,,ab,,lard ,,par ,,charles ,,de ,r,,musat ,spero equidem quod gloriam eorum qui nunc sunt posteritas celebrabit4 ,,jean ,,de ,,salisbury1 disciple d',ablard ,metalogicus in prologo4 ,,tome ,,deuxi,,me ,,de ,,la ,,philosophie ,d',,ab,,lard4 ,,chapitre ,,viii4 ,,de ,,la ,m,,taphysique ,d',,ab,,lard4--,de ,generibus et ,speciebus4--,,question ,,des ,,universaux4 ,la nature des genres et des espces a donn lieu la controverse la plus longue peut-tre et la plus anime1 certainement la plus abstraite1 qui ait passionn l'esprit humain4 ,rien en effet ne ressemble moins une question pratique1 une de ces questions mles aux intrts du monde et aux affaires de la vie1 que celle de savoir ce qu'il faut penser de la nature des ides gnrales4 ,s'il existe une chose qui paraisse une simple curiosit scientifique1 c'est assurment une recherche dont il est difficile de faire saisir l'objet mme bien des esprits cultivs4 ,cependant la dure de la controverse est un fait historique4 ,elle a commenc avant le moyen ge1 et elle s'est maintenue l'tat de guerre civile intellectuelle1 depuis le ,x,ie sicle jusqu' la fin du ,x,ve1 c'est--dire pendant plus de quatre cents ans4 ,la chaleur et la violence mme avec lesquelles cette guerre a t soutenue passe toute ide2 et si le rgne de la scolastique est bon droit regard comme l're des disputes1 il en doit la rputation la question des universaux4 ,aussi a-t-on pu driver toute la scolastique de cette unique question4 ,c'est ,ablard lui-mme qui a dit3 ,il semblait que la science rsidt tout entire dans la doctrine des universaux#a4 ,et l'un des hommes qui ont dcrit avec le plus de vivacit et jug le plus librement les querelles de ce temps1 ,jean de ,salisbury1 voulant dpeindre la prsomption de certains docteurs1 s'exprime ainsi3 ,tout apprenti1 ds qu'il sait joindre deux parties d'oraison1 se tient et parle comme s'il savait tous les arts#b2 il vous apporte un systme nouveau touchant les genres et les espces1 un systme inconnu de ,boce1 ignor de ,platon1 et que par un heureux sort il vient tout frachement de dcouvrir dans les mystres d',aristote2 il est prt vous rsoudre une question sur laquelle le monde en travail a vieilli1 pour laquelle il a t consum plus de temps que la maison de ,csar n'en a us gagner et rgir l'empire du monde1 pour laquelle il a t vers plus d'argent que n'en a possd ,crsus dans toute son opulence4 ,elle a retenu en effet si longtemps grand nombre de gens1 que1 ne cherchant que cela dans toute leur vie1 ils n'ont en fin de compte trouv ni cela ni autre chose2 et c'est peut-tre que leur curiosit ne s'est pas contente de ce qui pouvait tre trouv2 car de mme que dans l'ombre d'un corps quelconque la substance corporelle se cherche vainement1 ainsi dans les intelligibles qui peuvent tre compris universellement1 mais non exister universellement1 la substance d'une solide existence ne saurait tre rencontre4 ,user sa vie en de telles recherches1 c'est le fait d'un homme oisif et qui travaille vide4 ,purs nuages de choses fugitives1 plus on les poursuit avidement1 plus rapidement ils s'vanouissent2 les auteurs expdient la question de diverses manires1 avec divers langages1 et quand ils se sont diffremment servis des mots1 ils semblent avoir trouv des opinions diffrentes2 c'est ainsi qu'ils ont laiss ample matire disputer aux gens querelleurs4444 ,note #a3 ,ab4 ,op41 ep4 i1 p4 #f4 ,note #b3 ,ces deux lignes sont dans le texte deux vers dont ,jean dit qu'il ne se rappelle pas l'auteur3 ,gartio 7sic7 quisque duas postquam scit jungere partes1 ,sic stat1 sic loquitur velut omnes noverit artes4 ,policrat41 lib4 ,,vii1 c4 ,,xii4--,voyez aussi ,buddeus1 ,observ4 select41 ,,xix1 t4 ,,vi1 p4 #afa et #afc4 ,ainsi parlait un crivain qui faisait profession d'tre de l',acadmie1 c'est--dire de douter un peu1 et de s'en tenir aux choses probables1 tout en se donnant pour fermement attach au grand ,aristote1 qu'il regardait comme l'auteur de la science du probabilisme1 sans doute pour avoir dfini le raisonnement dialectique le raisonnement probable#c4 ,jean de ,salisbury n'estimait gure la question ni les systmes qu'elle avait enfants2 mais il tait frapp de l'importance de fait d'une question qui avait donn plus de peine conduire que l'empire romain4 ,il s'tonnait de la violence des disputes qu'elle allumait de son temps2 et cependant il n'avait pas vu la querelle dgnrer en combat vritable1 ni le pugilat et les armes employs l'aide d'une thse de dialectique4 ,il n'avait pas vu le sang rougir le pav de l',universit1 si ce n'est quelquefois sous le fouet des matres1 ni le pouvoir spirituel ou temporel dployer ses rigueurs1 pour intimider ou punir le crime d'errer sur la nature des ides abstraites#d4 ,mais il reconnaissait dans la question des universaux le thme ternel des bruyants dbat du monde savant4 ,l sont1 disait-il1 les grandes ppinires de la dispute1 et chacun ne songe recueillir dans les auteurs que ce qui peut confirmer son hrsie4 ,jamais on ne s'loigne de cette question2 on y ramne1 on y rattache tout1 de quelque point que soit partie la discussion4 ,on croit se trouver avec ce peintre dont parle un pote1 et qui pour toutes les occurrences ne savait d'aventure retracer qu'un cyprs#e4 ,c'est la folie de ,rufus pris de ,nvia1 de qui rien ne peut le distraire4 ,il ne pense qu' elle1 ne parle que d'elle2 si ,nvia n'tait pas1 ,rufus serait muet#f4 ,c'est qu'en effet la chose la plus commode pour philosopher est celle qui prte le plus la libert de feindre ce qu'on veut1 et qui par sa difficult propre et par l'inhabilet des contendants1 donne le moins la certitude4 ,note #c3 ,toplo41 ,i1 #a4 ,note #d3 ,metal41 t4 ,i1 c4 xxiv4--,voyez les citations de ,louis ,vives et d'rasme dans ,dugald ,stewart 7,phil4 de l'esp4 hum41 c4 iv1 sect4 iii74 ,les ralistes et les nominaux se sont mutuellement accuss d'avoir fait brler leurs adversaires sous prtexte d'hrsie4 ,note #e3 ,poller41 ,i4 ,,vii4 c4 xii4 ,note #f3 ,il cite ici une pigramme de ,coquus1 ,ce ,coquus n'est pas autre que ,martial1 de qui une pigramme assez jolie contient ce vers3 444 ,si non sit ,navia1 mutus erit4 7,l4 ,i1 ep4 ,,lxix47 ,voil donc le fait bien tabli2 c'tait un sujet infini1 une source intarissable de disputes et de systmes4 ,c'tait le seul problme1 le premier intrt1 la grande passion2 les docteurs en parlaient sans relche1 comme les amants ridicules de leur matresse4 ,et nous-mmes1 ne revenons-nous pas continuellement cette question des universaux8 ,elle est toujours tellement prs des autres questions dialectiques qu'on n'a pu1 sans la rencontrer sur ses pas1 parcourir le champ de la logique d',ablard4 ,dj nous savons comment elle s'est introduite dans le monde2 comment elle tait la fois pose et complique par les antcdents du pripattisme scolastique2 comment enfin ,ablard1 intervenant entre deux opinions absolues1 a pu rendre l'opinion tierce qu'il a soutenue une importance toute nouvelle4 ,il ne l'avait pas invente2 mais il l'a rajeunie et remise en honneur3 elle a pass pour son ouvrage4 ,on a vu que la controverse des universaux avait sa racine dans l'antiquit#g4 ,aussitt qu'elle nat1 elle doit produire le nominalisme2 car la premire fois qu'on entre en doute sur la nature des ides gnrales1 ou qu'on se demande quoi l'on pense lorsqu'on prononce un terme gnral1 il est naturel de se dire d'abord que l'tre gnral n'existe pas et ne peut exister1 puisque la sensation n'en a jamais peru aucun1 et que la raison ne peut concevoir comme relle que l'existence individuelle2 ensuite1 de conclure que la gnralit n'est qu'une manire humaine de concevoir les choses ou de les exprimer 7conceptualisme et nominalisme74 ,le premier germe de cette doctrine nous est donn par l'histoire dans l'cole de ,mgare4 ,cette secte avait soutenu #a que la comparaison est impossible1 except du semblable lui-mme 7,euclide72 #b qu'une chose ne peut tre affirme d'une autre1 puisqu'elle ne saurait lui tre identique 7,stilpon72 #c que celui qui dit homme ne dit personne1 puisqu'il ne dit ni celui-ci1 ni celui-l 7,stilpon7#h4 ,on voit reparatre tous ces principes dans la scolastique du moyen ge2 le second surtout se retrouve dans ,ablard1 qui ne savait peut-tre pas que l'cole mgarique et exist2 et ce n'est pas sans raison que les historiens de la philosophie placent le nom de ,stilpon l'origine du nominalisme4 ,cette origine1 au reste1 n'est pas faite pour lui ter cette couleur de philosophie ngative et ces apparences de tendance l'ristique et au nihilisme que les critiques lui reprochent4 ,note #g3 ,voyez le c4 ii du prsent livre1 t4 ,i1 p4 #cdd4 ,note #h3 ,euclide4 ,grec3 ,ton dia ts parabols logon anrii1 legn toi ex omoisin auton1 ex anomoin synistasthai1 etc41 ,laert41 ,i4 ,,ii1 c4 x4--,stilpon4 ,grec3 ,eteron eterou m katgoristhai4444 oti n oi logoi eteroi tauta etera esti1 kai eti ta etera kechriothai allln4 ,plutarch41 adv4 ,coloi41 xxii1 xxiii4--,grec3 ,anerii kai ta eio1 kai elege ton legonta anthropon einai1 mdena oute gar tonoe legein1 oute tonoe4 ,laert41 ,i1 ,,ii1 c4 xii1 #g4 ,znon fut le disciple de ,stilpon4 ,plus rservs que les mgariens1 les stociens dvelopprent les mmes ides1 au moins dans le sens du conceptualisme1 et n'chapprent point au danger d'une logique plus ingnieuse que sense4 ,aussi a-t-on imput leur influence tout ce que la scolastique prsente de sophistique subtilit#i4 ,historiquement1 de tels rapports seraient peut-tre difficiles prouver1 quoique les analogies soient relles2 mais on se rencontre sans s'imiter4 ,note #i3 ,brucker1 ,hist4 crit4 ,phil41 t4 ,,iii1 p4 #ffj1 #fgi1 #gai et #hjd4 ,enfin1 ,aristote et ,platon avaient tabli chacun une doctrine originale2 celui-ci1 en attnuant et supprimant la difficult de la question par l'attribution d'une existence relle aux types gnraux des choses1 aux ides invisibles1 l'exemplaire et l'objet des ides gnrales2 celui-l1 en adoptant le principe ngatif1 qu'il n'y a rien en acte qui soit universel1 mais en temprant les consquences de cet individualisme1 soit par la thorie de l'existence en acte et en puissance1 soit par la distinction de la forme et de la matire1 soit par l'admission des substances secondes et des formes substantielles4 ,de l cependant deux doctrines3 l'une1 le ralisme idaliste2 l'autre qu'on pourrait appeler le formalisme1 et qui1 en conservant des traces de ralisme1 pouvait mener aux consquences avoues des conceptualistes et des nominaux4 ,ces deux grandes doctrines1 protges par des noms immortels1 n'avaient jamais t compltement oublies4 ,depuis ,aristote et ,platon1 il y avait donc au moins deux opinions sur la question1 qui n'avait pas toujours conserv la mme forme ni la mme porte4 ,comme1 parmi les ides1 les unes sont des ides de choses sensibles1 les autres des ides de choses insensibles1 cette diffrence avait engendr celle des doctrines et produit les diverses solutions d'un problme unique4 ,dans l'antiquit1 deux grandes coles avaient pris parti contre les ides des choses sensibles1 en rvoquant en doute ces choses mmes4 ,la secte latique niait les choses sensibles1 prtendant dmontrer leur impossibilit rationnelle1 et elle ouvrait ainsi la porte toutes les sortes de scepticisme4 ,platon1 sans aller aussi loin1 osa n'attribuer qu'une ralit imparfaite aux choses sensibles1 accusant ainsi la sensation et les ides qu'elle suggre d'une certaine infidlit4 ,ce qui chappe aux sens lui avait paru plus rel que ce que les sens atteignent et manifestent4 ,mais les ides des choses non sensibles ne sont pas toutes de mme espce1 parce que les choses non sensibles ne sont pas toutes de mme nature4 ,toute doctrine qui les confond et les enveloppe dans une proscription commune1 manque de justesse et de pntration4 ,peut-tre picure1 peut-tre ,dmocrite ont-ils mrit ce reproche4 ,l'injustice ou l'ignorance pourraient seules l'adresser cet ,aristote qui a tant mpris ,dmocrite4 ,certes il a reconnu comme relles bien des choses non sensibles1 et l'invisible eut souvent la foi de l'auteur de la ,mtaphysique1 de celui qui disait qu'il n'y a de science que de l'universel#aj4 ,mais quel invisible1 s'il y en a plusieurs8 ,quelles sont les distinctions faire parmi les ides des choses non sensibles8 ,note #aj3 ,analyt4 post41 ,i1 ,,xxx4--,met41 ,,iii1 iv et vi4 ,d'abord1 les ides sensibles ou souvenirs des individus donnent naissance immdiatement deux sortes d'ides4 ,la premire se compose des ides des qualits perues dans les individus4 ,ces ides1 souvenirs de sensations1 une fois qu'elles sont dtaches de ces souvenirs1 ne reprsentent plus rien de rellement individuel1 ni qui soit accessible aux sens en dehors des individus2 elles sont donc1 la rigueur et prises isolment1 des ides de choses non sensibles1 quoiqu'elles soient les souvenirs ou conceptions des modes sensibles que l'exprience nous tmoigne dans les individus4 ,conues en elles-mmes et sparment1 elles reprsentent les qualits abstraites de tout sujet1 et c'est pour cela qu'on les appelle communment ides abstraites4 ,la seconde classe d'ides de choses non sensibles laquelle donne lieu le souvenir des choses sensibles1 est celle des ides des qualits en tant que communes aux individus semblables1 lesquelles qualits1 considres dans les tres qui les runissent1 servent distribuer ceux-ci en diverses collections4 ,ces collections sont les genres et les espces4 ,les ides de ces collections sont des ides de choses non sensibles1 quoique d'une part ces collections comprennent tous les individus accessibles aux sens1 et que de l'autre ces ides soient les souvenirs des qualits observes chez les individus que les sens ont fait connatre4 ,mais1 d'un ct1 le genre ou l'espce comprennent tous les individus1 et nul ne peut avoir observ tous les individus4 ,de l'autre1 les ides de genre ou d'espce font abstraction des individus1 pour rsumer ce qu'ils ont de commun2 et ce qu'ils ont de commun ne peut tre peru par les sens hors d'eux-mmes4 ,les ides de genre et d'espce ne sont donc ni des souvenirs directs de sensations1 ni seulement des souvenirs de sensations1 quoiqu'elles contiennent des souvenirs de sensations4 ,elles comprennent plus que les sens n'en ont vu4 ,ainsi1 mme pour ceux qui n'admettent pas d'autres lments dans les ides abstraites ou de qualit et dans les ides universelles ou de genre et d'espce que la sensation rappele1 dcompose1 gnralise1 ces ides renferment quelque chose de non senti et quelque chose de non sensible4 ,elles ne sont pas de pures ides des choses sensibles4 ,il y a dans les ides de genre et d'espce1 non-seulement l'ide abstraite de qualit2 mais encore une induction qui conclut de l'exprience l'existence des qualits semblables dans les individus rels ou seulement possibles autres que ceux qu'on a pu observer2 et cette induction s'appliquant ou pouvant s'appliquer ce qu'on n'a jamais vu1 ce qu'on ne verra jamais1 ce qu'on ne saurait voir1 il s'ensuit que1 dans ces ides1 il y a dj la conception de l'invisible4 ,une psychologie un peu svre y verrait bien autre chose1 et dans la formation des ides de genre et d'espce1 dans celle des ides abstraites1 dans la notion mme des individus observs1 elle dmlerait et constaterait bien d'autres ides1 fruits de l'intelligence1 et qui ne correspondent rien d'individuel ni de sensible4 ,telles sont les ides d'tre1 de substance1 d'essence1 de nature1 etc4 ,telles sont encore celles de cause1 d'action1 etc4 ,l encore se trouveraient des ides de choses non sensibles1 dont la thorie de l'abstraction1 telle que nous venons de la rappeler1 ne suffirait pas expliquer l'origine4 ,pour la production de ces ides1 des philosophes ont admis une sorte d'induction particulire2 et1 dans tous les cas1 comme elles ne sont pas des ides de pures qualits ni de genre et d'espce1 ce sont des ides abstraites d'une nouvelle classe1 ides encore plus abstraites1 c'est--dire encore plus loignes des relles substances individuelles1 que les autres ides places jusqu'ici hors du cercle des ides sensibles4 ,enfin1 il est des choses substantielles et relles qui1 bien qu'inaccessibles aux sens1 sont l'objet de la pense4 ,dieu n'est pas une qualit1 un genre1 une espce2 c'est le nom et l'ide d'un tre dtermin1 rel1 et pourtant inaccessible aux sens4 ,l'me est aussi le nom d'un de ces tres dont l'existence individuelle peut tre conue et affirme1 quoique aucune sensation ne la manifeste4 ,le monde n'est pas non plus une ide abstraite1 ni un genre1 ni une espce1 c'est un tout rel et mme individuel qui n'est que conu1 et dont le nom exprime une ide beaucoup plus large que le souvenir d'aucune sensation4 ,il suit que les ides des choses non sensibles peuvent se diviser ainsi3 #a ,ides d'tres dtermins et substantiels1 inaccessibles aux sens1 ,dieu1 une me1 etc4 #b ,ides de choses inaccessibles aux sens1 mais qui ne sont pas aussi ncessairement conues comme des substances1 force1 cause1 nature1 essence1 etc4 #c ,ides de touts dont quelques parties ou quelques proprits seulement sont accessibles aux sens1 le ciel1 l'espace1 le monde1 etc4 #d ,ides de collections ou de touts partiels dont les lments individuels ne sont pas tous perus1 le plus grand nombre en tant seulement conu1 rgne inorganique1 systme des plantes1 etc4 #e ,ides des collections fondes sur une essence commune ou plutt ides d'essences gnriques ou spciales2 c'est proprement l'ide de genre et d'espce4 #f ,ides de qualits ou modes plus ou moins voisins ou loigns des attributs essentiels2 ce sont les ides abstraites proprement dites4 ,toutes ces ides1 que la grammaire appelle indistinctement abstraites1 sont dans le langage et dans l'esprit humain4 ,y sont-elles toutes au mme titre8 ,doivent-elles tre ranges sous le mme nom et sous la mme loi8 ,quelques philosophes l'ont pens2 mais leur autorit n'est pas grande4 ,le sensualisme a toujours inclin vers cette erreur2 l'idologie pure y tend4 ,cependant tous les sectateurs clairs de l'idologie ou du sensualisme s'en sont jusqu' un certain point prservs4 ,celui qu'on leur donne habituellement pour chef1 bien qu'il ne puisse tre confondu avec eux1 ,aristote1 n'a ni ou mconnu aucune classe d'ides de choses non sensibles4 ,il les admet et les emploie toutes2 mais il ne les range pas toutes sur la mme ligne4 ,seulement1 ne reconnaissant d'existence que l'existence dtermine1 il semble avoir refus la ralit aux objets propres et directs des ides qui ne sont pas individuelles4 ,mais ces ides en elles-mmes1 il les a tenues pour relles1 pour vraies1 pour valables1 et les conceptions pures de l'esprit humain n'ont nulle part jou un plus grand rle que dans le pripattisme4 ,quatorze sicles aprs lui1 on a de nouveau examin le fond de ces ides2 et d'abord on a mis hors de question les ides de substances invisibles1 comme ,dieu1 ange1 me1 et les ides de qualits proprement dites1 de celles qui n'existent rellement que dans les sujets individuels1 comme les adjectifs blanc1 rouge1 dur1 etc41 et les substantifs abstraits qui y rpondent4 ,les premires de ces ides sont des tres#aa1 les secondes des accidents4 ,il est rest3 #a ,les ides de certaines choses non sensibles qui sont comme les conceptions ncessaires de l'esprit 7substance1 essence1 cause1 etc471 attributs les plus gnraux des choses1 analogues aux catgories ou prdicaments des aristotliciens4 #b ,les ides de certaines qualits essentielles qui sont la base et la condition des essences2 ces ides1 difficiles exprimer1 sont les formes essentielles du pripattisme et de la scolastique4 #c ,les ides des essences qui sont le fondement des genres et des espces2 ce sont les universaux proprement dits4 #d ,les ides des touts qui sont ou les collections d'individus autres que les genres et les espces1 ou des composs dtermins de parties formant ensemble une unit de conception4 ,note #aa3 ,les premires n'ont pas t constamment et sans exception mises hors du dbat1 et nous voyons dans ,ablard qu'une secte1 observant que ,dieu ne pouvait tre ni accident1 ni espce1 ni genre1 ni forme1 etc41 soutenait qu'il n'tait rien4 ,voyez ci-aprs ,i4 ,,iii1 c4 ii4 ,toutes ces ides ont un caractre commun3 elles sont dsignes par des noms gnraux1 ce qui fait qu'elles peuvent toutes tre appeles des universaux4 ,sur elles toutes1 la querelle des universaux pouvait la rigueur s'lever1 car toutes taient atteintes dans leur ralit objective immdiate par le principe qu'il n'y a de rel que l'individu4 ,cependant c'est sur la troisime classe d'ides que la querelle a surtout clat4 ,voici pourquoi4 ,si l'on dcompose le genre ou l'espce1 on trouve des ralits incontestables1 lorsqu'on arrive aux individus4 ,cependant la conception du genre ou de l'espce n'est pas celle des individus2 qu'est-elle donc8 ,on ne peut lui refuser toute ralit1 puisqu'elle comprend les individus qui sont rels1 et cependant1 comme elle n'est pas la conception mme des individus qui sont seuls rels1 elle est la conception de quelque chose qui n'est pas rel4 ,ainsi les ides de genre et d'espce n'ont point de ralit immdiate1 quoique mdiatement elles soient fondes sur des ralits4 ,de l des quivoques et des difficults sans nombre4 ,les autres ides non sensibles dont les objets se rsolvaient moins facilement en ralits1 offraient un caractre plus vident d'abstraction2 c'taient ces ides scientifiques d'tre1 d'essence1 de cause1 au lieu que les ides des genres et des espces avaient une face changeante qui piquait la curiosit et embarrassait la subtilit4 ,or donc1 tandis que les universaux avaient t assez gnralement pris pour des conceptions formes en consquence plus ou moins loigne de l'existence d'individus rels1 deux opinions presque absolues se produisirent au moyen ge4 ,d'un ct1 la doctrine de ,platon1 imparfaitement connue1 qui attribuait aux ides universelles des types primitifs et des essences immuables1 devint l'affirmation directe de l'existence d'essences universelles subsistant dans les genres mmes et les espces2 ce fut l le ralisme4 ,d'un autre ct1 la doctrine aristotlique1 portant que la substance proprement dite est ncessairement particulire1 et qu'il n'y a point d'existence universelle1 quoique les universaux soient les conceptions gnrales de ralits individuelles1 s'exagra ce point de ne plus mme les admettre titre de conception1 et outrant le principe du sensualisme1 elle les rduisit de purs noms1 meroe voces1 flatus vocis4 ,ce fut l le nominalisme4 ,roscelin1 et probablement ,jean le ,sourd1 son matre1 traita de noms et de mots1 non-seulement les genres et les espces1 mais tout ce que l'idologie appelle ides abstraites4 ,comme il n'admit que les individus1 il nia les touts et les parties2 les touts1 en tant que forms d'individus1 les parties1 en tant que n'tant pas des individus entiers2 de sorte que pour lui des individus rels composaient des touts imaginaires1 et des parties imaginaires composaient des individus rels4 ,ces excs amenrent l'excs de ralisme o tomba ,guillaume de ,champeaux1 du moins au tmoignage d',ablard4 ,il soutint qu'une seule et mme essence existait dans tous les individus1 dont la diversit dpendait tout entire de la varit des accidents4 ,dans cette doctrine1 la diversit des sujets des accidents semble s'anantir1 et comme toutes les espces1 aussi bien que les individus1 comme tous les genres1 aussi bien que les espces1 tombent sous la loi commune de la conception d'essence1 cette doctrine1 si elle a t fidlement reprsente1 aurait rduit l'univers ces termes3 unit de substance1 diversit de phnomnes4 ,entre ces deux systmes absolus1 ,ablard crut trouver la vrit en prenant un milieu4 ,il produisit une doctrine qui1 sans tre neuve pour le fond1 l'tait par quelques dtails et quelques expressions1 et qui a t tour tour appele le conceptualisme ou confondue avec le nominalisme4 ,en effet1 une analyse exacte la rduirait peut-tre au premier de ces systmes1 lequel lui-mme penche vers le second4 ,cependant il est plus difficile qu'on ne croit de bien dterminer la doctrine d',ablard2 nous essaierons de le faire1 aprs l'avoir expose2 mais de son temps mme1 il ne nous parat pas qu'on l'ait bien juge1 et comme il combattait vivement le ralisme1 ou plutt dans le ralisme les essences gnrales1 il fut compt tout simplement avec les nominalistes4 ,voici le jugement de deux contemporains trs-clairs1 tous deux verss dans les sciences de leur sicle1 et dont aucun ne partageait1 mme un faible degr1 les prjugs et les passions qui perscutrent ,ablard2 tous deux appartenaient ce qu'on pourrait appeler1 sans trop forcer les mots1 le parti libral dans l'glise4 ,l'un1 ,othon1 vque de ,frisingen1 fils d'un saint1 mais oncle de l'empereur ,frdric ,barberousse1 avait tudi la dialectique l'cole de ,paris1 et il a excus les opinions thologiques qu'on reprochait ,gilbert de la ,porre d'avoir empruntes d',ablard4 ,l'autre1 ,jean de ,salisbury1 vque de ,chartres1 ami des lettres1 amateur trs-instruit de la dialectique1 et qui a crit sur la philosophie avec beaucoup d'esprit1 avait suivi les leons d',ablard2 il l'admirait1 il l'aimait1 et il a presque dit de lui que pour galer les anciens il ne lui manquait que l'autorit#ab4 ,tous deux n'ont vu dans ,ablard qu'un nominaliste4 ,note #ab3 ,metal41 ,i4 ,,iii1 c4 iv4 ,ablard1 dit ,othon1 eut d'abord pour prcepteur un certain ,rozelin qui1 le premier de notre temps1 tablit dans la logique la doctrine des mots 7sententiam vocum7444 ,tenant dans les sciences naturelles pour la doctrine des mots ou des noms1 ,ablard l'introduisit dans la thologie#ac4 ,note #ac3 ,de ,gest4 ,frider4 ,i1 ,i4 ,i1 c4 xlvii4--,cf4 ,brucker1 t4 ,,iii1 p4 #fhe4 ,jean de ,salisbury se plat raconter l'histoire des coles de son temps et rattacher toutes leurs prtentions et toutes leurs dissidences la question des universaux2 par deux fois il a expos avec dtail les solutions diverses qu'elles en avaient donnes4 ,nous avons cit une bonne partie de ce qu'il dit dans un de ses ouvrages1 prenons dans un autre une citation plus longue et qui paratra curieuse#ad4 ,note #ad3 ,metal41 ,i4 ,,ii1 c4 xvii4 ,tous cependant ici veulent pntrer la nature des universaux1 et cette question des plus hautes1 d'une recherche si difficile1 ils s'efforcent1 contre l'intention de l'auteur 7,porphyre71 de la rsoudre4 ,l'un donc fait tout consister dans les mots1 quoique cette opinion ait aujourd'hui disparu presque entirement aveo ,roscelin1 son auteur#ae4 ,note #ae3 ,dans le ,policraticus1 ,jean de ,salisbury s'exprime ainsi3 ,il y a eu des gens qui disaient que les genres et les espces taient les voix elles-mmes2 mais cette opinion a t rejete et a promptement disparu avec son auteur4 7,l4 ,,vii1 c4 xii47 ,un autre ne voit que les discours 7sermones intuetur71 et y ramne de force tout ce qu'il se souvient d'avoir lu quelque part touchant les universaux#af4 ,c'est dans cette opinion que se laissa surprendre le pripatticien palatin1 notre cher ,ablard1 qui a laiss beaucoup de sectateurs et de tmoins de cette doctrine1 et qui en conserve encore quelques-uns4 ,ce sont mes amis2 quoique1 vrai dire1 la plupart du temps ils contraignent et torturent la lettre des auteurs au point que le coeur le plus dur en aurait piti4 ,ils tiennent pour monstrueux qu'une chose s'affirme d'une chose1 quoique ,aristote soit l'auteur de cette monstruosit et qu'il dise trs-souvent qu'une chose s'affirme d'une chose1 ce qui est bien connu de tous ceux qui ses ouvrages sont familiers1 s'ils veulent tre de bonne foi4 ,note #af3 ,il en est cependant encore qui sont surpris sur leurs traces 7des nominalistes71 quoiqu'ils rougissent d'pouser ouvertement l'auteur ou le systme1 et qui1 s'attachant aux noms seuls1 assignent au discours tout ce qu'ils soustraient aux choses et aux conceptions4 7,id41 ibid47 ,un autre s'attache aux concepts 7in intellectibus71 et dit que les genres et les espces ne sont que cela#ag4 ,le prtexte est pris de ,cicron et de ,boce1 qui citent ,aristote comme l'auteur de cette doctrine que les genres et les espces doivent tre regards comme des notions4 ,la notion1 disent-ils1 est une connaissance de chaque chose1 qui rsulte de la perception antrieure de sa forme et qui a besoin d'tre claircie4 ,et ailleurs3 ,la notion est une certaine intelligence et une conception simple de l'me4 ,ainsi tous les textes sont dtourns pour que le concept ou la notion embrasse l'universalit des universaux4 ,note #ag3 ,d'autres considrent les conceptions1 et affirment que c'est elles qu'il faut voir sous les noms des universaux4 7,id41 ibid47 ,de ceux qui tiennent pour les choses1 les opinions aussi sont nombreuses et diverses4 ,ainsi celui-ci1 de ce que tout ce qui est un est en nombre 7in numero est1 a l'existence numrique71 conclut que la chose universelle est une en nombre 7existe en unit numrique7 ou n'est absolument pas2 mais comme il est impossible que les substantiels ne soient pas1 ds que ce dont ils sont les substantiels existe1 nos gens recueillent finalement les universaux pour les unir en essence aux individus#ah4 ,dans ce systme de la rpartition des tats#ai1 on a pour chef ,gautier de ,mortagne1 et l'on dit que ,platon est individu en tant que ,platon1 espce en tant qu'homme1 genre en tant qu'animal1 mais genre subalterne1 et en tant que substance1 genre suprme ou des plus gnraux 7generalissimum74 ,cette opinion a compt quelques dfenseurs1 mais il y a longtemps que personne ne la professe plus4 ,note #ah3 ,se saisissant des sensibles et autres individus1 et reconnaissant qu'ils ont seuls l'tre vritable1 il les fait passer par diffrents tats1 au moyen desquels il constitue dans les individus mmes et ce qui est le plus gnral et ce qui est le plus spcial 7l'universel et la singulier74 7,id41 ibid47 ,note #ai3 ,partiuntur status1 7,id41 ibid47 ,celui-l soutient les ides2 rival de ,platon1 imitateur de ,bernard de ,chartres1 il dit que hors d'elles rien n'est espce ou genre2 or1 l'ide est1 suivant la dfinition de ,snque1 l'exemplaire ternel des choses de la nature1 et comme ces exemplaires ne sont ni sujets la corruption1 ni altrs par les mouvements qui meuvent les individus1 et qui1 se succdant presque chaque moment1 les font couler sans cesse diffrents d'eux-mmes1 ils doivent tre proprement et vritablement appels les universaux4 ,en effet1 les choses individuelles sont juges indignes de l'attribution d'un nom substantif2 jamais stables1 toujours fugaces1 elles n'attendent mme pas l'appellation1 car elles changent tellement de qualits1 de temps1 de lieux et de proprits de mille sortes1 que toute leur existence parat1 non un tat durable1 mais une transition mobile4 ,nous appelons tre1 dit ,boce1 ce qui ni n'augmente par la tension ni ne diminue par la rtraction1 mais se conserve toujours soutenu par l'appui de sa propre nature3 ce sont les quantits1 les qualits1 les relations1 les lieux1 les temps1 les habitudes1 et tout ce qui se trouve en quelque sorte faire un avec les corps4 ,les choses jointes aux corps paraissent changer1 mais demeurent immutables dans leur nature2 ainsi les espces des choses demeurent les mmes dans les individus passagers1 comme dans les eaux qui coulent1 le courant en mouvement demeure un fleuve2 car on dit que c'est le mme fleuve1 d'o ce mot de ,snque1 tranger pourtant ce sujet3 ,nous descendons et ne descendons pas deux fois dans le mme fleuve4 ,or ces ides1 c'est--dire les formes exemplaires1 sont les raisons 7dfinitions7 primitives des choses1 elles ne reoivent ni accroissement ni diminution2 stables et perptuelles1 tout le monde corporel prirait qu'elles ne pourraient mourir4 ,le nombre entier des choses corporelles subsiste dans ces ides1 et ainsi que me semble l'tablir ,augustin dans son livre sur le libre arbitre1 comme elles sont toujours1 il a beau arriver que les choses corporelles prissent1 le nombre des choses n'en augmente ni ne diminue4 ,ce que ces docteurs promettent est grand sans doute et connu des philosophes amis des hautes contemplations1 mais1 comme ,boce et beaucoup d'autres auteurs l'attestent1 rien n'est plus loign du sentiment d',aristote1 car lui-mme1 on le voit clairement par ses livres1 est trs-souvent contraire ce systme4 ,bernard de ,chartres et ses sectateurs ont pris beaucoup de peine pour mettre l'accord entre ,aristote et ,platon2 mais je pense qu'ils sont venus trop tard et qu'ils ont travaill vainement pour rconcilier des morts qui toute leur vie se sont contredits4 ,aussi un autre1 pour exprimer ,aristote1 attribue-t-il1 avec ,gilbert1 vque de ,poitiers1 l'universalit aux formes natives1 et il s'vertue pour expliquer leur uniformit#bj4 ,or la forme native est l'exemple de l'original#ba1 et elle ne s'arrte pas dans l'esprit de ,dieu1 mais elle est inhrente aux choses cres2 elle s'appelle en grec ,grec3 eidos1 tant l'ide ce que l'exemple est l'exemplaire2 sensible dans une chose sensible1 elle est conue insensible par l'esprit1 singulire aussi dans les singuliers1 mais universelle dans tous4 ,note #bj3 ,il en est qui1 la manire des mathmaticiens1 abstraient les formes et rapportent aux formes tout ce qui se dit universaux4 7,id41 ibid447 ,note #ba3 ,exemplum originalis2 il vaut mieux lire probablement exemplum originale4 ,il y en a un qui1 avec ,joslen1 vque de ,soissons1 attribue l'universalit aux choses rassembles en une et la refuse aux individus4 ,mais quand de l il en a fallu venir l'explication des autorits1 il souffre grande douleur1 ne pouvant1 dans beaucoup de passages1 supporter la grimace du texte indign4 ,il est quelqu'un enfin qui appelle son aide une nouvelle langue1 faute d'tre assez habile dans la langue latine2 car lorsqu'on lui parle de genres et d'espces1 tantt il dit qu'il faut entendre par l des choses universelles1 tantt il explique que ce sont les manires des choses4 ,o a-t-il trouv ce nom8 ,dans quel auteur cette distinction8 ,je ne le sais1 si ce n'est dans les glossaires ou dans le langage des modernes docteurs2 mais je ne vois pas ce qu'ici ce mot veut dire1 s'il ne signifie ou la collection des choses de ,joslen1 ou la chose universelle1 ce qui d'ailleurs rpugne recevoir ce nom de manire4 ,et ce nom1 l'interprtation ne le peut ramener qu' ces deux sens3 la manire est ou le nombre des choses ou l'tat permanent de la chose4 ,et il ne manque pas de gens qui ne considrent que les tats des choses et disent que les tats sont les genres et les espces4 ,cette exposition des systmes est intressante1 quoique l'on pt en contester l'exactitude#bb4 ,ainsi il serait difficile de dmontrer les titres des partisans de ,joslen1 ou mme de ceux de ,gautier de ,mortagne1 si leurs opinions sont bien rendues1 se voir classer parmi les ralistes1 les uns n'admettant d'universalit que la totalit collective1 les autres runissant dans chaque individu tous les caractres et tous les degrs de gnralit et de particularit4 ,de mme1 nous n'acceptons pas sans examen le jugement sur la doctrine d',ablard4 ,mais nous le prenons comme un fait1 et nous voyons que le premier en date des historiens de la philosophie du ,x,i,ie sicle1 plaant entre le conceptualisme que lui-mme professait et le nominalisme de ,roscelin1 ,ablard le ,palatin1 assigne au dernier une doctrine intermdiaire qui1 procdant de l'un et conduisant l'autre1 a pu tre successivement confondue avec tous les deux4 ,on s'explique comment des historiens postrieurs1 entre autres ,brucker1 ont pu distinguer de la doctrine d',ablard le conceptualisme1 qui1 disait-il1 s'cartait un peu de son hypothse#bc2 tandis que d'autres ont fait du conceptualisme l'hypothse mme d',ablard et sont parvenus l'en faire passer pour le crateur4 ,note #bb3 ,voyez la critique qu'en a faite ,meiners4 7,de ,nomin4 ac ,real4 init4--,soc4 ,gotting4 ,comment41 t4 ,,xii1 pars ,,ii1 p4 #ca47 ,note #bc3 ,nominales1 deserta paulo ,aboelardi hypothese conceptuales dicti sunt41 ,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #ijh4 ,quoi qu'il en soit1 prenons pour convenu ce point historique1 ,ablard a t jug du parti des nominalistes2 et1 selon ,jean de ,salisbury1 il ne s'est distingu d'eux qu'en ce qu'il imputait l'oraison ce qu'ils attribuaient aux simples mots4 ,cette opinion n'aurait1 suivant le mme auteur1 sduit ,ablard que parce qu'elle tait la plus facile comprendre4 ,il aimait mieux1 en effet1 soutenir une ide purile1 une doctrine d'enfant1 que se rendre obscur avec une gravit de philosophe1 et1 suivant le prcepte de saint ,augustin1 il sacrifiait au dsir de se faire entendre1 serviebat intellectui rerum#bd4 ,nous avouons que cette fois il n'y aurait pas russi avec nous1 et la nuance de nominalisme qu'on lui attribue nous parait insaisissable#be4 ,on verra dans l'expos donn par lui-mme si ses sentiments ont t bien fidlement reprsents2 lui aussi il a numr et discut tous les systmes contemporains1 et1 mettant le sien en regard1 il s'est peint lui-mme autrement que ses peintres2 mais il n'est pas trs-facile reconnatre4 ,note #bd3 ,johan4 ,saresb4 ,metal41 ,i4 ,,iii c4 i4 ,note #be3 ,aucun auteur n'avait encore russi s'expliquer les expressions de ,jean de ,salisbury1 et bien saisir la distinction qu'il met entre ,ablard et ,roscelin4 7,voyez entre autres ,morhoff1 ,polyhist1 t4 ,,ii1 ,i4 ,i1 c4 xiii1 sec4 #b4--;,d4 ,stewart1 ,phil4 de l'esp4 hum41 c4 iv1 sect4 iii1 et note #aa47 ,nous serions dans la mme incertitude1 sans le manuscrit que nous analysons au chapitre x4 ,ses traits ont dj t esquisss4 ,en parlant de la division1 il nous a dit ce qu'il pensait du tout et de ses parties1 et l1 ce qu'il pensait n'tait pas le nominalisme4 ,en traitant des conceptions1 il a profondment distingu l'intelligence de la sensation1 et attribuant la premire la conception des choses dont1 sans elle1 nous n'aurions qu'une image1 il a montr