traitai5t des sci5ces1 de l'hi/oire et de la philosophie4 ,mais qu& j'eus fran*i ce premi] pas1 je m'ap]u que je n'avais ri5 fait que de t\rn] dans le c]cle re/re9t o le ca?olicisme avait enf]m ma vie passe4 ,je me s5tais fatigu1 et je voyais bi5 que je n'avais pas travaill2 mon esprit tait attidi et affaiss s\s le poids de ces controv]ses incroyablem5t subtiles et pati5tes du moy5 ge1 que j'avais abordes c\rageusem5t4 ,ma confiance dans l'infaillibilit de l'glise n'avait pas eu le mo9dre combat s\t5ir1 puisque t\s ces crits t5dai5t proclam] et df5dre les oracles de ,rome2 mais prcism5t cette lutte sans adv]saire et cette victoire sans pril me laissai5t froid et mcont5t4 ,ma foi avait p]du cette vigueur av5tureuse1 ce *>me de sublime posie qu'elle avait eus aup>avant4 ,les gr&s clairs de gnie qui trav]sai5t ce fatras d'crits scola/iques ne comp5sai5t pas l'inutilit v]beuse de la plup>t d'entre eux4 ,d'ailleurs1 ces rfutations vhm5tes de doctr9es qu'il tait df5du d'exam9] ne p\vai5t satisfaire un esprit qui s'tait impos la t*e de connatre et de compr5dre p> lui-mme4 ,je rsolus de lire les crits des hrtiques4 ,la biblio?que du c\v5t n'tait pas comme auj\rd'hui rassemble dans plusieurs pices runies s\s la mme clef4 ,la collection des auteurs hrtiques1 impies et pr(anes1 que ,spiridion avait tant de fois int]roge1 tait re/e enf\ie dans une pice inaccessible aux jeunes religieux1 et trs-loigne de la biblio?que sacre4 ,ce cab9et rs]v tait situ au b\t de la gr&e salle du *apitre1 celle mme o jadis l'abb ,spiridion1 avant et aprs sa mort1 s'tait prom5 si sol5nellem5t c]ta9es heures4 ,cette prcieuse collection tait re/e p\r les uns un objet d'horreur et d'effroi1 p\r la plup>t un objet d'indiffr5ce et de mpris4 ,un /atut du fondateur en int]disait la de/ruction2 l'ignorance et la sup]/ition en g>dai5t l'entre4 ,je fus le premi] peut-tre1 depuis le temps d',hbronius1 qui osa sec\] la p\ssire de ces livres vnrables4 ,je ne pris pas une telle rsolution sans une secrte p\vante2 mais il faut dire aussi qu'il s'y mlait une curiosit ard5te et ple9e de joie4 ,l'motion sol5nelle que j'pr\vais en entrant dans ce sanctuaire avait donc plus de *>me que d'angoisse1 et je fran*is le seuil tellem5t absorb p> mes s5sations intimes que je ne songeai mme pas dem&] la p]mission aux suprieurs4 ,cette p]mission ne s'obt5ait pas aism5t1 comme tu peux le croire1 ,angel2 peut-tre mme ne s'obt5ait-elle pas du t\t2 c> j'ignore si jamais aucun de n\s avait eu le c\rage de la dem&] ou l'art de se la faire octroy]4 ,p\r moi1 je n'y p5sai seulem5t pas4 ,la lutte qui s'tait livre au d$ans de moi1 lorsque ma soif de sci5ce s'tait tr\ve aux prises avec les rsi/ances de ma foi1 avait une bi5 autre importance que t\s les combats o j'eusse pu m'engag] avec des hommes4 ,dans cette circon/ance comme dans t\t le c\rs de ma vie1 j'ai s5ti que j'tais d\ d'une s+ulire ins\ciance p\r les *oses extrieures1 et que le seul tre qui pt m'effray]1 c'tait moi-mme4 ,j'aurais pu pntr] la nuit dans cet asile l'aide de quelque fausse clef1 pr5dre les livres que je v\lais tudi]1 les emport] et les ca*] dans ma cellule4 ,cette prud5ce et cette dissimulation tai5t contraires mes in/9cts4 ,j'entrai en ple9 j\r1 l'heure de midi1 dans la salle du *apitre2 je la p>c\rus dans sa longueur d'un pas assur1 et sans reg>d] d]rire moi si quelqu'un me suivait4 ,j'allai droit la porte444 porte fatale sur laquelle le de/9 avait crit p\r moi les p>oles de ,dante3 p classpoem,p] me si va nell' et]no dolore4 ,je la p\ssai avec une telle rsolution et tant de vigueur qu'elle obx1 bi5 qu'elle ft f]me p> une =te s]rure4 ,j'entrai2 mais aussitt je m'arrtai ple9 de surprise3 il y avait quelqu'un dans la biblio?que1 quelqu'un qui ne se drangea pas1 qui ne sembla pas s'ap]cevoir du fracas de mon entre1 et qui ne leva pas seulem5t les yeux sur moi2 quelqu'un que j'avais dj vu une fois1 et que je ne p\vais jamais confondre avec aucun autre4 ,il tait assis dans l'embrasure d'une longue croise go?ique1 et le soleil enveloppait d'un *aud rayon sa lum9euse *evelure blonde2 il semblait lire att5tivem5t4 ,je le contemplai1 immobile1 p5dant environ une demi-m9ute1 puis je fis un m\vem5t p\r m'lanc] ses pi$s2 mais je me tr\vai g5\x devant un fauteuil vide3 la vision s'tait van\ie dans le rayon solaire4 ,je re/ai si tr\bl que je ne pus song]1 ce j\r-l1 ouvrir aucun livre4 ,j'att5dis quelques in/ants1 quoique je ne me flattasse po9t de revoir l',esprit2 mais je n'en tais pas mo9s en?\siasm et =tifi p> cette rapide manife/ation de sa prs5ce4 ,je demeurai1 p5sant que1 s'il tait mcont5t de mon audace1 j'en s]ais in=m p> quelque prodige n\veau2 mais il ne se passa ri5 d'extraord9aire1 et t\t me p>ut si calme aut\r de moi que je d\tai un in/ant de la ralit de l'app>ition1 et faillis p5s] que mon imag9ation seule avait enfant cette figure4 ,le l5dema91 je rev9s la biblio?que sans m'inquit] de ce qui avait d se pass] lorsque les g>di5s avai5t tr\v la porte ouv]te et la s]rure brise4 ,t\t tait ds]t et sil5cieux dans la salle2 la porte tait f]me au loquet seulem5t1 comme je l'avais laisse1 et il ne p>aissait pas qu'on se ft encore ap]u de l'effraction4 ,j'entrai donc sans rsi/ance1 je ref]mai la porte sur moi1 et je comm5ai p>c\rir de l'il les titres des livres qui s'(frai5t en f\le mes reg>ds4 ,je m'emp>ai d'abord des crits d',abeil>d1 et j'en lus quelques pages4 ,mais bi5tt la clo*e qui n\s appelait aux (fices sonna1 et1 malgr la rpugnance que j'pr\vais agir comme en ca*ette1 je me dcidai emport] s\s ma robe cet ouvrage prcieux2 c> la salle du *apitre n'tait accessible p\r moi qu'une heure dans t\t le c\rs de la j\rne1 et mon ardeur n'tait pas de nature se cont5t] de si peu4 ,je comm5ai rfl*ir la possibilit matrielle d'tudi] sans tre int]rompu1 et je rsolus d'agir avec prud5ce4 ,peut-tre la *ose et t facile si j'eusse pu m'humili] jusqu' implor] la bi5veillance des suprieurs4 ,c'e/ quoi mon orgueil ne put jamais se pli]2 il et fallu m5tir et dire que1 muni d'une foi 9branlable1 je me s5tais appel rfut] victorieusem5t l'hrsie4 ,cela n'tait plus vrai4 ,j'pr\vais le beso9 de m'in/ruire p\r moi-mme1 et1 la sci5ce ca?olique puise p\r moi1 j'tais p\ss v]s des tudes plus compltes1 p> l'am\r de la sci5ce1 et non plus p> l'ardeur de la prdication4 ,je dvorai les crits d',abeil>d1 et ce qui n\s re/e des op9ions d',arnauld de ,brescia1 de ,pi]re ,valdo1 et des autres hrtiques clbres des d\zime et treizime sicles4 ,la lib]t d'exam5 et l'autorit de la consci5ce1 proclames jusqu' un c]ta9 po9t p> ces hommes illu/res1 rpondai5t tellem5t alors au beso9 de mon me1 que je fus entran au del de ce que j'avais prvu4 ,mon esprit entra ds lors dans une n\velle phase1 et1 malgr ce que j'ai s\ff]t dans les div]ses trans=mations que j'ai subies1 malgr l'agonie d\l\reuse o j'a*ve mes j\rs1 je dirai que ce fut le premi] degr de mon progrs4 ,oui1 ,angel1 quelque rude supplice que l'me ait subir en *]*ant la vrit1 le devoir e/ de la *]*] sans cesse1 et mieux vaut p]dre la vue v\loir contempl] le soleil que de re/] les yeux volontairem5t f]ms sur les spl5deurs de la lumire4 ,aprs avoir t un ?ologi5 ca?olique assez in/ruit1 je dev9s donc un hrtique passionn1 et d'autant plus irrconciliable avec l'glise roma9e qu' l'exemple d',abeil>d et de mes autres matres1 j'avais l'intime et s9cre conviction de mon or?odoxie4 ,je s\t5ais dans le secret de mes p5ses que j'avais le droit1 et mme que c'tait un devoir p\r moi1 de ne ri5 adopt] p\r article de foi que je n'en eusse s5ti l'utilit et compris le pr9cipe4 ,la manire dont ces philosophes envisageai5t l'inspiration div9e de ,platon et la sa9tet des gr&s philosophes paens1 prcurseurs du ,*ri/1 me semblait seule rpondre l'ide que le *rti5 doit avoir de la bont1 de l'quit et de la gr&eur de ,dieu4 ,je blmais srieusem5t les hommes d'glise contempora9s d',abeil>d1 et p5sais que1 lors du concile de ,s5s1 l'esprit de ,dieu avait t avec lui et non avec eux4 ,si je ne dtruisais pas encore dans ma p5se t\t l'difice du ca?olicisme1 c'e/ que1 p> une transaction de mon esprit qui m'tait t\t fait propre1 j'admettais qu'en des j\rs mauvais l'glise avait pu se tromp]1 et que1 si les successeurs de ces prlats g>s ne rvisai5t pas leurs jugem5ts1 c'tait p> un motif de discipl9e et de prud5ce purem5t huma9es et politiques4 ,je me disais qu' la place du pape je reconnatrais peut-tre l'impossibilit de rhabilit] publiquem5t ,abeil>d et son cole1 mais qu' c\p sr je ne proscrirais plus la lecture de leurs crits1 et je ca*]ais ma sympa?ie p\r eux s\s le voile de la tolrance4 ,je raisonnais1 c]tes1 dplorablem5t2 c> je sapais t\te l'autorit de l'glise1 sans song] sortir de l'glise4 ,j'attirais sur ma tte les ru9es d'un difice qu'on ne peut attaqu] que du dehors4 ,ces contradictions tranges ne sont pas r>es *ez les esprits s9cres et logiques t\t autre g>d4 ,une malveillance d'habitude p\r le corps de l'glise prote/ante1 un atta*em5t d'habitude et d'in/9ct p\r l'glise roma9e1 leur font dsir] de cons]v] le b]ceau1 t&is que l'irrsi/ible puissance de la vrit et le beso9 d'une ju/e indp5dance ont trans=m entirem5t et gr&i le corps auquel cette c\*e troite ne peut plus conv5ir4 ,au milieu de ces contradictions1 je n'ap]cevais pas le po9t pr9cipal4 ,je ne voyais pas que je n'tais plus ca?olique4 ,en accordant aux hrsi>ques des pr9cipes d'or?odoxie pure1 je reportais v]s eux t\te ma f]veur2 et mon en?\siasme p\r leur gr&eur1 ma compassion p\r leurs in=tunes1 me conduisir5t les gal] aux ,pres de l'glise et m'en occup] mme davantage2 c> les ,pres avai5t accap> t\te ma vie prcd5te1 et j'avais beso9 de me faire d'autres amis4 ,dire que je passai ,wiclef1 ,jean ,huss1 et puis ,lu!r1 et de l au scepticisme1 c'e/ faire l'hi/oire de l'esprit huma9 durant les sicles qui m'avai5t prcd1 et que ma vie intellectuelle1 p> un en*anem5t de ncessits logiques1 rsuma assez fidlem5t4 ,mais1 aprs le prote/antisme1 je ne p\vais plus ret\rn] au po9t de d"p4 ,ma foi dans la rvlation s'branla1 ma religion prit une =me t\te philosophique2 je me ret\rnai v]s les philosophies anci5nes2 je v\lus compr5dre et ,py?agore et ,zoroa/re1 ,confucius1 picure1 ,platon1 pictte1 en un mot t\s ceux qui s'tai5t t\rm5ts gr&em5t de l'orig9e et de la de/9e huma9e avant la v5ue de ,jsus-,*ri/4 ,dans un c]veau livr des tudes calmes et suivies1 dans une me qui ne reoit de la socit vivante aucune impulsion1 et qui1 dans une suite de j\rs semblables1 puise g\tte g\tte sa vie cle/e une s\rce t\j\rs ple9e et limpide1 les trans=mations intellectuelles s'opr5t ins5siblem5t et sans qu'il soit possible de m>qu] la limite exacte de *acune de ses phases4 ,de mme que1 d'un petit enfant que tu tais1 mon *] ,angel1 tu es dev5u p> une gradation incessante1 mais inapprciable ton att5tion j\rnalire1 un adolesc5t1 et puis un jeune homme2 de mme je dev9s de ca?olique r=mi/e1 et de r=mi/e philosophe4 ,jusque-l t\t avait bi5 t2 et1 tant que ces tudes fur5t p\r moi purem5t hi/oriques1 j'pr\vai les plus vives et les plus intimes j\issances4 ,c'tait un bonheur indicible p\r moi que de pntr]1 dgag des rs]ves et des re/rictions ca?oliques1 dans les sublimes exi/5ces de tant de gr&s hommes jusque-l mconnus1 et dans les cl>ts spl5dides de tant de *efs-d'uvre jusqu'alors incompris4 ,mais plus j'avanais dans cette connaissance1 plus je s5tais la ncessit l'opt] p\r un sy/me2 c> je croyais voir l'impossibilit d'tablir un li5 entre t\tes ces croyances et t\tes ces doctr9es div]ses4 ,je ne p\vais plus croire la rvlation depuis que tant de philosophes et de sages s'tai5t levs aut\r de moi et m'avai5t donn de si gr&s enseignem5ts sans se t>gu] d'aucun comm]ce exclusif avec la ,div9it4 ,sa9t ,paul ne me p>aissait pas plus inspir que ,platon1 et ,socrate ne me semblait pas mo9s digne de ra*et] les fautes du g5re huma9 que ,jsus de ,naz>e?4 ,l',inde ne se montrait c]tes pas mo9s claire dans l'ide de la ,div9it que la ,jude4 ,jupit]1 le suivre dans la p5se que les gr&s esprits du paganisme avai5t eue p\r lui1 ne me semblait pas un dieu infrieur ,jhovah4 ,en un mot1 t\t en cons]vant lu plus haute vnration et le plus pur en?\siasme p\r le ,crucifi1 je ne voyais gure de raisons p\r qu'il ft le fis de ,dieu plus que ,py?agore1 et p\r que les disciples de celui-ci ne fuss5t pas les aptres de la foi aussi bi5 que les disciples de ,jsus4 ,bref1 en lisant les r=mi/es1 j'avais cess d'tre ca?olique2 en lisant les philosophes1 je cessai d'tre *rti54 ,je g>dai p\r t\te religion une croyance ple9e de dsir et d'espoir en la ,div9it1 le s5tim5t 9branlable du ju/e et de l'inju/e1 un gr& respect p\r t\tes les religions et p\r t\tes les philosophies1 l'am\r du bi5 et le beso9 du vrai4 ,peut-tre aurais-je pu en re/] l et vivre assez paisible avec ces gr&s in/9cts et beauc\p d'humilit2 mais voil peut-tre ce qui e/ impossible un ca?olique1 voil o l'hi/oire de l'individu diffre ess5tiellem5t de l'hi/oire des gnrations4 ,le travail des sicles modifie la nature de l'esprit huma93 il arrive avec le temps la trans=m]4 ,les pres se dp\ill5t l5tem5t de leurs erreurs1 et cep5dant ils transmett5t leurs enfants des notions beauc\p plus nettes que celles qu'ils ont eues1 p>ce qu'eux-mmes re/5t jusqu' la f9 de leurs j\rs emp*s p> l'habitude et lis au pass p> les beso9s d'esprit que le pass leur a crs2 t&is que leurs enfants1 naissant avec d'autres beso9s1 se font vite d'autres habitudes1 qui1 v]s le dcl9 de leur vie1 n'emp*]ont pas des lueurs n\velles de se gliss] en eux1 mais ne s]ont nettem5t saisies que p> une troisime gnration4 ,a9si un mme homme ne r5f]me pas en lui-mme des degrs semblables le pass1 le prs5t et l'av5ir des gnrations4 ,si son prs5t s'e/ =m du pass avec quelque labeur et quelque sagesse1 l'av5ir peut tre en lui comme un g]me2 mais quels que soi5t son gnie et sa v]tu1 il n'en gt]a po9t le fruit4 ,a9si1 dans leur connaissance t\j\rs incomplte et confuse de la vrit t]nelle1 les hommes ont pu pass] trav]s les sicles du *ri/ianisme de sa9t ,paul celui de sa9t ,augu/9 et de celui de sa9t ,b]n>d celui de ,bossuet1 sans cess] d'tre ou du mo9s sans cess] de se croire *rti5s4 ,ces rvolutions se sont accomplies avec le temps qui leur tait ncessaire2 mais le c]veau d'un seul individu n'et pu les subir et les accomplir de lui-mme sans se bris] ou sans se jet] hors de la ligne o la succession des temps et le conc\rs des travaux et des volonts ont su les ma9t5ir4 ,quelle situation t]rible tait donc la mi5ne6 ,au dix-huitime sicle j'avais t lev dans le ca?olicisme du moy5 ge2 v+t-c9q ans j'tais presque aussi ignorant de l'antiquit qu'un mo9e m5diant du onzime sicle4 ,c'e/ du se9 de ces tnbres que j'avais v\lu t\t c\p embrass] d'un c\p d'il et l'av5ir et le pass4 ,je dis l'av5ir2 c>1 tant re/ p> mon ignorance en arrire de six c5ts ans1 t\t ce qui tait dj dans le pass p\r les autres hommes se prs5tait moi revtu des cl>ts bl\issantes de l'inconnu4 ,j'tais dans la position d'un aveugle qui1 rec\vrant t\t c\p la vue un j\r1 v]s midi1 v\drait se faire avant le soir et le l5dema9 une ide du lev] et du c\*] du soleil4 ,c]tes ces spectacles s]ai5t encore p\r lui dans l'av5ir1 bi5 que le soleil se ft lev et c\* dj bi5 des fois devant1 ses yeux in]tes4 ,a9si le ca?olique1 ds qu'il ouvre les yeux de son esprit la lumire de la vrit1 e/ bl\i et se ca*e le visage dans les ma9s1 ou sort de la voie et tombe dans les abmes4 ,le ca?olique ne se ratta*e ri5 dans l'hi/oire du g5re huma9 et ne sait ri5 ratta*] au *ri/ianisme4 ,il s'imag9e tre le comm5cem5t et la f9 de la race huma9e4 ,c'e/ p\r lui seul que la t]re a t cre2 c'e/ p\r lui que d'innombrables gnrations ont pass sur la face du globe comme des ombres va9es1 et sont retombes dans l't]nelle nuit af9 que leur damnation lui s]vit d'exemple et d'enseignem5t2 c'e/ p\r lui que ,dieu e/ desc5du sur la t]re s\s une =me huma9e4 ,c'e/ p\r la gloire et le salut du ca?olique que les abmes de l'enf] se rempliss5t incessamm5t de victimes1 af9 que le juge suprme voie et comp>e1 et que le ca?olique1 lev dans les spl5deurs du ,trs-,haut1 j\isse et triomphe dans le ciel du pleur t]nel de ceux qu'il n'a pu s\mettre et dirig] sur la t]re3 aussi le ca?olique croit-il n'avoir ni pre ni frres dans l'hi/oire de la race huma9e4 ,il s'isole et se ti5t dans une ha9e et dans un mpris sup]be de t\t ce qui n'e/ pas avec lui4 ,hors ceux de la ligne juive1 il n'a le respect filial et de sa9te gratitude p\r aucun des gr&s hommes qui l'ont prcd4 ,les sicles o il n'a pas vcu ne compt5t pas2 ceux qui ont lutt contre lui sont maudits2 ceux qui l'ext]m9]ont v]ront aussi la f9 du monde1 et l'univ]s se diss\dra le j\r apocalyptique o l'glise roma9e tomb]a en ru9es s\s les c\ps de ses ennemis4 ,qu& un ca?olique a p]du son aveugle respect p\r l'glise ca?olique1 o p\rrait-il donc se rfugi]8 ,dans le *ri/ianisme1 tant qu'il aj\t]a foi la rvlation2 mais1 si la rvlation vi5t lui manqu]1 il n'a plus qu' flott] dans l'ocan des sicles1 comme un esquif sans g\v]nail et sans b\ssole2 c> il ne s'e/ po9t habitu reg>d] le monde comme sa patrie et t\s les hommes comme ses semblables4 ,il a t\j\rs habit une le esc>pe1 et ne s'e/ jamais ml aux hommes du dehors4 ,il a considr le monde comme une conqute rs]ve ses missionnaires1 les hommes trang]s sa foi comme des brutes qu' lui seul il tait rs]v de civilis]4 quelle t]re ira-t-il dem&] les secrets de l'orig9e cle/e1 quel peuple les enseignem5ts de la sagesse huma9e8 ,il ira tt] t\s les rivages1 mais il ne compr5dra po9t le s5s des traces qu'il y tr\v]a4 ,la sci5ce des peuples e/ crite en c>actres in9telligibles p\r lui3 l'hi/oire de la cration e/ p\r lui un my! in9telligible4 ,hors de l'glise po9t de salut1 hors de la ,g5se po9t de sci5ce4 ,il n'y a donc pas de milieu p\r le ca?olique3 il faut qu'il re/e ca?olique ou qu'il devi5ne incrdule4 ,il faut que sa religion soit la seule vraie1 ou que t\tes les religions soi5t fausses4 ,c'e/ l que j'en tais v5u2 c'e/ l qu'en tait v5u le sicle o je vivais4 ,mais1 comme il y tait v5u l5tem5t p> les voies du de/91 il se tr\vait bi5 dans cette halte qu'il v5ait de faire3 le sicle tait incrdule1 mais il tait indiffr5t4 ,dgt de la foi de ses pres1 il se rj\issait dans sa philosophique ins\ciance1 sans d\te p>ce qu'il s5tait en lui ce g]me provid5tiel qui ne p]met pas la sem5ce de vie de prir s\s les glaces des rudes hiv]s4 ,mais moi1 *rti5 dmoralis1 moi1 ca?olique d'hi]1 qui1 t\t d'un c\p1 avais v\lu fran*ir la di/ance qui me sp>ait de mes contempora9s1 j'tais comme ivre1 et la joie de mon triomphe tait bi5 prs du desespoir et de la folie4 ,illu/ration ,qui p\rrait pe9dre les s\ffrances d'une me habitue l'ex]cice m9utieusem5t ponctuel d'une doctr9e aussi savamm5t conue1 aussi patiemm5t labore que l'e/ celle du ca?olicisme1 lorsque cette me se tr\ve flottante au milieu de doctr9es contradictoires dont aucune ne peut hrit] de sa foi aveugle et de son naf en?\siasme8 ,qui p\rrait r$ire ce que j'ai dvor d'heures d'un accablant ennui1 lorsque1 g5\x dans ma /alle de *ne noir1 j'tais condamn ent5dre1 aprs le c\*] du soleil1 la psalmodie lugubre de mes frres1 dont les p>oles n'avai5t plus de s5s p\r moi1 et la voix plus de sympa?ie8 ,ces heures1 jadis trop c\rtes p\r ma f]veur1 se tranai5t ma9t5ant comme des sicles4 ,c'e/ en va9 que j'essayais de rpondre ma*9alem5t aux (fices et d'occup] ma p5se de spculations d'un ordre plus lev2 l'activit de l'intellig5ce ne p\vait pas remplac] celle du cur4 ,la prire a cela de p>ticuli]1 qu'elle met en jeu les facults les plus sublimes de l'me et les fibres les plus huma9es du s5tim5t4 ,la prire du *rti51 entre t\tes les autres1 fait vibr] t\tes les cordes de l'tre intellectuel et moral4 ,dans aucune autre religion l'homme ne se s5t aussi prs de son ,dieu2 dans aucune1 ,dieu n'a t fait si huma91 si pat]nel1 si abordable1 si pati5t et si t5dre4 ,le livre asctique de l',imitation n'e/ qu'un adorable trait de l'amiti1 amiti trange1 ineffable1 sans exemple dans l'hi/oire des autres religions2 amiti intim1 expansive1 dlicate1 frat]nelle1 entre le ,dieu ,jsus et le *rti5 f]v5t4 ,quel s5tim5t appliqu aux objets t]re/res peut jamais remplac] celui-l p\r l'homme qui l'a connu8 quelle ducation de l'intellig5ce peut satisfaire en mme temps et au mme degr t\s les beso9s du cur8 ,la doctr9e *rti5ne apaise t\tes les ardeurs inquites de l'esprit en disant son adepte3 ,tu n'z pas beso9 d'tre gr&2 aime1 et sois humble3 aime ,jsus1 p>ce qu'il e/ humble et d\x4 ,et lorsque le cur trop ple9 d'am\r e/ prs de se rp&re sur les cratures1 elle l'arrte en lui disant3 ,s\vi5s-toi que tu es gr& et que tu ne peux aim] que ,jsus1 p>ce qu'il e/ seul gr& et p>fait4 ,elle ne *]*e po9t endurcir les entrailles de l'homme contre la d\leur2 elle l'amollit p\r le =tifi]1 et lui fait tr\v] dans la s\ffrance une sorte de dlices4 ,l'picurisme le conduit au calme p> la modration1 le *ri/ianisme le conduit la joie p> les l>mes2 la raison /oque subit la torture1 l'en?\siasme *rti5 vole au m>tyre4 ,le gr& uvre du *ri/ianisme e/ donc le dveloppem5t de la =ce intellectuelle p> celui de la s5sibilit morale1 et la prire e/ l'9puisable alim5t o ces deux puissances se comb95t et se retremp5t sans cesse4 ,illu/ration ,comme le corps1 l'me a ses beso9s j\rnali]s2 comme lui1 elle se fait c]ta9es habitudes dans la manire de satisfaire ses beso9s4 ,*rti5 et mo9e1 je m'tais acc\tum1 durant mes annes heureuses1 une expansion frqu5te de t\t ce que mon cur r5f]mait d'am\r et d'en?\siasme4 ,c'tait p>ticulirem5t durant les (fices du soir que j'aimais rp&re a9si t\te mon me aux pi$s du ,sauveur4 ce mom5t d'indicible posie1 o le j\r n'e/ plus1 et o la nuit n'e/ pas encore1 lorsque la lampe vacillante au fond du sanctuaire se rfl*it seule sur les m>bres luisants1 et que les premi]s a/res s'allum5t dans l'!r encore ple1 je me s\vi5s que j'avais c\tume d'int]rompre mes oraisons1 af9 de m'ab&onn] aux motions sa9tes et dlicieuses que cet in/ant m'apportait4 ,il y avait vis--vis de ma /alle une haute f5tre dont l'ar*itecture dlicate se dess9ait sur le bleu transp>5t du ciel4 ,je voyais s'encadr] l1 *aque soir1 deux ou trois belles toiles1 qui semblai5t me s\rire et pntr] mon se9 d'un rayon d'am\r et d'espoir4 ,eh bi51 t\t s5tim5t potique tait en moi tellem5t li au s5tim5t religieux1 et le s5tim5t religieux tait lui-mme tellem5t li la doctr9e ca?olique1 qu'avec la s\mission aveugle cette doctr9e1 je p]dis et la posie et la prire1 et les sa9tes extases et les ard5tes aspirations4 ,j'tais dev5u plus froid que les m>bres que je f\lais4 ,j'essayais en va9 d'lev] mon me v]s le crateur de t\tes *oses4 ,je m'tais habitu le voir s\s un c]ta9 aspect qu'il n'avait plus2 et depuis que j'avais l>gi1 p> la raison1 le c]cle de sa puissance et de sa p]fection1 depuis que j'avais agr&i mes p5ses et donn mes aspirations un b plus va/e1 j'tais bl\i de l'clat de ce ,dieu n\veau2 je me s5tais rduit au nant p> son imm5sit et p> celle de l'univ]s4 ,l'anci5ne =me1 accessible en quelque sorte aux s5s p> les images et les allgories my/iques1 s'effaait p\r faire place un imm5se foy] de ,div9it o j'tais absorb comme un atome1 sans que mes p5ses euss5t ni place ni valeur possible1 sans qu'aucune p>celle de cette ,div9it pt se faire assez m5ue p\r se communiqu] moi autrem5t que p> le fait1 p\r a9si dire1 fatal1 de la vie univ]selle4 ,je n'osais donc plus essay] de communiqu] avec ,dieu4 ,il me p>aissait trop gr& p\r s'abaiss] jusqu' m'c\t]1 et je craignais de faire un acte impie1 d'insult] sa maje/ cle/e1 en l'invoquant comme un roi de la t]re4 ,p\rtant j'avais t\j\rs le mme beso9 de pri]1 le mme beso9 d'aim]1 et quelquefois j'essayais d'lev] une voix humble et cra9tive v]s ce ,dieu t]rible4 ,mais tantt je retombais involontairem5t dans les =mes et dans les ides ca?oliques1 et tantt il m'arrivait de =mul] une prire assez trange1 et dont la navet me f]ait s\rire auj\rd'hui1 si elle ne rappelait des s\ffrances pr(ondes4 toi6 disais-je1 toi qui n'z pas de nom1 et qui rside dans l'inaccessible6 toi qui es trop gr& p\r m'c\t]1 trop lo9 p\r m'ent5dre1 trop p>fait p\r m'aim]1 trop =t p\r me pla9dre6444 je t'invoque sans espoir d'tre exauc1 p>ce que je sais que je ne dois ri5 te dem&]1 et que je n'ai qu'une manire de mrit] ici bas1 qui e/ de vivre et de m\rir inap]u1 sans orgueil1 sans rvolte et sans colre1 de s\ffrir sans me pla9dre1 d'att5dre sans dsir]1 d'espr] sans prt5dre ri5444 ,alors je m'int]rompais1 p\vant de la tri/e de/9e huma9e qui se prs5tait moi1 et que ma prire1 pur reflet de ma p5se1 rsumait en des t]mes si dc\rageants et si d\l\reux4 ,je me dem&ais quoi bon aim] un ,dieu ins5sible1 qui laisse l'homme le dsir cle/e1 p\r lui faire s5tir t\te l'horreur de sa captivit ou de son impuissance1 un ,dieu aveugle et s\rd1 qui ne daigne pas mme comm&] la f\dre1 et qui se ti5t tellem5t ca* dans la pluie d'or de ses soleils et de ses mondes qu'aucun de ces soleils et aucun de ces mondes ne le connat ni ne l'ent5d4 ,oh6 j'aimais mieux l'oracle des ,juifs1 la voix qui p>lait ,mose sur le ,s9a2 j'aimais mieux l'esprit de ,dieu s\s la =me d'une colombe sacre1 ou le fils de ,dieu dev5u un homme semblable moi6 ,ces dieux t]re/res m'tai5t accessibles4 ,t5dres ou m5aants1 ils m'c\tai5t et me rpondai5t4 ,les colres et les v5geances du sombre ,jhovah m'effrayai5t mo9s que l'impassible sil5ce et la glaciale quit de mon n\veau matre4 ,c'e/ alors que je s5tis pr(ondm5t le vide et le vague de cette philosophie1 de mode cette poque-l1 qu'on appelait le ?isme2 c>1 il faut bi5 l'av\]1 j'avais dj *]* le rsum de mes tudes et de mes rflexions dans les crits des philosophes mes contempora9s4 ,j'eusse du m'en ab/5ir sans d\te1 c> ri5 n'tait plus contraire la disposition d'esprit o j'tais alors4 ,mais comm5t l'euss-je prvu8 ,ne devais-je pas p5s] que les esprits les plus avancs de mon sicle saurai5t mieux que moi la conclusion tir] de t\te la sci5ce et de t\te l'expri5ce du pass8 ,ce pass1 t\t n\veau p\r moi1 tait un alim5t mal digr dont les mdec9s seuls p\vai5t connatre l'effet2 et les hommes /udieux et nafs qui viv5t dans l'ombre ont la simplicit de croire que les crits contempora9s qu'un gr& clat accompagne sont la lumire et l'hygine du sicle4 ,quelle ne fut pas ma surprise lorsque1 malgr t\tes mes prv5tions en faveur de ces illu/res criva9s franais dont les fureurs du ,vatican n\s appr5ai5t la gloire et les triomphes1 je t9s dans mes ma9s avides une de ces ditions bas prix que la ,france semait jusque sur le t]ra9 papal1 et qui pntrai5t dans le secret des clotres1 mme sans beauc\p de my/re6 ,je crus rv] en voyant une critique si grossire1 un a*>nem5t si aveugle1 tant d'ignorance ou de lgret3 je craignis d'avoir port dans cette lecture un re/e de prv5tion en faveur du *ri/ianisme2 je v\lus connatre t\t ce qui s'crivait *aque j\r4 ,je ne *angeai pas d'avis sur le fond2 mais j'arrivai apprci] beauc\p l'importance et l'utilit sociale de cet esprit d'exam5 et de rvolte1 qui prp>ait la ru9e de l'inquisition et la *ute de t\s les despotismes sanctifis4 ,peu peu j'arrivai me faire une manire d'tre1 de voir et de s5tir1 qui1 sans tre celle de ,voltaire et de ,did]ot1 tait celle de leur cole4 ,quel homme a jamais pu s'affran*ir1 mme au fond des clotres1 mme au se9 des ?bades1 de l'esprit de son sicle8 ,j'avais d'autres habitudes1 d'autres sympa?ies1 d'autres beso9s que les frivoles criva9s de mon poque2 mais t\s les vux et t\s les dsirs que je cons]vais tai5t /riles2 c> je s5tais l'imm95ce provid5tielle d'une gr&e rvolution philosophique1 sociale et religieuse2 et ni moi ni mon sicle n'tions assez =ts p\r ouvrir l'humanit le n\veau temple o elle p\rrait s'abrit] contre l'a?isme1 contre le froid et la mort4 ,ins5siblem5t je me refroidis mon t\r jusqu' d\t] de moi-mme4 ,il y avait longtemps que je d\tais de la bont et de la t5dresse pat]nelle de ,dieu4 ,j'en v9s d\t] de l'am\r filial que je s5tais p\r lui4 ,je p5sai que ce p\vait tre une habitude d'esprit que l'ducation m'avait donne1 et qui n'avait pas plus son pr9cipe dans la nature de mon tre que mille autres erreurs suggres *aque j\r aux hommes p> la c\tume et le prjug4 ,je travaillai dtruire en moi l'esprit de *>it avec autant de so9 que j'en avais mis jadis dvelopp] le feu div9 dans mon cur4 ,alors je tombai dans un ennui pr(ond1 et1 comme un ami qui ne peut vivre priv de l'objet de son affection1 je me s5tis dprir et je tranai ma vie comme un f>deau4 ,au se9 de ces anxits1 de ces fatigues1 six annes tai5t dj consumes4 ,six annes1 les plus belles et les plus viriles de ma vie1 tai5t tombes dans le g\ffre du pass sans que j'eusse fait un pas v]s le bonheur ou la v]tu4 ,ma jeunesse s'tait c\le comme un rve4 ,l'am\r de l'tude semblait dom9] t\tes mes autres facults4 ,mon cur sommeillait2 et1 si je n'eusse s5ti quelquefois1 la vue des inju/ices commises contre mes frres et la p5se de t\tes celles qui se commett5t sans cesse la face du ciel1 de brlantes colres et de pr(onds d*irem5ts1 j'eusse pu croire que la tte seule vivait en moi et que mes entrailles tai5t ins5sibles4 vrai dire1 je n'eus po9t de jeunesse1 tant les enivrem5ts contre lesquels j'ai vu les autres religieux lutt] si pniblem5t passr5t lo9 de moi4 ,*rti51 j'avais mis t\t mon am\r dans la ,div9it2 philosophe1 je ne pus report] mon am\r sur les cratures1 ni mon att5tion sur les *oses huma9es4 ,tu te dem&es peut-tre1 ,angel1 ce que le s\v5ir de ,fulg5ce et la p5se de ,spiridion tai5t dev5us p>mi tant de proccupations n\velles4 ,hlas6 j'tais bi5 honteux d'avoir pris la lettre les visions de ce vieill>d et de m'tre laiss frapp] l'imag9ation au po9t d'avoir eu moi-mme la vision de cet ,hbronius4 ,la philosophie mod]ne accablait d'un tel mpris les visionnaires que je ne savais o me rfugi] contre le mortifiant s\v5ir de ma sup]/ition4 ,tel e/ l'orgueil huma91 que mme lorsque la vie intrieure s'accomplit dans un pr(ond my/re1 et sans que les erreurs et les *angem5ts de l'homme ai5t d'autre tmo9 que sa consci5ce1 il r\git de ses faiblesses et v\drait p\voir se tromp] lui-mme4 ,je m'ef=ais d'oubli] ce qui s'tait pass en moi cette poque de tr\ble o une rvolution avait t imm95te dans t\t mon tre1 et o la sve trop comprime de mon esprit avait fait irruption avec une sorte de dlire4 ,c'e/ a9si que je m'expliquais l'influ5ce de ,fulg5ce et d',hbronius sur mon ab&on du *ri/ianisme4 ,je me p]suadais 7et peut-tre ne me trompais-je pas7 que ce *angem5t tait 9vitable2 qu'il tait p\r a9si dire fatal1 p>ce qu'il tait dans la nature de mon esprit de progress] en dpit de t\t et propos de t\t4 ,je me disais que soit une cause1 soit une autre1 soit la fable d',hbronius1 soit t\t autre has>d1 je devais sortir du *ri/ianisme1 p>ce que j'avais t condamn1 en naissant1 *]*] la vrit sans rel*e et peut-tre sans espoir4 ,bris de fatigue1 atte9t d'un pr(ond dc\ragem5t1 je me dem&ais si le repos que j'avais p]du valait la pe9e d'tre reconquis4 ,ma foi nave tait dj si lo91 il me semblait que j'avais comm5c si jeune d\t] que je ne me s\v5ais presque plus du bonheur que j'avais pu gt] dans mon ignorance4 ,peut-tre mme n'avais-je jamais t heureux p> elle4 ,il e/ des intellig5ces inquites auxquelles l'inaction e/ un supplice et le repos un opprobre4 ,je ne p\vais donc me df5dre d'un c]ta9 mpris de moi-mme en me contemplant dans le pass4 ,depuis que j'avais entrepris mon rude labeur je n'avais pas t plus heureux1 mais du mo9s je m'tais s5ti vivre2 et je n'avais pas r\gi de voir la lumire1 c> j'avais lab\r de t\tes mes =ces le *amp de l'esprance4 ,si la moisson tait maigre1 si le sol tait aride1 ce n'tait pas la faute de mon c\rage1 et je p\vais tre une victime respectable de l'huma9e impuissance4 ,je n'avais p\rtant pas oubli l'exi/5ce du manuscrit prcieux peut-tre1 et1 c\p sr1 =t curieux1 que r5f]mait le c]cueil de l'abb ,spiridion4 ,je me promettais bi5 de le tir] de l et de me l'appropri]2 mais il fallait1 p\r opr] cette extraction en secret1 du temps1 des prcautions1 et sans d\te un confid5t4 ,je ne me pressai donc pas d'y p\rvoir1 c> j'tais occup au del de mes =ces et