,descartes1 ,ren ,oeuvres de ,descartes1 prcdes de l'loge de ,ren ,descartes par ,thomas ,,oeuvres ,,de ,,descartes4 ,,tome ,,premier ,,publi,,es ,,par ,,victor ,,cousin4 ,a ,m4 ,,royer-,,collard1 ,professeur de l'histoire de la philosophie morale la ,facult des ,lettres de l',acadmie de ,paris ,,qui ,,le ,,premier1 ,,dans ,,une ,,chaire ,,fran,,aise1 ,,combattit ,,la ,,philosophie ,,des ,,sens1 ,,et ,r,,habilita ,,descartes1 ,tmoignage ,,de ,,ma ,,vive ,,reconnaissance ,,pour ,,ses ,,le,,ons1 ,,ses ,,conseils ,,et ,,son ,,amiti ,,loge ,,de ,,ren ,,descartes1 ,,par ,,thomas1 ,,discours ,,qui ,a ,,remport ,,le ,,prix ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,en #agfe4 ,lorsque les cendres de ,,descartes1 n en ,france et mort en ,sude1 furent rapportes1 seize ans aprs sa mort1 de ,stockholm ,paris2 lorsque tous les savants1 rassembls dans un temple1 rendoient sa dpouille des honneurs qu'il n'obtint jamais pendant sa vie1 et qu'un orateur se prparait louer devant cette assemble le grand homme qu'elle regrettait1 tout--coup il vint un ordre qui dfendit de prononcer cet loge funbre4 ,sans doute on pensoit alors que les grands seuls ont droit aux loges publics2 et l'on craignit de donner la nation l'exemple dangereux d'honorer un homme qui n'avoit eu que le mrite et la distinction du gnie4 ,je viens1 aprs cent ans1 prononcer cet loge4 ,puisse-t-il tre digne et de celui qui il est offert1 et des sages qui vont l'entendre6 ,peut-tre au sicle de ,descartes on toit encore trop prs de lui pour le bien louer4 ,le temps seul juge les philosophes comme les rois1 et les met leur place4 ,le temps a dtruit les opinions de ,descartes1 mais sa gloire subsiste4 ,il est semblable ces rois dtrns qui1 sur les ruines mme de leur empire1 paroissent ns pour commander aux hommes4 ,tant que la philosophie et la vrit seront quelque chose sur la terre1 on honorera celui qui a jet les fondements de nos connaissances1 et recr1 pour ainsi dire1 l'entendement humain4 ,on louera ,descartes par admiration1 par reconnoissance1 par intrt mme2 car si la vrit est un bien1 il faut encourager ceux qui la cherchent4 ,ce seroit aux pieds de la statue de ,newton qu'il faudroit prononcer l'loge de ,descartes2 ou plutt ce seroit ,newton louer ,descartes4 ,qui mieux que lui seroit capable de mesurer la carrire parcourue avant lui8 ,aussi simple qu'il toit grand1 ,newton nous dcouvriroit toutes les penses que les penses de ,descartes lui ont fait natre4 ,il y a des vrits striles1 et pour ainsi dire mortes1 qui n'avancent de rien dans l'tude de la nature3 il y a des erreurs de grands hommes qui deviennent fcondes en vrits4 ,aprs ,descartes1 on a t plus loin que lui2 mais ,descartes a fray la route4 ,louons ,magellan d'avoir fait le tour du globe2 mais rendons justice ,colomb1 qui le premier a souponn1 a cherch1 a trouv un nouveau monde4 ,tout dans cet ouvrage sera consacr la philosophie et la vertu4 ,peut-tre y a-t-il des hommes dans ma nation qui ne me pardonneroient point l'loge d'un philosophe vivant2 mais ,descartes est mort1 et depuis cent quinze ans il n'est plus2 je ne crains ni de blesser l'orgueil ni d'irriter l'envie4 ,pour juger ,descartes1 pour voir ce que l'esprit d'un seul homme a ajout l'esprit humain1 il faut voir le point d'o il est parti4 ,je peindrai donc l'tat de la philosophie et des sciences au moment o naquit ce grand homme2 je ferai voir comment la nature le forma1 et comment elle prpara cette rvolution qui a eu tant d'influence4 ,ensuite je ferai l'histoire de ses penses4 ,ses erreurs mmes auront je ne sais quoi de grand4 ,ou verra l'esprit humain1 frapp d'une lumire nouvelle1 se rveiller1 s'agiter1 et marcher sur ses pas4 ,le mouvement philosophique se communiquera d'un bout de l',europe l'autre4 ,cependant1 au milieu de ce mouvement gnral1 nous reviendrons sur ,descartes2 nous contemplerons l'homme en lui2 nous chercherons si le gnie donne des droits au bonheur2 et nous finirons peut-tre par rpandre des larmes sur ceux qui1 pour le bien de l'humanit et leur propre malheur1 sont condamns tre de grands hommes4 ,la philosophie1 ne dans l'gypte1 dans l',inde et dans la ,perse1 avoit t en naissant presque aussi barbare que les hommes4 ,dans la ,grce1 aussi fconde que hardie1 elle avoit cr tous ces systmes qui expliquoient l'univers1 ou par le principe des lments1 ou par l'harmonie des nombres1 ou par les ides ternelles1 ou par des combinaisons de masses1 de figures et de mouvements1 ou par l'activit de la forme qui vient s'unir la matire4 ,dans ,alexandrie1 et la cour des rois1 elle avoit perdu ce caractre original et ce principe de fcondit que lui avoit donn un pays libre4 ,a ,rome1 parmi des matres et des esclaves1 elle avoit t galement strile2 elle s'y toit occupe1 ou flatter la curiosit des princes1 ou lire dans les astres la chute des tyrans4 ,dans les premiers sicles de l'glise1 voue aux enchantements et aux mystres1 elle avoit cherch lier commerce avec les puissances clestes ou infernales4 ,dans ,constantinople1 elle avoit tourn autour des ides des anciens ,grecs1 comme autour des bornes du monde4 ,chez les ,arabes1 chez ce peuple doublement esclave et par sa religion et par son gouvernement1 elle avoit eu ce mme caractre d'esclavage1 borne commenter un homme1 au lieu d'tudier la nature4 ,dans les sicles barbares de l',occident1 elle n'avoit t qu'un jargon absurde et insens que consacroit le fanatisme et qu'adoroit la superstition4 ,enfin1 la renaissance des lettres1 elle n'avoit profit de quelques lumires que pour se remettre par choix dans les chanes d',aristote4 ,ce philosophe1 depuis plus de cinq sicles1 combattu1 proscrit1 ador1 excommuni1 et toujours vainqueur1 dictoit aux nations ce qu'elles devoient croire2 ses ouvrages tant plus connus1 ses erreurs toient plus respectes4 ,on ngligeoit pour lui l'univers2 et les hommes1 accoutums depuis longtemps se passer de l'vidence1 croyoient tenir dans leurs mains les premiers principes des choses1 parce que leur ignorance hardie prononoit des mots obscurs et vagues qu'ils croyoient entendre4 ,voil les progrs que l'esprit humain avoit faits pendant trente sicles4 ,on remarque1 pendant cette longue rvolution de temps1 cinq ou six hommes qui ont pens1 et cr des ides2 et le reste du monde a travaill sur ces penses1 comme l'artisan1 dans sa forge1 travaille sur les mtaux que lui fournit la mine4 ,il y a eu plusieurs sicles de suite o l'on n'a point avanc d'un pas vers la vrit2 il y a eu des nations qui n'ont pas contribu d'une ide la masse des ides gnrales4 ,du sicle d',aristote celui de ,descartes1 j'aperois un vide de deux mille ans4 ,l1 la pense originale se perd1 comme un fleuve qui meurt dans les sables1 ou qui s'ensevelit sous terre1 et qui ne reparot qu' mille lieues de l1 sous de nouveaux cieux et sur une terre nouvelle4 ,quoi donc6 y a-t-il pour l'esprit humain des temps de sommeil et de mort1 comme il y en a de vie et d'activit8 ou le don de penser par soi-mme est-il rserv un si petit nombre d'hommes8 ou les grandes combinaisons d'ides sont-elles bornes par la nature1 et s'puisent-elles avec rapidit8 ,dans cet tat de l'esprit humain1 dans cet engourdissement gnral1 il falloit un homme qui remontt l'espce humaine1 qui ajoutt de nouveaux ressorts l'entendement1 qui se ressaist du don de penser1 qui vt ce qui toit fait1 ce qui restoit faire1 et pourquoi les progrs avoient t suspendus tant de sicles2 un homme qui et assez d'audace pour renverser1 assez de gnie pour reconstruire1 assez de sagesse pour poser des fondements srs1 assez d'clat pour blouir son sicle et rompre l'enchantement des sicles passs2 un homme qui tonnt par la grandeur de ses vues2 un homme en tat de rassembler tout ce que les sciences avoient imagin ou dcouvert dans tous les sicles1 et de runir toutes ces forces disperses pour en composer une seule force avec laquelle il remut pour ainsi dire l'univers2 un homme d'un gnie actif1 entreprenant1 qui st voir o personne ne voyoit1 qui dsignt le but et qui trat la route1 qui1 seul et sans guide1 francht par-dessus les prcipices un intervalle immense1 et entrant aprs lui le genre humain4 ,cet homme devoit tre ,descartes4 ,ce seroit sans doute un beau spectacle de voir comment la nature le prpara du loin et le forma2 mais qui peut suivre la nature dans sa marche8 ,il y a sans doute une chane des penses des hommes depuis l'origine du monde jusqu' nous2 chane qui n'est ni moins mystrieuse ni moins grande que celle des tres physiques4 ,les sicles ont influ sur les sicles1 les nations sur les nations1 les vrits sur les erreurs1 les erreurs sur les vrits4 ,tout se tient dans l'univers2 mais qui pourrait tracer la ligne8 ,on peut du moins entrevoir ce rapport gnral2 on peut dire que1 sans cette foule d'erreurs qui ont inond le monde1 ,descartes peut-tre n'et point trouv la route de la vrit4 ,ainsi chaque philosophe en s'garant avanoit le terme4 ,mais1 laissant l les temps trop reculs1 je veux chercher dans le sicle mme de ,descartes1 ou dans ceux qui ont immdiatement prcd sa naissance1 tout ce qui a pu servir le former en influant sur son gnie4 ,et d'abord j'aperois dans l'univers une espce de fermentation gnrale4 ,la nature semble tre dans un de ces moments o elle fait les plus grands efforts3 tout s'agite2 on veut partout remuer les anciennes bornes1 on veut tendre la sphre humaine4 ,vasco de ,gama dcouvre les ,indes1 ,colomb dcouvre l',amrique1 ,corts et ,pizarro subjuguent des contres immenses et nouvelles1 ,magellan cherche les terres australes1 ,drake fait le tour du monde4 ,l'esprit des dcouvertes anime toutes les nations4 ,de grands changements dans la politique et les religions branlent l',europe1 l',asie et l',afrique4 ,cette secousse se communique aux sciences4 ,l'astronomie renat ds le quinzime sicle4 ,copernic rtablit le systme de ,pythagore et le mouvement de la terre2 pas immense fait dans la nature6 ,tycho-,brah ajoute aux observations de tous les sicles2 il corrige et perfectionne la thorie des plantes1 dtermine le lieu d'un grand nombre d'toiles fixes1 dmontre la rgion que les comtes occupent dans l'espace4 ,le nombre des phnomnes connus s'augmente4 ,le lgislateur des deux parot2 ,kepler confirme ce qui a t trouv avant lui1 et ouvre la route des vrits nouvelles4 ,mais il falloit de plus grands secours4 ,les verres concaves et convexes1 invents par hasard au treizime sicle1 sont runis trois cents ans aprs1 et forment le premier tlescope4 ,l'homme touche aux extrmits de la cration4 ,galile fait dans les cieux ce que les grands navigateurs faisoient sur les mers2 il aborde de nouveaux mondes4 ,les satellites de ,jupiter sont connus4 ,le mouvement de la terre est confirm par les phases de ,vnus4 ,la gomtrie est applique la doctrine du mouvement4 ,la force acclratrice dans la chute des corps est mesure2 on dcouvre la pesanteur de l'air1 on entrevoit son lasticit4 ,bacon fait le dnombrement des connoissances humaines et les juge3 il annonce le besoin de refaire des ides nouvelles1 et prdit quelque chose de grand pour les sicles venir4 ,voil ce que la nature avoit fait pour ,descartes avant sa naissance2 et comme par la boussole elle avoit runi les parties les plus loignes du globe1 par le tlescope rapproch de la terre les dernires limites des cieux1 par l'imprimerie elle avoit tabli la communication rapide du mouvement entre les esprits d'un bout du monde l'autre4 ,tout toit dispos pour une rvolution4 ,dj est n celui qui doit faire ce grand changement#a2 il ne reste la nature que d'achever son ouvrage1 et de mrir ,descartes pour le genre humain1 comme elle a mri le genre humain pour lui4 ,je ne m'arrte point sur son ducation#b2 ds qu'il s'agit des mes extraordinaires1 il n'en faut point parler4 ,il y a une ducation pour l'homme vulgaire2 il n'y en a point d'autre pour l'homme de gnie que celle qu'il se donne lui-mme3 elle consiste presque toujours dtruire la premire4 ,descartes1 par celle qu'il reut1 jugea son sicle4 ,dj il voit au-del2 dj il imagine et pressent un nouvel ordre des sciences3 tel1 de ,madrid ou de ,gnes1 ,colomb pressentoit l',amrique4 ,la nature1 qui travailloit sur cette me et la disposoit insensiblement aux grandes choses1 y avoit mis d'abord une forte passion pour la vrit4 ,ce fut l peut-tre son premier ressort4 ,elle y ajoute ce dsir d'tre utile aux hommes1 qui s'tend tous les sicles et toutes les nations2 dsir qu'on ne s'toit point encore avis de calomnier4 ,elle lui donne ensuite1 pour tout le temps de sa jeunesse1 une activit inquite#c1 ces tourments du gnie1 ce vide d'une me que rien ne remplit encore1 et qui se fatigue chercher autour d'elle ce qui doit la fixer4 ,alors elle le promne dans l',europe entire1 et fait passer rapidement sous ses yeux les plus grands spectacles4 ,elle lui prsente1 en ,hollande1 un peuple qui brise ses chanes et devient libre1 le fanatisme germant au sein de la libert1 les querelles de la religion changes en factions d'tat2 en ,allemagne1 le choc de la ligue protestante et de la ligue catholique1 le commencement d'un carnage de trente annes2 aux extrmits de la ,pologne1 dans le ,brandebourg1 la ,pomranie et le ,holstein1 les contre-coups de cette guerre affreuse2 en ,flandre1 le contraste de dix provinces opulentes restes soumises l',espagne1 tandis que sept provinces pauvres combattoient depuis cinquante ans pour leur libert2 dans la ,valteline1 les mouvements de l'ambition espagnole1 les prcautions inquites de la cour de ,savoie2 eu ,suisse1 des lois et des moeurs1 une pauvret fire1 une libert sans orages2 ,gnes1 toutes les factions des rpubliques1 tout l'orgueil des monarchies2 ,venise1 le pouvoir des nobles1 l'esclavage du peuple1 une libert tyrannique2 ,florence1 les ,mdicis1 les arts1 et ,galile2 ,rome1 toutes les nations rassembles par la religion1 spectacle qui vaut peut-tre bien celui des statues et des tableaux2 en ,angleterre1 les droits des peuples luttant contre ceux des rois1 ,charles ,ier sur le trne1 et ,cromwell encore dans la foule#d4 ,l'me de ,descartes1 travers tous ces objets1 s'lve et s'agrandit4 ,la religion1 la politique1 la libert1 la nature1 la morale1 tout contribue tendre ses ides2 car l'on se trompe si l'on croit que l'me du philosophe doit se concentrer dans l'objet particulier qui l'occupe4 ,il doit tout embrasser1 tout voir4 ,il y a des points de runion o toutes les vrits se touchent2 et la vrit universelle n'est elle-mme que la chane de tous les rapports4 ,pour voir de plus prs le genre humain sous toutes les faces1 ,descartes se mle dans ces jeux sanglants des rois1 o le gnie s'puise dtruire1 et o des milliers d'hommes1 assembls contre des milliers d'hommes1 exercent le meurtre par art et par principes#e4 ,ainsi ,socrate porta les armes dans sa jeunesse4 ,partout il tudie l'homme et le monde4 ,il analyse l'esprit humain2 il observe les opinions1 suit leur progrs1 examine leur influence1 remonte leur source4 ,de ces opinions1 les unes naissent du gouvernement1 d'autres du climat1 d'autres de la religion1 d'autres de la forme des langues1 quelques unes des moeurs1 d'autres des lois1 plusieurs de toutes ces causes runies3 il y en a qui sortent du fond mme de l'esprit humain et de la constitution de l'homme1 et celles-l sont peu prs les mmes chez tous les peuples2 il y en a d'autres qui sont bornes par les montagnes et par les fleuves1 car chaque pays a ses opinions comme ses plantes3 toutes ensemble forment la raison du peuple4 ,quel spectacle pour un philosophe6 ,descartes en fut pouvant4 ,voil donc1 dit-il1 la raison humaine6 ,ds ce moment il sentit s'branler tout l'difice de ses connoissances3 il voulut y porter la main pour achever de le renverser2 mais il n'avoit point encore assez de force1 et il s'arrta4 ,il poursuit ses observations2 il tudie la nature physique3 tantt il la considre dans toute son tendue1 comme ne formant qu'un seul et immense ouvrage2 tantt il la suit dans ses dtails4 ,la nature vivante et la nature morte1 l'tre brut et l'tre organis1 les diffrentes classes de grandeurs et de formes1 les destructions et les renouvellements1 les varits et les rapports1 rien ne lui chappe1 comme rien ne l'tonne4 ,j'aime le voir debout sur la cime des ,alpes1 lev1 par sa situation1 au-dessus de l',europe entire1 suivant de l'oeil la course du ,p1 du ,rhin1 du ,rhne et du ,danube1 et de l s'levant par la pense vers les deux1 qu'il parot toucher1 pntrant dans les rservoirs destins fournir l',europe ces amas d'eaux immenses2 quelquefois observant ses pieds les espces innombrables de vgtaux sems par la nature sur le penchant des prcipices1 ou entre les pointes des rochers2 quelquefois mesurant la hauteur de ces montagnes de glace1 qui semblent jetes dans les vallons des ,alpes pour les combler1 ou mditant profondment la lueur des orages#f4 ,ah6 c'est dans ces moments que l'me du philosophe s'tend1 devient immense et profonde comme la nature2 c'est alors que ses ides s'lvent et parcourent l'univers4 ,insatiable de voir et de connotre1 partout o il passe1 ,descartes interroge la vrit2 il la demande tous les lieux qu'il parcourt1 il la poursuit de pays en pays4 ,dans les villes prises d'assaut1 ce sont les savants qu'il cherche4 ,maximilien de ,bavire voit dans ,prague1 dont il s'est rendu matre1 la capitale d'un royaume conquis2 ,descartes n'y voit que l'ancien sjour de ,tycho-,brah4 ,sa mmoire y toit encore rcente2 il interroge tous ceux qui l'ont connu1 il suit les traces de ses penses2 il rassemble dans les conversations le gnie d'un grand homme4 ,ainsi voyageoient autrefois les ,pythagore1 et les ,platon1 lorsqu'ils alloient dans l',orient tudier ces colonnes1 archives des nations et monuments des dcouvertes antiques4 ,descartes1 leur exemple1 ramasse tout ce qui peut l'instruire4 ,mais tant d'ides acquises dans ses voyages ne lui auroient encore servi de rien1 s'il n'avoit eu l'art de se les approprier par des mditations profondes2 art si ncessaire au philosophe1 si inconnu au vulgaire1 et peut-tre si tranger l'homme4 ,en effet1 qu'est-ce que mditer8 ,c'est ramener au dedans de nous notre existence rpandue tout entire au dehors2 c'est nous retirer de l'univers pour habiter dans notre me2 c'est anantir toute l'activit des sens pour augmenter celle de la pense2 c'est rassembler en un point toutes les forces de l'esprit2 c'est mesurer le temps1 non plus par le mouvement et par l'espace1 mais par la succession lente ou rapide des ides4 ,ces mditations1 dans ,descartes1 avoient tourn en habitude#g2 elles le suivoient partout3 dans les voyages1 dans les camps1 dans les occupations les plus tumultueuses1 il avoit toujours un asile prt o son me se retiroit au besoin4 ,c'toit l qu'il appeloit ses ides2 elles accouroient en foule3 la mditation les faisoit natre1 l'esprit gomtrique venoit les enchaner4 ,ds sa jeunesse il s'toit avidement attach aux mathmatiques1 comme au seul objet qui lui prsentoit l'vidence#h4 ,c'toit l que son me se reposoit de l'inquitude qui la tourmentoit partout ailleurs4 ,mais1 dgot bientt de spculations abstraites1 le dsir de se rapprocher des hommes le rentranoit l'tude de la nature4 ,il se livroit toutes les sciences3 il n'y trouvoit pas la certitude de la gomtrie1 qu'elle ne doit qu' la simplicit de son objet2 mais il y transportoit du moins la mthode des gomtres4 ,c'est d'elle qu'il apprenoit fixer toujours le sens des termes1 et n'en abuser jamais2 dcomposer l'objet de son tude1 lier les consquences aux principes2 remonter par l'analyse1 descendre par la synthse4 ,ainsi l'esprit gomtrique affermissoit sa marche2 mais le courage et l'esprit d'indpendance brisoient devant lui les barrires pour lui frayer des routes4 ,il toit n avec l'audace qui caractrise le gnie2 et sans doute les vnements dont il avoit t tmoin1 les grands spectacles de libert qu'il avoit vus en ,allemagne1 en ,hollande1 dans la ,hongrie et dans la ,bohme1 avoient contribu dvelopper encore en lui cette fiert d'esprit naturelle4 ,il osa donc concevoir l'ide de s'lever contre les tyrans de la raison4 ,mais1 avant de dtruire tous les prjugs qui toient sur la terre1 il falloit commencer par les dtruire en lui-mme4 ,comment y parvenir8 comment anantir des formes qui ne sont point notre ouvrage1 et qui sont le rsultat ncessaire de mille combinaisons faites sans nous8 ,il falloit1 pour ainsi dire1 dtruire son me et la refaire4 ,tant de difficults n'effrayrent point ,descartes4 ,je le vois1 pendant prs de dix ans1 luttant contre lui-mme pour secouer toutes ses opinions4 ,il demande compte ses sens de toutes les ides qu'ils ont portes dans son me2 il examine tous les tableaux de son imagination1 et les compare avec les objets rels2 il descend dans l'intrieur de ses perceptions1 qu'il analyse2 il parcourt le dpt de sa mmoire1 et juge tout ce qui y est rassembl4 ,partout il poursuit le prjug1 il le chasse de retraite en retraite2 son entendement1 peupl auparavant d'opinions et d'ides1 devient un dsert immense1 mais o dsormais la vrit peut entrer#i4 ,voil donc la rvolution faite dans l'me de ,descartes3 voil ses ides anciennes dtruites4 ,il ne s'agit plus que d'en crer d'autres4 ,car1 pour changer les nations1 il ne suffit point d'abattre2 il faut reconstruire4 ,ds ce moment1 ,descartes ne pense plus qu' lever une philosophie nouvelle4 ,tout l'y invite2 les exhortations de ses amis1 le dsir de combler le vide qu'il avoit fait dans ses ides1 je ne sais quel instinct qui domine le grand homme1 et1 plus que tout cela1 l'ambition de faire des dcouvertes dans la nature1 pour rendre les hommes moins misrables ou plus heureux4 ,mais1 pour excuter un pareil dessein1 il sentit qu'il falloit se cacher4 ,hommes du monde1 si fiers de votre politesse et de vos avantages1 souffrez que je vous dise la vrit2 ce n'est jamais parmi vous que l'on fera ni que l'on pensera de grandes choses4 ,vous polissez l'esprit1 mais vous nervez le gnie4 ,qu'a-t-il besoin de vos vains ornements8 ,sa grandeur fait sa beaut4 ,c'est dans la solitude que l'homme de gnie est ce qu'il doit tre2 c'est l qu'il rassemble toutes les forces de son me4 ,auroit-il besoin des hommes8 ,n'a-t-il pas avec lui la nature8 et il ne la voit point travers les petites formes de la socit1 mais dans sa grandeur primitive1 dans sa beaut originale et pure4 ,c'est dans la solitude que toutes les heures laissent une trace1 que tous les instants sont reprsents par une pense1 que le temps est au sage1 et le sage lui-mme4 ,c'est dans la solitude surtout que l'me a toute la vigueur de l'indpendance4 ,l elle n'entend point le bruit des chanes que le despotisme et la superstition secouent sur leurs esclaves3 elle est libre comme la pense de l'homme qui existeroit seul4 ,cette indpendance1 aprs la vrit1 toit la plus grande passion de ,descartes4 ,ne vous en tonnez point2 ces deux passions tiennent l'une l'autre4 ,la vrit est l'aliment d'une me fire et libre1 tandis que l'esclave n'ose mme lever les yeux jusqu' elle4 ,c'est cet amour de la libert qui engage ,descartes fuir tous les engagements1 rompre tous les petits liens de socit1 renoncer ces emplois qui ne sont trop souvent que les chanes de l'orgueil4 ,il falloit qu'un homme comme lui ne ft qu' la nature et au genre humain4 ,descartes ne fut donc ni magistrat1 ni militaire1 ni homme de cour#aj4 ,il consentit n'tre qu'un philosophe1 qu'un homme de gnie1 c'est--dire rien aux yeux du peuple4 ,il renonce mme son pays2 il choisit une retraite dans la ,hollande4 ,c'est dans le sjour de la libert qu'il va fonder une philosophie libre4 ,il dit adieu ses parents1 ses amis1 sa patrie2 il part#aa4 ,l'amour de la vrit n'est plus dans son coeur un sentiment ordinaire2 c'est un sentiment religieux qui lve et remplit son me4 ,dieu1 la nature1 les hommes1 voil quels vont tre1 le reste de sa vie1 les objets de ses penses4 ,il se consacre cette occupation aux pieds des autels4 ,o jour1 moment remarquable dans l'histoire de l'esprit humain6 ,je crois voir ,descartes1 avec le respect dont il toit pntr pour la ,divinit1 entrer dans le temple1 et s'y prosterner4 ,je crois l'entendre dire ,dieu3 ,o ,dieu1 puisque tu m'as cr1 je ne veux point mourir sans avoir mdit sur tes ouvrages4 ,je vais chercher la vrit1 si tu l'as mise sur la terre4 ,je vais me rendre utile l'homme1 puisque je suis homme4 ,soutiens ma foiblesse1 agrandis mon esprit1 rends-le digne de la nature et de toi4 ,si tu permets que j'ajoute la perfection des hommes1 je te rendrai grce en mourant1 et ne me repentirai point d'tre n4 ,je m'arrte un moment3 l'ouvrage de la nature est achev4 ,elle a prpar avant la naissance de ,descartes tout ce qui devoit influer sur lui2 elle lui a donn les prdcesseurs dont il avoit besoin2 elle a jet dans son sein les semences qui devoient y germer2 elle a tabli entre son esprit et son me les rapports ncessaires2 elle a fait passer sous ses yeux tous les grands spectacles et du monde physique et du monde moral2 elle a rassembl autour de lui1 ou dans lui1 tous les ressorts2 elle a mis dans sa main tous les instruments3 son travail est fini4 ,ici commence celui de ,descartes4 ,je vais faire l'histoire de ses penses3 on verra une espce de cration2 elle embrassera tout ce qui est2 elle prsentera une machine immense1 mue avec peu de ressorts3 on y trouvera le grand caractre de la simplicit1 l'enchanement de toutes les parties1 et souvent1 comme dans la nature physique1 un ordre rel cach sous un dsordre apparent4 ,je commence par o il a commenc lui-mme4 ,avant de mettre la main l'difice1 il faut jeter les fondements2 il faut creuser jusqu' la source de la vrit2 il faut tablir l'vidence1 et distinguer son caractre4 ,nous avons vu ,descartes renverser toutes les fausses opinions qui toient dans son me2 il fait plus1 il s'lve un doute universel#ab4 ,celui qui s'est tromp une fois peut se tromper toujours4 ,aussitt les cieux1 la terre1 les figures1 les sons1 les couleurs1 son corps mme1 et les sens avec lesquels il voyage dans l'univers1 tout s'anantit ses yeux4 ,rien n'est assur1 rien n'existe4 ,dans ce doute gnral1 o trouver un point d'appui8 ,quelle premire vrit servira de base toutes les vrits8 ,pour ,dieu1 cette premire vrit est partout4 ,descartes la trouve dans son doute mme4 ,puisque je doute1 je pense2 puisque je pense1 j'existe4 ,mais quelle marque la reconnot-il8 ,a l'empreinte de l'vidence4 ,il tablit donc pour principe de ne regarder comme vrai que ce qui est vident1 c'est--dire ce qui est clairement contenu dans l'ide de l'objet qu'il contemple4 ,tel est ce fameux doute philosophique de ,descartes4 ,tel est le premier pas qu'il fait pour en sortir1 et la premire rgle qu'il tablit4 ,c'est cette rgle qui a fait la rvolution de l'esprit humain4 ,pour diriger l'entendement1 il joint l'analyse au doute4 ,dcomposer les questions et les diviser en plusieurs branches2 avancer par degrs des objets les plus simples aux plus composs1 et des plus connus aux plus cachs2 combler l'intervalle qui est entre les ides loignes et le remplir par toutes les ides intermdiaires2 mettre dans ces ides un tel enchanement que toutes se dduisent aisment les unes des autres1 et que les noncer1 ce soit pour ainsi dire les dmontrer2 voil les autres rgles qu'il a tablies1 et dont il a donn l'exemple#ac4 ,on entrevoit dj toute la marche de sa philosophie4 ,puisqu'il faut commencer par ce qui est vident et simple1 il tablira des principes qui runissent ce double caractre4 ,pour raisonner sur la nature1 il s'appuiera sur des axiomes1 et dduira des causes gnrales tous les effets particuliers4 ,ne craignons pas de l'avouer1 ,descartes a trac un plan trop lev pour l'homme2 ce gnie hardi a eu l'ambition de connotre comme ,dieu mme connot1 c'est--dire par les principes3 mais sa mthode n'en est pas moins la cratrice de la philosophie4 ,avant lui1 il n'y avoit qu'une logique de mots4 ,celle d',aristote apprenoit plus dfinir et diviser qu' connotre2 tirer les consquences1 qu' dcouvrir les principes4 ,celle des scolastiques1 absurdement subtile1 laissoit les ralits pour s'garer dans des abstractions barbares4 ,celle de ,raimond ,lulle n'toit qu'un assemblage de caractres magiques pour interroger sans entendre1 et rpondre sans tre entendu4 ,c'est ,descartes qui cra cette logique intrieure de l'me1 par laquelle l'entendement se rend compte lui-mme de toutes ses ides1 calcule sa marche1 ne perd jamais de vue le point d'o il part et le terme o il veut arriver2 esprit de raison plutt que de raisonnement1 et qui s'applique tous les arts comme toutes les sciences4 ,sa mthode est cre3 il a fait comme ces grands architectes qui1 concevant des ouvrages nouveaux1 commencent par se faire de nouveaux instruments et des machines nouvelles4 ,aid de ce secours1 il entre dans la mtaphysique4 ,il y jette d'abord un regard4 ,qu'aperoit-il8 une audace purile de l'esprit humain1 des tres imaginaires1 des rveries profondes1 des mots barbares2 car1 dans tous les temps1 l'homme1 quand il n'a pu connotre1 a cr des signes pour reprsenter des ides qu'il n'avoit pas1 et il a pris ces signes pour des connoissances4 ,descartes vit d'un coup d'oeil ce que devoit tre la mtaphysique4 ,dieu1 l'me1 et les principes gnraux des sciences1 voil ses objets#ad4 ,je m'lve avec lui jusqu' la premire cause4 ,newton la chercha dans les mondes2 ,descartes la cherche dans lui-mme4 ,il s'toit convaincu de l'existence de son me2 il avoit senti en lui l'tre qui pense1 c'est--dire l'tre qui doute1 qui nie1 qui affirme1 qui conoit1 qui veut1 qui a des erreurs1 qui les combat4 ,cet tre intelligent est donc sujet des imperfections4 ,mais toute ide d'imperfection suppose l'ide d'un tre plus parfait4 ,de l'ide du parfait nat l'ide de l'infini4 ,d'o lui nat cette ide8 ,comment l'homme1 dont les facults sont si bornes1 l'homme qui passe sa vie tourner dans l'intrieur d'un cercle troit1 comment cet tre si foible a-t-il pu embrasser et concevoir l'infini8 ,cette ide ne lui est-elle pas trangre8 ne suppose-t-elle pas hors de lui un tre qui en soit le modle et le principe8 ,cet tre n'est-il pas ,dieu8 ,toutes les autres ides claires et distinctes que l'homme trouve en lui ne renferment que l'existence possible de leur objet3 l'ide seule de l'tre parfait renferme une existence ncessaire4 ,cette ide est pour ,descartes le commencement de la grande chane4 ,si tous les tres crs sont une manation du premier tre1 si toutes les lois qui font l'ordre physique et l'ordre moral sont1 ou des rapports ncessaires que ,dieu a vus1 ou des rapports qu'il a tablis librement1 en connoissant ce qui est le plus conforme ses attributs1 on connotra les lois primitives de la nature4 ,ainsi la connoissance de tous les tres se trouve enchane celle du premier4 ,c'est elle aussi qui affermit la marche de l'esprit humain1 et sert de base l'vidence2 c'est elle qui1 en m'apprenant que la vrit ternelle ne peut me tromper1 m'ordonne de regarder comme vrai tout ce que ma raison me prsentera comme vident4 ,appuy de ce principe1 et sr de sa marche1 ,descartes passe l'analyse de son me4 ,il a remarqu que1 dans son doute1 l'tendue1 la figure et le mouvement s'anantissoient pour lui4 ,sa pense seule demeuroit2 seule elle restoit immuablement attache son tre1 sans qu'il lui ft possible de l'en sparer4 ,il peut donc concevoir distinctement que sa pense existe1 sans que rien n'existe autour de lui4 ,l'me se conoit donc sans le corps4 ,de l nat la distinction de l'tre pensant et de l'tre matriel4 ,pour juger de la nature des deux substances1 ,descartes cherche une proprit gnrale dont toutes les autres dpendent3 c'est l'tendue dans la matire2 dans l'me1 c'est la pense4 ,de l'tendue naissent la figure et le mouvement2 de la pense nat la facult de sentir1 de vouloir1 d'imaginer4 ,l'tendue est divisible de sa nature2 la pense1 simple et indivisible4 ,comment ce qui est simple appartiendroit-il un tre compos de parties8 comment des milliers d'lments1 qui forment un corps1 pourroient-ils former une perception ou un jugement unique8 ,cependant il existe une chane secrte entre l'me et le corps4 ,l'me n'est-elle que semblable au pilote qui dirige le vaisseau8 ,non2 elle fait un tout avec le vaisseau qu'elle gouverne4 ,c'est donc de l'troite correspondance qui est entre les mouvements de l'un et les sensations ou penses de l'autre1 que dpend la liaison de ces deux principes si diviss et si unis#ae4 ,c'est ainsi que ,descartes tourne autour de son tre1 et examine tout ce qui le compose4 ,nourri d'ides intellectuelles1 et dtach de ses sens1 c'est son me qui le frappe le plus4 ,voici une pense faite pour tonner le peuple1 mais que le philosophe concevra sans peine4 ,descartes est plus sr de l'existence de son me que de celle de son corps4 ,en effet1 que sont toutes les sensations1 sinon un avertissement ternel pour l'me qu'elle existe8 ,peut-elle sortir hors d'elle-mme sans y rentrer chaque instant par la pense8 ,quand je parcoure tous les objets de l'univers1 ce n'est jamais que ma pense que j'aperois4 ,mais comment cette me franchit-elle l'intervalle immense qui est entre elle et la matire8 ,ici ,descartes reprend son analyse et le fil de sa mthode4 ,pour juger s'il existe des corps1 il consulte d'abord ses ides4 ,il trouve dans son me les ides gnrales d'tendue1 de grandeur1 de figure1 de situation1 de mouvement1 et une foule de perceptions particulires4 ,ces ides lui apprennent bien l'existence de la matire1 comme objet mathmatique1 mais ne lui disent rien de son existence physique et relle4 ,il interroge ensuite son imagination4 ,elle lui offre une suite de tableaux o des corps sont reprsents2 sans doute l'original de ces tableaux existe1 mais ce n'est encore qu'une probabilit4 ,il remonte jusqu' ses sens4 ,ce sont eux qui font la communication de l'me et de l'univers2 ou plutt ce sont eux qui crent l'univers pour l'me4 ,ils lui portent chaque portion du monde en dtail2 par une mtamorphose rapide1 la sensation devient ide1 et l'me voit dans cette ide1 comme dans un miroir1 le monde qui est hors d'elle4 ,les sens sont donc les messagers de l'me4 ,mais quelle foi peut-elle ajouter leur rapport8 ,souvent ce rapport la trompe4 ,descartes remonte alors jusqu' ,dieu4 ,d'un ct1 la vracit de l'tre suprme2 de l'autre1 le penchant irrsistible de l'homme rapporter ses sensations des objets rels qui existent hors de lui3 voil les motifs qui le dterminent1 et il se ressaisit de l'univers physique qui lui chappoit4 ,ferai-je voir ce grand homme1 malgr la circonspection de sa marche1 s'garant dans la mtaphysique1 et crant son systme des ides innes8 ,mais cette erreur mme tenoit son gnie4 ,accoutum des mditations profondes1 habitu vivre loin des sens1 chercher dans son me ou dans l'essence de ,dieu1 l'origine1 l'ordre et le fil de ses connoissances1 pouvoit-il souponner que l'me ft entirement dpendante des sens pour les ides8 ,n'toit-il pas trop avilissant pour elle qu'elle ne ft occupe qu' parcourir le monde physique pour ramasser les matriaux de ses connoissances1 comme le botaniste qui cueille ses vgtaux1 ou extraire des principes de ses sensations1 comme le chimiste qui analyse les corps8 ,il toit rserv ,locke de nous donner sur les ides le vrai systme de la nature1 en dveloppant un principe connu par ,aristote et saisi par ,bacon1 mais dont ,locke n'est pas moins le crateur1 car un principe n'est cr que lorsqu'il est dmontr aux hommes4 ,qui nous dmontrera de mme ce que c'est que l'me des btes8 quels sont ces tres singuliers1 si suprieurs aux vgtaux par leurs organes1 si infrieurs l'homme par leurs facults8 quel est ce principe qui1 sans leur donner la raison1 produit en eux des sensations1 du mouvement et de la vie8 ,quelque parti que l'on embrasse1 la raison se trouble1 la dignit de l'homme s'offense1 ou la religion s'pouvante4 ,chaque systme est voisin d'une erreur2 chaque route est sur le bord d'un prcipice4 ,ici ,descartes est entran1 par la force des consquences et l'enchanement de ses ides1 vers un systme aussi singulier que hardi1 et qui est digne au moins de la grandeur de ,dieu4 ,en effet1 quelle ide plus sublime que de concevoir une multitude innombrable de machines qui l'organisation tient lieu de principe intelligent2 dont tous les ressorts sont diffrents1 selon les diffrentes espces et les diffrents buts de la cration2 o tout est prvu1 tout combin pour la conservation et la reproduction des tres2 o toutes les oprations sont le rsultat toujours sr des lois du mouvement2 o toutes les causes qui doivent produire des millions d'effets sont arranges jusqu' la fin des sicles1 et ne dpendent que de la correspondance et de l'harmonie de quelque partie de matire8 ,avouons-le1 ce systme donne la plus grande ide de l'art de l'ternel gomtre1 comme l'appeloit ,platon4 ,c'est ce mme caractre de grandeur que l'on a retrouv depuis dans l'harmonie prtablie de ,leibnitz1 caractre plus propre que tout autre sduire les hommes de gnie1 qui aiment mieux voir tout en un instant dans une grande ide1 que de se traner sur des dtails d'observations et sur quelques vrits parses et isoles4 ,descartes s'est lev ,dieu1 est descendu dans son me1 a saisi sa pense1 l'a spare de la matire1 s'est assur qu'il existoit des corps hors de lui4 ,sr de tous les principes de ses connoissances1 il va maintenant s'lancer dans l'univers physique2 il va le parcourir1 l'embrasser1 le connotre3 mais auparavant il perfectionne l'instrument de la gomtrie1 dont il a besoin4 ,c'est ici une des parties les plus solides de la gloire de ,descartes2 c'est ici qu'il a trac une route qui sera ternellement marque dans l'histoire de l'esprit humain4 ,l'algbre toit cre depuis longtemps4 ,cette gomtrie mtaphysique1 qui exprime tous les rapports par des signes universels1 qui facilite le calcul en le gnralisant1 opre sur les quantits inconnues comme si elles toient connues1 acclre la marche et augmente l'tendue de l'esprit en substituant un signe abrg des combinaisons nombreuses2 cette science1 invente par les ,arabes1 ou du moins transporte par eux en ,espagne1 cultive par les ,italiens1 avoit t agrandie et perfectionne par un ,franais3 mais1 malgr les dcouvertes importantes de l'illustre ,vite1 malgr un pas ou deux qu'on avoit faits aprs lui en ,angleterre1 il restoit encore beaucoup dcouvrir4 ,tel toit le sort de ,descartes1 qu'il ne pouvoit approcher d'une science sans qu'aussitt elle ne prt une face nouvelle4 ,d'abord il travaille sur les mthodes de l'analyse pure3 pour soulager l'imagination1 il diminue le nombre des signes2 il reprsente par des chiffres les puissances des quantits1 et simplifie1 pour ainsi dire1 le mcanisme algbrique4 ,il s'lve ensuite plus haut3 il trouve sa fameuse mthode des indtermines1 artifice plein d'adresse1 o l'art1 conduit par le gnie1 surprend la vrit en paraissant s'loigner d'elle2 il apprend connotre le nombre et la nature des racines dans chaque quation par la combinaison successive des signes2 rgle aussi utile que simple1 que la jalousie et l'ignorance ont attaque1 que la rivalit nationale1 a dispute ,descartes1 et qui n'a t dmontre que depuis quelques annes,a4 ,c'est ainsi que les grands hommes dcouvrent1 comme par inspiration1 des vrits que les hommes ordinaires n'entendent quelquefois qu'au bout de cent ans de pratique et d'tude2 et celui qui dmontre ces vrits aprs eux acquiert encore une gloire immortelle4 ,l'algbre ainsi perfectionne1 il restoit un pas plus difficile faire4 ,la mthode d',apollonius et d',archimde1 qui fut celle de tous les anciens gomtres1 exacte et rigoureuse pour les dmonstrations1 toit peu utile pour les dcouvertes4 ,semblable ces machines qui dpensent une quantit prodigieuse de forces pour peu de mouvement1 elle consumoit l'esprit dans un dtail d'oprations trop compliques1 et le tranoit lentement d'une vrit l'autre4 ,il falloit une mthode plus rapide2 il falloit un instrument qui levt le gomtre une hauteur d'o il pt dominer sur toutes ses oprations1 et1 sans fatiguer sa vue1 voir d'un coup d'oeil des espaces immenses se resserrer comme en un point3 cet instrument1 c'est ,descartes qui l'a cr2 c'est l'application de l'algbre la gomtrie4 ,il commena donc par traduire les lignes1 les surfaces et les solides en caractres algbriques2 mais ce qui toit l'effort du gnie1 c'toit1 aprs la rsolution du problme1 de traduire de nouveau les caractres algbriques en figures4 ,je n'entreprendrai point de dtailler les admirables dcouvertes sur lesquelles est fonde cette analyse cre par ,descartes4 ,ces vrits abstraites et pures1 faites pour tre mesures par le compas1 chappent au pinceau de l'loquence2 et j'affoiblirois l'loge d'un grand homme en cherchant peindre ce qui ne doit tre que calcul4 ,contentons-nous de remarquer ici que1 par son analyse1 ,descartes fit faire plus de progrs la gomtrie qu'elle n'en avoit fait depuis la cration du monde4 ,il abrgea les travaux1 il multiplia les forces1 il donna une nouvelle marche l'esprit humain4 ,c'est l'analyse qui a t l'instrument de toutes les grandes dcouvertes des modernes2 c'est l'analyse qui1 dans les mains des ,leibnitz1 des ,newton et des ,bernoulli1 a produit cette gomtrie nouvelle et sublime qui soumet l'infini au calcul3 voil l'ouvrage de ,descartes4 ,quel est donc cet homme extraordinaire qui a laiss si loin de lui tous les sicles passs1 qui a ouvert de nouvelles routes aux sicles venir1 et qui dans le sien avoit peine trois hommes qui fussent en tat de l'entendre8 ,il est vrai qu'il avoit rpandu sur toute sa gomtrie une certaine obscurit3 soit qu'accoutum franchir d'un saut des intervalles immenses1 il ne s'apert pas seulement de toutes les ides intermdiaires qu'il supprimoit1 et qui sont des points d'appui ncessaires la foiblesse2 soit que son dessein ft de secouer l'esprit humain1 et de l'accoutumer aux grands efforts2 soit enfin que1 tourment par des rivaux jaloux et foibles1 il voult une fois les accabler de son gnie1 et les pouvanter de toute la distance qui toit entre eux et lui#af4 ,note ,a3 ,voyez les ,mmoires de l',acadmie des sciences1 anne #agda4 ,mais ce qui prouve le mieux toute l'tendue de l'esprit de ,descartes1 c'est qu'il est le premier qui ait conu la grande ide de runir toutes les sciences1 et de les faire servir la perfection l'une de l'autre4 ,on a vu qu'il avoit transport dans sa logique la mthode des gomtres2 il se servit de l'analyse logique pour perfectionner l'algbre2 il appliqua ensuite l'algbre la gomtrie1 la gomtrie et l'algbre la mcanique1 et ces trois sciences combines ensemble l'astronomie4 ,c'est donc lui qu'on doit les premiers essais de l'application de la gomtrie la physique2 application qui a cr encore une science toute nouvelle4 ,arm de tant de forces runies1 ,descartes marche la nature2 il entreprend de dchirer ses voiles1 et d'expliquer le systme du monde4 ,voici un nouvel ordre de choses3 voici des tableaux plus grands peut-tre que ceux que prsente l'histoire de toutes les nations et de tous les empires#ag4 ,qu'on me donne de la matire et du mouvement1 dit ,descartes1 et je vais crer un monde4 ,d'abord il s'lve par la pense vers les cieux1 et de l il embrasse l'univers d'un coup d'oeil2 il voit le monde entier comme une seule et immense machine1 dont les roues et les ressorts ont t disposs au commencement1 de la manire la plus simple1 par une main ternelle4 ,parmi cette quantit effroyable de corps et de mouvements1 il cherche la disposition des centres4 ,chaque corps a son centre particulier1 chaque systme a son centre gnral4 ,sans doute aussi il y a un centre universel1 autour duquel sont rangs tous les systmes de la nature4 ,mais o est-il1 et dans quel point de l'espace8 ,descartes place dans le soleil le centre du systme auquel nous sommes attachs4 ,ce systme est une des roues de la machine3 le soleil est le point d'appui4 ,cette grande roue embrasse dix-huit cent millions de lieues dans sa circonfrence1 ne compter que jusqu' l'orbe de ,saturne4 ,que seroit-ce si on pouvoit suivre la marche excentrique des comtes6 ,cette roue de l'univers doit communiquer une roue voisine1 dont la circonfrence est peut-tre plus grande encore2 celle-ci communique une troisime1 cette troisime une autre1 et ainsi de suite dans une progression infinie1 jusqu' celles qui sont bornes par les dernires limites de l'espace4 ,toutes1 par la communication du mouvement1 se balancent et se contre-balancent1 agissent et ragissent l'une sur l'autre1 se servent mutuellement de poids et de contre-poids1 d'o rsulte l'quilibre de chaque systme1 et1 de chaque quilibre particulier1 l'quilibre du monde4 ,telle est l'ide de cette grande machine1 qui s'tend plus de centaines de millions de lieues que l'imagination n'en peut concevoir et dont toutes les roues sont des mondes combins les uns avec les autres4 ,c'est cette machine que ,descartes conoit1 et qu'il entreprend de crer avec trois lois de mcanique4 ,mais auparavant il tablit les proprits gnrales de l'espace1 de la matire et du mouvement4 ,d'abord1 comme toutes les parties sont enchanes1 que nulle part le mcanisme n'est interrompu1 et que la matire seule peut agir sur la matire1 il faut que tout soit plein4 ,il admet donc un fluide immense et continu1 qui circule entre les parties solides de l'univers2 ainsi le vide est proscrit de la nature4 ,l'ide de l'espace est ncessairement lie celle de l'tendue1 et ,descartes confond l'ide de l'tendue avec celle de la matire3 car on peut dpouiller successivement les corps de toutes leurs qualits2 mais l'tendue y restera1 sans qu'on puisse jamais l'en dtacher4 ,c'est donc l'tendue qui constitue la matire1 et c'est la matire qui constitue l'espace4 ,mais o sont les bornes de l'espace8 ,descartes ne les conoit nulle part1 parce que l'imagination peut toujours s'tendre au-del4 ,l'univers est donc illimit3 il semble que l'me de ce grand homme et t trop resserre par les bornes du monde2 il n'ose point les fixer4 ,il examine ensuite les lois du mouvement3 mais qu'est-ce que le mouvement8 c'est le plus grand phnomne de la nature1 et le plus inconnu4 ,jamais l'homme ne saura comment le mouvement d'un corps peut passer dans un autre4 ,il faut donc se borner connotre par quelles lois gnrales il se distribue1 se conserve ou se dtruit2 et c'est ce que personne n'avoit cherch avant ,descartes4 ,c'est lui qui le premier a gnralis tous les phnomnes1 a compar tous les rsultats et tous les effets1 pour en extraire ces lois primitives3 et puisque dans les mers1 sur la terre et dans les cieux1 tout s'opre par le mouvement1 n'toit-ce pas remettre aux hommes la clef de la nature8 ,il se trompa1 je le sais2 mais1 malgr son erreur1 il n'en est pas moins l'auteur des lois du mouvement3 car1 pendant trente sicles1 les philosophes n'y avoient pas mme pens2 et ds qu'il en eut donn de fausses1 on s'appliqua chercher les vritables4 ,trois mathmaticiens clbres les trouvrent en mme temps3 c'toit l'effet de ses recherches et de la secousse qu'il avoit donne aux esprits4 ,du mouvement il passe la matire1 chose aussi incomprhensible pour l'homme4 ,il admet une matire primitive1 unique1 lmentaire1 source et principe de tous les tres1 divise et divisible l'infini2 qui se modifie par le mouvement2 qui se compose et se dcompose2 qui vgte ou s'organise2 qui1 par l'activit rapide de ses parties1 devient fluide2 qui1 par leur repos1 demeure inactive et lente2 qui circule sans cesse dans des moules et des filires innombrables1 et1 par l'assemblage des formes1 constitue l'univers3 c'est avec cette matire qu'il entreprend de crer un monde4 ,je n'entrerai point dans le dtail de cette cration4 ,je ne peindrai point ces trois lments si connus1 forms par des millions de particules entasses1 qui se heurtent1 se froissent et se brisent2 ces lments emports d'un mouvement rapide autour de divers centres1 et marchant par tourbillons2 la force centrifuge qui nat du mouvement circulaire2 chaque lment qui se place diffrentes distances1 raison de sa pesanteur2 la matire la plus dlie qui se prcipite vers les centres et y va former des soleils2 la plus massive rejete vers les circonfrences2 les grands tourbillons qui engloutissent les tourbillons voisins trop foibles pour leur rsister1 et les emportent dans leurs cours2 tous ces tourbillons roulant dans l'espace immense1 et chacun en quilibre1 raison de leur masse et de leur vitesse4 ,c'est au physicien plutt qu' l'orateur donner l'ide de ce systme1 que l',europe adopta avec transport1 qui a prsid si long-temps au mouvement des cieux1 et qui est aujourd'hui tout--fait renvers4 ,en vain les hommes les plus savants du sicle pass et du ntre1 en vain les ,huygens1 les ,bulfinger1 les ,malebranche1 les ,leibnitz1 les ,kircher et les ,bernoulli ont travaill rparer ce grand difice2 il menaoit ruine de toutes parts1 et il a fallu l'abandonner4 ,gardons-nous cependant de croire que ce systme1 tel qu'il est1 ne soit pas l'ouvrage d'un gnie extraordinaire4 ,personne encore n'avoit conu une machine aussi grande ni aussi vaste2 personne n'avoit eu l'ide de rassembler toutes les observations faites dans tous les sicles1 et d'en btir un systme gnral du monde2 personne n'avoit fait un usage aussi beau des lois de l'quilibre et du mouvement2 personne1 d'un petit nombre de principes simples1 n'avoit tir une foule de consquences si bien enchanes4 ,dans un temps o les lois du mcanisme toient si peu connues1 o les observations astronomiques toient si imparfaites1 il est beau d'avoir mme bauch l'univers4 ,d'ailleurs tout sembloit inviter l'homme croire que c'toit l le systme de la nature2 du moins le mouvement rapide de toutes les sphres1 leur rotation sur leur propre centre1 leurs orbes plus ou moins rguliers autour d'un centre commun1 les lois de l'impulsion tablies et connues dans tous les corps qui nous environnent1 l'analogie de la terre avec les cieux1 l'enchanement de tous les corps de l'univers1 enchanement qui doit tre form par des liens physiques et rels1 tout semble nous dire que les sphres clestes communiquent ensemble1 et sont entranes par un fluide invisible et immense qui circule autour d'elles4 ,mais quel est ce fluide8 quelle est cette impulsion8 quelles sont les causes qui la modifient1 qui l'altrent et qui la changent8 comment toutes ces causes se combinent ou se divisent-elles pour produire les plus tonnants effets8 ,c'est ce que ,descartes ne nous apprend pas1 c'est ce que l'homme ne saura peut-tre jamais bien2 car la gomtrie1 qui est le plus grand instrument dont on se serve aujourd'hui dans la physique1 n'a de prise que sur les objets simples4 ,aussi ,newton1 tout grand qu'il toit1 a t oblig de simplifier l'univers pour le calculer4 ,il a fait mouvoir tous les astres dans des espaces libres3 ds lors plus de fluide1 plus de rsistances1 plus de frottements2 les liens qui unissent ensemble toutes les parties du monde ne sont plus que des rapports de gravitation1 des tres purement mathmatiques4 ,il faut en convenir1 un tel univers est bien plus ais calculer que celui de ,descartes1 o toute action est fonde sur un mcanisme4 ,le newtonien1 tranquille dans son cabinet1 calcule la marche des sphres d'aprs un seul principe qui agit toujours d'une manire uniforme4 ,que la main du gnie qui prside l'univers saisisse le gomtre et le transporte tout--coup dans le monde de ,descartes3 ,viens1 monte1 franchis l'intervalle qui te spare des cieux1 approche de ,mercure1 passe l'orbe de ,vnus1 laisse ,mars derrire toi1 viens te placer entre ,jupiter et ,saturne2 te voil quatre-vingt mille diamtres de ton globe4 ,regarde maintenant3 vois-tu ces grands corps qui de loin te paroissent mus d'une manire uniforme8 ,vois leurs agitations et leurs balancements1 semblables ceux d'un vaisseau tourment par la tempte1 dans un fluide qui presse et qui bouillonne2 vois et calcule1 si tu peux1 ces mouvements4 ,ainsi1 quand le systme de ,descartes n'et point t aussi dfectueux1 ni celui de ,newton aussi admirable1 les gomtres devoient1 par prfrence1 embrasser le dernier2 et ils l'ont fait4 ,quelle main plus hardie1 profitant des nouveaux phnomnes connus et des dcouvertes nouvelles1 osera reconstruire avec plus d'audace et de solidit ces tourbillons que ,descartes lui-mme n'leva que d'une main foible8 ou1 rapprochant deux empires diviss1 entreprendra de runir l'attraction avec l'impulsion1 en dcouvrant la chane qui les joint8 ou peut-tre nous apportera une nouvelle loi de la nature1 inconnue jusqu' ce jour1 qui nous rende compte galement et des phnomnes des cieux et de ceux de la terre8 ,mais l'excution de ce projet est encore recule4 ,au sicle de ,descartes1 il n'toit pas temps d'expliquer le systme du monde2 ce temps n'est pas venu pour nous4 ,peut-tre l'esprit humain n'est-il qu' son enfance4 ,combien de sicles faudra-t-il encore pour que cette grande entreprise vienne sa maturit6 ,combien de fois faudra-t-il que les comtes les plus loignes se rapprochent de nous1 et descendent dans la partie infrieure de leurs orbites6 ,combien faudra-t-il dcouvrir1 dans le monde plantaire1 ou de satellites nouveaux1 ou de nouveaux phnomnes des satellites dj connus6 combien de mouvements irrguliers assigner leurs vritables causes6 combien perfectionner les moyens d'tendre notre vue aux plus grandes distances1 ou par la rfraction ou par la rflexion de la lumire6 combien attendre de hasards qui serviront mieux la philosophie que des sicles d'observations6 combien dcouvrir de chanes et de fils imperceptibles1 d'abord entre tous les tres qui nous environnent1 ensuite entre les tres loigns6 ,et peut-tre aprs ces collections immenses de faits1 fruits de deux ou trois cents sicles1 combien de bouleversements et de rvolutions ou physiques ou morales sur le globe suspendront encore pendant des milliers d'annes les progrs de l'esprit humain dans cette tude de la nature6 ,heureux si1 aprs ces longues interruptions1 le genre humain renoue le fil de ses connoissances au point o il avoit t rompu6 ,c'est alors peut-tre qu'il sera permis l'homme de penser faire un systme du monde2 et que ce qui a t commenc dans l'gypte et dans l',inde1 poursuivi dans la ,grce1 repris et dvelopp en ,italie1 en ,france1 en ,allemagne et en ,angleterre1 s'achvera peut-tre1 ou dans les pays intrieurs de l',afrique1 ou dans quelque endroit sauvage de l',amrique septentrionale ou des ,terres australes2 tandis que notre ,europe savante ne sera plus qu'une solitude barbare1 ou sera peut-tre engloutie sous les flots de l'ocan rejoint la ,mditerrane4 ,alors on se souviendra de ,descartes1 et son nom sera prononc peut-tre dans des lieux o aucun son ne s'est fait entendre depuis la naissance du monde4 ,il poursuit sa cration3 des cieux il descend sur la terre4 ,les mmes mains qui ont arrang et construit les corps clestes travaillent la composition du globe de la terre4 ,toutes les parties tendent vers le centre4 ,la pesanteur est l'effet de la force centrifuge du tourbillon4 ,ce fluide1 qui tend s'loigner1 pousse vers le centre tous les corps qui ont moins de force que lui pour s'chapper3 ainsi la matire n'a par elle-mme aucun poids4 ,bientt tout devoit changer3 la pesanteur est devenue une qualit primitive et inhrente1 qui s'tend toutes les distances et tous les mondes1 qui fait graviter toutes les parties les unes vers les autres1 retient la lune dans son orbite1 et fait tomber les corps sur la terre4 ,on devoit faire plus1 on devoit peser les astres2 monument singulier de l'audace de l'homme6 ,mais toutes ces grandes dcouvertes ne sont que des calculs sur les effets4 ,descartes1 plus hardi a os chercher la cause4 ,il continue sa marche3 l'air1 fluide lger1 lastique et transparent1 se dtache des parties terrestres plus paisses1 et se balance dans l'atmosphre2 le feu nat d'une agitation plus vive1 et acquiert son activit brlante2 l'eau devient fluide1 et ses gouttes s'arrondissent2 les montagnes s'lvent1 et les abmes des mers se creusent2 un balancement priodique soulve et abaisse tour tour les flots et remue la masse de l'ocan1 depuis la surface jusqu'aux plus grandes profondeurs2 c'est le passage de la lune au-dessus du mridien qui presse et resserre les torrents de fluide contenus entre la lune et l'ocan4 ,l'intrieur du globe s'organise1 une chaleur fconde part du centre de la terre1 et se distribue dans toutes ses parties2 les sels1 les bitumes et les soufres se composent2 les minraux naissent de plusieurs mlanges2 les veines mtalliques s'tendent2 les volcans s'allument2 l'air1 dilat dans les cavernes souterraines1 clate1 et donne des secousses au globe4 ,de plus grands prodiges s'oprent3 la vertu magntique se dploie1 l'aimant attire et repousse1 il communique sa force1 et se dirige vers les ples du monde2 le fluide lectrique circule dans les corps1 et le frottement le rend actif4 ,tels sont les principaux phnomnes du globe que nous habitons1 et que ,descartes entreprend d'expliquer4 ,il soulve une partie du voile qui les couvre4 ,mais ce globe est envelopp d'une masse invisible et flottante1 qui est entrane du mme mouvement que la terre1 presse sur sa surface1 et y attache tous les corps3 c'est l'atmosphre2 ocan lastique1 et qui1 comme le ntre1 est sujet des altrations et des temptes2 rgion dtache de l'homme1 et qui1 par son poids1 a sur l'homme la plus grande influence2 lieu o se rendent sans cesse les particules chappes de tous les tres2 assemblage des ruines de la nature1 ou volatilise par le feu1 ou dissoute par l'action de l'air1 ou pompe par le soleil2 laboratoire immense1 o toutes ces parties isoles et extraites d'un million de corps diffrents se runissent de nouveau1 fermentent1 se composent1 produisent de nouvelles formes1 et offrent aux yeux ces mtores varis qui tonnent le peuple1 et que recherche le philosophe4 ,descartes1 aprs avoir parcouru la terre1 s'lve dans cette rgion #ah4 ,dj on commenoit dans toute l',europe tudier la nature de l'air4 ,galile le premier avoit dcouvert sa pesanteur4 ,torricelli avoit mesur la pression de l'atmosphre4 ,on l'avoit trouve gale un cylindre d'eau de mme base et de trente-deux pieds de hauteur1 ou une colonne de vif-argent de vingt-neuf pouces4 ,ces expriences n'tonnent point ,descartes3 elles toient conformes ses principes4 ,il avoit devin la nature avant qu'on l'et mesure4 ,c'est lui qui donne ,pascal l'ide de sa fameuse exprience sur une haute montagne,b2 exprience qui confirma toutes les autres1 parce qu'on vit que la colonne de mercure baissoit proportion que la colonne d'air diminuoit en hauteur4 ,pourquoi ,pascal n'a-t-il point avou qu'il devoit cette ide ,descartes8 ,n'toient-ils pas tous deux assez grands pour que cet aveu pt l'honorer8 ,note ,b3 ,le ,puy de ,dme1 en ,auvergne4 ,les proprits de l'air1 sa fluidit1 sa pesanteur et son ressort le rendent un des agents les plus universels de la nature4 ,de son lasticit naissent les vents4 ,descartes les examine dans leur marche4 ,il les voit natre sous l'impression du soleil1 qui rarfie les vapeurs de l'atmosphre2 suivre entre les tropiques le cours de cet astre1 d'orient en occident2 changer de direction trente degrs de l'quateur2 se charger de particules glaces1 en traversant des montagnes couvertes de neiges2 devenir secs et brlants en parcourant la zone torride2 obir1 sur les rivages de l'ocan1 au mouvement du flux et du reflux2 se combiner par mille causes diffrentes des lieux1 des mtores et des saisons2 former partout des courants1 ou lents ou rapides1 plus rguliers sur l'espace immense et libre des mers1 plus ingaux sur la terre1 o leur direction est continuellement change par le choc des forts1 des villes et des montagnes1 qui les brisent et qui les rflchissent4 ,il pntre ensuite dans les ateliers secrets de la nature2 il voit la vapeur en quilibre se condenser en nuage2 il analyse l'organisation des neiges et des grles2 il dcompose le tonnerre1 et assigne l'origine des temptes qui bouleversent les mers1 ou ensevelissent quelquefois l',africain et l',arabe sous des monceaux de sable4 ,un spectacle plus riant vient s'offrir4 ,l'quilibre des eaux suspendues dans le nuage s'est rompu1 la verdure des campagnes est humecte1 la nature rafrachie se repose en silence1 le soleil brille1 un arc1 par de couleurs clatantes1 se dessine dans l'air4 ,descartes en cherche la cause2 il la trouve dans l'action du soleil sur les gouttes d'eau qui composent la nue3 les rayons partis de cet astre tombent sur la surface de la goutte sphrique1 se brisent leur entre1 se rflchissent dans l'intrieur1 ressortent1 se brisent de nouveau1 et vont tomber sur l'oeil qui les reoit4 ,je ne cherche point parer ,descartes d'une gloire trangre2 je sais qu'avant lui ,antonio de ,dominis avoit expliqu l'arc-en-ciel par les rfractions de la lumire2 mais je sais que ce prlat clbre avoit ml plusieurs erreurs ces vrits4 ,descartes expliqua ce phnomne d'une manire plus prcise et plus vraie3 il dcouvrit le premier la cause de l'arc-en-ciel extrieur2 il fit voir qu'il dpendoit de deux rfractions et de deux rflexions combines4 ,s'il se trompa dans les raisons qu'il donne de l'arrangement des couleurs1 c'est que l'esprit humain ne marche que pas pas vers la vrit2 c'est qu'on n'avoit point encore analys la lumire2 c'est qu'on ne savoit point alors qu'elle est compose de sept rayons primitifs1 que chaque rayon a un degr de rfrangibilit qui lui est propre1 et que c'est de la diffrence des angles sous lesquels ces rayons se brisent que dpend l'ordre des couleurs4 ,ces dcouvertes toient rserves ,newton4 ,mais1 quoique ,descartes ne connt pas bien la nature de la lumire1 quoiqu'il la crt une matire homogne et globuleuse rpandue dans l'espace1 et qui1 pousse par le soleil1 communique en un instant son impression jusqu' nous2 quoique la fameuse observation de ,roemer sur les satellites de ,jupiter n'et point encore appris aux hommes que la lumire emploie sept huit minutes parcourir les trente millions de lieues du soleil la terre1 ,descartes n'en explique pas avec moins de prcision1 et les proprits gnrales de la lumire1 et les lois qu'elle suit dans son mouvement1 et son action sur l'organe de l'homme4 ,il reprsente la vue comme une espce de toucher1 mais un toucher d'une nature extraordinaire et plus parfaite1 qui ne s'exerce point par le contact immdiat des corps1 mais qui s'tend jusqu'aux extrmits de l'espace1 va saisir ce qui est hors de l'empire de tous les autres sens1 et unit l'existence de l'homme l'existence des objets les plus loigns4 ,c'est par le moyen de la lumire que s'opre ce prodige4 ,elle est1 pour l'homme clair1 ce que le bton est pour l'aveugle3 par l'un1 on voit1 pour ainsi dire1 avec ses mains2 par l'autre1 on touche avec ses yeux4 ,mais1 pour que la lumire agisse sur l'oeil1 il faut qu'elle traverse des espaces immenses2 ces espaces sont sems de corps innombrables1 les uns opaques1 les autres transparents ou fluides4 ,descartes suit la lumire dans sa route1 et travers tous ces chocs3 il la voit1 dans un milieu uniforme1 se mouvoir en ligne droite2 il la voit se rflchir sur la surface des corps solides1 et toujours sous un angle gal celui d'incidence2 il la voit enfin1 lorsqu'elle traverse diffrents milieux1 changer son cours1 et se briser selon diffrentes lois4 ,la lumire1 mue en ligne droite1 ou rflchie1 ou brise1 parvient jusqu' l'organe qui doit la recevoir4 ,quel est cet organe tonnant1 prodige de la nature1 o tous les objets acquirent tour tour une existence successive2 o les espaces1 les figures et les mouvements qui m'environnent sont crs2 o les astres qui existent cent millions de lieues deviennent comme partie de moi-mme2 o1 dans un demi-pouce de diamtre1 est contenu l'univers8 ,quelles lois prsident ce mcanisme8 quelle harmonie fait concourir au mme but tant de parties diffrentes8 ,descartes analyse et dessine toutes ces parties1 et celles qui ont besoin d'un certain degr de convexit pour procurer la vue1 et celles qui se rtrcissent ou s'tendent proportion du nombre de rayons qu'il faut recevoir2 et ces humeurs1 d'une nature comme d'une densit diffrente1 o la lumire souffre trois rfractions successives2 et cette membrane si dlie1 compose des filets du nerf optique1 o l'objet vient se peindre2 et ces muscles si agiles qui impriment l'oeil tous les mouvements dont il a besoin4 ,par le jeu rapide et simultan de tous ces ressorts1 les rayons rassembls viennent peindre sur la rtine l'image des objets2 et les houppes nerveuses transmettent par leur branlement leur impression jusqu'au cerveau4 ,l finissent les oprations mcaniques1 et commencent celles de l'me4 ,cette peinture si admirable est encore imparfaite1 et il faut en corriger les dfauts2 il faut apprendre voir4 ,l'image peinte dans l'oeil est renverse2 il faut remettre les objets dans leur situation3 l'image est double2 il faut la simplifier4 ,mais vous n'aurez point encore les ides de distance1 de figure et de grandeur2 vous n'avez que des lignes et des angles mathmatiques4 ,l'me s'assure d'abord de la distance par le sens du toucher et le mouvement progressif2 elle juge ensuite les grandeurs relatives par les distances1 en comparant l'ouverture des angles forms au fond de l'oeil4 ,des distances et des grandeurs combines rsulte la connoissance des figures4 ,ainsi le sens de la vue se perfectionne et se forme par degrs2 ainsi l'organe qui touche prte ses secours l'organe qui voit2 et la vision est en mme temps le rsultat de l'image trace dans l'oeil et d'une foule de jugements rapides et imperceptibles1 fruits de l'exprience4 ,descartes1 sur tous ces objets1 donne des rgles que personne n'avoit encore dveloppes avant lui2 il guide la nature1 et apprend l'homme se servir du plus noble de ses sens4 ,mais1 dans un tre aussi born et aussi foible1 tout s'altre2 cette organisation si tonnante est sujette se dranger2 enfin1 le genre humain est en droit d'accuser la nature1 qui1 l'ayant plac et comme suspendu entre deux infinis1 celui de l'extrme grandeur et celui de l'extrme petitesse1 a galement born sa vue des deux cts1 et lui drobe les deux extrmits de la chane4 ,grces l'industrie humaine applique aux productions de la nature1 l'aide du sable dissous par le feu1 on a su faire de nouveaux yeux l'homme1 prescrire de nouvelles routes la lumire1 rapprocher l'espace1 et rendre visible ce qui ne l'est pas4 ,roger ,bacon1 dans un sicle barbare1 prdit le premier ces effets tonnants2 ,alexandre ,spina dcouvrit les verres concaves et convexes2 ,mtius1 artisan hollandais1 forma le premier tlescope2 ,galile en expliqua le mcanisme3 ,descartes s'empare de tous ces prodiges2 il en dveloppe et perfectionne la thorie2 il les cre pour ainsi dire de nouveau par le calcul mathmatique2 il y ajoute une infinit de vues1 soit pour acclrer la runion des parties de la lumire1 soit pour la retarder1 soit pour dterminer les courbes les plus propres la rfraction1 soit pour combiner celles qui1 runies1 feront le plus d'effet2 il descend mme jusqu' guider la main de l'artiste qui faonne les verres1 et1 le compas la main1 il lui trace des machines nouvelles pour perfectionner et faciliter ses travaux4 ,tels sont les objets et la marche de la dioptrique de ,descartes#ai1 un des plus beaux monuments de ce grand homme1 qui suffiroit seul pour l'immortaliser1 et qui est le premier ouvrage o l'on ait appliqu1 avec autant d'tendue que de succs1 la gomtrie la physique4 ,ds l'ge de vingt ans il avoit jet un coup d'ceil rapide sur la thorie des sons1 qui peut-tre a tant d'analogie avec celle de la lumire#bj4 ,il avoit port une gomtrie profonde dans cet art1 qui chez les anciens tenoit aux moeurs et faisoit partie de la constitution des tats1 qui chez les modernes est peine cr depuis un sicle1 qui chez quelques nations est encore son berceau2 art tonnant et incroyable1 qui peint par le son1 et qui1 par les vibrations de l'air1 rveille toutes les passions de l'me4 ,il applique de mme les calculs mathmatiques la science des mouvements2 il dtermine l'effet de ces machines qui multiplient les bras de l'homme1 et sont comme de nouveaux muscles ajouts ceux qu'il tient de la nature4 ,l'quilibre des forces1 la rsistance des poids1 l'action des frottements1 le rapport des vitesses et des masses1 la combinaison des plus grands effets par les plus petites puissances possibles2 tout est ou dvelopp ou indiqu dans quelques lignes que ,descartes a jetes presque au hasard#ba4 ,mais1 comme1 jusque dans ses plus petits ouvrages1 sa marche est toujours grande et philosophique1 c'est d'un seul principe qu'il dduit les proprits diffrentes de toutes les machines qu'il explique4 ,un plus grand objet vient se prsenter lui3 une machine plus tonnante1 compose de parties innombrables1 dont plusieurs sont d'une finesse qui les rend imperceptibles l'oeil mme le plus perant2 machine qui1 par ses parties solides1 reprsente des leviers1 des cordes1 des poulies1 des poids et des contre-poids1 et est assujettie aux lois de la statique ordinaire2 qui1 par ses fluides et les vaisseaux qui les contiennent1 suit les rgles de l'quilibre et du mouvement des liqueurs2 qui1 par des pompes qui aspirent l'air et qui le rendent1 est asservie aux ingalits et la pression de l'atmosphre2 qui1 par des filets presque invisibles rpandus toutes ses extrmits1 a des rapports innombrables et rapides avec ce qui l'environne2 machine sur laquelle tous les objets de l'univers viennent agir1 et qui ragit sur eux2 qui1 comme la plante1 se nourrit1 se dveloppe et se reproduit1 mais qui la vie vgtale joint le mouvement progressif2 machine organise1 mcanique vivante1 mais dont tous les ressorts sont intrieurs et drobs l'oeil1 tandis qu'au dehors on ne voit qu'une dcoration simple la fois et magnifique1 o sont rassembls et le charme des couleurs1 et la beaut des formes1 et l'lgance des contours1 et l'harmonie des proportions3 c'est le corps humain4 ,descartes ose le considrer dans son ensemble et dans tous ses dtails4 ,aprs avoir parcouru l'univers et toutes les portions de la nature1 il revient lui-mme4 ,il veut se rendre compte de sa vie1 de ses mouvements1 de ses sens4 ,qui lui expliquera un nouvel univers plus incomprhensible que le premier8 ,ce n'est point dans les auteurs qui ont crit qu'il va puiser ses connoissances1 c'est dans la nature2 c'est elle qui fait la raison d'un grand homme1 et non point ce qu'on a pens avant lui4 ,on lui demande o sont ses livres4 ,les voil1 dit-il en montrant des animaux qu'il toit prt dissquer4 ,l'anatomie1 cre par ,hippocrate1 cultive par ,aristote1 rduite en art par les travaux d',hrophile et d',erasistrate1 rassemble en corps par ,galien1 suspendue et presque anantie pendant prs de onze sicles1 avoit t ranime tout--coup par ,vsale4 ,depuis cent ans elle faisoit des progrs en ,europe1 mais les faisoit avec lenteur1 comme toutes les connoissances humaines1 qui sont filles du temps4 ,descartes eut aussi la gloire d'tre un des premiers anatomistes de son sicle2 mais1 comme il toit n encore plus pour lier des connoissances et les ordonner entre elles que pour faire des observations1 il porta dans l'anatomie ce caractre qui le suivoit partout4 ,en dcouvrant l'effet1 il remontoit la cause2 en analysant les parties1 il examinoit leurs rapports entre elles1 et leurs rapports avec le tout4 ,ne cherchez point le fixer long-temps sur un petit objet2 il veut voir l'ensemble de tout ce qu'il embrasse4 ,son esprit impatient et rapide court au devant de l'observation2 il la prcde plus qu'il ne la suit2 il lui indique sa route2 elle marche2 il revient ensuite sur elle2 il gnralise d'un coup d'oeil et en un instant tout ce qu'elle lui rapporte2 souvent il a vu avant qu'elle ait parl4 ,que doit-il rsulter d'une pareille marche dans un homme de gnie8 quelques erreurs et de grandes ides1 des masses de lumire travers des nuages4 ,c'est aussi ce que l'on trouve dans le ,trait de ,descartes sur l'homme#bb4 ,il le composa aprs quinze ans d'observations anatomiques4 ,il suppose d'abord une machine entirement semblable la ntre3 quand il en sera temps1 il lui donnera une me2 mais d'abord il veut voir ce que le mcanisme seul peut produire dans un pareil ouvrage4 ,il lui met seulement dans le coeur un feu secret et actif1 semblable celui qui fait bouillonner les liqueurs nouvelles3 ds ce moment s'excutent toutes les fonctions qui sont indpendantes de l'me4 ,la respiration appelle et chasse l'air tour tour4 ,l'estomac devient un fourneau chimique1 o des liqueurs en fermentation servent la dissolution et l'analyse des nourritures3 ces parties dcomposes passent par diffrents canaux1 se rassemblent dans des rservoirs1 s'purent dans leur cours1 se transforment en sang1 augmentent et dveloppent la masse solide de la machine1 et deviennent une portion d'elle-mme4 ,le sang1 comme un torrent rapide1 circule par des routes innombrables2 il se spare1 il se runit1 port par les artres aux extrmits de la machine1 et ramen par les veines des extrmits vers le coeur4 ,le coeur est le centre de ce grand mouvement1 et le foyer de la vie interne3 c'est de l qu'elle se distribue4 ,au dehors tous les mouvements s'oprent4 ,du cerveau partent des faisceaux de nerfs qui s'panouissent et se dveloppent aux extrmits1 et vont former l'organe du sentiment4 ,les uns sont propres rflchir les atomes imperceptibles de la lumire2 les autres1 les vibrations des corps sonores2 ceux-ci ne seront branls que par les particules odorantes2 ceux-l1 par les esprits et les sels qui se dtacheront des aliments et des liqueurs2 les derniers enfin1 disperss sur toute la surface de la machine1 ne peuvent tre heurts que par le contact et les parties grossires des corps solides3 ainsi se forment les sens4 ,chaque objet extrieur vient donner ume secousse l'organe qui lui est propre4 ,les nerfs qui le composent1 ainsi qu'une corde tendue1 portent cet branlement jusqu'au cerveau3 l est le rservoir de ces esprits subtils et rapides1 partie la plus dlie du sang1 manations ariennes ou enflammes1 et invisibles comme impalpables4 ,a l'impression que le cerveau reoit1 ces souffles volatils courent rapidement dans les nerfs2 ils passent dans les muscles4 ,ceux-ci sont des ressorts lastiques qui se tendent ou se dtendent1 des cordes qui s'allongent ou se raccourcissent1 selon la quantit du fluide nerveux qui les remplit ou qui en sort4 ,de cette compression ou dilatation des muscles rsultent tous les mouvements4 ,les esprits animaux1 principes moteurs1 sont eux-mmes dans une ternelle agitation2 et tandis que les uns achvent de se former et se volatilisent dans le laboratoire1 que les autres1 au premier signal1 s'lancent rapidement1 une foule innombrable1 disperse dj dans la machine1 circule dans tous les membres1 suit les dernires ramifications des nerfs1 va1 vient1 descend1 remonte1 et porte partout la vie1 l'activit et la souplesse4 ,prenez maintenant une me1 et mettez-la dans cette machine2 aussitt nat un ordre d'oprations nouvelles4 ,descartes place cette me dans le cerveau1 parceque c'est l que se porte le contre-coup de toutes les sensations2 c'est de l que part le principe des mouvements2 c'est la qu'elle est avertie par des messagers rapides de tout ce qui se passe aux extrmits de son empire2 c'est de l qu'elle distribue ses ordres4 ,les nerfs sont ses ministres et les excuteurs de ses volonts4 ,le cerveau devient comme un sens intrieur qui contient1 pour ainsi dire1 le rsultat de tous les sens du dehors4 ,l se forme une image de chaque objet4 ,l'me voit l'objet dans cette image quand il est prsent2 et c'est la perception3 elle la reproduit d'elle-mme quand l'objet est loign2 et c'est l'imagination3 elle en fait au besoin renatre l'ide1 avec la conscience de l'avoir eue2 et c'est la mmoire4 ,a chacune de ces oprations de l'me correspond une modification particulire dans les fibres du cerveau1 ou dans le cours des esprits2 et c'est la chane invisible des deux substances4 ,mais l'me a deux facults bien distinctes3 elle est la fois intelligente et sensible4 ,dans quelques unes de ses fonctions elle exerce et dploie un principe d'activit1 elle veut1 elle choisit1 elle compare2 dans d'autres elle est passive3 ce sont des motions qu'elle prouve1 mais qu'elle ne se donne pas1 et qui lui arrivent des objets qui l'environnent4 ,telle est l'origine des passions1 prsent utile et funeste4 ,le philosophe1 errant au pied du ,vsuve1 ou travers les rochers noircis de l',islande1 ou sur les sommets sauvages des ,cordilires1 entran par le dsir de connotre1 approche de la bouche des volcans2 il en mesure de l'oeil la profondeur2 il en observe les effets2 assis sur un rocher1 il calcule loisir et mdite profondment sur ce qui fait le ravage du monde4 ,ainsi ,descartes observe et analyse les passions #bc4 ,avant lui on en avoit dvelopp le moral2 lui seul a tent d'en expliquer le physique2 lui seul a fait voir jusqu'o les lois du mcanisme influent sur elles1 et o ce mcanisme s'arrte4 ,il a marqu dans chaque passion primitive le degr de mouvement et d'imptuosit du sang1 le cours des esprits1 leur agitation1 leur activit ou plus ou moins rapide1 les altrations qu'elles produisent dans les organes intrieurs4 ,il les suit au dehors3 il rend compte de leurs effets sur la surface de la machine quand l'oeil devient un tableau rapide1 tantt doux et tantt terrible2 quand l'harmonie des traits se drange2 quand les couleurs ou s'embellissent ou s'effacent2 quand les muscles se tendent ou se relchent2 quand le mouvement se ralentit ou se prcipite2 quand le son inarticul de la douleur ou de la joie se fait entendre1 et sort par secousses du sein agit2 quand les larmes coulent1 les larmes1 ces marques touchantes de la sensibilit1 ou ces marques terribles du dsespoir impuissant2 quand l'excs du sentiment affoiblit par degrs ou consume en un moment les forces de la vie4 ,ainsi les passions influent sur l'organisation1 et l'organisation influe sur elles3 mais elles n'en sont pas moins assujetties l'empire de l'me4 ,c'est l'me qui les modifie par les jugements qu'elle joint l'impression des objets2 l'me les gouverne et les dompte par l'exercice de sa volont1 en rprimant son gr les mouvements physiques1 en donnant un nouveau cours aux esprits1 en s'accoutumant rveiller une ide plutt qu'une autre la vue d'un objet qui vient la frapper4 ,mais cette volont imprieuse ne suffit pas1 il faut qu'elle soit claire4 ,il faut donc connotre les vrais rapports de l'homme avec tout ce qui existe4 ,c'est par l'tude de ces rapports qu'il saura quand il doit tendre son existence hors de lui par le sentiment1 et quand il doit la resserrer4 ,ainsi la morale est lie une foule de connoissances qui l'agrandissent et la perfectionnent2 ainsi toutes les sciences ragissent les unes sur les autres4 ,c'toit l1 comme nous avons vu1 la grande ide de ,descartes4 ,cette imagination vaste avoit construit un systme de science universelle1 dont toutes les parties se tenoient1 et qui toutes se rapportoient l'homme4 ,il avoit plac l'homme au milieu de cet univers2 c'toit l'homme qui toit le centre de tous ces cercles tracs autour de lui1 et qui passaient par tous les points de la nature4 ,descartes sentoit bien toute l'tendue d'un pareil plan1 et il n'imaginoit pas pouvoir le remplir seul2 mais1 press par le temps1 il se htoit d'en excuter quelques parties1 et croyot que la postrit achveroit le reste4 ,il invitoit les hommes de toutes les nations et de tous les sicles s'unir ensemble2 et1 pour rassembler tant de forces disperses1 pour faciliter la correspondance rapide des esprits dans les lieux et les temps1 il conut l'ide d'une langue universelle qui tabliroit des signes gnraux pour toutes les penses1 de mme qu'il y en a pour exprimer tous les nombres2 projet que plusieurs philosophes clbres ont renouvel1 qui sans doute a donn ,leibnitz l'ide d'un alphabet des penses humaines1 et qui1 s'il est excut un jour1 sera probablement l'poque d'une rvolution dans l'esprit humain4 ,j'ai tch de suivre ,descartes dans tous ses ouvrages2 j'ai parcouru presque toutes les ides de cet homme extraordinaire2 j'en ai dvelopp quelques unes1 j'en ai indiqu d'autres4 ,il a t ais de suivre la marche de sa philosophie et d'en saisir l'ensemble4 ,on l'a vu commencer par tout abattre afin de tout reconstruire2 on l'a vu jeter des fondements profonds2 s'assurer de l'vidence et des moyens de la reconnotre2 descendre dans son me pour s'lever ,dieu2 de ,dieu redescendre tous les tres crs2 attacher cette cause tous les principes de ses connoissances2 simplifier ces principes pour leur donner plus de fcondit et d'tendue1 car c'est la marche du gnie comme de la nature2 appliquer ensuite ces principes la thorie des plantes1 aux mouvements des deux1 aux phnomnes de la terre1 la nature des lments1 aux prodiges des mtores1 aux effets et la marche de la lumire1 l'organisation des corps bruts1 la vie active des tres anims2 terminant enfin cette grande course par l'homme1 qui tait l'objet et le but de ses travaux2 dveloppant partout des lois mcaniques qu'il a devines le premier2 descendant toujours des causes aux effets2 enchanant tout par des consquences ncessaires2 joignant quelquefois l'exprience aux spculations1 mais alors mme matrisant l'exprience par le gnie2 clairant la physique par la gomtrie1 la gomtrie par l'algbre1 l'algbre par la logique1 la mdecine par l'anatomie1 l'anatomie par les mcaniques2 sublime mme dans ses fautes1 mthodique dans ses garements1 utile par ses erreurs1 forant l'admiration et le respect1 lors mme qu'il ne peut forcer penser comme lui4 ,si on cherche les grands hommes modernes avec qui on peut le comparer1 on en trouvera trois3 ,bacon1 ,leibnitz1 et ,newton4 ,bacon parcourut toute la surface des connoissances humaines2 il jugea les sicles passs1 et alla au-devant des sicles venir3 mais il indiqua plus de grandes choses qu'il n'en excuta2 il construisit l'chafaud d'un difice immense1 et laissa d'autres le soin de construire l'difice4 ,leibnitz fut tout ce qu'il voulut tre3 il porta dans la philosophie une grande hauteur d'intelligence2 mais il ne traita la science de la nature que par lambeaux1 et ses systmes mtaphysiques semblent plus faits pour tonner et accabler l'homme que pour l'clairer4 ,newton a cr une optique nouvelle1 et dmontr les rapports de la gravitation dans les cieux4 ,je ne prtends point ici diminuer la gloire de ce grand homme1 mais je remarque seulement tous les secours qu'il a eus pour ces grandes dcouvertes4 ,je vois que ,galile lui avoit donn la thorie de la pesanteur2 ,kepler1 les lois des astres dans leurs rvolutions2 ,huygens1 la combinaison et les rapports des forces centrales et des forces centrifuges2 ,bacon1 le grand principe de remonter des phnomnes vers les causes2 ,descartes1 sa mthode pour le raisonnement1 son analyse pour la gomtrie1 une foule innombrable de connoissances pour la physique1 et plus que tout cela peut-tre1 la destruction de tous les prjugs4 ,la gloire de ,newton a donc t de profiter de tous ces avantages1 de rassembler toutes ces forces trangres1 d'y joindre les siennes propres1 qui taient immenses1 et de les enchaner toutes par les calculs d'une gomtrie aussi sublime que profonde4 ,si maintenant je rapproche ,descartes de ces trois hommes clbres1 j'oserai dire qu'il avoit des vues aussi nouvelles et bien plus tendues que ,bacon2 qu'il a eu l'clat et l'immensit du gnie de ,leibnitz1 mais bien plus de consistance et de ralit dans sa grandeur2 qu'enfin il a mrit d'tre mis ct de ,newton1 parce qu'il a cr une partie de ,newton1 et qu'il n'a t cr que par lui-mme2 parceque1 si l'un a dcouvert plus de vrits1 l'autre a ouvert la route de toutes les vrits2 gomtre aussi sublime1 quoiqu'il n'ait point fait un aussi grand usage de la gomtrie2 plus original par son gnie1 quoique ce gnie l'ait souvent tromp2 plus universel dans ses connoissances1 comme dans ses talents1 quoique moins sage et moins assur