l'intelligence suscite et seconde par les sens1 mais produisant spontanment ses ides qui1 pour tre valables1 n'ont pas besoin1 comme la sensation1 de se rapporter des ralits individuelles4 ,les universaux1 pour tre les notions de quelque chose de plus et d'autre que les ralits individuelles1 ne sont donc des ides ni fausses1 ni creuses1 ni vaines1 et ils peuvent tre valables et solides1 sans supposer des essences gnrales dont la conception est toujours quivoque et gratuite4 ,l1 il s'est montr conceptualiste1 mais sans trace de scepticisme3 il n'a donc pas t vrai nominaliste4 ,voici maintenant un trait spcial sur la question4 ,il est dans nos mains1 du moins en grande partie1 sous ce titre3 ,de ,generibus et ,speciebus#bf4 ,je suis port croire que ce titre n'est pas le vritable1 ou qu'il n'indique pas compltement le sujet de l'ouvrage1 qui probablement embrassait toute la question4 ,ainsi les six ou sept premires pages roulent sur le tout2 elles sont sans doute un dbris d'une portion d'ouvrage dirige contre la doctrine de ,roscelin sur le tout et les parties4 ,on peut supposer qu'une autre portion du livre traitait des formes4 ,un fragment d'un manuscrit rcemment publi nous apprend1 ce que tmoignait dj plus d'un passage de la ,dialectique1 que les formes aussi 7les attributs constitutifs et essentiels7 taient dfendues par ,ablard contre les atteintes du nominalisme1 et ce fragment1 rdig par un de ses partisans1 pourrait bien contenir des passages recueillis littralement ses leons1 ou extraits de ses crits#bg4 ,il n'est pas impossible que de nouvelles recherches dans les bibliothques un peu riches en manuscrits de l'poque1 nous valussent le trait entier ou quelque dition d'un autre trait sur la question qui avait le plus exerc son esprit et signal son enseignement4 ,on verra que nous avons pu nous-mme consulter sur ce sujet un manuscrit d',ablard que ne mentionne aucun catalogue4 ,note #bf3 ,p4 ,abaelardi fragmentum sangermanense de ,generibus et ,speciebus4 ,ouvr4 ind41 p4 #ejg-eej4 ,m4 ,cousin1 qui a publi ce morceau prcieux et inconnu1 l'a dcouvert la bibliothque du ,roi dans un manuscrit du fonds de ,saint-,germain-des-,prs4 7,introd41 p4 xiv et xviii47 ,note #bg3 ,cousin1 ,fragm4 philos41 t4 ,,iii1 ,append4 ix1 p4 #did4 ,mais enfin1 comme les genres et les espces sont l'origine et le fond vritable de la question1 et comme nous possdons sur ce point un fragment tendu1 tudions-le d'abord dans tous ses dtails4 ,il commence ainsi#bh3 ,note #bh3 ,ouvr4 ind41 ,de ,gener4 et ,spec41 p4 #eah-eai4 ,sur les genres et les espces1 les opinions sont diffrentes4 ,les uns1 en effet1 affirment que les genres et les espces ne sont que les mots1 lesquels sont gnraux ou particuliers1 et ils ne leur assignent aucune place parmi les choses2 les autres1 au contraire1 disent qu'il y a des choses gnrales et des choses spciales1 d'universelles et de particulires1 mais ceux-ci mmes se divisent entre eux3 quelques-uns disent que les singuliers individuels 7les individus7 sont espces et genres1 genres subalternes et genres gnralissimes 7prdicaments71 considrs de telle ou telle faon2 d'autres1 au contraire1 imaginent certaines essences universelles qu'ils croient tre tout entires essentiellement dans chaque individu4 ,ce bref expos spare d'abord le nominalisme et le ralisme1 puis dans le ralisme distingue deux opinions3 l'une1 qui n'admet que des individus1 voit dans les individus des universaux considrs et restreints d'une certaine manire et plus ou moins particulariss2 c'est l'opinion que ,jean de ,salisbury prte aux partisans de ,gautier de ,mortagne4 ,l'autre admet1 indpendamment des individus1 des essences universelles qui rsident entirement en chacun d'eux1 et c'est l'opinion1 l'opinion premire et foncire de ,guillaume de ,champeaux4 ,ablard entreprend l'examen de ces opinions1 en commenant par la dernire1 dont il donne le dveloppement4 ,de toutes ces opinions1 recherchons ce qui peut raisonnablement subsister1 et d'abord enqurons-nous de cette pense qui se pose ainsi3 l'homme est une certaine espce1 chose essentiellement une1 laquelle adviennent certaines formes1 et elles font ,socrate4 ,cette mme espce ou chose est de la mme manire informe par les formes qui font ,platon et les autres individus de l'espce homme4 ,il n'y a pas en ,socrate1 hormis ces formes informant cette matire pour faire ,socrate1 quelque chose qui ne soit en mme temps inform en ,platon par les formes de ,platon2 et cette pense1 on l'applique des espces aux individus et des genres aux espces4 ,mais1 s'il en est ainsi1 qui peut faire que ,socrate ne soit pas en mme temps ,rome et ,athnes8 ,en effet1 o est ,socrate1 l est aussi l'homme universel qui a dans toute sa quantit reu la forme de la socratit1 car tout ce que reoit la chose universelle elle le garde dans toute sa quantit#bi4 ,si donc la chose universelle affecte tout entire de la socratit est dans le mme temps ,rome tout entire en ,platon1 il est impossible que dans le mme temps n'y soit pas la socratit1 qui contenait l'essence tout entire2 or1 partout o la socratit1 est dans un homme1 l est ,socrate1 car ,socrate est l'homme socratique4 ,un esprit raisonnable n'a rien opposer cela#cj4 ,note #bi3 ,c'est cette proposition qui fait le nerf de l'argument2 aussi ,m4 ,cousin l'a-t-il attaque1 et il a fait remarquer que plus d'une substance1 le moi par exemple1 peut prendre plusieurs formes1 mais successivement1 et en tant tout entire dans chacune de ses manifestations1 ne pas les garder toujours ni s'identifier avec elles4 ,cela est vrai2 mais le moi n'est pas universel1 il est au contraire une individualit rigoureuse1 et ses manifestations ou modes ne sont pas des formes essentielles4 ,la proposition d',ablard3 ,l'universel 7l'essence universelle7 contracte et retient dans sa totalit tout ce qu'elle reoit1 est vraie hypothtiquement1 c'est--dire dans l'hypothse de ,guillaume de ,champeaux1 et si l'essence universelle est intgralement dans chaque individu4 ,elle devient fausse1 si l'on admet que l'essence de l'espce n'est pas identique1 mais semblable dans chaque individu2 mais ce n'est plus l1 suivant ,ablard1 la supposition du ralisme absolu4 7,cousin1 ,introd41 p4 cxxxvi47 ,note #cj3 ,aristote en juge comme ,ablard3 ,il est impossible1 selon nous1 qu'aucun universel1 quel qu'il soit1 soit une substance4 ,et d'abord1 la substance premire d'un individu1 c'est celle qui lui est propre1 qui n'est point la substance d'un autre4 ,l'universel1 au contraire1 est commun plusieurs tres2 car ce qu'on nomme universel1 c'est ce qui se trouve1 de la nature1 en un grand nombre d'tres4 ,de quoi l'universel sera-t-il donc substance8 il l'est de tous les individus ou il ne l'est d'aucun2 et qu'il le soit de tous1 cela n'est pas possible4 ,mais si l'universel tait la substance d'un individu1 tous les autres seraient cet individu1 car l'unit de substance et l'unit d'essence constituent l'unit d'tre4 ,d'ailleurs la substance1 c'est ce qui n'est pas l'attribut d'un sujet2 or1 l'universel est toujours l'attribut de quelque sujet4 7,mtaph41 ,,vii1 xiii1 p4 #di du t4 ,,ii de la trad47 ,autre consquence4 ,la sant et la maladie ont leur fondement dans le corps de l'animal1 la blancheur et la noirceur dans le corps seulement4 ,que si l'animal qui existe tout entier dans ,socrate est affect de maladie1 ce tout1 puisqu'il reoit dans toute sa quantit tout ce qu'il reoit1 n'est nulle part au mme moment sans la maladie2 or ce mme tout est dans ,platon1 il devrait donc y tre malade1 mais il ne l'y est pas4 ,de mme pour la blancheur et la noirceur relativement au corps4 ,a cela1 qu'on ne croie pas chapper en disant3 ,socrate est malade1 l'animal ne l'est pas4 ,car si l'on accorde que ,socrate est malade1 on accorde que l'animal l'est aussi dans l'intrieur#ca4 ,ceux-l ne font pas attention l'universalit qui prtendent qu'en disant que l'animal n'est pas malade dans l'universalit1 quoique malade dans l'infrieur1 ils n'entendent point qu'il n'est pas malade dans cet accident4 ,ils pourraient l'entendre1 au contraire1 et dire qu'il n'est point malade dans la singularit2 ou s'ils entendent que l'animal dans l'universalit1 c'est--dire l'animal universel1 n'est pas malade1 ils se trompent1 ds qu'il est malade dans l'infrieur1 l'animal universel et l'animal dans l'infrieur tant une mme chose#cb4 ,note #ca3 ,l'intrieur dit le degr mtaphysique immdiatement au-dessous du prcdent2 l'infrieur du genre1 c'est l'espce4 ,ici1 c'est l'homme et l'homme individuel4 ,note #cb3 ,un mme1 idem4 ,c'est l'expression technique4 ,l'essence universelle est un universel rel 7,illud universale7 ou un mme 7neutralement7 qui1 identique1 dans tous les individus1 n'est diversifi que par les formes auxquelles il est combin4 ,il faut se familiariser avec cette expression4 ,ils ajoutent3 l'animal universel est malade1 mais non en tant qu'universel4 ,qu'ils s'entendent s'ils peuvent4 ,car si en disant3 l'animal n'est pas malade en tant qu'il est universel1 ils entendent que ce qui est universel ne lui confre pas la maladie2 c'est comme s'ils disaient3 en tant que singulier1 il n'est pas malade1 car ce qui est singulier ne lui donne pas la maladie davantage4 ,si en disant3 en tant qu'universel1 il n'est pas malade1 ils veulent dire3 retranchez ce qui est universel1 il n'est pas malade2 alors il n'est ,jamais malade1 puisqu'il est toujours universel4 ,et de mme1 si vous retranchez ce qui est singulier1 parce qu'aucun singulier n'est malade en tant et parce qu'il est singulier4 ,ainsi nous avons deux fois en tant que de la manire suivante3 en tant qu'il est universel1 l'animal n'est pas malade en tant qu'il est universel4 ,s'ils ont recours la ressource de l'tat#cc et qu'ils disent3 l'animal1 en tant qu'il est universel1 n'est pas malade dans l'tat universel1 qu'ils expliquent ce qu'ils veulent dire par ces mots3 dans l'tat universel4 ,s'agit-il de la substance ou de l'accident8 ,si de l'accident1 nous accordons que rien n'est malade dans cet accident2 si de la substance1 c'est de la substance animal ou d'une autre2 si d'une autre1 nous accordons encore que l'animal n'est pas malade dans une substance autre que lui-mme2 si de la substance animal1 il est faux alors que l'animal ne soit pas malade dans l'tat universel1 puisque c'est l'animal en soi qui a la maladie4 ,je ne leur vois donc pas non plus ce refuge4 ,note #cc3 ,c'est l proprement le mot introduit1 suivant ,jean de ,salisbury1 par ,gautier de ,mortagne4 ,selon ce dernier1 universel ou individuel tait une mme substance diffrents tats ou diffrents degrs2 au fond1 cette doctrine abandonnait le ralisme2 mais elle semblait1 au contraire1 en adopter le principe1 en mettant l'universel au premier rang et en le conservant jusque dans l'individu4 ,de mme1 toute diffrence qui advient au genre le plus prochain constitue l'espce1 ainsi fait la rationnalit dans l'animal4 ,aussitt1 en effet1 que la rationnalit touche cette nature1 celle d'animal1 aussitt l'espce est produite1 et la rationnalit trouve en elle son fondement4 ,elle affecte donc l'animal tout entier1 puisque tout ce que le genre reoit1 il le reoit dans toute sa quantit2 mais de la mme manire1 l'irrationnalit affecte en mme temps l'animal tout entier2 ainsi deux opposs sont dans un mme de la mme manire 7in eodem secundum idem74 ,et qu'ils ne disent pas3 il n'est point inconvenant#cd que deux opposs soient dans un mme universel1 parce qu' cela ,porphyre se rcrie1 niant que dans un mme universel soient des opposs3 ,il n'a pas ces opposs1 dit-il en parlant du genre1 car il aurait simultanment des opposs dans un mme4 ,et cet endroit il ajoute3 ,ni de choses qui ne sont pas il ne se fera quelque chose1 ni les opposs ne sont en un mme#ce4 ,et qu'ils ne croient pas se sauver en disant que l ,porphyre ne tient pas pour absurde que deux opposs soient dans un mme1 pourvu qu'ils ne soient pas actuellement constitutifs de la chose dans laquelle ils sont#cf4 ,sur ce pied-l1 il ne serait pas contradictoire que le blanc et le noir fussent dans un mme1 puisqu'ils ne le constituent pas4 ,note #cd3 ,inconveniens en scolastique signifie ce qui rpugne ou ce qui est contradictoire1 l'absurde logique4 ,note #ce3 ,en traitant de la diffrence1 ,porphyre dit qu'elle est ce dont l'espce surpasse le genre4 ,en effet1 il faut bien que l'homme 7espce7 ait de plus que l'animal la rationnalit2 car si l'animal avait la rationalit1 que resterait-il pour en distinguer l'espce8 il faudrait que l'animal et galement l'irrationnalit1 puisqu'il y a des espces sans raison1 c'est--dire que l'animal aurait toutes les diffrences la fois2 ce qui ne se peut1 car il en aurait simultanment d'opposes4 ,et ,porphyre ajoute3 ,nec enim omnes oppositas habet2 namque idem simul habebit oppositas1 et plus bas3 ,nec ex his quae non sunt aliquid fiet1 nec in eodem simul opposita erunt4 ,c'est du moins ainsi que se lit le passage dans la seule version de ,porphyre que nous croyons qu',ablard ait eue sous les yeux4 7,boeth41 in ,porph4 a se transl41 t4 ,,iv1 p4 #f47 ,cependant il cite les deux passages en des termes un peu diffrents1 et qui traduisent plus exactement le texte3 ,grec3 ,oute de pasas tas antikeimenas echei epei to auto ama exei ta antikeimena4444444 oute ech ouk onton ti genetai1 oute ta antikeimea ama peri to auto estai4 7,isag41 ,,iii47 ,note #cf3 ,porphyre dit en effet au mme endroit3 ,potestate quidem habet omnes differentias sub se1 actu vero nullam4 ,le mme a bien toutes les diffrences en puissance1 mais aucune en acte2 c'est--dire que l'animal peut tre l'animal sans raison comme l'animal raisonnable1 mais qu'il ne saurait tre actuellement l'un et l'autre1 non plus que l'un ou l'autre1 sans cesser d'tre le genre4 ,c'est bien en effet de la diffrence constitutive que parle ici ,porphyre2 mais le raisonnement d',ablard n'en est pas moins plausible4 ,il y a plus de simplicit dans ce que disent quelques-uns1 que les diffrences adviennent bien au genre1 mais n'ont pas leur fondement dans le genre2 car on dit que ce qui est par soi est ce qui se sert soi-mme de sujet#cg4 ,mais je rponds que l'espce a t faite du genre et de la diffrence substantielle1 et comme dans la statue l'airain est la matire et la figure est la forme1 de mme le genre est la matire de l'espce1 dont la diffrence est la forme4 ,c'est l la matire qui reoit la forme4 ,ainsi1 dans l'espce constitue1 le genre soutient la forme1 car une fois constitue1 l'espce est compose de matire et de forme1 c'est--dire de genre et de diffrence2 et ainsi nous revenons au mme point1 et la diffrence a son fondement dans le genre4 ,note #cg3 ,il faut ajouter pour claircir la thse3 ,et le genre n'est point le sujet fondamental de la diffrence1 car il serait l'espce2 donc1 n'tant pas sujet fondamental1 il n'est pas par soi1 per se4 ,mais ils disent3 la rationnalit a bien son fondement dans la chair1 qui est un genre en dehors de l'espce et non un genre de l'espce homme4 ,ils admettent donc deux impossibilits3 la premire1 c'est que le genre soit hors de l'espce et de ses individus1 malgr ce que dit ,boce3 ,la similitude des espces diverses1 laquelle ne peut tre que dans les espces et leurs individus1 constitue le genre#ch2 la seconde1 c'est qu'une chose soit existante dans l'espce1 et que la mme chose au mme moment soit le genre hors de l'espce1 et que cette chose 7corps ou chair7 ne soit pas seulement le genre4 ,note #ch3 ,boeth4 ,in ,porph4 a se transl41 t4 ,,ii1 p4 #ej4--,l'artifice de l'objection est de substituer le corps l'animal et la chair au corps1 pour en faire le fondement de la raison4 ,car le corps n'est pas le genre de l'espce homme1 et la chair est une espce du corps4 ,de cette manire1 l'homme tant la raison incarne et non plus l'animal rationnel1 n'est plus une espce compose de la diffrence pour forme et du genre pour matire4 ,ablard n'a pas de peine montrer que cette composition est arbitraire et contraire aux rgles de l'art4 ,de plus1 si la forme a son fondement dans l'espce 7et elle l'aurait1 si elle ne l'avait dans le genre et si la rationnalit tait l'humanit mme1 en dehors de l'espce compose alors d'humanit et d'animalit71 elle a son fondement dans une chose constitue d'elle-mme et du genre1 et c'est ainsi le constitu mme qui sert de fondement au constituant2 d'o il suivrait que l'intelligence peut disjoindre la forme et le fondement4 ,c'est1 en effet1 un pouvoir de l'esprit que de conjoindre les disjoints et disjoindre les conjoints2 mais quel esprit aurait le pouvoir de sparer la rationnalit et l'homme1 la rationnalit tant renferme dans l'homme8 ,la rationnalit est quelque chose1 elle doit donc tre contenue dans un des membres de la grande division d',aristote3 ,les choses ou sont dites d'un sujet et ne sont dans aucun sujet1 ou sont dans un sujet et ne sont dites d'aucun sujet1 ou sont dites d'un sujet et sont dans un sujet1 ou ne sont ni dans un sujet ni dites d'aucun sujet#ci4 ,ils choisiront1 je pense3 ,elle est ce qui se dit d'un sujet et est dans un sujet4 ,car la rationnalit est dite d'un sujet1 quand on dit cette rationnalit2 elle est dans un sujet1 qui est l'homme4 ,que si elle est dans l'homme ou dans un sujet1 elle n'y est pas comme une certaine partie1 mais en sorte qu'il lui soit impossible de subsister sans ce sujet mme3 car c'est ainsi qu',aristote dfinit tre dans un sujet2 mais elle est partie formelle de l'homme1 elle est donc partie1 et il faut lui chercher un sujet dont elle ne soit point partie4 ,note #ci3 ,c'est la grande division des choses tablie au commencement des ,catgories d',aristote1 ,,ii1 et dans ,boce1 ,in ,predic4 ,arist41 t4 ,i1 p4 #aai4 ,la division d',aristote n'est indique dans ,ablard que par les premiers mots de son texte1 ce qui semble prouver que nous n'avons pas un ouvrage achev1 mais le canevas d'un ouvrage1 ou un mmorial d'arguments sur la question4 ,mais1 diront-ils1 la rationnalit est dans l'homme comme dans un sujet1 et elle n'est pas en lui comme partie intgrale2 c'est l seulement ce que n'a pas voulu ,aristote4 ,a cela je proteste1 et je dis3 ,l'animal est dans l'homme comme en un sujet1 et il n'y est pas comme partie intgrale4 ,s'ils disent que la dernire partie de la dfinition ne lui convient pas1 savoir3 en sorte qu'il lui soit impossible de subsister sans ce sujet mme1 vu qu'il est possible que l'animal soit sans l'homme et sans les autres infrieurs1 non pas actuellement1 bien entendu1 mais en gnral2 dites-leur la mme chose de la rationnalit1 car1 suivant eux1 quand mme la rationnalit ne serait dans aucun1 elle subsisterait dans la nature4 ,expliquons ce raisonnement4 ,si la rationnalit est dans le sujet homme comme une partie qui en peut tre spare1 qu'est-ce que le sujet homme spar de cette partie8 ce n'est plus l'homme4 ,si l'on objecte qu'elle en est partie formelle et non intgrale1 on peut rpondre qu'alors l'animal aussi est dans le sujet homme et n'en est point partie intgrale2 pourtant de l'homme retranchez l'animal1 que restera-t-il8 ,si l'on dit que l'animal ne peut tre dans le sujet homme comme la rationnalit1 parce qu'il est possible de l'en sparer sans qu'il cesse de subsister1 attendu que l'animal peut subsister sans l'homme1 ceux qui font de la rationnalit une essence subsistante n'en doivent-ils pas dire la mme chose8 ,il faut donc admettre que la rationnalit et l'animalit sont dans le sujet homme de la mme manire et sont galement ncessaires pour le constituer1 et que la rationnalit n'est pas plus que l'animalit une essence subsistante en dehors de l'animal humain4 ,l'extrait qu'on vient de lire contient une polmique assez vive contre la thorie gnrale de l'existence propre des essences gnriques ou spciales1 distinctes des individus et cependant rsidant identiquement et intgralement dans les individus4 ,la pense principale d',ablard1 c'est que cette thorie tablit1 entre les lments constituants des tres1 des rapports qui ne rentrent plus dans les cadres de l'ontologie logique2 ils ne sont plus1 en effet1 matire et forme1 genre et diffrence4 ,ou bien il faut admettre des essences hirarchiques1 entre lesquelles1 du moment qu'on les tient pour relles et subsistantes1 on ne sait plus quelles relations assigner1 car o est le rapport ontologique possible entre une substance universelle et une substance individuelle8 ,ou bien il faut n'attribuer l'tre proprement dit qu'aux substances universelles et rduire les diffrences tant spcifiques qu'individuelles de simples accidents1 et c'est encore une extrmit incompatible avec la nature des tres4 ,mais la thorie peut prendre encore d'autres formes1 employer d'autres arguments1 et ,ablard en parcourt rapidement tous les points de vue1 sans marquer toujours les divisions naturelles de l'argumentation2 il passe sans transition d'une ide une autre ide1 d'une objection une rponse1 et quelquefois il ne fait qu'indiquer le raisonnement1 tandis qu'ailleurs il le dveloppe avec complaisance4 ,son ouvrage ressemble un recueil de notes destines l'enseignement ou la controverse4 ,trois objections dtaches qui ne rentrent pas dans l'argumentation prcdente1 s'offrent encore lui1 et il les pose brivement en ces termes3 #a ,tout matriel est constitu compltement par sa forme et sa matire2 or la matire de ,socrate est l'espce homme1 la forme est la socratit1 et cela suffit pour le constituer4--,mais ,socrate est aussi compos d'lments1 tout corps tant compos des quatre lments2 s'ils les dissolvent1 ils ne peuvent dire comment les lments viennent se runir dans ,socrate1 car ou ce sera la matire1 ou une partie de la matire1 ou la forme1 ou une partie de la forme4 ,or si ce n'est rien de tout cela1 un esprit raisonnable ne voit pas comment ce peut tre l4 ,quoique la maison soit constitue par le mur1 le toit1 le fondement et la forme1 cependant nous disons qu'en composition elle est de bois et de pierres1 ce qui peut tre en effet1 parce que le bois et la pierre sont les parties des parties de la maison4 #b ,les genres et les espces1 tant des choses1 sont ou crateur ou crature3 s'ils sont crs1 le crateur a t avant la crature2 ainsi ,dieu a t avant la justice et la force1 qui sont sans aucun doute en ,dieu et autre chose que ,dieu2 donc ,dieu aurait t avant d'tre juste et fort4--,mais quelques-uns disent que la division de crateur et crature n'est pas complte1 ils prfrent celle d'engendr et d'inengendr#dj4 ,soit1 et alors les universaux sont dits inengendrs et partant coternels1 auquel cas1 chose criminelle dire1 l'me ne serait point soumise ,dieu1 tant coternelle ,dieu et n'ayant ni origine ni crateur4 ,socrate est compos de deux coternels ,dieu2 toute cration n'est qu'une conjonction nouvelle1 car la matire et la forme sont deux universaux1 et en cette qualit elles sont coternelles ,dieu4 ,la fausset est manifeste4 ,note #dj3 ,la division de toutes choses en crateur et crature tait fort connue1 et avait t mise en valeur par ,scot ,erigne4 ,en l'employant contre le ralisme1 comme en lui donnant la forme de la division en engendr et inengendr1 ,ablard argumente contre le systme des ides ternelles1 et par consquent contre ,bernard de ,chartres et au fond contre le platonisme4 #c ,enfin il me vient encore cette objection3 c'est une mme essence 7l'essence animalit7 qui fait1 avec la rationnalit1 l'homme1 avec l'irrationnalit1 l'ne2 comment se fait-il que d'une seule essence deux contraires en fassent deux8 ,si la nature permettait que le blanc et le noir fussent la fois dans le mme doigt1 cela ne ferait pas deux doigts4 ,mais il y a mille choses qui ne peuvent se concilier avec cette folie1 et nous les dvelopperions en objection1 si l'on n'en avait dit assez4 ,jusqu'ici1 ,ablard n'a combattu que la thorie des essences universelles rsidant essentiellement dans les individus2 c'est la doctrine qui1 suivant son rcit1 dominait dans l'cole piscopale de la ,cit1 lorsqu'il y parut son tour et contraignit ,guillaume de ,champeaux se rtracter4 ,voici les termes dont il se sert3 ,mon prcepteur ,guillaume1 archidiacre de ,paris1 ayant chang son ancien habit1 se convertit l'ordre des clercs rguliers444 ,mais sa conversion ne le fit renoncer ni la ville de ,paris1 ni l'tude habituelle de la philosophie4 ,dans le monastre mme o il s'tait transport pour cause de religion1 il tint immdiatement cole sa manire accoutume4 ,alors moi1 revenu lui pour l'entendre professer la rhtorique1 entre autres essais de discussion1 je le forai1 par les arguments de controverse les plus vidents1 changer ou plutt a dtruire son ancienne doctrine des universaux4 ,son systme touchant la communaut des universaux tait d'tablir que la chose totale et identique rsidait essentiellement et simultanment dans chacun des individus1 en sorte qu'il ne s'y trouvait aucune diversit dans l'essence1 mais seulement une varit cause par la multitude des accidents4 ,or1 voici comment il amenda cette doctrine3 il dit dsormais que la chose identique l'tait1 non pas essentiellement1 mais indiffremment1 et comme c'est sur ce point des universaux que s'lve toujours la question capitale entre les dialecticiens444 lorsqu'il eut ainsi corrig ou plutt forcment abandonn sa doctrine1 son enseignement tomba dans un tel dlaissement qu' peine l'admit-on depuis lors professer la dialectique1 comme si la totalit de l'art consistait dans cette question des universaux#da4 ,note #da3 ,ab4 ,op41 ep4 #a41 p4 #h4 ,la dialectique d',ablard est le commentaire de ce rcit4 ,nous venons d'y lire le rsum de l'argumentation par laquelle il fora ,guillaume de ,champeaux modifier sa thse4 ,il va le poursuivre maintenant dans sa nouvelle position4 ,c'est la doctrine qu'il appelle doctrine de l'indiffrence1 sententia de indifferentia1 et qu'au dbut il a reprsente comme n'admettant dans les individus que des universaux diffremment considrs4 ,on va voir comment il l'a dveloppe2 ici nous analysons au lieu de traduire#db4 ,note #db3 ,id41 ,gen4 et ,spec41 p4 #eah-ebb4 ,rien absolument n'existe que l'individu4 ,mais l'individu diffremment considr est et l'espce1 et le genre1 et ce qu'il y a de plus gnral 7genre suprme74 ,socrate1 quant sa nature accessible aux sens1 est un individu1 parce que ce qui lui est propre ne se retrouve tout entier dans aucun autre homme4 ,la socratit ne donne pas un autre homme que ,socrate4 ,mais l'ide de ,socrate ne contient pas toujours tout ce que dsigne ce nom2 oubliant ,socrate1 l'intelligence quelquefois ne considre en lui que ce qui caractrise l'homme1 savoir l'animal rationnel mortel1 et voil l'espce4 ,car c'est un nom qui peut tre attribu des tres1 divers quant l'existence1 les mmes quant la nature2 ce qui s'exprime dans le langage de la scolastique par ces mots3 c'est un prdicable de plusieurs en quiddit de mme tat2 prdicable 7proedicabilis71 ce qui peut s'affirmer d'un sujet2 de plusieurs 7de pluribus71 de choses numriquement diffrentes2 en quiddit 7in quid71 comme prdicat ou attribut essentiel2 d'un mme tat 7de eodem statu71 occupant avec une nature semblable le mme degr de l'chelle ontologique#dc4 ,note #dc3 ,nous retrouvons ici encore les ides de ,gautier de ,mortagne2 mais il parat qu'elles n'taient qu'une traduction du systme modifi ou du second systme de ,guillaume de ,champeaux dont la subtilit tait trs-inventive4 ,puis1 si l'intelligence carte la rationnalit1 et ne considre que ce que dsigne le mot animal1 ,socrate en cet tat devient genre4 ,enfin1 si dlaissant toutes formes1 nous ne considrons en ,socrate que la substance1 alors l'individu ou ,socrate devient ce qu'il y a de plus gnral1 ou gnralissime1 pur prdicament4 ,et comme vous pourriez objecter que le propre de ,socrate en tant qu'homme ne se retrouve pas plus en plusieurs que le propre de ,socrate en tant que ,socrate1 puisque l'homme socratique n'est en aucun autre homme que ,socrate1 tout comme ,socrate lui-mme2 on vous l'accorde avec cette restriction3 ,socrate1 en tant que ,socrate1 n'a rien de commun qui se retrouve identique dans un autre2 mais en tant qu'homme1 il a beaucoup de choses communes qui se retrouvent dans ,platon et les autres individus4 ,car si ,socrate est homme1 ,platon est homme comme lui1 mais non essentiellement comme lui1 c'est--dire1 en mme essence que lui4 ,on peut raisonner de mme de l'animal et de la substance4 ,or1 ce quelque chose de commun qui se retrouve ou ne se retrouve pas ailleurs que dans l'individu1 suivant que l'on considre l'individu d'une manire on d'une autre1 c'est prcisment ce qu'on appelle le non-diffrent ou plutt l'indiffrent 7indifferens74 ,cette doctrine de l'indiffrence se rfute par l'autorit et par la raison4 ,l'autorit1 c'est ,porphyre4 ,il dit3 ,les choses les plus gnrales sont au nombre de dix2 les plus spciales sont en un certain nombre1 mais non pas infini2 les individus sont en nombre infini#dd4 ,or1 dans le systme en question1 les individus1 en tant que substances1 sont les choses les plus gnrales et cessent d'tre en nombre infini4 ,note #dd3 ,isagog4 ,,ii1 et ,boeth41 ,in ,porph41 ,i4 ,,iii1 p4 #ge4 ,on rpond prcisment par la non-diffrence4 ,oui1 dit-on1 les genres les plus gnraux sont infinis en nombre essentiellement1 c'est--dire que les genres les plus gnraux comprennent des essences en nombre infini4 ,mais si on les compare1 elles se confondent par tout ce qu'elles ont de commun1 de non-diffrent1 d'indiffrent1 et alors elles ne sont plus que dix1 les dix genres les plus gnraux3 ce qu'on exprime en disant que ces mmes genres sont en nombre infini par l'essence et seulement dix par l'indiffrence4 ,par exemple1 autant d'individus de substance1 autant de substances et par consquent autant de genres les plus gnraux2 et cependant tous ces individus se rduisent un seul genre le plus gnral1 la substance1 parce que sous ce rapport ils ne diffrent point1 indifferentia sunt4 ,mais ,porphyre dit encore que la collection de plusieurs en une nature est l'espce1 et plus nombreuse1 elle est le genre#de4 ,cela peut-il se dire de l'individu8 ,socrate communique-t-il sa nature ,platon8 ,l'homme de ,socrate1 l'animal qui est en lui1 est-il en un autre qui ne soit pas ,socrate1 en quelqu'un hors de ,socrate8 ,comment donc1 si les individus sont le genre1 peuvent-ils mettre leur nature en commun8 ,note #de3 ,porph4 ibid41 et ,boeth41 p4 #gj4 ,on vous rpondra1 en recourant l'indiffrence 7ad indifferentiam currentes71 que ,socrate1 en tant qu'homme1 rassemble 7colligit7 ,platon et tous les autres hommes1 puisque1 sous ce rapport1 il est l'essence indiffrente de l'homme1 et par consquent de tous les hommes4 ,ainsi1 comme essence indiffrente1 ,socrate est ,platon4 ,mais voici toujours ,porphyre3 ,le genre est ce qui s'affirme de plusieurs diffrents en espce1 l'espce ce qui s'affirme de plusieurs diffrents en nombre#df4 ,et alors1 comme ,socrate1 en l'tat d'animal1 est un genre1 il est inhrent plusieurs espces diffrentes2 en l'tat d'homme1 il est une espce1 et il appartient plusieurs qui diffrent numriquement4 ,or1 comment soutenir que l'animal ou l'homme qui est ,socrate1 soit inhrent un autre que lui-mme8 ,note #df3 ,porph4 ibid41 et ,boeth41 t4 ,,ii1 p4 #fj et #gb4 ,alors on vous dira que sans doute ,socrate en aucun tat1 c'est--dire quelque degr ontologique qu'on le place1 n'appartient essentiellement personne qu' lui2 mais que dans l'tat d'homme1 c'est--dire considr comme espce homme1 on peut dire qu'il est inhrent plusieurs1 parce que plusieurs lui sont inhrents1 comme non diffrents de lui1 comme indiffrents4 ,de mme1 si on le prend comme animal4 ,ici on se heurte contre l'autorit de ,boce3 ,l'espce n'est pas autre chose qu'une pense collective qui se recueille de la ressemblance substantielle d'individus qui diffrent numriquement4 ,le genre est une pense tire de la ressemblance des espces#dg4 ,or1 ceci ne s'accorde pas avec la doctrine en question2 ,socrate1 comme homme1 est une espce qui n'est pas recueillie de plusieurs1 n'tant pas dans plusieurs2 et de mme pour ,socrate pris comme animal4 ,faut-il donc admettre que ,socrate comme homme se recueille et de soi-mme et de ,platon et des autres2 que tout individu soit1 en tant qu'homme1 recueilli de lui-mme8 mais cela est ridicule4 ,ce n'est pas l'individu qui rassemble les autres individus ou les autres espces2 c'est l'inverse4 ,les genres et les espces ne sont pas les concepts d'un seul individu1 dit ,boce#dh1 mais sont la collection ou la conception commune qu'opre l'intelligence de tous les individus4 ,dire que ,socrate comme homme est une espce1 c'est donc dire que l'espce est la collection d'un individu4 ,note #dg3 ,boeth41 ,in ,porph41 ,i1 l1 p4 #eh4 ,note #dh3 ,id41 ,in ,proedic41 lib4 l1 p4 #abj4 ,aprs l'autorit1 que dit la raison8 ,si tout individu humain1 en tant qu'homme1 est une espce1 on peut dire de ,socrate3 ,cet homme est une espce2 or ,socrate est un homme2 donc ,socrate est une espce4 ,le syllogisme est rgulier#di4 ,note #di3 ,c'est le syllogisme du premier mode de la premire ligure 7,prem4 ,analyt4 ,i1 iv1 p4 #ab1 t4 ,,ii de la trad4 de ,m4 ,b4 ,st4-,hilaire47 ,j'argumente4 #a ,si ,socrate est une espce1 ,socrate est un universel2 #b s'il est un universel1 il n'est pas un singulier2 #c s'il n'est pas un singulier1 il n'est pas ,socrate4 ,on rsistera la seconde consquence1 car dans ce systme tout universel est un singulier1 tout singulier est un universel diversement considr4 ,je rponds3 ,la substance est ou universelle ou singulire4 ,c'est l1 je pense que personne ne le nie1 une division suivant l'accident#ej4 ,or1 comme dit ,boce dans le livre des ,divisions1 celles-ci ont cette rgle commune que tout ce qui est ainsi divis doit l'tre en opposs#ea4 ,en sorte que si nous divisons le sujet par les accidents1 nous ne disions pas3 ,parmi les corps1 les uns sont blancs1 les autres doux1 parce qu'il n'y a pas opposition1 mais parmi les corps1 les uns sont blancs1 d'autres noirs1 d'autres ni noirs ni blancs4 ,voici1 d'aprs cela1 comment il faudrait s'y prendre pour nier que cette division ,toute substance est ou universelle ou singulire1 soit suivant l'accident3 il faudrait dire qu'il n'y a pas plus d'opposition entre universel et singulier qu'entre blanc et doux4 ,note #ej3 ,voy4 ci-dessus1 c4 vi1 t4 ,i1 p4 #dcf4 ,note #ea3 ,boeth41 ,de ,divis41 p4 #fdh4 ,ils disent1 eux1 que ,boce n'a point parl de toutes les divisions suivant l'accident1 mais des rgulires2 si vous leur demandez quelles sont les rgulires1 ils rpondent3 celles auxquelles la rgle s'applique4 ,voyez quelle est leur impudence6 lorsque l'autorit dit si clairement1 en parlant des divisions selon l'accident3 ,celles-ci ont toutes cette rgle commune1 etc41 ils prtendent faussement que cela n'est pas dit universellement4 ,mais ils ne tiendront pas l1 car l-dessus prcisment1 sur l'universel et le singulier1 l'autorit les contredit3 aucun universel n'est singulier et aucun singulier n'est universel4 ,boce1 en parlant de cette division3 ,la substance est ou universelle gu singulire1 dit dans son commentaire sur les ,catgories3 ,il ne se peut que l'accident prenne la nature de la substance1 ni la substance celle de l'accident444 ni la particularit1 ni l'universalit ne passent l'une dans l'autre1 car l'universalit peut tre affirme de la particularit1 comme animal de ,socrate ou de ,platon1 et la particularit accepte l'attribution d'universalit1 mais non en sorte que l'universalit devienne particularit1 ni que ce qui est particulier devienne universalit#eb4 ,universalit et particularit1 ces noms sont pris pour l'universel et le particulier1 les exemples nous l'apprennent1 tmoin celui d'animal et de ,socrate4 ,a ceci1 rien ne peut tre oppos de raisonnable4 ,note #eb3 ,boeth41 ,in ,proedic41 t4 ,i1 p4 #abj4 ,cependant ils ne se tiennent point tranquilles et ils disent3 ,aucun singulier1 en tant que singulier1 n'est universel1 et rciproquement2 mais quand il est universel1 le singulier est universel1 et rciproquement4 ,contre cela1 voici les paroles que je dis4 ,aucun singulier en tant que singulier parat avoir ce sens3 aucun singulier demeurant singulier n'est universel demeurant universel2 ce qui est consquemment faux1 car ,socrate demeurant ,socrate est homme demeurant homme4 ,la proposition pourrait encore avoir ce sens3 ce qui est le singulier ou la singularit ne confre aucun singulier d'tre universel1 ou bien elle enlve l'homme singulier l'universalit2 ce qui est compltement faux entre ,socrate et l'homme1 car en ,socrate ce qui est ,socrate implique l'homme et n'interdit aucun singulier d'tre quelque chose d'universel1 puisque1 suivant eux1 tout singulier est universel4 ,de mme1 s'ils disent3 ,socrate1 en tant qu'il est ,socrate1 c'est--dire dans toute la proprit qui lui vaut d'tre dsign par le nom de ,socrate1 n'est pas l'homme en tant qu'homme1 c'est--dire en toute cette proprit que dsignent ces mots c'est un homme2 voil qui est encore faux1 car ,socrate dsigne l'homme socratique1 et en lui l'homme ou ce que signifie le nom d'homme4 ,enfin s'ils disent3 ,socrate1 dans toute cette proprit qui motive la dsignation par le nom de ,socrate1 n'est pas uniquement ce que signifie homme1 que pourront-ils conclure de l8444 ,qu'un autre se charge d'en juger4 ,d'aprs le principe de ,porphyre que l'espce est compose du genre et de la diffrence substantielle1 comme la statue de l'airain et de la figure1 la matire1 ainsi que la diffrence1 est une partie de l'espce4 ,l'espce elle-mme en est le tout dfinitif4 ,ces deux parties sont donc corrlatives1 et opposes l'une l'autre2 et comme un pre n'est pas le pre de soi-mme1 mais d'un autre1 un tout est le tout d'autre chose que lui-mme1 le tout de ses parties2 et la partie