des heures dont j'avais dispos] *aque j\r4 ,le vu que j'avais fait de dt]r] ce manuscrit le j\r o j'aurais atte9t l'ge de tr5te ans n'avait sans d\te pu sortir de ma mmoire2 mais je r\gissais tellem5t d'avoir pu faire un vu si puril que j'en c>tais la p5se1 bi5 rsolu ne l'accomplir en aucune faon1 et ne me reg>dant pas comme li p> un s]m5t qui n'avait plus p\r moi ni s5s ni valeur4 ,soit que j'vitasse de me retrac] ce que j'appelais les misrables circon/ances de ce vu1 soit qu'un r$\blem5t de proccupations sci5tifiques m'et entirem5t absorb1 il e/ c]ta9 que l'poque fixe p> moi p\r l'accomplissem5t du vu arriva sans que j'y lisse la mo9dre att5tion2 et sans d\te elle aurait pass inap]ue sans un l'ait extraord9aire et qui faillit de n\veau trans=m] t\tes mes ides4 ,je m'tais t\j\rs procur des livres en pntrant1 l'insu de t\s1 dans la biblio?que situe au b\t de rpugnance m'emp>] furtivem5t de ce fruit df5du2 mais bi5tt l'am\r de l'lude1 avait t plus =t que t\s les scrupules de la fran*ise et du la licite4 ,j'tais desc5du t\tes les ruses ncessaires2 j'avais fabriqu moi-mme une fausse clef1 la s]rure que j'avais brise avant t rp>e sans qu'on st qui en imput] l'effraction4 ,je me glissais la nuit jusqu'au sanctuaire de la sci5ce1 et *aque sema9e je r5\velais ma provision de livres1 sans veill] ni l'att5tion ni les s\pons1 du mo9s ce qu'il me semblait4 ,j'avais so9 de ca*] mes ri*esses dans la paille de ma c\*e1 et je lisais t\te la nuit4 ,je m'tais habitu dormir g5\x dans l'glise2 et1 p5dant les (fices du mat91 pro/]n dans ma /alle1 envelopp de mon capu*on1 je rp>ais les fatigues de la veille p> un sommeil lg] et frquemm5t int]rompu4 ,cep5dant1 comme ma sant s'affaiblissait visiblem5t p> ce rgime1 je tr\vai le moy5 de lire l'glise mme durant les (fices4 ,je me procurai une gr&e c\v]ture de missel que j'adaptais mes livres pr(anes1 et1 t&is que je semblais absorb p> le brviaire1 je me livrais avec scurit mes tudes favorites4 ,malgr t\tes ces prcautions1 je fus s\ponn1 surveill1 et enf9 dc\v]t4 ,une nuit que j'avais pntr dans la biblio?que1 j'ent5dis m>*] dans la gr&e salle du *apitre4 ,aussitt j'teignis ma lampe1 et je me t9s immobile1 esprant qu'on n'tait po9t sur ma trace1 et que j'*app]ais l'att5tion du surveillant qui faisait cette ronde inusite4 ,les pas se rappro*r5t1 et j'ent5dis une ma9 se pos] sur ma clef que j'avais imprudemm5t laisse en dehors4 ,on retira cette clef aprs avoir f]m la porte sur moi d\ble t\r2 on replaa les grosses b>res de f] que j'avais enleves2 et1 qu& on m'eut t t\t moy5 d'vasion1 on s'loigna l5tem5t4 ,je me tr\vai seul dans les tnbres1 captif1 et la m]ci de mes ennemis4 ,la nuit me sembla insupportablem5t longue2 c> l'inquitude1 la contr>it et le froid qui tait alors trs-vif m'emp*r5t de gt] un in/ant de repos4 ,j'eus un gr& dpit d'avoir te9t ma lampe1 et de ne p\voir du mo9s utilis] p> la lecture cette nuit mal5contreuse4 ,les cra9tes qu'un tel vnem5t devait m'inspir] n'tai5t p\rtant pas trs-vives4 ,je me flattais de n'avoir pas t vu p> celui qui m'avait enf]m4 ,je me disais qu'il l'avait fait sans mauvaise int5tion1 et sans se d\t] qu'il y et quelqu'un dans la biblio?que2 que c'tait peut-tre le conv]s de sema9e p\r le s]vice de la salle1 qui avait retir cette clef et f]m cette porte p\r mettre les *oses en ordre4 ,je me tr\vai1 moi1 bi5 l*e de ne pas lui avoir p>l et de n'avoir pas fait1 p\r sortir t\t de suite1 une t5tative qui1 le l5dema9 au j\r1 aurait c]tes beauc\p plus d'inconvni5ts4 ,nanmo9s je me promis de ne pas manqu] l'occasion ds qu'il revi5drait1 le mat91 selon l'habitude1 p\r rang] et nettoy] la salle4 ,dans cette att5te je me t9s veill1 et je supportai le froid avec le plus de philosophie qu'il me fut possible4 ,mais les heures s'c\lr5t1 le j\r p>ut1 et le ple soleil de janvi] monta sur l'horizon sans que le mo9dre bruit se fit ent5dre dans la *ambre du *apitre4 ,la j\rne entire se passa sans m'apport] aucun moy5 d'vasion4 ,j'usai mes =ces v\loir enfonc] la porte4 ,on l'avait si bi5 assure contre une n\velle effraction1 qu'il tait impossible de l'branl]1 et la s]rure rsi/a galem5t t\s mes ef=ts4 ,une seconde nuit et une seconde j\rne se passr5t sans apport] aucun *angem5t cette trange position4 ,la porte du *apitre avait t sans d\te condamne4 ,il ne v9t absolum5t p]sonne dans cette salle1 qui d'ord9aire tait assez frqu5te c]ta9es heures1 et je ne pus me p]suad] plus longtemps que ma captivit ft un vnem5t =tuit4 ,outre que la salle ne p\vait avoir t f]me sans desse91 on devait s'ap]cevoir de mon abs5ce2 et1 si l'on tait inquiet de moi1 ce n'tait pas le mom5t de f]m] les portes1 mais de les ouvrir t\tes p\r me *]*]4 ,il tait donc c]ta9 qu'on v\lait m'inflig] une correction p\r ma faute2 mais1 le troisime j\r1 je comm5ai tr\v] la correction trop svre1 et cra9dre qu'elle ne ressemblt aux preuves des ca*ots de l'inquisition1 d'o l'on ne sortait que p\r revoir une d]nire fois le soleil et m\rir d'puisem5t4 ,la faim et le froid m'avai5t si rudem5t pr\v que1 malgr mon /ocisme et la p]svrance que j'avais mise lire tant que le j\r me l'avait p]mis1 je comm5ai p]dre c\rage la troisime nuit et s5tir que la =ce physique m'ab&onnait4 ,alors je me rsignai m\rir1 et ne plus combattre le froid p> le m\vem5t4 ,mes jambes ne p\vai5t plus me s\t5ir2 je fis une c\*e avec des livres2 c> on avait eu la cruaut d'enlev] le fauteuil de cuir qui d'ord9aire occupait l'embrasure de la croise4 ,je m'enveloppai la tte dans ma robe1 je m't5dis en s]rant mon vtem5t aut\r de moi1 et je m'ab&onnai l'eng\rdissem5t d'un sommeil fbrile que je reg>dais comme le d]ni] de ma vie4 ,je m'applaudis d'tre arriv l'ext9ction de mes =ces physiques sans avoir p]du ma =ce morale et sans avoir cd au dsir de cri] p\r appel] du sec\rs4 ,l'unique croise de cette pice donnait sur une c\r f]me1 o les novices allai5t r>em5t4 ,j'avais guett va9em5t depuis trois j\rs2 la porte de cette c\r ne s'tait pas ouv]te une seule fois4 ,sans d\te1 elle avait t condamne comme celle du *apitre4 ,ne p\vant faire signe aucun tre compatissant ou ds9tress1 il et fallu remplir l'air de mes cris p\r arriv] me faire ent5dre4 ,je savais trop bi5 que1 dans de semblables circon/ances1 la compassion e/ l*e et impuissante1 t&is que le dsir de la v5geance augm5te en raison de l'abaissem5t de la victime4 ,je savais que mes gmissem5ts caus]ai5t quelques-uns une t]reur /upide et ri5 de plus4 ,je savais que les autres se rj\irai5t de mes angoisses4 ,je ne v\lais pas donn] ces b\rreaux le triomphe de m'avoir arra* une seule pla9te4 ,j'avais donc rsi/ aux tortures de la faim2 je comm5ais ne plus les s5tir1 et d'ailleurs je n'aurais plus eu assez du =ce p\r lev] la voix4 ,je m'ab&onnai mon sort en invoquant pictte et ,socrate1 et ,jsus lui-mme1 le philosophe immol p> les pr9ces des prtres et les docteurs de la loi4 ,depuis quelques heures je reposais dans un pr(ond anantissem5t1 lorsque je fus veill p> le bruit de l'horloge du *apitre qui sonnait m9uit de l'autre ct de la cloison contre laquelle j'tais t5du4 ,alors j'ent5dis m>*] d\cem5t dans la salle1 et il me sembla qu'on appro*ait de la porte de ma prison4 ,ce bruit ne me causa ni joie ni surprise2 je n'avais plus consci5ce d'aucune *ose4 ,cep5dant la nature des pas que j'ent5dais sur le plan*] de la salle vois9e1 leur lgret empresse1 jo9te une nettet sol5nelle1 rveillr5t en moi je ne sais quels vagues s\v5irs4 ,il me sembla que je reconnaissais la p]sonne qui m>*ait a9si1 et que j'pr\vais une joie d'in/9ct l'ent5dre v5ir v]s moi2 mais il m'et t impossible de dire quelle tait cette p]sonne et o je l'avais connue4 ,elle ouvrit la porte de la biblio?que et m'appela p> mon nom d'une voix h>monieuse et d\ce qui me fit tressaillir4 ,il me sembla que je s5tais la vie faire un ef=t en moi p\r se ranim]2 mais j'essayai en va9 de me s\lev]1 et je ne pus ni remu] ni p>l]4 --,alexis6 rpta la voix d'un ton d'autorit bi5veillante1 ton corps et ton me sont-ils donc aussi endurcis l'un que l'autre8 ,d'o vi5t que tu z manqu ta p>ole8 ,voici la nuit1 voici l'heure que tu avais fixes444 ,il y a auj\rd'hui tr5te ans que tu v9s dans ce monde1 nu et pleurant comme t\s les fils d've4 ,c'e/ auj\rd'hui que tu devais te rgnr]1 en *]*ant s\s la c5dre de ma dp\ille t]re/re une t9celle qui aurait pu rallum] en toi le feu du ciel4 ,faut-il donc que les morts quitt5t leur spulcre p\r tr\v] les vivants plus froids et plus eng\rdis que des cadavres8 ,j'essayai encore de lui rpondre1 mais sans russir plus que la premire fois4 ,alors il reprit avec un s\pir3 --,revi5s donc la vie des s5s1 puisque celle de l'esprit e/ expire en toi444 ,il s'appro*a et me t\*a1 mais je ne vis ri52 et lorsque1 aprs des ef=ts in\s1 j'eus russi m'veill] de ma l?>gie et me dress] sur mes g5\x1 t\t tait r5tr dans le sil5ce1 et ri5 n'annonait aut\r de moi la visite d'un tre huma94 ,cep5dant un v5t plus froid qui s\fflait sur moi semblait v5ir de la porte4 ,je me tranai jusque-l4 prodige6 elle tait ouv]te4 ,j'eus un accs de joie ins5se4 ,je pleurai comme un enfant1 et j'embrassai la porte comme si j'eusse v\lu bais] la trace des ma9s qui l'avai5t ouv]te4 ,je ne sais p\rquoi la vie me semblait si d\ce rec\vr]1 aprs avoir sembl si facile p]dre4 ,je me tranai le long de la salle du *apitre en suivant les murs2 j'tais si faible que je tombais *aque pas4 ,ma tte s'g>ait1 et je ne p\vais plus me r5dre raison de la position de la porte que je v\lais gagn]4 ,j'tais comme un homme ivre2 et plus j'avais hte de sortir de ce lieu fatal1 mo9s il m'tait possible d'en tr\v] l'issue4 ,j'errais dans les tnbres1 me crant moi-mme un labyr9! inextricable dans un espace libre et rguli]4 ,je crois que je passai l presque une heure1 livr d'inexprimables angoisses4 ,je n'tais plus arm de philosophie comme lorsque j'tais s\s les v]r\s4 ,je voyais la lib]t1 la vie1 qui rev5ai5t moi1 et je n'avais pas la =ce de m'en emp>]4 ,mon sang un in/ant ranim se refroidissait de n\veau4 ,une sorte de rage dlirante s'emp>ait de moi4 ,mille fantmes passai5t devant mes yeux1 mes g5\x se roidissai5t sur le plan*]4 puis de fatigue et de dsespoir1 je tombai au pi$ d'une des froides p>ois de la salle1 et de n\veau j'essayai de retr\v] en moi la rsolution de m\rir en paix4 ,mais mes ides tai5t confuses1 et la sagesse1 qui m'avait sembl nagure une armure impntrable1 n'tait en cet in/ant qu'un sec\rs impuissant contre l'horreur de la mort4 ,t\t c\p je retr\vai le s\v5ir1 dj effac1 de la voix qui m'avait appel durant mon sommeil1 et1 me livrant cette protection my/rieuse avec la confiance d'un enfant1 je murmurai les d]ni]s mots que ,fulg5ce avait prononcs en r5dant l'me3 ,sancte ,spiridion1 ora pro me4 ,alors il se fit une lueur ple dans la salle1 comme s]ait celle d'un clair prolong4 ,cette lueur augm5ta1 et1 au b\t d'une m9ute environ1 s'teignit t\t fait4 ,j'avais eu le temps de voir que cette lumire p>tait du portrait du fondateur1 dont les yeux s'tai5t allums comme deux lampes p\r clair] la salle et p\r me montr] que j'tais adoss depuis un qu>t d'heure contre la porte tant *]*e4--,bni sois-tu1 esprit bi5heureux6 m'criai-je4 ,et1 ranim s\da91 je m'lanai hors de la salle avec imptuosit4 ,un conv]s1 qui vaquait dans les salles basses des prp>atifs extraord9aires p\r le l5dema91 me vit acc\rir v]s lui comme un spectre4 ,mes j\es creuses1 mes yeux enflamms p> la fivre1 mon air g>1 lui causr5t une telle frayeur qu'il s'enfuit en laissant tomb] une corbeille de riz qu'il portait1 et un flambeau que je me htai de ramass] avant qu'il ft te9t4 ,qu& j'eus apais ma faim1 je regagnai ma cellule1 et le l5dema91 aprs un sommeil rp>ateur1 je fus en tat de me r5dre l'glise4 ,un bruit s+uli] dans le c\v5t et le branle de t\tes les grosses clo*es m'avai5t annonc une crmonie importante4 ,j'avais jet les yeux sur le cal5dri] de ma cellule1 et je me dem&ais si j'avais p]du p5dant mes j\rs d'inanition la notion de la m>*e du temps2 c> je ne voyais aucune fte religieuse m>que p\r le j\r o je croyais tre4 ,je me glissai dans le *ur1 et je gagnai ma /alle sans tre rem>qu4 ,il y avait sur t\s les fronts une proccupation ou un recueillem5t extraord9aire4 ,l'glise tait p>e comme aux gr&s j\rs fris4 ,on comm5a les (fices4 ,je fus surpris de ne po9t voir le ,prieur sa place2 je me p5*ai p\r dem&] mon vois9 s'il tait malade4 ,celui-ci me reg>da d'un air /upfait1 et1 comme s'il et p5s avoir mal ent5du ma "q1 il s\rit d'un air emb>rass et ne me rpondit po9t4 ,je *]*ai des yeux le pre ,donati51 celui de t\s les religieux que je savais m'tre le plus ho/ile1 et que j'accusais intrieurem5t du traitem5t odieux que je v5ais de subir4 ,je vis ses yeux ard5ts *]*] pntr] s\s mon capu*on2 mais je ne lui laissai po9t voir mon visage1 et je m'assurai que le si5 tait b\lev]s p> la surprise et la cra9te2 c> il ne s'att5dait po9t tr\v] ma /alle occupe1 et il se dem&ait si c'tait moi ou mon spectre qu'il voyait l en face de lui4 ,je ne fus au c\rant de ce qui se passait qu' la f9 de l'(fice1 lorsque l'(ficiant rcita une prire en commmoration du ,prieur1 dont l'me avait p>u devant ,dieu1 le #aj janvi] #agff1 m9uit1 c'e/--dire une heure avant mon inc>cration dans la biblio?que4 ,je compris alors p\rquoi ,donati51 dont l'ambition guettait depuis longtemps la premire place p>mi n\s1 avait saisi l'occasion de cette mort subite p\r m'loign] des dlibrations4 ,il savait que je ne l'e/imais po9t1 et que1 malgr mon peu de gt p\r le p\voir et mon dfaut absolu d'intrigue1 je ne manquais pas de p>tisans4 ,j'avais une rputation de sci5ce ?ologique qui m'attirait le respect naf de quelques-uns2 j'avais un esprit de ju/ice et des habitudes d'imp>tialit qui (frai5t t\s des g>anties4 ,donati5 me craignait3 s\s-prieur depuis deux ans1 et t\t-puissant sur ceux qui ent\rai5t le ,prieur1 il avait envelopp ses d]ni]s in/ants d'une sorte de my/re1 et1 avant de rp&re la n\velle de sa mort1 il avait v\lu me voir1 sans d\te p\r sond] mes dispositions1 p\r me sduire ou p\r m'effray]4 ,ne me tr\vant po9t dans ma cellule1 et connaissant =t bi5 mes habitudes1 comme je l'ai su depuis1 il s'tait gliss sur mes traces jusqu' la porte de la biblio?que qu'il avait ref]me sur moi comme p> mg>de4 ,puis il avait condamn t\tes les issues p> lesquelles on p\vait appro*] de moi1 et il avait sur-le-*amp fait entr] t\t le mona/re en retraite1 af9 de procd] dignem5t l'lection du n\veau *ef4 ,grce son influ5ce1 il avait pu viol] t\s les usages et t\tes les rgles de l'abbaye4 ,au lieu de faire embaum] et expos] le corps du dfunt p5dant trois j\rs dans la *apelle1 il l'avait fait ensevelir prcipitamm5t1 s\s prtexte qu'il tait mort d'un mal contagieux4 ,il avait brusqu t\tes les crmonies1 abrg le temps ord9aire de la retraite2 et dj l'on procdait son lection1 lorsque1 p> un fait surnaturel1 je fus r5du la lib]t4 ,qu& l'(fice fut f9i1 on *anta le ,v5i ,creator2 puis on re/a un qu>t d'heure pro/]n *acun dans sa /alle1 livr l'inspiration div9e4 ,lorsque l'horloge sonna midi1 la communaut dfila l5tem5t et monta la salle du *apitre p\r procd] au vote gnral4 ,je me t9s dans le plus gr& calme et dans la plus complte indiffr5ce tant que dura cette crmonie4 ,ri5 au monde ne me t5tait mo9s que de contre-balanc] les suffrages2 en euss-je eu le temps1 je n'aurais pas fait la plus simple dm>*e p\r contr>i] l'ambition de ,donati54 ,mais qu& j'ent5dis son nom sortir c9quante fois de l'urne1 qu& je vis1 au d]ni] t\r de scrut91 la joie du triomphe clat] sur son visage1 je fus saisi d'un m\vem5t t\t huma9 d'indignation et de ha9e4 ,peut-tre1 s'il et song t\rn] v]s moi un reg>d humble ou seulem5t cra9tif1 mon mpris l'et-il abs\s2 mais il me sembla qu'il me bravait1 et j'eus la purilit de v\loir bris] cet orgueil1 au niveau duquel je me ravalais en le combattant4 ,je laissai le secrtaire recompt] l5tem5t les votes4 ,il y en avait deux seulem5t p\r moi4 ,ce n'tait donc pas une esprance p]sonnelle qui p\vait me suggr] ce que je fis4 ,au mom5t o l'on proclama le nom de ,donati51 et comme il se levait d'un air hypocritem5t mu p\r recevoir les embrassades des anci5s1 je me levai mon t\r et j'levai la voix4 --,je dcl>e1 dis-je avec un calme app>5t dont l'effet fut t]rible1 que l'lection proclame e/ nulle1 p>ce que les /atuts de l'ordre ont t viols4 ,une seule voix1 oublie ou dt\rne1 suffit p\r frapp] de nullit les rsolutions de t\t un *apitre4 ,j'invoque cet article de la *>te de l'abb ,spiridion1 et dcl>e que moi1 ,alexis1 membre de l'ordre et s]viteur de ,dieu1 je n'ai po9t dpos mon vote auj\rd'hui dans l'urne1 p>ce que je n'ai po9t eu le loisir d'entr] en retraite comme les autres2 p>ce que j'ai t c>t1 p> has>d ou p> malice1 des dlibrations communes1 et qu'il m'et t impossible1 ignorant jusqu' cet in/ant la mort de notre vnrable ,prieur1 de me dcid] inop9m5t sur le *oix de son successeur4 ,ayant prononc ces p>oles qui fur5t un c\p de f\dre p\r ,donati51 je me rassis et refusai de rpondre aux mille que/ions que *acun v5ait m'adress]4 ,donati51 un in/ant confondu de mon audace1 reprit bi5tt c\rage1 et dcl>a que mon vote tait non-seulem5t inutile mais non recevable1 p>ce qu'tant s\s le poids d'une faute grave1 et subissant1 durant les dlibrations1 une correction dgradante1 d'aprs les /atuts1 je n'tais po9t apte vot]4 --,et qui donc a qualifi ou apprci ma faute8 dem&ai-je4 ,qui donc1 s'e/ p]mis de m'en inflig] le *tim5t8 ,le s\s-prieur8 il n'en avait pas le droit4 ,il devait1 p\r me jug] indigne de pr5dre "p l'lection1 faire exam9] ma conduite p> six des plus anci5s du *apitre1 et je dcl>e qu'il ne l'a po9t fait4 --,et qu'en savez-v\s8 me dit un des anci5s qui tait le *aud p>tisan de mon antagoni/e4 --,je dis1 m'criai-je1 que cela ne s'e/ po9t fait1 p>ce que j'avais le droit d'en tre in=m1 p>ce que mon jugem5t devait tre signifi moi d'abord1 puis t\te la communaut rassemble1 et enf9 plac>d ici1 dans ma /alle1 et qu'il n'y e/ po9t et n'y a jamais t4 --,votre faute1 s'cria ,donati51 tait d'une telle nature444 --,ma faute1 int]rompis-je1 il v\s plat de la qualifi] de grave2 moi1 il me plat de qualifi] la punition que v\s m'avez inflige1 et je dis que c'e/ p\r v\s qu'elle e/ dgradante4 ,dites quelle fut ma faute6 ,je v\s somme de le dire ici2 et moi je dirai quel traitem5t v\s m'avez fait subir1 bi5 que v\s n'eussiez pas le droit de le faire4 ,donati5 voyant que j'tais outr1 et que l'on comm5ait m'c\t] avec curiosit1 se hta de t]m9] ce dbat en appelant son sec\rs la prud5ce et la ruse4 ,il s'appro*a de moi1 et1 du ton d'un homme pntr de componction1 il me supplia1 au nom du ,sauveur des hommes1 de cess] une discussion sc&aleuse et contraire l'esprit de *>it qui devait rgn] entre des frres4 ,il aj\ta que je me trompais en l'accusant de ma*9ations si p]fides1 que sans d\te il y avait entre n\s un mal5t5du qui s'claircirait dans une explication amicale4 --,quant vos droits1 aj\ta-t-il1 il m'a sembl et il me semble encore1 mon frre1 que v\s les avez p]dus4 ,ce s]ait peut-tre p\r la communaut une affaire exam9]2 mais il suffit que v\s m'accusiez d'avoir r$\t votre c&idature p\r que je veuille faire tomb] au plus vite un s\pon si pnible p\r moi4 ,et p\r cela1 je dcl>e que je dsire v\s avoir sur-le-*amp p\r comptiteur4 ,je supplie la communaut d'c>t] de v\s t\te accusation1 et de p]mettre que v\s dposiez votre vote dans l'urne aprs qu'on aura fait un n\veau t\r de scrut91 sans exam9] si vos droits sont conte/ables4 ,non-seulem5t je l'en supplie1 mais au beso9 je le lui comm&e2 c> je suis1 en att5dant le rsultat de votre c&idature1 le *ef de cette respectable assemble4 ,ce disc\rs adroit fut accueilli avec acclamations2 mais je m'opposai ce qu'on recomm5t le vote sance t5ante4 ,je dcl>ai que je v\lais entr] en retraite1 et que1 comme les autres s'tai5t cont5ts de trois j\rs1 bi5 que qu>ante fur5t prescrits1 je m'en cont5t]ais aussi2 mais que1 s\s aucun prtexte1 je ne croyais p\voir me disp5s] de cette prp>ation4 ,donati5 s'tait engag trop avant p\r recul]4 ,il feignit de subir ce contre-temps avec calme et humilit4 ,il supplia la communaut de n'apport] aucun emp*em5t mes desse9s4 ,il y avait bi5 quelques murmures contre mon ob/9ation1 mais pas autant peut-tre que ,donati5 l'avait espr4 ,la curiosit1 qui e/ l'lm5t vital des mo9es1 tait excite au plus haut po9t p> ce qui re/ait de my/rieux entre ,donati5 et moi4 ,ma disp>ition avait caus bi5 de l'tonnem5t plusieurs4 ,on v\lait1 avant de se rang] s\s la loi de ce n\veau *ef si mielleux et si t5dre en app>5ce1 avoir quelques notions de plus sur son vrai c>actre4 ,je semblais l'homme le plus propre les f\rnir4 ,sa modration avec moi en public1 au milieu d'une crise si t]rible p\r son orgueil et son ambition1 p>aissait sublime quelques-uns1 s5se plusieurs autres1 trange et de mauvais augure un plus gr& nombre4 ,tr5te voix1 qui ne s'ent5dai5t pas sur le *oix de leur c&idat1 avai5t combattu son lection4 ,il tait dj vid5t qu'elles allai5t se report] sur moi4 ,trois j\rs de n\velles rflexions et de plus amples in=mations p\vai5t dta*] bi5 des p>tisans4 ,*acun le s5tit1 et la majorit1 qui avait t surprise et comme enivre p> la prcipitation des m5eurs1 se rj\it du ret>d que je v5ais apport] au dnom5t4 ,une heure aprs la clture de cette sance orageuse1 ma cellule tait assige des m5eurs de mon p>ti2 c> j'avais dj un p>ti malgr moi1 et un p>ti trs-ard5t4 ,donati5 n'tait pas mdiocrem5t ha1 et je dois la vrit de dire que t\t ce qu'il y avait de mo9s avili et de mo9s corrompu dans l'abbaye tait contre lui4 ,ma colre tait dj tombe1 et les (fres qu'on me faisait n'veillai5t en moi aucun dsir de puissance monacale4 ,j'avais de l'ambition1 mais une ambition va/e comme le monde1 l'ambition des *oses sublimes4 ,j'aurais v\lu lev] un beau monum5t de sci5ce ou de philosophie1 tr\v] une vrit et la promulgu]1 enfant] une de ces ides qui s\lv5t et rempliss5t t\t un sicle1 g\v]n] enf9 t\te une gnration1 mais du fond de ma cellule1 et sans salir mes doigts la fange des affaires sociales2 rgn] p> l'intellig5ce sur les esprits1 p> le cur sur les curs1 vivre en un mot comme ,platon ou ,sp9osa4 ,il y avait lo9 de l la gloriole de comm&] c5t mo9es abrutis4 ,la petitesse pompeuse d'un tel rle s\levait mon me de dgt2 mais je compris quel p>ti je p\vais tir] de ma position1 et j'accueillis mes p>tisans avec prud5ce4 ,avant le soir1 les tr5te voix qui avai5t rsi/ ,donati5 s'tai5t dj runies sur moi4 ,donati5 en fut plus irrit qu'effray4 ,il v9t me tr\v] dans ma cellule1 et il essaya de m'intimid] en me disant que1 si je me retirais de la c&idature1 il ne me repro*]ait po9t mes hrsies1 lui bi5 connues2 que les *oses p\vai5t encore se pass] honorablem5t p\r moi et tranquillem5t p\r lui1 si je me cont5tais de la petite victoire que j'avais obt5ue en ret>dant son lection2 mais que1 si je me mettais sur les rangs p\r le priorat1 il f]ait connatre quelles tai5t mes occupations1 mes lectures1 et sans d\te mes p5ses1 depuis plus de c9q ans4 ,il me m5aa de dvoil] la fraude et la dsobissance o j'avais vcu t\t ce temps-l1 drobant les livres df5dus et me n\rrissant durant les sa9ts (fices1 dans le temple mme du ,seigneur1 des plus infmes doctr9es4 ,le calme avec lequel j'affrontai ces m5aces le dconc]ta beauc\p4 ,il v\lait sans d\te me faire p>l] sur mes croyances2 peut tre avait-il plac des tmo9s d]rire la porte p\r m'ent5dre apo/asi] dans un mom5t d'emportem5t4 ,j'tais sur mes g>des1 et je vis1 dans cette circon/ance1 combi5 l'homme le plus simple a de supriorit sur le plus habile1 lorsque celui-ci e/ m p> de mauvaises passions4 ,je n'tais c]tes pas rompu l'intrigue comme ce mo9e cauteleux et rus2 mais le mpris que j'avais p\r l'enjeu me donnait t\t l'avantage de la p>tie4 ,j'tais arm d'un sang-froid t\te preuve1 et mes rep>ties calmes dmontai5t de plus en plus mon adv]saire4 ,il se retira =t tr\bl4 ,jusque-l il ne m'avait po9t connu1 disait-il d'un ton amrem5t enj\4 ,il m'avait cru plong dans les livres1 et ne se s]ait jamais d\t que j'apportasse tant de prud5ce et de calcul dans les affaires temporelles4 ,il aj\ta s\rnoisem5t qu'il faisait des vux p\r que mon or?odoxie en matire de religion lui ft bi5 dmontre2 c>1 dans ce cas1 je lui p>aissais le plus propre de t\s bi5 g\v]n] l'abbaye4 ,le l5dema91 mes tr5te p>tisans cabalr5t si bi5 qu'ils dta*r5t plus de qu9ze poltrons1 jets p> la frayeur dans le p>ti de mon rival4 ,donati5 tait l'homme le plus r$\t et le plus ha de la communaut2 mais il avait p\r lui t\s les anci5s1 qu'il avait su accap>]1 et aux vices desquels son a?isme secret (frait t\tes les g>anties dsirables4 ,il n'y a pas de plus gr& flau p\r une communaut religieuse qu'un *ef s9crem5t dvot4 ,avec lui1 la rgle1 qui e/ ce que le mo9e hait et r$\te le plus1 e/ t\j\rs en vigueur1 et vi5t *aque in/ant tr\bl] les d\ces habitudes de p>esse et d'intemprance2 son zle ard5t suscite *aque j\r de n\velles tracass]ies1 en v\lant ram5] les pratiques au/res1 la vie de labeur et de privations4 ,donati5 savait1 avec le petit nombre des fanatiques1 se donn] les app>5ces d'une foi vive2 avec le gr& nombre des indiffr5ts1 il savait1 sans compromettre la dignit d'tiquette de la rgle1 et sans drog] aux app>5ces de la f]veur1 donn] *acun le prtexte le plus conv5able la lic5ce4 ,p> ce moy5 son autorit tait sans bornes p\r le mal2 il exploitait les vices d'autrui au pr(it des si5s propres4 ,cette manire de g\v]n] les hommes en pr(itant de leur corruption e/ infaillible2 et1 si j'tais le favori d'un roi1 je la lui conseill]ais4 ,mais ce qui contre-balanait l'autorit naissante de ,donati54 ,c'tait ce qu'on savait de son humeur v9dicative4 ,ceux qui l'avai5t (f5s un j\r avai5t s'en rep5tir longtemps1 et l'on craignait avec raison que le ,prieur n'oublit pas1 en recevant la crosse1 les vieilles qu]elles du simple frre4 ,c'e/ p\rquoi les faibles s'tai5t jets dans son p>ti p> frayeur1 le croyant t\t-puissant et ne v\lant pas qu'il les punt d'avoir cabal contre lui4 ,ds que ceux-l vir5t une puissance se =m] contre la si5ne et (frir quelque g>antie1 ils se rejetr5t facilem5t de ce cot1 et le troisime j\r j'avais une majorit inconte/able4 ,je ne saurais t'exprim]1 ,angel1 combi5 j'eus s\ffrir secrtem5t de cette banale prfr5ce1 base sur des intrts d'gsme et revtue des =mes m5teuses de l'e/ime et de l'affection4 ,les sales c>esses de ces poltrons me rpugnai5t2 les prote/ations des autres intrigants1 qui se flattai5t de rgn] ma place t&is que je s]ais absorb dans mes spculations sci5tifiques1 ne me causai5t pas mo9s de dgt et de mpris4 --,v\s triomph]ez1 me disai5t-ils d'un air l*em5t fi] en sortant de ma cellule4 --,dieu m'en prs]ve6 rpondais-je lorsqu'ils tai5t sortis4 ,le j\r de l'lection1 ,donati5 v9t me rveill] avant l'aube4 ,il n'avait pu f]m] l'il de la nuit4 --,v\s dormez comme un triomphateur1 me dit-il1 tes-v\s donc si sur de l'emport] sur moi8 ,il affectait le calme2 mais sa voix tait tremblante1 et le tr\ble de t\te sa cont5ance rvlait les angoisses de son me4 --,je dors avec une d\ble scurit1 lui rpondis-je en s\riant1 celle du triomphe et celle de la plus p>faite indiffr5ce p\r ce mme triomphe4 --,frre ,alexis1 reprit-il1 v\s j\ez la comdie avec un art au-dessus de t\t loge4 --,frre ,donati51 lui dis-je1 v\s ne v\s trompez pas1 je j\e la comdie2 c> je brigue des suffrages dont je ne veux pas pr(it]4 ,combi5 v\lez-v\s me les pay]8 --,quelles s]ai5t vos conditions8 dit-il en feignant de s\t5ir une plaisant]ie2 mais ses lvres tai5t ples d'motion et son il t9celant de curiosit4 --,ma lib]t1 rpondis-je1 ri5 que cela4 ,j'aime l'tude et je dte/e le p\voir3 assurez-moi le calme et l'indp5dance la plus absolue au fond de ma cellule4 ,donnez-moi les clefs de t\tes les biblio?que1 le so9 de t\s les in/rum5ts de physique et d'a/ronomie1 et la direction des fonds appliqus leur entreti5 p> le fondateur2 donnez-moi la cellule de l'obs]vatoire1 ab&onne depuis la mort du d]ni] mo9e a/ronome1 enf9 disp5sez-moi des (fices1 et ce prix v\s p\rrez me considr] comme mort4 ,je vivrai dans mon donjon1 et v\s sur votre *aire abbatiale1 sans que n\s ayons jamais ri5 de commun ensemble4 la premire affaire temporelle dont je me ml]ai1 je v\s autorise me remettre s\s la rgle2 mais aussi la premire tracass]ie temporelle que v\s me suscit]ez1 je v\s promets de v\s montr] encore une fois que je ne suis pas sans influ5ce4 ,t\s les trois ans1 lorsqu'on r5\vell]a votre lection1 n\s pass]ons m>* comme auj\rd'hui1 si le m>* d'auj\rd'hui v\s convi5t4 ,promettez-v\s8 ,voici la clo*e qui n\s appelle l'glise2 dp*ez-v\s4 ,il promit t\t ce que je v\lus2 mais il se retira sans confiance et sans espoir4 ,il ne p\vait croire qu'on r5ont la victoire qu& on la t5ait dans ses ma9s4 ,il s]ait impossible de pe9dre l'angoisse qui contractait son visage lorsque je fus proclam ,prieur la majorit de dix voix4 ,il avait l'air d'un homme f\droy au mom5t d'atte9dre aux a/res4 ,m'avoir t5u enf]m trois j\rs et trois nuits1 s'tre flatt de me tr\v] mort de faim et de froid1 et t\t c\p me voir sortir comme de la tombe p\r lui arra*] des ma9s la victoire et m'asseoir sa place sur la *aire d'honneur6 ,*acun v9t m'embrass]1 et je subis cette crmonie1 sans dtromp] le va9cu jusqu' ce qu'il v9t son t\r me donn] le bais] de paix4 ,qu& il eut accompli cette d]nire humiliation1 je le pris p> la ma92 et1 me dp\illant des insignes dont on m'avait dj revtu1 je lui mis au doigt l'anneau1 et la ma9 la crosse abbatiale2 puis je le conduisis la *aire1 et1 m'ag5\illant devant lui1 je le priai de me donn] sa bndiction pat]nelle4 ,il y eut une /upfaction inconcevable dans le *apitre1 et d'abord je tr\vait beauc\p d'opposition accept] cette sub/itution de p]sonne2 mais les poltrons et les faibles emportr5t de n\veau la majorit l o je v\lais la con/itu]4 ,le scrut9 de ce j\r ne produisit ri52 mais celui du l5dema9 r5dit1 p> mes so9s et p> mon influ5ce1 le priorat au trop heureux ,donati54 ,il me fit l'honneur de d\t] de ma loyaut jusqu'au d]ni] mom5t1 me s\ponnant t\j\rs de fe9dre un excs d'humilit af9 de m'assur] un p\voir sans bornes p\r t\te ma vie4 ,il y avait peu d'exemples qu'un ,prieur n'et pas t rlu t\s les trois ans jusqu' sa mort2 mais le /atut n'en re/ait pas mo9s en vigueur1 et l'exi/5ce d'un rival important p\vait tr\bl] la vie du va9queur4 ,donati5 p5sait donc que je v\lais am5] moi p> un semblant de v]tu et de ds9tressem5t romanesque ceux qui lui tai5t le plus atta*s1 af9 de ne po9t avoir cra9dre une raction v]s lui au b\t de trois ans4 ,au re/e1 c'e/ grce ce /atut que la tranquillit de ma vie fut peu prs assure4 ,les p]scutions dont j'avais t accabl jusque-l1 et dont j'ai passe le dtail s\s sil5ce dans ce rcit1 comme n'tant que les accessoires de s\ffrances plus relles et plus pr(ondes1 cessr5t p>tir de ce j\r4 ,ce n'e/ que depuis peu que1 me voyant prt desc5dre dans la tombe1 ,donati5 a cess de me cra9dre et enc\rag peut-tre les vieilles ha9es de ses cratures4 ,qu& son lection eut t enf9 proclame1 et qu'il se fut assur de ma bonne foi1 sa reconnaissance me p>ut si s]vile et si exagre que je me htai de m'y s\/raire4 --,payez vos dettes1 lui dis-je l'oreille1 et ne me sa*ez aucun autre gr d'une action qui n'e/ po9t1 de ma "p1 un sacrifice4 ,il se hta de me proclam] directeur de la biblio?que et du cab9et rs]v aux tudes et aux collections sci5tifiques4 ,j'eus1 p>tir de cet in/ant1 la plus gr&e lib]t d'occupations et t\s les moy5s possibles de m'in/ruire4 ,au mom5t o je quittais la salle du *apitre p\r all]1 ple9 d'impati5ce1 pr5dre possession de ma n\velle tude1 je levai les yeux p> has>d sur le portrait du fondateur1 et alors le s\v5ir des vnem5ts surnaturels qui s'tai5t passs dans cette salle quelques j\rs aup>avant me rev9t si di/9ct et si frappant que j'en fus effray4 ,jusque-l1 les proccupations qui avai5t rempli t\tes mes heures ne m'avai5t pas laiss le loisir d'y song]1 ou plutt cette p>tie du c]veau qui cons]ve les impressions que n\s appelons potiques et m]veilleuses 7 dfaut d'expression ju/e p\r pe9dre les fonctions du s5s div971 s'tait eng\rdie *ez moi au po9t de