dans sa marche2 ayant peut-tre en tendue ce que ,newton avoit en profondeur2 fait pour concevoir en grand1 mais peu fait pour suivre les dtails1 tandis que ,newton donnoit aux plus petits dtails l'empreinte du gnie2 moins admirable sans doute pour la connoissance des deux1 mais bien plus utile pour le genre humain1 par sa grande influence sur les esprits et sur les sicles4 ,c'est ici le vrai triomphe de ,descartes2 c'est l sa grandeur4 ,il n'est plus1 mais son esprit vit encore3 cet esprit est immortel2 il se rpand de nation en nation1 et de sicle en sicle2 il respire ,paris1 ,londres1 ,berlin1 ,leipsick1 ,florence2 il pntre ,ptersbourg2 il pntrera un jour jusque dans ces climats o le genre humain est encore ignorant et avili2 peut-tre il fera le tour de l'univers4 ,on a vu dans quel tat toient les sciences au moment o ,descartes parut2 comment l'autorit enchanoit la raison2 comment l'tre qui pense avoit renonc au droit de penser4 ,il en est des esprits comme de la nature physique3 l'engourdissement en est la mort2 il faut de l'agitation et des secousses2 il vaut mieux que les vents branlent l'air par des orages1 que si tout demeuroit dans un ternel repos4 ,descartes donna l'impulsion cette masse immobile4 ,quel fut l'tonnement de l',europe1 lorsqu'on vit parotre tout--coup cette philosophie si hardie et si nouvelle6 ,peignez-vous des esclaves qui marchent courbs sous le poids de leurs fers3 si tout--coup un d'entre eux brise sa chane1 et fait retentir leurs oreilles le nom de libert1 ils s'agitent1 ils frmissent1 et des dbris de leurs chanes rompues accablent leurs tyrans4 ,tel est le mouvement qui se fit dans les esprits d'un bout de l',europe l'autre4 ,cette masse nouvelle de connoissances que ,descartes y avoit jete se joignit la fermentation de son esprit4 ,rveill par de si grandes ides et par un si grand exemple1 chacun s'interroge et juge ses penses1 chacun discute ses opinions4 ,la raison de l'univers n'est plus celle d'un homme qui existoit il y a quinze sicles2 elle est dans l'me de chacun1 elle est dans l'vidence et dans la clart des ides4 ,la pense1 esclave depuis deux mille ans1 se relve1 avec la conscience de sa grandeur2 de toutes parts on cre des principes1 et on les suit2 on consulte la nature1 et non plus les hommes4 ,la ,france1 l',italie1 l',allemagne et l',angleterre travaillent sur le mme plan4 ,la mthode mme de ,descartes apprend connotre et combattre ses erreurs4 ,tout se perfectionne1 ou du moins tout avance4 ,les mathmatiques deviennent plus fcondes1 les mthodes plus simples2 l'algbre1 porte si loin par ,descartes1 est perfectionne par ,halley1 et le grand ,newton y ajoute encore4 ,l'analyse est applique au calcul de l'infini1 et produit une nouvelle branche de gomtrie sublime4 ,plusieurs hommes clbres portent cet difice une hauteur immense3 l',allemagne et l',angleterre se divisent sur cette dcouverte1 comme l',espagne et le ,portugal sur la conqute des ,indes4 ,l'application de la gomtrie la physique devient plus tendue et plus vaste3 ,newton fait sur les mouvements des corps clestes ce que ,descartes avoit fait sur la dioptrique1 et sur quelques parties des mtores2 les lois de ,kepler sont dmontres par le calcul2 la marche elliptique des plantes est explique2 la gravitation universelle tonne l'univers par la fcondit et la simplicit de son principe4 ,cette application de la gomtrie s'tend toutes les branches de la physique1 depuis l'quilibre des liqueurs jusqu'aux derniers balancements des comtes dans leurs routes les plus cartes4 ,ces astres errants sont mieux connus3 ,descartes les avoit tirs pour jamais de la classe des mtores1 en les fixant au nombre des plantes2 ,newton rond compte de l'excentricit de leurs orbites2 ,halley1 d'aprs quelques points donns1 dtermine le cours et fixe la marche de vingt-quatre comtes4 ,les ingalits de la lune sont calcules2 on dcouvre l'anneau et les satellites de ,saturne2 on fait des satellites de ,jupiter l'usage le plus important pour la navigation4 ,les cieux sont connus comme la terre4 ,la terre change de forme2 son quateur s'lve et ses ples s'aplatissent1 et la diffrence de ses deux diamtres est mesure4 ,des observatoires s'lvent auprs des digues de la ,hollande1 sous le ciel de ,stockholm1 et parmi les glaces de la ,russie4 ,toutes les sciences suivent cette impulsion gnrale4 ,la physique particulire1 cre par le gnie de ,descartes1 s'tend et affermit sa marche par les expriences3 il est vrai qu'il avoit peu suivi cette route2 mais sa mthode1 plus puissante que son exemple1 devoit y ramener4 ,les prodiges de l'lectricit se multiplient4 ,les dclinaisons de l'aiguille aimante s'observent selon la diffrence des lieux et des temps4 ,halley trace dans toute l'tendue du globe une ligne qui sert de point fixe1 o la dclinaison commence1 et qui1 bien constate1 peut-tre pourroit tenir lieu des longitudes4 ,l'optique devient une science nouvelle1 par les dcouvertes sublimes sur les couleurs4 ,la ,dioptrique de ,descartes n'est plus la borne de l'esprit humain3 l'art d'agrandir la vue s'tend2 on substitue1 pour lire dans les cieux1 les mtaux aux verres1 et la rflexion de la lumire la rfraction4 ,la chimie1 qui auparavant toit presque isole1 s'unit aux autres sciences2 on l'applique la fois la physique1 l'histoire naturelle et la mdecine4 ,la circulation du sang1 dcouverte par ,harvey1 embrasse et dfendue par ,descartes1 devient la source d'une foule de vrits4 ,le mcanisme du corps humain est tudi avec plus de zle et de succs3 on dcouvre des vaisseaux inconnus et de nouveaux rservoirs4 ,borelli tente d'assujettir au calcul gomtrique les mouvements des animaux4 ,leuwenhoeck1 le microscope la main1 surprend ces atomes vivants qui semblent tre les lments de la vie de l'homme2 ,ruisch perfectionne l'art de donner par des injections une nouvelle vie ce qui est mort2 ,malpighi transporte l'anatomie aux plantes1 et remplit un projet que ,descartes n'avoit pas eu le temps d'excuter4 ,son gnie respire encore aprs lui dans la mtaphysique3 c'est lui qui1 dans ,malebranche1 dmle les erreurs de l'imagination et des sens2 c'est lui qui1 dans ,locke1 combat et dtruit les ides innes1 fait l'analyse de l'esprit humain1 et pose d'une main hardie les limites de la raison2 c'est lui qui1 de nos jours1 a attaqu et renvers les systmes4 ,son influence ne s'est point borne la philosophie3 semblable cette me universelle des stociens1 l'esprit de ,descartes est partout2 on l'a appliqu aux lettres et aux arts comme aux sciences4 ,si dans tous les genres on va saisir les premiers principes2 si la mtaphysique des arts est cre2 si on a cherch dans des ides invariables les rgles du got pour tous les pays et pour tous les sicles2 si on a secou cette superstition qui jugeoit mal parce qu'elle admiroit trop1 et donnoit des entraves au gnie en resserrant trop sa sphre2 si on examine et discute toutes nos connoissances2 si l'esprit s'agite pour reculer toutes les bornes2 si on veut savoir sur tous les objets le degr de vrit qui appartient l'homme3 c'est l l'ouvrage de ,descartes4 ,l'astronome1 le gomtre1 le mtaphysicien1 le grammairien1 le moraliste1 l'orateur1 le politique1 le pote1 tous ont une portion de cet esprit qui les anime4 ,il a guid galement ,pascal et ,corneille1 ,locke et ,bourdaloue1 ,newton et ,montesquieu4 ,telle est la trace profonde et l'empreinte marque de l'homme de gnie sur l'univers4 ,il n'existe qu'un moment2 mais cette existence est employe tout entire quelque grande opration1 qui change la direction des choses pour plusieurs sicles4 ,arrtons-nous maintenant sur celui qui le genre humain a eu tant d'obligations1 et qui la dernire postrit sera encore redevable4 ,quels honneurs lui a-t-on rendus de son vivant8 quelles statues lui furent leves dans su patrie8 quels hommages a-t-il reus des nations8444 ,que parlons-nous d'hommages1 et de statues1 et d'honneurs8 ,oublions-nous qu'il s'agit d'un grand homme8 oublions-nous qu'il a vcu parmi des hommes8 ,parlons plutt et des perscutions1 et de la haine1 et des tourments de l'envie1 et des noirceurs de la calomnie1 et de tout ce qui a t et sera ternellement le partage de l'homme qui aura le malheur de s'lever au-dessus de son sicle4 ,descartes l'avoit prvu3 il connoissoit trop les hommes pour ne les pas craindre2 il avoit t averti par l'exemple de ,galile2 il avoit vu1 dans la personne de ce vieillard1 la vrit en cheveux blancs charge de fers1 et trane indignement dans les prisons #bd4 ,la coupe de ,socrate1 les chanes d',anaxagore1 la fuite et l'empoisonnement d',aristote1 les malheurs d',hraclite1 les calomnies insenses contre ,gerbert1 les gmissements plaintifs de ,roger ,bacon sous les votes d'un cachot1 l'orage excit contre ,ramus1 et les poignards qui l'assassinrent2 les bchers allums en cent lieux pour consumer des malheureux qui ne pensoient pas comme leurs concitoyens2 tant d'autres qui avoient t errants et proscrits sur la terre1 sans asile et sans protecteurs1 emportant avec eux de pays en pays la vrit fugitive et bannie du monde3 tout l'avertissoit du danger qui le menaoit2 tout lui crioit que le dernier des crimes que l'on pardonne est celui d'annoncer des vrits nouvelles4 ,mais la vrit n'est point l'homme qui la conoit2 elle appartient l'univers1 et cherche s'y rpandre4 ,descartes crut mme qu'il en devoit compte au ,dieu qui la lui donnoit4 ,il se dvoua donc #be2 et1 grces aux passions humaines1 il ne tarda point recueillir les fruits de sa rsolution4 ,il y avoit alors en ,hollande un de ces hommes qui sont offusqus de tout ce qui est grand1 qui aux vues troites de la mdiocrit joignent toutes les hauteurs du despotisme1 insultent ce qu'ils ne comprennent pas1 couvrent leur foiblesse par leur audace1 et leur bassesse par leur orgueil2 intrigants fanatiques1 pieux calomniateurs1 qui prononcent sans cesse le mot de ,dieu et l'outragent1 n'affectent de la religion que pour nuire1 ne font servir le glaive des lois qu' assassiner1 ont assez de crdit pour inspirer des fureurs subalternes2 espces de monstres ns pour perscuter et pour har1 comme le tigre est n pour dvorer4 ,ce fut un de ces hommes qui s'leva contre ,descartes #bf4 ,il ne seroit peut-tre pas inutile l'histoire de l'esprit humain et des passions de peindre toutes les intrigues et la marche de ce perscuteur2 de le faire voir1 du moment qu'il conut le dessein de perdre ,descartes1 travaillant d'abord sourdement et en silence1 semant dans les esprits des ides et des soupons vagues d'athisme1 nourrissant ces soupons par des libelles et des noirceurs anonymes1 suivant de l'oeil1 et sans se dcouvrir1 les progrs de la fermentation gnrale2 au moment d'clater1 briguant la premire place de son corps1 afin de pouvoir joindre l'autorit la haine2 alors1 marchant dcouvert1 armant contre ,descartes et le peuple et les magistrats1 et les fureurs sacres des ministres2 le peignant tous les yeux comme un athe1 qui commenoit par briser les autels1 et finiroit par bouleverser l'tat2 invoquant grands cris la religion et les lois4 ,il faudrait raconter comment ce grand homme fut cit au son de la cloche1 et sur le point d'tre tran comme un vil criminel2 comment ensuite1 pour lui ter mme la ressource de se justifier1 on travailla le condamner en silence et sans qu'il en pt tre averti2 comment son affreux perscuteur1 s'il ne pouvoit le perdre tout--fait1 vouloit du moins le faire proscrire de la ,hollande1 vouloit faire consumer dans les flammes ces livres d'un athe o l'athisme est combattu2 comment il avoit dj transig avec le bourreau d',utrecht pour qu'on allumt un feu d'une hauteur extraordinaire1 afin de mieux frapper les yeux du peuple4 ,le barbare et voulu que la flamme du bcher pt tre aperue en mme temps de tous les lieux de la ,hollande1 de la ,france1 de l',italie et de l',angleterre4 ,dj mme il se prparoit rpandre dans toute l',europe ce rcit fltrissant1 afin que1 chass des sept provinces1 ,descartes ft banni du monde entier1 et que partout o il arriveroit il se trouvt devanc par sa honte4 ,mais c'est l'histoire entrer dans ces dtails2 c'est elle marquer d'une ignominie ternelle le front du calomniateur2 c'est elle fltrir ces magistrats qui1 dupes d'un sclrat1 servoient d'instrument la haine1 et combattoient pour l'envie4 ,et que prtendoient-ils avec leurs flammes et leurs bchers8 ,croyoient-ils dans cet incendie touffer la voix de la vrit8 croyoient-ils faire disparotre la gloire d'un grand homme8 ,il dpend de l'envie et de l'autorit injuste de forger des chanes et de dresser des chafauds1 mais il ne dpend point d'elle d'anantir la vrit et de tromper la justice des sicles4 ,tel est le sort que ,descartes prouva en ,hollande4 ,dans son pays1 je le vois presque inconnu1 regard avec indiffrence par les uns1 attaqu et combattu par les autres1 recherch de quelques grands comme un vain spectacle de curiosit1 ignor ou calomni la cour #bg4 ,je vois sa famille le traiter avec mpris2 je vois son frre1 dont tout le mrite peut-tre toit de partager son nom1 parler avec ddain d'un frre qui1 n gentilhomme1 s'toit abaiss jusqu' se faire philosophe #bh1 et mettre au nombre des jours malheureux celui o ,descartes naquit pour dshonorer sa race par un pareil mtier4 ,o prjugs6 ridicule fiert des places et du rang6 ,il importe de conserver ces traits la postrit1 pour apprendre1 s'il se peut1 aux hommes rougir4 ,o sont aujourd'hui ceux qui1 la vue de ,descartes1 sourioient ddaigneusement1 et disoient avec hauteur3 ,c'est un homme qui crit8 ,ils ne sont plus4 ,ont-ils jamais t8 ,mais l'homme de gnie vivra ternellement3 son nom fait l'orgueil de ses compatriotes2 sa gloire est un dpt que les sicles se transmettent1 et qui est sous la garde de la justice et de la vrit4 ,il est vrai que le grand homme trouve quelquefois la considration de son vivant2 mais il faut presque toujours qu'il la cherche trois cents lieues de lui4 ,descartes1 perscut en ,hollande et mconnu en ,france1 comptoit parmi ses admirateurs et ses disciples la fameuse princesse palatine1 princesse qui est du petit nombre dcolles qui ont plac la philosophie ct du trne #bi4 ,elle toit digne d'interroger ,descartes1 et ,descartes toit digne de l'instruire4 ,leur commerce n'toit point un trafic de flatteries et de mensonges de la part de ,descartes1 de protection et de hauteurs de la part d',elisabeth4 ,dieu1 la nature1 l'homme1 ses malheurs et les moyens qu'il a d'tre heureux1 ses devoirs et ses foiblesses1 la chane morale de tous ses rapports1 voil le sujet de leurs entretiens et de leurs lettres4 ,c'est ainsi que les philosophes doivent s'entretenir avec les grands4 ,la nature avoit destin ,descartes un autre disciple encore plus clbre3 c'toit la fille de ,gustave-,adolphe1 c'toit la fameuse ,christine#cj4 ,elle toit ne avec une de ces mes encore plus singulires que grandes1 qui semblent jetes hors des routes ordinaires1 et qui tonnent toujours1 mme lorsqu'on ne les admire pas4 ,enthousiaste du gnie et des mes fortes1 le grand ,cond1 ,descartes et ,sobieski avoient droit dans son coeur aux mmes sentiments4 ,viens1 dit-elle ,descartes3 je suis reine1 et tu es philosophe2 faisons un trait ensemble3 tu annonceras la vrit1 et je te dfendrai contre tes ennemis4 ,les murs de mon palais seront tes remparts4 ,c'est donc l'esprance de trouver un abri contre la perscution qui1 seule1 put attirer ,descartes ,stockholm4 ,sans ce motif1 auroit-il t se fixer auprs d'un trne8 qu'est-ce qu'un homme tel que ,descartes a de commun avec les rois8 ,leur me1 leur caractre1 leurs passions1 leur langage1 rien ne se ressemble2 ils ne sont pas mme faits pour se rapprocher1 leur grandeur se choque et se repousse4 ,mais s'il fut forc par le malheur de se rfugier dans nue cour1 il eut du moins la gloire de n'y pas dmentir sa conduite2 il y vcut tel qu'il avoit vcu dans le fond de la ,nord-,hollande2 il osa y avoir des moeurs et de la vertu2 il ne fut ni vil1 ni bas1 ni flatteur2 il ne fut point le lche complaisant des princes ni des grands2 il ne crut point qu'il devoit oublier la philosophie pour la fortune2 il ne brigua point ces places qui n'agrandissent jamais ceux qui sont petits1 et rabaisseroient plutt ceux qui sont grands4 ,et comment ,descartes auroit-il pu avoir de telles penses8 ,celui qui est sans cesse occup mditer sur l'ternit1 sur le temps1 sur l'espace1 ne doit-il pas contracter une habitude de grandeur1 qui de son esprit passe son me8 celui qui mesure la distance des astres1 et voit ,dieu au-del2 celui qui se transporte dans le soleil ou dans ,saturne pour y voir l'espace qu'occupe la terre1 et qui cherche alors vainement ce point gar comme un sable travers les mondes1 reviendra-t-il sur ce grain de poussire pour y flatter1 pour y ramper1 pour y disputer ou quelques honneurs ou quelques richesses8 ,non3 il vit avec ,dieu et avec la nature2 il abandonne aux hommes les objets de leurs passions1 et poursuit le cours de ses penses1 qui suivent le cours de l'univers2 il s'applique mettre dans son me l'ordre qu'il contemple1 ou plutt son me se monte insensiblement au ton de cette grande harmonie4 ,je ne louerai donc point ,descartes de n'avoir t ni intrigant ni ambitieux4 ,je ne le louerai point d'avoir t frugal1 modr1 bienfaisant1 pauvre la fois et gnreux1 simple comme le sont tous les grands hommes2 plein de respect1 comme ,newton1 pour la ,divinit2 comme lui1 fidle la religion2 aimant s'occuper dans la retraite et avec ses amis de l'ide de ,dieu4 ,malheur celui qui ne trouveroit pas dans cette ide1 si grande et si consolante1 les plus doux moments de sa vie6 ,d'ailleurs1 toutes ces vertus ne distinguoient point un homme aux sicles de nos pres4 ,mais je remarquerai que1 quoique sa fortune ne pt pas suffire ses projets1 jamais il n'accepta les secours qu'on lui offrit4 ,ce n'toit pas qu'il ft effray de la reconnoissance2 un pareil fardeau n'pouvante point une me vertueuse3 mais le droit d'tre le bienfaiteur d'un homme est un droit trop beau pour qu'il l'accorde avec indiffrence4 ,peut-tre faudroit-il choisir encore avec plus de soin ses bienfaiteurs que ses amis1 si ces deux titres pouvoient se sparer3 ainsi pensoit ,descartes#ca4 ,avec ses sentiments1 son gnie et sa gloire1 il dut trouver l'envie ,stockholm1 comme il l'avoit trouve ,utrecht1 ,la ,haye et dans ,amsterdam4 ,l'envie le suivoit de ville en ville1 et de climat en climat2 elle avoit franchi les mers avec lui1 elle ne cessa de le poursuivre que lorsqu'elle vit entre elle et lui un tombeau#cb3 alors elle sourit un moment sur sa tombe1 et courut dans ,paris1 o la renomme lui dnonoit ,corneille et ,turenne4 ,hommes de gnie1 de quelque pays que vous soyez1 voil votre sort4 ,les malheurs1 les perscutions1 les injustices1 le mpris des cours1 l'indiffrence du peuple1 les calomnies de vos rivaux ou de ceux qui croiront l'tre1 l'indigence1 l'exil1 et peut-tre une mort obscure cinq cents lieues de votre patrie1 voil ce que je vous annonce4 ,faut-il que pour cela vous renonciez clairer les hommes8 ,non1 sans doute4 ,et quand vous le voudriez1 en tes-vous les matres8 tes-vous les matres de dompter votre gnie1 et de rsister cette impulsion rapide et terrible qu'il vous donne8 ,n'tes-vous pas ns pour penser1 comme le soleil pour rpandre sa lumire8 ,n'avez-vous pas reu comme lui votre mouvement8 ,obissez donc la loi qui vous domine1 et gardez-vous de vous croire infortuns4 ,que sont tous vos ennemis auprs de la vrit8 ,elle est ternelle1 et le reste passe4 ,la vrit fait votre rcompense2 elle est l'aliment de votre gnie1 elle est le soutien de vos travaux4 ,des milliers d'hommes1 ou insenss1 on indiffrents1 ou barbares1 vous perscutent ou vous mprisent2 mais dans le mme temps il y a des mes avec qui les vtres correspondent d'un bout de la terre l'autre4 ,songez qu'elles souffrent et pensent avec vous2 songez que les ,socrate et les ,platon1 morts il y a deux mille ans1 sont vos amis2 songez que1 dans les sicles venir1 il y aura d'autres mes qui vous entendront de mme1 et que leurs penses seront les vtres4 ,vous ne formez qu'un peuple et qu'une famille avec tous les grands hommes qui furent autrefois ou qui seront un jour4 ,votre sort n'est pas d'exister dans un point de l'espace ou de la dure4 ,vivez pour tous les pays et pour tous les sicles2 tendez votre vie sur celle du genre humain4 ,portez vos ides encore plus haut2 ne voyez-vous point le rapport qui est entre ,dieu et votre me8 ,prenez devant lui cette assurance qui sied si bien un ami de la vrit4 ,quoi6 ,dieu vous voit1 vous entend1 vous approuve1 et vous seriez malheureux6 ,enfin1 s'il vous faut le tmoignage des hommes1 j'ose encore vous le promettre1 non point foible et incertain1 comme il l'est pendant ce rapide instant de la vie1 mais universel et durable pendant la vie des sicles4 ,voyez la postrit qui s'avance1 et qui dit chacun de vous3 ,essuie tes larmes2 je viens te rendre justice et finir tes maux3 c'est moi qui fais la vie des grands hommes2 c'est moi qui ai veng ,descartes de ceux qui l'outrageoient2 c'est moi qui1 du milieu des rochers et des glaces1 ai transport ses cendres dans ,paris2 c'est moi qui fltris les calomniateurs1 et anantis les hommes qui abusent de leur pouvoir2 c'est moi qui regarde avec mpris ces mausoles levs dans plusieurs temples des hommes qui n'ont t que puissants1 et qui honore comme sacre la pierre brute qui couvre la cendre de l'homme de gnie4 ,souviens-toi que ton me est immortelle1 et que ton nom le sera4 ,le temps fuit1 les moments se succdent1 le songe de la vie s'coule4 ,attends1 et tu vas vivre2 et tu pardonneras ton sicle ses injustices1 aux oppresseurs leur cruaut1 la nature de t'avoir choisi pour instruire et pour clairer les hommes4 ,,notes ,,sur ,l',,loge ,,de ,,descartes4 ,nous rimprimons ici les notes de l'loge de ,descartes1 supprimant celles que remplit une philosophie commune et dclamatoire1 et1 dans presque toutes1 les traits de mauvais got qui s'y rencontrent frquemment4 ,nous avons scrupuleusement conserv toute la partie biographique1 propre bien faire connatre le caractre1 les habitudes et toute la carrire de ,descartes4 ,note #a3 ,ren ,descartes1 seigneur du ,perron1 dont on fait ici l'loge1 naquit ,la ,haye en ,touraine le #cj mars #aeif1 de ,jeanne ,brochard1 fille d'un lieutenant-gnral de ,poitiers1 et de ,joachim ,descartes1 conseiller au parlement de ,bretagne1 dont il fut le troisime fils4 ,sa maison toit une des plus anciennes de la ,touraine4 ,il avoit eu dans sa famille un archevque de ,tours1 et plusieurs braves gentilshommes qui avoient servi avec distinction444 ,son pre1 soit par got1 soit par raison de fortune1 entra dans la robe444 ,depuis que le pre de ,descartes se fut tabli ,rennes1 ses descendants y ont toujours demeur4 ,on en compte six qui ont occup avec distinction des charges dans le parlement de ,bretagne4 ,madame la prsidente de ,chteaugiron1 dernire de la famille1 vient de mourir4 ,on dit qu'elle avoit dans son caractre plusieurs traits de ressemblance avec ,descartes4 ,il y a eu aussi une ,catherine ,descartes1 nice du philosophe1 clbre par son esprit1 et par son talent pour les vers agrables4 ,elle le est morte en #agjf4 ,note #b3 ,descartes toit n avec une complexion trs foible1 et les mdecins ne manqurent pas de dire qu'il mourroit trs jeune2 cependant il les trompa au moins d'une quarantaine d'annes4 ,ayant perdu sa mre presque en naissant1 il fut trs redevable aux soins d'une nourrice1 qui suppla la nature par tous les soins de la tendresse4 ,descartes en fut trs reconnoissant2 il lui fit une pension viagre qui lui fut paye exactement jusqu' la mort2 et1 comme il n'toit pas de ceux qui croient que l'argent acquitte tout1 il joignoit encore ces bienfaits les devoirs et l'attachement d'un fils4 ,son pre ne voulut point fatiguer des organes encore foibles par des tudes prmatures2 il lui donna le temps de crotre et de se fortifier4 ,mais l'esprit de ,descartes alloit au-devant des instructions4 ,il n'avoit pas encore huit ans1 et dj on l'appeloit le philosophe4 ,il demandoit les causes et les effets de tout1 et savoit ne pas entendre ce qui ne signifioit rien4 ,en #afjd1 il fut mis au collge de ,la ,flche4 ,son imagination vive et ardente fut la premire facult de son me qui se dploya4 ,il cultiva la posie avec transport444 ,ce got de la posie lui demeura toujours1 et peu de temps avant sa mort il fit des vers franais la cour de ,sude44 ,c'est une ressemblance qu'il eut avec ,platon1 et que ,leibnitz eut avec lui4 ,il aimoit aussi beaucoup l'histoire1 et passoit les jours et les nuits lire2 mais cette passion ne devoit pas durer long-temps444 ,il toit encore a ,la ,flche en #afaj1 lorsque le coeur du plus grand et du meilleur des rois1 assassin dans ,paris1 y fut port pour tre dpos dans la chapelle des jsuites4 ,il fut tmoin de cette pompe cruelle1 et nomm parmi les vingt-quatre gentilshommes qui allrent au-devant de ce triste dpt4 ,il tudioit alors en philosophie4 ,il y fit des progrs qui annoncrent son gnie2 car1 au lieu d'apprendre1 il doutoit4 ,la logique de ses matres lui parut charge d'une foule de prceptes ou inutiles ou dangereux2 il s'occupoit l'en sparer1 comme le statuaire1 dit-il lui-mme1 travaille tirer une ,minerve d'un bloc de marbre qui est informe4 ,leur mtaphysique le rvoltoit par la barbarie des mots et le vide des ides2 leur physique par l'obscurit du jargon et par la fureur d'expliquer tout ce qu'elle n'expliquoit pas4 ,les mathmatiques seules le satisfirent2 il y trouva l'vidence qu'il cherchoit partout4 ,il s'y livra en homme qui avoit besoin de connotre4 ,quelques auteurs prtendent qu'il inventa1 tant encore au collge1 sa fameuse analyse4 ,ce seroit un prodige bien plus tonnant que celui de ,newton1 qui vingt-cinq ans avoit trouv le calcul de l'infini4 ,quoi qu'il en soit de cette particularit1 ,descartes finit ses tudes en #afab4 ,le fruit ordinaire de ces premires tudes est de s'imaginer savoir beaucoup4 ,descartes toit dj assez avanc pour voir qu'il ne savoit rien4 ,en se comparant avec tous ceux qu'on nommoit savants1 il apprit mpriser ce nom4 ,de l au mpris des sciences il n'y a qu'un pas4 ,il oublia donc et les lettres1 et les livres1 et l'tude2 et celui qui devoit crer la philosophie en ,europe renona pendant quelque temps toute espce de connoissance4 ,voil peu prs tout ce que nous savons des premires annes de ,descartes444 ,note #c3 ,il toit impossible que ,descartes demeurt dans l'inaction4 ,il faut un aliment pour les mes ardentes4 ,ds qu'il eut renonc aux livres1 il s'abandonna aux plaisirs4 ,eu #afad il fit ,paris l'essai d'une libert dangereuse2 mais son gnie le ramena bientt4 ,tout--coup il rompt avec ses amis et ses connoissances2 il loue une petite maison dans un quartier dsert du faubourg ,saint-,germain1 s'y enferme avec un ou deux domestiques1 n'avertit personne de sa retraite1 et y passe les annes #afae et #afaf appliqu l'tude1 et inconnu presque toute la terre4 ,ce ne fut qu'au bout de plus de deux ans qu'un ami le rencontra par hasard dans une rue carte1 s'obstina le poursuivre jusque chez lui1 et le rentrana enfin dans le monde4 ,on peut juger par ce seul trait du caractre de ,descartes1 et de la passion que lui inspirait l'tude444 ,note #d3 ,descartes avait vingt-un ans lorsqu'il sortit de ,france pour la premire fois3 c'toit en #afag4 ,il alla d'abord en ,hollande1 o il demeura deux ans2 ce dut tre pour lui un spectacle curieux1 qu'un pays o tout commenoit natre1 et o tout toit l'ouvrage de la libert4 ,mais s'il y vit un terrain ',s nouveau--cr pour ainsi dire1 et arrach la mer1 s'il vit le spectacle magnifique des canaux1 des digues1 du commerce et des villes de la ,hollande1 il fut aussi tmoin des querelles sanglantes des gomaristes et des arminiens4 ,on sait comment l'ambition du prince d',orange voulut faire servir ces guerres de religion sa grandeur4 ,barnevelt1 g de soixante-seize ans1 fut condamn1 et mourut sur l'chafaud1 pour avoir voulu garantir son pays du despotisme4 ,ce furent les premiers mmoires que l',europe fournit ,descartes pour la connoissance de l'esprit humain4 ,eu #afai il passa en ,allemagne4 ,quelques annes plus tt1 il y aurait vu ce ,rodolphe qui conversoit avec ,tycho-,brah au lieu de travailler avec ses ministres1 et faisoit avec ,kepler des tables astronomiques tandis que les ,turcs ravageoient ses tats4 ,il vit couronner ,francfort ,ferdinand ,,ii2 et il parot qu'il observa avec curiosit toutes ces crmonies1 ou politiques1 ou sacres1 qui rendent plus imposant aux yeux des peuples le matre qui doit les gouverner4 ,ce couronnement fut le signal de la fameuse guerre de trente ans4 ,descartes passa les annes #afai et #afbj en ,bavire1 dans la ,souabe1 dans l',autriche et dans la ,bohme4 ,en #afba il fut en ,hongrie2 il parcourut la ,moravie1 la ,silesie1 pntra dans le nord de l',allemagne1 alla en ,pomranie par les extrmits de la ,pologne1 visita toutes les ctes de la mer ,baltique1 remonta de ,stettin dans la ,marche de ,brandebourg1 passa au duch de ,meckelhourg1 et de l dans le ,holstein1 et enfin s'embarqua sur l',elbe1 d'o il retourna en ,hollande4 ,il fut sur le point de prir dans ce trajet4 ,pour tre plus libre1 il avoit pris ,emhden un bateau pour lui seul et son valet4 ,les mariniers1 qui son air doux et tranquille et sa petite taille n'en imposoient pas apparemment beaucoup1 formrent le complot de le tuer1 afin de profiter de ses dpouilles4 ,comme ils ne se doutoient pas qu'il entendt leur langue1 ils eurent l'heureuse imprudence de tenir conseil devant lui2 par bonheur ,descartes savoit le hollandais3 il se lve tout--coup1 change de contenance1 tire l'pe avec fiert1 et menace de percer le premier qui oseroit approcher4 ,cette heureuse audace les intimida1 et ,descartes fut sauv444 ,quatre ou cinq mariniers de la ,west-,frise pensrent disposer de celui qui devoit faire la rvolution de l'esprit humain444 ,descartes passa la fin de #afba et les premiers mois de #afbb a ,la ,haye4 ,c'est l qu'il vit cet lecteur palatin qui1 pour avoir t couronn roi1 toit devenu le plus malheureux des hommes4 ,il passoit sa vie solliciter des secours et perdre des batailles4 ,la princesse lisabeth sa fille1 que sa liaison avec ,descartes rendit depuis si fameuse1 avoit alors tout au plus trois ou quatre ans4 ,elle toit errante avec sa mre1 et partageoit des maux qu'elle ne sentoit pas encore4 ,la mme anne ,descartes traversa les ,pays-,bas espagnols1 et s'arrta la cour de ,bruxelles4 ,la trve entre l',espagne et la ,hollande toit rompue4 ,il y vit l'infante ,isabelle1 qui1 sous un habit de religieuse1 gouvernoit dix provinces1 et signoit des ordres pour livrer des batailles1 peu prs comme on vit ,ximens gouverner l',espagne1 l',amrique et les ,indes1 sous un habit de cordelier444 ,en #afbc il fit le voyage d',italie2 il traversa la ,suisse1 o il observa plus la nature que les hommes2 s'arrta quelque temps dans la ,valteline2 vit ,venise le mariage du doge avec la mer ,adriatique444 et arriva enfin ,rome sur la fin de #afbd4 ,il y fut tmoin d'un jubil qui attiroit une quantit prodigieuse de peuple de tous les bouts du l',europe4 ,ce mlange de tant de nations diffrentes tait un spectacle intressant pour un philosophe4 ,descartes y donna toute son attention4 ,il comparoit les caractres de tous ces peuples runis1 comme un amateur habile compare1 dans une belle galerie de tableaux1 les manires des diffrentes coles de peinture4 ,en #afbe il passa par la ,toscane3 ,galilo toit alors g de soixante ans1 et l'inquisition ne s'toit pas encore fltrie par la condamnation de ce grand homme4 ,en #afca il fit le voyage d',angleterre1 et en #afcd celui de ,danemarck4 ,l',espagne et le ,portugal sont les seuls pays de l',europe o ,descartes n'ait pas voyag4 ,note #e3 ,descartes porta les armes dans sa jeunesse3 d'abord en ,hollande1 sous le clbre ,maurice de ,nassau1 qui affermit la libert fonde par son pre1 et mrita de balancer la rputation de ,farnse2 de l en ,allemagne1 sous ,maximilien de ,bavire1 au commencement de la guerre de trente ans4 ,il vit dans cette guerre le choc de deux religions opposes1 l'ambition des chefs1 le fanatisme des peuples1 la fureur des partis1 l'abus des succs1 l'orgueil du pouvoir1 et trente provinces dvastes1 parce qu'on se disputoit qui gouverneroit la ,bohme4 ,il passa ensuite au service de l'empereur ,ferdinand ,,ii1 pour voir de plus prs les troubles de la ,hongrie4 ,la mort du comte de ,bucquoy1 gnral de l'arme impriale1 qui fut tu1 dans une droute1 de trois coups de lance et de plus de trente coups de pistolet1 le dgota du mtier des armes4 ,il avoit servi environ quatre ans1 et en avoit alors vingt-cinq4 ,on croit pourtant qu'au sige de ,la ,rochelle il combattit1 comme volontaire1 dans une bataille contre la flotte anglaise4 ,on se doute bien que l'ambition de ,descartes n'toit point de devenir un grand capitaine4 ,avide de connotre1 il vouloit tudier les hommes dans tous les tats2 et malheureusement la guerre est devenue un des grands spectacles de l'humanit4 ,il avoit d'abord aim cette profession1 comme il l'avouoit lui-mme1 sans doute parce qu'elle convenoit l'activit inquite de son me2 mais dans la suite1 un coup d'oeil plus philosophique ne lui laissa voir que le malheur des hommes444 ,note #f3 ,ce fut en #afbe1 au retour de son voyage d',italie1 que ,descartes ft ses observations sur la cime des ,alpes4 ,il est peu d'mes sensibles ou fortes qui la vue de ces montagnes n'inspire de grandes ides4 ,l'homme mlancolique y voit une retraite dlicieuse et sauvage1 le guerrier s'y rappelle les armes qui les ont traverses1 et le philosophe s'y occupe des phnomnes de la nature4 ,descartes y composa une partie de son systme sur les grles1 les neiges1 les tonnerres et les tourbillons de vents444 ,note #g3 ,ds son enfance1 ,descartes avoit l'habitude de mditer4 ,lorsqu'il toit ,la ,flche1 on lui permettoit1 cause de la foiblesse de sa sant1 de passer une partie des matines au lit4 ,il employoit ce temps rflchir profondment sur les objets de ses tudes2 et il en contracta l'habitude pour le reste de sa vie4 ,ce temps1 o le sommeil a rpar les forces1 o les sens sont calmes1 o l'ombre et le demi-jour favorisent la rverie1 et o l'me ne s'est point encore rpandue sur les objets qui sont hors d'elle1 lui paroissoit le plus propre la pense4 ,c'est dans ces matines qu'il a fait la plupart de ses dcouvertes1 et arrang ses mondes4 ,il porta la guerre ce mme esprit de mditation4 ,en #afai1 tant en quartier d'hiver sur les frontires de ,bavire1 dans un lieu trs cart1 il y passa plusieurs mois dans une solitude profonde1 uniquement occup mditer4 ,il cherchoit alors les moyens de crer une science nouvelle4 ,sa tte1 fatigue sans doute par la solitude ou par le travail1 s'chauffa tellement1 qu'il crut avoir des songes mystrieux4 ,il crut voir des fantmes2 il entendit une voix qui l'appeloit la recherche de la vrit4 ,il ne douta point1 dit l'historien de sa vie1 que ces songes ne vinssent du ciel1 et il y mla un sentiment de religion444 ,note #h3 ,la premire tude qui attacha vritablement ,descartes fut celle des mathmatiques4 ,dans son enfance1 il les tudia avec transport1 et en particulier l'algbre et l'analyse des anciens4 ,a l'ge de dix-neuf ans1 lorsqu'il renona brusquement tous les plaisirs1 et qu'il passa deux ans dans la retraite1 il employa tout ce temps l'tude de la gomtrie4 ,en #afag1 tant au service de la ,hollande1 un inconnu fit afficher dans les rues de ,brda un problme rsoudre4 ,descartes vit un grand concours de passants qui s'arrtoient pour lire4 ,il s'approcha2 mais l'affiche toit en flamand1 qu'il n'entendoit pas4 ,il pria un homme qui toit ct de lui de la lui expliquer4 ,c'toit un mathmaticien nomm ,beckman1 principal du collge de ,dordrecht4 ,le principal1 homme grave1 voyant un petit officier franais en habit uniforme1 crut qu'un problme de gomtrie n'toit pas fort intressant pour lui2 et1 apparemment pour le plaisanter1 il lui offrit de lui expliquer l'affiche1 condition qu'il rsoudroit le problme4 ,c'toit une espce de dfi4 ,descartes l'accepta2 le lendemain matin le problme toit rsolu4 ,beckman fut fort tonn2 il entra en conversation avec le jeune homme2 et il se trouva que le militaire de vingt ans en savoit beaucoup plus sur la gomtrie que le vieux professeur de mathmatiques4 ,deux ou trois ans aprs1 tant ,ulm1 en ,souabe1 il eut une aventure peu prs pareille avec ,faulhaber1 mathmaticien allemand4 ,celui-ci venoit de donner un gros livre sur l'algbre1 et il traitoit ,descartes assez lestement1 comme un jeune officier aimable1 et qui ne paroissoit pas tout--fait ignorant4 ,cependant un jour1 quelques questions qu'il lui fit1 il se douta que ,descartes pouvoit bien avoir quelque mrite4 ,bientt1 la clart et la rapidit de ses rponses sur les questions les plus abstraites1 il reconnut dans ce jeune homme le plus puissant gnie1 et ne regarda plus qu'avec respect celui qu'il croyoit honorer en le recevant chez lui4 ,descartes fut li ou du moins fut en commerce avec tous les plus savants gomtres de son sicle4 ,il ne se passoit pas d'anne qu'il ne donnt la solution d'un trs grand nombre de problmes qu'on lui adressoit dans sa retraite2 car c'toit alors la mthode entre les gomtres1 peu prs comme les anciens sages et mmes les rois dans l',orient s'envoyoient des nigmes deviner4 ,descartes eut beaucoup de part la fameuse question de la roulette et de la cyclode4 ,la cyclode est une ligne dcrite par le mouvement d'un point de la circonfrence d'un cercle1 tandis que le cercle fait une rvolution sur une ligne droite4 ,ainsi quand une roue de carrosse tourne1 un des clous de la circonfrence dcrit dans l'air une cyclode4 ,cette ligne fut dcouverte par le ,p4 ,mersenne1 explique par ,roberval1 examine par ,descartes1 qui en dcouvrit la tangente2 usurpe par ,toricelli1 qui s'en donna pour l'inventeur2 approfondie par ,pascal1 qui contribua beaucoup en dmontrer la nature et les rapports4 ,depuis1 les gomtres les plus clbres1 tels que ,huygens1 ,wallis1 ,wren1 ,leibniz1 et les ,bernoulli1 y travaillrent encore4 ,avant de finir cet article1 il ne sera peut-tre pas inutile de remarquer que ,descartes1 qui fut le plus grand gomtre de son sicle1 parut toujours faire assez peu de cas de la gomtrie4 ,il tenta au moins cinq ou six fois d'y renoncer1 et il y revenoit sans cesse444 ,note #i3 ,c'est un spectacle aussi curieux que philosophique de suivre toute la marche de l'esprit de ,descartes1 et de voir tous les degrs par o il passa pour parvenir changer la face des sciences4 ,heureusement1 en nous donnant ses dcouvertes1 il nous a indiqu la route qui l'y avoit men4 ,il seroit souhaiter que tous les inventeurs eussent fait de mme2 mais la plupart nous on cach leur marche1 et nous n'avons que le rsultat de leurs travaux4 ,il semble qu'ils aient craint1 ou de trop instruire les hommes1 ou de s'humilier leurs yeux en se montrant eux-mmes luttant contre les difficults4 ,quoi qu'il en soit1 voici la marche de ,descartes4 ,ds l'ge de quinze ans1 il commena douter4 ,il ne trouvoit dans les leons de ses matres que des opinions2 et il cherchoit des vrits4 ,ce qui le frappoit le plus1 c'est qu'il voyoit qu'on disputoit sur tout4 ,a dix-sept ans1 ayant fini ses tudes1 il s'examina sur ce qu'il avoit appris3 il rougit de lui-mme2 et1 puisqu'il avoit eu les plus habiles matres1 il conclut que les hommes ne savoient rien1 et qu'apparemment ils ne pouvoient rien savoir4 ,il renona pour jamais aux sciences4 ,a dix-neuf1 il se remit l'tude des mathmatiques1 qu'il avoit toujours aimes4 ,a vingt-un1 il se mit voyager pour tudier les hommes4 ,en voyant chez tous les peuples mille choses extravagantes et fort approuves1 il apprenoit1 dit-il1 se dfier de l'esprit humain1 et ne point regarder l'exemple1 la coutume et l'opinion comme des autorits4 ,a vingt-trois1 se trouvant dans une solitude profonde1 il employa trois ou quatre mois de suite penser4 ,le premier pas qu'il fit fut d'observer que tous les ouvrages composs par plusieurs mains sont beaucoup moins parfaits que ceux qui ont t conus1 entrepris et achevs par un seul homme3 c'est ce qu'il est ais de voir dans les ouvrages d'architecture1 dans les statues1 dans les tableaux1 et mme dans les plans de lgislation et de gouvernement4 ,son second pas fut d'appliquer cette ide aux sciences4 ,il les vit comme formes d'une infinit de pices de rapport1 grossies des opinions de chaque philosophe1 tous d'un esprit et d'un caractre diffrent4 ,cet assemblage1 cette combinaison d'ides souvent mal lies et mal assorties peut-elle autant approcher de la vrit que le feroient les raisonnements justes et simples d'un seul homme8 ,son troisime pas fut d'appliquer cette mme ide la raison humaine4 ,comme nous sommes enfants avant que d'tre hommes1 notre raison n'est que le compos d'une foule de jugements souvent contraires1 qui nous ont t dicts par nos sens1 par notre nourrice et par nos matres4 ,ces jugements n'auroient-ils pas plus de vrit et plus d'unit1 si l'homme1 sans passer par la faiblesse de l'enfance1 pouvoit juger en naissant1 et composer lui seul toutes ses ides8 ,parvenu jusque l1 ,descartes rsolut d'ter de son esprit toutes les opinions qui y toient1 pour y en substituer de nouvelles1 ou y remettre les mmes aprs qu'il les auroit vrifies2 et ce fut son quatrime pas4 ,il vouloit1 pour ainsi dire1 recomposer sa raison1 afin qu'elle ft lui1 et qu'il pt s'assurer pour la suite des fondements de ses connoissances4 ,il ne pensoit point encore rformer les sciences pour le public2 il regardait tout changement comme dangereux4 ,les tablissements une fois faits1 disoit-il1 sont comme ces grands corps dont la chute ne peut tre que trs rude1 et qui sont encore plus difficiles relever quand ils sont abattus1 qu' retenir quand ils sont branls4 ,mais comme il seroit juste de blmer un homme qui entreprendroit de renverser toutes les maisons d'une ville1 dans le seul dessein de les rebtir sur un nouveau plan1 il doit tre permis un particulier d'abattre la sienne1 pour la reconstruire sur des fondements plus solides4 ,il entreprit donc d'excuter la premire partie de ses desseins1 qui consistoit dtruire2 et ce fut son cinquime pas4 ,mais il prouva bientt les plus grandes difficults4 ,je m'aperut1 dit-il1 qu'il n'est pas aussi ais un homme de se dfaire de ses prjugs1 que de brler sa maison4 ,il y travailla constamment plusieurs annes de suite1 et il crut la fin en tre venu bout4 ,je ne sais si je me trompe1 mais cette marche de l'esprit de ,descartes me parot admirable4 ,continuons de le suivre4 ,a l'ge de vingt-quatre ans1 il entendit parler en ,allemagne d'une socit d'hommes qui n'avoit pour but que la recherche de la vrit3 on l'appeloit la confrrie des ,rose-,croix4 ,un de ses principaux statuts toit de demeurer cache4 ,elle avoit1 ce qu'on dit1 pour fondateur1 un ,allemand n dans le quatorzime sicle4 ,on raconte de cet homme des choses merveilleuses4 ,il avoit profondment tudi la magie1 qui toit alors une science fort importante4 ,il avoit voyag en ,arabie1 en ,turquie1 en ,afrique1 en ,espagne1 avoit vu sur la terre des sages et des cabalistes1 avoit appris plusieurs secrets de la nature1 et s'toit retir enfin en ,allemagne1 o il vcut solitaire dans une grotte jusqu' l'ge de cent six ans4 ,on se doute bien qu'il fit des prodiges pendant sa vie et aprs sa mort4 ,son histoire ne ressemble pas mal celle d',apollonius du ,tyane4 ,on imagina un soleil dans la grotte o il toit enterr2 et ce soleil n'avoit d'autre fonction que celle d'clairer son tombeau4 ,la confrrie fonde par cet homme extraordinaire toit1 dit-on1 charge de rformer les sciences dans tout l'univers4 ,en attendant1 elle ne paroissoit pas2 et ,descartes1 malgr toutes ses recherches1 ne put trouver un seul homme qui en ft4 ,il y a cependant apparence qu'elle existoit1 car on en parloit beaucoup dans toute l',allemagne2 on crivoit pour et contre2 et mme en #afbc on fit l'honneur ces philosophes de les jouer ,paris1 sur le thtre de l'htel de ,bourgogne4 ,descartes1 dchu de l'esprance de trouver dans cette socit quelques secours pour ses desseins1 rsolut dsormais de se passer des livres et des savants4 ,il ne vouloit plus lire que dans ce qu'il appeloit le grand livre du monde1 et s'occupait ramasser des expriences4 ,a vingt-sept ans1 il prouva une secousse qui lui fit abandonner les mathmatiques et la physique2 les unes lui paroissoient trop vides1 l'autre trop incertaine4 ,il voulut ne plus s'occuper que de la morale2 mais la premire occasion il retournoit l'tude de la nature4 ,emport comme malgr lui1 il s'enfona de nouveau dans les sciences abstraites4 ,il les quitta encore pour revenir l'homme2 il esproit trouver plus de secours pour cette science1 mais il reconnut bientt qu'il s'toit tromp4 ,il vit que dans ,paris1 comme ,rome et dans ,venise1 il y avoit encore moins de gens qui tudioient l'homme que la gomtrie4 ,il passa trois ans dans ces alternatives1 dans ce flux et reflux d'ides contraires1 entran par son gnie tantt vers un objet1 tantt vers un autre1 inquiet et tourment1 et combattant sans cesse avec lui-mme4 ,ce ne fut qu' trente-deux ans que tous ces orages cessrent4 ,alors il pensa srieusement refaire une philosophie nouvelle2 mais il rsolut de ne point embrasser de secte1 et de travailler sur la nature mme4 ,voil par quels degrs ,descartes parvint cette grande rvolution3 il y fut conduit par le doute et l'examen444 ,note #aj3 ,descartes fut trs long-temps incertain sur le genre de vie qu'il devoit embrasser4 ,d'abord il prit le parti des armes1 comme on l'a vu1 mais il s'en dgota au bout de quatre ans4 ,en #afbc1 dans le temps des troubles de la ,valteline1 il eut quelque envie d'tre intendant de l'arme2 mais ses sollicitations ne purent tre assez vives pour qu'il russt3 il mettoit trop peu de chaleur tout ce qui n'intressoit que sa fortune4 ,en #afbe1 il fut sur le point d'acheter la charge de lieutenant-gnral de ,chtellerault2 et comme il toit persuad que pour exercer une charge il falloit tre instruit1 il manda son pre qu'il iroit se mettre ,paris chez un procureur au ,chtelet1 pour y apprendre la pratique4 ,il faut avouer que c'toit l un singulier apprentissage pour un homme tel que ,descartes3 il avoit alors vingt-neuf ans4 ,mais ce projet manqua comme l'autre4 ,s'il avoit russi1 il est croire que ,descartes auroit fait comme le prsident de ,montesquieu1 et qu'il ne ft pas long-temps rest juge4 ,enfin1 aprs avoir pass dix ou douze ans observer tous les tats1 il finit par n'en choisir aucun4 ,il rsolut de garder son indpendance1 et de s'occuper tout entier la recherche de la vrit4 ,il pensoit sans doute que c'toit assez remplir son devoir d'homme et de citoyen1 de travailler clairer les hommes4 ,note #aa3 ,ce fut en #afbi1 sur la fin de mars1 que ,descartes partit pour aller s'tablir en ,hollande2 il avoit alors trente-trois ans4 ,comme sa rsolution auroit paru extraordinaire1 il n'en avertit ni ses parents ni ses amis2 il se contenta de leur crire avant son dpart4 ,on ne manqua point de murmurer4 ,il n'y a que celui qui a pu concevoir un tel projet qui soit capable de l'approuver4 ,mais son parti toit pris4 ,il nous rend compte lui-mme des motifs qui l'engagrent quitter la ,france4 ,le premier fut la raison du climat4 ,il craignoit que la chaleur1 en exaltant un peu trop son imagination1 ne lui tt une partie du sang-froid et du calme ncessaires pour les dcouvertes philosophiques2 le climat de la ,hollande lui parut plus favorable ses desseins4 ,mais son principal motif fut la passion qu'il avoit pour la retraite1 et le dsir de vivre dans une solitude profonde4 ,en ,france1 il eut t sans cesse dtourn de l'tude par ses parents ou ses amis444 au lieu qu'en ,hollande il toit sr qu'on n'exigeroit rien de lui4 ,il esproit vivre parfaitement inconnu1 solitaire au milieu d'un peuple actif qui s'occuperoit de son commerce1 tandis que lui s'occuperoit penser4 ,comme son grand but toit la retraits1 il prit toutes sortes de moyens pour n'tre pas dcouvert4 ,il ne confia sa demeure qu' un seul ami charg de sa correspondance4 ,jamais il ne datoit ses lettres du lieu o il demeuroit1 mais de quelque grande ville o il toit sr qu'on ne le trouverait pas4 ,pendant plus de vingt ans qu'il demeura en ,hollande1 il changea trs souvent de sjour1 fuyant sa rputation partout o elle le poursuivoit1 et se drobant aux importuns qui vouloient seulement l'avoir vu4 ,il habitoit quelquefois dans les grandes villes2 mais il prfroit ordinairement les villages ou les bourgs1 et le plus souvent les maisons solitaires tout--fait isoles dans la campagne4 ,quelquefois il alloit s'tablir dans une petite maison aux bords de la mer3 on montre encore en plusieurs endroits les maisons qu'il a habites444 ,le got que ,descartes avoit pour la ,hollande toit si vif1 qu'il cherchoit y attirer ceux de ses amis qui vouloient se retirer du monde4 ,je vais traduire une lettre qu'il crivoit ,balzac sur ce sujet2 on la verra peut-tre avec plaisir4 ,je ne suis point tonn1 lui dit-il1 qu'une me grande et forte1 telle que la vtre1 ne puisse se plier aux usages serviles de la cour4 ,j'ose donc vous conseiller de venir ,amsterdam1 et de vous y retirer1 plutt que dans des chartreuses1 ou mme dans les lieux les plus agrables de ,france ou d',italie4 ,je prfre mme son sjour cette solitude charmante o vous tiez l'anne dernire4 ,quelque agrable que soit une maison de campagne1 on y manque de mille choses qu'on ne trouve que dans les villes2 on n'y est pas mme aussi seul qu'on le voudroit4 ,peut-tre y trouverez-vous un ruisseau dont le murmure vous fera rver dlicieusement1 ou un vallon solitaire qui vous jettera dans l'enchantement2 mais aussi vous aurez vous dfendre d'une quantit de petits voisins qui vous assigeront sans cesse4 ,ici1 comme tout le monde1 except moi1 est occup au commerce1 il ne tient qu' moi de vivre inconnu tout le monde4 ,je me promne tous les jours travers un peuple immense1 presque aussi tranquillement que vous pouvez le faire dans vos alles4 ,les hommes que je rencontre me font la mme impression que si je voyois les arbres de vos forts ou les troupeaux de vos campagnes4 ,le bruit intime de tous ces commerants ne me distrait pas plus que si j'entendois le bruit d'un ruisseau4 ,si je m'amuse quelquefois considrer leurs mouvements1 j'prouve le mme plaisir que vous considrer ceux qui cultivent vos terres3 car je vois que le but de tous ces travaux est d'embellir le lieu que j'habite1 et de prvenir tous mes besoins4 ,si vous avez du plaisir voir les fruits crotre dans vos vergers1 et vous promettre l'abondance1 pensez-vous que j'en aie moins voir tous les vaisseaux qui abordent sur mes ctes m'apporter les productions de l',europe et des ,indes8 ,dans quel lieu de l'univers trouverez-vous plus aisment qu'ici tout ce qui peut intresser la vanit ou flatter le got8 ,y a-t-il un pays dans le monde o l'on soit plus libre1 o le sommeil soit plus tranquille1 o il y ait moins de dangers craindre1 o les lois veillent mieux sur le crime1 o les empoisonnements1 les trahisons1 les calomnies soient moins connus1 o il reste enfin plus de traces de l'heureuse et tranquille innocence de nos pres8 ,je ne sais pourquoi vous tes si amoureux de votre ciel d',italie1 la peste se mle avec l'air qu'on y respire2 la chaleur du jour y est insupportable2 les fracheurs du soir y sont malsaines2 l'ombre des nuits y couvre des larcins et des meurtres4 ,que si vous craignez les hivers du ,nord1 comment ,rome1 mme avec des bosquets1 des fontaines et des grottes1 vous garantirez-vous aussi bien de la chaleur1 que vous pourrez ici1 avec un bon pole ou une chemine1 vous garantir du froid8 ,je vous attends avec une petite provision d'ides philosophiques qui vous feront peut-tre quelque plaisir2 et1 soit que vous veniez ou que vous ne veniez pas1 je n'en serai pas moins votre tendre et fidle ami4 ,cette lettre est trs intressante4 ,d'abord elle nous fait voir le got de ,descartes pour la ,hollande1 et la manire dont il y vivoit4 ,elle nous montre ensuite son imagination et le tour agrable qu'il savoit donner ses ides4 ,on a accus la gomtrie de desscher l'esprit2 je ne sais s'il y a rien dans tout ,balzac o il y ait autant d'esprit et d'agrment4 ,l'imagination brillante de ,descartes se dcle partout dans ses ouvrages2 et s'il n'avoit voulu tre ni gomtre1 ni philosophe1 il n'auroit encore tenu qu' lui d'tre le plus bel-esprit de son temps4 ,note #ab3 ,le ,discours sur la mthode parut le #h juin #afcg4 ,il toit la tte de ses ,essais de philosophie4 ,descartes y indique les moyens qu'il a suivis pour tcher de parvenir la vrit1 et ce qu'il faut faire encore pour aller plus avant4 ,on y trouva une profondeur de mditation inconnue jusqu'alors4 ,c'est l qu'est l'histoire de son fameux doute4 ,il a depuis rpt cette histoire dans deux autres ouvrages1 dans le premier livre de ses ,principes1 et dans la premire de ses ,mditations mtaphysiques4 ,il falloit qu'il sentt bien vivement l'importance et la ncessit du doute1 pour y revenir jusqu' trois fois1 lui qui toit si avare de paroles4 ,mais il regardoit le doute comme la base de la philosophie1 et le garant sr des progrs qu'on pourroit y faire dans tous les sicles444 ,note #ac3 ,les rgles de l'analyse logique1 qu'on peut regarder comme la seconde partie de sa ,mthode1 sont indiques dans plusieurs de ses ouvrages1 et rassembles en grande partie dans un manuscrit qui n'a t imprim qu'aprs sa mort4 ,l'ouvrage est intitul1 ,rgles pour conduire notre esprit dans la recherche de la vrit4 ,en voici peu prs la marche4 ,voulez-vous trouver la vrit1 formez votre esprit1 et rendez-le capable de bien juger4 ,pour y parvenir1 ne l'appliquez d'abord qu' ce qu'il peut bien connotre par lui-mme4 ,pour bien connotre1 ne cherchez pas ce qu'on a crit ou pens avant vous2 mais sachez vous en tenir ce que vous reconnoissez vous-mme pour vident4 ,vous ne trouverez point la vrit sans mthode2 la mthode consiste dans l'ordre2 l'ordre consiste rduire les propositions complexes des propositions simples1 et vous lever par degrs des unes aux autres4 ,pour vous perfectionner dans une science1 parcourez-en toutes les questions et toutes les branches1 enchanant toujours vos penses les unes aux autres4 ,quand votre esprit ne conoit pas1 sachez vous arrter2 examinez long-temps les choses les plus faciles2 vous vous accoutumerez ainsi regarder fixement la vrit1 et la reconnotre4 ,voulez-vous aiguiser votre esprit et le prparer dcouvrir un jour par lui-mme1 exercez-le d'abord sur ce qui a t invent par d'autres4 ,suivez surtout les dcouvertes o il y a de l'ordre et un enchanement d'ides4 ,quand il aura examin beaucoup de propositions simples1 qu'il s'essaie peu peu embrasser distinctement plusieurs objets la fois2 bientt il acquerra de la force et de l'tendue4 ,enfin1 mettez profit tous les secours de l'entendement1 de l'imagination1 de la mmoire et des sens1 pour comparer ce qui est dj connu avec1 ce qui ne l'est pas1 et dcouvrir l'un par l'autre4 ,descartes divise tous les objets de nos connoissances en propositions simples et en questions4 ,les questions sont de deux sortes3 ou on les entend parfaitement1 quoiqu'on ignore la manire de les rsoudre2 ou la connoissance qu'on en a est imparfaite4 ,le plan de ,descartes toit de donner trente-six rgles1 c'est--dire douze pour chacune de ses divisions4 ,il n'a excut que la moiti de l'ouvrage2 mais il est ais de voir par cet essai comment il portoit l'esprit de systme et d'analyse dans toutes ses recherches1 et avec quelle adresse il dcomposoit1 pour ainsi dire1 tout le mcanisme du raisonnement4 ,note #ad3 ,les ,mditations mtaphysiques de ,descartes parurent en #afda4 ,c'toit1 de tous ses ouvrages1 celui qu'il estimoit le plus4 ,il le louoit avec un enthousiasme de bonne foi2 car il croyoit avoir trouv le moyen de dmontrer les vrits mtaphysiques d'une manire plus vidente que les dmonstrations de gomtrie4 ,ce qui caractrise surtout cet ouvrage1 c'est qu'il contient sa fameuse dmonstration de ,dieu par l'ide1 dmonstration si rpte depuis1 adopte par les uns1 et rejete par les autres2 et qu'il est le premier o la distinction de l'esprit et de la matire soit parfaitement dveloppe1 car avant ,descartes on n'avoit point encore bien approfondi les preuves philosophiques de la spiritualit de l'me4 ,une chose remarquable1 c'est que ,descartes ne donna cet ouvrage au public que par principe de conscience4 ,ennuy des tracasseries qu'on lui suscitoit depuis trois ans pour ses ,essais de philosophie1 il avoit rsolu de ne plus rien imprimer4 ,j'aurois1 dit-il1 une vingtaine d'approbateurs et des milliers d'ennemis3 ne vaut-il pas mieux me taire1 et m'instruire en silence8 ,il crut cependant qu'il ne devoit pas supprimer un ouvrage qui pouvoit fournir ou de nouvelles preuves de l'existence de ,dieu1 ou de nouvelles lumires sur la nature de l'me4 ,mais1 avant de le risquer1 il le communiqua tous les hommes les plus savants de l',europe1 recueillit leurs objections1 et y rpondit4 ,le clbre ,arnauld fut du nombre de ceux qu'il consulta4 ,arnauld n'avoit alors que vingt-huit ans4 ,descartes fut tonn de la profondeur et de l'tendue de gnie qu'il trouva dans ce jeune homme4 ,il s'en falloit de beaucoup qu'il et port le mme jugement des objections de ,hobbes et de celles de ,gassendi4 ,il fit imprimer toutes ces objections1 avec les rponses1 la suite des ,mditations2 et1 pour leur donner encore plus de poids1 le philosophe ddia son ouvrage la ,sorbonne4 ,je veux m'appuyer de l'autorit1 disoit-il1 puisque la vrit est si peu de chose quand elle est seule4 ,il n'avoit point encore pris assez de prcautions4 ,ce livre1 approuv par les docteurs1 discut par des savants1 ddi la ,sorbonne1 et o le gnie s'puise prouver l'existence de ,dieu et la spiritualit de l'me1 fut mis1 vingt-deux ans aprs1 l'index ,rome4 ,note #ae3 ,on a t tonn que1 dans ses ,mditations mtaphysiques1 ,descartes n'ait point parl de l'immortalit de l'me4 ,ses ennemis avoient beau jeu2 et ils n'ont pas manqu de profiter de ce silence pour l'accuser de n'y pas croire4 ,mais il nous apprend lui-mme1 par une de ses lettres1 qu'ayant tabli clairement dans cet ouvrage la distinction de l'me et de la matire1 il suivoit ncessairement de cette distinction que l'me par sa nature ne pouvoit prir avec le corps444 ,note #af3 ,la ,gomtrie de ,descartes parut en #afcg avec le ,trait de la mthode1 son ,trait des mtores et sa ,dioptrique4 ,ces quatre traits runis ensemble formoient ses ,essais de philosophie4 ,sa ,gomtrie toit si fort au-dessus de son sicle1 qu'il n'y avoit rellement que trs peu d'hommes en tat de l'entendre4 ,c'est ce qui arriva depuis ,newton2 c'est ce qui arrive presque tous les grands hommes4 ,il faut que leur sicle coure aprs eux pour les atteindre4 ,outre que sa ,gomtrie toit trs profonde et entirement nouvelle1 parce qu'il avoit commenc o les autres avaient fini1 il avoue lui-mme dans une de ses lettres qu'il n'avoit pas t fch d'tre un peu obscur1 afin de mortifier un peu ces hommes qui savent tout4 ,si on l'et entendu trop aisment1 on n'auroit pas manqu de dire qu'il n'avait rien crit de nouveau1 au lieu que la vanit humilie toit force de lui rendre hommage4 ,dans une autre lettre1 on voit qu'il calcule avec plaisir les gomtres en ,europe qui sont en tat de l'entendre4 ,il en trouve trois ou quatre en ,france1 deux en ,hollande1 et deux dans les ,pays-,bas espagnols444 ,note #ag3 ,presque toute la physique de ,descartes est renferme dans son livre des ,principes4 ,cet ouvrage1 qui parut en #afdd1 est divis en quatre parties4 ,la premire est toute mtaphysique1 et contient les principes des connoissances humaines4 ,la seconde est sa physique gnrale1 et traite des premires lois de la nature1 des lments de la matire1 des proprits de l'espace et du mouvement4 ,la troisime est l'explication particulire du systme du monde et de l'arrangement des corps clestes4 ,la quatrime contient tout ce qui concerne la terre444 ,note #ah3 ,trait des mtores1 imprim en #afcg1 comme on l'a dj dit4 ,ce fut un des ouvrages de ,descartes qui prouva le moins de contradiction4 ,au reste1 ce ne seroit pas une manire toujours sre de louer un ouvrage philosophique2 mais quelquefois aussi les hommes font grce la vrit4 ,c'est le premier morceau de physique que ,descartes donna444 ,note #ai3 ,trait de la dioptrique1 imprim aussi en #afcg1 la suite du ,discours sur la mthode444 ,note #bj3 ,trait de musique1 compos par ,descartes en #afah1 dans le temps qu'il servoit en ,hollande4 ,il n'avoit alors que vingt-deux ans4 ,cet ouvrage de sa jeunesse ne fut imprim qu'aprs sa mort4 ,il fut comment et traduit en plusieurs langues2 mais il ne fit point de rvolution444 ,note #ba3 ,il s'en faut de beaucoup que le ,trait de mcanique de ,descartes soit complet4 ,descartes le composa la hte en #afcf1 pour faire plaisir un de ses amis1 pre du fameux ,huygens4 ,c'tait un prsent que le gnie offroit l'amiti4 ,il esproit dans la suite refondre cet ouvrage1 et lui donner une juste tendue2 mais il n'en eut point le temps4 ,on le fit imprimer aprs sa mort1 par cette curiosit naturelle qu'on a de rassembler tout ce qui est sorti des mains d'un grand homme4 ,ce petit trait parut pour la premire fois en #affh4 ,note #bb3 ,tout le monde connat ,descartes comme mtaphysicien1 comme physicien et comme gomtre2 mais peu de gens savent qu'il fut encore un trs grand anatomiste4 ,comme le but gnral de ses travaux toit l'utilit des hommes1 au lieu de cette philosophie vaine et spculative qui jusqu'alors avait rgn dans les coles1 il vouloit une philosophie pratique1 o chaque connoissance se ralist par un effet1 et qui se rapportt tout entire au bonheur du genre humain4 ,les deux branches de cette philosophie devoient tre la mdecine et la mcanique4 ,par l'une1 il vouloit affermir la sant de l'homme1 diminuer ses maux1 tendre son existence1 et peut-tre affoiblir l'impression de la vieillesse2 par l'autre1 faciliter ses travaux1 multiplier ses forces1 et le mettre en tat d'embellir son sjour4 ,descartes toit surtout pouvant du passage rapide et presque instantan de l'homme sur la terre4 ,il crut qu'il ne seroit peut-tre pas impossible d'en prolonger l'existence4 ,si c'est un songe1 c'est du moins un beau songe1 et il est doux de s'en occuper4 ,il y a mme un coin de grandeur dans cette ide2 et les moyens que ,descartes proposa pour l'excution de ce projet n'taient pas moins grands3 c'toit de saisir et d'embrasser tous les rapports qu'il y a entre tous les lments1 l'eau1 l'air1 le feu1 et l'homme2 entre toutes les productions de la terre1 et l'homme2 entre toutes les influences du soleil et des astres1 et l'homme2 entre l'homme enfin1 et tous les points de l'univers les plus rapprochs de lui3 ide vaste1 qui accuse la foiblesse de l'esprit humain1 et ne parot toucher des erreurs que parceque1 pour la raliser1 ou peut-tre mme pour la bien concevoir1 il faudrait une intelligence suprieure la ntre4 ,on voit par l dans quelle vue il tudioit la physique4 ,on peut aussi juger de quelle manire il pensoit sur la mdecine actuelle4 ,en rendant justice aux travaux d'une infinit d'hommes clbres qui se sont appliqus cet art utile et dangereux1 il pensoit que ce qu'on savoit jusqu' prsent n'toit presque rien1 en comparaison de ce qui restoit savoir4 ,il vouloit donc que la mdecine1 c'est--dire la physique applique au corps humain1 fut la grande tude de tous les philosophes4 ,qu'ils se liguent tous ensemble1 disait-il dans un de ses ouvrages2 que les uns commencent o les autres auront fini3 en joignant ainsi les vies de plusieurs hommes et les travaux de plusieurs sicles1 on formera un vaste dpt de connoissances1 et l'on assujettira enfin la nature l'homme4 ,mais le premier pas toit de bien connotre la structure du corps humain4 ,il commena donc l'excution de son plan par l'tude de l'anatomie4 ,il y employa tout l'hiver de #afbi2 il continua cette tude pendant plus de douze ans1 observant tout et expliquant tout par les causes naturelles4 ,il ne lisoit presque point1 comme on l'a dj dit plus d'une fois4 ,c'toit dans les corps qu'il tudioit les corps4 ,il joignit cette tude celle de la chimie1 laissant toujours les livres et regardant la nature4 ,c'est d'aprs ces travaux qu'il composa son ,trait de l'homme4 ,ds qu'il parut1 on le mit au nombre de ses plus beaux ouvrages4 ,il n'y en a peut-tre mme aucun dont la marche soit aussi hardie et aussi neuve4 ,la manire dont il y explique tout le mcanisme et tout le jeu des ressorts dut tonner le sicle des qualits occultes et des formes substantielles4 ,avant lui on n'avoit point os assigner les actions qui dpendent de l'me1 et celles qui ne sont que le rsultat des mouvements de la machine4 ,il semble qu'il ait voulu poser les bornes entre les deux empires4 ,cet ouvrage n'toit point achev quand ,descartes mourut2 il ne fut imprim que dix ans aprs sa mort4 ,note #bc3 ,descartes composa son ,trait des passions en #afdf1 pour l'usage particulier de la princesse lisabeth4 ,il l'avoit envoy manuscrit la reine de ,sude sur la fin de #afdg2 il le fit imprimer1 la sollicitation de ses amis1 eu #afdi4 ,son dessein1 dit-il1 dans la composition de cet ouvrage1 toit d'essayer si la physique pourroit lui servir tablir des fondements certains dans la morale4 ,aussi n'y traite-t-il gure les passions qu'en physicien4 ,c'toit encore un ouvrage nouveau et tout--fait original4 ,on y voit1 presque chaque pas1 l'me et le corps agir et ragir l'un sur l'autre2 et on croit1 pour ainsi dire1 toucher les liens qui les unissent4 ,note #bd3 ,c'est en #afcc que ,galile fut condamne par l'inquisition1 pour avoir enseign le mouvement de la terre4 ,il y avoit dj quatre ans que ,descartes travailloit en ,hollande4 ,l'emprisonnement de ,galile fit une si forte impression sur lui qu'il fut sur le point de brler tous ses papiers444 ,note #be3 ,il est trs sr que ,descartes prvit toutes les perscutions qui l'attendoient4 ,il avoit souvent rsolu de ne rien faire imprimer1 et il ne cda jamais qu'aux plus pressantes sollicitations de ses amis4 ,souvent il regretta son loisir1 qui lui chappoit pour un vain fantme de gloire4 ,newton1 aprs lui1 eut le mme sentiment2 et au milieu des querelles philosophiques1 il se reprocha plus d'une fois d'avoir perdu son repos4 ,ainsi les hommes qui ont le plus clair le genre humain ont t forcs s'en repentir4 ,au reste1 ,descartes ne fut jamais plus philosophe que lorsque ses ennemis l'toient le moins444 ,descartes crut qu'il valoit mieux miner insensiblement les barrires1 que de les renverser avec clat4 ,il voulut cacher la vrit comme on cache l'erreur4 ,il tcha de persuader que ses principes taient les mmes que ceux d',aristote4 ,sans cesse il recommandoit la modration ses disciples4 ,mais il s'en falloit bien que ses disciples fussent aussi philosophes que lui4 ,ils toient trop sensibles la gloire de ne pas penser comme le reste des hommes4 ,la perscution les animoit encore1 et ajoutoit l'enthousiasme4 ,descartes et consenti tre ignor pour tre utile3 mais ses disciples jouissoient avec orgueil des lumires de leur matre1 et insultoient l'ignorance qu'ils avoient combattre4 ,ce n'toit pas le moyen d'avoir raison4 ,note #bf3 ,gisbert ,votius1 fameux thologien protestant1 et ministre d',utrecht1 n en #aehi1 et mort en #afgf3 il vcut #hg ans1 taudis que ,descartes mourut #ed4 ,il toit tel qu'on l'a peint dans ce discours444 ,tout ce qu'on raconte de ses perscutions contre ,descartes est exactement tir de l'histoire4 ,il commena ses hostilits en #afci1 par des thses sur l'athisme4 ,descartes n'y toit point nomm2 mais on avoit eu soin d'y insrer toutes ses opinions comme celles d'un athe4 ,en #afdj1 secondes et troisimes thses1 o toit renouvele la mme calomnie4 ,rgius1 disciple de ,descartes1 et professeur de mdecine1 soutenoit la circulation du sang4 ,autre crime contre ,descartes3 on joignit cette accusation celle d'athisme2 ordonnance des magistrats qui dfendent d'introduire des nouveauts dangereuses4 ,en #afda1 ,votius se fait lire recteur de l'universit d',utrecht4 ,n'osant point encore attaquer le matre1 il veut d'abord faire condamner le disciple comme hrtique4 ,quatrimes thses publiques contre ,descartes4 ,en #afdb1 dcret des magistrats pour dfendre d'enseigner la philosophie nouvelle4 ,cependant les libelles pleuvoient de toute part2 et le philosophe toit tranquille au milieu des orages1 s'occupant en paix de ses mditations4 ,en #afdc1 ,votius eut recours des troupes auxiliaires4 ,il alla les chercher dans l'universit de ,groningue1 o un nomm ,schoockius s'associa ses fureurs4 ,c'toit un de ces mchants subalternes qui n'ont pas mme l'audace du crime et qui1 trop lches pour attaquer par eux-mmes1 sont assez vils pour nuire sous les ordres d'un autre4 ,il dbuta par un gros livre contre ,descartes1 dont le but tait de prouver que la nouvelle philosophie menoit droit au scepticisme1 l'athisme et la frnsie4 ,descartes crut enfin qu'il toit temps de rpondre4 ,il avoit dj crit une petite lettre sur ,votius2 et celui-ci n'avoit pas manqu de la faire condamner1 comme injurieuse et attentatoire la religion rforme1 dans la personne d'un de ses principaux pasteurs4 ,dans sa rponse contre le nouveau livre1 ,descartes se proposoit trois choses3 d'abord de se justifier lui-mme1 car jusqu'alors il n'avoit rien rpondu plus de douze libelles2 ensuite de justifier ses amis et ses disciples2 enfin1 de dmasquer un homme aussi odieux que ,votius1 qui1 par une ignorance hardie1 et sous le masque de la religion1 sduisoit la populace et aveugloit les magistrats4 ,mais les esprits c'toient trop chauffs2 il ne russit point4 ,sentence contre ,descartes1 o ses lettres sur ,votius sont dclares libelles diffamatoires4 ,ce fut alors que les magistrats travaillrent lui faire son procs secrtement1 et sans qu'il en ft averti4 ,leur intention toit de le condamner comme athe et comme calomniateur3 comme athe1 parce qu'il avoit donn de nouvelles preuves de l'existence de ,dieu2 comme calomniateur4 ,parce qu'il avoit repouss les calomnies de ses ennemis4444 ,descartes apprit par une espce de hasard qu'on lui faisoit son procs4 ,il s'adressa l'ambassadeur de ,france1 qui heureusement1 par l'autorit du prince d',orange1 fit arrter les procdures1 dj trs avances4 ,il sut alors toutes les noirceurs de ses ennemis2 il sut toutes les intrigues de ,votius3 ce sclrat1 pour faire circuler le poison1 avoit rpandu dans toutes les compagnies d',utrecht des hommes chargs de le dcrier4 ,il vouloit qu'on ne pronont son nom qu'avec horreur4 ,on le peignoit aux catholiques comme athe1 aux protestants comme ami des jsuites4 ,il y avoit dans tous les esprits une si grande fermentation1 que personne n'osoit plus se dclarer son ami4444 ,note #bg3 ,depuis que ,descartes se fut tabli en ,hollande1 il fit trois voyages en ,france1 en #afdd1 #afdg et #afdh4 ,dans le premier1 il vit trs peu de monde1 et n'apprit qu' se dgoter de ,paris4 ,ce qu'il y fit de mieux fut la connoissance de ,m4 de ,chanut1 depuis ambassadeur en ,sude4 ,comme leurs mes se convenoient1 leur amiti fut bientt trs vive4 ,m4 de ,chanut mloit l'admiration pour un grand homme un sentiment plus tendre et plus fait pour rendre heureux4 ,il sollicita auprs du cardinal ,mazarin1 alors ministre1 une pension pour ,descartes4 ,on ne sait pourquoi la pension lui fut refuse4 ,en #afdh1 les historiens prtendent qu'il fut appel en ,france par les ordres du roi4 ,l'intention de la cour1 disoit-on1 toit de lui faire un tablissement honorable et digne de son mrite4 ,on lui fit mme expdier d'avance le brevet d'une pension1 et il en reut les lettres en parchemin4 ,sur cette esprance il arrive ,paris2 il se prsente la cour4 ,tout toit en feu3 c'toit le commencement de la guerre de la ,fronde4 ,il trouva qu'on avoit fait payer un de ses parents l'expdition du brevet1 et qu'il en devoit l'argent4 ,il le paya en effet2 ce qui lui fit dire plaisamment que jamais il n'avoit achet parchemin plus cher4 ,voil tout ce qu'il retira de son voyage4 ,ceux qui l'avoient appel furent curieux de le voir1 non pour l'entendre et profiter de ses lumires1 mais pour connotre sa figure4 ,je m'aperus1 dit-il dans une de ses lettres1 qu'on vouloit m'avoir en ,france1 peu prs comme les grands seigneurs veulent avoir dans leur mnagerie un lphant1 ou un lion1 ou quelques animaux rares4 ,ce que je pus penser de mieux sur leur compte1 ce fut de les regarder comme des gens qui auraient t bien aises de m'avoir dner chez eux2 mais en arrivant1 je trouvai leur cuisine en dsordre et leur marmite renverse4 ,au reste1 il ne faut point omettre ici le juste loge dit au chancelier ,seguier1 qui distingua ,descartes comme il le devoit1 et le traita avec le respect d un homme qui honorait son sicle et sa nation4 ,note #bh3 ,il s'en falloit de beaucoup que toute la famille de ,descartes lui rendt justice1 et sentt l'honneur que ,descartes lui faisoit4 ,il est vrai que son pre l'aimoit tendrement1 et l'appeloit toujours son cher philosophe2 mais le frre an de ,descartes avoit pour lui trs peu de considration4 ,ses parents1 dit l'historien de sa vie1 sembloient le compter pour peu de chose dans sa famille1 et1 ne le regardant plus que sous le titre odieux de philosophe1 tchoient de l'effacer de leur mmoire1 comme s'il et t la honte de sa race4 ,on lui donna une marque bien cruelle de cette indiffrence1 la mort de son pre4 ,ce vieillard respectable1 doyen du parlement de ,bretagne1 mourut en #afdj1 g de soixante et dix-huit ans2 on n'instruisit ,descartes ni de sa maladie ni de sa mort4 ,il y avoit dj prs de quinze jours que ce bon vieillard toit enterr1 quand ,descartes lui crivit la lettre du monde la plus tendre4 ,il se justifioit d'habiter dans un pays tranger1 loin d'un pre qu'il aimoit4 ,il lui marquoit le dsir qu'il avoit de faire un voyage en ,france pour le revoir1 pour l'embrasser1 pour recevoir encore une fois sa bndiction444 ,quand la lettre de ,descartes arriva1 il y avoit dj un mois que son pre tait mort4 ,on se souvint alors qu'il y avoit dans les pays trangers une autre personne de la famille1 et on lui crivit par biensance4 ,descartes ne se consola point de n'avoir pas reu les dernires paroles et les derniers embrassements de son pre4 ,il n'eut pas plus se louer de son frre dans les arrangements qu'il fit avec lui pour ses affaires de famille et les rglements de succession4 ,ce frre toit un homme intress et avide1 et qui savoit bien que les philosophes n'aiment point plaider2 en consquence1 il tira tout le parti qu'il put de cette douceur philosophique4 ,il faut convenir que les neveux de ,descartes rendirent la mmoire de leur oncle tout l'honneur qu'il mritoit2 mais le nom de ,descartes toit alors le premier nom de la ,france4 ,note #bi3 ,elisabeth de ,bohme1 princesse palatine1 fille de ce fameux lecteur palatin qui disputa ,ferdinand ,,ii les royaumes de ,hongrie et de ,bohme1 ne en #afah4 ,on sait qu'elle fut la premire disciple de ,descartes4 ,elle eut encore un titre plus cher3 elle fut son amie2 car l'amiti fait quelquefois ce que la philosophie mme ne fait pas1 elle comble l'intervalle qui est entre les rangs4 ,elisabeth avoit t recherche par ,ladislas ,,iv1 roi de ,pologne2 mais elle prfra le plaisir de cultiver son me dans la retraite l'honneur d'occuper un trne4 ,sa mre1 dans son enfance1 lui avoit appris six langues2 elle possdoit parfaitement les belles-lettres4 ,son gnie la porta aux sciences profondes4 ,elle tudia la philosophie et les mathmatiques2 mais ds que les premiers ouvrages de ,descartes lui tombrent entre les mains1 elle crut n'avoir rien appris jusqu'alors4 ,elle le fit prier de la venir voir1 pour qu'elle put l'entendre lui-mme4 ,descartes lui trouva un esprit aussi facile que profond2 en peu de temps1 elle fut au niveau de sa gomtrie et de sa mtaphysique4 ,bientt aprs ,descartes lui ddia ses ,principes2 il la flicite d'avoir su runir tant de connoissances dans un ge o la plupart des femmes ne savent que plaire4 ,cette ddicace n'est point un monument de flatterie2 l'homme qui loue y parot toujours un philosophe qui pense4 ,comment1 dit-il1 la tte d'un ouvrage o je jette les fondements de la vrit1 oserois-je la trahir8 ,il continua jusqu' la fin de sa vie un commerce de lettres avec elle4 ,souvent cette princesse fut malheureuse2 ,descartes la consoloit alors4 ,malheureux et tourment lui-mme1 il trouvoit dans son propre coeur cette loquence douce qui va chercher l'me des autres1 et adoucit le sentiment de leurs peines4 ,aprs avoir t long-temps errante et presque sans asile1 ,elisabeth se retira enfin dans une abbaye de la ,westphalie1 o elle fonda une espce d'acadmie de philosophes laquelle elle prsidoit4 ,le nom de ,descartes n'y toit jamais prononc qu'avec respect2 sa mmoire lui toit trop chre pour l'oublier4 ,elle lui survcut prs de trente ans1 et mourut eu #afhj4 ,note #cj3 ,c'est une chose remarquable que ,descartes ait eu pour disciples les deux femmes les plus clbres de son temps444 ,je ne m'tendrai point sur l'histoire de ,christine1 tout le monde la connot4 ,ce fut ,m4 de ,chanut qui le premier engagea cette reine lire les ouvrages de ,descartes4 ,en #afdg1 elle lui fit crire1 pour savoir de lui en quoi consistoit le souverain bien4 ,la plupart des princes1 ou ne font pas ces questions-l1 ou les font des courtisans plutt qu' des philosophes2 et alors la rponse est facile deviner4 ,celle de ,descartes fut un peu diffrente3 il faisoit consister le souverain bien dans la volont toujours ferme d'tre vertueux1 et dans le charme de la conscience qui jouit de sa vertu4 ,c'tait une belle leon de morale pour une reine2 ,christine en fut si contente1 qu'elle lui crivit de sa main pour le remercier4 ,peu de temps aprs1 ,descartes lui envoya son ,trait des passions4 ,en #afdi1 la reine lui fit faire les plus vives instances pour l'engager venir ,stockholm1 et dj elle avoit donn ordre un de ses amiraux pour l'aller prendre et le conduire en ,sude4 ,le philosophe1 avant de quitter sa retraite1 hsita long-temps3 il est probable qu'il fut dcid par toutes les perscutions qu'il essuyoit en ,hollande4 ,il partit enfin1 et arriva au commencement d'octobre ,stockholm4 ,la reine le reut avec une distinction qu'on dut remarquer dans une cour4 ,elle commena par l'exempter de tous les assujettissements des courtisans2 elle sentoit bien qu'ils n'toient pas faits pour ,descartes4 ,elle convint ensuite avec lui d'une heure o elle pourroit l'entretenir tous les jours et recevoir ses leons4 ,on sera assez tonn quand on saura que ce rendez-vous d'un philosophe et d'une reine toit cinq heures du matin1 dans un hiver trs cruel4 ,christine1 passionne pour les sciences1 s'toit fait un plan de commencer la journe par ses tudes1 afin de pouvoir donner le reste au gouvernement de ses tats4 ,elle n'accordait au repos que le temps qu'elle ne pouvait lui refuser1 et n'avoit d'autre dlassement que la conversation de ceux qui pouvoient l'instruire4 ,elle fut si satisfaite de la philosophie de ,descartes1 qu'elle rsolut de le fixer dans ses tats par toutes sortes de moyens4 ,son projet toit de lui donner1 titre de seigneurie1 des terres considrables dans les provinces les plus mridionales de la ,sude1 pour lui et pour ses hritiers perptuit4 ,elle esproit ainsi l'enchaner par ses bienfaits4 ,malgr les bonts de la reine1 il parot que ,descartes eut toujours un sentiment de prfrence pour la princesse palatine1 soit que1 celle-ci ayant t sa premire disciple1 il dt tre plus flatt de cet hommage2 soit que les malheurs d'une jeune princesse la rendissent plus intressante aux yeux d'un philosophe sensible4 ,ce qu'il y a de sr1 c'est qu'il employa tout son crdit auprs de ,christine pour servir ,elisabeth3 mais l'intrt mme qu'il parut y prendre l'empcha probablement de russir2 car la reine de ,sude1 assez grande pour aspirer l'amiti de ,descartes1 ne l'toit pas assez pour consentir partager ce sentiment avec une autre4 ,note #ca3 ,les qualits particulires de ,descartes toient telles qu'on les indique ici4 ,on doit lui en savoir gr2 la vertu est peut-tre plus rare que les talents1 et le philosophe spculatif n'est pas toujours philosophe pratique4 ,descartes fut l'un et l'autre4 ,ds sa jeunesse il avoit raisonn sa morale4 ,en renversant ses opinions par le doute1 il vit qu'il falloit garder des principes pour se conduire4 ,voici quels toient les siens3 #a d'obir en tout temps aux lois et aux coutumes de son pays2 #b de n'enchaner jamais sa libert pour l'avenir2 #c de se dcider toujours pour les opinions modres1 parceque1 dans le moral1 tout ce qui est extrme est presque toujours vicieux2 #d de travailler se vaincre soi-mme1 plutt que la fortune1 parceque l'on change ses dsirs plutt que l'ordre du monde1 et que rien n'est en notre pouvoir que nos penses4 ,ce fut l pour ainsi dire la base de sa conduite4 ,on voit que cet homme singulier s'toit fait une mthode pour agir1 comme il s'en fit une pour penser4 ,il fut de bonne heure indiffrent pour la fortune1 qui de son ct le fit rien pour lui4 ,son bien de patrimoine n'alloit pas au-del de six ou sept mille livres2 c'toit tre pauvre pour un homme accoutum dans son enfonce beaucoup de besoins1 et qui voulait tudier la nature2 car il y a une foule de connoissances qu'on n'a qu' prix d'argent4 ,sa mdiocrit ne lui cota point un dsir4 ,il avoit sur les richesses un sentiment bien honnte1 et que tous les coeurs ne sentiront pas3 il estimoit plus mille francs de patrimoine1 que dix mille livres qui lui seroient venues d'ailleurs4 ,jamais il ne voulut accepter de secours d'aucun particulier4 ,le comte d',avaux lui envoya une somme considrable en ,hollande3 il la refusa4 ,plusieurs personnes de marque lui firent les mmes offres3 il les remercia1 et se chargea de la reconnoissance1 sans se charger du bienfait4 ,c'est au public1 disoit-il1 payer ce que je fais pour le public4 ,il se faisoit riche en diminuant sa dpense4 ,son habillement toit trs philosophique1 et sa table trs frugale4 ,du moment qu'il fut retir en ,hollande1 il fut toujours vtu d'un simple drap noir4 ,a table il prfroit1 comme le bon ,plutarque1 les lgumes et les fruits la chair des animaux4 ,ses aprs-dines toient partages entre la conversation de ses amis et la culture de son jardin4 ,occup le matin du systme du monde1 il alloit le soir cultiver ses fleurs4 ,sa sant toit faible2 mais il en prenoit soin sans en tre esclave4 ,on sait combien les passions influent sur elle2 ,descartes en toit vivement persuad1 et il s'appliquoit sans cesse les rgler4 ,c'est ainsi que ,m4 de ,fontenelle est parvenu vivre prs d'un sicle4 ,il faut avouer que ce rgime ne russit pas si bien ,descartes2 mais1 dcrivoit-il un jour1 au lieu de trouver le moyen de conserver la vie1 j'en ai trouv un autre bien plus sr1 c'est celui de ne pas craindre la mort4 ,il cherchoit la solitude1 autant par got que par systme4 ,il avoit pris pour devise ce vers d',ovide3 ,bene qui latuit1 bene vixit1 ,vivre cach1 c'est vivre heureux2 et ces autres de ,snque3 ,illi mors gravis incubat1 qui notus nimis omnibus1 ignotus moritur sibi1 ,malheureux en mourant1 qui1 trop connu des autres1 meurt sans se connotre lui-mme4 ,il devoit donc avoir une espce d'indiffrence pour la gloire1 non pour la mriter1 mais pour en jouir4444 ,descartes craignoit la rputation1 et s'y droboit4 ,il la regardoit surtout comme un obstacle sa libert et son loisir1 les deux plus grands biens d'un philosophe1 disoit-il4 ,on se doute bien qu'il n'toit pas grand parleur4 ,il n'et pas brill dans ces socits o l'on dit d'un ton facile des choses lgres1 et o l'on parcourt vingt objets sans s'arrter sur aucun4444 ,l'habitude de mditer et de vivre seul l'avoit rendu taciturne2 mais ce qu'on ne croirait peut-tre pas1 c'est qu'elle ne lui avoit rien t de son enjouement naturel4 ,il avoit toujours de la gaiet1 quoiqu'il n'et pas toujours de la joie4 ,la philosophie n'exempte pas des fautes1 mais elle apprend les connotre et s'en corriger4 ,descartes avouoit ses erreurs1 sans s'apercevoir mme qu'il en ft plus grand4 ,c'est avec la mme franchise qu'il sentoit son mrite1 et qu'il en convenoit4 ,on ne manquait point d'appeler cela de la vanit2 mais s'il en avoit eu1 il auroit pris plus de soin de la dguiser4 ,il n'avoit point assez d'orgueil pour tcher d'tre modeste4 ,ce sentiment1 tel qu'il ft1 n'toit point charge aux autres4 ,il avoit dans le commerce une politesse douce1 et qui toit encore plus dans les sentiments que dans les manires4 ,ce n'est point toujours la politesse du monde1 mois c'est srement celle du philosophe4 ,il vitoit les louanges1 comme un homme qui leur est suprieur4 ,il les interdisoit l'amiti2 il ne les pardonnoit pas la flatterie4 ,il n'eut jamais avec ses ennemis d'autre tort que celui de les humilier par sa modration2 et il eut ce tort trs souvent4 ,la calomnie le blessoit plus comme un outrage fait la vrit1 que comme une injure qui lui ft personnelle4 ,quand on me fait une offense1 disoit-il1 je tche d'lever mon me si haut1 que l'offense ne parvienne pas jusqu' moi4 ,l'indignation toit pour lui un sentiment pnible2 et s'il et fallu1 il et plutt ouvert son me au mpris4 ,au reste1 ces deux sentiments lui toient comme trangers1 et ce qui se trouvoit naturellement dans son me1 c'toit la douceur et la bont4 ,cette me forte et profonde toit trs sensible4 ,nous avons dj vu son tendre attachement pour sa nourrice4 ,il traitoit ses domestiques comme des amis malheureux qu'il toit charg de consoler4 ,sa maison toit pour eux une cole de moeurs1 et elle devint pour plusieurs une cole de mathmatiques et de sciences4 ,on rapporte qu'il les instruisoit avec la bont d'un pre2 et quand ils n'avoient plus besoin de son secours1 il les rendoit la socit1 o ils alloient jouir du rang qu'ils s'toient fait par leur mrite4 ,un jour l'un d'eux voulut le remercier3 ,que faites-vous6 lui dit-il1 vous tes mon gal1 et j'acquitte une dette4 ,plusieurs qu'il avoit ainsi forms ont rempli avec distinction des places honorables4 ,j'ai dj rapport quelques traits qui font connotre sa vive tendresse pour son pre4 ,je ne prtends pas le louer par l2 mais il est doux de s'arrter sur les sentiments de la nature4 ,on lui a reproch de s'tre livr aux foiblesses de l'amour1 bien diffrent en cela de ,newton1 qui vcut plus de quatre-vingts ans dans la plus grande austrit de moeurs4 ,il y a apparence que ,descartes1 n avec une me trs sensible1 ne put se dfendre des charmes de la beaut4 ,quelques auteurs ont prtendu qu'il toit mari secrtement2 mais1 dans un de ces entretiens o l'me1 abandonne elle-mme1 s'panche librement au sein de l'amiti1 ,descartes1 ce qu'on dit1 avoua lui-mme le contraire4 ,quoi qu'il en soit1 tout le monde sait qu'il eut une fille nomme ,francine2 elle naquit en ,hollande le #ac juillet #afce1 et fut baptise sous son nom4 ,dj il pensoit la faire transporter en ,france1 pour y faire commencer son ducation2 mais elle mourut tout--coup entre ses bras1 le #g septembre #afdj4 ,elle n'avoit que cinq ans4 ,il fut inconsolable de cette mort4 ,jamais1 dit-il1 il n'prouva de plus grande douleur de sa vie4 ,depuis1 il aimoit s'en entretenir avec ses amis2 il prononoit souvent le nom de sa chre ,francine2 il en parloit avec la douleur la plus tendre1 et il crivit lui-mme l'histoire de cette enfant1 la tte d'un ouvrage qu'il comptoit donner au public4 ,il semble que1 n'ayant pu la conserver1 il vouloit du moins conserver son nom4444 ,avec ce naturel bon et tendre1 ,descartes dut avoir des amis3 il en eut en effet un trs grand nombre4 ,il en eut en ,france1 en ,hollande1 en ,angleterre1 en ,allemagne1 et jusqu' ,rome2 il en eut dans tous les tats et dans tous les rangs4 ,il ne pouvoit point se faire que1 de tous ces amis1 il n'y en et plusieurs qui ne lui fussent attachs par vanit4 ,ceux-l1 il les payoit avec sa gloire2 mais il rservoit aux autres cette amiti simple et pure1 ces doux panchements de l'me1 ce commerce intime qui fait les dlices d'une vie obscure et que rien ne remplace pour les mes sensibles4 ,la plupart des hommes veulent qu'on soit reconnoissant de leurs bienfaits3 pour moi1 disoit ,descartes1 je crois devoir du retour ceux qui m'offrent l'occasion de les servir4 ,ce beau sentiment1 qu'on a tant rpt depuis1 et qui est presque devenu une formule1 se trouve dans plusieurs de ses lettres4 ,a l'gard de ,dieu et de la religion1 voici comme il pensoit4 ,jamais philosophe ne fut plus respectueux pour la ,divinit4 ,il prtendoit que les vrits mme qu'on appelle ternelles et mathmatiques ne sont telles que parceque ,dieu l'a voulu4 ,ce sont des lois1 disoit-il1 que ,dieu a tablies dans la nature1 comme un prince fait des lois dans son royaume4 ,il trouvoit ridicule que l'homme ost prononcer sur ce que ,dieu peut et ce qu'il ne peut pas4 ,il n'toit pas moins indign que ceux qui traitoient de ,dieu dans leurs ouvrages parlassent si souvent de l'infini1 comme s'ils savoient ce que veut dire ce mot4 ,les catholiques l'accusrent d'tre calviniste1 les calvinistes d'tre plagien2 sur son doute1 on l'accusa d'tre sceptique2 plusieurs l'accusrent d'tre diste1 et l'honnte ,votius d'tre athe4 ,voil les accusations4 ,voici maintenant ce qu'il y a de vrai4 ,il puisa son gnie trouver de nouvelles preuves de l'existence de ,dieu1 et les prsenter dans toute leur force4 ,dans tous ses ouvrages1 il parla toujours avec le plus grand respect de la religion rvle4 ,dans tous les pays qu'il habita1 il fit toujours les fonctions de catholique4 ,dans son voyage d',italie1 pour s'acquitter d'un voeu1 il fit un plerinage ,notre-,dame de ,lorette4 ,dans ses ,mditations mtaphysiques et dans ses lettres1 il donna deux explications diffrentes de la transsubstantiation4 ,dans son sjour en ,sude1 il ne manqua jamais une fois aux exercices sacrs qui se faisaient dans la chapelle de l'ambassadeur4 ,dans sa dernire maladie1 il se confessa1 et communia de la main d'un religieux1 en prsence de l'ambassadeur et de toute sa famille4 ,est-ce l un calviniste8 ,est-ce l un plagien8 ,est-ce un diste1 un sceptique1 un athe8444 ,note #cb3 ,descartes fut attaqu le #b fvrier #afej de la maladie dont il mourut4 ,il n'y avoit pas plus de quatre mois qu'il toit ,stockholm4 ,il y a grande apparence que sa maladie vint de la rigueur du froid1 et du changement qu'il fit son rgime1 pour se trouver tous les jours au palais cinq heures du matin4 ,ainsi il fut la victime de sa complaisance pour la reine2 mais il n'en eut point du tout pour les mdecins sudois1 qui voulaient le saigner4 ,messieurs1 leur crioit-il dans l'ardeur de la fivre1 pargnez le sang franais4 ,il se laissa saigner au bout de huit jours1 mais il n'toit plus temps2 l'inflammation toit trop forte4 ,il eut du moins1 pendant sa maladie1 la consolation de voir le tendre intrt qu'on prenoit sant4 ,la reine envoyoit savoir deux fois par jour de ses nouvelles4 ,m4 et madame de ,chanut lui prodiguoient les soins les plus tendres et les plus officieux4 ,madame de ,chanut ne le quitta point depuis sa maladie4 ,elle toit prsente tout4 ,elle le servoit elle-mme pendant le jour2 elle le soignoit durant les nuits4 ,m4 de ,chanut1 qui venoit d'tre malade1 et encore peine convalescent1 se tranoit souvent dans sa chambre1 pour voir1 pour consoler et pour soutenir son ami4444 ,descartes mourant serroit par reconnoissance les mains qui le servoient2 mais ses forces s'puisoient par degrs1 et ne pouvoient plus suffire au sentiment4 ,le soir du neuvime jour1 il eut une dfaillance4 ,revenu un moment aprs1 il sentit qu'il falloit mourir4 ,on courut chez ,m4 de ,chanut2 il vint pour recueillir le dernier soupir et les dernires paroles d'un ami3 mais il ne parloit plus4 ,on le vit seulement lever les yeux au ciel1 comme un homme qui imploroit ,dieu pour la dernire fois4 ,en effet1 il mourut la mme nuit1 le #aa fvrier1 quatre heures du matin1 g de prs de cinquante-quatre ans4 ,m4 de ,chanut1 accabl de douleur1 envoya aussitt son secrtaire au palais1 pour avertir la reine son lever que ,descartes toit mort4 ,christine en l'apprenant versa des larmes4 ,elle voulut le faire enterrer auprs des rois1 et lui lever un mausole4 ,des vues de religion s'opposrent ce dessein4 ,m4 de ,chanut demanda et obtint qu'il ft enterr avec simplicit dans un cimetire1 parmi les catholiques4 ,un prtre1 quelques flambeaux1 et quatre personnes de marque qui toient aux quatre coins du cercueil1 voil quelle fut la pompe funbre de ,descartes4 ,m4 de ,chanut1 pour honorer la mmoire de son ami et d'un grand homme1 fit lever sur son tombeau une pyramide carre1 avec des inscriptions4 ,la ,hollande1 o il avoit t perscut de son vivant1 fit frapper en son honneur une mdaille1 ds qu'il fut mort4 ,seize ans aprs1 c'est--dire en #afff1 son corps fut transport en ,france4 ,on coucha ses ossements sur les cendres qui restoient1 et on les enferma dans un cercueil de cuivre4 ,c'est ainsi qu'ils arrivrent ,paris1 o on les dposa dans l'glise de ,sainte-,genevive4 ,le #bd juin #affg1 on lui fit un service solennel avec la plus grande magnificence4 ,on devoit aprs le service prononcer son oraison funbre2 mais il vint un ordre exprs du la cour1 qui dfendit qu'on la pronont4 ,on se contenta de lui dresser un monument de marbre trs simple1 contre la muraille1 au-dessus de son tombeau1 avec une pitaphe au bas de son buste4 ,il y a deux inscriptions1 l'une latine en style lapidaire1 et l'autre en vers franais4 ,voil les honneurs qui lui furent rendus alors4 ,mais pour que son loge ft prononc1 il a fallu qu'il se soit coul prs de cent ans1 et que cet loge d'un grand homme ait t ordonn par une compagnie de gens de lettres4 99 99 99 99 99 ,,discours ,,de ,,la ,m,,thode4 ,ce discours1 crit en franais par ,descartes1 parut1 pour la premire fois1 avec la ,dioptrique1 les ,mtores et la ,gomtrie ,leyde1 #afcg1 in-#d4 ,il a t rimprim ,paris1 in-#ab1 #agbd1 avec la ,dioptrique1 les ,mtores1 la ,mcanique1 et la ,musique1 et sans la ,gomtrie4 ,une traduction latine en fut publie ,amsterdam en #afdd1 in-#d1 et ibid41 in-#d1 #afef4 ,,discours ,,de ,,la ,m,,thode ,,pour ,,bien ,,conduire ,,sa ,,raison1 ,,et ,,chercher ,,la ,v,,rit ,,dans ,,les ,,sciences4 ,si ce discours semble trop long pour tre lu en une fois1 on le pourra distinguer en six parties4 ,et1 en la premire1 on trouvera diverses considrations touchant les sciences4 ,en la seconde1 les principales rgles de la mthode que l'auteur a cherche4 ,en la troisime1 quelques unes de celles de la morale qu'il a tire de cette mthode4 ,en la quatrime1 les raisons par lesquelles il prouve l'existence de ,dieu et de l'me humaine1 qui sont les fondements de sa mtaphysique4 ,en la cinquime1 l'ordre des questions de physique qu'il a cherches1 et particulirement l'explication du mouvement du coeur et de quelques autres difficults qui appartiennent la mdecine2 puis aussi la diffrence qui est entre notre me et celle des btes4 ,et en la dernire1 quelles choses il croit tre requises pour aller plus avant en la recherche de la nature qu'il n'a t1 et quelles raisons l'ont fait crire4 ,,premi,,re ,,partie4 ,le bon sens est la chose du monde la mieux partage2 car chacun pense en tre si bien pourvu1 que ceux mme qui sont les plus difficiles contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en dsirer plus qu'ils en ont4 ,en quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent3 mais plutt cela tmoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux1 qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison1 est naturellement gale en tous les hommes2 et ainsi que la diversit de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres1 mais seulement de ce que nous conduisons nos penses par diverses voies1 et ne considrons pas les mmes choses4 ,car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon1 mais le principal est de l'appliquer bien4 ,les plus grandes mes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus2 et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage1 s'ils suivent toujours le droit chemin1 que ne font ceux qui courent et qui s'en loignent4 ,pour moi1 je n'ai jamais prsum que mon esprit ft en rien plus parfait que ceux du commun2 mme j'ai souvent souhait d'avoir la pense aussi prompte1 ou l'imagination aussi nette et distincte1 ou la mmoire aussi ample ou aussi prsente1 que quelques autres4 ,et je ne sache point de qualits que celles-ci qui servent la perfection de l'esprit2 car pour la raison1 ou le sens1 d'autant qu'elle est la seule chose qui nous rend hommes et nous distingue des btes1 je veux croire qu'elle est tout entire en un chacun2 et suivre en ceci l'opinion commune des philosophes1 qui disent qu'il n'y a du plus et du moins qu'entre les accidents1 et non point entre les formes ou natures des individus d'une mme espce4 ,mais je ne craindrai pas de dire que je pense avoir eu beaucoup d'heur de m'tre rencontr ds ma jeunesse en certains chemins qui m'ont conduit des considrations et des maximes dont j'ai form une mthode1 par laquelle il me semble que j'ai moyen d'augmenter par degrs ma connoissance1 et de l'lever peu peu au plus haut point auquel la mdiocrit de mon esprit et la courte dure de ma vie lui pourront permettre d'atteindre4 ,car j'en ai dj recueilli de tels fruits1 qu'encore qu'au jugement que je fais de moi-mme je tche toujours de pencher vers le ct de la dfiance plutt que vers celui de la prsomption1 et que1 regardant d'un oeil de philosophe les diverses actions et entreprises de tous les hommes1 il n'y en ait quasi aucune qui ne me semble vaine et inutile1 je ne laisse pas de recevoir une extrme satisfaction du progrs que je pense avoir dj fait en la recherche de la vrit1 et de concevoir de telles esprances pour l'avenir1 que si1 entre les occupations des hommes1 purement hommes1 il y en a quelqu'une qui soit solidement bonne et importante1 j'ose croire que c'est celle que j'ai choisie4 ,toutefois il se peut faire que je me trompe1 et ce n'est peut-tre qu'un peu de cuivre et de verre que je prends pour de l'or et des diamants4 ,je sais combien nous sommes sujets nous mprendre en ce qui nous touche1 et combien aussi les jugements de nos amis nous doivent tre suspects1 lorsqu'ils sont en notre faveur4 ,mais je serai bien aise de faire voir en ce discours quels sont les chemins que j'ai suivis1 et d'y reprsenter ma vie comme en un tableau1 afin que chacun en puisse juger1 et qu'apprenant du bruit commun les opinions qu'on en aura1 ce soit un nouveau moyen de m'instruire1 que j'ajouterai ceux dont j'ai coutume de me servir4 ,ainsi mon dessein n'est pas d'enseigner ici la mthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison1 mais seulement de faire voir en quelle sorte j'ai tch de conduire la mienne4 ,ceux qui se mlent de donner des prceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent2 et s'ils manquent en la moindre chose1 ils en sont blmables4 ,mais1 ne proposant cet crit que comme une histoire1 ou1 si vous l'aimez mieux1 que comme une fable1 en laquelle1 parmi quelques exemples qu'on peut imiter1 on en trouvera peut-tre aussi plusieurs autres qu'on aura raison de ne pas suivre1 j'espre qu'il sera utile quelques uns sans tre nuisible personne1 et que tous me sauront gr de ma franchise4 ,j'ai t nourri aux lettres ds mon enfance2 et1 pource qu'on me persuadoit que par leur moyen on pouvoit acqurir une connaissance claire et assure de tout ce qui est utile la vie1 j'avois un extrme dsir de les apprendre4 ,mais sitt que j'eus achev tout ce cours d'tudes1 au bout duquel on a coutume d'tre reu au rang des doctes1 je changeai entirement d'opinion4 ,car je me trouvois embarrass de tant de doutes et d'erreurs1 qu'il me sembloit n'avoir fait autre profit1 en tchant de m'instruire1 sinon que j'avois dcouvert de plus en plus mon ignorance4 ,et nanmoins j'tois en l'une des plus clbres coles de l',europe1 o je pensois qu'il devoit y avoir de savants hommes1 s'il y en avoit en aucun endroit de la terre4 ,j'y avois appris tout ce que les autres y apprenoient2 et mme1 ne m'tant pas content des sciences qu'on nous enseignoit1 j'avois parcouru tous les livres traitant de celles qu'on estime les plus curieuses et les plus rares1 qui avoient pu tomber entre mes mains4 ,avec cela je savois les jugements que les autres faisoient de moi2 et je ne voyois point qu'on m'estimt infrieur mes condisciples1 bien qu'il y en et dj entre eux quelques uns qu'on destinoit remplir les places de nos matres4 ,et enfin notre sicle me sembloit aussi fleurissant et aussi fertile en bons esprits qu'ait t aucun des prcdents4 ,ce qui me faisoit prendre la libert de juger par moi de tous les autres1 et de penser qu'il n'y avoit aucune doctrine dans le monde qui ft telle qu'on m'avoit auparavant fait esprer4 ,je ne laissois pas toutefois d'estimer les exercices auxquels on s'occupe dans les coles4 ,je savois que les langues qu'on y apprend sont ncessaires pour l'intelligence des livres anciens2 que la gentillesse des fables rveille l'esprit2 que les actions mmorables des histoires le relvent1 et qu'tant lues avec discrtion elles aident former le jugement2 que la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honntes gens des sicles passs1 qui en ont t les auteurs1 et mme une conversation tudie en laquelle ils ne nous dcouvrent que les meilleures de leurs penses2 que l'loquence a des forces et des beauts incomparables2 que la posie a des dlicatesses et des douceurs trs ravissantes2 que les mathmatiques ont des inventions trs subtiles1 et qui peuvent beaucoup servir tant contenter les curieux qu' faciliter tous les arts et diminuer le travail des hommes2 que les crits qui traitent des moeurs contiennent plusieurs enseignements et plusieurs exhortations la vertu qui sont fort utiles2 que la thologie enseigne gagner le ciel2 que la philosophie donne moyen de parler vraisemblablement de toutes choses1 et se faire admirer des moins savants2 que la jurisprudence1 la mdecine et les autres sciences apportent des honneurs et des richesses ceux qui les cultivent2 et enfin qu'il est bon de les avoir toutes examines1 mme les plus superstitieuses et les plus fausses1 afin de connotre leur juste valeur et se garder d'en tre tromp4 ,mais je croyois avoir dj donn assez de temps aux langues1 et mme aussi la lecture des livres anciens1 et leurs histoires1 et leurs fables4 ,car c'est quasi le mme de converser avec ceux des autres sicles que de voyager4 ,il est bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples1 afin de juger des ntres plus sainement1 et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison1 ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien vu4 ,mais lorsqu'on emploie trop de temps voyager1 on devient enfin tranger en son pays2 et lorsqu'on est trop curieux des choses qui se pratiquoient aux sicles passs1 on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci4 ,outre que les fables font imaginer plusieurs vnements comme possibles qui ne le sont point2 et que mme les histoires les plus fidles1 si elles ne changent ni n'augmentent la valeur des choses pour les rendre plus dignes d'tre lues1 au moins en omettent-elles presque toujours les plus basses et moins illustres circonstances1 d'o vient que le reste ne parot pas tel qu'il est1 et que ceux qui rglent leurs moeurs par les exemples qu'ils en tirent sont sujets tomber dans les extravagances des paladins de nos romans1 et concevoir des desseins qui passent leurs forces4 ,j'estimois fort l'loquence1 et j'tois amoureux de la posie2 mais je pensois que l'une et l'autre toient des dons de l'esprit plutt que des fruits de l'tude4 ,ceux qui ont le raisonnement le plus fort1 et qui digrent le mieux leurs penses afin de les rendre claires et intelligibles1 peuvent toujours le mieux persuader ce qu'ils proposent1 encore qu'ils ne parlassent que bas-breton1 et qu'ils n'eussent jamais appris de rhtorique2 et ceux qui ont les inventions les plus agrables et qui les savent exprimer avec le plus d'ornement et de douceur1 ne laisseroient pas d'tre les meilleurs potes1 encore que l'art potique leur ft inconnu4 ,je me plaisois surtout aux mathmatiques1 cause de la certitude et de l'vidence de leurs raisons3 mais je ne remarquois point encore leur vrai usage2 et1 pensant qu'elles ne servoient qu'aux arts mcaniques1 je m'tonnois de ce que leurs fondements tant si fermes et si solides1 on n'avoit rien bti dessus de plus relev3 comme au contraire je comparois les crits des anciens paens qui traitent des moeurs1 des palais fort superbes et fort magnifiques1 qui n'toient btis que sur du sable et sur de la boue3 ils lvent fort haut les vertus1 et les font parotre estimables par-dessus toutes les choses qui sont au monde2 mais ils n'enseignent pas assez les connotre1 et souvent ce qu'ils appellent d'un si beau nom n'est qu'une insensibilit1 ou un orgueil1 ou un dsespoir1 ou un parricide4 ,je rvrois notre thologie1 et prtendois autant qu'aucun autre gagner le ciel3 mais ayant appris1 comme chose trs assure1 que le chemin n'en est pas moins ouvert aux plus ignorants qu'aux plus doctes1 et que les vrits rvles qui y conduisent sont au-dessus de notre intelligence1 je n'eusse os les soumettre la foiblesse de mes raisonnements2 et je pensois que1 pour entreprendre de les examiner et y russir1 il toit besoin d'avoir quelque extraordinaire assistance du ciel1 et d'tre plus qu'homme4 ,je ne dirai rien de la philosophie1 sinon que1 voyant qu'elle a t cultive par les plus excellents esprits qui aient vcu depuis plusieurs sicles1 et que nanmoins il ne s'y trouve encore aucune chose dont on ne dispute1 et par consquent qui ne soit douteuse1 je n'avois point assez de prsomption pour esprer d'y rencontrer mieux que les autres2 et que1 considrant combien il peut y avoir de diverses opinions touchant une mme matire1 qui soient soutenues par des gens doctes1 sans qu'il y en puisse avoir jamais plus d'une seule qui soit vraie1 je rputois presque pour faux tout ce qui n'toit que vraisemblable4 ,puis1 pour les autres sciences1 d'autant qu'elles empruntent leurs principes de la philosophie1 je jugeois qu'on ne pouvoit avoir rien bti qui ft solide sur des fondements si peu fermes2 et ni l'honneur ni le gain qu'elles promettent n'toient suffisants pour me convier les apprendre3 car je ne me sentois point1 grces ,dieu1 de condition qui m'obliget faire un mtier de la science pour le soulagement de ma fortune2 et1 quoique je ne fisse pas profession de mpriser la gloire en cynique1 je faisois nanmoins fort peu d'tat de celle que je n'esprois point pouvoir acqurir qu' faux titres4 ,et enfin1 pour les mauvaises doctrines1 je pensois dj connotre assez ce qu'elles valoient pour n'tre plus sujet tre tromp ni par les promesses d'un alchimiste1 ni par les prdictions d'un astrologue1 ni par les impostures d'un magicien1 ni par les artifices ou la vanterie d'aucun de ceux qui font profession de savoir plus qu'ils ne savent4 ,c'est pourquoi1 sitt que l'ge me permit de sortir de la sujtion de mes prcepteurs1 je quittoi entirement l'tude des lettres2 et me rsolvant de ne chercher plus d'autre science que celle qui se pourrait trouver en moi-mme1 ou bien dans le grand livre du monde1 j'employai le reste de ma jeunesse voyager1 voir des cours et des armes1 frquenter des gens de diverses humeurs et conditions1 recueillir diverses expriences1 m'prouver moi-mme dans les rencontres que la fortune me proposoit1 et partout faire telle rflexion sur les choses qui se prsentoient que j'en pusse tirer quelque profit4 ,car il me sembloit que je pourrois rencontrer beaucoup plus de vrit dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent1 et dont l'vnement le doit punir bientt aprs s'il a mal jug1 que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet1 touchant des spculations qui ne produisent aucun effet1 et qui ne lui sont d'autre consquence1 sinon que peut-tre il en tirera d'autant plus de vanit qu'elles seront plus loignes du sens commun1 cause qu'il aura d employer d'autant plus d'esprit et d'artifice tcher de les rendre vraisemblables4 ,et j'avois toujours un extrme dsir d'apprendre distinguer le vrai d'avec le faux1 pour voir clair en mes actions1 et marcher avec assurance en cette vie4 ,il est vrai que pendant que je ne faisois que considrer les moeurs des autres hommes1 je n'y trouvois gure de quoi m'assurer1 et que j'y remarquois quasi autant de diversit que j'avois fait auparavant entre les opinions des philosophes4 ,en sorte que le plus grand profit que j'en retirois toit que1 voyant plusieurs choses qui1 bien qu'elles nous semblent fort extravagantes et ridicules1 ne laissent pas d'tre communment reues et approuves par d'autres grands peuples1 j'apprenois ne rien croire trop fermement de ce qui ne m'avoit t persuad que par l'exemple et par la coutume3 et ainsi je me dlivrois peu peu de beaucoup d'erreurs qui peuvent offusquer notre lumire naturelle1 et nous rendre moins capables d'entendre raison4 ,mais1 aprs que j'eus employ quelques annes tudier ainsi dans le livre du monde1 et tcher d'acqurir quelque exprience1 je pris un jour rsolution d'tudier aussi en moi-mme1 et d'employer toutes les forces de mon esprit choisir les chemins que je devois suivre2 ce qui me russit beaucoup mieux1 ce me semble1 que si je ne me fusse jamais loign ni de mon pays ni de mes livres4 ,,seconde ,,partie4 ,j'tois alors en ,allemagne1 o l'occasion des guerres qui n'y sont pas encore finies m'avoit appel2 et comme je retournois du couronnement de l'empereur vers l'arme1 le commencement de l'hiver m'arrta en un quartier o1 ne trouvant aucune conversation qui me divertit1 et n'ayant d'ailleurs1 par bonheur1 aucuns soins ni passions qui me troublassent1 je demeurois tout le jour enferm seul dans un pole1 o j'avois tout le loisir de m'entretenir de mes penses4 ,entre lesquelles l'une des premires fut que je m'avisai de considrer que souvent il n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composs de plusieurs pices1 et faits de la main de divers matres1 qu'en ceux auxquels un seul a travaill4 ,ainsi voit-on que les btiments qu'un seul architecte a entrepris et achevs ont coutume d'tre plus beaux et mieux ordonns que ceux que plusieurs ont tch de raccommoder1 en faisant servir de vieilles murailles qui avoient t bties d'autres fins4 ,ainsi ces anciennes cits qui1 n'ayant t au commencement que des bourgades1 sont devenues par succession de temps de grandes villes1 sont ordinairement si mal compasses1 au prix de ces places rgulires qu'un ingnieur trace sa fantaisie dans une plaine1 qu'encore que1 considrant leurs difices chacun part1 on y trouve souvent autant ou plus d'art qu'en ceux des autres1 toutefois1 voir comme ils sont arrangs1 ici un grand1 l un petit1 et comme ils rendent les rues courbes et ingales1 on diroit que c'est plutt la fortune que la volont de quelques hommes usants de raison1 qui les a ainsi disposs4 ,et si on considre qu'il y a eu nanmoins de tout temps quelques officiers qui ont eu charge de prendre garde aux btiments des particuliers1 pour les faire servir l'ornement du public1 on connotra bien qu'il est malais1 en ne travaillant que sur les ouvrages d'autrui1 de faire des choses fort accomplies4 ,ainsi je m'imaginai que les peuples qui1 ayant t autrefois demi-sauvages1 et ne s'tant civiliss que peu peu1 n'ont fait leurs lois qu' mesure que l'incommodit des crimes et des querelles les y a contraints1 ne sauroient tre si bien polics que ceux qui1 ds le commencement qu'ils se sont assembls1 ont observ les constitutions de quelque prudent lgislateur4 ,comme il est bien certain que l'tat de la vraie religion1 dont ,dieu seul a fait les ordonnances1 doit tre incomparablement mieux rgl que tous les autres4 ,et1 pour parler des choses humaines1 je crois que si ,sparte a t autrefois trs florissante1 ce n'a pas t cause de la bont de chacune de ses lois en particulier1 vu que plusieurs toient fort tranges1 et mme contraires aux bonnes moeurs2 mais cause que1 n'ayant t inventes que par un seul1 elles tendoient toutes mme fin4 ,et ainsi je pensai que les sciences des livres1 au moins celles dont les raisons ne sont que probables1 et qui n'ont aucunes dmonstrations1 s'tant composes et grossies peu peu des opinions de plusieurs diverses personnes1 ne sont point si approchantes de la vrit que les simples raisonnements que peut faire naturellement un homme de bon sens touchant les choses qui se prsentent4 ,et ainsi encore je pensai que pource que nous avons tous t enfants avant que d'tre hommes1 et qu'il nous a fallu long-temps tre gouverns par nos apptits et nos prcepteurs1 qui toient souvent contraires les uns aux autres1 et qui1 ni les uns ni les autres1 ne nous conseilloient peut-tre pas toujours le meilleur1 il est presque impossible que nos jugements soient si purs ni si solides qu'ils auroient t si nous avions eu l'usage entier de notre raison ds le point de notre naissance1 et que nous n'eussions jamais t conduits que par elle4 ,il est vrai que nous ne voyons point qu'on jette par terre toutes les maisons d'une ville pour le seul dessein de les refaire d'autre faon et d'en rendre les rues plus belles2 mais on voit bien que plusieurs font abattre les leurs1 pour les rebtir1 et que mme quelquefois ils y sont contraints1 quand elles sont en danger de tomber d'elles-mmes1 et que les fondements n'en sont pas bien fermes4 ,a l'exemple de quoi je me persuadai qu'il n'y auroit vritablement point d'apparence1 qu'un particulier ft dessein de rformer un tat1 en y changeant tout ds les fondements1 et en le renversant pour le redresser2 ni mme aussi de rformer le corps des sciences1 ou l'ordre tabli dans les coles pour les enseigner3 mais que1 pour toutes les opinions que j'avois reues jusques alors en ma crance1 je ne pouvois mieux faire que d'entreprendre une bonne fois de les en ter1 afin d'y en remettre par aprs ou d'autres meilleures1 ou bien les mmes lorsque je les aurois ajustes au niveau de la raison4 ,et je crus fermement que par ce moyen je russirois conduire ma vie beaucoup mieux que si je ne btissois que sur de vieux fondements1 et que je ne m'appuyasse que sur les principes que je m'tois laiss persuader en ma jeunesse1 sans avoir jamais examin s'ils toient vrais4 ,car1 bien que je remarquasse en ceci diverses difficults1 elles n'toient point toutefois sans remde1 ni comparables celles qui se trouvent en la rformation des moindres choses qui touchent le public4 ,ces grands corps sont trop malaiss relever tant abattus1 ou mme retenir tant branls1 et leurs chutes ne peuvent tre que trs rudes4 ,puis1 pour leurs imperfections1 s'ils en ont1 comme la seule diversit qui est entre eux suffit pour assurer que plusieurs en ont1 l'usage les a sans doute fort adoucies1 et mme il en a vit ou corrig insensiblement quantit1 auxquelles on ne pourroit si bien pourvoir par prudence2 et enfin elles sont quasi toujours plus supportables que ne seroit leur changement2 en mme faon que les grands chemins1 qui tournoient entre des montagnes1 deviennent peu peu si unis et si commodes1 force d'tre frquents1 qu'il est beaucoup meilleur de les suivre1 que d'entreprendre d'aller plus droit1 en grimpant au-dessus des rochers et descendant jusques aux bas des prcipices4 ,c'est pourquoi je ne saurois aucunement approuver ces humeurs brouillonnes et inquites1 qui1 n'tant appeles ni par leur naissance ni par leur fortune au maniement des affaires publiques1 ne laissent pas d'y faire toujours en ide quelque nouvelle rformation2 et si je pensois qu'il y et la moindre chose en cet crit par laquelle on me pt souponner de cette folie1 je serois trs marri de souffrir qu'il ft publi4 ,jamais mon dessein ne s'est tendu plus avant que de tcher rformer mes propres penses1 et de btir dans un fonds qui est tout moi4 ,que si mon ouvrage m'ayant assez plu1 je vous en fais voir ici le modle1 ce n'est pas1 pour cela1 que je veuille conseiller personne de l'imiter4 ,ceux que ,dieu a mieux partags de ses grces auront peut-tre des desseins plus relevs2 mais je crains bien que celui-ci ne soit dj que trop hardi pour plusieurs4 ,la seule rsolution de se dfaire de toutes les opinions qu'on a reues auparavant en sa crance n'est pas un exemple que chacun doive suivre4 ,et le monde n'est quasi compos que de deux sortes d'esprits auxquels il ne convient aucunement3 savoir de ceux qui1 se croyant plus habiles qu'ils ne sont1 ne se peuvent empcher de prcipiter leurs jugements1 ni avoir assez de patience pour conduire par ordre toutes leurs penses1 d'o vient que1 s'ils avoient une fois pris la libert de douter des principes qu'ils ont reus1 et de s'carter du chemin commun1 jamais ils ne pourroient tenir le sentier qu'il faut prendre pour aller plus droit1 et demeureraient gars toute leur vie2 puis de ceux qui1 ayant assez de raison ou de modestie pour juger qu'ils sont moins capables de distinguer le vrai d'avec le faux que quelques autres par lesquels ils peuvent tre instruits1 doivent bien plutt se contenter de suivre les opinions de ces autres1 qu'en chercher eux-mmes de meilleures4 ,et pour moi j'aurois t sans doute du nombre de ces derniers1 si je n'avois jamais eu qu'un seul matre1 ou que je n'eusse point su les diffrences qui ont t de tout temps entre les opinions des plus doctes4 ,mais ayant appris ds le collge qu'on ne sauroit rien imaginer de si trange et si peu croyable1 qu'il n'ait t dit par quelqu'un des philosophes2 et depuis1 en voyageant1 ayant reconnu que tous ceux qui ont des sentiments fort contraires aux ntres ne sont pas pour cela barbares ni sauvages1 mais que plusieurs usent autant ou plus que nous de raison2 et ayant considr combien un mme homme1 avec son mme esprit1 tant nourri ds son enfance entre des ,franais ou des ,allemands1 devient diffrent de ce qu'il seroit s'il avoit toujours vcu entre des ,chinois ou des cannibales1 et comment1 jusques aux modes de nos habits1 la mme chose qui nous a plu il y a dix ans1 et qui nous plaira peut-tre encore avant dix ans1 nous semble maintenant extravagante et ridicule2 en sorte que c'est bien plus la coutume et l'exemple qui nous persuade1 qu'aucune connoissance certaine2 et que nanmoins la pluralit des voix n'est pas une preuve qui vaille rien1 pour les vrits un peu malaises dcouvrir1 cause qu'il est bien plus vraisemblable qu'un homme seul les ait rencontres que tout un peuple2 je ne pouvois choisir personne dont les opinions me semblassent devoir tre prfres celles des autres1 et je me trouvai comme contraint d'entreprendre moi-mme de me conduire4 ,mais1 comme un homme qui marche seul1 et dans les tnbres1 je me rsolus d'aller si lentement et d'user de tant de circonspection en toutes choses1 que si je n'avanois que fort peu1 je me garderois bien au moins de tomber4 ,mme je ne voulus point commencer rejeter tout--fait aucune des opinions qui s'toient pu glisser autrefois en ma crance sans y avoir t introduites par la raison1 que je n'eusse auparavant employ assez de temps faire le projet de l'ouvrage que j'entreprenois1 et chercher la vraie mthode pour parvenir la connoissance de toutes les choses dont mon esprit seroit capable4 ,j'avois un peu tudi1 tant plus jeune1 entre les parties de la philosophie1 la logique1 et1 entre les mathmatiques1 l'analyse des gomtres et l'algbre1 trois arts ou sciences qui sembloient devoir contribuer quelque chose mon dessein4 ,mais1 en les examinant1 je pris garde que1 pour la logique1 ses syllogismes et la plupart de ses autres instructions servent plutt expliquer autrui les choses qu'on sait1 ou mme1 comme l'art de ,lulle1 parler sans jugement de celles qu'on ignore1 qu' les apprendre2 et bien qu'elle contienne en effet beaucoup de prceptes trs vrais et trs bons1 il y en a toutefois tant d'autres mls parmi1 qui sont ou nuisibles ou superflus1 qu'il est presque aussi malais de les en sparer1 que de tirer une ,diane ou une ,minerve hors d'un bloc de marbre qui n'est point encore bauch4 ,puis1 pour l'analyse des anciens et l'algbre des modernes1 outre qu'elles ne s'tendent qu' des matires fort abstraites1 et qui ne semblent d'aucun usage1 la premire est toujours si astreinte la considration des figures1 qu'elle ne peut exercer l'entendement sans fatiguer beaucoup l'imagination2 et on s'est tellement assujetti en lu dernire certaines rgles et certains chiffres1 qu'on en a fait un art confus et obscur qui embarrasse l'esprit1 au lieu d'une science qui le cultive4 ,ce qui fut cause que je pensai qu'il falloit chercher quelque autre mthode1 qui1 comprenant les avantages de ces trois1 ft exempte de leurs dfauts4 ,et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices1 en sorte qu'un tat est bien mieux rgl lorsque1 n'en ayant que fort peu1 elles y sont fort troitement observes2 ainsi1 au lieu de ce grand nombre de prceptes dont la logique est compose1 je crus que j'aurois assez des quatre suivants1 pourvu que je prisse une ferme et constante rsolution de ne manquer pas une seule fois les observer4 ,le premier toit de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse videmment tre telle2 c'est--dire1 d'viter soigneusement la prcipitation et la prvention1 et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se prsenteroit si clairement et si distinctement mon esprit1 que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute4 ,le second1 de diviser chacune des difficults que j'examinerais1 en autant de parcelles qu'il se pourroit1 et qu'il seroit requis pour les mieux rsoudre4 ,le troisime1 de conduire par ordre mes penses1 en commenant par les objets les plus simples et les plus aiss connotre1 pour monter peu peu comme par degrs jusques la connoissance des plus composs1 et supposant mme de l'ordre entre ceux qui ne se prcdent point naturellement les uns les autres4 ,et le dernier1 de taire partout des dnombrements si entiers et des revues si gnrales1 que je fusse assur de ne rien omettre4 ,ces longues chanes de raisons1 toutes simples et faciles1 dont les gomtres ont coutume de se servir pour parvenir leurs plus difficiles dmonstrations1 m'avoient donn occasion de m'imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connoissance des hommes s'entresuivent en mme faon1 et que1 pourvu seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit1 et qu'on garde toujours l'ordre qu'il faut pour les dduire les unes des autres1 il n'y en peut avoir de si loignes auxquelles enfin on ne parvienne1 ni de si caches qu'on ne dcouvre4 ,et je ne fus pas beaucoup en peine de chercher par lesquelles il toit besoin de commencer3 car je savois dj que c'toit par les plus simples et les plus aises connotre2 et1 considrant qu'entre tous ceux qui ont ci-devant recherch la vrit dans les sciences1 il n'y a eu que les seuls mathmaticiens qui ont pu trouver quelques dmonstrations1 c'est--dire quelques raisons certaines et videntes1 je ne doutois point que ce ne ft par les mmes qu'ils ont examines2 bien que je n'en esprasse aucune autre utilit1 sinon qu'elles accoutumeroient mon esprit se repatre de vrits1 et ne se contenter point de fausses raisons4 ,mais je n'eus pas dessein pour cela de tcher d'apprendre toutes ces sciences particulires qu'on nomme communment mathmatiques2 et voyant qu'encore que leurs objets soient diffrents1 elle ne laissent pas de s'accorder toutes1 en ce qu'elles n'y considrent autre chose que les divers rapports ou proportions qui s'y trouvent1 je pensai qu'il valoit mieux que j'examinasse seulement ces proportions en gnral1 et sans les supposer que dans les sujets qui serviroient m'en rendre la connoissance plus aise1 mme aussi sans les y astreindre aucunement1 afin de les pouvoir d'autant mieux appliquer aprs tous les autres auxquels elles conviendroient4 ,puis1 ayant pris garde que pour les connotre j'aurais quelquefois besoin de les considrer chacune en particulier1 et quelquefois seulement de les retenir1 ou de les comprendre plusieurs ensemble1 je pensai que1 pour les considrer mieux en particulier1 je les devois supposer en des lignes1 cause que je ne trouvois rien de plus simple1 ni que je pusse plus distinctement reprsenter mon imagination et mes sens2 mais que1 pour les retenir1 ou les comprendre plusieurs ensemble1 il falloit que je les expliquasse par quelques chiffres les plus courts qu'il seroit possible2 et que1 par ce moyen1 j'emprunterois tout le meilleur de l'analyse gomtrique et de l'algbre1 et corrigerois tous les dfauts de l'une par l'autre4 ,comme en effet j'ose dire que l'exacte observation de ce peu de prceptes que j'avois choisis me donna telle facilit dmler toutes les questions auxquelles ces deux sciences s'tendent1 qu'en deux ou trois mois que j'employai les examiner1 ayant commenc par les plus simples et plus gnrales1 et chaque vrit que je trouvois tant une rgle qui me servoit aprs en trouver d'autres1 non seulement je vins bout de plusieurs que j'avois juges autrefois trs difficiles1 mais il me sembla aussi vers la fin que je pouvois dterminer1 en celles mme que j'ignorois1 par quels moyens et jusqu'o il toit possible de les rsoudre4 ,en quoi je ne vous parotrai peut-tre pas tre fort vain1 si vous considrez que1 n'y ayant qu'une vrit de chaque chose1 quiconque la trouve en sait autant qu'on en peut savoir2 et que1 par exemple1 un enfant instruit en l'arithmtique1 ayant fait une addition suivant ses rgles1 se peut assurer d'avoir trouv1 touchant la somme qu'il examinoit1 tout ce que l'esprit humain sauroit trouver3 car enfin la mthode1 qui enseigne suivre le vrai ordre1 et dnombrer exactement toutes les circonstances de ce qu'on cherche1 contient tout ce qui donne de la certitude aux rgles d'arithmtique4 ,mais ce qui me contentoit le plus de cette mthode toit que par elle j'tois assur d'user en tout de ma raison1 sinon parfaitement1 au moins le mieux qui ft en mon pouvoir3 outre que je sentois1 en la pratiquant1 que mon esprit s'accoutumoit peu peu concevoir plus nettement et plus distinctement ses objets2 et que1 ne l'ayant point assujettie aucune matire particulire1 je me promettois de l'appliquer aussi utilement aux difficults des autres sciences que j'avois fait celles de l'algbre4 ,non que pour cela j'osasse entreprendre d'abord d'examiner toutes celles qui se prsenteroient1 car cela mme et t contraire l'ordre qu'elle prescrit3 mais1 ayant pris garde que leurs principes devoient tous tre emprunts de la philosophie1 en laquelle je n'en trouvois point encore de certains1 je pensai qu'il falloit avant tout que je tchasse d'y en tablir2 et que1 cela tant la chose du monde la plus importante1 et o la prcipitation et la prvention toient le plus craindre1 je ne devois point entreprendre d'en venir bout que je n'eusse atteint un ge bien plus mr que celui de vingt-trois ans que j'avois alors1 et que je n'eusse auparavant employ beaucoup de temps m'y prparer1 tant en dracinant de mon esprit toutes les mauvaises opinions que j'y avois reues avant ce temps-l1 qu'en faisant amas de plusieurs expriences1 pour tre aprs la matire de mes raisonnements1 et en m'exerant toujours en la mthode que je m'tois prescrite1 afin de m'y affermir de plus en plus4 ,,troisi,,me ,,partie4 ,et enfin1 comme ce n'est pas assez1 avant de commencer rebtir le logis o on demeure1 que de l'abattre1 et de faire provision de matriaux et d'architectes1 ou s'exercer soi-mme l'architecture1 et outre cela d'en avoir soigneusement trac de dessin1 mais qu'il faut aussi s'tre pourvu de quelque autre o on puisse tre log commodment pendant le temps qu'on y travaillera2 ainsi1 afin que je ne demeurasse point irrsolu en mes actions1 pendant que la raison m'obligeroit de l'tre en mes jugements1 et que je ne laissasse pas de vivre ds lors le plus heureusement que je pourrois1 je me formai une morale par provision1 qui ne consistoit qu'en trois ou quatre maximes dont je veux bien vous faire part4 ,la premire toit d'obir aux lois et aux coutumes de mon pays1 retenant constamment la religion en laquelle ,dieu m'a fait la grce d'tre instruit ds mon enfance1 et me gouvernant en toute autre chose suivant les opinions les plus modres et les plus loignes de l'excs qui fussent communment reues en pratique par les mieux senss de ceux avec lesquels j'aurois vivre4 ,car1 commenant ds lors ne compter pour rien les miennes propres1 cause que je les voulois remettre toutes l'examen1 j'tois assur de ne pouvoir mieux que de suivre celles des mieux senss4 ,et encore qu'il y en ait peut-tre d'aussi bien senss parmi les ,perses ou les ,chinois que parmi nous1 il me sembloit que le plus utile toit de me rgler selon ceux avec lesquels j'aurois vivre2 et que1 pour savoir quelles toient vritablement leurs opinions1 je devois plutt prendre garde ce qu'ils pratiquoient qu' ce qu'ils disoient1 non seulement cause qu'en la corruption de nos moeurs il y a peu de gens qui veuillent dire tout ce qu'ils croient1 mais aussi cause que plusieurs l'ignorent eux-mmes2 car l'action de la pense par laquelle on croit une chose tant diffrente de celle par laquelle on connot qu'on la croit1 elles sont souvent l'une sans l'autre4 ,et1 entre plusieurs opinions galement reues1 je ne choisissois que les plus modres1 tant cause que ce sont toujours les plus commodes pour la pratique1 et vraisemblablement les meilleures1 tous excs ayant coutume d'tre mauvais1 comme aussi afin de me dtourner moins du vrai chemin1 en cas que je faillisse1 que si1 ayant choisi l'un des extrmes1 c'et t l'autre qu'il et fallu suivre4 ,et particulirement je mettois entre les excs toutes les promesses par lesquelles on retranche quelque chose de sa libert2 non que je dsapprouvasse les lois1 qui1 pour remdier l'inconstance des esprits foibles1 permettent1 lorsqu'on a quelque bon dessein1 ou mme1 pour la sret du commerce1 quelque dessein qui n'est qu'indiffrent1 qu'on fasse des voeux ou des contrats qui obligent y persvrer3 mais cause que je ne voyois au monde aucune chose qui demeurt toujours en mme tat1 et que1 pour mon particulier1 je me promettois de perfectionner de plus en plus mes jugements1 et non point de les rendre pires1 j'eusse pens commettre une grande faute contre le bon sens1 si1 pour ce que j'approuvois alors quelque chose1 je me fusse oblig de la prendre pour bonne encore aprs1 lorsqu'elle auroit peut-tre cess de l'tre1 ou que j'aurois cess de l'estimer telle4 ,ma seconde maxime toit d'tre le plus ferme et le plus rsolu en mes actions que je pourrois1 et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses lorsque je m'y serois une fois dtermin1 que si elles eussent t trs assures3 imitant en ceci les voyageurs1 qui1 se trouvant gars en quelque fort1 ne doivent pas errer en tournoyant tantt d'un ct tantt d'un autre1 ni encore moins s'arrter en une place1 mais marcher toujours le plus droit qu'ils peuvent vers un mme ct1 et ne le changer point pour de foibles raisons1 encore que ce n'ait peut-tre t au commencement que le hasard seul qui les ait dtermins le choisir2 car1 par ce moyen1 s'ils ne vont justement o ils dsirent1 ils arriveront au moins la fin quelque part o vraisemblablement ils seront mieux que dans le milieu d'une fort4 ,et ainsi les actions de la vie ne souffrant souvent aucun dlai1 c'est une vrit trs certaine que1 lorsqu'il n'est pas en notre pouvoir de discerner les plus vraies opinions1 nous devons suivre les plus probables2 et mme qu'encore que nous ne remarquions point davantage de probabilit aux unes qu'aux autres1 nous devons nanmoins nous dterminer quelques unes1 et les considrer aprs1 non plus comme douteuses en tant qu'elles se rapportent la pratique1 mais comme trs vraies et trs certaines1 cause que la raison qui nous y a fait dterminer se trouve telle4 ,et ceci fut capable ds lors de me dlivrer de tous les repentirs et les remords qui ont coutume d'agiter les consciences de ces esprits foibles et chancelants qui se laissent aller inconstamment pratiquer comme bonnes les choses qu'ils jugent aprs tre mauvaises4 ,ma troisime maxime toit de tcher toujours plutt me vaincre que la fortune1 et changer mes dsirs que l'ordre du monde1 et gnralement de m'accoutumer croire qu'il n'y a rien qui soit entirement en notre pouvoir que nos penses1 en sorte qu'aprs que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extrieures1 tout ce qui manque de nous russir est au regard de nous absolument impossible4 ,et ceci seul me sembloit tre suffisant pour m'empcher de rien dsirer l'avenir que je n'acquisse1 et ainsi pour me rendre content2 car notre volont ne se portant naturellement dsirer que les choses que notre entendement lui reprsente en quelque faon comme possibles1 il est certain que si nous considrons tous les biens qui sont hors de nous comme galement loigns de notre pouvoir1 nous n'aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent tre dus notre naissance1 lorsque nous en serons privs sans notre faute1 que nous avons de ne possder pas les royaumes de la ,chine ou de ,mexique2 et que faisant1 comme on dit1 de ncessit vertu1 nous ne dsirerons pas davantage d'tre sains tant malades1 ou d'tre libres tant en prison1 que nous faisons maintenant d'avoir des corps d'une matire aussi peu corruptible que les diamants1 ou des ailes pour voler comme les oiseaux4 ,mais j'avoue qu'il est besoin d'un long exercice1 et d'une mditation souvent ritre1 pour s'accoutumer regarder de ce biais toutes les choses2 et je crois que c'est principalement en ceci que consistoit le secret de ces philosophes qui ont pu autrefois se soustraire de l'empire de la fortune1 et1 malgr les douleurs et la pauvret1 disputer de la flicit avec leurs dieux4 ,car1 s'occupant sans cesse considrer les bornes qui leur toient prescrites par la nature1 ils se persuadoient si parfaitement que rien n'toit en leur pouvoir que leurs penses1 que cela seul toit suffisant pour les empcher d'avoir aucune affection pour d'autres choses2 et ils disposoient d'elles si absolument qu'ils avoient en cela quelque raison de s'estimer plus riches et plus puissants et plus libres et plus heureux qu'aucun des autres hommes1 qui1 n'ayant point cette philosophie1 tant favoriss de la nature et de la fortune qu'ils puissent tre1 ne disposent jamais ainsi de tout ce qu'ils veulent4 ,enfin1 pour conclusion de cette morale1 je m'avisai de faire une revue sur les diverses occupations qu'ont les hommes en cette vie1 pour tcher faire choix de la meilleure2 et1 sans que je veuille rien dire de celles des autres1 je pensai que je ne pouvois mieux que de continuer en celle-l mme o je me trouvois1 c'est--dire que d'employer toute ma vie cultiver ma raison1 et m'avancer autant que je pourrois en la connoissance de la vrit1 suivant la mthode que je m'tois prescrite4 ,j'avois prouv de si extrmes contentements depuis que j'avois commenc me servir de cette mthode1 que je ne croyois pas qu'on en put recevoir de plus doux ni de plus innocents en cette vie2 et dcouvrant tous les jours par son moyen quelques vrits qui me sembloient assez importantes et communment ignores des autres hommes1 la satisfaction que j'en avois remplissoit tellement mon esprit que tout le reste ne me touchoit point4 ,outre que les trois maximes prcdentes n'toient fondes que sur le dessein que j'avois de continuer m'instruire car ,dieu nous ayant donn chacun quelque lumire pour discerner le vrai d'avec le faux1 je n'eusse pas cru me devoir contenter des opinions d'autrui un seul moment1 si je ne me fusse propos d'employer mon propre jugement les examiner lorsqu'il serait temps2 et je n'eusse su m'exempter de scrupule en les suivant1 si je n'eusse espr de ne perdre pour cela aucune occasion d'en trouver de meilleures en cas qu'il y en et2 et enfin1 je n'eusse su borner mes dsirs ni tre content1 si je n'eusse suivi un chemin par lequel1 pensant tre assur de l'acquisition de toutes les connoissances dont je serois capable1 je le pensois tre par mme moyen de celle de tous les vrais biens qui seroient jamais en mon pouvoir2 d'autant que1 notre volont ne se portant suivre ni fuir aucune chose que selon que notre entendement la lui reprsente bonne ou mauvaise1 il suffit de bien juger pour bien faire1 et de juger le mieux qu'on puisse pour faire aussi tout son mieux1 c'est--dire pour acqurir toutes les vertus1 et ensemble tous les autres biens qu'on puisse acqurir2 et lorsqu'on est certain que cela est1 on ne sauroit manquer d'tre content4 ,aprs m'tre ainsi assur de ces maximes1 et les avoir mises part avec les vrits de la foi1 qui ont toujours t les premires en ma crance1 je jugeai que pour tout le reste de mes opinions je pouvois librement entreprendre de m'en dfaire4 ,et d'autant que j'esprois en pouvoir mieux venir bout en conversant avec les hommes qu'en demeurant plus longtemps renferm dans le pole o j'avois eu toutes ces penses1 l'hiver n'tait pas encore bien achev que je me remis voyager4 ,et en toutes les neuf annes suivantes je ne fis autre chose que rouler a et l dans le monde1 tchant d'y tre spectateur plutt qu'acteur en toutes les comdies qui s'y jouent2 et1 faisant particulirement rflexion en chaque matire sur ce qui la pouvoit rendre suspecte et nous donner occasion de nous mprendre1 je dracinois cependant de mon esprit toutes les erreurs qui s'y toient pu glisser auparavant4 ,non que j'imitasse pour cela les sceptiques1 qui ne doutent que pour douter1 et affectent d'tre toujours irrsolus2 car1 au contraire1 tout mon dessein ne tendoit qu' m'assurer1 et rejeter la terre mouvante et le sable pour trouver le roc ou l'argile4 ,ce qui me russissoit1 ce me semble1 assez bien1 d'autant que1 tchant dcouvrir la fausset ou l'incertitude des propositions que j'examinois1 non par de foibles conjectures1 mais par des raisonnements clairs et assurs1 je n'en rencontrois point de si douteuse que je n'en tirasse toujours quelque conclusion assez certaine1 quand ce n'et t que cela mme qu'elle ne contenoit rien de certain4 ,et1 comme1 en abattant un vieux logis1 on en rserve ordinairement les dmolitions pour servir en btir un nouveau1 ainsi1 en dtruisant toutes celles de mes opinions que je jugeois tre mal fondes1 je faisois diverses observations et acqurois plusieurs expriences qui m'ont servi depuis en tablir de plus certaines4 ,et de plus je continuois m'exercer en la mthode que je m'tois prescrite2 car1 outre que j'avois soin de conduire gnralement toutes mes penses selon les rgles1 je me rservois de temps en temps quelques heures1 que j'employois particulirement la pratiquer en des difficults de mathmatique1 ou mme aussi en quelques autres que je pouvois rendre quasi semblables celles des mathmatiques1 en les dtachant de tous les principes des autres sciences que je ne trouvois pas assez fermes1 comme vous verrez que j'ai fait en plusieurs qui sont expliques en ce volume#a4 ,et ainsi1 sans vivre d'autre faon en apparence que ceux qui1 n'ayant aucun emploi qu' passer une vie douce et innocente1 s'tudient sparer les plaisirs des vices1 et qui1 pour jouir de leur loisir sans s'ennuyer1 usent de tous les divertissements qui sont honntes1 je ne laissois pas de poursuivre en mon dessein et de profiter en la connoissance de la vrit1 peut-tre plus que si je n'eusse fait que lire des livres ou frquenter des gens de lettres4 ,toutefois ces neuf ans s'coulrent avant que j'eusse encore pris aucun parti touchant les difficults qui ont coutume d'tre disputes entre les doctes1 ni commenc chercher les fondements d'aucune philosophie plus certaine que la vulgaire4 ,et l'exemple de plusieurs excellents esprits1 qui en ayant eu ci-devant le dessein me sembloient n'y avoir pas russi1 m'y faisoit imaginer tant de difficult1 que je n'eusse peut-tre pas encore sitt os l'entreprendre1 si je n'eusse vu que quelques uns faisoient dj courre le bruit que j'en tois venu bout4 ,je ne saurois pas dire sur quoi ils fondoient cette opinion2 et si j'y ai contribu quelque chose par mes discours1 ce doit avoir t en confessant plus ingnument ce que j'ignorois1 que n'ont coutume de faire ceux qui ont un peu tudi1 et peut-tre aussi eu faisant voir les raisons que j'avois de douter de beaucoup de choses que les autres estiment certaines1 plutt qu'en me vantant d'aucune doctrine4 ,mais ayant le coeur assez bon pour ne vouloir point qu'on me prit pour autre que je n'tois1 je pensai qu'il falloit que je tchasse par tous moyens me rendre digne de la rputation qu'on me donnoit2 et il y a justement huit ans que ce dsir me fit rsoudre m'loigner de tous les lieux o je pouvois avoir des connoissances1 et me retirer ici1 en un pays o la longue dure de la guerre a fait tablir de tels ordres1 que les armes qu'on y entretient ne semblent servir qu' faire qu'on y jouisse des fruits de la paix avec d'autant plus de sret1 et o1 parmi la foule d'un grand peuple fort actif1 et plus soigneux de ses propres affaires que curieux de celles d'autrui1 sans manquer d'aucune des commodits qui sont dans les villes les plus frquentes1 j'ai pu vivre aussi solitaire et retir que dans les dserts les plus carts4 ,note #cc3 ,la ,dioptrique1 les ,mtores et la ,gomtrie parurent d'abord dans le mme volume que ce discours4 ,,quatri,,me ,,partie4 ,je ne sais si je dois vous entretenir des premires mditations que j'y ai faites2 car elles sont si mtaphysiques et si peu communes1 qu'elles ne seront peut-tre pas au got de tout le monde3 et toutefois1 afin qu'on puisse juger si les fondements que j'ai pris sont assez fermes1 je me trouve en quelque faon contraint d'en parler4 ,j'avois ds long-temps remarqu que pour les moeurs il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu'on sait tre fort incertaines1 tout de mme que si elles toient indubitables1 ainsi qu'il a t dit ci-dessus3 mais pource qu'alors je dsirois vaquer seulement la recherche de la vrit1 je pensai qu'il falloit que je fisse tout le contraire1 et que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrois imaginer le moindre doute1 afin de voir s'il ne resteroit point aprs cela quelque chose en ma crance qui ft entirement indubitable4 ,ainsi1 cause que nos sens nous trompent quelquefois1 je voulus supposer qu'il n'y avoit aucune chose qui ft telle qu'ils nous la font imaginer2 et parce qu'il y a des hommes qui se mprennent en raisonnant1 mme touchant les plus simples matires de gomtrie1 et y font des paralogismes1 jugeant que j'tois sujet faillir autant qu'aucun autre1 je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avois prises auparavant pour dmonstrations2 et enfin1 considrant que toutes les mmes penses que nous avons tant veills nous peuvent aussi venir quand nous dormons1 sans qu'il y en ait aucune pour lors qui soit vraie1 je me rsolus de feindre que toutes les choses qui m'toient jamais entres en l'esprit n'toient non plus vraies que les illusions de mes songes4 ,mais aussitt aprs je pris garde que1 pendant que je voulois ainsi penser que tout toit faux1 il falloit ncessairement que moi qui le pensois fusse quelque chose2 et remarquant que cette vrit1 je pense1 donc je suis1 toit si ferme et si assure1 que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'toient pas capables de l'branler1 je jugeai que je pouvois la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchois4 ,puis1 examinant avec attention ce que j'tois1 et voyant que je pouvois feindre que je n'avois aucun corps1 et qu'il n'y avoit aucun monde ni aucun lieu o je fusse2 mais que je ne pouvois pas feindre pour cela que je n'tois point2 et qu'au contraire de cela mme que je pensois douter de la vrit des autres choses1 il suivoit trs videmment et trs certainement que j'tois2 au lieu que si j'eusse seulement cess de penser1 encore que tout le reste de ce que j'avois jamais imagin et t vrai1 je n'avois aucune raison de croire que j'eusse t2 je connus de l que j'tois une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser1 et qui pour tre n'a besoin d'aucun lieu ni ne dpend d'aucune chose matrielle2 en sorte que ce moi1 c'est--dire l'me1 par laquelle je suis ce que je suis1 est entirement distincte du corps1 et mme qu'elle est plus aise connotre que lui1 et qu'encore qu'il ne ft point1 elle ne l'auroit pus d'tre tout ce qu'elle est4 ,aprs cela je considrai en gnral ce qui est requis une proposition pour tre vraie et certaine2 car puisque je venois d'en trouver une que je savois tre telle1 je pensai que je devois aussi savoir en quoi consiste cette certitude4 ,et ayant remarqu qu'il n'y a rien du tout en ceci1 je pense1 donc je suis1 qui m'assure que je dis la vrit1 sinon que je vois trs clairement que pour penser il faut tre1 je jugeai que je pouvois prendre pour rgle gnrale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies1 mais qu'il y a seulement quelque difficult bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement4 ,ensuite de quoi1 faisant rflexion sur ce que je doutois1 et que par consquent mon tre n'toit pas tout parfait1 car je voyois clairement que c'toit une plus grande perfection de connotre1 que de douter1 je m'avisai de chercher d'o j'avois appris penser quelque chose de plus parfait que je n'tois2 et je connus videmment que ce devoit tre de quelque nature qui ft en effet plus parfaite4 ,pour ce qui est des penses que j'avois de plusieurs autres choses hors de moi1 comme du ciel1 de la terre1 de la lumire1 de la chaleur1 et de mille autres1 je n'tois point tant en peine de savoir d'o elles venoient1 cause que1 ne remarquant rien en elles qui me semblt les rendre suprieures moi1 je pouvois croire que1 si elles toient vraies1 c'toient des dpendances de ma nature1 en tant qu'elle avoit quelque perfection1 et1 si elles ne l'toient pas1 que je les tenois du nant1 c'est--dire qu'elles toient en moi pource que j'avois du dfaut4 ,mais ce ne pouvoit tre le mme de l'ide d'un tre plus parfait que le mien3 car1 de la tenir du nant1 c'toit chose manifestement impossible3 et pource qu'il n'y a pas moins de rpugnance que le plus parfait soit une suite et une dpendance du moins parfait1 qu'il y en a que de rien procde quelque chose1 je ne la pouvois tenir non plus de moi-mme3 de faon qu'il restoit qu'elle et t mise en moi par une nature qui ft vritablement plus parfaite que je n'tois1 et mme qui et en soi toutes les perfections dont je pouvois avoir quelque ide1 c'est dire1 pour m'expliquer en un mot1 qui ft ,dieu4 ,a quoi j'ajoutai que1 puisque je connoissois quelques perfections que je n'avois point1 je n'tois pas le seul tre qui existt 7j'userai1 s'il vous plat1 ici librement des mots de l'cole72 mais qu'il falloit de ncessit1 qu'il y en et quelque autre plus parfait1 duquel je dpendisse1 et duquel j'eusse acquis tout ce que j'avois3 car1 si j'eusse t seul et indpendant de tout autre1 en sorte que j'eusse eu de moi-mme tout ce peu que je participois de l'tre parfait1 j'eusse pu avoir de moi1 par mme raison1 tout le surplus que je connoissois me manquer1 et ainsi tre moi-mme infini1 ternel1 immuable1 tout connoissant1 tout puissant1 et enfin avoir toutes les perfections que je pouvois remarquer tre en ,dieu4 ,car1 suivant les raisonnements que je viens de faire1 pour connotre la nature de ,dieu1 autant que la mienne en toit capable1 je n'avois qu' considrer1 de toutes les choses dont je trouvois en moi quelque ide1 si c'toit perfection ou non de les possder2 et j'tois assur qu'aucune de celles qui marquoient quelque imperfection n'toit en lui1 mais que toutes les autres y toient3 comme je voyois que le doute1 l'inconstance1 la tristesse1 et choses semblables1 n'y pouvoient tre1 vu que j'eusse t moi-mme bien ais d'en tre exempt4 ,puis1 outre cela1 j'avois des ides de plusieurs choses sensibles et corporelles2 car1 quoique je supposasse que je revois1 et que tout ce que je voyois ou imaginois toit faux1 je ne pouvois nier toutefois que les ides n'en fussent vritablement en ma pense4 ,mais pource que j'avois dj connu en moi trs clairement que la nature intelligente est distincte de la corporelle2 considrant que toute composition tmoigne de la dpendance1 et que la dpendance est manifestement un dfaut1 je jugeois de l que ce ne pouvoit tre une perfection en ,dieu d'tre compos de ces deux natures1 et que par consquent il ne l'toit pas2 mais que s'il y avoit quelques corps dans le monde1 ou bien quelques intelligences ou autres natures qui ne fussent point toutes parfaites1 leur tre devoit dpendre de sa puissance1 en telle sorte quelles ne pouvoient subsister sans lui un seul moment4 ,je voulus chercher aprs cela d'autres vrits2 et m'tant propos l'objet des gomtres1 que je concevois comme un corps continu1 ou un espace indfiniment tendu en longueur1 largeur et hauteur ou profondeur1 divisible en diverses parties1 qui pouvoient avoir diverses figures et grandeurs1 et tre mues ou transposes en toutes sortes1 car les gomtres supposent tout cela en leur objet1 je parcourus quelques unes de leurs plus simples dmonstrations2 et1 ayant pris garde que cette grande certitude1 que tout le monde leur attribue1 n'est fonde que sur ce qu'on les conoit videmment1 suivant la rgle que j'ai tantt dite1 je pris garde aussi qu'il n'y avoit rien du tout en elles qui m'assurt de l'existence de leur objet3 car1 par exemple1 je voyois bien que1 supposant un triangle1 il falloit que ses trois angles fussent gaux deux droits1 mais je ne voyois rien pour cela qui m'assurt qu'il y et au monde aucun triangle3 au lieu que1 revenant examiner l'ide que j'avois d'un tre parfait1 je trouvois que l'existence y toit comprise en mme faon qu'il est compris en celle d'un triangle que ses trois angles sont gaux deux droits1 ou en celle d'une sphre que toutes ses parties sont galement distantes de son centre1 ou mme encore plus videmment2 et que par consquent il est pour le moins aussi certain que ,dieu1 qui est cet tre si parfait1 est ou existe1 qu'aucune dmonstration de gomtrie le sauroit tre4 ,mais ce qui fait qu'il y en a plusieurs qui se persuadent qu'il y a de la difficult le connotre1 et mme aussi connotre ce que c'est que leur me1 c'est qu'ils n'lvent jamais leur esprit au-del des choses sensibles1 et qu'ils sont tellement accoutums ne rien considrer qu'en l'imaginant1 qui est une faon de penser particulire pour les choses matrielles1 que tout ce qui n'est pas imaginable1 leur semble n'tre pas intelligible4 ,ce qui est assez manifeste de ce que mme les philosophes tiennent pour maxime1 dans les coles1 qu'il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait premirement t dans le sens1 o toutefois il est certain que les ides de ,dieu et de l'me n'ont jamais t2 et il me semble que ceux qui veulent user de leur imagination pour les comprendre font tout de mme que si1 pour our les sons ou sentir les odeurs1 ils se vouloient servir de leurs yeux3 sinon qu'il y a encore cette diffrence1 que le sens de la vue ne nous assure pas moins de la vrit de ses objets que font ceux de l'odorat ou de l'oue2 au lieu que ni notre imagination ni nos sens ne nous sauroient jamais assurer d'aucune chose si notre entendement n'y intervient4 ,enfin1 s'il y a encore des hommes qui ne soient pas assez persuads de l'existence de ,dieu et de leur me par les raisons que j'ai apportes1 je veux bien qu'ils sachent que toutes les autres choses dont ils se pensent peut-tre plus assurs1 comme d'avoir un corps1 et qu'il y a des astres et une terre1 et choses semblables1 sont moins certaines2 car1 encore qu'on ait une assurance morale de ces choses1 qui est telle qu'il semble qu' moins d'tre extravagant on n'en peut douter1 toutefois aussi1 moins que d'tre draisonnable1 lorsqu'il est question d'une certitude mtaphysique1 on ne peut nier que ce ne soit assez de sujet pour n'en tre pas entirement assur1 que d'avoir pris garde qu'on peut en mme faon s'imaginer1 tant endormi1 qu'on a un autre corps1 et qu'on voit d'autres astres et une autre terre1 sans qu'il en soit rien4 ,car d'o sait-on que les penses qui viennent en songe sont plutt fausses que les autres1 vu que souvent elles ne sont pas moins vives et expresses8 ,et que les meilleurs esprits y tudient tant qu'il leur plaira1 je ne crois pas qu'ils puissent donner aucune raison qui soit suffisante pour ter ce doute1 s'ils ne prsupposent l'existence de ,dieu4 ,car1 premirement1 cela mme que j'ai tantt pris pour une rgle1 savoir que les choses que nous concevons trs clairement et trs distinctement sont toutes vraies1 n'est assur qu' cause que ,dieu est ou existe1 et qu'il est un tre parfait1 et que tout ce qui est en nous vient de lui3 d'o il suit que nos ides ou notions1 tant des choses relles et qui viennent de ,dieu1 en tout ce en quoi elles sont claires et distinctes1 ne peuvent en cela tre que vraies4 ,en sorte que si nous en avons assez souvent qui contiennent de la fausset1 ce ne peut tre que de celles qui ont quelque chose de confus et obscur1 cause qu'en cela elles participent du nant1 c'est--dire qu'elles ne sont en nous ainsi confuses qu' cause que nous ne sommes pas tout parfaits4 ,et il est vident qu'il n'y a pas moins de rpugnance que la fausset ou l'imperfection procde de ,dieu en tant que telle1 qu'il y en a que la vrit ou la perfection procde du nant4 ,mais si nous ne savions point que tout ce qui est en nous de rel et de vrai vient d'un tre parfait et infini1 pour claires et distinctes que fussent nos ides1 nous n'aurions aucune raison qui nous assurt qu'elles eussent la perfection d'tre vraies4 ,or1 aprs que la connoissance de ,dieu et de l'me nous a ainsi rendus certains de cette rgle1 il est bien ais connotre que les rveries que nous imaginons tant endormis ne doivent aucunement nous faire douter de la vrit des penses que nous avons tant veills4 ,car s'il arrivoit mme en dormant qu'on et quelque ide fort distincte1 comme1 par exemple1 qu'un gomtre inventt quelque nouvelle dmonstration1 son sommeil ne l'empcheroit pas d'tre vraie2 et pour l'erreur la plus ordinaire de nos songes1 qui consiste en ce qu'ils nous reprsentent divers objets en mme faon que font nos sens extrieurs1 n'importe pas qu'elle nous donne occasion de nous dfier de la vrit de telles ides1 cause qu'elles peuvent aussi nous tromper assez souvent sans que nous dormions2 comme lorsque ceux qui ont la jaunisse voient tout de couleur jaune1 ou que les astres ou autres corps fort loigns nous paroissent beaucoup plus petits qu'ils ne sont4 ,car enfin1 soit que nous veillions1 soit que nous dormions1 nous ne nous devons jamais laisser persuader qu' l'vidence de notre raison4 ,et il est remarquer que je dis de notre raison1 et non point de notre imagination ni de nos sens3 comme encore que nous voyions le soleil trs clairement1 nous ne devons pas juger pour cela qu'il ne soit que de la grandeur que nous le voyons2 et nous pouvons bien imaginer distinctement une tte de lion ente sur le corps d'une chvre1 sans qu'il faille conclure pour cela qu'il y ait au monde une chimre3 car la raison ne nous dicte point que ce que nous voyons ou imaginons ainsi soit vritable2 mais elle nous dicte bien que toutes nos ides ou notions doivent avoir quelque fondement de vrit2 car il ne seroit pas possible que ,dieu1 qui est tout parfait et tout vritable1 les et mises en nous sans cela2 et1 pource que nos raisonnements ne sont jamais si vidents ni si entiers pendant le sommeil que pendant la veille1 bien que quelquefois nos imaginations soient alors autant ou plus vives et expresses1 elle nous dicte aussi que nos penses ne pouvant tre toutes vraies1 cause que nous ne sommes pas tout parfaits1 ce qu'elles ont de vrit doit infailliblement se rencontrer en celles que nous avons tant veills plutt qu'en nos songes4 ,,cinqui,,me ,,partie4 ,je serois bien aise de poursuivre1 et de faire voir ici toute la chane des autres vrits que j'ai dduites de ces premires2 mais1 cause que pour cet effet il seroit maintenant besoin que je parlasse de plusieurs questions qui sont en controverse entre les doctes1 avec lesquels je ne dsire point me brouiller1 je crois qu'il sera mieux que je m'en abstienne1 et que je dise seulement en gnral quelles elles sont1 afin de laisser juger aux plus sages s'il serait utile que le public en ft plus particulirement inform4 ,je suis toujours demeur ferme en la rsolution que j'avois prise de ne supposer aucun autre principe que celui dont je viens de me servir pour dmontrer l'existence de ,dieu et de l'me1 et de ne recevoir aucune chose pour vraie qui ne me semblt plus claire et plus certaine que n'avoient fait auparavant les dmonstrations des gomtres2 et nanmoins j'ose dire que non seulement j'ai trouv moyen de me satisfaire en peu de temps touchant toutes les principales difficults dont on a coutume de traiter en la philosophie1 mais aussi que j'ai remarqu certaines lois que ,dieu a tellement tablies en la nature1 et dont il a imprim de telles notions en nos mes1 qu'aprs y avoir fait assez de rflexion nous ne saurions douter qu'elles ne soient exactement observes en tout ce qui est ou qui se fait dans le monde4 ,puis1 en considrant la suite de ces lois1 il me semble avoir dcouvert plusieurs vrits plus utiles et plus importantes que tout ce que j'avois appris auparavant ou mme espr d'apprendre4 ,mais1 pour ce que j'ai tch d'en expliquer les principales dans un trait que quelques considrations m'empchent de publier1 je ne les saurois mieux faire connotre qu'en disant ici sommairement ce qu'il contient4 ,j'ai eu dessein d'y comprendre tout ce que je pensois savoir1 avant que de rcrire1 touchant la nature des choses matrielles4 ,mais1 tout de mme que les peintres1 ne pouvant galement bien reprsenter dans un tableau plat toutes les diverses faces d'un corps solide1 en choisissent une des principales1 qu'ils mettent seule vers le jour1 et1 ombrageant les autres1 ne les font parotre qu'autant qu'on les peut voir en la regardant2 ainsi1 craignant de ne pouvoir mettre en mon discours tout ce que j'avois eu la pense1 j'entrepris seulement d'y exposer bien amplement ce que je concevois de la lumire2 puis1 son occasion1 d'y ajouter quelque chose du soleil et des toiles fixes1 cause qu'elle en procde presque toute2 des cieux1 cause qu'ils la transmettent2 des plantes1 des comtes et de la terre1 cause qu'elles la font rflchir2 et en particulier de tous les corps qui sont sur la terre1 cause qu'ils sont ou colors1 ou transparents1 ou lumineux2 et enfin de l'homme1 cause qu'il en est le spectateur4 ,mme1 pour ombrager un peu toutes ces choses1 et pouvoir dire plus librement ce que j'en jugeois1 sans tre oblig de suivre ni de rfuter les opinions qui sont reues entre les doctes1 je me rsolus de laisser tout ce monde ici leurs disputes1 et de parler seulement de ce qui arriveroit dans un nouveau1 si ,dieu croit maintenant quelque part1 dans les espaces imaginaires1 assez de matire pour le composer1 et qu'il agitt diversement et sans ordre les diverses parties de cette matire1 en sorte qu'il en compost un chaos aussi confus que les potes en puissent feindre1 et que par aprs il ne ft autre chose que prter son concours ordinaire la nature1 et la laisser agir suivant les lois qu'il a tablies4 ,ainsi1 premirement1 je dcrivis cette matire1 et tchai de la reprsenter telle qu'il n'y a rien au monde1 ce me semble1 de plus clair ni plus intelligible1 except ce qui a tantt t dit dit de ,dieu et de l'me2 car mme je supposai expressment qu'il n'y avoit en elle aucune de ces formes ou qualits dont on dispute dans les coles1 ni gnralement aucune chose dont la connoissance ne fut si naturelle nos mes qu'on ne pt pas mme feindre de l'ignorer4 ,de plus1 je fis voir quelles toient les lois de la nature2 et1 sans appuyer mes raisons sur aucun autre principe que sur les perfections infinies de ,dieu1 je tchai dmontrer toutes celles dont on et pu avoir quelque doute1 et faire voir qu'elles sont telles qu'encore que ,dieu auroit cr plusieurs mondes1 il n'y en sauroit avoir aucun o elles manquassent d'tre observes4 ,aprs cela1 je montrai comment la plus grande part de la matire de ce chaos devoit1 en suite de ces lois1 se disposer et s'arranger d'une certaine faon qui la rendoit semblable nos cieux2 comment cependant quelques unes de ses parties dvoient composer une terre et quelques unes des plantes et des comtes1 et quelques autres un soleil et des toiles fixes4 ,et ici1 m'tendant sur le sujet de la lumire1 j'expliquai bien au long quelle toit celle qui se devoit trouver dans le soleil et les toiles1 et comment de l elle traversait en un instant les immenses espaces des cieux1 et comment elle se rflchissoit des plantes et des comtes vers la terre4 ,j'y ajoutai aussi plusieurs choses touchant la substance1 la situation1 les mouvements1 et toutes les diverses qualits de ces cieux et de ces astres2 en sorte que je pensois en dire assez pour faire connotre qu'il ne se remarque rien en ceux de ce monde qui ne dt ou du moins qui ne put parotre tout semblable en ceux du monde que je dcrivois4 ,de l je vins parler particulirement de la terre3 comment1 encore que j'eusse expressment suppos que ,dieu n'avoit mis aucune pesanteur en la matire dont elle toit compose1 toutes ses parties ne laissoient pas de tendre exactement vers son centre2 comment1 y ayant de l'eau et de l'air sur sa superficie1 la disposition des cieux et des astres1 principalement de la lune1 y devoit causer un flux et reflux qui ft semblable en toutes ses circonstances celui qui se remarque dans nos mers1 et outre cela un certain cours tant de l'eau que de l'air1 du levant vers le couchant1 tel qu'on le remarque aussi entre les tropiques2 comment les montagnes1 les mers1 les fontaines et les rivires pouvoient naturellement s'y former1 et les mtaux y venir dans les mines1 et les plantes y crotre dans les campagnes1 et gnralement tous les corps qu'on nomme mls ou composs s'y engendrer3 et1 entre autres choses1 cause qu'aprs les astres je ne connois rien au monde que le feu qui produise de la lumire1 je m'tudiai faire entendre bien clairement tout ce qui appartient sa nature1 comment il se fait1 comment il se nourrit1 comment il n'a quelquefois que de la chaleur sans lumire1 et quelquefois que de la lumire sans chaleur2 comment il peut introduire diverses couleurs en divers corps1 et diverses autres qualits2 comment il en fond quelques uns et en durcit d'autres2 comment il les peut consumer presque tous ou convertir en cendres et en fume2 et enfin comment de ces cendres1 par la seule violence de son action1 il forme du verre2 car cette transmutation de cendres en verre me semblant tre aussi admirable qu'aucune autre qui se fasse en la nature1 je pris particulirement plaisir la dcrire4 ,toutefois je ne voulois pas infrer de toutes ces choses que ce monde ait t cr en la faon que je proposois2 car il est bien plus vraisemblable que ds le commencement ,dieu l'a rendu tel qu'il devoit tre4 ,mais il est certain1 et c'est une opinion communment reue entre les thologiens1 que l'action par laquelle maintenant il le conserve1 est toute la mme que celle par laquelle il l'a cr2 de faon qu'encore qu'il ne lui aurait point donn au commencement d'autre forme que celle du chaos1 pourvu qu'ayant tabli les lois de la nature1 il lui prtt son concours pour agir ainsi qu'elle a de coutume1 ou peut croire1 sans faire tort au miracle de la cration1 que par cela seul toutes les choses qui sont purement matrielles auroient pu avec le temps s'y rendre telles que nous les voyons prsent2 et leur nature est bien plus aise concevoir1 lorsqu'on les voit natre peu peu en cette sorte1 que lorsqu'on ne les considre que toutes faites4 ,de la description des corps inanims et des plantes1 je passai celle des animaux1 et particulirement celle des hommes4 ,mais pour ce que je n'en avois pas encore assez de connoissance pour en parler du mme style que du reste1 c'est--dire en dmontrant les effets par les causes1 et faisant voir de quelles semences et en quelle faon la nature les doit produire1 je me contentai de supposer que ,dieu formt le corps d'un homme entirement semblable l'un des ntres1 tant en la figure extrieure de ses membres1 qu'en la conformation intrieure de ses organes1 sans le composer d'autre matire que de celle que j'avois dcrite1 et sans mettre en lui au commencement aucune me raisonnable1 ni aucune autre chose pour y servir d'me vgtante ou sensitive1 sinon qu'il excitt en son coeur un de ces feux sans lumire que j'avois dj expliqus1 et que je ne concevois point d'autre nature que celui qui chauffe le foin lorsqu'on l'a renferm avant qu'il ft sec1 ou qui fait bouillir les vins nouveaux lorsqu'on les laisse cuver sur la rpe3 car1 examinant les fonctions qui pouvoient en suite de cela tre en ce corps1 j'y trouvois exactement toutes celles qui peuvent tre en nous sans que nous y pensions1 ni par consquent que notre me1 c'est--dire cette partie distincte du corps dont il a t dit ci-dessus que la nature n'est que de penser1 y contribue1 et qui sont toutes les mmes en quoi on peut dire que les animaux sans raison nous ressemblent2 sans que j'y en pusse pour cela trouver aucune de celles qui1 tant dpendantes de la pense1 sont les seules qui nous appartiennent1 en tant qu'hommes2 au lieu que je les y trouvois toutes par aprs1 ayant suppos que ,dieu crt une me raisonnable1 et qu'il la joignt ce corps en certaine faon que je dcrivois4 ,mais afin qu'on puisse voir en quelle sorte j'y traitais cette matire1 je veux mettre ici l'explication du mouvement du coeur et des artres1 qui tant le premier et le plus gnral qu'on observe dans les animaux1 on jugera facilement de lui ce qu'on doit penser de tous les autres4 ,et afin qu'on ait moins de difficult entendre ce que j'en dirai1 je voudrois que ceux qui ne sont point verss en l'anatomie prissent la peine1 avant que de lire ceci1 de faire couper devant eux le coeur de quelque grand animal qui ait des poumons1 car il est en tous assez semblable celui de l'homme1 et qu'ils se fissent montrer les deux chambres ou concavits qui y sont3 premirement celle qui est dans son ct droit1 laquelle rpondent deux tuyaux fort larges2 savoir1 la veine cave1 qui est le principal rceptacle du sang1 et comme le tronc de l'arbre dont toutes les autres veines du corps sont les branches2 et la veine artrieuse1 qui a t ainsi mal nomme1 pource que c'est en effet une artre1 laquelle1 prenant son origine du coeur1 se divise1 aprs en tre sortie1 en plusieurs branches qui vont se rpandre partout dans les poumons3 puis celle qui est dans son ct gauche1 laquelle rpondent en mme faon deux tuyaux qui sont autant1 ou plus larges que les prcdents2 savoir1 l'artre veineuse1 qui a t aussi mal nomme1 cause qu'elle n'est autre chose qu'une veine1 laquelle vient des poumons1 o elle est divise en plusieurs branches entrelaces avec celles de la veine artrieuse1 et celles de ce conduit qu'on nomme le sifflet1 par o entre l'air de la respiration2 et la grande artre qui1 sortant du coeur1 envoie ses branches partout le corps4 ,je voudrois aussi qu'on leur montrt soigneusement les onze petites peaux qui1 comme autant de petites portes1 ouvrent et ferment les quatre ouvertures qui sont en ces deux concavits2 savoir1 trois l'entre de la veine cave1 o elles sont tellement disposes qu'elles ne peuvent aucunement empcher que le sang qu'elle contient ne coule dans la concavit droite du coeur1 et toutefois empchent exactement qu'il n'en puisse sortir2 trois l'entre de la veine artrieuse1 qui1 tant disposes tout au contraire1 permettent bien au sang qui est dans