est partie1 non pas d'elle-mme1 mais du tout qui n'est pas elle4 ,mais si l'homme et sa matire ne font qu'un 7ce qui arrive dans la doctrine ici combattue2 l o l'espce mme n'est que le genre diversement considr1 l'espce homme n'est essentiellement que le genre animal71 si1 l'espce tant un tout compos de sa matire et de sa diffrence1 l'espce homme ne fait qu'un avec sa matire animal1 l'espce sera un tout compos de lui-mme et d'un autre1 ce qui est impossible4 ,en d'autres termes1 si l'espce homme et l'animal1 son genre1 ne font qu'un mme1 comme tout genre est inhrent son espce1 le mme est inhrent au mme1 ce qui ne peut tre4 ,que ce qui est soi puisse tre inhrent soi1 c'est ce qui ne saurait se comprendre1 dit ,boce#ec4 ,note #ec3 ,testante ,boethio super ,topica ,tullii in commentario1 libro primo4 7,p4 #gfi47 ,voila une preuve qu',ablard connaissait le commentaire de ,boce sur les ,topiques de ,cicron4 ,de cette discussion du ralisme1 il rsulte que les choses gnrales ne sont pas1 proprement parler1 des choses2 et si elles ne sont pas des choses1 il semble1 d'aprs une antithse fort usite1 qu'elles sont des mots4 ,on conoit donc que pour avoir contest aux choses gnrales leur ralit1 ,ablard ait t accus d'avoir soutenu le nominalisme4 ,l'imputation n'est pas exacte1 si l'on entend par nominalisme la doctrine ainsi appele dans l'histoire4 ,il faut distinguer en effet entre ceux qui1 par forme de rfutation et pour convaincre leurs adversaires d'erreur1 disent aux ennemis du ralisme que1 si les universaux ne sont pas des essences1 alors ils ne sont que des mots2 et ceux qui tablissent volontairement et dogmatiquement que les universaux sont et doivent tre des noms4 ,l'allgation des premiers est une critique1 une consquence extrme tourne crime1 une accusation4 ,celle des seconds est une doctrine avoue4 ,les premiers entendent que les choses qui ne sont que des ides ne sont que des mots1 des sons de la voix4 ,les seconds prtendent que les universaux ne sont pas mme des ides1 mais des mots sans ides1 des noms sans objet mme intellectuel4 ,cette distinction assez subtile et qui1 je crois1 avait t nglige1 doit tre prsente qui veut bien apprcier les opinions et les hommes que cette controverse a mis en scne4 ,ainsi1 il est bien permis de soutenir encore qu',ablard a t nominaliste1 si l'on entend par l que du conceptualisme qu'on lui attribue au nominalisme1 il y a si peu de distance qu'on ne veut pas s'y arrter2 mais il serait historiquement faux de dire que la doctrine d',ablard ait t le nominalisme1 et qu'il n'ait fait que rpter ,roscelin4 ,c'est peu prs ainsi qu'on prtend quelquefois1 du point de vue d'un catholicisme rigide1 absolu1 que ds qu'un homme est gallican il est jansniste1 et ds qu'il est jansniste1 protestant4 ,et cependant il y aurait mensonge prtendre que le gallicanisme1 le jansnisme1 et le protestantisme ne soient pas des doctrines et des sectes profondment distinctes4 ,attendons-nous donc voir ,ablard1 abandonnant le ralisme comme vaincu1 porter la guerre sur le terrain du nominalisme#ed4 ,note #ed3 ,de ,gener4 et ,spec41 p4 #ebb-ebd4 ,abordons1 dit-il1 l'opinion qui veut que les genres et les espces ne soient que des mots universels et particuliers1 prdicats ou sujets1 et non pas des choses4 ,il faut d'abord citer l'autorit qui affirme quo ce sont des choses4 ,l'espce1 avons-nous vu dans ,boce#ee1 n'est qu'une pense recueillie de la similitude substantielle d'individus numriquement dissemblables2 le genre est une pense recueillie de la similitude des espces4 ,or1 qu'il regarde ces similitudes comme des choses1 c'est ce qu'il montre un peu plus haut ouvertement on disant3 ,il y a de telles choses dans les tres corporels et dans les sensibles2 l'intelligence en conoit au del des objets sensibles#ef4 ,le mme ,boce dit encore3 ,puisque les premiers genres des choses sont au nombre de dix1 il fallait ncessairement que ce ft aussi le nombre des mots simples qui se diraient des choses simples#eg4 ,mais eux1 par les genres1 ils expliquent qu'il faut entendre les manires#eh4 ,aristote dit dans le ,peri ,hermeneias3 ,parmi les choses1 les unes sont universelles1 les autres particulires#ei4 ,mais pour expliquer ce passage1 ils disent3 ,les choses1 c'est--dire les mots4 ,quand je parle d'animal1 dit ,boce1 je dsigne une substance qui s'affirme de plusieurs4 ,que cette autorit nonce par l qu'il y a des choses universelles#fj1 quand il ajoute3 ,s'affirmer de plusieurs1 ce qui est la dfinition de l'universel1 que ce soient des choses prises comme prdicats et comme sujets1 ,boce le reconnat en disant3 ,la proposition prdicative nonce que la chose qu'elle pose comme sujet doit prendre le nom de la chose qu'elle pose comme prdicat#fa4 ,ne pouvant rsister raisonnablement des autorits aussi claires1 ils disent que les autorits mentent1 ou bien1 cherchant les interprter1 ils font comme ceux qui ne savent pas corcher1 ils coupent la peau4 ,note #ee3 ,boeth41 ,in ,porph41 p4 #ef4 ,note #ef3 ,le passage se trouve peu de lignes avant le prcdent4 ,on pourrait contester qu'il ait positivement dans l'auteur primitif le sens qui lui est ici donn1 et qu'il signifie que les gnralits sont des choses4 ,boce vient de dire que les objets des conceptions gnrales diffrent de ces conceptions1 puisque celles-ci reprsentent ces objets comme s'ils existaient en eux-mmes1 tandis qu'il n'en est rien1 et il se fait cette objection3 si ces conceptions sont inexactes1 elles sont fausses1 et alors il est inutile de s'en occuper4 ,mais il rpond qu'il arrive sans cesse l'entendement de considrer les choses autrement qu'elles ne sont1 sans tomber dans le vain ni dans le faux4 ,ainsi l'entendement dtache d'une chose une proprit qu'il considre en elle-mme1 c'est--dire autrement qu'elle n'est dans la ralit1 et il russit ainsi la mieux connatre4 ,il y a donc de telles choses dans les objets corporels et sensibles4 ,elles se conoivent en dehors des sensibles1 pour que leur nature puisse tre pntre et leur proprit comprise4 ,le latin dit3 ,sunt igitur hujusmodi res in corporalibus atque in sensibilibus rebus4 ,intelliguntur autem praeter sensibilia1 ut eorum natura perspici et proprietas valeat comprehendi4 ,n'est-il pas vident que le mot res est employ l pour exprimer ce dont on parle1 et parce que le langage est involontairement raliste8 ,note #eg3 ,boeth41 ,in ,praedie41 p4 #aad4 ,note #eh3 ,ces diverses citations taient probablement devenues triviales dans la controverse1 et ici ,ablard fait trs-succinctement allusion aux interprtations diverses que les divers systmes en donnaient pour n'en point tre embarrasss4 ,nous savons par ,jean de ,salisbury qu'il y avait des gens qui par les mots de genres et d'espces entendaient tantt les choses universelles1 tantt la manire des choses1 rerum maneriem4 ,c'est probablement ce qu',ablard appelle ici manerias4 ,en tout cas1 le mot paraissait nouveau et obscur l'auteur du ,metalogicus1 qui trouvait qu'il ne devait signifier que la collection des choses ou la chose universelle1 et que cependant il ne pouvait par l'tymologie exprimer que le nombre des choses1 ou l'tat dans lequel la chose demeure telle1 talis permanet4 ,ce dernier sens tait probablement le vritable1 et nous sommes volontiers de l'avis de ,brucker1 qui croit qu'il exprime la demeure des choses dans le sein des choses universelles1 ,grec3 diamon tn ontn2 et cette expression aurait ainsi t conduite peu peu un sens approchant du sens moderne1 la ,manire d'tre4 ,je ne sais o l'on a trouv ce mot1 dit ,jean de ,salisbury4 ,ce qu'il faut remarquer au reste1 c'est que cette doctrine des manires1 l'auteur du ,metalogicus la classe dans le ralisme1 et ,ablard avec plus de raison dans le nominalisme4 7,de ,gen4 et ,spec41 p4 #ebc4--;,johan4 ,saresb41 ,metal41 t4 ,,ii1 c4 xvii4--,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #iji74 ,note #ei3 ,hermen41 ,,vii4--,boeth41 ,de ,interp41 ed4 prim41 p4 #cch4--;,il semble qu',ablard avait encore une autre version du ,de ,interpretatione que la version de ,boce1 car il cite ainsi la phrase d',aristote3 ,rerum aliae sunt universales1 aliae sunt singulares1 et il y a dans la version de ,boce3 ,sunt haec rerum universalia1 illa vero singularia4 ,les termes cits ,par ,ablard sont conformes la version de ,pacius1 7dit4 de ,duval41 t4 ,i1 p4 #ef71 qui lui-mme avait probablement suivi quelque traduction antrieure4 ,dans tous les cas1 si la citation a quelque valeur1 elle la doit au mot rerum1 et il est1 dans le grec1 ,grec3 tn pragmatn4 ,note #fj3 ,je ne trouve pas cette citation dans ,boce4 ,l'dition d',ablard renvoie l'ouvrage de ce dernier sur les ,catgories1 p4 #aca4 ,a cette page on cherche en vain les termes cits1 mais j'y lis ainsi qu'aux pages voisines1 que les substances secondes se disent des substances premires1 mais qu'elles sont moins substances que celles-ci1 et qu'elles sont plus ou moins ,universelles1 tandis que les substances premires sont individuelles4 ,note #fa3 ,de ,syll4 hyp41 p1 #fjg4 ,mais alors ni les genres ni les espces1 tant universelles que singulires1 tant prdicats que sujets1 ne sont des mots2 tout cela n'est rien du tout1 car ils tiennent1 comme leur adversaire1 que ce qui est successif ne peut aucunement composer un tout constant2 or les mots sont successifs1 les choses et les espces ne peuvent donc pas composer des touts1 elles ne sont rien2 aussi dit-on que l'autorit a menti et non qu'elle s'est trompe4 ,en outre1 comme la statue est matriellement d'airain1 et que la figure est sa forme1 l'espce a le genre pour matire et pour forme la diffrence4 ,or tout cela ne saurait s'appliquer aux mots2 les mots n'ont ni forme ni matire4 ,l'animal est le genre de l'homme1 mais un mot n'est nullement la matire d'un autre mot1 car de quel mot ou dans quel mot serait-il8 ,du mot animal ne se fait pas le mot homme2 dans le premier n'est pas le second4 ,mais on prtend que tout cela est faon de parler figurative4 ,dire que le genre est la matire de l'espce1 reviendrait dire que la signification du genre est la matire de la signification de l'espce4 ,mais puisque le systme est que rien n'existe que les individus1 et que les mots tant universels que particuliers ne dsignent au fond que des individus1 homme et animal signifient la mme chose1 et par consquent on peut dire1 en renversant les termes3 la signification de l'espce est la matire de la signification du genre4 ,si l'on accorde cela1 et on y est bien forc1 qu'on se dfende contre ,boce1 qui montre que la diffrence du genre au tout gt en ceci que le genre est la matire des espces et les parties la matire du tout#fb4 ,que si les espces sont la matire des genres comme les parties du tout1 le genre et le tout ne diffrent plus1 ils se confondent4 ,note #fb3 ,boeth41 ,de ,div41 p4 #fdj4 ,enfin1 la signification du genre ne saurait tre la matire de la signification de l'espce1 car le genre et l'espce sont une mme chose dans le systme de l'indiffrence1 et un mme ne reoit pas de forme pour se constituer lui-mme4 ,mais1 dit ,boce1 le genre ayant reu la diffrence se transforme en espce#fc4 ,un mme n'est point partie de lui-mme1 car si le mme tait la fois tout et partie1 le mme serait oppos lui-mme4 ,note #fc3 ,id41 ,ibid4 ,voil tout ce qu',ablard dit du nominalisme2 mais c'est le cas de rappeler ce que nous aurions bien fait peut-tre de reporter ici1 l'examen approfondi auquel il s'est livr de l'objection prise du tout et des parties#fd4 ,il faut y remonter1 si l'on veut bien connatre toute sa polmique contre ,roscelin2 nous n'en revoyons ici qu'une faible trace4 ,note #fd3 ,voy4 ,dialect41 pars ,v1 p4 #dfj et seqq4 ,et ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #eag1 et dans la prsent ouvrage1 c4 vi1 t4 ,i1 p4 #ded4 ,cette rfutation du nominalisme est en effet brve et superficielle1 et quoi qu'en dise l'auteur1 elle est plutt fonde sur des autorits que sur la raison4 ,un des arguments les plus forts est assurment celui-ci1 un mot 7animal7 ne peut tre la matire d'un autre mot 7homme74 ,mais qui ne voit que c'est dcider la question par la question8 ,si l'espce n'est qu'un nom1 c'est--dire rien qu'un nom1 il n'y a pas lieu d'appliquer ce rien les conditions de l'tre et de lui supposer une matire et une forme4 ,ce n'est qu' ceux qui regardent le genre ou l'espce comme quelque chose1 que cette question doit tre pose1 et elle ne peut embarrasser le nominaliste qu'autant qu'il conserve de la dfrence pour l'autorit qui a dit que le genre est la matire de l'espce et l'espce celle de l'individu4 ,c'est donc une objection d'autorit et non de raison4 ,or1 comment supposer que celui qui a pleinement et sciemment adopt la thorie du nominalisme ne soit pas dj rsolu se peu soucier des autorits8 ,l'autre argument1 pris encore de l'autorit1 plus fort par les mots que parle fond1 c'est que1 d'aprs les matres1 tout est substance ou accident1 et que les genres et les espces1 n'tant pas des accidents1 sont des substances4 ,et en effet1 ,aristote les met au nombre des substances4 ,mais ce sont des substances secondes1 celles qui s'affirment des premires1 celles qui leur sont attribues ou prdites4 ,elles sont substances1 parce qu'elles font connatre les substances premires4 ,elles les manifestent1 elles montrent ce que c'est1 elles les donnent4 ,qui ne voit que l'emploi du mot de substance dans cette occasion ne dcide rien quant la ralit substantielle des universaux2 et qu'au contraire il ne semble leur tre attribu qu'une ralit drive de celle des substances premires1 c'est--dire individuelles8 ,les substances premires ou individuelles sont vraiment substances1 en ce qu'elles sont prises pour sujets 7,grec3 upokeitai7 de toutes les autres choses2 les substances secondes ou universelles sont encore substances1 parce qu'elles sont prises comme attributs 7,grec3 katgoreitai#fe7 des substances premires ou individuelles4 videmment1 c'est ici la thorie de ce principe des nominalistes1 la substance est essentiellement individuelle4 ,je n'en conclus pas qu',aristote ait soutenu la thse des nominalistes1 si ceux-ci1 en disant que les universaux ne sont que des mots1 entendaient qu'ils sont chimriques et vains4 ,aristote au contraire les fonde sur des ralits1 puisqu'il les attribue aux substances mmes1 et en fait ainsi des substances par attribution4 ,note #fe3 ,categ41 ,v4 ,l'intervention constante de l'autorit dans les dbats scolastiques en constitue la plus grande difficult4 ,cette autorit est a la fois absolue et contradictoire4 ,il faut l'avoir pour soi ou la tourner pour soi1 multiplier les citations conformes1 interprter les citations contraires2 travail aussi pineux que strile4 ,c'est l'incohrence des textes qui a produit dans la prsente question la multitude et la diversit des systmes1 et nous acceptons cette remarque judicieuse de ,jean de ,salisbury3 ,dans cette question1 dit-il1 ,magno se judice quisque tuetur2 et chacun1 d'aprs les paroles des auteurs qui ont indiffremment mis les noms pour les choses et les choses pour les noms1 construit sa doctrine ou plutt son erreur#ff4 ,c'est ainsi que la controverse devient souvent une vritable question de mots2 et chose curieuse1 ,jean de ,salisbury qui a spirituellement discut et en partie rfut les systmes1 tombe son tour dans l'erreur qu'il signale1 lorsqu'il produit le sien4 ,car se proposant de soutenir que les genres et les espces ne sont rien1 il en induit qu'ils ne sont pas des noms1 puisque les noms sont quelque chose#fg4 videmment1 l'quivoque sur le sens du mot tre est ici1 comme dans toute cette question1 la racine de la difficult4 ,aristote n'est pas irrprochable en cela2 il s'est servi de l'tre avec une libert1 une indiffrence1 qu'il fallait remarquer1 si l'on ne voulait pas tomber dans de frquentes mprises en le lisant et le citer contradictoirement4 ,c'est ce qui est arriv aux scolastiques2 ils se combattent tous1 et cependant tous professent ,aristote3 ,siquidem omnes ,aristotelem profitentur#fh4 ,note #ff3 ,polier41 t4 ,,vii1 c1 xii4 ,note #fg3 ,metalog41 t4 ,,ii1 c4 xx4 ,note #fh3 ,ibid41 c4 xix4 ,que de peines ,ablard se serait pargnes1 si1 aussi hardi qu'il tait prsomptueux1 il se ft fi a son orgueil1 et si1 rejetant les textes1 il n'et1 pour rsoudre un gnant problme1 cout que sa propre raison6 ,,chapitre ,,ix4 ,,suite ,,du ,,pr,c,,dent4 ,ablard a combattu le ralisme1 est-il par consquent nominaliste8 ,il a combattu le nominalisme1 est-il nanmoins nominaliste8 ,c'est ce qu'il nous reste dcider4 ,montrons prsent1 dit-il1 avec la permission de ,dieu 7,deo annuente71 ce qu'il nous parat prfrable d'admettre#fi4 ,j'essaierai d'expliquer ce systme assez subtil1 en suivant l'ordre des ides du philosophe1 mais sans m'attacher aux formes de la diction1 quoiqu'il soit ncessaire1 pour l'exactitude scientifique et pour la fidlit de la couleur1 de reproduire souvent les termes de l'cole4 ,note #fi3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #fbf-fcd4 ,dans aucun systme1 on ne refuse une certaine ralit l'individu2 s'il ne possde l'tre par privilge1 au moins le possde-t-il en participation 7,platon1 ,scot rigne71 et personne n'a articul formellement que la chose individuelle ft une fiction4 ,ablard1 voulant se rendre compte de la constitution des tres1 considre l'individu1 c'est--dire qu'il pose le problme des genres et des espces dans ce que les scolastiques ont appel aprs lui le problme de l'individuation2 c'est l le propre et la nouveaut de sa doctrine4 ,au moins le procd est mthodique3 l'individu est certain et donn2 partir de l'individu1 c'est aller du connu l'inconnu1 du simple au compos4 ,avant de pntrer dans la constitution de l'espace humaine1 tudions donc avec ,ablard les lments rels de l'espce1 ou les individus4 ,socrate1 comme tout tre individuel1 comme toute essence1 est un compos de matire et de forme2 il est individu1 de l'espce1 l'homme ,socrate1 homme par la matire2 ,socrate par la forme2 la matire est l'homme1 la forme est la socratit4 ,dans ,platon galement1 la matire est l'homme et la forme la platonit4 ,ainsi l'essence homme qui rsulte de l'union de la forme humanit la matire animal1 devient dans l'individu la matire informe1 par la forme individuelle qui fait ,platon ou par celle qui fait ,socrate2 de l une essence qui est tout l'individu4 ,la forme qui1 en s'unissant la matire animal1 constitue l'individu1 est-elle ailleurs qu'en lui8 non1 assurment3 point de ,socrate hors de ,socrate4 ,mais cette essence humanit1 qui devient la matire de ,socrate et comme le sujet de la socratit1 est-elle ailleurs8 pas davantage2 sa pareille se retrouve dans la matire1 de ,platon1 mais n'est pas individuellement la mme1 elle est numriquement diffrente1 c'est--dire que l'une et l'autre font deux3 il y a analogie1 c'est le mot d',aristote#gj1 il n'y a pas identit1 ,or cette essence humanit1 ou l'espce humaine1 n'est pas ce qui en est dans ,socrate ou ce qui en est dans ,platon1 mais la runion de toutes les essences pareilles ou analogues1 constitues1 formellement dans chaque individualit4 ,elle est donc une collection4 ,une telle collection1 bien qu'essentiellement multiple1 est une de nature1 en ce sens qu'elle se compose1 non pas des mmes1 mais des semblables2 elle est un universel1 une espce1 comme un peuple est un peuple4 ,note #gj3 ,met41 ,,xii1 iv et v4 ,si l'on recherche maintenant comment la collection humanit1 ou l'espce humaine1 est constitue1 on trouve que dans chacune des essences qui la composent elle a pour matire l'animal1 et pour forme une forme multiple et non pas une1 la rationnalit1 la mortalit1 la bipdalit1 et les autres formes substantielles de l'humanit1 c'est--dire qu'elle est la collection de toutes les matires animal affectes ou informes de toutes ces formes substantielles4 ,et de mme que la matire homme1 ou1 comme dit ,ablard1 ce d'homme 7illud hominis71 qui soutient l'individualit ,socrate1 n'est pas essentiellement la matire homme qui soutient l'individualit ,platon1 de mme la matire animal 7illud animal7 qui soutient la forme humanit dans tel ou tel individu n'est que dans cet individu1 mais son analogue1 un non-diffrent d'elle 7indifferens illi71 se trouve comme matire dans chaque individu de l'espce animal4 ,ce non-diffrent1 ou cet indiffrent toute forme1 semblable de nature et non identique1 ne devient essentiellement diffrent et de plus en plus diffrent qu'en tant constitu formellement1 d'abord par l'humanit1 puis par l'individualit4 ,si l'on runit maintenant cette multitude d'essences soutenant les formes des diverses espces animal1 on aura une collection gnrique ou un genre1 multitude autre que celle qui compose l'espce4 ,celle-ci est la collection des sujets des individus humains1 celle-l est la collection des sujets des diffrences substantielles des diverses espces4 ,chaque essence de la multitude ou du genre animal est compose matriellement de corps1 formellement d'animation et de sensibilit4 ,de toutes les essences du genre1 aucune ne se trouve1 quant sa matire1 ailleurs que dans chacune des essences qui le composent1 mais elles ont des analogues ou des non-diffrents qui soutiennent les formes de toutes les espces de corps4 ,a ce degr1 c'est la corporit qui est la forme1 elle qui tait tout l'heure comprise dans la matire1 animalit4 ,de mme qu'il s'est compos un nouveau genre de la collection des corps1 collection dans laquelle entre la runion des essences de la nature animal1 un nouveau genre1 le genre corps1 sera la collection de tous les tres composs matriellement de substance1 formellement de corporit4 ,telle sera la constitution de toutes les essences du genre corps1 ou bien de toutes les matires des espces du corps1 ou bien des substances informes de la corporit4 ,faites abstraction de cette dernire forme1 il vous reste des substances1 c'est--dire des non-diffrents1 et c'est l le genre le plus gnral ou suprme4 ,une espce de ce genre soutient l'incorporit1 l'incorporit est sa forme1 comme la corporit tait tout l'heure celle des substances1 matires des essences du genre corps4 ,ces matires prises comme essences1 indpendamment de la corporit1 sont les essences dont la multitude compose le genre gnralissime de substance4 ,elles ne sont pas encore rigoureusement simples1 on y peut encore dcomposer l'tre en deux principes2 sa matire serait1 pour ainsi parler1 la pure essence1 sa forme la susceptibilit des contraires4 ,nous avons atteint ici la matire premire de l'tre1 mais puisque cette matire premire est une notion1 c'est--dire un dfini1 il faut bien que l'on puisse distinguer idalement sa matire de sa forme1 et la considrer au moins fictivement comme un genre dont la diffrence ou l'quivalent de la diffrence consiste uniquement dans la proprit d'engendrer des espces4 ,la susceptibilit des contraires1 proprit de la pure matire1 n'est pas1 en effet1 une forme ralise1 c'est la simple possibilit de la forme1 c'est l'acte en puissance4 ,l'indtermin ne se ralise qu'en se dterminant4 ,la dfinition qu'on vient de lire ne donne l'indtermin d'autre dtermination que d'tre dterminante4 ,ici la forme1 qui1 de sa nature1 est actuelle1 n'est que la possibilit de l'acte2 l'acte indtermin1 mais possible1 est en effet la seule diffrence qu'il y ait entre l'indtermin pur et le nant4 ,qu'on y songe bien1 la matire ou l'essence qui ne serait pas dterminable ne contiendrait plus rien de l'tre1 et ne serait que le nant sous un faux nom4 ,c'est ainsi qu',ablard passe en revue les divers degrs de la catgorie de l'essence 7substance71 et dresse ce qu'on pourrait appeler l'chelle de l'tre4 ,il serait possible de faire un travail analogue sur les autres catgories1 quoique l les conditions de l'tre ne soient pas aussi relles1 et qu'il ne s'y agisse que des tres improprement dits1 la qualit1 la relation1 etc41 ne pouvant exister spares d'un sujet4 ,mais1 comme le veut ,ablard1 que ce qui a t dit de la substance soit entendu des autres prdicaments#ga4 ,note #ga3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #ejb4--;,il est impossible de ne pas faire remarquer combien cette dduction de l'tre dans ses diverses phases dialectiques ressemble l'volution ontologique de l'tre partant du nant1 dans la logique d',hegel1 pour s'lever par le devenir toutes les formes de la ralit et de la pense4 7,hegel1 ,oeuv4 compl4 en all41 t4 ,,iii2 ,science de la ,logique1 p4 #ga4 ,berlin1 #ahcc47 ,on remarquera que dans cette analyse des graduations de la substance1 le mot matire ne doit pas tre compris dans le sens de l'oppos de l'esprit1 mais comme le nom du fonds de l'tre1 puisque dans le langage d',ablard1 conforme en cela celui d',aristote1 on pourrait dire que la substance est indiffremment la matire de l'esprit et la matire du corps1 ou qu'elle est la matire1 le non-diffrent qui peut recevoir la forme de la corporit ou la forme de l'incorporit2 mais ceci n'a d'importance que s'il faut prendre toute cette dcomposition d'ides comme un dnombrement mthodique de ralits1 et non comme une analyse de la pense4 ,si nous avons fait plus que dfinir des mots1 si nous avons dcrit des choses1 alors1 sans doute1 le genre substance serait un seul et mme tre rel1 identique en soi sous des formes contraires1 comme l'incorporit et la corporit1 et il n'y aurait plus dans le fonds de l'tre de diffrence substantielle entre la matire et l'esprit4 ,c'est1 pour le dire en passant1 une objection1 tout au moins une difficult contre le ralisme1 et qu'on pourrait traduire d'une manire qui la rendrait plus saillante4 ,par exemple1 la substance1 tant rellement la pure essence avec la susceptibilit des contraires1 pourrait tre indiffremment cre ou cratrice1 finie ou infinie2 or ce sont l certainement des attributs qui impliquent contradiction non-seulement entre eux1 mais entre leurs sujets1 et cela seul dmontrerait au moins que le genre substance1 libre de toute dtermination1 n'est pas une ralit4 ,mais tout tombe1 ou du moins les difficults se dplacent1 si l'on prend le parti de nier l'existence objective des genres et des espces1 et nous sommes ramens l'analyse des opinions d',ablard sur la question2 il va les justifier en passant en revue1 suivant son usage1 toutes les objections qu'elles peuvent encourir4 ,et d'abord1 il examin les diverses dfinitions qu'on peut donner de l'espce1 et recherche s'il en est aucune qui puisse lui tre oppose4 #a ,la premire dsigne sous le nom d'espce la multitude des essences semblables entre elles4 ,ainsi l'espce homme comprend la matire de tous les individus qui la composent2 en d'autres termes1 la multitude humaine se compose de la matire de ,socrate1 de celle de ,platon1 et des autres4 ,or1 la matire est ce qui reoit la forme4 ,l'espce homme reoit-elle donc la socratit1 ,socrate est-il l'humanit socratique8 non1 c'est ce qu'il y a d'humanit1 illud humanitatis1 dans ,socrate1 qui reoit la socratit1 et non l'espce humanit4 ,l'espce comprend ce qu'il y a d'humanit dans ,socrate et dans tous les autres2 elle comprend tous les analogues ou non-diffrents4 ,lorsqu'on dit que l'espce est la matire affecte de toutes les formes individuelles1 on n'entend pas que toutes les essences de l'espce reoivent en masse la forme d'un individu donn1 mais qu'une seule d'entre elles1 semblable de nature aux autres1 analogue de composition lmentaire1 et en ce sens non diffrente1 indiffrente1 prend la forme qui l'individualise4 ,on dit que toute l'espce est propre recevoir la forme individuelle1 comme on dit d'un morceau de fer1 qu'il sera couteau ou stylet1 quoiqu'une partie seulement doive tre stylet1 une autre partie couteau4 ,ainsi l'espce est relle comme collection de ralits1 mais non indpendamment des ralits qui la composent2 elle n'existe pas intgralement dans chacune de ces ralits individuelles4 #b'o ,on dfinit aussi l'espce1 ce qui est affirm de plusieurs1 en vertu de la catgorie d'essence1 ou bien ce qui est attribu divers titre d'essence 7proedicatum in quid74 ,ce qui est attribu ce titre est dit inhrent au sujet3 or1 l'espce humaine1 ou la collection des essences ou matires individuelles1 n'est pas apparemment inhrente ,socrate ou ,platon4 ,une partie seulement de cette collection reoit la socratit ou la platonit4 ,en ce sens seulement l'humanit est inhrente l'un ou l'autre4 ,c'est ainsi qu'on dit que je touche un mur1 quoique toutes les parties de mon corps n'y soient point appliques ou adhrentes 7hoereant74 ,c'est encore ainsi qu'on dit qu'une arme touche un rempart1 un lieu quelconque1 quoique tous les individus de cette arme ne le touchent pas4 ,ainsi l'espce touche les individus1 s'applique aux individus4 ,ce n'est qu'une des essences semblables de l'espce qui est rellement dans l'individu1 et c'est par extension que le langage semble attribuer toute l'espce l'individu4 ,lorsqu'on dit3 ,socrate est homme1 on ne dit pas videmment3 ,socrate est l'espce homme1 mais ,socrate est de l'espce homme4 #c ,en effet1 voici encore une dfinition de l'espce3 elle est ce qui est attribu en essence l'individu1 ou1 si l'on veut1 ce qui s'affirme comme prdicat essentiel de l'individu4 ,en langage moderne1 elle est l'essence de l'individu4 ,attribuer en essence1 proedicare in quid1 c'est dire ceci est cela4 ,or1 si ceci est cela1 ceci est identique cela2 alors ,socrate est homme signifierait que ,socrate et homme seraient une seule et mme chose1 et le singulier serait l'universel4 ,on retomberait ainsi dans l'erreur reproche aux doctrines opposes4 ,elle vient ici de ce que l'on confond ces deux expressions s'attribuer en essence et tre identique2 mais cette confusion est fautive4 ,de ce qu'une chose est le prdicat essentiel d'une autre1 il ne s'ensuit pas que celle-ci soit celle-l1 toute celle-l1 rien que celle-l4 ,s'attribuer eu essence1 c'est s'affirmer d'un sujet 7,boce72 or les genres1 les espces1 les diffrences substantielles sont galement dans le cas d'tre attribues ou affirmes ainsi4 ,par exemple1 la rationnalit peut1 comme l'homme1 s'attribuer en essence ,socrate ou s'affirmer de ,socrate ainsi que d'un sujet4 ,socrate est-il donc la rationnalit8 non2 on ne dit pas ,socrate est la raison 7rationalitas71 mais ,socrate est un raisonnable 7rationale71 c'est--dire ,socrate est une chose dans laquelle est la raison4 ,de mme par cette proposition ,socrate est homme1 personne n'entend que ,socrate soit l'espce homme1 soit cette multitude d'essences humaines qui composent l'espce1 mais qu'il est un des individus dans lesquels se retrouve cette espce4 ,l'humanit est en lui1 et il n'est pas l'humanit4 ,ici ,ablard entre dans une discussion d'une subtilit vraiment tonnante1 et dont nous regrettons de n'oser mettre la traduction sous les yeux du lecteur2 on l'y verrait se mouvoir avec une agilit et un aplomb rares travers les mille dtours de la langue et de la thorie dialectiques1 et l'on comprendrait la surprise que devait causer aux esprits roides et durs encore de cette poque cette flexibilit d'une raison qui se dplie et se replie avec une gale facilit4 ,mais nous n'avons que trop prouv la patience du lecteur4 ,remarquons seulement que la conclusion gnrale1 aprs tant de difficults adroitement dnoues1 c'est que l'espce est une essence analogue ou identique de nature1 mais numriquement diverse comme matire1 et substantiellement diverse comme forme1 dans chaque individu2 en sorte qu'elle partage toute la ralit des individus1 et n'en a aucune en dehors d'eux4 ,de l une dernire objection4 ,cette essence d'homme1 qui est en moi1 est quelque chose ou rien4 ,si quelque chose1 elle est substance ou accident4 ,si substance1 substance premire ou seconde4 ,si premire1 elle est individu2 si seconde1 elle est genre ou espce4 ,la rponse est qu'aucun nom direct ou mtaphorique n'a t donn cette sorte d'essence4 ,les auteurs n'ont nomm que les natures2 or1 on a vu que cette essence n'est pas une nature2 elle n'est pas une chose existante1 une substance2 le ft-elle1 ce ne serait pas une substance laquelle ft applicable la distinction des substances premires ou secondes2 car cette distinction ne convient qu'aux natures4 ,si nous l'admettions ici1 nous serions conduits dans un dfil o il faudrait que cette essence ft l'individu1 ou les genres et les espces4 ,nous ne sommes pas les seuls rcuser dans certains cas la distinction de la substance premire ou seconde4 ,d'autres disent bien qu'homme blanc est une substance1 et n'est pourtant ni substance premire1 ni substance seconde4#gb ,note #gb3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #fcd4 ,cette dernire objection n'est pas la moins importante1 et c'est en la discutant qu',ablard s'approche le plus de la ngation des espces4 ,en effet1 voici son raisonnement4 ,ce qu'il y a d'humain en moi1 cette humanit qui est en moi1 n'a point de nom1 parce que ce n'est point une nature4 ,et ce n'est point une nature1 car ce ne peut tre une substance premire ni une substance seconde4 ,en effet1 cette essence d'humanit ne saurait tre substance premire1 car il y aurait contradiction dans les termes dire qu'elle est individu1 puisque dans ,socrate elle est l'humanit1 moins l'individualit4 ,elle n'est pas substance seconde1 car elle est l'humanit1 moins tout ce qui de l'humanit n'est pas dans ,socrate1 c'est--dire moins la presque totalit de l'espce4 ,la nature ,socrate porte son nom1 la nature humaine porte son nom2 l'essence spciale qui est en ,socrate1 n'tant ni l'individu ni l'espce1 n'est pas une chose qui suppose un acte de cration diffrent1 puisqu'elle est distingue de l'individualit qui fait la diffrence relle1 et spare de toutes ses semblables qui1 runies1 formeraient seules un ensemble de produits d'une certaine cration4 ,elle n'est donc point une nature2 elle n'est ni une chose ni une substance1 et l'on ne peut dire que l'essence d'un individu soit l'espce4 ,mais ,ablard a oubli de rpondre au dilemme fondamental de l'objection2 cette essence d'humanit1 qui est dans l'individu1 est quelque chose ou rien4 ,ou plutt en remarquant avec tant de soin qu'elle n'a pu tre nomme1 parce que le nom n'a t donn qu'aux natures vritables1 c'est--dire aux choses relles1 il risque bien de faire entendre que ce qu'il y a en moi d'humain et de non individuel1 n'est rien par soi-mme1 ne pouvant tre soi seul une substance4 ,or1 l'espce qui est la collection des ressemblances moins les diffrences1 serait alors une collection de non-substances1 et par consquent de nants1 si l'on ne la considre comme une collection purement intelligible1 c'est--dire si l'on ne revient au conceptualisme4 ,mais ,ablard semble moins proccup des objections que des autorits contraires4 ,il avoue qu'on en trouve1 quoiqu'il pense avoir supprim toute opposition possible de la part d'un esprit raisonnable4 ,ainsi ,boce a dit3 ,quelque nombreuses que soient les espces1 le genre est un1 non que chaque espce prenne une part du genre1 mais c'est que chacune a en mme temps tout le genre4 ,comment concilier ces mots avec l'ide qu'une partie des essences d'animal1 qui font le genre animal1 est informe par la rationnalit pour faire l'homme1 une partie par la forme de l'irrationnalit pour faire l'ne1 et que jamais toute la quantit du genre n'est dans quelqu'une des espces8 ,mais ,boce parle ainsi dans le trait o il soutient que les genres et les espces ne sont pas#gc1 ce qui ne pouvait se soutenir sans un sophisme4 ,dans un sophisme le faux est sa place4 ,on pourrait d'ailleurs observer que1 quand il nie que les espces prennent une partie du genre1 il ne s'agit pas des essences qui composent la multitude1 mais des parties de dfinition4 ,exemple3 le genre animal est compos du corps pour matire1 et de la sensibilit pour forme4 ,lors donc que1 par parties de sa quantit1 il se distribue en espces1 une des espces ne prend pas la matire sans la forme1 une autre la forme sans la matire2 mais dans chaque espce passent la forme et la matire du genre4 ,la diffrence est en effet ce que l'espce a de plus que le genre444 ,il n'y a donc pas dans le genre comme dans un corps des parties blanches1 des parties noires qu'on puisse choisir et prendre4 ,considr en soi1 le genre n'a point de parties1 il n'en a que si l'on appelle ainsi les espces4 ,tout ce qu'il a en soi1 il le conservera donc1 non dans ses parties1 mais dans la totalit de sa grandeur ou dans sa quantit#gd4 ,note #gc3 ,booth41 ,in ,porph41 t4 ,i1 p4 #ed4 ,note #gd3 ,id41 ibid41 t4 ,,iv1 p4#hg4 ,ablard avoue que dans son systme une partie du genre animal prend la rationnalit1 l'autre l'irrationnalit2 mais sans que la partie qui est touche par l'une1 soit aucunement affecte par l'autre1 et rciproquement4 ,autrement1 deux opposs seraient unis dans un mme1 contradiction que ne peuvent luder ceux qui soutiennent l'ide du grand ne#ge4 ,note #ge3 ,ce devait tre quelque sophisme connu dans l'cole4 ,il s'y disait couramment que l'animal avec la rationnalit fait l'homme1 et l'ne avec l'irrationnalit4 ,or si l'animal tout entier tait dans chaque espce1 il serait homme et ne la fois1 il contiendrait deux opposs dans l'identique4 ,c'tait probablement l'erreur de la thorie dite du grand ne1 grandis asini sententia4 7p4 #ecf47 ,mais comment accorder tout cela avec les termes de ,boce8 ,en disant nettement que ces termes se lisent dans un passage o il soutient que les diffrences ne sont rien1 ou que deux opposs sont dans un mme1 ce qui est faux et ne peut se prouver sans sophisme4 ,il a donc introduit du faux dans son raisonnement1 et cela sans se tromper2 car il savait que c'tait faux1 mais il voulait conduire bonne fin son sophisme4 ,boce n'a-t-il pas dit encore3 ,comme une mme ligne est convexe et concave1 ainsi le mme peut