ne r5dre 'ma raison aucun compte des prodiges de mon vasion4 ,ces prodiges re/ai5t comme envelopps dans les nuages d'un rve1 comme les vagues rm9isc5ces des faits accomplis durant l'ivresse on durant la fivre4 ,en reg>dant le portrait d',hbronius1 je revis di/9ctem5t l'animation de ces yeux pe9ts qui1 t\t d'un c\p1 tai5t dev5us vivants et lum9eux1 et ce s\v5ir se mla si trangem5t au prs5t qu'il me sembla voir encore cette toile repr5dre vie1 et ces yeux me reg>d] comme des yeux huma9s4 ,mais cette fois ce n'tait plus avec clat1 c'tait avec d\leur1 avec repro*e4 ,il me sembla voir des l>mes humect] les paupires4 ,je me s5tis dfaillir4 ,p]sonne ne faisait att5tion moi2 mais un jeune enfant de d\ze ans1 neveu et lve en ?ologie de l'un des frres1 se t5ait p> has>d devant le portrait1 et1 p> has>d aussi1 le reg>dait4 -- mon pre ,alexis1 me dit-il en saisissant ma robe avec effroi1 voyez donc6 le portrait pleure6 ,je faillis m'van\ir1 mais je fis un gr& ef=t sur moi-mme1 et lui rpondis3 --,taisez-v\s1 mon enfant1 et ne dites pas de p>eilles *oses1 auj\rd'hui surt\t2 v\s f]iez tomb] votre oncle en disgrce4 ,l'enfant ne comprit pas ma rponse1 mais il en fut comme effray1 et ne p>la p]sonne1 que je sa*e1 de ce qu'il avait vu4 ,il avait ds lors une maladie dont il m\rut l'anne suivante *ez ses p>5ts4 ,je n'ai pas bi5 su les dtails de sa mort2 mais il m'e/ rev5u qu'il avait vu1 ses d]ni]s in/ants1 une figure v]s laquelle il v\lait s'lanc] en l'appelant pat] ,spiridion4 ,cet enfant tait ple9 de foi1 de d\ceur et d'intellig5ce4 ,je ne l'ai connu que quelques in/ants sur la t]re2 mais je crois que je le retr\v]ai dans une sphre plus sublime4 ,il tait de ceux qui ne peuv5t pas re/] ici-bas1 et qui ont dj1 ds cette vie1 une moiti de leur me dans un monde meilleur4 ,je fus occup p5dant quelques j\rs prp>] mon obs]vatoire1 *oisir les livres que je prfrais1 les rang] dans ma cellule1 t\t ordonn] dans mon n\vel empire4 ,p5dant que le c\v5t tait en rumeur p\r clbr] l'lection de son n\veau *ef1 que les uns se livrai5t leurs rves d'ambition1 t&is que les autres se consolai5t de leurs mcomptes en s'ab&onnant l'intemprance1 je gtais une joie d'enfant m'isol] de cette t\rbe ins5se1 et *]*]1 dans l'oubli de t\s1 mes paisibles plaisirs4 ,qu& j'eus f9i de rang] la biblio?que1 les collections d'hi/oire naturelle et les in/rum5ts de physique et d'a/ronomie1 ce que je fis avec tant de zle que je me c\*ais *aque soir extnu de fatigue 7c> t\tes ces *oses prcieuses avai5t t ngliges et ab&onnes au dsordre depuis bi5 des annes71 je r5trai un soir dans cette cellule avec un bi5-tre incroyable4 ,j'e/imais avoir remport une bi5 plus gr&e victoire que celle de ,donati51 et avoir assur t\t l'av5ir de ma vie sur les seules bases qui lui conv9ss5t4 ,je n'avais qu'une seule passion1 celle de l'tude3 j'allais p\voir m'y livr] t\t jamais1 sans di/raction et sans contra9te4 ,combi5 je m'applaudissais d'avoir rsi/ au dsir de fuir1 qui m'avait tant de fois trav]s l'esprit durant les annes prcd5tes6 ,j'avais tant s\ff]t1 n'ayant plus aucune foi1 aucune sympa?ie ca?olique1 d'tre =c d'obs]v] les m9utieuses pratiques du ca?olicisme1 et d'y voir se consum] un temps prcieux6 ,je m'tais s\v5t mpris p\r le faux po9t d'honneur qui me t5ait esclave de mes vux4 ,vux ins5ss1 s]m5ts impies6 m'tais-je cri c5t fois1 ce n'e/ po9t la cra9te ou l'am\r de ,dieu qui v\s a reu1 ni qui m'emp*e de v\s viol]4 ,ce ,dieu n'exi/e plus1 il n'a jamais exi/4 ,on ne doit po9t de fidlit un fantme1 et les engagem5ts pris dans un songe n'ont ni =ce ni ralit4 ,c'e/ donc le respect huma9 qui fait votre puissance sur moi4 ,c'e/ p>ce que1 dans mes j\rs de jeunesse intolrante et de dvotion f\gueuse1 j'ai fltri haute voix les religieux qui rompai5t leur ban2 c'e/ p>ce que j'ai s\t5u autrefois la ?se absurde que le s]m5t de l'homme e/ indlbile1 qu'auj\rd'hui je cra9s1 en me rtractant1 d'tre mpris p> ces hommes que je mprise6 ,je m'tais dit ces *oses1 je m'tais fait ces repro*es2 j'avais rsolu de p>tir1 de jet] mon froc de mo9e1 aux ronces du *em91 d'all] *]*] la lib]t de consci5ce et la lib]t d'tudes dans un pays clair1 *ez une nation tolrante1 en ,france ou en ,allemagne2 mais je n'avais jamais tr\v le c\rage de le faire4 ,mille raisons puriles ou orgueilleuses m'en aval5t emp*4 ,je me c\*ait en repassant dans mon esprit ces raisons que1 p> une raction naturelle1 j'aimais tr\v] excell5tes1 puisque dsormais l'tat de mo9e et le sj\r du mona/re tai5t p\r moi la meilleure condition possible4 ,au nombre de ces raisons1 ma mmoire v9t me retrac] le dsir de possd] le manuscrit de ,spiridion et l'importance que j'avais atta*e exhum] cet crit prcieux4 pe9e cette rflexion eut elle trav]s mon esprit1 qu'elle y voqua mille images fanta/iques4 ,la fatigue et le beso9 de sommeil comm5ai5t tr\bl] mes ides4 ,je me s5tis dans une disposition trange et telle que depuis longtemps je n'en avais connu4 ,ma raison1 t\j\rs sup]be1 tait dans t\te sa =ce1 et mprisait pr(ondm5t les visions qui m'avai5t assailli dans le ca?olicisme2 elle m'expliquait les pre/iges de la nuit du #aj janvi] p> des causes t\tes naturelles4 ,la faim1 la fivre1 l'agonie des =ces morales1 et aussi le dsespoir secret et insurmontable de quitt] la vie d'une manire si horrible1 avai5t d produire sur mon c]veau un dsordre vois9 de la folie4 ,alors j'avais cru ent5dre une voix de la tombe et des p>oles en h>monie avec les s\v5irs m\vants de ma prcd5te exi/5ce de ca?olique4 ,les fantmes qui jadis s'tai5t produits dans mon imag9ation avai5t d s'y reproduire p> une loi physiologique la premire disposition fbrile1 et l'anantissem5t de mes =ces physiques avait d1 en prs5ce de ces app>itions1 emp*] les fonctions de la raison et neutralis] les puissances du jugem5t4 ,un vnem5t =tuit1 peut-tre le passage d'un s]viteur dans la salle du *apitre1 ayant am5 ma dlivrance au mom5t o j'tais en proie ce dlire1 je n'avais pu manqu] d'attribu] mon salut ces causes surnaturelles2 et le re/e de la vision s'expliquait assez p> la lutte qui s'tait tablie en moi entre le dsir de ressaisir la vie et l'affaissem5t de t\t mon tre4 ,il n'tait donc ri5 dans t\t cela dont ma raison ne triompht p> des mots2 mais les mots ne remplac]ont jamais les ides2 et quoiqu'une moiti de mon esprit se tnt p\r satisfaite de ces solutions1 l'autre moiti re/ait dans un gr& tr\ble et rep\ssait le calme de l'orgueil et la sanction du sommeil4 ,illu/ration ,alors je fus pris d'un malaise inconcevable4 ,je s5tis que ma raison ne p\vait pas me df5dre1 quelque puissante et +nieuse qu'elle ft1 contre les va9es t]reurs de la maladie4 ,je me s\v9s d'avoir t tellem5t dom9 p> les app>5ces que j'avais pris mes halluc9ations p\r la ralit4 ,nagure encore1 tant ple9 de calme1 de =ce et de cont5tem5t1 j'avais cru voir des l>mes sortir d'une toile pe9te1 j'avais cru ent5dre la p>ole d'un enfant qui confirmait ce prodige4 ,il e/ vrai qu'il y avait une lg5de sur ce portrait4 ,dans mon ge de crdulit1 j'avais ent5du dire qu'il pleurait l'lection des mauvais ,prieurs2 et l'enfant1 n\rri son t\r de cette fable1 avait t fasc9 p> la peur1 au po9t de voir ce que je m'tais imag9 voir moi-mme4 ,que de miracles avai5t t contempls et atte/s p> des milli]s de p]sonnes abuses t\tes spontanm5t et contagieusem5t p> le mme lan d'en?\siasme fanatique6 ,il n'tait pas surpr5ant que deux p]sonnes l'euss5t t2 mais que je fusse l'une des deux1 et que je p>tageasse les rv]ies d'un enfant1 voil ce qui m'tonnait et m'humiliait trangem5t4 ,eh quoi6 p5sai-je1 l'impo/ure du fanatisme *rti5 laisse-t-elle donc dans l'esprit de ceux qui l'ont subie des traces si pr(ondes1 qu'aprs des annes de dsabusem5t et de victoire1 je n'en sois pas encore affran*i8 ,suis-je condamn cons]v] t\te ma vie cette infirmit8 ,n'e/-il donc aucun moy5 de rec\vr] entirem5t la =ce morale qui *asse les fantmes et dissipe les ombres avec un mot8 ,p\r avoir t ca?olique1 ne me s]a-t-il jamais p]mis d'tre un homme1 et dois-je1 la mo9dre langueur d'e/omac1 au mo9dre accs de fivre1 tre en butte aux t]reurs de l'enfance8 ,hlas6 ceci e/ peut-tre un ju/e *tim5t de la faiblesse avec laquelle l'homme fl*it devant des erreurs grossires4 ,peut-tre la vrit1 p\r se v5g]1 se refuse-t-elle clair] compltem5t les esprits qui l'ont r5ie longtemps2 peut-tre les misrables qui1 comme moi1 ont s]vi les idoles et ador le m5songe sont-ils m>qus d'un sceau indlbile d'ignorance1 de folie et de l*et2 peut-tre qu' l'heure de la mort mon c]veau puis s]a livr des p\vantails mprisables2 ,satan vi5dra peut-tre me t\rm5t]1 et peut-tre m\rrai-je en invoquant ,jsus1 comme ont fait plusieurs malheureux philosophes1 en qui de semblables maladies d'esprit expliqu5t et rvl5t la misre huma9e aux prises avec la lumire cle/e8 ,illu/ration ,livr ces p5ses d\l\reuses1 je m'endormis =t agit1 craignant d'tre encore la dupe de quelque songe1 et m'en effrayant d'autant plus que ma raison m'en dmontrait les causes et les consqu5ces4 ,je fis alors un rve trange4 ,je m'imag9ai tre rev5u au temps de mon noviciat4 ,je me voyais vtu de la robe de la9e blan*e1 un lg] duvet p>aissait pe9e sur mon visage2 je me prom5ais avec mes jeunes compagnons1 et ,donati51 p>mi n\s1 recueillait nos suffrages p\r son lection4 ,je lui donnai ma voix comme les autres1 avec ins\ciance1 p\r vit] les p]scutions4 ,alors il se retira1 en n\s lanant un reg>d de triomphe mprisant1 et n\s vmes appro*] de n\s un homme jeune et beau1 que n\s reconnmes t\s p\r l'orig9al du portrait de la gr&e salle4 ,mais1 a9si qu'il arrive dans les rves1 notre surprise fut bi5tt oublie4 ,n\s acceptmes comme une *ose possible et c]ta9e qu'il et vcu jusqu' cette heure1 et mme quelques-uns de n\s disai5t l'avoir t\j\rs connu4 ,p\r moi1 j'en avais un s\v5ir confus1 et1 soit habitude1 soit sympa?ie1 je m'appro*ai de lui avec affection4 ,mais il n\s rep\ssa avec indignation4 ,malheureux enfants6 n\s dit-il d'une voix ple9e de *>me et de mlodie jusque dans la colre1 e/-il possible que v\s v5iez m'embrass] aprs la l*et que v\s v5ez de commettre8 ,eh quoi6 tes-v\s desc5dus ce po9t d'gsme et d'abrutissem5t que v\s *oisissez p\r *ef1 non le plus v]tueux ni le plus capable1 mais celui de t\s que v\s savez le plus tolrant a l'g>d du vice et le plus ins5sible l'endroit de la gnrosit8 ,e/-ce a9si que v\s obs]vez mes /atuts8 ,e/-ce l l'esprit que j'ai *]* laiss] p>mi v\s8 ,e/-ce a9si que je v\s retr\ve1 aprs v\s avoir quitts quelque temps8 ,alors il s'adressa moi en p>ticuli]1 et me montrant aux autres3 ,voici1 dit-il1 le plus c\pable d'entre v\s2 c> celui-l e/ dj un homme p> l'esprit1 et il connat le mal qu'il fait4 ,c'e/ lui dont l'exemple v\s entrane1 p>ce que v\s le savez rempli d'in/ruction et n\rri de sagesse4 ,v\s l'e/imez t\s1 mais il s'e/ime encore plus lui-mme4 ,mfiez-v\s de lui1 c'e/ un orgueilleux1 et l'orgueil l'a r5du s\rd la voix de sa consci5ce4 ,et comme j'tais tri/e et rempli de honte1 il me g\rm&a =tem5t1 mais en pr5ant mes ma9s avec une effusion de c\rr\x pat]nel2 et t\t en me repro*ant mon gsme1 t\t en me disant que j'avais sacrifi le s5tim5t de la ju/ice et l'am\r de la vrit au va9 plaisir de m'in/ruire dans les sci5ces1 il s'mut1 et je vis que des l>mes inondai5t son visage4 ,les mi5nes c\lr5t avec abondance1 c> je s5tis les aiguillons du rep5tir et t\s les d*irem5ts d'un cur bris4 ,il me s]ra alors contre son cur avec t5dresse1 mais avec d\leur1 et il me dit plusieurs reprises3 ,je pleure sur toi1 c> c'e/ toi-mme que tu z fait le plus gr& mal1 et ta vie t\t entire e/ condamne expi] cette faute4 ,avais-tu donc le droit de t'isol] au milieu de tes frres1 et de dire3 ,t\t le mal qui se f]a dsormais ici me s]a indiffr5t1 p>ce que je n'ai pas la mme croyance que ceux-ci1 p>ce qu'ils mrit5t d'tre traits comme des *i5s1 et que je n'e/ime ici que moi1 mon repos1 mon plaisir1 mes livres1 ma lib]t8 ,alexis6 malheureux enfant6 tu s]as un vieill>d in=tun2 c> tu z p]du le s5tim5t du bi5 et la ha9e du mal2 p>ce que tu z s\ff]t en sil5ce le triomphe de l'iniquit2 p>ce que tu z prfr la satisfaction ton devoir1 et que tu z difi de tes ma9s le trne de ,baal dans ce co9 de la socit huma9e o tu t'tais retir p\r cultiv] le bi5 et s]vir le vrai ,dieu6 ,je m'agitai avec angoisse dans mon lit p\r *app] ces repro*es1 mais je ne pus russir m'veill]2 ils me p\rsuivai5t avec une vraisemblance1 une suite et un -propos si extraord9aires2 ils m'arra*ai5t des l>mes si amres1 et me c\vrai5t d'une telle confusion1 que je ne saurais dire auj\rd'hui si c'tait un rve ou une vision4 ,peu peu les p]sonnages du rve rep>ur5t4 ,donati5 s'avana furieux v]s ,spiridion1 dont la voix s'teignit et dont les traits s'effacr5t4 ,donati5 criait ses m*ants c\rtisans3 ,dtruisez-le6 dtruisez-le6 ,que vi5t-il faire p>mi les vivants8 ,r5dez-le la tombe1 r5dez-le au nant6 ,alors les mo9es apportr5t du bois et des tor*es p\r brl] ,spiridion2 mais au lieu de celui qui m'avait accabl de ses repro*es et arros de ses l>mes1 je ne vis plus que le portrait du fondateur1 que les p>tisans de ,donati5 arra*ai5t de son cadre et jetai5t sur le b*]4 ,ds que le feu eut comm5c consum] la toile1 il se fit une horrible mtamorphose4 ,spiridion rep>ut vivant1 se tordant au milieu des flammes et criant3 ,alexis1 ,alexis6 c'e/ toi qui me donnes la mort6 ,je m'lanai au milieu du b*]1 et ne tr\vai que le portrait qui tombait en c5dres4 ,plusieurs fois la figure vivante d',hbronius et la toile inanime qui la reprs5tait se mtamorphosr5t l'une dans l'autre mes yeux /upfaits3 tantt je voyais la belle *evelure du matre flamboy] dans l'inc5die1 et ses yeux ple9s de s\ffrance1 de colre et de d\leur se t\rn] v]s moi2 tantt je voyais brl] seulem5t une effigie aux acclamations grossires et aux rires des mo9es4 ,enf9 je m'veillai baign de sueur et bris de fatigue4 ,mon oreill] tait tremp de mes pleurs4 ,je me levai1 je c\rus ouvrir ma f5tre4 ,le j\r naissant dissipa mon sommeil et mes illusions2 mais je re/ai t\t le j\r accabl de tri/esse1 et frapp de la =ce et de la ju/esse des repro*es qui ret5tissai5t encore dans mes oreilles4 ,depuis ce j\r le remords me consuma4 ,je reconnaissais dans ce rve la voix de ma consci5ce qui me criait que dans t\tes les religions1 dans t\tes les philosophies1 c'tait un crime d'difi] la puissance du f\rbe et d'entr] en m>* avec le vice4 ,cette fois la raison confirmait cet arrt de la consci5ce2 elle me montrait dans le pass ,spiridion comme un homme ju/e1 svre1 incorruptible1 ennemi mortel du m5songe et de l'gsme2 elle me disait que l o n\s sommes jets sur la t]re1 quelque fausse que soit notre position1 quelque dgrads que soi5t les tres qui n\s ent\r5t1 notre devoir e/ de travaill] combattre le mal et faire triomph] le bi54 ,il y avait aussi un in/9ct de noblesse et de dignit huma9e qui me disait qu'en p>eil cas1 lors mme que n\s ne p\vions faire aucun bi51 il tait beau de m\rir la pe9e en rsi/ant au mal1 et l*e de le tolr] p\r vivre en paix4 ,enf9 je tombai dans la tri/esse4 ,ces tudes1 dont je m'tais promis tant de joie1 ne me causr5t plus que du dgt4 ,mon me appesantie s'g>a dans de va9s sophismes1 et *]*a inutilem5t rep\ss]1 p> de mauvaises raisons1 le mcont5tem5t d'elle-mme4 ,je craignais tellem5t1 dans cette disposition maladive et *agr9e1 de tomb] en proie de n\velles halluc9ations1 que je luttai p5dant plusieurs nuits contre le sommeil4 la suite de ces ef=ts1 j'entrai dans une excitation n]veuse pire que l'affaiblissem5t des facults4 ,les fantmes que je craignais de voir dans le sommeil app>ur5t plus effrayants devant mes yeux ouv]ts4 ,il me semblait voir sur t\s les murs le nom de ,spiridion crit en lettres de feu4 ,indign de ma propre faiblesse1 je rsolus de mettre f9 ces angoisses p> un acte de c\rage4 ,je pris le p>ti de desc5dre dans le caveau du fondateur et d'en retir] le manuscrit4 ,il y avait trois nuits que je ne dormais pas4 ,la quatrime1 v]s m9uit1 je pris un ciseau1 une lampe1 un levi]1 et je pntrai sans bruit dans l'glise1 dcid voir ce squelette et t\*] ces ossem5ts que mon imag9ation revtait1 depuis six annes1 d'une =me cle/e1 et que ma raison allait re/itu] l't]nel nant en les contemplant avec calme4 ,j'arrivai la pi]re du ,hic e/1 la levai sans beauc\p de pe9e1 et je comm5ai desc5dre l'escali]2 je me s\v5ais qu'il avait d\ze m>*es4 ,mais je n'en avais pas desc5du six que ma tte tait dj g>e4 ,j'ignore ce qui se passait en moi3 si je ne l'avais pr\v1 je ne p\rrais jamais croire que le c\rage de la vanit puisse c\vrir tant de faiblesse et de l*e t]reur4 ,le froid de la fivre me saisit2 la peur fit claqu] mes d5ts2 je laissai tomb] ma lampe2 je s5tis que mes jambes pliai5t s\s moi4 ,un esprit s9cre n'et pas *]* surmont] cette dtresse4 ,il se ft ab/5u de p\rsuivre une preuve au-dessus de ses =ces2 il et remis son entreprise un mom5t plus favorable2 il et att5du avec pati5ce et simplicit le rassrnem5t de ses facults m5tales4 ,mais je ne v\lais pas avoir le dm5ti vis--vis de moi-mme4 ,j'tais indign de ma faiblesse2 ma volont v\lait bris] et rduire mon imag9ation4 ,je cont9uai desc5dre dans les tnbres2 mais je p]dis l'esprit1 et dev9s la proie des illusions et des fantmes4 ,il me sembla que je desc5dais t\j\rs et que je m'enfonais dans les pr(ondeurs de l'rbe4 ,enf91 j'arrivai l5tem5t un endroit uni1 et j'ent5dis une voix lugubre prononc] ces mots qu'elle semblait confi] aux entrailles de la t]re3 ,il ne remont]a pas l'escali]4 ,aussitt1 j'ent5dis s'lev] v]s moi1 du fond d'abmes invisibles1 mille voix =midables qui *antai5t sur un rhy?me biz>re3 ,dtruisons-le6 ,qu'il soit dtruit6 ,que vi5t-il faire p>mi les morts8 ,qu'il soit r5du la s\ffrance6 ,qu'il soit r5du la vie6 ,alors une faible lueur p]a les tnbres1 et je vis que j'tais sur la d]nire m>*e d'un escali] aussi va/e que le pi$ d'une montagne4 ,d]rire moi1 il y avait des milli]s de degrs de f] r\ge2 devant moi1 ri5 que le vide1 l'abme de l'!r1 le bleu sombre de la nuit s\s mes pi$s comme au-dessus de ma tte4 ,je fus pris de v]tige1 et1 quittant l'escali]1 ne songeant plus qu'il me ft possible de le remont]1 je m'lanai dans le vide en blasphmant4 ,mais pe9e eus-je prononc la =mule de maldiction1 que le vide se remplit de =mes et de c\leurs confuses1 et peu peu je me vis de pla9-pi$ avec une imm5se gal]ie o je m'avanai en tremblant4 ,l'obscurit rgnait encore aut\r de moi2 mais le fond de la vote s'clairait d'une lueur r\ge et me montrait les =mes tranges et affreuses de l'ar*itecture4 ,t\t ce monum5t semblait1 p> sa =ce et sa pesanteur gigantesque1 avoir t taill dans une montagne de f] ou dans une cav]ne de laves noires4 ,je ne di/+uais pas les objets les plus vois9s2 mais ceux v]s lesquels je m'avanais pr5ai5t un aspect de plus en plus s9i/re1 et ma t]reur augm5tait *aque pas4 ,les pili]s normes qui s\t5ai5t la vote1 et les r9ceaux de la vote mme1 reprs5tai5t des hommes d'une gr&eur surnaturelle1 t\s livrs des tortures in\es3 les uns1 susp5dus p> les pi$s et s]rs p> les replis de s]p5ts mon/rueux1 mordai5t le pav1 et leurs d5ts s'enfonai5t dans le m>bre2 d'autres1 engags jusqu' la ce9ture dans le sol1 tai5t tirs d'en haut1 ceux-ci p> les bras la tte en haut1 ceux-l p> les pi$s la tte en bas1 v]s les *apiteaux =ms d'autres figures huma9es p5*es sur elles et a*>nes les tortur]4 ,d'autres pili]s encore reprs5tai5t un enlacem5t de figures occupes s'entre-dvor]1 et *acune d'elles n'tait plus qu'un tronon r\ge jusqu'aux g5\x ou jusqu'aux paules1 mais dont la tte furieuse cons]vait assez de vie p\r mordre et dvor] ce qui tait auprs d'elle4 ,il y en avait qui1 cor*s demi1 s'ef=ai5t1 avec la p>tie suprieure de leur corps1 de dgag] la peau de l'autre moiti accro*e au *apiteau ou ret5ue au socle2 d'autres encore qui1 en se battant1 s'tai5t arra* des lanires de *air p> lesquelles ils se t5ai5t susp5dus l'un l'autre avec l'expression d'une ha9e et d'une s\ffrance indicibles4 ,le long de la frise1 ou plutt en guise de frise1 il y avait de *aque ct une range d'tres immondes1 revtus de la =me huma9e1 mais d'une laideur effroyable1 occups dpec] des cadavres1 dvor] des membres huma9s1 tordre des viscres1 se repatre de lambeaux sanglants4 ,de la vote p5dai5t1 en guise de clefs et de rosaces1 des enfants mutils qui semblai5t p\ss] des cris lam5tables1 ou qui1 fuyant avec t]reur les mangeurs de *air huma9e1 s'lanai5t la tte en bas1 et semblai5t prs de se bris] sur le pav4 ,plus j'avanais1 plus t\tes ces /atues1 claires p> la lumire du fond1 pr5ai5t l'aspect de la ralit2 elles tai5t excutes avec une vrit que jamais l'art des hommes n'et pu atte9dre4 ,on et dit d'une scne d'horreur qu'un cataclysme inconnu aurait surprise au milieu de sa ralit vivante1 et aurait noircie et ptrifie comme l'argile dans le f\r4 ,l'expression du dsespoir1 de la rage ou de l'agonie tait si frappante sur t\s ces visages contracts2 le jeu ou la t5sion des muscles1 l'exaspration de la lutte1 le frmissem5t de la *air dfaillante tai5t reproduits avec tant d'exactitude qu'il tait impossible d'en s\t5ir l'aspect sans dgt et sans t]reur4 ,le sil5ce et l'immobilit de cette reprs5tation aj\tai5t peut-tre encore son horrible effet sur moi4 ,je dev9s si faible que je m'arrtai et que je v\lus ret\rn] sur mes pas4 ,mais alors j'ent5dis au fond de ces tnbres que j'avais trav]ses1 des rumeurs confuses comme celles d'une f\le qui m>*e4 ,bi5tt les voix dev9r5t plus di/9ctes et les clameurs plus bruyantes1 et les pas se pressr5t tumultueusem5t en se rappro*ant avec une vitesse incroyable3 c'tait un bruit de c\rse irrgulire1 saccade1 mais dont *aque lan tait plus vois91 plus imptueux1 plus m5aant4 ,je m'imag9ai que j'tais p\rsuivi p> cette f\le drgle1 et j'essayai de la devanc] en me prcipitant s\s la vote au milieu des sculptures lugubres4 ,mais il me sembla que ces figures comm5ai5t s'agit]1 s'humect] de sueur et de sang1 et que leurs yeux d'mail r\lai5t dans leurs orbites4 ,t\t c\p je reconnus qu'elles me reg>dai5t t\tes et qu'elles tai5t t\tes p5*es v]s moi1 les unes avec l'expression d'un rire affreux1 les autres avec celle d'une av]sion furieuse4 ,t\tes avai5t le bras lev sur moi et semblai5t prtes m'cras] s\s les membres palpitants qu'elles s'arra*ai5t les unes aux autres4 ,il y en avait qui me m5aai5t avec leur propre tte dans les ma9s1 ou avec des cadavres d'enfants qu'elles avai5t arra*s de la vote4 ,t&is que ma vue tait tr\ble p> ces images abom9ables1 mon oreille tait remplie des bruits s9i/res qui s'appro*ai5t4 ,il y avait devant moi des objets affreux1 d]rire moi des bruits plus affreux encore3 des rires1 des hurlem5ts1 des m5aces1 des sanglots1 des blasphmes1 et t\t c\p des sil5ces1 durant lesquels il semblait que la f\le1 porte p> le v5t1 fran*t des di/ances normes et gagnt sur moi du t]ra9 au c5tuple4 ,enf9 le bruit se rappro*a tellem5t que1 ne p\vant plus espr] d'*app]1 j'essayai de me ca*] d]rire les pili]s de la gal]ie2 mais les figures de m>bre s'animr5t t\t c\p2 et1 agitant leurs bras1 qu'elles t5dai5t v]s moi avec frnsie1 elles v\lur5t me saisir p\r me dvor]4 ,je fus donc rejet p> la peur au milieu de la gal]ie1 o leurs bras ne p\vai5t m'atte9dre1 et la f\le v9t1 et l'espace fut rempli de voix1 le pav inond de pas4 ,ce fut comme une tempte dans les bois1 comme une rafale sur les flots2 ce fut l'ruption de la lave4 ,il me sembla que l'air s'embrasait et que mes paules pliai5t s\s le poids de la h\le4 ,je fus emport comme une feuille d'automne dans le t\rbillon des spectres4 ,ils tai5t t\s vtus de robes noires1 et leurs yeux ard5ts brillai5t s\s leurs sombres capuces comme ceux du tigre au fond de son antre4 ,il y en avait qui semblai5t plongs dans un dsespoir sans bornes1 d'autres qui se livrai5t une joie ins5se ou froce1 d'autres dont le sil5ce f>\*e me glaait et m'p\vantait plus encore4 mesure qu'ils avanai5t1 les figures de bronze et de m>bre s'agitai5t et se tordai5t avec tant d'ef=ts qu'elles f9issai5t p> se dta*] de leur affreuse tre9te1 p> se dgag] du pav qui en*anait leurs pi$s1 p> arra*] leurs bras et leurs paules de la corni*e2 et les mutils de la vote se dta*ai5t aussi1 et1 se tranant comme des c\leuvres le long des murs1 ils russissai5t gagn] le sol4 ,et alors t\s ces an?ropophages gigantesques1 t\s ces cor*s1 t\s ces mutils1 se joignai5t la f\le des spectres qui m'entranai5t1 et1 repr5ant les app>5ces d'une vie complte1 se mettai5t c\rir et hurl] comme les autres3 de sorte qu'aut\r de n\s l'espace s'agr&issait1 et la f\le se rp&ait dans les tnbres comme un fleuve qui a rompu ses digues2 mais la lueur lo9ta9e l'attirait et la guidait t\j\rs4 ,t\t c\p cette cl>t blaf>de dev9t plus vive1 et je vis que n\s tions arrivs au b4 ,la f\le se divisa1 se rp&it dans des gal]ies circulaires1 et j'ap]u au-dess\s de moi1 une di/ance incomm5surable1 l'intrieur d'un monum5t tel que la ma9 de l'homme n'et jamais pu le con/ruire4 ,c'tait une glise go?ique dans le gt de celles que les ca?oliques rigeai5t au onzime sicle1 dans ce temps o leur puissance morale1 arrive son apoge1 comm5ait dress] des *afauds et des b*]s4 ,les pili]s lancs1 les arcades aigus1 les animaux symboliques1 les ornem5ts biz>res1 t\s les caprices d'une ar*itecture orgueilleuse et fantasque tai5t l dploys dans un espace et sur des dim5sions telles qu'un million d'hommes et pu tre abrit s\s la mme vote4 ,mais cette vote tait de plomb1 et les gal]ies suprieures o la f\le se pressait tai5t si rappro*es du fate que nul ne p\vait s'y t5ir deb\t1 et que1 la tte c\rbe et les paules brises1 j'tais =c de reg>d] ce qui se passait t\t au fond de l'glise1 s\s mes pi$s1 une pr(ondeur qui me donnait des v]tiges4 ,d'abord je ne disc]nai ri5 que les effets de l'ar*itecture1 dont les p>ties basses flottai5t dans le vague1 t&is que les p>ties moy5nes s'clairai5t de lueurs r\ges entrec\pes d'ombres noires1 comme si un foy] d'inc5die et clat de quelque po9t insaisissable ma vue4 ,peu peu cette cl>t s9i/re s't5dit sur t\tes les p>ties de l'difice1 et je di/+uai un gr& nombre de figures ag5\illes dans la nef1 t&is qu'une procession de prtres revtus de ri*es habits sac]dotaux dfilait l5tem5t au milieu1 et se dirigeait v]s le *ur en *antant d'une voix monotone3 ,dtruisons-le6 dtruisons-le6 que ce gui app>ti5t la tombe soit r5du la tombe6 ,ce *ant lugubre rveilla mes t]reurs1 et je reg>dai aut\r de moi2 mais je vis que j'tais seul dans une des traves3 la f\le avait envahi t\tes les autres2 elle semblait ne pas s'occup] de moi4 ,alors j'essayai de m'*app] de ce lieu d'p\vante1 o un in/9ct secret m'annonait l'accomplissem5t de quelque affreux my/re4 ,je vis plusieurs portes d]rire moi2 mais elles tai5t g>des p> les horribles figures de bronze1 qui ricanai5t et se p>lai5t entre elles en disant3 ,on va le dtruire1 et les lambeaux de sa *air n\s app>ti5dront4 ,glac p> ces p>oles1 je me rappro*ai de la balu/rade en me c\rbant le long de la rampe de pi]re p\r qu'on ne pt pas me voir4 ,j'eus une telle horreur de ce qui allait s'accomplir que je f]mai les yeux et me b\*ai les oreilles4 ,la tte enveloppe de mon capuce et c\rbe sur mes g5\x1 je v9s b\t de me figur] que t\t cela tait un rve et que j'tais endormi sur le grabat de ma cellule4 ,je fis des ef=ts in\s p\r me rveill] et p\r *app] au cau*em>1 et je crus m'veill] en effet2 mais en ouvrant les yeux je me retr\vai dans la trave1 environn di/ance des spectres qui m'y avai5t conduit1 et je vis au fond de la nef la procession de prtres qui tait arrive au milieu du *ur1 et qui =mait un gr\pe press au c5tre duquel s'accomplissait une scne d'horreur que je n'oubli]ai jamais4 ,il y avait un homme c\* dans un c]cueil1 et cet homme tait vivant4 ,il ne se plaignait pas1 il ne faisait aucune rsi/ance2 mais des sanglots t\ffs s'*appai5t de son se91 et ses s\pirs pr(onds1 accueillis p> un morne sil5ce1 se p]dai5t s\s la vote qui les r5voyait la f\le ins5sible4 ,auprs de lui plusieurs prtres arms de cl\s et de m>teaux se t5ai5t prts l'ensevelir aussitt qu'on aurait russi lui arra*] le cur4 ,mais c'tait en va9 que1 les bras sanglants et enfoncs dans la poitr9e entr'ouv]te du m>tyr1 *acun v5ait son t\r f\ill] et tordre ses entrailles2 nul ne p\vait arra*] ce cur inv9cible que des li5s de diamant semblai5t ret5ir victorieusem5t sa place4 ,de temps en temps les b\rreaux laissai5t *app] un cri de rage1 et des imprcations mles des hues leur rpondai5t du haut des gal]ies4 ,p5dant ces abom9ations1 la f\le pro/]ne dans l'glise se t5ait immobile dans l'attitude de la mditation et du recueillem5t4 ,alors un des b\rreaux s'appro*a t\t sanglant de la balu/rade qui sp>e le *ur de la nef1 et dit ces hommes ag5\ills3 --,ames *rti5nes1 fidles f]v5ts et purs1 mes frres bi5-aims1 priez6 r$\blez de supplications et de l>mes1 af9 que le miracle s'accomplisse et que v\s puissiez mang] la *air et boire le sang du ,*ri/1 votre div9 ,sauveur4 ,et les fidles se mir5t pri] voix basse1 se frapp] la poitr9e et rp&re la c5dre sur leurs fronts1 t&is que les b\rreaux cont9uai5t tortur] leur proie1 et que la victime murmurait en pleurant ces mots s\v5t rpts3 mon ,dieu1 relve ces victimes de l'ignorance et de l'impo/ure6 ,il me semblait qu'un *o de la vote1 tel qu'une voix my/rieuse1 apportait ces pla9tes mon oreille4 ,mais j'tais tellem5t glac p> la peur que1 au lieu de lui rpondre et d'lev] ma voix contre les b\rreaux1 je n'tais occup qu' pi] les m\vem5ts de ceux qui m'environnai5t1 dans la cra9te qu'ils ne t\rnass5t leur rage contre moi en voyant que je n'tais pas un des leurs4 ,puis j'essayais de me rveill]1 et p5dant quelques secondes mon imag9ation me reportait des scnes riantes4 ,je me voyais assis dans ma cellule p> une belle mat9e1 ent\r de mes livres favoris2 mais un n\veau s\pir de la victime m'arra*ait cette d\ce vision1 et de n\veau je me retr\vais en face d'une int]m9able agonie et d'infatigables b\rreaux4 ,je reg>dais le pati5t1 et il me semblait qu'il se trans=mait *aque in/ant1 ce n'tait plus le ,*ri/1 c'tait ,abeil>d1 et puis ,jean ,huss1 et puis ,lu!r444 ,je m'arra*ais encore ce spectacle d'horreur1 et il me semblait que je revoyais la cl>t du j\r et que je fuyais lg] et rapide au milieu d'une riante campagne4 ,mais un rire froce1 p>ti d'auprs de moi1 me tirait en sursaut de cette d\ce illusion1 et j'ap]cevais ,spiridion dans le c]cueil1 aux prises avec les infmes qui broyai5t son cur dans sa poitr9e sans p\voir s'en emp>]4 ,puis ce n'tait plus ,spiridion1 c'tait le vieux ,fulg5ce1 et il appelait v]s moi en disant3 --,alexis1 mon fils ,alexis6 vas-tu donc me laiss] prir8 ,il n'eut pas plus tt prononc mon nom que je vis sa place dans le c]cueil ma propre figure1 le se9 entr'ouv]t1 le cur d*ir p> des ongles et des t5ailles4 ,cep5dant j'tais t\j\rs dans la trave1 ca* d]rire la balu/rade1 et contemplant un autre moi-mme dans les angoisses de l'agonie4 ,alors je me s5tis dfaillir1 mon sang se glaa dans mes ve9es1 une sueur froide ruissela de t\s mes membres1 et j'pr\vai dans ma propre *air t\tes les tortures que je voyais subir mon spectre4 ,j'essayai de rassembl] le peu de =ces qui me re/ai5t et d'invoqu] mon t\r ,spiridion et ,fulg5ce4 ,mes yeux se f]mr5t1 et ma b\*e murmura des mots dont mon esprit n'avait plus consci5ce4 ,lorsque je r\vris les yeux1 je vis auprs de moi une belle figure ag5\ille1 dans une attitude calme4 ,la srnit rsidait sur son l>ge front1 et ses yeux ne daignai5t po9t s'abaiss] sur mon supplice4 ,il avait le reg>d dirig v]s la vote de plomb1 et je vis qu'au-dessus de sa tte la lumire du ciel pntrait p> une l>ge ouv]ture4 ,un v5t frais agitait faiblem5t les b\cles d'or de ses beaux *eveux4 ,il y avait dans ses traits une mlancolie ineffable mle d'espoir et de piti4 -- toi dont je sais le nom1 lui dis-je voix basse1 toi qui sembles invisible ces fantmes effroyables1 et qui daignes te manife/] moi seul1 moi seul qui te connais et qui t'aime6 sauve-moi de ces t]reurs1 s\/rais-moi ce supplice6444 ,il se t\rna v]s moi1 et me reg>da avec des yeux clairs et pr(onds1 qui semblai5t la fois pla9dre et mpris] ma faiblesse4 ,puis1 avec un s\rire anglique1 il t5dit la ma91 et t\te la vision r5tra dans les tnbres4 ,alors je n'ent5dis plus que sa voix amie1 et c'e/ a9si qu'elle me p>la3 --,t\t ce que tu z cru voir ici n'a d'exi/5ce que dans ton c]veau4 ,ton imag9ation a seule =g l'horrible rve contre lequel tu t'es dbattu4 ,que ceci t'enseigne l'humilit1 et s\vi5s-toi de la faiblesse de ton esprit avant d'entrepr5dre ce que tu n'es pas encore capable d'excut]4 ,les dmons et les l>ves sont des crations du fanatisme et de la sup]/ition4 quoi t'a s]vi t\te ta philosophie1 si tu ne sais pas encore di/+u] les pures rvlations que le ciel accorde1 des grossires visions voques p> la peur8 ,rem>que que t\t ce que tu z cru voir s'e/ pass en toi-mme1 et que tes s5s abuss n'ont fait autre *ose que de donn] une =me aux ides qui depuis longtemps te proccup5t4 ,tu z vu dans cet difice compos de figures de bronze et de m>bre1 t\r t\r dvorantes et dvores1 un symbole des mes que le ca?olicisme a endurcies et mutiles1 une image des combats que les gnrations se sont livrs au se9 de l'glise pr(ane1 en se dvorant les unes les autres1 en se r5dant les unes aux autres le mal qu'elles avai5t subi4 ,ce flot de spectres furieux qui t'a emport avec lui1 c'e/ l'incrdulit1 c'e/ le dsordre1 l'a?isme1 la p>esse1 la ha9e1 la cupidit1 l'envie1 t\tes les passions mauvaises qui ont envahi l'glise qu& l'glise a p]du la foi2 et ces m>tyrs dont les pr9ces de l'glise disputai5t les entrailles1 c'tai5t les ,*ri/s1 c'tai5t les m>tyrs de la vrit n\velle1 c'tai5t les sa9ts de l'av5ir t\rm5ts et d*irs jusqu'au fond du cur p> les f\rbes1 les envieux et les tratres4 ,toi-mme1 dans un in/9ct de noble ambition1 tu t'es vu c\* dans ce cnotaphe ensanglant1 s\s les yeux d'un cl]g infme et d'un peuple imbcile4 ,mais tu tais d\ble tes propres yeux2 et1 t&is que la moiti la plus belle de ton tre subissait la torture avec con/ance et refusait de se livr] aux ph>isi5s1 l'autre moiti1 qui e/ g/e et l*e1 se ca*ait dans l'ombre1 et1 p\r *app] ses ennemis1 laissait la voix du vieux ,fulg5ce expir] sans *os4 ,c'e/ a9si1 ,alexis6 que l'am\r de la vrit a su prs]v] ton me des viles passions du vulgaire2 mais c'e/ a9si1 mo9e6 que l'am\r du bi5-tre et le dsir de la lib]t t'ont r5du complice du triomphe des hypocrites avec lesquels tu es condamn vivre4 ,allons1 veille-toi1 et *]*e dans la v]tu la vrit que tu n'z pu tr\v] dans la sci5ce4 pe9e eut-il f9i de p>l]1 que je m'veillai2 j'tais dans l'glise du c\v5t1 t5du sur la pi]re du ,hic e/1 ct du caveau entr'ouv]t4 ,le j\r tait lev1 les oiseaux *antai5t gaiem5t en voltigeant aut\r des vitraux2 le soleil levant projetait obliquem5t un rayon d'or et de p\rpre sur le fond du *ur4 ,je vis di/9ctem5t celui qui m'avait p>l entr] dans ce rayon1 et s'y effac] comme s'il se ft confondu avec la lumire cle/e4 ,je me ttai avec effroi4 ,j'tais appesanti p> un sommeil de mort1 et mes membres tai5t eng\rdis p> le froid de la tombe4 ,la clo*e sonnait mat9es2 je me htai de replac] la pi]re sur le caveau1 et je pus sortir de l'glise avant que le petit nombre des f]v5ts qui ne se disp5sai5t pas des (fices du mat9 y et pntr4 ,le l5dema91 il ne me re/ait de cette nuit affreuse qu'une lassitude pr(onde et un s\v5ir pnible4 ,les div]ses motions que j'avais pr\ves se confondai5t dans l'accablem5t de mon c]veau4 ,la vision hideuse et la cle/e app>ition me p>aissai5t galem5t fbriles et imag9aires2 je rpudiais autant l'une que l'autre1 et n'attribuais dj plus la d\ce impression de la d]nire qu'au rassrnem5t de mes facults et la fra*eur du mat94 p>tir de ce mom5t1 je n'eus plus qu'une p5se et qu'un b1 ce fut de refroidir mon imag9ation1 comme j'avais russi refroidir mon cur4 ,je p5sai que1 comme j'avais dp\ill le ca?olicisme p\r ouvrir mon intellig5ce une voie plus l>ge1 je devais dp\ill] t\t en?