cette concavit de passer dans les poumons1 mais non pas celui qui est dans les poumons d'y retourner2 et ainsi deux autres l'entre de l'artre veineuse1 qui laissent couler le sang des poumons vers la concavit gauche du coeur1 mais s'opposent son retour2 et trois l'entre de la grande artre1 qui lui permettent de sortir du coeur1 mais l'empchent d'y retourner3 et il n'est point besoin de chercher d'autre raison du nombre de ces peaux1 sinon que l'ouverture de l'artre veineuse tant en ovale1 cause du lieu o elle se rencontre1 peut tre commodment ferme avec deux1 au lieu que les autres tant rondes1 le peuvent mieux tre avec trois4 ,de plus1 je voudrois qu'on leur ft considrer que la grande artre et la veine artrieuse sont d'une composition beaucoup plus dure et plus ferme que ne sont l'artre veineuse et la veine cave2 et que ces deux dernires s'largissent avant que d'entrer dans le coeur1 et y font comme deux bourses1 nommes les oreilles du coeur1 qui sont composes d'une chair semblable la sienne2 et qu'il y a toujours plus de chaleur dans le coeur qu'en aucun autre endroit du corps2 et enfin que cette chaleur est capable de faire que1 s'il entre quelque goutte de sang en ses concavits1 elle s'enfle promptement et se dilate1 ainsi que font gnralement toutes les liqueurs1 lorsqu'on les laisse tomber goutte goutte en quelque vaisseau qui est fort chaud4 ,car1 aprs cela1 je n'ai besoin de dire autre chose pour expliquer le mouvement du coeur1 sinon que lorsque ses concavits ne sont pas pleines de sang1 il y en coule ncessairement de la veine cave dans la droite et de l'artre veineuse dans la gauche1 d'autant que ces deux vaisseaux en sont toujours pleins1 et que leurs ouvertures1 qui regardent vers le coeur1 ne peuvent alors tre bouches2 mais que sitt qu'il est entr ainsi deux gouttes de sang1 une en chacune de ses concavits1 ces gouttes1 qui ne peuvent tre que fort grosses1 cause que les ouvertures par o elles entrent sont fort larges et les vaisseaux d'o elles viennent fort pleins de sang1 se rarfient et se dilatent1 cause de la chaleur qu'elles y trouvent2 au moyen de quoi1 faisant enfler tout le coeur1 elles poussent et ferment les cinq petites portes qui sont aux entres des deux vaisseaux d'o elles viennent1 empchant ainsi qu'il ne descende davantage de sang dans le coeur2 et1 continuant se rarfier de plus en plus1 elles poussent et ouvrent les six autres petites portes qui sont aux entres des deux autres vaisseaux par o elles sortent1 faisant enfler par ce moyen toutes les branches de la veine artrieuse et de la grande artre1 quasi au mme instant que le coeur2 lequel incontinent aprs se dsenfle1 comme font aussi ces artres1 cause que le sang qui y est entr s'y refroidit2 et leurs six petites portes se referment1 et les cinq de la veine cave et de l'artre veineuse se rouvrent1 et donnent passage deux autres gouttes de sang1 qui font derechef enfler le coeur et les artres1 tout de mme que les prcdentes4 ,et pource que le sang qui entre ainsi dans le coeur passe par ces deux bourses qu'on nomme ses oreilles1 de l vient que leur mouvement est contraire au sien1 et qu'elles se dsenflent lorsqu'il s'enfle4 ,au reste1 afin que ceux qui ne connoissent pas la force des dmonstrations mathmatiques1 et ne sont pas accoutums distinguer les vraies raisons des vraisemblables1 ne se hasardent pas de nier ceci sans l'examiner1 je les veux avertir que ce mouvement que je viens d'expliquer suit aussi ncessairement de la seule disposition des organes qu'on peut voir l'oeil dans le coeur1 et de la chaleur qu'on y peut sentir avec les doigts1 et de la nature du sang qu'on peut connotre par exprience1 que fait celui d'un horloge1 de la force1 de la situation et de la figure de ses contre-poids et de ses roues4 ,mais si on demande comment le sang des veines ne s'puise point1 en coulant ainsi continuellement dans le coeur1 et comment les artres n'en sont point trop remplies1 puisque tout celui qui passe par le coeur s'y va rendre1 je n'ai pas besoin d'y rpondre autre chose que ce qui a dj t crit par un mdecin d',angleterre #a1 auquel il faut donner la louange d'avoir rompu la glace en cet endroit1 et d'tre le premier qui a enseign qu'il y a plusieurs petits passages aux extrmits des artres1 par o le sang qu'elles reoivent du coeur entre dans les petites branches des veines1 d'o il va se rendre derechef vers le coeur2 en sorte que son cours n'est autre chose qu'une circulation perptuelle4 ,ce qu'il prouve fort bien par l'exprience ordinaire des chirurgiens1 qui1 ayant li le bras mdiocrement fort1 au-dessus de l'endroit o ils ouvrent la veine1 font que le sang en sort plus abondamment que s'ils ne l'avoient point li2 et il arriveroit tout le contraire s'ils le lioient au-dessous entre la main et l'ouverture1 ou bien qu'ils le liassent trs fort au-dessus4 ,car il est manifeste que le lien1 mdiocrement serr1 pouvant empcher que le sang qui est dj dans le bras ne retourne vers le coeur par les veines1 n'empche pas pour cela qu'il n'y en vienne toujours de nouveau par les artres1 cause qu'elles sont situes au-dessous des veines1 et que leurs peaux1 tant plus dures1 sont moins aises presser2 et aussi que le sang qui vient du coeur tend avec plus de force passer par elles vers la main1 qu'il ne fait retourner de l vers le coeur par les veines2 et puisque ce sang sort du bras par l'ouverture qui est en l'une des veines1 il doit ncessairement y avoir quelques passages au-dessous du lieu1 c'est--dire vers les extrmits du bras1 par o il y puisse venir des artres4 ,il prouve aussi fort bien ce qu'il dit du cours du sang1 par certaines petites peaux1 qui sont tellement disposes en divers lieux le long des veines1 qu'elles ne lui permettent point d'y passer du milieu du corps vers les extrmits1 mais seulement de retourner des extrmits vers le coeur2 et de plus par l'exprience qui montre que tout celui qui est dans le corps en peut sortir en fort peu de temps par une seule artre lorsqu'elle est coupe1 encore mme qu'elle ft troitement lie fort proche du coeur1 et coupe entre lui et le lien1 en sorte qu'on n'et aucun sujet d'imaginer que le sang qui en sortiroit vnt d'ailleurs4 ,note #cd3 ,hervaeus1 de motu cordis4 ,mais il y n plusieurs autres choses qui tmoignent que la vraie cause de ce mouvement du sang est celle que j'ai dite4 ,comme1 premirement1 la diffrence qu'on remarque entre celui qui sort des veines et celui qui sort des artres ne peut procder que de ce qu'tant rarfi et comme distill en passant par le coeur1 il est plus subtil et plus vif et plus chaud incontinent aprs en tre sorti1 c'est--dire tant dans les artres1 qu'il n'est un peu devant que d'y entrer1 c'est--dire tant dans les veines4 ,et si on y prend garde1 on trouvera que cette diffrence ne parat bien que vers le coeur1 et non point tant aux lieux qui en sont les plus loigns4 ,puis1 la duret des peaux dont la veine artrieuse et la grande artre sont composes montre assez que le sang bat contre elles avec plus de force que contre les veines4 ,et pourquoi la concavit gauche du coeur et la grande artre seroient-elles plus amples et plus larges que la concavit droite et la veine artrieuse1 si ce n'toit que le sang de l'artre veineuse1 n'ayant t que dans les poumons depuis qu'il a pass par le coeur1 est plus subtil et se rarfie plus fort et plus aisment que celui qui vient immdiatement de la veine cave8 ,et qu'est-ce que les mdecins peuvent deviner en ttant le pouls1 s'ils ne savent que1 selon que le sang change de nature1 il peut tre rarfi par la chaleur du coeur plus ou moins fort1 et plus ou moins vile qu'auparavant8 ,et si ou examine comment cette chaleur se communique aux autres membres1 ne faut-il pas avouer que c'est par le moyen du sang1 qui1 passant par le coeur1 s'y rchauffe1 et se rpand de l par tout le corps3 d'o vient que si on te le sang de quelque partie1 on en te par mme moyen la chaleur2 et encore que le coeur ft aussi ardent qu'un fer embras1 il ne suffiroit pas pour rchauffer les pieds et les mains tant qu'il fait1 s'il n'y envoyoit continuellement de nouveau sang4 ,puis aussi on connot de l que le vrai usage de la respiration est d'apporter assez d'air frais dans le poumon pour faire que le sang qui y vient de la concavit droite du coeur1 o il a t rarfi et comme chang en vapeurs1 s'y paississe et convertisse en sang derechef1 avant que de retomber dans la gauche1 sans quoi il ne pourrait tre propre servir de nourriture au feu qui y est2 ce qui se confirme parce qu'on voit que les animaux qui n'ont point de poumons n'ont aussi qu'une seule concavit dans le coeur1 et que les enfants1 qui n'en peuvent user pendant qu'ils sont renferms au ventre de leurs mres1 ont une ouverture par o il coule du sang de la veine cave en la concavit gauche du coeur1 et un conduit par o il en vient de la veine artrieuse en la grande artre1 sans passer par le poumon4 ,puis la coction comment se feroit-elle en l'estomac1 si le coeur n'y envoyoit de la chaleur par les artres1 et avec cela quelques unes des plus coulantes parties du sang1 qui aident dissoudre les viandes qu'on y a mises8 ,et l'action qui convertit le suc de ces viandes en sang n'est-elle pas aise connotre1 si on considre qu'il se distille1 en passant et repassant par le coeur1 peut-tre plus de cent ou deux cents fois en chaque jour8 ,et qu'a-t-on besoin d'autre chose pour expliquer la nutrition et la production des diverses humeurs qui sont dans le corps1 sinon de dire que la force dont le sang1 en se rarfiant1 passe du coeur vers les extrmits des artres1 fait que quelques unes de ses parties s'arrtent entre celles des membres o elles se trouvent1 et y prennent la place de quelques autres qu'elles en chassent1 et que1 selon la situation ou la figure ou la petitesse des pores qu'elles rencontrent1 les unes se vont rendre en certains lieux plutt que les autres1 en mme faon que chacun peut avoir vu divers cribles1 qui1 tant diversement percs1 servent sparer divers grains les uns des autres8 ,et enfin1 ce qu'il y a de plus remarquable en tout ceci1 c'est la gnration des esprits animaux1 qui sont comme un vent trs subtil1 ou plutt comme une flamme trs pure et trs vive1 qui1 montant continuellement eu grande abondance du coeur dans le cerveau1 se va rendre1 de l par les nerfs dans les muscles1 et donne le mouvement tous les membres2 sans qu'il faille imaginer d'autre cause qui fasse que les parties du sang qui1 tant les plus agites et les plus pntrantes1 sont les plus propres composer ces esprits1 se vont rendre plutt vers le cerveau que vers ailleurs1 sinon que les artres qui les y portent sont celles qui viennent du coeur le plus en ligne droite de toutes1 et que1 selon les rgles des mcaniques1 qui sont les mmes que celles de la nature1 lorsque plusieurs choses tendent ensemble se mouvoir vers un mme ct o il n'y a pas assez de place pour toutes1 ainsi que les parties du sang qui sortent de la concavit gauche du coeur tendent vers le cerveau1 les plus foibles et moins agites en doivent tre dtournes par les plus fortes1 qui par ce moyen s'y vont rendre seules4 ,j'avois expliqu assez particulirement toutes ces choses dans le trait que j'avois eu ci-devant dessein de publier4 ,et ensuite j'y avois montr quelle doit tre la fabrique des nerfs et des muscles du corps humain1 pour faire que les esprits animaux tant dedans aient la force de mouvoir ses membres1 ainsi qu'on voit que les ttes1 un peu aprs tre coupes1 se remuent encore et mordent la terre nonobstant qu'elles ne soient plus animes2 quels changements se doivent faire dans le cerveau pour causer la veille1 et le sommeil1 et les songes2 comment la lumire1 les sons1 les odeurs1 les gots1 la chaleur1 et toutes les autres qualits des objets extrieurs y peuvent imprimer diverses ides1 par l'entremise des sens2 comment la faim1 la soif1 et les autres passions intrieures y peuvent aussi envoyer les leurs2 ce qui doit y tre pris pour le sens commun o ces ides sont reues1 pour la mmoire qui les conserve1 et pour la fantaisie qui les peut diversement changer et en composer de nouvelles1 et1 par mme moyen1 distribuant les esprits animaux dans les muscles1 faire mouvoir les membres de ce corps en autant de diverses faons1 et autant propos des objets qui se prsentent ses sens et des passions intrieures qui sont en lui1 que les ntres se puissent mouvoir sans que la volont les conduise3 ce qui ne semblera nullement trange ceux qui1 sachant combien de divers automates ou machines mouvantes1 l'industrie des hommes peut faire1 sans y employer que fort peu de pices1 comparaison de la grande multitude des os1 des muscles1 des nerfs1 des artres1 des veines1 et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal1 considreront ce corps comme une machine1 qui1 ayant t faite des mains de ,dieu1 est incomparablement mieux ordonne et a en soi des mouvements plus admirables qu'aucune de celles qui peuvent tre inventes par les hommes4 ,et je m'tois ici particulirement arrt faire voir que s'il y avoit de telles machines qui eussent les organes et la figure extrieure d'un singe ou de quelque autre animal sans raison1 nous n'aurions aucun moyen pour reconnotre qu'elles ne seraient pas en tout de mme nature que ces animaux2 au lieu que s'il y en avoit qui eussent la ressemblance de nos corps1 et imitassent autant nos actions que moralement il seroit possible1 nous aurions toujours deux moyens trs certains pour reconnotre qu'elles ne seroient point pour cela de vrais hommes3 dont le premier est que jamais elles ne pourroient user de paroles ni d'autres signes en les composant1 comme nous faisons pour dclarer aux autres nos penses3 car on peut bien concevoir qu'une machine soit tellement faite qu'elle profre des paroles1 et mme quelle en profre quelques unes propos des actions corporelles qui causeront quelque changement en ses organes1 comme1 si on la touche en quelque endroit1 qu'elle demande ce qu'on lui veut dire2 si en un autre1 qu'elle crie qu'on lui fait mal1 et choses semblables2 mais non pas qu'elle les arrange diversement pour rpondre au sens de tout ce qui se dira en sa prsence1 ainsi que les hommes les plus hbts peuvent faire4 ,et le second est que1 bien qu'elles fissent plusieurs choses aussi bien ou peut-tre mieux qu'aucun de nous1 elles manqueroient infailliblement en quelques autres1 par lesquelles on dcouvrirait qu'elles n'agiraient pas par connoissance1 mais seulement par la disposition de leurs organes3 car1 au lieu que la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres1 ces organes ont besoin de quelque particulire disposition pour chaque action particulire2 d'o vient qu'il est moralement impossible qu'il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie de mme faon que notre raison nous fait agir4 ,or1 par ces deux mmes moyens1 on peut aussi connotre la diffrence qui est entre les hommes et les btes4 ,car c'est une chose bien remarquable qu'il n'y a point d'hommes si hbts et si stupides1 sans en excepter mme les insenss1 qu'ils ne soient capables d'arranger ensemble diverses paroles1 et d'en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs penses2 et qu'au contraire il n'y a point d'autre animal1 tant parfait et tant heureusement n qu'il puisse tre1 qui fasse le semblable4 ,ce qui n'arrive pas de ce qu'ils ont faute d'organes3 car on voit que les pies et les perroquets peuvent profrer des paroles ainsi que nous1 et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous1 c'est--dire en tmoignant qu'ils pensent ce qu'ils disent2 au lieu que les hommes qui tant ns sourds et muets sont privs des organes qui servent aux autres pour parler1 autant ou plus que les btes1 ont coutume d'inventer d'eux-mmes quelques signes1 par lesquels ils se font entendre ceux qui tant ordinairement avec eux ont loisir d'apprendre leur langue4 ,et ceci ne tmoigne pas seulement que les btes ont moins de raison que les hommes1 mais qu'elles n'en ont point du tout3 car on voit qu'il n'en faut que fort peu pour savoir parler2 et d'autant qu'on remarque de l'ingalit entre les animaux d'une mme espce1 aussi bien qu'entre les hommes1 et que les uns sont plus aiss dresser que les autres1 il n'est pas croyable qu'un singe ou un perroquet qui seroit des plus parfaits de son espce n'galt en cela un enfant des plus stupides1 ou du moins un enfant qui auroit le cerveau troubl1 si leur me n'toit d'une nature toute diffrente de la ntre4 ,et on ne doit pas confondre les paroles avec les mouvements naturels1 qui tmoignent les passions1 et peuvent tre imits par des machines aussi bien que par les animaux2 ni penser1 comme quelques anciens1 que les btes parlent1 bien que nous n'entendions pas leur langage4 ,car s'il toit vrai1 puisqu'elles ont plusieurs organes qui se rapportent aux ntres1 elles pourroient aussi bien se faire entendre nous qu' leurs semblables4 ,c'est aussi une chose fort remarquable que1 bien qu'il y ait plusieurs animaux qui tmoignent plus d'industrie que nous en quelques unes de leurs actions1 on voit toutefois que les mmes n'en tmoignent point du tout en beaucoup d'autres3 de faon que ce qu'ils font mieux que nous ne prouve pas qu'ils ont de l'esprit1 car ce compte ils en auroient plus qu'aucun de nous et feroient mieux en toute autre chose2 mais plutt qu'ils n'en ont point1 et que c'est la nature qui agit en eux selon la disposition de leurs organes3 ainsi qu'on voit qu'un horloge1 qui n'est compos que de roues et de ressorts1 peut compter les heures et mesurer le temps plus justement que nous avec toute notre prudence4 ,j'avois dcrit aprs cela l'me raisonnable1 et fait voir qu'elle ne peut aucunement tre tire de la puissance de la matire1 ainsi que les autres choses dont j'avois parl1 mais qu'elle doit expressment tre cre2 et comment il ne suffit pas qu'elle soit loge dans le corps humain1 ainsi qu'un pilote en son navire1 sinon peut-tre pour mouvoir ses membres1 mais qu'il est besoin qu'elle soit jointe et unie plus troitement avec lui1 pour avoir outre cela des sentiments et des apptits semblables aux ntres1 et ainsi composer un vrai homme4 ,au reste1 je me suis ici un peu tendu sur le sujet de l'me1 cause qu'il est des plus importants3 car1 aprs l'erreur de ceux qui nient ,dieu1 laquelle je pense avoir ci-dessus assez rfute1 il n'y en a point qui loigne plutt les esprits foibles du droit chemin de la vertu1 que d'imaginer que l'me des btes soit de mme nature que la ntre1 et que par consquent nous n'avons rien craindre ni esprer aprs cette vie1 non plus que les mouches et les fourmis2 au lieu que lorsqu'on sait combien elles diffrent1 on comprend beaucoup mieux les raisons qui prouvent que la ntre est d'une nature entirement indpendante du corps1 et par consquent qu'elle n'est point sujette mourir avec lui2 puis1 d'autant qu'on ne voit point d'autres causes qui la dtruisent1 on est naturellement port juger de l qu'elle est immortelle4 ,,sixi,,me ,,partie4 ,or il y a maintenant trois ans que j'tois parvenu la fin du trait qui contient toutes ces choses1 et que je commenois le revoir afin de le mettre entre les mains d'un imprimeur1 lorsque j'appris que des personnes qui je dfre1 et dont l'autorit ne peut gure moins sur mes actions que ma propre raison sur mes penses1 avoient dsapprouv une opinion de physique publie un peu auparavant par quelque autre1 de laquelle je ne veux pas dire que je fusse1 mais bien que je n'y avois rien remarqu avant leur censure que je pusse imaginer tre prjudiciable ni la religion ni l'tat1 ni par consquent qui m'et empch de l'crire si la raison me l'et persuade2 et que cela me fit craindre qu'il ne s'en trouvt tout de mme quelqu'une entre les miennes en laquelle je me fusse mpris1 nonobstant le grand soin que j'ai toujours eu de n'en point recevoir de nouvelles en ma crance dont je n'eusse des dmonstrations trs certaines1 et de n'en point crire qui pussent tourner au dsavantage de personne4 ,ce qui a t suffisant pour m'obliger changer la rsolution que j'avois eue de les publier2 car1 encore que les raisons pour lesquelles je l'avois prise auparavant fussent trs fortes1 mon inclination1 qui m'a toujours fait har le mtier de faire des livres1 m'en fit incontinent trouver assez d'autres pour m'en excuser4 ,et ces raisons de part et d'autre sont telles1 que non seulement j'ai ici quelque intrt de les dire1 mais peut-tre aussi que le public en a de les savoir4 ,je n'ai jamais fait beaucoup d'tat des choses qui venoient de mon esprit2 et pendant que je n'ai recueilli d'autres fruits de la mthode dont je me sers1 sinon que je me suis satisfait touchant quelques difficults qui appartiennent aux sciences spculatives1 ou bien que j'ai tch de rgler mes moeurs par les raisons qu'elle m'enseignoit1 je n'ai point cru tre oblig d'en rien crire4 ,car1 pour ce qui touche les moeurs1 chacun abonde si fort en son sens1 qu'il se pourrait trouver autant de rformateurs que de ttes1 s'il toit permis d'autres qu' ceux que ,dieu a tablis pour souverains sur ses peuples1 ou bien auxquels il a donn assez de grce et de zle pour tre prophtes1 d'entreprendre d'y rien changer2 et1 bien que mes spculations me plussent fort1 j'ai cru que les autres en avoient aussi qui leur plaisoient peut-tre davantage4 ,mais1 sitt que j'ai eu acquis quelques notions gnrales touchant la physique1 et que1 commenant les prouver en diverses difficults particulires1 j'ai remarqu jusques o elles peuvent conduire1 et combien elles diffrent des principes dont on s'est servi jusques prsent1 j'ai cru que je ne pouvois les tenir caches sans pcher grandement contre la loi qui nous oblige procurer autant qu'il est en nous le bien gnral de tous les hommes3 car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir des connoissances qui soient fort utiles la vie2 et qu'au lieu de cette philosophie spculative qu'on enseigne dans les coles1 on en peut trouver une pratique1 par laquelle1 connoissant la force et les actions du feu1 de l'eau1 de l'air1 des astres1 des cieux1 et de tous les autres corps qui nous environnent1 aussi distinctement que nous connoissons les divers mtiers de nos artisans1 nous les pourrions employer en mme faon tous les usages auxquels ils sont propres1 et ainsi nous rendre comme matres et possesseurs de la nature4 ,ce qui n'est pas seulement dsirer pour l'invention d'une infinit d'artifices1 qui feroient qu'on jouiroit sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodits qui s'y trouvent1 mais principalement aussi pour la conservation de la sant1 laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie2 car mme l'esprit dpend si fort du temprament et de la disposition des organes du corps1 que1 s'il est possibles de trouver quelque moyen qui rende communment les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont t jusques ici1 je crois que c'est dans la mdecine qu'on doit le chercher4 ,il est vrai que celle qui est maintenant en usage contient peu de choses dont l'utilit soit si remarquable3 mais1 sans que j'aie aucun dessein de la mpriser1 je m'assure qu'il n'y a personne1 mme de ceux qui en font profession1 qui n'avoue que tout ce qu'on y sait n'est presque rien comparaison de ce qui reste y savoir2 et qu'on se pourroit exempter d'une infinit de maladies tant du corps que de l'esprit1 et mme aussi peut-tre de l'affoiblissement de la vieillesse1 si on avoit assez de connoissance de leurs causes et de tous les remdes dont la nature nous a pourvus4 ,or1 ayant dessein d'employer toute ma vie la recherche d'une science si ncessaire1 et ayant rencontr un chemin qui me semble tel qu'on doit infailliblement la trouver en le suivant1 si ce n'est qu'on en soit empch ou par la brivet de la vie ou par le dfaut des expriences1 je jugeois qu'il n'y avoit point de meilleur remde contre ces deux empchements que de communiquer fidlement au public tout le peu que j'aurois trouv1 et de convier les bons esprits tcher de passer plus outre1 en contribuant1 chacun selon son inclination et son pouvoir1 aux expriences qu'il faudroit faire1 et communiquant aussi au public toutes les choses qu'ils apprendroient1 afin que les derniers commenant o les prcdents auroient achev1 et ainsi joignant les vies et les travaux de plusieurs1 nous allassions tous ensemble beaucoup plus loin que chacun en particulier ne sauroit faire4 ,mme je remarquois1 touchant les expriences1 qu'elles sont d'autant plus ncessaires qu'on est plus avanc en connoissance2 car1 pour le commencement1 il vaut mieux ne se servir que de celles qui se prsentent d'elles-mmes nos sens1 et que nous ne saurions ignorer pourvu que nous y fassions tant soit peu de rflexion1 que d'en chercher de plus rares et tudies3 dont la raison est que ces plus rares trompent souvent1 lorsqu'on ne sait pas encore les causes des plus communes1 et que les circonstances dont elles dpendent sont quasi toujours si particulires et si petites1 qu'il est trs malais de les remarquer4 ,mais l'ordre que j'ai tenu en ceci a t tel4 ,premirement1 j'ai tch de trouver en gnral les principes ou premires causes de tout ce qui est ou qui peut tre dans le monde1 sans rien considrer pour cet effet que ,dieu seul qui l'a cr1 ni les tirer d'ailleurs que de certaine semences de vrits qui sont naturellement en nos mes4 ,aprs cela1 j'ai examin quels toient les premiers et plus ordinaires effets qu'on pouvoit dduire de ces causes2 et il me semble que par l j'ai trouv des cieux1 des astres1 une terre1 et mme sur la terre de l'eau1 de l'air1 du feu1 des minraux1 et quelques autres telles choses1 qui sont les plus communes de toutes et les plus simples1 et par consquent les plus aises connotre4 ,puis1 lorsque j'ai voulu descendre celles qui toient plus particulires1 il s'en est tant prsent moi de diverses1 que je n'ai pus cru qu'il ft possible l'esprit humain de distinguer les formes ou espces de corps qui sont sur la terre1 d'une infinit d'autres qui pourroient y tre si c'et t le vouloir de ,dieu de les y mettre1 ni par consquent de les rapporter notre usage1 si ce n'est qu'on vienne au-devant des causes par les effets1 et qu'on se serve de plusieurs expriences particulires4 ,ensuite de quoi1 repassant mon esprit sur tous les objets qui s'toient jamais prsents mes sens1 j'ose bien dire que je n'y ai remarqu aucune chose que je ne pusse assez commodment expliquer par les principes que j'avois trouvs4 ,mais il faut aussi que j'avoue que la puissance de la nature est si ample et si vaste1 et que ces principes sont si simples et si gnraux1 que je ne remarque quasi plus aucun effet particulier que d'abord je ne connoisse qu'il peut en tre dduit en plusieurs diverses faons1 et que ma plus grande difficult est d'ordinaire de trouver en laquelle de ces faons il en dpend2 car cela je ne sais point d'autre expdient que de chercher derechef quelques expriences qui soient telles que leur vnement ne soit pas le mme si c'est en l'une de ces faons qu'on doit l'expliquer que si c'est en l'autre4 ,au reste1 j'en suis maintenant l que je vois1 ce me semble1 assez bien de quel biais on se doit prendre faire la plupart de celles qui peuvent servir cet effet3 mais je vois aussi qu'elles sont telles1 et en si grand nombre1 que ni mes mains ni mon revenu1 bien que j'en eusse mille fois plus que je n'en ai1 ne sauroient suffire pour toutes2 en sorte que1 selon que j'aurai dsormais la commodit d'en faire plus ou moins1 j'avancerai aussi plus ou moins en la connoissance de la nature3 ce que je me promettois de faire connotre par le trait que j'avois crit1 et d'y montrer si clairement l'utilit que le public en peut recevoir1 que j'obligerois tous ceux qui dsirent en gnral le bien des hommes1 c'est--dire tous ceux qui sont en effet vertueux1 et non point par faux semblant ni seulement par opinion1 tant me communiquer celles qu'ils ont dj faites1 qu' m'aider en la recherche de celles qui restent faire4 ,mais j'ai eu depuis ce temps-l d'autres raisons qui m'ont fait changer d'opinion1 et penser que je devois vritablement continuer d'crire toutes les choses que je jugerois de quelque importance1 mesure que j'en dcouvrirois la vrit1 et y apporter le mme soin que si je les voulois faire imprimer1 tant afin d'avoir d'autant plus d'occasion de les bien examiner1 comme sans doute on regarde toujours de plus prs ce qu'on croit devoir tre vu par plusieurs qu' ce qu'on ne fait que pour soi-mme1 et souvent les choses qui m'ont sembl vraies lorsque j'ai commenc les concevoir1 m'ont paru fausses lorsque je les ai voulu mettre sur le papier1 qu'afin de ne perdre aucune occasion de profiter au public1 si j'en suis capable1 et que si mes crits valent quelque chose1 ceux qui les auront aprs ma mort en puissent user ainsi qu'il sera le plus propos2 mais que je ne devois aucunement consentir qu'ils fussent publis pendant ma vie1 afin que ni les oppositions et controverses auxquelles ils seroient peut-tre sujets1 ni mme la rputation telle quelle qu'ils me pourroient acqurir1 ne me donnassent aucune occasion de perdre le temps que j'ai dessein d'employer m'instruire4 ,car1 bien qu'il soit vrai que chaque homme est oblig de procurer autant qu'il est en lui le bien des autres1 et que c'est proprement ne valoir rien que de n'tre utile personne1 toutefois il est vrai aussi que nos soins se doivent tendre plus loin que le temps prsent1 et qu'il est bon d'omettre les choses qui apporteroient peut-tre quelque profit ceux qui vivent1 lorsque c'est dessein d'en faire d'autres qui en apportent davantage nos neveux4 ,comme en effet je veux bien qu'on sache que le peu que j'ai appris jusques ici n'est presque rien comparaison de ce que j'ignore et que je ne dsespre pas de pouvoir apprendre3 car c'est quasi le mme de ceux qui dcouvrent peu peu la vrit dans les sciences1 que de ceux qui1 commenant devenir riches1 ont moins de peine faire de grandes acquisitions1 qu'ils n'ont eu auparavant1 tant plus pauvres1 en faire de beaucoup moindres4 ,ou bien on peut les comparer aux chefs d'arme1 dont les forces ont coutume de crotre proportion de leurs victoires1 et qui ont besoin de plus de conduite pour se maintenir aprs la perte d'une bataille1 qu'ils n'ont1 aprs l'avoir gagne1 prendre des villes et des provinces3 car c'est vritablement donner des batailles que de tcher vaincre toutes les difficults et les erreurs qui nous empchent de parvenir la connoissance de la vrit1 et c'est en perdre une que de recevoir quelque fausse opinion touchant une matire un peu gnrale et importante2 il faut aprs beaucoup plus d'adresse pour se remettre au mme tat qu'on toit auparavant1 qu'il ne faut faire de grands progrs lorsqu'on a dj des principes qui sont assurs4 ,pour moi1 si j'ai ci-devant trouv quelques vrits dans les sciences 7et j'espre que les choses qui sont contenues en ce volume feront juger que j'en ai trouv quelques unes71 je puis dire que ce ne sont que des suites et des dpendances de cinq ou six principales difficults que j'ai surmontes1 et que je compte pour autant de batailles o j'ai eu l'heur de mon ct3 mme je ne craindrai pas de dire que je pense n'avoir plus besoin d'en gagner que deux ou trois autres semblables pour venir entirement bout de mes desseins2 et que mon ge n'est point si avanc que1 selon le cours ordinaire de la nature1 je ne puisse encore avoir assez de loisir pour cet effet4 ,mais je crois tre d'autant plus oblig mnager le temps qui me reste1 que j'ai plus d'esprance de le pouvoir bien employer2 et j'aurois sans doute plusieurs occasions de le perdre1 si je publiois les fondements de ma physique3 car1 encore qu'ils soient presque tous si vidents qu'il ne faut que les entendre pour les croire1 et qu'il n'y en ait aucun dont je ne pense pouvoir donner des dmonstrations1 toutefois1 cause qu'il est impossible qu'ils soient accordants avec toutes les diverses opinions des autres hommes1 je prvois que je serois souvent diverti par les oppositions qu'ils feroient natre4 ,on peut dire que ces oppositions seroient utiles1 tant afin de me faire connotre mes fautes1 qu'afin que1 si j'avois quelque chose de bon1 les autres en eussent par ce moyen plus d'intelligence1 et1 comme plusieurs peuvent plus voir qu'un homme seul1 que1 commenant ds maintenant s'en servir1 ils m'aidassent aussi de leurs inventions4 ,mais encore que je me reconnoisse extrmement sujet faillir1 et que je ne me fie quasi jamais aux premires penses qui me viennent1 toutefois l'exprience que j'ai des objections qu'on me peut faire m'empche d'en esprer aucun profit3 car j'ai dj souvent prouv les jugements tant de ceux que j'ai tenus pour mes amis que de quelques autres qui je pensois tre indiffrent1 et mme aussi de quelques uns dont je savois que la malignit et l'envie tcheroit assez dcouvrir ce que l'affection cacheroit mes amis2 mais il est rarement arriv qu'on m'ait object quelque chose que je n'eusse point du tout prvue1 si ce n'est qu'elle ft fort loigne de mon sujet2 en sorte que je n'ai quasi jamais rencontr aucun censeur de mes opinions qui ne me semblt ou moins rigoureux ou moins quitable que moi-mme4 ,et je n'ai jamais remarqu non plus que par le moyen des disputes qui se pratiquent dans les coles1 on ait dcouvert aucune vrit qu'on ignort auparavant3 car pendant que chacun tche de vaincre1 on s'exerce bien plus faire valoir la vraisemblance qu' peser les raisons de part et d'autre2 et ceux qui ont t long-temps bons avocats ne sont pas pour cela par aprs meilleurs juges4 ,pour l'utilit que les autres recevroient de la communication de mes penses1 elle ne pourroit aussi tre fort grande1 d'autant que je ne les ai point encore conduites si loin qu'il ne soit besoin d'y ajouter beaucoup de choses avant que de les appliquer l'usage4 ,et je pense pouvoir dire sans vanit que s'il y a quelqu'un qui en soit capable1 ce doit tre plutt moi qu'aucun autre3 non pas qu'il ne puisse y avoir au monde plusieurs esprits incomparablement meilleurs que le mien1 mais pource qu'on ne sauroit si bien concevoir une chose et la rendre sienne1 lorsqu'on l'apprend de quelque autre1 que lorsqu'on l'invente soi-mme1 ,ce qui est si vritable en cette matire1 que1 bien que j'aie souvent expliqu quelques unes de mes opinions des personnes de trs bon esprit1 et qui1 pendant que je leur parlois1 sembloient les entendre fort distinctement1 toutefois1 lorsqu'ils les ont redites1 j'ai remarqu qu'ils les ont changes presque toujours en telle sorte que je ne les pouvois plus avouer pour miennes4 ,a l'occasion de quoi je suis bien aise de prier ici nos neveux de ne croire jamais que les choses qu'on leur dira viennent de moi1 lorsque je ne les aurai point moi-mme divulgues2 et je ne m'tonne aucunement des extravagances qu'on attribue tous ces anciens philosophes dont nous n'avons point les crits1 ni ne juge pas pour cela que leurs penses aient t fort draisonnables1 vu qu'ils toient des meilleurs esprits de leurs temps1 mais seulement qu'on nous les a mal rapportes4 ,comme on voit aussi que presque jamais il n'est arriv qu'aucun de leurs sectateurs les ait surpasss2 et je m'assure que les plus passionns de ceux qui suivent maintenant ,aristote se croiroient heureux s'ils avoient autant de connoissance de la nature qu'il en a eu1 encore mme que ce ft condition qu'ils n'en auroient jamais davantage4 ,ils sont comme le lierre1 qui ne tend point monter plus haut que les arbres qui le soutiennent1 et mme souvent qui redescend1 aprs qu'il est parvenu jusques leur fate2 car il me semble aussi que ceux-l redescendent1 c'est--dire se rendent en quelque faon moins savants que s'ils s'abstenoient d'tudier1 lesquels1 non contents de savoir tout ce qui est intelligiblement expliqu dans leur auteur1 veulent outre cela y trouver la solution de plusieurs difficults dont il ne dit rien1 et auxquelles il n'a peut-tre jamais pens4 ,toutefois leur faon de philosopher est fort commode pour ceux qui n'ont que des esprits fort mdiocres2 car l'obscurit des distinctions et des principes dont ils se servent est cause qu'ils peuvent parler de toutes choses aussi hardiment que s'ils les savoient1 et soutenir tout ce qu'ils en disent contre les plus subtils et les plus habiles1 sans qu'o ait moyen de les convaincre3 en quoi ils me semblent pareils un aveugle qui1 pour se battre sans dsavantage contre un qui voit1 l'auroit fait venir dans le fond de quelque cave fort obscure3 et je puis dire que ceux-ci ont intrt que je m'abstienne de publier les principes de la philosophie dont je me sers2 car tant trs simples et trs vidents1 comme ils sont1 je ferois quasi le mme en les publiant que si j'ouvrois quelques fentres1 et faisois entrer du jour dans cette cave o ils sont descendus pour se battre4 ,mais mme les meilleurs esprits n'ont pas occasion de souhaiter de les connotre2 car s'ils veulent savoir parler de toutes choses1 et acqurir la rputation d'tre doctes1 ils y parviendront plus aisment en se contentant de la vraisemblance1 qui peut tre trouve sans grande peine en toutes sortes de matires1 qu'en cherchant la vrit1 qui ne se dcouvre que peu peu en quelques unes1 et qui1 lorsqu'il est question de parler des autres1 oblige confesser franchement qu'on les ignore4 ,que s'ils prfrent la connoissance de quelque peu de vrits la vanit de paratre n'ignorer rien1 comme sans doute elle est bien prfrable1 et qu'ils veuillent suivre un dessein semblable au mien1 ils n'ont pas besoin pour cela que je leur die rien davantage que ce que j'ai dj dit en ce discours3 car s'ils sont capables de passer plus outre que je n'ai fait1 ils le seront aussi1 plus forte raison1 de trouver d'eux-mmes tout ce que je pense avoir trouv2 d'autant que n'ayant jamais rien examin que par ordres il est certain que ce qui me reste encore dcouvrir est de soi plus difficile et plus cach que ce que j'ai pu ci-devant rencontrer1 et ils auraient bien moins de plaisir l'apprendre de moi que d'eux-mmes2 outre que l'habitude qu'ils acquerront1 en cherchant premirement des choses faciles1 et passant peu peu par degrs d'autres plus difficiles1 leur servira plus que toutes mes instructions ne sauraient faire4 ,comme pour moi je me persuade que si on m'et enseign ds ma jeunesse toutes les vrits dont j'ai cherch depuis les dmonstrations1 et que je n'eusse eu aucune peine les apprendre1 je n'en aurois peut-tre jamais su aucunes autres1 et du moins que jamais je n'aurois acquis l'habitude et la facilit que je pense avoir d'en trouver toujours de nouvelles mesure que je m'applique les chercher4 ,et en un mot s'il y a au monde quelque ouvrage qui ne puisse tre si bien achev par aucun autre que par le mme qui l'a commenc1 c'est celui auquel je travaille4 ,il est vrai que pour ce qui est des expriences qui peuvent y servir1 un homme seul ne saurait suffire les faire toutes3 mais il n'y sauroit aussi employer utilement d'autres mains que les siennes1 sinon celles des artisans1 ou telles gens qu'il pourrait payer1 et qui l'esprance du gain1 qui est un moyen trs efficace1 ferait faire exactement toutes les choses qu'il leur prescriroit4 ,car pour les volontaires qui1 par curiosit ou dsir d'apprendre1 s'offriraient peut-tre de lui aider1 outre qu'ils ont pour l'ordinaire plus de promesses que d'effet1 et qu'ils ne font que de belles propositions dont aucune jamais ne russit1 ils voudraient infailliblement tre pays par l'explication de quelques difficults1 ou du moins1 par des compliments et des entretiens inutiles1 qui ne lui sauroient coter si peu de son temps qu'il n'y perdt4 ,et pour les expriences que les autres ont dj faites1 quand bien mme ils les lui voudroient communiquer1 ce que ceux qui les nomment des secrets ne feroient jamais1 elles sont pour la plupart composes de tant de circonstances ou d'ingrdients superflus1 qu'il lui serait trs malais d'en dchiffrer la vrit2 outre qu'il les trouverait presque toutes si mal expliques1 ou mme si fausses1 cause que ceux qui les ont faites se sont efforcs de les faire paratre conformes leurs principes1 que s'il y en avoit quelques unes qui lui servissent1 elles ne pourraient derechef valoir le temps qu'il lui faudrait employer les choisir4 ,de faon que s'il y avoit au monde quelqu'un qu'on st assrment tre capable de trouver les plus grandes choses et les plus utiles au public qui puissent tre1 et que pour cette cause les autres hommes s'efforassent par tous moyens de l'aider venir bout de ses desseins1 je ne vois pas qu'ils pussent autre chose pour lui1 sinon fournir aux frais des expriences dont il auroit besoin1 et du reste empcher que son loisir ne lui ft t par l'importunit de personne4 ,mais1 outre que je ne prsume pas tant de moi-mme que de vouloir rien promettre d'extraordinaire1 ni ne me repais point de penses si vaines que de m'imaginer que le public se doive beaucoup intresser en mes desseins1 je n'ai pas aussi l'me si basse que je voulusse accepter de qui que ce ft aucune faveur qu'on pt croire que je n'aurois pas mrite4 ,toutes ces considrations jointes ensemble furent cause1 il y a trois ans1 que je ne voulus point divulguer le trait que j'avois entre les mains1 et mme que je pris rsolution de n'en faire voir aucun autre pendant ma vie qui ft si gnral1 ni duquel on pt entendre les fondements de ma physique4 ,mais il y a eu depuis derechef deux autres raisons qui m'ont oblig mettre ici quelques essais particuliers1 et rendre au public quelque compte de mes actions et de mes desseins4 ,la premire est que si j'y manquois1 plusieurs1 qui ont su l'intention que j'avois eue ci-devant de faire imprimer quelques crits1 pourraient s'imaginer que les causes pour lesquelles je m'en abstiens seroient plus mon dsavantage qu'elles ne sont3 car1 bien que je n'aime pas la gloire par excs1 ou mme1 si j'ose le dire1 que je la hasse en tant que je la juge contraire au repos1 lequel j'estime sur toutes choses1 toutefois aussi je n'ai jamais tch de cacher mes actions comme des crimes1 ni n'ai us de beaucoup de prcautions pour tre inconnu1 tant cause que j'eusse cru me faire tort1 qu' cause que cela m'auroit donn quelque espce d'inquitude1 qui et derechef t contraire au parfait repos d'esprit que je cherche2 et pource que1 m'tant toujours ainsi tenu indiffrent entre le soin d'tre connu ou de ne l'tre pas1 je n'ai pu empcher que je n'acquisse quelque sorte de rputation1 j'ai pens que je devois faire mon mieux pour m'exempter au moins de l'avoir mauvaise4 ,l'autre raison qui m'a oblig crire ceci est que1 voyant tous les jours de plus en plus le retardement que souffre le dessein que j'ai de m'instruire1 cause d'une infinit d'expriences dont j'ai besoin1 et qu'il est impossible que je fasse sans l'aide d'autrui1 bien que je ne me flatte pas tant que d'esprer que le public prenne grande part en mes intrts1 toutefois je ne veux pas aussi me dfaillir tant moi-mme que de donner sujet ceux qui me survivront de me reprocher quelque jour que j'eusse pu leur laisser plusieurs choses beaucoup meilleures que je n'aurai fait1 si je n'eusse point trop nglig de leur faire entendre en quoi ils pouvoient contribuer mes desseins4 ,et j'ai pens qu'il m'toit ais de choisir quelques matires qui1 sans tre sujettes beaucoup de controverses1 ni m'obliger dclarer davantage de mes principes que je ne dsire1 ne lairroient pas de faire voir assez clairement ce que je puis ou ne puis pas dans les sciences4 ,en quoi je ne saurois dire si j'ai russi1 et je ne veux point prvenir les jugements de personne1 en parlant moi-mme de mes crits3 mais je serai bien aise qu'on les examine2 et afin qu'on en ait d'autant plus d'occasion1 je supplie tous ceux qui auront quelques objections y faire de prendre la peine de les envoyer mon libraire1 par lequel en tant averti1 je tcherai d'y joindre ma rponse en mme temps2 et par ce moyen les lecteurs1 voyant ensemble l'un et l'autre1 jugeront d'autant plus aisment de la vrit3 car je ne promets pas d'y faire jamais de longues rponses1 mais seulement d'avouer mes fautes fort franchement1 si je les connois1 ou bien1 si je ne les puis apercevoir1 de dire simplement ce que je croirai tre requis pour la dfense des choses que j'ai crites1 sans y ajouter l'explication d'aucune nouvelle matire1 afin de ne me pas engager sans fin de l'une en l'autre4 ,que si quelques unes de celles dont j'ai parl au commencement de la ,dioptrique et des ,mtores choquent d'abord1 cause que je les nomme des suppositions1 et que je ne semble pas avoir envie de les prouver1 qu'on ait la patience de lire le tout avec attention1 et j'espre qu'on s'en trouvera satisfait3 car il me semble que les raisons s'y entresuivent en telle sorte1 que comme les dernires sont dmontres par les premires qui sont leurs causes1 ces premires le sont rciproquement par les dernires qui sont leurs effets4 ,et on ne doit pas imaginer que je commette en ceci la faute que les logiciens nomment un cercle3 car l'exprience rendant la plupart de ces effets trs certains1 les causes dont je les dduis ne servent pas tant les prouver qu' les expliquer2 mais tout au contraire ce sont elles qui sont prouves par eux4 ,et je ne les ai nommes des suppositions qu'afin qu'on sache que je pense les pouvoir dduire de ces premires vrits que j'ai ci-dessus expliques2 mais que j'ai voulu expressment ne le pas faire1 pour empcher que certains esprits1 qui s'imaginent qu'ils savent en un jour tout ce qu'un autre a pens en vingt annes1 sitt qu'il leur en a seulement dit deux ou trois mots1 et qui sont d'autant plus sujets faillir et moins capables de la vrit qu'ils sont plus pntrants et plus vifs1 ne puissent de l prendre occasion de btir quelque philosophie extravagante sur ce qu'ils croiront tre mes principes1 et qu'on m'en attribue la faute3 car pour les opinions qui sont toutes miennes1 je ne les excuse point comme nouvelles1 d'autant que si on en considre bien les raisons1 je m'assure qu'on les trouvera si simples et si conformes au sens commun1 qu'elles sembleront moins extraordinaires et moins tranges qu'aucunes autres qu'on puisse avoir sur mmes sujets2 et je ne me vante point aussi d'tre le premier inventeur d'aucunes1 mais bien que je ne les ai jamais reues ni pource qu'elles avoient t dites par d'autres1 ni pource qu'elles ne l'avoient point t1 mais seulement pource que la raison me les a persuades4 ,que si les artisans ne peuvent sitt excuter l'invention qui est explique en la ,dioptrique1 je ne crois pas qu'on puisse dire pour cela qu'elle soit mauvaise2 car1 d'autant qu'il faut de l'adresse et de l'habitude pour faire et pour ajuster les machines que j'ai dcrites1 sans qu'il y manque aucune circonstance1 je ne m'tonnerois pas moins s'ils rencontroient du premier coup1 que si quelqu'un pouvoit apprendre en un jour jouer du luth excellemment1 par cela seul qu'on lui auroit donn de la tablature qui seroit bonne4 ,et si j'cris en franais1 qui est la langue de mon pays1 plutt qu'en latin1 qui est celle de mes prcepteurs1 c'est cause que j'espre que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure jugeront mieux de mes opinions que ceux qui ne croient qu'aux livres anciens2 et pour ceux qui joignent le bon sens avec l'tude1 lesquels seuls je souhaite pour mes juges1 ils ne seront point1 je m'assure1 si partiaux pour le latin1 qu'ils refusent d'entendre mes raisons pource que je les explique en langue vulgaire4 ,au reste1 je ne veux point parler ici en particulier des progrs que j'ai esprance de faire l'avenir dans les sciences1 ni m'engager envers le public d'aucune promesse que je ne sois pas assur d'accomplir2 mais je dirai seulement que j'ai rsolu de n'employer le temps qui me reste vivre autre chose qu' tcher d'acqurir quelque connoissance de la nature1 qui soit telle qu'on en puisse tirer des rgles pour la mdecine1 plus assures que celles qu'on a eues jusques prsent2 et que mon inclination m'loigne si fort de toute sorte d'autres desseins1 principalement de ceux qui ne sauroient tre utiles aux uns qu'en nuisant aux autres1 que si quelques occasions me contraignoient de m'y employer1 je ne crois point que je fusse capable d'y russir4 ,de quoi je fais ici une dclaration que je sais bien ne pouvoir servir me rendre considrable dans le monde2 mais aussi n'ai aucunement envie de l'tre2 et je me tiendrai toujours plus oblig ceux par la faveur desquels je jouirai sans empchement de mon loisir1 que je ne serois ceux qui m'offriroient les plus honorables emplois de la terre4 ,,fin ,,du ,,discours ,,de ,,la ,m,,thode4 ,m,,ditations ,m,,taphysiques4 ,cet ouvrage parut d'abord1 en latin1 ,paris1 #afda1 sous ce titre3 ,meditationes de prima philosophia ubi de ,dei existentia et animae immortalitate4 ,il en parut une seconde dition latine ,amsterdam1 chez ,elzevir1 in-#ab1 #afdb4 ,l'auteur y fit corriger le titre de l'dition de ,paris1 et substituer le terme de distinction de l'me d'avec le corps la place de celui de l'immortalit de l'me1 qui n'y convenait pas si bien4 ,nice l'on parle d'une autre dition latine faite ,naples1 #agai1 in-#h1 par les soins de ,giovacchino ,pota4 ,il parut ,paris1 #afag1 in-#d1 une traduction franaise1 par ,m4 le ,d4 ,d4 ,l4 ,n4 ,s4 7,m4 le duc de ,luynes71 revue et corrige par ,descartes1 qui a fait au texte latin quelques changements4 ,il s'en est fait ,paris une rimpression1 #affa1 in-#d2 une troisime ,paris1 #afgc1 in-#d1 divise par articles1 et avec des sommaires1 par ,r4 ,f4 7,ren ,fed1 docteur en mdecine de la facult d',augers74 ,cette dition a t reproduite in-#ab1 ,paris1 #agbd4 ,c'est elle que nous donnons ici1 en retranchant les sommaires1 et la division par articles1 qui altre un peu les proportions et les formes du monument primitif avou par ,descartes4 ,a ,,messieurs ,,les ,,doyens ,,et ,,docteurs ,,de ,,la ,,sacr,e ,,facult ,,de ,,th,,ologie ,,de ,,paris4 ,messieurs1 ,la raison qui me porte vous prsenter cet ouvrage est si juste1 et1 quand vous en connotrez le dessein1 je m'assure que vous en aurez aussi une si juste de le prendre en votre protection1 que je pense ne pouvoir mieux faire pour vous le rendre en quelque sorte recommandable1 que de vous dire en peu de mots ce que je m'y suis propos4 ,j'ai toujours estim que les deux questions de ,dieu et de l'me toient les principales de celles qui doivent plutt tre dmontres par les raisons de la philosophie que de la thologie3 car1 bien qu'il nous suffise nous autres qui sommes fidles1 de croire par la foi qu'il y a un ,dieu1 et que l'me humaine ne meurt point avec le corps1 certainement il ne semble pas possible de pouvoir jamais persuader aux infidles aucune religion1 ni quasi mme aucune vertu morale1 si premirement on ne leur prouve ces deux choses par raison naturelle2 et d'autant qu'on propose souvent en cette vie de plus grandes rcompenses pour les vices que pour les vertus1 peu de personnes prfreroient le juste l'utile1 si elles n'toient retenues ni par la crainte de ,dieu ni par l'attente d'une autre vie2 et quoiqu'il soit absolument vrai qu'il faut croire qu'il y a un ,dieu1 parce qu'il est ainsi enseign dans les saintes critures1 et d'autre part qu'il faut croire les saintes critures parce qu'elles viennent de ,dieu 7la raison de cela est que la foi tant un don de ,dieu1 celui-l mme qui donne la grce pour faire croire les autres choses la peut aussi donner pour nous faire croire qu'il existe71 on ne sauroit nanmoins proposer cela aux infidles1 qui pourroient s'imaginer que l'on commettroit en ceci la faute que les logiciens nomment un cercle4 ,et de vrai j'ai pris garde que vous autres1 ,messieurs1 avec tous les thologiens1 n'assuriez pas seulement que l'existence de ,dieu se peut prouver par raison naturelle1 mais aussi que l'on infre de la sainte criture que sa connoissance est beaucoup plus claire que celle que l'on a de plusieurs choses cres1 et qu'en effet elle est si facile que ceux qui ne l'ont point sont coupables2 comme il parot par ces paroles de la ,sagesse1 chap4 ,,xiii1 o il est dit que leur ignorance n'est point pardonnable2 car si leur esprit a pntr si avant dans la connoissance des choses du monde1 comment est-il possible qu'ils n'en aient point reconnu plus facilement le souverain ,seigneur8 et aux ,romains1 chap4 ,i1 il est dit qu'ils sont inexcusables2 et encore au mme endroit1 par ces paroles1 ,ce qui est connu de ,dieu est manifeste dans eux1 il semble que nous soyons avertis que tout ce qui se peut savoir de ,dieu peut tre montr par des raisons qu'il n'est pas besoin de tirer d'ailleurs que de nous-mmes et de la simple considration de la nature de notre esprit4 ,c'est pourquoi j'ai cru qu'il ne seroit pas contre le devoir d'un philosophe si je faisois voir ici comment et par quelle voie nous pouvons1 sans sortir de nous-mmes1 connotre ,dieu plus facilement et plus certainement que nous ne connoissons les choses du monde4 ,et1 pour ce qui regarde l'me1 quoique plusieurs aient cru qu'il n'est pas ais d'en connotre la nature1 et que quelques uns aient mme os dire que les raisons humaines nous persuadoient qu'elle mouroit avec le corps1 et qu'il n'y avoit que la seule foi qui nous enseignt le contraire1 nanmoins1 d'autant que le concile de ,latran tenu sous ,lon ,x1 en la session #h1 les condamne1 et qu'il ordonne expressment aux philosophes chrtiens de rpondre leurs arguments1 et d'employer toutes les forces de leur esprit pour faire connotre la vrit1 j'ai bien os l'entreprendre dans cet crit4 ,de plus1 sachant que la principale raison qui fait que plusieurs impies ne veulent point croire qu'il y a un ,dieu et que l'me humaine est distincte du corps1 est qu'ils disent que personne jusqu'ici n'a pu dmontrer ces deux choses2 quoique je ne sois point de leur opinion1 mais qu'au contraire je tienne que la plupart des raisons qui ont t apportes par tant de grands personnages1 touchant ces deux questions1 sont autant de dmonstrations quand elles sont bien entendues1 et qu'il soit presque impossible d'en inventer de nouvelles2 si est-ce que je crois qu'on ne sauroit rien faire de plus utile en la philosophie que d'en rechercher une fois avec soin les meilleures1 et les disposer en un ordre si clair et si exact qu'il soit constant dsormais tout le monde que ce sont de vritables dmonstrations4 ,et enfin1 d'autant que plusieurs personnes ont dsir cela de moi1 qui ont connoissance que j'ai cultiv une certaine mthode pour rsoudre toutes sortes de difficults dans les sciences2 mthode qui de vrai n'est pas nouvelle1 n'y ayant rien de plus ancien que la vrit1 mais de laquelle ils savent que je me suis servi assez heureusement en d'autres rencontres1 j'ai pens qu'il toit de mon devoir d'en faire aussi l'preuve sur une matire si importante4 ,or1 j'ai travaill de tout mon possible pour comprendre dans ce trait tout ce que j'ai pu dcouvrir par son moyen4 ,ce n'est pas que j'aie ici ramass toutes les diverses raisons qu'on pourroit allguer pour servir de preuve un si grand sujet2 car je n'ai jamais cru que cela ft ncessaire1 sinon lorsqu'il n'y en a aucune qui soit certaine3 mais seulement j'ai trait les premires et principales d'une telle manire que j'ose bien les proposer pour de trs videntes et trs certaines dmonstrations4 ,et je dirai de plus qu'elles sont telles1 que je ne pense pas qu'il y ait aucune voie par o l'esprit humain en puisse jamais dcouvrir de meilleures2 car l'importance du sujet1 et la gloire de ,dieu1 laquelle tout ceci se rapporte1 me contraignent de parler ici un peu plus librement de moi que je n'ai de coutume4 ,nanmoins1 quelque certitude et vidence que je trouve en mes raisons1 je ne puis pas me persuader que tout le monde soit capable de les entendre4 ,mais1 tout ainsi que dans la gomtrie il y en a plusieurs qui nous ont t laisses par ,archimde1 par ,apollonius1 par ,pappus1 et par plusieurs autres1 qui sont reues de tout le monde pour trs certaines et trs videntes1 parce qu'elles ne contiennent rien qui1 considr sparment1 ne soit trs facile connotre1 et que partout les choses qui suivent ont une exacte liaison et dpendance avec celles qui les prcdent2 nanmoins1 parce qu'elles sont un peu longues1 et qu'elles demandent un esprit tout entier1 elles ne sont comprises et entendues que de fort peu de personnes3 de mme1 encore que j'estime que celles dont je me sers ici galent ou mme surpassent en certitude et vidence les dmonstrations de gomtrie1 j'apprhende nanmoins qu'elles ne puissent pas tre assez suffisamment entendues de plusieurs1 tant parce qu'elles sont aussi un peu longues et dpendantes les unes des autres1 que principalement parce qu'elles demandent un esprit entirement libre de tous prjugs1 et qui se puisse aisment dtacher du commerce des sens4 ,et1 dire le vrai1 il ne s'en trouve pas tant dans le monde qui soient propres pour les spculations de la mtaphysique que pour celles de la gomtrie4 ,et de plus il y a encore cette diffrence1 que dans la gomtrie1 chacun tant prvenu de cette opinion qu'il ne s'y avance rien dont on n'ait une dmonstration certaine1 ceux qui n'y sont pas entirement verss pchent bien plus souvent en approuvant de fausses dmonstrations1 pour faire croire qu'ils les entendent1 qu'en rfutant les vritables4 ,il n'en est pas de mme dans la philosophie1 o chacun croyant que tout y est problmatique1 peu de personnes s'adonnent la recherche de la vrit1 et mme beaucoup1 se voulant acqurir la rputation d'esprits forts1 ne s'tudient autre chose qu' combattre avec arrogance les vrits les plus apparentes4 ,c'est pourquoi1 ,messieurs1 quelque force que puissent avoir mes raisons1 parce qu'elles appartiennent la philosophie1 je n'espre pas qu'elles fassent un grand effet sur les esprits1 si vous ne les prenez en votre protection4 ,mais l'estime que tout le monde fait de votre compagnie tant si grande1 et le nom de ,sorbonne d'une telle autorit que non seulement en ce qui regarde la foi1 aprs les sacrs conciles1 on n'a jamais tant dfr au jugement d'aucune autre compagnie1 mais aussi en ce qui regarde l'humaine philosophie1 chacun croyant qu'il n'est pas possible de trouver ailleurs plus de solidit et de connoissance1 ni plus de prudence et d'intgrit pour donner son jugement1 je ne doute point1 si vous daignez prendre tant de soin de cet crit que de vouloir premirement le corriger 7car ayant connoissance non seulement de mon infirmit1 mais aussi de mon ignorance1 je n'oserois pas assurer qu'il n'y ait aucunes erreurs71 puis aprs y ajouter les choses qui y manquent1 achever celles qui ne sont pas parfaites1 et prendre vous-mmes la peine de donner une explication plus ample celles qui en ont besoin1 ou du moins de m'en avertir afin que j'y travaille2 et enfin1 aprs que les raisons par lesquelles je prouve qu'il y a un ,dieu et que l'me humaine diffre d'avec le corps auront t portes jusques ce point de clart et d'vidence1 o je m'assure qu'on les peut conduire1 qu'elles devront tre tenues pour de trs exactes dmonstrations1 si vous daignez les autoriser de votre approbation1 et rendre un tmoignage public de leur vrit et certitude2 je ne doute point1 dis-je1 qu'aprs cela toutes les erreurs et fausses opinions qui ont jamais t touchant ces deux questions ne soient bientt effaces de l'esprit des hommes4 ,car la vrit fera que tous les doctes et gens d'esprit souscriront votre jugement2 et votre autorit1 que les athes1 qui sont pour l'ordinaire plus arrogants que doctes et judicieux1 se dpouilleront de leur esprit de contradiction1 ou que peut-tre ils dfendront eux-mmes les raisons qu'ils verront tre reues par toutes les personnes d'esprit pour des dmonstrations1 de peur de paratre n'en avoir pas l'intelligence2 et enfin tous les autres se rendront aisment tant de tmoignages1 et il n'y aura plus personne qui ose douter de l'existence de ,dieu et de la distinction relle et vritable de l'me humaine d'avec le corps4 ,c'est vous maintenant juger du fruit qui revindroit de cette crance1 si elle toit une fois bien tablie1 vous qui voyez les dsordres que son doute produit3 mais je n'aurois pas ici bonne grce de recommander davantage la cause de ,dieu et de la religion ceux qui eu ont toujours t les plus fermes colonnes4 ,j'ai dj touch ces deux questions de ,dieu et de l'me humaine dans le ,discours franais que je mis en lumire en l'anne #afcg1 touchant la mthode pour bien conduire1 sa raison et chercher la vrit dans les sciences3 non pas dessein d'en traiter alors qu' fond1 mais seulement comme en passant1 afin d'apprendre par le jugement qu'on en feroit de quelle sorte j'en devrois traiter par aprs2 car elles m'ont toujours sembl tre d'une telle importance1 que je jugeois qu'il toit propos d'en parler plus d'une fois2 et le chemin que je tiens pour les expliquer est si peu battu1 et si loign de la route ordinaire1 que je n'ai pas cru qu'il ft utile de le montrer en franais1 et dans un discours qui pt tre lu de tout le monde1 de peur que les foibles esprits ne crussent qu'il leur ft permis de tenter cette voie4 ,or1 ayant pri dans ce ,discours de la ,mthode tous ceux qui auroient trouv dans mes crits quelque chose digne de censure de me faire la faveur de m'en avertir1 on ne m'a rien object de remarquable que deux choses sur ce que j'avois dit touchant ces deux questions1 auxquelles je veux rpondre ici en peu de mots avant que d'entreprendre leur explication plus exacte4 ,la premire est qu'il ne s'ensuit pas de ce que l'esprit humain1 faisant rflexion sur soi-mme1 ne se connot tre autre chose qu'une chose qui pense1 que sa nature ou son essence ne soit seulement que de penser2 en telle sorte que ce mot seulement exclue toutes les autres choses qu'on pourroit peut-tre aussi dire appartenir la nature de l'me4 ,a laquelle objection je rponds que ce n'a point aussi t en ce lieu-l mon intention de les exclure selon l'ordre de la vrit de la chose 7de laquelle je ne traitois pas alors71 mais seulement selon l'ordre de ma pense2 si bien que mon sens toit que je ne connoissois rien que je susse appartenir mon essence1 sinon que j'tois une chose qui pense1 ou une chose qui a en soi la facult de penser4 ,or je ferai voir ci-aprs comment1 de ce que je ne connois rien autre chose qui appartienne mon essence1 il s'ensuit qu'il n'y a aussi rien autre chose qui en effet lui appartienne4 ,la seconde est qu'il ne s'ensuit pas1 de ce que j'ai en moi l'ide d'une chose plus parfaite que je ne suis1 que cette ide soit plus parfaite que moi1 et beaucoup moins que ce qui est reprsent par cette ide existe4 ,mais je rponds que dans ce mot d'ide il y a ici de l'quivoque3 car1 ou il peut tre pris matriellement pour une opration de mon entendement1 et en ce sens on ne peut pas dire qu'elle soit plus parfaite que moi2 ou il peut tre pris objectivement pour la chose qui est reprsente par cette opration1 laquelle1 quoiqu'on ne suppose point qu'elle existe hors de mon entendement1 peut nanmoins tre plus parfaite que moi1 raison de son essence4 ,or dans la suite de ce trait je ferai voir plus amplement comment de cela seulement que j'ai en moi l'ide d'une chose plus parfaite que moi1 il s'ensuit que cette chose existe vritablement4 ,de plus1 j'ai vu aussi deux autres crits assez amples sur cette matire1 mais qui ne combattoient pas tant mes raisons que mes conclusions1 et ce par des arguments tirs des lieux communs des athes4 ,mais1 parceque ces sortes d'arguments ne peuvent faire aucune impression dans l'esprit de ceux qui entendront bien mes raisons1 et que les jugements de plusieurs sont si foibles et si peu raisonnables qu'ils se laissent bien plus souvent persuader par les premires opinions qu'ils auront eues d'une chose1 pour fausses et loignes de la raison qu'elles puissent tre1 que par une solide et vritable1 mais postrieurement entendue1 rfutation de leurs opinions1 je ne veux point ici y rpondre1 de peur d'tre premirement oblig de les rapporter4 ,je dirai seulement en gnral que tout ce que disent les athes1 pour combattre l'existence de ,dieu1 dpend toujours1 ou de ce que l'on feint dans ,dieu des affections humaines1 ou de ce qu'on attribue nos esprits tant de force et de sagesse1 que nous avons bien la prsomption de vouloir dterminer et comprendre ce que ,dieu peut et doit faire2 de sorte que tout ce qu'ils disent ne nous donnera aucune difficult1 pourvu seulement que nous nous ressouvenions que nous devons considrer nos esprits comme des choses finies et limites1 et ,dieu comme un tre infini et incomprhensible4 ,maintenant1 aprs avoir suffisamment reconnu les sentiments des hommes1 j'entreprends derechef de traiter de ,dieu et de l'me humaine1 et ensemble de jeter les fondements de la philosophie premire1 mais sans en attendre aucune louange du vulgaire1 ni esprer que mon livre soit vu de plusieurs4 ,au contraire1 je ne conseillerai jamais personne de le lire1 sinon ceux qui voudront avec moi mditer srieusement1 et qui pourront dtacher leur esprit du commerce des sens1 et le dlivrer entirement de toutes sortes de prjugs1 lesquels je ne sais que trop tre en fort petit nombre4 ,mais pour ceux qui1 sans se soucier beaucoup de l'ordre et de la liaison de mes raisons1 s'amuseront piloguer sur chacune des parties1 comme font plusieurs1 ceux-l1 dis-je1 ne feront pas grand profit de lu lecture de ce trait2 et bien que peut-tre ils trouvent occasion de pointiller en plusieurs lieux1 grand'peine pourront-ils objecter rien de pressant ou qui soit digne de rponse4 ,et1 d'autant que je ne promets pas aux autres de les satisfaire de prime abord1 et que je ne prsume pas tant de moi que de croire pouvoir prvoir tout ce qui pourra faire de la difficult un chacun1 j'exposerai premirement dans ces ,mditations les mmes penses par lesquelles je me persuade tre parvenu une certaine et vidente connoissance de la vrit1 afin de voir si1 par les mmes raisons qui m'ont persuad1 je pourrai aussi en persuader d'autres2 et1 aprs cela1 je rpondrai aux objections qui m'ont t faites par des personnes d'esprit et de doctrine1 qui j'avois envoy mes ,mditations pour tre examines avant que de les mettre sous la presse2 car ils m'en ont fait un si grand nombre et de si diffrentes1 que j'ose bien me promettre qu'il sera difficile un autre d'en proposer aucunes qui soient de consquence qui n'aient point t touches4 ,c'est pourquoi je supplie ceux qui dsireront lire ces ,mditations1 de n'en former aucun jugement que premirement ils ne se soient donn la peine de lire toutes ces objections et les rponses que j'y ai faites4 ,,abr,g ,,des ,,six ,m,,ditations ,,suivantes4 ,dans la premire1 je mets en avant les raisons pour lesquelles nous pouvons douter gnralement de toutes choses1 et particulirement du choses matrielles1 au moins tant que nous n'aurons point d'autres fondements dans les sciences que ceux que nous avons eus jusqu' prsent4 ,or1 bien que l'utilit d'un doute si gnral ne paroisse pas d'abord1 elle est toutefois en cela trs grande1 qu'il nous dlivre de toutes sortes de prjugs1 et nous prpare un chemin trs facile pour accoutumer notre esprit se dtacher des sens2 et enfin en ce qu'il fait qu'il n'est pas possible que nous puissions jamais plus douter des choses que nous dcouvrirons par aprs tre vritables4 ,dans la seconde1 l'esprit1 qui1 usant de sa propre libert1 suppose que toutes les choses ne sont point1 de l'existence desquelles il a le moindre doute1 reconnoit qu'il est absolument impossible que cependant il n'existe pas lui-mme4 ,ce qui est aussi d'une trs grande utilit1 d'autant que par ce moyen il fait aisment distinction des choses qui lui appartiennent1 c'est--dire la nature intellectuelle1 et de celles qui appartiennent au corps4 ,mais1 parce qu'il peut arriver que quelques uns attendront de moi en ce lieu-l des raisons pour prouver l'immortalit de l'me1 j'estime les devoir ici avertir qu'ayant tch de ne rien crire dans tout ce trait dont je n'eusse des dmonstrations trs exactes1 je me suis vu oblig de suivre un ordre semblable celui dont se servent les gomtres1 qui est d'avancer premirement toutes les choses desquelles dpend la proposition que l'on cherche1 avant que d'en rien conclure4 ,or la premire et principale chose qui est requise pour bien connotre l'immortalit de l'me est d'en former une conception claire et nette1 et entirement distincte de toutes les conceptions que l'on peut avoir du corps2 ce qui a t fait en ce lieu-l4 ,il est requis1 outre cela1 de savoir que toutes les choses que nous concevons clairement et distinctement sont vraies1 de la faon que nous les concevons2 ce qui n'a pu tre prouv avant la quatrime ,mditation4 ,de plus1 il faut avoir une conception distincte de la nature corporelle1 laquelle se forme partie dans cette seconde1 et partie dans la cinquime et sixime ,mditation4 ,et enfin1 l'on doit conclure de tout cela que les choses que l'on conoit clairement et distinctement tre des substances diverses1 ainsi que l'on conoit l'esprit et le corps1 sont en effet des substances rellement distinctes les unes des autres1 et c'est ce que l'on conclut dans la sixime ,mditation2 ce qui se confirme encore1 dans cette mme ,mditation1 de ce que nous ne concevons aucun corps que comme divisible1 au lieu que l'esprit ou l'me de l'homme ne se peut concevoir que comme indivisible2 car1 en effet1 nous ne saurions concevoir la moiti d'aucune me1 comme nous pouvons faire du plus petit de tous les corps2 en sorte que l'on reconnot que leurs natures ne sont pas seulement diverses1 mais mme en quelque faon contraires4 ,or je n'ai pas trait plus avant de cette matire dans cet crit1 tant parceque cela suffit pour montrer assez clairement que de la corruption du corps la mort de l'me ne s'ensuit pas1 et ainsi pour donner aux hommes l'esprance d'une seconde vie aprs la mort2 comme aussi parceque les prmisses desquelles on peut conclure l'immortalit de l'me dpendent de l'explication de toute la physique3 premirement1 pour savoir que gnralement toutes les substances1 c'est--dire toutes les choses qui ne peuvent exister sans tre cres de ,dieu1 sont de leur nature incorruptibles1 et qu'elles ne peuvent jamais cesser d'tre1 si ,dieu mme en leur dniant son concours ne les rduit au nant2 et ensuite pour remarquer que le corps pris en gnral est une substance1 c'est pourquoi aussi il ne prit point2 mais que le corps humain1 en tant qu'il diffre des autres corps1 n'est compos que d'une certaine configuration de membres et d'autres semblables accidents1 l o l'me humaine n'est point ainsi compose d'aucuns accidents1 mais est une pure substance4 ,car1 encore que tous ses accidents se changent1 par exemple encore qu'elle conoive de certaines choses1 qu'elle en veuille d'autres1 et qu'elle en sente d'autres1 etc41 l'me pourtant ne devient point autre2 au lieu que le corps humain devient une autre chose1 de cela seul que la figure de quelques-unes de ses parties se trouve change2 d'o il s'ensuit que le corps humain peut bien facilement prir1 mais que l'esprit ou l'me de l'homme 7ce que je ne distingue point7 est immortelle de sa nature4 9999999999999999999999999999999999999999 999999999999999999999999999999999999 ,dans la troisime ,mditation1 j'ai1 ce me semble1 expliqu assez au long le principal argument dont je me sers pour prouver l'existence de ,dieu4 ,mais nanmoins1 parce que je n'ai point voulu me servir en ce lieu-l d'aucunes comparaisons tires des choses corporelles1 afin d'loigner autant que je pourrois les esprits des lecteurs de l'usage et du commerce des sens1 peut-tre y est-il rest beaucoup d'obscurits 7lesquelles1 comme j'espre1 seront entirement claircies dans les rponses que j'ai faites aux objections qui m'ont depuis t proposes71 comme entre autres celle-ci1 ,comment l'ide d'un tre souverainement parfait1 laquelle se trouve en nous1 contient tant de ralit objective1 c'est--dire participe par reprsentation tant de degrs d'tre et de perfection1 qu'elle doit venir d'une cause souverainement parfaite3 ce que j'ai clairci dans ces rponses par la comparaison d'une machine fort ingnieuse et artificielle1 dont l'ide se rencontre dans l'esprit de quelque ouvrier2 car comme l'artifice objectif de cette ide doit avoir quelque cause1 savoir est ou la science de cet ouvrier1 ou celle de quelque autre de qui il ait reu celle ide1 de mme il est impossible que l'ide de ,dieu qui est en nous n'ait pas ,dieu mme pour sa cause4 9999999999999999999999999999999999999999 99999999 ,dans la quatrime1 il est prouv que toutes les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies2 et ensemble est expliqu en quoi consiste la nature de l'erreur ou fausset2 ce qui doit ncessairement tre su1 tant pour confirmer les vrits prcdentes que pour mieux entendre celles qui suivent4 ,mais cependant il est remarquer que je ne traite nullement en ce lieu-l du pch1 c'est--dire de l'erreur qui se commet dans la poursuite du bien et du mal1 mais seulement de celle qui arrive dans le jugement et le discernement du vrai et du faux2 et que je n'entends point y parler des choses qui appartiennent la foi ou la conduite de la vie1 mais seulement de celles qui regardent les vrits spculatives1 et qui peuvent tre connues par l'aide de la seule lumire naturelle4 ,dans la cinquime ,mditation1 outre que la nature corporelle prise en gnral y est explique1 l'existence de ,dieu y est encore dmontre par une nouvelle raison1 dans laquelle nanmoins peut-tre s'y rencontrera-t-il aussi quelques difficults1 mais on en verra la solution dans les rponses aux objections qui m'ont t faites2 et de plus je fais voir de quelle faon il est vritable que la certitude mme des dmonstrations gomtriques dpend de la connoissance de ,dieu4 ,enfin1 dans la sixime1 je distingue l'action de l'entendement d'avec celle de l'imagination2 les marques de celle distinction y sont dcrites2 j'y montre que l'me de l'homme est rellement distincte du corps1 et toutefois qu'elle lui est si troitement conjointe et unie1 qu'elle ne compose que comme une mme chose avec lui4 ,toutes les erreurs qui procdent des sens y sont exposes1 avec les moyens de les viter2 et enfin j'y apporte toutes les raisons desquelles on peut conclure l'existence des choses matrielles3 non que je les juge fort utiles pour prouver ce qu'elles prouvent1 savoir1 qu'il y a un monde1 que les hommes ont des corps1 et autres choses semblables1 qui n'ont jamais t mises en doute par aucun homme de bon sens2 mais parce qu'en les considrant de prs1 l'on vient connotre qu'elles ne sont pas si fermes ni si videntes que celles qui nous conduisent la connoissance de ,dieu et de notre me2 en sorte que celles-ci sont les plus certaines et les plus videntes qui puissent tomber en la connoissance de l'esprit humain1 et c'est tout ce que j'ai eu dessin de prouver dans ces six ,mditations2 ce qui fait que j'omets ici beaucoup d'autres questions1 dont j'ai aussi parl par occasion dans ce trait4 ,m,,ditations ,,touchant ,,la ,,philosophie ,,premi,,re1 ,,dans ,,lesquelles ,,on ,,prouve ,,clairement ,l',,existence ,,de ,,dieu ,,et ,,la ,,distinction ,r,,elle ,,entre ,l',,ame ,,et ,,le ,,corps ,,de ,l',,homme4 ,,premi,,re ,m,,ditation4 ,,des ,,choses ,,que ,l',,on ,,peut ,r,,voquer ,,en ,,doute4 ,ce n'est pas d'aujourd'hui que je me suis aperu que1 ds mes premires annes1 j'ai reu quantit de fausses opinions pour vritables1 et que ce que j'ai depuis fond sur des principes si mal assurs ne sauroit tre que fort douteux et incertain2 et ds lors j'ai bien jug qu'il me falloit entreprendre srieusement une fois en ma vie de me dfaire de toutes les opinions que j'avois reues auparavant en ma crance1 et commencer tout de nouveau ds les fondements1 si je voulois tablir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences4 ,mais cette entreprise me semblant tre fort grande1 j'ai attendu que j'eusse atteint un ge qui ft si mr que je n'en pusse esprer d'autre aprs lui auquel je fusse plus propre l'excuter2 ce qui m'a fait diffrer si long-temps1 que dsormais je croirois commettre une faute si j'employois encore dlibrer le temps qui me reste pour agir4 ,aujourd'hui donc que1 fort propos pour ce dessein1 j'ai dlivr mon esprit de toutes sortes de soins1 que par bonheur je ne me sens agit d'aucunes passions1 et que je me suis procur un repos assur dans une paisible solitude1 je m'appliquerai srieusement et avec libert dtruire gnralement toutes mes anciennes opinions4 ,or1 pour cet effet1 il ne sera pas ncessaire que je montre qu'elles sont toutes fausses1 de quoi peut-tre je ne viendrois jamais bout4 ,mais1 d'autant que la raison me persuade dj que je ne dois pas moins soigneusement m'empcher de donner crance aux choses qui ne sont pas entirement certaines et indubitables1 qu' celles qui me paroissent manifestement tre fausses1 ce me sera assez pour les rejeter toutes1 si je puis trouver en chacune quelque raison de douter4 ,et pour cela il ne sera pas aussi besoin que je les examine chacune en particulier1 ce qui seroit d'un travail infini2 mais1 parceque la ruine des fondements entrane ncessairement avec soi tout le reste de l'difice1 je m'attaquerai d'abord aux principes sur lesquels toutes mes anciennes opinions toient appuyes4 ,tout ce que j'ai reu jusqu' prsent pour le plus vrai et assur1 je l'ai appris des sens ou par les sens3 or j'ai quelquefois prouv que ces sens toient trompeurs2 et il est de la prudence de ne se fier jamais entirement ceux qui nous ont une fois tromps4 ,mais peut-tre qu'encore que les sens nous trompent quelquefois touchant des choses fort peu sensibles et fort loignes1 il s'en rencontre nanmoins beaucoup d'autres desquelles on ne peut pas raisonnablement douter1 quoique nous les connoissions par leur moyen3 par exemple1 que je suis ici1 assis auprs du feu1 vtu d'une robe de chambre1 ayant ce papier entre les mains1 et autres choses de cette nature4 ,et comment est-ce que je pourrois nier que ces mains et ce corps soient moi8 si ce n'est peut-tre que je me compare certains insenss1 de qui le cerveau est tellement troubl et offusqu par les noires vapeurs de la bile1 qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois1 lorsqu'ils sont trs pauvres2 qu'ils sont vtus d'or et de pourpre1 lorsqu'ils sont tout nus2 ou qui s'imaginent tre des cruches ou avoir un corps de verre4 ,mais quoi6 ce sont des fous1 et je ne serois pas moins extravagant si je me rglois sur leurs exemples4 ,toutefois j'ai ici considrer que je suis homme1 et par consquent que j'ai coutume de dormir1 et de me reprsenter en mes songes les mmes choses1 ou quelquefois de moins vraisemblables1 que ces insenss lorsqu'ils veillent4 ,combien de fois m'est-il arriv de songer la nuit que j'tois en ce lieu1 que j'tois habill1 que j'tois auprs du feu1 quoique je fusse tout nu dedans mon lit6 ,il me semble bien prsent que ce n'est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier2 que cette tte que je branle n'est point assoupie2 que c'est avec dessein et de propos dlibr que j'tends cette main1 et que je la sens3 ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci4 ,mais1 en y pensant soigneusement1 je me ressouviens d'avoir souvent t tromp en dormant par de semblables illusions2 et1 en m'arrtant sur cette pense1 je vois si manifestement qu'il n'y a point d'indices certains par o l'on puisse distinguer nettement la veille d'avec le sommeil1 que j'en suis tout tonn2 et mon tonnement est tel qu'il est presque capable de me persuader que je dors4 ,supposons donc maintenant que nous sommes endormis1 et que toutes ces particularits1 savoir que nous ouvrons les yeux1 que nous branlons la tte1 que nous tendons les mains1 et choses semblables1 ne sont que de fausses illusions2 et pensons que peut-tre nos mains ni tout notre corps ne sont pas tels que nous les voyons4 ,toutefois il faut au moins avouer que les choses qui nous sont reprsentes dans le sommeil sont comme des tableaux et des peintures1 qui ne peuvent tre formes qu' la ressemblance de quelque chose de rel et de vritable2 et qu'ainsi1 pour le moins1 ces choses gnrales1 savoir des yeux1 une tte1 des mains1 et tout un corps1 ne sont pas choses imaginaires1 mais relles et existantes4 ,car de vrai les peintres1 lors mme qu'ils s'tudient avec le plus d'artifice reprsenter des sirnes et des satyres par des figures bizarres et extraordinaires1 ne peuvent toutefois leur donner des formes et des natures entirement nouvelles1 mais font seulement un certain mlange et composition des membres de divers animaux2 ou bien si peut-tre leur imagination est assez extravagante pour inventer quelque chose de si nouveau que jamais on n'ait rien vu de semblable1 et qu'ainsi leur ouvrage reprsente une chose purement feinte et absolument fausse1 certes tout le moins les couleurs dont ils les composent doivent-elles tre vritables4 ,et par la mme raison1 encore que ces choses gnrales1 savoir un corps1 des yeux1 une tte1 des mains1 et autres semblables1 pussent tre imaginaires1 toutefois il faut ncessairement avouer qu'il y en a au moins quelques autres encore plus simples et plus universelles qui sont vraies et existantes2 du mlange desquelles1 ni plus ni moins que de celui de quelques vritables couleurs1 toutes ces images des choses qui rsident en notre pense1 soit vraies et relles1 soit feintes et fantastiques1 sont formes4 ,de ce genre de choses est la nature corporelle eu gnral et son tendue2 ensemble la figure des choses tendues1 leur quantit ou grandeur1 et leur nombre2 comme aussi le lieu o elles sont1 le temps qui mesure leur dure1 et autres semblables4 ,c'est pourquoi peut-tre que de l nous ne conclurons pas mal1 si nous disons que la physique1 l'astronomie1 la mdecine1 et toutes les autres sciences qui dpendent de la considration des choses composes1 sont fort douteuses et incertaines1 mais que l'arithmtique1 la gomtrie1 et les autres sciences de cette nature1 qui ne traitent que de choses fort simples et fort gnrales1 sans se mettre beaucoup en peine si elles sont dans la nature ou si elles n'y sont pas1 contiennent quelque chose1 de certain et d'indubitable3 car1 soit que je veille ou que je dorme1 deux et trois joints ensemble formeront toujours le nombre de cinq1 et le carr n'aura jamais plus de quatre cts2 et il ne semble pas possible que des vrits si claires et si apparentes puissent tre souponnes d'aucune fausset ou d'incertitude4 ,toutefois1 il y a longtemps que j'ai dans mon esprit une certaine opinion qu'il y a un ,dieu qui peut tout1 et par qui j'ai t fait et cr tel que je suis4 ,or1 que sais-je s'il n'a point fait qu'il n'y ait aucune terre1 aucun ciel1 aucun corps tendu1 aucune figure1 aucune grandeur1 aucun lieu1 et que nanmoins j'aie les sentiments de toutes ces choses1 et que tout cela ne me semble point exister autrement que je le vois8 ,et mme1 comme je juge quelquefois que les autres se trompent dans les choses qu'ils pensent le mieux savoir1 que sais-je s'il n'a point fait que je me trompe aussi toutes les fois que je fais l'addition de deux et de trois1 ou que je nombre les cts d'un carr1 ou que je juge de quelque chose encore plus facile1 si l'on se peut imaginer rien de plus facile que cela8 ,mais peut-tre que ,dieu n'a pas voulu que je fusse du de la sorte1 car il est dit souverainement bon4 ,toutefois1 si cela rpugnait sa bont de m'avoir fait tel que je me trompasse toujours1 cela sembleroit aussi lui tre contraire de permettre que je me trompe quelquefois1 et nanmoins je ne puis douter qu'il ne le permette4 ,il y aura peut-tre ici des personnes qui aimeroient mieux nier l'existence d'un ,dieu si puissant1 que de croire que toutes les autres choses sont incertaines4 ,mais ne leur rsistons pas pour le prsent1 et supposons en leur faveur que tout ce qui est dit ici d'un ,dieu soit une fable3 toutefois1 de quelque faon qu'ils supposent que je sois parvenu l'tat et l'tre que je possde1 soit qu'ils l'attribuent quelque destin ou fatalit1 soit qu'ils le rfrent au hasard1 soit qu'ils