tre sujet de l'universalit et de la particularit#gf4 ,le singulier serait-il donc universel8 nullement1 particulier n'est point ici pour singulier1 mais pour spcial4 ,car il ajoute3 ,les genres et les espces1 c'est--dire l'universalit et la particularit1 ont le mme sujet4 ,sa pense est donc que comme la mme ligne est sujet de la concavit et de la convexit1 ses accidents1 ,socrate est le sujet du genre et de l'espce1 ses prdicats2 en d'autres termes1 il est animal et homme4 ,dans le phnix1 la matire et l'individu sont une seule et mme chose4 ,cependant la matire est sujet de l'universalit1 l'individu de la singularit1 sans que le singulier soit l'universel1 quoique l'un soit le mme que l'autre4 ,aux autorits contraires on pourrait opposer en grand nombre des autorits favorables4 ,on compterait avec peine les confirmations que pourrait recueillir un examinateur diligent des crits des logiciens#gg4 ,et plus d'une citation dj invoque reparat1 une entre autres o l'on voit que ,porphyre regarde l'espce comme un collectif en une seule nature#gh1 d'o il suit que l'espce est une nature collective1 sans qu'il soit expressment dit que les lments de la collection soient des natures4 ,on y voit que ,boce est d'avis que les genres et les espces sont penss2 qu'une ressemblance pense1 une pense recueillie 7collecta7 de divers individus semblables1 en est la dfinition2 que les universaux sont conus1 non pas d'un seul1 mais de tous les individus runis2 que l'humanit recueillie des individus est comme ramene un seul concept et une seule nature#gi4 ,enfin1 on relit cette phrase de ,boce3 ,celui qui le premier dit homme1 n'eut pas dans l'esprit l'homme compos de tous les individus1 mais cet individu singulier auquel il voulut imposer le nom d'homme4 ,et cette dernire phrase semble la profession du nominalisme4 ,note #gf3 ,in ,porph41 p4 #ef4 ,note #gg3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #ecg4 ,note #gh3 ,voici comme ,porphyre est cit3 ,collectivum in unam naturam species est1 et magis id quod genus4 ,le texte de ,boce ajoute multorum aprs le premier mot1 et donne la fin3 et magis etiam genus4 7,in ,porph41 ,,iii1 p4 #gj47 ,c'est bien la traduction de l'original4 7,isag41 ,,ii47 ,note #gi3 ,in ,porph41 t4 ,i1 p4 #ej4--;,in ,proed41 t4 ,i1 p4 #abj4--;,in ,lib4 de ,interp41 ed4 sec41 p4 #cci-cdj4 ,en gnral1 la doctrine qui rduit les ides gnrales des ides collectives est celle des nominalistes modernes4 ,on sait quel point ,locke1 surtout ,hume et ,condillac en ont abus4 ,il est remarquable qu'ici ,ablard l'invoque au moment o il entend se distinguer des nominalistes1 et se dfendre contre eux4 ,c'est une preuve de plus que ceux de son sicle allaient jusqu' contester1 non pas seulement la ralit essentielle1 mais le fondement rel des genres et des espces1 et qu'en outre1 dans cette question ardue et difficile1 la face des ides est tellement changeante que les mmes arguments peuvent quelquefois tre appels presque dans les mmes termes au secours des thses les plus opposes4 ,aprs avoir discut toutes les objections prises de la dfinition de l'espce1 ,ablard s'en fait une nouvelle1 laquelle il attache beaucoup de gravit2 c'est l'objection prise des lments1 qu'il avait lui-mme dirige contre les systmes des autres4 ,voici comme on peut l'exposer d'aprs lui4 ,pour constituer une chose quelconque1 la matire et la forme suffisent4 ,l'individu se compose de l'espce au dernier degr de spcification et de la forme qui lui est propre2 l'espce se compose du genre pour matire et de la diffrence pour forme4 ,d'o procdent les lments physiques des substances corporelles8 ,on ne voit pour eux nulle place dans l'chelle de l'tre4 ,car la corporit1 elle1 n'est qu'une forme1 et la matire sans forme se subtilise et se sublime ce point qu'elle n'est plus en quelque sorte que la matire mathmatique1 que l'axe des substances1 ou un je ne sais quoi idal qui ne peut qu'en se formalisant devenir la matire consistante ou l'agrgat des lments4 ,or1 ces lments eux-mmes semblent aussi la matire de tous les corps2 ils leur sont antrieurs1 et ,aristote a dit que l'eau et le feu dont l'animal se compose prcdent l'animal4 ,il faut donc admettre que les lments des corps ne sont pas antrieurs aux corps1 puisqu'ils ne peuvent devenir la forme de la matire qu'en mme temps que la corporit le devient aussi4 ,en d'autres termes1 les lments ne sont pas les lments du corps1 puisqu'ils naissent en mme temps que le corps4 ,cette difficult embarrasse visiblement l'esprit hardi et subtil d',ablard4 ,au fond1 c'est1 sous une forme particulire1 la difficult connue de conserver la ralit solide de la matire dans l'alambic puissant de l'analyse idologique4 ,mais notre philosophe semble plutt inquiet de tout concilier avec la doctrine des lments d',aristote qu'avec les convictions de l'exprience et du sens commun4 ,dura est haec provincia1 dit-il4 ,il ne lui semble pas que ses matres aient donn une explication raisonnable4 ,pour lui1 il dira ce qu'il croit le plus vrai1 tamen quod mihi verius videtur1 hoc est#hj4 ,note #hj3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #fch4 ,lorsque les crateurs de la physique voulurent s'enqurir de la nature des choses1 ils considrrent d'abord celles qui tombaient sous les sens4 ,celles-ci tant toutes composes1 la nature n'en pouvait tre pleinement connue que si l'on connaissait les proprits de leurs composants1 jusqu' ce que l'intelligence atteignt ces parties excessivement petites qui ne pouvaient tre divises en parties intgrantes4 ,l'analyse s'arrtant l1 il fut naturel de rechercher si ces dernires parties1 ces essences minimes1 essentialae1 taient absolument simples1 ou se composaient aussi de matire et de forme4 ,or1 la raison trouva qu'elles taient des corps ou chauds1 ou froids1 ou autres1 en un mot ayant quelque forme2 car ce sont l1 ce semble1 les lments purs de ,platon#ha4 ,on laissa donc de ct les formes1 et l'on examina la matire1 qui restait seule1 pour savoir si elle tait simple4 ,mais cette matire1 c'tait le corps1 et le corps est compos matriellement de substance1 formellement de corporit4 ,on laissa encore de ct la forme de la corporit1 et considrant la matire1 c'est--dire la substance1 on lui trouva pour matire la pure essence 7l'existence abstraite des modernes1 l'tre pur d',hegel71 et pour forme la susceptibilit des contraires4 ,la pure essence fut reconnue absolument simple1 c'est--dire comme n'tant plus compose1 et pour cette raison1 elle fut appele l'universel ou l'informe1 c'est--dire1 non pas ce qui ne reoit point de forme1 mais ce qui n'est constitu par aucune forme4 ,note #ha3 ,on sait que ,platon dans le ,time ne donne pas le nom d'lments aux corps que l'on appelle ainsi1 mais qu'il les considre eux-mmes comme composs de principes ou lments qu'il rduit des lignes et des figures1 tant il les pure et les rarfie4 ,ce qu'on a appel la gomtrie corpusculaire de ,platon ne pouvait tre compris d',ablard4 7,time1 t4 ,,xii1 trad4 de ,m4 ,cousin1 p4 #aej-afa et suiv4--,cf4 dans l'dition de ,m4,h4 ,martin1 les notes #fe1 #ff et suiv41 t4 ,,ii7 ,ablard se fait une objection3 l'me1 dira-t-on1 ou le principe qui anime l'animal1 se composerait donc d'un universel sans forme2 car o elle n'existe pas1 et alors l'animal n'existe pas1 ou1 comme l'animal consiste matriellement dans le corps1 le corps dans la substance1 la substance dans la pure essence qui est appele universelle1 il faut que l'me consiste matriellement dans l'universel4 ,l'me disparat donc2 ou n'est au fond qu'un universel ou un indtermin4 ,ainsi1 de la thorie aristotlique ou scolastique de l'tre rsulterait1 d'une part1 la disparition des lments physiques des corps1 de l'autre1 l'impossibilit d'attribuer une existence substantielle l'me4 ,voici comment ,ablard se tire de ces deux difficults4 ,le nom d'universel n'a pas t donn1 selon lui1 cette collection totale de toutes les essences1 laquelle1 informe par la susceptibilit des contraires1 se divise partie en corps1 partie en esprit1 mais seulement ce qui1 dans cette multitude1 grce la susceptibilit des contraires1 reoit et soutient essentiellement la corporit1 et qui n'a rien de commun avec l'essence de l'esprit#hb4 ,si l'on demande comment le mme nom1 ce nom d'universel1 ne serait donn qu' une partie de la multitude comprise sous le titre de pure essence1 et non l'autre partie qui1 ce degr de l'chelle de l'tre1 n'en est pas diffrente1 en ce sens que l'une et l'autre partie de la collection sont constitues de ce qu'il y a de commun dans toutes les substances2 si l'on ajoute qu'on ne peut imposer une partie un nom qui signifie une chose d'une nature contradictoire celle de la partie qui1 gnriquement1 n'est pas diffrente de la premire1 rgle suivie jusque-l dans toute l'chelle1 ,ablard rpond que nul ne peut faire qu'en imposant le nom on ait eu galement dans la pense les essences qui recevraient la forme de l'esprit et celles qui recevraient la forme du corps2 car ce n'est pas des choses insensibles1 mais des choses sensibles qu'on monte aux intellectuelles1 et c'est ici du genre corps que l'on s'est lev la matire incorporelle4 ,ce que le physicien a nomm universel1 c'est cette matire de la substance 7ce de matire1 illud materi7 que la pense rencontre1 titre d'essence1 en montant du sensible l'intellectuel1 et nullement un principe gnriquement non-diffrent1 un non-diffrent quelconque auquel il n'a peut-tre pas song1 dont il n'avait pas s'occuper 7vel non cogitavit1 vel non curavit74 ,son office1 lui1 n'est pas de feindre ou de dissimuler1 comme les dialectitiens2 aussi ,platon dit-il qu'avant son temps personne n'avait trait de cette substance lmentaire#hc4 ,note #hb3 ,ceci n'est pas tout fait conforme une proposition insre quelques pages plus haut1 et dont le sens se retrouve dans notre extrait4 ,singulae corporis essentiae ex materia1 scilicet aliqua essentia substantiae1 et forma1 corporeitate constant2 quibus indifferentes essentiae ,incorporeitatem1 quae forma est1 species1 sustinent4 ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #ebe4 ,note #hc3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4#fci4---,time1 trad4 de ,m4 ,cousin1 p4#afj4 ,ces mots de notre auteur sont singuliers et expressifs1 ils tmoignent d'un certain mpris pour ses confrres en dialectique1 et ce mpris cadre mal avec son estime pour la dialectique mme4 ,ici1 comme en quelques autres passages1 on croit entrevoir que s'il avait connu une autre philosophie1 il l'aurait adopte4 ,donnez-lui les crits de ,platon1 il tait platonicien4 ,quant son raisonnement1 le voici en d'autres termes4 ,rappelons-nous que la gnalogie des espces et des genres avait pour but de donner la gnration et la classification des tres sensibles2 si donc1 en remontant l'chelle des sensibles1 on est arriv ce point o l'tre cesse d'tre corporel1 ce qui est invitable1 on n'a pas cependant cess de se proccuper uniquement de la constitution de l'tre sensible2 c'est d'elle seule qu'on a prtendu parler1 c'est son principe incorporel1 ou la matire premire1 qu'on a prtendu nommer1 et ce qu'on a dit ne s'appliquait nullement l'esprit1 dont on ne traitait pas4 ,cette rponse n'est pas forte1 et nous parat une excuse plutt qu'une solution4 ,il reste qu' ce degr de l'abstraction1 ce qui demeure de la substance corporelle est la notion d'un principe indiffrent 7non differens71 qui convient aussi bien au corps qu' l'esprit2 tout ce qu'on affirme de ce principe devrait donc tre compatible avec la forme corps et avec la forme esprit4 ,la difficult est peu srieuse dans l'hypothse du nominalisme4 ,si tous les genres ne sont que des vues de l'intelligence1 ils sont sans consquence1 et en abstrayant graduellement des notions d'individu1 d'animal1 de corps1 tout ce qui rpond l'tendue sensible1 pour arriver l'ide abstraite d'essence pure1 conciliable avec le corps comme avec l'esprit1 la pense ne risque pas plus de spiritualiser le corps que de matrialiser l'esprit2 les ralits n'ont rien gagner ni perdre dans cette analyse des fictions de la pense1 dans cette recherche purement verbale1 que la grammaire revendique1 et qui touche peu l'ontologie4 ,mais ,ablard n'a jamais profess le nominalisme1 il vient de le rfuter au contraire4 ,c'est un sophisme1 a-t-il dit1 que de prtendre que les genres et les espces ne sont rien1 et c'est pourquoi il se borne une explication qui peut servir d'apologie aux physiciens1 et il se rserve sur le fond des choses4 ,il revient donc l'autre objection1 celle qu'il appelle la question des lments4 ,c'est elle1 en effet1 qu'il s'est pose d'abord2 celle qui est relative l'me est venue incidemment4 ,il s'agit de savoir comment1 la constitution des corps ayant t ramene quelque chose d'incorporel1 peuvent natre les lments1 les lments physiques4 ,ils existent1 ils doivent se composer de gnral et de spcial1 de matire et de forme2 or on ne trouve nulle part dans l'chelle la place qu'ils doivent occuper1 ces lments antrieurs aux corps1 puisqu'ils en sont les composants4 ,au-dessus du corps cesse le corps2 les lments seraient donc incorporels et tomberaient dans la matire premire2 comment seraient-ils alors l'air1 l'eau ou le feu8 ,la difficult vient videmment de la notion mme des lments4 ,si les scolastiques avaient vu dcidment que les lments1 ceux des modernes comme ceux des anciens1 ne sont eux-mmes que des corps1 corps composants des corps composs1 ,ablard aurait pu ngliger l'objection1 mais il est loin de ces ides1 et il rpond3 ,un corps individuel a une quantit donne gale sa matire#hd4 ,les formes qu'il est habile recevoir1 en s'ajoutant1 n'augmentent pas les quantits4 ,soit le corps individuel ,socrate4 ,la part de pure essence appele un universel1 qui est en ,socrate1 se compose intgralement d'une essence qui peut se diviser en parties2 ce n'est point la substance1 mais la susceptibilit des contraires2 ces contraires l'informent1 et ainsi se produit telle ou telle essence substantielle4 ,or1 cette susceptibilit des contraires affecte aussi bien chacune des parties que le tout4 ,la part de pure essence dans ,socrate est devenue un compos de susceptibilit des contraires et de corporit1 et de l une certaine essence corporelle4 ,mais aussitt que la corporit affecte le tout1 elle affecte les parties1 chacune a sa corporit1 et il se produit ainsi autant d'essences corporelles4 ,puis enfin1 l'animation advient au tout et produit une essence de corps anim4 ,mais ici la scne change1 l'animation affecte le tout1 non les parties2 celles-ci1 au contraire1 sont inanimes4 ,de mme1 la sensibilit1 en affectant le tout1 constitue une essence d'animal2 mais les parties reoivent d'autres formes qui produisent plusieurs essences d'autres espces1 dont les noms ne nous sont pas prsents4 ,enfin le tout reoit la facult de la science 7perceptibilitas disciplin71 et l'homme existe4 ,mais chaque particule reoit d'autres formes qui font d'autres essences parmi les anims4 ,enfin la socratit informe toute cette essence d'humanit et constitue ,socrate4 ,mais aussitt d'autres formes affectent les parties de cette essence d'humanit2 les unes1 les couleurs et les formes du feu1 en affectent certains atomes et font le feu2 d'autres s'appliquent d'autres atomes et font l'eau1 et ainsi du reste4 ,les parties du tout se trouvent ainsi tre feu1 eau1 air ou terre4 ,de cette manire1 il n'est pas plus impossible que ,socrate soit compos des lments1 que de pieds et de mains4 ,ce sont galement ses parties composantes4 ,telle est l'origine des lments et l'origine des individus1 pour qui trouverait absurde que des essences gnrales et spciales se composassent d'lments4 ,note #hd3 ,je traduis ainsi en hsitant cette phrase singulire3 ,unumquodque individuum corporis quantum est1 tantum in se habet fructum4 7,p4 #eci47 ,ce n'est pas qu'on ne pt dire aussi que1 ds que l'animation affecte le corps1 les formes des lments affectent les essences de ce corps1 ou du moins1 qu'aussitt que la sensibilit affecte le corps anim1 ses parties deviennent lments4 ,ainsi s'expliquerait et le mot d',aristote1 que les quatre lments prcdent absolument l'animal1 et le mot de ,platon1 que les lments viennent de l'hyle 7la matire71 et que des lments vient tout le reste#he4 ,ablard avoue qu'ici il parat avoir suivi une marche contraire et renvers la rgle gnrale1 qui veut que les simples soient antrieurs aux composs4 ,note #he3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #edj4--;,j'ignore o ,ablard a pris ces deux citations4 ,quant la premire1 je vois bien que dans les ,topiques ,aristote dit qu',empdocle pensait que les quatre lments taient ceux de tous les corps1 et prcdaient l'animal1 ou le corps anim 7t4 #a1 o4 xiv1 sec4 b74 ,mais ,ablard n'avait point les ,topiques4 ,quant la pense qu'il attribue ,platon1 elle est bien dans la ,time 7trad4 de ,m4 ,cousin1 p4 #aeb et #aeh71 mais elle n'y est pas dans les termes qu'il emploie2 ,platon ne se sert pas en ce sens ,du mot hyle1 ,grec3 ul4 7,not4 #acd de la trad4 du ,time de ,m4 ,h4 ,martin1 t4 ,,ii p4 #bie47 ,il s'arrte l1 et1 comme on voit1 ne se montre pas net et dcid4 ,son explication se rduit en effet distinguer dans chaque essence le tout et les parties4 ,depuis la pure essence jusqu'au corps1 l'essence reoit les mmes formes1 soit dans le tout1 soit dans les parties4 ,a compter du corps anim1 il n'en est plus ainsi1 et les formes qui affectent le tout ne sont plus celles qui affectent les parties4 ,ainsi le tout d'une espce d'animal est compos de parties qui pourraient tre d'autres espces d'animaux4 ,le tout d'un homme est compos d'atomes qui ne sont pas des hommes1 mais des lments4 ,ou bien1 si l'on tient ne pas s'carter de l'autorit des anciens qui veulent que les lments aient prcd ou les animaux ou les corps1 il est loisible de faire remonter la distinction plus haut et d'admettre qu'au moment o le tout d'une essence reoit la forme animal ou la forme corps1 ses parties reoivent simultanment la forme lments4 ,c'est dans cette alternative qu',ablard vous abandonne4 ,aprs tout1 ce n'est l qu'une objection discute1 et la discussion des objections et des textes1 c'est--dire la controverse proprement dite1 couvre et obscurcit l'exposition de la doctrine mme4 ,celle d',ablard est contenue dans la distinction de la matire et de la forme applique la constitution du genre et de l'espce4 ,l est sa pense fondamentale1 son systme1 sa doctrine4 ,et ce n'est pas1 chose trange1 ce qu'on loue1 ce qu'on blme1 ce qu'on discute en lui4 ,en vrit1 lorsque je vois comment et ses contemporains et leurs successeurs ont qualifi et jug son systme1 je me prends croire qu'ils ne l'ont pas connu1 ou qu'ils ont seulement connu soit la partie polmique de ce systme1 soit des ides soutenues par lui au temps de sa vie militante2 tandis que nous le jugeons ici sur quelque ouvrage tardivement compos ou revu1 tmoignage suprme de ses opinions modifies par l'exprience et ramenes leur forme dernire4 ,ce qui est assur1 c'est qu'avec le fragment que nous tudions1 on ne comprend point comment1 par trois fois1 ,jean de ,salisbury a pu lui imputer d'avoir substitu l'oraison au nom dans la dfinition des universaux4 ,nous le comprendrons mieux au chapitre suivant4 ,le seul point essentiel1 c'est qu'il insistait beaucoup sur la prdication de l'espce4 ,dire que l'espce se iprdit ou plutt s'affirme1 et rechercher comment et dans quelle condition elle est ainsi attribue1 c'est bien en effet l'tudier comme lment de la proposition4 ,vouloir qu'elle ne s'affirme pas comme inhrente1 comme attribut essentiel1 mais comme dsignation1 signification1 tout au plus qualification1 c'est en effet nier qu'une chose puisse tre prdicat d'une chose4 ,s'enqurir de la signification principale1 c'est examiner une question de logique abstraite2 en un mot1 c'est au moins1 quant la forme1 convertir la question en une question d'oraison#hf4 ,il est donc vrai qu',ablard semble souvent rechercher uniquement ce que signifie une attribution de genre ou d'espce2 et1 sous ce rapport1 il tend tout rduire une question de langage4 ,note #hf3 ,voyez c4 ,,viii1 p4 #ag1 la citation de ,jean de ,salisbury et le chap4 suiv4 ,mais1 indpendamment de ce que cette remarque est peu prs commune toutes les discussions de la scolastique1 ne sait-on pas qu'elle pourrait la rigueur et sur les premires apparences s'appliquer presque toute recherche scientifique8 ,on ne peut philosopher qu'avec des mots1 et la recherche de toute chose peut se rduire extrieurement l'tude de l'oraison4 ,l'important1 c'est que l'oraison ne soit pas vide2 c'est que les mots cadrent avec les choses2 il suffit mme qu'elle signifie des choses dans la pense de l'auteur4 ,or assurment ici ,ablard a entendu donner les conditions mmes de l'tre1 en le dcomposant tous les degrs mtaphysiques1 en matire et en forme2 et il est loin d'avoir cru n'agiter qu'une question de grammaire1 ainsi que le voulait et l'avouait l'cole de ,roscelin4 ,il n'en est pas moins vrai qu'il pourrait bien n'avoir remu que des mots2 mais c'est ce qui arrive toute thorie fausse1 et ce reproche on pourrait en ce sens l'adresser mme ,guillaume de ,champeaux1 si les essences universelles n'existent pas1 mme ,bernard de ,chartres1 si les ides ternelles sont une chimre4 ,mais cette critique est d'un tout autre ordre1 et jusqu' jugement dfinitif1 tenons que le principe d',ablard1 c'est la distinction de la matire et de la forme applique la constitution des universaux4 ,si l'espce se distingue du genre1 c'est par la diffrence4 ,la diffrence est l'attribut essentiel et caractristique1 et non le simple accident2 et comme le genre plus la diffrence ou la matire plus la forme est une nouvelle essence1 l'essence spcifique1 distincte de l'essence gnrique1 il est difficile de ne pas regarder la diffrence ou la forme comme quelque chose de rel1 comme ou moins un lment constituant de l'tre4 ,et en effet1 ,ablard1 lorsqu'il n'argumente pas contre le ralisme1 nous donne cette ide de la diffrence ou de la forme4 ,cette ide est si bien celle d',aristote1 qu'on a cru la traduire par l'expression de forme substantielle4 ,mais qu'est-ce que la forme substantielle en soi8 ,aristote a beaucoup reproch ,platon de ne pouvoir dire quel est le mode d'existence des ides4 ,comment rpondrait un disciple d',aristote cette question3 ,quel est le mode d'existence des formes substantielles8 ,il y a quelque vue confuse de cette difficult dans la proccupation o une autre question jette ,ablard4 ,a quel prdicament appartient la diffrence8 ,c'est ici un point trs-important de la thorie scolastique4 ,voici comment il le pose3 les diffrences doivent-elles tre rapportes un prdicament8 ,il rpond qu'elles doivent tre places en dehors des prdicaments4 ,quelques-uns ont voulu les classer exclusivement dans le prdicament de substance1 n'admettant pas que la division de celui de qualit en deux espces prochaines divise le genre par diffrence4 ,comme l'essence d'homme qui est en ,pierre est autre que celle qui est en ,paul1 sans diffrer par une forme spciale1 la blancheur1 disent-ils1 n'est pas la noirceur1 et divise ainsi la couleur1 genre de la qualit1 sans qu'il y ait diffrence de forme4 ,mais cela ne vaut pas la peine qu'on y rponde1 contra hoc agere vile est2 la couleur ne saurait tre le genre de la blancheur1 l'une tant aussi simple que l'autre4 ,on ne doit attention qu' l'opinion soutenue par des hommes authentiques 7authentici viri74 ,suivant eux1 les espces1 rsultant toutes de diffrences1 sont toutes dans quelque prdicament1 car tout ce qui est est dans un prdicament4 ,celui des diffrences est la qualit1 car elles sont toutes poses comme prdicats in quale 7et non in quid7 seulement ce sont des prdicats de qualit substantielle1 non accidentelle4 ,dans ce systme1 la diffrence serait la qualit substantielle par excellence1 l'essence seconde de quelques philosophes modernes4 ,mais c'est une rgle de ,boce que tout genre est naturellement et compltement divis en deux essences prochaines#hg4 ,ainsi le genre le plus gnral ou prdicament de qualit1 se divise ainsi2 les deux espces prochaines qui en puisent la distribution sont1 par la vertu des diffrences1 constitues chacune en genre proprement dit2 or quelles sont ces diffrences constitutives8 des qualits1 par la supposition4 ,quelles sont ces qualits8 elles sont ou la qualit mme 7genre le plus gnral1 prdicament de qualit71 ou les espces divisantes1 ou contenues dans les espces prochaines4 ,le premier cas est impossible3 le gnralissime1 le prdicament1 ne peut se servir lui-mme de forme pour se constituer en espce2 ce serait la matire devenant sa forme essentielle1 et qui pourrait alors tre sans elle-mme1 la forme tant distincte de la matire4 ,le second cas n'est pas plus admissible4 ,soit a et b les espces divisantes2 a et b ne peuvent tre les diffrences a et b c'est--dire constituer elles-mmes avec elles-mmes4 ,d'abord ce serait admettre qu'un mme peut tre antrieur et postrieur lui-mme1 le constituant tant dans ce cas identique au constitu2 puis il faudrait supposer que a1 par exemple1 forme du prdicament qualit1 et constituant l'espce a1 est une partie de l'essence de soi-mme1 ce qui rpugne la raison2 ou bien qu'en s'unissant comme forme la qualit1 il constitue b1 comme b lui-mme constitue a4 ,des deux cts impossibilit gale1 car si a est la forme substantielle de b1 b contient a comme partie de son essence1 unie la qualit1 sa matire4 ,mais b ne peut plus tre la forme substantielle de a1 car a contiendrait ainsi1 comme partie formelle unie la qualit1 sa matire1 b1 qui est un tout dfinitif contenant dj a comme partie de son essence1 et rciproquement4 ,en d'autres termes1 b serait gal a1 plus la qualit1 c'est--dire serait plus grand que a1 et a serait gal b plus la qualit1 c'est--dire plus grand que b4 ,la contradiction est vidente4 ,prtendra-t-on placer auprs de la division de la qualit en a et b une autre division en c et d et faire rciproquement des deux membres de l'une des divisions les diffrences de l'autre8 ,ainsi1 parce qu'animal est divis soit en rationnel et irrationnel1 soit en mortel et immortel1 rationnel et irrationnel seraient les diffrences constitutives d'animal mortel et d'animal immortel1 et rciproquement6 ,l'absurdit de cette combinaison n'a pas besoin de la dmonstration algbrique4 ,note #hg3 ,de ,div41 p4 #fdc4 ,il suit que si vous placez les diffrences dans la catgorie de qualit1 il n'y aura plus d'autres espces que des espces de qualit2 car toute espce repose sur une diffrence1 et ,aristote a dit3 ,des genres divers et non subordonns entre eux1 les espces et les diffrences sont diverses#hh4 ,note #hh3 ,arist41 ,cat4 ,,iii1 et dans ,boce1 ,in ,praed41 ,i1 p4 #abd4 ,ablard conclut de ces objections1 qu'il dclare insolubles1 que les diffrences substantielles ne sont dans aucun prdicament4 ,elles ne sont que de simples formes1 n'tant en aucune faon composes de matire et de forme1 puisqu'elles viennent dans la matire du sujet constituer une nature sans tre constitues par rien4444 ,je ne suis point conduit l1 ajoute-t-il1 par la raison seule4 ,et il essaie de s'accorder avec ,boce4 ,maintenant il faut songer aux consquences4 ,un point important doit tre vit3 restat grandis labor1 dit ,ablard4 ,il faut prendre garde d'tre forc concder que la matire de la substance soit un des genres les plus gnraux1 savoir la catgorie de la substance1 et que la susceptibilit des contraires1 et en gnral toutes formes simples1 soient des espces4 ,ce serait une consquence grave1 parce qu'alors la matire de la substance tant un genre1 c'est--dire une essence1 elle en constituerait une autre avec la susceptibilit des contraires2 ce point de l'chelle1 au lieu d'un seul degr1 il y en aurait deux1 et la substance1 au lieu d'tre la dernire expression de l'tre1 puisqu'elle n'a au-dessus d'elle qu'un principe intelligible1 un abstrait qui est suppos sa matire ou la pure essence1 ne serait plus qu'une espce de l'tre4 ,c'est ce qui arriverait si l'on appliquait sans prcaution la thorie de la diffrence1 et que l'on fit de la susceptibilit des contraires1 comme forme simple1 une diffrence spcifique4 ,remarquez combien ,ablard met de prix retenir et sauver les caractres de la substance2 il s'en fait une grande tche1 grandis labor4 ,mais1 dit-il1 pourquoi la matire de la substance parat-elle tre un genre8 parce qu'elle est attribuable plusieurs d'espce diffrente1 d'essence diffrente4 ,elle appartient plusieurs espces dont elle est la matire1 elle peut tre conue de plusieurs espces existant comme sujets2 c'est--dire que les diffrents sens de la dfinition du genre lui sont applicables4 ,mais il faut remarquer que1 dans dette dfinition1 tre attribuable plusieurs1 c'est l'tre plusieurs espces prochaines ou immdiatement subordonnes2 or1 la matire de la substance n'a point d'espces qui lui soient immdiatement subordonnes4 ,le corps et les espces qui viennent les premires dans le prdicament de la substance1 sont immdiatement subordonnes celle-ci1 la substance la plus gnrale1 laquelle n'est pas seulement la matire de la substance1 mais cette matire de la substance ou la pure essence1 plus la susceptibilit des contraires4 ,nous pouvons mme dire que cette pure essence n'est pas rellement une essence1 elle ne suffit pas pour qu'on puisse faire une rponse convenable la question per quid1 c'est--dire si l'on demande d'une chose ce qu'elle est2 car c'est mal rpondre que de rpondre une question ce que parat savoir celui qui questionne4 ,or1 celui qui demande ce qu'est une chose sait videmment qu'elle est1 puisqu'il pose cette question pralable4 ,si donc l'on demande3 qu'est-ce que la substance8 rpondons3 elle est#hi2 car on ne peut rpondre par son nom et dire qu'elle est la substance4 ,note #hi3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4#edf-edg4 ,si ergo quritur3 quid est substantia8 respondeamus3 est4 ,ce passage remarquable conduirait une difficile question1 celle de la possibilit d'une distinction entre la substance et l'essence1 entre l'essence et le mode essentiel1 constitutif1 ou la ,diffrence1 entre ce dernier mode et l'accident4 ,le fond de tout ce qu'enseigne l-dessus la scolastique se trouve ou commencement de l',organon4 ,cat4 ,i1 ,,ii1 ,v1 et dans l'ouvrage de ,m4,b4 ,saint-,hilaire 7de la ,log4 d',arist41 t4 ,i1 sect4 ,,ii1 c4 ,,ii4 ,cf4 la ,dialectique d',ablard1 p4 #agd47 ,les notions quivalentes ont t exposes sous une forme plus moderne dans les ,principes de la ,philosophie de ,descartes1 part4 ,i1 sec4 #ea1 t4 ,,iii des ,oeuvres compltes4 ,on insistera et l'on dira que si la susceptibilit des contraires a pour support la pure essence1 elle lui est attribue titre de prdicat1 de sorte qu'on peut noncer cette proposition3 la pure essence est susceptible des contraires4 ,dans ce cas1 elle est une substance1 et elle passe dans le prdicament de la substance2 car si elle est la substance elle-mme1 elle est le genre le plus gnral2 si elle vient aprs la substance1 si elle est son infrieure1 elle est la substance corporelle ou incorporelle1 et dans les deux cas elle est dans un prdicament4 ,mais nous ne devons pas accorder qu'une forme quelconque soit prise comme prdicat de la matire dans laquelle elle est1 et que le mot qui sert de sujet dsigne ncessairement une matire4 ,de ce que la rationnalit est dans l'animal1 il ne suit pas que l'animal1 matire de la forme rationnalit1 soit le rationnel lui-mme4 ,en effet1 il serait l'homme ou ,dieu2 et s'il tait homme1 il serait ,socrate ou ,platon1 et alors l'universel serait le singulier1 ce qui rpugne4 ,nous n'accordons qu'une chose1 c'est que rationnel peut tre le prdicat d'animal1 quand animal descend d'un degr et passe l'infrieur1 quand on dit3 animal est un genre1 un certain animal est rationnel4 ,ne dites mme pas que l'animal soit rationnel1 parce qu'il est le fondement de la rationnalit4 ,rationnel n'est pas le nom du sujet de la rationnalit1 mais de l'tre qui est constitu par la rationnalit1 et ce n'est pas l'animal1 mais l'homme4 ,de mme1 la pure essence1 quoique la susceptibilit des contraires se ralise en elle1 n'est pas la susceptibilit des contraires3 susceptible des contraires est le nom des tres constitus par la susceptibilit des contraires4 ,mais si le susceptible est de l'essence de la substance1 n'est-il pas ou la substance mme1 ou une diffrence comme la corporit8 ,nullement1 la diffrence est celle qui divise le genre et constitue l'espce1 ce que ne fait pas le pur susceptible2 mais il est vrai qu'il donne l'tre la substance1 comme la corporit au corps1 voil toute la ressemblance4 ,les diffrences peuvent sans doute tre nonces comme des qualits4 ,si l'on entend qualit dans un sens vague et gnral1 il est certain que la forme peut tre attribue en prdicat titre de qualit2 mais1 dans ces termes1 il en est de mme de la quantit1 elle aussi peut tre attribue adjectivement4 ,or1 entendue strictement1 la qualit est une catgorie qui ne doit tre confondue avec nulle autre3 un prdicat de qualit est un attribut au titre de la qualit1 et non une modification quelconque du sujet4 ,la rationnalit ne parat une espce que parce qu'elle peut tre attribue en essence des tres numriquement diffrents2 ainsi elle est comme la matire de telle ou telle rationnalit particulire1 toutes rationnalits particulires qui ne diffrent qu' raison du nombre1 et non par une diffrence substantielle4 ,mais la rationnalit d',aristote1 ou toute forme simple1 n'ayant de soi nulle matire1 n'est la matire de rien1 et par consquent est matriellement nulle4 ,cependant1 direz-vous1 cette part de rationnalit qui est dans l'un n'est pas celle qui est dans l'autre1 elles semblent par consquent autant d'individus de rationnalit4 ,mais en est-il autrement de la part d'humanit qui est dans l'un par rapport celle qui est dans un autre1 et cependant elle n'est ni genre1 ni espce1 ni individu d'humanit1 elle est seulement une des essences dont se compose collectivement l'humanit1 qui est l'espce4 ,de mme1 cette part de rationnalit qui est dans une personne n'est pas autre chose qu'une des essences dont se compose la rationnalit1 qui est la diffrence4 ,homme est quelque chose qui est constitu matriellement de la rationnalit1 et qui en est un individu1 comme ,socrate de l'humanit4 ,on objecte que les diffrences sont poses comme prdicats du sujet 7,boce74 ,quels prdicats8 prdicats non in quale1 mais in quid1 non de qualit1 mais d'essence4 ,c'est qu'il n'y a de vrai que cette proposition3 certaines diffrences1 attribues au sujet1 le sont en prdicats d'essence4 ,encore cela n'est-il vrai que si l'on prend cette expression de prdicat en essence dans le sens le plus large4 ,ainsi on peut1 si l'on veut1 donner l'animal homme la rationnalit comme prdicat en essence2 mais alors au fond rationnalit est pris comme essence formelle1 animal comme essence matrielle4 ,une forme simple n'est jamais attribue comme prdicat en essence qu'aux tres qu'elle constitue formellement4 ,si l'on peut avec vrit dire3 ,socrate est ce rationnel 7hoc rationale71 proposition o l'individu de rationnalit sert de prdicat1 ce n'est pas en entendant que ,socrate est support de l'individu de rationnalit1 ce ne peut tre qu'en posant comme prdicat une matrialit dans une proposition actuelle pour un cas dtermin4 ,ce n'est pas titre de forme simple que ce rationnel est attribu ,socrate1 car c'est la forme de ta matire animal et non de ,socrate1 mais on prend cette forme pour prdicat dans un cas actuel et particulier4 ,telle est la proposition3 je lis1 elle donne un support actuel la lecture1 et la lecture est en prdicat4 ,il reste enfin donner une connaissance prcise de ce que c'est que les formes simples1 afin de discerner avec certitude celles que nous devons placer hors des prdicaments4 ,les formes simples1 qui ne sont en aucun prdicament1 sont celles qui constituent des natures4 ,or la susceptibilit du corporel1 pour ,socrate1 le blanc1 le dur ou toute forme prdicamentale quelconque ne crent pas une nature en s'adjoignant au sujet4 ,quand la blancheur vient natre dans ,socrate1 il ne se produit pas une troisime nature qui soit autre que ,socrate1 autre que la blancheur1 un nouvel tre qui soit le compos ,socrate et blancheur4 ,c'est ,socrate qui acquiert la blancheur1 mais qui demeure ,socrate4 ,la substance et l'accident ne crent rien4 ,mais ces formes simples1 dira-t-on peut-tre1 prcisment parce qu'elles sont incomposes1 ne sont pas diverses2 des essences d'humanit sont la mme chose1 parce qu'elles ne sont pas de nature on de cration diffrente4 ,et pourtant ces choses qui ne diffrent de nature ni par la matire ni par la forme1 diffreraient par leurs effets2 elles ne sont donc pas de simples formes4 ,la rationnalit1 qui n'ayant ni matire ni forme de nature1 ne diffre aucun de ces titres de l'irrationnalit1 produit un diffrent effet2 car elle est la forme1 en vertu de laquelle nous raisonnons1 effet que ne produit certainement pas l'irrationnalit4 ,dites de mme alors3 ces essences1 qui reoivent la rationnalit1 produisent un autre effet que celles qui sont affectes de l'irrationnalit1 puisqu'elles produisent les unes l'homme1 les antres l'ne1 et par consquent elles ne sont pas une mme chose4 ,or certainement la mme essence sert de matire dans les deux cas1 c'est l'essence d'animal4 ,c'est que la diversit de l'effet ne provient pas des matires1 mais bien des formes4 ,car s'il arrivait que la rationnalit vnt affecter des essences qui1 en ralit1 ne la soutiennent jamais1 elle ferait galement un homme avec celles-ci1 comme avec les autres l'irrationnalit ferait un ne4 ,ainsi vous