\siasme religieux p\r ret5ir ma raison dans une voie plus droite et plus f]me4 ,la philosophie du sicle avait mal combattu en moi l'lm5t sup]/itieux2 je rsolus de me pr5dre aux rac9es de cette philosophie2 et1 rtrogradant d'un sicle1 je remontai aux causes des doctr9es incompltes qui m'avai5t sduit4 ,j'tudiai ,newton1 ,leibnitz1 ,keppl]1 ,malebran*e1 ,desc>tes surt\t1 pre des gomtres1 qui avai5t sap l'difice de la tradition et de la rvlation4 ,je me p]suadai qu'en *]*ant l'exi/5ce de ,dieu dans les problmes de la sci5ce et dans les raisonnem5ts de la mtaphysique1 je saisirais enf9 l'ide de ,dieu1 telle que je v\lais la concevoir1 calme1 inv9cible1 inf9ie4 ,alors comm5a p\r moi une n\velle srie de travaux1 de fatigues et de s\ffrances4 ,je m'tais flatt d'tre plus robu/e que les spculateurs auxquels j'allais dem&] la foi2 je savais bi5 qu'ils l'avai5t p]due en v\lant la dmontr]2 j'attribuais cette erreur fune/e l'affaiblissem5t 9vitable des facults employes de trop =tes tudes4 ,je me promettais de mnag] mieux mes =ces1 d'vit] les purilits o de consci5cieuses re*]*es les avai5t p>fois g>s1 de rejet] avec disc]nem5t t\t ce qui tait entr de =ce dans leurs sy/mes2 en un mot1 de m>*] pas de gant dans cette c>rire o ils s'tai5t trans avec pe9e4 ,l comme p>t\t1 l'orgueil me p\ssait ma p]te2 elle fut bi5tt consomme4 ,lo9 d'tre plus f]me que mes matres1 je me laissai tomb] plus bas sur le rev]s des sommets que je v\lais atte9dre et o je me t>guais va9em5t de re/]4 ,p>v5u ces hauteurs de la sci5ce1 que l'intellig5ce escalade1 mais au pi$ desquelles le s5tim5t s'arrte1 je fus pris du v]tige de l'a?isme4 ,fi] d'avoir mont si haut1 je ne v\lus pas compr5dre que j'avais pe9e atte9t le premi] degr de la sci5ce de ,dieu1 p>ce que je p\vais expliqu] avec une c]ta9e logique le mcanisme de l'univ]s1 et que p\rtant je ne p\vais pntr] la p5se qui avait prsid cette cration4 ,je me plus ne voir dans l'univ]s qu'une ma*9e1 et supprim] la p5se div9e comme un lm5t inutile la =mation et la dure des mondes4 ,je m'habituai re*]*] p>t\t l'vid5ce et mpris] le s5tim5t1 comme s'il n'tait pas une des pr9cipales conditions de la c]titude4 ,je me fis donc une manire troite et grossire de voir1 d'analys] et de df9ir les *oses2 et je dev9s le plus ob/91 le plus va9 et le plus born des savants4 ,dix ans de ma vie s'c\lr5t dans ces travaux ignors1 dix ans qui tombr5t dans l'abme sans faire crotre un br9 d'h]be sur ses bords4 ,je me dbattis longtemps contre le froid de la raison4 mesure que je m'emp>ais de cette tri/e conqute1 j'en tais effray1 et je me dem&ais ce que je f]ais de mon cur si jamais il v5ait se rveill]4 ,mais peu peu les plaisirs de la vanit satisfaite t\ffai5t cette inquitude4 ,on ne se figure pas ce que l'homme1 v\ en app>5ce aux occupations les plus graves1 y porte d'inconsqu5ce et de lgret4 ,dans les sci5ces1 la difficult va9cue e/ si enivrante que les rsolutions consci5cieuses1 les in/9cts du cur1 la morale de l'me1 sont sacrifis1 en un cl9 d'il1 aux triomphes frivoles de l'intellig5ce4 ,plus je c\rais ces triomphes1 plus celui que j'avais rv d'abord me p>aissait *imrique4 ,j'arrivai enf9 le croire inutile autant qu'impossible2 je rsolus donc de ne plus *]*] des vrits mtaphysiques sur la voie desquelles mes tudes physiques me mettai5t de mo9s en mo9s4 ,j'avais tudie les my/res de la nature1 la m>*e et le repos des corps cle/es1 les lois inv>iables qui rgiss5t l'univ]s dans ses spl5deurs inf9ies comme dans ses imp]ceptibles dtails2 p>t\t j'avais s5ti la ma9 de f] d'une puissance incomm5surable1 pr(ondm5t ins5sible aux nobles motions de l'homme1 gnreuse jusqu' la pr(usion1 +nieuse jusqu' la m9utie en t\t ce qui t5d ses satisfactions matrielles2 mais v\e un sil5ce inexorable en t\t ce qui ti5t son tre moral1 ses imm5ses dsirs1 fallait-il dire ses imm5ses beso9s8 ,cette avidit avec laquelle quelques hommes d'exception *]*5t communiqu] intimem5t avec la ,div9it1 n'tait-elle pas une maladie du c]veau1 que l'on p\vait class] ct du drglem5t de c]ta9es croissances anormales dans le rgne vgtal1 et de c]ta9s in/9cts exagrs *ez les animaux8 ,n'tait-ce pas l'orgueil1 cette autre maladie commune au gr& nombre des huma9s1 qui p>ait de c\leurs sublimes et rehaussait d'appellations pompeuses cette fivre de l'esprit1 tmoignage de faiblesse et de lassitude bi5 plus que de =ce et de sant8 ,non1 m'criai-je1 c'e/ impud5ce et folie1 et misre surt\t1 que de v\loir escalad] le ciel4 ,le ciel qui n'exi/e nulle "p p\r le mo9dre coli] rompu au mcanisme de la sphre6 le ciel1 o le vulgaire croit voir1 au milieu d'un trne de nues =m des grossires exhalaisons de la t]re1 un fti*e taill sur le modle de l'homme1 assis sur les sphres a9si qu'un ciron sur l',atlas6 le ciel1 l'!r inf9i p>sem de soleils et de mondes inf9is1 que l'homme s'imag9e devoir trav]s] aprs sa mort comme les pigeons voyageurs pass5t d'un *amp un autre1 et o de pitoyables rhteurs ?ologiques *oisiss5t app>emm5t une con/ellation p\r doma9e et les rayons d'un a/re p\r vtem5t6 le ciel et l'homme1 c'e/--dire l'inf9i et l'atome6 quel trange rappro*em5t d'ides6 quelle ridicule anti?se6 ,quel e/ donc le premi] c]veau huma9 qui e/ tomb dans une p>eille dm5ce8 ,et auj\rd'hui un pape1 qui s'intitule le roi des mes1 ouvre avec une clef les deux battants de l't]nit quiconque plie le g5\ devant sa discipl9e en disant3 ,admettez-moi6 ,c'e/ a9si que je p>lais1 et alors un rire am] s'emp>ait de moi2 et1 jetant p> t]re les sublimes crits des pres de l'glise et ceux des philosophes spirituali/es de t\tes les nations et de t\s les temps1 je les f\lais aux pi$s dans une sorte de rage1 en rptant ces mots favoris d',hbronius1 o je croyais tr\v] la solution de t\s mes problmes3 ignorance1 impo/ure6 ,tu plis1 enfant1 dit ,alexis en s'int]rompant2 ta ma9 tremble dans la mi5ne1 et ton il eff> semble int]rog] le mi5 avec anxit4 ,calme-toi1 et ne cra9s pas de tomb] dans de p>eilles angoisses3 j'espre que ce rcit t'en prs]v]a p\r jamais4 ,heureusem5t p\r l'homme1 cette p5se de ,dieu1 qu'il ignore et qu'il nie si s\v5t1 a prsid la cration de son tre avec autant de so9 et d'am\r qu' celle de l'univ]s4 ,elle l'a fait p]fectible dans le bi51 corrigible dans le mal4 ,si1 dans la socit1 l'homme peut se considr] s\v5t comme p]du p\r la socit1 dans la solitude l'homme n'e/ jamais p]du p\r ,dieu2 c>1 tant qu'il lui re/e un s\ffle de vie1 ce s\ffle peut faire vibr] une corde inconnue au fond de son me2 et quiconque a aim la vrit a bi5 des cordes bris] avant de prir4 ,s\v5t les sublimes facults dont il e/ d\ sommeill5t p\r se retremp] comme le g]me des plantes au se9 de la t]re1 et1 au sortir d'un long repos1 elles clat5t avec plus de puissance4 ,si j'e/ime tant la retraite et la solitude1 si je p]si/e croire qu'il faut g>d] les vux mona/iques1 c'e/ que j'ai connu plus qu'un autre les dang]s et les victoires de ce long tte--tte avec la consci5ce1 o ma vie s'e/ consume4 ,si j'avais vcu dans le monde1 j'eusse t p]du jamais4 ,le s\ffle des hommes et te9t ce que le s\ffle de ,dieu a ranim4 ,l'appt d'une va9e gloire m'et enivr2 et1 mon am\r p\r la sci5ce tr\vant t\j\rs de n\velles excitations dans le suffrage d'autrui1 j'eusse vcu dans l'ivresse d'une fausse joie et dans l'oubli du vrai bonheur4 ,mais ici1 n'tant compris de p]sonne1 vivant de moi-mme1 et n'ayant p\r /imulant que mon orgueil et ma curiosit1 je f9is p> apais] ma soif et p> me lass] de ma propre e/ime4 ,je s5tis le beso9 de faire p>tag] mes plaisirs et mes pe9es quelqu'un1 dfaut de l'ami cle/e que je m'tais alin2 et je le s5tis sans m'en r5dre compte1 sans v\loir me l'av\] moi-mme4 ,outre les habitudes sup]bes que l'orgueil de l'esprit avait donnes mon c>actre1 je n'tais po9t ent\r d'tres avec lesquels je pusse sympa?is]3 la grossiret ou la m*ancet se dressait de t\tes p>ts aut\r de moi p\r rep\ss] les lans de mon cur4 ,ce fut encore un bonheur p\r moi4 ,je s5tais que la socit d'hommes intellig5ts et allum en moi une fivre de discussion1 une soif de controv]ses2 qui m'euss5t de plus en plus aff]mi dans mes ngations2 au lieu que dans mes longues veilles solitaires1 au plus =t de mon a?isme1 je s5tais encore p>fois des aspirations viol5tes v]s ce ,dieu que j'appelais la fiction de mes jeunes annes2 et1 quoique dans ces mom5ts-l j'eusse du mpris p\r moi-mme1 il e/ c]ta9 que je r$ev5ais bon1 et que mon cur luttait avec c\rage contre sa propre de/ruction4 ,les gr&es maladies ont des phases o le mal amne le bi51 et c'e/ aprs la crise la plus effrayante que la gurison se fait t\t c\p comme un miracle4 ,les temps qui prcdr5t mon ret\r la foi fur5t ceux o je crus me s5tir le plus robu/e adepte de la raison pure4 ,j'avais russi t\ff] t\te rvolte du cur1 et je triomphais dans mon mpris de t\te croyance1 dans mon oubli de t\te motion religieuse4 pe9e arriv cet apoge de ma =ce philosophique1 je fus pris de dsespoir4 ,un j\r que j'avais travaill p5dant plusieurs heures je ne sais quels dtails d'obs]vation sci5tifique avec une lucidit extraord9aire1 je me s5tis p]suad1 plus que je ne l'avais encore t1 de la t\te-puissance de la matire et de l'impossibilit d'un esprit crateur et vivifiant autre que ce que j'appelais1 en langage de naturali/e1 les proprits vitales de la matire4 ,alors j'pr\vai t\t c\p dans mon tre physique la s5sation d'un froid glacial1 et je me mis au lit avec la fivre4 ,je n'avais jamais pris aucun so9 de ma sant4 ,je fis une maladie longue et d\l\reuse4 ,ma vie ne fut po9t en dang]2 mais d'intolrables s\ffrances s'opposr5t p5dant longtemps t\te occupation de mon c]veau4 ,un ennui pr(ond s'emp>a de moi2 l'inaction1 l'isolem5t et la s\ffrance me jetr5t dans une tri/esse mortelle4 ,je ne v\lais recevoir les so9s de p]sonne2 mais les in/ances faussem5t affectueuses du ,prieur et celles d'un c]ta9 conv]s infirmi]1 nomm ,*ri/ophore1 me =cr5t d'accept] une socit p5dant la nuit4 ,j'avais d'insupportables insomnies1 et ce ,*ri/ophore1 s\s prtexte de m'en allg] l'ennui1 v5ait dormir *aque nuit d'un l\rd et pr(ond sommeil auprs de mon lit4 ,c'tait bi5 la plus excell5te et la plus borne des cratures huma9es4 ,sa /upidit avait tr\v grce p\r sa bont auprs des autres mo9es4 ,on le traitait comme une sorte d'animal dome/ique laborieux1 s\v5t ncessaires et t\j\rs in(f5sifs4 ,sa vie n'tait qu'une suite de bi5faits et de dv\em5ts4 ,comme on en tirait p>ti1 on l'avait habitu compt] sur l'efficacit de ses so9s3 et cette confiance1 que j'tais lo9 de p>tag]1 me le r5dait importun l'excs4 ,cep5dant un s5tim5t de ju/ice1 que l'a?isme n'avait pu dtruire en moi1 me =ait le support] avec pati5ce et le trait] avec d\ceur4 ,quelquefois1 dans les comm5cem5ts1 je m'tais emport contre lui1 et je l'avais *ass de ma cellule4 ,au lieu d'en tre (f5s1 il s'affligeait de me laiss] seul en proie mon mal2 il nasillait une longue prire ma porte1 et au lev] du j\r je le tr\vais assis sur l'escali]1 la tte dans ses ma9s1 dormant la vrit1 mais dormant au froid et sur la dure plutt que de se rsign] pass] dans son lit les heures qu'il avait rsolu de mon consacr]4 ,sa pati5ce et son abngation me va9quir5t4 ,je supportai sa compagnie p\r lui r5dre s]vice2 c>1 mon gr& regret1 nul autre que moi n'tait malade dans le c\v5t2 et1 lorsque ,*ri/ophore n'avait p]sonne soign]1 il tait l'homme le plus malheureux du monde4 ,peu peu je m'habituai le voir1 lui et son petit *i51 qui s'tait tellem5t id5tifi p\r lui qu'il avait t\t son c>actre1 t\tes ses habitudes1 et que1 p\r un peu1 il et prp> la tisane et tt le p\ls aux malades4 ,ces deux tres remuai5t et dormai5t de compagnie4 ,qu& le mo9e allait et v5ait sur la po9te du pi$ aut\r de la *ambre1 le *i5 faisait autant de pas que lui2 et1 ds que le bonhomme s'ass\pissait1 l'animal paisible en faisait autant4 ,si ,*ri/ophore faisait sa prire1 ,bacco s'asseyait gravem5t devant lui1 et se t5ait a9si fronant l'oreille et suivant de l'il les mo9dres m\vem5ts de bras et de tte dont le mo9e accompagnait son oraison4 ,si ce d]ni] m'enc\rageait pr5dre pati5ce p> de niaises consolations et de banales promesses de gurison pro*a9e1 ,bacco se dressait sur ses jambes de d]rire1 et1 posant ses petites pattes de devant sur mon lit avec beauc\p de discrtion et de propret1 me l*ait la ma9 d'un air affectueux4 ,je m'acc\tumai tellem5t eux qu'ils me dev9r5t ncessaires autant l'un que l'autre4 ,au fond je crois que j'avais une secrte prfr5ce p\r ,bacco2 c> il avait beauc\p plus d'intellig5ce que son matre1 son sommeil tait plus lg]1 et surt\t il ne p>lait pas4 ,mes s\ffrances dev9r5t si intolrables que t\tes mes =ces fur5t abattues4 ,au b\t d'une anne de ce cruel supplice1 j'tais tellem5t va9cu que je ne dsirais plus la mort4 ,je craignais d'avoir s\ffrir encore plus p\r quitt] la vie1 et je me faisais d'une vie sans s\ffrance l'idal du bonheur4 ,mon ennui tait si gr& que je ne p\vais plus me pass] un in/ant de mon g>di54 ,je le =ais mang] en ma prs5ce1 et le spectacle de son robu/e apptit tait un amusem5t p\r moi4 ,t\t ce qui m'avait *oqu en lui me plaisait1 mme son pesant sommeil1 ses int]m9ables prires et ses contes de bonne femme4 ,j'en tais v5u au po9t de pr5dre plaisir tre t\rm5t p> lui1 et *aque soir je refusais ma potion af9 de me div]tir p5dant un qu>t d'heure de ses importunits infatigables et de ses ins9uations naves1 qu'il croyait +nieuses1 p\r m'am5] ses f9s4 ,c'tai5t l mes seules di/ractions1 et j'y tr\vais une sorte de gaiet intrieure1 que le bonhomme semblait dev9]1 quoique mes traits fltris et contracts ne puiss5t pas l'exprim] mme p> un s\rire4 ,lorsque je comm5ais gurir1 une maladie pidmique se dcl>a dans le c\v5t4 ,le mal tait subit1 t]rible1 9vitable4 ,on tait comme f\droy4 ,mon pauvre ,*ri/ophore en fut atte9t un des premi]s4 ,j'oubliai ma faiblesse et le dang]2 je quittai ma cellule et passai trois j\rs et trois nuits au pi$ de son lit4 ,le quatrime j\r il expira dans mes bras4 ,cette p]te me fut si d\l\reuse que je faillis ne pas y survivre4 ,alors une crise trange s'opra en moi3 je fus promptem5t et compltem5t guri2 mon tre moral se rveilla comme la suite d'un long sommeil2 et1 p\r la premire fois depuis bi5 des annes1 je compris p> le cur les d\leurs de l'humanit4 ,*ri/ophore tait le seul homme que j'eusse aim depuis la mort de ,fulg5ce4 ,une si prompte et si amre sp>ation me remit en mmoire mon premi] ami1 ma jeunesse1 ma pit1 ma s5sibilit1 t\s mes bonheurs jamais p]dus4 ,je r5trai dans ma solitude avec dsespoir4 ,bacco m'y suivit2 j'tais le d]ni] malade que son matre et soign3 il s'tait habitu vivre dans ma cellule1 et il semblait v\loir report] son affection sur moi2 mais il ne put y russir1 le *agr9 le consuma4 ,il ne dormait plus1 il flairait sans cesse le fauteuil o ,*ri/ophore avait c\tume de dormir1 et que je plaais t\tes les nuits auprs de mon *evet p\r me reprs5t] quelque *ose de la prs5ce de mon pauvre ami4 ,bacco n'tait po9t +rat mes c>esses1 mais ri5 ne p\vait calm] son inquitude4 ,au mo9dre bruit1 il se dressait et reg>dait la porte avec un mlange d'espoir et de dc\ragem5t4 ,alors j'pr\vais le beso9 de lui p>l] comme un tre sympa?ique4 ,il ne vi5dra plus1 lui disais-je1 c'e/ moi seul que tu dois aim] ma9t5ant4 ,il me compr5ait1 j'en suis c]ta91 c> il v5ait moi et me l*ait la ma9 d'un air tri/e et rsign4 ,puis il se c\*ait et t*ait de s'endormir2 mais c'tait un ass\pissem5t d\l\reux1 entrec\p de faibles pla9tes qui me d*irai5t l'me4 ,qu& il eut p]du t\t espoir de retr\v] celui qu'il att5dait t\j\rs1 il rsolut de se laiss] m\rir4 ,il refusa de mang]1 et je le vis expir] sur le fauteuil de son matre1 en me reg>dant d'un air de repro*e1 comme si j'tais la cause de ses fatigues et de sa mort4 ,qu& je vis ses yeux te9ts et ses membres glacs1 je ne pus ret5ir des torr5ts de l>mes2 je le pleurai encore plus amrem5t que je n'avais pleur ,*ri/ophore4 ,il me sembla que je p]dais celui-ci une seconde fois4 ,cet vnem5t1 si puril en app>5ce1 a*eva de me prcipit] du haut de mon orgueil dans un abme de d\leurs4 quoi m'avait s]vi cet orgueil8 quoi m'avait s]vi mon intellig5ce8 ,la maladie avait frapp l'une d'impuissance2 l'humilit d'un homme *>itable1 l'affection fidle d'un pauvre animal1 m'avai5t plus sec\ru que l'autre4 ,ma9t5ant que la mort m'enlevait les seuls objets de ma sympa?ie1 la raison dont j'avais fait mon ,dieu m'enseignait1 p\r t\te consolation1 qu'il ne re/ait plus ri5 d'eux1 et qu'ils devai5t tre p\r moi comme s'ils n'euss5t jamais t4 ,je ne p\vais me faire cette ide de de/ruction absolue1 et p\rtant ma sci5ce me df5dait d'en d\t]4 ,j'essayai de repr5dre mes tudes1 esprant *ass] l'ennui qui me dvorait2 cela ne s]vit qu' absorb] quelques heures de ma j\rne4 ,ds que je r5trais dans ma cellule1 ds que je m't5dais sur mon lit p\r dormir1 l'horreur de l'isolem5t se faisait s5tir *aque j\r davantage2 je dev5ais faible comme un enfant1 et je baignais mon *evet de mes l>mes2 je regrettais ces s\ffrances physiques qui m'avai5t sembl insupportables1 et qui ma9t5ant m'euss5t t d\ces si elles euss5t pu ram5] prs de moi ,*ri/ophore et ,bacco4 ,je s5tis alors pr(ondm5t que la plus humble amiti e/ un plus prcieux trsor que t\tes les conqutes du gnie2 que la plus nave motion du cur e/ plus d\ce et plus ncessaire que t\tes les satisfactions de la vanit4 ,je compris1 p> le tmoignage de mes entrailles1 que l'homme e/ fait p\r aim]1 et que la solitude1 sans la foi et l'am\r div91 e/ un tombeau1 mo9s le repos de la mort6 ,je ne p\vais espr] de retr\v] la foi1 c'tait un beau rve van\i qui me laissait ple9 de regrets2 ce que j'appelais ma raison et mes lumires l'avai5t bannie sans ret\r de mon me4 ,ma vie ne p\vait plus tre qu'une veille aride1 une ralit dess*ante4 ,mille p5ses de dsespoir s'agitr5t dans mon c]veau4 ,je songeai quitt] le clotre1 me lanc] dans le t\rbillon du monde1 m'ab&onn] aux passions1 aux vices mme1 p\r l*] d'*app] moi-mme p> l'ivresse ou l'abrutissem5t4 ,ces dsirs s'effacr5t promptem5t2 j'avais t\ff mes passions de trop bonne heure p\r qu'il me ft possible de les faire revivre4 ,l'a?isme mme n'avait fait qu'aff]mir1 p> l'tude et la rflexion1 mes habitudes d'au/rit4 ,d'ailleurs1 trav]s t\tes mes trans=mations1 j'avais cons]v un s5tim5t du beau1 un dsir de l'idal que ne rpudi5t po9t leur gr les intellig5ces tant soit peu leves4 ,je ne me b]ais plus du rve de la p]fection div9e2 mais1 voir seulem5t l'univ]s matriel1 ne contempl] que la spl5deur des toiles et la rgul>it des lois qui rgiss5t la matire1 j'avais pris tant d'am\r p\r l'ordre1 la dure et la beaut extrieure des *oses1 que je n'eusse jamais pu va9cre mon horreur p\r t\t ce qui et tr\bl ces ides de gr&eur et d'h>monie4 ,j'essayai de me crer de n\velles sympa?ies2 je n'en pus tr\v] dans le clotre4 ,je r5contrais p>t\t la malice et la fausset2 et1 qu& j'avais affaire aux simples d'esprit1 j'ap]cevais la l*et s\s la d\ceur4 ,je t*ai de n\] quelques relations avec le monde4 ,du temps de l'abb ,spiridion1 t\t ce qu'il y avait d'hommes di/+us dans le pays et de voyageurs in/ruits sur les *em9s v5ai5t visit] le c\v5t1 malgr sa position sauvage et la difficult des r\tes qui y conduis5t4 ,mais1 depuis qu'il tait dev5u un repaire de p>esse1 d'ignorance et d'ivrogn]ie1 le has>d seul n\s am5ait1 comme auj\rd'hui1 de r>es int]valles1 quelques passants indiffr5ts ou quelques curieux dsuvrs4 ,je ne tr\vai p]sonne qui ouvrir mon cur1 et je re/ai seul1 livr un sombre abattem5t4 ,p5dant des sema9es et des mois1 je vcus a9si sans plaisir et presque sans pe9e1 tant mon me tait brise et accable s\s le poids de l'ennui4 ,l'tude avait p]du t\t attrait p\r moi2 elle me dev9t peu peu odieuse3 elle ne s]vait qu' me remettre s\s les yeux ce s9i/re problme de la de/9e de l'homme ab&onn sur la t]re t\s les lm5ts de s\ffrance et de de/ruction1 sans av5ir1 sans promesse et sans rcomp5se4 ,je me dem&ais alors2 quoi bon vivre1 mais aussi quoi bon m\rir2 nant p\r nant1 je laissais le temps c\l] et mon front se dg>nir sans oppos] de rsi/ance ce dprissem5t de l'me et du corps1 qui me conduisait l5tem5t un repos plus tri/e encore4 ,l'automne arriva1 et la mlancolie du ciel ad\cit un peu l'am]tume de mes ides4 ,j'aimais m>*] sur les feuilles s*es et voir pass] ces gr&es tr\pes d'oiseaux voyageurs qui vol5t dans un ordre symtrique1 et dont le cri sauvage se p]d dans les nues4 ,j'enviais le sort de ces cratures qui obiss5t des in/9cts t\j\rs satisfaits1 et que la rflexion ne t\rm5te pas4 ,dans un s5s1 je les tr\vais bi5 plus complets que l'homme1 c> ils ne dsir5t que ce qu'ils peuv5t possd]2 et1 si le so9 de leur cons]vation e/ un travail cont9uel1 du mo9s ils ne connaiss5t pas l'ennui1 qui e/ la pire des fatigues4 ,j'aimais aussi voir s'pan\ir les d]nires fleurs de l'anne4 ,t\t me semblait prfrable au sort de l'homme1 mme celui des plantes2 et1 p\rtant ma sympa?ie sur ces exi/5ces phmres1 je n'avais d'autre plaisir que de cultiv] un petit co9 du j>d9 et de l'ent\r] de palissades p\r emp*] les pi$s pr(anes de f\l] mes gazons et les ma9s sacrilges de cueillir mes fleurs4 ,lorsqu'on en appro*ait1 je rep\ssais les curieux avec tant d'humeur qu'on me crut f\1 et que le ,prieur se rj\it de me voir tomb] dans un tel abrutissem5t4 ,illu/ration ,les soires tai5t fra*es1 mais d\ces2 il m'arrivait s\v5t1 aprs avoir *]*1 dans la fatigue de mon travail manuel1 l'espoir d'un peu de repos p\r la nuit1 de me c\*] sur un banc de gazon que j'avais lev moi-mme1 et de re/] plong dans une vague rv]ie longtemps aprs le c\*] du soleil4 ,je laissais flott] mes esprits1 comme les feuilles que le v5t enlevait aux arbres2 je m'tudiais vgt]2 j'eusse v\lu dsappr5dre l'ex]cice de la p5se4 ,j'arrivais1 a9si une sorte d'ass\pissem5t qui n'tait ni la veille ni le sommeil1 ni la s\ffrance ni le bi5-tre1 et ce ple plaisir tait encore le plus vif qui me re/t4 ,peu peu cette langueur dev9t plus d\ce1 et le travail de ma volont p\r y arriv] dev9t plus facile4 ,ma batitude alors consi/ait surt\t p]dre la mmoire du pass et l'apprh5sion de l'av5ir4 ,j'tais t\t au prs5t4 ,je compr5ais la vie de la nature1 j'obs]vais t\s ses petits phnomnes1 je pntrais dans ses mo9dres secrets4 ,j'c\tais ses capricieuses h>monies1 et le s5tim5t de t\tes ces *oses inapprciables aux esprits agits russissait me di/raire de moi-mme4 ,je s\lageais mon insu1 p> cette d\ce admiration1 mon cur rempli d'un am\r sans b et d'un en?\siasme sans alim5t4 ,je contemplais la grce d'une bran*e mollem5t b]ce p> le v5t1 j'tais att5dri p> le *ant faible et mlancolique d'un insecte4 ,les p>fums de mes fleurs me portai5t la reconnaissance2 leur beaut1 prs]ve de t\te altration p> mes so9s1 m'inspirait un naf orgueil4 ,p\r la premire fois1 depuis bi5 des annes1 je r$ev5ais s5sible la posie du clotre1 sanctuaire plac sur les lieux levs p\r que l'homme y vive au-dessus des bruits du monde1 recueilli dans la contemplation du ciel4 ,tu connais cet angle que =me la t]rasse du j>d9 du ct de la m]1 au b\t du b]ceau de vigne que support5t des pili]s quadrangulaires en m>bre blanc4 ,l s'lv5t quatre palmi]s2 c'e/ moi qui les ai plants1 et c'e/ l que j'avais dispos mon p>t]re1 auj\rd'hui effac et confondu dans le potag]1 qui a pris la place du beau j>d9 cr p> ,hbronius4 ,ce lieu tait encore1 l'poque dont je te p>le1 un des plus pittoresques de la t]re1 au dire des r>es voyageurs qui le visitai5t4 ,les ri*es fonta9es de m>bre1 qui ne sont plus consacres auj\rd'hui qu' de vils usages1 y murmurai5t alors p\r les seules dlices des oreilles musicales4 ,l'eau pure de la s\rce tombait dans des conques de m>bre r\ge qui la dv]sai5t l'une dans l'autre1 et fuyait my/rieusem5t s\s l'ombrage des cyprs et des figui]s4 ,les rameaux des citronni]s et des c>\bi]s se pressai5t et s'enlaai5t troitem5t aut\r de ma retraite1 et l'isolai5t selon mon gt4 ,mais1 du ct du glacis p]p5diculaire qui dom9e le rivage1 j'avais mnag une ouv]ture dans mes b]ceaux2 et je p\vais admir] loisir1 trav]s un cadre de fleurs et de v]dure1 le spectacle sublime de la m] brisant sur les ro*]s et se teignant l'horizon des feux du c\*ant ou de ceux de l'aurore4 ,l1 p]du dans des rv]ies sans f91 il me semblait saisir des h>monies inapprciables aux s5s grossi]s des autres hommes1 quelque *ant pla9tif1 exhal sur la rive maure1 et port sur les m]s p> les v5ts du sud1 ou le cantique de quelque d]vi*e1 sa9t ignor1 p]du dans les pres solitudes de l',atlas1 et plus heureux dans sa misre cnobitique avec la foi que moi au se9 de mon opul5ce monacale avec le d\te4 ,illu/ration ,peu peu j'en v9s dc\vrir un s5s pr(ond dans les mo9dres faits de la nature4 ,en m'ab&onnant au *>me de mes impressions avec la navet qu'amne le dc\ragem5t1 je reculai ins5siblem5t les bornes troites du c]ta9 jusqu' celles du possible2 et bi5tt le possible1 vu avec une c]ta9e motion du cur1 ouvrit aut\r de moi des horizons plus va/es que ma raison n'et os les press5tir4 ,il me sembla tr\v] des motifs de my/rieuse prvoyance dans t\t ce qui m'avait p>u livr la fatalit aveugle4 ,je rec\vrai le s5s du bonheur que j'avais si dplorablem5t p]du4 ,je *]*ai les j\issances relatives de t\s les tres1 comme j'avais *]* leurs s\ffrances1 et je m'tonnai de les tr\v] si quitablem5t rp>ties4 ,*aque tre prit une =me et une voix n\velle p\r me rvl] des facults inconnues la froide et sup]ficielle obs]vation que j'avais prise p\r la sci5ce4 ,des my/res inf9is se dr\lr5t aut\r de moi1 contr$isant t\tes les s5t5ces d'un savoir incomplet et d'un jugem5t prcipit4 ,en un mot1 la vie prit mes yeux un c>actre sacr et un b imm5se1 que je n'avais entrevu ni dans les religions ni dans les sci5ces1 et que mon cur enseigna sur n\veaux frais mon intellig5ce g>e4 ,un soir j'c\tais avec recueillem5t le bruit de la m] calme brisant sur le sable2 je *]*ais le s5s de ces trois lames1 plus =tes que les autres1 qui revi5n5t t\j\rs ensemble des int]valles rguli]s1 comme un rhy?me m>qu dans l'h>monie t]nelle2 j'ent5dis un p*eur qui *antait aux toiles1 t5du sur le dos dans sa b>que4 ,sans d\te1 j'avais ent5du bi5 s\v5t le *ant des p*eurs de la cte1 et celui-l peut-tre aussi s\v5t que les autres4 ,mes oreilles avai5t t\j\rs t f]mes la musique1 comme mon c]veau la posie4 ,je n'avais vu dans les *ants du peuple que l'expression des passions grossires1 et j'en avais dt\rn mon att5tion avec mpris4 ,ce soir-l1 comme les autres soirs1 je fus d'abord bless d'ent5dre cette voix qui c\vrait celle des flots1 et qui tr\blait mon audition4 ,mais1 au b\t de quelques in/ants1 je rem>quai que le *ant du p*eur suivait in/9ctivem5t le rhy?me de la m]1 et je p5sai que c'tait l peut-tre un de ces gr&s et vrais arti/es que la nature elle-mme pr5d so9 d'in/ruire1 et qui1 p\r la plup>t1 meur5t ignors comme ils ont vcu4 ,cette p5se rpondant aux habitudes de suppositions dans lesquelles je me complaisais dsormais1 j'c\tai sans impati5ce le *ant demi sauvage de cet homme demi sauvage aussi1 qui clbrait d'une voix l5te et mlancolique les my/res de la nuit et la d\ceur de la brise4 ,ses v]s avai5t peu de rime et peu de mesure2 ses p>oles1 encore mo9s de s5s et de posie2 mais le *>me de sa voix1 l'habilet nave de son rhy?me1 et l'tonnante beaut de sa mlodie1 tri/e1 l>ge et monotone comme celle des vagues1 me frappr5t si vivem5t1 que t\t c\p la musique me fut rvle4 ,la musique me sembla devoir tre la vritable langue potique de l'homme1 indp5dante de t\te p>ole et de t\te posie crite1 s\mise une logique p>ticulire1 et p\vant exprim] des ides de l'ordre le plus lev1 des ides trop va/es mme p\r tre bi5 r5dues dans t\te autre langue4 ,je rsolus d'tudi] la musique1 af9 de p\rsuivre cet ap]u2 et je l'tudiai en effet avec quelque succs1 comme on a pu te le dire4 ,mais une *ose me gna t\j\rs1 c'e/ d'avoir trop fait usage de la logique applique un autre ordre de facults4 ,je ne pus jamais compos]1 et c'tait l p\rtant ce que j'eusse ambitionn p>-dessus t\t en musique4 ,qu& je vis que je ne p\vais r5dre ma p5se dans cette langue trop sublime sans d\te p\r mon organisation1 je m'adonnai la posie1 et je fis des v]s4 ,cela ne me russit pas beauc\p mieux2 mais j'avais un beso9 de posie qui *]*ait une issue avant de song] possd] un alim5t1 et ma posie tait faible1 p>ce que la posie veut tre alim5te d'un s5tim5t pr(ond dont je n'avais que le vague press5tim5t4 ,mcont5t de mes v]s1 je fis de la prose