veuillent que ce soit par une continuelle suite et liaison des choses1 ou enfin par quoique autre manire2 puisque faillir et se tromper est une imperfection1 d'autant moins puissant sera l'auteur qu'ils assigneront mon origine1 d'autant plus sera-t-il probable que je suis tellement imparfait que je me trompe toujours4 ,auxquelles raisons je n'ai certes rien rpondre2 mais enfin je suis contraint d'avouer qu'il n'y a rien de tout ce que je croyois autrefois tre vritable dont je ne puisse en quelque faon douter2 et cela non point par inconsidration ou lgret1 mais pour des raisons trs fortes et mrement considres3 de sorte que dsormais je ne dois pas moins soigneusement m'empcher d'y donner crance qu' ce qui seroit manifestement faux1 si je veux trouver quelque chose de certain et d'assur dans les sciences4 ,mais il ne suffit pas d'avoir fait ces remarques1 il faut encore que je prenne soin de m'en souvenir2 car ces anciennes et ordinaires opinions me reviennent encore souvent en la pense1 le long et familier usage qu'elles ont eu avec moi leur donnant droit d'occuper mon esprit contre mon gr1 et de se rendre presque matresses de ma crance2 et je ne me dsaccoutumerai jamais de leur dfrer1 et de prendre confiance en elles tant que je les considrerai telles qu'elles sont on effet1 c'est--dire en quelque faon douteuses1 comme je viens de montrer1 et toutefois fort probables1 en sorte que l'on a beaucoup plus de raison de les croire que de les nier4 ,c'est pourquoi je pense que je ne ferai pas mal si1 prenant de propos dlibr un sentiment contraire1 je me trompe moi-mme1 et si je feins pour quelque temps que toutes ces opinions sont entirement fausses et imaginaires2 jusqu' ce qu'enfin1 ayant tellement balanc mes anciens et mes nouveaux prjugs qu'ils ne puissent faire pencher mon avis plus d'un ct que d'un autre1 mon jugement ne soit plus dsormais matris par de mauvais usages et dtourn du droit chemin qui le peut conduire la connoissance de la vrit4 ,car je suis assur qu'il ne peut y avoir de pril ni d'erreur en cette voie1 et que je ne saurais aujourd'hui trop accorder ma dfiance1 puisqu'il n'est pas maintenant question d'agir1 mais seulement de mditer et de connotre4 ,je supposerai donc1 non pas que ,dieu1 qui est trs bon1 et qui est la souveraine source de vrit1 mais qu'un certain mauvais gnie1 non moins rus et trompeur que puissant1 a employ toute son industrie me tromper2 je penserai que ,je ciel1 l'air1 la terre1 les couleurs1 les figures1 les sons1 et toutes les autres choses extrieures1 ne sont rien que des illusions et rveries dont il s'est servi pour tendre des piges ma crdulit2 je me considrerai moi-mme comme n'ayant point de mains1 point d'yeux1 point de chair1 point de sang2 comme n'ayant aucun sens1 mais croyant faussement avoir toutes ces choses2 je demeurerai obstinment attach cette pense2 et si1 par ce moyen1 il n'est pas en mon pouvoir de parvenir la connoissance d'aucune vrit1 tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement3 c'est pourquoi je prendrai garde soigneusement de ne recevoir en ma croyance aucune fausset1 et prparerai si bien mon esprit toutes les ruses de ce grand trompeur1 que1 pour puissant et rus qu'il soit1 il ne me pourra jamais rien imposer4 ,mais ce dessein est pnible et laborieux1 et une certaine paresse m'entrane insensiblement dans le train de ma vie ordinaire2 et tout de mme qu'un esclave qui jouissoit dans le sommeil d'une libert imaginaire1 lorsqu'il commence souponner que sa libert n'est qu'un songe1 craint de se rveiller1 et conspire avec ces illusions agrables pour en tre plus longtemps abus1 ainsi je retombe insensiblement de moi-mme dans mes anciennes opinions1 et j'apprhende de me rveiller de cet assoupissement1 de peur que les veilles laborieuses qui auroient succder la tranquillit de ce repos1 au lieu de m'apporter quelque jour et quelque lumire dans la connoissance de la vrit1 ne fussent pas suffisantes pour claircir toutes les tnbres des difficults qui viennent d'tre ,agites4 ,m,,ditation ,,seconde4 ,,de ,,la ,,nature ,,de ,l',,esprit ,,humain2 ,,et ,,qu',,il ,,est ,,plus ,,ais ,,conno,,tre ,,que ,,le ,,corps4 ,la mditation que je fis hier m'a rempli l'esprit de tant de doutes1 qu'il n'est plus dsormais en ma puissance de les oublier4 ,et cependant je ne vois pas de quelle faon je les pourrai rsoudre2 et comme si tout--coup j'tois tomb dans une eau trs profonde1 je suis tellement surpris que je ne puis ni assurer mes pieds dans le fond1 ni nager pour me soutenir au-dessus4 ,je m'efforcerai nanmoins1 et suivrai derechef la mme voie o j'tois entr hier1 en m'loignant de tout ce en quoi je pourrai imaginer le moindre doute1 tout de mme que si je connoissois que cela ft absolument faux2 et je continuerai toujours dans ce chemin1 jusqu' ce que j'aie rencontr quelque chose de certain1 ou du moins1 si je ne puis autre chose1 jusqu' ce que j'aie appris certainement qu'il n'y a rien au monde de certain4 ,archimde1 pour tirer le globe terrestre de sa place et le transporter en un autre lieu1 ne demandoit rien qu'un point qui ft ferme et immobile3 ainsi j'aurai droit de concevoir de hautes esprances1 si je suis assez heureux pour trouver seulement une chose qui soit certaine et indubitable4 ,je suppose donc que toutes les choses que je vois sont fausses2 je me persuade que rien n'a jamais t de tout ce que ma mmoire remplie de mensonges me reprsente2 je pense n'avoir aucuns sens2 je crois que le corps1 la figure1 l'tendue1 le mouvement et le lieu ne sont que des fictions de mon esprit4 ,qu'est-ce donc qui pourra tre estim vritable8 ,peut-tre rien autre chose1 sinon qu'il n'y a rien au monde de certain4 ,mais que sais-je s'il n'y a point quelque autre chose diffrente de celles que je viens de juger incertaines1 de laquelle on ne puisse avoir le moindre doute8 ,n'y a-t-il point quelque ,dieu1 ou quelque autre puissance1 qui me met en esprit ces penses8 ,cela n'est pas ncessaire2 car peut-tre que je suis capable de les produire de moi-mme4 ,moi donc tout le moins ne suis-je point quelque chose8 ,mais j'ai dj ni que j'eusse aucuns sens ni aucun corps3 j'hsite nanmoins1 car que s'ensuit-il de la8 ,suis-je tellement dpendant du corps et des sens que je ne puisse tre sans eux8 ,mais je me suis persuad qu'il n'y avoit rien du tout dans le monde1 qu'il n'y avoit aucun ciel1 aucune terre1 aucuns esprits1 ni aucuns corps3 ne me suis-je donc pas aussi persuad que je n'tois point8 ,tant s'en faut2 j'tois sans doute1 si je me suis persuad ou seulement si j'ai pens quelque chose4 ,mais il y a un je ne sais quel trompeur trs puissant et trs rus1 qui emploie toute son industrie me tromper toujours4 ,il n'y a donc point de doute que je suis1 s'il me trompe2 et qu'il me trompe tant qu'il voudra1 il ne saura jamais faire que je ne sois rien1 tant que je penserai tre quelque chose4 ,de sorte qu'aprs y avoir bien pens1 et avoir soigneusement examin toutes choses1 enfin il faut conclure et tenir pour constant que cette proposition1 je suis1 j'existe1 est ncessairement vraie1 toutes les fois que je la prononce ou que je la conois en mon esprit4 ,mais je ne connois pas encore assez clairement quel je suis1 moi qui suis certain que je suis2 de sorte que dsormais il faut que je prenne soigneusement garde de ne prendre pas imprudemment quelque autre chose pour moi1 et ainsi de ne me point mprendre dans cette connoissance1 que je soutiens tre plus certaine et plus vidente que toutes celles que j'ai eues auparavant4 ,c'est pourquoi je considrerai maintenant tout de nouveau ce que je croyois tre avant que j'entrasse dans ces dernires penses2 et de mes anciennes opinions je retrancherai tout ce qui peut tre tant soit peu combattu par les raisons que j'ai tantt allgues1 en sorte qu'il ne demeure prcisment que cela seul qui est entirement certain et indubitable4 ,qu'est-ce donc que j'ai cru tre ci-devant8 ,sans difficult1 j'ai pens que j'tois un homme4 ,mais qu'est-ce qu'un homme8 ,dirai-je que c'est un animal raisonnable8 ,non certes2 car il me faudroit par aprs rechercher ce que c'est qu'animal1 et ce que c'est que raisonnable2 et ainsi d'une seule question je tomberois insensiblement en une infinit d'autres plus difficiles et plus embarrasses2 et je ne voudrais pas abuser du peu de temps et de loisir qui me reste1 en l'employant dmler de semblables difficults4 ,mais je m'arrterai plutt considrer ici les penses qui naissoient ci-devant d'elles-mmes en mon esprit1 et qui ne m'toient inspires que de ma seule nature1 lorsque je m'appliquois la considration de mon tre4 ,je me considrois premirement comme ayant un visage1 des mains1 des bras1 et toute cette machine compose d'os et de chair1 telle qu'elle parot en un cadavre1 laquelle je dsignois par le nom de corps4 ,je considrois1 outre cela1 que je me nourrissois1 que je marchois1 que je sentois et que je pensois1 et je rapportois toutes ces actions l'me2 mais je ne m'arrtois point penser ce que c'toit que cette me1 ou bien1 si je m'y arrtois1 je m'imaginois qu'elle toit quelque chose d'extrmement rare et subtil1 comme un vent1 une flamme ou un air trs dli1 qui toit insinu et rpandu dans mes plus grossires parties4 ,pour ce qui toit du corps1 je ne doutois nullement de sa nature2 mais je pensois la connotre fort distinctement2 et si je l'eusse voulu expliquer suivant les notions que j'en avois alors1 je l'eusse dcrite en cette sorte3 ,par le corps1 j'entends tout ce qui peut tre termin par quelque figure2 qui peut tre compris en quelque lieu1 et remplir un espace en telle sorte que tout autre corps en soit exclus2 qui peut tre senti1 ou par l'attouchement1 ou par la vue1 ou par l'oue1 ou par le got1 ou par l'odorat2 qui peut tre m eu plusieurs faons1 non pas la vrit par lui-mme1 mais par quelque chose d'tranger duquel il soit touch et dont il reoive l'impression3 car d'avoir la puissance de se mouvoir de soi-mme1 comme aussi de sentir ou de penser1 je ne croyois nullement que cela appartint la nature du corps2 au contraire1 je m'tonnois plutt de voir que de semblables facults se rencontroient en quelques uns4 ,mais moi1 qui suis-je1 maintenant que je suppose qu'il y a un certain gnie qui est extrmement puissant1 et1 si j'ose le dire1 malicieux et rus1 qui emploie toutes ses forces et toute son industrie me tromper8 ,puis-je assurer que j'aie la moindre chose de toutes celles que j'ai dites nagure appartenir la nature du corps8 ,je m'arrte a penser avec attention1 je passe et repasse toutes ces choses en mon esprit1 et je n'en rencontre aucune que je puisse dire tre en moi4 ,il n'est pas besoin que je m'arrte les dnombrer4 ,passons donc aux attributs de l'me1 et voyons s'il y en a quelqu'un qui soit en moi4 ,les premiers sont de me nourrir et de marcher2 mais s'il est vrai que je n'ai point de corps1 il est vrai aussi que je ne puis marcher ni me nourrir4 ,un autre est de sentir2 mais on ne peut aussi sentir sans le corps1 outre que j'ai pens sentir autrefois plusieurs choses pendant le sommeil1 que j'ai reconnu mon rveil n'avoir point en effet senties4 ,un autre est de penser1 et je trouve ici que la pense est un attribut qui m'appartient3 elle seule ne peut tre dtache de moi4 ,je suis1 j'existe1 cela est certain2 mais combien de temps8 autant de temps que je pense2 car peut-tre mme qu'il se pourroit faire1 si je cessois totalement de penser1 que je cesserois en mme temps tout--fait d'tre4 ,je n'admets maintenant rien qui ne soit ncessairement vrai3 je ne suis donc1 prcisment parlant1 qu'une chose qui pense1 c'est--dire un esprit1 un entendement ou une raison1 qui sont des termes dont la signification m'toit auparavant inconnue4 ,or1 je suis une chose vraie et vraiment existante3 mais quelle chose8 ,je l'ai dit3 une chose qui pense4 ,et quoi davantage8 ,j'exciterai mon imagination pour voir si je ne suis point encore quelque chose de plus4 ,je ne suis point cet assemblage de membres que l'on appelle le corps humain2 je ne suis point un air dli et pntrant rpandu dans tous ces membres2 je ne suis point un vent1 un souffle1 une vapeur1 ni rien de tout ce que je puis feindre et m'imaginer1 puisque j'ai suppos que tout cela n'toit rien1 et que1 sans changer cette supposition1 je trouve que je ne laisse pas d'tre certain que je suis quelque chose4 ,mais peut-tre est-il vrai que ces mmes choses-l que je suppose n'tre point1 parce qu'elles me sont inconnues1 ne sont point en effet diffrentes de moi1 que je connois4 ,je n'en sais rien2 je ne dispute pas maintenant de cela2 je ne puis donner mon jugement que des choses qui me sont connues3 je connois que j'existe1 et je cherche quel je suis1 moi que je connois tre4 ,or1 il est trs certain que la connoissance de mon tre1 ainsi prcisment pris1 ne dpend point des choses dont l'existence ne m'est pas encore connue2 par consquent elle ne dpend d'aucunes de celles que je puis feindre par mon imagination4 ,et mme ces termes de feindre et d'imaginer m'avertissent de mon erreur3 car je feindrois en effet si je m'imaginois tre quelque chose1 puisque imaginer n'est rien autre chose que contempler la figure ou l'image d'une chose corporelle2 or1 je sais dj certainement que je suis1 et que tout ensemble il se peut faire que toutes ces images1 et gnralement toutes les choses qui se rapportent la nature du corps1 ne soient que des songes ou des chimres4 ,ensuite de quoi je vois clairement que j'ai aussi peu de raison en disant1 ,j'exciterai mon imagination pour connotre plus distinctement quel je suis1 que si je disois1 ,je suis maintenant veill1 et j'aperois quelque chose de rel et de vritable2 mais1 parceque je ne l'aperois pas encore assez nettement1 je m'endormirai tout exprs1 afin que mes songes me reprsentent cela mme avec plus de vrit et d'vidence4 ,et1 partant1 je connois manifestement que rien de tout ce que je puis comprendre par le moyen de l'imagination n'appartient cette connoissance que j'ai de moi-mme1 et qu'il est besoin de rappeler et dtourner son esprit de cette faon de concevoir1 afin qu'il puisse lui-mme connotre bien distinctement sa nature4 ,mais qu'est-ce donc que je suis8 une chose qui pense4 ,qu'est-ce qu'une chose qui pense8 c'est une chose qui doute1 qui entend1 qui conoit1 qui affirme1 qui nie1 qui veut1 qui ne veut pas1 qui imagine aussi1 et qui sent4 ,certes1 ce n'est pas peu si toutes ces choses appartiennent ma nature4 ,mais pourquoi n'y appartiendroient-elles pas8 ,ne suis-je pas celui-l mme qui maintenant doute presque de tout1 qui nanmoins entend et conoit certaines choses1 qui assure et affirme celles-l seules tre vritables1 qui nie toutes les autres1 qui veut et dsire d'en connotre davantage1 qui ne veut pas tre tromp1 qui imagine beaucoup de choses1 mme quelquefois en dpit que j'en aie1 et qui en sent aussi beaucoup1 comme par l'entremise des organes du corps4 ,y a-t-il rien de tout cela qui ne soit aussi vritable qu'il est certain que je suis et que j'existe1 quand mme je dormirois toujours1 et que celui qui m'a donn l'tre se serviroit de toute son industrie pour m'abuser8 ,y a-t-il aussi aucun de ces attributs qui puisse tre distingu de ma pense1 ou qu'on puisse dire tre spar de moi-mme8 ,car il est de soi si vident que c'est moi qui doute1 qui entends et qui dsire1 qu'il n'est pas ici besoin de rien ajouter pour l'expliquer4 ,et j'ai aussi certainement la puissance d'imaginer2 car1 encore qu'il puisse arriver 7comme j'ai suppos auparavant7 que les choses que j'imagine ne soient pas vraies1 nanmoins cette puissance d'imaginer ne laisse pas d'tre rellement en moi1 et fait partie de ma pense4 ,enfin1 je suis le mme qui sens1 c'est--dire qui aperois certaines choses comme par les organes des sens1 puisqu'en effet je vois de la lumire1 j'entends du bruit1 je sens de la chaleur4 ,mais l'on me dira que ces apparences-l sont fausses et que je dors4 ,qu'il soit ainsi2 toutefois1 tout le moins1 il est trs certain qu'il me semble que je vois de la lumire1 que j'entends du bruit1 et que je sens de la chaleur2 cela ne peut tre faux2 et c'est proprement ce qui en moi s'appelle sentir2 et cela prcisment n'est rien autre chose que penser4 ,d'o je commence connotre quel je suis1 avec un peu plus de clart et de distinction que ci-devant4 ,mais nanmoins il me semble encore et je ne puis m'empcher de croire que les choses corporelles1 dont les images se forment par la pense1 qui tombent sous les sens1 et que les sens mmes examinent1 ne soient beaucoup plus distinctement connues que cette je ne sais quelle partie de moi-mme qui ne tombe point sous l'imagination3 quoi-qu'en effet cela soit bien trange de dire que je connoisse et comprenne plus distinctement des choses dont l'existence me parot douteuse1 qui me sont inconnues et qui ne m'appartiennent point1 que celles de la vrit desquelles je suis persuad1 qui me sont connues1 et qui appartiennent ma propre nature1 en un mot que moi-mme4 ,mais je vois bien ce que c'est2 mon esprit est un vagabond qui se plat m'garer1 et qui ne sauroit encore souffrir qu'on le retienne dans les justes bornes de la vrit4 ,lchons-lui donc encore une fois la bride1 et1 lui donnant toute sorte de libert1 permettons-lui de considrer les objets qui lui paroissent au dehors1 afin que1 venant ci-aprs la retirer doucement et propos1 et de l'arrter sur la considration de son tre et des choses qu'il trouve en lui1 il se laisse aprs cela plus facilement rgler et conduire4 ,considrons donc maintenant les choses que l'on estime vulgairement tre les plus faciles de toutes connotre1 et que l'on croit aussi tre le plus distinctement connues1 c'est savoir les corps que nous touchons et que nous voyons3 non pas la vrit les corps en gnral1 car ces notions gnrales sont d'ordinaire un peu plus confuses2 mais considrons-en un en particulier4 ,prenons par exemple ce morceau de cire3 il vient tout frachement d'tre tir de la ruche1 il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenoit1 il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a t recueilli2 sa couleur1 sa figure1 sa grandeur1 sont apparentes2 il est dur1 il est froid1 il est maniable1 et si vous frappez dessus il rendra quelque son4 ,enfin toutes les choses qui peuvent distinctement faire connotre un corps se rencontrent en celui-ci4 ,mais voici que pendant que je parle on l'approche du feu3 ce qui y restoit de saveur s'exhale1 l'odeur s'vapore1 sa couleur se change1 sa figure se perd1 sa grandeur augmente1 il devient liquide1 il s'chauffe1 peine le peut-on manier1 et quoique l'on frappe dessus il ne rendra plus aucun son4 ,la mme cire demeure-t-elle encore aprs ce changement8 ,il faut avouer qu'elle demeure2 personne n'en doute1 personne ne juge autrement4 ,qu'est-ce donc que l'on connoissoit en ce morceau de cire avec tant de distinction8 ,certes ce ne peut tre rien de tout ce que j'y ai remarqu par l'entremise des sens1 puisque toutes les choses qui tomboient sous le got1 sous l'odorat1 sous la vue1 sous l'attouchement1 et sous l'oue1 se trouvent changes1 et que cependant la mme cire demeure4 ,peut-tre toit-ce ce que je pense maintenant1 savoir que cette cire n'toit pas ni cette douceur de miel1 ni cette agrable odeur de fleurs1 ni cette blancheur1 ni cette figure1 ni ce son2 mais seulement un corps qui un peu auparavant me paroissoit sensible sous ces formes1 et qui maintenant se fait sentir sous d'autres4 ,mais qu'est-ce1 prcisment parlant1 que j'imagine lorsque je la conois en cette sorte8 ,considrons-le attentivement1 et1 retranchant toutes les choses qui n'appartiennent point la cire1 voyons ce qui reste4 ,certes il ne demeure rien que quelque chose d'tendu1 de flexible et de muable4 ,or qu'est-ce que cela1 flexible et muable8 ,n'est-ce pas que j'imagine que cette cire tant ronde1 est capable de devenir carre1 et de passer du carr en une figure triangulaire8 ,non certes1 ce n'est pas cela1 puisque je la conois capable de recevoir une infinit de semblables changements1 et je ne saurois nanmoins parcourir cette infinit par mon imagination1 et par consquent cette conception que j'ai de la cire ne s'accomplit pas par la facult d'imaginer4 ,qu'est-ce maintenant que cette extension8 ,n'est-elle pas aussi inconnue8 car elle devient plus grande quand la cire se fond1 plus grande quand elle bout1 et plus grande encore quand la chaleur augmente2 et je ne concevrois pas clairement et selon la vrit ce que c'est que de la cire1 si je ne pensois que mme ce morceau que nous considrons est capable de recevoir plus de varits selon l'extension que je n'en ai jamais imagin4 ,il faut donc demeurer d'accord que je ne saurois pas mme comprendre par l'imagination ce que c'est que ce morceau de cire1 et qu'il n'y a que mon entendement seul qui le comprenne4 ,je dis ce morceau de cire en particulier2 car pour la cire en gnral1 il est encore plus vident4 ,mais quel est ce morceau de cire qui ne peut tre compris que par l'entendement ou par l'esprit8 ,certes c'est le mme que je vois1 que je touche1 que j'imagine1 et enfin c'est le mme que j'ai toujours cru que c'toit au commencement4 ,or ce qui est ici grandement remarquer1 c'est que sa perception n'est point une vision1 ni un attouchement1 ni une imagination1 et ne l'a jamais t1 quoiqu'il le semblt ainsi auparavant1 mais seulement une inspection de l'esprit1 laquelle peut tre imparfaite et confuse1 comme elle toit auparavant1 ou bien claire et distincte1 comme elle est prsent1 selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle1 et dont elle est compose4 ,cependant je ne me saurois trop tonner quand je considre combien mon esprit a de foiblesse et de pente qui le porte insensiblement dans l'erreur4 ,car encore que sans parler je considre tout cela en moi-mme1 les paroles toutefois m'arrtent1 et je suis presque du par les termes du langage ordinaire3 car nous disons que nous voyons la mme cire1 si elle est prsente1 et non pas que nous jugeons que c'est la mme1 de ce qu'elle a mme couleur et mme figure3 d'o je voudrois presque conclure que l'on connot la cire par la vision des yeux1 et non par la seule inspection de l'esprit2 si par hasard je ne regardois d'une fentre des hommes qui passent dans la rue1 la vue desquels je ne manque pas de dire que je vois des hommes1 tout de mme que je dis que je vois de la cire2 et cependant que vois-je de cette fentre1 sinon des chapeaux et des manteaux1 qui pourraient couvrir des machines artificielles qui ne se remueraient que par ressorts8 mais je juge que ce sont des hommes2 et ainsi je comprends par la seule puissance de juger qui rside en mon esprit ce que je croyois voir de mes yeux4 ,un homme qui tche d'lever sa connoissance au-del du commun doit avoir honte de tirer des occasions de douter des formes de parler que le vulgaire a inventes3 j'aime mieux passer outre1 et considrer si je concevois avec plus d'vidence et de perfection ce que c'etoit que de la cire1 lorsque je l'ai d'abord aperue1 et que j'ai cru la connotre par le moyen des sens extrieurs1 ou tout le moins par le sens commun1 ainsi qu'ils appellent1 c'est--dire par la facult imaginative1 que je ne la conois prsent1 aprs avoir plus soigneusement examin ce qu'elle est et de quelle faon elle peut tre connue4 ,certes il seroit ridicule de mettre cela en doute4 ,car qu'y avoit-il dans cette premire perception qui ft distinct8 qu'y avoit-il qui ne semblt pouvoir tomber en mme sorte dans le sens du moindre des animaux8 ,mais quand je distingue la cire d'avec ses formes extrieures1 et que1 tout de mme que si je lui avois t ses vtements1 je la considre toute nue1 il est certain que1 bien qu'il se puisse encore rencontrer quelque erreur dans mon jugement1 je ne la puis nanmoins concevoir de cette sorte sans un esprit humain4 ,mais enfin que dirai-je de cet esprit1 c'est--dire de moi-mme1 car jusques ici je n'admets en moi rien autre chose que l'esprit8 ,quoi donc6 moi qui semble concevoir avec tant de nettet et de distinction ce morceau de cire1 ne me connois-je pas moi-mme1 non seulement avec bien plus de vrit et de certitude1 mais encore avec beaucoup plus de distinction et de nettet8 car si je juge que la cire est ou existe de ce que je la vois1 certes il suit bien plus videmment que je suis ou que j'existe moi-mme de ce que je la vois3 car il se peut faire que ce que je vois ne soit pas en effet de la cire1 il se peut faire aussi que je n'aie pas mme des yeux pour voir aucune chose2 mais il ne se peut faire que lorsque je vois1 ou1 ce que je ne distingue point1 lorsque je pense voir1 que moi qui pense ne sois quelque chose4 ,de mme1 si je juge que la cire existe de ce que je la touche1 il s'ensuivra encore la mme chose1 savoir que je suis2 et si je le juge de ce que mon imagination1 ou quelque autre cause que ce soit1 me le persuade1 je conclurai toujours la mme chose4 ,et ce que j'ai remarqu ici de la cire se peut appliquer toutes les autres choses qui me sont extrieures et qui se rencontrent hors de moi4 ,et1 de plus1 si la notion ou perception de la cire ma sembl plus nette et plus distincte aprs que non seulement la vue ou le toucher1 mais encore beaucoup d'autres causes me l'ont rendue plus manifeste1 avec combien plus d'vidence1 de distinction et de nettet faut-il avouer que je me connois prsent moi-mme1 puisque toutes les raisons qui servent connotre concevoir la nature de la cire1 ou de quelque autre corps que ce soit1 prouvent beaucoup mieux la nature de mon esprit2 et il se rencontre encore tant d'autres choses en l'esprit mme qui peuvent contribuer l'claircissement de sa nature1 que celles qui dpendent du corps1 comme celles-ci1 ne mritent quasi pas d'tre mises en compte4 ,mais enfin me voici insensiblement revenu o je voulois2 car1 puisque c'est une chose qui m'est prsent manifeste1 que les corps mmes ne sont pas proprement connus par les sens ou par la facult d'imaginer1 mais par le seul entendement1 et qu'ils ne sont pas connus de ce qu'ils sont vus ou touchs1 mais seulement de ce qu'ils sont entendus1 ou bien compris par la pense1 je vois clairement qu'il n'y a rien qui me soit plus facile connotre que mon esprit4 ,mais1 parce qu'il est malais de se dfaire si promptement d'une opinion laquelle on s'est accoutum de longue main1 il sera bon que je m'arrte un peu en cet endroit1 afin que par la longueur de ma mditation j'imprime plus profondment en ma mmoire cette nouvelle connoissance4 ,m,,ditation ,,troisi,,me ,,de ,,dieu2 ,,qu',,il ,,existe4 ,je fermerai maintenant les yeux1 je boucherai mes oreilles1 je dtournerai tous mes sens1 j'effacerai mme de ma pense toutes les images des choses corporelles1 ou du moins1 parce qu' peine cela se peut-il faire1 je les rputerai comme vaines et comme fausses2 et ainsi m'entretenant seulement moi-mme1 et considrant mon intrieur1 je tcherai de me rendre peu peu plus connu et plus familier moi-mme4 ,je suis une chose qui pense1 c'est--dire qui doute1 qui affirme1 qui nie1 qui connot peu de choses1 qui en ignore beaucoup1 qui aime1 qui hait1 qui veut1 qui ne veut pas1 qui imagine aussi1 et qui sent2 car1 ainsi que j'ai remarqu ci-devant1 quoique les choses que je sens et que j'imagine ne soient peut-tre rien du tout hors de moi et en elles-mmes1 je suis nanmoins assur que ces faons de penser que j'appelle sentiments et imaginations1 en tant seulement qu'elles sont des faons de penser1 rsident et se rencontrent certainement en moi4 ,et dans ce peu que je viens de dire1 je crois avoir rapport tout ce que je sais vritablement1 ou du moins tout ce que jusques ici j'ai remarqu que je savois4 ,maintenant1 pour tcher d'tendre ma connoissance plus avant1 j'userai de circonspection1 et considrerai avec soin si je ne pourrai point encore dcouvrir en moi quelques autres choses que je n'aie point encore jusques ici aperues4 ,je suis assur que je suis une chose qui pense2 mais ne sais-je donc pas aussi ce qui est requis pour me rendre certain de quelque chose8 ,certes1 dans cette premire connoissance1 il n'y a rien qui m'assure de la vrit1 que la claire et distincte perception de ce que je dis1 laquelle de vrai ne seroit pas suffisante pour m'assurer que ce que je dis est vrai1 s'il pouvoit jamais arriver qu'une chose que je concevrois ainsi clairement et distinctement se trouvt fausse3 et partant il me semble que dj je puis tablir pour rgle gnrale que toutes les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies4 ,toutefois j'ai reu et admis ci-devant plusieurs choses comme trs certaines et trs manifestes1 lesquelles nanmoins j'ai reconnu par aprs tre douteuses et incertaines4 ,quelles toient donc ces choses-l8 ,c'toit la terre1 le ciel1 les astres1 et toutes les autres choses que j'apercevois par l'entremise de mes sens4 ,or qu'est-ce que je concevois clairement et distinctement en elles8 ,certes rien autre chose1 sinon que les ides ou les penses de ces choses-l se prsentoient mon esprit4 ,et encore prsent je ne nie pas que ces ides ne se rencontrent en moi4 ,mais il y avoit encore une autre chose que j'assurois1 et qu' cause de l'habitude que j'avois la croire1 je pensois apercevoir trs clairement1 quoique vritablement je ne l'aperusse point1 savoir qu'il y avoit des choses hors de moi d'o procdoient ces ides1 et auxquelles elles toient tout--fait semblables3 et c'toit en cela que je me trompois2 ou si peut-tre je jugeois selon la vrit1 ce n'toit aucune connoissance que j'eusse qui ft cause de la vrit de mon jugement4 ,mais lorsque je considrois quelque chose de fort simple et de fort facile touchant l'arithmtique et la gomtrie1 par exemple que deux et trois joints ensemble produisent le nombre de cinq1 et autres choses semblables1 ne les concevois-je pas au moins assez clairement pour assurer qu'elles toient vraies8 ,certes si j'ai jug depuis qu'on pouvoit douter de ces choses1 ce n'a point t pour autre raison que parce qu'il me venoit en l'esprit que peut-tre quelque ,dieu avoit pu me donner une telle nature que je me trompasse mme touchant les choses qui me semblent les plus manifestes4 ,or toutes les fois que cette opinion ci-devant conue de la souveraine puissance d'un ,dieu se prsente ma pense1 je suis contraint d'avouer qu'il lui est facile1 s'il le veut1 de faire en sorte que je m'abuse mme dans les choses que je crois connotre avec une vidence trs grande3 et au contraire toutes les fois que je me tourne vers les choses que je pense concevoir fort clairement1 je suis tellement persuad par elles1 que de moi-mme je me laisse emporter ces paroles3 ,me trompe qui pourra1 si est-ce qu'il ne sauroit jamais faire que je ne sois rien1 tandis que je penserai tre quelque chose1 ou que quelque jour il soit vrai que je n'aie jamais t1 tant vrai maintenant que je suis1 on bien que deux et trois joints ensemble fassent plus ni moins que cinq1 ou choses semblables1 que je vois clairement ne pouvoir tre d'autre faon que je les conois4 ,et certes1 puisque je n'ai aucune raison de croire qu'il y ait quelque ,dieu qui soit trompeur1 et mme que je n'ai pas encore considr celles qui prouvent qu'il y a un ,dieu1 la raison de douter qui dpend seulement de cette opinion est bien lgre1 et pour ainsi dire mtaphysique4 ,mais afin de la pouvoir tout--fait ter1 je dois examiner s'il y a un ,dieu1 sitt que l'occasion s'en prsentera2 et si je trouve qu'il y en ait un1 je dois aussi examiner s'il peut tre trompeur3 car1 sans la connoissance de ces deux vrits1 je ne vois pas que je puisse jamais tre certain d'aucune chose4 ,et afin que je puisse avoir occasion d'examiner cela sans interrompre l'ordre du mditer que je me suis propos1 qui est de passer par degrs des notions que je trouverai les premires en mon esprit1 celles que j'y pourrai trouver par aprs1 il faut ici que je divise toutes mes penses en certains genres1 et que je considre dans lesquels de ces genres il y a proprement de la vrit ou de l'erreur4 ,entre mes penses1 quelques unes sont comme les images des choses1 et c'est celles-l seules que convient proprement le nom d'ide2 comme lorsque je me reprsente un homme1 ou une chimre1 ou le ciel1 ou un ange1 ou ,dieu mme4 ,d'autres1 outre cela1 ont quelques autres formes2 comme lorsque je veux1 que je crains1 que j'affirme ou que je nie1 je conois bien alors quelque chose comme le sujet de l'action de mon esprit1 mais j'ajoute aussi quelque autre chose par cette action l'ide que j'ai de cette chose-l2 et de ce genre de penses1 les unes sont appeles volonts ou affections1 et les autres jugements4 ,maintenant1 pour ce qui concerne les ides1 si on les considre seulement en elles-mmes1 et qu'on ne les rapporte point quelque autre chose1 elles ne peuvent1 proprement parler1 tre fausses3 car soit que j'imagine une chvre ou une chimre1 il n'est pas moins vrai que j'imagine l'une que l'autre4 ,il ne faut pas craindre aussi qu'il se puisse rencontrer de la fausset dans les affections ou volonts3 car encore que je puisse dsirer des choses mauvaises1 ou mme qui ne furent jamais1 toutefois il n'est pas pour cela moins vrai que je les dsire4 ,ainsi il ne reste plus que les seuls jugements1 dans lesquels je dois prendre garde soigneusement de ne me point tromper4 ,or la principale erreur et la plus ordinaire qui s'y puisse rencontrer consiste en ce que je juge que les ides qui sont en moi sont semblables ou conformes des choses qui sont hors de moi3 car certainement si je considrois seulement les ides comme de certains modes ou faons de ma pense1 sans les vouloir rapporter quelque autre chose d'extrieur1 peine me pourroient-elles donner occasion de faillir4 ,or1 entre ces ides1 les unes me semblent tre nes avec moi1 les autres tre trangres et venir de dehors1 et les autres tre faites et inventes par moi-mme4 ,car que j'aie la facult de concevoir ce que c'est qu'on nomme en gnral une choses1 ou une vrit1 ou une pense1 il me semble que je ne tiens point cela d'ailleurs que de ma nature propre2 mais si j'ois maintenant quelque bruit1 si je vois le soleil1 si je sens de la chaleur1 jusqu' cette heure j'ai jug que ces sentiments procdoient de quelques choses qui existent hors de moi2 et enfin il me semble que les sirnes1 les hippogriffes et toutes les autres semblables chimres sont des fictions et inventions du mon esprit4 ,mais aussi peut-tre me puis-je persuader que toutes ces ides sont du genre de celles que j'appelle trangres1 et qui viennent de dehors1 ou bien qu'elles sont toutes nes avec moi1 ou bien qu'elles ont toutes t faites par moi3 car je n'ai point encore clairement dcouvert leur vritable origine4 ,et ce que j'ai principalement faire en cet endroit est de considrer1 touchant celles qui me semblent venir de quelques objets qui sont hors de moi1 quelles sont les raisons qui m'obligent les croire semblables ces objets4 ,la premire de ces raisons est qu'il me semble que cela m'est enseign par la nature2 et la seconde1 que j'exprimente en moi-mme que ces ides ne dpendent point de ma volont2 car souvent elles se prsentent moi malgr moi1 comme maintenant1 soit que je le veuille1 soit que je ne le veuille pas1 je sens de la chaleur1 et pour cela je me persuade que ce sentiment1 ou bien cette ide de la chaleur est produite en moi par une chose diffrente de moi1 savoir par la chaleur du feu auprs duquel je suis assis4 ,et je ne vois rien qui me semble plus raisonnable que de juger que cette chose trangre envoie et imprime en moi sa ressemblance plutt qu'aucune autre chose4 ,maintenant il faut que je voie si ces raisons sont assez fortes et convaincantes4 ,quand je dis qu'il me semble que cela m'est enseign par la nature1 j'entends seulement par ce mot de nature une certaine inclination qui me porte le croire1 et non pas une lumire naturelle qui me fasse connotre que cela est vritable4 ,or ces deux faons de parler diffrent beaucoup entre elles4 ,car je ne saurois rien rvoquer en doute de ce que la lumire naturelle me fait voir tre vrai1 ainsi qu'elle m'a tantt fait voir que de ce que je doutois je pouvois conclure que j'tois2 d'autant que je n'ai en moi aucune autre facult ou puissance pour distinguer le vrai d'avec le faux1 qui me puisse enseigner que ce que cette lumire me montre comme vrai ne l'est pas1 et qui je me puisse tant fier qu' elle4 ,mais pour ce qui est des inclinations qui me semblent aussi m'tre naturelles1 j'ai souvent remarqu1 lorsqu'il a t question de faire choix entre les vertus et les vices1 qu'elles ne m'ont pas moins port au mal qu'au bien2 c'est pourquoi je n'ai pas sujet de les suivre non plus en ce qui regarde le vrai et le faux4 ,et pour l'autre raison1 qui est que ces ides doivent venir d'ailleurs1 puisqu'elles ne dpendent pas de ma volont1 je ne la trouve non plus convaincante4 ,car tout de mme que ces inclinations dont je parlois tout maintenant se trouvent en moi1 nonobstant qu'elles ne s'accordent pas toujours avec ma volont1 ainsi peut-tre qu'il y a en moi quelque facult ou puissance propre produire ces ides sans l'aide d'aucunes choses extrieures1 bien qu'elle ne me soit pas encore connue2 comme en effet il m'a toujours sembl jusques ici que lorsque je dors elles se forment ainsi en moi sans l'aide des objets qu'elles reprsentent4 ,et enfin encore que je demeurasse d'accord qu'elles sont causes par ces objets1 ce n'est pas une consquence ncessaire qu'elles doivent leur tre semblables4 ,au contraire1 j'ai souvent remarqu en beaucoup d'exemples qu'il y avoit une grande diffrence entre l'objet et son ide4 ,comme par exemple je trouve en moi deux ides du soleil toutes diverses3 l'une tire son origine des sens1 et doit tre place dans le genre de celles que j'ai dites ci-dessus venir de dehors1 par laquelle il me parot extrmement petit2 l'autre est prise des raisons de l'astronomie1 c'est--dire de certaines notions nes avec moi1 ou enfin est forme par moi-mme de quelque sorte que ce puisse tre1 par laquelle il me parot plusieurs fois plus grand que toute la terre4 ,certes ces deux ides que je conois du soleil ne peuvent pas tre toutes deux semblables au mme soleil2 et la raison me fait croire que celle qui vient immdiatement de son apparence est celle qui lui est le plus dissemblable4 ,tout cela me fait assez connotre que jusques celle heure ce n'a point t par un jugement certain et prmdit1 mais seulement par une aveugle et tmraire impulsion1 que j'ai cru qu'il y avoit des choses hors de moi1 et diffrentes de mon tre1 qui1 par les organes1 de mes sens1 ou par quelque autre moyen que ce puisse tre1 envoyoient en moi leurs ides ou images1 et y imprimoient leurs ressemblances4 ,mais il se prsente encore une autre voie pour rechercher si entre les choses dont j'ai en moi les ides1 il y en a quelques unes qui existent hors de moi4 ,a savoir1 si ces ides sont prises en tant seulement que ce sont de certaines faons de penser1 je ne reconnois entre elles aucune diffrence ou ingalit1 et toutes me semblent procder de moi d'une mme faon2 mais les considrant comme des images1 dont les unes reprsentent une chose et les autres une autre1 il est vident qu'elles sont fort diffrentes les unes des autres4 ,car en effet celles qui me reprsentent des substances sont sans doute quelque chose de plus1 et contiennent en soi1 pour ainsi parler1 plus de ralit objective1 c'est--dire participent par reprsentation plus de degrs d'tre ou de perfection1 que celles qui me reprsentent seulement des modes ou accidents4 ,de plus1 celle par laquelle je conois un ,dieu souverain1 ternel1 infini1 immuable1 tout connoissant1 tout puissant1 et crateur universel de toutes les choses qui sont hors de lui2 celle-l1 dis-je1 a certainement en soi plus de ralit objective que celles par qui les substances finies me sont reprsentes4 ,maintenant c'est une chose manifeste par la lumire naturelle1 qu'il doit y avoir pour le moins autant de ralit dans la cause efficiente et totale que dans son effet3 car d'o est-ce que l'effet peut tirer sa ralit1 sinon de sa cause2 et comment cette cause la lui pourroit-elle communiquer1 si elle ne l'avoit en elle-mme8 ,et de l il suit non seulement que le nant ne saurait produire aucune chose1 mais aussi que ce qui est plus parfait1 c'est--dire qui contient en soi plus de ralit1 ne peut tre une suite et une dpendance du moins parfait4 ,et cette vrit n'est pas seulement claire et vidente dans les effets qui ont cette ralit que les philosophes appellent actuelle ou formelle1 mais aussi dans les ides o l'on considre seulement la ralit qu'ils nomment objective3 par exemple1 la pierre qui n'a point encore t1 non seulement ne peut pas maintenant commencer d'tre1 si elle n'est produite par une chose qui possde en soi formellement ou minemment tout ce qui entre en la composition de la pierre1 c'est--dire qui contienne en soi les mmes choses1 ou d'autres plus excellentes que celles qui sont dans la pierre2 et la chaleur ne peut tre produite dans un sujet qui en toit auparavant priv1 si ce n'est par une chose qui soit d'un ordre1 d'un degr ou d'un genre au moins aussi parfait que la chaleur1 et ainsi des autres4 ,mais encore1 outre cela1 l'ide de la chaleur ou de la pierre ne peut pas tre en moi1 si elle n'y a t mise par quelque cause qui contienne en soi pour le moins autant de ralit que j'en conois dans la chaleur ou dans la pierre3 car1 encore que cette cause-l ne transmette en mon ide aucune chose de sa ralit actuelle ou formelle1 on ne doit pas pour cela s'imaginer que cette cause doive tre moins relle2 mais on doit savoir que toute ide tant un ouvrage de l'esprit1 sa nature est telle qu'elle ne demande de soi aucune autre ralit formelle que celle qu'elle reoit et emprunte de la pense ou de l'esprit1 dont elle est seulement un mode1 c'est--dire une manire ou faon de penser4 ,or1 afin qu'une ide contienne une telle ralit objective plutt qu'une autre1 elle doit sans doute avoir cela de quelque cause dans laquelle il se rencontre pour le moins autant de ralit formelle que cette ide contient de ralit objective2 car si nous supposons qu'il se trouve quelque chose dans une ide qui ne se rencontre pas dans sa cause1 il faut donc qu'elle tienne cela du nant4 ,mais1 pour imparfaite que soit cette faon d'tre par laquelle une chose est objectivement ou par reprsentation dans l'entendement par son ide1 certes on ne peut pas nanmoins dire que cette faon et manire-l d'tre ne soit rien1 ni par consquent que cette ide tire son origine du nant4 ,et je ne dois pas aussi m'imaginer que la ralit que je considre dans mes ides n'tant qu'objective1 il n'est pas ncessaire1 que la mme ralit soit formellement ou actuellement dans les causes de ces ides1 mais qu'il suffit qu'elle soit aussi objectivement en elles3 car1 tout ainsi que cette manire d'tre objectivement appartient aux ides de leur propre nature1 de mme aussi la manire ou la faon d'tre formellement appartient aux causes de ces ides 7 tout le moins aux premires et principales7 de leur propre nature4 ,et encore qu'il puisse arriver qu'une ide donne naissance une autre ide1 cela ne peut pas toutefois tre l'infini2 mais il faut la fin parvenir une premire ide1 dont la cause soit comme un patron ou un original dans lequel toute la ralit ou perfection soit contenue formellement et en effet1 qui se rencontre seulement objectivement ou par reprsentation dans ces ides4 ,en sorte que la lumire naturelle me fait connotre videmment que les ides sont en moi comme des tableaux ou des images qui peuvent la vrit facilement dchoir de la perfection des choses dont elles ont t tires1 mais qui ne peuvent jamais rien contenir de plus grand ou de plus parfait4 ,et d'autant plus longuement et soigneusement j'examine toutes ces choses1 d'autant plus clairement et distinctement je connois qu'elles sont vraies4 ,mais1 enfin1 que conclurai-je de tout cela8 ,c'est savoir que1 si la ralit ou perfection objective de quelqu'une de mes ides est telle que je connoisse clairement que cette mme ralit ou perfection n'est point en moi ni formellement ni minemment1 et que par consquent je ne puis moi-mme en tre la cause1 il suit de l ncessairement que je ne suis pas seul dans le monde1 mais qu'il y a encore quelque autre chose qui existe et qui est la cause de cette ide2 au lieu que1 s'il ne se rencontre point en moi de telle ide1 je n'aurai aucun argument qui me puisse convaincre et rendre certain de l'existence d'aucune autre chose que de moi-mme1 car je les ai tous soigneusement recherchs1 et je n'en ai pu trouver aucun autre jusqu' prsent4 ,or1 entre toutes ces ides qui sont en moi1 outre celles qui me reprsentent moi-mme moi-mme1 de laquelle il ne peut y avoir ici aucune difficult1 il y en a une autre qui me reprsente un ,dieu1 d'autres des choses corporelles et inanimes1 d'autres des anges1 d'autres des animaux1 et d'autres enfin qui me reprsentent des hommes semblables moi4 ,mais1 pour ce qui regarde les ides qui me reprsentent d'autres hommes1 ou des animaux1 ou des anges1 je conois facilement qu'elles peuvent tre formes par le mlange et la composition des autres ides que j'ai des choses corporelles et de ,dieu1 encore que hors de moi il n'y et point d'autres hommes dans le monde1 ni aucuns animaux1 ni aucuns anges4 ,et pour ce qui regarde les ides des choses corporelles1 je n'y reconnois rien de si grand ni de si excellent qui ne me semble pouvoir venir de moi-mme2 car1 si je les considre de plus prs1 et si je les examine de la mme faon que j'examinai hier l'ide de la cire1 je trouve qu'il ne s'y rencontre que fort peu de chose que je conoive clairement et distinctement1 savoir la grandeur ou bien l'extension en longueur1 largeur et profondeur1 la figure qui rsulte de la terminaison de cette extension1 la situation que les corps diversement figurs gardent entre eux1 et le mouvement ou le changement de cette situation1 auxquelles on peut ajouter la substance1 la dure et le nombre4 ,quant aux autres choses1 comme la lumire1 les couleurs1 les sons1 les odeurs1 les saveurs1 la chaleur1 le froid1 et les autres qualits qui tombent sous l'attouchement1 elles se rencontrent dans ma pense avec tant d'obscurit et de confusion1 que j'ignore mme si elles sont vraies ou fausses1 c'est--dire si les ides que je conois de ces qualits sont en effet les ides de quelques choses relles1 ou bien si elles ne me reprsentent que des tres chimriques qui ne peuvent exister4 ,car1 encore que j'aie remarqu ci-devant qu'il n'y a que dans les jugements que se puisse rencontrer la vraie et formelle fausset1 il se peut nanmoins trouver dans les ides une certaine fausset matrielle1 savoir lorsqu'elles reprsentent ce qui n'est rien comme si c'toit quelque chose4 ,par exemple1 les ides que j'ai du froid et de la chaleur sont si peu claires et si peu distinctes1 qu'elles ne me sauroient apprendre si le froid est seulement une privation de la chaleur1 ou la chaleur une privation du froid2 ou bien si l'une et l'autre sont des qualits relles1 ou si elles ne le sont pas3 et1 d'autant que les ides tant comme des images1 il n'y en peut avoir aucune qui ne nous semble reprsenter quelque chose1 s'il est vrai de dire que le froid ne soit autre chose qu'une privation de la chaleur1 l'ide qui me le reprsente comme quelque chose de rel et de positif ne sera pas mal propos appele fausse1 et ainsi des autres4 ,mais1 dire le vrai1 il n'est pas ncessaire que je leur attribue d'autre auteur que moi-mme3 car1 si elles sont fausses1 c'est--dire si elles reprsentent des choses qui ne sont point1 la lumire naturelle me fait connotre qu'elles procdent du nant1 c'est--dire qu'elles ne sont en moi que parce qu'il manque quelque chose ma nature1 et qu'elle n'est pas toute parfaite2 et si ces ides sont vraies1 nanmoins1 parce qu'elles me font parotre si peu de ralit que mme je ne saurois distinguer la chose reprsente d'avec le non-tre1 je ne vois pas pourquoi je ne pourrais point en tre l'auteur4 ,quant aux ides claires et distinctes que j'ai des choses corporelles1 il y en a quelques unes qu'il semble que j'ai pu tirer de l'ide que j'ai de moi-mme2 comme celles que j'ai de la substance1 de la dure1 du nombre1 et d'autres choses semblables4 ,car lorsque je pense que la pierre est une substance1 ou bien une chose qui de soi est capable d'exister1 et que je suis aussi moi-mme une substance2 quoique je conoive bien que je suis une chose1 qui pense et non tendue1 et que la pierre au contraire est une chose tendue et qui ne pense point1 et qu'ainsi entre ces deux conceptions il se rencontre une notable diffrence1 toutefois elles semblent convenir en ce point qu'elles reprsentent toutes deux des substances4 ,de mme1 quand je pense que je suis maintenant1 et que je me ressouviens outre cela d'avoir t autrefois1 et que je conois plusieurs diverses penses dont je connois le nombre1 alors j'acquiers en moi les ides de la dure et du nombre1 lesquelles1 par aprs1 je puis transfrer toutes les autres choses que je voudrai4 ,pour ce qui est des autres qualits dont les ides des choses corporelles sont composes1 savoir l'tendue1 la figure1 la situation et le mouvement1 il est vrai qu'elles ne sont point formellement en moi1 puisque je ne suis qu'une chose qui pense2 mais parceque ce sont seulement de certains modes de la substance1 et que je suis moi-mme une substance1 il semble qu'elles puissent tre contenues en moi minemment4 ,partant1 il ne reste que la seule ide de ,dieu dans laquelle il faut considrer s'il y a quelque chose qui n'ait pu venir de moi-mme4 ,par le nom de ,dieu j'entends une substance infinie1 ternelle1 immuable1 indpendante1 toute connoissante1 toute puissante1 et par laquelle moi-mme et toutes les autres choses qui sont 7s'il est vrai qu'il y en ait qui existent7 ont t cres et produites4 ,or1 ces avantages sont si grands et si minents1 que plus attentivement je les considre1 et moins je me persuade que l'ide que j'en ai puisse tirer son origine de moi seul4 ,et par consquent il faut ncessairement conclure de tout ce que j'ai dit auparavant que ,dieu existe3 car1 encore que l'ide de la substance soit en moi de cela mme que je suis une substance1 je n'aurois pas nanmoins l'ide d'une substance infinie1 moi qui suis un tre fini1 si elle n'avoit t mise en moi par quelque substance qui ft vritablement infinie4 ,et je ne me dois pas imaginer que je ne conois pas l'infini par une vritable ide1 mais seulement par la ngation de ce qui est fini1 de mme que je comprends le repos et les tnbres par la ngation du mouvement et de la lumire3 puisqu'au contraire je vois manifestement qu'il se rencontre plus de ralit dans la substance infinie que dans la substance finie1 et partant que j'ai en quelque faon plutt en moi la notion de l'infini que du fini1 c'est--dire de ,dieu que de moi-mme3 car1 comment seroit-il possible que je pusse connotre que je doute et que je dsire1 c'est--dire qu'il me manque quelque chose et que je ne suis pas tout parfait1 si je n'avois en moi aucune ide d'un tre plus parfait que le mien1 par la comparaison duquel je connotrois les dfauts de ma nature8 ,et l'on ne peut pas dire que peut-tre cette ide de ,dieu est matriellement fausse1 et par consquent que je la puis tenir du nant1 c'est--dire qu'elle peut tre en moi pource que j'ai du dfaut1 comme j'ai tantt dit des ides de la chaleur et du froid et d'autres choses semblables3 car au contraire cette ide tant fort claire et fort distincte1 et contenant en soi plus de ralit objective qu'aucune autre1 il n'y en a point qui de soi soit plus vraie1 ni qui puisse tre moins souponne d'erreur et de fausset4 ,cette ide1 dis-je1 d'un tre souverainement parfait et infini est trs vraie2 car encore que peut-tre l'on puisse feindre qu'un tel tre n'existe point1 on ne peut pas feindre nanmoins que son ide ne me reprsente rien de rel1 comme j'ai tantt dit de l'ide du froid4 ,elle est aussi fort claire et fort distincte1 puisque tout ce que mon esprit conoit clairement et distinctement de rel et de vrai1 et qui contient en soi quelque perfection1 est contenu et renferm tout entier dans cette ide4 ,et ceci ne laisse pas d'tre vrai1 encore que je ne comprenne pas l'infini1 et qu'il se rencontre en ,dieu une infinit de choses que je ne puis comprendre1 ni peut-tre aussi atteindre aucunement de la pense2 car il est de la nature de l'infini1 que moi qui suis fini et born ne le puisse comprendre2 et il sufft que j'entende bien cela et que je juge que toutes les choses que je conois clairement1 et dans lesquelles je sais qu'il y a quelque perfection1 et peut-tre aussi une infinit d'autres que j'ignore1 sont en ,dieu formellement ou minemment1 afin que l'ide que j'en ai soit la plus vraie1 la plus claire et la plus distincte de toutes celles qui sont en mon esprit4 ,mais peut-tre aussi que je suis quelque chose de plus que je ne m'imagine1 et que toutes les perfections que j'attribue la nature d'un ,dieu sont en quelque faon en moi en puissance1 quoiqu'elles ne se produisent pas encore et ne se fassent point parotre par leurs actions4 ,en effet1 j'exprimente dj que ma connoissance s'augmente et se perfectionne peu peu2 et je ne vois rien qui puisse empcher qu'elle ne s'augmente ainsi de plus eu plus jusques l'infini1 ni aussi pourquoi1 tant ainsi accrue et perfectionne1 je ne pourrois pas acqurir par son moyen toutes les autres perfections de la nature divine1 ni enfin pourquoi la puissance que j'ai pour l'acquisition de ces perfections1 s'il est vrai qu'elle soit maintenant en moi1 ne seroit pas suffisante pour en produire les ides4 ,toutefois1 en y regardant un peu de prs1 je reconnois que cela ne peut tre2 car premirement1 encore qu'il ft vrai que ma connoissance acqut tous les jours de nouveaux degrs de perfection1 et qu'il y et en ma nature beaucoup de choses en puissance qui n'y sont pas encore actuellement1 toutefois tous ces avantages n'appartiennent et n'approchent en aucune sorte de l'ide que j'ai de la ,divinit1 dans laquelle rien ne se rencontre seulement en puissance1 mais tout y est actuellement et en effet4 ,et mme n'est-ce pas un argument infaillible et trs certain d'imperfection en ma connoissance1 de ce qu'elle s'accrot peu peu et qu'elle s'augmente par degrs8 ,de plus1 encore que ma connoissance s'augmentt de plus en plus1 nanmoins je ne laisse pas de concevoir qu'elle ne sauroit tre actuellement infinie1 puisqu'elle n'arrivera jamais un si haut point de perfection1 qu'elle ne soit encore capable d'acqurir quelque plus grand accroissement4 ,mais je conois ,dieu actuellement infini en un si haut degr1 qu'il ne se peut rien ajouter la souveraine perfection qu'il possde4 ,et1 enfin1 je comprends fort bien que l'tre objectif d'une ide ne peut tre produit par un tre qui existe seulement en puissance1 lequel proprement parler n'est rien1 mais seulement par un tre formel ou actuel4 ,et certes je ne vois rien en tout ce que je viens de dire qui ne soit trs ais connotre par la lumire naturelle tous ceux qui voudront y penser soigneusement2 mais lorsque je relche quelque chose de mon attention1 mon esprit se trouvant obscurci et comme aveugl par les images des choses sensibles1 ne se ressouvient pas facilement de la raison pourquoi l'ide que j'ai d'un tre plus parfait que le mien doit ncessairement avoir t mise en moi par un tre qui soit en effet plus parfait4 ,c'est pourquoi je veux ici passer outre1 et considrer si moi-mme qui ai cette ide de ,dieu1 je pourrais tre1 en cas qu'il n'y et point de ,dieu4 ,et je demande1 de qui aurois-je mon existence8 ,peut-tre de moi-mme1 ou de mes parents1 ou bien de quelques autres causes moins parfaites que ,dieu2 car on ne se peut rien imaginer de plus parfait1 ni mme d'gal lui4 ,or1 si j'tois indpendant de tout autre1 et que je fusse moi-mme l'autour de mon tre1 je ne douterois d'aucune chose1 je ne concevrois point de dsirs2 et enfin il ne me manqueroit aucune perfection1 car je me serois donn moi-mme toutes celles dont j'ai en moi quelque ide2 et ainsi je serois ,dieu4 ,et je ne me dois pas imaginer que les choses qui me manquent sont peut-tre plus difficiles acqurir que celles dont je suis dj en possession2 car au contraire il est trs certain qu'il a t beaucoup plus difficile que moi1 c'est--dire une chose ou une substance qui pense1 sois sorti du nant1 qu'il ne me seroit d'acqurir les lumires et les connoissances de plusieurs choses que j'ignore1 et qui ne sont que des accidents de cette substance2 et certainement si je m'tois donn ce plus que je viens de dire1 c'est--dire si j'tois moi-mme l'auteur de mon tre1 je ne me serois pas au moins dni les choses qui se peuvent avoir avec plus de facilit1 comme sont une infinit de connoissances dont ma nature se trouve dnue3 je ne me serois pas mme dni aucune des choses que je vois tre contenues dans l'ide de ,dieu1 parce qu'il n'y en a aucune qui me semble plus difficile faire ou acqurir2 et s'il y en avoit quelqu'une qui ft plus difficile1 certainement elle me parotroit telle 7suppos que j'eusse de moi toutes les autres choses que je possde71 parceque je verrois en cela ma puissance termine4 ,et encore que je puisse supposer que peut-tre j'ai toujours t comme je suis maintenant1 je ne saurois pas pour cela viter la force de ce raisonnement1 et ne laisse pas de connotre qu'il est ncessaire que ,dieu soit l'auteur de mon existence4 ,car tout le temps de ma vie peut tre divis en une infinit de parties1 chacune desquelles ne dpend en aucune faon des autres2 et ainsi1 de ce qu'un peu auparavant j'ai t1 il ne s'ensuit pas que je doive maintenant tre1 si ce n'est qu'en ce moment quelque cause me produise et me cre pour ainsi dire derechef1 c'est--dire me conserve4 ,en effet1 c'est une chose bien claire et bien vidente tous ceux qui considreront avec attention la nature du temps1 qu'une substance1 pour tre conserve dans tous les moments qu'elle dure1 a besoin du mme pouvoir et de la mme action qui seroit ncessaire pour la produire et la crer tout de nouveau1 si elle n'toit point encore2 en sorte que c'est une chose que la lumire naturelle nous fait voir clairement1 que la conservation et la cration ne diffrent qu'au regard de notre faon de penser1 et non point en effet4 ,il faut donc seulement ici que je m'interroge et me consulte moi-mme1 pour voir si j'ai en moi quelque pouvoir et quelque vertu au moyen de laquelle je puisse faire que moi qui suis maintenant1 je sois encore un moment aprs3 car puisque je ne suis rien qu'une chose qui pense 7ou du moins puisqu'il ne s'agit encore jusques ici prcisment que de cette partie-l de moi-mme71 si une telle puissance rsidoit en moi1 certes je devrois tout le moins le penser1 et en avoir connoissance2 mais je n'en ressens aucune dans moi1 et par l je connois videmment que je dpends de quelque tre diffrent de moi4 ,mais peut-tre que cet tre-l duquel je dpends n'est pas ,dieu1 et que je suis produit ou par mes parents1 ou par quelques autres causes moins parfaites que lui8 ,tant s'en faut1 cela ne peut tre3 car1 comme j'ai dj dit auparavant1 c'est une chose trs vidente qu'il doit y avoir pour le moins autant de ralit dans la cause que dans son effet2 et partant1 puisque je suis une chose qui pense1 et qui ai en moi quelque ide de ,dieu1 quelle que soit enfin la cause de mon tre1 il faut ncessairement avouer qu'elle est aussi une chose qui pense et qu'elle a en soi l'ide de toutes les perfections que j'attribue ,dieu4 ,puis l'on peut derechef rechercher si cette cause tient son origine et son existence de soi-mme1 ou de quelque autre chose4 ,car si elle la tient de soi-mme1 il s'ensuit1 par les raisons que j'ai ci-devant allgues1 que cette cause est ,dieu2 puisque ayant la vertu d'tre et d'exister par soi1 elle doit aussi sans doute avoir la puissance de possder actuellement toutes les perfections dont elle a en soi les ides1 c'est--dire toutes celles que je conois tre en ,dieu4 ,que si elle tient son existence de quelque autre cause que de soi1 on demandera derechef par la mme raison de cette seconde cause si elle est par soi1 ou par autrui1 jusques ce que de degrs en degrs on parvienne enfin a une dernire cause1 qui se trouvera tre ,dieu4 ,et il est trs manifeste qu'en cela il ne peut y avoir de progrs l'infini1 vu qu'il ne s'agit pas tant ici de la cause qui m'a produit autrefois1 comme de celle qui me conserve prsentement4 ,on ne peut pas feindre aussi que peut-tre plusieurs causes ont ensemble concouru en partie ma production1 et que de l'une j'ai reu l'ide d'une des perfections que j'attribue ,dieu1 et d'une autre l'ide de quelque autre1 en sorte que toutes ces perfections se trouvent bien la vrit quelque part dans l'univers1 mais ne se rencontrent pas toutes jointes et assembles dans une seule qui soit ,dieu3 car au contraire l'unit1 la simplicit1 ou l'insparabilit de toutes les choses qui sont en ,dieu est une des principales perfections que je conois tre en lui2 et certes l'ide de cette unit de toutes les perfections de ,dieu n'a pu tre mise en moi par aucune cause de qui je n'aie point aussi reu les ides de toutes les autres perfections2 car elle n'a pu faire que je les comprisse toutes jointes ensemble et insparables1 sans avoir fait en sorte en mme temps que je susse ce qu'elles toient et que je les connusse toutes en quelque faon4 ,enfin1 pour ce qui regarde mes parents1 desquels il semble que je tire ma naissance1 encore que tout ce que j'en ai jamais pu croire soit vritable1 cela ne fait pas toutefois que ce soit eux qui me conservent1 ni mme qui m'aient fait et produit en tant que je suis une chose qui pense1 n'y ayant aucun rapport entre l'action corporelle1 par laquelle j'ai coutume de croire qu'ils m'ont engendr1 et la production d'une telle substance3 mais ce qu'ils ont tout au plus contribu ma naissance1 est qu'ils ont mis quelques dispositions dans cette matire1 dans laquelle j'ai jug jusques ici que moi1 c'est--dire mon esprit1 lequel seul je prends maintenant pour moi-mme1 est renferm2 et partant il ne peut y avoir ici leur gard aucune difficult1 mais il faut ncessairement conclure que1 de cela seul que j'existe1 et que l'ide d'un tre souverainement parfait1 c'est--dire de ,dieu1 est en moi1 l'existence de ,dieu est trs videmment dmontre4 ,il me reste seulement examiner de quelle faon j'ai acquis cette ide3 car je ne l'ai pas reue par les sens1 et jamais elle ne s'est offerte moi contre mon attente1 ainsi que font d'ordinaire les ides des choses sensibles1 lorsque ces choses se prsentent ou semblent se prsenter aux organes extrieurs des sens2 elle n'est pas aussi une pure production ou fiction de mon esprit1 car il n'est pas en mon pouvoir d'y diminuer ni d'y ajouter aucune chose2 et par consquent il ne reste plus autre chose dire1 sinon que cette ide est ne et produite avec moi ds lors que j'ai t cr1 ainsi que l'est l'ide de moi-mme4 ,et de vrai1 on ne doit pas trouver trange que ,dieu1 en me crant1 ait mis en moi cette ide pour tre comme la marque de l'ouvrier empreinte sur son ouvrage2 et il n'est pas aussi ncessaire que cette marque soit quelque chose de diffrent de cet ouvrage mme3 mais1 de cela seul que ,dieu m'a cr1 il est fort croyable qu'il m'a en quelque faon produit son image et semblance1 et que je conois cette ressemblance1 dans laquelle l'ide de ,dieu se trouve contenue1 par la mme facult par laquelle je me conois moi-mme1 c'est--dire que1 lorsque je fais rflexion sur moi1 non seulement je connois que je suis une chose imparfaite1 incomplte et dpendante d'autrui1 qui tend et qui aspire sans cesse quelque chose de meilleur et de plus grand que je ne suis1 mais je connois aussi en mme temps que celui duquel je dpends possde en soi toutes ces grandes choses auxquelles j'aspire et dont je trouve en moi les ides1 non pas indfiniment et seulement en puissance1 mais qu'il en jouit en effet1 actuellement et infiniment1 et ainsi qu'il est ,dieu4 ,et toute la force de l'argument dont j'ai ici us pour prouver l'existence de ,dieu consiste en ce que je reconnois qu'il ne seroit pas possible que ma nature ft telle qu'elle est1 c'est--dire que j'eusse en moi l'ide d'un ,dieu1 si ,dieu n'existoit vritablement2 ce mme ,dieu1 dis-je1 duquel l'ide est en moi1 c'est--dire qui possde toutes ces hautes perfections dont notre esprit peut bien avoir quelque lgre ide1 sans pourtant les pouvoir comprendre1 qui n'est sujet aucuns dfauts1 et qui n'a rien de toutes les choses qui dnotent quelque imperfection4 ,d'o il est assez vident qu'il ne peut tre trompeur1 puisque la lumire naturelle nous enseigne que la tromperie dpend ncessairement de quelque dfaut4 ,mais auparavant que j'examine cela plus soigneusement1 et que je passe la considration des autres vrits que l'on en peut recueillir1 il me semble trs propos de m'arrter quelque temps la contemplation de ce ,dieu tout parfait1 de peser tout loisir ses merveilleux attributs1 de considrer1 d'admirer et d'adorer l'incomparable beaut de cette immense lumire au moins autant que la force de mon esprit1 qui en demeure en quelque sorte bloui1 me le pourra permettre4 ,car comme la foi nous apprend que la souveraine flicit de l'autre vie ne consiste que dans cette contemplation de la majest divine1 ainsi exprimentons-nous ds maintenant qu'une semblable mditation1 quoique incomparablement moins parfaite1 nous fait jouir du plus grand contentement que nous soyons capables de ressentir en cette vie4 ,m,,ditation ,,quatri,,me4 ,,du ,,vrai ,,et ,,du ,,faux4 ,je me suis tellement accoutum ces jours passs dtacher mon esprit des sens1 et j'ai si exactement remarqu qu'il y a fort peu de choses que l'on connoisse avec certitude touchant les choses corporelles1 qu'il y en a beaucoup plus qui nous sont connues touchant l'esprit humain1 et beaucoup plus encore de ,dieu mme1 qu'il me sera maintenant ais de dtourner ma pense de la considration des choses sensibles ou imaginables1 pour la porter celles qui1 tant dgages de toute matire1 sont purement intelligibles4 ,et certes1 l'ide que j'ai de l'esprit humain1 en tant qu'il est une chose qui pense1 et non tendue en longueur1 largeur et profondeur1 et qui ne participe rien de ce qui appartient au corps1 est incomparablement plus distincte que l'ide d'aucune chose corporelle3 et lorsque je considre que je doute1 c'est--dire que je suis une chose incomplte et dpendante1 l'ide d'un tre complet et indpendant1 c'est--dire de ,dieu1 se prsente mon esprit avec tant de distinction et de clart3 et de cela seul que cette ide se trouve en moi1 ou bien que je suis ou existe1 moi qui possde cette ide1 je conclus si videmment l'existence de ,dieu1 et que la mienne dpend entirement de lui en tous les moments de ma vie1 que je ne pense pas que l'esprit humain puisse rien connotre avec plus d'vidence et de certitude4 ,et dj il me semble que je dcouvre un chemin qui nous conduira de cette contemplation du vrai ,dieu1 dans lequel tous les trsors de la science et de la sagesse sont renferms1 la connoissance des autres choses de l'univers4 ,car premirement1 je reconnois qu'il est impossible que jamais il me trompe1 puisqu'en toute fraude et tromperie il se rencontre quelque sorte d'imperfection3 et quoiqu'il semble que pouvoir tromper soit une marque de subtilit ou de puissance1 toutefois vouloir tromper tmoigne sans doute de la foiblesse ou de la malice2 et1 partant1 cela ne peut se rencontrer en ,dieu4 ,ensuite1 je connois par ma propre exprience qu'il y a en moi une certaine facult de juger1 ou de discerner le vrai d'avec le faux1 laquelle sans doute j'ai reue de ,dieu1 aussi bien que tout le reste des choses qui sont en moi et que je possde2 et puisqu'il est impossible qu'il veuille me tromper1 il est certain aussi qu'il ne me l'a pas donne telle que je puisse jamais faillir lorsque j'en userai comme il faut4 ,et il ne resteroit aucun doute touchant cela1 si l'on n'en pouvoit1 ce semble1 tirer cette consquence1 qu'ainsi je ne me puis jamais tromper2 car1 si tout ce qui est en moi vient de ,dieu1 et s'il n'a mis en moi aucune facult de faillir1 il semble que je ne me doive jamais abuser4 ,aussi est-il vrai que1 lorsque je me regarde seulement comme venant de ,dieu1 et que je me tourne tout entier vers lui1 je ne dcouvre en moi aucune cause d'erreur ou de fausset3 mais aussitt aprs1 revenant moi1 l'exprience me fait connotre que je suis nanmoins sujet une infinit d'erreurs1 desquelles venant rechercher la cause1 je remarque qu'il ne se prsente pas seulement ma pense une relle et positive ide de ,dieu1 ou bien d'un tre souverainement parfait2 mais aussi1 pour ainsi parler1 une certaine ide ngative du nant1 c'est--dire de ce qui est infiniment loign de toute sorte de perfection2 et que je suis comme un milieu entre ,dieu et le nant1 c'est--dire plac de telle sorte entre le souverain tre et le non-tre1 qu'il ne se rencontre de vrai rien en moi qui me puisse conduire dans l'erreur1 en tant qu'un souverain tre m'a produit3 mais que1 si je me considre comme participant en quelque faon du nant ou du non-tre1 c'est--dire en tant que je ne suis pas moi-mme le souverain tre et qu'il me manque plusieurs choses1 je me trouve expos une infinit de manquements2 de faon que je ne me dois pus tonner si je me trompe4 ,et ainsi je connais que l'erreur1 en tant que telle1 n'est pas quelque chose de rel qui dpende de ,dieu1 mais que c'est seulement un dfaut2 et partant que1 pour faillir1 je n'ai pas besoin d'une facult qui m'ait t donne de ,dieu particulirement pour cet effet3 mais qu'il arrive que je me trompe de ce que la puissance que ,dieu m'a donne pour discerner le vrai d'avec le faux n'est pas en moi infinie4 ,toutefois1 cela ne me satisfait pas encore tout--fait1 car l'erreur n'est pas une pure ngation1 c'est--dire n'est pas le simple dfaut ou manquement de quelque perfection qui ne m'est point due1 mais c'est une privation de quelque connoissance qu'il semble que je devrois avoir4 ,or1 en considrant la nature de ,dieu1 il ne semble pas possible qu'il ait mis en moi quelque facult qui ne soit pas parfaite en son genre1 c'est--dire qui manque de quelque perfection qui lui soit due3 car1 s'il est vrai que plus l'artisan est expert1 plus les ouvrages qui sortent de ses mains sont parfaits et accomplis1 quelle chose peut avoir t produite par ce souverain ,crateur de l'univers qui ne soit parfaite et entirement acheve en toutes ses parties8 ,et certes1 il n'y a point de doute que ,dieu n'ait pu me crer tel que je ne me trompasse jamais3 il est certain aussi qu'il veut toujours ce qui est le meilleur3 est-ce donc une chose meilleure que je puisse me tromper que de ne le pouvoir pas8 ,considrant cela avec attention1 il me vient d'abord en la pense que je ne me dois pas tonner si je ne suis pas capable de comprendre pourquoi ,dieu fait ce qu'il fait1 et qu'il ne faut pas pour cela douter de son existence1 de ce que peut-tre je vois par exprience beaucoup d'autres choses qui existent1 bien que je ne puisse comprendre pour quelle raison ni comment ,dieu les a faites3 car1 sachant dj que ma nature est extrmement foible et limite1 et que celle de ,dieu au contraire est immense1 incomprhensible et infinie1 je n'ai plus de peine reconnotre qu'il y a une infinit de choses en sa puissance desquelles les causes surpassent la porte de mon esprit2 et cette seule raison est suffisante pour me persuader que tout ce genre de causes1 qu'on a coutume de tirer de la fin1 n'est d'aucun usage dans les choses physiques ou naturelles2 car il ne me semble pas que je puisse sans tmrit rechercher et entreprendre de dcouvrir les fins impntrables de ,dieu4 ,de plus1 il me vient encore en l'esprit qu'on ne doit pas considrer une seule crature sparment1 lorsqu'on recherche si les ouvrages de ,dieu sont parfaits1 mais gnralement toutes les cratures ensemble3 car la mme chose qui pourroit peut-tre avec quelque sorte de raison sembler fort imparfaite si elle toit seule dans le monde1 ne laisse pas d'tre trs parfaite tant considre comme faisant partie de tout cet univers2 et quoique1 depuis que j'ai fait dessein de douter de toutes choses1 je n'aie encore connu certainement que mon existence et celle de ,dieu1 toutefois aussi1 depuis que j'ai reconnu l'infinie puissance de ,dieu1 je ne saurois nier qu'il n'ait produit beaucoup d'autres choses1 ou du moins qu'il n'en puisse produire1 en sorte que j'existe et sois plac dans le monde comme faisant partie de l'universalit de tous les tres4 ,ensuite de quoi1 venant me regarder de plus prs1 et considrer quelles sont mes erreurs1 lesquelles seules tmoignent qu'il y a en moi de l'imperfection1 je trouve qu'elles dpendent du concours de deux causes1 savoir1 de la facult de connotre1 qui est en moi1 et de la facult d'lire1 ou bien de mon libre arbitre1 c'est--dire de mon entendement1 et ensemble de ma volont4 ,car par l'entendement seul je n'assure ni ne nie aucune chose1 mais je conois seulement les ides des choses1 que je puis assurer ou nier4 ,or1 en le considrant ainsi prcisment1 on peut dire qu'il ne se trouve jamais en lui aucune erreur1 pourvu qu'on prenne le mot d'erreur en sa propre signification4 ,et encore qu'il y ait peut-tre une infinit de choses dans le monde dont je n'ai aucune ide en mon entendement1 ou ne peut pas dire pour cela qu'il soit priv de ces ides1 comme de quelque chose qui soit due sa nature1 mais seulement qu'il ne les a pas2 parce qu'en effet il n'y a aucune raison qui puisse prouver que ,dieu ait d me donner une plus grande et plus ample facult de connotre que celle qu'il m'a donne3 et1 quelque adroit et savant ouvrier que je me le reprsente1 je ne dois pas pour cela penser qu'il ait d mettre dans chacun de ses ouvrages toutes les perfections qu'il peut mettre dans quelques uns4 ,je ne puis pas aussi me plaindre que ,dieu ne m'ait pas donn un libre arbitre ou une volont assez ample et assez parfaite1 puisqu'en effet je l'exprimente si ample et si tendue qu'elle n'est renferme dans aucunes bornes4 ,et ce qui me semble ici bien remarquable1 est que1 de toutes les autres choses qui sont en moi1 il n'y en a aucune si parfaite et si grande1 que je ne reconnoisse bien qu'elle pourroit tre encore plus grande et plus parfaite4 ,car1 par exemple1 si je considre la facult de concevoir qui est en moi1 je trouve qu'elle est d'une fort petite tendue1 et grandement limite1 et tout ensemble je me reprsente l'ide d'une autre facult beaucoup plus ample et mme infinie2 et de cela seul que je puis me reprsenter son ide1 je connois sans difficult qu'elle appartient la nature de ,dieu4 ,en mme faon si j'examine la mmoire1 ou l'imagination1 ou quelque autre facult qui soit en moi1 je n'en trouve aucune qui ne soit trs petite et borne1 et qui en ,dieu ne soit immense et infinie4 ,il n'y a que la volont seule ou la seule libert du franc arbitre que j'exprimente en moi tre si grande1 que je ne conois point l'ide d'aucune autre plus ample et plus tendue3 en sorte que c'est elle principalement qui me fait connotre que je porte l'image et la ressemblance de ,dieu4 ,car encore qu'elle soit incomparablement plus grande dans ,dieu que dans moi1 soit raison de la connoissance et de la puissance qui se trouvent jointes avec elle et qui la rendent plus ferme et plus efficace1 soit raison de l'objet1 d'autant qu'elle se porte et s'tend infiniment plus de choses1 elle ne me semble pas toutefois plus grande1 si je la considre formellement et prcisment en elle-mme4 ,car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une mme chose ou ne la faire pas1 c'est--dire affirmer ou nier1 poursuivre ou fuir une mme chose1 ou plutt elle consiste seulement en ce que1 pour affirmer ou nier1 poursuivre ou fuir les choses que l'entendement nous propose1 nous agissons de telle sorte que nous ne sentons point qu'aucune force extrieure nous y contraigne4 ,car1 afin que je sois libre1 il n'est pas ncessaire que je sois indiffrent choisir l'un ou l'autre des deux contraires2 mais plutt1 d'autant plus que je penche vers l'un1 soit que je connoisse videmment que le bien et le vrai s'y rencontrent1 soit que ,dieu dispose ainsi l'intrieur de ma pense1 d'autant plus librement j'en fais choix et je l'embrasse3 et certes1 la grce divine et la connoissance naturelle1 bien loin de diminuer ma libert1 l'augmentent plutt et la fortifient2 de faon que cette indiffrence que je sens lorsque je ne suis point emport vers un ct plutt que vers un autre par le poids d'aucune raison1 est le plus bas degr de la libert1 et fait plutt paratre un dfaut dans la connoissance qu'une perfection dans la volont2 car si je connoissois toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon1 je ne serois jamais en peine de dlibrer quel jugement et quel choix je devrois faire2 et ainsi je serois entirement libre1 sans jamais tre indiffrent4 ,de tout ceci je reconnois que ni la puissance de vouloir1 laquelle j'ai reue de ,dieu1 n'est point d'elle-mme la cause de mes erreurs1 car elle est trs ample et trs parfaite en son genre2 ni aussi la puissance d'entendre ou de concevoir1 car ne concevant rien que par le moyen de cette puissance que ,dieu m'a donne pour concevoir1 sans doute que tout ce que je conois1 je le conois comme il faut1 et il n'est pas possible qu'en cela je me trompe4 ,d'o est-ce donc que naissent mes erreur8 c'est savoir de cela seul que la volont tant beaucoup plus ample et plus tendue que l'entendement1 je ne la contiens pas dans les mmes limites1 mais que je l'tends aussi aux choses que je n'entends pas2 auxquelles tant de soi indiffrente1 elle s'gare fort aisment1 et choisit le faux pour le vrai1 et le mal pour le bien3 ce qui fait que je me trompe et que je pche4 ,par exemple1 examinant ces jours passs si quelque chose existoit vritablement dans le monde1 et connoissant que de cela seul que j'examinois cette question1 il suivoit trs videmment que j'existois moi-mme1 je ne pouvois pas m'empcher de juger qu'une chose que je concevois si clairement toit vraie2 non que je m'y trouvasse forc par aucune cause extrieure1 mais seulement parceque d'une grande clart qui toit en mon entendement1 a suivi une grande inclination en ma volont2 et je me suis port croire avec d'autant plus de libert1 que je me suis trouv avec moins d'indiffrence4 ,au contraire1 prsent je ne connois pas seulement que j'existe1 en tant que je suis quelque chose qui pense2 mais il se prsente aussi mon esprit une certaine ide de la nature corporelle3 ce qui fait que je doute si cette nature qui pense qui est en moi1 ou plutt que je suis moi-mme1 est diffrente de cette nature corporelle1 ou bien si toutes deux ne sont qu'une mme chose2 et je suppose ici que je ne connois encore aucune raison qui me persuade plutt l'un que l'autre3 d'o il suit que je suis entirement indiffrent le nier ou l'assurer1 ou bien mme m'abstenir d'en donner aucun jugement4 ,et cette indiffrence ne s'tend pas seulement aux choses dont l'entendement n'a aucune connoissance1 mais gnralement aussi toutes celles qu'il ne dcouvre pas avec une parfaite clart1 au moment que la volont en dlibre2 car pour probables que soient les conjectures qui me rendent enclin juger quelque chose1 la seule connoissance que j'ai que ce ne sont que des conjectures et non des raisons certaines et indubitables1 suffit pour me donner occasion de juger le contraire3 ce que j'ai suffisamment expriment ces jours passs1 lorsque j'ai pos pour faux tout ce que j'avois tenu auparavant pour trs vritable1 pour cela seul que j'ai remarqu que l'on en pouvoit en quelque faon douter4 ,or1 si je m'abstiens de donner mon jugement sur une chose1 lorsque je ne la conois pas avec assez de clart et de distinction1 il est vident que je fais bien1 et que je ne suis point tromp2 mais si je me dtermine la nier ou assurer1 alors je ne me sers pas comme je dois de mon libre arbitre2 et si j'assure ce qui n'est pas vrai1 il est vident que je me trompe3 mme aussi1 encore que je juge selon la vrit1 cela n'arrive que par hasard1 et je ne laisse pas de faillir et d'user mal de mon libre arbitre2 car la lumire naturelle nous enseigne que la connaissance de l'entendement doit toujours prcder la dtermination de la volont4 ,et c'est dans ce mauvais usage du libre arbitre que se rencontre la privation qui constitue la forme de l'erreur4 ,la privation1 dis-je1 se rencontre dans l'opration1 en tant qu'elle procde de moi1 mais elle ne se trouve pas dans la facult que j'ai reue de ,dieu1 ni mme dans l'opration1 en tant qu'elle dpend de lui4 ,car je n'ai certes aucun sujet de me plaindre de ce que ,dieu ne m'a pas donn une intelligence plus ample1 ou une lumire naturelle plus parfaite que celle qu'il m'a donne1 puisqu'il est de la nature d'un entendement fini de ne pas entendre plusieurs choses1 et de la nature d'un entendement cr d'tre fini3 mais j'ai tout sujet de lui rendre grces de ce que ne m'ayant jamais rien d1 il m'a nanmoins donn tout le peu de perfections qui est en moi2 bien loin de concevoir des sentiments si injustes que de m'imaginer qu'il m'ait t ou retenu injustement les autres perfections qu'il ne m'a point donnes4 ,je n'ai pas aussi sujet de me plaindre de ce qu'il m'a donn une volont plus ample que l'entendement1 puisque la volont ne consistant que dans une seule chose et comme dans un indivisible1 il semble que sa nature est telle qu'on ne lui sauroit rien ter sans la dtruire2 et certes1 plus elle a d'tendue1 et plus ai-je remercier la bont de celui qui me l'a donne4 ,et enfin je ne dois pas aussi me plaindre de ce que ,dieu concourt avec moi pour former les actes de cette volont1 c'est--dire les jugements dans lesquels je me trompe1 parce que ces actes-l sont entirement vrais et absolument bons1 en tant qu'ils dpendent de ,dieu2 et il y a en quelque sorte plus de perfection en ma nature1 de ce que je les puis former1 que si je ne le pouvois pas4 ,pour la privation1 dans laquelle seule consiste la raison formelle de l'erreur et du pch1 elle n'a besoin d'aucun concours de ,dieu1 parce que ce n'est pas une chose ou un tre1 et que si on la rapporte ,dieu comme sa cause1 elle ne doit pas tre nomme privation1 mais seulement ngation1 selon la signification qu'on donne ces mots dans l'cole4 ,car en effet ce n'est point une imperfection en ,dieu de ce qu'il ma donn la libert de donner mon jugement1 ou de ne le pas donner sur certaines choses dont il n'a pas mis une claire et distincte connoissance en mon entendement2 mais sans doute c'est en moi une imperfection de ce que je n'use pas bien de cette libert1 et que je donne tmrairement mon jugement sur des choses que je ne conois qu'avec obscurit et confusion4 ,je vois nanmoins qu'il toit ais ,dieu de faire en sorte que je ne me trompasse jamais1 quoique je demeurasse libre et d'une connaissance borne-- savoir1 s'il et donn mon entendement une claire et distincte intelligence de toutes les choses dont je devois jamais dlibrer1 ou bien seulement s'il et si profondment grav dans ma mmoire la rsolution de ne juger jamais d'aucune chose sans la concevoir clairement et distinctement1 que je ne la pusse jamais oublier4 ,et je remarque bien qu'en tant que je me considre tout seul1 comme s'il n'y avoit que moi au monde1 j'aurois t beaucoup plus parfait que je ne suis1 si ,dieu m'avoit cr tel que je ne faillisse jamais2 mais je ne puis pas pour cela nier que ce ne soit en quelque faon une plus grande perfection dans l'univers1 de ce que quelques unes de ses parties ne sont pas exemptes de dfaut1 que d'autres le sont1 que si elles toient toutes semblables4 ,et je n'ai aucun droit de me plaindre que ,dieu1 m'ayant mis au monde1 n'ait pas voulu me mettre au rang des choses les plus nobles et les plus parfaites3 mme j'ai sujet de me contenter de ce que1 s'il ne m'a pas donn la perfection de ne point faillir par le premier moyen que j'ai ci-dessus dclar1 qui dpend d'une claire et vidente connaissance de toutes les choses dont je puis