avez vu la mme essence corporelle tantt composer l'anim avec l'animation1 tantt avec l'inanimation l'inanim4 ,on peut donc dire de matires1 qui avec des formes diffrentes sont aptes produire leurs effets1 qu'elles sont la mme chose4 ,mais on n'en saurait dire autant des formes simples diverses1 parce que pour tre la mme chose1 il ne faut pas avoir cette diversit d'effets1 qui suit leur combinaison avec les pures essences des choses les plus gnrales#ij4 ,note #ij3 ,cette phrase est fort obscure et probablement altre dans le texte2 la voici3 ,divers vero form simplices minime dicuntur idem1 quia hoc non habet eamdem diversitatem effectuum inveniens in meris essentiis generalissimarum4 ,p4 #eej4 ,suppos qu'il ft possible que la pure essence1 matire de la qualit la plus gnrale1 au lieu de qualifier cette autre pure essence1 matire de la substance la plus gnrale1 prt la forme de celle-ci1 jamais de cette combinaison1 c'est--dire de la matire de la substance avec une pareille forme1 ne rsulterait mme la qualit substantielle4 ,car la matire de la qualit et la susceptibilit des contraires ne feraient jamais de ,socrate ou la substance ou la qualit1 comme de cette mme essence de la substance qui avec l'incorporit constitue l'esprit1 la corporit ferait le corps2 comme de celle qui tout l'heure constituait le corps1 l'incorporelle ferait l'esprit4 ,et c'est l que finit le ,fragment sur les ,genres et les ,espces4 ,cette dernire partie ne tient mme pas essentiellement la question1 quoiqu'elle nous claire singulirement sur les ides accessoires qui devaient la compliquer pour des esprits imbus profondment des principes de la scolastique4 ,il rsulte des dernires paroles qu'il faut soigneusement distinguer les formes et les matires4 ,on n'a appel notre examen que sur la premire catgorie1 celle de la substance ou de l'tre proprement dit1 celle de l'essence dans la langue des scolastiques2 c'est en effet celle qui intresse minemment l'ontologie4 ,mais la scolastique qui traite tout comme des tres1 sans cependant tenir tout pour des tres1 applique toutes les catgories la mme distinction de matire et de forme4 ,ainsi dans la catgorie de qualit se produisent par analogie des genres et des espces2 la qualit est le genre1 dont la couleur est l'espce2 la qualit est la matire qui avec la forme de la colorit constitue l'essence de la couleur1 et ainsi du reste4 ,suit-il de cette analogie qu'on puisse indiffremment assortir les formes de l'chelle de la qualit avec les matires de l'chelle de la substance1 ou faire les combinaisons inverses8 non1 l'chelle de l'tre proprement dit est part1 et c'est autour de la substance ses divers degrs1 mais non dans la substance et au mme point d'identification1 que peuvent venir se placer les divers degrs de qualit1 de quantit1 de relation1 enfin tous les modes subordonns aux divers prdicaments4 ,l'tre1 dit ,aristote#ia1 signifie ou bien la substance et la forme essentielle1 ou bien encore chacun des attributs gnraux1 la quantit1 la qualit et tous les autres modes444 ,il y a de l'tre dans toutes ces choses1 mais non pas au mme titre1 l'une tant un tre premier et les autres ne venant qu' la suite4 ,note #ia3 ,mtaph41 ,,vii1 iv1 t4 ,,ii1 p4 #ab de la traduction4 ,admettez donc une premire diversit1 une dmarcation profonde entre les degrs de l'tre et les accidents de l'tre2 et ce n'est qu'en suivant les degrs d'une mme catgorie qu'ainsi qu'entre les produits d'une mme race peuvent se former des combinaisons cratrices4 ,voulez-vous associer la matire du premier degr de l'tre avec la forme du premier degr de la qualit1 ,ablard vous dit que vous n'obtiendrez ni la qualit substantielle1 ni la substance qualitative2 car vous n'aurez d'un ct qu'un des lments de la substance1 de l'autre qu'un des lments de la qualit4 ,au fond1 comme le mot de pure essence est indtermin de sa nature et nul sans sa forme1 cette union hybride vous donnerait pour unique rsultat le premier degr de la catgorie dont vous auriez emprunt la forme4 ,si maintenant vous descendez d'un ou plusieurs degrs dans diverses catgories1 vous chargerez de modes divers les degrs de la premire2 mais1 suivant ,ablard1 vous ne crerez pas de vritables espces1 de vritables genres1 parce que vous ne crerez pas des natures4 ,des animaux blancs ou noirs1 grands ou petits1 sont toujours des animaux1 et ces distinctions n'engendrent que des genres et des espces improprement dites1 ou des genres et des espces dans l'ordre de la qualit1 non dans l'ordre de l'essence4 ,elles n'insrent pas un anneau de plus dans la chane de l'tre4 ,les classifications zoologiques ne sont pas ontologiques4 ,cependant1 par analogie1 on peut oprer toutes les combinaisons que permet le nombre des graduations et des varits dans les diffrentes catgories4 ,de mme qu'on peut oprer sur les degrs de la qualit1 comme si c'taient des degrs de l'tre1 on peut1 jusqu' un certain point1 traiter les degrs de l'tre comme s'ils taient des nuances de la qualit3 le langage s'y prte4 ,dans la proposition1 ce qui est affirm est1 au moins dans la forme1 un attribut d'un sujet4 ,en grammaire et mme en logique1 on peut donc confondre tout ce qui se pense d'un objet quelconque avec l'opration qui qualifie une substance4 ,ces propositions ,socrate est homme1 et ,socrate est vieux paraissent logiquement composes de mme1 et le penchant ne considrer que comme des qualits tout ce que nous disons des objets de notre pense1 est un penchant naturel et mme assez motiv1 puisque la substance de l'tre est impntrable1 innommable1 pour nous1 et s'affirme plus qu'elle ne se connat4 ,quand nous voulons dfinir un objet1 nous tombons dans l'numration de ses modes1 et nous ne pouvons gure nous assurer d'avoir jamais atteint son mode essentiel1 encore moins sa vritable essence2 du moins ne connaissons-nous l'essence que dans une mesure subjective4 ,cependant l'examen attentif des diverses propositions attributives suffit pour dmontrer la distinction sur laquelle ,ablard s'appuie4 ,si la raison 7rationalitas7 est la forme qui de l'animal fait l'homme1 on peut cependant dire galement3 l'animal est raisonnable et l'homme est raisonnable4 ,raisonnable est1 dans les deux propositions1 attribut ou prdicat2 mais l'est-il au mme titre8 non1 sans doute1 puisque l'animal n'est pas raisonnable ncessairement comme l'est l'homme1 car il y a des animaux sans raison4 ,il s'agit donc1 dans chaque proposition1 d'une attribution on prdication de nature diffrente4 ,c'est dans les deux cas un prdicat d'essence2 mais1 dans le premier cas1 il ne fait que modifier l'animal2 dans le second1 il constitue l'homme#ib4 ,la seconde proposition nonce donc une attribution qui a une vertu propre1 et le prdicat qu'elle contient est quelque chose de plus qu'un mode2 c'est ce qu',ablard appelle forma simplex4 ,par l'importance qu'il attache sa distinction1 on voit qu'il croit toucher un principe substantiel de l'ontologie1 et qu'il est loin de rduire la connaissance humaine une vaine conception logique de l'accessoire et de l'apparent4 ,par l1 il est dans un vrai ralisme4 ,il met la forme simple1 comme lment virtuel de la diffrence spcifique1 en dehors des catgories2 c'est pour ainsi dire la mettre en dehors de l'idologie4 ,c'est lui donner une valeur unique1 et en faire comme l'instrument de la cration4 ,on peut trouver gratuite1 hypothtique1 indfinissable l'existence de ce facteur singulier1 ralis par l'abstraction2 mais on ne peut mconnatre l une thorie comme une autre de ce fait si obscur et si grand1 l'essence4 ,les philosophes modernes1 plus rservs en gnral1 n'ont pas cependant t beaucoup plus lumineux2 et il ne reste gure sur cette question que des distinctions purement idologiques4 ,ainsi verbalement les diffrences spcifiques peuvent se prsenter comme des modes ordinaires4 ,elles constituent les essences1 et si l'essence est un mode1 elle est du moins le premier des modes1 comme1 si l'on veut1 le mode est un faible degr de l'essence4 ,entre ces deux extrmes se place une srie de conceptions touchant les tres1 lesquelles conceptions ont une valeur dcroissante1 depuis celles qui semblent des ides ncessaires1 jusqu' celles qui ne sont plus que des gnralisations de la sensation4 ,note #ib3 ,pour exprimer en scolastique cette diffrence1 on aurait pu dire homo est rationale1 et non rationalis2 c'est peu prs dans la mme sens ,qu'on pourrait dire l'homme est une raison1 comme on dit qu'il est une intelligence4 ,mais ici1 dans cette catgorie de l'tre1 ,ablard fait encore une distinction1 le corps marque une limite1 au-dessus ou au-dessous de laquelle les principes ne sont plus les mmes4 ,au-dessus du corps1 la science ne considre plus que des ides qui peuvent tre vraies1 sans correspondre aucune ralit distincte2 au-dessous du corps1 les genres et les espces peuvent tre des abstractions1 mais elles correspondent des collections de ralits4 ,dans la partie suprieure de cette srie1 les mots de matire et de forme sont encore employs1 mais par induction1 par symtrie1 et comme pour ordre4 ,c'est une des marques les plus frappantes de ce besoin et de ce pouvoir d'unit1 qui caractrise la raison4 ,mais cette concordance symtrique n'autoriserait pas accoupler arbitrairement les divers produits de la pense gnratrice1 et c'est une rgle qu'on ne peut franchir un degr pour associer des matires et des formes qui ne sont point immdiatement juxtaposes4 ,quant l'union des matires des matires1 ou des formes des formes1 il est vident qu'elle serait un non-sens4 ,seulement1 il faut observer que telle est la valeur de la diffrence entre les deux parties de l'chelle1 qu',ablard n'a pas hsit penser que la matire du premier degr ou la pure essence pouvait1 en acqurant la susceptibilit des contraires1 devenir indiffremment la matire de deux formes contradictoires1 et que le support de l'incorporel pouvait tre le mme que celui du corporel4 ,cela n'est possible qu' ce degr de l'abstraction2 et certes une telle pense aurait bien mrit d'tre approfondie au point de vue de la nature relle des choses4 ,mais le propre de la scolastique est de donner la forme ontologique tout1 et de ne considrer l'ontologie vritable que de profil2 elle la ctoie sans cesse2 elle y pntra rarement4 ,car jamais elle n'a explicitement et mthodiquement tabli1 comme les modernes dialecticiens du panthisme1 que ses distinctions logiques fussent des choses existantes ou les apparences successives de l'tre identique universel4 ,voil ce que nous aurions dire sur cette thorie considre ontologiquement2 mais remise sa place1 c'est--dire reporte dans la controverse des universaux1 elle a pour but principal d'tablir que la diffrence n'est ni espce1 ni accident1 ni essence prdicamentale1 c'est--dire relevant d'aucun prdicament3 elle est la forme simple en dehors de toute catgorie4 ,elle est l'lment formateur de l'espce1 et ne peut tre ramene la simple proprit1 au mode1 l'accident1 moins que l'on n'entende par l tout ce qui a besoin d'autre chose que soi pour tre4 ,encore serait-ce un mode part1 incomparable1 et qui d'ailleurs ne serait le degr d'aucune chelle catgorique4 ,d'o il suit tout la fois1 qu'il n'y a point d'essence spcifique1 ou que ce qui fait l'espce n'est pas un tre en soi1 et que cependant l'espce n'est ni un mot ni un nant2 d'o il suit encore que ,buhle a eu raison de dire qu',ablard est raliste l'gard de ,roscelin1 et nominaliste a l'gard de ,guillaume de ,champeaux#ic4 ,note #ic3 ,histoire de la ,philosophie moderne4--,introd41 t4 #a de la traduction1 p4 #fhi4 ,,chapitre ,x4 ,,suite ,,du ,,pr,c,,dent4--,de ,intellectibus4--,glossul super ,porphyrium4--,r,,sum4 ,les monuments imprims ont t soigneusement interrogs1 et l'on vient de lire tout ce que leurs rponses nous ont appris4 ,il semble qu'il ne resterait plus qu' conclure1 en tirant de ce long examen un jugement dfinitif4 ,mais un document prcieux et inconnu est dans nos mains4 ,un manuscrit d',ablard1 dont l'existence mme n'est indique nulle part1 mais dont l'authenticit ne nous laisse aucun doute#id1 donne encore sur sa doctrine des lumires nouvelles1 et surtout explique d'une manire certaine ce qui n'avait t jusqu'ici l'objet que d'inductions conjecturales1 le jugement de ses contemporains4 ,notre analyse ne serait point consciencieuse1 si la crainte des longueurs nous empchait de puiser cette nouvelle source4 ,c'est un ouvrage qui porte un titre modeste1 ,petites ,gloses sur ,porphyre2 mais plus intressantes et plus dveloppes que celles qui ont t dj imprimes1 ces gloses claircissent autre chose que le texte de l'auteur grec1 dans la version de ,boce2 c'est un commentaire la fois littral et spirituel4 ,nous ne serions pas tonn que cet crit1 d'une rdaction elliptique et obscure1 ft une oeuvre de la jeunesse de l'auteur4 ,il y annonce qu'il le compose la demande1 non plus de ces lves1 mais de ses compagnons1 disons le mot1 de ses camarades1 sociorum4 ,l'aurait-il rdig cette poque intressante1 o matre de fait1 colier de nom1 il suivait1 en les discutant les leons des docteurs de la ,cit1 et rptait pour son compte et ses pairs les leons qu'il venait d'entendre avec eux1 ne s'autorisant pour enseigner que de sa hardiesse1 de son esprit et de son loquence8 ,note #id3 ,ce manuscrit intitul3 ,glossul magistri ,petri ,blardi super ,porphyrium1 a t retrouv par le savant ,m4 ,ravaisson1 et nous en devons la communication sa bienveillante obligeance4 ,nous ne saurions trop l'engager la publier2 c'est un fragment prcieux pour l'histoire de la ,philosophie4 ,la texte est difficile1 quelquefois altr2 il n'en a que plus besoin d'un diteur tel que ,m4 ,ravaisson4 ,les premires pages de ce manuscrit nous apprennent qu'on peut ramener la science en gnral la science du jugement et la science de l'action4 ,la premire est celle de la thorie1 la seconde est celle de la pratique4 ,on peut bien agir et ne point savoir juger4 ,tel peut utilement employer la gurison des infirmits humaines les vertus des simples1 qui ne sait pas la physique1 comme tel autre peut habilement instruire1 sans tre capable d'oprer ce qu'il enseigne4 ,la philosophie est une science thortique4 ,tous les savants n'ont pas droit au nom de philosophes4 ,il n'appartient qu' ceux qui1 s'levant au-dessus des autres par la subtilit de leur intelligence1 jugent ce qu'ils savent4 ,l'homme dou do cette facult est celui qui sait comprendre et peser les causes secrtes des choses2 la recherche de ces causes est du ressort de la raison et non pas de l'exprience sensible#ie4 ,note #ie3 ,est scientia alia agendi1 alia discernendi4 ,aola autem scientia discernendi philosophia dicitur444 ,philosophos444 vocamus costantum qui subtilitate intelligenti prominentes in his qu diligentem habent discretionem4 ,discretus est qui causes occultas rerum comprehendere ac deliberare valet4 ,occultas causas dicimus ex quibus qu res eveniunt magis ratione quam experimentis sensuum investigandum4--,cassiodore avait divis la science en inspectiva et en acutalis 7,de art4 ac discipl41 c4 iii74 ,la philosophie se divise en physique1 en thique et en logique#if4 ,la premire spcule sur les causes des choses naturelles1 la seconde est la matresse de la vertu1 la troisime1 que nous nommons indiffremment dialectique1 est l'art de disserter exactement1 c'est--dire de discerner les arguments qui servent disserter1 c'est--dire encore discuter2 car la logique n'enseigne pas se servir des arguments ni les composer1 mais les distinguer et les apprcier4 ,ceci est proprement la logique1 le reste est la rationnative#ig4 ,or1 les arguments tant composs de propositions1 et les propositions d'expressions1 dictiones1 la logique doit commencer par tudier d'abord les oraisons simples1 puis les composes4 ,de l toute la division de la ,logique d',aristote1 de l aussi l',introduction de ,porphyre1 qui conduit aux prdicaments du premier4 ,note #if3 ,ou naturelle1 morale et rationnelle1 ,cette division de la philosophie tait vulgaire alors4 ,saint ,augustin qui croit qu'elle vient de ,dieu mme et qu'elle est une image de la ,trinit1 dit qu'on l'attribuait ,platon4 ,c'est en effet ainsi qu',apule divise la philosophie de ,platon1 ou1 comme il dit1 le dogme de ,platon4 ,la mme division se retrouve dans ,sextus ,empiricus et dans ,macrobe4 ,elle fut accrdite par ,alcuin et ,raban ,maur4 7,s4 ,augustin1 ,de ,civit4 ,del1 l4 ,,xi1 c4 xxv4--,apul41 ,de ,dogm4 ,plat41 t4 #a--,macrob41 ,in ,somn4 ,scip41 l4 ,,ii1 c4 xvii4--,alcuin1 ,opusc4 iv1 ,de ,dialect41 c4 #a4--,raban ,maur1 ,de ,universo1 t4 ,,xv1 c4 i4--,johan4 ,saresb4 ,policrat41 t4 ,,vii1 c4 v1 et ,metal41 t4 ,,ii1 c4 ii47 ,note #ig3 ,est logica1 auctoritate ,tullii1 diligens ratio disserendi1 id est discretio argumentorum per qu disseritur1 id est1 disputatur4 ,non enim es logica solentia utendi argumetis sive componendi ca1 sed discernendi et dijudicandi veraciter de cis4 ,du argumentorum scienti2 une componendi1 quam dicimus rationnativam1 alia autem discernendi composita1 quam logicam appellamus4-- ,l'auteur cite ici les ,topiques de ,cicron1 qu'il connaissait par la ,commentaire de ,boce4 7,boeth4 ,op41 p4#geg47--,voici comment s'exprime ,cicron3 ,quam omnis ratio diligens disserendi duas habeat partes1 unam ,inveniendi1 alteram judicandi1 utriusque princeps1 ut mihi quidem videtur1 ,aristoteles fuit4 ,stoici autem in altera elaboraverunt1 judicandi enim vias diligenter persecuti sunt1 ca scientia1 quam dialecticen appellant4 7,top41 ,,ii47 ,bde adopte cette dfinition de la dialectique entendue en gnral2 celle d',alcuin1 que nous avons cite1 on diffre peu1 et elle a t rpte textuellement par ,raban ,maur4 7,voy4 ci-dessus1 t4 #a1 p4 #caa1 et ,rab4 ,maur41 ,de instit4 cleric41 l4 ,,iii1 c4 xx47 ,au reste c'est la dfinition que ,ramus tirait des ,topiques de ,cicron pour l'opposer celle d',aristote1 qui dfinit la logique la science de la dmonstration4 7,barth4 ,saint-,hilaire1 prf4 de la trad4 de l',organon1 t4 ,i1 p4 cviii1 et ,prem4 anal41 t4 #a1 p4 #a47 ,ce prambule amne ,ablard l'examen de l'ouvrage de ,porphyre4 ,ce n'est pas une glose littrale1 une simple interprtation du texte1 mais une exposition et souvent une critique des principes reus1 particulirement de quelques opinions de ,boce2 tout cela suivant que les divisions du ,trait des cinq voix ramnent les questions sous la plume du subtil commentateur4 ,nous n'extrairons de cet ouvrage que ce qui est relatif notre sujet et peut claircir les points jusqu'ici demeurs obscurs4 ,la grande question que ,porphyre indique en dbutant1 et qu'il carte soudain1 arrte ,ablard1 et il est presque oblig de la traiter seulement pour la poser4 ,toutes les opinions sur les universaux se prvalent1 dit-il1 de grandes autorits#ih4 ,lorsque ,aristote parat dfinir l'universel en disant que c'est ce qui se dit du sujet ou l'attribuable plusieurs2 lorsque ,boce dit que la division des genres et des espces repose sur la nature1 tous deux semblent penser 7et bien des citations pourraient tre fournies dans le mme sens7 qu'il existe des choses universelles4 ,d'autres cependant n'admettent que des conceptions universelles1 mais d'accord sur ce point seulement1 ils se divisent aussitt et rapportent ces conceptions aux choses1 la pense ou au discours1 et toute la dissidence reparat4 ,ablard cite l'appui de chacune des trois opinions de nombreuses autorits1 dont un grand nombre ont t dj produites1 et qu'il serait trop long de rappeler4 ,note #ih3 ,unusquisque se tuetur auctoritate judice4 ,nous avons vu que ,jean de ,salisbury dit la mme chose4 ,voy4 c4 ,,ii et c4 ,,viii4 ,le premier systme est celui de l'existence des choses universelles4 ,il est plusieurs manires de l'tablir4 ,suivant l'une1 il y a naturellement dix choses gnrales ou communes1 ce sont les dix catgories2 de ces universaux primitifs proviennent les choses gnrales qui sont essentiellement dans les choses individuelles1 grce des formes diffrentes4 ,ainsi1 l'animal1 qui1 de nature1 est substance1 est1 comme substance anime1 sensible dans ,socrate ou dans ,brunel#ii1 tout entier dans l'un comme dans l'autre1 sans autre diffrence que celle des formes4 ,a ce compte1 l'universel serait attribuable plusieurs1 en ce sens qu'une mme chose serait en plusieurs1 diversifie uniquement par l'opposition des formes1 et conviendrait ainsi aux individus soit essentiellement1 soit adjectivement#ajj4 ,note #ii3 ,in ,brunello4 ,note #ajj3 ,essentialiter vel adjacenter4 ,il s'agit du ralisme proprement dit1 de celui de ,guillaume de ,champeaux4 ,voy4 c1 ,,viii1 p4 #bd4 ,ce systme exige que les formes aient si peu de rapport avec la matire qui leur sert de sujet1 que ds qu'elles disparaissent1 la matire ne diffre plus d'une autre matire sous aucun rapport1 et que tous les sujets individuels se rduisent l'unit et l'identit4 ,une grave hrsie est au bout de cette doctrine2 car avec elle1 la substance divine1 qui est reconnue pour n'admettre aucune forme1 est ncessairement identique toute substance quelconque ou la substance en gnral1 ,or1 cette consquence est fausse4 ,les philosophes tiennent que la substance divine n'est passible d'aucun accident1 et comme1 suivant les dfinitions admises1 la substance en gnral est sujette tous les accidents1 il faut bien que la substance divine diffre de toute substance2 et cependant il faut aussi qu'elle soit substance4 ,la nature de ,dieu a t enseigne au monde le jour o le ,seigneur a dit la ,samaritaine3 ,dieu est esprit4 7,jean1 ,,iv1 #bd47 ,et tout esprit est substance#aja4 ,note #aja3 ,onmis spiritus substantia est4 ,et non-seulement la substance de ,dieu1 mais la substance du ,phnix1 qui est unique1 n'est dans ce systme que la substance pure et simple1 sans accident1 sans proprit1 qui1 partout la mme1 est ainsi la substance universelle4 ,c'est la mme substance qui est raisonnable et sans raison1 absolument comme la mme substance est la fois blanche et assise2 car tre blanc et tre assis ne sont que des formes opposes1 comme la rationnalit et son contraire1 et puisque les deux premires formes peuvent notoirement se trouver dans le mme sujet1 pourquoi les deux secondes ne s'y trouveraient-elles pas galement8 ,est-ce parce que la rationnalit et l'irrationnalit sont contraires8 ,elles ne le sont point par l'essence1 car elles sont toutes deux de l'essence de qualit2 elles ne le sont point par les adjacents 7per adjacentia71 car elles sont1 par la supposition1 adjacentes un sujet identique4 ,du moment que la mme substance convient toutes les formes1 la contradiction peut se raliser dans un seul et mme tre1 et alors comment dire qu'une substance est simple1 une autre compose1 puisqu'il ne peut y avoir quelque chose de plus dans une substance que dans une autre8 ,comment dire qu'une me sente1 qu'elle prouve la joie ou la douleur1 sans le dire en mme temps de toutes les mes1 qui sont une seule et mme substance8 ,on voit qu',ablard a parfaitement dvelopp le reproche que ,bayle adresse au ralisme de conduire l'identit universelle#ajb4 ,note #ajb3 ,dict4 crit41 art4 ,ablard4 ,la seconde manire de soutenir l'universalit des choses1 c'est de prtendre que la mme chose est universelle et particulire2 ce n'est plus essentiellement1 mais indiffremment que la chose commune est en divers4 ,nous connaissons ce systme1 c'est celui de l'indiffrence3 ce qui est dans ,platon et dans ,socrate1 c'est un indiffrent1 un semblable1 indifferens vel consimile4 ,il est de certaines choses qui conviennent ou s'accordent entre elles1 c'est--dire qui sont semblables en nature1 par exemple en tant que corps1 en tant qu'animaux2 elles sont ainsi universelles et particulires1 universelles en ce qu'elles sont plusieurs en communaut d'attributs essentiels1 particulires1 en ce que chacune est distincte des autres4 ,la dfinition du genre 7prdicari de pluribus1 s'attribuer plusieurs7 ne s'applique alors aux choses qu'elle concerne qu'en tant qu'elles sont semblables1 et non pas en tant qu'elles sont individuelles4 ,ainsi les mme choses ont deux tats1 leur tat de genre1 leur tat d'individus1 et1 suivant leur tat1 elles comportent ou ne comportent pas une dfinition diffrente4 ,mais c'est l ce qui n'est pas soutenable1 la dfinition qui veut que le genre soit ce qui est attribuable plusieurs1 a t donne l'exclusion de l'individu4 ,ce qu'elle dfinit ne peut en soi tre aucun titre1 en aucun tat1 individu4 ,dire qu'une mme chose tour tour comporte et ne comporte pas la dfinition du genre1 c'est dire que cette chose est1 comme genre1 attribuable plusieurs1 mais que1 comme genre aussi1 elle ne l'est pas1 car un individu qui serait attribuable plusieurs serait un genre2 par consquent l'assertion est contradictoire1 ou plutt elle n'a aucun sens4 ,les auteurs disent que cette proposition3 ,l'homme se promne1 vraie dans le particulier1 est fausse de l'espce4 ,comment maintenir cette distinction1 si une mme chose est espce et individu8 ,dira-t-on que l'universel ne se promne pas8 c'est apparemment l'universel1 en tant qu'universel1 en l'tat d'universel2 soit1 mais le particulier1 en tant que particulier1 ne se promne pas davantage4 ,se promener n'est pas plus une condition ou une proprit du particulier que de l'universel2 le particulier peut1 comme l'universel1 tre conu sans la promenade4 ,l'universalit1 la particularit1 la promenade appartiennent1 ou1 pour parler le langage de l'cole1 sont adjacentes au mme sujet1 et s'il se promne1 il se promne universel et particulier2 la distinction de ,boce est inapplicable#ajc4 ,note #ajc3 ,de ,interpret41 ed4 sec41 p4 #cch-cdg4--,voy1 aussi ci-dessus1 c4 viii1 p4 #bj4 ,c'est comme cette autre distinction1 par laquelle il refuse aux accidents le caractre d'attributs essentiels4 ,l'individualit rsultant de formes accidentelles ne saurait tre l'attribut essentiel d'une substance susceptible d'universalit2 cependant cette substance1 en tant que particulire1 distincte de ses semblables1 est essentiellement individuelle1 violation manifeste de la rgle de logique qui porte que dans un mme1 l'affirmation de l'oppos exclut l'affirmation de l'autre oppos4 ,lorsqu'on dit que le genre est attribuable plusieurs1 on parle ou d'attribution essentielle 7prdicari in quid71 ou de toute autre2 s'il s'agit d'attribution essentielle1 comme on le nie aprs l'avoir affirm1 elle cesse d'tre essentielle1 ou elle emporte avec elle son sujet2 s'il s'agit d'attribution accidentelle 7in adjacentia71 la dfinition n'est plus exacte1 elle ne convient plus tout genre4 ,il y a des genres qui n'ont pas d'attribution adjective4 ,veut-on parler d'attribution soit essentielle1 soit autre1 d'attribution en gnral1 la blancheur est dans ce cas1 elle s'affirme essentiellement d'elle-mme et adjectivement de ,socrate3 la blancheur est blanche et ,socrate est blanc1 elle s'affirme donc de plusieurs1 et comme elle satisferait la dfinition du genre1 la blancheur serait un genre4 ,enfin on s'y prend d'une troisime manire pour soutenir que les universaux sont des choses#ajd4 ,voulant expliquer la communaut1 l'on dit qu'entre la chose universelle et la chose singulire est une diffrence de proprit1 la proprit qui consiste tre universelle1 la proprit qui consiste tre singulire4 ,l'animal1 le corps est universel1 et n'est pas seulement quelque animal ou quelque corps2 mais dire3 l'animal est universel1 revient dire3 il y a plusieurs choses qui sont chacune individuellement animal2 quand animal se dit d'un seul1 on entend qu'un seul1 un tre dtermin est animal4 ,note #ajd3 ,voy4 c4 viii1 vers la fin4 ,la difficult est toujours de faire cadrer ce systme avec la dfinition du genre4 ,il faut que la proprit d'tre attribuable plusieurs spare l'universel de l'individuel2 or1 on vient de dire que de plusieurs choses chacune est individuellement animal2 le nom individuel d'animal serait-il donc le nom de plusieurs8 l'individu serait-il attribuable plusieurs8 ,cela ne se peut4 ,mais comme animal ne peut plus se dire de plusieurs1 mais de chacun1 il n'y a plus de genre1 ou plutt tout est renvers1 c'est l'individu ou le non-universel qui prend la place de l'universel1 c'est ce qui ne peut s'affirmer de plusieurs qui s'affirme de plusieurs1 et c'est une pluralit o chacun s'affirme de plusieurs que l'on appelle l'individu4 ,ce systme1 qu',ablard explique mal1 nous parat au fond un vritable nominalisme1 qui ne peut tre considr nomme admettant la ralit des universaux qu'en ce qu'il attribue les universaux comme noms particuliers des individus rels4 ,il consiste tablir que lorsqu'on affirme que ceci est un animal1 on entend simplement que cet tre dtermin est substance anime1 sensible1 soit qu'il ait ou n'ait point de semblables1 et puis1 qu'aprs avoir reconnu ce caractre particulier dans plusieurs individus dtermins1 on dit de plusieurs qu'ils sont des animaux1 c'est--dire que l'on fait collection d'individus1 ayant tous et chacun pour caractre particulier l'animalit1 et qu'ainsi c'est une proprit de chacun d'tre animal1 une proprit de plusieurs d'tre animaux3 voila la proprit de l'universel et la proprit du particulier4 ,ce systme1 qui semble un systme de pur sens commun1 serait1 et non sans raison1 trait de nominalisme par les modernes2 mais ,ablard le classait dans le ralisme1 parce que de son temps le nominalisme ne consistait pas fonder les noms gnraux sur la ralit exclusive des individus1 mais dire littralement que les universaux ne sont que des mots4 ,ablard oppose et semble prfrer a ces doctrines un systme dont nous avons dj entendu parler1 mais qui jusqu'ici nous tait inconnu4 ,on a vu que ,jean de ,salisbury signale par deux fois une doctrine qui rapporte tout aux discours 7sermonibus71 et il ajoute que son ,ablard chri s'y est laiss prendre#aje4 ,quelle tait cette doctrine8 ,les auteurs se sont pos cette question et n'ont pu la rsoudre4 ,nous-mme1 nous nous sommes longtemps demand en quoi elle pouvait diffrer du pur nominalisme1 extrmit qu',ablard s'est montr si jaloux d'viter4 ,cependant le texte de ,jean de ,salisbury est formel1 et il est encore confirm par des vers peu connus1 mais trs-expressifs4 ,un manuscrit de la bibliothque d',oxford contient une pitaphe d',ablard1 dans laquelle1 aprs de grandes louanges1 on lit3 ,hic docuit voces cum rebus significare1 ,et docuit voces res significando notare2 ,errores generum correxit1 ita specierum4 ,hic genus et species in sola voce locavit1 ,et genus et species sermones esse notavit4 ,significativum quid sit1 quid significatum1 ,significans quid sit1 prudens diversicavit4 ,hic quid res essent1 quid voces significarent1 ,lucidius reliquis patefecit in arte peritis4 ,sic animal nullumque animal genus esse probatur4 ,sic et homo et nullus homo species vocitatur#ajf4 ,note #aje3 ,voyez ci-dessus1 c4 viii et le c4 ix4 ,note #ajf3 ,rawlinson1 dans son dition des ,lettres1 donne l'pitaphe d'o ces vers sont extraite1 avec ce titre3 ,epitaphium1 ex ,m4,s4 in ,bibl4 ,oxon ex ,godfrid priore ecclesi ,s4 ,swithuni1 ,winton4 7,p4 ,abl4 et ,helois4 epistol41 #a vol4 in-#h4 ,lond4 #agah47 ,c'est bien l1 du moins sous un de ses aspects1 la doctrine d',ablard1 telle que nous allons la connatre2 mais comment l'existence des choses universelles1 ds qu'elle rside dans les discours1 sermones esse1 peut-elle n'tre pas entirement nominale8 ,le manuscrit1 dont nous avons donn plus haut un extrait1 va cependant nous offrir l'expression de cette doctrine qu'il trouve plus conforme la raison1 sermoni vicinior1 et qui1 n'attribuant la communaut ni aux choses ni aux mots1 veut que ce soient les discours qui sont singuliers ou universels4 ,aristote1 au dire d',ablard1 parat l'insinuer clairement1 quand il dfinit l'universel ce qui est n attribuable plusieurs1 quod de pluribus natum est prdicari#ajg4 ,c'est une proprit avec laquelle il est n1 qu'il a d'origine1 a nativitate sua4 ,or quelle est la nativit1 l'origine des discours ou de noms8 l'institution humaine1 tandis que l'origine des choses est la cration de leurs natures4 ,cette diffrence d'origine peut se rencontrer la mme o il s'agit d'une mme essence4 ,ainsi dans cet exemple3 ,cette pierre et cette statue ne font qu'un1 l'tat de pierre ne peut tre donn la pierre que par la puissance divine1 l'tat de statue lui peut tre donn par la main des hommes4 ,note #ajg3 ,boeth41 ,de ,interp41 ed4 sec41 p4 #cch4--,on lit dans ,aristote3 ,grec3 ,legos katholou o epi pleionn pephuche kathgoreisthai4 ,hermen41 ,,vii4 ,or1 du moment que l'universel est d'origine attribuable plusieurs1 ni les choses ni les mots ne sont universels4 ,car ce n'est pas le mot1 la voix1 mais le discours1 sermo1 c'est--dire l'expression du mot1 qui est attribuable divers1 et quoique les discours soient des mots1 ce ne sont pas les mots1 mais les discours qui sont universels4 ,quant aux choses1 s'il tait vrai qu'une chose pt s'affirmer de plusieurs choses1 une seule et mme chose se retrouverait galement dans plusieurs1 ce qui rpugne4 ,voil bien ce que nous disait ,jean de ,salisbury1 qu'aux yeux de l'cole d',ablard l'attribution d'une chose comme prdicat une autre chose tait une monstruosit4 ,on peut se rappeler que l'cole mgarienne l'avait dit formellement3 ,une chose ne peut tre affirme d'une autre#ajh4 ,note #ajh3 ,voy1 ci-dessus1 c4 vi1 p4 #dgh1 c4 viii1 p4 #ag1 #fj et #gj4 ,il est assurment fort difficile aux modernes de saisir une distinction entre ce systme et le pur nominalisme1 et nous savons que certains contemporains d',ablard n'en ont dcouvert aucune4 ,quant lui1 il en trouvait une cependant4 ,la doctrine de ,roscelin tait plus que du nominalisme2 elle ne portait pas d'ailleurs ce nom2 c'tait la doctrine des voix1 sententia vocum1 ,les premiers nominaux furent appels vocaux 7vocales7#aji4 ,ablard tenait expressment les charger de cette opinion absolue que les universaux n'taient que des voix1 ou que les voix taient les universaux4 ,note #aji3 ,on ne trouve ces noms de ralistes et de nominaux que vers le milieu du ,x,i,ie sicle4 7,johan4 ,saresb41 epist4 ,,ccxxvi4--,metal41 t4 ,,ii1 c4 x4--,gautofred1 a ,s4 ,vict41 ,carmina1 ,hist4 litt41 t4 ,,xv1 p4 #hb47 ,la distinction entre les deux opinions tait mme plutt exprime par celle de i,dialectica in re et in ,dialectica in voce4 7,herlman41 restaur1 abb4 ,s4 ,martin ,ternac4 ,spicileg41 t4 ,,iii4 p4 #hhi4--;,fragm4 hist4 franc1 a ,reg4 ,roberto2 ,bulus1 ,hist4 univ4 par41 t4 ,i1 p4 #ddc4--,voy4 ,aussi plus haut1 c4 ,,ii1 p4 #ff1 #fg47 ,on a appel plus tard les nominaux verbales1 formales1 connetist4 7,morhof41 ,polyhist41 t4 ,,ii1 l4 ,,ii1 c4 ,,xiii1 p4 #gc47 ,soit que les adversaires de ,roscelin eussent mconnu sa doctrine1 soit que ce ft un esprit violent1 capable d'adopter par raction et de soutenir par enttement un paradoxe grossier1 il faut bien savoir qu'on lui a de son temps communment imput un nominalisme hyperbolique1 un systme invraisemblable qui choque le sens commun#aaj1 et qui1 hors des sensations des choses individuelles1 ne voit de rel dans les genres et les espces que des sons4 ,sa doctrine1 telle qu'on la reprsente1 est quelque chose de plus troit1 de plus forc qu'aucun nominalisme postrieur4 ,en soutenant ce qu'il a soutenu1 en mettant les discours la place des voix1 ,ablard croyait donc se sparer rellement de ,roscelin4 ,quoique1 dans les grammaires1 les voix1 voces1 soient quelquefois mises pour les mots ou vocables1 cependant ce nom dsigne surtout dans le mot le son vocal plutt que la pense ou la chose exprime4 ,ablard attache donc un grand prix distinguer le discours ou l'oraison1 sermo1 c'est--dire l'expression ou le mot en tant qu'expressif1 de la simple voix1 et il croit dgager une vrit importante en n'attribuant l'universalit qu'au discours4 ,or1 ici le discours tant surtout considr comme expression de l'ide1 il s'ensuit que la doctrine qui nous occupe est plus encore le conceptualisme que le nominalisme4 ,note #aaj3 ,cf4 ,meiners1 ,de nomin4 ac real4 init41 ,soc4 ,gotting4 ,comment41 t4 ,,xii1 art4 ,,ii1 p4 #bh4--,salabert1 ,philos4 nomin4 vindicat41 p4 #ab4 ,mais ,ablard se fait des objections4 ,comment l'oraison peut-elle tre universelle1 et non pas la voix1 quand la description du genre convient aussi bien l'une qu' l'autre8 ,le genre est ce qui se dit de plusieurs qui diffrent par l'espce2 ainsi le dcrit ,porphyre#aaa4 ,or1 la description et le dcrit doivent convenir tout sujet quelconque2 c'est une rgle de logique1 la rgle ,de quocumque#aab1 et comme le discours et les mots ont le mme sujet1 ce qui est dit du discours est dit des mots4 ,donc1 comme le discours1 la voix est le genre4 ,note #aaa3 ,isag4 ,,ii1 et ,boeth41 ,in ,porph41 t4 ,,ii1 p4#fj4 ,cette dfinition est emprunte aux ,topiques1 #a ,i1 c4 v1 sec4 #f4 ,note #aab3 ,de quocumque prdicatur descriptio et descriptum4 ,voy4 ci-dessus c4 vi1 p4 #dgg4 ,cette proposition est incongrue1 non congruit2 car la lettre tant dans le mot1 et par consquent s'attribuant plusieurs comme lui1 il s'ensuivrait que la lettre est le genre4 ,c'est que1 pour que la description ou dfinition du genre soit applicable1 il faut qu'on l'applique quelque chose qui ait en soi la ralit du dfini1 rem definiti2 c'est la condition de l'application de la rgle ,de quocumque1 et ici cette condition n'existe pas4 ,le mot ne contient pas tout le dfini1 il n'en a pas toute la comprhension1 et il n'est attribu plusieurs1 affirm de plusieurs1 prdicatum de pluribus1 que parce que le discours est prdicable1 est sermo prdicabilis1 c'est--dire parce que la pense dispose des mots pour dcrire toutes choses4 ,d'ailleurs1 soigneusement examiner la dfinition du genre1 ou du moins ce qu'on appelle ainsi1 elle n'est pas une dfinition1 car elle ne