laquelle je t*ai de cons]v] une =me lyrique4 ,le seul sujet sur lequel je pusse m'ex]c] avec un peu de facilit1 c'tait ma tri/esse et les maux que j'avais s\ff]ts en *]*ant la vrit4 ,je t'en rcit]ai un *antillon3 ma gr&eur6 ma =ce6 v\s avez pass comme une nue d'orage1 et v\s tes tombes sur la t]re p\r ravag] comme la f\dre4 ,v\s avez frapp de mort et de /rilit t\s les fruits et t\tes les fleurs de mon *amp4 ,v\s en avez fait une arne dsole1 et je me suis assis t\t seul au milieu de mes ru9es4 ma gr&eur6 ma =ce6 tiez-v\s de bons o de mauvais anges8 ma fi]t6 ma sci5ce6 v\s v\s tes leves comme les t\rbillons brlants que le sim\n rp& sur le ds]t4 ,comme le gravi]1 comme1 la p\ssire1 v\s avez enseveli les palmi]s1 v\s avez tr\bl ou t>i les fonta9es4 ,et j'ai *]* l'onde o l'on se dsaltre1 et je ne l'ai plus tr\ve2 c> l'ins5s qui veut fray] sa r\te v]s les cimes orgueilleuses de l',horeb1 oublie l'humble s5ti] qui mne la s\rce ombrage4 ma sci5ce6 ma fi]t6 tiez-v\s les envoyes du ,seigneur1 tiez-v\s des esprits de tnbres8 ma v]tu6 mon ab/95ce6 v\s v\s tes dresses comme des t\rs1 v\s v\s tes t5dues comme des remp>ts de m>bre1 comme des murailles d'aira94 ,v\s m'avez abrit s\s des votes glaces1 v\s m'avez enseveli dans des caves funbres remplies d'angoisses et de t]reurs2 et j'ai dormi sur une c\*e dure et froide1 o j'ai rv s\v5t qu'il y avait un ciel propice et des mondes fconds4 ,et qu& j'ai *]* la lumire du soleil1 je ne l'ai plus tr\ve2 c> j'avais p]du la vue dans les tnbres1 et mes pi$s dbiles ne p\vai5t plus me port] sur le bord de l'abme4 ma v]tu6 mon ab/95ce6 tiez-v\s les suppts de l'orgueil1 ou les conseils de la sagesse8 ma religion6 mon esprance6 v\s m'avez port comme une b>que inc]ta9e et fragile sur des m]s sans rivages1 au milieu des brumes dcevantes1 vagues illusions1 in=mes images d'une patrie inconnue4 ,et qu&1 lass de lutt] contre le v5t et de gmir c\rb s\s la tempte1 je v\s ai dem& o v\s me conduisiez1 v\s avez allum des ph>es sur des cueils p\r me montr] ce qu'il fallait fuir1 et non ce qu'il fallait atte9dre4 ma religion6 mon esprance6 tiez-v\s le rve de la folie1 ou la voix my/rieuse du ,dieu vivant8 ,au milieu de ces occupations innoc5tes1 mon me avait repris du calme et mon corps de la vigueur2 je fus tir de mon repos p> l'irruption d'un flau imprvu4 la contagion qu'avai5t pr\ve le mona/re et les environs succda la pe/e qui dsola le pays t\t enti]4 ,j'avais eu l'occasion de faire quelques obs]vations sur la possibilit de se prs]v] des maladies pidmiques p> un sy/me hyginique =t simple4 ,je fis "p de mes ides quelques p]sonnes2 et1 comme elles eur5t se l\] d'y avoir aj\t foi1 on me fit la rputation d'avoir des remdes m]veilleux contre la pe/e4 ,t\t en niant la sci5ce qu'on m'attribuait1 je me prtai de gr& cur communiqu] mes humbles dc\v]tes4 ,alors on v9t me *]*] de t\s cts1 et bi5tt mon temps et mes =ces pur5t pe9e suffire au nombre du consultations qu'on v5ait me dem&]2 il fallut mme que le ,prieur m'accordt la p]mission extraord9aire de sortir du mona/re t\te heure1 et d'all] visit] les malades4 ,mais1 mesure que la pe/e t5dait ses ravages1 les s5tim5ts de pit et d'humanit1 qui d'abord avai5t port les mo9es se montr] accessibles et compatissants1 s'effacr5t de leurs mes4 ,une peur g/e et l*e glaa t\t esprit de *>it4 ,df5se me fut faite de communiqu] avec les pe/ifrs1 et les portes du mona/re fur5t f]mes ceux qui v5ai5t implor] des sec\rs4 ,je ne pus m'emp*] d'en tmoign] mon indignation au ,prieur4 ,dans un autre temps1 il m'et envoy au ca*ot2 mais les esprits tai5t tellem5t abattus p> la cra9te de la mort1 qu'il m'c\ta avec calme4 ,alors il me proposa un t]me moy53 c'tait d'all] m'tablir deux lieues d'ici1 dans l'ermitage de ,sa9t-,hyac9!1 et d'y demeur] avec l'ermite jusqu' ce que la f9 de la contagion et l'abs5ce de t\t dang] p\r nos frres me p]miss5t de r5tr] dans le c\v5t4 ,il s'agissait de savoir si l'ermite cons5tirait me laiss] vaqu] aux devoirs de ma n\velle *>ge de mdec91 et p>tag] avec moi sa natte et son pa9 noir4 ,je fus autoris l'all] voir p\r sond] ses int5tions1 et je m'y r5dis l'in/ant mme4 ,je n'avais pas gr& espoir de le tr\v] favorable3 cet homme1 qui v5ait une fois p> mois dem&] l'aumne la porte du c\v5t1 m'avait t\j\rs inspir de l'loignem5t4 ,quoique la pit des mes simples ne le laisst pas manqu] du ncessaire1 il tait oblig p> ses vux m5di] de porte en porte des int]valles priodiques1 plutt p\r faire acte d'abjection que p\r assur] son exi/5ce4 ,j'avais un gr& mpris p\r cette pratique2 et cet ermite1 avec son gr& crne conique1 ses yeux ples et enfoncs qui ne semblai5t pas capables de support] la lumire du soleil1 son dos vot1 son sil5ce f>\*e1 sa b>be blan*e1 jaunie t\tes les intempries de l'air1 et sa gr&e ma9 d*>ne1 qu'il tirait de dess\s son manteau plutt avec un ge/e de comm&em5t qu'avec l'app>5ce de l'humilit1 tait dev5u p\r moi un type de fanatisme et d'orgueil hypocrite4 ,qu& j'eus gravi la montagne1 je fus ravi de l'aspect de la m]4 ,vue a9si en plongeant de haut sur ses abmes1 elle semblait une imm5se pla9e d'azur =tem5t incl9e v]s les rocs normes qui la surplombai5t2 et ses flots rguli]s1 dont le m\vem5t n'tait plus s5sible1 prs5tai5t l'app>5ce de sillons gaux tracs p> la *>rue4 ,cette masse bleue1 qui se dressait comme une coll9e et qui semblait compacte et solide comme le saphir1 me saisit d'un tel v]tige d'en?\siasme1 que je me ret9s aux olivi]s de la montagne p\r ne pas me prcipit] dans l'espace4 ,il me semblait qu'en face de ce magnifique lm5t le corps devait pr5dre les =mes de l'esprit et p>c\rir l'imm5sit dans un vol sublime4 ,je p5sai alors ,jsus m>*ant sur les flots1 et je me reprs5tai cet homme div91 gr& comme les montagnes1 respl5dissant comme le soleil4 ,allgorie de la mtaphysique1 ou rve d'une confiance exalte1 m'criai-je1 tu es plus gr& et plus potique que t\tes nos c]titudes mesures au compas et t\s nos raisonnem5ts aligns au cordeau6444 ,comme je disais ces p>oles1 une sorte de pla9te psalmodie1 faible et lugubre prire qui semblait sortir des entrailles de la montagne1 me =a de me ret\rn]4 ,je *]*ai quelque temps des yeux et de l'oreille d'o p\vai5t p>tir ces sons tranges2 et enf91 tant mont sur une ro*e vois9e1 je vis s\s mes pi$s1 quelque di/ance1 dans un c>tem5t du ro*]1 l'ermite1 nu jusqu' la ce9ture1 occup creus] une fosse dans le sable4 ses pi$s tait t5du un cadavre r\l dans une natte et dont les pi$s bleutres1 maculs p> les traces de la pe/e1 sortai5t de ce l9ceul ru/ique4 ,une odeur ftide s'exhalait de la fosse entr'ouv]te1 pe9e ref]me la veille sur d'autres cadavres ensevelis la hte4 ,auprs du n\veau mort il y avait une petite croix de bois d'olivi] grossirem5t taille1 ornem5t unique du mausole commun2 une jatte de grs avec un rameau d'hysope p\r l'ablution lu/rale1 et un petit b*] de g5ivre fumant p\r pur] l'air4 ,un soleil dvorant tombait d'aplomb sur la tte *auve et sur les maigres paules du solitaire4 ,la sueur collait sa poitr9e les longues m*es de sa b>be c\leur d'ambre4 ,saisi de respect et de piti1 je m'lanai v]s lui4 ,il ne tmoigna aucune surprise1 et1 jetant sa b*e1 il me fit signe de pr5dre les pi$s du cadavre1 en mme temps qu'il le pr5ait p> les paules4 ,qu& n\s l'emes enseveli1 il replanta la croix1 fit l'imm]sion d'eau bnite2 et1 me priant de ranim] le b*]1 il s'ag5\illa1 murmura une c\rte prire1 et s'loigna sans s'occup] de moi davantage4 ,qu& n\s emes gagn son ermitage1 il s'ap]ut seulem5t que je m>*ais prs de lui2 et1 me reg>dant alors avec quelque tonnem5t1 il me dem&a si j'avais beso9 de me repos]4 ,je lui expliquai en peu de mots le b de ma visite4 ,il ne me rpondit que p> un s]rem5t de ma92 puis1 ouvrant la porte de l'ermitage1 il me montra1 dans une salle creuse au se9 du roc1 quatre ou c9q malheureux pe/ifrs agonisants sur des nattes4 --,ce sont1 me dit-il1 des p*eurs de la cte et des contreb&i]s que leurs p>5ts1 saisis de t]reur1 ont jets hors des huttes4 ,je ne puis ri5 faire p\r eux que de combattre le dsespoir de leur agonie p> des p>oles de foi et de *>it2 et puis je les ensevelis qu& ils ont cess de s\ffrir4 ,n'entrez pas1 mon frre1 aj\ta-t-il en voyant que je m'avanais sur le seuil2 ces g5s-l sont sans ress\rces1 et ce lieu e/ infect2 cons]vez vos j\rs p\r ceux que v\s p\vez sauv] encore4 --,et v\s1 mon pre1 lui dis-je1 ne craignez-v\s donc ri5 p\r v\s-mme8 --,ri51 rpondit-il en s\riant2 j'ai un prs]vatif c]ta94 --,et quel e/-il8 --,c'e/1 dit-il d'un air inspir1 la t*e que j'ai remplir qui me r5d invulnrable4 ,qu& je ne s]ai plus ncessaire1 je r$evi5drai un homme comme les autres2 et qu& je tomb]ai1 je dirai3 ,seigneur1 ta volont soit faite2 puisque tu me rappelles1 c'e/ que tu n'z plus ri5 me comm&]4 ,comme il disait cela1 ses yeux te9ts se ranimr5t1 et semblr5t r5voy] les rayons du soleil qu'ils avai5t absorbs4 ,leur clat fut tel que j'en dt\rnai les mi5s et les reportai involontairem5t sur la m] qui t9celait nos pi$s4 -- quoi songez-v\s8 me dit-il4 --,je songe1 rpondis-je1 que ,jsus a m>* sur les eaux4 --,quoi d'tonnant8 reprit le digne homme1 qui ne me compr5ait pas2 la seule *ose tonnante1 c'e/ que sa9t ,pi]re ait d\t1 lui qui voyait le ,sauveur face face4 ,je rev9s t\t de suite au mona/re p\r r5dre compte l'abb de mon message4 ,j'aurais d m'p>gn] cette pe9e1 et me s\v5ir que les mo9es se s\ci5t =t peu de la rgle1 surt\t qu& la peur les g\v]ne4 ,je tr\vai t\tes les portes closes2 et qu& je prs5tai ma tte au gui*et1 on me le ref]ma au visage en me criant que1 quel que ft le rsultat de ma dm>*e je ne p\vais plus r5tr] au c\v5t4 ,j'allai donc c\*] l'ermitage4 ,j'y passai trois mois dans la socit de l'ermite4 ,c'tait vraim5t un homme des anci5s j\rs1 un sa9t digne des plus beaux temps du *ri/ianisme4 ,hors de l'ex]cice des bonnes uvres1 c'tait peut-tre un esprit vulgaire2 mais sa pit tait si gr&e qu'elle lui donnait le gnie au beso94 ,c'tait surt\t dans ses exhortations aux m\rants que je le tr\vais admirable4 ,il tait alors vraim5t inspir2 l'loqu5ce dbordait en lui comme un torr5t des montagnes4 ,des l>mes de componction inondai5t son visage sillonn p> la fatigue4 ,il connaissait vraim5t le *em9 des curs4 ,il combattait les angoisses et les t]reurs de la mort1 comme ,george le gu]ri] cle/e t]rassait les dragons4 ,il avait une intellig5ce m]veilleuse des div]ses passions qui avai5t pu remplir l'exi/5ce de ces moribonds1 et il avait un langage et des promesses appropris *acun d'eux4 ,je rem>quais avec satisfaction qu'il tait possd du dsir s9cre de leur donn] un in/ant de s\lagem5t moral leur pnible d"p de ce monde1 et non trop proccup des va9es =malits du dogme4 ,en cela1 il s'levait au-dessus de lui-mme2 c> sa foi avait dans l'application p]sonnelle t\tes les m9uties du ca?olicisme le plus troit et le plus rigide3 mais la bont e/ un don de ,dieu au-dessus des p\voirs et des m5aces de l'glise4 ,une l>me de ses m\rants lui p>aissait plus importante que les crmonies de l'extrme-onction1 et un j\r je l'ent5dis prononc] une gr&e p>ole p\r un ca?olique4 ,il avait prs5t le crucifix aux lvres d'un agonisant2 celui-ci dt\rna la tte1 et1 pr5ant l'autre ma9 de l'ermite1 il la lui baisa en r5dant l'esprit4 --,eh bi56 dit l'ermite en lui f]mant les yeux1 il te s]a p>donn1 c> tu z s5ti la reconnaissance2 et si tu z compris le dvom5t d'un homme en ce monde1 tu s5tiras la bont de ,dieu dans l'autre4 ,avec les *aleurs de l't cessa la contagion4 ,je passai encore quelque temps avec l'ermite avant que l'on ost me rappel] au c\v5t4 ,le repos n\s tait bi5 ncessaire l'un et l'autre2 et je dois dire que ces d]ni]s j\rs de l'anne1 ple9s de calme1 de fra*eur et de suavit dans un des sites les plus magnifiques qu'il soit possible d'imag9]1 lo9 de t\te contra9te1 et dans la socit d'un homme vraim5t respectable1 fur5t au nombre des r>es beaux j\rs de ma vie4 ,cette exi/5ce rude et frugale me plaisait1 et puis je me s5tais un autre homme qu'en arrivant l'ermitage2 un travail utile1 un dvom5t s9cre1 m'avai5t retremp4 ,mon cur s'pan\issait1 comme une fleur aux brises du pr9temps4 ,je compr5ais l'am\r frat]nel sur un va/e plan2 le dvom5t p\r t\s les hommes1 la *>it1 l'abngation1 la vie de l'me en un mot4 ,je rem>quais bi5 quelque purilit dans les ides de mon compagnon r5du au calme de sa vie habituelle4 ,lorsque l'en?\siasme ne le s\t5ait plus1 il r$ev5ait capuc9 jusqu' un c]ta9 po9t2 mais je n'essayai pas de combattre ses scrupules1 et j'tais pntr de respect p\r la foi pure au creuset d'une telle v]tu4 ,lorsque l'ordre me v9t de ret\rn] au mona/re1 j'tais un peu malade2 la peur de me voir rapport] un g]me de contagion fit att5dre trs-patiemm5t mon ret\r4 ,je reu immdiatem5t une lic5ce p\r re/] dehors le temps ncessaire mon rtablissem5t2 temps qu'on ne limitait pas1 et dont je rsolus de faire le meilleur emploi possible4 ,jusque l une des pr9cipales ides qui m'avai5t emp* de rompre mon vu1 c'tait la cra9te du sc&ale3 non que j'eusse aucun s\ci p]sonnel de l'op9ion d'un monde avec lequel je ne dsirais tablir aucun rapport1 ni que je cons]vasse aucun respect p\r ces mo9es que je ne p\vais e/im]2 mais une rigidit naturelle1 un in/9ct pr(ond de la dignit du s]m5t1 et1 plus que t\t cela peut-tre1 un respect inv9cible p\r la mmoire d',hbronius1 m'avai5t ret5u4 ,ma9t5ant que le c\v5t me rejetait1 p\r a9si dire1 de son ence9te1 il me semblait que je p\vais l'ab&onn] sans faire un clat de mauvais exemple et sans viol] mes rsolutions4 ,j'exam9ai la vie que j'avais m5e dans le clotre et celle que j'y p\vais m5] encore4 ,je me dem&ai si elle p\vait produire ce qu'elle n'avait pas encore produit1 quelque *ose de gr& ou d'utile4 ,cette vie de bndict9 que ,spiridion avait pratique et rve sans d\te p\r ses successeurs1 tait dev5ue impossible4 ,les premi]s compagnons de la savante retraite de ,spiridion dur5t lui faire rv] les beaux j\rs du clotre et les gr&s travaux accomplis s\s ces votes antiques1 sanctuaire de l'rudition et de la p]svrance2 mais ,spiridion1 contempora9 des d]ni]s hommes rem>quables que le clotre ait produits1 m\rut p\rtant dgt de son uvre1 ce qu'on assure1 et dsillusionn sur l'av5ir de la vie mona/ique1 quant moi1 qui puis sans orgueil1 puisqu'il s'agit de pnibles travaux entrepris1 et non de glorieuses uvres accomplies1 dire que j'ai t le d]ni] des bndict9s en ce sicle1 je voyais bi5 que mme mon rle de paisible rudit n'tait plus t5able4 ,p\r des tudes calmes1 il faut un esprit calme2 et comm5t le mi5 et-il pu l'tre au se9 de la t\rm5te qui grondait sur l'humanit8 ,je voyais les socits prtes se diss\dre1 les trnes trembl] comme des roseaux que la vague va c\vrir1 les peuples se rveill] d'un long sommeil et m5ac] t\t ce qui les avait en*ans1 le bon et le mauvais confondus dans la mme lassitude du j\g1 dans la mme ha9e du pass4 ,je voyais le rideau du temple se f5dre du haut en bas comme l'heure de la rsurrection du crucifi dont ces peuples tai5t l'image1 et les turpitudes du sanctuaire allai5t tre mises nu devant l'il de la v5geance4 ,comm5t mon me et-elle pu tre indiffr5te aux appro*es de ce va/e d*irem5t qui allait s'opr]8 ,comm5t mon oreille et-elle pu tre s\rde au rugissem5t de la gr&e m] qui montait1 impati5te de bris] ses digues et de subm]g] les empires8 la veille des cata/rophes dont n\s s5tirons bi5tt l'effet1 les d]ni]s mo9es peuv5t bi5 a*ev] la hte de vid] leurs cuves1 et1 gorgs de v9 et de n\rriture1 s't5dre sur leur c\*e s\ille p\r y att5dre sans s\ci la mort au milieu des fumes de l'ivresse4 ,mais je ne suis pas de ceux-l2 je m'inquite de savoir comm5t et p\rquoi j'ai vcu1 p\rquoi et comm5t je dois m\rir4 ,ayant mrem5t exam9 quel usage je p\rrais faire de la lib]t que je m'arrogeais1 je ne vis1 hors des travaux de l'esprit1 ri5 qui me convnt en ce monde4 ,aux premi]s temps de mon dta*em5t du ca?olicisme1 j'avais t travaill sans d\te p> de va/es ambitions2 j'avais fait des projets gigantesques2 j'avais mdit la r=me de l'glise sur un plan plus va/e que celui de ,lu!r2 j'avais rv le dveloppem5t du prote/antisme4 ,c'e/ que1 comme ,lu!r1 j'tais *rti52 et1 conu dans le se9 de l'glise1 je ne p\vais imag9] une religion1 si mancipe qu'elle se ft1 qui ne ft d'abord eng5dre p> l'glise4 ,mais1 en cessant de croire au ,*ri/1 en dev5ant philosophe comme mon sicle1 je ne voyais plus le moy5 d'tre un novateur2 on avait t\t os4 ,en fait de lib]t de pr9cipes1 j'avais t aussi lo9 que les autres1 et je voyais bi5 que1 p\r lev] un avis n\veau au milieu de t\s ces de/ructeurs1 il et fallu avoir leur propos] un plan de rdification quelconque4 ,j'eusse pu faire quelque *ose p\r les sci5ces1 et je l'eusse d peut-tre2 mais1 outre que je n'avais nul s\ci de me faire un nom dans cette bran*e des connaissances huma9es1 je ne me s5tais vraim5t de dsirs et d'n]gie que p\r les que/ions philosophiques4 ,je n'avais tudi les sci5ces que p\r me guid] dans le labyr9! de la mtaphysique1 et p\r arriv] la connaissance de l'tre suprme4 ,ce b manqu1 je n'aimai plus ces tudes qui ne m'avai5t passionn qu'indirectem5t2 et la p]te de t\te croyance me p>aissait une *ose si tri/e pr\v] qu'il m'et p>u galem5t pnible de l'annonc] aux hommes4 ,qu'eut t1 d'ailleurs1 une voix de plus dans ce gr& conc]t de maldictions qui s'levait contre l'glise expirante8 ,il y aurait eu de la l*et lanc] la pi]re contre ce moribond1 dj aux prises avec la rvolution franaise qui comm5ait clat]1 et qui1 n'en d\te pas1 ,angel1 aura dans nos contres un ret5tissem5t plus =t et plus pro*a9 qu'on ne se plat ici le croire4 ,voil p\rquoi je t'ai conseill s\v5t de ne pas ds]t] le po/e o peut-tre d'honorables prils vi5dront bi5tt n\s *]*]4 ,quant moi1 si je ne suis plus mo9e p> l'esprit1 je le suis et le s]ai t\j\rs p> la robe4 ,c'e/ une condition sociale1 je ne dirai pas comme une autre1 mais c'en e/ une2 et plus elle e/ dconsidre1 plus il importe de s'y comport] en homme4 ,si n\s sommes appels vivre dans le monde1 sois sur que plus d'un reg>d d'ironie et de mpris vi5dra scrut] la cont5ance de ces tri/es oiseaux de nuit1 dont la race habite depuis qu9ze c5ts ans les tnbres et la p\ssire des vieux murs4 ,ceux qui se prs5t]ont alors au gr& j\r avec l'opprobre de la tonsure doiv5t lev] la tte plus haut que les autres2 c> la tonsure e/ ineffaable1 et les *eveux rep\ss5t en va9 sur le crne3 ri5 ne ca*e ce /igmate jadis vnr1 auj\rd'hui abhorr des peuples4 ,sans d\te1 ,angel1 n\s port]ons la pe9e des crimes que n\s n'avons pas commis1 et des vices que n\s n'avons pas connus4 ,que ceux qui auront mrit les supplices pr5n5t donc la fuite2 que ceux qui auront mrit des s\fflets se ca*5t donc le visage4 ,mais n\s1 n\s p\vons t5dre la j\e aux insultes et les ma9s la corde1 et port] en esprit et en vrit la croix du ,*ri/1 ce philosophe sublime que tu m'ent5ds r>em5t nomm]1 p>ce que son nom illu/re1 prononc sans cesse aut\r de moi p> tant de b\*es impures1 ne peut sortir de mes lvres qu' propos des *oses les plus srieuses de la vie et des s5tim5ts les plus pr(onds de l'me4 ,que p\vais-je donc faire de ma lib]t8 ri5 qui me satisft4 ,si je n'eusse c\t qu'une va9e avidit de bruit1 de *angem5t et de spectacles1 je s]ais c]ta9em5t p>ti p\r longtemps1 p\r t\j\rs peut-tre4 ,j'eusse explor des contres lo9ta9es1 trav]s les va/es m]s1 et visit les nations sauvages du globe4 ,je va9quis plus d'une vive t5tation de ce g5re4 ,tantt j'avais envie de me jo9dre quelque savant missionnaire1 et d'all] *]*]1 lo9 du bruit des nations n\velles1 le calme du pass *ez des peuples cons]vateurs religieux des lois et des croyances de l'antiquit4 ,la ,*9e1 l',inde surt\t1 m'(frai5t un va/e *amp de re*]*es et d'obs]vations4 ,mais j'pr\vai presque aussitt une rpugnance insurmontable p\r ce repos de la tombe auquel je ne risquais c]ta9em5t pas d'*app]1 et que j'allais1 t\t vivant1 me mettre s\s les yeux4 ,je ne v\lus po9t voir des peuples morts intellectuellem5t1 atta*s comme des animaux /upides au j\g faonn p> l'intellig5ce de leurs aeux1 et m>*ant t\t d'une pice comme des momies dans leur suaire d'hiroglyphes4 ,quelque viol5t1 quelque t]rible1 quelque sanglant que pt tre le dnom5t du drame qui se prp>ait aut\r de moi1 c'tait l'hi/oire1 c'tait le m\vem5t t]nel des *oses1 c'tait l'action fatale ou provid5tielle du de/91 c'tait la vie1 en un mot1 qui b\illonnait s\s mes pi$s comme la lave4 ,j'aimai mieux tre emport p> elle comme un br9 d'h]be que d'all] *]*] les ve/iges d'une vgtation ptrifie sur des c5dres jamais refroidies4 ,en mme temps que mes ides prir5t ce c\rs1 une autre t5tation v9t m'assaillir3 ce fut d'all] prcism5t me jet] au milieu du m\vem5t des *oses1 et de quitt] cette t]re o le rveil ne se faisait pas s5tir encore1 p\r voir l'orage clat]4 ,oubliant alors que j'tais mo9e et que j'avais rsolu de re/] mo9e1 je me s5tais homme1 et un homme ple9 d'n]gie et de passions2 je songeais alors ce que peut tre la vie d'action1 et1 lass de la rflexion1 je me s5tais emport1 comme un jeune coli] 7je devrais plutt dire comme un jeune animal71 p> le beso9 de remu] et de dp5s] mes =ces4 ,ma vanit me b]ait alors de m5teuses promesses4 ,elle me disait que l un rle utile m'att5dait peut-tre1 que les ides philosophiques avai5t accompli leur t*e1 que le mom5t d'appliqu] ces ides tait v5u1 qu'il s'agissait dsormais d'avoir de gr&s s5tim5ts1 que les c>actres allai5t tre mis l'preuve1 et que les gr&s curs s]ai5t aussi ncessaires qu'ils s]ai5t r>es4 ,je me trompais4 ,les gr&es poques eng5dr5t les gr&s hommes2 et1 rciproquem5t1 les gr&es actions naiss5t les unes des autres4 ,la rvolution franaise1 tant calomnie tes oreilles p> t\s ces imbciles qu'elle p\vante et t\s ces caf>ds qu'elle m5ace1 enfante t\s les j\rs1 sans que tu l'en d\tes1 ,angel1 des phalanges de hros1 dont les noms n'arriv5t ici qu'accompagns de maldictions1 mais dont tu *]*]as un j\r avidem5t la trace dans l'hi/oire contempora9e4 ,quant moi1 je quitt]ai ce monde sans savoir clairem5t le mot de la gr&e nigme rvolutionnaire1 devant laquelle vi5n5t se bris] tant d'orgueils troits ou d'intellig5ces tmraires4 ,je ne suis pas n p\r savoir4 ,j'aurai pass dans cette vie comme sur une ponte rapide conduisant des abmes o je s]ai lanc sans avoir le temps de reg>d] aut\r de moi1 et sans avoir s]vi autre *ose qu' m>qu] p> mes s\ffrances une heure d'att5te au cadran de l't]nit4 ,p\rtant1 comme je vois les hommes du prs5t se faire de plus gr&s maux encore en vue de l'av5ir que n\s ne n\s en sommes fait en vue du pass1 je me dis que t\t ce mal doit am5] de gr&s bi5s2 c> auj\rd'hui je crois qu'il y a une action provid5tielle1 et que l'humanit obx in/9ctivem5t et sympa?iquem5t aux gr&s et pr(onds desse9s de la p5se div9e4 ,j'tais aux prises avec ce n\vel lan d'ambition1 d]ni] clair d'une jeunesse de cur mal t\ffe1 et prolonge p> cela mme au del des temps m>qus p\r la c&eur et l'inexpri5ce4 ,la rvolution amrica9e m'avait t5t vivem5t1 celle de ,france me t5tait plus encore4 ,un navire faisant voile p\r la ,france fut jet sur nos ctes p> des v5ts contraires4 ,quelques passag]s v9r5t visit] l'ermitage et s'y repos]1 t&is que le navire se prp>ait repr5dre sa r\te4 ,c'tai5t les p]sonnes di/+ues2 du mo9s elles me p>ur5t telles1 moi qui pr\vais un si gr& beso9 d'ent5dre p>l] avec lib]t des vnem5ts politiques et du m\vem5t philosophique qui les produisait4 ,ces hommes tai5t ple9s de foi dans l'av5ir1 ple9s de confiance en eux-mmes4 ,ils ne s'ent5dai5t pas beauc\p entre eux sur les moy5s2 mais il tait ais de voir que t\s les moy5s leur sembl]ai5t bons dans le dang]4 ,cette manire d'envisag] les que/ions les plus dlicates de l'quit sociale me plaisait et m'effrayait en mme temps2 t\t ce qui tait c\rage et dvom5t veillait des *os endormis dans mon se94 ,p\rtant les ides de viol5ce et de de/ruction aveugle tr\blai5t mes s5tim5ts de ju/ice et mes habitudes de pati5ce4 ,p>mi ces g5s-l il y avait un jeune ,corse dont les traits au/res et le reg>d pr(ond ne sont jamais sortis de ma mmoire4 ,son attitude nglige1 jo9te une gr&e rs]ve1 ses p>oles n]giques et concises1 ses yeux clairs et pntrants1 son pr(il roma91 une c]ta9e gau*]ie gracieuse qui semblait une mfiance de lui-mme prte se *ang] en audace emporte au mo9dre dfi1 t\t me frappa dans ce jeune homme2 et1 quoiqu'il affectt de mpris] t\tes les *oses prs5tes et de n'e/im] qu'un c]ta9 idal d'au/rit sp>tiate1 je crus dev9] qu'il brlait de s'lanc] dans la vie1 je crus press5tir qu'il y f]ait des *oses clatantes4 ,j'ignore si je me suis tromp4 ,peut-tre n'a-t-il pu p]c] encore1 peut-tre son nom e/-il un de ceux qui rempliss5t auj\rd'hui le monde1 ou peut-tre encore e/-il tomb sur un *amp de bataille1 tran* comme un jeune pi avant le temps de la moisson4 ,s'il vit et s'il prospre1 fasse le ciel que sa puissante n]gie ait s]vi le dveloppem5t de ses pr9cipes rigides1 et non celui des passions ambitieuses6 ,il rem>qua peu le vieux ermite1 et1 quoique j'en fusse bi5 mo9s digne1 il conc5tra t\te son att5tion sur moi1 durant le peu d'heures que n\s passmes m>*] de long en l>ge sur la t]rasse de ro*]s qui ent\re l'ermitage4 ,sa dm>*e tait saccade1 t\j\rs rapide1 *aque in/ant brise brusquem5t1 comme le m\vem5t de la m] qu'il s'arrtait p\r c\t] avec admiration2 c> il avait le s5tim5t de la posie ml un degr extraord9aire celui de la ralit4 ,sa p5se semblait embrass] le ciel et la t]re2 mais elle tait sur la t]re plus qu'au ciel1 et les *oses div9es ne lui semblai5t que des in/itutions protectrices des gr&es de/9es huma9es4 ,son ,dieu tait la volont1 la puissance son idal1 la =ce son lm5t de vie4 ,je me rappelle assez di/9ctem5t l'lan d'en?\siasme qui le saisit lorsque j'essayai de connatre ses ides religieuses4 ,oh6 s'cria-t-il vivem5t1 je ne connais que ,jhovah1 p>ce que c'e/ le ,dieu de la =ce4 ,oh6 oui1 la =ce6 c'e/ l le devoir1 c'e/ l la rvlation du ,s9a1 c'e/ l le secret des prophtes6 ,l'apptition de la =ce1 c'e/ le beso9 de dveloppem5t que la ncessit inflige t\s les tres4 ,*aque *ose veut tre p>ce qu'elle doit tre4 ,ce qui n'a pas la =ce de v\loir e/ de/9 prir1 depuis l'homme sans cur jusqu'au br9 d'h]be priv des sucs n\rrici]s4 mon pre6 toi qui tudies les secrets de la nature1 incl9e-toi devant la =ce6 ,vois dans t\t quelle pret d'envahissem5t1 quelle op9itret de rsi/ance6 comme le li*5 *]*e dvor] la pi]re6 comme le li]re tre9t les arbres1 et1 impuissant p]c] leur corce1 se r\le l'ent\r comme un aspic en fureur6 ,vois le l\p gratt] la t]re et l'ours creus] la neige avant de s'y c\*]4 ,hlas6 comm5t les hommes ne se f]ai5t-ils pas la gu]re1 nation contre nation1 individu contre individu8 comm5t la socit ne s]ait-elle pas un conflit p]ptuel de volonts et de beso9s contraires1 lorsque t\t e/ travail dans la nature1 lorsque les lots de la m] se s\lv5t les uns contre les autres1 lorsque l'aigle d*ire le livre et l'hirondelle le v]misseau1 lorsque la gele f5d les blocs de m>bre1 et que la neige rsi/e au soleil8 ,lve la tte2 vois ces masses granitiques qui se dress5t sur n\s comme des gants1 et qui1 depuis des sicles1 s\ti5n5t les assauts des v5ts d*ans6 ,que veul5t ces dieux de pi]re qui lass5t l'hale9e d'ole8 p\rquoi la rsi/ance d',atlas s\s le f>deau de la matire8 p\rquoi les t]ribles travaux du cyclope aux entrailles du gant1 et les laves qui jailliss5t de sa b\*e8 ,c'e/ que *aque *ose veut avoir sa place et remplir l'espace autant que sa puissance d'ext5sion le comporte2 c'e/ que1 p\r dta*] une p>celle de ces granits1 il faut l'action d'une =ce extrieure =midable2 c'e/ que *aque tre et *aque *ose porte en soi les lm5ts de la production et de la de/ruction2 c'e/ que la cration entire (fre le spectacle d'un gr& combat1 o l'ordre et la dure ne repos5t que sur la lutte incessante et univ]selle4 ,travaillons donc1 cratures mortelles1 travaillons notre propre exi/5ce6 homme6 travaille refaire ta socit1 si elle e/ mauvaise2 en cela tu imit]as le ca/or indu/rieux qui btit sa maison4 ,travaille la ma9t5ir1 si elle e/ bonne2 en cela tu s]as semblable au rcif qui se df5d contre les flots rongeurs4 ,si tu l'ab&onnes1 si tu laisses la *imre du has>d le so9 de ton av5ir1 si tu subis l'oppression1 si tu ngliges l'uvre de la dlivrance1 tu m\rras dans le ds]t comme la race incrdule d',isral4 ,si tu t'endors dans la l*et1 si tu s\ffres les maux que l'habitude t'a r5dus famili]s1 af9 d'vit] ceux que tu crois loigns2 si tu endures la soif p> mfiance de l'eau du ro*] et de la v]ge du prophte1 tu mrites que le ciel t'ab&onne et que la m] r\le sur toi ses flots indiffr5ts4 ,oui1 oui1 le plus gr& crime que l'homme puisse commettre1 la plus gr&e impit dont il puisse s\ill] sa vie1 c'e/ la p>esse et l'indiffr5ce4 ,ceux qui ont appliqu la sa9te p>ole de rsignation cette s\mission c\>de et non*alante1 ceux qui ont fait un mrite aux hommes de subir l'insol5ce et le despotisme d'autres hommes2 ceux-l1 dis-je1 ont p*2 ce sont de faux prophtes1 et ils ont g> la race huma9e dans des voies de maldictions6 ,c'e/ a9si qu'il p>lait t&is que la brise de m] s\fflait dans ses longs *eveux noirs4 ,je n'essaie pas ici de te r5dre la =ce et la concision de sa p>ole1 je ne saurais y atte9dre2 le s\v5ir de ses ides m'e/ seul re/1 et sa figure a t longtemps devant mes yeux aprs son d"p4 ,je l'accompagnai sur la b>que qui le reconduisait bord du navire4 ,il me s]ra la ma9 avec =ce en me quittant1 et ses d]nires p>oles fur5t3 --,eh bi51 v\s ne v\lez pas n\s suivre8 ,mon cur tressaillit en cet in/ant1 comme s'il et v\lu s'*app] de ma poitr9e2 je s5tis p\r ce jeune homme un lan de sympa?ie extraord9aire1 comme si son n]gie avait en moi un reflet ignor4 ,mais1 en mme temps1 cette face inconnue de son tre qui *appait ma pntration me glaa de cra9te1 et je laissai retomb] sa ma9 blan*e et froide comme le m>bre4 ,longtemps je le suivis des yeux1 du haut des ro*]s1 d'o je l'ap]cevais deb\t sur le tillac1 une longue-vue la ma91 obs]vant les rcifs de la cte3 dj il ne songeait plus moi4 ,qu& la voile eut disp>u l'horizon1 je regrettai de ne pas lui avoir dem& son nom4 ,je n'y avais pas song4 ,qu& je me retr\vai seul sur le rivage1 il me sembla que la d]nire lueur de vie v5ait de s'te9dre en moi et que je r5trais dans la nuit t]nelle4 ,mon cur se s]ra troitem5t2 et1 quoique le soleil ft ard5t sur ma tte1 je me tr\vai t\t c\p comme environn de tnbres4 ,alors les p>oles de mon rve me rev9r5t la mmoire1 et je les prononai t\t haut dans une sorte de dsespoir3 ,que ce qui app>ti5t la tombe soit r5du la tombe4 ,je passai le re/e de cette j\rne dans une gr&e agitation4 ,tant que ces voyageurs m'avai5t enc\rag les suivre1 je m'tais s5ti plus =t que leurs sugge/ions2 ma9t5ant qu'il n'tait plus temps de me ravis]1 je n'tais pas sr que mon refus ne ft pas bi5 plutt un trait de l*et qu'un acte de sagesse4 ,j'tais abattu1 inc]ta92 je jetais des reg>ds sombres aut\r de moi2 ma robe noire me semblait une *ape de plomb2 j'tais accabl de moi-mme4 ,je me tranai jusqu' mon lit de joncs1 et je m'endormis en =mant le s\hait de ne plus me rveill]4 ,je revis en rve l'abb ,spiridion1 p\r la premire fois depuis d\ze ans4 ,il me sembla qu'il entrait dans la cellule1 qu'il passait auprs de l'ermite sans l'veill]1 et qu'il v5ait s'asseoir familirem5t prs de moi4 ,je ne le voyais pas di/9ctem5t1 et p\rtant je le reconnaissais2 j'tais assur qu'il tait l1 qu'il me p>lait1 et je lui retr\vais le mme son de voix qu'il avait eu dans mes rves prcd5ts1 malgr le temps qui s'tait c\l depuis le d]ni]4 ,il me p>la longuem5t1 vivem5t1 et je m'veillai =t mu2 mais il me fut impossible de me rappel] un mot de ce qu'il m'avait dit4 ,p\rtant j'tais s\s l'impression de ses remontrances1 et t\t le j\r je me tr\vai languissant et rveur comme un enfant repris d'une faute dont il ne connat pas la gravit4 ,je me prom5ai p\rsuivi de l'ide de ,spiridion1 et ne songeant d'ailleurs plus la *ass]2 elle ne me causait plus d'effroi1 quoiqu'elle se lit t\j\rs dans ma p5se une p5se d'alination m5tale2 il m'importait assez peu dsormais de p]dre la raison1 p\rvu que ma folie ft d\ce2 et1 comme je me s5tais port la mlancolie1 je prfrais de beauc\p cet tat la