dlibrer1 il a au moins laiss en ma puissance l'autre moyen1 qui est de retenir fermement la rsolution de ne jamais donner mon jugement sur les choses dont la vrit ne m'est pas clairement connue2 car quoique j'exprimente en moi cette faiblesse de ne pouvoir attacher continuellement mon esprit une mme pense1 je puis toutefois1 par une mditation attentive et souvent ritre1 me l'imprimer si fortement en la mmoire1 que je ne manque jamais de m'en ressouvenir toutes les fois que j'en aurai besoin1 et acqurir de cette faon l'habitude de ne point faillir2 et d'autant que c'est en cela que consiste la plus grande et la principale perfection de l'homme1 j'estime n'avoir pas aujourd'hui peu gagn par cette mditation1 d'avoir dcouvert la cause de l'erreur et de la fausset4 ,et certes il n'y en peut avoir d'autres que celle que je viens d'expliquer3 car toutes les fois que je retiens tellement ma volont dans les bornes de ma connoissance1 qu'elle ne fait aucun jugement que des choses qui lui sont clairement et distinctement reprsentes par l'entendement1 il ne se peut faire que je me trompe2 parceque toute conception claire et distincte est sans doute quelque chose1 et partant elle ne peut tirer son origine du nant1 mais doit ncessairement avoir ,dieu pour son auteur2 ,dieu1 dis-je1 qui tant souverainement parfait ne peut tre cause d'aucune erreur2 et par consquent il faut conclure qu'une telle conception ou un tel jugement est vritable4 ,au reste je n'ai pas seulement appris aujourd'hui ce que je dois viter pour ne plus faillir1 mais aussi ce que je dois faire pour parvenir la connoissance de la vrit4 ,car certainement j'y parviendrai si j'arrte suffisamment mon attention sur toutes les choses que je conois parfaitement1 et si je les spare des autres que je ne conois qu'avec confusion et obscurit-- quoi dornavant je prendrai soigneusement garde4 ,m,,ditation ,,cinqui,,me4 ,,de ,l',,essence ,,des ,,choses ,,mat,,rielles2 ,,et1 ,,pour ,,la ,,seconde ,,fois1 ,,de ,l',,existence ,,de ,,dieu4 ,il me reste beaucoup d'autres choses examiner touchant les attributs de ,dieu et touchant ma propre nature1 c'est--dire celle de mon esprit3 mais j'en reprendrai peut-tre une autre fois la recherche4 ,maintenant1 aprs avoir remarqu ce qu'il faut faire ou viter pour parvenir la connoissance de la vrit1 ce que j'ai principalement faire est d'essayer de sortir et me dbarrasser de tous les doutes o je suis tomb ces jours passs1 et de voir si l'on ne peut rien connotre de certain touchant les choses matrielles4 ,mais avant que j'examine s'il y a de telles choses qui existent hors de moi1 je dois considrer leurs ides1 en tant qu'elles sont en ma pense1 et voir quelles sont celles qui sont distinctes1 et quelles sont celles qui sont confuses4 ,en premier lieu1 j'imagine distinctement cette quantit que les philosophes appellent vulgairement la quantit continue1 ou bien l'extension en longueur1 largeur et profondeur1 qui est en cette quantit1 ou plutt en la chose qui on l'attribue4 ,de plus1 je puis nombrer en elle plusieurs diverses parties1 et attribuer chacune de ces parties toutes sortes de grandeurs1 de figures1 de situations et de mouvements2 et enfin je puis assigner chacun de ces mouvements toutes sortes de dures4 ,et je ne connois pas seulement ces choses avec distinction1 lorsque je les considre ainsi en gnral2 mais aussi1 pour peu que j'y applique mon attention1 je viens connotre une infinit de particularits touchant les nombres1 les figures1 les mouvements1 et autres choses semblables1 dont la vrit se fait parotre avec tant d'vidence et s'accorde si bien avec ma nature1 que lorsque je commence les dcouvrir1 il ne me semble pas que j'apprenne rien de nouveau1 mais plutt que je me ressouviens de ce que je savois dj auparavant1 c'est--dire que j'aperois des choses qui toient dj dans mon esprit1 quoique je n'eusse pas encore tourn ma pense vers elles4 ,et ce que je trouve ici de plus considrable1 c'est que je trouve en moi une infinit d'ides de certaines choses qui ne peuvent pas tre estimes un pur nant1 quoique peut-tre elles n'aient aucune existence hors de ma pense2 et qui ne sont pas feintes par moi1 bien qu'il soit en ma libert de les penser ou de ne les penser pas2 mais qui ont leurs vraies et immuables natures4 ,comme1 par exemple1 lorsque j'imagine un triangle1 encore qu'il n'y ait peut-tre en aucun lieu du monde hors de ma pense une telle figure1 et qu'il n'y en ait jamais eu1 il ne laisse pas nanmoins d'y avoir une certaine nature1 ou forme1 ou essence dtermine du cette figure1 laquelle est immuable et ternelle1 que je n'ai point invente1 et qui ne dpend en aucune faon de mon esprit2 comme il paroit de ce que l'on peut dmontrer diverses proprits de ce triangle1 savoir1 que ses trois angles sont gaux deux droits1 que le plus grand angle1 est soutenu par le plus grand ct1 et autres semblables1 lesquelles maintenant1 soit que je le veuille on non1 je reconnois trs clairement et trs videmment tre en lui1 encore que je n'y aie pens auparavant en aucune faon1 lorsque je me suis imagin la premire fois un triangle1 et partant on ne peut pas dire que je les aie feintes et inventes4 ,et je n'ai que faire ici de m'objecter que peut-tre cette ide du triangle est venue en mon esprit par l'entremise de mes sens1 pour avoir vu quelquefois des corps de figure triangulaire2 car je puis former en mon esprit une infinit d'autres figures1 dont on ne peut avoir le moindre soupon que jamais elles me soient tombes sous les sens1 et je ne laisse pas toutefois de pouvoir dmontrer diverses proprits touchant leur nature1 aussi bien que touchant celle du triangle2 lesquelles1 certes1 doivent tre toutes vraies1 puisque je les conois clairement3 et partant elles sont quelque chose1 et non pas un pur nant2 car il est trs vident que tout ce qui est vrai est quelque chose1 la vrit tant une mme chose avec l'tre2 et j'ai dj amplement dmontr ci-dessus que toutes les choses que je connois clairement et distinctement sont vraies4 ,et quoique je ne l'eusse pas dmontr1 toutefois la nature de mon esprit est telle1 que je ne me saurois empcher de les estimer vraies1 pendant que je les conois clairement et distinctement2 et je me ressouviens que lors mme que j'tois encore fortement attach aux objets des sens1 j'avois tenu au nombre des plus constantes vrits celles que je concevois clairement et distinctement touchant les figures1 les nombres1 et les autres choses qui appartiennent l'arithmtique et la gomtrie4 ,or1 maintenant si de cela seul que je puis tirer de ma pense l'ide de quelque chose1 il s'ensuit que tout ce que je reconnois clairement et distinctement appartenir cette chose lui appartient en effet1 ne puis-je pas tirer de ceci un argument et une preuve dmonstrative de l'existence de ,dieu8 ,il est certain que je ne trouve pas moins en moi son ide1 c'est--dire l'ide d'un tre souverainement parfait1 que celle de quelque figure ou de quelque nombre que ce soit3 et je ne connois pas moins clairement et distinctement qu'une actuelle et ternelle existence appartient sa nature1 que je connois que tout ce que je puis dmontrer de quelque figure1 ou de quelque nombre1 appartient vritablement la nature de cette figure ou de ce nombre2 et partant1 encore que tout ce que j'ai conclu dans les mditations prcdentes ne se trouvt point vritable1 l'existence de ,dieu devroit passer en mon esprit au moins pour aussi certaine que j'ai estim jusques ici toutes les vrits des mathmatiques1 qui ne regardent que les nombres et les figures3 bien qu' la vrit1 cela ne paroisse pas d'abord entirement manifeste1 mais semble avoir quelque apparence de sophisme4 ,car ayant accoutum dans toutes les autres choses de faire distinction entre l'existence et l'essence1 je me persuade aisment que l'existence peut tre spare de l'essence de ,dieu1 et qu'ainsi on peut concevoir ,dieu comme n'tant pas actuellement4 ,mais nanmoins1 lorsque j'y pense avec plus d'attention1 je trouve manifestement que l'existence ne peut non plus tre spare de l'essence de ,dieu1 que de l'essence d'un triangle rectiligne la grandeur de ses trois angles gaux deux droits1 ou bien de l'ide d'une montagne l'ide d'une valle2 en sorte qu'il n'y a pas moins de rpugnance de concevoir un ,dieu1 c'est--dire un tre souverainement parfait1 auquel manque l'existence1 c'est--dire auquel manque quelque perfection1 que de concevoir une montagne qui n'ait point de valle4 ,mais encore qu'en effet je ne puisse pas concevoir un ,dieu sans existence1 non plus qu'une montagne sans valle2 toutefois1 comme de cela seul que je conois une montagne avec une valle1 il ne s'ensuit pas qu'il y ait aucune montagne dans le monde1 de mme aussi1 quoique je conoive ,dieu comme existant1 il ne s'ensuit pas ce semble pour cela que ,dieu existe3 car ma pense n'impose aucune ncessit aux choses2 et comme il ne tient qu' moi d'imaginer un cheval ail1 encore qu'il n'y en ait aucun qui ait des ailes1 ainsi je pourrois peut-tre attribuer l'existence ,dieu1 encore qu'il n'y et aucun ,dieu qui existt4 ,tant s'en faut1 c'est ici qu'il y a un sophisme cach sous l'apparence de cette objection3 car de ce que je ne puis concevoir une montagne sans une valle1 il ne s'ensuit pas qu'il y ait au monde aucune montagne ni aucune valle1 mais seulement que la montagne et la valle1 soit qu'il y en ait1 soit qu'il n'y en ait point1 sont insparables l'une de l'autre2 au lieu que de cela seul que je ne puis concevoir ,dieu que comme existant1 il s'ensuit que l'existence est insparable de lui1 et partant qu'il existe vritablement3 non que ma pense puisse faire que cela soit1 ou qu'elle impose aux choses aucune ncessit2 mais1 au contraire1 la ncessit qui est en la chose mme1 c'est--dire la ncessit de l'existence de ,dieu1 me dtermine avoir cette pense4 ,car il n'est pas en ma libert de concevoir un ,dieu sans existence1 c'est--dire un tre souverainement parfait sans une souveraine perfection1 comme il m'est libre d'imaginer un cheval sans ailes ou avec des ailes4 ,et l'on ne doit pas aussi dire ici qu'il est la vrit ncessaire que j'avoue que ,dieu existe1 aprs que j'ai suppos qu'il possde toutes sortes de perfections1 puisque l'existence en est une1 mais que ma premire supposition n'toit pas ncessaire2 non plus qu'il n'est point ncessaire de penser que toutes les figures de quatre cts se peuvent inscrire dans le cercle1 mais que1 supposant que j'aie cette pense1 je suis contraint d'avouer que le rhombe y peut tre inscrit1 puisque c'est une figure de quatre cts1 et ainsi je serai contraint d'avouer une chose fausse4 ,on ne doit point1 dis-je1 allguer cela3 car encore qu'il ne soit pas ncessaire que je tombe jamais dans aucune pense de ,dieu1 nanmoins1 toutes les fois qu'il m'arrive de penser un tre premier et souverain1 et de tirer1 pour ainsi dire1 son ide du trsor de mon esprit1 il est ncessaire que je lui attribue toutes sortes de perfections1 quoique je ne vienne pas les nombrer toutes1 et appliquer mon attention sur chacune d'elles en particulier4 ,et cette ncessit est suffisante pour faire que par aprs 7sitt que je viens reconnotre que l'existence est une perfection7 je conclus fort bien que cet tre premier et souverain existe3 de mme qu'il n'est pas ncessaire que j'imagine jamais aucun triangle2 mais toutes les fois que je veux considrer une figure rectiligne1 compose seulement de trois angles1 il est absolument ncessaire que je lui attribue toutes les choses qui servent conclure que ces trois angles ne sont pas plus grands que deux droits1 encore que peut-tre je ne considre pas alors cela en particulier4 ,mais quand j'examine quelles figures sont capables d'tre inscrites dans le cercle1 il n'est en aucune faon ncessaire que je pense que toutes les figures de quatre cts sont de ce nombre2 au contraire1 je ne puis pas mme feindre que cela soit1 tant que je ne voudrai rien recevoir en ma pense que ce que je pourrai concevoir clairement et distinctement4 ,et par consquent il y a une grande diffrence entre les fausses suppositions1 comme est celle-ci1 et les vritables ides qui sont nes avec moi1 dont la premire et principale est celle de ,dieu4 ,car en effet je reconnois en plusieurs faons que cette ide n'est point quelque chose de feint ou d'invent1 dpendant seulement de ma pense1 mais que c'est l'image d'une vraie et immuable nature3 premirement1 cause que je ne saurois concevoir autre chose que ,dieu seul1 l'essence de laquelle l'existence appartienne avec ncessit3 puis aussi1 pource qu'il ne m'est pas possible de concevoir deux ou plusieurs dieux tels que lui2 et1 pos qu'il y en ait un maintenant qui existe1 je vois clairement qu'il est ncessaire qu'il ait t auparavant de toute ternit1 et qu'il soit ternellement l'avenir3 et enfin1 parceque je conois plusieurs autres choses en ,dieu o je ne puis rien diminuer ni changer4 ,au reste1 de quelque preuve et argument que je me serve1 il en faut toujours revenir l1 qu'il n'y a que les choses que je conois clairement et distinctement1 qui aient la force de me persuader entirement4 ,et quoique entre les choses que je conois de cette sorte1 il y en ait la vrit quelques unes manifestement connues d'un chacun1 et qu'il y en ait d'autres aussi qui ne se dcouvrent qu' ceux qui les considrent de plus prs et qui les examinent plus exactement1 toutefois aprs qu'elles sont une fois dcouvertes1 elles ne sont pas estimes moins certaines les unes que les autres4 ,comme1 par exemple1 en tout triangle rectangle1 encore qu'il ne paroisse pas d'abord si facilement que le carr de la base est gal aux carrs des deux autres cts1 comme il est vident que cette base est oppose au plus grand angle1 nanmoins1 depuis que cela a t une fois reconnu1 on est autant persuad de la vrit de l'un que de l'autre4 ,et pour ce qui est de ,dieu1 certes si mon esprit n'toit prvenu d'aucuns prjugs1 et que ma pense ne se trouvt point divertie par la prsence continuelle des images des choses sensibles1 il n'y auroit aucune chose que je connusse plus tt ni plus facilement que lui4 ,car y a-t-il rien de soi plus clair et plus manifeste que de penser qu'il y a un ,dieu1 c'est--dire un tre souverain et parfait1 en l'ide duquel seul l'existence ncessaire ou ternelle est comprise1 et par consquent qui existe8 ,et quoique1 pour bien concevoir cette vrit1 j'aie eu besoin d'une grande application d'esprit1 toutefois prsent je ne m'en tiens pas seulement aussi assur que de tout ce qui me semble le plus certain3 mais outre cela je remarque que la certitude de toutes les autres choses en dpend si absolument1 que sans cette connoissance il est impossible de pouvoir jamais rien savoir parfaitement4 ,car encore que je sois d'une telle nature que1 ds aussitt que je comprends quelque chose fort clairement et fort distinctement1 je ne puis m'empcher de la croire vraie2 nanmoins1 parceque je suis aussi d'une telle nature que je ne puis pas avoir l'esprit continuellement attach une mme chose1 et que souvent je me ressouviens d'avoir jug une chose tre vraie1 lorsque je cesse de considrer les raisons qui m'ont oblig la juger telle1 il peut arriver pendant ce temps-l que d'autres raisons se prsentent moi1 lesquelles me feroient aisment changer d'opinion1 si j'ignorois qu'il y et un ,dieu2 et ainsi je n'aurois jamais une vraie et certaine science d'aucune chose que ce soit1 mais seulement de vagues et inconstantes opinions4 ,comme1 par exemple1 lorsque je considre la nature du triangle rectiligne1 je connois videmment1 moi qui suis un peu vers dans la gomtrie1 que ses trois angles sont gaux deux droits2 et il ne m'est pas possible de ne le point croire1 pendant que j'applique ma pense sa dmonstration3 mais aussitt que je l'en dtourne1 encore que je me ressouvienne de l'avoir clairement comprise1 toutefois il se peut faire aisment que je doute de sa vrit1 si j'ignore qu'il y ait un ,dieu2 car je puis me persuader d'avoir t fait tel par la nature1 que je me puisse aisment tromper1 mme dans les choses que je crois comprendre avec le plus d'vidence et de certitude2 vu principalement que je me ressouviens d'avoir souvent estim beaucoup de choses pour vraies et certaines1 lesquelles d'autres raisons m'ont par aprs port juger absolument fausses4 ,mais aprs avoir reconnu qu'il y a un ,dieu2 pource qu'en mme temps j'ai reconnu aussi que toutes choses dpendent de lui1 et qu'il n'est point trompeur1 et qu'ensuite de cela j'ai jug que tout ce que je conois clairement et distinctement ne peut manquer d'tre vrai2 encore que je ne pense plus aux raisons pour lesquelles j'ai jug cela tre vritable1 pourvu seulement que je me ressouvienne de l'avoir clairement et distinctement compris1 on ne me peut apporter aucune raison contraire qui me le fasse jamais rvoquer en doute2 et ainsi j'en ai une vraie et certaine science4 ,et cette mme science s'tend aussi toutes les autres choses que je me ressouviens d'avoir autrefois dmontres1 comme aux vrits de la gomtrie1 et autres semblables3 car qu'est-ce que l'on me peut objecter pour m'obliger les rvoquer en doute8 ,sera-ce que ma nature est telle que je suis fort sujet me mprendre8 ,mais je sais dj que je ne puis me tromper dans les jugements dont je connois clairement les raisons4 ,sera-ce que j'ai estim autrefois beaucoup de choses pour vraies et pour certaines1 que j'ai reconnues par aprs tre fausses8 ,mais je n'avois connu clairement ni distinctement aucunes de ces choses-l1 et ne sachant point encore cette rgle par laquelle je m'assure de la vrit1 j'avois t port les croire1 par des raisons que j'ai reconnues depuis tre moins fortes que je ne me les tois pour lors imagines4 ,que me pourra-t-on donc objecter davantage8 ,sera-ce que peut-tre je dors 7comme je me l'tois moi-mme object ci-devant71 ou bien que toutes les penses que j'ai maintenant ne soit pas plus vraies que les rveries que nous imaginons tant endormis8 ,mais1 quand bien mme je dormirois1 tout ce qui se prsente mon esprit avec vidence est absolument vritable4 ,et ainsi je reconnois trs clairement que la certitude et la vrit de toute science dpend de la seule connoissance du vrai ,dieu3 en sorte qu'avant que je le connusse je ne pouvois savoir parfaitement aucune autre chose4 ,et prsent que je le connois1 j'ai le moyen d'acqurir une science parfaite touchant une infinit de choses1 non seulement de celles qui sont en lui1 mais aussi de celles qui appartiennent la nature corporelle1 en tant qu'elle peut servir d'objet aux dmonstrations des gomtres1 lesquels n'ont point d'gard son existence4 ,,meditation ,,sixi,,me4 ,,de ,l',,existence ,,des ,,choses ,,mat,,rielles1 ,,et ,,de ,,la ,,distinction ,r,,elle ,,entre ,l',,ame ,,et ,,le ,,corps ,,de ,l',,homme4 ,il ne me reste plus maintenant qu' examiner s'il y a des choses matrielles3 et certes1 au moins sais-je dj qu'il y en peut avoir1 en tant qu'on les considre comme l'objet des dmonstrations de gomtrie1 vu que de cette faon je les conois fort clairement et fort distinctement4 ,car il n'y a point de doute que ,dieu n'ait la puissance de produire toutes les choses que je suis capable de concevoir avec distinction2 et je n'ai jamais jug qu'il lui ft impossible de faire quelque chose1 que par cela seul que je trouvois de la contradiction la pouvoir bien concevoir4 ,de plus1 la facult d'imaginer qui est en moi1 et de laquelle je vois par exprience que je me sers lorsque je m'applique la considration des choses matrielles1 est capable de me persuader leur existence3 car1 quand je considre attentivement ce que c'est que l'imagination1 je trouve qu'elle n'est autre chose qu'une certaine application de la facult qui connot1 au corps qui lui est intimement prsent1 et partant qui existe4 ,et pour rendre cela trs manifeste1 je remarque premirement la diffrence qui est entre l'imagination et l pure intellection ou conception4 ,par exemple1 lorsque j'imagine un triangle1 non seulement je conois que c'est une figure compose de trois lignes1 mais avec cela j'envisage ces trois lignes comme prsentes par la force et l'application intrieure de mon esprit2 et c'est proprement ce que j'appelle imaginer4 ,que si je veux penser un chiliogone1 je conois bien la vrit que c'est une figure compose de mille cts aussi facilement que je conois qu'un triangle est une figure compose de trois cts seulement2 mais je ne puis pas imaginer les mille cts d'un chiliogone comme je fais les trois d'un triangle1 ni pour ainsi dire les regarder comme prsents avec les yeux de mon esprit4 ,et quoique1 suivant la coutume que j'ai de me servir toujours de mon imagination lorsque je pense aux choses corporelles1 il arrive qu'en concevant un chiliogone je me reprsente confusment quelque figure1 toutefois il est trs vident que cette figure n'est point un chiliogone1 puisqu'elle ne diffre nullement de celle que je me reprsenterois1 si je pensois un myriogone ou quelque autre figure de beaucoup de cts2 et qu'elle ne sert en aucune faon dcouvrir les proprits qui font la diffrence du chiliogone d'avec les autres polygones4 ,que s'il est question de considrer un pentagone1 il est bien vrai que je puis concevoir sa figure1 aussi bien que celle d'un chiliogone1 sans le secours de l'imagination2 mais je la puis aussi imaginer en appliquant l'attention de mon esprit chacun de ses cinq cts1 et tout ensemble l'aire ou l'espace qu'ils renferment4 ,ainsi1 je connois clairement que j'ai besoin d'une particulire contention d'esprit pour imaginer1 de laquelle je ne me sers point pour concevoir on pour entendre2 et cette particulire contention d'esprit montre videmment la diffrence qui est entre l'imagination et l'intellection ou conception pure4 ,je remarque outre cela que cette vertu d'imaginer qui est en moi1 en tant qu'elle diffre de la puissance de concevoir1 n'est en aucune faon ncessaire ma nature ou mon essence1 c'est--dire l'essence de mon esprit2 car1 encore que je ne l'eusse point1 il est sans doute que je demeurerois toujours le mme que je suis maintenant3 d'o il semble que l'on puisse conclure qu'elle dpend de quelque chose qui diffre de mon esprit4 ,et je conois facilement que1 si quelque corps existe auquel mon esprit soit tellement conjoint et uni qu'il se puisse appliquer le considrer quand il lui plat1 il se peut faire que par ce moyen il imagine les choses corporelles2 en sorte que cette faon de penser diffre seulement de la pure intellection en ce que l'esprit en concevant se tourne en quelque faon vers soi-mme1 et considre quelqu'une des ides qu'il a en soi2 mais en imaginant il se tourne vers le corps1 et considre en lui quelque chose de conforme l'ide qu'il a lui-mme forme ou qu'il a reue par les sens4 ,je conois1 dis-je1 aisment que l'imagination se peut faire de cette sorte1 s'il est vrai qu'il y ait des corps2 et1 parceque je ne puis rencontrer aucune autre voie pour expliquer comment elle se fait1 je conjecture de l probablement qu'il y en a3 mais ce n'est que probablement2 et1 quoique j'examine soigneusement toutes choses1 je ne trouve pas nanmoins que1 de cette ide distincte de la nature corporelle que j'ai en mon imagination1 je puisse tirer aucun argument qui conclue avec ncessit l'existence de quelque corps4 ,or j'ai accoutum d'imaginer beaucoup d'autres choses outre cette nature corporelle qui est l'objet de la gomtrie1 savoir les couleurs1 les sons1 les saveurs1 la douleur1 et autres choses semblables1 quoique moins distinctement2 et d'autant que j'aperois beaucoup mieux ces choses-l par les sens1 par l'entremise desquels et de la mmoire1 elles semblent tre parvenues jusqu' mon imagination1 je crois que1 pour les examiner plus commodment1 il est propos que j'examine en mme temps ce que c'est que sentir1 et que je voie si de ces ides que je reois eu mon esprit par cette faon de penser que j'appelle sentir1 je ne pourrai point tirer quelque preuve certaine de l'existence des choses corporelles4 ,et premirement1 je rappellerai en ma mmoire quelles sont les choses que j'ai ci-devant tenues pour vraies1 comme les ayant reues par les sens1 et sur quels fondements ma crance toit appuye2 aprs1 j'examinerai les raisons qui m'ont oblig depuis les rvoquer en doute2 et enfin1 je considrerai ce que j'en dois maintenant croire4 ,premirement donc j'ai senti que j'avois une tte1 des mains1 des pieds1 et tous les autres membres dont est compos ce corps que je considrois comme une partie de moi-mme ou peut-tre aussi comme le tout3 de plus1 j'ai senti que ce corps toit plac entre beaucoup d'autres1 desquels il toit capable de recevoir diverses commodits et incommodits1 et je remarquois ces commodits par un certain sentiment de plaisir ou de volupt1 et ces incommodits par un sentiment de douleur4 ,et1 outre ce plaisir et cette douleur1 je ressentois aussi en moi la faim1 la soif1 et d'autres semblables apptits2 comme aussi de certaines inclinations corporelles vers la joie1 la tristesse1 la colre1 et autres semblables passions4 ,et au dehors1 outre l'extension1 les figures1 les mouvements des corps1 je remarquois en eux de la duret1 de la chaleur1 et toutes les autres qualits qui tombent sous l'attouchement2 de plus1 j'y remarquois de la lumire1 des couleurs1 des odeurs1 des saveurs et des sons1 dont la varit me donnait moyen de distinguer le ciel1 la terre1 la mer1 et gnralement tous les autres corps les uns d'avec les autres4 ,et certes1 considrant les ides de toutes ces qualits qui se prsentoient ma pense1 et lesquelles seules je sentois proprement et immdiatement1 ce n'toit pas sans raison que je croyois sentir des choses entirement diffrentes de ma pense1 savoir des corps d'o procdoient ces ides3 car j'exprimentois qu'elles se prsentoient elle sans que mon consentement y ft requis1 en sorte que je ne pouvois sentir aucun objet1 quelque volont que j'en eusse1 s'il ne se trouvoit prsent l'organe d'un de mes sens2 et il n'toit nullement en mon pouvoir de ne le pas sentir lorsqu'il s'y trouvoit prsent4 ,et parce que les ides que je recevois par les sens toient beaucoup plus vives1 plus expresses1 et mme leur faon plus distinctes qu'aucunes de celles que je pouvois feindre de moi-mme en mditant1 ou bien que je trouvois imprimes en ma mmoire1 il sembloit qu'elles ne pouvoient procder de mon esprit2 de faon qu'il toit ncessaire qu'elles fussent causes en moi par quelques autres choses4 ,desquelles choses n'ayant aucune connoissance1 sinon celle que me donnoient ces mmes ides1 il ne me pouvoit venir autre chose en l'esprit1 sinon que ces choses-l taient semblables aux ides qu'elles causoient4 ,et pource que je me ressouvenois aussi que je m'tois plutt servi des sens que de ma raison1 et que je reeonnoissois que les ides que je formois de moi-mme n'toient pas si expresses que celles que je recevois par les sens1 et mme qu'elles toient le plus souvent composes des parties de celles-ci1 je me persuadois aisment que je n'avois aucune ide dans mon esprit qui n'et pass auparavant par mes sens4 ,ce n'toit pas aussi sans quelque raison que je croyois que ce corps1 lequel par un certain droit particulier j'appelois mien1 m'appartenoit plus proprement et plus troitement que pas un autre2 car en effet je n'en pouvois jamais tre spar comme des autres corps3 je ressentois en lui et pour lui tous mes apptits et toutes mes affections2 et enfin j'tois touch des sentiments de plaisir et de douleur en ses parties1 et non pas en celles des autres corps1 qui en sont spars4 ,mais quand j'examinois pourquoi de ce je ne sais quel sentiment de douleur suit la tristesse en l'esprit1 et du sentiment de plaisir nait la joie1 ou bien pourquoi cette je ne sais quelle motion de l'estomac1 que j'appelle faim1 nous fait avoir envie de manger1 et la scheresse du gosier nous fait avoir envie de boire1 et ainsi du reste1 je n'en pouvois rendre aucune raison1 sinon que la nature me l'enseignoit de la sorte2 car il n'y a certes aucune affinit ni aucun rapport1 au moins que je puisse comprendre1 entre cette motion de l'estomac et le dsir de manger1 non plus qu'entre le sentiment de la chose qui cause de la douleur1 et la pense de tristesse que fait natre ce sentiment4 ,et1 en mme faon1 il me sembloit que j'avois appris de la nature toutes les autres choses que je jugeois touchant les objets de mes sens2 pource que je remarquois que les jugements que j'avois coutume de faire de ces objets se formoient en moi avant que j'eusse le loisir de peser et considrer aucunes raisons qui me pussent obliger les faire4 ,mais par aprs1 plusieurs expriences ont peu peu ruin toute la crance que j'avois ajoute mes sens3 car j'ai observ plusieurs fois que des tours1 qui de loin m'avoient sembl rondes1 me paroissoient de prs tre carres1 et que des colosses levs sur les plus hauts sommets de ces tours me paroissoient de petites statues les regarder d'en bas2 et ainsi1 dans une infinit d'autres rencontres1 j'ai trouv de l'erreur dans les jugements fonds sur les sens extrieurs2 et non pas seulement sur les sens extrieurs1 mais mme sur les intrieurs3 car y a-t-il chose plus intime ou plus intrieure que la douleur8 et cependant j'ai autrefois appris de quelques personnes qui avoient les bras et les jambes coupes1 qu'il leur sembloit encore quelquefois sentir de la douleur dans la partie qu'ils n'avoient plus2 ce qui me donnoit sujet de penser que je ne pouvois aussi tre entirement assur d'avoir mal quelqu'un de mes membres1 quoique je sentisse en lui de la douleur4 ,et ces raisons de douter j'en ai encore ajout depuis peu deux autres fort gnrales3 la premire est que je n'ai jamais rien cru sentir tant veill que je ne puisse quelquefois croire aussi sentir quand je dors2 et comme je ne crois pas que les choses qu'il me semble que je sens en dormant procdent de quelques objets hors de moi1 je ne voyois pas pourquoi je devois plutt avoir cette crance touchant celles qu'il me semble que je sens tant veill3 et la seconde1 que1 ne connoissant pas encore ou plutt feignant de ne pas connotre l'auteur du mon tre1 je ne voyois rien qui put empcher que je n'eusse t fait tel par la nature1 que je me trompasse mme dans les choses qui me paroissoient les plus vritables4 ,et1 pour les raisons qui m'avoient ci-devant persuad la vrit des choses sensibles1 je n'avois pas beaucoup de peine y rpondre2 car la nature semblant me porter beaucoup de choses dont la raison me dtournoit1 je ne croyois pas me devoir confier beaucoup aux enseignements de cette nature4 ,et quoique les ides que je reois par les sens ne dpendent point de ma volont1 je ne pensois pas devoir pour cela conclure qu'elles procdoient de choses diffrentes de moi1 puisque peut-tre il se peut rencontrer en moi quelque facult1 bien qu'elle m'ait t jusques ici inconnue1 qui en soit la cause et qui les produise4 ,mais maintenant que je commence me mieux connotre moi-mme et dcouvrir plus clairement l'auteur de mon origine1 je ne pense pas la vrit que je doive tmrairement admettre toutes les choses que les sens semblent nous enseigner1 mais je ne pense pas aussi que je les doive toutes gnralement rvoquer en doute4 ,et premirement1 pource que je sais que toutes les choses que je conois clairement et distinctement peuvent tre produites par ,dieu telles que je les conois1 il suffit que je puisse concevoir clairement et distinctement une chose sans une autre1 pour tre certain que l'une est distincte ou diffrente de l'autre1 parce qu'elles peuvent tre mises sparment1 au moins par la toute-puissance de ,dieu2 et il n'importe par quelle puissance cette sparation se fasse pour tre oblig les juger diffrentes3 et partant1 de cela mme que je connois avec certitude que j'existe1 et que cependant je ne remarque point qu'il appartienne ncessairement aucune autre chose ma nature ou mon essence sinon que je suis une chose qui pense1 je conclus fort bien que mon essence consiste en cela seul que je suis une chose qui pense1 ou une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser4 ,et quoique peut-tre1 ou plutt certainement1 comme je le dirai tantt1 j'aie un corps auquel je suis trs troitement conjoint2 nanmoins1 pource que d'un cot j'ai une claire et distincte ide de moi-mme1 en tant que je suis seulement une chose qui pense et non tendue1 et que d'un autre j'ai une ide distincte du corps1 en tant qu'il est seulement une chose tendue et qui ne pense point1 il est certain que moi1 c'est--dire mon me1 par laquelle je suis ce que je suis1 est entirement et vritablement distincte de mon corps1 et qu'elle peut tre ou exister sans lui4 ,de plus1 je trouve en moi diverses facults de penser qui ont chacune leur manire particulire2 par exemple1 je trouve en moi les facults d'imaginer et de sentir1 sans lesquelles je puis bien me concevoir clairement et distinctement tout entier1 mais non pas rciproquement elles sans moi1 c'est--dire sans une substance intelligente qui elles soient attaches ou qui elles appartiennent2 car1 dans la notion que nous avons de ces facults1 ou1 pour me servir des termes de l'cole1 dans leur concept formel1 elles enferment quelque sorte d'intellection3 d'o je conois qu'elles sont distinctes de moi comme les modes le sont des choses4 ,je connois aussi quelques autres facults1 comme celles de changer de lieu1 de prendre diverses situations1 et autres semblables1 qui ne peuvent tre conues1 non plus que les prcdentes1 sans quelque substance qui elles soient attaches1 ni par consquent exister sans elle2 mais il est trs vident que ces facults1 s'il est vrai qu'elles existent1 doivent appartenir quelque substance corporelle ou tendue1 et non pas une substance intelligente1 puisque dans leur concept clair et distinct1 il y a bien quelque sorte d'extension qui se trouve contenue1 mais point du tout d'intelligence4 ,de plus1 je ne puis douter qu'il n'y ait en moi une certaine facult passive de sentir1 c'est--dire de recevoir et de connotre les ides des choses sensibles2 mais elle me seroit inutile1 et je ne m'en pourrois aucunement servir1 s'il n'y avoit aussi en moi1 ou en quelque autre chose1 une autre facult active1 capable de former et produire ces ides4 ,or1 cette facult active ne peut tre en moi en tant que je ne suis qu'une chose qui pense1 vu qu'elle ne prsuppose point ma pense1 et aussi que ces ides-l me sont souvent reprsentes sans que j'y contribue en aucune faon1 et mme souvent contre mon gr2 il faut donc ncessairement qu'elle soit en quelque substance diffrente de moi1 dans laquelle toute la ralit1 qui est objectivement dans les ides qui sont produites par cette facult1 soit contenue formellement ou minemment1 comme je l'ai remarqu ci-devant3 et cette substance est ou un corps1 c'est--dire une nature corporelle1 dans laquelle est contenu formellement et en effet tout ce qui est effectivement et par reprsentation dans ces ides2 ou bien c'est ,dieu mme1 ou quelque autre crature plus noble que le corps4 dans laquelle cela mme est contenu minemment4 ,or1 ,dieu n'tant point trompeur1 il est trs manifeste qu'il ne m'envoie point ces ides immdiatement par lui-mme1 ni aussi par l'entremise de quelque crature dans laquelle leur ralit ne soit pas contenue formellement1 mais seulement minemment4 ,car ne m'ayant donn aucune facult pour connotre que cela soit1 mais au contraire une trs grande inclination croire qu'elles partent des choses corporelles1 je ne vois pas comment on pourroit l'excuser de tromperie1 si en effet ces ides partoient d'ailleurs1 ou toient produites par d'autres causes que par des choses corporelles3 et partant il faut conclure qu'il y a des choses corporelles qui existent4 ,toutefois elles ne sont peut-tre pas entirement telles que nous les apercevons par les sens1 car il y a bien des choses qui rendent cette perception des sens fort obscure et confuse2 mais au moins faut-il avouer que toutes les choses que je conois clairement et distinctement1 c'est--dire toutes les choses1 gnralement parlant1 qui sont comprises dans l'objet de la gomtrie spculative1 s'y rencontrent vritablement4 ,mais pour ce qui est des autres choses1 lesquelles ou sont seulement particulires1 par exemple que le soleil soit de telle grandeur et de telle figure1 etc42 ou bien sont conues moins clairement et moins distinctement1 comme la lumire1 le son1 la douleur1 et autres semblables1 il est certain qu'encore qu'elles soient fort douteuses et incertaines1 toutefois de cela seul que ,dieu n'est point trompeur1 et que par consquent il n'a point permis qu'il pt y avoir aucune fausset dans mes opinions qu'il ne m'ait aussi donn quelque facult capable de la corriger1 je crois pouvoir conclure assurment que j'ai en moi les moyens de les connotre avec certitude4 ,et premirement1 il n'y a point de doute que tout ce que la nature m'enseigne contient quelque vrit3 car par la nature1 considre en gnral1 je n'entends maintenant autre chose que ,dieu mme1 ou bien l'ordre et la disposition que ,dieu a tablie dans les choses cres2 et par ma nature en particulier1 je n'entends autre chose que la complexion ou l'assemblage de toutes les choses que ,dieu m'a donnes4 ,or1 il n'y a rien que cette nature m'enseigne plus expressment ni plus sensiblement1 sinon que j'ai un corps qui est mal dispos quand je sens de la douleur1 qui a besoin de manger ou de boire quand j'ai les sentiments de la faim ou de la soif1 etc4 ,et partant je ne dois aucunement douter qu'il n'y ait en cela quelque vrit4 ,la nature m'enseigne aussi par ces sentiments de douleur1 de faim1 de soif1 etc41 que je ne suis pas seulement log dans mon corps ainsi qu'un pilote en son navire1 mais outre cela que je lui suis conjoint trs troitement1 et tellement confondu et ml que je compose comme un seul tout avec lui4 ,car si cela n'toit1 lorsque mon corps est bless1 je ne sentirois pas pour cela de la douleur1 moi qui ne suis qu'une chose qui pense1 mais j'apercevrois cette blessure par le seul entendement1 comme un pilote aperoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau4 ,et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger1 je connotrois simplement cela mme1 sans en tre averti par des sentiments confus de faim et de soif3 car en effet tous ces sentiments de faim1 de soif1 de douleur1 etc41 ne sont autre chose que de certaines faons confuses de penser1 qui proviennent et dpendent de l'union et comme du mlange de l'esprit avec le corps4 ,outre cela1 la nature m'enseigne que plusieurs autres corps existent autour du mien1 desquels j'ai poursuivre les uns et fuir les autres ,et certes1 de ce que je sens diffrentes sortes de couleurs1 d'odeurs1 de saveurs1 de sons1 de chaleur1 de duret1 etc41 je conclus fort bien qu'il y a dans les corps d'o procdent toutes ces diverses perceptions des sens1 quelques varits qui leur rpondent1 quoique peut-tre ces varits ne leur soient point en effet semblables2 et de ce qu'entre ces diverses perceptions des sens1 les unes me sont agrables1 et les autres dsagrables1 il n'y a point de doute que mon corps1 ou plutt moi-mme tout entier1 en tant que je suis compos de corps et d'me1 ne puisse recevoir diverses commodits ou incommodits des autres corps qui l'environnent4 ,mais il y a plusieurs autres choses qu'il semble que la nature m'ait enseignes1 lesquelles toutefois je n'ai pas vritablement apprises d'elle1 mais qui se sont introduites en mon esprit par une certaine coutume que j'ai de juger inconsidrment des choses2 et ainsi il peut aisment arriver qu'elles contiennent quelque fausset3 comme1 par exemple1 l'opinion que j'ai que tout espace dans lequel il n'y a rien qui meuve et fasse impression sur mes sens soit vide2 que dans un corps qui est chaud il y ait quelque chose de semblable l'ide de la chaleur qui est en moi2 que dans un corps blanc ou noir il y ait la mme blancheur ou noirceur que je sens2 que dans un corps amer ou doux il y ait le mme got ou la mme saveur1 et ainsi des autres2 que les astres1 les tours1 et tous les autres corps loigns1 soient de la mme figure et grandeur qu'ils paroissent de loin nos yeux1 etc4 ,mais afin qu'il n'y ait rien en ceci que je ne conoive distinctement1 je dois prcisment dfinir ce que j'entends proprement lorsque je dis que la nature m'enseigne quelque chose4 ,car je prends ici la nature eu une signification plus resserre que lorsque je l'appelle un assemblage ou une complexion de toutes les choses que ,dieu m'a donnes2 vu que cet assemblage ou complexion comprend beaucoup de choses qui n'appartiennent qu' l'esprit seul1 desquelles je n'entends point ici parler en parlant de la nature1 comme1 par exemple1 la notion que j'ai de cette vrit1 que ce qui a une fois t fait ne peut plus n'avoir point t fait1 et une infinit d'autres semblables1 que je connois par la lumire naturelle sans l'aide du corps2 et qu'il en comprend aussi plusieurs autres qui n'appartiennent qu'au corps seul1 et ne sont point ici non plus contenues sous le nom de nature1 comme la qualit qu'il a d'tre pesant1 et plusieurs autres semblables1 desquelles je ne parle pas aussi1 mais seulement des choses que ,dieu m'a donnes1 comme tant compos d'esprit et de corps4 ,or1 cette nature m'apprend bien fuir les choses qui causent en moi le sentiment de la douleur1 et me porter vers celles qui me font avoir quelque sentiment de plaisir2 mais je ne vois point qu'outre cela elle m'apprenne que de ces diverses perceptions des sens1 nous devions jamais rien conclure touchant les choses qui sont hors de nous1 sans que l'esprit les ait soigneusement et mrement examines2 car c'est1 ce me semble1 l'esprit seul1 et non point au compos de l'esprit et du corps1 qu'il appartient de connotre la vrit de ces choses-l4 ,ainsi1 quoiqu'une toile ne fasse pas plus d'impression en mon oeil que le feu d'une chandelle1 il n'y a toutefois en moi aucune facult relle ou naturelle qui me porte croire qu'elle n'est pas plus grande que ce feu1 mais je l'ai jug ainsi ds mes premires annes sans aucun raisonnable fondement4 ,et quoiqu'en approchant du feu je sente de la chaleur1 et mme que m'en approchant un peu trop prs je ressente de la douleur1 il n'y a toutefois aucune raison qui me puisse persuader qu'il y a dans le feu quelque chose de semblable cette chaleur1 non plus qu' cette douleur2 mais seulement j'ai raison de croire qu'il y a quelque chose en lui1 quelle qu'elle puisse tre1 qui excite eu moi ces sentiments de chaleur ou de douleur4 ,de mme aussi1 quoiqu'il y ait des espaces dans lesquels je ne trouve rien qui excite et meuve mes sens1 je ne dois pas conclure pour cela que ces espaces ne contiennent en eux aucun corps2 mais je vois que tant en ceci qu'en plusieurs autres choses semblables1 j'ai accoutum de pervertir et confondre l'ordre de la nature1 parceque ces sentiments ou perceptions des sens n'ayant t mises en moi que pour signifier mon esprit quelles choses sont convenables ou nuisibles au compos dont il est partie1 et jusque l tant assez claires et assez distinctes1 je m'en sers nanmoins comme si elles toient des rgles trs certaines1 par lesquelles je pusse connotre immdiatement l'essence et la nature des corps qui sont hors de moi1 de laquelle toutefois elles ne me peuvent rien enseigner que de fort obscur et confus4 ,mais j'ai dj ci-devant assez examin comment1 nonobstant la souveraine bont de ,dieu1 il arrive qu'il y ait de la fausset dans les jugements que je fais en cette sorte4 ,il se prsente seulement encore ici une difficult touchant les choses que la nature m'enseigne devoir tre suivies ou vites1 et aussi touchant les sentiments intrieurs qu'elle a mis en moi2 car il me semble y avoir quelquefois remarqu de l'erreur1 et ainsi que je suis directement tromp par ma nature3 comme1 par exemple1 le got agrable de quelque viande en laquelle on aura ml du poison peut m'inviter prendre ce poison1 et ainsi me tromper4 ,il est vrai toutefois qu'en ceci la nature peut tre excuse1 car elle me porte seulement dsirer la viande dans laquelle se rencontre une saveur agrable1 et non point dsirer le poison1 lequel lui est inconnu2 de faon que je ne puis conclure de ceci autre chose sinon que ma nature ne connot pas entirement et universellement toutes choses1 de quoi certes il n'y a pas lieu de s'tonner1 puisque l'homme1 tant d'une nature finie1 ne peut aussi avoir qu'une connoissance d'une perfection limite4 ,mais nous nous trompons aussi assez souvent1 mme dans les choses auxquelles nous sommes directement ports par la nature1 comme il arrive aux malades1 lorsqu'ils dsirent de boire ou de manger des choses qui leur peuvent nuire4 ,on dira peut-tre ici que ce qui est cause qu'ils se trompent1 est que leur nature est corrompue mais cela n'te pas la difficult1 car un homme malade n'est pas moins vritablement la crature de ,dieu qu'un homme qui est en pleine sant2 et partant il rpugne autant la bont de ,dieu qu'il ait une nature trompeuse et fautive que l'autre4 ,et comme une horloge1 compose de roues et de contrepoids1 n'observe pas moins exactement toutes les lois de la nature lorsqu'elle est mal faite et qu'elle ne montre pas bien les heures que lorsqu'elle satisfait entirement au dsir de l'ouvrier1 de mme aussi si je considre le corps de l'homme comme tant une machine tellement btie et compose d'os1 de nerfs1 de muscles1 de veines1 de sang et de peau1 qu'encore bien qu'il n'y et en lui aucun esprit1 il ne laisseroit pas de se mouvoir en toutes les mmes faons qu'il fait prsent1 lorsqu'il ne se meut point par la direction de sa volont1 ni par consquent par l'aide de l'esprit1 mais seulement par la disposition de ses organes1 je reconnois facilement qu'il seroit aussi naturel ce corps1 tant par exemple hydropique1 de souffrir la scheresse du gosier1 qui a coutume de porter l'esprit le sentiment de la soif1 et d'tre dispos par cette scheresse mouvoir ses nerfs et ses autres parties en la faon qui est requise pour boire1 et ainsi d'augmenter son mal et se nuire soi-mme1 qu'il lui est naturel1 lorsqu'il n'a aucune indisposition1 d'tre port boire pour son utilit par une semblable scheresse de gosier2 et quoique1 regardant l'usage auquel une horloge a t destine par son ouvrier1 je puisse dire qu'elle se dtourne de sa nature lorsqu'elle ne marque pas bien les heures2 et qu'en mme faon1 considrant la machine du corps humain comme ayant t forme de ,dieu pour avoir en soi tous les mouvements qui ont coutume d'y tre1 j'aie sujet de penser qu'elle ne suit pas l'ordre de sa nature quand son gosier est sec1 et que le boire nuit sa conservation2 je reconnois toutefois que cette dernire faon d'expliquer la nature est beaucoup diffrente de l'autre3 car celle-ci n'est autre chose qu'une certaine dnomination extrieure1 laquelle dpend entirement de ma pense1 qui compare un homme malade et une horloge mal faite avec l'ide que j'ai d'un homme sain et d'une horloge bien faite1 et laquelle ne signifie rien qui se trouve1 en effet dans la chose dont elle se dit2 au lieu que1 par l'autre faon d'expliquer la nature1 j'entends quelque chose qui se rencontre vritablement dans les choses1 et partant qui n'est point sans quelque vrit4 ,mais certes1 quoique au regard d'un corps hydropique ce ne soit qu'une dnomination extrieure quand on dit que sa nature est corrompue lorsque1 sans avoir besoin de boire1 il ne laisse pas d'avoir le gosier sec et aride1 toutefois1 au regard de tout le compos1 c'est--dire de l'esprit1 ou de l'me unie au corps1 ce n'est pas une pure dnomination1 mais bien une vritable erreur de nature1 de ce qu'il a soif lorsqu'il lui est trs nuisible de boire2 et partant il reste encore examiner comment la bont de ,dieu n'empche pas que la nature de l'homme1 prise de cette sorte1 soit fautive et trompeuse4 ,pour commencer donc cet examen1 je remarque ici1 premirement1 qu'il y a une grande diffrence entre l'esprit et le corps1 en ce que le corps1 de sa nature1 est toujours divisible1 et que l'esprit est entirement indivisible4 ,car1 en effet1 quand je le considre1 c'est--dire quand je me considre moi-mme1 en tant que je suis seulement une chose qui pense1 je ne puis distinguer en moi aucunes parties1 mais je connois et conois fort clairement que je suis une chose absolument une et entire4 ,et quoique tout l'esprit semble tre uni tout le corps1 toutefois lorsqu'un pied1 ou un bras1 ou quelque autre partie vient en tre spare1 je connois fort bien que rien pour cela n'a t retranch de mon esprit4 ,et les facults de vouloir1 de sentir1 de concevoir1 etc41 ne peuvent pas non plus tre dites proprement ses parties3 car c'est le mme esprit qui s'emploie tout entier vouloir1 et tout entier sentir et concevoir1 etc4 ,mais c'est tout le contraire dans les choses corporelles ou tendues3 car je n'en puis imaginer aucune1 pour petite qu'elle soit1 que je ne mette aisment en pices par ma pense1 ou que mon esprit ne divise fort facilement en plusieurs parties1 et par consquent que je ne connoisse tre divisible4 ,ce qui suffiroit pour m'enseigner que l'esprit ou l'me de l'homme est entirement diffrente du corps1 si je ne l'avois dj d'ailleurs assez appris4 ,je remarque aussi que l'esprit ne reoit pas immdiatement l'impression de toutes les parties du corps1 mais seulement du cerveau1 ou peut-tre mme d'une de ses plus petites parties1 savoir de celle o s'exerce cette facult qu'ils appellent le sens commun1 laquelle1 toutes les fois qu'elle est dispose de mme faon1 fait sentir la mme chose l'esprit1 quoique cependant les autres parties du corps puissent tre diversement disposes1 comme le tmoignent une infinit d'expriences1 lesquelles il n'est pas besoin ici de rapporter4 ,je remarque1 outre cela1 que la nature du corps est telle1 qu'aucune de ses parties ne peut tre mue par une autre partie un peu loigne1 qu'elle ne le puisse tre aussi de la mme sorte par chacune des parties qui sont entre deux1 quoique cette partie plus loigne n'agisse point4 ,comme1 par exemple1 dans la corde ,a ,b ,c ,d1 qui est toute tendue1 si l'on vient tirer et remuer la dernire partie ,d1 la premire ,a ne sera pas mue d'une autre faon qu'elle le pourroit aussi tre si on tiroit une des parties moyennes ,b ou ,c1 et que la dernire ,d demeurt cependant immobile4 ,et en mme faon1 quand je ressens de la douleur au pied1 la physique m'apprend que ce sentiment se communique par le moyen des nerfs disperss dans le pied1 qui se trouvant tendus comme des cordes depuis l jusqu'au cerveau1 lorsqu'ils sont tirs dans le pied1 tirent aussi en mme temps l'endroit du cerveau d'o ils viennent1 et auquel ils aboutissent1 et y excitent un certain mouvement que la nature a institu pour faire sentir de la douleur l'esprit1 comme si cette douleur toit dans le pied2 mais parce que ces nerfs doivent passer par la jambe1 par la cuisse1 par les reins1 par le dos et par le col1 pour s'tendre depuis le pied jusqu'au cerveau1 il peut arriver qu'encore bien que leurs extrmits qui sont dans le pied ne soient point remues1 mais seulement quelques unes de leurs parties qui passent par les reins ou par le col1 cela nanmoins excite les mmes mouvements dans le cerveau qui pourroient y tre excits par une blessure reue dans le pied2 ensuite de quoi il sera ncessaire que l'esprit ressente dans le pied la mme douleur que s'il y avoit reu une blessure3 et il faut juger le semblable de toutes les autres perceptions de nos sens4 ,enfin1 je remarque que1 puisque chacun des mouvements qui se font dans la partie du cerveau dont l'esprit reoit immdiatement l'impression1 ne lui fait ressentir qu'un seul sentiment1 on ne peut en cela souhaiter ni imaginer rien de mieux1 sinon que ce mouvement fasse ressentir l'esprit1 entre tous les sentiments qu'il est capable de causer1 celui qui est le plus propre et le plus ordinairement utile la conservation du corps humain lorsqu'il est en pleine sant4 ,or l'exprience nous fait connotre que tous les sentiments que la nature nous a donns sont tels que je viens de dire2 et partant il ne se trouve rien en eux qui ne fasse parotre la puissance et la bont de ,dieu4 ,ainsi1 par exemple1 lorsque les nerfs qui sont dans le pied sont remus fortement et plus qu' l'ordinaire1 leur mouvement passant par la moelle de l'pine du dos jusqu'au cerveau1 y fait l une impression l'esprit qui lui fait sentir quelque chose1 savoir de la douleur1 comme tant dans le pied1 par laquelle l'esprit est averti et excit faire son possible pour en chasser la cause1 comme trs dangereuse et nuisible au pied4 ,il est vrai que ,dieu pouvoit tablir la nature de l'homme de telle sorte que ce mme mouvement dans le cerveau ft sentir toute autre chose l'esprit2 par exemple1 qu'il se ft sentir soi-mme1 ou en tant qu'il est dans le cerveau1 ou en tant qu'il est dans le pied1 ou bien en tant qu'il est en quelque autre endroit entre le pied et le cerveau1 ou enfin quelque autre chose telle qu'elle peut tre3 mais rien de tout cela n'et si bien contribu la conservation du corps que ce qu'il lui fait sentir4 ,de mme1 lorsque nous avons besoin de boire1 il nat de l une certaine scheresse dans le gosier qui remue ses nerfs1 et par leur moyen les parties intrieures du cerveau2 et ce mouvement fait ressentir l'esprit le sentiment de la soif1 parce qu'en cette occasion-l il n'y a rien qui nous soit plus utile que de savoir que nous avons besoin de boire pour la conservation de notre sant1 et ainsi des autres4 ,d'o il est entirement manifeste que1 nonobstant la souveraine bont de ,dieu1 la nature de l'homme1 en tant qu'il est compos de l'esprit et du corps1 ne peut qu'elle ne soit quelquefois fautive et trompeuse4 ,car s'il y a quelque cause qui excite1 non dans le pied1 mais en quelqu'une des parties du nerf qui est tendu depuis le pied jusqu'au cerveau1 ou mme dans le cerveau1 le mme mouvement qui se fait ordinairement quand le pied est mal dispos1 on sentira de la douleur comme si elle toit dans le pied1 et le sens sera naturellement tromp2 parce qu'un mme mouvement dans le cerveau ne pouvant causer en l'esprit qu'un mme sentiment1 et ce sentiment tant beaucoup plus souvent excit par une cause qui blesse le pied que par une autre qui soit ailleurs1 il est bien plus raisonnable qu'il porte toujours l'esprit la douleur du pied que celle d'aucune autre partie4 ,et1 s'il arrive que parfois la scheresse du gosier ne vienne pas comme l'ordinaire de ce que le boire est ncessaire pour la sant du corps1 mais de quelque cause toute contraire1 comme il arrive ceux qui sont hydropiques1 toutefois il est beaucoup mieux qu'elle trompe en ce rencontre-l1 que si1 au contraire1 elle trompoit toujours lorsque le corps est bien dispos1 et ainsi des autres4 ,et certes1 cette considration me sert beaucoup non seulement pour reconnotre toutes les erreurs auxquelles ma nature est sujette1 mais aussi pour les viter ou pour les corriger plus facilement3 car1 sachant que tous mes sens me signifient plus ordinairement le vrai que le faux touchant les choses qui regardent les commodits ou incommodits du corps1 et pouvant presque toujours me servir de plusieurs d'entre eux pour examiner une mme chose1 et1 outre cela1 pouvant user de ma mmoire pour lier et joindre les connoissances prsentes aux passes1 et de mon entendement qui a dj dcouvert toutes les causes de mes erreurs1 je ne dois plus craindre dsormais qu'il se rencontre de la fausset dans les choses qui me sont le plus ordinairement reprsentes par mes sens4 ,et je dois rejeter tous les doutes de ces jours passs1 comme hyperboliques et ridicules1 particulirement cette incertitude si gnrale1 touchant le sommeil1 que je ne pouvois distinguer de la veille3 car prsent j'y rencontre une trs notable diffrence1 en ce que notre mmoire ne peut jamais lier et joindre nos songes les uns avec les autres1 et avec toute la suite de notre vie1 ainsi qu'elle a de coutume de joindre les choses qui nous arrivent tant veills4 ,et en effet1 si quelqu'un1 lorsque je veille1 m'apparoissoit tout soudain et disparoissoit de mme1 comme font les images que je vois en dormant1 en sorte que je ne pusse remarquer ni d'o il viendrait ni o il iroit1 ce ne seroit pas sans raison que je l'estimerois un spectre ou un fantme form dans mon cerveau1 et semblable ceux qui s'y forment quand je dors1 plutt qu'un vrai homme4 ,mais lorsque j'aperois des choses dont je connois distinctement et le lieu d'o elles viennent1 et celui o elles sont1 et le temps auquel elles m'apparoissent1 et que1 sans aucune interruption1 je puis lier le sentiment que j'en ai avec la suite du reste de ma vie1 je suis entirement assur que je les aperois en veillant et non point dans le sommeil4 ,et je ne dois en aucune faon douter de la vrit de ces choses-l1 si1 aprs avoir appel tous mes sens1 ma mmoire et mon entendement pour les examiner1 il ne m'est rien rapport par aucun d'eux qui ait de la rpugnance avec ce qui m'est rapport par les autres4 ,car1 de ce que ,dieu n'est point trompeur1 il suit ncessairement que je ne suis point en cela tromp4 ,mais1 parceque la ncessit des affaires nous oblige souvent nous dterminer avant que nous ayons eu le loisir de les examiner si soigneusement1 il faut avouer que la vie de l'homme est sujette faillir fort souvent dans les choses particulires2 et enfin il faut reconnotre l'infirmit et la faiblesse de notre nature4 ,,fin ,,des ,m,,ditations4 ,,objections ,,aux ,m,,ditations4 ,ce recueil1 publi en latin par ,descartes1 ,paris1 #afda1 et ,amsterdam1 #afdb la suite des ,m,,ditations1 a t traduit par ,m4 ,clerselier1 lve et ami de ,descartes1 qui a revu1 retouch et reconnu cette traduction4 ,elle a toujours t rimprime la suite des ,mditations4 ,,objections ,,faites ,,par ,,des ,,personnes ,,tr,s ,,doctes ,,contre ,,les ,,pr,c,,dentes ,m,,ditations1 ,,les ,r,,ponses ,,de ,l',,auteur4 ,,premi,,res ,,objections1 ,,faites ,,par ,m4 ,,cat,,rus1 ,,savant ,,th,,ologien ,,des ,,pays-,,bas1 ,,sur ,,les ,i,i,ie1 ,ve ,,et ,v,ie ,m,,ditations4 ,,messieurs1 ,aussitt que j'ai reconnu le dsir que vous aviez que j'examinasse avec soin les crits de ,m4 ,descartes1 j'ai pens qu'il toit de mon devoir de satisfaire en cette occasion des personnes qui me sont si chres1 tant pour vous tmoigner par l l'estime que je fais de votre amiti1 que pour vous faire connoitre ce qui manque ma suffisance et la perfection de mon esprit2 afin que dornavant vous ayez un peu plus de charit pour moi1 si j'en ai besoin1 et que vous m'pargniez une autre fois1 si je ne puis porter la charge que vous m'avez impose4 ,on peut dire avec vrit1 selon que j'en puis juger1 que ,m4 ,descartes est un homme d'un trs grand esprit et d'une trs profonde modestie1 et sur lequel je ne pense pas que ,momus lui-mme put trouver reprendre4 ,je pense1 dit-il1 donc je suis2 voire mme je suis la pense mme ou l'esprit4 ,cela est vrai4 ,or est-il qu'en pensant j'ai en moi les ides des choses1 et premirement celle d'un tre trs parfait et infini4 ,je l'accorde4 ,mais je n'en suis pas la cause1 moi qui n'gale pas la ralit objective d'une telle ide3 donc quelque chose de plus parfait que moi en est la cause2 et partant il y a un tre diffrent de moi qui existe1 et qui a plus de perfections que je n'ai pas4 ,ou1 comme dit saint ,denys au chapitre cinquime des ,noms divins1 il y a quelque nature qui ne possde pas l'tre la faon des autres choses1 mais qui embrasse et contient en soi trs simplement et sans aucune circonscription tout ce qu'il y a d'essence dans l'tre1 et en qui toutes choses sont renfermes comme dans la cause premire et universelle4 ,mais je suis ici contraint de m'arrter un peu1 de peur de me fatiguer trop2 car j'ai dj l'esprit aussi agit que le flottant ,euripe3 j'accorde1 je nie1 j'approuve1 je rfute1 je ne veux pas m'loigner de l'opinion de ce grand homme1 et toutefois je n'y puis consentir4 ,car1 je vous prie1 quelle cause requiert une ide8 ou dites-moi ce que c'est qu'ide4 ,si je l'ai bien compris1 c'est la chose mme pense en tant qu'elle est objectivement dans l'entendement4 ,mais qu'est-ce qu'tre objectivement dans l'entendement8 ,si je l'ai bien appris1 c'est terminer la faon d'un objet l'acte de l'entendement1 ce qui en effet n'est qu'une dnomination extrieure1 et qui n'ajoute rien de rel la chose4 ,car1 tout ainsi qu'tre vu n'est en moi autre chose sinon que l'acte que la vision tend vers moi1 de mme tre pens1 ou tre objectivement dans l'entendement1 c'est terminer et arrter en soi la pense de l'esprit2 ce qui se peut faire sans aucun mouvement et changement en la chose1 voire mme sans que la chose soit4 ,pourquoi donc rechercherai-je la cause d'une chose qui actuellement n'est point1 qui n'est qu'une simple dnomination et un pur nant8 ,et nanmoins1 dit ce grand esprit1 de ce qu'une ide contient une telle ralit objective1 ou celle-l plutt qu'une autre1 elle doit sans doute avoir cela de quelque cause#a4 ,au contraire1 d'aucune2 car la ralit objective est une pure dnomination3 actuellement elle n'est point4 ,or l'influence que donne une cause est relle et actuelle3 ce qui actuellement n'est point1 ne la peut pas recevoir1 et partant ne peut pas dpendre ni procder d'aucune vritable cause1 tant s'en faut qu'il en require4 ,donc j'ai des ides1 mais il n'y a point de causes de ces ides2 tant s'en faut qu'il y en ait une plus grande que moi et infinie4 ,note #ce3 ,voyez ,mditation ,,iii ,mais quelqu'un me dira peut-tre1 ,si vous n'assignez point de cause aux ides1 dites-nous au moins la raison pourquoi cette ide contient plutt cette ralit objective que celle-la3 c'est trs bien dit2 car je n'ai pas coutume d'tre rserv avec mes amis1 mais je traite avec eux libralement4 ,je dis universellement de toutes les ides ce que ,m4 ,descartes a dit autrefois du triangle3 ,encore que peut-tre1 dit-il1 il n'y ait en aucun lieu du monde hors de ma pense une telle figure1 et qu'il n'y en ait jamais eu1 il ne laisse pas nanmoins d'y avoir une certaine nature1 ou forme1 ou essence dtermine de cette figure1 laquelle est immuable et ternelle4 ,ainsi cette vrit est ternelle1 et elle ne requiert point de cause4 ,un bateau est un bateau1 et rien autre chose2 ,davus est ,davus1 et non ,o,edipus4 ,si nanmoins vous me pressez de vous dire une raison1 je vous dirai que cela vient de l'imperfection de notre esprit1 qui n'est pas infini3 car1 ne pouvant par une seule apprhension embrasser l'univers1 c'est--dire tout l'tre et tout le bien en gnral1 qui est tout ensemble et tout la fois1 il le divise et le partage2 et ainsi ce qu'il ne sauroit enfanter ou produire tout entier1 il le conoit petit petit1 ou bien1 comme on dit en l'cole 7inadoequat71 imparfaitement et par partie4 ,mais ce grand homme poursuit3,or1 pour imparfaite que soit cette faon d'tre1 par laquelle une chose est objectivement dans l'entendement par son ide1 certes on ne peut pas nanmoins dire que cette faon et manire-l ne soit rien1 ni par consquent que cette ide vient du nant#a4 ,note #cf3 ,mditation ,,iii4 ,il y a ici de l'quivoque2 car si ce mot rien est la mme chose que n'tre pas actuellement1 eu effet ce n'est rien1 parce qu'elle n'est pas actuellement1 et ainsi elle vient du nant1 c'est--dire qu'elle n'a point de cause4 ,mais si ce mot rien dit quelque chose de feint par l'esprit1 qu'ils appellent vulgairement tre de raison1 ce n'est pas un rien1 mais une chose relle1 qui est conue distinctement4 ,et nanmoins1 parce qu'elle est seulement conue1 et qu'actuellement elle n'est pas1 elle peut la vrit tre conue1 mais elle ne peut aucunement tre cause ou mise hors de l'entendement4 ,mais je veux1 dit-il1 outre cela examiner si moi1 qui ai celle ide de ,dieu1 je pourrois tre1 en cas qu'il n'y et point de ,dieu1 ou 7comme il dit immdiatement auparavant7 en cas qu'il n'y et point d'tre plus parfait que le mien1 et qui ait mis en moi son ide4 ,car 7dit-il7 de qui aurois-je mon existence8 peut-tre de moi-mme1 ou de mes parents1 ou de quelques autres1 etc43 or est-il que si je l'avois du moi-mme1 je ne douterois point ni ne dsirerois point1 et il ne me manqueroit aucune chose2 car je me serois donn toutes les perfections dont j'ai en moi quelque ide1 et ainsi moi-mme je serois ,dieu4 ,que si j'ai mon existence d'autrui1 je viendrai enfin ce qui l'a de soi2 et ainsi le mme raisonnement que je viens de faire pour moi est pour lui1 et prouve qu'il est ,dieu4#a ,voil certes1 mon avis1 la mme voie que suit saint ,thomas1 qu'il appelle la voie de la causalit de la cause efficiente1 laquelle il a tire du ,philosophe1 hormis que saint ,thomas ni ,aristote ne se sont pas soucis des causes des ides4 ,et peut-tre n'en toit-il pas besoin2 car pourquoi ne suivrai-je pas la voie la plus droite et la moins carte8 ,je pense1 donc je suis1 voire mme je suis l'esprit mme et la pense2 or1 cette pense et cet esprit1 ou il est par soi-mme ou par autrui2 si par autrui1 celui-l enfin par qui est-il8 s'il est par soi1 donc il est ,dieu2 car ce qui est par soi se sera aisment donn toutes choses4 ,note #cg3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,je prie ici ce grand personnage et le conjure de ne se point cacher un lecteur qui est dsireux d'apprendre1 et qui peut-tre n'est pas beaucoup intelligent4 ,car ce mot par soi est pris en deux faons3 en la premire1 il est pris positivement1 savoir par soi-mme1 comme par une cause2 et ainsi ce qui seroit par soi et se donneroit l'tre soi-mme1 si1 par un choix prvu et prmdit1 il se donnoit ce qu'il voudroit1 sans doute qu'il se donneroit toutes choses1 et partant il serait ,dieu4 ,en la seconde1 ce mot par soi est pris ngativement et est la mme chose que de soi-mme ou non par autrui2 et c'est de cette faon1 si je m'en souviens1 qu'il est pris de tout le monde4 ,or maintenant1 si une chose est par soi1 c'est--dire non par autrui1 comment prouverez-vous pour cela qu'elle comprend tout et qu'elle est infinie8 car1 prsent1 je ne vous coute point1 si vous dites1 ,puisqu'elle est par soi elle se sera aisment donn toutes choses2 d'autant qu'elle n'est pas par soi comme par une cause1 et qu'il ne lui a pas t possible1 avant1 qu'elle ft1 de prvoir ce qu'elle pourrait tre pour choisir ce qu'elle seroit aprs4 ,il me souvient d'avoir autrefois entendu ,suarez raisonner de la sorte3 ,toute limitation vient d'une cause2 car une chose est finie et limite1 un parceque la cause ne lui a pu donner rien de plus grand ni de plus parfait1 ou parce qu'elle ne l'a pas voulu3 si donc quelque chose est par soi et non par une cause1 il est vrai de dire qu'elle est infinie et non limite4 ,pour moi1 je n'acquiesce pas tout--fait ce raisonnement2 car1 qu'une chose soit par soi tant qu'il vous plaira1 c'est--dire qu'elle ne soit point par autrui1 que pourrez-vous dire si cette limitation vient de ses principes internes et constituants1 c'est--dire de sa forme mme et de son essence1 laquelle nanmoins vous n'avez pas encore prouv tre infinie8 ,certainement1 si vous supposez que le chaud est chaud1 il sera chaud par ses principes internes et constituants1 et non pas froid1 encore que vous imaginiez qu'il ne soit pas par autrui ce qu'il est4 ,je ne doute point que ,m4 ,descartes ne manque pas de raisons pour substituer ce que les autres n'ont peut-tre pas assez suffisamment expliqu ni dduit assez clairement4 ,enfin1 je conviens avec ce grand homme en ce qu'il tablit pour rgle gnrale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies4 ,mme je crois que tout ce que je pense est vrai3 et il y a dj longtemps que j'ai renonc toutes les chimres et tous les tres de raison1 car aucune puissance ne se peut dtourner du son propre objet2 si la volont se meut1 elle tend au bien2 les sens mmes ne se trompent point3 car la vue voit ce qu'elle voit1 l'oreille entend ce qu'elle entend2 et si on voit de l'oripeau1 on voit bien2 mais ou se trompe lorsqu'on dtermine par son jugement que ce que l'on voit est de l'or4 ,et alors c'est qu'on ne conoit pas bien1 ou plutt qu'on ne conoit point2 car1 comme chaque facult ne se trompe point vers son propre objet1 si une fois l'entendement conoit clairement et distinctement une chose1 elle est vraie2 de sorte que ,m4 ,descartes attribue avec beaucoup de raison toutes les erreurs au jugement et la volont4 ,mais maintenant voyons si ce qu'il veut infrer de cette rgle est vritable4 ,je connois1 dit-il1 clairement et distinctement l'tre infini2 donc c'est un tre vrai et qui est quelque chose4 ,quelqu'un lui demandera3 ,connoissez-vous clairement et distinctement l'tre infini8 ,que veut donc dire cette commune maxime1 laquelle est reue d'un chacun3 ,l'infini1 en tant qu'infini1 est inconnu4 ,car si1 lorsque je pense un chiliogone1 me reprsentant confusment quelque figure1 je n'imagine ou ne connois pas distinctement ce chiliogone1 parce que je ne me reprsente pas distinctement ses mille cts1 comment est-ce que je concevrai distinctement et non pas confusment l'tre infini1 en tant qu'infini1 vu que je ne puis voir clairement1 et comme au doigt et l'oeil1 les infinies perfections dont il est compos8 ,et c'est peut-tre ce qu'a voulu dire saint ,thomas3 car1 ayant ni que cette proposition1 ,dieu est1 ft claire et connue sans preuve1 il se fait soi-mme cette objection des paroles de saint ,damascne3 ,la connaissance que ,dieu est1 est naturellement empreinte en l'esprit de tous les hommes2 donc c'est une chose claire1 et qui n'a point besoin de preuve pour tre connue4 ,a quoi il rpond3 ,connoitre que4 ,dieu est en gnral1 et1 comme il dit sous quelque confusion1 sa voir en tant3 qu'il est la batitude de l'homme1 cela est naturellement imprim en nous2 mais ce n'est pas1 dit-il1 connotre simplement que ,dieu est2 tout ainsi que connoitre que quelqu'un vient1 ce n'est pas connotre ,pierre2 encore que ce soit ,pierre qui vienne1 etc4 ,comme s'il vouloit dire que ,dieu est connu sous une raison commune on de fin dernire1 ou mme de premier tre et trs parfait1 ou enfin sous la raison d'un tre qui comprend et embrasse confusment et en gnral toutes choses2 mais non pas sous la raison prcise cl son tre1 car ainsi il est infini et nous est inconnu4 ,je sais que ,m4 ,descartes rpondra facilement celui qui l'interrogera de la sorte3 je crois nanmoins que les choses que j'allgue ici1 seulement par forme d'entretien et d'exercice1 feront qu'il se ressouviendra de ce que dit ,boce1 qu'il y a certaines notions communes qui ne peuvent tre connues sans preuves que par les savants4 ,de sorte qu'il ne se faut pas fort tonner si ceux-l interrogent beaucoup qui dsirent savoir plus que les autres1 et s'ils s'arrtent long-temps considrer ce qu'ils savent avoir t dit et avanc1 comme le premier et principal fondement de toute l'affaire1 et que nanmoins ils ne peuvent entendre sans une longue recherche et une trs grande attention d'esprit4 ,mais demeurons d'accord de ce principe1 et supposons que quelqu'un ait l'ide claire et distincte d'un tre souverain et souverainement parfait3 que prtendez-vous infrer de l8 ,c'est savoir que cet tre infini existe2 et cela si certainement1 que je dois tre au moins aussi assur de l'existence de ,dieu1 que je l'ai t jusques ici de la vrit des dmonstrations mathmatiques2 en sorte qu'il n'y a pas moins de rpugnance de concevoir un ,dieu1 c'est--dire un tre souverainement parfait1 auquel manque l'existence1 c'est--dire auquel manque quelque perfection1 que de concevoir une montagne qui n'ait point de valle#a4 ,c'est ici le noeud de toute la question2 qui cde prsent1 il faut qu'il se confesse vaincu3 pour moi1 qui ai affaire avec un puissant adversaire1 il faut que j'esquive un peu1 afin qu'ayant tre vaincu1 je diffre au moins pour quelque temps ce que je ne puis viter4 ,note #ch3 ,voyez ,mditation v4 ,et1 premirement1 encore que nous n'agissions pas ici par autorit1 mais seulement par raison1 nanmoins1 de peur qu'il ne semble que je me veuille opposer sans sujet ce grand esprit1 coutez plutt saint ,thomas1 qui se fait soi-mme cette objection3 aussitt qu'on a compris et entendu ce que signifie ce nom ,dieu1 on sait que ,dieu est2 car1 par ce nom1 on entend une chose telle que rien de plus grand ne peut tre conu4 ,or1 ce qui est dans l'entendement et en effet est plus grand que ce qui est seulement dans l'entendement2 c'est pourquoi1 puisque ce nom ,dieu tant entendu1 ,dieu est dans l'entendement1 il s'ensuit aussi qu'il est en effet2 lequel argument je rends ainsi en forme3 ,dieu est ce qui est tel que rien de plus grand ne peut tre conu2 mais ce qui est tel que rien de plus grand ne peut tre conu enferme l'existence3 donc ,dieu1 par son nom ou par son concept1 enferme l'existence2 et partant il ne peut tre ni tre conu sans existence4 ,maintenant dites-moi1 je vous prie1 n'est-ce pas l le mme argument de ,m4 ,descartes8 ,saint ,thomas dfinit ,dieu ainsi1 ,ce qui est tel que rien de plus grand ne peut tre conu2 ,m4 ,descartes l'appelle un tre souverainement parfait3 certes rien de plus grand que lui ne peut tre conu4 ,saint ,thomas poursuit3 ce qui est tel que rien de plus grand ne peut tre conu enferme l'existence2 autrement quelque chose de plus grand que lui pourroit tre conu1 savoir ce qui est conu enferme aussi l'existence4 ,mais ,m4 ,descartes ne semble-t-il pas se servir de la mme mineure dans son argument3 ,dieu est un tre souverainement parfait2 or est-il que l'tre souverainement parfait enferme l'existence1 autrement il ne seroit pas souverainement parfait4 ,saint ,thomas infre3 donc1 puisque ce nom ,dieu tant compris et entendu1 il est dans l'entendement1 il s'ensuit aussi qu'il est eu effet2 c'est--dire de ce que dans le concept ou la notion essentielle d'un tre tel que rien de plus grand ne peut tre conu l'existence est comprise et enferme1 il s'ensuit que cet tre existe4 ,m4 ,descartes infre la mme chose4 ,mais1 dit-il1 de cela seul que je ne puis concevoir ,dieu sans existence1 il s'ensuit que l'existence est insparable de lui1 et partant qu'il existe vritablement4 ,que maintenant saint ,thomas rponde soi-mme et ,m4 ,descartes4 ,pos1 dit-il1 que chacun entende que par ce nom ,dieu il est signifi ce qui a t dit1 savoir ce qui est tel que rien de plus grand ne peut tre conu1 il ne s'ensuit pas pour cela qu'on entende que la chose qui est signifie par ce nom soit dans la nature1 mais seulement dans l'apprhension de l'entendement4 ,et on ne peut pas dire qu'elle soit en effet1 si on ne demeure d'accord qu'il y a en effet quelque chose tel que rien de plus grand ne peut tre conu2 ce que ceux-l nient ouvertement1 qui disent qu'il n'y a point de ,dieu4 ,d'o je rponds aussi en peu de paroles1 ,encore que l'on demeure d'accord que l'tre souverainement parfait par son propre nom emporte l'existence1 nanmoins il ne s'ensuit pas que cette mme existence soit dans la nature actuellement quelque chose1 mais seulement qu'avec le concept ou la notion de l'tre souverainement parfait1 celle de l'existence est insparablement conjointe4 ,d'o vous ne pouvez pas infrer que l'existence de ,dieu soit actuellement quelque chose1 si vous ne supposez que cet tre souverainement parfait existe actuellement2 car pour lors il contiendra actuellement toutes les perfections1 et celle aussi d'une existence relle4 ,trouvez bon maintenant qu'aprs tant de fatigue je dlasse un peu mon esprit4 ,ce compos1 un lion existant1 enferme essentiellement ces deux parties1 savoir1 un lion et l'existence2 car si vous tez l'une ou l'autre1 ce ne sera plus le mme compos4 ,maintenant ,dieu n'a-t-il pas de toute ternit1 connu clairement et distinctement ce compos8 ,et l'ide de ce compos1 en tant que tel1 n'enferme-t-elle pas essentiellement l'une et l'autre de ces parties8 ,c'est--dire l'existence n'est-elle pas de l'essence de ce compos un lion existant8 ,et nanmoins la distincte connoissance que ,dieu en a eue de toute ternit ne fait pas ncessairement que l'une ou l'autre partie de ce compos soit1 si on ne suppose que tout ce compos est actuellement2 car alors if enfermera et contiendra en soi toutes ses perfections essentielles1 et partant aussi l'existence actuelle4 ,de mme1 encore que je connoisse clairement et distinctement l'tre souverain1 et encore que l'tre souverainement parfait dans son concept essentiel enferme l'existence1 nanmoins il ne s'ensuit pas que cette existence soit actuellement quelque chose1 si vous ne supposez que cet tre souverain existe2 car alors1 avec toutes ses autres perfections1 il enfermera aussi actuellement celle de l'existence2 et ainsi il faut prouver d'ailleurs que cet tre souverainement parfait existe4 ,j'en dirai peu touchant l'essence de l'me et sa distinction relle d'avec le corps2 car je confesse que ce grand esprit m'a dj tellement fatigu qu'au-del je ne puis quasi plus rien4 ,s'il y a une distinction entre l'me et le corps1 il semble la prouver de ce que ces deux choses peuvent tre conues distinctement et sparment l'une de l'autre4 ,et sur cela je mets ce savant homme aux prises avec ,scot1 qui dit qu'afin qu'une chose soit courue distinctement et sparment d'une autre1 il suffit qu'il y ait entre elles une distinction1 qu'il appelle formelle et objective1 laquelle il met entre la distinction relle et celle de raison2 et c'est ainsi qu'il distingue la justice de ,dieu d'avec sa misricorde2 car elles ont1 dit-il1 avant aucune opration de l'entendement des raisons formelles diffrentes1 en sorte que l'une n'est pas l'autre2 et nanmoins ce seroit une mauvaise consquence de dire1 ,la justice peut tre conue sparment d'avec la misricorde1 donc elle peut aussi exister sparment4 ,mais je ne vois pas que j'ai dj pass les bornes d'une lettre4 ,voil1 ,messieurs1 les choses que j'avois dire touchant ce que vous m'avez propos2 c'est vous maintenant d'en tre les juges4 ,si vous prononcez en ma faveur1 il ne sera pas malais d'obliger ,m4 ,descartes ne me vouloir point de mal1 si je lui ai un peu contredit2 que si vous tes pour lui1 je donne ds prsent les mains1 et me confesse vaincu1 et ce d'autant plus volontiers que je craindrois de l'tre encore une autre fois4 ,adieu4 ,r,,ponses ,,de ,l',,auteur ,,aux ,,premi,,res ,,objections4 ,,messieurs1 ,je vous confesse que vous avez suscit contre moi un puissant adversaire1 duquel l'esprit et la doctrine eussent pu me donner beaucoup de peine1 si cet officieux et dvot thologien n'et mieux aim favoriser la cause de ,dieu et celle de son foible dfenseur1 que de la combattre force ouverte4 ,mais quoiqu'il lui ait t trs honnte d'en user de la sorte1 je ne pourrois pas m'exempter de blme si je tchois de m'en prvaloir3 c'est pourquoi mon dessein est plutt de dcouvrir ici l'artifice dont il s'est servi pour m'assister1 que de lui rpondre comme un adversaire4 ,il a commenc par une brive dduction de la principale raison dont je me sers pour prouver l'existence de ,dieu1 afin que les lecteurs s'en ressouvinssent d'autant mieux4 ,puis1 ayant succinctement accord les choses qu'il a juges tre suffisamment dmontres1 et ainsi les ayant appuyes de son autorit1 il est venu au noeud de la difficult1 qui est de savoir ce qu'il faut ici entendre par le nom d'ide1 et quelle cause cette ide requiert4 ,or1 j'ai crit quelque part que l'ide est la chose mme conue1 ou pense1 en tant quelle est objectivement dans l'entendement1 lesquelles paroles il feint d'entendre tout autrement que je ne les ai dites1 afin de me donner occasion de les expliquer plus clairement4 tre1 dit-il1 objectivement dans l'entendement1 c'est terminer la faon d'un objet l'acte de l'entendement1 ce qui n'est qu'une dnomination extrieure1 et qui n'ajoute rien de rel la chose1 etc4 ,o il faut remarquer qu'il a gard la chose mme1 en tant qu'elle est hors de l'entendement1 au respect de laquelle c'est de vrai une dnomination extrieure qu'elle soit objectivement dans l'entendement2 mais que je parle de l'ide qui n'est jamais hors de l'entendement1 et au respect de laquelle tre objectivement ne signifie autre chose qu'tre dans l'entendement en la manire que les objets ont coutume d'y tre4 ,ainsi1 par exemple1 si quelqu'un demande qu'est-ce qui arrive au soleil de ce qu'il est objectivement dans mon entendement1 on rpond fort bien qu'il ne lui arrive rien qu'une dnomination extrieure1 savoir est qu'il termine la faon d'un objet l'opration de mon entendement3 mais si l'on demande de l'ide du soleil ce que c'est1 et qu'on rpond que c'est la chose mme pense1 en tant qu'elle est objectivement dans l'entendement1 personne n'entendra que c'est le soleil mme1 en tant que cette extrieure dnomination est en lui4 ,et l tre objectivement dans l'entendement ne signifiera pas terminer son opration la faon d'un objet1 mais bien tre dans l'entendement en la manire que ses objets ont coutume d'y tre3 en telle sorte que l'ide du soleil est le soleil mme existant dans l'entendement1 non pas la vrit formellement1 comme il est au ciel1 mais objectivement1 c'est--dire en la manire que les objets ont coutume d'exister dans l'entendement3 laquelle faon d'tre est de vrai bien plus imparfaite que celle par laquelle les choses existent hors de l'entendement2 mais pourtant ce n'est pas un pur rien1 comme j'ai dj dit ci-devant4 ,et lorsque ce savant thologien dit qu'il y a de l'quivoque en ces paroles1 un pur rien1 il semble avoir voulu m'avertir de celle que je viens tout maintenant de remarquer1 de peur que je n'y prisse pas garde4 ,car il dit premirement qu'une chose ainsi existante dans l'entendement par son ide n'est pas un tre rel ou actuel1 c'est--dire que ce n'est pas quelque chose qui soit hors de l'entendement1 ce qui est vrai2 et aprs il dit aussi que ce n'est pas quelque chose de feint par l'esprit1 ou un tre de raison1 mais quelque chose de rel1 qui est conu distinctement3 par lesquelles paroles il admet entirement tout ce que j'ai avanc2 mais nanmoins il ajoute1 parce que cette chose est seulement conue1 et qu'actuellement elle n'est pas1 c'est--dire parce qu'elle est seulement une ide et non pas quelque chose hors de l'entendement1 elle peut la vrit tre conue1 mais elle ne peut aucunement tre cause ou mise hors de l'entendement1 c'est--dire qu'elle n'a pas besoin de cause pour exister hors de l'entendement3 ce que je confesse1 car hors de lui elle n'est rien2 mais certes elle a besoin de cause pour tre conue1 et c'est de celle-l seule qu'il est ici question4 ,ainsi1 si quelqu'un a dans l'esprit l'ide de quelque machine fort artificielle1 on peut avec raison demander quelle est la caus de cette ide2 et celui-l ne satisferoit pas qui diroit que cette ide hors de l'entendement n'est rien1 et partant qu'elle ne peut tre cause1 mais seulement conue2 car on ne demande ici rien autre chose1 sinon quelle est la cause pourquoi elle est conue3 celui-l ne satisfera pas non plus qui dira que l'entendement mme en est la cause1 comme tant une de ses oprations2 car on ne doute point de cela1 mais seulement on demande quelle est la cause de l'artifice objectif qui est en elle4 ,car1 que cette ide contienne un tel artifice objectif plutt qu'un autre1 elle doit sans doute avoir cela de quelque cause2 et l'artifice objectif est la mme chose au respect de cette ide1 qu'un respect de l'ide de ,dieu la ralit ou perfection objective4 ,et de vrai l'on peut assigner diverses causes de cet artifice2 car ou c'est quelque relle et semblable machine qu'on aura vue auparavant1 la ressemblance de laquelle cette ide a t forme1 ou une grande connoissance de la mcanique qui est dans l'entendement de celui qui a cette ide1 ou peut-tre une grande subtilit d'esprit1 par le moyen de laquelle il a pu l'inventer sans aucune autre connoissance prcdente4 ,et il faut remarquer que tout l'artifice1 qui n'est qu'objectivement dans cette ide1 doit par ncessit tre formellement ou minemment dans sa cause1 quelle que cette cause puisse tre4 ,le mme aussi faut-il penser de la ralit objective qui est dans l'ide de ,dieu4 ,mais en qui est-ce que toute cette ralit ou perfection se pourra ainsi rencontrer1 sinon en ,dieu rellement