signifie pas que le genre soit ce qui s'attribue plusieurs1 mais seulement que le genre est attribuable plusieurs4 ,on peut donc dire que le discours tant un genre1 et le discours tant un mot1 un mot est le genre4 ,seulement il faut ajouter que c'est ce mot avec le sens qu'on a entendu lui donner4 ,ce n'est pas l'essence du mot1 en tant que mot1 qui peut tre attribue plusieurs2 le son vocal qui constitue le mot est toujours actuel et particulier chaque fois qu'on le prononce1 et non pas universel2 mais c'est la signification qu'on y attache qui est gnrale1 en d'autres termes1 c'est la pense du mot ou la conception2 toutefois ,ablard ne se sert pas de ces dernires expressions1 mais il permet qu'on dise que le genre ou l'espce est un mot1 est vox1 et il rejette les propositions converses2 car si l'on disait que le mot est genre1 espce1 universel1 on attribuerait une essence individuelle1 celle du mot1 plusieurs1 ce qui ne se peut4 ,c'est de mme qu'on peut dire3 ,cet animal 7hic status animal7 est cette matire1 la socratit est ,socrate1 l'un et l'autre de ces deux est quelque chose1 quoique ces propositions ne puissent tre renverses4 ,ablard explique ainsi comment1 lors mme que l'on se tait1 lorsque les noms des genres et des espces1 ne sont pas prononcs1 les genres et les espces n'en existent pas moins4 ,car1 lorsque je les nomme1 je ne leur confre rien1 seulement je tmoigne d'une convention antrieure1 d'une institution pralable1 qui a fix la valeur du langage4 ,ces dveloppements achvent d'assurer les caractres du nominalisme la thorie d',ablard2 mais ce qui prouve cependant qu'elle est quelque chose de plus1 c'est qu'aprs l'avoir expose1 procdant la dtermination des questions cartes par la fameuse prtermission de ,porphyre1 il examine sa manire la validit des concepts gnraux1 et rsout cette question comme il l'a dj rsolue dans le ,de ,intellectibus4#aac ,il dcide que1 bien que ces concepts ne donnent pas les choses comme discrtes1 ainsi que les donne la sensation1 ils n'en sont pas moins justes et valables1 et embrassent les choses relles4 ,de sorte qu'il est vrai que les genres et les espces subsistent1 en ce sens qu'ils se rapportent des choses subsistantes1 car c'est par mtaphore seulement que les philosophes ont pu dire que ces universaux subsistent4 ,au sens propre1 ce serait dire qu'ils sont substances1 et l'on veut exprimer seulement que les objets qui donnent lieu aux universaux1 subsistent4 ,les doutes que ce langage figur a fait natre sont la seule source des difficults qui semblent arrter ,porphyre#aad4 ,note #aac3 ,voy4 ci-dessus1 t4 ,i1 c4 vii4 ,note #aad3 ,ablard s'attache ainsi interprter les expressions de ,porphyre1 ou plutt prtes par ,boce ,porphyre1 en telle sorte qu'il dnature parfois la question1 et prouve qu'il connaissait trs-imparfaitement le caractre et la porte qu'elle avait dans l'antiquit entre ,aristote et ,platon4 ,ainsi il veut que ces mots3 sive in solis nudis intellectibus posita sint1 signifient3 les universaux rsultent-ils des seuls concepts indpendamment de la sensation1 c'est--dire1 dsignent-ils la chose sans quelque forme sensible8 ,il se prononce pour l'affirmative1 et ceci est admissible4 ,mais il entend sive corporlia sint aut incorporalia1 comme s'il y avait3 sont-ils discrets ou non8 et il admet qu'ils sont discrets ou corporels dans le gens figur4 ,voy4 t4 ,i1 c4 ii1 p4 #cde4 ,ablard rduit ces difficults de simples questions de mots4 ,ainsi pour lui le dissentiment entre ,aristote et ,platon venait seulement de ce que le premier pensait que les genres et les espces subsistent par appellation dans les choses sensibles1 ou servent les nommer en essence1 appellent in se1 et que cependant ils sont hors de ces choses1 en ce sens qu'ils correspondent des concepts1 purs de toutes formes accidentelles sensibles1 ou1 comme en dirait aujourd'hui1 des ides abstraites qui ne donnent pas les objets sous une dtermination percevable2 tandis que ,platon voulait que les genres et les espces fussent non-seulement conus1 mais subsistants hors des sensibles1 parce que les formes accessibles aux sens ont beau manquer aux sujets1 ceux-ci n'en peuvent pas moins1 en tant que conus1 tre soumis de vritables jugements1 et se soutiennent titre de conceptions de genres et d'espces4 ,ainsi1 dit ,ablard aprs cette trop mdiocre explication1 la diffrence n'est pas dans le sens1 quoiqu'elle semble se montrer dans les termes4 ,voil comme il comprend le grand dbat sur l'existence des ides1 ouvert comme un abme entre l',acadmie et le ,lyce4 ,au reste1 je ne sais si l'on trouverait aisment dans quelque philosophe du ,x,v,i,i,ie sicle une apprciation plus juste ou plus profonde4 ,quoi qu'il en soit1 ce nouveau fragment de la philosophie d',ablard nous la montre sous un jour nouveau1 et lui restitue le caractre que lui attribue la tradition historique4 ,nous venons de le voir nominaliste1 non pas la manire de ,roscelin1 tel du moins qu'il le reprsente1 mais dans le sens o l'on a coutume de prendre ce mot1 et les historiens sont plus qu'excuss d'avoir ml ,ablard ceux qui n'ont reconnu qu'une existence verbale aux universaux4 ,cependant ce serait l une expression incomplte de sa doctrine4 ,il est vident1 par tous les extraits que nous avons donns1 que1 s'il rapportait au langage les genres et les espces1 c'tait au langage en tant qu'expression choisie et convenue d'une pense humaine#aae1 et par consquent1 il est proprement parler conceptualiste4 ,puis1 le conceptualisme ne lui suffit pas1 car lorsqu'il traite de la diffrence1 de la forme1 de la manire enfin dont se produisent les objets des universaux1 on voit bien qu'il n'entend passe borner dresser une chelle intellectuelle2 ce sont les noms des genres et des espces1 et non les tres1 bases des conceptions1 des genres et des espces1 non la nature de ces tres1 qu'il traite d'abstraction2 et il y a dans toute se philosophie une distinction toujours prsente entre la logique et la physique4 ,dans la logique pure1 les universaux ne sont que les termes d'un langage de convention4 ,dans la physique1 qui est pour lui plus transcendante qu'exprimentale1 qui est se vritable ontologie1 les genres et les espces se fondent sur la manire dont les tres sont rellement produits et constitus#aaf4 ,enfin1 entre la logique pure et la physique1 il y a un milieu et comme une science mitoyenne1 qu'on peut appeler une psychologie1 o ,ablard recherche comment s'engendrent nos concepts1 et retrace toute cette gnalogie intellectuelle des tres1 tableau ou symbole de leur hirarchie et de leur existence relle#aag4 ,on conoit donc que les historiens et les critiques se soient quelquefois mpris en exposant et classant sa doctrine4 ,elle est complexe et ambigu1 et prsente plus d'un aspect a qui la veut observer4 ,elle n'est pas la seule1 au reste1 qui sur cette question soit difficile saisir1 et l'incertitude avec laquelle on a de tout temps caractris sur ce point les sectes et leurs chefs1 est un fait remarquable4 ,ainsi nous avons vu ,ablard et ,jean de ,salisbury rattacher la mme doctrine1 l'un au nominalisme1 l'autre au ralisme#aah4 ,le dernier1 qui ddaigne les nominaux1 en spare ,ablard1 et lui reconnat cependant une doctrine qui se distingue malaisment de la leur4 ,pour son propre compte1 il s'indigne qu'on rduise les universaux des noms ou des penses1 et il les considre1 d'aprs ,aristote1 dit-il1 comme des fictions de la raison1 comme des ombres de la ralit1 se dclarant en cette matire1 non pour la doctrine la plus vraie1 mais pour la plus logique#aai4 ,geoffroi de ,saint-,victor1 qui montre le dernier mpris pour les nominaux1 attaque le ralisme dans ,gilbert de la ,porre1 qu'il place au mme rang qu',ablard1 et traite d'insenss les disciples d',albric1 le plus ardent adversaire du nominalisme4 ,pierre ,lombard1 qui passe pour l'lve d',ablard1 ce chef des nominaux1 est appel le prince des ralistes4 ,amaury de ,chartres1 condamn au concile de ,paris pour avoir renouvel les erreurs d',ablard1 avait soutenu des ides empreintes du ralisme particulier de ,scot rigne1 et ,brucker les rattache au platonisme1 tandis que ,budde les drive d',aristote4 ,ce mme ,brucker1 d'accord avec ,jean de ,salisbury1 traite de raliste ,joslen de ,soissons1 que ,dom ,clment souponne de nominalisme1 et lorsque plus tard ,guillaume ,occam argumentait contre le ralisme1 il semblait quelquefois rfuter ,ablard4 ,il ne faut donc pas s'tonner qu'il y ait quelque variation1 quelque obscurit dans le jugement que l'histoire de la philosophie porte de la doctrine dfinitive du matre d',hlose4 ,un grand nombre1 avec ,othon de ,frisingen1 l'assimilent la doctrine de ,roscelin4 ,d'autres y voient le conceptualisme1 que ,brucker regarde comme une dviation de l'hypothse d',ablard4 ,ce conceptualisme est pour ,m4 ,cousin un nominalisme inconsquent2 c'est presqu'un ralisme pour ,m4 ,rousselot qui1 ainsi que ,buhle1 croit ,ablard plus prs de ,guillaume de ,champeaux que de ,roscelin4 ,caramuel1 outrant la mme ide1 l'avait accus d'avoir ressuscit le panthisme#abj4 ,ainsi ,ablard1 au gr des critiques et des interprtes1 aurait parcouru tons les degrs de toutes les doctrines sur la question fondamentale de la scolastique2 et peut-tre ces jugements si divers ont-ils tous quelque vrit4 ,note #aae3 ,dialect41 p4 #cea4--,theolog4 ,christ41 p4 #acag et #acbj4--;,glossul sup4 ,porph41 ci-dessus1 p4 #ajd4--,voy4 aussi le chap4 ,,iii1 t4 #a1 p4 #cje4 ,note #aaf3 ,de ,gen4 et ,spec41 p4 #ech1 et ci-dess41 c4 v1 t4 ii1 p4 #dca1 et la fin du c4 ix4 ,note #aag3 ,de ,intellectibus1 et le ch4 vii du prsent ouvrage4 ,note #aah3 ,voy4 ci-dessus1 c4 viii1 p4 #ah et #ce4 ,note #aai3 ,metalog41 t4 ,,ii1 c4 xvii et xx4--,pollcrat441 t4 ,,vii1 c4 xii4--,meiners trs-bien montr que ,jean de ,salisbury se contredit sans cesse4 7,ouvr4 cit4 ,soc4 ,goit4 ,comment41 t4 ,,xii1 pars ,,ii1 p4 #cc4--,petersen1 ,joh4 ,saresb4 ,enthericus1 in comm41 p4 #aja47 ,note #abj3 ,johan ,saresb4 ,metal41 t4 ,,ii1 c4 xvii4--,salaberi1 ,philosophia nominal4 vindicata1 prfat4--,brucker1 ,hist4 crit4 philos41 t4 ,,iii1 p4 #fhh-fie4--;,budd4 ,obser4 select41 t4 ,i1 obs4 xv1 p4 #aig4--;,hist4 littr41 t4 ,,xv1 p4 #hj4--;,buhle1 ,hist4 de la phil41 introd41 sect4 iii1 p4 #fhi4--;,degrando41 ,hist4 comp41 t4 ,,iv1 c4 xxvi et xxvii1 p4 #dji1 #dad1 et #eie4--,rousselot1 tudes sur la philos4 du moyen ge1 t4 #a1 p4 #afd et #bgd1 t4 ,,ii1 p4 #bd1 #cc1 #dh1 #ec et #ih1 etc4 ,voici1 en effet1 les principales propositions qui peuvent tre extraites des fragments de controverse analyss dans ces trois chapitres4 #a ,les genres et les espces ne sont pas des essences gnrales qui soient essentiellement et intgralement dans les individus1 et dont l'identit n'admette d'autre diversit que celle des modes individuels ou des accidents2 car alors le sujet de ces accidents1 la substance de ces modes tant identique1 tous les individus ne seraient qu'une seule substance1 et l'humanit serait un seul homme4 7,contre le ralisme47 #b ,l'essence universelle n'existe pas davantage1 comme fond semblable et sans nulle diffrence1 en chaque individu2 car alors chaque individu serait l'espce4 ,en d'autres termes1 l'espace n'existe pas titre d'essence dans chaque individu1 ni le genre dans chaque espce2 car alors toute espce serait le genre1 tout individu serait l'espce4 7,contre le ralisme47 #c ,le genre ou l'espce ne peut tre une essence proprement dite1 c'est--dire une chose relle2 car l'espce ou le genre se dit de l'individu4 ,on dit3 ,socrate est homme ou animal2 et une chose ne peut tre affirme d'une autre chose1 car ce serait prtendre qu'une chose est une autre chose qu'elle-mme4 ,res de re non prdicatur4 7,nominalisme47 #d ,si les genres et les espces ne sont pas des essences universelles tout entires dans chacun1 ou identiques dans chacun1 ce ne sont pas pour cela des mots1 de simples voix2 car l'essence du mot ou terme vocal n'est pas l'essence du genre ou de l'espce4 ,le mot1 en tant que mot1 a des proprits qui rpugnent la nature du genre on de l'espce4 ,la dfinition du mot en lui-mme ne peut tre celle du genre ou de l'espce on elle-mme4 7,contre le nominalisme47 #e ,ce qu'on peut dire1 c'est que lorsqu'on nomme les genres et les espces1 lorsqu'on prononce1 ou mme que l'on conoit les noms gnraux1 on pense et l'on veut penser une affirmation commune a plusieurs2 or ce qui s'affirme de plusieurs tant la dfinition de l'universel1 il s'ensuit que les genres et les espces sont des noms d'institution humaine et que les universaux dpendent du langage4 7,nominalisme47 #f ,mais ce langage est l'expression de la pense1 les universaux sont donc des penses3 ils signifient les conceptions par lesquelles l'esprit ramne les semblables l'unit1 en faisant abstraction de leurs diffrences4 ,la conception des choses universelles est une des prrogatives de l'intelligence4 7,conceptualisme47 #g ,ces concepts1 recueillis de sensations diverses1 ces units intellectuelles reprsentent des choses qui ne sont pas1 ou qui sont autrement dans la ralit quo dans la pense1 puisque le concret diffre de l'abstrait1 et ils ne dcrivent les objets que tels que les veut l'esprit4 7,nominalisme47 #h ,ils ne sont pas pour cela vains et faux1 ils sont la collection des caractres communs de certaines multitudes1 ils sont eux-mmes des notions collectives4 7,conceptualisme47 #i ,ces notions collectives sont prises des caractres rels d'individus rels2 ces concepts1 sans tre parfaitement identiques toute la ralit1 se fondent sur la ralit4 7,ralisme47 #aj ,pour connatre ce qu'il y a de ralit dans les universaux1 il faut les tudier dans les ralits incontestes dont ils sont1 les collections2 ces ralits sont les individus4 ,en tudiant1 en dcomposant l'individu1 on atteindra les lments rels de l'espce et du genre4 7,problme de l'individuation47 #aa ,l'individu est compos de forme et de matire2 la matire de l'homme est l'humanit1 la forme l'individualit4 ,celle-ci n'existe pas hors de l'individu1 puisque ds qu'elle existe1 elle le ralise2 elle n'existe que combine a la matire4 ,la matire1 qui peut galement exister avec telle ou telle indivirtualit1 n'existe cependant pas actuellement sans aucune2 elle se retrouve1 non pas la mme1 mais analogue1 non pas identique1 mais semblable1 dans tous les individus de mme nature1 et c'est sa similitude qui constitue toute l'identit de l'espce1 comme c'est la forme individuelle qui diversifie la matire de l'espce4 7,thorie de l'individuation47 #ab ,la collection de toutes les matires1 de toutes les formes individuelles est une collection de ralits qui n'existent point par elles-mmes isolment et sparment2 elle n'en est donc pas1 dans la ralit actuelle1 exclusivement compose1 de telle sorte que1 compose de ralits1 ou relle dans ses lments propres1 elle n'y peut tre rduite que par la pense et n'existe ainsi rduite qu' l'tat de conception et d'expression4 7,conceptualisme raliste47 #ac ,l'individnation est le type de la constitution des espces1 de celle des genres2 partout matire semblable en nature1 mais numriquement diverse dans ses combinaisons avec la forme4 ,ainsi1 dans les individus1 la matire est l'espce1 collection des matires individualises2 dans les espces1 la matire est le genre1 collection des matires spcifies2 dans le genre1 la matire est un genre suprieur ou suprme1 collection des matires gnralises4 #ad ,a chaque degr1 cette matire similaire1 mais non pas numriquement identique1 est le vritable universel1 universel rel1 en puissance rel lui seul1 en acte rel en combinaison4 7,ralisme47 #ae ,comment l'tre que par la pense nous concevons ainsi constitu est-il rellement et physiquement constitu8 ,les lments1 principes immdiats de tous les tres1 sont-ils dans la matire1 sont-ils dans la forme2 sont-ils la fois matire et forme1 et1 dans tous ces cas1 comment peuvent-ils encore tre avec proprit appels lments8 ,les particules plus ou moins simples conues par l'analyse ne sont que des lments improprement dits1 des lments provisoires4 ,ce sent des corps composants affects de certaines proprits non communes tout compos4 ,le vritable lment de la matire du corps1 c'est la pure essence1 celle-l est proprement un universel1 car elle est informe et indtermine4 ,mais tout ceci n'est dit et ne doit tre entendu que des choses sensibles1 et n'est pas applicable aux substances spirituelles dont la physique ne traitait pas4 7,ontologie physique47 #af ,dans les substances corporelles1 la pure essence1 cet universel apte toutes les formes1 reoit ces formes dans toutes ses parties1 et ces parties1 chacune ainsi compose1 constituent un tout compos4 ,ce tout est successivement affect de certaines formes qui le font passer l'tat de genre1 d'espce1 d'individu4 ,mais1 en mme temps1 ses parties sont affectes les unes de certaines formes1 les autre de certaines autres1 qui ne sont pas celles de la totalit1 et qui font des parties lmentaires diffrentes de nature4 7,physique ou ontologie47 #ag ,la forme1 qui on se joignant la matire1 produit successivement le genre1 l'espce1 l'individu1 est en gnral la diffrence qui diversifie le semblable4 ,c'est surtout ce qui transforme le genre en espce que s'applique ce nom de diffrence4 ,la diffrence n'est pas une simple qualit1 elle n'est pas non plus par elle-mme une substance1 car il n'y a point de substance sans matire4 ,elle est la forme simple1 la forme proprement dite4 ,la forme simple est celle qui constitue une nature4 7,idalisme platonique47 #ah ,la matire de la substance est la pure essence1 tre en puissance1 indtermin pur1 universel sans forme1 et accessible toutes les formes4 ,l'essence de la substance1 c'est d'tre2 elle n'a pas d'autre quiddit4 7,idalisme au point de vue logique1 spinozisme au point de vue ontologique2 hglianisme au point de vue de la doctrine de l'identit de la logique et de l'ontologie47 ,faut-il admettre1 en effet1 ce vaste et incohrent ensemble de doctrines dans la tte d'un seul homme1 et la philosophie d',ablard est-elle le chaos8 ,nous ne le pensons point4 ,sans doute1 les ncessits de la polmique l'entranent parfois a des assertions peu conciliables entre elles1 et l'esprit de la dialectique1 qui1 jouant avec les mots comme avec des signes d'algbre1 perd souvent de vue la ralit1 a pu souvent lui dicter des raisonnements qui sont de pures formes logiques1 sans application et sans valeur pour la science des choses4 ,mais il nous parat cependant que la cohrence se rtablit entre ses ides1 si l'on y rtablit l'ordre1 et si l'on distingue les points de vue successifs dans lesquels il s'est plac pour considrer la question4 ,ces distinctions1 il ne s'en rendait peut-tre pas bien compte2 cet ordre1 il n'aurait peut-tre pas su l'tablir par lui-mme4 ,la mthode tait inconnue aux philosophes de cet ge1 et celui-ci en aurait eu grand besoin pour claircir et justifier l'clectisme qu'il a port dans la discussion des universaux4 ,rfutant tout1 empruntant de tout1 ,ablard me parat en effet avoir procd en clectique4 ,pour lui1 ce qu'il y a de vrai du nominalisme1 c'est1 non que les universaux sont des voix1 mais qu'ils existent comme universaux par le langage et expriment des conventions de l'esprit4 ,ce qu'il y a de vrai du conceptualisme1 c'est que l'esprit conoit les objets qu'il a perus1 en ramne la diversit l'unit par les ressemblances1 et recueille dans les individus la pense commune qui est le genre et l'espce4 ,ce qu'il y a de vrai dans l'individualisme de ,roscelin1 c'est que la ralit en acte est toujours particulire1 et que la substance proprement dite n'est jamais en fait universelle4 ,ce qu'il y a de vrai dans le ralisme1 c'est que les genres et les espces sont des collections formes d'individus rels en vertu de leur relle communaut de nature4 ,ce qu'il y a de vrai de la doctrine de l'indiffrence1 c'est qu'il existe dans tous les individus d'une mme nature un lment commun1 la matire1 ce non-diffrent ou ce semblable dans tous1 diversifi par les formes individuelles4 ,ce qu'il y a de vrai dans la doctrine des essences universelles1 c'est que cette matire1 semblable dans tous les tres1 et qui ne diffre que numriquement1 est par la communaut de ses caractres1 par l'identit de ses effets1 un universel rel1 quoiqu'il ne soit jamais spar d'une forme qui le particularise4 ,ce qu'il y a de vrai dans l'idalisme#aba1 c'est que la forme qui n'est ni matire1 ni genre1 ni substance1 est cependant l'lment1 rel et formateur de l'essence1 et subsiste avec un caractre de dtermination1 une constance d'efficacit qui suppose une permanence suprieure aux changements et aux accidents successifs de la matire sensible2 tandis que la matire premire ou la pure essence1 base primitive de toute matire postrieure1 subsiste comme quelque chose de durable1 d'identique1 d'indtermin1 d'inaccessible aux sens en dehors des formes1 et partant d'incorporel1 mais d'accessible toutes les formes et de ncessaire indistinctement toutes les choses existantes4 ,note #aba3 ,j'entends par ce mot la doctrine qui donnait une certaine existence des dires indfinissables qui n'taient ni abstraction1 ni substance spirituelle1 ni substance sensible1 et que la scolastique tait sans cesse porte raliser2 doctrine qu'on peut galement appeler un platonisme altr1 ou un aristotlisme imparfait4 ,voil en substance ce qu',ablard a recueilli dans tous les systmes qu'il a critiqus2 c'est bien l un clectisme1 seulement l'auteur n'en a pas une conscience distincte1 il ne l'tablit pas systmatiquement2 on y rencontre mme et l des lacunes ou des incohrences1 car un esprit qui pche par la mthode et par l'observation psychologique ne s'lve pas toujours1 malgr ses efforts1 l'clectisme et s'arrte au syncrtisme4 ,cependant il y a plus que de la sagacit1 il y a de l'tendue d'esprit dans ce travail de conciliation de toutes les doctrines sur les universaux1 et de plus1 on y peut entrevoir et dgager une ide originale qui en distingue et caractrise l'auteur entre tous les chefs d'cole qu'il a soumis sa pressante inquisition4 ,nous craignons l'ennui des redites1 et cependant nous ne pouvons nous refuser un dernier mot sur une question qui a fait presque toute la renomme philosophique d',ablard1 et peut-tre tout le malheur de sa thologie4 ,il nous est coeur de faire bien saisir sa pense et la ntre1 et de fixer le caractre dfinitif de sa doctrine4 ,suivant les meilleures autorits1 ce caractre est1 tout prendre1 celui du nominalisme4 ,faut-il souscrire ce jugement8 ,non1 ,ablard ne fut pas nominaliste1 s'il faut1 pour l'tre1 croire avec ,roscelin qu'il n'y a dans le genre et l'espce que des noms1 et que rien n'est rel dans l'individu que l'individualit2 s'il faut croire que les qualits1 pour n'tre pas matriellement1 objectivement sparables des substances individuelles1 ne sont que des mots2 s'il faut croire que les parties1 quand elles ne sont pas des individus1 sont aussi verbales1 aussi vaines que les espces et les qualits2 s'il faut croire enfin que hors du langage aucune abstraction n'est rien4 ,mais il fut nominaliste1 si1 pour mriter ce titre1 il suffit de n'tre pas raliste1 s'il suffit d'ignorer ou de rejeter la doctrine platonicienne des ides1 s'il suffit de ne pas admettre des essences gnrales subsistant essentiellement soit hors des individus1 soit intgralement et distinctement dans les individus1 et de regarder qu'entre ,dieu1 l'me et les individus1 il n'y a de numriquement rel que des conceptions1 qui sont des faits et non des tres2 s'il suffit enfin d'imputer aux facults et aux besoins de l'esprit humain l'existence de genres1 de qualits1 d'abstractions de toute sorte1 poses sparment et indpendamment des sujets effectifs qui ont donn naissance ces crations intellectuelles4 ,la plupart des philosophes nos contemporains auraient1 je crois1 de la peine se dfendre de penser comme lui sur ce dernier point1 et seraient fort embarrasss d'attribuer une existence distincte aucune des abstractions de cette nature4 ,cependant beaucoup d'entre eux se dfendent du nominalisme et donnent tort ,ablard dans sa grande controverse2 ils ne lui accordent d'avoir eu raison que contre les abus du ralisme4 ,si nous pressons bien leur pense1 nous avouerons qu'elle nous chappe1 et nous osons souponner que celle d',ablard aurait bien pu leur chapper en partie4 ,certes1 ,m4 ,cousin ne confond point ,ablard avec ,roscelin2 il veut bien accorder que le grossier paradoxe contre l'existence des parties tait trop au-dessous de ce grand esprit4 ,il reconnat que le nihilisme peu prs avou des nominalistes absolus tait tranger sa pense1 mais il laisse entendre qu'en dernire analyse ce nihilisme aurait bien pu devenir1 l'insu d',ablard1 le produit net de sa thorie1 et il ne voit dans le conceptualisme qu'un nominalisme tempr1 sinon dguis4 ,voici toutefois son principal argument3 ,le principe de l'cole raliste est la distinction en chaque chose d'un lment gnral et d'un lment particulier4 ,ici les deux extrmits galement fausses sont ces deux hypothses3 ou la distinction de l'lment gnral et de l'lment particulier porte jusqu' leur sparation1 ou leur non-sparation porte jusqu' l'abolition de leur diffrence1 et la vrit est que ces deux lments sont a la fois distincts et insparablement unis4 ,toute ralit est double4444 ,le moi444 est essentiellement distinct de chacun de ses actes1 mme de chacune de ses facults1 quoiqu'il n'en soit pas spar4 ,le genre humain soutient le mme rapport avec les individus qui le composent2 ils ne le constituent pas1 c'est lui1 au contraire1 qui les constitue4 ,l'humanit est essentiellement tout entire et en mme temps dans chacun de nous4444 ,l'humanit n'existe que dans les individus et par les individus1 mais en retour les individus n'existent1 ne se ressemblent et ne forment un genre que par le lien de l'humanit1 que par l'unit de l'humanit qui est en chacun d'eux4 ,voici donc la rponse que nous ferions au problme de ,porphyre3 ,grec3 poteron christa 7gen7 en tois aisthtois4 ,distincts1 oui2 spars1 non2 sparables1 peut-tre2 mais alors nous sortons des limites de ce monde et de la ralit actuelle#abb4 ,note #abb3 ,ouvr4 ind41 introd41 p4 cxxxvi4 ,ou notre mprise est grande1 ou cette objection se rduit ceci3 les diffrences qui sparent les hommes des autres animaux sont relles1 ou1 ce qui revient au mme1 les ressemblances qui unissent les hommes et manquent aux autres animaux1 comme celles qui leur sont communes avec les autres animaux1 sont galement relles4 ,il y a donc une nature humaine1 l'ide de la nature humaine n'est point une hypothse1 une chimre2 elle est fonde sur des ralits1 et puisqu'il y a des ralits au fond des ides de cette sorte1 c'est--dire au fond des ides de genres et d'espces1 il y a un certain ralisme4 ,cela est vrai1 si le ralisme signifie cette opinion mme1 savoir que les ides de genres et d'espces1 loin d'tre des fictions ou de pures conditions subjectives de notre pense1 sont l'expression intellectuelle de faits positifs et certains4 ,ce ralisme-l n'est que le contraire du scepticisme et de l'idalisme4 ,sur ce point1 le sens commun est raliste4 ,mais1 qu'on nous permette de le dire1 ce n'est pas l le ralisme4 ,le ralisme tait plus hardi4 ,les ides de genres et d'espces1 tant fondes sur des faits rels1 peuvent tre appeles des ides relles1 et en ce sens il est tout simple de dire abrviativement que les genres et les espces sont rels4 ,mais sont-ils en eux-mmes des ralits1 c'est--dire quelque chose d'autre que1 d'une part1 les faits rels manifests dans les individus1 de l'autre1 les conclusions lgitimes que nous induisons de ces faits rels1 gnralisations ncessaires de l'intelligence4 ,le ralisme est all jusqu' regarder les ides de genre et d'espce comme correspondant objectivement des essences1 ontologiquement distinctes des individus dans lesquels elles se manifestent4 ,sans doute1 l'objection de ,m4 ,cousin ne va pas si loin2 c'est une rserve gnrale en faveur du platonisme2 c'est surtout l'expression d'une louable crainte de donner accs ou prtexte au scepticisme4 ,mais ce n'est en dfinitive qu'une rclamation incontestable en faveur de la vrit de l'ide d'essence4 ,oui1 il y a dans les tres individuels autre chose que de l'individualit4 ,on peut1 on doit dire sans subtilit3 il n'y a que des individus1 et il y a quelque chose de plus que des individualits4 ,ainsi1 bien qu'il n'existe en fait d'humanit que des hommes1 il est une essence qui s'appelle la nature humaine4 ,mais la nature humaine ne se ralise que dans les individus2 ds que l'essence arrive l'existence1 elle s'individualise4 ,l'tre en puissance peut tre gnral1 l'tre en acte est individu4 ,or maintenant1 cette ralit des faits sur lesquels se fondent les ides de genre et d'espace1 cette vrit de l'ide d'essence1 ,ablard l'a-t-il nie8 ,le conceptualisme est-il condamn la nier8 je ne le pense pas4 ,pour la nier1 encore une fois1 il faudrait dire3 il n'y a que des individus1 et ils n'existent qu'en tant qu'individus4 ,or il est possible que le nominalisme ait dit cela1 mais ce n'est point ce qu'a dit ,ablard4 ,il y a en effet deux hypothses galement fausses1 la sparation de l'essence et de l'individu1 et l'abolition de leur diffrence4 ,le ralisme est tomb dans la premire1 et le nominalisme dans la seconde4 ,mais ,ablard n'a rien fait de cela2 ce n'est certes pas lui qui abolit la diffrence4 ,il n'a ni comme faits aucun des fondements de la distinction des genres et des espces4 ,suivant lui1 les seules units sensibles1 les seules essences distinctes et relles sont en effet des individus2 mais dans l'individu humain1 il y a ce qui est commun tous les animaux1 c'est la matire ou le genre2 il y a de plus ce qui distingue les hommes des animaux et ce qui est commun tous les hommes3 c'est la diffrence spcifique ou la forme essentielle de l'humanit3 de l l'espce4 ,la matire et la forme sont les lments rels de l'humanit4 ,d'o il rsulte que la distinction des genres et des espces est relle1 et l'on voit que loin de mconnatre les caractres communs qui dclent et constituent dans les individus une essence on une nature spciale1 ,ablard ralise1 sous le nom de forme essentielle1 cet lment intgrant et constitutif sans lequel il n'y aurait qu'une matire indtermine1 ou des fragments infinis en nombre1 sans liaison1 sans caractre assignable1 une cration sans ordre1 qui chapperait la raison humaine4 ,en effet1 il y a ici1 pour le rpter encore1 deux cueils viter3 l'un1 le ralisme absolu qui absorberait l'individu dans l'tre universel1 et que je n'hsiterais pas nommer1 avec ,bayle1 un spinozisme non dvelopp2 l'autre1 un nominalisme radical qui serait au fond un individualisme absolu4 ,la formule de cette doctrine serait3 ,il n'existe que des substances distingues par des accidents propres4 ,alors les caractres de l'animal1 ceux de l'homme ne seraient que des accidents fortuits de ces fragments1 ou plutt de ces agrgats isols que nous appelons individus4 ,c'est fictivement et vainement que notre esprit comparerait et assimilerait ces accidents1 et qu'il se formerait ainsi des classes4 ,ces classes1 conceptions gratuites1 n'auraient de rel que leurs noms1 et nous ne cderions1 en les formant1 qu' un penchant1 une fantaisie de notre esprit4 ,au fond1 il n'y aurait que des substances et des accidents4 ,est-ce l le conceptualisme d',ablard8 nullement2 il a rpt jusqu' satit que de la substance en gnral l'individu il y a des degrs1 et que ce n'est point par les simples accidents que l'on peut combler la distance4 ,il s'est empar d'une ide aristotlique1 la distinction de la matire et de la forme1 sans l'une ou l'autre desquelles il n'existe rien1 et il a pos comme ralits1 comme lments ncessaires de l'tre1 la matire 7genre72 la forme spcifique 7diffrence1 espce72 enfin la forme propre 7individu72 mais toutes ces choses ne sont sparables qu'en puissance4 ,un contemporain1 et probablement un disciple d',ablard1 a dcrit dans quelques fragments prcieux la vraie doctrine de son matre4 ,il l'a ramene avec1 raison un seul point1 la forme4 ,c'est la place et le rle qu',ablard donne la forme1 qui font le caractre et la valeur de son systme4 ,nous la rsumerons une dernire fois d'aprs cet interprte anonyme#abc4 ,note #abc3 ,de ,intellectibus1 ,in fine1 p4 #djd ,un principe a t pos3 ,tout ce qui est est ou substance ou accident4 ,ce principe est faux4 ,il exprime une division qui ne suffit pas1 comme on dit en logique1 c'est--dire qui n'embrasse pas toute la ralit4 ,si elle tait complte1 en effet1 il faudrait que la rationnalit1 qui apparemment n'est pas substance1 ft accident4 ,accident1 son absence ou sa prsence dans l'homme serait indiffrente1 et par consquent l'homme rduit l'animal sans raison serait encore un homme4 ,la division exprime par le principe ne serait donc plausible qu' la condition d'entendre l'accident d'une manire large1 et de donner ce nom tout ce qui est attribut de la substance un titre quelconque4 ,alors la forme1 le propre seraient des accidents2 mais il faudrait toujours distinguer parmi ces accidents1 et l'on serait oblig de dsigner certains d'entr'eux par le nom presque contradictoire d'accidents essentiels4 ,telle serait la rationnalit4 ,elle est mieux distingue1 quand on dit qu'elle est une forme4 ,la forme1 c'est l'accident ou mode dont le retranchement1--je parle le langage aristotlique1--corrompt la substance dont elle est un des constituants2 c'est--dire fait sortir une substance de la classe o elle est place pour la faire passer dans une autre4 ,retranchez la raison l'homme1 l'homme est corrompu1 lisez dnatur2 il n'est plus que l'animal4 ,en langage moderne1 il perd son essence4 ,ceci amne et claire la question suivante3 les formes sont-elles des essences8 ,les uns veulent qu'elles soient universellement des essences4 ,soit1 mais alors1 comme ,socrate est un1 ce qu'ils ne peuvent refuser d'accorder1 il a l'unit4 ,l'unit de ,socrate est une1 elle a donc l'unit pour forme substantielle1 et celle-ci une autre1 et ainsi l'infini4 ,on s'en tire en admettant je ne sais quelle rciprocit1 nescio quam reciprocicationem4 ,l'unit de ,socrate est la forme de celle de ,platon1 celle de ,platon la forme de celle de ,socrate2 c'est--dire qu'on ne peut viter ou qu'une seule et mme essence soit la forme individualise de plusieurs1 ou qu'elle soit rciproquement ce qui reoit et ce qui donne la forme4 ,enfin1 toutes les formes tant des essences1 chaque individu1 un par lui-mme1 a son unit1 ou chaque unit sujet a son unit forme1 c'est--dire sa semblable dans une autre essence1 puisque la forme est aussi une essence3 il suit qu'il y a plus d'units que de semblables2 or1 il doit y avoir autant de semblables que d'units4 ,mais si l'on ajoute les semblables des units formes1 qui1 tant essences1 doivent aussi avoir chacune la leur1 il se trouve qu'il y a plus de semblables que d'units2 et le tout donne un rsultat absurde4 ,car il s'ensuivrait qu'il y a plus d'units que d'units1 et plus de semblables que de semblables4 ,tout cela est un non-sens4 ,les autres ne veulent point admettre d'essences hors de la substance2 ceux-ci seront obligs de dire1 et peut-tre avec raison1 que les vertus1 les vices1 les couleurs ne sont pas quelque chose4 ,c'est aux sages d'en juger1 dit notre anonyme1 et il passe outre4 ,mais il ajoute qu'il n'y a plus qu'une troisime opinion2 c'est celle qui entend que certaines formes soient des essences1 et certaines autres non4 ,ainsi le veulent ,ablard et les siens1 qui portent la clart dans l'art dialectique1 parce qu'au lieu de l'embrouiller1 ils le scrutent avec le soin le plus scrupuleux#abd4 ,pour eux1 les seules formes qui soient des essences sont certaines qualits#abe qui sont dans les conditions suivantes4 #a ,il faut qu'elles soient dans le sujet1 en telle sorte que le sujet ne suffise pas pour qu'elles existent4 ,par exemple1 le sujet suffit l'existence des quantits4 #b ,qu'une disposition de parties ne soit pas ncessaire leur existence1 comme il faut une disposition de parties1 rciproque entre les parties du doigt pour qu'il soit courb1 commune au sujet et au sige pour qu'un homme soit assis4 #c ,qu'elles n'existent pas dans le sujet1 grce quelque objet extrinsque1 en sorte qu'elles ne puissent exister seules1 comme la proprit qui consiste pour un homme possder un boeuf ou un cheval4 #d ,que pour les carter1 il ne soit pas ncessaire d'ajouter une substance au sujet1 comme pour carter l'inanimation1 il faut ajouter au sujet une substance1 l'me4 ,note #abd3 ,sicut ,ablardus et sui1 qui artem dialecticam non obfuscando1 sed diligentissime perscrutando dilucidant4 7,p4 #dij47 ,note #abe3 ,quasdam qualitates4 ,qualits doit tre entendu ici largement1 la manire moderne1 dans le sens de modes en gnral1 et non dans le sens technique d'espces de la catgorie de qualit4 ,voil les quatre conditions auxquelles une qualit ou plutt un attribut du sujet est non-seulement une forme1 mais une essence1 d'un seul mot1 une forme essentielle4 ,cet expos remarquable montre que1 loin d'tre nominaliste1 ou mme conceptualiste la manire des modernes1 ,ablard admet qu'il y a essence et ralit mme hors de la substance1 n'entendant par ce dernier mot que le substrat du sujet individuel4 ,en outre de la substance1 il admet quelque chose qui n'est pas le simple accident4 ,la substance tant la matire1 c'est--dire ici le fond de l'tre1 il faut ce fond une forme pour qu'il ait une nature spciale2 cette forme qui en fait l'essence est elle-mme une essence4 ,toutes les formes ne sont pas dans ce cas4 ,la forme essentielle est celle-l seulement que le sujet ne produit pas de lui-mme1 et qui n'a besoin pour tre1 d'aucune