lucidit du dsespoir4 ,la nuit suivante1 je reu la mme visite1 je fis le mme songe1 et le surl5dema9 aussi4 ,je comm5ai ne plus me dem&] si c'tait l une de ces ides fixes qui s'emp>5t des c]veaux tr\bls1 ou s'il y avait vritablem5t un comm]ce possible entre l'me des vivants et celle des morts4 ,j'avais1 s9on l'esprit1 du mo9s le cur assez tranquille2 c>1 depuis un c]ta9 temps1 je m'appliquais srieusem5t la pratique du bi54 ,j'avais quitt le dsir de me r5dre plus clair et plus habile1 p\r celui de me r5dre plus pur et plus ju/e4 ,je me laissais donc all] au de/94 ,mon d]ni] sacrifice1 quoiqu'il m'et bi5 cot1 tait consomm3 j'avais fait p\r le mieux4 ,j'ignorais si cette ombre assidue me visit] tait mcont5te de mon regret2 mais je n'avais plus peur d'elle1 je me s5tais assez =t p\r ne pas me s\ci] des morts1 moi qui avais pu rompre1 t\t jamais1 avec les vivants4 ,le quatrime j\r1 l'ordre =mel me v9t du haut cl]g de ret\rn] mon c\v5t4 ,l'vque de la prov9ce avait dj ent5du p>l] de ma confr5ce avec des voyageurs dont le rapide passage avait *app au contrle de sa police4 ,on craignait que je n'eusse quelques rapports secrets avec des moteurs d'insurrection1 ou des trang]s imbus de mauvais pr9cipes2 on m'enjoignait de r5tr] sur l'heure au mona/re4 ,je cdai cette injonction avec la plus complte indiffr5ce4 ,le regret du bon ermite me t\*a cep5dant1 quoique son respect p\r les ordres suprieurs l'et emp* d'lev] aucune objection contre mon d"p1 ni de laiss] voir aucun mcont5tem5t4 ,au mom5t de me voir disp>atre p>mi les arbres1 il me rappela1 se jeta dans mes bras1 et s'en arra*a t\t en pleurs p\r se prcipit] dans son oratoire4 ,alors je c\rus aprs lui mon t\r1 et1 p\r la premire fois depuis bi5 des annes1 m'ag5\illant devant un homme et devant un prtre1 je lui dem&ai sa bndiction4 ,ce fut un t]nel adieu2 il m\rut l'hiv] suivant1 dans sa quatre-v+t-dixime anne2 c'tait un homme trop obscur p\r que l'on songet ,rome le canonis]4 ,p\rtant jamais *rti5 ne mrita mieux le patriciat cle/e4 ,les paysans de la contre se p>tagr5t sa robe de bure1 et en port5t encore de petits morceaux comme des reliques4 ,les b&its des montagnes1 p\r lesquels sa porte n'avait jamais t f]me1 payr5t un magnifique s]vice funbre l'glise de sa p>oisse p\r faire honneur sa mmoire4 ,je le quittai v]s midi1 et pr5ant le plus long *em9 p\r ret\rn] au c\v5t1 je suivis les grves de la m] jusqu' la pla9e1 faisant p\r la d]nire fois de ma vie l'cole buissonnire avec des paules c\rbes p> l'ge et un cur u p> la tri/esse4 ,la j\rne tait *aude1 c> dj le pr9temps s'pan\issait au flanc des ro*]s4 ,le *em9 que je suivais n'tait pas trac2 la m] seule l'avait creus la base des montagnes4 ,mille asprits du roc semblai5t encore disput] la rive l'action envahissante des flots4 ,au b\t de deux heures de m>*e sur ces grves ard5tes1 je m'assis1 puis de fatigue1 sur un bloc de granit noir au milieu de l'cume blan*e des vagues4 ,c'tait un endroit sauvage1 et la m] le remplissait d'h>monies lugubres4 ,une vieille t\r ru9e1 asile des ptrels ci des gl&s1 semblait prte cr\l] sur ma tte4 ,ronges p> l'air sal91 ses pi]res avai5t pris le gra9 et la c\leur des ro*]s vois9s1 et l'il ne p\vait plus di/+u] en beauc\p d'endroits o f9issait le travail de la nature et o comm5ait celui de l'homme4 ,je me comp>ai cette ru9e ab&onne que les orages emportai5t pi]re pi]re1 et je me dem&ai si l'homme tait =c d'att5dre a9si sa de/ruction du temps et du has>d2 si1 aprs avoir accompli sa t*e ou consomm son sacrifice1 il n'avait pas droit de ht] le repos de la tombe2 et des p5ses de suicide s'agitr5t dans mon c]veau4 ,alors je me levai1 et me mis m>*] sur le bord du ro*]1 si rapidem5t et si prs de l'abme1 que j'ignore comm5t je n'y tombai pas4 ,mais en cet in/ant j'ent5dis d]rire moi comme le bruit d'un vtem5t qui froissait la m\sse et les br\ssailles4 ,je me ret\rnai sans voir p]sonne et repris ma c\rse4 ,mais p> trois fois des pas se fir5t ent5dre d]rire les mi5s1 et1 la troisime fois1 une ma9 froide comme la glace se posa sur ma tte brlante4 ,je reconnus alors l',esprit1 et1 saisi de cra9te1 je m'arrtai en disant3 --,manife/e ta volont1 et je suis toi4 ,mais que ce soit la volont pat]nelle d'un ami et non la fantaisie d'un spectre capricieux2 c> je puis *app] t\t et toi-mme p> la mort4 ,je ne reu po9t de rponse1 et je cessai de s5tir la ma9 qui m'avait arrt2 mais1 en *]*ant des yeux1 je vis devant moi1 quelque di/ance1 l'abb ,spiridion dans son anci5 co/ume1 tel qu'il m'tait app>u au lit de mort de ,fulg5ce4 ,il m>*ait rapidem5t sur la m]1 en suivant la longue trane de feu que le soleil y projette1 qu& il eut atte9t l'horizon1 il se ret\rna1 et me p>ut t9celant comme un a/re2 d'une ma9 il me montrait le ciel1 de l'autre le *em9 du mona/re4 ,puis t\t c\p il disp>ut1 et je repris ma r\te1 transport de joie1 rempli d'en?\siasme4 ,que m'importait d'tre f\8 j'avais eu une vision sublime4 --,pre ,alexis1 dis-je en int]rompant le n>rateur1 v\s etes sans d\te quelque pe9e repr5dre les habitudes de la vie mona/ique8 --,sans d\te1 rpondit-il1 la vie cnobitique tait plus con=me mes gts que celle du clotre2 p\rtant j'y songeai peu4 ,une va9e re*]*e du bonheur ici-bas n'tait pas le b de mes travaux2 un puril beso9 de bonheur et de bi5-tre n'tait pas l'objet de mes dsirs2 je n'avais eu qu'un dsir dans ma vie1 c'tait d'arriv] l'esprance1 s9on la foi religieuse4 ,p\rvu qu'en dveloppant les puissances de mon me j'eusse pu p>v5ir en tir] le meilleur p>ti possible p\r la vrit1 la sagesse ou la v]tu1 je me s]ais reg>d comme heureux1 autant qu'il e/ donn l'homme de l'tre en ce monde2 mais hlas6 le d\te cet g>d v9t encore m'assaillir1 aprs le d]ni]1 l'imm5se sacrifice que j'avais consomm4 ,j'tais1 il e/ vrai1 plus prs de la v]tu que je ne l'avais t en sortant de ma retraite4 ,fatigu de cultiv] le *amp /rile de la pure intellig5ce1 ou1 p\r mieux dire1 compr5ant mieux l't5due de ce va/e doma9e de l'me1 qu'une fausse philosophie avait v\lu re/re9dre aux froides spculations de la mtaphysique1 je s5tais la vanit de t\t ce qui m'avait sduit1 et la ncessit d'une sagesse qui me r5dit meilleur4 ,avec l'ex]cice du dv\em5t1 j'avais retr\v le s5tim5t de la *>it2 avec l'amiti1 j'avais compris la t5dresse du cur2 avec la posie et les arts1 je retr\vais l'in/9ct de la vie t]nelle2 avec la cle/e app>ition du bon gnie ,spiridion1 je retr\vais la foi et l'en?\siasme2 mais il me re/ait quelque *ose faire1 je le savais bi51 c'tait d'accomplir un devoir4 ,ce que j'avais fait p\r s\lag] aut\r de moi quelques maux physiques n'tait qu'une obligation passagre dont je ne p\vais me faire un mrite1 et dont la ,provid5ce m'avait rcomp5s au c5tuple en me donnant deux amis sublimes3 l'ermite sur la t]re1 ,hbronius dans le ciel4 ,mais1 r5tr dans le c\v5t1 j'avais sans d\te une mission quelconque remplir1 et la gr&e difficult consi/ait savoir laquelle4 ,il me v5ait donc encore l'esprit de me mfi] de ce qu'en d'autres temps j'eusse appel les visions d'un c]veau encl9 au m]veilleux1 et de me dem&] quoi un mo9e p\vait tre bon au fond de son mona/re dans le sicle o n\s vivons1 aprs que les travaux accomplis p> les gr&s rudits mona/iques des sicles passs ont port leurs fruits1 et lorsqu'il n'exi/e plus dans les c\v5ts de trsors enf\is exhum] p\r l'ducation du g5re huma92 lorsque1 surt\t1 la vie mona/ique a cess de pr\v] et de mrit] p\r une religion qui1 elle-mme1 ne pr\ve et ne mrite plus p\r les gnrations contempora9es4 ,que faire donc p\r le prs5t qu& on e/ li p> le pass8 ,comm5t m>*] et faire m>*] les autres qu& on e/ g>rott un poteau8 ,ceci e/ une gr&e "q1 ceci e/ la vritable gr&e "q de ma vie4 ,c'e/ la rs\dre que j'ai consum mes d]nires annes1 et il faut bi5 que je te l'av\e1 mon pauvre ,angel1 je ne l'ai po9t rsolue4 ,t\t ce que j'ai pu faire1 c'e/ de me rsign]1 aprs avoir reconnu d\l\reusem5t que je ne p\vais plus ri54 mon enfant6 je n'ai ri5 fait jusqu'ici p\r dtruire en toi la foi ca?olique4 ,je ne suis po9t p>tisan des ducations trop rapides4 ,lorsqu'il s'agit de ru9] des convictions acquises1 et qu'on n'a pu =mul] l'inconnu d'une ide n\velle1 il ne faut pas trop se ht] de lanc] une jeune tte dans les abmes du d\te4 ,le d\te e/ un mal ncessaire4 ,on peut dire qu'il e/ un gr& bi51 et que1 subi avec d\leur1 avec humilit1 avec l'impati5ce et le dsir d'arriv] la foi1 il e/ un des plus gr&s mrites qu'une me s9cre puisse (frir ,dieu4 ,oui1 c]tes1 si l'homme qui s'endort dans l'indiffr5ce de la vrit e/ vil1 si celui qui s'enorgueillit dans une ngation cynique e/ ins5s ou p]v]s1 l'homme qui pleure sur son ignorance e/ respectable1 et celui qui travaille ardemm5t en sortir e/ dj gr&1 mme lorsqu'il n'a encore ri5 recueilli de son travail4 ,mais il faut une me =te ou une raison dj mre p\r trav]s] cette m] tumultueuse du d\te1 sans y tre engl\ti4 ,bi5 des jeunes esprits s'y sont risqus1 et1 privs de b\ssole1 s'y sont p]dus jamais1 ou se sont laiss dvor] p> les mon/res de l'abme1 p> les passions que n'en*anait plus aucun fre94 la veille de te quitt]1 je te laisse aux ma9s de la ,provid5ce4 ,elle prp>e ta dlivrance matrielle et morale4 ,la lumire du sicle1 cette gr&e cl>t de dsabusem5t qui se projette si brillante sur le pass1 mais qui a si peu de rayons p\r l'av5ir1 vi5dra te *]*] au fond de ces r\tes tnbreuses4 ,vois-la sans plir1 et p\rtant g>de-toi d'en tre trop enivr4 ,les hommes ne rebtiss5t pas du j\r au l5dema9 ce qu'ils ont abattu dans une heure de lassitude ou d'indignation4 ,sois sur que la demeure qu'ils t'(friront ne s]a po9t faite ta taille4 ,fais-toi donc toi-mme ta demeure1 af9 d'tre l'abri au j\r de l'orage4 ,je n'ai pas d'autre enseignem5t te donn] que celui de ma vie4 ,j'aurais v\lu te le donn] un peu plus t>d2 mais le temps presse1 les vnem5ts s'accompliss5t rapidem5t4 ,je vais m\rir1 et1 si j'ai acquis1 au prix de tr5te annes de s\ffrances1 quelque notions pures1 je veux te les lgu]3 fais-en l'usage que ta consci5ce t'enseign]a4 ,je te l'ai dit1 et ne sois po9t tonn du calme avec lequel je te le rpte1 ma vie a t un long combat entre la foi et le dsespoir2 elle va s'a*ev] dans la tri/esse et la rsignation1 quant ce qui conc]ne cette vie elle-mme4 ,mais mon me e/ ple9e d'esprance en l'av5ir t]nel4 ,si p>fois encore tu me vois en proie de gr&s combats1 lo9 d'en tre sc&alis1 sois-en difi4 ,vois combi5 le dsespoir e/ impossible la raison et la consci5ce huma9e1 puisque ayant puis t\s les sophismes de l'orgueil1 t\s les argum5ts de l'incrdulit1 t\tes les langueurs du dc\ragem5t1 t\tes les angoisses de la cra9te1 l'espoir triomphe en moi aux appro*es de la mort4 ,l'espoir1 mon fils1 c'e/ la foi de ce sicle4 ,mais repr5ons notre rcit4 ,j'tais r5tr au c\v5t dans un tat d'exaltation4 pe9e eus-je fran*i la grille1 qu'il me sembla s5tir tomb] sur mes paules le poids norme de ces votes glaces s\s lesquelles je v5ais une seconde fois m'ensevelir4 ,qu& la porte se ref]ma d]rire moi avec un bruit =midable1 mille *os lugubres1 rveills comme en sursaut1 m'accueillir5t d'un conc]t funbre4 ,alors je fus p\vant1 et1 dans un m\vem5t d'effroi impossible dcrire1 je ret\rnai sur mes pas et j'allai t\*] cette porte fatale4 ,si elle et t entr'ouv]te1 je p5se que c'en tait fait1 et que je pr5ais la fuite p\r jamais4 ,le porti] me dem&a si j'avais oubli quelque *ose4 ,illu/ration --,oui1 lui rpondis-je avec g>em5t1 j'ai oubli de vivre4 ,j'esprais que la vue de mon j>d9 me consol]ait1 et1 au lieu d'all] t\t de suite faire acte de prs5ce et de s\mission *ez le ,prieur1 je c\rus v]s mon p>t]re4 ,je n'en tr\vai plus la mo9dre trace3 le potag] avait t\t envahi2 mes b]ceaux avai5t disp>u1 mes belles plantes avai5t t arra*es2 les palmi]s seuls avai5t t respects3 ils p5*ai5t leurs fronts altrs dans une attitude morne1 comme p\r *]*] sur le sol fra*em5t remu les gazons et les fleurs qu'ils avai5t c\tume d'abrit]4 ,je ret\rnai m'a cellule2 elle tait dans le mme tat qu'au j\r de mon d"p2 mais elle ne me rappelait que des s\v5irs pnibles4 ,j'allai *ez le ,prieur2 mes traits tai5t b\lev]ss3 au premi] c\p d'il qu'il jeta sur moi1 il s'en ap]ut et je lus sur son visage la joie d'un triomphe insultant4 ,alors le mpris me r5dit t\te mon n]gie1 et1 bi5 que notre entreti5 r\lt en app>5ce sur des *oses gnrales1 je lui fis s5tir en peu de mots que je ne me mpr5ais pas sur la di/ance qui sp>ait un homme comme lui1 v\ la rgle p> de vulgaires intrts1 et un homme comme moi r5du l'esclavage p> un acte hroque de la volont4 ,p5dant quelques j\rs je fus en butte une l*e et malveillante curiosit4 ,on ne p\vait croire que la peur seule de la discipl9e ecclsia/ique ne m'et pas ram5 au c\v5t1 et on se rj\issait l'ide de ma s\ffrance4 ,je ne leur donnai pas la satisfaction de surpr5dre un s\pir dans ma poitr9e ou un murmure sur mes lvres4 ,je me montrai impassible2 mais il m'en cota beauc\p4 ,l'clair d'en?\siasme que m'avait apport ma vision magnifique au bord de la m]1 se dissipa promptem5t1 c> elle ne se r5\vela pas1 comme je m'en tais flatt2 et1 de n\veau r5du la lutte des tri/es ralits1 j'eus le loisir de me considr] encore une fois comme un tre raisonnable condamn subir une ab]ration passagre1 et s'en r5dre compte froidem5t le re/e de sa vie4 ,dans un autre sicle1 ces visions euss5t pu faire de moi un sa9t2 mais dans celui-ci1 rduit les ca*] comme une faiblesse ou une maladie1 je n'y voyais qu'un sujet de rflexions humiliantes sur la pauvret biz>re de l'esprit huma94 ,cep5dant1 =ce de song] ces *oses1 j'arrivai me dire que la nature de l'me tant un pr(ond my/re1 les facults de l'me tai5t elles-mmes pr(ondm5t my/rieuses2 c>1 de deux *oses l'une3 ou mon esprit avait p> mom5ts la puissance de ranim] fictivem5t ce que la mort avait replong dans le pass1 ou ce que la mort a frapp avait la puissance de se ranim] p\r se communiqu] moi4 ,or1 qui p\rrait ni] cette d\ble puissance dans le doma9e des ides8 ,qui a jamais song s'en tonn]8 ,t\s les *efs-d'uvre de la sci5ce et de l'art qui n\s meuv5t jusqu' faire palpit] nos curs et c\l] nos l>mes1 sont-ce des monum5ts qui c\vr5t des morts8 ,la trace d'une gr&e de/9e e/-elle efface p> la mort8 ,n'e/-elle pas plus brillante encore au trav]s des sicles c\ls8 ,e/-elle dans l'esprit et dans le cur des gnrations l'tat d'un simple s\v5ir8 ,non1 elle e/ vivante1 elle remplit jamais la po/rit de sa *aleur et de sa lumire4 ,platon et le ,*ri/ ne sont-ils pas t\j\rs prs5ts et deb\t au milieu de n\s8 ,ils p5s5t1 ils s5t5t p> des millions d'mes2 ils p>l5t1 ils agiss5t p> des millions de corps4 ,d'ailleurs1 qu'e/-ce que le s\v5ir lui-mme8 ,n'e/-ce pas une rsurrection sublime des hommes et des vnem5ts qui ont mrit d'*app] la mort de l'oubli8 ,et cette rsurrection n'e/-elle pas le fait de la puissance du pass qui vi5t tr\v] le prs5t1 et de celle du prs5t qui s'en va *]*] le pass8 ,la philosophie matriali/e a pu prononc] que1 t\te puissance tant brise jamais p> la mort1 les morts n'avai5t pas d'autre =ce p>mi n\s que celle qu'il n\s plaisait de leur re/itu] p> la sympa?ie ou l'esprit d'imitation4 ,mais des ides plus avances doiv5t re/itu] aux hommes illu/res une immortalit plus complte1 et r5dre solidaires l'une de l'autre cette puissance des morts et cette puissance des vivants qui =m5t un inv9cible li5 trav]s les gnrations4 ,les philosophes ont t trop avides de nant1 lorsque1 n\s f]mant l'entre du ciel1 ils n\s ont refus l'immortalit sur la t]re4 ,illu/ration ,l1 p\rtant1 elle exi/e d'une manire si frappante qu'on e/ t5t de croire que les morts r5aiss5t dans les vivants2 et1 p\r mon compte1 je crois un eng5drem5t p]ptuel des mes1 qui n'obx pas aux lois de la matire1 aux li5s du sang1 mais des lois my/rieuses1 des li5s invisibles4 ,quelquefois je me suis dem& si je n'tais pas ,hbronius lui-mme1 modifi dans une exi/5ce n\velle p> les diffr5ces d'un sicle po/rieur au si54 ,mais1 comme cette p5se tait trop orgueilleuse p\r tre compltem5t vraie1 je me suis dit qu'il p\vait tre moi sans avoir cess d'tre lui1 de mme que1 dans l'ordre physique1 un homme1 en reproduisant la /ature1 les traits et les p5*ants de ses anctres1 les fait revivre dans sa p]sonne1 t\t en ayant une exi/5ce propre lui-mme qui modifie l'exi/5ce transmise p> eux4 ,et ceci me conduisit croire qu'il e/ p\r n\s deux immortalits1 t\tes deux matrielles et immatrielles3 l'une1 qui e/ de ce monde et qui transmet nos ides et nos s5tim5ts l'humanit p> nos uvres et nos travaux2 l'autre qui s'enregi/re dans un monde meilleur p> nos mrites et nos s\ffrances1 et qui cons]ve une puissance provid5tielle sur les hommes et les *oses de ce monde4 ,c'e/ a9si que je p\vais admettre sans prsomption que ,spiridion vivait en moi p> le s5tim5t du devoir et l'am\r de la vrit qui avai5t rempli sa vie1 et au-dessus de moi p> une sorte de div9it qui tait la rcomp5se et le ddommagem5t de ses pe9es en cette vie4 ,abm dans ces p5ses1 j'oubliai ins5siblem5t ce monde extrieur1 dont le bruit1 un in/ant mont jusqu' moi1 m'avait tant agit4 ,les in/9cts tumultueux qu'une heure d'entranem5t avait veills en moi s'apaisr5t2 et je me dis que les uns tai5t appels amlior] la =me sociale p> d'clatantes actions1 t&is que les autres tai5t rs]vs *]*]1 dans le calme et la mditation1 la solution de ces gr&s problmes dont l'humanit tait indirectem5t t\rm5te2 c> les hommes *]*ai5t1 le glaive la ma91 se fray] une r\te sur laquelle la lumire d'un j\r n\veau ne s'tait pas encore leve4 ,ils combattai5t dans les tnbres1 s'assurant d'abord une lib]t ncessaire1 en v]tu d'un droit sacr4 ,mais leur droit connu et appliqu1 il leur re/]ait connatre leur devoir2 et c'e/ de quoi ils ne p\vai5t s'occup] durant cette nuit orageuse1 au se9 de laquelle il leur arrivait s\v5t de frapp] leurs frres au lieu de frapp] leurs ennemis4 ,ce travail gigantesque de la rvolution franaise1 ce n'tait pas1 ce ne p\vait pas tre seulem5t une "q de pa9 et d'abri p\r les pauvres2 c'tait beauc\p plus haut1 et malgr t\t ce qui s'e/ accompli1 malgr t\t ce qui a avort en ,france cet g>d1 c'e/ t\j\rs1 dans mes prvisions1 beauc\p plus haut1 que visait et qu'a port1 en effet1 cette rvolution4 ,elle devait1 non-seulem5t donn] au peuple un bi5-tre lgitime1 elle devait1 elle doit1 quoi qu'il arrive1 n'en d\te pas1 mon fils1 a*ev] de donn] la lib]t de consci5ce au g5re huma9 t\t enti]4 ,mais quel usage f]a-t-il de cette lib]t8 ,quelles notions aura-t-il acquises de son devoir1 en combattant comme un vaillant soldat durant des sicles1 en dormant s\s la t5te1 et en veillant sans cesse1 les armes la ma91 contre les ennemis de son droit8 ,hlas6 *aque gu]ri] qui tombe sur le *amp de bataille t\rne ses yeux v]s le ciel1 et se dem&e p\rquoi il a combattu1 p\rquoi il e/ un m>tyr1 si t\t e/ f9i p\r lui cette heure amre de l'agonie4 ,sans nul d\te1 il press5t une rcomp5se2 c>1 si son unique devoir1 lui1 a t de conqurir son droit et celui de sa po/rit1 il s5t bi5 que t\t devoir accompli mrite rcomp5se2 et il voit bi5 que sa rcomp5se n'a pas t de ce monde1 puisqu'il n'a pas j\i de son droit4 ,et qu& ce droit s]a conquis entirem5t p> les gnrations futures1 qu& t\s les devoirs des hommes entre eux s]ont tablis p> l'intrt mutuel1 s]a-ce donc assez p\r le bonheur de l'homme8 ,cette me qui me t\rm5te1 cette soif de l'inf9i qui me dvore1 s]ont-elles satisfaites et apaises1 p>ce que mon corps s]a l'abri du beso91 et ma lib]t prs]ve d'envahissem5t8 ,quelque paisible1 quelque d\ce que v\s supposiez la vie de ce monde1 suffira-t-elle aux dsirs de l'homme1 et la t]re s]a-t-elle assez va/e p\r sa p5se8 ,oh6 ce n'e/ pas moi qu'il faudrait rpondre oui4 ,je sais trop ce que c'e/ que la vie rduite des satisfactions g/es2 j'ai trop s5ti ce que c'e/ que l'av5ir priv du s5s de l't]nit6 ,mo9e1 vivant l'abri de t\t dang] et de t\t beso91 j'ai connu l'ennui1 ce fiel rp&u sur t\s les alim5ts4 ,philosophe1 vivant l'empire de la froide raison sur t\s les s5tim5ts de l'me1 j'ai connu le dsespoir1 cet abme entr'ouv]t devant t\tes les issues de la p5se4 ,oh6 qu'on ne me dise pas que l'homme s]a heureux qu& il n'aura plus ni s\v]a9s p\r l'accabl] de corves1 ni prtres p\r le m5ac] de l'enf]4 ,sans d\te1 il ne lui faut ni tyrans ni fanatiques1 mais il lui faut une religion2 c> il a une me1 et il lui faut connatre un ,dieu4 ,voil p\rquoi1 suivant avec att5tion le m\vem5t politique qui s'oprait en ,europe1 et voyant combi5 mes rves d'un j\r avai5t t *imriques1 combi5 il tait impossible de sem] et de recueillir dans un si c\rt espace1 combi5 les hommes d'action tai5t emports lo9 de leur b p> la ncessit du mom5t1 et combi5 il fallait s'g>] droite et gau*e avant de faire un pas sur cette voie non fraye1 je me rconciliai avec mon sort1 et reconnus que je n'tais po9t un homme d'action4 ,quoique je s5tisse en moi la passion du bi51 la p]svrance et l'n]gie1 ma vie avait t trop livre la rflexion2 j'avais embrass la vie t\t entire de l'humanit d'un reg>d trop va/e p\r faire1 la ha*e la ma91 le mti] de pionni] dans une =t de ttes huma9es4 ,je plaignais et je respectais ces travailleurs intrpides qui1 rsolus ensem5c] la t]re1 semblables aux premi]s cultivateurs1 r5v]sai5t les montagnes1 brisai5t les ro*]s1 et1 t\t sanglants1 p>mi les ronces et les prcipices1 frappai5t sans faiblesse et sans piti sur le lion r$\table et sur la bi*e cra9tive4 ,il fallait disput] le sol des races dvorantes4 ,il fallait fond] une colonie huma9e au se9 d'un monde livr aux in/9cts aveugles de la matire4 ,t\t tait p]mis1 p>ce que t\t tait ncessaire4 ,p\r tu] le vaut\r1 le *asseur des ,alpes e/ oblig de p]c] aussi l'agneau qu'il ti5t dans ses s]res4 ,des malheurs privs d*ir5t l'me du spectateur2 p\rtant le salut gnral r5d ces malheurs 9vitables4 ,les excs et les abus de la victoire ne peuv5t tre imputs ni la cause de la gu]re1 ni la volont des capita9es4 ,lorsqu'un pe9tre retrace nos yeux de gr&s exploits1 il e/ =c de remplir les co9s de son tableau de c]ta9s dtails affreux qui n\s meuv5t pniblem5t4 ,ici1 les palais et les temples cr\l5t au milieu des flammes2 l1 les enfants et les femmes sont broys s\s les pi$s des *evaux1 ailleurs1 un brave expire sur les ro*]s te9ts de son sang4 ,cep5dant le triomphateur app>at au c5tre de la scne1 au milieu d'une phalange de hros3 le sang v]s n'te ri5 leur gloire2 on s5t que la ma9 du ,dieu des armes s'e/ leve devant eux1 et l'clat qui brille sur leurs fronts annonce qu'ils ont accompli une mission sa9te4 ,tels tai5t mes s5tim5ts p\r ces hommes au milieu desquels je n'avais pas v\lu pr5dre place4 ,je les admirais2 mais je compr5ais que je ne p\vais les imit]2 c> ils tai5t d'une nature diffr5te de la mi5ne4 ,ils p\vai5t ce que je ne p\vais pas1 p>ce que1 moi1 je p5sais comme ils ne p\vai5t p5s]4 ,ils avai5t la conviction hroque1 mais romanesque1 qu'ils t\*ai5t au b1 et qu'encore un peu de sang v]s les f]ait arriv] au rgne de la ju/ice et de la v]tu4 ,erreur que je ne p\vais p>tag]1 p>ce que1 retir sur la montagne1 je voyais ce qu'ils ne p\vai5t di/+u] trav]s les vapeurs de la pla9e et la fume du combat2 erreur sa9te sans laquelle ils n'euss5t pu imprim] au monde le gr& m\vem5t qu'il devait subir p\r sortir de ses li5s6 ,il faut1 p\r que la m>*e provid5tielle du g5re huma9 s'accomplisse1 deux espces d'hommes dans *aque gnration3 les uns1 t\te esprance1 t\te confiance1 t\te illusion1 qui travaill5t p\r produire un uvre incomplet2 et les autres1 t\te prvoyance1 t\te pati5ce1 t\te c]titude1 qui travaill5t p\r que cet uvre incomplet soit accept1 e/im et cont9u sans dc\ragem5t1 lors mme qu'il semble avort4 ,les uns sont des matelots1 les autres sont des pilotes2 ceux-ci voi5t les cueils et les signal5t1 ceux-l les vit5t ou vi5n5t s'y bris]1 selon que le v5t de la de/9e les p\sse leur salut ou leur p]te2 et1 quoi qu'il arrive des uns et des autres1 le navire m>*e1 et l'humanit ne peut ni prir1 ni s'arrt] dans sa c\rse t]nelle4 ,j'tais donc trop vieux p\r vivre dans le prs5t1 et trop jeune p\r vivre dans le pass4 ,je fis mon *oix1 je retombai dans la vie d'tude et de mditation philosophique4 ,je recomm5ai t\s mes travaux1 les reg>dant avec raison comme manqus4 ,je relus avec une pati5ce au/re t\t ce que j'avais lu avec une avidit imptueuse4 ,j'osai mesur] de n\veau la t]re et les cieux1 la crature et le ,crateur1 sond] les my/res de la vie et de la mort1 *]*] la foi dans mes d\tes1 relev] t\t ce que j'avais abattu1 et le recon/ruire sur de n\velles bases4 ,en un mot1 je *]*ai revtir la ,div9it de son my/re sublime1 avec la mme p]svrance que j'avais mise l'en dp\ill]4 ,c'e/ l que je connus1 hlas6 combi5 il e/ plus difficile de btir que d'abattre4 ,il ne faut qu'un j\r p\r ru9] l'uvre de plusieurs sicles4 ,dans le d\te et la ngation1 j'avais m>* pas de gant2 p\r me refaire un peu de foi1 j'employai des annes1 et quelles annes6 ,de combi5 de fatigues1 d'inc]titudes et de *agr9s elles ont t remplies6 ,*aque j\r a t m>qu p> des l>mes1 *aque heure p> des combats4 ,angel1 ,angel1 le plus malheureux des hommes e/ celui qui s'e/ impos une t*e imm5se1 qui en a compris la gr&eur et l'importance1 qui ne peut tr\v] hors de ce travail ni satisfaction ni repos1 et qui s5s ses =ces le trahir et sa puissance l'ab&onn]4 in=tun entre t\s les fils des hommes1 celui qui rve de possd] la lumire refuse son intellig5ce6 dplorable entre t\tes les gnrations des hommes1 celle qui s'agite et se d*ire p\r conqurir la sci5ce promise des sicles meilleurs6 ,plac sur un sol m\vant1 j'avais v\lu btir un sanctuaire inde/ructible2 mais les lm5ts me manquai5t aussi bi5 que la base4 ,mon sicle avait des notions fausses1 des connaissance incompltes1 des jugem5ts errons sur le pass aussi bi5 que sur le prs5t4 ,je le savais1 quoique j'eusse en ma9 les docum5ts rputs les plus p>faits de mon poque sur l'hi/oire des hommes et sur celle de la cration2 je le savais1 p>ce que je s5tais en moi une logique t\te puissante laquelle t\s ces docum5ts1 sur lesquels j'eusse v\lu l'appuy]1 v5ai5t *aque in/ant donn] un dm5ti dsesprant4 ,oh6 si j'avais pu me transport]1 sur les ailes de ma p5se1 la s\rce de t\tes les connaissances huma9es1 explor] la t]re sur t\te sa surface et jusqu'au fond de ses entrailles1 int]rog] les monum5ts du pass1 *]*] l'ge du monde dans les c5dres dont son se9 e/ le va/e spulcre1 et dans les ru9es o des gnrations innombrables ont enseveli le s\v5ir de leur exi/5ce6 ,mais il fallait me cont5t] des obs]vations et des conjectures de savants et de voyageurs dont je s5tais l'incompt5ce1 la prsomption et la lgret4 ,il y avait des mom5ts o1 *auff p> ma conviction1 j'tais rsolu p>tir comme missionnaire1 af9 d'all] f\ill] t\s ces dbris illu/res qu'on n'avait pas compris1 ou dt]r] t\s ces trsors ignors qu'on n'avait pas s\ponns4 ,mais j'tais vieux2 ma sant1 un in/ant raff]mie l'ex]cice et au gr& air des montagnes1 s'tait de n\veau altre dans l'humidit du clotre et dans les veilles du travail4 ,et puis1 que de temps il m'et fallu p\r s\lev] seulem5t un co9 imp]ceptible de ce voile qui me ca*ait l'univ]s6 ,d'ailleurs1 je n'tais pas un homme de dtail1 et ces re*]*es p]svrantes et m9utieuses1 que j'admirais dans les hommes purem5t /udieux1 n'tai5t pas mon fait4 ,je n'tais homme d'action ni dans la politique ni dans la sci5ce2 je me s5tais appel des calculs plus l>ges et plus levs2 j'eusse v\lu mani] d'imm5ses matriaux1 btir1 avec le fruit de t\s les travaux et de t\tes les tudes1 un va/e portique p\r s]vir d'entre la sci5ce des sicles futurs4 ,j'tais un homme de syn?se plus qu'un homme d'analyse4 ,en t\t j'tais avide de conclure1 consci5cieux jusqu'au m>tyre1 ne p\vant ri5 accept] qui ne satisft la fois mon cur et ma raison1 mon s5tim5t et mon intellig5ce1 et condamn un t]nel supplice2 c> la soif de la vrit e/ inext+uible1 et quiconque ne peut se pay] des jugem5ts de l'orgueil1 de la passion ou de l'ignorance1 e/ appel s\ffrir sans rel*e4 ,oh6 m'criais-je s\v5t1 que ne suis-je un *>treux abruti p> la peur de l'enf]1 et dress comme une bte de somme creus] un co9 de t]re p\r faire p\ss] quelques lgumes1 en att5dant qu'il l'engraisse de sa dp\ille6 ,p\rquoi t\te mon affaire en ce monde n'e/-elle pas de rcit] des (fices p\r arriv] au repos1 et de mani] une b*e p\r me cons]v] en apptit ou p\r *ass] la rflexion importune1 et p>v5ir ds cette vie un tat de mort intellectuelle8 ,il m'arrivait quelquefois de jet] les yeux sur ceux de nos mo9es qui1 p> exception1 se sont cons]vs s9crem5t dvots3 ,ambroise1 p> exemple1 que n\s avons vu m\rir l'an pass en odeur de sa9tet1 comme ils dis5t1 et dont le corps tait dess* p> les jenes et les macrations3 celui-l1 c\p sur1 tait de bonne foi2 s\v5t il m'a fait envie4 ,une nuit ma lampe s'teignit2 je n'avais pas a*ev mon travail2 je *]*ai de la lumire dans le clotre1 j'en ap]u dans sa cellule2 la porte tait ouv]te1 j'y pntrai sans bruit p\r ne pas le drang]1 c> je le supposais en prires1 je le tr\vai endormi sur son grabat2 sa lampe tait pose sur une tablette t\t auprs de son visage et donnant dans ses yeux4 ,il pr5ait cette prcaution t\tes les nuits depuis qu>ante ans au mo9s1 p\r ne pas s'endormir trop pr(ondm5t et ne pas manqu] d'une m9ute l'heure des (fices4 ,la lumire1 tombant d'aplomb sur ses traits fltris1 y creusait des ombres pr(ondes1 ravages d'une s\ffrance volontaire4 ,il n'tait pas c\*1 mais appuy seulem5t sur son lit et t\t vtu1 af9 de ne pas p]dre un in/ant des so9s inutiles4 ,je reg>dai longtemps cette face troite et longue1 ces traits am9cis p> le jene de l'esprit encore plus que p> celui du corps1 ces j\es colles aux os de la face comme une c\*e de p>*em91 ce front m9ce et haut1 jaune et luisant comme de la cire4 ,ce n'tait vraim5t pas un homme vivant1 mais un squelette s* avec la peau1 un cadavre qu'on avait oubli d'ensevelir1 et que les v]s avai5t dlaiss p>ce que sa *air ne leur (frait po9t de n\rriture4 ,son sommeil ne ressemblait pas au repos de la vie1 mais l'ins5sibilit de la mort2 aucune respiration ne s\levait sa poitr9e4 ,il me fit peur1 c> ce n'tait ni un homme ni un cadavre2 c'tait la vie dans la mort1 quelque *ose qui n'a pas de nom dans la langue huma9e1 et pas de s5s dans l'ordre div94 ,c'e/ donc l un sa9t p]sonnage8 p5sai-je2 c]tes1 les ana*ortes de la ,?bade n'ont ni jen1 ni pri davantage2 et p\rtant je ne vois ici qu'un objet d'p\vante1 ri5 qui attire le respect1 p>ce que t\t ici rep\sse la sympa?ie4 ,quelle compassion ,dieu peut-il avoir p\r cette agonie et p\r cette mort anticipes sur ses dcrets8 ,quelle admiration puis-je concevoir1 moi homme1 p\r cette vie /rile et ce cur glac6 vieill>d1 qui *aque soir allumes ta lampe comme un voyageur press de p>tir avant l'aurore1 qui donc z-tu clair durant la nuit1 qui donc z-tu guid durant le j\r8 qui donc ton long et laborieux pl]9age sur la t]re a-t-il t sec\rable8 ,tu n'z ri5 donn de toi la t]re1 ni la sub/ance de la reproduction animale1 ni le fruit d'une intellig5ce productive1 ni le s]vice grossi] d'un bras robu/e1 ni la sympa?ie d'un cur t5dre4 ,tu crois que ,dieu a cr la t]re p\r te s]vir de cuve purificatoire1 et tu crois avoir assez fait p\r elle en lui lguant tes os6 ,ah6 tu z raison de cra9dre et de trembl] cette heure2 tu fais bi5 de te t5ir t\j\rs prt p>atre devant le juge6 ,puisses-tu tr\v] ton heure d]nire1 une =mule qui t'ouvre la porte du ciel1 ou un in/ant de remords qui t'absolve du pire de t\s les crimes1 celui de n'avoir ri5 aim hors de toi6 ,et1 a9si disant1 je me retirai sans bruit1 sans mme v\loir allum] ma lampe celle de l'g/e1 et1 depuis ce j\r1 je prfrai ma misre celle des dvots4 ,en proie t\te la fatigue et t\te l'inquitude d'une me qui *]*e sa voie1 il me fallut p\rtant bi5 des j\rs d'puisem5t et d'angoisse p\r accept] l'arrt qui me condamnait l'impuissance4 ,je ne puis me le dissimul] auj\rd'hui1 mon mal tait l'orgueil4 ,oui1 je crois que de t\t temps1 et auj\rd'hui encore1 j'ai t et je suis un orgueilleux4 ,ce zle dvorant de la vrit1 c'e/ un l\able s5tim5t2 mais on peut aussi le port] trop lo94 ,il n\s faut faire usage de t\tes nos =ces p\r dfri*] le *amp de l'av5ir2 mais il faudrait aussi1 qu& nos =ces ne suffis5t plus1 