existant8 ,et cet esprit excellent a fort bien vu toutes ces choses2 c'est pourquoi il confesse qu'on peut demander pourquoi cette ide contient cette ralit objective plutt qu'une autre1 laquelle demande il a rpondu premirement3 que de toutes les ides il en est de mme que de ce que j'ai crit de l'ide du triangle1 savoir est que bien que peut-tre il n'y ait point de triangle en aucun lieu du monde1 il ne laisse pas nanmoins d'y avoir une certaine nature1 ou forme1 ou essence dtermine du triangle1 laquelle est immuable et ternelle2 et laquelle il dit n'avoir pas besoin de cause4 ,ce que nanmoins il a bien jug ne pouvoir pas satisfaire2 car1 encore que la nature du triangle soit immuable et ternelle1 il n'est pas pour cela moins permis de demander pourquoi son ide est en nous4 ,c'est pourquoi il a ajout3 ,si nanmoins vous me pressez de vous dire une raison1 je vous dirai que cela vient de l'imperfection de notre esprit1 etc4 ,par laquelle rponse il semble n'avoir voulu signifier autre chose1 sinon que ceux qui se voudront ici loigner de mon sentiment ne pourront rien rpondre de vraisemblable4 ,car1 en effet1 il n'est pas plus probable de dire que la cause pourquoi l'ide de ,dieu est en nous soit l'imperfection de notre esprit1 que si on disoit que l'ignorance des mcaniques ft la cause pourquoi nous imaginons plutt une machine fort pleine d'artifice qu'une autre moins parfaite2 car1 tout au contraire1 si quelqu'un a l'ide d'une machine dans laquelle soit contenu tout l'artifice que l'on sauroit imaginer1 l'on infre fort bien de l que cette ide procde d'une cause dans laquelle il y avoit rellement et en effet tout l'artifice imaginable1 encore qu'il ne soit qu'objectivement et non point en effet dans cette ide4 ,et par la mme raison1 puisque nous avons en nous l'ide de ,dieu1 dans laquelle toute la perfection est contenue que l'on puisse jamais concevoir1 on peut de l conclure trs videmment que cette ide dpend et procde de quelque cause qui contient en soi vritablement toute cette perfection1 savoir de ,dieu rellement existant4 ,et certes la difficult ne parotroit pas plus grande en l'un qu'en l'autre1 si1 comme tous les hommes ne sont pas savants en la mcanique1 et pour cela ne peuvent pas avoir des ides de machines fort artificielles1 ainsi tous n'avoient pas la mme facult de concevoir l'ide de ,dieu2 mais1 parce qu'elle est empreinte d'une mme faon dans l'esprit de tout le monde1 et que nous ne voyons pas qu'elle nous vienne jamais d'ailleurs que de nous-mmes1 nous supposons qu'elle appartient la nature de notre esprit2 et certes non mal propos3 mais nous oublions une autre chose que l'on doit principalement considrer1 et d'o dpend toute la force et toute la lumire ou l'intelligence de cet argument1 qui est que cette facult d'avoir en soi l'ide de ,dieu ne pourroit tre en nous si notre esprit toit seulement une chose finie1 comme il est en effet1 et qu'il n'et point pour cause de son tre une cause qui ft ,dieu4 ,c'est pourquoi1 outre cela1 j'ai demand1 savoir1 si je pourrois tre en cas que ,dieu ne ft point2 non tant pour apporter une raison diffrente de la prcdente1 que pour l'expliquer plus parfaitement4 ,mais ici la courtoisie de cet adversaire me jette dans un passage assez difficile1 et capable d'attirer sur moi l'envie et la jalousie de plusieurs2 car il compare mon argument avec un autre tir de saint ,thomas et d',aristote1 comme s'il vouloit par ce moyen m'obliger dire la raison pourquoi tant entr avec eux dans un mme chemin1 je ne l'ai pas nanmoins suivi en toutes choses2 mais je le prie de me permettre de ne point parler des autres1 et de rendre seulement raison des choses que j'ai crites4 ,premirement donc1 je n'ai point tir mon argument de ce que je voyois que dans les choses sensibles il y avoit un ordre ou une certaine suite de causes efficientes2 partie cause que j'ai pens que l'existence de ,dieu toit beaucoup plus vidente que celle d'aucune chose sensible2 et partie aussi pource que je ne voyois pas que cette suite de causes me pt conduire ailleurs qu' me faire connotre l'imperfection de mon esprit1 en ce que je ne puis comprendre comment une infinit de telles causes ont tellement succd les unes aux autres de toute ternit qu'il n'y en ait point eu de premire3 car certainement1 de ce que je ne puis comprendre cela1 il ne s'ensuit pas qu'il y en doive avoir une premire2 non plus que de ce que je ne puis comprendre une infinit de divisions en une quantit finie1 il ne s'ensuit pas que l'on puisse venir une dernire1 aprs laquelle cette quantit ne puisse plus tre divise2 mais bien il suit seulement que mon entendement1 qui est fini1 ne peut comprendre l'infini4 ,c'est pourquoi j'ai mieux aim appuyer mon raisonnement sur l'existence de moi-mme1 laquelle ne dpend d'aucune suite de causes1 et qui m'est si connue que rien ne le peut tre davantage3 et1 m'interrogeant sur cela moi-mme1 je n'ai pas tant cherch par quelle cause j'ai autrefois t produit1 que j'ai cherch quelle est la cause qui prsent me conserve1 afin de me dlivrer par ce moyen de toute suite et succession de causes4 ,outre cela1 je n'ai pas cherch quelle est la cause de mon tre en tant que je suis compos de corps et d'me1 mais seulement et prcisment en tant que je suis une chose qui pense1 ce que je crois ne servir pas peu ce sujet3 car ainsi j'ai pu beaucoup mieux me dlivrer des prjugs1 considrer ce que dicte la lumire naturelle1 m'interroger moi-mme1 et tenir pour certain que rien ne peut tre en moi dont je n'aie quelque connoissance3 ce qui en effet est tout autre chose que si1 de ce que je vois que je suis n de mon pre1 je considrois que mon pre vient aussi de mon aeul2 et si1 voyant qu'en recherchant ainsi les pres de mes pres je ne pourrois pas continuer ce progrs l'infini1 pour mettre fin cette recherche1 je concluois qu'il y a une premire cause4 ,de plus1 je n'ai pas seulement recherch quelle est la cause de mon tre en tant que je suis une chose qui pense2 mais je l'ai principalement et prcisment recherche en tant que je suis une chose qui pense1 qui1 entre plusieurs autres penses1 reconnois avoir en moi l'ide d'un tre souverainement partait2 car c'est de cela seul que dpend toute la force de ma dmonstration4 ,premirement1 parceque cette ide me fait connotre ce que c'est que ,dieu1 au moins autant que je suis capable de le connotre3 et1 selon les lois de la vraie logique1 on ne doit jamais demander d'aucune chose si elle est1 qu'on ne sache premirement ce qu'elle est4 ,en second lieu1 parceque c'est cette mme ide qui me donne occasion d'examiner si je suis par moi ou par autrui1 et de reconnotre mes dfauts4 ,et1 en dernier lieu1 c'est elle qui m'apprend que non seulement il y a une cause de mon tre1 mais de plus aussi que cette cause contient toutes sortes de perfections1 et partant qu'elle est ,dieu4 ,enfin1 je n'ai point dit qu'il est impossible qu'une chose soit la cause efficiente de soi-mme2 car1 encore que cela soit manifestement vritable1 lorsqu'on restreint la signification d'efficient ces causes qui sont diffrentes de leurs effets1 ou qui les prcdent en temps1 il semble toutefois que dans cette question elle ne doit pas tre ainsi restreinte1 tant parceque ce seroit une question frivole1 car qui ne sait qu'une mme chose ne peut pas tre diffrente de soi-mme ni se prcder en temps8 comme aussi parceque la lumire naturelle ne nous dicte point que ce soit le propre de la cause efficient de prcder en temps son effet2 car au contraire1 proprement parier1 elle n'a point le nom ni la nature de cause efficiente1 sinon lorsqu'elle produit son effet1 et partant elle n'est point devant lui4 ,mais certes la lumire naturelle nous dicte qu'il n'y a aucune chose de laquelle il ne soit loisible de demander pourquoi elle existe1 ou bien dont on ne puisse rechercher la cause efficiente2 ou1 si elle n'en a point1 demander pourquoi elle n'en a pas besoin2 de sorte que1 si je pensois qu'aucune chose ne peut en quelque faon tre l'gard de soi-mme ce que la cause efficiente est l'gard de son effet1 tant s'en faut que de l je voulusse conclure qu'il y a une premire cause1 qu'au contraire de celle-l mme qu'on appelleroit premire1 je rechercherais derechef la cause1 et ainsi je ne viendrois jamais une premire4 ,mais certes j'avoue franchement qu'il peut y avoir quelque chose dans laquelle il y ait une puissance si grande et si inpuisable qu'elle n'ait jamais eu besoin d'aucun secours pour exister1 et qui n'eu ait pas encore besoin maintenant pour tre conserve1 et ainsi qui soit en quelque faon la cause de soi-mme2 et je conois que ,dieu est tel3 car1 tout de mme que bien que j'eusse t de toute ternit1 et que par consquent il n'y et rien eu avant moi1 nanmoins1 parceque je vois que les parties du temps peuvent tre spares les unes d'avec les autres1 et qu'ainsi1 de ce ce que je suis maintenant1 il ne s'ensuit pas que je doive tre encore aprs1 si1 pour ainsi parler1 je ne suis cr de nouveau chaque moment par quelque cause1 je ne ferois point difficult d'appeler efficiente la cause qui me cre continuellement en cette faon1 c'est--dire qui me conserve4 ,ainsi1 encore que ,dieu ait toujours t1 nanmoins1 parceque c'est lui-mme qui en effet se conserve1 il semble qu'assez proprement il peut tre dit et appel la cause de soi-mme4 ,toutefois il faut remarquer que je n'entends pas ici parler d'une conservation qui se fasse par aucune influence relle et positive de la cause efficiente1 mais que j'entends seulement que l'essence de ,dieu est telle1 qu'il est impossible qu'il ne soit ou n'existe pas toujours4 ,cela tant pos1 il me sera facile de rpondre la distinction du mot par soi1 que ce trs docte thologien m'avertit devoir tre explique2 car encore bien que ceux qui1 ne s'attachant qu' la propre et troite signification d'efficient1 pensent qu'il est impossible qu'une chose soit la cause efficiente de soi-mme1 et ne remarquent ici aucun autre genre de cause qui ait rapport et analogie avec la cause efficiente1 encore1 dis-je1 que ceux-l n'aient pas de coutume d'entendre autre chose lorsqu'ils disent que quelque chose est par soi1 sinon qu'elle n'a point de cause1 si toutefois ils veulent plutt s'arrter la chose2 qu'aux paroles1 ils reconnotront facilement que la signification ngative du mot par soi ne procde que de la seule imperfection de l'esprit humain1 et qu'elle n'a aucun fondement dans les choses1 mais qu'il y en a une autre positive1 tire de la vrit des choses1 et sur laquelle seule mon argument est appuy4 ,car si1 par exemple1 quelqu'un pense qu'un corps soit par soi1 il peut n'entendre par l autre chose1 sinon que ce corps n'a point de cause2 et ainsi il n'assure point ce qu'il pense par aucune raison positive1 mais seulement d'une faon ngative1 parce qu'il ne connot aucune cause de ce corps3 mais cela tmoigne quelque imperfection en son jugement1 comme il reconnotra facilement aprs1 s'il considre que les parties du temps ne dpendent point les unes des autres1 et que1 partant de ce qu'il a suppos que ce corps jusqu' cette heure a t par soi1 c'est--dire sans cause1 il ne s'ensuit pas pour cela qu'il doive tre encore l'avenir1 si ce n'est qu'il y ait en lui quelque puissance relle et positive laquelle1 pour ainsi dire1 le produise continuellement2 car alors1 voyant que dans l'ide du corps il ne se rencontre point une telle puissance1 il lui sera ais d'infrer de l que ce corps n'est pas par soi2 et ainsi il prendra ce mot1 par soi1 positivement4 ,de mme1 lorsque nous disons que ,dieu est par soi1 nous pouvons aussi la vrit entendre cela ngativement1 comme voulant dire qu'il n'a point de cause2 mais si nous avons auparavant recherch la cause pourquoi il est1 ou pourquoi il ne cesse point d'tre1 et que1 considrant l'immense et incomprhensible puissance qui est contenue dans son ide1 nous l'ayons reconnue si pleine et si abondante qu'en effet elle soit la vraie cause pourquoi il est1 et pourquoi il continue ainsi toujours d'tre1 et qu'il n'y en puisse avoir d'autre que celle-l1 nous disons que ,dieu est par soi1 non plus ngativement1 mais au contraire trs positivement4 ,car1 encore qu'il ne soit pas besoin de dire qu'il est la cause efficiente de soi-mme1 de peur que peut-tre on n'entre en dispute du mot1 nanmoins1 parceque nous voyons que ce qui fait qu'il est par soi1 ou qu'il n'a point de cause diffrente de soi-mme1 ne procde pas du nant1 mais de la relle et vritable immensit de sa puissance1 il nous est tout--fait loisible de penser qu'il fait en quelque faon la mme chose l'gard de soi-mme1 que la cause efficiente l'gard de son effet1 et partant qu'il est par soi positivement4 ,il est aussi loisible un chacun de s'interroger soi-mme1 savoir si en ce mme sens il est par soi2 et lorsqu'il ne trouve en soi aucune puissance capable de le conserver seulement un moment1 il conclut avec raison qu'il est par un autre1 et mme par un autre qui est par soi1 pource qu'tant ici question du temps prsent1 et non point du pass ou du futur1 le progrs ne peut pas tre continu l'infini2 voire mme j'ajouterai ici de plus1 ce que nanmoins je n'ai point crit ailleurs1 qu'on ne peut pas seulement aller jusqu' une seconde cause1 pource que celle qui a tant de puissance que de conserver une chose qui est hors de soi1 se conserve plus forte raison soi-mme par sa propre puissance1 et ainsi elle est par soi4 ,et1 pour prvenir ici une objection que l'on pourroit faire1 savoir que peut-tre celui qui s'interroge ainsi soi-mme a la puissance de se conserver sans qu'il s'en aperoive1 je dis que cela ne peut tre1 et que si cette puissance toit en lui1 il en auroit ncessairement connoissance2 car1 comme il ne se considre en ce moment que comme une chose qui pense1 rien ne peut tre en lui dont il n'ait ou ne puisse avoir connoissance1 cause que toutes les actions d'un esprit1 comme seroit celle de se conserver soi-mme si elle procdoit de lui1 tant1 des penses1 et partant tant prsentes et connues l'esprit1 celle-l1 comme les autres1 lui seroit aussi prsente et connue1 et par elle il viendroit ncessairement connotre la facult qui la produiroit1 toute action nous menant ncessairement la connoissance de la facult qui la produit4 ,maintenant1 lorsqu'on dit que toute limitation est par une cause1 je pense la vrit qu'on entend une chose vraie1 mais qu'on ne l'exprime pas en termes assez propres1 et qu'on n'te pas la difficult2 car1 proprement parler1 la limitation est seulement une ngation d'une plus grande perfection1 laquelle ngation n'est point par une cause1 mais bien la chose limite4 ,et encore qu'il soit vrai que toute chose est limite par une cause1 cela nanmoins n'est pas de soi manifeste1 mais il le faut prouver d'ailleurs4 ,car1 comme rpond fort bien ce subtil thologien1 une chose peut tre limite en deux faons1 ou parceque celui qui l'a produite ne lui a pas donn plus de perfections1 ou parceque sa nature est telle qu'elle n'en peut recevoir qu'un certain nombre1 comme il est de la nature du triangle de n'avoir pas plus de trois cts3 mais il me semble que c'est une chose de soi vidente1 et qui n'a pas besoin de preuve1 que tout ce qui existe est ou par une cause1 ou par soi comme par une cause2 car puisque nous concevons et entendons fort bien1 non seulement l'existence1 mais aussi la ngation de l'existence1 il n'y a rien que nous puissions feindre tre tellement par soi1 qu'il ne faille donner aucune raison pourquoi plutt il existe qu'il n'existe point2 et ainsi nous devons toujours interprter ce mot1 tre par soi1 positivement1 et comme si c'toit tre par une cause1 savoir par une surabondance de sa propre puissance1 laquelle ne peut tre qu'en ,dieu seul1 ainsi qu'on peut aisment dmontrer4 ,ce qui m'est ensuite accord par ce savant docteur1 bien qu'en effet il ne reoive aucun doute1 est nanmoins ordinairement si peu considr1 et est d'une telle importance pour tirer toute la philosophie hors des tnbres o elle semble tre ensevelie1 que lorsqu'il le confirme par son autorit1 il m'aide beaucoup en mon dessein4 ,et il demande ici#a1 avec beaucoup de raison1 si je connois clairement et distinctement l'infini2 car bien que j'aie tch de prvenir cette objection1 nanmoins elle se prsente si facilement un chacun1 qu'il est ncessaire que j'y rponde un peu amplement4 ,c'est pourquoi je dirai ici premirement que l'infini1 en tant qu'infini1 n'est point la vrit compris1 mais que nanmoins il est entendu2 car1 entendre clairement et distinctement qu'une chose est telle qu'un ne peut du tout point y rencontrer de limites1 c'est clairement entendre qu'elle est infinie4 ,et je mets ici de la distinction entre l'indfini et l'infini4 ,et il n'y a rien que je nomme proprement infini1 sinon ce en quoi de toutes parts je ne rencontre point de limites1 auquel sens ,dieu seul est infini2 mais pour les choses o sous quelque considration seulement je ne vois point de fin1 comme l'tendue des espaces imaginaires1 la multitude des nombres1 la divisibilit des parties de la quantit1 et autres choses semblables1 je les appelle indfinies et non pas infinies1 parceque de toutes parts elles ne sont pas sans fin ni sans ,limites4 ,note #ci3 ,voyez ,objections ,de plus je mets distinction entre la raison formelle de l'infini1 ou l'infinit1 et la chose qui est infinie4 ,car1 quant l'infinit1 encore que nous la concevions tre trs positive1 nous ne l'entendons nanmoins que d'une faon ngative1 savoir est de ce que nous ne remarquons en la chose aucune limitation3 et quant la chose qui est infinie1 nous la concevons la vrit positivement1 mais non pas selon toute son tendue1 c'est--dire que nous ne comprenons pas tout ce qui est intelligible en elle4 ,mais tout ainsi que1 lorsque nous jetons les yeux sur la mer1 on ne laisse pas de dire que nous la voyons1 quoique notre vue n'en atteigne pas toutes les parties et n'en mesure pas la vaste tendue2 et de vrai1 lorsque nous ne la regardons que de loin1 comme si nous la voulions embrasser toute avec les yeux1 nous ne la voyons que confusment3 comme aussi n'imaginons-nous que confusment un chiliogone1 lorsque nous tchons d'imaginer tous ses cts ensemble2 mais lorsque notre vue s'arrte sur une partie de la mer seulement1 cette vision alors peut tre fort claire et fort distincte1 comme aussi l'imagination d'un chiliogone1 lorsqu'elle s'tend seulement sur un ou deux de ses cts4 ,de mme ,j'avoue avec tous les thologiens que ,dieu ne peut tre compris par l'esprit humain2 et mme qu'il ne peut tre distinctement connu par ceux qui tchent de l'embrasser tout entier et tout la fois par la pense1 et qui le regardent comme de loin2 auquel sens saint ,thomas a dit1 au lieu ci-devant cit1 que la connoissance de ,dieu est en nous sous une espce de confusion seulement1 et comme sous une image obscure3 mais ceux qui considrent attentivement chacune de ses perfections1 et qui appliquent toutes les forces de leur esprit les contempler1 non point dessein de les comprendre1 mais plutt de les admirer et reconnotre combien elles sont au-del de toute comprhension1 ceux-l1 dis-je1 trouvent en lui incomparablement plus de choses qui peuvent tre clairement et distinctement connues1 et avec plus de facilit1 qu'il ne s'en trouve en aucune des choses cres4 ,ce que saint ,thomas a fort bien reconnu lui-mme en ce lieu-l1 comme il est ais de voir de ce qu'en l'article suivant il assure que l'existence de ,dieu peut tre dmontre4 ,pour moi1 toutes les fois que j'ai dit que ,dieu pouvoit tre connu clairement et distinctement1 je n'ai jamais entendu parler que de cette connoissance finie1 et accommode la petite capacit de nos esprits2 aussi n'a-t-il pas t ncessaire de l'entendre autrement pour la vrit des choses que j'ai avances1 comme un verra facilement1 si on prend garde que je n'ai dit cela qu'en deux endroits1 en l'un desquels il toit question de savoir si quelque chose de rel toit contenu dans l'ide que nous formons de ,dieu1 ou bien s'il n'y avoit qu'une ngation de chose 7ainsi qu'on peut douter si1 dans l'ide du froid1 il n'y a rien qu'une ngation de chaleur71 ce qui peut aisment tre connu1 encore qu'on ne comprenne pas l'infini4 ,et en l'autre j'ai maintenu que l'existence n'appartenoit pas moins la nature de l'tre souverainement parfait1 que trois cts appartiennent la nature du triangle3 ce qui se peut aussi assez entendre sans qu'on ait une connoissance de ,dieu si tendue qu'elle comprenne tout ce qui est en lui4 ,il compare ici derechef un de mes arguments avec un autre de saint ,thomas1 afin de m'obliger en quelque faon de montrer lequel des deux a le plus de force4 ,et il me semble que je le puis faire sans beaucoup d'envie1 parce que saint ,thomas ne s'est pas servi de cet argument comme sien1 et il ne conclut pas la mme chose que celui dont je me sers2 et1 enfin1 je ne m'loigne ici en aucune faon de l'opinion de cet anglique docteur4 ,car on lui demande1 savoir1 si la connoissance de l'existence de ,dieu est si naturelle l'esprit humain qu'il ne soit pas besoin de la prouver1 c'est--dire si elle est claire et manifeste un chacun1 ce qu'il nie1 et moi avec lui4 ,or l'argument qu'il s'objecte soi-mme se peut ainsi proposer4 ,lorsqu'on comprend et entend ce que signifie ce nom ,dieu1 on entend une chose telle que rien de plus grand ne peut tre conu2 mais c'est une chose plus grande d'tre en effet et dans l'entendement1 que d'tre seulement dans l'entendement3 donc1 lorsqu'on comprend et entend ce que signifie ce nom ,dieu1 on entend que ,dieu est en effet et dans l'entendement4 ,o il y a une faute manifeste en la forme2 car on devoit seulement conclure3 donc1 lorsqu'on comprend et entend ce que signifie ce nom ,dieu1 on entend qu'il signifie une chose qui est en effet1 et dans l'entendement2 or ce qui est signifi par un mot1 ne parot pas pour cela tre vrai4 ,mais mon argument a t tel3 ,ce que nous concevons clairement et distinctement appartenir la nature ou l'essence ou la forme immuable et vraie de quelque chose1 cela peut tre dit ou affirm avec vrit de cette chose2 mais aprs que nous avons assez soigneusement recherch ce que c'est que ,dieu1 nous concevons clairement et distinctement qu'il appartient sa vraie et immuable nature qu'il existe2 donc alors nous pouvons affirmer avec vrit qu'il existe3 ou du moins la conclusion est lgitime4 ,mais la majeure ne se peut aussi nier1 parce qu'un est dj demeur d'accord ci-devant que tout ce que nous entendons ou concevons clairement et distinctement1 est vrai4 ,il ne reste plus que la mineure1 o je confesse que la difficult n'est pas petite2 premirement1 parceque nous sommes tellement accoutums dans toutes les autres choses de distinguer l'existence de l'essence1 que nous ne prenons pas assez garde comment elle appartient l'essence de ,dieu plutt qu' celle des autres choses2 et aussi pource que ne distinguant pas assez soigneusement les choses qui appartiennent la vraie et immuable essence de quelque chose de celles qui ne lui sont attribues que par la fiction de notre entendement1 encore que nous apercevions assez clairement que l'existence appartient l'essence de ,dieu1 nous ne concluons pas toutefois de l que ,dieu existe1 pource que nous ne savons pas si son essence est immuable et vraie1 on si elle a seulement t faite et invente par notre esprit4 ,mais1 pour ter la premire partie de cette difficult1 il faut faire distinction entre l'existence possible et la ncessaire2 et remarquer que l'existence possible est contenue dans la notion ou dans l'ide de toutes les choses que nous concevons clairement et distinctement1 mais que l'existence ncessaire n'est contenue que dans l'ide seule de ,dieu3 car je ne doute point que ceux qui considreront avec attention cette diffrence qui est entre l'ide de ,dieu et toutes les autres ides n'aperoivent fort bien qu'encore que nous ne concevions jamais les autres choses sinon comme existantes1 il ne s'ensuit pas nanmoins de l qu'elles existent1 mais seulement qu'elles peuvent exister2 parce que nous ne concevons pas qu'il soit ncessaire que l'existence actuelle soit conjointe avec leurs autres proprits1 mais que de ce que nous concevons clairement que l'existence actuelle est ncessairement et toujours conjointe avec les autres attributs de ,dieu1 il suit de l ncessairement que ,dieu existe4 ,puis1 pour ter l'autre partie de la difficult1 il faut prendre garde que les ides qui ne contiennent pas de vraies et immuables natures1 mais seulement de feintes et composes par l'entendement1 peuvent tre divises par l'entendement mme1 non seulement par une abstraction ou restriction de sa pense1 mais par une claire et distincte opration2 en sorte que les choses que l'entendement ne peut pas ainsi diviser n'ont point sans doute t faites ou composes par lui4 ,par exemple1 lorsque je me reprsente un cheval ail1 ou un lion actuellement existant1 ou un triangle inscrit dans un carr1 je conois facilement que je puis aussi tout au contraire me reprsenter un cheval qui n'ait point d'ailes1 un lion qui ne soit point existant1 un triangle sans carr2 et partant1 que ces choses n'ont point de vraies et immuables natures4 ,mais si je me reprsente un triangle ou un carr 7je ne parle point ici du lion ni du cheval1 pource que leurs natures ne nous sont pas entirement connues71 alors certes toutes les choses que je reconnotrai tre contenues dans l'ide du triangle1 comme que ses trois angles sont gaux deux droits1 etc41 je l'assurerai avec vrit d'un triangle2 et d'un carr1 tout ce que je trouverai tre contenu dans l'ide dit carr2 car encore que je puisse concevoir un triangle1 en restreignant tellement ma pense que je ne conoive en aucune faon que ses trois angles sont gaux deux droits1 je ne puis pas nanmoins nier cela de lui par une claire et distincte opration1 c'est--dire entendant nettement ce que je dis4 ,de plus1 si je considre un triangle inscrit dans un carr1 non afin d'attribuer au carr ce qui appartient seulement au triangle1 ou d'attribuer au triangle ce qui appartient au carr1 mais pour examiner seulement les choses qui naissent de la conjonction de l'un et de l'autre1 la nature de cette figure compose du triangle et du carr ne sera pas moins vraie et immuable que celle du seul carr1 ou du seul triangle4 ,de faon que je pourrai assurer avec vrit que le carr n'est pas moindre que le double du triangle qui lui est inscrit1 et autres choses semblables qui appartiennent la nature de cette figure compose4 ,mais si je considre que1 dans l'ide d'un corps trs parfait1 l'existence est contenue1 et cela pource que c'est une plus grande perfection d'tre en effet et dans l'entendement que d'tre seulement dans l'entendement1 je ne puis pas de l conclure que ce corps trs parlait existe1 mais seulement qu'il peut exister4 ,car je reconnois assez que cette ide a t faite par mon entendement mme1 lequel a joint ensemble toutes les perfections corporelles2 et aussi que l'existence ne rsulte point des autres perfections qui sont comprises en la nature du corps1 pource que l'on peut galement affirmer ou nier qu'elles existent1 c'est--dire les concevoir comme existantes ou non existantes4 ,et de plus1 cause qu'en examinant l'ide du corps1 je ne vois en lui aucune force par laquelle il se produise ou se conserve lui-mme1 je conclus fort bien que l'existence ncessaire1 de laquelle seule il est ici question1 convient aussi peu la nature du corps1 tant parfait qu'il puisse tre1 qu'il appartient la nature d'une montagne de n'avoir point de valle1 ou la nature du triangle d'avoir ses trois angles plus grands que deux droits4 ,mais maintenant si nous demandons1 non d'un corps1 mais d'une chose1 telle qu'elle puisse tre1 qui ait en soi toutes les perfections qui peuvent tre ensemble1 savoir si l'existence doit tre compte parmi elles2 il est vrai que d'abord nous en pourrons douter1 parce que notre esprit1 qui est fini1 n'ayant coutume de les considrer que spares1 n'apercevra peut-tre pas du premier coup combien ncessairement elles sont jointes entre elles4 ,mais si nous examinons soigneusement1 savoir1 si l'existence convient l'tre souverainement puissant1 et quelle sorte d'existence1 nous pourrons clairement et distinctement connotre1 premirement1 qu'au moins l'existence possible lui convient1 comme toutes les autres choses dont nous avons en nous quelque ide distincte1 mme celles qui sont composes par les fictions de notre esprit4 ,en aprs1 parce que nous ne pouvons penser que son existence est possible qu'en mme temps1 prenant garde sa puissance infinie1 nous ne connoissions qu'il peut exister par sa propre force1 nous conclurons de l que rellement il existe1 et qu'il a t de toute ternit2 car il est trs manifeste1 par la lumire naturelle1 que ce qui peut exister par sa propre force existe toujours2 et ainsi nous connotrons que l'existence ncessaire est contenue dans l'ide d'un tre souverainement puissant1 non par une fiction de l'entendement1 mais parce qu'il appartient la vraie et immuable nature d'un tel tre d'exister2 et il nous sera aussi ais de connotre qu'il est impossible que cet tre souverainement puissant n'ait point en soi toutes les autres perfections qui sont contenues dans l'ide de ,dieu1 en sorte que1 de leur propre nature1 et sans aucune fiction de l'entendement1 elles soient toutes jointes ensemble et existent dans ,dieu3 toutes lesquelles choses sont manifestes celui qui y pense srieusement1 et ne diffrent point de celles que j'avois dj ci-devant crites1 si ce n'est seulement en la faon dont elles sont ici expliques1 laquelle j'ai expressment change pour m'accommoder la diversit des esprits4 ,et je confesserai ici librement que cet argument est tel1 que ceux qui ne se ressouviendront pas de toutes les choses qui servent sa dmonstration1 le prendront aisment pour un sophisme2 et que cela m'a fait douter au commencement si je m'en devois servir1 de peur de donner occasion ceux qui ne le comprendroient pas de se dfier aussi des autres4 ,mais pource qu'il n'y a que deux voies par lesquelles on puisse prouver qu'il y a un ,dieu1 savoir1 l'une par ses effets1 et l'autre par son essence ou sa nature mme1 et que j'ai expliqu1 autant qu'il m'a t possible1 la premire dans la troisime ,mditation1 j'ai cru qu'aprs cela je ne devois pas omettre l'autre4 ,pour ce qui regarde la distinction formelle1 que ce trs docte thologien dit avoir prise de ,scot#a1 je rponds brivement qu'elle ne diffre point de la modale1 et qu'elle ne s'tend que sur les tres incomplets1 lesquels j'ai soigneusement distingus de ceux qui sont complets2 et qu' la vrit elle suffit pour faire qu'une chose soit conue sparment et distinctement d'une autre1 par une abstraction de l'esprit qui conoive la chose imparfaitement1 mais non pas pour faire que deux choses soient conues tellement distinctes et spares l'une de l'autre que nous entendions que chacune est un tre complet et diffrent de tout autre2 car pour cela il est besoin d'une distinction relle4 ,ainsi1 par exemple1 entre le mouvement et la figure d'un mme corps il y a une distinction formelle1 et je puis fort bien concevoir le mouvement sans la figure1 et la figure sans le mouvement1 et l'un et l'autre sans penser particulirement au corps qui se meut ou qui est figur2 mais je ne puis pas nanmoins concevoir pleinement et parfaitement le mouvement sans quelque corps auquel ce mouvement soit attach1 ni la figure sans quelque corps o rside cette figure1 ni enfin je ne puis pas feindre que le mouvement soit en une chose dans laquelle la figure ne puisse tre1 ou la figure en une chose incapable de mouvement4 ,de mme je ne puis pas concevoir la justice sans un juste1 ou la misricorde sans un misricordieux2 et on ne peut pas feindre que celui-l mme qui est juste ne puisse pas tre misricordieux4 ,mais je conois pleinement ce que c'est que le corps 7c'est--dire je conois le corps comme une chose complte71 en pensant seulement que c'est une chose tendue1 figure1 mobile1 etc41 encore que je nie de lui toutes les choses qui appartiennent a la nature de l'esprit2 et je conois aussi que l'esprit est une chose complte1 qui doute1 qui entend1 qui veut1 etc41 encore que je nie qu'il y ait en lui aucune des choses qui sont contenues en l'ide du corps3 ce qui ne se pourroit aucunement faire s'il n'y avoit une distinction relle entre le corps et l'esprit4 ,note #dj3 ,voyez ,objections4 ,voil1 ,messieurs1 ce que j'ai eu rpondre aux objections subtiles et officieuses de votre ami commun4 ,mais si je n'ai pas t assez heureux d'y satisfaire entirement1 je vous prie que je puisse tre averti des lieux qui mritent une plus ample explication1 ou peut-tre mme sa censure2 que si je puis obtenir cela de lui par votre moyen1 je me tiendrai tous infiniment votre oblig4 ,,secondes ,,objections1 ,,recueillies ,,par ,,le ,r4 ,p4 ,,mersenne1 ,,de ,,la ,,bouche ,,de ,,divers ,,th,,ologiens ,,et ,,philosophes1 ,,contre ,,les ,i,ie1 ,i,i,ie1 ,i,ve1 ,ve ,,et ,v,ie ,m,,ditations4 ,,monsieur1 ,puisque1 pour confondre les nouveaux gants du sicle1 qui osent attaquer l',auteur de toutes choses1 vous avez entrepris d'en affermir le trne en dmontrant son existence2 et que votre dessein semble si bien conduit que les gens de bien peuvent esprer qu'il ne se trouvera dsormais personne qui1 aprs avoir lu attentivement vos ,mditations1 ne confesse qu'il y a un ,dieu ternel de qui toutes choses dpendent1 nous avons jug propos de vous avertir et vous prier tout ensemble de rpandre encore sur de certains lieux1 que nous vous marquerons ci-aprs1 une telle lumire qu'il ne reste rien dans tout votre ouvrage qui ne soit1 s'il est possible1 trs clairement et trs manifestement dmontr4 ,car d'autant que depuis plusieurs annes vous avez1 par de continuelles mditations1 tellement exerc votre esprit1 que les choses qui semblent aux autres obscures et incertaines vous peuvent parotre plus claires1 et que vous les concevez peut-tre par une simple inspection de l'esprit1 sans vous apercevoir de l'obscurit que les autres y trouvent1 il sera bon que vous soyez averti de celles qui ont besoin d'tre plus clairement et plus amplement expliques et dmontres2 et lorsque vous nous aurez satisfait en ceci1 nous ne jugeons pas qu'il y ait gure personne qui puisse nier que les raisons dont vous avez commenc la dduction pour la gloire de ,dieu et l'utilit du public ne doivent tre prises pour des dmonstrations4 ,premirement1 vous vous ressouviendrez que ce n'est pas tout de bon et en vrit1 mais seulement par une fiction d'esprit1 que vous avez rejet1 autant qu'il vous a t possible1 tous les fantmes des corps1 pour conclure que vous tes seulement une chose qui pense1 de peur qu'aprs cela vous ne croyiez peut-tre que l'on puisse conclure qu'en effet et sans fiction vous n'tes rien autre chose qu'un esprit ou une chose qui pense2 et c'est tout ce que nous avons trouv digne d'observation touchant vos deux premires ,mditations1 dans lesquelles vous faites voir clairement qu'au moins il est certain que vous qui pensez tes quelque chose4 ,mais arrtons-nous un peu ici4#a ,jusque l vous connoissez que vous tes une chose qui pense1 mais vous ne savez pas encore ce que c'est que cette chose qui pense4 ,et que savez-vous si ce n'est point un corps qui1 par ses divers mouvements et rencontres1 fait cette action que nous appelons du nom de pense8 ,car1 encore que vous croyiez avoir rejet toutes sortes de corps1 vous vous tes pu tromper en cela1 que vous ne vous tes pas rejet vous-mme1 qui peut-tre tes un corps4 ,car comment prouvez-vous qu'un corps ne peut penser1 ou que des mouvements corporels ne sont point la pense mme8 ,et pourquoi tout le systme de votre corps1 que vous croyez avoir rejet1 ou quelques parties d'icelui1 par exemple celles du cerveau1 ne pourroient-elles pas concourir former ces sortes de mouvements que nous appelons des penses8 ,je suis1 dites-vous1 une chose qui pense2 mais que savez-vous si vous n'tes point aussi un mouvement corporel1 ou un corps remu8 ,note #da3 ,voyez ,mditation ,,ii4 ,secondement1 de l'ide d'un tre souverain1 laquelle vous soutenez ne pouvoir tre produite par vous1 vous osez conclure l'existence d'un souverain tre1 duquel seul peut procder l'ide qui est en votre esprit#a2 comme si nous ne nous trouvions pas en nous un fondement suffisant1 sur lequel seul tant appuys1 nous pouvons former cette ide1 quoiqu'il n'y et point de souverain tre1 ou que nous ne sussions pas s'il y en a un1 et que son existence ne nous vnt pas mme en la pense3 car ne vois-je pas que moi1 qui pense1 j'ai quelque degr de perfection8 ,et ne vois-je pas aussi que d'autres que moi ont un semblable degr8 ce qui me sert de fondement pour penser quelque nombre que ce soit1 et ainsi pour ajouter un degr de perfection un autre jusqu' l'infini2 tout de mme que1 bien qu'il n'y et au monde qu'un degr de chaleur ou de lumire1 je pourrois nanmoins en ajouter et en feindre toujours de nouveaux jusques l'infini4 ,pourquoi pareillement ne pourrai-je pas ajouter quelque degr d'tre que j'aperois tre en moi1 tel autre degr que ce soit1 et1 de tous les degrs capables d'tre ajouts1 former l'ide d'un tre parfait8 ,mais1 dites-vous1 l'effet ne peut avoir aucun degr de perfection ou de ralit qui n'ait t auparavant dans sa cause2 mais1 outre que nous voyons tous les jours que les mouches1 et plusieurs autres animaux1 comme aussi les plantes1 sont produites par le soleil1 la pluie et la terre1 dans lesquels il n'y a point de vie comme en ces animaux1 laquelle vie est plus noble qu'aucun autre degr purement corporel1 d'o il arrive que l'effet lire quelque ralit de sa cause1 qui nanmoins n'toit pas dans sa cause2 mais1 dis-je1 cette ide n'est rien autre chose qu'un tre de raison1 qui n'est pas plus noble que votre esprit qui la conoit4 ,de plus1 que savez-vous si cette ide se ft jamais offerte votre esprit1 si vous eussiez pass toute votre vie dans un dsert1 et non point en la compagnie de personnes savantes8 et ne peut-on pas dire que vous l'avez puise des penses que vous avez eues auparavant1 des enseignements des livres1 des discours et entretiens de vos amis1 etc41 et non pas de votre esprit seul ou d'un souverain tre existant8 ,et partant il faut prouver plus clairement que cette ide ne pourroit tre en vous1 s'il n'y avoit point de souverain tre2 et alors nous serons les premiers nous rendre votre raisonnement1 et nous y donnerons tous les mains4 ,or1 que cette ide procde de ces notions anticipes1 cela parot1 ce semble1 assez clairement de ce que les ,canadiens1 les ,hurons et les autres hommes sauvages n'ont point en eux une telle ide1 laquelle vous pouvez mme former de la connoissance que vous avez des choses corporelles2 en sorte que votre ide ne reprsente rien que ce monde corporel1 qui embrasse toutes les perfections que vous sauriez imaginer3 de sorte que vous ne pouvez conclure autre chose1 sinon qu'il y a un tre corporel trs parfait1 si ce n'est que vous ajoutiez quelque chose de plus qui lve notre esprit jusqu' la connoissance des choses spirituelles ou incorporelles4 ,nous pouvons ici encore dire que l'ide d'un ange peut tre en vous aussi bien que celle d'un tre trs parfait1 sans qu'il soit besoin pour cela qu'elle soit forme en vous par un ange rellement existant1 bien que l'ange soit plus parfait que vous4 ,mais je dis de plus que vous n'avez pas l'ide de ,dieu non plus que celle d'un nombre ou d'une ligne infinie1 laquelle quand vous pourriez avoir1 ce nombre nanmoins est entirement impossible3 ajoutez cela que l'ide de l'unit et simplicit d'une seule perfection1 qui embrasse et contienne toutes les autres1 se fait seulement par l'opration de l'entendement qui raisonne1 tout ainsi que se font les units universelles1 qui ne sont point dans les choses1 mais seulement dans l'entendement1 comme on peut voir par l'unit gnrique1 transcendantale1 etc4 ,note #db3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,en troisime lieu1 puisque vous n'tes pas encore assur de l'existence de ,dieu1 et que vous dites#a nanmoins que vous ne sauriez tre assur d'aucune chose1 ou que vous ne pouvez rien connotre clairement et distinctement si premirement vous ne connoissez certainement et clairement que ,dieu existe1 il s'ensuit que vous ne savez pas encore que vous tes une chose qui pense1 puisque1 selon vous1 cette connoissance dpend de la connoissance claire d'un ,dieu existant1 laquelle vous n'avez pas encore dmontre1 aux lieux o vous concluez que vous connoissez clairement ce que vous tes4 ,ajoutez cela qu'un athe connot clairement et distinctement que les trois angles d'un triangle sont gaux deux droits1 quoique nanmoins il soit fort loign de croire l'existence de ,dieu1 puisqu'il la nie tout--fait2 parce1 dit-il1 que si ,dieu existoit il y auroit un souverain tre et un souverain bien1 c'est--dire un infini2 or ce qui est infini en tout genre de perfection exclut toute autre chose que ce soit1 non seulement toute sorte d'tre et de bien1 mais aussi toute sorte du non-tre et de mal3 et nanmoins il y a plusieurs tres et plusieurs biens1 comme aussi plusieurs non-tres et plusieurs maux2 laquelle objection nous jugeons propos que vous rpondiez1 afin qu'il ne reste plus rien aux impies objecter1 et qui puisse servir de prtexte leur ,impit4 ,note #dc3 ,voyez ,mditation ,,ii4 ,en quatrime lieu1 vous niez#a que ,dieu puisse mentir ou dcevoir2 quoique nanmoins il se trouve des scolastiques qui tiennent le contraire1 comme ,gabriel1 ,ariminensis1 et quelques autres1 qui pensent que ,dieu ment1 absolument parlant1 c'est--dire qu'il signifie quelque chose aux hommes contre son intention et contre ce qu'il a dcrt et rsolu1 comme lorsque1 sans ajouter de condition1 il dit aux ,ninivites par son prophte3 ,encore quarante jours1 et ,ninive sera subvertie4 ,et lorsqu'il a dit plusieurs autres choses qui ne sont point arrives1 parce qu'il n'a pas voulu que telles paroles rpondissent son intention ou son dcret4 ,que1 s'il a endurci et aveugl ,pharaon1 et s'il a mis dans les prophtes un esprit de mensonge1 comment pouvez-vous dire que nous ne pouvons tre tromps par lui8 ,dieu ne peut-il pas se comporter envers les hommes comme un mdecin envers ses malades et un pre envers ses enfants1 lesquels l'un et l'autre trompent si souvent1 mais toujours avec prudence et utilit2 car si ,dieu nous montroit la vrit toute nue1 quel oeil ou plutt quel esprit auroit assez de force pour la supporter8 ,combien qu' vrai dire il ne soit pas ncessaire de feindre un ,dieu trompeur afin que vous soyez du dans les choses que vous pensez connotre clairement et distinctement1 vu que la cause de cette dception peut tre en vous1 quoique vous n'y songiez seulement pas4 ,car que savez-vous si votre nature n'est point telle qu'elle se trompe toujours1 ou du moins fort souvent8 ,et d'o avez-vous appris que1 touchant les choses que vous pensez connotre clairement et distinctement1 il est certain que vous n'tes jamais tromp1 et que vous ne le pouvez tre8 ,car combien de fois avons-nous vu que des personnes se sont trompes en des choses qu'elles pensoient voir plus clairement que le soleil8 ,et partant1 ce principe d'une claire et distincte connoissance doit tre expliqu si clairement et si distinctement que personne dsormais1 qui ait l'esprit raisonnable1 ne puisse tre du dans les choses qu'il croira savoir clairement et distinctement2 autrement nous ne voyons point encore que nous puissions rpondre avec certitude de la vrit d'aucune chose4 ,note #dd3 ,voyez ,mditations ,,iii et ,,iv4 ,en cinquime lieu1 si la volont ne peut jamais faillir1 on ne pche point lorsqu'elle suit et se laisse conduire par les lumires claires et distinctes de l'esprit qui la gouverne1 et si1 au contraire1 elle se met en danger du faillir lorsqu'elle poursuit et embrasse les connoissances obscures et confuses de l'entendement1 prenez garde que de l il semble que l'on puisse infrer que les ,turcs et les autres infidles non seulement ne pchent point lorsqu'ils n'embrassent pas la religion chrtienne et catholique1 mais mme qu'ils pchent lorsqu'ils l'embrassent1 puisqu'ils n'en connoissent point la vrit ni clairement ni distinctement4 ,bien plus1 si cette rgle que vous tablissez#a est vraie1 il ne sera permis la volont d'embrasser que fort peu de choses1 vu que nous ne connoissons quasi rien avec cette clart et distinction que vous requrez pour former une certitude qui ne puisse tre sujette aucun doute4 ,prenez donc garde1 s'il vous plat1 que1 voulant affermir le parti de la vrit1 vous ne prouviez plus qu'il ne faut1 et qu'au lieu de l'appuyer vous ne la renversiez4 ,note #de3 ,voyez ,mditation ,,iv4 ,en sixime lieu1 dans vos rponses#a aux prcdentes objections1 il semble que vous ayez manqu de bien tirer la conclusion dont voici l'argument3 ,ce que clairement et distinctement nous entendons appartenir la nature1 ou l'essence1 ou la forme immuable et vraie de quelque chose1 cela peut tre dit ou affirm avec vrit de cette chose2 mais1 aprs que nous avons soigneusement observ ce que c'est que ,dieu1 nous entendons clairement et distinctement qu'il appartient sa vraie et immuable nature qu'il existe4 ,il faudroit conclure3 ,donc1 aprs que nous avons assez soigneusement observ ce que c'est que ,dieu1 nous pouvons dire ou affirmer cette vrit1 qu'il appartient la nature de ,dieu qu'il existe4 ,d'o il ne s'ensuit pas que ,dieu existe en effet1 mais seulement qu'il doit exister si sa nature est possible ou ne rpugne point1 c'est--dire que la nature ou l'essence de ,dieu ne peut tre conue sans existence1 en telle sorte que1 si cette essence est1 il existe rellement2 ce qui se rapporte cet argument1 que d'autres proposent de la sorte3 ,s'il n'implique point que ,dieu soit1 il est certain qu'il existe2 or il n'implique point qu'il existe1 donc1 etc4 ,mais on est en question de la mineure1 savoir1 qu'il n'implique point qu'il existe1 la vrit de laquelle quelques uns de nos adversaires rvoquent en doute1 et d'autres la nient4 ,de plus1 cette clause de votre raisonnement1 aprs que nous avons assez clairement reconnu ou observ ce que c'est que ,dieu1 est suppose comme vraie1 dont tout le monde ne tombe pas encore d'accord1 vu que vous avouez vous-mme que vous ne comprenez l'infini qu'imparfaitement2 le mme faut-il dire de tous ses autres attributs3 car tout ce qui est en ,dieu tant entirement infini1 quel est l'esprit qui puisse comprendre la moindre chose qui soit en ,dieu que trs imparfaitement8 ,comment donc pouvez-vous avoir assez clairement et distinctement observ ce que c'est que ,dieu8 ,note #df3 ,voyez ,rponses aux premires objections4 ,en septime lieu1 nous ne trouvons pas un seul mot dans vos ,mditations touchant l'immortalit de l'me de l'homme1 laquelle nanmoins vous deviez principalement prouver1 et en faire une trs exacte dmonstration pour confondre ces personnes indignes de l'immortalit1 puisqu'ils la nient1 et que peut-tre ils la dtestent4 ,mais1 outre cela1 nous craignons que vous n'ayez pas encore assez prouv la distinction qui est entre l'me et le corps de l'homme#a1 comme nous avons dj remarqu en la premire de nos observations1 laquelle nous ajoutons qu'il ne semble pas que1 de cette distinction de l'me d'avec le corps1 il s'ensuive qu'elle soit incorruptible ou immortelle3 car qui sait si sa nature n'est point limite selon la dure de la vie corporelle1 et si ,dieu n'a point tellement mesur ses forces et son existence qu'elle finisse avec le ,corps8 ,note #dg3 ,voyez ,mditation ,,vi4 ,voil1 ,monsieur1 les choses auxquelles nous dsirons que vous apportiez une plus grande lumire1 afin que la lecture de vos trs subtiles et1 comme nous estimons1 trs vritables ,mditations soit profitable tout le monde4 ,c'est pourquoi ce seroit une chose fort utile si1 la fin de vos solutions1 aprs avoir premirement avanc quelques dfinitions1 demandes et axiomes1 vous concluiez le tout selon la mthode des gomtres1 en laquelle vous tes si bien vers1 afin que tout d'un coup et comme d'une seule oeillade1 vos lecteurs y puissent voir de quoi se satisfaire1 et que vous remplissiez leur esprit de la connoissance de la ,divinit4 ,r,,ponses ,,de ,l',,auteur ,,aux ,,secondes ,,objections4 ,,messieurs1 ,c'est avec beaucoup de satisfaction que j'ai lu les observations que vous avez faites sur mon petit trait de la premire philosophie2 car elles m'ont fait connotre la bienveillance que vous avez pour moi1 votre pit envers ,dieu1 et le soin que vous prenez pour l'avancement de sa gloire3 et je ne puis que je ne me rjouisse non seulement de ce que vous avez jug mes raisons dignes de votre censure1 mais aussi de ce que vous n'avancez rien contre elles quoi il ne me semble que je pourrai rpondre assez commodment4 ,en premier lieu1 vous m'avertissez de me ressouvenir que ce n'est pas tout de bon et en vrit1 mais seulement par une fiction d'esprit1 que j'ai rejet les ides ou les fantmes des corps pour conclure que je suis une chose qui pense1 de peur que peut-tre je n'estime qu'il suit de l que je ne suis qu'une chose qui pense#a4 ,mais j'ai dj fait voir1 dans ma seconde ,mditation1 que je m'en tois assez souvenu1 vu que j'y ai mis ces paroles3 ,mais aussi peut-il arriver que ces mmes choses que je suppose n'tre point parce qu'elles me sont inconnues1 ne sont point en effet diffrentes de moi que je connois3 je n'en sais rien1 je ne dispute pas maintenant de cela1 etc4 ,par lesquelles j'ai voulu expressment avertir le lecteur1 que je ne cherchois pas encore en ce lieu-l si l'esprit toit diffrent du corps1 mais que j'examinois seulement celles de ses proprits dont je puis avoir une claire et assure connoissance4 ,et1 d'autant que j'en ai l remarqu plusieurs1 je ne puis admettre sans distinction ce que vous ajoutez ensuite3 ,que je ne sais pas nanmoins ce que c'est qu'une chose qui pense4 ,car1 bien que j'avoue que je ne savois pas encore si cette chose qui pense n'toit point diffrente du corps1 ou si elle l'toit1 je n'avoue pas pour cela que je ne la connoissois point2 car qui a jamais tellement connu aucune chose qu'il st n'y avoir rien en elle que cela mme qu'il connoissoit8 ,mais nous pensons d'autant mieux connotre une chose qu'il y a plus de particularits en elle que nous connoissons2 ainsi nous avons plus de connoissance de ceux avec qui nous conversons tous les jours que de ceux dont nous ne connoissons que le nom ou le visage2 et toutefois nous ne jugeons pas que ceux-ci nous soient tout--fait inconnus2 auquel sens je pense avoir assez dmontr que l'esprit1 considr sans les choses que l'on a de coutume d'attribuer au corps1 est plus connu que le corps considr sans l'esprit3 et c'est tout ce que j'avois dessein de prouver en cette seconde ,mditation4 ,note #dh3 ,voyez secondes objections4 ,mais je vois bien ce que vous voulez dire1 c'est savoir que1 n'ayant crit que six mditations touchant la premire philosophie1 les lecteurs s'tonneront que dans les deux premires je ne conclue rien autre chose que ce que je viens de dire tout maintenant1 et que pour cela ils les trouveront trop striles1 et indignes d'avoir t mises en lumire4 ,a quoi je rponds seulement que je ne crains pas que ceux qui auront lu avec jugement le reste de ce que j'ai crit aient occasion de souponner que la matire m'ait manqu2 mais qu'il m'a sembl trs raisonnable que les choses qui demandent une particulire attention1 et qui doivent tre considres sparment d'avec les autres1 fussent mises dans des mditations spares4 ,c'est pourquoi1 ne sachant rien de plus utile pour parvenir une ferme et assure connoissance des choses que si1 avant de rien tablir1 on s'accoutume douter de tout et principalement des choses corporelles1 encore que j'eusse vu il y a long-temps plusieurs livres crits par les sceptiques et acadmiciens touchant cette matire1 et que ce ne ft pas sans quelque dgot que je ramchois une viande si commune1 je n'ai pu toutefois me dispenser de lui donner une mditation tout entire2 et je voudrois que les lecteurs n'employassent pas seulement le peu de temps qu'il faut pour la lire1 mais quelques mois1 ou du moins quelques semaines1 considrer les choses dont elle traite auparavant que de passer outre3 car ainsi je ne doute point qu'ils ne lissent bien mieux leur profit de la lecture du reste4 ,de plus1 cause que nous n'avons eu jusques ici aucunes ides des choses qui appartiennent l'esprit qui n'aient t trs confuses et mles avec les ides des choses sensibles1 et que c'a t la premire et principale cause pourquoi on n'a pu entendre assez clairement aucune des choses qui se sont dites de ,dieu et de l'me1 j'ai pens que je ne ferois pas peu1 si je montrois comment il faut distinguer les proprits ou qualits de l'esprit des proprits ou qualits du corps1 et comment il les faut reconnotre2 car1 encore qu'il ait dj t dit par plusieurs que1 pour bien concevoir les choses immatrielles ou mtaphysiques1 il faut loigner son esprit des sens1 nanmoins personne1 que je sache1 n'avoit encore montr par quel moyen cela se peut faire4 ,or le vrai et mon jugement l'unique moyen pour cela est contenu dans ma seconde ,mditation2 mais il est tel que ce n'est pas assez de l'avoir envisag une fois1 il le faut examiner souvent et le considrer longtemps1 afin que l'habitude de confondre les choses intellectuelles avec les corporelles1 qui s'est enracine en nous pendant tout le cours de notre vie1 puisse tre efface par une habitude contraire de les distinguer1 acquise par l'exercice de quelques journes4 ,ce qui m'a sembl une cause assez juste pour ne point traiter d'autre matire en la seconde ,mditation4 ,vous demandez ici comment je dmontre que le corps ne peut penser3 mais pardonnez-moi si je rponds que je n'ai pas encore donn lieu cette question1 n'ayant commenc en traiter que dans la sixime ,mditation1 par ces paroles3 ,c'est assez1 que je puisse clairement et distinctement concevoir une chose sans une autre pour tre certain que l'une est distincte ou diffrente de l'autre1 etc4 ,et un peu aprs3 ,encore que j'aie un corps qui me soit fort troitement conjoint1 nanmoins1 parce que1 d'un ct1 j'ai une claire et distincte ide de moi-mme en tant que je suis seulement une chose qui pense et non tendue1 et que d'un autre j'ai une claire et distincte ide du corps en tant qu'il est seulement une chose tendue et qui ne pense point1 il est certain que moi1 c'est--dire mon esprit ou mon me1 par laquelle je suis ce que je suis1 est entirement et vritablement distincte de mon corps1 et qu'elle peut tre ou exister sans lui4 ,a quoi il est ais d'ajouter3 ,tout ce qui peut penser est esprit ou s'appelle esprit4 ,mais1 puisque le corps et l'esprit sont rellement distincts1 nul corps n'est esprit3 donc nul corps ne peut penser4 ,et certes je ne vois rien en cela que vous puissiez nier2 car nierez-vous qu'il suffit que nous concevions clairement une chose sans une autre pour savoir qu'elles sont rellement distinctes8 ,donnez-nous donc quelque signe1 plus certain de la distinction relle1 si toutefois on en peut donner aucun4 ,car que direz-vous8 ,sera-ce que ces choses-l sont rellement distinctes1 chacune desquelles peut exister sans l'autre8 ,mais derechef je vous demanderai d'o vous connoissez qu'une chose peut exister sans une autre8 ,car1 afin que ce soit un signe de distinction1 il est ncessaire qu'il soit connu4 ,peut-tre direz-vous que les sens vous le font connotre1 parce que vous voyez une chose en l'absence de l'autre1 ou que vous la touchez1 etc4 ,mais la foi des sens est plus incertaine que celle de l'entendement2 et il se peut faire en plusieurs faons qu'une seule et mme chose paroisse nos sens sous diverses formes1 ou en plusieurs lieux ou manires1 et qu'ainsi elle soit prise pour deux4 ,et enfin1 si vous vous ressouvenez de ce qui a t dit de la cire l fin de la seconde ,mditation1 vous saurez que les corps mmes ne sont pas proprement connus par les sens1 mais par le seul entendement2 en telle sorte que sentir une chose sans une autre n'est rien autre chose sinon avoir l'ide d'une chose1 et savoir que cette ide n'est pas la mme que l'ide d'une autre3 or cela ne peut tre connu d'ailleurs que de ce qu'une chose est conue sans l'autre2 et cela ne peut tre certainement connu si l'on n'a l'ide claire et distincte de ces deux choses3 et ainsi ce signe de relle distinction doit tre rduit au mien pour tre certain4 ,que s'il y en a qui nient qu'ils aient des ides distinctes de l'esprit et du corps1 je ne puis autre chose que les prier de considrer assez attentivement les choses qui sont contenues dans cette seconde ,mditation1 et de remarquer que l'opinion qu'ils ont que les parties du cerveau concourent avec l'esprit pour former nos penses n'est fonde sur aucune raison positive1 mais seulement sur ce qu'ils n'ont jamais expriment d'avoir t sans corps1 et qu'assez souvent ils ont t empchs par lui dans leurs oprations2 et c'est le mme que si quelqu'un1 de ce que ds son enfance il auroit eu des fers aux pieds1 estimoit que ces fers fissent une partie de son corps1 et qu'ils lui fussent ncessaires pour marcher4 ,en second lieu1 lorsque vous dites #a que nous trouvons de nous-mmes nu fondement suffisant pour former l'ide le ,dieu1 vous ne dites rien de contraire mon opinion2 car j'ai dit moi-mme2 en termes exprs1 la fin de la troisime ,mditation1 que cette ide est ne avec moi1 et qu'elle ne me vient point d'ailleurs que de moi-mme4 ,j'avoue aussi que nous la pourrions former encore que nous ne sussions pas qu'il y a un souverain tre1 mais non pas si en effet il n'y en avoit point2 car au contraire j'ai averti que toute la force de mon argument consiste en ce qu'il ne se pourrait faire que la facult de former cette ide ft en moi1 si je n'avois t cr de ,dieu4 ,note #di3 ,voyez secondes objections4 ,et ce que vous dites des mouches1 des plantes1 etc41 ne prouve en aucune faon que quelque degr de perfection peut tre dans un effet qui n'ait point t auparavant dans sa cause4 ,car1 ou il est certain qu'il n'y a point de perfection dans les animaux qui n'ont point de raison qui ne se rencontre aussi dans les corps inanims1 ou1 s'il y en a quelqu'une1 qu'elle leur vient d'ailleurs2 et que le soleil1 la pluie et la terre ne sont point les causes totales de ces animaux4 ,et ce seroit une chose fort loigne de la raison si quelqu'un1 de cela seul qu'il ne connot point de cause qui concoure la gnration d'une mouche et qui ait autant de degrs de perfection qu'en a une mouche1 n'tant pas cependant assur qu'il n'y en ait point d'autres que celles qu'il connot1 prenoit de l occasion de douter d'une chose laquelle1 comme je dirai tantt plus au long1 est manifeste par la lumire naturelle4 ,a quoi j'ajoute que ce que vous objectez ici des mouches1 tant tir de la considration des choses matrielles1 ne peut venir on l'esprit de ceux qui1 suivant l'ordre de mes ,mditations1 dtourneront leurs penses des choses sensibles pour commencer philosopher4 ,il ne me semble pas aussi que vous prouviez rien contre moi en disant que l'ide de ,dieu qui est en nous n'est qu'un tre de raison4 ,car cela n'est pas vrai1 si par un tre de raison l'on entend une chose qui n'est point3 mais seulement si toutes les oprations de l'entendement sont prises pour des tres de raison1 c'est--dire pour des tres qui partent de la raison1 auquel sens tout ce monde peut aussi tre appel un tre de raison divine1 c'est--dire un tre cr par un simple acte de l'entendement divin4 ,et j'ai dj suffisamment averti en plusieurs lieux que je parlois seulement de la perfection ou ralit objective de cette ide de ,dieu1 laquelle ne requiert pas moins une cause qui contienne en effet tout ce qui n'est contenu en elle qu'objectivement ou par reprsentation1 que fait l'artifice objectif ou reprsent1 qui est en l'ide que quelque artisan a d'une machine fort artificielle4 ,et certes je ne vois pas que l'on puisse rien ajouter pour faire connotre plus clairement que cette ide ne peut tre en nous si un souverain tre n'existe1 si ce n'est que le lecteur1 prenant garde de plus prs aux choses que j'ai dj crites1 se dlivre lui-mme des prjugs qui offusquent peut-tre sa lumire naturelle1 et qu'il s'accoutume donner crance aux premires notions1 dont les connaissances sont si vraies et si videntes que rien ne le peut tre davantage1 plutt qu' des opinions obscures et fausses1 mais qu'un long usage a profondment graves en nos esprits4 ,car1 qu'il n'y ait rien dans un effet qui n'ait t d'une semblable ou plus excellente faon dans sa cause1 c'est une premire notion1 et si vidente qu'il n'y en a point de plus claire3 et cette autre commune notion1 que de rien rien ne se fait1 la comprend en soi1 parce que1 si on accorde qu'il y ait quelque chose dans l'effet qui n'ait point t dans sa cause1 il faut aussi demeurer d'accord que cela procde du nant2 et s'il est vident que le nant ne peut tre la cause de quelque chose1 c'est seulement parce que dans cette cause il n'y auroit pas la mme chose que dans l'effet4 ,c'est aussi une premire notion1 que toute la ralit1 ou toute la perfection1 qui n'est qu'objectivement dans les ides1 doit tre formellement ou minemment dans leurs causes2 et toute l'opinion que nous avons jamais eue de l'existence des choses qui sont hors de notre esprit1 n'est appuye que sur elle seule4 ,car d'o nous a pu venir le soupon qu'elles existoient1 sinon de cela seul que leurs ides venoient par les sens frapper notre esprit8 ,or1 qu'il y ait en nous quelque ide d'un tre souverainement puissant et parfait1 et aussi que la ralit objective de cette ide ne se trouve point en nous1 ni formellement1 ni minemment1 cela deviendra manifeste ceux qui y penseront srieusement1 et qui voudront avec moi prendre la peine d'y mditer2 mais je ne le saurais pas mettre par force en l'esprit de ceux qui ne liront mes ,mditations que comme un roman1 pour se dsennuyer1 et sans y avoir grande attention4 ,or de tout cela on conclut trs manifestement que ,dieu existe4 ,et toutefois1 en faveur de ceux dont la lumire naturelle est si foible qu'ils ne voient pas que c'est une premire notion1 que toute la perfection qui est objectivement dans une ide doit tre rellement dans quelqu'une de ses causes1 je l'ai encore dmontr d'une faon plus aise concevoir1 en montrant que l'esprit qui a cette ide ne peut pas exister par soi-mme2 et partant je ne vois pas ce que vous pourriez dsirer de plus pour donner des mains1 ainsi que vous avez promis4 ,je ne vois pas aussi que vous prouviez rien contre moi1 en disant que j'ai peut-tre reu l'ide qui me reprsente ,dieu1 des penses que j'ai eues auparavant des enseignements des livres1 des discours et entretiens de mes amis1 etc41 et non pas de mon esprit seul4 ,car mon argument aura toujours la mme force1 si1 m'adressant ceux de qui l'on dit que je l'ai reue1 je leur demande s'ils l'ont par eux-mmes on bien par autrui1 au lieu de le demander de moi-mme2 et je conclurai toujours que celui-l est ,dieu1 de qui elle est premirement drive4 ,quant ce que vous ajoutez eu ce lieu-l1 qu'elle peut tre forme de la considration des choses corporelles1 cela ne me semble pas plus vraisemblable que si vous disiez que nous n'avons aucune facult pour our1 mais que1 par la seule vue des couleurs1 nous parvenons la connoissance des sons4 ,car on peut dire qu'il y a plus d'analogie ou de rapport entre les couleurs et les sons1 qu'entre les choses corporelles et ,dieu4 ,et lorsque vous demandez que j'ajoute quelque chose qui nous lve jusqu' la connoissance de l'tre immatriel ou spirituel1 je ne puis mieux faire que de vous renvoyer ma seconde ,mditation1 afin qu'au moins vous connoissiez qu'elle n'est pas tout--fait inutile2 car que pourrois-je faire ici par une ou deux priodes1 si je n'ai pu rien avancer par un long discours prpar seulement pour ce sujet1 et auquel il me semble n'avoir pas moins apport d'industrie qu'en aucun autre crit que j'aie publi4 ,et1 encore qu'en cette ,mditation j'aie seulement trait de l'esprit humain1 elle n'est pas pour cela moins utile faire connotre la diffrence qui est entre la nature divine et celle des choses matrielles4 ,car je veux bien ici avouer franchement que l'ide que nous avons1 par exemple1 de l'entendement divin ne me semble point diffrer de celle que nous avons de notre propre entendement1 sinon seulement comme l'ide d'un nombre infini diffre de l'ide du nombre binaire ou du ternaire2 et il en est de mme de tous les attributs de ,dieu1 dont nous reconnoissons en nous quelque vestige4 ,mais1 outre cela1 nous concevons en ,dieu une immensit1 simplicit on unit absolue1 qui embrasse et contient tous ses autres attributs1 et de laquelle nous ne trouvons ni en nous ni ailleurs aucun exemple2 mais elle est1 ainsi que j'ai dit auparavant1 comme la marque de l'ouvrier imprime sur son ouvrage4 ,et1 par son moyen1 nous connoissons qu'aucune des choses que nous concevons tre en ,dieu et en nous1 et que nous considrons en lui par parties1 et comme si elles toient distinctes1 cause de la faiblesse de notre entendement et que nous les exprimentons telles en nous1 ne conviennent point ,dieu et nous1 en la faon qu'on nomme univoque dans les coles2 comme aussi nous connoissons que de plusieurs choses particulires qui n'ont point de fin1 dont nous avons les ides1 comme d'une connoissance sans fin1 d'une puissance1 d'un nombre1 d'une longueur1 etc41 qui sont aussi sans fin1 il y en a quelques unes qui sont contenues formellement dans l'ide que nous avons de ,dieu1 comme la connoissance et la puissance1 et d'autres qui n'y sont qu'minemment1 comme le nombre et la longueur2 ce qui certes ne seroit pas ainsi1 si cette ide n'toit rien autre chose en nous qu'une fiction4 ,et elle ne seroit pas aussi conue si exactement de la mme faon de tout le monde3 car c'est une chose trs remarquable1 que tous les mtaphysiciens s'accordent unanimement dans la description qu'ils font des attributs de ,dieu1 au moins de ceux qui peuvent tre connus par la seule raison humaine1 en telle sorte qu'il n'y a aucune chose physique ni sensible1 aucune chose dont nous ayons une ide si expresse et si palpable1 touchant la nature de laquelle il ne se rencontre chez les philosophes une plus grande diversit d'opinions1 qu'il ne s'en rencontre touchant celle de ,dieu4 ,et certes jamais les hommes ne pourroient s'loigner de la vraie connoissance de cette nature divine1 s'ils vouloient seulement porter leur attention sur l'ide qu'ils ont de l'tre souverainement parfait4 ,mais ceux qui mlent quelques autres ides avec celle-l composent par ce moyen un dieu chimrique1 en la nature duquel il y a des choses qui se contrarient2 et1 aprs l'avoir ainsi compos1 ce n'est pas merveille s'ils nient qu'un tel dieu1 qui leur est reprsent par une fausse ide1 existe4 ,ainsi1 lorsque vous parlez ici d'un tre corporel trs parfait1 si vous prenez le nom de trs parfait absolument1 en sorte que vous entendiez que le corps est un tre dans lequel toutes les perfections se rencontrent1 vous dites des choses qui se contrarient1 d'autant que la nature du corps enferme plusieurs imperfections2 par exemple1 que le corps soit divisible en parties1 que chacune de ses parties ne soit pas l'autre1 et autres semblables3 car c'est une chose de soi manifeste1 que c'est une plus grande perfection de ne pouvoir tre divis1 que de le pouvoir tre1 etc42 que si vous entendez seulement ce qui est trs parfait dans le genre de corps1 cela n'est point le vrai ,dieu4 ,ce que vous ajoutez de l'ide d'un ange1 laquelle est plus parfaite que nous1 savoir qu'il n'est pas besoin qu'elle ait t mise en nous par un ange1 j'en demeure aisment d'accord2 car j'ai dj dit moi-mme1 dans la troisime ,mditation1 qu'elle peut tre compose des ides que nous avons de ,dieu1 et de l'homme4 ,et cela ne m'est en aucune faon contraire4 ,quant ceux qui nient d'avoir en eux l'ide de ,dieu1 et qui au lieu d'elle forgent quelque idole1 etc44 ceux-l1 dis-je1 nient le nom et accordent la chose3 car certainement je ne pense pas que cette ide soit de mme nature que les images des choses matrielles dpeintes en la fantaisie2 mais1 au contraire1 je crois qu'elle ne peut tre conue que par l'entendement seul1 et qu'en effet elle n'est que cela mme que nous apercevons par son moyen1 soit lorsqu'il conoit1 soit lorsqu'il juge1 soit lorsqu'il raisonne4 ,et je prtends maintenir que de cela seul que quelque perfection qui est au-dessus de moi devient l'objet de mon entendement1 en quelque faon que ce soit qu'elle se prsente lui2 par exemple1 de cela seul que j'aperois que je ne puis jamais1 en nombrant1 arriver au plus grand de tous les nombres1 et que de l je connois qu'il y a quelque chose en matire de nombrer qui surpasse mes forces1 je puis conclure ncessairement1 non pas la vrit qu'un nombre infini existe1 ni aussi que son existence implique contradiction1 comme vous dites1 mais que cette puissance que j'ai de comprendre qu'il y a toujours quelque chose de plus concevoir dans le plus grand des nombres1 que je ne puis jamais concevoir1 ne me vient pas de moi-mme1 et que je l'ai reue de quelque autre tre qui est plus parfait que je ne suis4 ,et il importe fort peu qu'on donne le nom d'ide ce concept d'un nombre indfini1 ou qu'on ne lui donne pas4 ,mais1 pour entendre quel est cet tre plus parfait que je ne suis1 et si ce n'est point ce mme nombre dont je ne puis trouver la fin1 qui est rellement existant et infini1 on bien si c'est quelque autre chose1 il faut considrer toutes les autres perfections1 lesquelles1 outre la puissance de me donner cette ide peuvent tre en la mme chose en qui est cette puissance2 et ainsi on trouvera que cette chose est ,dieu4 ,enfin1 lorsque ,dieu est dit tre inconcevable1 cela s'entend d'une pleine et entire conception1 qui comprenne et embrasse parfaitement tout ce qui est en lui1 et non pas de cette mdiocre et imparfaite qui est en nous1 laquelle nanmoins suffit pour connotre qu'il existe4 ,et vous ne prouvez rien contre moi en disant que l'ide de l'unit de toutes les perfections qui sont eu ,dieu est forme de la mme faon que l'unit gnrique et celle des autres universaux4 ,mais nanmoins elle en est fort diffrente2 car elle dnote une particulire et positive perfection en ,dieu1 au lieu que l'unit gnrique n'ajoute rien de rel la nature de chaque individu4 ,en troisime lieu1 o j'ai dit que nous ne pouvons rien savoir certainement1 si nous ne connoissons premirement que ,dieu existe3 j'ai dit en termes exprs que je ne parlois que de la science de ces conclusions1 dont la mmoire nous peut revenir eu l'esprit lorsque nous ne pensons plus aux raisons d'o nous les avons tires4 ,car la connoissance des premiers principes ou axiomes n'a pas accoutum d'tre appele science par les dialecticiens4 ,mais quand nous apercevons que nous sommes des choses qui pensent1 c'est une premire notion qui n'est tire d'aucun syllogisme3 et lorsque quelqu'un dit1 ,je pense1 donc je suis1 ou j'existe1 il ne conclut pas son existence de sa pense comme par la force de quelque syllogisme1 mais comme une chose connue de soi2 il la voit par une simple inspection de l'esprit3 comme il parot de ce que s'il la dduisoit d'un syllogisme1 il auroit d auparavant connotre cette majeure1 ,tout ce qui pense est1 ou existe3 mais au contraire elle lui est enseigne de ce qu'il sent en lui-mme qu'il ne se peut pas faire qu'il pense1 s'il n'existe4 ,car c'est le propre de notre esprit1 de former les propositions gnrales de la connoissance des particulires4 ,or1 qu'un athe#a puisse connotre clairement que les trois angles d'un triangle sont gaux deux droits1 je ne le nie pas2 mais je maintiens seulement que la connoissance qu'il en a n'est pas une vraie science1 parce que toute connoissance qui peut tre rendue douteuse ne doit pas tre appele du nom de science2 et puisque l'on suppose que celui-l est un athe1 il ne peut pas tre certain de n'tre point du dans les choses qui lui semblent tre trs videntes1 comme il a dj t montr ci-devant2 et encore que peut-tre ce doute ne lui vienne point en la pense1 il lui peut nanmoins venir s'il l'examine1 ou s'il lui est propos par un autre3 et jamais il ne sera hors du danger de l'avoir1 si premirement il ne reconnot un ,dieu4 ,note #ej3 ,voyez secondes objections4 ,et il n'importe pas que peut-tre il estime qu'il a des dmonstrations pour prouver qu'il n'y a point de ,dieu2 car ces dmonstrations prtendues tant fausses1 on lui en petit toujours faire connotre la fausset1 et alors on le fera changer d'opinion4 ,ce qui la vrit ne sera pas difficile1 si pour toutes raisons il apporte seulement celles que vous allguez ici1 c'est savoir que l'infini en tout genre de perfection exclue toute autre sorte d'tre1 etc4 ,car1 premirement1 si ou lui demande d'o il a pris que cette exclusion de tous les autres tres appartient la nature de l'infini1 il n'aura rien qu'il puisse2 rpondre pertinemment3 d'autant que1 par le nom d'infini1 on n'a pas coutume d'entendre ce qui exclut l'existence des choses finies1 et qu'il ne peut rien savoir de la nature d'une chose qu'il pense n'tre rien du tout1 et par consquent n'avoir point de nature1 sinon ce qui est contenu dans la seule et ordinaire signification du nom de cette chose4 ,du plus1 quoi serviroit l'infinie puissance de cet infini imaginaire1 s'il ne pouvait jamais rien crer8 et enfin de ce que nous exprimentons avoir en nous-mmes quelque puissance de penser1 nous concevons facilement qu'une telle puissance peut tre en quelque autre1 et mme plus grande qu'en nous3 mais encore que nous pensions que celle-l s'augmente l'infini1 nous ne craindrons pas pour cela que la ntre devienne moindre4 ,il en est de mme de tous les autres attributs de ,dieu1 mme de la puissance de produire quelques effets hors de soi1 pourvu que nous supposions qu'il n'y en a point en nous qui ne soit soumise la volont de ,dieu2 et partant il peut tre conu tout--fait infini sans aucune exclusion des choses cres4 ,en quatrime lieu1 lorsque je dis que ,dieu ne peut mentir ni tre trompeur1 je pense convenir avec tous les thologiens qui ont jamais t1 et qui seront l'avenir4 ,et tout ce que vous allguez#a au contraire n'a pas plus de force que si1 ayant ni que ,dieu se mt en colre1 ou qu'il ft sujet aux autres passions de l'me1 vous m'objectiez les lieux de l'criture o il semble que quelques passions humaines lui sont attribues4 ,car tout le monde connoit assez la distinction qui est entre ces faons de parler de ,dieu1 dont l'criture se sert ordinairement1 qui sont accommodes la capacit du vulgaire1 et qui contiennent bien quelque vrit1 mais seulement on tant qu'elle est rapporte aux hommes2 et celles qui expriment une vrit plus simple et plus pure1 et qui ne change point de nature1 encore qu'elle ne leur soit point rapporte2 desquelles chacun doit user en philosophant1 et dont j'ai d principalement me servir dans mes ,mditations1 vu qu'en ce lieu-l mme je ne supposais pas encore qu'aucun homme me ft connu1 et que je ne me considrois pas non plus en tant que compos de corps et d'esprit1 mais comme un esprit seulement4 ,d'o il est vident que je n'ai point parl en ce lieu-l du mensonge qui s'exprime par des paroles1 mais seulement de la malice interne et formelle qui se rencontre dans la tromperie1 quoique nanmoins ces paroles que vous apportez du prophte1 ,encore quarante jours1 et ,ninive sera subvertie1 ne soient pas mme un mensonge verbal1 mais une simple menace1 dont l'vnement dpendoit d'une condition2 et lorsqu'il est dit que ,dieu a endurci le coeur de ,pharaon1 ou quelque chose de semblable1 il ne faut pas penser qu'il ait fait cela positivement1 mais seulement ngativement1 savoir1 ne donnant pas ,pharaon une grce efficace pour se convertir4 ,note #ea3 ,voyez secondes objections4 ,je ne voudrais pas nanmoins condamner ceux qui disent que ,dieu peut profrer par ses prophtes quelque mensonge verbal1 tels que sont ceux dont se servent les mdecins quand ils doivent leurs malades pour les gurir1 c'est--dire qui ft exempt de toute la malice qui se rencontre ordinairement dans lu tromper3 mais1 bien davantage1 nous voyons quelquefois que nous sommes rellement tromps par cet instinct naturel qui nous a t donn de ,dieu1 comme lorsqu'un hydropique a soif2 car alors il est rellement pouss boire par la nature qui lui a t donne de ,dieu pour la conservation de snu corps1 quoique nanmoins cette nature le trompe1 puisque le boire lui doit tre nuisible3 mais j'ai expliqu1 dans la sixime ,mditation1 comment cela peut compatir avec la bont et la vrit de ,dieu4 ,mais dans les choses qui ne peuvent pas tre ainsi expliques1 savoir1 dans nos jugements trs clairs et trs exacts1 lesquels s'ils toient faux ne pourroient tre corrigs par d'autres plus clairs1 ni par l'aide d'aucune autre facult naturelle1 je soutiens hardiment que nous ne pouvons tre tromps4 ,car ,dieu tant le souverain tre1 il est aussi ncessairement le souverain bien et lu souveraine vrit1 et partant il rpugne que quelque chose vienne de lui qui tende positivement la fausset4 ,mais puis-qu'il ne peut y avoir en nous rien de rel qui ne nous ait t donn par lui1 comme il a t dmontr en prouvant son existence1 et puisque nous avons en nous une facult relle pour1 connotre le vrai et le distinguer d'avec le faux1 comme on le peut prouver de cela seul que nous avons eu nous les ides du vrai et du faux1 si cette facult ne tendoit au vrai1 au moins lorsque nous nous en servons comme il faut1 c'est--dire lorsque nous ne donnons notre consentement qu'aux choses que nous concevons clairement et distinctement1 car on ne sauroit feindre un autre bon usage de cette facult1 ce ne seroit pas sans raison que ,dieu1 qui nous l'a donne1 seroit tenu pour un trompeur4 ,et ainsi vous voyez qu'aprs avoir connu que ,dieu existe1 il est ncessaire de feindre qu'il soit trompeur1 si nous voulons rvoquer en doute les choses que nous concevons clairement et distinctement2 et parce que cela ne se peut pas mme feindre1 il faut ncessairement admettre ces choses comme trs vraies et trs assures4 ,mais d'autant que je remarque ici que vous vous arrtez encore aux doutes que j'ai proposs dans ma premire ,mditation1 et que je pensois avoir levs assez exactement dans les suivantes1 j'expliquerai ici derechef le fondement sur lequel il me semble que toute la certitude humaine peut tre appuye4 ,premirement1 aussitt que nous pensons concevoir clairement quelque vrit1 nous sommes naturellement ports la croire4 ,et si cette croyance est si ferme que nous ne puissions jamais avoir aucune raison de douter de ce que nous croyons de la sorte1 il n'y a rien rechercher davantage1 nous avons touchant cela toute la certitude qui se peut raisonnablement souhaiter4 ,car que nous importe si peut--tre quelqu'un feint que cela mme de la vrit duquel nous sommes si fortement persuads paroit faux aux yeux de ,dieu ou des anges1 et que partant1 absolument parlant1 il est faux2 qu'avons-nous faire de nous mettre en peine de cette fausset absolue1 puisque nous ne la croyons point du tout1 et que nous n'en avons pas mme le moindre soupon8 ,car nous supposons une croyance ou une persuasion si ferme qu'elle ne puisse tre branle2 laquelle par consquent est en tout la mme chose qu'une trs parfaite certitude4 ,mais on peut bien douter si l'on a quelque certitude de cette nature1 ou quelque persuasion qui soit ferme et immuable4 ,et certes1 il est manifeste qu'on n'en peut pas avoir des choses obscures et confuses1 pour peu d'obscurit ou de confusion que nous y remarquions2 car cette obscurit1 quelle qu'elle soit1 est une cause assez suffisante pour nous faire douter de ces choses4 ,on n'en peut pas aussi avoir des choses qui ne sont aperues que par les sens1 quelque clart qu'il y ait en leur perception1 parce que nous avons souvent remarqu que dans le sens il peut y avoir de l'erreur1 comme lorsqu'un hydropique a soif ou que la neige paroit jaune celui qui a la jaunisse3 car celui-l ne la voit pas moins clairement et distinctement de la sorte que nous1 qui elle parot blanche2 il reste donc que1 si on en peut avoir1 ce soit seulement des choses que l'esprit conoit clairement et distinctement4 ,or entre ces choses il y en a de si claires et tout ensemble de si simples1 qu'il nous est impossible de penser elles que nous ne les croyions tre vraies2 par exemple1 que j'existe lorsque je pense1 que les choses qui ont une fois t faites ne peuvent n'avoir point t faites1 et autres choses semblables1 dont il est manifeste que nous avons une parfaite certitude4 ,car nous ne pouvons pas douter de ces choses-l sans penser elles1 mais nous n'y pouvons jamais penser sans croire qu'elles sont vraies1 comme je viens de dire2 donc1 nous n'en pouvons douter que nous ne les croyions tre vraies1 c'est--dire que nous n'en pouvons jamais douter4 ,et il ne sert de rien de dire#a que nous avons souvent expriment que des personnes se sont trompes en des choses qu'elles pensoient voir plus clairement que le soleil2 car nous n'avons jamais vu1 ni nous ni personne1 que cela soit arriv ceux qui ont tir toute la clart de leur perception de l'entendement seul1 mais bien ceux qui l'ont prise des sens ou de quelque faux prjug4 ,il ne sert aussi de rien de vouloir feindre que peut-tre ces choses semblent fausses ,dieu ou aux anges2 parce que l'vidence de notre perception ne nous permettra jamais d'couter celui qui le voudroit feindre et qui nous le voudroit persuader4 ,note #eb3 ,voyez secondes objections4 ,il y a d'autres choses que notre entendement conoit aussi fort clairement lorsque nous prenons garde de prs aux raisons d'o dpend leur connoissance1 et pour ce nous ne pouvons pas alors en douter2 mais1 parce que nous pouvons oublier ces raisons1 et cependant nous ressouvenir des conclusions qui en ont t tires1 on demande si on peut avoir une ferme et immuable persuasion de ces conclusions1 taudis que nous nous ressouvenons qu'elles ont t dduites de principes trs vidents2 car ce souvenir doit tre suppos pour pouvoir tre appeles des conclusions4 ,et je rponds que ceux-l en peuvent avoir qui connoissent tellement ,dieu1 qu'ils savent qu'il ne se peut pas faire que la facult d'entendre1 qui leur a t donne par lui1 ait autre chose que la vrit pour objet2 mais que les autres n'en ont point3 et cela a t si clairement expliqu la fin de la cinquime ,mditation1 que je ne pense pas y devoir ici rien ajouter4 ,en cinquime lieu1 je m'tonne que vous niiez #a que la volont se met en danger de faillir lorsqu'elle poursuit et embrasse les connoissances obscures et confuses de l'entendement2 car qu'est-ce qui la peut rendre certaine si ce qu'elle suit n'est pas clairement connu8 ,et quel a jamais t le philosophe1 ou le thologien1 ou bien seulement l'homme usant de raison1 qui n'ait confess que le danger de faillir o nous nous exposons est d'autant moindre que plus claire est la chose que nous concevons auparavant que d'y donner notre consentement2 et que ceux-l pchent qui1 sans connoissance de cause1 portent quelque jugement8 ,or nulle conception n'est dite obscure ou confuse1 sinon parce qu'il y a en elle quelque chose de contenu qui n'est pas connu4 ,note #ec3 ,voyez secondes objections4 ,et partant1 ce que vous objectez touchant la foi qu'on doit embrasser n'a pas plus de force contre moi que contre tous ceux qui ont jamais cultiv la raison humaine1 et1 vrai dire1 elle n'en a aucune contre pas un4 ,car1 encore qu'on dise que la foi a pour objet des choses obscures1 nanmoins ce pourquoi nous les croyons n'est pas obscur1 mais il est plus clair qu'aucune lumire naturelle4 ,d'autant qu'il faut distinguer entre la matire ou la chose laquelle nous donnons notre crance1 et la raison formelle qui meut notre volont la donner4 ,car c'est dans cette seule raison formelle2 que nous voulons qu'il y ait de la clart