disposition1 d'aucun objet tranger1 pour s'anantir1 de l'addition d'aucune substance4 ,la diffrence spcifique est une forme essentielle1 mais elle ne forme de vritables espces que dans la catgorie de la substance1 sans tre elle-mme une espce de cette catgorie4 ,aux divers degrs de cette catgorie sont les divers degrs de l'tre vritable1 par lesquels la substance1 tre en puissance1 arrive l'tre en acte4 ,ces degrs forment la gradation des essences4 ,un dernier jugement sur cette doctrine4 ,si l'on s'arrte au langage1 elle se dfendra mal4 ,la distinction de la matire et de la forme ne s'est pas soutenue in terminis4 ,qu'est-ce qu'une forme essentielle1 ou du moins quelle sorte d'tre est cela8 ,le mode d'existence en est pour le moins aussi difficile concevoir que celui des ides de ,platon4 ,aristote ne peut sauver l'existence de ses formes qu' l'aide de la distinction de la puissance et de l'acte2 mais de l'tre en puissance1 cela se rsout au vrai dans les conditions de l'tre1 par consquent dans les conceptions de l'esprit4 ,des conceptions de l'esprit fondamentales1 ncessaires1 primordiales1 qu'est-ce autre chose que des ides ternelles8 ,on peut dire1 mon sens1 contre ,aristote tout ce qu'il a dit contre ,platon1 et l'on voit que les modernes sont plus conceptualistes qu',ablard4 ,cela veut-il dire que les modernes sont nominalistes8 cartez le langage de notre scolastique1 et vous trouverez peut-tre que sa doctrine serait aujourd'hui expose dans ces termes4 ,l'exprience ne manifeste1 l'intelligence ne conoit que des tres individuels1 comme tant en pleine possession de l'existence4 ,les genres1 les espces ne sont1 au positif1 que des collections d'individus2 dans l'individu1 le sujet de l'existence est la substance2 toute substance est individuelle2 elle est substance1 c'est--dire qu'elle est l'un et l'tre1 pour dire comme les ,grecs4 ,mais quel un1 mais quel tre est-elle8 ,elle est telle et non pas telle4 ,ce qu'elle est ainsi1 c'est ce qu'on appelle son essence4 ,la substance1 considre en elle-mme1 par abstraction ou en puissance1 n'a pas d'essence2 mais en acte ou en ralit1 mais ds qu'elle existe1 elle a ou plutt elle est une essence4 ,point de substance sans essence4 ,tout ceci rpond la thorie de la matire et de la forme4 ,l'essence1 pour l'esprit qui ne fait que concevoir la substance et ne la connat pas1 se reprsente comme une qualit4 ,quid n'est connu que comme quale1 mais est conu comme quid4 ,l'essence est-elle donc pour cela la qualit en gnral1 ou se compose-t-elle de toutes les qualits du sujet de l'existence8 ,comme substance1 ce sujet est un1 lui1 et pas un autre1 c'est l l'individualit2 comme essence1 il est de telle ou telle nature4 ,cette nature dtermine ne se dtermine pour nous que par les qualits que nous percevons ou induisons dans le sujet2 mais ces qualits diverses ne peuvent tre ni confondues entre elles1 ni ranges sur la mme ligne3 elles sont toutes relles1 mais il en est de constitutives1 il en est d'accessoires1 et parmi les constitutives1 les unes sont communes un plus grand nombre d'tres1 les autres un nombre moindre4 ,il y en a d'universelles1 c'est-a-dire de communes tous les tres2 il y en a de tellement particulires qu'elles sont exclusives4 ,entre ces deux extrmes se placent divers degrs2 ces degrs correspondent de certains groupes de qualits constitutives2 les qualits constitutives sont dites essentielles en ce qu'elles constituent l'essence4 ,les qualits sont donc essentielles ou ne le sont pas4 ,lorsque l'esprit embrasse tous les tres dans leur universalit1 il leur trouve un certain nombre de caractres communs2 ces caractres sont plus que des modes1 plus mme que des attributs4 ,si nous les appelons attributs ou modes1 c'est par un besoin de notre esprit1 qui ne connat directement les tres que par leurs qualits2 mais ces attributs improprement dits sont plutt des conditions ou des principes d'existence dtermine4 ,c'est par eux que tes tres sont des tres4 ,dans cette universalit des tres1 des diffrences apparaissent1 c'est--dire des attributs diffrents1 et cependant communs encore plusieurs1 mais en plus petit nombre4 ,les plus communs aprs les conditions universelles constituent les essences plus gnrales4 ,entre ces caractres communs1 on distingue encore de certaines diffrences1 et l'on conoit des essences moins gnrales2 ainsi d'essences en essences1 on arriv l'essence la moins gnrale1 savoir la substance individuelle2 mais cette substance individuelle porte encore des caractres communs bien d'autres substances individuelles1 elle a de nombreuses ressemblances4 ,de mme que la considration des diffrences nous a fait descendre de l'universalit des tres l'individualit de l'tre1 la considration des ressemblances nous ferait remonter de l'individualit l'universalit4 ,c'est ainsi que les tres se reprsentent l'esprit humain1 qui en forme et en ordonne la conception4 ,mais ces classifications1 qui sont certainement conues1 ne sont-elles que des conceptions8 ,l'affirmative serait la rponse insense du scepticisme4 ,ne lui on dplaise1 ces classes sont certainement fondes sur des faits rels4 ,ni l'observation1 ni la raison qui les a reconnues1 ne nous forgent des mensonges4 ,mais ce n'est pas tout que de porter sur des faits rels2 les conceptions des essences1 plus ou moins communes1 plus ou moins particulires1 donnent lieu une distinction fondamentale4 ,il en est qui1 sans tre illusoires1 n'ont rien d'essentiel2 il en est d'essentielles4 ,celles-ci reposent sur les caractres dominants dont l'ensemble forme dans notre pense la nature des tres4 ,ces diffrences fondamentales rvlent et constituent les vritables essences1 ou les grandes et naturelles divisions de l'ensemble des tres4 ,ces diffrences sont assez nombreuses2 mais dans le nombre on doit distinguer celles que voici4 ,dans l'ensemble des tres accessibles aux sens d'abord se montrent certains caractres gnraux1 communs tous1 et auxquels participe toute la masse inorganique1 substance confuse qui ne se distingue de ce qui est plus gnral qu'elle que par l'attribut qui la rend sensible et que ,descartes a nomm l'tendue4 ,si vous en retranchez la masse inorganique1 vous aurez le rgne organique 7espce dont l'tre tendu est le genre72 si vous en retranchez tout l'tre inanim1 il vous reste l'tre anim 7le genre animal72 si vous retranchez ce qui1 parmi les anims1 n'a pas la raison1 il vous restera l'animal raisonnable ou l'homme 7espce humaine72 et si1 dans la totalit des animaux raisonnables1 vous distinguez substance par substance1 vous avez l'individu4 ,or1 parler ainsi1 c'est concevoir qu'il y a une essence dtermine par chaque groupe d'attributs communs1 une nature tendue1 une nature organique1 une nature animale1 une nature humaine1 une nature individuelle4 ,on appelle aujourd'hui nature ou essence1 ce qu'au temps d',ablard on appelait genre ou espce1 matire ou forme2 mais le fond des ides n'a pas sensiblement vari4 ,et lorsqu'il essaie1 pour profondment distinguer l'espce de tout le reste1 de dterminer quelles conditions la forme est une essence1 il entreprend un travail difficile1 et il fait plus que les philosophes modernes qui se sont bien hasards 7non pas tous7 reconnatre qu'il y a telle chose que l'essence1 mais dont aucun ne s'est aventur dire ce que c'est4 ,ajouter1 comme ,ablard1 que les essences vritables ne se rencontrent que dans la catgorie de la substance1 et que la forme spcifique est en dehors de toute catgorie1 et surtout n'est aucun titre dans celle de la qualit1 c'est assurment traduire1 avec l'exactitude scientifique de son art1 cette pense1 que les qualits essentielles sont irrvocablement distinctes des qualits accidentelles1 et que les essences ne sont pas de pures conceptions4 ,nous avons peut-tre pass la mesure dans cette exposition de la doctrine d',ablard sur les universaux4 ,c'est qu'elle nous paraissait encore incompltement connue1 faute d'avoir t compltement restitue4 ,il en est en effet de cette doctrine comme de presque toutes les opinions de son auteur2 elle a disparu avec lui4 ,il y a peu de philosophes1 dont le nom ait t plus clbre et les doctrines plus oublies4 ,le temps n'a respect que sa gloire4 ,soit que l'envie1 le despotisme ou la peur aient dtruit ou laiss se perdre ses livres1 soit que ceux qui ont profit de ses ides aient pris soin d'en dissimuler l'origine1 cet homme1 qui eut tant de disciples1 n'a pas laiss d'cole1 et quoiqu'on ne puisse douter qu'il n'ait exerc une influence prdominante sur l'enseignement1 sur les tudes1 sur la destine de la philosophie1 il n'a point fond de philosophie4 ,d'innombrables sectes ont aussitt aprs lui couvert le sol gaulois1 et l'on n'a plus parl de lui que comme on parle d'un brillant mtore qui blouit et qui s'teint4 ,il y a de l'injustice dans cet oubli1 et lorsqu'au ,x,i,i,ie sicle on voit la querelle des universaux se perptuer1 mais aussi s'claircir et s'tendre1 on peut aisment retrouver plus d'une ide1 plus d'un raisonnement qui vient d',ablard1 ou que ses successeurs ont laborieusement dcouvert aprs lui au lieu de le lui emprunter4 ,on sait que les ralistes et les nominaux se ravirent alternativement le crdit et l'influence1 et que la puissance des uns et des autres1 celle des premire surtout1 prit souvent les formes de la tyrannie4 ,on tient en gnral qu',albert le ,grand et saint ,thomas d',acquin furent ralistes1 et leurs partisans venaient s'allier ,jean ,duns ,scot lui-mme1 lorsqu'il fallait combattre les nominaux4 ,peut-tre que ceux-ci auraient succomb1 si ,occam n'et glorieusement relev leur drapeau1 et1 donnant au systme l'ordre et la clart1 n'et dcidment rtabli leur influence1 reconnue enfin et assure par la protection du pouvoir politique4 ,les matres de l'cole de ,paris1 ,jean ,gerson et ,pierre d',ailly1 furent nominaux#abf4 ,note #abf3 ,albert4 ,magn41 ,de ,intellect4 et intelligib41 t4 ,i1 c4 ,,ii4--,metaph4 comment4 ,,iv4--,m4 ,rousselot prouve assez bien qu',albert tait moins raliste que conceptualiste la manire d',ablard4 7tudes sur la philos4 du moyen ge1 t4 ,,ii1 c4 ,,xiv1 p4 #baj et suiv47 ,il est moins heureux1 lorsqu'il essaie la mme dmonstration l'endroit de ,saint ,thomas4 7,ibid41 p4 #bef et #bje47 ,saint ,thomas1 sur la question des ides1 incline au platonisme3 7,summ4 theol41 para ,i1 quest4 ,v1 ,,lv1 et ,,lxxxv47 ,le ralisme de ,scot ne peut tre ni4 7,rousselot1 t4 ,,iii1 c4 ,,xviii1 p4 #ac et suiv4--,meiners1 ,de nom4 et real4 init41 ouv4 ,cit41 p4 #cg4--,salabert1 ,philos4 nom4 vind41 praefat41 sec4 ,v47 ,il est remarquable que cette doctrine1 quoique tolre souvent1 et parfois protge par l'glise1 lui redevenait de temps en temps et comme priodiquement suspecte1 au point d'tre perscute par le saint-sige1 et qu'elle s'allia maintes fois avec une manire libre de penser1 soit sur les matires de thologie1 soit au moins sur les doctrines de la cour de ,rome4 ,l'esprit d',ablard1 travers beaucoup de transformations1 se reconnat et s'aperoit encore dans les coles gallicanes1 et1 osons le dire1 dans la philosophie nationale4 ,la science moderne peut1 en gnral1 tre regarde1 comme nominaliste4 ,la secte des nominaux1 dit ,leibnitz1 est la plus profonde des sectes scolastiques1 et celle qui s'accorde le mieux avec la mthode de la philosophie rforme de nos jours4 ,descartes ne place point hors de notre pense toutes ces ides gnrales que dans l'cole on comprend sous le nom d'universaux4 ,locke et son cole ont profess le nominalisme conceptualiste2 ,hobbes1 ,berkeley1 ,hume1 le nominalisme pur2 et1 sur ce point1 les cossais1 surtout ,dugald ,stewart1 ont enchri sur les opinions de ,locke1 eux qui se sparent de lui si volontiers#abg4 ,le conceptualisme est peut-tre le vrai nom de la doctrine de ,kant1 et ce n'est qu'aprs lui que la philosophie allemande a pris ces formes alexandrines qui la rapprochent du ralisme du moyen ge4 ,la doctrine de l'identit absolue1 qui ne distingue plus l'ordre de la connaissance de l'ordre de l'existence1 efface ou supprime toute controverse sur les universaux1 en confondant l'tre et la pense1 le particulier et le gnral1 le fini et l'infini4 ,m4 de ,schelling s'est fait gloire de renouveler le spinozisme qu'on imputait au ralisme pour l'accabler2 ,hegel a courageusement rig les degrs logiques en phases de l'tre1 et profess que toute pense ralise1 au point que l'tre n'est pleinement rel qu'autant et en tant qu'il se pense#abh4 ,pour ,hegel1 toute opposition entre les diffrents1 que dis-je6 entre les contradictoires1 n'est qu'une passagre apparence4 ,mais il faut convenir que rien plus qu'une telle doctrine n'a t jusqu' ces derniers temps contraire aux mthodes en honneur depuis deux sicles1 et l'on peut dire qu'en gnral l'esprit du nominalisme est celui de la philosophie moderne1 quoiqu'il s'y trouve souvent clairci et tempr par des ides trangres aux nominaux du ,x,i,ie sicle1 et qui le prservent ou le dlivrent des excs et des erreurs1 infaillible chtiment de toute doctrine absolue4 ,note #abg3 ,leibnitz1 ,in ,nisol4 prfat41 edit4 ,dutens1 t4 ,,iv1 ,nouv4 ,essais1 t4 ,,iii1 c4 ,,iii1 #f1--;,descartes1 ,les ,principes1 #are part41 sec4 #ei4--,locke1 ,de l',entend4 hum41 t4 ,,iii1 c4 ,,iii1 sec4 #f et suiv41 et c4 ,,vi1 sec4 #g et suiv4--,reid1 ,essais sur les facults de l'esprit humain1 ess4 ,v1 c4 ,,vi4--,d4 ,stewart1 ,philos4 de l'esprit humain1 c4 ,,iv1 sect4 ,,ii1 ,,iii et ,,iv4 ,note #abh3 ,il est remarquable1 en effet1 que les objections diriges par ,bayle contre l'universale a parte vel des scolastiques1 et contre la confusion de l'attribut et de la substance dans ,spinoza1 soient prcisment les ides dont s'empare ,hegel pour difier sa doctrine4 7,voy4 ,bayle1 art1 ,ablard1 et ,sillpon4--,hegel1 ,gesch4 ,der ,philosophie1 t4 ,,iii1 p4 #afh47 ,ablard a donc triomph2 car1 malgr les graves restrictions qu'une critique clairvoyante dcouvre dans le nominalisme ou le conceptualisme qu'on lui impute1 son esprit est bien l'esprit moderne son origine4 ,il l'annonce1 il le devance1 il le promet4 ,la lumire qui blanchit au matin l'horizon est dj celle de l'astre encore invisible qui doit clairer le monde4 ,en parlant ainsi1 je n'viterai pas l'accusation de nominalisme4 ,je ne demande qu' la restreindre dans les limites suivantes4 ,l'essence est relle2 il n'y a point d'existence sans essence2 mais l'essence ne se rencontre rellement que dans l'tre dtermin1 parce que l'tre n'existe que dtermin4 ,cependant la dtermination n'est pas une chose absolue2 elle est susceptible de plus ou de moins4 ,la matire tendue1 par exemple1 est la conception de l'tre percevable1 la plus indtermine1 ou1 si l'on veut1 la moins dtermine que nous puissions former4 ,quand nous divisons la matire ou la voyons divise1 ses divisions sont des parties qui sont quelquefois appeles individus1 et qui devraient plutt s'appeler fragments1 car ces parties ne mritent proprement ce nom d'individus qu'autant qu'elles sont1 comme divisions1 l'oeuvre de la nature1 ou1 pour parler plus hardiment1 un tout de cration divine1 qui ne peut en gnral tre divis sans changer de nature4 ,quoi qu'il en soit1 l'tre va toujours se dterminant davantage4 ,ces dterminations successives divisent rellement l'universalit de la substance1 et comme ces divisions correspondent des substances1 unes1 distinctes1 d'origine naturelle1 l'universalit de la substance est dans le fait1 est actuellement la totalit des substances4 ,chaque substance a une essence1 c'est--dire une nature stable qui se reconnat ses attributs permanents et invariables1 et nous avons raison de croire l'essence4 ,ainsi1 pour prendre l'exemple toujours cit1 il y a une essence qui s'appelle lgitimement la nature humaine4 ,elle ne peut tre confondue avec aucune autre1 ni produite de toutes pices par aucune opration humaine1 ni modifie dans ses lments constitutifs1 sans tre dtruite4 ,substantialis differentia abesse non potest1 quin corrumpat#abi4 ,note #abi3 ,de ,intellect41 p4 #dib4 ,l'ide d'essence est une ide ncessaire de l'esprit humain1 et l'ide d'essence est vraie et lgitime1 non-seulement fonde sur quelque chose de rel et d'objectif1 mais conforme dans une certaine mesure cette ralit objective1 parce que les ides ncessaires expriment les conditions mmes de la ralit4 ,mais pour tre conforme la ralit1 cette ide ne lui est point adquate1 parce que notre connaissance1 certaine dans ce qu'elle a de ncessaire1 est toujours et ncessairement incomplte4 ,l'essence est une condition de l'tre4 ,mais cette condition qui ne peut tre ni lude1 ni altre1 ni reproduite volont1 cette loi qui n'est explique par aucun phnomne naturel1 par aucune des forces connues ou apprciables1 ou mme supposables de la nature1 est un des tmoignages les plus certains mes yeux de l'intervention d'une puissance et d'une intelligence suprmes4 ,pour exister1 il faut que l'essence ait t conue et voulue4 ,c'est par l que je l'lve au-dessus mme de ce qu'il y a de plus lev en ce monde1 les ides ncessaires de la raison humaine4 ,c'est en ce sens que je suis prt reconnatre le dogme platonicien1 et nommer l'essence une ide de ,dieu4 ,,livre ,,iii4 ,,de ,,la ,,th,,ologie ,d',,ab,,lard4 ,,chapitre #a;er4 ,,de ,,la ,,th,,ologie ,,scolastique ,,en ,g,n,,ral4--,,caract,,re ,,de ,,celle ,d',,ab,,lard4--,,le ,sic et ,non4 ,on dit que le moyen ge fut l'empire romain du christianisme4 ,c'est alors1 suivant des autorits qui s'accordent peu sur d'autres points1 que l'esprit catholique a le plus profondment pntr dans les institutions1 les sciences1 les sentiments et les coutumes4 ,de l l'unit et la grandeur1 l'ignorance et la tyrannie assignes tour tour comme caractres cet ge de l'humanit4 ,accusations ou louanges1 il y aurait beaucoup rabattre1 et l'on montrerait aisment qu'elle devait encourir deux jugements opposs1 cette trange et obscure poque1 si pleine de contrastes1 et qui1 seule peut-tre entre toutes celles de l'histoire1 a runi la barbarie dans les moeurs et le spiritualisme dans les ides4 ,mais si tout l'honneur ne doit pas revenir au christianisme1 bien moins encore la religion doit-elle tre rendue responsable de tout ce qu'il y eut au moyen ge de grossiret et d'oppression4 ,elle est loin d'avoir toujours t souveraine matresse4 ,dans l'ordre politique1 aprs avoir parfois rsist jusqu' l'hrosme1 aux passions mondaines1 elle leur a souvent cd1 complu mme au point de s'en faire l'instrument doctrinal et l'apologiste sophistique4 ,de mme aussi1 dans l'ordre intellectuel1 tantt elle a poursuivi la domination exclusive de l'esprit humain1 tantt elle s'est allie avec les sciences profanes au point de s'identifier avec elles4 ,aussi n'a-t-elle pas russi maintenir son unit aussi rigoureusement qu'on le prtend4 ,elle a eu ses dissidences1 ses changements1 ou1 si l'on veut1 ses progrs4 ,c'tait un lieu commun des temps de la scolastique que la philosophie devait tre la servante de la thologie1 ancilla theologi#acj mais force de vivre avec sa servante1 la matresse finissait par prendre son langage et ses allures1 et la puissance effective sur l'intelligence a souvent pass du ct de la philosophie4 ,or1 quand on pense qu'au moyen ge le christianisme rgnait en matre absolu1 il faut soutenir que la scolastique est la vraie et la seule philosophie chrtienne2 et pourtant comment s'aventurer sur le terrain de la scolastique1 sans y rencontrer quelques-uns des monstres qui infestent1 nous dit-on1 les sombres dtours de cette fort magique appele la philosophie moderne8 ,note #acj3 ,on trouve cette mtaphore partout4 ,l'origine en est peut-tre dans un passage de saint ,jean ,damascne qui veut que1 comme une reine a des suivantes1 la vrit se serve des sciences humaines ainsi que de ses esclaves2 7,dial41 ,i1 i47 et dans une comparaison prise de la situation d',abraham1 qui avait une femme1 ,sara1 et une servante1 ,agor2 la thologie est ,sara et la dialectique est ,agor4 7,didym4 ap4 ,damasc41 lit4 ,e1 tit4 ix47 ,le ,p4 ,petau s'approprie cette comparaison4 7,theolog4 ,dogm41 prolog41 c4 iv1 #d47 ,pour l'histoire1 l'unit tant vante du moyen ge est une apparence qui cache souvent la lutte et la division4 ,comme entre les moeurs et les ides1 les sentiments et les croyances1 l'esprit du ,nord et celui du ,midi1 le caractre germain et la civilisation romaine1 il y eut alors alternative d'opposition et de fusion entre la religion et la philosophie4 ,sans parler des conflits du pouvoir ecclsiastique et du pouvoir civil1 le monde intellectuel admit lui-mme deux autorits1 l'antiquit et la religion1 et ces autorits s'accordrent ou se combattirent tour tour4 ,tantt ,aristote devint chrtien1 et l'vangile revtit le pripattisme2 tantt1 rompant tout commerce1 la thologie repoussa la philosophie1 proscrivit son allie de la veille1 ou fit alliance avec une doctrine nouvelle contre celle qu'elle dlaissait4 ,elle appelait alors ,platon son secours contre ,aristote2 et puis1 quand le platonisme au gnie libre1 au mysticisme indpendant1 avec l'ampleur de ses dogmes sublimes et vagues1 brisait les cadres troits o l'on voulait l'enfermer1 ,aristote revenait en aide la thologie1 et1 l'armant de ses formules1 de ses prcisions svres1 des subtilits puissantes de son treignante dialectique1 il l'aidait garrotter son matre1 et reprendre les formes immuables d'une croyance didactique et d'une science exacte1 jusqu'au jour o1 lasse enfin de ses alliances diverses1 elle secouait un joug tranger1 et1 dans son ingratitude1 anathmatisait la raison et la science sous les noms de l'orgueil et de l'hrsie4 ,ces disparates et ces contradictions se montrent chaque pas dans l'histoire intellectuelle du moyen ge1 et la philosophie depuis ,descartes1 c'est--dire depuis qu'elle s'est scularise1 n'a pas prouv peut-tre plus de changements que la thologie depuis ,alcuin jusqu' la rformation4 ,la raison dans la libert de la rflexion est reste le caractre dominant1 le perptuel drapeau de la science philosophique1 dans quelques mains qu'il ait pass1 quels que soient les armes qui l'ont suivi et le prix pour lequel elles ont combattu4 ,cette libert n'tait srement pas absolue1 surtout dans l'expression2 on a pu prter un voile la philosophie1 mousser la pointe de ses armes2 on a pu dissimuler sa nature1 on n'a pas pu la dtruire4 ,la scolastique n'a jamais cess d'tre une science rationnelle1 mme lorsqu'elle s'est le plus attache demeurer orthodoxe4 ,sans doute1 l'immuable unit de doctrine1 c'est--dire l'interdiction du mouvement philosophique1 n'a pas non plus cess d'tre en gnral le but et la prtention permanente de toutes les coles thologiques2 encore faut-il exclure celles d'o s'lana la rforme2 mais s'il n'en est gure qui aient fait ouvertement profession de sortir de l'glise1 toutes ont maintes fois chang de direction1 sans cesse oscill entre le raisonnement1 la tradition1 l'autorit des philosophes1 celle de l'criture1 la foi1 la dialectique et la mysticit4 ,la thologie mriterait bien aussi d'avoir son histoire des variations4 ,ablard nous offre un frappant exemple de la manire dont la philosophie et la religion1 devenues la dialectique et la thologie1 s'altraient et se repoussaient mutuellement1 s'unissaient et s'envahissaient tour tour4 ,avant lui1 dans le moyen ge1 nul philosophe peut-tre n'avait t autant thologien1 nul thologien aussi philosophe4 ,aucun n'avait ralis au mme degr cette union des deux sciences et des deux gnies1 minent qu'il tait dans l'cole d',aristote et dans celle de ,paul#aca4 ,mais ainsi que son esprit croyant et scrutateur fut sans cesse ballott des tentations de l'examen aux exigences de la foi1 de la libert la soumission1 sa vie fut tour tour jouet ou victime de l'empire de la philosophie et de la puissance de l'glise4 ,vainement poursuivit-il incessamment l'accord pour la science1 de la raison et de la foi1 pour la vie1 de la libert et de l'ordre2 ni son esprit ne trouva la paix1 ni son existence1 le repos4 ,la logique1 il le dit1 le rendit odieux aux hommes#acb2 son gnie troubla son me ainsi que sa destine1 et la renomme lui apporta le malheur4 ,note #aca3 ,in ,paulo4 ,ab4 ,op41 ,apol4 ad ,hel41 p4 #cjh4 ,note #acb3 ,odiosum me mundo reddidit logica4 ,ibid41 et ci-dessus1 l4 ,i1 t4 #a1 p4 #bcj4 ,ce n'est pas qu'il ait le premier essay de mener ensemble la philosophie et la religion4 ,cette alliance a sduit de bonne heure tous les grands esprits ns au sein du christianisme4 ,saint ,paul1 en entrant dans l'cole d',athnes1 donna un mmorable exemple4 ,lorsqu'il planta la croix du ,sauveur prs du tombeau de ,socrate1 on et dit que l'vangile venait chercher la philosophie1 non pour la dtruire1 mais pour en faire la conqute4 ,l'aptre des gentils offre dans ce titre mme un symbole de l'union de la parole de ,dieu la parole antique1 et malgr ses imprcations contre les garements des sages de son temps1 il reconnat la raison humaine les droits imprescriptibles d'une rvlation ternelle4 ,au ,i,ie sicle1 le troisime crivain de christianisme1 le premier des apologistes1 saint ,justin ,martyr1 a fait profession de vouloir concilier la religion avec la philosophie1 et saint ,irne1 qui presque au mme temps manifesta l'intention contraire1 et voulut dlivrer la foi de cette msalliance1 ne sut rien de mieux que de donner au christianisme la forme d'une doctrine scientifique4 ,amis ou ennemis des sciences humaines1 les ,pres des premiers sicles raisonnaient tous1 les uns pour prouver que la religion valait bien la philosophie1 les autres que la philosophie ne valait pas la religion4 ,les plus clbres ont accept le titre de philosophes chrtiens1 quelquefois ils ont appel la religion mme philosophie4 ,pour ,grgoire de ,nazianze1 le philosophe1 c'est le chrtien2 pour saint ,clment1 le gnostique1 c'est le thologien#acc4 ,sans doute ils ne se sont pas tous montrs rationalistes1 un gal degr4 ,origne ou ,augustin sont autrement philosophes qu',ambroise ou ,jrme2 mais enfin la thologie a toujours produit des penseurs1 et dans son sein il s'est perptuellement maintenu1 ct des simples prdicateurs du dogme1 une secte orthodoxe de scrutateurs et de dmonstrateurs qui prtendaient conduire la foi par la raison4 ,note #acc3 ,greg4 ,naz4 ,or4 ,,xxvi4--,clem4 ,alex4 ,stromut41 ,,ii et ,,vi4 ,cet exemple1 constamment donn dans le monde chrtien1 ne fut pas dlaiss dans le ,nord et l',occident4 ,bde le ,vnrable tait surtout un rudit1 mais il savait1 pour en avoir beaucoup lu1 la thologie et la philosophie2 s'il ne les mla pas1 du moins il les rapprocha1 et ses lecteurs purent les unir4 ,si ,alcuin ne consomma pas encore cette union1 il donna les moyens de l'essayer1 et la doctrine mystique de ,scot rigne intresse galement la raison et la foi3 c'est un christianisme alexandrin4 ,cependant la thologie chez ses successeurs resta minemment dogmatique1 jusqu'au temps o la dialectique pntra davantage encore dans la philosophie4 ,ce fut dans la science comme une vritable rvolution4 ,ce mouvement donna l'tre la thologie scolastique4 ,l'origine en parat d'abord obscure1 malgr de savantes recherches et des conjectures diverses4 ,a quelle date faut-il en rapporter la naissance8 quelles sources a-t-elle puis8 quels sont ceux qui l'ont dcouverte ou accrdite8 ,toutes ces questions curieuses paratront d'une solution moins difficile1 grce ce que nous savons dj de l'histoire de la philosophie4 ,le mme esprit qui1 dans la science humaine1 avait produit la philosophie scolastique1 a1 passant dans la science sacre1 enfant la thologie scolastique2 on appelle ainsi l'aristotlisme du moyen ge1 ou la dialectique telle que nous la connaissons1 applique l'enseignement du dogme3 c'est la thologie rationnelle ou la philosophie religieuse de l'poque1 c'est pour le temps enfin le christianisme selon la science#acd4 ,note #acd3 ,cf4 ,ad1 ,tribbechovii ,de ,doctor4 scholast41 ed4 sec41 ,jen1 #agai4 ,c4 ,a4 ,heumanni prf41 p4 ,,xiii1 et c1 t1 ii1 vi1 p4 #bdi et seqq4--,j4 ,fr4 ,buddei ,isagog4 hist4 theol41 ,lips4 #agbg1 t4 #a1 t4 post41 c4 #a1 p4 #ceb et seqq4 et passim4--,budd41 ,observ4 select4 xv1 t4 #a1 p4 #age1 #ahg1 #aid1 etc4--,mabillon1 ,trait des tudes monastiques1 part4 ii1 c4 vi4--,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 part4 ii1 passim4--,riter1 ,hist4 de la ,philos4 chrt41 t4 ,,ii de la trad41 passim4 ,si l'on veut claircir les commencements de cette cole thologique1 dont le glorieux centre fut ,paris et qui se dveloppait au ,x,i,ie sicle1 il faut remonter bien plus haut que le moyen ge4 ,nous venons de dire que ds qu'il y a des livres chrtiens autres que les livres divins1 et peut-tre dans ceux-ci mmes1 au moins dans les ptres1 on voit la tradition de l'vangile se mler un lment philosophique4 ,en pouvait-il tre autrement8 ,les premiers ,pres crivent1 ils sont donc quelque degr des lettrs2 leur ducation1 si modeste qu'on la suppose1 a laiss dans leur esprit des ides et des expressions originaires de la science des gentils4 ,l'enseignement apostolique ne peut prendre une forme tant soit peu littraire sans qu'aussitt les souvenirs de la ,grce s'y viennent unir4 ,une religion1 ds qu'elle se traite dans les livres1 ressemble fort un systme de philosophie4 ,elle prend ncessairement l'esprit humain comme elle le trouve1 la langue telle qu'elle est faite1 la science au point o elle en est venue4 ,tous les ,pres sont donc plus ou moins philosophes1 mme ceux qui n'en ont aucune envie2 mais quelques-uns mettent du prix l'tre et font expressment la philosophie une place dans la religion4 ,ce n'est pas encore la philosophie scolastique1 ni mme la philosophie pripatticienne2 ce qui domine1 c'est l'esprit et quelquefois le langage de ,platon4 ,le disciple de ,socrate se retrouve dans ces disciples du ,christ1 et quelques lambeaux de la pourpre athnienne restent attachs1 comme des ornements oublis1 la robe de lin sans tache des catchumnes2 non que le dogme chrtien1 comme on l'a prtendu1 soit tout platonique1 mais le dogme emprunte l',acadmie des ides de dtail1 des mtaphores1 des hypothses1 des explications thortiques dont l'criture n'offre aucune trace et qui sont la part de la raison pure dans l'oeuvre de la foi4 ,aristote contribue pour peu de chose ces dveloppements additionnels de la science apostolique3 de loin en loin1 quelques termes d'cole1 quelques formes dialectiques1 insparables de toute discussion1 viennent seulement attester que l'tude1 ou du moins une teinture de sa logique tait une condition ncessaire de la culture de l'esprit4 ,ds lors cependant la philosophie n'intervient pas dans la religion sans rencontrer de rsistance1 elle excite des ombrages1 dea scrupules1 des censures2 tous les ,pres s'en servent1 mais aucun ne s'y fie d'une manire absolue1 et si les uns la recherchent et l'aiment1 les autres la fuient ou la repoussent4 ,la crainte se mle au got mme qu'elle inspire4 ,beaucoup se dclarent rsolument contre elle et la proscrivent avec svrit2 d'autres1 aprs l'avoir clbre1 recommandent de ne la suivre qu'avec prudence1 les anathmes de saint ,paul contre les surprises de la philosophie1 contre la vaine tromperie de la science humaine1 semblent retentir encore aux oreilles des successeurs de l'aptre2 ils craignent d'tre de ceux qui s'garent dans leurs propres raisonnements2 ils se croient toujours en prsence de cette gnose pseudonyme dont les vides paroles et les antithses profanes sont interdites ,timothe#ace4 ,note #ace3 ,coloss ,,ii1 #h4--,rom4 ,i1 #ba4--;,i ,tim4 ,,vi1 #bj4 ,toutefois1 dans les quatre premiers sicles surtout1 plusieurs ,pres1 non les moindres par le gnie1 offrent quelques caractres de l'esprit philosophique4 ,justin1 ,athnagore1 ,clment1 ,origne1 les trois premiers ,grgoire1 et plus tard ,cyrille d',alexandrie1 ne cherchent point fermer les yeux la lumire de la science4 ,tel d'entre eux semble mettre sur la mme ligne la raison et la foi1 mais aucun ne s'annonce pour un disciple d',aristote2 un clectisme flottant qui tend au platonisme se retrouve dans presque tous leurs crits4 ,ils ne sont pas1 quoi qu'on en ait dit1 de purs alexandrins1 mais ils sont vaguement anims de l'esprit qui inspire l'cole d',alexandrie4 ,la dialectique1 comme art de la rfutation1 ne leur est pas trangre1 ils la regardent1 d'aprs ,platon1 comme un rempart#acf1 et cependant d'autres crivains sacrs s'lvent ds lors contre les dangers et les tmrits de la dialectique2 les plus philosophes songent s'en prserver4 ,saint ,justin lui-mme a soin de rappeler que la religion chrtienne est la seule philosophie solide et utile#acg4 ,c'est la vraie et parfaite philosophie1 dit saint ,clment#ach4 ,grgoire le ,thaumaturge et ,grgoire de ,nazianze redoutent les sciences curieuses et les subtiles contentions1 dplorant le jour o l'art pervers d',aristote s'est gliss dans l'glise#aci4 ,l'clectique saint ,cyrille attaque ceux qui1 n'ayant sur les lvres que l'art du ,stagyrite1 font gloire de ses leons et non de celles des divines critures#adj4 ,avant lui1 ,athnagore avait demand avec hauteur si ceux qui rsolvent les syllogismes1 ceux qui expliquent l'quivoque et le synonyme1 le sujet et le prdicat1 avaient le coeur assez pur pour enseigner la charit et la batitude#ada4 ,grgoire de ,nysse enfin1 ce mtaphysicien idaliste1 se vante d'ignorer les artifices des rhteurs et de ne point diriger contre ses adversaires l'arme redoutable de la subtilit dialectique#adb4 ,moins engags encore dans les liens de la philosophie et plus libres dans leur jugement1 d'autres ,pres clatent avec plus de vhmence4 ,tertullien ne peut trop s'indigner contre cet art changeant de la controverse qui dtruit tout ce qu'il difie1 contre cette sagesse athnienne qui feint et interpole la vrit1 contre un christianisme stoque1 platonique ou dialectique2 les philosophes sont ses yeux les patriarches de l'hrsie1 et sans prvoir combien son exclamation et1 mille ans plus tard1 scandalis l'glise1 il s'crie3 ,misrable ,aristote#adc6 ,note #acf3 ,grec3 sper trinkos ,de ,rep4 ,,vii4--,clem4 ,alex4 ,strom41 #a et ,,vi4--,nazians4 ,orat4 xx4--,cicron avait dit aussi en parlant des connaissances fondamentales de la raison3 ,hc omnia quasi sepimento aliquo vallabit a disserendi ratione4 ,legg4 ,i1 #bc4--;,cf4 ,justin41 ,dialog4 cum ,tryph41 #b1 #c1 etc4--,clem4 ,alex41 id41 ,,ii et ,,iv1 passim4--,origen41 ,philocal41 c4 xiii4 ,note #acg3 ,dial4 cum ,tryph41 p4 #bbe4 ,ed4 paris4 ,note #ach3 ,strom41 ,,ii4 ,note #aci3 ,greg4 ,thaum41 ap1 ,damasc4 in eclog41 litt4 ,a1 tit4 ,i4--,naz4 ,or4 xxv4 ,note #adj3 ,cyrill41 ,catech4 ,,vi1 ,,xxii4--,phot41 ,thesaur4 ,,ii4 ,note #ada3 ,athenag41 ,apol4 pro ,christ4 ,,xi4 ,note #adb3 ,nyss41 ,cont4 ,eunom4 ,,ii4 ,note #adc3 ,miserum ,aristotelem4 ,de praesc4 haeret41 ,,vii4--,adv4 ,hermog41 ,,viii4 ,ce fut mme une doctrine reue que les hrsies procdaient de l'esprit philosophique4 piphane s'en prend l'imitation d',aristote de l'erreur d',aetius#add2 celle des ,agnotes passe pour venir de ,thmistius1 dnonc1 comme une des gloires du pripattisme2 saint ,basile1 saint ,augustin et deux ,grgoire imputent ,eunomius une mthode syllogistique1 cho retentissant d',aristote2 ,arius lui-mme est accus de dialectique4 ,enfin il a t crit qu'il n'est pas d'hrsie dont ,platon lui-mme n'ait fourni l'assaisonnement#ade4 ,note #add3 ,adv4 haeres4 t4 ,,iii1 haer4 ,,lvi vel ,,lxxxvi1 sec4 #b4 ,note #ade3 ,budd41 ,obs4 sel4 ,,xv1 t4 #a1 p4 #ahj4--;,basil41 ,i1 ,cont4 ,eunom4 ,v et ,,ix4--,aug4 ,de ,trin4 ,,xv1 ,,xx4--,nyss41 ,i ,cont4 ,eunom4--,tortul41 de ,anim41 c4 ,,xxiii4--,i1 ,cont4 ,mart41 c4 ,,xiii4 ,c'est l'opinion d'un thologien de grande rudition1 le ,p4 ,petau1 ,theol4 dogm41 t4 ,i1 t4 ,i1 c4 ,,iii1 ,i1 et t4 ,,ii1 t4 ,i1 c4 i1 #d1 et c4 ,,iii1 #a4--;,cf4 ,budd41 ,isag41 lib4 post4 c4 ,,iv1 p4 #eeg et #fjj1 c4 ,,vi1 p4 #iah1 c4 ,,vii1 p4 #aadb4 ,telles taient les opinions des ,pres1 opinions qui dans leur incohrence nous montrent la philosophie constamment suspecte1 au temps mme o l'on s'en sert le plus1 aux jours de gloire de l'glise grecque4 ,on sait que c'est vers le milieu du ,ve sicle que le christianisme1 envisag comme un corps de doctrine1 reut la forme gnrale que lui ont peu prs conserve les modernes4 ,nous relevons plus de saint ,augustin que d',origne1 et l'glise latine1 qui prit alors le dessus jusque dans la science1 est naturellement la source et la rgle du catholicisme romain4 ,le christianisme oriental fut toujours plus spculatif1 celui de l',occident plus pratique4 ,l'un tient plus d'une thorie sacre1 l'autre d'une politique religieuse4 ,en toutes choses1 mme dans la foi1 l'art est le lot de la ,grce2 le partage de ,rome1 c'est le gouvernement4 ,au temps des ,jrme1 des ,ambroise1 des ,augustin1 un principe fondamental est dfinitivement tabli1 c'est l'autorit de l'glise en matire de foi1 c'est la subordination de la raison la tradition1 et de la science l'autorit4 ,a compter de ce moment surtout1 la question essentielle ne doit plus tre3 ,quelle est en soi la vrit8 mais3 ,quel est de fait l'enseignement de l'glise8 ,aussi la philosophie semble-t-elle irrvocablement condamne4 ,les hrtiques1 dit ,ambroise1 abandonnent l'aptre pour suivre ,aristote2 quant nous1 nous n'avons que faire de la philosophie1 nihil nobis cum philosophia#adf4 ,elle est la troisime plaie de l'gypte1 fait-on dire saint ,jrme1 celle qui s'appelait ciniphes#adg4 ,mais c'est surtout dans le grand esprit de saint ,augustin que la lutte de la philosophie et de la foi s'engage avec clat et se termine par la dfaite de la premire4 ,l'issue du combat parat longtemps douteuse4 ,suivant les instants1 les questions1 les ouvrages1 nous le voyons incertain pencher tour tour de l'un on l'autre ct4 ,il aime la science1 le raisonnement1 