n\s cont5t] humblem5t du peu que n\s avons fait1 et n\s asseoir avec la simplicit du lab\reur au bord du sillon que n\s avons trac4 ,c'e/ une leon que j'ai s\v5t reue de l'ami cle/e qui me visite1 et je ne l'ai jamais su mettre pr(it4 ,il y a en moi une ambition de l'inf9i qui va jusqu'au dlire4 ,si j'avais t jet dans la vie du monde et que mon esprit n'et pas eu le loisir de vis] plus haut1 j'aurais t avide de gloire et de conqutes2 j'aurais eu s\s les yeux l'exi/5ce de ,*>lemagne ou d',alex&re1 comme j'ai eu celle de ,py?agore et de ,socrate2 j'aurais convoit l'empire du monde2 j'aurais fait peut-tre beauc\p de mal4 ,grce ,dieu1 j'ai f9i de vivre1 et t\t mon crime e/ de n'avoir pu faire le bi54 ,j'avais rv1 en r5trant au c\v5t1 de refaire mes tudes avec fruit1 et d'crire un gr& ouvrage sur les plus hautes que/ions de la religion et de la philosophie4 ,mais je n'avais pas assez considr mon ge et mes =ces4 ,j'avais c9quante ans passs1 et j'avais s\ff]t1 depuis v+t-c9q ans1 un sicle p> anne4 ,voyant d'ailleurs combi5 j'tais dp\rvu de matriaux qui m'inspirass5t t\te confiance1 je rsolus du mo9s de jet] les bases et de trac] le plan de mon uvre1 af9 de lgu] ce premi] travail1 s'il tait possible1 quelque homme capable de le cont9u] ou de le faire cont9u]2 et cette ide me rappela vivem5t ma jeunesse1 le secret lgu p> ,fulg5ce moi1 comme ce mme secret l'avait t p> ,spiridion ,fulg5ce1 et je me p]suadai que le temps tait v5u d'exhum] le manuscrit4 ,ce n'tait plus une ambition vulgaire1 ce n'tait plus une froide curiosit qui m'y portai5t2 ce n'tait pas non plus une obissance sup]/itieuse3 c'tait un dsir s9cre de m'in/ruire1 et d'utilis] p\r les autres hommes un docum5t prcieux1 sans d\te1 sur les que/ions importantes dont j'tais occup4 ,je reg>dais la publication immdiate ou future de ce manuscrit comme un devoir2 c>1 de quelque faon que je v9sse considr] les rapports tranges que mon esprit avait eus avec l'esprit d',hbronius1 il me re/ait la conviction que1 durant sa vie1 cet homme avait t anim d'un gr& esprit4 ,p\r la troisime fois1 dans l'espace d'environ v+t-c9q ans1 j'entrepris donc1 au milieu de la nuit1 l'exhumation du manuscrit4 ,mais ici1 un fait bi5 simple v9t s'oppos] mon desse92 et1 t\t naturel que soit ce fait1 il me plongea dans un abme de rflexions4 ,je m'tais muni des mmes outils qui m'avai5t s]vi la d]nire fois4 ,cette d]nire fois1 tu te la rappelles1 malgr la longueur de ce rcit2 tu te s\vi5s que j'avais alors tr5te ans rvolus1 et que j'eus un accs de dlire et une p\vantable vision4 ,je me la rappelais bi5 aussi1 cette halluc9ation t]rible2 mais je n'en craignais pas le ret\r4 ,il e/ des images que le c]veau ne peut plus se crer qu& c]ta9es ides et c]ta9s s5tim5ts qui les voquai5t n'habit5t plus notre me4 ,j'tais dsormais jamais dgag des li5s du ca?olicisme1 li5s si troitem5t s]rs et si c\rts qu'il faut t\te une vie p\r en sortir1 mais1 p> cela mme1 impossibles r5\] qu& une fois on les a briss4 ,il faisait une nuit claire et fra*e2 j'tais en assez bonne sant3 j'avais prcism5t *oisi un tel conc\rs de circon/ances1 c> je prvoyais que le travail matriel s]ait assez pnible4 ,mais quoi6 ,angel1 je ne pus pas mme branl] la pi]re du ,hic e/4 ,j'y passai trois gr&es heures1 l'attaquant dans t\s les s5s1 m'assurant bi5 qu'elle n'tait rive au pav que p> son propre poids1 reconnaissant mme les m>ques que j'y avais faites autrefois avec mon ciseau1 lorsque je l'avais enleve lgrem5t et sans fatigue4 ,t\t fut inutile2 elle rsi/a mes ef=ts4 ,baign de sueur1 puis de lassitude1 je fus =c de regagn] mon lit et d'y re/] accabl et bris p5dant plusieurs j\rs4 ,ce premi] *ec ne me rebuta pas4 ,je me remis l'ouvrage la sema9e suivante1 et j'*\ai de mme4 ,un troisime essai1 entrepris un mois plus t>d1 ne fut pas plus heureux1 et il me fallut ds lors y r5onc]2 c> le peu de =ces physiques que j'avais cons]ves jusque-l m'ab&onna sans ret\r p>tir de cette poque4 ,sans d\te1 j'en dp5sai le re/e dans cette lutte inutile contre un tombeau4 ,la tombe fut muette1 les cadavres s\rds1 la mort inexorable2 j'allai jet] dans un buisson du j>d9 mon ciseau et mon levi]1 et rev9s1 tranquille et tri/e1 m'asseoir sur cette tombe qui ne v\lait pas me r5dre ses trsors4 ,l1 je re/ai jusqu'au lev] du soleil1 p]du dans mes p5ses4 ,la fra*eur du mat9 tant v5ue glac] sur mon corps la sueur dont j'tais inond1 je fus p>alys2 je p]dis non-seulem5t la puissance d'agir1 mais encore la volont2 je n'ent5dis pas les clo*es qui sonnai5t les (fices1 je ne fis aucune att5tion aux religieux qui v9r5t les rcit]4 ,j'tais seul dans l'univ]s1 il n'y avait entre ,dieu et moi que ce tombeau qui ne v\lait ni me recevoir ni me laiss] p>tir3 image de mon exi/5ce t\t entire1 symbole dont j'tais vivem5t frapp1 et dont la comp>aison m'absorbait entirem5t6 ,qu& on v9t me relev]1 comme je ne p\vais ni remu] ni p>l]1 on se p]suada que mon c]veau tait p>alys comme le re/e4 ,on se trompa2 j'avais t\te ma raison2 je ne la p]dis pas un in/ant durant t\te la maladie qui suivit cet accid5t4 ,il e/ inutile de te dire qu'on l'imputa au has>d1 et qu'on ne s\ponna jamais ce que j'avais t5t4 ,une fivre ard5te succda ce froid mortel3 je s\ffris beauc\p1 mais je ne dlirai po9t2 j'eus mme la =ce de ca*] assez la gravit de mon mal p\r qu'on ne me soignt pas plus que je ne v\lais l'tre1 et p\r qu'on me laisst seul4 ,aux heures o le soleil brillait dans ma cellule1 j'tais s\lag2 des ides plus d\ces remplissai5t mon esprit2 mais la nuit j'tais en proie une tri/esse inexorable4 ,aux c]veaux actifs l'inaction e/ odieuse4 ,l'ennui1 la pire des s\ffrances qu'entran5t les maladies1 m'accablait de t\t son poids4 ,la vue de ma cellule m'tait insupportable4 ,ces murs qui me rappelai5t tant d'agitations et de langueurs subies sans arriv] la connaissance du vrai2 ce grabat o j'avais support si s\v5t et si longtemps la fivre et les maladies1 sans conqurir la sant p\r prix de tant de luttes avec la mort2 ces livres que j'avais si va9em5t int]rogs2 ces a/rolabes et ces tlescopes1 qui ne savai5t que *]*] et mesur] la matire2 t\t cela me jetait dans une fureur sombre4 quoi bon survivre soi-mme8 me disais-je1 et p\rquoi avoir vcu qu& on n'a ri5 fait8 ,ins5s1 qui v\lais1 p> un rayon de ton intellig5ce1 clair] l'humanit dans les sicles futurs1 et qui n'z pas seulem5t la =ce de s\lev] une pi]re p\r voir ce qui e/ crit dess\s6 malheureux1 qui1 durant l'ardeur de ta jeunesse1 n'z su t'occup] qu' refroidir ton esprit et ton cur1 et dont l'esprit et le cur s'avis5t de se ranim] qu& l'heure de m\rir e/ v5ue6 meurs donc1 puisque tu n'z plus ni tte1 ni bras2 c>1 si ton cur a la tmrit de vivre encore et de brl] p\r l'idal1 ce feu div9 ne s]vira plus qu' consum] tes entrailles1 et clair] ton impuissance et ta nullit4 ,et en p>lant a9si1 je m'agitais sur mon lit de d\leur1 et des l>mes de rage c\lai5t sur mes j\es4 ,alors une voix pure s'leva dans le sil5ce de la nuit et me p>la a9si3 --,crois-tu donc n'avoir ri5 expi]1 toi qui oses te pla9dre avec tant d'am]tume8 ,qui accuses-tu de tes maux8 ,n'es-tu pas ton seul1 ton implacable ennemi8 qui imput]as-tu la faute de ton orgueil c\pable1 de cette insatiable e/ime de toi-mme qui t'a aveugl qu& tu p\vais appro*] de l'idal p> la sci5ce1 et qui t'a fait *]*] ton idal en toi seul8 --,tu m5s6 m'criai-je avec =ce1 sans song] mme me dem&] qui p\vait me p>l] de la sorte4 ,tu m5s6 je me suis t\j\rs ha2 j'ai t\j\rs t ennuyeux1 accablant1 insupportable moi-mme4 ,j'ai *]* l'idal p>t\t avec l'ardeur du c]f qui *]*e la fonta9e dans un j\r brlant2 j'ai t consum de la soif de l'idal1 et si je ne l'ai pas tr\v444 --,c'e/ la faute de l'idal1 n'e/-ce pas6 int]rompit la voix d'un ton de froide piti4 ,il faut que ,dieu comp>aisse au tribunal de l'homme et lui r5de compte du my/re dont il a os s'envelopp]1 p5dant que l'homme daignait se donn] la pe9e de le *]*]1 et v\s n'appelez pas cela de l'orgueil1 v\s autres6444 --,v\s autres6 repris-je frapp d'tonnem5t1 et qui donc es-tu1 toi qui reg>des en piti la race huma9e1 et qui te crois1 sans d\te1 exempt de ses misres8 --,je suis1 rpondit la voix1 celui que tu ne veux pas connatre1 c> tu l'z t\j\rs *]* o il n'e/ pas4 ces mots1 je me s5tis baign de sueur de la tte aux pi$s2 mon cur tressaillit rompre ma poitr9e1 et1 me s\levant sur mon lit1 je lui dis3 --,es-tu donc celui qui dort s\s la pi]re8 --,tu m'z *]* s\s la pi]re1 rpondit-il1 et la pi]re t'a rsi/4 ,tu devrais savoir que le bras d'un homme e/ mo9s =t que le cim5t et le m>bre4 ,mais l'intellig5ce transporte les montagnes1 et l'am\r peut ressuscit] les morts4 -- mon matre6 m'criai-je avec transport1 je te reconnais4 ,ceci e/ ta voix1 ceci e/ ta p>ole4 ,bni sois-tu1 toi qui me visites l'heure de l'affliction4 ,mais o donc fallait-il te *]*]1 et o te retr\v]ai-je sur la t]re8 --,dans ton cur1 rpondit la voix4 ,fais-en une demeure o je puisse desc5dre4 ,purifie-le comme une maison qu'on orne et qu'on p>fume p\r recevoir un hte *ri4 ,jusque l que puis-je faire p\r toi8 ,la voix se tut1 et je p>lai en va93 elle ne me rpondit plus4 ,j'tais seul dans les tnbres4 ,je me s5tis tellem5t mu que je fondis en l>mes4 ,je repassai t\te ma vie dans l'am]tume de mon cur4 ,je vis qu'elle tait en effet un long combat et une longue erreur2 c> j'avais t\j\rs v\lu *oisir entre ma raison et mon s5tim5t1 et je n'avais pas eu la =ce de faire accept] l'un p> l'autre4 ,v\lant t\j\rs m'appuy] sur des preuves palpables1 sur des bases jetes p> l'homme1 et ne tr\vant pas ces bases suffisantes1 je n'avais eu ni assez de c\rage ni assez de gnie p\r me pass] du tmoignage huma91 et p\r le rectifi] avec cette puissante c]titude que le ciel donne aux gr&es mes4 ,je n'avais pas os rejet] la mtaphysique et la gomtrie l o elles dtruisai5t le tmoignage de ma consci5ce4 ,mon cur avait manqu de feu1 p>tant mon c]veau de puissance p\r dire la sci5ce3--,c'e/ toi qui te trompes2 n\s ne savons ri51 n\s avons t\t appr5dre4 ,si le *em9 que n\s suivons ne n\s conduit pas ,dieu1 c'e/ que n\s n\s sommes tromps de *em92 ret\rnons sur nos pas et *]*ons ,dieu c> n\s errons lo9 de lui dans les tnbres2 et les hommes ont beau n\s cri] que notre habilet n\s a faits dieux n\s-mmes1 n\s s5tons le froid de la mort et n\s sommes entrans dans le vide comme des a/re2 qui s'teign5t et qui dvi5t de l'ordre t]nel4 p>tir de ce j\r1 je m'ab&onnai aux m\vem5ts les plus *aleureux de mon me1 et un gr& prodige s'opra en moi4 ,au lieu de me refroidir moralem5t avec la vieillesse1 je s5tis mon cur1 vivifi et r5\vel1 rajeunir mesure que mon corps p5*ait v]s la de/ruction4 ,je s5s la vie animale me quitt] comme un vtem5t u2 mais mesure que je dp\ille cette enveloppe t]re/re1 ma consci5ce me donne l'intime c]titude de mon immortalit4 ,l'ami cle/e e/ rev5u s\v5t2 mais n'att5ds pas que j'entre dans le dtail de ses app>itions4 ,ceci e/ t\j\rs un my/re p\r moi1 un my/re que je n'ai pas *]* pntr]1 et sur lequel il me s]ait impossible d't5dre le rseau d'une froide analyse3 je sais trop ce qu'on risque l'exam5 de c]ta9es impressions2 l'esprit se glace les dissqu]1 et l'impression s'efface4 ,quoique j'aie cru de mon devoir d'tablir mes d]nires croyances religieuses le plus logiquem5t possible dans quelques crits dont je te fais le dpositaire1 je me suis p]mis de laiss] tomb] un voile de posie sur les heures d'en?\siasme et d'att5drissem5t qui1 dissipant aut\r de moi les tnbres du monde physique1 m'ont mis en rapport direct avec cet esprit suprieur4 ,il e/ des *oses intimes qu'il vaut mieux taire que de livr] la rise des hommes4 ,dans l'hi/oire que j'ai crite simplem5t de ma vie obscure et d\l\reuse1 je n'ai pas fait m5tion de ,spiridion4 ,si ,socrate lui-mme a t accus de *>latanisme et d'impo/ure p\r avoir rvl ses communications avec celui qu'il appelait son gnie famili]1 combi5 plus un pauvre mo9e comme moi ne s]ait-il pas tax de fanatisme s'il av\ait avoir t visit p> un fantme6 ,je ne l'ai pas fait1 je ne le f]ai pas4 ,et p\rtant je m'en expliqu]ais navem5t avec le savant mode/e et consci5cieux qui1 sans ironie et sans prjug1 v\drait pntr] dans les m]veilles d'un ordre de *oses vieux comme le monde1 qui att5d une explication n\velle4 ,mais o tr\v] un tel savant auj\rd'hui8 ,l'uvre de la sci5ce1 en ces temps-ci1 e/ de rejet] t\t ce qui p>at surnaturel1 p>ce que l'ignorance et l'impo/ure en ont trop longtemps abus4 ,de mme que les nommes politiques sont =cs de tran*] avec le f] les que/ions sociales1 les hommes d'tude sont obligs1 p\r ouvrir un n\veau *amp l'analyse1 de jet] au feu ple-mle le grimoire des sorci]s et les miracles de la foi4 ,un temps vi5dra o1 l'uvre ncessaire de la de/ruction tant accomplie1 on re*]*a soigneusem5t1 dans les dbris du pass1 une vrit qui ne peut se p]dre1 et qu'on saura dml] de l'erreur et du m5songe1 comme jadis ,crsus reconnut des signes c]ta9s que t\s les oracles tai5t m5teurs1 except a ,py?ie de ,delphes1 qui lui avait rvl ses actions ca*es avec une puissance incomprh5sible4 ,tu v]ras peut-tre l'aurore de cette sci5ce n\velle1 sans laquelle l'humanit e/ inexplicable1 et son hi/oire dp\rvue de s5s4 ,t\s les miracles1 t\s les augures1 t\s les prodiges de l'antiquit ne s]ont peut-tre pas1 aux yeux de tes contempora9s1 des t\rs de sorci]s ou des t]reurs imbciles accrdites p> les prtres4 ,dj la sci5ce n'a-t-elle pas donn une explication satisfaisante de beauc\p de phnomnes qui semblai5t surnaturels nos aeux8 ,c]ta9s faits qui sembl5t impossibles et m5song]s en ce sicle auront peut-tre une explication non mo9s naturelle et concluante qu& la sci5ce aura l>gi ses horizons4 ,quant moi1 bi5 que le mot prodige n'ait pas de s5s p\r mon ent5dem5t1 puisqu'il peut s'appliqu] aussi bi5 au lev] du soleil *aque mat9 qu' la rapp>ition d'un mort1 je n'ai pas essay de port] le lumire sur ces que/ions difficiles3 le temps m'et manqu4 ,j'ai ent5du p>l] de ,mesm]2 je ne sais si c'e/ un impo/eur ou un prophte2 je me mfie de ce que j'ai ent5du rapport]1 p>ce que les ass]tions sont trop h>dies et les prt5dues preuves trop compltes p\r un ordre de dc\v]tes aussi rc5t4 ,je ne compr5ds pas encore ce qu'ils ent5d5t p> ce mot magntisme2 je t'engage exam9] ceci en temps et lieu p\r moi1 je n'ai pas eu le loisir de m'g>] dans ces propositions h>dies2 j'ai vit mme de me laiss] sduire p> elles4 ,j'avais un devoir plus clair et plus press accomplir1 celui d'crire1 s\s l'impression de mes entreti5s avec l',esprit1 les fragm5ts briss de ma mditation t]nelle4 ,ici ,alexis s'int]rompit1 et posa sa ma9 sur un livre que je connaissais bi5 p\r le lui avoir s\v5t vu consult]1 mon gr& tonnem5t1 bi5 qu'il ne me p>t =m que de feuillets blancs4 ,comme je le reg>dais avec surprise1 il s\rit3 ,je ne suis pas f\1 comme tu le p5ses1 reprit-il2 ce livre e/ cribl de c>actres trs-lisibles p\r quiconque connat la composition *imique dont je me suis s]vi p\r crire4 ,cette prcaution m'a p>u ncessaire p\r *app] l'espionnage de la c5sure mona/ique4 ,je t'enseign]ai un procd bi5 simple au moy5 duquel tu f]as rep>atre les c>actres tracs sur ces pages qu& le temps s]a v5u4 ,tu ca*]as ce manuscrit en att5dant qu'il puisse s]vir quelque *ose1 si t\tefois il doit jamais s]vir quoi que ce soit2 cela1 je l'ignore4 ,tel qu'il e/1 incomplet1 sans ordre et sans conclusion1 il ne mrite pas de voir le j\r4 ,c'e/ peut-tre toi1 c'e/ peut-tre quelque autre qu'il app>ti5t de le refaire4 ,il n'a qu'un mrite1 c'e/ d'tre le rcit fidle d'une vie d'angoisse1 et l'expos naf de mon tat prs5t4 --,et cet tat1 m'e/-il p]mis1 mon pre1 de v\s dem&] de me le faire mieux connatre8 --,je le f]ai en trois mots qui rsum5t p\r moi la ?ologie1 rpondit-il en ouvrant son livre la premire page3 croire1 espr]1 aim]4 ,si l'glise ca?olique avait pu con=m] t\s les po9ts de sa doctr9e cette sublime df9ition des trois v]tus ?ologales3 la foi1 l'esprance1 la *>it1 elle s]ait la vrit sur la t]re2 elle s]ait la sagesse1 la ju/ice1 la p]fection4 ,mais l'glise roma9e s'e/ port le d]ni] c\p2 elle a consomm son suicide le j\r o elle a fait ,dieu implacable et la damnation t]nelle4 ,ce j\r-l t\s les gr&s curs se sont dta*s d'elle2 et l'lm5t d'am\r et de misricorde manquant sa philosophie1 la ?ologie *rti5ne n'a plus t qu'un jeu d'esprit1 un sophisme o de gr&es intellig5ces se sont dbattues en va9 contre leur tmoignage intrieur1 un voile p\r c\vrir de va/es ambitions1 un masque p\r ca*] d'normes iniquits444 ,ici le pre ,alexis s'arrta de n\veau et me reg>da att5tivem5t p\r voir quel effet produirait sur moi cet ana?me df9itif4 ,je le compris1 et1 saisissant ses ma9s dans les mi5nes1 je les pressai =tem5t en lui disant d'une voix f]me et avec un s\rire qui devait lui rvl] t\te ma confiance3 ,a9si1 pre1 n\s ne sommes plus ca?oliques8 --,ni *rti5s1 rpondit-il d'une voix =te2 ni prote/ants1 aj\ta-t-il en me s]rant les ma9s2 ni philosophes comme ,voltaire1 ,helvtius et ,did]ot2 n\s ne sommes pas mme sociali/es comme ,jean-,jacques et la ,conv5tion franaise3 et cep5dant n\s ne sommes ni paens ni a?es6 --,que sommes-n\s donc1 pre ,alexis8 lui dis-je2 c>1 v\s l'avez dit1 n\s avons une me1 ,dieu exi/e1 et il n\s faut une religion4 --,n\s en avons une1 s'cria-t-il en se levant et en t5dant v]s le ciel ses bras maigres avec un m\vem5t d'en?\siasme4 ,n\s avons la seule vraie1 la seule imm5se1 la seule digne de la ,div9it4 ,n\s croyons en la ,div9it1 c'e/ dire que n\s la connaissons et la v\lons2 n\s esprons en elle1 c'e/ dire que n\s la dsirons et travaillons p\r la possd]2 n\s l'aimons1 c'e/ dire que n\s la s5tons et la possdons virtuellem5t2 et ,dieu lui-mme e/ une tr9it sublime dont notre vie mortelle e/ le reflet affaibli4 ,ce qui e/ foi *ez l'homme e/ sci5ce *ez ,dieu2 ce qui e/ esprance *ez l'homme e/ puissance *ez ,dieu2 ce qui e/ *>it1 c'e/--dire pit1 v]tu1 ef=t1 *ez l'homme1 e/ am\r1 c'e/--dire production1 cons]vation et progression t]nelle *ez ,dieu4 ,aussi ,dieu n\s connat1 n\s appelle1 et n\s aime2 c'e/ lui qui n\s rvle cette connaissance que n\s avons de lui1 c'e/ lui qui n\s comm&e le beso9 que n\s avons de lui1 c'e/ lui qui n\s inspire cet am\r dont n\s brlons p\r lui2 et une des gr&es preuves de ,dieu et de ses attributs1 c'e/ l'homme et ses in/9cts4 ,l'homme conoit1 aspire et t5te sans cesse1 dans sa sphre f9ie1 ce que ,dieu sait1 veut et peut dans sa sphre inf9ie4 ,si ,dieu p\vait cess] d'tre un foy] d'intellig5ce1 de puissance et d'am\r1 l'homme retomb]ait au niveau de la brute2 et *aque fois qu'une intellig5ce huma9e a ni la ,div9it intellig5te1 elle s'e/ suicide4 --,mais1 mon pre1 int]rompis-je1 ces gr&s a?es du sicle dont on vante les lumires et l'loqu5ce444 --,il n'y a pas d'a?es1 reprit le pre ,alexis avec *aleur2 non1 il n'y en a pas6 ,il e/ des temps de re*]*e et de travail philosophique1 o les hommes1 dgts des erreurs du pass1 *]*5t une n\velle r\te v]s la vrit4 ,alors ils err5t sur des s5ti]s inconnus4 ,les uns1 dans leur lassitude1 s'assey5t et se livr5t au dsespoir4 ,qu'e/-ce que ce dsespoir1 s9on un cri d'am\r v]s cette ,div9it qui se voile leurs yeux fatigus8 ,d'autres s'avanc5t sur t\tes les cimes avec une prcipitation ard5te1 et1 dans leur prsomption nave1 s'cri5t qu'ils ont atte9t le b et qu'on ne peut all] plus lo94 ,qu'e/-ce que cette prsomption1 qu'e/-ce que cet aveuglem5t1 s9on un dsir inquiet et une impati5ce immodre d'embrass] la ,div9it8 ,non1 ces a?es1 dont on vante avec raison la gr&eur intellectuelle1 sont des mes pr(ondm5t religieuses1 qui se fatigu5t ou qui se tromp5t dans leur essor v]s le ciel4 ,si1 leur suite1 on voit se tran] des mes basses et p]v]ses1 qui invoqu5t le nant1 le has>d1 la nature brutale1 p\r ju/ifi] leurs vices honteux et leurs grossi]s p5*ants1 c'e/ encore l un hommage r5du la maje/ de ,dieu4 ,p\r se disp5s] de t5dre v]s l'idal1 et de s\t5ir p> le travail et la v]tu la dignit huma9e1 la crature e/ =ce de ni] l'idal4 ,mais1 si une voix intrieure ne tr\blait pas l'ignoble repos de sa dgradation1 elle ne se donn]ait pas tant de pe9e p\r rejet] l'exi/5ce d'un juge suprme4 ,qu& les philosophes de ce sicle ont invoqu la ,provid5ce1 la nature1 les lois de la cration1 ils n'ont pas cess d'invoqu] le vrai ,dieu s\s ces noms n\veaux4 ,en se rfugiant dans le se9 d'une ,provid5ce univ]selle et d'une nature 9puisablem5t gnreuse1 ils ont prote/ contre les ana?mes que les sectes f>\*es se lanai5t l'une l'autre1 contre les mon/ruosits de l'inquisition1 contre l'intolrance et le despotisme4 ,lorsque ,voltaire1 la vue d'une nuit toile1 proclamait le gr& horlog] cle/e2 lorsque ,r\sseau conduisait son lve au sommet d'une montagne p\r lui rvl] la premire notion du ,crateur au lev] du soleil1 quoique ce fuss5t l des preuves incompltes et des vues troites1 en comp>aison de ce que l'av5ir rs]ve aux hommes de preuves clatantes et d'infaillibles c]titudes1 c'tai5t du mo9s des cris de l'me levs v]s ce ,dieu que t\tes les gnrations huma9es ont proclam s\s des noms div]s et ador s\s diffr5ts symboles4 --,mais ces preuves clatantes1 mais cette c]titude1 lui dis-je1 o les puis]ons-n\s1 si n\s rejetons la rvlation1 et si le s5s intrieur ne n\s suffit pas8 --,n\s ne rejetons pas la rvlation1 reprit-il vivem5t1 et le s5s intrieur n\s suffit jusqu' un c]ta9 po9t2 mais n\s y joignons d'autres preuves encore3 quant au pass1 le tmoignage de l'humanit t\t entire2 quant au prs5t1 l'adhsion de t\tes les consci5ces pures au culte de la ,div9it1 et la voix loqu5te de notre propre cur4 --,si je v\s ent5ds bi51 repris-je1 v\s acceptez de la rvlation ce qu'elle a d't]nellem5t div91 les gr&es notions sur la ,div9it et l'immortalit1 les prceptes de v]tu et le devoir qui en dc\l5t4 --- ,l'homme1 rpondit-il1 arra*e au ciel mme la connaissance de l'idal1 et la conqute des vrits sublimes qui y conduis5t e/ un pacte1 un hymne entre l'intellig5ce huma9e qui *]*e1 aspire et dem&e1 et l'intellig5ce div9e qui1 elle aussi1 *]*e le cur de l'homme1 aspire s'y rp&re1 et cons5t y rgn]4 ,n\s reconnaissons donc des matres1 de quelque nom que l'on ait v\lu les appel]4 ,hros1 demi-dieux1 philosophes1 sa9ts ou prophtes1 n\s p\vons n\s incl9] devant ces pres et ces docteurs de l'humanit4 ,n\s p\vons ador] *ez l'homme inve/i d'une haute sci5ce et d'une haute v]tu un reflet spl5dide de la ,div9it4 ,*ri/6 un temps vi5dra o l'on t'lv]a de n\veaux autels1 plus dignes de toi1 en te re/ituant ta vritable gr&eur1 celle d'avoir t vraim5t le fils de la femme et le sauveur1 c'e/--dire l'ami de l'humanit1 le prophte de l'idal4 --,et le successeur de ,platon1 aj\tai-je4 --,comme ,platon fut celui des autres rvlateurs que n\s vnrons1 et dont n\s sommes les disciples4 ,oui1 p\rsuivit ,alexis aprs une pause1 comme p\r me donn] le temps de pes] ses p>oles1 n\s sommes les disciples de ces rvlateurs1 mais n\s sommes leurs libres disciples4 ,n\s avons le droit de les exam9]1 de les comm5t]1 de les discut]1 de les r$ress] mme2 c>1 s'ils p>ticip5t p> leur gnie de l'infaillibilit de ,dieu1 ils p>ticip5t p> leur nature de l'impuissance de la raison huma9e4 ,il e/ donc non-seulem5t dans notre privilge1 mais dans notre devoir comme dans notre de/9e1 de les expliqu] et d'aid] la cont9uation de leurs travaux4 --,n\s1 mon pre6 m'criai-je avec effroi2 mais quel e/ donc notre m&at8 --,c'e/ d'tre v5us aprs eux4 ,dieu veut que n\s m>*ions2 et1 s'il fait lev] des prophtes au milieu du c\rs des ges1 c'e/ p\r p\ss] les gnrations devant eux1 comme il convi5t des hommes1 et non p\r les en*an] leur suite1 comme il app>ti5t de vils tr\peaux4 ,qu& ,jsus gurit le p>alytique1 il ne lui dit pas3 ,pro/]ne-toi1 et suis-moi4 ,il lui dit3 ,lve-toi1 et m>*e4 --,mais o irons-n\s1 mon pre8 --,n\s irons v]s l'av5ir2 n\s irons1 ple9s du pass et remplissant nos j\rs prs5ts p> l'tude1 la mditation et un cont9uel ef=t v]s la p]fection4 ,avec du c\rage et de l'humilit1 en puisant dans la contemplation de l'idal la volont et la =ce1 en *]*ant dans la prire l'en?\siasme et la confiance1 n\s obti5drons que ,dieu n\s claire et n\s aide in/ruire les hommes1 *acun de n\s selon ses =ces444 ,les mi5nes sont puises1 mon enfant4 ,je n'ai pas fait ce que j'aurais pu faire si je n'eusse pas t lev dans le ca?olicisme4 ,je t'ai racont ce qu'il m'a fallu de temps et de pe9es p\r arriv] proclam] sur le bord de ma tombe ce seul mot3 ,je suis libre6 --,mais ce mot en dit beauc\p1 mon pre6 m'criai-je4 ,dans votre b\*e il e/ t\t puissant sur moi1 et c'e/ de votre b\*e seule que j'ai pu l'ent5dre sans mfiance et sans tr\ble4 ,peut-tre1 sans ce mot de v\s1 t\te ma vie et t livre l'erreur4 ,que j'eusse cont9u mes j\rs dans ce clotre1 il e/ probable que j'y eusse vcu c\rb et abruti s\s le j\g du fanatisme4 ,que j'eusse vcu dans le tumulte du monde1 il e/ possible que je me fusse laiss g>] p> les passions huma9es et les maximes de l'impit4 ,grce v\s1 j'att5ds mon sort de pi$ f]me4 ,il me semble que je ne peux plus succomb] aux dang]s de l'a?isme1 et je s5s que j'ai sec\ p\r t\j\rs les li5s de la sup]/ition4 --,et si ce mot de ma b\*e1 dit ,alexis1 pr(ondm5t mu1 e/ le seul bi5 que j'aie pu faire en ce monde1 ces mots de la ti5ne sont une rcomp5se suffisante4 ,je ne m\rrai donc pas sans avoir vcu1 c> le b de la vie e/ de transmettre la vie4 ,j'ai t\j\rs p5s que le clibat tait un tat sublime1 mais t\t fait exceptionnel1 p>ce qu'il entranait des devoirs imm5ses4 ,je p5se encore que celui qui se refuse donn] la vie physique des tres de son espce doit donn] en revan*e1 p> ses travaux et ses lumires1 la vie intellectuelle au gr& nombre de ses semblables4 ,c'e/ p\r cela que je rvre la fconde virg9it du ,*ri/4 ,mais1 lorsque1 aprs avoir n\rri dans ma jeunesse des esprances orgueilleuses de sci5ce et de v]tu1 je me suis vu c\rb s\s les annes et les ma9s vides de gr&es uvres1 je me suis afflig et rep5ti d'avoir embrass un tat la hauteur duquel je n'avais pas su m'lev]4 ,auj\rd'hui je vois que je ne tomb]ai pas de l'arbre comme un fruit /rile4 ,la sem5ce de vie a fcond ton me4 ,j'ai un fils1 un enfant plus prcieux qu'un fruit de mes entrailles2 j'ai un fils de mon intellig5ce4 --,et de ton cur1 lui dis-je en pliant les deux g5\x devant lui2 c> tu z un gr& cur1 pre ,alexis6 un cur plus gr& encore que ton intellig5ce6 ,et qu& tu t'cries3 ,je suis libre6 cette p>ole puissante implique celle-ci3 ,j'aime et je crois4 --,j'aime1 je crois et j'espre1 tu l'z dit6 rpondit-il avec att5drissem5t2 s'il en tait autrem5t1 je ne s]ais pas libre4 ,la brute1 au fond des =ts1 ne connat po9t de lois1 et p\rtant elle e/ esclave2 c> elle ne sait ni le prix1 ni la dignit1 ni l'usage de sa lib]t4 ,l'homme priv d'idal e/ l'esclave de lui-mme1 de ses in/9cts matriels1 de ses passions f>\*es1 tyrans plus absolus1 matres plus fantasques que t\s ceux qu'il a r5v]ss avant de tomb] s\s l'empire de la fatalit4 ,n\s causmes a9si longtemps encore4 ,il m'entret9t des gr&s my/res de la foi py?agorici5ne1 platonici5ne et *rti5ne1 qu'il disait tre un mme dogme cont9u et modifi1 et dont l'ess5ce lui semblait le fond de la vrit t]nelle2 vrit progressive1 disait-il1 en ce s5s qu'elle tait enveloppe encore de nuages pais1 et qu'il app>t5ait l'intellig5ce huma9e de d*ir] ces voiles un un1 jusqu'au d]ni]4 ,il s'ef=a de rassembl] t\s les lm5ts sur lesquels il basait sa foi en un ,dieu-,p]fection3 c'e/ a9si qu'il l'appelait4 ,il disait3 #a que la gr&eur et la beaut de l'univ]s accessible aux calculs et aux obs]vations de la sci5ce huma9e1 n\s montrai5t dans le ,crateur l'ordre1 la sagesse et la sci5ce omnipot5te2 #b que le beso9 qu'pr\v5t les hommes de se =m] en socit et d'tablir entre eux des rapports de sympa?ie1 de religion commune et de protection mutuelle1 pr\vait1 dans le lgislateur univ]sel1 l'esprit de s\v]a9e ju/ice2 #c que les lans cont9uels du cur de l'homme v]s l'idal pr\vai5t l'am\r inf9i du pre des hommes rp&u gr&s flots sur la gr&e famille huma9e1 et manife/ *aque me en p>ticuli] dans le sanctuaire de sa consci5ce4 ,de l il concluait p\r l'homme trois sortes de devoirs4 ,le premi]1 appliqu la nature extrieure3 devoir de s'in/ruire dans les sci5ces1 af9 de modifi] et de p]fectionn] aut\r de lui le monde physique4 ,le second1 appliqu la vie sociale3 devoir de respect] ou d'tablir des in/itutions librem5t acceptes p> la famille huma9e et favorables son dveloppem5t4 ,le troisime1 applicable la vie intrieure de l'individu3 devoir de se p]fectionn] soi-mme en vue de la p]fection div9e1 et de *]*] sans cesse p\r soi et p\r les autres les voies de la vrit1 de la sagesse et de la v]tu4 ,ces entreti5s et ces enseignem5ts fur5t au mo9s aussi longs que le rcit qui les avait am5s4 ,ils durr5t plusieurs j\rs1 et n\s absorbr5t tellem5t l'un et l'autre que n\s pr5ions pe9e le temps de dormir4 ,mon matre semblait avoir rec\vr1 p\r m'in/ruire1 une =ce virile4 ,il ne songeait plus ses s\ffrances et me les faisait oubli] moi-mme2 il me lisait son livre et me l'expliquait mesure4 ,c'tait un livre trange1 ple9 d'une gr&eur et d'une simplicit sublimes4 ,il n'avait pas affect une =me m?odique2 il av\ait n'avoir pas eu le temps de se rsum]1 et avoir plutt crit1 comme ,montaigne1 au j\r le j\r1 une suite d'essais1 o il avait exprim navem5t tantt les lans religieux1 tantt les accs de tri/esse et de dc\ragem5t s\s l'empire desquels il s'tait tr\v4 ,j'ai s5ti1 me disait-il1 que je n'tais plus capable d'crire un gr& ouvrage p\r mes contempora9s1 tel que je l'avais rv dans mes j\rs de noble1 mais aveugle ambition4 ,alors1 con=mant ma manire l'humilit de ma position1 et mes esprances la faiblesse de mon tre1 j'ai song rp&re mon cur t\t enti] sur ces pages intimes1 af9 de =m] un disciple qui1 ayant bi5 compris les dsirs et les beso9s de l'me huma9e1 consacrt son intellig5ce *]*] le s\lagem5t et la satisfaction de ses dsirs et de ses beso9s1 dont tt ou t>d1 aprs les agitations politiques1 t\s les hommes s5tiront l'importance4 ,expression pla9tive de la tri/e poque o le sort m'a jet1 je ne puis qu'lev] un cri de dtresse af9 qu'on me r5de ce qu'on m'a t3 une foi1 un dogme et un culte4 ,je s5s bi5 que nul encore ne peut me rpondre et que je vais m\rir hors du temple1 ple9 de tr\ble et de frayeur1 n'emportant p\r t\t mrite1 aux pi$s du juge suprme1 que le combat op9itre de mes s5tim5ts religieux contre l'action dissolvante d'un sicle sans religion4 ,mais j'espre1 et mon dsespoir mme enfante *ez moi des esprances n\velles2 c>1 plus je s\ffre de mon ignorance1 plus j'ai horreur du nant1 et plus je s5s que mon me a des droits sacrs sur cet hritage cle/e dont elle a l'insatiable ,dsir444 ,illu/ration ,c'tait la troisime nuit de cet entreti51 et1 malgr l'intrt puissant qui m'y en*anait1 je fus t\t c\p saisi d'un tel accablem5t1 que je m'ass\pis auprs du lit de mon matre t&is qu'il p>lait encore1 d'une voix affaiblie1 au milieu des tnbres2 c> t\te l'huile de la lampe tait consume1 et le j\r ne p>aissait po9t encore4 ,au b\t de quelques in/ants1 je m'veillai2 ,alexis faisait ent5dre encore des sons in>ticuls et semblait se p>l] lui-mme4 ,je fis d'incroyables ef=ts p\r l'c\t] et p\r rsi/] au sommeil2 ses p>oles tai5t in9telligibles1 et1 la fatigue l'emportant1 je m'endormis de n\veau1 la tte appuye sur le bord de son lit4 ,alors1 dans mon sommeil1 j'ent5dis une voix ple9e de d\ceur et d'h>monie qui semblait cont9u] les disc\rs de mon matre1 et je l'c\tais sans m'veill] et sans la compr5dre4 ,enf91 je s5tis comme un s\ffle rafra*issant qui c\rait dans mes *eveux1 et la voix me dit3 ,angel1 ,angel1 l'heure e/ v5ue4 ,je m'imag9ai que mon matre expirait1 et1 faisant un gr& ef=t1 je m'veillai et j't5dis les ma9s v]s lui4 ,ses ma9s tai5t tides1 et sa respiration rgulire annonait un paisible repos4 ,je me levai alors p\r rallum] la lampe2 mais je crus s5tir le frlem5t d'un tre d'une nature indf9issable qui se plaait devant moi et qui s'opposait mes m\vem5ts4 ,je n'eus po9t peur et je lui dis avec assurance3 ,qui es-tu1 et que veux-tu8 es-tu celui que n\s aimons8 z-tu quelque-*ose m'ordonn]8 --,angel1 dit la voix1 le manuscrit e/ s\s la pi]re1 et le cur de ton matre s]a t\rm5t tant qu'il n'aura