et de l'vidence4 ,et1 quant la matire1 personne n'a jamais ni qu'elle peut tre obscure1 voire l'obscurit mme2 car1 quand je juge que l'obscurit doit tre te de nos penses pour leur pouvoir donner notre consentement sans aucun danger de faillir1 c'est l'obscurit mme qui me sert de matire pour former un jugement clair et distinct4 ,outre cela1 il faut remarquer que la clart ou l'vidence par laquelle notre volont peut tre excite croire est de deux sortes3 l'une qui part de la lumire naturelle1 et l'autre qui vient de la grce divine4 ,or1 quoiqu'on die ordinairement que la foi est des choses obscures1 toutefois cela s'entend seulement de sa matire1 et non point de la raison formelle pour laquelle nous croyons2 car1 au contraire1 cette raison formelle consiste en une certaine lumire intrieure1 de laquelle ,dieu nous ayant surnaturellement clairs1 nous avons une confiance certaine que les choses qui nous sont proposes croire ont t rvles par lui1 et qu'il est entirement impossible qu'il soit menteur et qu'il nous trompe2 ce qui est plus assur que toute autre lumire naturelle1 et souvent mme plus vident cause de la lumire de la grce4 ,et certes les ,turcs et les autres infidles1 lorsqu'ils n'embrassent point la religion chrtienne1 ne pchent pas pour ne vouloir point ajouter foi aux choses obscures comme tant obscures2 mais ils pchent1 ou de ce qu'ils rsistent la grce divine qui les avertit intrieurement1 ou que1 pchant en d'autres choses1 ils se rendent indignes de cette grce4 ,et je dirai hardiment qu'un infidle1 qui1 destitu de toute grce surnaturelle et ignorant tout--fait que les choses que nous autres chrtiens croyons ont t rvles de ,dieu1 nanmoins1 attir par quelques faux raisonnements1 se porteroit croire ces mmes choses qui lui seroient obscures1 ne seroit pas pour cela fidle1 mais plutt qu'il pcheroit en ce qu'il ne se serviroit pas comme il faut de sa raison4 ,et je ne pense pas que jamais aucun thologien orthodoxe ait eu d'autres sentiments touchant cela2 et ceux aussi qui liront mes ,mditations n'auront pas sujet de croire que je n'aie point connu cette lumire surnaturelle1 puisque1 dans la quatrime1 o j'ai soigneusement recherch la cause de l'erreur ou fausset1 j'ai dit1 en paroles expresses1 qu'elle dispose l'intrieur de notre pense vouloir1 et que nanmoins elle ne diminue point la libert4 ,au reste1 je vous prie ici de vous souvenir que1 touchant les choses que la volont peut embrasser1 j'ai toujours mis une trs grande distinction entre l'usage de la vie et la contemplation de la vrit4 ,car1 pour ce qui regarde l'usage de la vie1 tant s'en faut que je pense qu'il ne faille suivre que les choses que nous connoissons trs clairement1 qu'au contraire je tiens qu'il ne faut pas mme toujours attendre les plus vraisemblables1 mais qu'il faut quelquefois1 entre plusieurs choses tout--fait inconnues et incertaines1 en choisir une et s'y dterminer1 et aprs cela s'y arrter aussi fermement1 tant que nous ne voyons point de raisons au contraire1 que si nous l'avions choisie pour des raisons certaines et trs videntes1 ainsi que j'ai dj expliqu dans le discours de la ,mthode4 ,mais o il ne s'agit que de la contemplation de la vrit1 qui a jamais ni qu'il faille suspendre son jugement l'gard des choses obscures1 et qui ne sont pas assez distinctement connues8 ,or1 que cette seule contemplation de la vrit soit le seul but de mes ,mditations1 outre que cela se reconnot assez clairement par elles-mmes1 je l'ai de plus dclar en paroles expresses sur la fin de la premire1 en disant que je ne pouvois pour lors user de trop de dfiance1 d'autant que je ne m'appliquois pas aux choses qui regardent l'usage de la vie1 mais seulement la recherche de la vrit4 ,en sixime lieu1 o vous reprenez#a la conclusion d'un syllogisme que j'avois mis en forme1 il semble que vous pchiez vous-mmes en la forme2 car1 pour conclure ce que vous voulez1 la majeure devoit tre telle1 ce que clairement et distinctement nous concevons appartenir la nature de quelque chose1 cela peut tre dit ou affirm avec vrit appartenir la nature de cette chose4 ,et ainsi elle ne contiendroit rien qu'une inutile et superflue rptition4 ,mais la majeure de mon argument a t telle3 ,ce que clairement et distinctement nous concevons appartenir la nature de quelque chose1 cela peut tre dit ou affirm avec vrit de cette chose4 ,c'est--dire1 si tre animal appartient l'essence ou la nature de l'homme1 on peut assurer que l'homme est animal2 si avoir les trois angles gaux deux droits appartient la nature du triangle rectiligne1 on peut assurer que le triangle rectiligne a ses trois angles gaux deux droits2 si exister appartient la nature de ,dieu1 on peut assurer que ,dieu existe1 etc4 ,et la mineure a t telle3 ,or est-il qu'il appartient la nature de ,dieu d'exister4 ,d'o il est vident qu'il faut conclure comme j'ai fait1 c'est savoir1 ,donc on peut avec vrit assurer de ,dieu qu'il existe2 et non pas comme vous voulez1 ,donc nous pouvons assurer avec vrit qu'il appartient la nature de ,dieu d'exister4 ,et partant1 pour user de l'exception que vous apportez ensuite1 il vous et fallu nier la majeure1 et dire que ce que nous concevons clairement et distinctement appartenir la nature de quelque chose ne peut pas pour cela tre dit ou affirm de cette chose1 si ce n'est que sa nature soit possible ou ne rpugne point4 ,mais voyez1 je vous prie1 la faiblesse de cette exception4 ,car1 ou bien par ce mot de possible vous entendez1 comme l'on fait d'ordinaire1 tout ce qui ne rpugne point la pense humaine1 auquel sens il est manifeste que la nature de ,dieu1 de la faon que je l'ai dcrite1 est possible1 parce que je n'ai rien suppos en elle1 sinon ce que nous concevons clairement et distinctement lui devoir appartenir1 et ainsi je n'ai rien suppos qui rpugne la pense ou ait concept humain3 ou bien vous feignez quelque autre possibilit de la part de l'objet mme1 laquelle1 si elle ne convient avec la prcdente1 ne peut jamais tre connue par l'entendement humain1 et partant elle n'a pas plus de force pour nous obliger nier la nature de ,dieu ou son existence que pour dtruire toutes les autres choses qui tombent sous la connoissance des hommes2 car1 par la mme raison que l'on nie que la nature de ,dieu est possible1 encore qu'il ne se rencontre aucune impossibilit de la part du concept ou de la pense1 mais qu'au contraire toutes les choses qui sont contenues dans ce concept de la nature divine soient tellement connexes entre elles qu'il nous semble y avoir de la contradiction dire qu'il y en ait quelqu'une qui n'appartienne pas la nature de ,dieu1 on pourra aussi nier qu'il soit possible que les trois angles d'un triangle soient gaux deux droits1 ou que celui qui pense actuellement existe3 et bien plus forte raison pourra-t-on nier qu'il y ait rien de vrai de toutes les choses que nous apercevons par les sens2 et ainsi toute la connoissance humaine sera renverse sans aucune raison ni fondement4 ,note #ed3 ,voyez secondes objections4 ,et pour ce qui est de cet argument1 que vous comparez avec le mien1 savoir1 ,s'il n'implique point que ,dieu existe1 il est certain qu'il existe3 mais il n'implique point2 donc1 etc41 matriellement parlant il est vrai1 mais formellement c'est un sophisme2 car dans la majeure ce mot il implique regarde le concept de la cause par laquelle ,dieu peut tre1 et dans la mineure il regarde le seul concept de l'existence et de la nature de ,dieu1 comme il paroit de ce que si on nie la majeure1 il la faudra prouver ainsi3 ,si ,dieu n'existe point encore1 il implique qu'il existe1 parce qu'on ne sauroit assigner de cause suffisante pour le produire3 mais il n'implique point qu'il existe1 comme il a t accord dans la mineure2 donc1 etc4 ,et si on nie la mineure1 il la faudra prouver ainsi3 ,cette chose n'implique point dans le concept formel de laquelle il n'y a rien qui enferme contradiction3 mais1 dans le concept formel de l'existence ou de la nature divine1 il n'y a rien qui enferme contradiction2 donc1 etc4 ,et ainsi ce mot il implique est pris en deux divers sens4 ,car il se peut faire qu'on ne concevra rien dans la chose mme qui empche qu'elle ne puisse exister1 et que cependant on concevra quelque chose de la part de sa cause qui empche qu'elle ne soit produite4 ,or1 encore que nous ne concevions ,dieu que trs imparfaitement1 cela n'empche pas qu'il ne soit certain que sa nature est possible1 ou qu'elle n'implique point2 ni aussi que nous ne puissions assurer avec vrit que nous l'avons assez soigneusement examine1 et assez clairement connue1 savoir autant qu'il suffit pour connotre qu'elle est possible1 et aussi que l'existence ncessaire lui appartient4 ,car toute impossibilit1 ou1 s'il m'est permis de me servir ici du mot de l'cole1 toute implicance consiste seulement en notre concept ou pense1 qui ne peut conjoindre les ides qui se contrarient les unes les autres2 et elle ne peut consister en aucune chose qui soit hors de l'entendement1 parce que de cela mme qu'une chose est hors de l'entendement il est manifeste qu'elle n'implique point1 mais qu'elle est possible4 ,or l'impossibilit que nous trouvons en nos penses ne vient que de ce qu'elles sont obscures et confuses1 et il n'y en peut avoir aucune dans celles qui sont claires et distinctes2 et partant1 afin que nous puissions assurer que nous connoissons assez la nature de ,dieu pour savoir qu'il n'y a point de rpugnance qu'elle existe1 il suffit que nous entendions clairement et distinctement toutes les choses que nous apercevons tre en elle1 quoique ces choses ne soient qu'en petit nombre au regard de telles que nous n'apercevons pas1 bien qu'elles soient aussi en elle1 et qu'avec cela nous remarquions que l'existence ncessaire est l'une des choses que nous apercevons ainsi tre en ,dieu4 ,en septime lieu1 j'ai dj donn la raison1 dans l'abrg de mes ,mditations1 pourquoi je n'ai rien dit ici touchant l'immortalit de l'me2 j'ai aussi fait voir ci-devant comme quoi j'ai suffisamment prouv la distinction qui est entre l'esprit et toute sorte de corps4 ,quant ce que vous ajoutez#a1 que de la distinction de l'me d'avec le corps il ne s'ensuit pas qu'elle soit immortelle1 parce que nonobstant cela on peut dire que ,dieu l'a faite d'une telle nature que sa dure finit avec celle de la vie du corps1 je confesse que je n'ai rien y rpondre2 car je n'ai pas tant de prsomption que d'entreprendre de dterminer par la force du raisonnement humain une chose qui ne dpend que de la pure volont de ,dieu4 ,note #ee3 ,voyez secondes objections4 ,la connoissance naturelle nous apprend que l'esprit est diffrent du corps1 et qu'il est une substance2 et aussi que le corps humain1 en tant qu'il diffre des autres corps1 est seulement compos d'une certaine configuration de membres1 et autres semblables accidents2 et enfin que la mort du corps dpend seulement de quelque division ou changement de figure4 ,or nous n'avons aucun argument ni aucun exemple qui nous persuade que la mort1 ou l'anantissement d'une substance telle qu'est l'esprit1 doive suivre d'une cause si lgre comme est un changement de figure1 qui n'est autre chose qu'un mode1 et encore un mode non de l'esprit1 mais du corps1 qui est rellement distinct de l'esprit4 ,et mme nous n'avons aucun argument ni exemple qui nous puisse persuader qu'il y a des substances qui sont sujettes tre ananties4 ,ce qui suffit pour conclure que l'esprit ou l'me de l'homme1 autant que cela peut tre connu par la philosophie naturelle1 est immortelle4 ,mais si on demande si ,dieu1 par son absolue puissance1 n'a point peut-tre dtermin que les mes des hommes cessent d'tre au mme temps que les corps auxquels elles sont unies sont dtruits1 c'est ,dieu seul d'en rpondre4 ,et puisqu'il nous a maintenant rvl que cela n'arrivera point1 il ne nous doit plus rester touchant cela aucun doute4 ,au reste1 j'ai beaucoup vous remercier de ce que vous avez daign si officieusement et avec tant de franchise m'avertir non seulement des choses qui vous ont sembl dignes d'explication1 mais aussi des difficults qui pouvoient m'tre faites par les athes1 ou par quelques envieux et mdisants4 ,car encore que je ne voie rien entre les choses que vous m'avez proposes que je n'eusse auparavant rejet ou expliqu dans mes ,mditations 7comme1 par exemple1 ce que vous avez allgu des mouches qui sont produites par le soleil1 des ,canadiens1 des ,ninivites1 des ,turcs1 et autres choses semblables1 ne peut venir en l'esprit de ceux qui1 suivant l'ordre de ces ,mditations1 mettront part pour quelque temps toutes les choses qu'ils ont apprises des sens1 pour prendre garde ce que dicte la plus pure et plus saine raison1 c'est pourquoi je pensois avoir dj rejet toutes ces choses71 encore1 dis-je1 que cela soit1 je juge nanmoins que ces objections seront fort utiles mon dessein1 d'autant que je ne me promets pas d'avoir beaucoup de lecteurs qui veuillent apporter tant d'attention aux choses que j'ai crites1 qu'tant parvenus lu fin ils se ressouviennent de tout ce qu'ils auront lu auparavant3 et ceux qui ne le feront pas tomberont aisment en des difficults1 auxquelles ils verront puis aprs que j'aurai satisfait par cette rponse1 ou du moins ils prendront de l occasion d'examiner plus soigneusement la vrit4 ,pour ce qui regarde le conseil que vous me donnez de disposer mes raisons selon la mthode des gomtres1 afin que tout d'un coup les lecteur les puissent comprendre1 je vous dirai ici en quelle faon j'ai dj tch ci-devant de la suivre1 et comment j'y tcherai encore ci-aprs4 ,dans la faon d'crire des gomtres je distingue deux choses1 savoir l'ordre1 et la manire de dmontrer4 ,l'ordre consiste en cela seulement que les choses qui sont proposes les premires doivent tre connues sans l'aide des suivantes1 et que les suivantes doivent aprs tre disposes de telle faon1 qu'elles soient dmontres par les seules choses qui les prcdent4 ,et certainement j'ai tch autant que j'ai pu de suivre cet ordre en mes ,mditations4 ,et c'est ce qui a fait que je n'ai pas trait dans la seconde de la distinction qui est entre l'esprit et le corps1 mais seulement dans la sixime1 et que j'ai omis tout exprs beaucoup de choses dans ce trait1 parce qu'elles prsupposoient l'explication de plusieurs autres4 ,la manire de dmontrer est double3 l'une se fait par l'analyse ou rsolution1 et l'autre par la synthse ou composition4 ,l'analyse montre la vraie voie2 par laquelle une chose a t mthodiquement invente1 et fait voir comment les effets dpendent des causes2 en sorte que si le lecteur la veut suivre1 et jeter les yeux soigneusement sur tout ce qu'elle contient1 il n'entendra pas moins parfaitement la chose ainsi dmontre1 et ne la rendra pas moins sienne1 que si lui-mme l'avoit invente4 ,mais cette sorte de dmonstration n'est pas propre convaincre les lecteurs opinitres ou peu attentifs3 car si ont laisse chapper sans y prendre garde la moindre des choses qu'elle propose1 la ncessit de ses conclusions ne paratra point2 et on n'a pas coutume d'y exprimer fort amplement les choses qui sont assez claires d'elles-mmes1 bien que ce soit ordinairement celles auxquelles il faut le plus prendre garde4 ,la synthse au contraire1 par une voie toute diffrente1 et comme en examinant les causes par leurs effets1 bien que la preuve qu'elle contient soit souvent aussi des effets par les causes1 dmontre la vrit clairement ce qui est contenu en ses conclusions1 et se sert d'une longue suite de dfinitions1 de demandes1 d'axiomes1 de thormes et de problmes1 afin que si on lui nie quelques consquences1 elle fasse voir comment elles sont contenues dans les antcdents1 et qu'elle arrache le consentement du lecteur1 tant obstin et opinitre qu'il puisse tre2 mais elle ne donne pas comme l'autre une entire satisfaction l'esprit de ceux qui dsirent d'apprendre1 parce qu'elle n'enseigne pas la mthode par laquelle la chose a t invente4 ,les anciens gomtres avoient coutume de se servir seulement de cette synthse dans leurs crits1 non qu'ils ignorassent entirement l'analyse1 mais mon avis parce qu'ils en faisoient tant d'tat qu'ils la rservoient pour eux seuls comme un secret d'importance4 ,pour moi1 j'ai suivi seulement la voie analytique1 dans mes ,mditations1 parce qu'elle me semble tre la plus vraie et la plus propre pour enseigner2 mais quant la synthse1 laquelle sans doute est celle que vous dsirez de moi1 encore que1 touchant les choses qui se traitent en la gomtrie1 elle puisse utilement tre mise aprs l'analyse1 elle ne convient pas toutefois si bien aux matires qui appartiennent la mtaphysique4 ,car il y a cette diffrence1 que les premires notions qui sont supposes pour dmontrer les propositions gomtriques1 ayant de la convenance avec les sens1 sont reues facilement d'un chacun3 c'est pourquoi il n'y a point l de difficult1 sinon bien tirer les consquences1 ce qui se peut faire par toutes sortes de personnes1 mme par les moins attentives1 pourvu seulement qu'elles se ressouviennent des choses prcdentes2 et on les oblige aisment a s'en souvenir1 en distinguant autant de diverses propositions qu'il y a de choses remarquer dans la difficult propose1 afin qu'elles s'arrtent sparment sur chacune1 et qu'on les leur puisse citer par aprs pour les avertir de celles auxquelles elles doivent penser4 ,mais au contraire1 touchant les questions qui appartiennent la mtaphysique1 la principale difficult est de concevoir clairement1 et distinctement les premires notions4 ,car1 encore que de leur nature elles ne soient pas moins claires1 et mme que souvent elles soient plus claires que celles qui sont considres par les gomtres1 nanmoins1 d'autant qu'elles semblent ne s'accorder pas avec plusieurs prjugs que nous avons reus par les sens1 et auxquels nous sommes accoutums ds notre enfance1 elles ne sont parfaitement comprises que par ceux qui sont fort attentifs et qui s'tudient dtacher autant qu'ils peuvent leur esprit du commerce des sens3 c'est pourquoi1 si on les proposait toutes seules1 elles seraient aisment nies par ceux qui ont l'esprit port la contradiction4 ,et c'est ce qui a t la cause que j'ai plutt crit des ,mditations que des disputes ou des questions1 comme font les philosophes2 ou bien des thormes ou des problmes1 comme les gomtres1 afin de tmoigner par l que je n'ai crit que pour ceux qui se voudront donner la peine de mditer avec moi srieusement et considrer les choses avec attention4 ,car1 de cela mme que quelqu'un se prpare combattre la vrit1 il se rend moins propre la comprendre1 d'autant qu'il dtourne son esprit de la considration des raisons qui la persuadent1 pour l'appliquer la recherche de celles qui la dtruisent4 ,mais nanmoins1 pour tmoigner combien je dfre votre conseil1 je tcherai ici d'imiter la synthse des gomtres1 et y ferai un abrg des principales raisons dont j'ai us pour dmontrer l'existence de ,dieu et la distinction qui est entre l'esprit et le corps humain2 ce qui ne servira peut-tre pas peu pour soulager l'attention des lecteurs4 ,,raisons ,,qui ,,prouvent ,l',,existence ,,de ,,dieu1 ,,et ,,la ,,distinction ,,qui ,,est ,,entre ,l',,esprit ,,et ,,le ,,corps ,,de ,l',,homme1 ,,dispos,,es ,,dune ,,fa,,on ,g,,om,,trique4 ,d,,finitions4 ,i4 ,par le nom de pense je comprends tout ce qui est tellement en nous que nous l'apercevons immdiatement par nous-mmes et en avons une connoissance intrieure3 ainsi toutes les oprations de la volont1 de l'entendement1 de l'imagination et des sens sont des penses4 ,mais j'ai ajout immdiatement pour exclure les choses qui suivent et dpendent de nos penses2 par exemple1 le mouvement volontaire a bien la vrit la volont pour son principe1 mais lui-mme nanmoins n'est pas une pense4 ,ainsi se promener n'est pas une pense1 mais bien le sentiment ou la connoissance que l'on a qu'on se promne4 ,,ii4 ,par le nom d'ide1 j'entends cette forme de chacune de nos penses par la perception immdiate de laquelle nous avons connoissance de ces mmes penses4 ,de sorte que je ne puis rien exprimer par des paroles lorsque j'entends ce que je dis1 que de cela mme il ne soit certain que j'ai en moi l'ide de la chose qui est signifie par mes paroles4 ,et ainsi je n'appelle pas du nom d'ide les seules images qui sont dpeintes en la fantaisie2 au contraire1 je ne les appelle point ici de ce nom1 en tant qu'elles sont en la fantaisie corporelle1 c'est--dire en tant qu'elles sont dpeintes en quelques parties du cerveau1 mais seulement en tant qu'elles informent l'esprit mme qui s'applique cette partie du cerveau4 ,,iii4 ,par la ralit objective d'une ide1 j'entends l'entit ou l'tre de la chose reprsente par cette ide1 en tant que cette entit est dans l'ide2 et de la mme faon1 on peut dire une perfection objective1 ou un artifice objectif1 etc4 ,car tout ce que nous concevons comme tant dans les objets des ides1 tout cela est objectivement ou par reprsentations dans les ides mmes4 ,,iv4 ,les mmes choses sont dites tre formellement dans les objets des ides quand elles sont en eux telles que nous les concevons2 et elles sont dites y tre minemment quand elles n'y sont pas la vrit telles1 mais qu'elles sont si grandes qu'elles peuvent suppler ce dfaut par leur excellence4 ,v4 ,toute chose dans laquelle rside immdiatement comme dans un sujet1 ou par laquelle existe quelque chose que nous apercevons1 c'est--dire quelque proprit1 qualit ou attribut dont nous avons en nous une relle ide1 s'appelle substance4 ,car nous n'avons point d'autre ide de la substance prcisment prise1 sinon qu'elle est une chose dans laquelle existe formellement ou minemment cette proprit ou qualit que nous apercevons1 ou qui est objectivement dans quelqu'une de nos ides1 d'autant que la lumire naturelle nous enseigne que le nant ne peut avoir aucun attribut qui soit rel4 ,,vi4 ,la substance dans laquelle rside immdiatement la pense est ici appele esprit4 ,et toutefois ce nom est quivoque1 en ce qu'on l'attribue aussi quelquefois au vent et aux liqueurs fort subtiles2 mais je n'en sache point de plus propre4 ,,vii4 ,la substance qui est le sujet immdiat de l'extension locale et des accidents qui prsupposent cette extension1 comme sont la figure1 la situation et le mouvement de lieu1 etc41 s'appelle corps4 ,mais de savoir si la substance qui est appele esprit est la mme que celle que nous appelons corps1 ou bien si ce sont deux substances diverses1 c'est ce qui sera examin ci-aprs4 ,,viii4 ,la substance que nous entendons tre souverainement parfaite1 et dans laquelle nous ne concevons rien qui enferme quelque dfaut ou limitation de perfection1 s'appelle ,dieu4 ,,ix4 ,quand nous disons que quelque attribut est contenu dans la nature ou dans le concept d'une chose1 c'est de mme que si nous disions que cet attribut est vrai de cette chose1 et qu'on peut assurer qu'il est en elle4 ,x4 ,deux substances sont dites tre rellement distinctes quand chacune d'elles peut exister sans l'autre4 ,,demandes4 ,je demande premirement que les lecteurs considrent combien foibles sont les raisons qui leur ont fait jusques ici ajouter foi leurs sens1 et combien sont incertains tous les jugements qu'ils ont depuis appuys sur eux2 et qu'ils repassent si long-temps et si souvent cette considration en leur esprit1 qu'enfin ils acquirent l'habitude de ne se plus fier si fort en leurs sens3 car j'estime que cela est ncessaire pour se rendre capable de connotre la vrit des choses mtaphysiques1 lesquelles ne dpendent point des sens4 ,en second lieu1 je demande qu'ils considrent leur propre esprit et tous ceux de ses attributs dont ils reconnotront ne pouvoir en aucune faon douter1 encore mme qu'ils supposassent que tout ce qu'ils ont jamais reu par les sens ft entirement faux2 et qu'ils ne cessent point de le considrer que premirement ils n'aient acquis l'usage de le concevoir distinctement1 et de croire qu'il est plus ais connotre que toutes les choses corporelles4 ,en troisime lieu1 qu'ils examinent diligemment les propositions qui n'ont pas besoin de preuve pour tre connues1 et dont chacun trouve les notions en soi-mme1 comme sont celles-ci1 qu'une mme chose ne peut pas tre et n'tre pas tout ensemble2 que le nant ne peut tre la cause efficiente d'aucune chose1 et autres semblables3 et qu'ainsi ils exercent cette clart de l'entendement qui leur a t donne par la nature1 mais que les perceptions des sens ont accoutum de troubler et d'obscurcir2 qu'ils l'exercent1 dis-je1 toute pure et dlivre de leurs prjugs2 car par ce moyen la vrit des axiomes suivants leur sera fort vidente4 ,eu quatrime lieu1 qu'ils examinent les ides de ces natures qui contiennent en elles un assemblage de plusieurs attributs ensemble1 comme est la nature du triangle1 celle du carr ou de quelque autre figure2 comme aussi la nature de l'esprit1 la nature du corps1 et par-dessus toutes la nature de ,dieu ou d'un tre souverainement parfait4 ,et qu'ils prennent garde qu'on peut assurer avec vrit que toutes ces choses-l sont en elles que nous concevons clairement y tre contenues4 ,par exemple1 parce que dans la nature du triangle rectiligne cette proprit se trouve contenue1 que ses trois angles sont gaux deux droits2 et que dans la nature du corps ou d'une chose tendue la divisibilit y est comprise1 car nous ne concevons point de chose tendue si petite que nous ne la puissions diviser1 au moins par la pense2 il est vrai de dire que les trois angles de tout triangle rectiligne sont gaux deux droits1 et que tout corps est divisible4 ,en cinquime lieu1 je demande qu'ils s'arrtent long-temps contempler la nature de l'tre souverainement parfait3 et1 entre autres choses1 qu'ils considrent que dans les ides de toutes les autres natures l'existence possible se trouve bien contenue2 mais que dans l'ide de ,dieu ce n'est pas seulement une existence possible qui se trouve contenue1 mais une existence absolument ncessaire4 ,car de cela seul1 et sans aucun raisonnement1 ils connotront que ,dieu existe2 et il ne leur sera pas moins clair et vident1 sans autre preuve1 qu'il est manifeste que deux est un nombre pair1 et que trois est un nombre impair1 et choses semblables4 ,car il y a des choses qui sont ainsi connues sans preuves par quelques uns1 que d'autres n'entendent que par un long discours et raisonnement4 ,en sixime lieu1 que1 considrant avec soin tous les exemples d'une claire et distincte perception1 et tous ceux dont la perception est obscure et confuse desquels j'ai parl dans mes ,mditations1 ils s'accoutument distinguer les choses qui sont clairement connues de celles qui sont obscures3 car cela s'apprend mieux par des exemples que par des rgles2 et je pense qu'on n'en peut donner aucun exemple dont je n'aie touch quelque chose4 ,en septime lieu1 je demande que les lecteurs1 prenant garde qu'ils n'ont jamais reconnu aucune fausset dans les choses qu'ils ont clairement conues1 et qu'au contraire ils n'ont jamais rencontr1 sinon par hasard1 aucune vrit dans les choses qu'ils n'ont conues qu'avec obscurit1 ils considrent que ce seroit une chose tout--fait draisonnable1 si1 pour quelques prjugs des sens ou pour quelques suppositions faites plaisir1 et fondes sur quelque chose d'obscur et d'inconnu1 ils rvoquoient en doute les choses que l'entendement conoit clairement et distinctement2 au moyen de quoi ils admettront facilement les axiomes suivants pour vrais et pour indubitables3 bien que j'avoue que plusieurs d'entre eux eussent pu tre mieux expliqus1 et eussent d tre plutt proposs comme des thormes que comme des axiomes1 si j'eusse voulu tre plus exact4 ,,axiomes4 ou ,,notions ,,communes4 ,i4 ,il n'y a aucune chose existante de laquelle ou ne puisse demander quelle est la cause pourquoi elle existe3 car cela mme se peut demander de ,dieu2 non qu'il ait besoin d'aucune cause pour exister1 mais parce que l'immensit mme de sa nature est la cause ou la raison pour laquelle il n'a besoin d'aucune cause pour exister4 ,,ii4 ,le temps prsent ne dpend point de celui qui l'a immdiatement prcd2 c'est pourquoi il n'est pas besoin d'une moindre cause pour conserver une chose1 que pour la produire la premire lois4 ,,iii4 ,aucune chose1 ni aucune perfection de cette chose actuellement existante1 ne peut avoir le nant1 ou une chose non existante1 pour la cause de son existence4 ,,iv4 ,toute la ralit ou perfection qui est dans une chose1 se rencontre formellement ou minemment dans sa cause premire et totale4 ,v4 ,d'o il suit aussi que la ralit objective de nos ides requiert une cause dans laquelle cette mme ralit soit contenue1 non pas simplement objectivement1 mais formellement ou minemment4 ,et il faut remarquer que cet axiome doit si ncessairement tre admis1 que de lui seul dpend la connoissance de toutes les choses1 tant sensibles qu'insensibles2 car d'o savons-nous1 par exemple1 que le ciel existe8 est-ce parce que nous le voyons8 mais cette vision ne touche point l'esprit1 sinon en tant qu'elle est une ide1 une ide1 dis-je1 inhrente en l'esprit mme1 et non pas une image dpeinte en la fantaisie2 et1 l'occasion de cette ide1 nous ne pouvons pas juger que le ciel existe1 si ce n'est que nous supposions que toute ide doit avoir une cause de sa ralit objective qui soit rellement existante2 laquelle cause nous jugeons que c'est le ciel mme1 et ainsi des autres4 ,,vi4 ,il y a divers degrs de ralit1 c'est--dire d'entit ou de perfection3 car la substance a plus de ralit que l'accident ou le mode1 et la substance infinie que la finie2 c'est pourquoi aussi il y a plus de ralit objective dans l'ide de la substance que dans celle de l'accident1 et dans l'ide de la substance infinie que dans l'ide de la substance finie4 ,,vii4 ,la volont se porte volontairement et librement1 car cela est de son essence1 mais nanmoins infailliblement au bien qui lui est clairement connu3 c'est pourquoi1 si elle vient connotre quelques perfections qu'elle n'ait pas1 elle se les donnera aussitt1 si elles sont en sa puissance2 car elle connatra que ce lui est un plus grand bien de les avoir que de ne les avoir pas4 ,,viii4 ,ce qui peut faire le plus1 ou le plus difficile1 peut aussi faire le moins1 ou le plus facile4 ,,ix4 ,c'est une chose plus grande et plus difficile de crer ou conserver une substance1 que de crer ou conserver ses attributs ou proprits2 mais ce n'est pas une chose plus grande1 ou plus difficile1 de crer une chose que de la conserver1 ainsi qu'il a dj t dit4 ,x4 ,dans l'ide ou le concept de chaque chose1 l'existence y est contenue1 parce que nous ne pouvons rien concevoir que sous la forme d'une chose qui existe2 mais avec cette diffrence1 que1 dans le concept d'une chose limite1 l'existence possible ou contingente est seulement contenue1 et dans le concept d'un tre souverainement parfait1 la parfaite et ncessaire y est comprise4 ,,proposition ,,premi,,re ,l',,existence ,,de ,,dieu ,,se ,,conno,t ,,de ,,la ,,seule ,,consid,,ration ,,de ,,sa ,,nature4 ,d,,monstration ,dire que quelque attribut est contenu dans la nature ou dans le concept d'une chose1 c'est le mme que de dire que cet attribut est vrai de cette chose1 et qu'on peut assurer qu'il est en elle1 par la dfinition neuvime2 ,or est-il que l'existence ncessaire est contenue dans la nature ou dans le concept de ,dieu1 par l'axiome dixime3 ,donc il est vrai de dire que l'existence ncessaire est en ,dieu1 ou bien que ,dieu existe4 ,et ce syllogisme est le mme dont je me suis servi en ma rponse au sixime article de ces objections2 et sa conclusion peut tre connue sans preuve par ceux qui sont libres de tous prjugs1 comme il a t dit en la cinquime demande4 ,mais parce qu'il n'est pas ais de parvenir une si grande clart d'esprit1 nous tcherons de prouver la mme chose par d'autres voies4 ,,proposition ,,seconde4 ,l',,existence ,,de ,,dieu ,,est ,d,,montr,e ,,par ,,ses ,,effets1 ,,de ,,cela ,,seul ,,que ,,son ,,id,e ,,est ,,en ,,nous4 ,d,,monstration ,la ralit objective de chacune de nos ides requiert une cause dans laquelle cette mme ralit soit contenue non pas simplement objectivement1 mais formellement ou minemment1 par l'axiome cinquime2 ,or est-il que nous avons en nous l'ide de ,dieu 7par la dfinition deuxime et huitime71 et que la ralit objective de cette ide n'est point contenue en nous1 ni formellement1 ni minemment 7par l'axiome sixime71 et qu'elle ne peut tre contenue dans aucun autre que dans ,dieu mme1 par l dfinition huitime3 ,donc cette ide de ,dieu qui est en nous demande ,dieu pour sa cause2 et par consquent ,dieu existe1 par l'axiome troisime4 ,,proposition ,,troisi,,me4 ,l',,existence ,,de ,,dieu ,,est ,,encore ,d,,montr,e ,,de ,,ce ,,que ,,nous-,m,,mes1 ,,qui ,,avons ,,en ,,nous ,,son ,,id,e1 ,,nous ,,existons4 ,d,,monstration4 ,si j'avois lu puissance de me conserver moi-mme1 j'aurois aussi1 plus forte raison1 le pouvoir de me donner toutes les perfections qui me manquent 7par l'axiome huitime et neuvime71 car ces perfections ne sont que des attributs de la substance1 et moi je suis une substance2 ,mais je n'ai pas la puissance de me donner toutes ces perfections1 car autrement je les possderois dj1 par l'axiome septime3 ,donc je n'ai pas la puissance de me conserver moi-mme4 ,en aprs1 je ne puis exister sans tre conserv tant que j'existe1 soit par moi-mme1 suppos que j'en aie le pouvoir1 soit par un autre qui ait cette puissance1 par l'axiome premier et deuxime2 ,or est-il que j'existe1 et toutefois je n'ai pas la puissance de me conserver moi-mme1 comme je viens de prouver3 ,donc je suis conserv par un autre4 ,de plus1 celui par qui je suis conserv a en soi formellement ou minemment tout ce qui est en moi1 par l'axiome quatrime2 ,or est-il que j'ai en moi la perception de plusieurs perfections qui me manquent1 et celle aussi de l'ide de ,dieu1 par la dfinition deuxime et huitime3 ,donc la perception de ces mmes perfections est aussi en celui par qui je suis conserv4 ,enfin1 celui--l mme par qui je suis conserv ne peut avoir la perception d'aucunes perfections qui lui manquent1 c'est--dire qu'il n'ait point en soi formellement ou minemment1 par l'axiome septime2 car ayant la puissance de me conserver1 comme il a t dit maintenant1 il aurait1 plus forte raison1 le pouvoir de se les donner lui-mme1 si elles lui manquoient1 par l'axiome huitime et neuvime2 ,or est-il qu'il a la perception de toutes les perfections que je reconnois me manquer1 et que je conois ne pouvoir tre qu'en ,dieu seul1 comme je viens de prouver3 ,donc il les a toutes en soi formellement ou minemment2 et ainsi il est ,dieu4 ,,corollaire4 ,,dieu ,a ,,cr ,,le ,,ciel ,,et ,,la ,,terre1 ,,et ,,tout ,,ce ,,qui ,y ,,est ,,contenu1 ,,et ,,outre ,,cela ,,il ,,peut ,,faire ,,toutes ,,les ,,choses ,,que ,,nous ,,concevons ,,clairement1 ,,en ,,la ,,mani,,re ,,que ,,nous ,,les ,,concevons ,d,,monstration ,toutes ces choses suivent clairement de la proposition prcdente4 ,car nous y avons prouv l'existence de ,dieu1 parce qu'il est ncessaire qu'il y ait un tre qui existe dans lequel toutes les perfections dont il y a en nous quelque ide soient contenues formellement ou minemment2 ,or est-il que nous avons en nous l'ide d'une puissance si grande1 que par celui-l seul en qui elle rside1 non seulement le ciel et la terre1 etc41 doivent avoir t crs1 mais aussi toutes les autres choses que nous concevons comme possibles peuvent tre produites3 ,donc1 en prouvant l'existence de ,dieu1 nous avons aussi prouv de lui toutes ces choses4 ,,proposition ,,quatri,,me4 ,l',,esprit ,,et ,,le ,,corps ,,sont ,r,,ellement ,,distincts4 ,d,,monstration4 ,tout ce que nous concevons clairement peut tre fait par ,dieu en la manire que nous le concevons1 par le corollaire prcdent4 ,mais nous concevons clairement l'esprit1 c'est--dire une substance qui pense1 sans le corps1 c'est--dire sans une substance tendue1 par la demande ,,ii2 et d'autre part nous concevons aussi clairement le corps sans l'esprit1 ainsi que chacun accorde facilement3 ,donc au moins1 par la toute-puissance de ,dieu1 l'esprit peut tre sans le corps1 et le corps sans l'esprit4 ,maintenant les substances qui peuvent tre l'une sans l'autre sont rellement distinctes1 par la definition ,x4 ,or est-il que l'esprit et le corps sont des substances1 par les dfinitions ,v1 ,,vi et ,,vii1 qui peuvent tre l'une sans l'autre1 comme je le viens de prouver3 ,donc l'esprit et le corps sont rellement distincts4 ,et il faut remarquer que je me suis ici servi de la toute-puissance de ,dieu pour en tirer ma preuve2 non qu'il soit besoin de quelque puissance extraordinaire pour sparer l'esprit d'avec le corps1 mais pource que1 n'ayant trait que de ,dieu seul dans les propositions prcdentes1 je ne la pouvois tirer d'ailleurs que de lui4 ,et il importe fort peu par quelle puissance deux choses soient spares1 pour connotre qu'elles soient rellement distinctes4 ,,troisi,,mes ,,objections1 ,,faites ,,par ,,hobbes ,,contre ,,les ,,six ,m,,ditations ,,objection ,ier4 ,,sur ,,la ,m,,ditation ,,premi,,re ,,des ,,choses ,,qui ,,peuvent ,,tre ,r,,voqu,,es ,,en ,,docte4 ,il paroit assez1 par ce qui a t dit dans cette ,mditation1 qu'il n'y a point de marque certaine et vidente par laquelle nous puissions reconnotre et distinguer nos songes d'avec la veille et d'avec une vraie perception des sens2 et partant que ces images ou ces fantmes que nous sentons tant veills1 ne plus ne moins que ceux que nous apercevons tant endormis1 ne sont point des accidents attachs des objets extrieurs1 et ne sont point des preuves suffisantes pour1 montrer que ces objets extrieurs existent vritablement4 ,c'est pourquoi si1 sans nous aider d'aucun autre raisonnement1 nous suivons seulement le tmoignage de nos sens1 nous aurons juste sujet de douter si quelque chose existe ou non4 ,nous reconnoissons donc la vrit de cette mditation4 ,mais d'autant que ,platon a parl de cette incertitude des choses sensibles1 plusieurs autres anciens philosophes avant et aprs lui1 et qu'il est ais de remarquer la difficult qu'il y a de discerner la veille du sommeil1 j'eusse voulu que cet excellent auteur de nouvelles spculations se ft abstenu de publier des choses si vieilles4 ,r,,ponse4 ,les raisons de douter qui sont ici reues pour vraies par ce philosophe n'ont t proposes par moi que comme vraisemblables3 et je m'en suis servi1 non pour les dbiter comme nouvelles1 mais en partie pour prparer les esprits des lecteurs considrer les choses intellectuelles1 et les distinguer des corporelles1 quoi elles m'ont toujours sembl trs ncessaires2 en partie pour y rpondre dans les mditations suivantes1 et en partie aussi pour faire voir combien les vrits que je propose ensuite sont fermes et assures1 puisqu'elles ne peuvent tre branles par des doutes si gnraux et si extraordinaires4 ,et ce n'a point t pour acqurir de la gloire que je les ai rapportes2 mais je pense n'avoir pas t moins oblig de les expliquer1 qu'un mdecin de dcrire la maladie dont il a entrepris d'enseigner la cure4 ,,objection ,i,ie4 ,,sur ,,la ,,seconde ,m,,ditation4 ,,de ,,la ,,nature ,,de ,l',,esprit ,,humain4 ,je suis une chose qui pense3 c'est fort bien dit4 ,car de ce que je pense ou de ce que j'ai une ide1 soit en veillant1 soit en dormant1 l'on infre que je suis pensant3 car ces deux choses1 je pense et je suis pensant1 signifient la mme chose4 ,de ce que je suis pensant1 il s'ensuit que je suis1 parce que ce qui pense n'est pas un rien4 ,mais o notre auteur ajoute1 c'est--dire un esprit1 une me1 un entendement1 une raison3 de l nat un doute4 ,car ce raisonnement ne me semble pas bien dduit1 de dire ,je suis pensant1 donc je suis une pense2 ou bien je suis intelligent1 donc je suis un entendement4 ,car de la mme faon je pourrois dire1 je suis promenant1 donc je suis une promenade4 ,m4 ,descartes donc prend la chose intelligente1 et l'intellection qui en est l'acte1 pour une mme chose2 ou du moins il dit que c'est le mme que la chose qui entend1 et l'entendement1 qui est une puissance ou facult d'une chose intelligente4 ,nanmoins tous les philosophes distinguent le sujet de ses facults et de ses actes1 c'est--dire de ses proprits et de ses essences2 car c'est autre chose que la chose mme qui est1 et autre chose que son essence2 il se peut donc faire qu'une chose qui pense soit le sujet de l'esprit1 de la raison ou de l'entendement1 et partant que ce soit quelque chose de corporel1 dont le contraire est pris ou avanc1 et n'est pas prouv4 ,et nanmoins c'est en cela que consiste le fondement de la conclusion qu'il semble que ,m4 ,descartes veuille tablir4 ,au mme endroit il dit3#a ,je connois que j'existe1 et je cherche quel je suis1 moi que je connois tre4 ,or il est trs certain que cette notion et connoissance de moi-mme1 ainsi prcisment prise1 ne dpend point des choses dont l'existence ne m'est pas encore connue4 ,note #ef3 ,voyez ,mditation ,,ii4 ,il est trs certain que la connoissance de cette proposition1 j'existe1 dpend de celle-ci1 je pense1 comme il nous a fort bien enseign3 mais d'o nous vient la connoissance de celle-ci1 je pense8 ,certes1 ce n'est point d'autre chose que de ce que nous ne pouvons concevoir aucun acte sans son sujet1 comme la pense sans une chose qui pense1 la science sans une chose qui sache1 et la promenade sans une chose qui se promne4 ,et de l il semble suivre qu'une chose qui pense est quelque chose de corporel2 car les sujets de tous les actes semblent tre seulement entendus sous une raison corporelle1 ou sous une raison de matire1 comme il a lui-mme montr un peu aprs par l'exemple de la cire1 laquelle1 quoique sa couleur1 sa duret1 sa figure1 et tous ses autres actes soient changs1 est toujours conue tre la mme chose1 c'est--dire la mme matire sujette tous ces changements4 ,or ce n'est pas par une autre pense que j'infre que je pense3 car encore que quelqu'un puisse penser qu'il a pens1 laquelle pense n'est rien autre chose qu'un souvenir1 nanmoins il est tout--fait impossible de penser qu'on pense1 ni de savoir qu'on sait3 car ce serait une interrogation qui ne finiroit jamais1 d'o savez-vous que vous savez que vous savez que vous savez1 etc48 ,et partant1 puisque la connoissance de cette proposition1 j'existe1 dpend de la connoissance de celle-ci1 je pense1 et la connoissance de1 celle-ci de ce que nous ne pouvons sparer la pense d'une matire qui pense1 il semble qu'on doit plutt infrer qu'une chose qui pense est matrielle qu'immatrielle4 ,r,,ponse ,o j'ai dit1 c'est--dire un esprit1 une me1 un entendement1 une raison1 etc41 je n'ai point entendu par ces noms les seules facults1 mais les choses doues de la facult de penser1 comme2 par les deux premiers on a coutume d'entendre2 et assez souvent aussi par les deux derniers3 ce que j'ai si souvent expliqu1 et en termes si exprs1 que je ne vois pas qu'il y ait eu lieu d'en douter4 ,et il n'y a point ici de rapport ou de convenance entre la promenade et la pense1 parce que la promenade n'est jamais prise autrement que pour l'action mme2 mais la pense se prend quelquefois pour l'action1 quelquefois pour la facult1 et quelquefois pour la chose en laquelle rside cette facult4 ,et je ne dis pas que l'intellection et la chose qui entend soient une mme chose1 non pas mme la chose qui entend et l'entendement1 si l'entendement est pris pour une facult1 mais seulement lorsqu'il est pris pour la chose mme qui entend4 ,or j'avoue franchement que pour signifier une chose ou une substance1 laquelle je voulois dpouiller de toutes les choses qui ne lui appartiennent point1 je me suis servi de tenues autant simples et abstraits que j'ai pu1 comme au contraire ce philosophe1 pour signifier la mme substance1 en emploie d'autres fort concrets et composs1 savoir ceux de sujet1 de matire et de corps1 afin d'empcher autant qu'il peut qu'on ne puisse sparer la pense d'avec le corps4 ,et je ne crains pas que la faon dont il se sert1 qui est de joindre ainsi plusieurs choses ensemble1 soit trouve plus propre pour parvenir la connoissance de la vrit3 qu'est la mienne1 par laquelle je distingue autant que je puis chaque chose4 ,mais ne nous arrtons pas davantage aux paroles1 venons la chose dont il est question4 ,il se peut faire1 dit-il1 qu'une chose qui pense soit quelque chose de corporel1 dont le contraire est pris ou avanc et n'est pas prouv4 ,tant s'en faut1 je n'ai point avanc le contraire et ne m'en suis en faon quelconque servi pour fondement1 mais je l'ai laiss entirement indtermin jusqu' la sixime ,mditation1 dans laquelle il est prouv4 ,eu aprs il dit fort bien que nous ne pouvons concevoir aucun acte sans son sujet1 comme la pense sans une chose qui pense1 parce que la chose qui pense n'est pas un rien2 mais c'est sans aucune raison et contre toute bonne logique1 et mme contre la faon ordinaire de parler1 qu'il ajoute que de l il semble suivre qu'une chose qui pense est quelque chose de corporel2 car les sujets de tous les actes sont bien la vrit entendus comme tant des substances1 ou si vous voulez comme des matires1 savoir des matires mtaphysiques2 mais non pas pour cela comme des corps4 ,au contraire1 tous les logiciens1 et presque tout le monde avec eux1 ont coutume de dire qu'entre les substances les unes sont spirituelles et les autres corporelles4 ,et je n'ai prouv autre chose par l'exemple de la cire1 sinon que la couleur1 la duret1 la figure1 etc41 n'appartiennent point la raison formelle de la cire1 c'est--dire qu'on peut concevoir tout ce qui se trouve ncessairement dans la cire sans avoir besoin pour cela de penser elles3 je n'ai point aussi parl en ce lieu-l de la raison formelle de l'esprit1 ni mme de celle du corps4 ,et il ne sert de rien de dire1 comme fait ici ce philosophe1 qu'une pense ne peut pas tre le sujet d'une autre pense4 ,car qui a jamais feint cela que lui8 ,mais je tcherai ici d'expliquer en peu de paroles tout le sujet dont est question4 ,il est certain que la pense ne peut pas tre sans une chose qui pense1 et en gnral aucun accident ou aucun acte ne peut tre sans une substance de laquelle il soit l'acte4 ,mais d'autant que nous ne connoissons pas la substance immdiatement par elle-mme1 mais seulement parce qu'elle est le sujet de quelques actes1 il est fort convenable la raison1 et l'usage mme le requiert1 que nous appelions de divers noms ces substances que nous connoissons tre les sujets de plusieurs actes ou accidents entirement diffrents1 et qu'aprs cela nous examinions si ces divers noms signifient des choses diffrentes ou une seule et mme chose4 ,or il y a certains actes que nous appelons corporels1 comme la grandeur1 la figure1 le mouvement1 et toutes les autres choses qui ne peuvent tre conues sans une extension locale2 et nous appelons du nom de corps la substance en laquelle ils rsident2 et on ne peut pas feindre que ce soit une autre substance qui soit le sujet de la figure1 une autre qui soit le sujet du mouvement local1 etc41 parce que tous ces actes conviennent entre eux1 en ce qu'ils prsupposent l'tendue4 ,en aprs il y a d'autres actes que nous appelons intellectuels1 comme entendre1 vouloir1 imaginer1 sentir1 etc41 tous lesquels conviennent entre eux en ce qu'ils ne peuvent tre sans pense1 ou perception1 ou conscience et connoissance2 et la substance en laquelle ils rsident1 nous la nommons une chose qui pense1 ou un esprit1 ou de tel autre nom qu'il nous plat1 pourvu que nous ne la confondions point avec la substance corporelle1 d'autant que les actes intellectuels n'ont aucune affinit avec les actes corporels1 et que la pense1 qui est la raison commune en laquelle ils conviennent1 diffre totalement de l'extension1 qui est la raison commune des autres4 ,mais aprs que nous avons form deux concepts clairs et distincts de ces deux substances1 il est ais de connotre1 par ce qui a t dit en la sixime ,mditation1 si elles ne sont qu'une mme chose1 ou si elles en sont deux diffrentes4 ,,objection ,i,i,ie ,,sur ,,la ,,seconde ,m,,ditation4 #a ,qu'y a-t-il donc qui soit distingu de ma pense8 ,qu'y a-t-il que l'on puisse dire tre spar de moi-mme8 ,note #eg3 ,voyez ,mditation ,,ii4 ,quelqu'un rpondra peut-tre cette question3 ,je suis distingu de ma pense moi-mme qui pense2 et quoiqu'elle ne soit pas la vrit spare de moi-mme1 elle est nanmoins diffrente de moi3 de la mme faon que la promenade1 comme il a t dit ci-dessus1 est distingue de celui qui se promne4 ,que si ,m4 ,descartes montre que celui qui entend et l'entendement sont une mme chose1 nous tomberons dans cette faon de parler scolastique1 l'entendement entend1 la vue voit1 la volont veut2 et1 par une juste analogie1 on pourra dire que la promenade1 ou du moins la facult de se promener1 se promne3 toutes lesquelles choses sont obscures1 impropres1 et fort loignes de la nettet ordinaire de ,m4 ,descartes4 ,r,,ponse4 ,je ne nie pas que moi1 qui pense1 ne sois distingu de ma pense1 comme une chose l'est de son mode2 mais o je demande1 qu'y a-t-il donc qui soit distingu de ma pense8 j'entends cela des diverses faons de penser qui sont l nonces1 et non pas de ma substance2 et o j'ajoute1 qu'y a-t-il que l'on puisse dire tre spar de moi-mme8 je veux dire seulement que toutes ces manires de penser qui sont en moi ne peuvent avoir aucune existence hors de moi2 et je ne vois pas qu'il y ait en cela aucun lieu de douter1 ni pourquoi l'on me blme ici d'obscurit4 ,,objection ,i,ve4 ,,sur ,,la ,,seconde ,m,,ditation4 #a ,il faut donc que je demeure d'accord que je ne saurois pas mme comprendre par mon imagination ce que c'est que ce morceau de cire1 et qu'il n'y a que mon entendement seul qui le comprenne4 ,note #eh3 ,voyez ,mditation ,,ii4 ,il y a grande diffrence entre imaginer1 c'est--dire avoir quelque ide1 et concevoir de l'entendement1 c'est--dire conclure en raisonnant que quelque chose est ou existe2 mais ,m4 ,descartes ne nous a pas expliqu en quoi ils diffrent4 ,les anciens pripatticiens ont aussi enseign assez clairement que la substance ne s'aperoit point par les sons1 mais qu'elle se conoit par la raison4 ,que dirons-nous maintenant si peut-tre le raisonnement n'est rien autre chose qu'un assemblage et un enchanement de noms par ce mot est8 ,d'o il s'ensuivroit que par la raison nous ne concluons rien du tout touchant la nature des choses1 mais seulement touchant leurs appellations1 c'est--dire que par elle nous voyons simplement si nous assemblons bien ou mal les noms des choses1 selon les conventions que nous avons faites notre fantaisie touchant leurs significations4 ,si cela est ainsi1 comme il peut tre1 le raisonnement dpendra des noms1 les noms de l'imagination1 et l'imagination peut-tre1 et ceci selon mon sentiment1 du mouvement des organes corporels1 et ainsi l'esprit ne sera rien autre chose qu'un mouvement en certaines parties du corps organique4 ,r,,ponse4 ,j'ai expliqu1 dans la seconde ,mditation1 la diffrence qui est entre l'imagination et le pur concept de l'entendement ou de l'esprit1 lorsqu'en l'exemple de la cire j'ai fait voir quelles sont les choses que nous imaginons en elle1 et quelles sont celles que nous concevons par le seul entendement2 mais j'ai encore expliqu ailleurs comment nous entendons autrement une chose que nous ne l'imaginons1 en ce que pour imaginer1 par exemple1 un pentagone1 il est besoin d'une particulire contention d'esprit qui nous rende cette figure1 c'est--dire ses cinq cts et l'espace qu'ils renferment1 comme prsente1 de laquelle nous ne nous servons point pour concevoir4 ,or l'assemblage qui se fait dans le raisonnement n'est pas celui des noms1 mais bien celui des choses signifies par les noms2 et je m'tonne que le contraire puisse venir en l'esprit de personne4 ,car qui doute qu'un ,franois et qu'un ,allemand ne puissent avoir les mmes penses ou raisonnements touchant les mmes choses1 quoique nanmoins ils conoivent des mots entirement diffrents8 ,et ce philosophe ne se condamne-t-il pas lui-mme1 lorsqu'il parle des conventions que nous avons faites notre fantaisie touchant la signification des mots8 ,car s'il admet que quelque chose est signifie par les paroles1 pourquoi ne veut-il pas que nos discours et raisonnements soient plutt de la chose qui est signifie que des paroles seules8 ,et certes de la mme faon et avec une aussi juste raison qu'il conclut que l'esprit est un mouvement1 il pourroit aussi conclure que la terre est le ciel1 ou telle autre chose qu'il lui plaira2 pource qu'il n'y a point de choses au monde entre lesquelles il n'y ait autant de convenance qu'il y a entre le mouvement et l'esprit1 qui sont de deux genres entirement diffrents4 ,,objection ,ve4 ,,sur ,,la ,,troisi,,me ,m,,ditation4 ,,de ,,dieu #a,quelques unes d'entre elles 7 savoir d'entre les penses des hommes7 sont comme les images des choses auxquelles seules convient proprement le nom d'ide1 comme lorsque je pense un homme1 une chimre1 au ciel1 un ange1 ou ,dieu4 ,note #ei3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,lorsque je pense un homme1 je me reprsente une ide ou une image compose de couleur et de figure1 de laquelle je puis douter si elle a la ressemblance d'un homme ou si elle ne l'a pas4 ,il en est de mme lorsque je pense au ciel4 ,lorsque je pense une chimre1 je me reprsente une ide ou une image1 de laquelle je puis douter si elle est le portrait de quelque animal qui n'existe point1 mais qui puisse tre1 ou qui ait t autrefois1 ou bien qui n'ait jamais t4 ,et lorsque quelqu'un pense un ange1 quelquefois l'image d'une flamme se prsente son esprit1 et quelquefois celle d'un jeune enfant qui a des ailes1 de laquelle je pense pouvoir dire avec certitude qu'elle n'a point la ressemblance d'un ange1 et partant qu'elle n'est point l'ide d'un ange2 mais1 croyant qu'il y a des cratures invisibles et immatrielles qui sont les ministres de ,dieu1 nous donnons une chose que nous croyons ou supposons le nom d'ange1 quoique nanmoins l'ide sous laquelle j'imagine un ange soit compose des ides des choses visibles4 ,il en est de mme du nom vnrable de ,dieu1 de qui nous n'avons aucune image ou ide2 c'est pourquoi on nous dfend de l'adorer sous une image1 de peur qu'il ne nous semble que nous concevions celui qui est inconcevable4 ,nous n'avons donc point en nous ce semble aucune ide de ,dieu2 mais tout ainsi qu'un aveugle-n qui s'est plusieurs fois approch du feu1 et qui en a senti la chaleur1 reconnot qu'il y a quelque chose par quoi il a t chauff1 et1 entendant dire que cela s'appelle du feu1 conclut qu'il y a du feu1 et nanmoins n'en connot pas la figure ni la couleur1 et n'a1 vrai dire1 aucune ide ou image du feu qui se prsente son esprit4 ,de mme1 l'homme1 voyant qu'il doit y avoir quelque cause de ses images ou de ses ides1 et de cette cause une autre premire1 et ainsi de suite1 est enfin conduit une fin ou une supposition de quelque cause ternelle1 qui1 pource qu'elle n'a jamais commenc d'tre1 ne peut avoir de cause qui la prcde1 ce qui fait qu'il conclut ncessairement qu'il y a un tre ternel qui existe2 et nanmoins il n'a point d'ide qu'il puisse dire tre celle de cet tre ternel1 mais il nomme ou appelle du nom de ,dieu cette chose que la foi ou sa raison lui persuade4 ,maintenant1 d'autant que de cette supposition1 savoir que nous avons en nous l'ide de ,dieu1 ,m4 ,descartes vient la preuve de cette proposition1 que ,dieu 7c'est--dire un tre tout-puissant1 trs sage1 crateur de l'univers1 etc47 existe1 il a d mieux expliquer cette ide de ,dieu1 et de l en conclure non seulement son existence1 mais aussi la cration du monde4 ,r,,ponse4 ,par le nom d'ide1 il veut seulement qu'on entende ici les images des choses matrielles dpeintes en la fantaisie corporelle2 et cela tant suppos1 il lui est ais de montrer qu'on ne peut avoir aucune propre et vritable ide de ,dieu ni d'un ange3 mais j'ai souvent averti1 et principalement en ce lieu-l mme1 que je prends le nom d'ide pour tout ce qui est conu immdiatement par l'esprit2 en sorte que1 lorsque je veux et que je crains1 parce que je conois en mme temps que je veux et que je crains1 ce vouloir et cette crainte sont mis par moi au nombre des ides2 et je me suis servi de ce mot1 parce qu'il toit dj communment reu par les philosophes pour signifier les formes des conceptions de l'entendement divin1 encore que nous ne reconnoissions en ,dieu aucune fantaisie ou imagination corporelle1 et je n'en savois point de plus propre4 ,et je pense avoir assez expliqu l'ide de ,dieu pour ceux qui veulent concevoir le sens que je donne mes paroles2 mais pour ceux qui s'attachent les entendre autrement que je ne fais1 je ne le pourrois jamais assez4 ,enfin1 ce qu'il ajoute ici de la cration du monde est tout--fait hors de propos3 car j'ai prouv que ,dieu existe avant que d'examiner s'il y avoit un monde cr par lui1 et de cela seul que ,dieu1 c'est--dire un tre souverainement puissant existe1 il suit que1 s'il y a un monde1 il doit avoir t cr par lui4 ,,objection ,v,ie4 ,,sur ,,la ,,troisi,,me ,m,,ditation #a,mais il y en a d'autres 7 savoir d'autres penses7 qui contiennent de plus d'autres formes3 par exemple1 lorsque je veux1 que je crains1 que j'affirme1 que je nie1 je conois bien la vrit toujours quelque chose comme le sujet de l'action de mon esprit1 mais j'ajoute aussi quelque autre chose par cette action l'ide que j'ai de cette chose-l2 et de ce genre de penses1 les unes sont appeles volonts ou affections1 et les autres jugements4 ,note #fj3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,lorsque quelqu'un veut ou craint1 il a bien la vrit l'image de la chose qu'il craint et de l'action qu'il veut2 mais qu'est-ce que celui qui veut ou qui craint embrasse de plus par sa pense1 cela n'est pas ici expliqu4 ,et1 quoique le bien prendre la crainte soit une pense1 je ne vois pas comment elle peut tre autre que la pense ou l'ide de la chose que l'on craint4 ,car qu'est-ce autre chose que la crainte d'un lion qui s'avance vers nous1 sinon l'ide de ce lion1 et l'effet1 qu'une telle ide engendre dans le coeur1 par lequel celui qui craint est port ce mouvement animal que nous appelons fuite4 ,maintenant ce mouvement de fuite n'est pas une pense2 et partant il reste que dans ta crainte il n'y a point d'autre pense que celle qui consiste en la ressemblance de la chose que l'on craint3 le mme se peut dire aussi de la volont4 ,de plus l'affirmation et la ngation ne se font point sans parole et sans noms1 d'o vient que les btes ne peuvent rien affirmer ni nier1 non pas mme par la pense1 et partant ne peuvent aussi faire aucun jugement2 et nanmoins la pense peut tre semblable dans un homme et dans une bte4 ,car1 quand nous affirmons qu'un homme court1 nous n'avons point d'autre pense que celle qu'a un chien qui voit courir son matre1 et partant l'affirmation et la ngation n'ajoutent rien aux simples penses1 si ce n'est peut-tre la pense que les noms dont l'affirmation est compose sont les noms de la chose mme qui est en l'esprit de celui qui affirme2 et cela n'est rien autre chose que comprendre par la pense la ressemblance de la chose1 mais cette ressemblance deux fois4 ,r,,ponse4 ,il est de soi trs vident que c'est autre chose de voir un lion et ensemble de le craindre1 que de le voir seulement2 et tout de mme que c'est autre chose de voir un homme qui court1 que d'assurer qu'on le voit4 ,et je ne remarque rien ici qui ait besoin de rponse ou d'explication4 ,,objection ,v,i,ie4 ,,sur ,,la ,,troisi,,me ,m,,ditation4 #a;,il me reste seulement examiner de quelle faon j'ai acquis cette ide1 car je ne l'ai point reue par les sens1 et jamais elle ne s'est offerte moi contre mon attente1 comme font d'ordinaire les ides des choses sensibles1 lorsque ces choses se prsentent aux organes extrieurs de mes sens1 ou qu'elles semblent s'y prsenter4 ,elle n'est pas aussi une pure production ou fiction de mon esprit1 car il n'est pas en mon pouvoir d'y diminuer ni d'y ajouter aucune chose2 et partant il ne reste plus autre chose dire1 sinon que1 comme l'ide de moi-mme1 elle est ne et produite avec moi ds lors que j'ai t cr4 ,note #fa3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,s'il n'y a point d'ide de ,dieu 7or on ne prouve point qu'il y en ait71 comme il semble qu'il n'y en a point1 toute cette recherche est inutile4 ,de plus1 l'ide de moi-mme me vient1 si on regarde le corps1 principalement de la vue2 si l'me1 nous n'en avons aucune ide3 mais la raison nous fait conclure qu'il y a quelque chose de renferm dans le corps humain qui lui donne le mouvement animal1 qui fait qu'il sent et se meut2 et cela1 quoi que ce soit1 sans aucune ide1 nous l'appelons me4 ,r,,ponse4 ,s'il y a une ide de ,dieu 7comme il est manifeste qu'il y en a une71 toute cette objection est renverse2 et lorsqu'on ajoute que nous n'avons point d'ide de l'me1 mais qu'elle se conoit par la raison1 c'est de mme que si on disoit qu'on n'en a point d'image dpeinte en la fantaisie1 mais qu'on en a nanmoins cette notion que jusqu'ici j'ai appele du nom d'ide4 ,,objection ,v,i,i,ie4 ,,sur ,,la ,,troisi,,me ,m,,ditation4 #a,mais l'autre ide du soleil est prise des raisons de l'astronomie1 c'est--dire de certaines notions qui sont naturellement en moi4 ,note #fb3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,il semble qu'il ne puisse y avoir en mme temps qu'une ide du soleil1 soit qu'il soit vu par les yeux1 soit qu'il soit conu par le raisonnement tre plusieurs fois plus grand qu'il ne parot la vue2 car cette dernire n'est pas l'ide du soleil1 mais une consquence de notre raisonnement1 qui nous apprend que l'ide du soleil seroit plusieurs fois plus grande s'il toit regard de beaucoup plus prs4 ,il est vrai qu'en divers temps il peut y avoir diverses ides du soleil1 comme si en un temps il est regard seulement avec les yeux1 et en un autre avec une lunette d'approche2 mais les raisons de l'astronomie ne rendent point l'ide du soleil plus grande on plus petite1 seulement elles nous enseignent que l'ide sensible du soleil est trompeuse4 ,r,,ponse ,je rponds derechef que ce qui est dit ici n'tre point l'ide du soleil1 et qui nanmoins est dcrit1 c'est cela mme que j'appelle du nom d'ide4 ,et pendant que ce philosophe ne veut pas convenir avec moi de la signification des mots1 il ne me peut rien objecter qui ne soit frivole4 ,,objection ,i,xe4 ,,sur ,,la ,,troisi,,me ,m,,ditation4 #a;,car1 en effet1 les ides qui me reprsentent des substances sont sans doute quelque chose de plus et ont pour ainsi dire plus de ralit objective que celles qui me reprsentent seulement des modes ou accidents4 ,comme aussi celle par laquelle je conois un ,dieu souverain1 ternel1 infini1 tout-connoissant1 tout-puissant1 et crateur universel de toutes les choses qui sont hors de lui1 a aussi sans doute en soi plus de ralit objective que celles par qui les substances finies me sont reprsentes4 ,note #fc3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,j'ai dj plusieurs fois remarqu ci-devant que nous n'avons aucune ide de ,dieu ni de l'me2 j'ajoute maintenant ni de la substance3 car j'avoue bien que la substance1 en tant qu'elle est une matire capable de recevoir divers accidents1 et qui est sujette leurs changements1 est aperue et prouve par le raisonnement2 mais nanmoins elle n'est point conue1 ou nous n'en avons aucune ide4 ,si cela est vrai1 comment peut-on dire que les ides qui nous reprsentent des substances sont quelque chose de plus et ont plus de ralit objective que celles qui nous reprsentent des accidents8 ,de plus1 il semble que ,m4 ,descartes n'ait pas assez considr ce qu'il veut dire par ces mots1 ont plus de ralit4 ,la ralit reoit-elle le plus et le moins8 ,ou1 s'il pense qu'une chose soit plus chose qu'une autre1 qu'il considre comment il est possible que cela puisse tre rendu clair l'esprit1 et expliqu avec toute la clart et l'vidence qui est requise en une dmonstration1 et avec laquelle il a plusieurs fois trait d'autres matires4 ,r,,ponse4 ,j'ai plusieurs fois dit que j'appelois du nom d'ide cela mme que la raison nous fait connotre1 comme aussi toutes les autres choses que nous concevons1 de quelque faon que nous les concevions4 ,et j'ai suffisamment expliqu comment la ralit reoit le plus et le moins1 en disant que la substance est quelque chose de plus que le mode1 et que s'il y a des qualits relles ou des substances incompltes1 elles sont aussi quelque chose de plus que les modes1 mais quelque chose de moins que les substances compltes2 et enfin que s'il y a une substance infinie et indpendante1 cette substance a plus d'tre ou plus de ralit que la substance finie et dpendante3 ce qui est le soi si manifeste qu'il n'est pas besoin d'y apporter une plus ample explication4 ,,objection ,xe4 ,,sur ,,la ,,troisi,,me ,m,,ditation4 #a,partant1 il ne reste que la seule ide de ,dieu1 dans laquelle il faut considrer s'il y a quelque chose qui n'ait pu venir de moi-mme4 ,par le nom de ,dieu1 j'entends une substance infinie1 indpendante1 souverainement intelligente1 souverainement puissante1 et par laquelle non seulement moi1 mais toutes les autres choses qui sont 7s'il y en a d'autres qui existent7 ont t cres3 toutes lesquelles choses1 dire le vrai1 sont telles1 que plus j'y pense1 et moins me semblent-elles pouvoir venir de moi seul4 ,et par consquent il faut conclure de tout ce qui a t dit ci-devant1 que ,dieu existe ncessairement4 ,note #fd3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,considrant les attributs de ,dieu1 afin que de l nous en ayons l'ide1 et que nous voyions s'il y a quelque chose en elle qui n'ait pu venir de nous-mmes1 je trouve1 si je ne me trompe1 que ni les choses que nous concevons par le nom de ,dieu ne viennent point de nous1 ni qu'il n'est pas ncessaire qu'elles viennent d'ailleurs que des objets extrieurs4 ,car1 par le nom de ,dieu1 j'entends une substance1 c'est--dire j'entends que ,dieu existe 7non point par une ide1 mais par raisonnement73 infinie1 c'est--dire que je ne puis concevoir ni imaginer ses termes ou ses dernires parties1 que je n'en puisse encore imaginer d'autres au-del2 d'o il suit que le nom d'infini ne nous fournit pas l'ide de l'infinit divine1 mais bien celle de mes propres termes et limites3 indpendante1 c'est--dire je ne conois point de cause de laquelle ,dieu puisse venir2 d'o il parot que je n'ai point d'autre ide qui rponde ce nom d'indpendant1 sinon la mmoire de mes propres ides1 qui ont toutes leur commencement en divers temps1 et qui par consquent sont dpendantes4 ,c'est pourquoi1 dire que ,dieu est indpendant1 ce n'est rien dire autre chose1 sinon que ,dieu est du nombre des choses dont je ne puis imaginer l'origine2 tout ainsi que dire que ,dieu est infini1 c'est de-mme que si nous disions qu'il est du nombre des choses dont nous ne concevons point les limites4 ,et ainsi toute cette ide de ,dieu est rfute2 car quelle est cette ide qui est sans fin et sans origine8 ,souverainement intelligente4 ,je demande aussi par quelle ide ,m4 ,descartes conoit l'intellection de ,dieu4 ,souverainement puissante4 ,je demande aussi par quelle ide sa puissance1 qui regarde les choses futures1 c'est--dire non existantes1 est entendue4 ,certes1 pour moi1 je conois la puissance par l'image ou la mmoire des choses passes1 en raisonnant de cette sorte3 ,il a fait ainsi1 donc il a pu faire ainsi2 donc1 tant qu'il sera1 il pourra encore1 faire ainsi1 c'est--dire il en a la puissance4 ,or toutes ces choses sont des ides qui peuvent venir des objets extrieurs4 ,crateur de toutes les choses qui sont au monde4 ,je puis former quelque image de la cration par le moyen des choses que j'ai vues1 par exemple de ce que j'ai vu un homme naissant1 et qui est parvenu1 d'une petitesse presque inconcevable1 la forme et la grandeur qu'il a maintenant2 et personne mon avis n'a d'autre ide ce nom de crateur mais il ne sufft pas1 pour prouver la cration du monde1 que nous puissions imaginer le monde cr4 ,c'est pourquoi1 encore qu'on et dmontr qu'un tre infini1 indpendant1 tout-puissant1 etc41 existe1 il ne s'ensuit pas nanmoins qu'un crateur existe1 si ce n'est que quelqu'un pense qu'on infre fort bien de ce qu'un certain tre existe1 lequel nous croyons avoir cr toutes les autres choses1 que pour cela le monde a autrefois t cr par lui4 ,de plus1 o ,m4 ,descartes dit que l'ide de ,dieu et de notre me est ne et rsidante en nous1 je voudrais bien savoir si les mes de ceux-l pensent qui dorment profondment et sans aucune rverie3 si elles ne pensent point1 elles n'ont alors aucunes ides2 et partant il n'y a point d'ide qui soit ne et rsidante en nous1 car ce qui est n et rsidant en nous est toujours prsent notre pense4 ,r,,ponse4 ,aucune chose de celles que nous attribuons ,dieu ne peut venir des objets extrieurs comme d'une cause exemplaire3 car il n'y a rien en ,dieu de semblable aux choses extrieures1 c'est--dire aux choses corporelles4 ,or il est manifeste que tout ce que nous concevons tre en ,dieu de dissemblable aux choses extrieures ne peut venir en notre pense par l'entremise de ces mmes choses1 mais seulement par celle de la cause de cette diversit1 c'est--dire de ,dieu4 ,et je demande ici de quelle faon ce philosophe tire l'intellection de ,dieu des choses extrieures3 car pour moi j'explique aisment quelle est l'ide que j'en ai1 en disant que par le mot d'ide j'entends la forme de toute perception2 car qui est celui qui conoit quelque chose qui ne s'en aperoive1 et partant qui n'ait cette forme ou cette ide de l'intellection1 laquelle venant tendre l'infini il forme l'ide de l'intellection divine8 ,et ce que je dis de cette perfection se doit entendre de mme de toutes les autres4 ,mais1 d'autant que je me suis servi de l'ide de ,dieu qui est en nous pour dmontrer son existence1 et que dans cette ide une puissance si immense est contenue que nous concevons qu'il rpugne1 s'il est vrai que ,dieu existe1 que quelque autre chose que lui existe si elle n'a t cre par lui1 il suit clairement de ce que son existence a t dmontre qu'il a t aussi dmontr que tout ce monde1 c'est--dire toutes les autres choses diffrentes de ,dieu qui existent1 ont t cres par lui4 ,enfin1 lorsque je dis que quelque ide est ne avec nous1 ou qu'elle est naturellement empreinte en nos mes1 je n'entends pas qu'elle se prsente toujours notre pense1 car ainsi il n'y en auroit aucune2 mais j'entends seulement que nous avons en nous-mmes la facult de la produire4 ,,objection ,x,ie4 ,,sur ,,la ,,troisi,,me ,m,,ditation4 #a;,et toute la force de l'argument dont je me suis servi pour prouver l'existence de ,dieu consiste en ce que je vois qu'il ne seroit pas possible que ma nature ft telle qu'elle est1 c'est--dire que j'eusse en moi l'ide de ,dieu1 si ,dieu n'existoit vritablement1 savoir ce mme ,dieu dont j'ai en moi l'ide4 ,note #fe3 ,voyez ,mditation ,,iii4 ,donc1 puisque ce n'est pas une chose dmontre que nous ayons en nous l'ide de ,dieu1 et que la religion chrtienne nous oblige de croire que ,dieu est inconcevable1 c'est--dire1 selon mon opinion1 qu'on n'en peut avoir d'ide1 il s'ensuit que l'existence de ,dieu n'a point t dmontre1 et beaucoup moins la cration4 ,r,,ponse4 ,lorsque ,dieu est dit inconcevable1 cela s'entend d'une conception qui le comprenne totalement et parfaitement4 ,au reste1 j'ai dj tant de fois expliqu comment nous avons en nous l'ide de ,dieu1 que je ne le puis encore ici rpter sans ennuyer les lecteurs4 ,,objection ,x,i,ie4 ,,sur ,,la ,,quatri,,me ,m,,ditation4 ,,du ,,vrai ,,et ,,du ,,faux4 #a;,et ainsi je connois que l'erreur1 en tant que telle1 n'est pas quelque chose de rel qui dpende de ,dieu1 mais que c'est seulement un dfaut2 et partant que pour faillir je n'ai pas besoin de quelque facult qui m'ait t donne de ,dieu particulirement pour cet effet4 ,note #ff3 ,voyez ,mditation ,,iv4 ,il est certain que l'ignorance est seulement un dfaut1 et qu'il n'est pas besoin d'aucune facult positive pour ignorer2 mais1 quant l'erreur1 la chose n'est pas si manifeste3 car il semble que si les pierres et les autres choses inanimes ne peuvent errer1 c'est seulement parce qu'elles n'ont pas la facult de raisonner ni d'imaginer2 et partant il faut conclure que pour errer il est besoin d'un entendement1 ou du moins d'une imagination1 qui sont des facults toutes deux positives1 accorde tous ceux qui se trompent1 mais aussi eux seuls4 ,outre cela1 ,m4 ,descartes ajoute3 ,j'aperois que mes erreurs dpendent du concours de deux causes1 savoir de la facult de connotre qui est en moi1 et de la facult d'lire ou bien de mon libre arbitre4 ,ce qui me semble avoir de la contradiction avec les choses qui ont t dites auparavant4 ,o il faut aussi remarquer que la libert du franc arbitre est suppose sans tre prouve1 quoique cette supposition soit contraire l'opinion des calvinistes4 ,r,,ponse4 ,encore que pour faillir il soit besoin de la facult de raisonner1 ou pour mieux dire de juger1 c'est--dire d'affirmer et de nier1 d'autant que c'en est le dfaut1 il ne s'ensuit pas pour cela que ce dfaut soit rel1 non plus que l'aveuglement n'est pas appel rel1 quoique les pierres ne soient pas dites aveugles pour cela seulement qu'elles ne sont pas capables de voir4 ,et je suis tonn de n'avoir encore pu rencontrer dans toutes ces objections aucune consquence qui me semblt tre bien dduite de ses principes4 ,je n'ai rien suppos ou avanc touchant la libert que ce que nous ressentons tous les jours en nous-mmes1 et qui est trs connu par la lumire naturelle3 et je ne puis comprendre pourquoi il est dit ici que cela rpugne ou a de la contradiction avec ce qui a t dit auparavant4 ,mais encore que peut-tre il y en ait plusieurs qui1 lorsqu'ils considrent la prordination de ,dieu1 ne peuvent comprendre comment notre libert peut subsister et s'accorder avec elle1 il n'y a nanmoins personne qui1 se regardant soi-mme1 ne ressente et n'exprimente que la volont et la libert ne sont qu'une mme chose1 ou plutt qu'il n'y a point de diffrence entre ce qui est volontaire et ce qui est libre4 ,et ce n'est pas ici le lieu d'examiner quelle est en cela l'opinion des calvinistes4 ,,objection ,x,i,i,ie4 ,,sur ,,la ,,quatri,,me ,m,,ditation4 #a ,par exemple1 examinant ces jours passs si quelque chose existoit vritablement dans le monde1 et prenant garde que de cela seul que j'examinois cette question il suivoit trs videmment que j'existois moi-mme1 je ne pouvois pas m'empcher de juger qu'une chose que je concevois si clairement toit vraie2 non que je m'y trouvasse forc par une cause extrieure1 mais seulement parce que d'une grande clart qui toit en mon entendement a suivi une grande inclination en ma volont1 et ainsi je me suis port croire avec d'autant plus de libert que je me suis trouv avec moins d'indiffrence4 ,note #fg3 ,voyez ,mditation ,,iv4 ,cette faon de parler1 une grande clart dans l'entendement1 est mtaphorique1 et partant n'est pas propre entrer dans un argument3 or celui qui n'a aucun doute prtend avoir une semblable clart1 et sa volont n'a pas une moindre inclination pour affirmer ce dont il n'a aucun doute que celui qui a une parfaite science4 ,cette clart peut donc bien tre la cause pourquoi quelqu'un aura et dfendra avec opinitret quelque opinion1 mais elle ne lui sauroit faire connotre avec certitude qu'elle est vraie4 ,de plus1 non seulement savoir qu'une chose est vraie1 mais aussi la croire ou lui donner son aveu et consentement1 ce sont choses qui ne dpendent point de la volont2 car les choses qui nous sont prouves par de bons arguments ou racontes comme croyables1 soit que nous le voulions ou non1 nous sommes contraints de les croire4 ,il est bien vrai qu'affirmer ou nier1 soutenir ou rfuter des propositions1 ce sont des actes de la volont2 mais il ne s'ensuit pas que le consentement et l'aveu intrieur dpendent de la volont4 ,et partant1 la conclusion qui suit n'est pas suffisamment dmontre3 ,et c'est dans ce mauvais usage de notre libert que consiste cette privation qui constitue la forme de l'erreur4 ,r,,ponse4 ,il importe peu que cette faon de parler1 une grande clart1 soit propre ou non entrer dans un argument1 pourvu qu'elle soit propre pour expliquer nettement notre pense1 comme elle l'est en effet4 ,car il n'y a personne qui ne sache que par ce mot1 une clart dans l'entendement1 on entend une clart ou perspicuit de connoissance1 que tous ceux-l n'ont peut-tre pas qui pensent l'avoir2 mais cela n'empche pas qu'elle ne diffre beaucoup d'une opinion obstine qui t conue sans une vidente perception4 ,or1 quand il est dit ici que1 soit que nous voulions ou que nous ne voulions pas1 nous donnons notre crance aux choses que nous concevons clairement1 c'est de mme que si on disoit que1 soit que nous voulions ou que nous ne voulions pas1 nous voulons et dsirons les choses bonnes quand elles nous sont clairement connues3 car cette faon de parler1 soit que nous ne voulions pas1 n'a point de lien en telles occasions1 parce qu'il y a de la contradiction vouloir et ne vouloir pas une mme chose4 ,,objection ,x,i,ve4 ,,sur ,,la ,,cinqui,,me ,m,,ditation4 ,,de ,l',,essence ,,des ,,choses ,,corporelles4 #a;,comme1 par exemple1 lorsque j'imagine un triangle1 encore qu'il n'y ait peut-tre en aucun lieu du monde hors de ma pense une telle figure1 et qu'il n'y en ait jamais eu1 il ne laisse pas nanmoins d'y avoir une certaine nature1 ou forme1 ou essence dtermine de cette figure1 laquelle est immuable et ternelle1 que je n'ai point invente1 et qui ne dpend en aucune faon de mon esprit1 comme il parot de ce que l'on peut dmontrer diverses proprits de ce triangle4 ,note #fh3 ,voyez ,mditation ,v4 ,s'il n'y a point de triangle en aucun lieu du monde1 je ne puis comprendre comment il a une nature1 car ce qui n'est nulle part n'est point du tout1 et n'a donc point aussi d'tre ou de nature4 ,l'ide que notre esprit conoit du triangle vient d'un autre triangle que nous avons vu ou invent sur les choses que nous avons vues2 mais depuis qu'une fois nous avons appel du nom de triangle la chose d'o nous pensons que l'ide du triangle tire son origine1 encore que cette chose prisse1 le nom demeure toujours4 ,de mme1 si nous avons une fois conu par la pense que tous les angles d'un triangle pris ensemble sont gaux deux droits1 et que nous ayons donn cet autre nom au triangle1 qu'il est une chose qui a trois angles gaux deux droits1 quand il n'y auroit au monde aucun triangle1 le nom nanmoins ne laisseroit pas de demeurer4 ,et ainsi la vrit de cette proposition sera ternelle1 que le triangle est une chose qui a trois angles gaux deux droits2 mais la nature du triangle ne sera pas pour cela ternelle1 car s'il arrivoit par hasard que tout triangle gnralement prit1 elle cesseroit aussi d'tre4 ,de mme cette proposition1 l'homme est un animal1 sera vraie ternellement cause des noms2 mais1 suppos que le genre humain fut ananti1 il n'y auroit plus de nature humaine4 ,d'o il est vident que l'essence1 en tant qu'elle est distingue de l'existence1 n'est rien autre chose qu'un assemblage de noms par le verbe est2 et partant l'essence sans l'existence est une fiction de notre esprit3 et il semble que comme l'image d'un homme qui est dans l'esprit est cet homme1 ainsi l'essence est l'existence2 ou bien comme cette proposition1 ,socrate est homme1 est celle-ci1 ,socrate est ou existe1 ainsi l'essence de ,socrate est l'existence du mme ,socrate3 or ceci1 ,socrate est homme1 quand ,socrate n'existe point1 ne signifie autre chose qu'un assemblage de noms1 et ce mot est ou tre a sous soi l'image de l'unit d'une chose qui est dsigne par deux noms4 ,r,,ponse ,la distinction qui est entre l'essence et l'existence est connue de tout le monde2 et ce qui est dit ici des noms ternels1 au lieu des concepts ou des ides d'une ternelle vrit1 a dj t ci-devant assez rfut et rejet4 ,,objection ,x,ve4 ,,sur ,,la ,,sixi,,me ,m,,ditation4 ,,de ,l',,existence ,,des ,,choses ,,mat,,rielles4 #a;,car ,dieu ne m'ayant donn aucune facult pour connotre que cela soit 7 savoir que ,dieu1 par lui-mme ou par l'entremise de quelque crature plus noble que le corps1 m'envoie les ides du corps71 mais au contraire1 m'ayant donn une grande inclination croire qu'elles me sont envoyes ou qu'elles partent des choses corporelles1 je ne vois pas comment on pourroit l'excuser de tromperie1 si en effet ces ides partoient d'ailleurs ou m'toient envoyes par d'autres causes que par des choses corporelles2 et partant il faut avouer qu'il y a des choses corporelles qui existent4 ,note #fi3 ,voyez ,mditation ,,vi4 ,c'est la commune opinion que les mdecins ne pchent point qui doivent les malades pour leur propre sant1 ni les pres qui trompent leurs enfants pour leur propre bien2 et que le mal de la tromperie ne consiste pas dans la fausset des paroles1 mais dans la malice de celui qui trompe4 ,que ,m4 ,descartes prenne donc garde si cette proposition1 ,dieu ne nous peut jamais tromper1 prise universellement1 est vraie2 car si elle n'est pas vraie1 ainsi universellement prise1 cette conclusion n'est pas bonne1 donc il y a des choses corporelles qui existent4 ,r,,ponse4 ,pour la vrit de cette conclusion il n'est pas ncessaire que nous ne puissions jamais tre tromps1 car au contraire j'ai avou franchement que nous le sommes souvent2 mais seulement que nous ne le soyons point quand notre erreur feroit parotre en ,dieu une volont de dcevoir1 laquelle ne peut tre en lui3 et il y a encore ici une consquence qui ne me semble pas tre bien dduite de ses principes4 ,,objection ,x,v,ie4 ,,sur ,,la ,,sixi,,me ,m,,ditation4 #a;,car je reconnois maintenant qu'il y a entre l'une et l'autre 7savoir entre la veille et le sommeil7 une trs notable diffrence1 en ce que notre mmoire ne peut jamais lier et joindre nos songes les uns aux autres et avec toute la suite de notre vie1 ainsi qu'elle a de coutume de joindre les choses qui nous arrivent tant veills4 ,note #gj3 ,voyez ,mditation ,,vi4 ,je demande si c'est une chose certaine qu'une personne1 songeant qu'elle doute si elle songe ou non1 ne puisse songer que son songe est joint et li avec les ides d'une longue suite de choses passes4 ,si elle le peut1 les choses qui semblent ainsi celui qui dort tre les actions de sa vie passe peuvent tre tenues pour vraies1 tout de mme que s'il toit veill4 ,de plus1 d'autant1 comme il dit lui-mme1 que toute la certitude de la science et toute sa vrit dpend de la seule connoissance du vrai ,dieu1 ou bien un athe ne peut pas reconnotre qu'il veille par la mmoire des actions de sa vie passe1 ou bien une personne peut savoir qu'elle veille sans la connoissance du vrai ,dieu4 ,r,,ponse4 ,celui qui dort et songe ne peut pas joindre et assembler parfaitement et avec vrit ses rveries avec les ides des choses passes1 encore qu'il puisse songer qu'il les assemble4 ,car qui est-ce qui nie que celui qui dort se puisse tromper8 ,mais aprs1 tant veill1 il connotra facilement son erreur4 ,et un athe peut reconnotre qu'il veille par la mmoire des actions de sa vie passe2 mais il ne peut pas savoir que ce signe est suffisant pour le rendre certain qu'il ne se trompe point1 s'il ne sait qu'il a t cr de ,dieu1 et que ,dieu ne peut tre trompeur4 ,,fin ,,du ,,tome ,,premier4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,le ,,tome ,,premier4 ,,loge ,,de ,,descartes ,,notes ,,discours ,,de ,,la ,m,,thode ,m,,ditations ,m,,taphysiques ,p,,tre ,,pr,,face ,,abr,g ,,des ,,six ,m,,ditations ,m,,ditation ,,premi,,re ,m,,ditation ,,deuxi,,me ,m,,ditation ,,troisi,,me ,m,,ditation ,,quatri,,me ,m,,ditation ,,cinqui,,me ,m,,ditation ,,sixi,,me ,,objections ,,et ,r,,ponses ,,premi,,res ,,objections1 ,,faites ,,par ,m4 ,,cat,,rus ,r,,ponses ,,secondes ,,objections1 ,,recueillies ,,par ,,le ,p4 ,,mersenne4 ,r,,ponses ,,troisi,,mes ,,objections1 ,,faites ,,par ,m4 ,,hobbes1 ,,et ,r,,ponses4