pas accompli la volont de celui444 ,illu/ration ,ici la voix se p]dit2 je n'ent5dis plus aucun autre bruit dans la *ambre que la respiration gale et faible d',alexis4 ,j'allumai la lampe1 je m'assurai qu'il dormait1 que n\s tions seuls1 que t\tes les portes tai5t f]mes2 je m'assis1 inc]ta9 et agit4 ,puis1 au b\t de peu d'in/ants1 je pris mon p>ti1 je sortis de la cellule1 sans bruit1 t5ant d'une ma9 ma lampe1 de l'autre une b>re d'aci] que j'enlevai une des ma*9es de l'obs]vatoire1 et je me r5dis l'glise4 ,comm5t1 moi1 si jeune1 si timide et si sup]/itieux jusqu' ce j\r1 j'eus t\t c\p la volont et le c\rage d'entrepr5dre seul une telle *ose1 c'e/ ce que je n'expliqu]ai pas4 ,je sais seulem5t que mon esprit tait lev sa plus haute puissance en cet in/ant1 soit que je fusse s\s l'empire d'une exaltation trange1 soit qu'un p\voir suprieur moi agt en moi mon insu4 ,ce qu'il y a de c]ta91 c'e/ que j'attaquai sans trembl] la pi]re du ,hic e/1 et que je l'enlevai sans pe9e4 ,je desc5dis dans le caveau1 et je tr\vai le c]cueil de plomb dans sa ni*e de m>bre noir4 ,m'aidant du levi] et de mon c\teau1 j'en dess\dai sans pe9e une p>tie2 je tr\vai1 l'endroit de la poitr9e o j'avais dirig mes re*]*es1 des lambeaux de vtem5t que je s\levai et qui se r\lr5t aut\r de mes doigts comme des toiles d'araigne4 ,puis1 glissant ma ma9 jusqu' la place o ce noble cur avait battu1 je s5tis sans horreur le froid de ses ossem5ts4 ,le paquet de p>*em9 n'tant plus ret5u p> les plis du vtem5t1 r\la dans le fond du c]cueil2 je l'en retirai1 et1 ref]mant le spulcre la hte1 je ret\rnai auprs d',alexis et dposai le manuscrit sur ses g5\x4 ,alors1 un v]tige me saisit1 et je faillis p]dre connaissance2 mais ma volont l'emporta encore3 c> ,alexis dpliait le manuscrit d'une ma9 f]me et empresse4 ,hic e/ v]itas6 s'cria-t-il en jetant les yeux sur la devise favorite de ,spiridion1 qui s]vait d'pigraphe cet crit4 ,angel1 que vois-je8 en croirai-je mes yeux8 ,ti5s1 reg>de toi-mme1 il me semble que je suis en proie une halluc9ation4 ,je reg>dai avec lui2 c'tait un de ces beaux manuscrits du treizime sicle tracs sur p>*em9 avec une nettet et une lgance dont l'imprim]ie n'appro*e po9t2 travail manuel1 humble et pati5t1 de quelque mo9e inconnu2 et ce manuscrit1 quelle fut ma surprise1 quelle fut la con/]nation de mon matre ,alexis1 en voyant que ce n'tait pas autre *ose que le livre des vangiles selon l'aptre sa9t ,jean8 ,n\s sommes tromps6 dit ,alexis4 ,il y a eu l une sub/itution4 ,fulg5ce aura laiss dj\] sa vigilance p5dant les funrailles de son matre1 ou bi5 ,donati5 a surpris le secret de nos entreti5s2 il a enlev le livre et mis la place la p>ole du ,*ri/ sans appel et sans comm5taire4 --,att5dez1 mon pre1 m'criai-je aprs avoir exam9 att5tivem5t le manuscrit2 ceci e/ un monum5t bi5 r>e et bi5 prcieux4 ,il e/ de la propre ma9 du clbre abb ,joa*im de ,flore1 mo9e ci/]ci5 de la ,calabre444 ,sa signature l'atte/e4 --,oui1 dit ,alexis en repr5ant le manuscrit et en le reg>dant avec so91 celui qu'on appelait l'homme vtu de l91 celui qu'on reg>dait comme un inspir1 comme un prophte1 le messie du n\vel vangile au comm5cem5t du treizime sicle6 ,je ne sais quelle motion pr(onde remue mes entrailles la vue de ces c>actres4 *]*eur de vrit1 j'ai s\v5t ap]u la trace de tes pas sur mon propre *em96 ,mais1 reg>de1 ,angel1 ri5 ici ne doit *app] notre att5tion2 c> ce n'e/ c]tes pas sans desse9 que ce prcieux exemplaire a s]vi de l9ceul au cur d',hbronius2 vois-tu ces c>actres tracs en plus grosses lettres et avec plus d'lgance que le re/e du texte8 --,ils sont aussi m>qus d'une c\leur p>ticulire1 et ce ne sont pas les seuls peut-tre4 ,voyons1 mon pre6 ,n\s feuilletmes l'vangile de sa9t ,jean1 et n\s tr\vmes dans ce *ef-d'uvre calligraphique de l'abb ,joa*im1 trois passages crits en c>actres plus gros1 plus orns1 et d'une autre encre que le re/e1 comme si le copi/e et v\lu arrt] la mditation du comm5tateur sur ces passages dcisifs4 ,le premi]1 crit en lettres d'azur1 tait celui qui ouvre si magnifiquem5t l'vangile de sa9t ,jean4 ,,la ,,p>ole ,,tait ,,au ,,comm5cem5t1 ,,la ,,p>ole ,,tait ,,avec ,,dieu1 ,,et ,,cette ,,p>ole ,,tait ,,dieu4 ,,t\tes ,,*oses ,,ont ,t ,,faites ,,p> ,,elle2 ,,et ,,ri5 ,,de ,,ce ,,qui ,a ,t ,,fait ,n',a ,t ,,fait ,,sans ,,elle4 ,c',,e/ ,,en ,,elle ,,qu',,tait ,,la ,,vie1 ,,et ,,la ,,vie ,,tait ,,la ,,lumi,,re ,,des ,,hommes4 ,,et ,,la ,,lumi,,re ,,luit ,,dans ,,les ,t,n,,bres1 ,,et ,,les ,t,n,,bres ,,ne ,l',,ont ,,po9t ,,re,,ue4 ,c',,tait ,,la ,v,,ritable ,,lumi,,re ,,qui ,,claire ,,t\t ,,homme ,,v5ant ,,en ,,ce ,,monde4 ,le second passage tait crit en lettres de p\rpre4 ,c'tait celui-ci3 ,l',,heure ,,vi5t ,,que ,,v\s ,n',,ador]ez ,,le ,p,,re ,,ni ,,sur ,,cette ,,montagne ,,ni ,j,,rusalem4 ,l',,heure ,,vi5t ,,que ,,les ,,vrais ,,adorateurs ,,ador]ont ,,le ,p,,re ,,en ,,esprit ,,et ,,en ,v,,rit4 ,et le troisime1 crit en lettres d'or1 tait celui-ci3 ,c',,e/ ,,ici ,,la ,,vie ,,t]nelle ,,de ,,te ,,conna,,tre1 ,,toi ,,le ,,seul ,,vrai ,,dieu1 ,,et ,,celui ,,que ,,tu ,,z ,,envoy1 ,j,,sus ,,le ,,*ri/4 ,un quatrime passage tait encore signal l'att5tion1 mais uniquem5t p> la grosseur des c>actres2 c'tait celui-ci du *apitre ,x3 ,j,,sus ,,leur ,r,,pondit3 ,j',,ai ,,fait ,,devant ,,v\s ,,plusieurs ,,bonnes ,,uvres ,,de ,,la ,,"p ,,de ,,mon ,p,,re2 ,,p\r ,,laquelle ,,me ,,lapidez-,,v\s8--,,les ,,juifs ,,lui ,r,,pondir5t3 ,,ce ,n',,e/ ,,po9t ,,p\r ,,une ,,bonne ,,uvre ,,que ,,n\s ,,te ,,lapidons1 ,,mais ,c',,e/ ,,cause ,,de ,,ton ,,blasph,,me1 ,c',,e/ ,,cause ,,que1 ,,tant ,,homme1 ,,tu ,,te ,,fais ,,dieu4 ,j,,sus ,,leur ,r,,pondit3 ,n',,e/-,,il ,,pas ,,crit ,,dans ,,votre ,,loi3 ,i,j',,ai ,,dit3 ,,v\s ,,tes ,,t\s ,,des ,,dieux4 ,,si ,,elle ,a ,,appel ,,dieux ,,ceux ,,qui ,,la ,,p>ole ,,de ,,dieu ,,tait ,,adress,e1 ,,et ,,si ,l',,criture ,,ne ,,peut ,,tre ,,rejet,e1 ,,dites-,,v\s ,,que ,,je ,,blasph,,me1 ,,moi ,,que ,,le ,p,,re ,a ,,sanctifi1 ,,et ,,qu',,il ,a ,,envoy ,,dans ,,le ,,monde1 ,,p>ce ,,que ,j',,ai ,,dit3 ,,je ,,suis ,,le ,,fils ,,de ,,dieu8 ,angel6 s'cria ,alexis1 comm5t ce passage n'a-t-il pas frapp les *rti5s lorsqu'ils ont conu l'ide idoltrique de faire de ,jsus-,*ri/ un ,dieu ,t\t-,puissant1 un membre de la ,tr9it div9e8 ,ne s'e/-il pas expliqu lui-mme sur cette prt5due div9it8 n'en a-t-il pas rep\ss l'ide comme un blasphme8 ,oh6 oui1 il n\s l'a dit1 cet homme div96 n\s sommes t\s des dieux1 n\s sommes t\s les enfants de ,dieu1 dans le s5s o sa9t ,jean l'ent5dait en exposant le dogme au db de son vangile444 t\s ceux qui ont reu la p>ole 7le logos div97 il a donn le droit d'tre faits enfants de ,dieu4 ,oui1 la p>ole e/ ,dieu2 la rvlation1 c'e/ ,dieu1 c'e/ la vrit div9e manife/e1 et l'homme e/ ,dieu aussi1 en ce s5s qu'il e/ le fils de ,dieu1 et une manife/ation de la ,div9it3 mais il e/ une manife/ation f9ie1 et ,dieu seul e/ la ,tr9it inf9ie4 ,dieu tait en ,jsus1 le ,v]be p>lait p> ,jsus1 mais ,jsus n'tait pas le ,v]be4 ,mais n\s avons d'autres trsors exam9] et comm5t]1 ,angel2 c> voici trois manuscrits au lieu d'un4 ,modre l'ardeur de ta curiosit1 comme je dompte la mi5ne4 ,procdons avec ordre1 et passons au second ayant de reg>d] le troisime4 ,l'ordre dans lequel ,spiridion a plac ces trois manuscrits s\s une mme enveloppe doit tre sacr p\r n\s1 et signifie inconte/ablem5t le progrs1 le dveloppem5t et le complm5t de sa p5se4 ,n\s dr\lmes le second manuscrit4 ,il n'tait ni mo9s prcieux ni mo9s curieux que le premi]4 ,c'tait ce livre p]du durant des sicles1 inconnu aux gnrations qui n\s sp>5t de son app>ition dans le monde2 ce livre p\rsuivi p> l',univ]sit de ,p>is1 tolr d'abord et puis condamn1 et livr aux flammes p> le sa9t-sige en #abfj3 c'tait la fameuse ,introduction l'vangile t]nel1 crite de la propre ma9 de l'auteur1 le clbre ,jean de ,p>me1 gnral des ,francisca9s et disciple de ,joa*im de ,flore4 ,en voyant s\s nos yeux ce monum5t de l'hrsie1 n\s fmes saisis1 ,alexis et moi1 d'un frisson involontaire4 ,cet exemplaire1 probablem5t unique dans le monde1 tait dans nos ma9s2 et p> lui qu'allions-n\s appr5dre8 avec quel tonnem5t n\s en lmes le sommaire1 crit la premire page3 ,la religion a trois poques comme le rgne des trois p]sonnes de la ,tr9it4 ,le rgne du ,pre a dur p5dant la loi mosaque4 ,le rgne du ,fils1 c'e/--dire la religion *rti5ne1 ne doit pas dur] t\j\rs4 ,les crmonies et les sacrem5ts dans lesquels cette religion s'enveloppe1 ne doiv5t pas tre t]nels4 ,il doit v5ir un temps o ces my/res cess]ont1 et alors doit comm5c] la religion du ,sa9t-,esprit1 dans laquelle les hommes n'auront plus beso9 de sacrem5ts1 et r5dront l'tre suprme un culte purem5t spirituel4 ,le rgne du ,sa9t-,esprit a t prdit p> sa9t ,jean1 et c'e/ ce rgne qui va succd] la religion *rti5ne1 comme la religion *rti5ne a succd la loi mosaque4 ,quoi6 s'cria ,alexis1 e/-ce a9si qu'il faut ent5dre le dveloppem5t des p>oles de ,jsus la ,sam>ita9e3 ,l'heure vi5t que v\s n'ador]ez plus le ,pre ni ,jrusalem ni sur cette montagne1 mais que v\s l'ador]ez en ,esprit et en ,vrit8 ,oui la doctr9e de l'vangile-t]nel6 cette doctr9e de lib]t1 d'galit et de frat]nit qui sp>e ,grgoire ,,vii de ,lu!r1 l'a ent5du a9si4 ,or1 cette poque e/ bi5 gr&e3 c'e/ elle qui1 aprs avoir rempli le monde1 fconde encore la p5se de t\s les gr&s hrsi>ques1 de t\tes les sectes p]scutes jusqu' nos j\rs4 ,condamn1 dtruit1 cet uvre vit et se dveloppe dans t\s les p5seurs qui n\s ont produits2 et des c5dres de son b*]1 l'vangile t]nel projette une flamme qui embrase la suite des gnrations4 ,wiclef1 ,jean ,huss1 ,jrme de ,prague1 ,lu!r6 v\s tes sortis de ce b*]1 v\s avez t c\vs s\s cette c5dre glorieuse2 et toi-mme ,bossuet1 prote/ant mal dguis1 le d]ni] vque1 et toi aussi ,spiridion1 le d]ni] aptre1 et n\s aussi les d]ni]s mo9es6 ,mais quelle tait donc la p5se suprieure de ,spiridion p> rapport cette rvlation du treizime sicle8 ,le disciple de ,lu!r et de ,bossuet s'tait-il ret\rn v]s le pass p\r embrass] la doctr9e d',amaury1 de ,joa*im de ,flore et de ,jean de ,p>me8 --,ouvrez le troisime manuscrit1 mon pre4 ,sans d\te1 il s]a la clef des deux autres4 ,le troisime manuscrit tait en effet l'uvre de l'abb ,spiridion1 et ,alexis1 qui avait vu s\v5t des textes sacrs1 copis de sa ma91 et re/s entre celles de ,fulg5ce1 reconnut aussitt l'au!nticit de cet crit4 ,il tait =t c\rt et se rsumait dans ce peu de lignes3 ,jsus 7vision adorable7 m'e/ app>u et m'a dit3 ,des quatre vangiles1 le plus div91 le mo9s enta* des =mes passagres de l'humanit au mom5t o j'ai accompli ma mission1 e/ l'vangile de ,jean1 de celui sur le se9 duquel je me suis appuy durant la passion1 de celui qui je recomm&ai ma mre en m\rant4 ,tu ne g>d]as que cet vangile4 ,les trois autres1 crits en vue de la t]re p\r le temps o ils ont t crits1 ple9s de m5aces et d'ana?mes1 ou de rs]ves sac]dotales dans le s5s de l'antique mosaque1 s]ont p\r toi comme s'ils n'tai5t pas4 ,rponds2 m'obiras-tu8 ,et moi1 ,spiridion1 s]viteur de ,dieu1 j'ai rpondu3 ,j'obirai4 ,jsus alors m'a dit3 ,dans ton pass *rti51 tu s]as donc de l'cole de ,jean1 tu s]as ,joannite4 ,et qu& ,jsus m'eut dit ces p>oles1 je s5tis en moi comme une sp>ation qui se faisait dans t\t mon tre4 ,je me s5tis m\rir4 ,je n'tais plus *rti52 mais bi5tt je me s5tis r5atre1 et j'tais plus *rti5 que jamais4 ,c> le *ri/ianisme m'tait rvl1 et j'ent5dis une voix qui disait mes oreilles ce v]set du dix-septime *apitre de l'unique vangile3 ,c'e/ ici la vie t]nelle de te connatre1 toi1 le seul vrai ,dieu1 et celui que tu z envoy1 ,jsus le ,*ri/4 ,alors ,jsus me dit3 ,tu recueill]as trav]s les sicles la tradition de ton cole4 ,et je p5sai t\t ce que j'avais lu autrefois sur l'cole de sa9t ,jean1 et ceux que j'avais si s\v5t appels des hrtiques m'app>ur5t comme de vrais vivants4 ,jsus aj\ta3 ,mais tu effac]as et tu ratur]as avec so9 les erreurs de l'esprit prophtique1 p\r ne g>d] que la prophtie4 ,la vision avait disp>u2 mais je la s5tais1 p\r a9si dire1 qui se cont9uait secrtem5t en moi4 ,je c\rus mes livres1 et le premi] ouvrage qui me tomba s\s la ma9 fut un manuscrit de l'vangile de sa9t ,jean1 de la ma9 de ,joa*im de ,flore4 ,le second fut l',introduction l'vangile t]nel1 de ,jean de ,p>me4 ,je relus l'vangile de sa9t ,jean en adorant4 ,et je lus l',introduction l'vangile t]nel en s\ffrant et en gmissant4 ,qu& j'eus f9i de le lire1 t\t ce qui m'en re/a fut cette phrase3 ,la religion a trois poques1 comme les rgnes des trois p]sonnes de la ,tr9it4 ,t\t le re/e avait disp>u et tait ratur de mon esprit4 ,mais cette phrase brillait devant les yeux de mon intellig5ce1 comme un ph>e clatant et qui ne doit pas s'te9dre4 ,alors ,jsus m'app>ut de n\veau1 et me dit3 ,la religion a trois poques1 comme les rgnes des trois p]sonnes de la ,tr9it4 ,je rpondis3 a9si soit-il6 ,jsus reprit3 ,le *ri/ianisme a eu trois poques1 et les trois poques sont accomplies4 ,et il disp>ut4 ,et je vis pass] successivem5t devant moi 7vision adorable7 sa9t ,pi]re1 sa9t ,jean et sa9t ,paul4 ,d]rire sa9t ,pi]re tait le gr& pape ,grgoire ,,vii4 ,d]rire sa9t ,jean1 ,joa*im de ,flore1 le sa9t ,jean du treizime sicle4 ,d]rire sa9t ,paul tait ,lu!r4 ,je m'van\is4 ,plus lo91 aprs un int]valle1 tait crit de la mme ma93 ,le *ri/ianisme devait avoir trois poques1 et les trois poques sont accomplies4 ,comme la ,tr9it div9e a trois faces1 la conception que l'esprit huma9 a eue de la ,tr9it dans le *ri/ianisme devait avoir trois faces successives4 ,la premire1 qui rpond sa9t ,pi]re1 embrasse la priode de la cration et du dveloppem5t hir>*ique et militant de l'glise jusqu' ,hildebr&1 le sa9t ,pi]re du onzime sicle2 la seconde1 qui rpond sa9t ,jean1 embrasse la priode depuis ,abeil>d jusqu' ,lu!r2 la troisime1 qui rpond sa9t ,paul1 comm5ce ,lu!r et f9it ,bossuet4 ,c'e/ le rgne du libre exam51 de la connaissance1 comme la priode antrieure e/ celle de l'am\r et du s5tim5t1 comme celle qui avait prcd e/ la priode de la s5sation et de l'activit4 ,l f9it le *ri/ianisme1 et l comm5ce l're d'une n\velle religion4 ,ne *]*ons donc plus la vrit absolue dans l'application littrale des vangiles1 mais dans le dveloppem5t des rvlations de t\te l'humanit antrieure n\s4 ,le dogme de la ,tr9it e/ la religion t]nelle2 la vritable comprh5sion de ce dogme e/ t]nellem5t progressive4 ,n\s repass]ons t]nellem5t peut-tre p> ces trois phases de manife/ations de l'activit1 de l'am\r et de la sci5ce1 qui sont les trois pr9cipes de notre ess5ce mme1 puisque ce sont les trois pr9cipes div9s que reoit *aque homme v5ant dans le monde1 titre de fils de ,dieu4 ,et plus n\s arriv]ons n\s manife/] simultanm5t s\s ces trois faces de notre humanit1 plus n\s appro*]ons de la p]fection div9e4 ,hommes de l'av5ir1 c'e/ v\s qu'il e/ rs]v de ralis] cette prophtie1 si ,dieu e/ en v\s4 ,ce s]a l'uvre d'une n\velle rvlation1 d'une n\velle religion1 d'une n\velle socit1 d'une n\velle humanit4 ,cette religion n'abjur]a pas l'esprit du ,*ri/ianisme1 mais elle en dp\ill]a les =mes4 ,elle s]a au ,*ri/ianisme ce que la fille e/ la mre1 lorsque l'une p5*e v]s la tombe et que l'autre e/ en ple9 dans la vie4 ,cette religion1 fille de l'vangile1 ne r5i]a po9t sa mre1 mais elle cont9u]a son uvre2 et ce que sa mre n'aura pas compris1 elle l'expliqu]a2 ce que sa mre n'aura pas os1 elle l'os]a2 ce que sa mre n'aura fait qu'entrepr5dre1 elle l'a*v]a4 ,ceci e/ la vritable prophtie qui e/ app>ue s\s un voile de deuil au gr& ,bossuet1 son heure d]nire4 ,tr9it div9e1 reois et repr5ds l'tre de celui que tu z clair de ta lumire1 embras de ton am\r1 et cr de la sub/ance mme1 ton s]viteur ,spiridion4 ,alexis replia le manuscrit1 le plaa sur sa poitr9e1 croisa ses ma9s dessus1 et re/a plong dans une mditation pr(onde4 ,une gr&e srnit rgnait sur son front4 ,je re/ai ses cts immobile1 att5tif1 piant t\s ses m\vem5ts1 et *]*ant dans l'expression de sa physionomie compr5dre les p5ses qui remuai5t son me4 ,t\t c\p je vis de grosses l>mes r\l] de ses yeux et inond] son visage fltri1 comme une pluie bi5faisante sur la t]re altre4 ,je suis bi5 heureux6 me dit-il en se jetant dans mon se94 ma vie6 ma tri/e vie6 ce n'tait pas trop de tes d\leurs et de tes fatigues p\r a*et] cet ineffable in/ant de lumire1 de c]titude et de *>it6 ,*>it div9e1 je te compr5ds enf96 ,logique suprme1 tu ne p\vais faillir6 ,ami ,spiridion1 tu le savais bi5 qu& tu me disais3 ,aime et tu compr5dras6 ma sci5ce frivole6 mon rudition /rile6 v\s ne m'avez pas clair sur le vritable s5s des critures6 ,c'e/ depuis que j'ai compris l'amiti1 et p> elle la *>it1 et p> la *>it l'en?\siasme de la frat]nit huma9e1 que je suis dev5u capable de compr5dre la p>ole de ,dieu4 ,angel1 laisse-moi ces manuscrits p5dant le peu d'heures que j'ai encore pass] prs de toi2 et1 qu& je ne s]ai plus1 ne les ensevelis po9t avec moi4 ,le temps e/ v5u o la vrit ne doit plus dormir dans les spulcres1 mais agir la lumire du soleil et remu] le cur des hommes de bonne volont4 ,tu reliras ces vangiles1 mon enfant1 et en les comm5tant1 tu rappr5dras l'hi/oire2 ton c]veau1 que j'ai rempli de faits1 de textes et de =mules1 e/ comme un livre qui porte en soi la vie1 et qui n'en a pas consci5ce4 ,c'e/ a9si que1 durant tr5te ans1 j'avais fait de ma propre intellig5ce un p>*em94 ,celui qui a t\t lu1 t\t exam9 sans ri5 compr5dre e/ le pire des ignorants2 et celui qui1 sans savoir lire1 a compris la sagesse div9e1 e/ le plus gr& savant de la t]re4 ,ma9t5ant1 reois mes adieux1 mon enfant1 et apprte-toi quitt] le clotre et r5tr] dans la vie4 --,que dites-v\s8 m'criai-je2 v\s quitt]8 ret\rn] au monde8 ,e/-ce l votre amiti8 sont-ce l vos conseils8 --,tu vois bi51 dit-il1 que c'en e/ fait de n\s4 ,n\s sommes une race unie1 et ,spiridion a t1 vrai dire1 le d]ni] mo9e4 matre in=tun1 aj\ta-t-il en levant les yeux au ciel1 toi aussi tu z bi5 s\ff]t1 et ta s\ffrance a t ignore des hommes4 ,mais ,dieu t'a reu en expiation de tes erreurs sublimes1 et il t'a envoy1 tes d]ni]s in/ants1 l'in/9ct prophtique qui t'a consol2 c> ton gr& cur a d oubli] sa propre s\ffrance en ap]cevant l'av5ir de la race huma9e t\rn v]s l'idal4 ,a9si donc je suis arriv au mme rsultat que toi4 ,quoique ta vie ait t consacre seulem5t aux tudes ?ologiques1 et que la mi5ne ait embrass un plus l>ge c]cle de connaissances1 n\s avons tr\v la mme conclusion2 c'e/ que le pass e/ f9i et ne doit po9t entrav] l'av5ir1 c'e/ que notre *ute e/ aussi ncessaire que l'a t notre exi/5ce2 c'e/ que n\s ne devons ni r5i] l'une1 ni maudire l'autre4 ,eh bi51 ,spiridion1 dans l'ombre de ton clotre et dans le secret de tes mditations1 tu z t plus gr& que ton matre3 c> celui-ci e/ mort en jetant un cri de dsespoir et on croyant que le monde s'cr\lait sur lui2 et toi tu t'es endormi dans la paix du ,seigneur1 rempli d'un div9 espoir p\r la race huma9e4 ,oh6 oui1 je t'aime mieux que ,bossuet2 c> tu n'z pas maudit ton sicle1 et tu z noblem5t abjur une longue suite d'illusions1 inc]titudes respectables1 ef=ts sublimes d'une me ardemm5t prise de la p]fection4 ,sois bni1 sois glorifi3 le royaume des cieux app>ti5t ceux dont l'esprit e/ va/e et dont le cur e/ simple4 ,qu& il eut p>l a9si1 il m'imposa les ma9s et me donna sa bndiction2 puis1 se mettant en devoir de se lev]3 ,allons1 dit-il1 tu sais que l'heure e/ v5ue4 --,quelle heure donc1 lui dis-je1 et que v\lez-v\s faire8 ,ces p>oles ont dj frapp mon oreille cette nuit1 et je croyais avoir t le seul les ent5dre4 ,dites1 matre1 que signifi5t-elles8 --,ces p>oles1 je les ai ent5dues1 me rpondit-il2 c>1 p5dant que tu desc5dais dans le tombeau de notre matre1 j'avais ici un long entreti5 avec lui4 --,v\s l'avez vu8 lui dis-je4 --,je ne l'ai jamais vu la nuit1 mais seulem5t le j\r1 la cl>t du soleil4 ,je ne l'ai jamais vu et ent5du en mme temps3 c'e/ la nuit qu'il me p>le1 c'e/ le j\r qu'il m'app>at3 ,cette nuit1 il m'a expliqu ce que n\s v5ons de lire et plus encore2 et1 s'il t'a ordonn d'exhum] le manuscrit1 c'e/ af9 que jamais le d\te n'entrt dans ton me au sujet de ce que les hommes de ce sicle appell]ai5t nos visions et nos dlires4 --,dlires cle/es1 m'criai-je1 et qui me f]ai5t har la raison1 si la raison p\vait en anantir l'effet6 ,mais ne le craignez pas1 mon pre2 je port]ai jamais dans mon cur la mmoire sacre de ces j\rs d'en?\siasme4 --,ma9t5ant1 vi5s6 dit ,alexis en se mettant m>*] dans sa cellule d'un pas assur1 et en r$ressant son corps bris1 avec la noblesse et l'aisance d'un jeune homme4 --,eh quoi6 ,v\s m>*ez6 ,v\s tes donc guri6 lui dis-je2 ceci e/ un prodige n\veau4 --,la volont e/ seule un prodige1 rpondit-il1 et c'e/ la puissance div9e qui l'accomplit en n\s4 ,suis-moi1 je veux revoir le soleil1 les palmi]s1 les murs de ce mona/re1 la tombe de ,spiridion et de ,fulg5ce2 je me s5s possd d'une joie d'enfant2 mon me dborde4 ,il faut que j'embrasse cette t]re de d\leurs et d'esprances o les l>mes sont fcondes1 et que nos g5\x fatigus de prires n'ont pas creuse en va94 ,n\s desc5dmes p\r n\s r5dre au j>d92 mais en passant devant le rfectoire o les mo9es tai5t rassembls1 il s'arrta un in/ant1 et jeta sur eux un reg>d de compassion4 ,en voyant deb\t devant eux cet ,alexis qu'ils croyai5t m\rant1 ils fur5t saisis d'p\vante1 et un des conv]s qui les s]vait et qui se tr\vait prs de la porte1 murmura ces mots3 ,les morts ressuscit5t1 c'e/ le prsage de quelque malheur4 --,oui1 sans d\te1 rpondit ,alexis en entrant dans le rfectoire p> l'effet d'une subite rsolution1 un gr& malheur v\s m5ace4 ,et p>lant haute voix1 avec un visage anim de l'n]gie de la jeunesse1 et les yeux t9celants du feu de l'inspiration3 ,frres1 dit-il1 quittez la table1 n'a*evez pas votre pa91 d*irez vos robes1 ab&onnez ces murs que la f\dre branle dj1 ou bi5 prp>ez-v\s m\rir6 ,les mo9es1 effrays et con/]ns1 se levr5t tumultueusem5t1 comme s'ils se fuss5t att5dus quelque prodige4 ,le ,prieur leur comm&a de se rasseoir4 ,ne voyez-v\s pas1 leur dit-il1 que ce vieill>d e/ en proie un accs de dlire8 ,angel1 reconduisez-le son lit1 et ne le laissez plus sortir de sa cellule2 je v\s le comm&e4 --,frre1 tu n'z plus ri5 comm&] ici1 reprit ,alexis avec le calme de la =ce4 ,tu n'es plus *ef1 tu n'es plus mo9e1 tu n'es plus ri54 ,il faut fuir1 te dis-je2 ton heure et la ntre t\s e/ v5ue4 ,les religieux s'agitr5t encore4 ,donati5 les cont9t de n\veau1 et craignant quelque scne viol5te3 ,t5ez-v\s tranquilles1 leur dit-il1 et laissez-le p>l]2 v\s allez voir que ses ides sont tr\bles p> la fivre4 -- mo9es6 dit ,alexis en s\pirant1 c'e/ v\s dont la fivre a tr\bl l'ent5dem5t2 v\s1 race jadis sublime1 auj\rd'hui abjecte2 v\s qui avez eng5dr p> l'esprit tant de docteurs et de prophtes que l'glise a p]scuts et condamns aux flammes6 v\s qui avez compris l'vangile et qui avez t5t c\rageusem5t de le pratiqu]4 v\s1 disciples de l'vangile t]nel1 pres spirituels du gr& ,amaury1 de ,david de ,d9ant1 de ,pi]re ,valdo1 de ,sg>el1 de ,dulc91 d',eon de l'toile1 de ,pi]re de ,bruys1 de ,loll>d1 de ,wiclef1 de ,jean ,huss1 de ,jrme de ,prague1 et enf9 de ,lu!r6 mo9es qui avez compris l'galit1 la frat]nit1 la communaut1 la *>it et la lib]t6 mo9es qui avez proclam les t]nelles vrits que l'av5ir doit expliqu] et mettre en pratique1 et qui ma9t5ant ne produisez plus ri51 et ne p\vez plus ri5 compr5dre6 ,c'e/ assez longtemps v\s ca*] s\s les plis du manteau de sa9t ,pi]re1 ,pi]re ne peut plus v\s protg]2 c'e/ en va9 que v\s avez fait votre paix avec les pontifes et votre s\mission aux puissants de la t]re3 les puissants ne peuv5t plus ri5 p\r v\s4 ,le rgne de l'vangile t]nel arrive1 et v\s n'tes plus ses disciples2 et au lieu de m>*] la tte des peuples rvolts p\r cras] les tyrannies1 v\s allez tre abattus et f\droys comme les suppts de la tyrannie4 ,fuyez1 v\s dis-je1 il v\s re/e une heure1 mo9s d'une heure6 ,d*irez vos robes et ca*ez-v\s dans l'paisseur des bois1 dans les cav]nes de la montagne2 la bannire du vrai ,*ri/ e/ dplie1 et son ombre v\s enveloppe dj4 --,il prophtise6 s'crir5t quelques mo9es ples et tremblants4 --,il blasphme1 il apo/asie6 s'crir5t quelques autres indigns4 --,qu'on l'emmne1 qu'on l'enf]me6 s'cria le ,prieur b\lev]s et frmissant de rage4 ,nul n'osa cep5dant port] la ma9 sur ,alexis4 ,il semblait protg p> un ange invisible4 ,il prit mon bras1 c> il tr\vait que je ne m>*ais pas assez vite1 et1 sortant du rfectoire1 il m'entrana s\s les palmi]s4 ,il contempla quelque temps la m] et les montagnes avec dlices2 puis1 se ret\rnant v]s le nord1 il me dit3 ,ils vi5n5t6 ils vi5n5t avec la rapidit de la f\dre4 --,qui donc1 mon pre8 --,les v5geurs t]ribles de la lib]t outrage4 ,peut-tre les reprsailles sont-elles ins5ses4 ,qui peut se s5tir inve/i d'une telle mission1 et g>d] le calme de la ju/ice8 ,les temps sont mrs2 il faut que le fruit tombe2 qu'import quelques br9s d'h]be crass8 ,illu/ration --,p>lez-v\s des ennemis de notre pays8 --,je p>le de glaives t9celants dans la ma9 du ,dieu des armes4 ,ils appro*5t1 l',esprit me l'a rvl1 et ce j\r e/ le d]ni] de mes j\rs1 comme dis5t les hommes4 ,mais je ne meurs pas1 je ne te quitte pas1 ,angel1 tu le sais4 --,v\s allez m\rir8 m'criai-je en m'atta*ant son bras avec un effroi insurmontable2 oh6 ne dites pas que v\s allez m\rir6 ,il me semble que je comm5ce vivre d'auj\rd'hui4 --,telle e/ la loi provid5tielle de la succession des tres et des *oses1 rpondit-il4 mon fils1 adorons le ,dieu de l'inf9i6 ,spiridion6 je ne te dem&e pas de m'app>atre en ce j\r2 les yeux de mon me s'ouvr5t sur un monde o ta =me huma9e n'e/ pas ncessaire ma c]titude2 tu es avec moi1 tu es en moi4 ,il n'e/ plus ncessaire que le sable crie s\s tes pi$s p\r que je sa*e retr\v] ton empre9te sur mon *em94 ,non6 plus de visions1 plus de pre/iges1 plus de songes extatiques6 ,angel1 les morts ne quitt5t pas le sanctuaire de la tombe p\r v5ir1 s\s une =me s5sible1 n\s in/ruire ou n\s repr5dre3 mais ils viv5t en n\s1 comme ,spiridion le disait ,fulg5ce1 et notre imag9ation exalte les ressuscite et les met aux prises avec notre consci5ce1 qu& notre consci5ce inc]ta9e et notre sagesse incomplte rejett5t la lumire que n\s eussions d tr\v] en eux444 ,en ce mom5t1 un bruit lo9ta9 v9t tonn] comme un *o affaibli sur la cr\pe des montagnes1 et la m] le rpta au lo9 d'une voix plus faible encore4 ,qu'e/ ceci1 mon pre8 dem&ai-je ,alexis qui c\tait en s\riant4 --,c'e/ le canon1 rpondit-il1 c'e/ le vol de la conqute qui se dirige sur n\s4 ,puis il prta l'oreille1 et le canon se faisait ent5dre rgulirem5t4 ,ce n'e/ pas un combat1 dit-il1 c'e/ un hymne de victoire4 ,n\s sommes conquis1 mon enfant2 il n'y a plus d',italie4 ,que ton cur ne se d*ire pas l'ide d'une patrie p]due4 ,ce n'e/ pas d'auj\rd'hui que l',italie n'exi/e plus2 et ce qui a*ve de cr\l] auj\rd'hui1 c'e/ l'glise des papes4 ,ne prions pas p\r les va9cus3 ,dieu sait ce qu'il fait1 et les va9queurs l'ignor5t4 ,comme n\s r5trions dans l'glise1 n\s fmes abords brusquem5t p> le ,prieur suivi de quelques mo9es4 ,la figure de ,donati5 tait dcompose p> la peur4 ,savez-v\s ce qui se passe8 n\s dit-il2 ent5dez-v\s le canon8 on se bat6 --,on s'e/ battu1 rpondit tranquillem5t ,alexis4 --,d'o le savez v\s8 s'cria-t-on de t\tes p>ts2 avez-v\s quelque n\velle8 ,p\vez-v\s n\s appr5dre quelque *ose8 --,ce ne sont de ma "p que des conjectures1 rpondit-il tranquillem5t2 mais je v\s conseille de pr5dre la fuite1 ou d'apprt] un gr& repas p\r les htes qui v\s arriv5t444 ,et aussitt1 sans se laiss] int]rog] davantage1 il leur t\rna le dos et entra dans l'glise4 pe9e y tions-n\s que des cris confus se fir5t ent5dre au dehors4 ,c'tait comme des *ants de triomphe et d'en?\siasme1 mls d'imprcations et de m5aces4 ,aucun cri1 aucune m5ace ne rpondir5t ces voix trangres4 ,t\t ce que le pays avait d'habitants avait fui devant le va9queur1 comme une vole d'oiseaux timides l'appro*e du vaut\r4 ,c'tait un dta*em5t de soldats franais envoys la m>aude4 ,ils avai5t1 en errant dans les montagnes1 dc\v]t les dmes du c\v5t1 et1 fondant sur cette proie1 ils avai5t trav]s les rav9s et les torr5ts avec cette rapidit effrayante qu'on voit seulem5t dans les rves4 ,ils s'abattai5t sur n\s comme une nue d'orage4 ,en un in/ant1 les portes fur5t brises et les clotres inonds de soldats ivres qui faisai5t ret5tir les votes d'un *ant rauque et t]rible dont ces mots v9r5t1 entre autres1 frapp] di/9ctem5t mon oreille3 p classpoem,lib]t1 lib]t *rie1 ,combats avec tes df5seurs6444 ,j'ignore ce qui se passa dans le c\v5t4 ,j'ent5dis1 le long des murs extrieurs de l'glise1 des pas prcipits qui semblai5t1 dans leur fuite ple9e d'p\vante1 v\loir p]c] les m>bres du pav4 ,sans d\te1 il y eut un gr& pillage1 des viol5ces1 une orgie444 ,alexis1 g5\x sur la pi]re du ,hic e/1 semblait s\rd t\s ces bruits4 ,absorb dans ses p5ses1 il avait l'air d'une /atue sur un tombeau4 ,t\t c\p la porte de la sacri/ie s'ouvrit avec fracas2 un soldat s'avana avec mfiance2 puis1 se croyant seul1 il c\rut l'autel1 =a la s]rure du tab]nacle avec la po9te de sa baonnette1 et comm5a ca*] prcipitamm5t dans son sac les o/5soirs et les calices d'or et d'arg5t4 ,alors ,alexis1 voyant que j'tais mu1 se t\rna v]s moi et me dit3 ,s\mets-toi1 l'heure e/ arrive2 la ,provid5ce1 qui me p]met de m\rir1 te comm&e de vivre4 ,en ce mom5t1 d'autres soldats entrr5t et *]*r5t qu]elle celui qui les avait devancs4 ,ils s'injurir5t et se s]ai5t battus si le temps ne leur et sembl prcieux p\r drob] d'autres objets1 avant l'arrive d'autres compagnons de pillage4 ,ils se htr5t donc de remplir leurs sacs1 leurs %akos et leurs po*es de t\t ce qu'ils p\vai5t emport]4 ,p\r y mieux p>v5ir1 ils se mir5t cass]1 avec la crosse de leurs fusils1 les reliquaires1 les croix et les flambeaux4 ,au milieu de cette de/ruction qu',alexis contemplait d'un visage impassible1 le *ri/ du matre-autel1 dta* de la croix1 tomba avec un gr& bruit4 ,ti5s6 s'cria l'un des soldats1 voil le sans-culotte ,jsus qui n\s salue6 ,les autres clatr5t de rire1 et1 c\rant aprs les morceaux de cette /atue1 ils vir5t qu'elle tait seulem5t de bois dor4 ,alors ils l'crasr5t s\s leurs pi$s avec une gaiet mprisante et brutale2 et l'un d'eux1 pr5ant la tte du crucifi1 la lana contre les colonnes qui n\s protgeai5t2 elle v9t r\l] nos pi$s4 ,alexis se leva1 et ple9 de foi1 il dit3 ,*ri/6 on peut bris] tes autels1 et tran] ton image dans la p\ssire4 ,ce n'e/ pas toi1 ,fils de ,dieu1 que s'adress5t ces outrages4 ,du se9 de ton ,pre1 tu les vois sans colre et sans d\leur4 ,tu sais que c'e/ l't5d>d de ,rome1 l'insigne de l'impo/ure et de la cupidit1 que l'on r5v]se et que l'on d*ire au nom de cette lib]t que tu eusses proclame auj\rd'hui le premi]1 si la volont cle/e t'et rappel sur la t]re4 -- mort6 mort ce fanatique qui n\s injurie dans sa langue6 s'cria un soldat en s'lanant v]s n\s le fusil en avant4 --,croisez la baonnette sur le vieil inquisiteur6 rpondir5t les autres en le suivant4 ,et l'un d'eux1 portant un c\p de baonnette dans la poitr9e d',alexis1 s'cria3 bas l'inquisition6 ,alexis se p5*a et se ret9t sur un bras1 t&is qu'il t5dait l'autre v]s moi p\r m'emp*] de le df5dre4 ,hlas6 dj ces ins5ss s'tai5t emp>s de moi et me liai5t les ma9s4 ,mon fils1 dit ,alexis avec la srnit d'un m>tyr1 n\s-mmes n\s ne sommes que des images qu'on brise1 p>ce qu'elles ne reprs5t5t plus les ides qui faisai5t leur =ce et leur sa9tet4 ,ceci e/ l'uvre de la ,provid5ce1 et la mission de nos b\rreaux e/ sacre1 bi5 qu'ils ne la compr5n5t pas encore6 ,cep5dant1 ils l'ont dit1 tu l'z ent5du3 c'e/ au nom du sans-culotte ,jsus qu'ils pr(an5t le sanctuaire du l'glise4 ,ceci e/ le comm5cem5t du rgne de l'vangile t]nel prophtis p> nos pres4 ,puis il tomba la face contre t]re1 et un autre soldat1 lui ayant port un c\p sur la tte1 la pi]re du ,hic e/ fut inonde de son sang4 ,spiridion6 dit-il d'une voix m\rante1 ta tombe e/ purifie6 ,angel6 fais que cette trace de sang soit fconde6 ,dieu6 je t'aime1 fais que les hommes te connaiss5t6444 ,et il expira4 ,alors une figure rayonnante app>ut auprs de lui1 je tombai van\i4 ,,f9 ,,de ,,spiridion4