les lettres antiques2 son esprit est lev1 subtil1 mme un peu paradoxal2 mais il ramne et immole tout l'glise2 et aprs avoir dit que si les sages de l'antiquit revenaient1 ils auraient changer peu de mots et peu d'ides pour devenir chrtiens1 il finit par les accuser d'avoir retenu la vrit dans l',iniquit1 parce qu'ils ont philosoph sans mdiateur4 ,nous verrons ,ablard s'appuyer tour tour1 en sens divers1 des contradictions de saint ,augustin1 qui croyait connatre ,platon1 et qui1 n'ayant gure lu que ,cicron1 tait devenu1 comme lui1 magnus opinator#adh4 ,un scepticisme acadmique doit aboutir chez un chrtien au sacrifice de la philosophie4 ,note #adf3 ,ambros41 ,in psalm4 ,,cxvii1 serm4 ,,xi4--,de offic4 minist41 ,i1 ,,xiii4--,expos4 in ,luc41 ,v4 ,note #adg3 ,hieronym41 ,in psalm4 ,,civ4--,aug41 ,serm4 ,,lxxxvii4 ,note #adh3 ,de ver4 relig41 ,,iv--,retract41 ,i1 #a1d4--;,de ,trin41 ,,xiii1 ,,xix1 #bd4--;,confess4 ,,iii1 ,,iv et ,,vii1 ,,xx4--,de ,doct4 ,christ41 ,,ii1 ,,xi4 et ,,xviii4 ,nous ne voyons pas poindre encore la thologie scolastique2 c'est la philosophie en gnral qui succombe3 le pripattisme n'est pas seul en cause2 le stocisme1 avec sa logique aigu et disputeuse1 ne jouit pas d'un meilleur renom1 et le platonisme est reconduit avec quelques louanges hors du giron de l'glise2 d'autant qu'on ne le distinguait pas bien du no-platonisme qui1 tantt par l'audace de sa polmique directe1 tantt par la sduction de ses dogmes levs et de sa mysticit sublime1 menaait tout autrement le christianisme1 et pouvait1 s'il ne rencontrait une rsistance nergique1 lui dbaucher ses plus grands gnies4 ,durant les cinq premiers sicles1 la part du pripattisme se rduit communment l'emploi de quelques formules isoles qui ont pass dans la circulation1 l'usage au moins implicite du syllogisme1 ce qui n'est pas une opinion1 mais une ncessit de la controverse et mme de la raison1 au maintien de la distinction de la matire et de la forme1 distinction1 au reste1 commune ,platon et son rival1 enfin l'application des catgories toutes les questions qui concernent l'tre4 ,s'agit-il de la nature de ,dieu ou de celle de l'me1 les catgories sont presque toujours rappeles et discutes2 toutefois1 du sein mme de ces discussions1 s'chappe presque toujours le principe que ,dieu est hors de toutes les catgories#adi4 ,note #adi3 ,j4 ,launoy1 ,de var4 ,arist4 fortuna1 c4 ,,ii4---,ritter1 ,ouvr4 cit1 t4 ,,vi1 c4 ,,iii1 p4 #bdi1 et t4 ,,vii1 c4 ,,ii1 p4 #eaf4 ,c'est plus tard que l'on voit dcidment passer l'empire du ct du pripattisme1 mais alors la mtaphysique dcrot et cde la place la logique2 ce que les historiens de la philosophie appellent le formalisme1 commence prvaloir dans la science4 ,chez les paens1 on a rconcili ,aristote et ,platon2 les controverses sur le fond des choses s'teignent2 on ne songe plus qu' ordonner les ides1 qu' les exposer systmatiquement4 ,chez les chrtiens1 mme tendance4 ,de tout temps1 et notamment en ,asie1 ,aristote avait eu de dvous commentateurs1 mais la plupart en dehors du christianisme2 il n'en est plus de mme aux ,ve et ,v,ie sicles4 ,on distingue parmi eux ,david d',armnie1 qui avait tudi sous les derniers no-platoniciens4 ,dj1 au jugement de ,ritter1 l'esprit d',aristote avait inspir ,nmsius1 de qui nous possdons un prcieux ouvrage4 ,jean ,philopon1 surnomm le ,grammairien1 subit plus manifestement encore la mme influence4 ,il avait t commentateur du prince des pripatticiens avant d'crire sur la thologie1 et ses doctrines s'en ressentent1 aussi bien que l'hrsie des trithistes1 qu'on peut rattacher son nom#aej4 ,c'est ainsi que nous sommes peu peu conduits voir natre et grandir1 au ,v,i,i,ie sicle1 l'aristotlisme chrtien4 ,note #aej3 ,ritter1 ibid41 t4 ,,ii1 t4 ,,vii1 c4 i1 p4 #dbj1 #dbd1 #ddb et #deg4 ,l',arabe ,mansur1 que l'glise sanctifie sous le nom de ,jean de ,damas ou ,damascne1 est dsign comme le crateur de la thologie scolastique4 ,son ouvrage1 du moins1 en est le premier monument4 ,ce livre1 intitul ,source de la ,science1 se compose de trois traits distincts#aea4 ,le premier est une dialectique ou une compilation fort claire de l'introduction de ,porphyre et des ,catgories d',aristote avec une dfinition gnrale de la philosophie2 le second1 un expos sommaire des diverses doctrines ou hrsies de l'antiquit en matire religieuse1 et le troisime1 un grand trait de la foi orthodoxe o les dogmes fondamentaux sont conus et traduits dans la forme et la langue de la logique1 avec une lucidit et une rigueur que les thologiens de l',occident ont rarement gales4 ,l'ouvrage n'a peut-tre pas une grande profondeur1 ni une vritable originalit4 ,mais il est crit avec une prcision qui ne manque point d'lgance1 et l'auteur y fait1 avec une parfaite possession du langage scientifique1 l'application de la dialectique au dogme4 ,on ne saurait cependant lui donner pour disciples les premiers de nos scolastiques4 ,rien n'annonce qu'il leur ft connu4 ,s'il est vrai que la troisime partie de son livre ait t1 sous ce titre1 de orthodoxa ,fide1 traduite on latin pour la premire fois par ordre du pape ,eugne ,,iii#aeb1 ce ne fut qu'aprs la mort d',ablard dont les crits1 nous le croyons du moins1 ne mentionnent nulle part le nom de saint ,jean ,damascne4 ,la thologie scolastique est donc ne en dehors de l'influence de ce ,pre2 il en a t le prcurseur plutt que le crateur2 mais aprs qu'elle fut venue au monde1 il a puissamment influ sur ses destines2 il est devenu une de ses autorits favorites1 et on a regard son trait comme le type du clbre livre de ,pierre ,lombard4 ,aussi a-t-il partag dans l'opinion du monde le sort des scolastiques4 ,exalt avec eux1 avec eux dprim1 il a mrit que leurs grands adversaires calvinistes fissent un reproche ,melanchton de l'avoir imit1 et que leur plus violent ennemi1 ,luther1 dt de lui3 ,il fait trop de philosophie1 nimium philosophatur#aec4 ,note #aea3 ,grec3 ,pg gnsis1 ,fons scienti4 ,dans une ddicace au pre ,goeme1 vque de ,maiuine1 il dit qu'il a commenc par recueillir tout le meilleur des plus sages parmi les gentils c'est sa philosophie1 objet du premier trait intitul ,dialectique4 ,le second1 ,grec3 ,peri airestn1 n'est gure qu'un dnombrement de systmes assez sec et fort peu exact pour la partie philosophique4 ,le troisime1 ,grec3 ,ekdotis akrizs ts orthodoxs ,pistis1 est un ouvrage en quatre livres qui peut se lire encore avec fruit et mme avec plaisir4 ,on a accus l'auteur de plagianisme et de nouveaut dangereuse dans la phrasologie qu'il emploie4 ,baronius et ,bellarmin ne l'approuvent pas en tout2 les docteurs calvinistes le censurent svrement4 ,mais il ne me parat ,ouvertement dans l'erreur que touchant la procession du ,saint-,esprit4 ,il se rapproche sur ce point du sentiment des ,grecs4 7,s4,p4,n4 ,joan4 ,damasc4 ,op41 ed4 ,lequien1 #b vol4 in fol4 ,paris1 #agab1 t4 #a1 p4 #g1 #gj1 #abc47 ,note #aeb3 ,ritter1 ,ouvr4 cit41 ibid41 p4 #eje4 ,eugne ,,iii devint pape en #aadc4 ,un chroniqueur anglais1 ,bromton1 porte la date de cette traduction au temps de ,hugues et ,richard de ,saint-,victor1 et aussitt aprs il annonce la publication du livre de ,pierre ,lombard1 qui en effet passe pour s'tre model sur l'ouvrage de ,jean de ,damas4 7,tribbech41 ,de ,doci1 schol41 c4 vi1 p4 #bhj et seqq47 ,note #aec3 ,budd4 ,isay41 #a4 post41 c4 i1 p4 #chc1 #chf4 ,aprs ,jean de ,damas1 l'glise laquelle il appartient devient strile1 et la thologie orthodoxe s'teint dans l',orient4 ,il est le dernier des ,pres grecs et le premier des nominalistes chrtiens4 ,en ,occident1 rien de brillant depuis saint ,augustin4 ,la littrature latine n'eut plus qu'un seul reprsentant de quelque renomme4 ,c'est ce ,boce que nous avons tant cit4 ,on le compte ordinairement parmi les chrtiens1 et l'on inscrit son nom la suite de la liste ds ,pres4 ,le moyen ge le plaait pour le moins au mme rang qu'eux4 ,cependant la plupart des crits de ,boce sont des versions d',aristote1 ou des commentaires sur ses livres2 nulle part il ne s'y dclare chrtien1 et dans son plus grand ouvrage1 la ,consolation philosophique1 on peut rencontrer et l les sentiments1 mais non les croyances de l'vangile4 ,une tradition trs-contestable runit1 il est vrai1 ses crits authentiques quelques traits de thologie1 et la mort que lui infligea ,thodoric lui a valu1 on peu s'en faut1 les honneurs d'un martyr#aed2 on montre mme son tombeau dans une glise de ,pavie4 ,cette rputation bien on mal gagne d'orthodoxie a consacr dans les ges suivants son autorit philosophique4 ,la thologie a invoqu son tmoignage en pleine scurit de conscience1 et nul n'a t plus frquemment1 plus hardiment cit dans les coles clricales4 ,on peut dire qu'il termine avec ,cassiodore la littrature latine de l'antiquit et commence belle du moyen ge4 ,il n'est pas le crateur de la scolastique1 mais l'intermdiaire ncessaire entre les temps passs et les temps nouveaux4 ,note #aed3 ,ritter1 ,ouvr4 cit41 t4 ,,vii1 c4 ,,ii1 p4 #ebh4 ,nous arrivons au moyen ge4 ,la naissance de la thologie de la scolastique ne nous paratra plus un mystre1 nous qui avons vu natre sa philosophie4 ,l'une et l'autre sont les produits naturels du sol de la ,gaule4 ,c'est en ,france que les deux lments exotiques1 le christianisme et la philosophie1 se sont unis1 et que le gnie du moyen ge1 croyant et subtil1 enthousiaste et raisonneur1 a recompos cette science mthodique et dominatrice que le libre gnie des ,orientaux avait bien pu1 comme tout le reste1 dcouvrir en se jouant1 mais laquelle il ne se ft jamais enchan4 ,cette rnovation de la thologie date pour nous du ,x,ie sicle4 ,les crivains protestants#aee s'efforcent de la rattacher aux usurpations de ,grgoire ,,vii1 la codification des fausses dcrtales1 l'tablissement des ordres monastiques1 enfin toutes les choses qu'ils dtestent comme elle4 ,ils veulent faire de la thologie scolastique un des abus de la cour de ,rome1 un des crimes de la politique pontificale4 ,c'est une erreur4 ,cette thologie put s'unir aux institutions1 se mler aux vnements1 mais son histoire appartient surtout l'histoire de l'esprit humain1 dont elle fut l'oeuvre dsintresse et le dveloppement spontan4 ,la scolastique mrite son nom1 elle vient des coles2 elle n'est point une combinaison de gouvernement1 mais une phase de la science humaine1 qui s'explique par des antcdents minemment littraires et acadmiques1 et il tait impossible qu'elle ne ragt pas tt ou tard sur la thologie4 ,loin d'avoir t invente pour le service de l'glise ou de la papaut1 la thologie scolastique est devenue souvent suspecte l'une et l'autre1 quoiqu'elle ait enfin russi s'en faire accepter1 et ce n'est pas sans effort qu'elle a surmont les dfiances de la portion la plus gouvernementale du clerg4 ,a la longue sans doute elle a domin l'enseignement ecclsiastique1 et c'est pourquoi elle est devenue avec le temps la forme et l'auxiliaire de cette autorit en matire de pense1 contre laquelle devait se soulever un jour1 des titres divers1 l'esprit d'examen sous le nom de rformation ou de philosophie4 ,note #aee3 ,budde1 ,tribbechovius1 ,heumann1 etc4 ,mais au dbut1 ceux qui l'avaient introduite dans le monde savant taient1 nous l'avons vu des novateurs4 ,quelques auteurs veulent que le premier d'entre eux ait t ,lanfrano de ,pavie1 archevque de ,canterbery1 ou saint ,anselme1 son successeur2 d'autres ne placent cette origine qu'au temps de ,pierre ,lombard1 ou descendent jusqu'au temps d',alexandre de ,hales4 ,une opinion intermdiaire fait dater de ,roscelin la philosophie scolastique1 et d',ablard la thologie#aef4 ,c'est depuis ,ablard1 dit le docte abb ,trithme1 qui certes n'entend pas lui donner un loge1 que la philosophie sculire a commenc de souiller la thologie sacre par son inutile curiosit#aeg4 ,note #aef3 ,tribbechovius1 ,de ,doctor4 scholast41 c4 vi4--,heumann1 ,in prf4 ejusd41 p4 xiii et seqq4--,jac4 ,thomasius1 ,vit4 ,abl41 sec4 #fd1 etc4 ,theol4 schol4 init42 ,hist4 ,sap41 t4 ,,iii1 sec4#fl1 etc4--,mabillon1 ,des tud4 monast41 part4 ,,ii1 c4 vi4 ,note #aeg3 ,trithem41 ,de script4 eccles41 c4 cccxci4 ,suivant ,mabillon1 le premier pas avait t la composition des sommes de thologie1 c'est--dire des rsums ou compilations systmatiques2 ,vincent de ,lerins1 ,isidore de ,sville1 saint ,jean de ,damas1 un vque de ,saragosse au ,v,i,ie sicle1 nomm ,tayon1 avaient donn cet exemple#aeh4 ,mais les controverses de la fin du ,x,ie sicle sont1 mon avis1 le vritable foyer o la scolastique a pris feu4 ,brenger de ,tours fora ,lanfrane la dialectique2 toutefois le saint vque l'employa comme regret1 et quoiqu'il ait l'air et se vante mme de la bien connatre1 il prend soin d'en dguiser les formes sacramentelles1 craignant1 dit-il1 de montrer plus de confiance dans l'art que dans la ,vrit et l'autorit des ,pres#aei4 ,son ouvrage1 en effet1 n'a rien de technique2 la discussion n'y est pas rgulire1 non plus qu'approfondie1 et bien qu'on ait donn l'auteur le titre de premier dialecticien des ,gaules#afj1 nous ne pouvons voir en lui le fondateur de la thologie scolastique4 ,note #aeh3 ,mabillon1 ,ouvr4 cit41 ibid4--,cf4 ,budd41 ,isag41 t4 post41 c4 i1 p4 #cfg4 ,note #aei3 ,adv4 ,berelly4 tar41 c4 ,,vii1 p4 #bcf4 ,b4 ,lanfr41 ,op4 omn41 ,paris1 #afdh4--;,cf4 ,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #gac-gbg4 ,note #afj3 ,d4 ,ceiller1 ,hist4 gn4 des aut4 sacr4 ,et prof41 t4 ,,xxi1 p4 #cd4 ,saint ,anselme1 quoiqu'il ait surtout le gnie d'un mtaphysien1 saint ,anselme1 si suprieur ,lanfranc1 tout en exposant avec une lvation et une profondeur singulires les principes d'une thodice platonique et chrtienne1 ne rejeta point l'argumentation logique2 dans ses luttes avec ,roscelin et d'autres sectaires1 il rduisit souvent la thologie a une controverse en forme4 ,mais il ne fut gure qu'un crivain1 il n'enseigna point une mthode1 il n'eut point d'cole4 ,alors cependant la science fit videmment un grand effort1 sinon un grand progrs1 et1 se concentrant presque tout entire dans la dialectique1 elle acquit un surcrot de vogue et de puissance4 ,tout aussitt elle alla chercher l thologie ou la thologie vint la prendre1 toutes deux s'attachant se soutenir et se complter mutuellement1 toutes deux travaillant bientt se mutuellement dominer2 et soudain ce commerce1 cet change entre les deux tudes fit clore1 avec de nouvelles questions1 avec des thories nouvelles qui semblaient enrichir l'une et l'autre1 des occasions de divergence et de conflit4 ,tandis que la dialectique venait armer la thologie1 qui prtendait la protger1 celle-ci entrait sans cesse en dfiance de son exigeante auxiliaire1 et dmlant en elle une indpendance cache1 elle craignait le sort des monarques asservis ou effacs par leur ministre3 elle croyait voir un matre du palais s'asseoir prs du trne d'un roi fainant#afa4 ,note #afa3 ,la cration de la thologie moderne ou la transformation de la religion en une science abstraite et bientt scolastique1 est expose avec autant d'instruction que de sagacit dans un ouvrage remarquable1 intitul ,the scholastic philosophy considered in its relation to christian theology4 ,l'auteur1 ,m4 ,hampden1 professeur royal de thologie l'universit d',oxford1 nous a souvent instruit et guid1 et son livre mriterait d'tre traduit4 7#a vol4 in--#h1 #b d4 ,londres1 #ahcg47 ,il n'est donc pas douteux que les hrsies de ,brenger et de ,roscelin n'eussent excit des dbats favorables aux progrs gnraux de l'esprit dialectique4 ,le danger1 pour le dogme1 de l'introduction de certaines doctrines dans la science1 avait dtermin les uns modifier ces doctrines pour les rendre innocentes et compatibles avec l'enseignement de l'glise1 les autres s'instruire plus fond des ressources de la logique1 pour en repousser plus facilement les attaques et en assurer le concours l'orthodoxie4 ,on connat trs-imparfaitement les systmes d',anselme de ,laon1 de ,guillaume de ,champeaux1 de ,bernard de ,chartres1 mais sans nul doute chacun d'eux a travaill dans son genre rendre la thologie plus scientifique3 ,anselme discutait les textes1 ,bernard platonisait1 ,guillaume1 grand logicien1 raisonnait sur les termes du dogme et les passait au crible de la dialectique2 on a dit que le premier il avait rendu la thologie contentieuse#afb4 ,note #afb3 ,hist4 litt4 de la ,france1 t4 ,x1 p4 #cjh4--;,j4 ,saresb4 41 t4 ,,iii1 c4 ix4 ,mais aucun n'a brill dans l'cole d'autant d'clat qu',ablard2 nul n'a port dans les discussions argutieuses de la dialectique une subtilit plus facile1 une lucidit plus blouissante4 ,il passait pour avoir une intelligence particulire des secrets d',aristote1 et en mme temps il s'attachait rendre son art accessible et populaire4 ,lors donc que1 vainqueur de ,guillaume de ,champeaux1 il entra dans la thologie1 ce fut comme la science en personne qui venait trouver la foi2 ce fut la raison qui tendait la main au dogme1 et l'on put croire1 au gr des prventions diverses1 que la vrit chrtienne rencontrait son dfenseur ou son conqurant le plus redoutable4 ,peut-tre les deux opinions taient-elles plausibles1 il y avait en lui de quoi rpondre bien des esprances et justifier bien des craintes4 ,il venait1 en effet1 et il l'a dit1 je crois1 avec une entire sincrit1 il venait faonner la foi la dialectique et la prmunir contre la dialectique mme4 ,nous le verrons soutenir en mme temps que les chrtiens n'ont pas d'appuis plus fermes ni de plus dangereux ennemis que les philosophes1 et tout ensemble attaquer l'abus que l'hrsie fait de la logique1 et les ddains que l'orthodoxie lui tmoigne4 ,ce fut donc sciemment et explicitement qu'il se posa en conciliateur et presque en arbitre1 tour tour exigeant comme un critique et docile comme un fidle1 et qu'il s'effora de raliser en lui-mme ce personnage clectique1 le chrtien rationaliste4 ,contre lui s'levrent bientt tontes les accusations que la philosophie a coutume d'exciter4 ,elles ont poursuivi sa mmoire4 ,nous pourrions multiplier les citations1 et l'on verrait1 partir d',ablard1 la thologie scolastique continuer sa route et ses succs au milieu des plaintes et quelquefois des maldictions d'une partie de l'glise1 jusqu'au jour o c'est la raison aussi qui rclame et ose attaquer ,aristote lui-mme travers ,occam1 saint ,thomas1 ,scot1 ,albert le ,grand1 ,averros1 ,ablard2 mais restons au ,x,i,ie sicle4 ,alors1 ce qui devait un jour devenir un prjug paraissait une nouveaut1 et la tmrit tait du ct des scolastiques4 ,malgr leur soumission au dogme et l'glise en gnral le caractre philosophique dominait en eux1 et l'expression de thologie scolastique quivalait1 dans le langage du temps1 celle de philosophie de la thologie4 ,c'est avec ces ides qu'il faut se reprsenter ,ablard1 et que son sicle l'a considr4 ,l'opinion commune du clerg sur son compte est celle de ,baronius#afc3 ,pierre ,ablard a soumis les critures aux philosophes1 principalement ,aristote1 et il traite les ,pres d'ignorants qui ne prouvaient rien de ce qu'ils disaient4 ,note #afc3 ,tribbech41 ,ouvr4 cit41 c4 v1 p4 #bbj et suiv4--,budd41 ,isag41 lib4 post41 c4 ,,vii1 p4 #aabf1 etc4 ,on a vu1 en effet1 comment il gouvernait la dialectique4 ,son procd dans les questions pineuses tait d'exposer les diverses opinions1 et de les soumettre un examen analytique1 sous le double contrle du raisonnement et de l'autorit4 ,toutes les citations que la lecture avait pu lui fournir1 taient passes en revue1 discutes1 interprtes2 puis il produisait son avis1 en le raccordant son tour avec ces citations mmes1 qu'il parvenait ramener subtilement une apparence d'unit4 ,cette mthode exigeait une connaissance dtaille1 tant des doctrines des auteurs que des passages de leurs crits qui pouvaient tre invoqus pour ou contre telle ou telle solution4 ,ces solutions1 soutenues en thse1 ou favorises en passant par des propositions isoles1 s'appelaient des sentences1 sententi4 ,l'art de la controverse tant d'opposer les autorits aux autorits1 et de dconcerter une proposition par une citation imprvue1 tout esprit qui voulait briller dans cette sorte d'escrime1 devait se faire un arsenal complet de toutes les armes dont il pouvait avoir diriger ou repousser les coups2 et c'est pour cela que des recueils de citations taient indispensables aux philosophes de l'cole1 afin que la soudainet de leurs objections ft gale l'-propos de leurs rponses4 ,ce fut donc un titre assez commun parmi les crits du temps que celui de livre des sentences1 liber sententiarum2 et le plus clbre recueil qui ait port ce nom1 est le manuel thologique de ,pierre ,lombard1 qui fut vque de ,paris sept ans aprs la mort d',ablard4 ,ce livre exera pendant plusieurs sicles une grande autorit3 il devint la base de renseignement thologique dans l',universit de ,paris1 et l'on cite ordinairement le docte prlat comme le chef et le fondateur de cette cole de thologiens appels les docteurs sententiaires 7doctores sententiarii71 par opposition ceux qui portent le nom de docteurs bibliques 7biblici74 ,ce fut une cole nouvelle1 plus savante1 plus logique1 plus aristotlique que l'cole ancienne qui1 discutant moins1 approfondissait moins peut-tre1 mais aussi ne provoquait ni le doute ni la dispute1 et qui1 fidle son enseignement synthtique1 voyait avec inquitude une ristique toute profane envahir le domaine entier de la science sacre#afd4 ,note #afd3 ,moshem41 ,secul4 ,,xii1 pars ,,ii1 c4 ,,iii1 sec4 #h4 ,il y eut donc1 au ,x,i,ie sicle1 deux thologies1 l'une biblique dont ,hildebert1 vque du ,mans1 tait1 dit-on1 la lumire1 et laquelle on peut rattacher ,guillaume de ,saint-,thierry1 ,gautier de ,mortagne1 ,hugues et ,richard de ,saint-,victor1 et que dut aimer et protger saint ,bernard2 l'autre que ,guillaume de ,champeaux avait contribu former1 sans prvoir que1 bientt dpass1 il serait lui-mme effray des consquences de son oeuvre1 et verrait le sein de la science dchir par ses enfants4 ,les thologiens de cette nuance sont dsigns aussi par le nom de theoretici1 parce qu'ils se consacraient aux recherches spculatives et aux controverses dogmatiques1 tandis que les premiers1 qu'on a nomms practici1 s'adonnaient surtout la propagation de la foi et la prdication4 ,la thologie des uns fut la thologie scolastique par excellence1 et celle des autres1 la thologie mystique4 ,c'est la premire qui fait le plus de bruit dans l'histoire1 c'est celle-l dont on a donn ,pierre ,lombard pour le crateur1 parce que nul avant lui ne l'avait enseigne avec la mme autorit4 ,le premier il la professa publiquement1 c'est--dire avec un caractre officiel dans l',acadmie de ,paris4 ,ablard1 qui avant lui l'avait inaugure au mme lieu1 vit toujours contester son titre de professeur4 ,son enseignement1 surtout son enseignement thologique1 de fait si accrdit1 en ralit si puissant1 parat n'avoir jamais t qu'un enseignement priv#afe4 ,dans l'ordre de l'intelligence1 il fut bien le fondateur de l'cole1 il n'en fut pas l'organisateur4 ,il donna l'esprit aux institutions qui ne furent pas son ouvrage4 ,les librateurs ne gouvernent pas4 ,note #afe3 ,duboulai1 ,hist4 ,univ4 par41 t4 ,,ii1 p4 #dl et seq4--,heumann1 ,tribbech41 proef41 p1 ,,xiv-,,xvii4 ,cette mthode sententiaire1 laquelle l'vque ,pierre ,lombard vint prter postrieurement l'influence de sa dignit1 je n'hsite point en regarder ,ablard comme le crateur vritable2 ce fut lui qui donna la philosophie sacre sa puissante impulsion1 et tout ce qui en ,france et surtout dans les acadmies de ,paris propagea ou suivit de prs ou de loin le mouvement scientifique et rationnel de la thologie1 a selon moi procd de l'enseignement d',ablard4 ,en lui se retrouvent tous les caractres de l'esprit philosophique de ,paris1 soit lorsqu'il s'lance1 soit lorsqu'il s'arrte1 dans sa rserve comme dans sa tmrit4 ,car ce matre fut tout ensemble modr et hardi1 il eut toutes les tendances et voulut servir toutes les causes4 ,mais le dogme absolu1 la foi implicite n'avaient pas besoin de son secours1 et se maintenaient avant lui2 ce qu'il eut donc de plus nouveau et de plus saillant1 ce fut l'esprit raisonneur1 l'esprit d'examen4 ,c'est encore ce ct de son gnie et de son systme que l'on signale en lui2 et quoiqu'il n'ait eu garde de se porter aux dernires extrmits1 il a encourag par son exemple et son impulsion le rationalisme tous les degrs #aff4 ,note #aff3 ,ablard1 dit ,m4 l'abb ,ratisbonne1 posa le principe du rationalisme qui dans son premier dveloppement exera sur la foule passionne l'espce de fascination que le protestantisme produisit trois sicles plus tard1 et que le libralisme a renouvel de nos jours avec un succs non moins clatant4 7,hist4 de ,s4 ,bernard1 t4 ,,ii1 c4 ,,xxviii47 ,c'est l'influence d',ablard qu'on peut rattacher les noms qui illustrent la premire priode de la scolastique2 la seconde commence avec ,albert le ,grand#afg4 ,mais ,robert ,pulleyn1 ,gilbert de la ,porre1 ,amaury de ,chartres1 ,pierre ,comestor1 ,jean de ,salisbury1 ,othon de ,frisingen1 ,alexandre de ,hales1 ,pierre ,helie1 ,adam du ,petit-,pont1 et tant d'autres1 continuateurs ou adversaires d',ablard1 lui doivent peut-tre leur rang dans l'histoire de l'esprit humain4 ,nul d'ailleurs ne parat lui avoir de plus grandes obligations que ,pierre ,lombard4 ,pierre ,lombard1 c'est ,ablard parvenu2 c'est ,ablard vque1 investi de l'autorit1 dpositaire des grands intrts de l'unit ecclsiastique1 calm et contenu par les devoirs de sa charge1 rendu timide par la responsabilit1 un peu nerv par une ambition satisfaite1 mais instituant cependant l'esprit de son cole dans la chaire piscopale et donnant la thologie1 pour charte octroye1 le ,livre des ,sentences4 ,ablard n'a point crit de livre de ce nom1 quoiqu'un des siens l'ait pu mriter2 mais il a t le matre du ,matre des ,sentences4 ,c'est une tradition que ,pierre ,lombard avait t son lve et disait que le ,sic et ,non tait son brviaire#afh4 ,note #afg3 ,cette division est gnralement reue4 ,brucker1 ,hist4 crit41 t4 ,,iii1 p4 #gca4 ,note #afh3 ,mag4 ,j4 ,cornubius1 ,eulogium1 ,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #ajff4--;,ab4 ,op41 in not41 p4 #aaei4 ,sic et ,non1 le oui et le non1 tel est en effet le titre remarquable d'un ouvrage important dans la srie des crits thologiques d',ablard4 ,il ne faut pas1 sur la foi du titre1 y chercher la thse du pyrrhonisme2 a ne sont point les ,hypotyposes d'un ,sextus ,empiricus chrtien4 ,l'ouvrage peut bien suggrer le doute1 il n'a pas t fait pour l'tablir3 mais le titre seul devait bon droit alarmer les vigilants dfenseurs de l'intgrit de la foi catholique4 ,si jamais ,ablard a publi cet crit1 il n'a pu le faire sans danger pour l'unit de croyance1 sans danger pour lui-mme4 ,il suffisait1 au reste1 qu'on st que l'ouvrage existait1 c'tait assez pour compromettre l'auteur4 ,plus inconnu1 le livre en tait plus suspect2 les dnonciateurs d',ablard au concile n'en parlent qu'avec effroi1 et jusqu' l'poque o le texte mme est enfin sorti des tnbres1 la postrit mme a d supposer qu'il contenait le mystre de l'incrdulit cache d'un philosophe hypocrite4 ,il n'en est rien4 ,m4 ,cousin a enfin retrouv ce livre clbre et ignor1 et nous lui en devons la publication#afi4 ,note #afi3 ,ouvr4 ind4 ,petri ,abaelardi ,sic et ,non1 p4 #c-afc4 ,le titre de cet ouvrage1 mentionn dans la lettre de ,guillaume de ,saint-,thierry1 tait tout ce qu'on en connaissait4 ,les bndictins1 diteurs du ,thsaurus anecdotorum et du ,spicilegium1 disaient seulement qu'ils avaient cet crit leur disposition1 et que c'tait un tissu de contradictions4 ,m4 ,cousin l'a publi en #ahcf sur deux manuscrits1 l'un de la bibliothque d',avranches1 l'autre de celle de ,tours4 7,introd41 p4 ,,clxxxvi47 ,pour en apprcier la pense1 c'est assez d'en lire le prologue4 ,l'auteur y remarque que1 dans cette foule de phrases qui remplissent les crits des saints1 quelques propositions diffrent et mme se combattent4 ,cependant1 ajoute-t-il aussitt1 il ne faut pas juger tmrairement ceux qui doivent juger le monde4 ,au lieu de les souponner d'erreur1 nous devons nous dfier de notre infirmit d'esprit4 ,la grce doit plutt nous manquer pour les comprendre qu'elle ne leur a manqu pour crire4 ,leur langage est parfois inusit1 le sens des mots varie1 chacun parle sa langue1 et comme l'uniformit est1 au dire de ,cicron1 mre de la satit1 on ne doit pas prsenter toutes choses dans la nudit de l'expression vulgaire4 ,mais d'un autre ct1 il faut se rappeler qu'on attribue aux saints beaucoup d'apocryphes1 et que mme dans les crits authentiques1 et jusque dans les divins testaments1 des passages ont t altrs par les copistes2 c'est ainsi que l'vangile de saint ,mathieu cite ,isae pour ,asaph1 et ,jrmie pour ,zacharie#agj4 ,c'est ainsi que ,marc dit que le ,seigneur fut crucifi la troisime heure1 et ,jean et ,mathieu la sixime#aga4 ,note #agj3 ,il n'y a point ,isae dans saint ,mathieu au passage indiqu 7xii1 #ce71 mais seulement le prophte1 et comme il s'agit d'un renvoi un psaume1 cette dsignation indique suffisamment ,david le roi prophte4 ,c'est le psaume qui a pour titre3 ,intellectus ,asaph4 7,ps1 #gg47 ,quant ,jrmie1 cit pour ,zacharie1 l'erreur existe 7,math4 xxvii1 #i74 ,note #aga3 ,cette diversit existe galement 7,marc1 xv1 #be4--,math4 xxvii1 #de4--;,jean1 xix1 #ad47 ,il faut bien penser aussi1 lorsqu'un passage nous surprend dans un des crivains sacrs1 qu'il leur est arriv de se rtracter1 ainsi que l'a fait saint ,augustin1 ou de poser comme question ou conjecture ce qui nous semble une affirmation2 ou bien enfin de rapporter1 sans les adopter1 les opinions des autres titre de documents4 ,il se peut aussi qu'ils imitent l'criture1 laquelle se conforme souvent aux ides communes ou aux apparences extrieures4 ,joseph est appel1 dans l'vangile le pre de ,jsus-,christ#agb1 et l'on dit tous les jours que le soleil est chaud ou qu'il ne l'est pas1 que le ciel est toile ou qu'il ne l'est pas1 quoiqu'il ne survienne aucun changement dans l'tat rel du ciel et du soleil4 ,on dit encore qu'un coffre est vide1 quoiqu'il n'y ait pas de lieu qui soit vide ou qui ne soit rempli d'air4 ,les philosophes eux-mmes font des concessions l'apparence4 ,il y en a de telles dans ,boce4 ,note #agb3 ,luc1 ,,ii1 #dh4 ,lors donc qu'on trouve des variations ou des contradictions dans les ,pres1 on doit attentivement rechercher quelles ont pu tre les causes de ces divergences1 et tenir compte des temps1 des circonstances et des intentions4 ,d'ailleurs1 en rapprochant soigneusement les diffrents sens d'un mme mot dans les diffrentes autorits1 on arrivera facilement la solution de la difficult4 ,mais lorsqu'enfin la contradiction est trop manifeste1 il faut comparer les autorits et choisir4 ,ainsi1 par exemple1 il est admis que les prophtes n'ont pas eu a tous les moments le don de prophtie1 saint ,pierre lui-mme s'est tromp au sujet de certains rites de l'ancienne loi1 et il a t publiquement repris par saint ,paul4 ,saint ,paul se trompe son tour1 quand il annonce dans son ptre aux ,romains qu'il se rendra par ,rome en ,espagne#agc4 ,mais il ne faut pas traiter de mensonges les faussets qui peuvent se rencontrer dans les crivains ecclsiastiques2 le mensonge implique l'intention de tromper1 et le ,seigneur qui sonde les reins et les coeurs1 sait tout peser1 en considrant non ce qu'on fait1 mais dans quel esprit on le fait4 ,seulement on peut supposer l'erreur1 et il faut lire les docteur1 non avec la ncessit de croire1 mais avec la libert de juger4 ,note #agc3 ,rom4 ,,xv1 #bh4 ,on ne voit pas en effet dans les ,actes ni dans aucun rcit que saint ,paul soit all en ,espagne4 ,faites une distinction entre l'autorit canonique de l',ancien ou du ,nouveau ,testament et celle des livres postrieurs4 ,si dans l'criture quelque chose vous semble absurde1 n'accusez que le copiste ou vous-mme2 ce serait hrsie que de supposer rien de plus4 ,mais dans les livres qui sont venus aprs1 il n'en est pas ainsi3 saint ,jrme ne sembl commander une confiance absolue que pour les opuscules de ,cyprien1 ceux d',athanase et le livre d',hilaire#agd2 quant aux autres1 il veut qu'on les lise en les jugeant4 ,c'est le cas du verset3 ,omnia probate1 quod bonum est tenete4 7,i ,thess41 ,v1 #bd47 ,note #agd3 ,dans une lettre pour l'ducation d'une jeune fille1 il dit en effet qu'elle peut lire avec confiance ,cypriani opuscula1 ,athanasii epistolas et ,hilarii libros4 ,en citant1 ,ablard rpte opuscula pour ,athanase1 et met librum au lieu de libros4 7,sic et ,non1 p4 #ae4--,s4 ,hieronym4 ,op41 t4 ,,iv1 op4 ,,lvii1 ad ,loetam47 ,aprs ces observations pralables1 je veux accomplir mon projet et recueillir les diverses maximes des saints ,pres qui s'offriront ma mmoire et qui entraneront avec elles quelque question1 par suite de la dissonance qu'elles paratront prsenter4 ,elles exciteront de jeunes lecteurs s'exercer plus spcialement la recherche de la ,vrit1 et les rendront plus pntrants par l'inquisition4 ,l'inquisition est en effet la premire clef de la science#age1 c'est a l'interrogation assidment ou frquemment pratique que le plus perspicace des philosophes1 ,aristote1 demande que tout esprit studieux s'attache avec passion1 quand il dit1 en parlant de la ,catgorie de la relation3 ,peut-tre est-il difficile de s'exprimer avec confiance sur de telles choses1 moins qu'on ne les ait retraites souvent4 ,le doute sur chacune a d'elles ne sera pas inutiles#agf4 ,c'est par le doute1 en effet1 que nous arrivons l'inquisition1 et par l'inquisition que nous atteignons la vrit1 suivant cette parole de la vrit mme3 ,cherchez et vous trouverez1 frapper et l'on vous ouvrira4 ,et pour nous donner la leon morale de son propre exemple1 celui qui fut cette mme vrit voulut1 vers la douzime anne de son ge1 s'asseoir au milieu des docteurs et les interroger1 nous montrant ainsi par l'interrogation l'image d'un disciple qui questionne plutt que celle d'un matre qui enseigne1 lui cependant1 ce ,dieu en qui est la pleine et parfaite sagesse4 ,note #age3 ,haed quippe prima 7,inquisitio7 sapientiae clavis dellaitur444 ,dubiando ad inquisitionem veritus1 inquirendo veritatem perciptimus4 7,p4 #af47;,ces paroles remarquables rappellent celles de ,cyrille3 ,grec3 ,arch mathses xtsis1 kai riza ts epi tisin gnodumenois sunises peri autn epaporsis4 7,comm4 in ,johan1 ev41 ,i4 ,,ii1 c4 iv1 p4 #ahj4 ,s4 ,cyrill4 ,op41 t4 ,,iv1 ,parls1 #afch47 ,note #agf3 ,categ4 ,,vii4 ,dubitare autem de singulis non erit inutile4 ,ainsi est cite la version de ,boce1 ou il y a dubitasse et non dubitare 7p4 #agb74 ,m4,b4 ,saint-,hilaire traduit ,il n'est pas inutile d'avoir discut chacune de ces questions 7,t4 #a1 p4 #ic47 ,le mot du texte est ,grec3 diporkenai4 ,lorsque d'ailleurs quelques paroles des critures sont produites1 elles ne font que mieux exciter le lecteur et l'attirer la recherche de la vrit1 suivant que l'crit est recommand par une autorit plus grande4 ,c'est pourquoi nous avons soumis cet ouvrage1 o sont compiles en un seul volume les maximes des saints1 la rgle dcrte par le pape ,glase concernant les livres authentiques1 ayant eu soin de n'y rien citer des apocryphes4444 ,ici commencent les sentences recueillies dans les divines critures#agg1 et qui paraissent se contrarier4 ,c'est raison de cette contrarit que cette compilation de sentences est appele ,le ,oui et le ,non 7,sic et ,non74 ,note #agg3 ,sententiae ex divinis scripturis collectae4 ,les divines critures ne signifient pas ici ce que ces mots signifieraient aujourd'hui1 l',ancien et le ,nouveau ,testament1 mais les livres saints et les ,pres4 ,divin ,exprimait alors le sacr par opposition au profane4 ,la science divine voulait dire1 comme en anglais divinity1 la thologie4 ,les critures dsignaient aussi les crits1 et non l'criture sainte4 ,tout ce qui tait anciennement crit tait une autorit1 ,cicron1 ,virgile1 ,macrobe1 etc2 l'criture sainte s'appelait divina pagina4 ,et ce qui suit n'est qu'un recueil de nombreuses citations nonant le pour et le contre1 et distribues en cent cinquante-sept questions d'une importance fort ingale4 ,naturellement la premire est celle que l'existence du livre donnait pour rsolue dans l'esprit de l'auteur3 ,qu'il faut fonder la foi sur des raisons humaines1 et le contraire#agh4 ,si ,ablard n'et pas t dcid pour l'affirmative1 aurait-il jamais crit son ouvrage8 ,note #agh3 ,quod tides humanis rationibus sit adstruenda1 et contra4 7,i1 p4 #ag47 ,c'est peu prs la question de saint ,thomas3 ,utrum sacra doctrina sit argumentativa4 7,summ4 ,theol41 pars ,i1 qu4 i1 a4 #h47 ,la collection de passages qu'il a placs ici en regard les uns des autres est encore prcieuse aujourd'hui2 elle atteste une lecture assez considrable et plus d'instruction qu'on ne croirait dans les lettres sacres4 ,elle serait utile comme spcimen du catalogue de la bibliothque ecclsiastique des savants de ,paris au ,x,i,ie sicle1 quoique je souponne que plusieurs passages sont pris dans les auteurs1 non qui les ont crits1 mais qui les ont cits1 et notamment dans saint ,jrme et saint ,augustin#agi4 ,note #agi3 ,voici la liste par ordre chronologique des auteurs chrtiens cits dans le ,sic et ,non3 ,origne1 ,cyprien1 ,eusbe1 ,hilaire1 ,prudence1 ,athanase1 phrem1 ,ambroise1 ,jean ,chrysostme1 ,jrme1 ,augustin1 ,lon1 pape1 ,prosper1 ,maxime1 vque de ,turin1 ,gennade1 prtre de ,marseille qui crivait vers la fin du ,ve sicle1 ,hormisdas1 pape1 ,boce1 ,grgoire le ,grand1 ,isidore de ,sville1 ,bde1 ,ambroise ,autpert1 abb de ,saint-,vincent prs ,bnvent1 auteur au ,v,i,i,ie sicle d'un commentaire sur l',apocalypse1 ,haimon1 vque d',halberstadt en #hda1 et qui a comment les critures et rdig un abrg de l'histoire de l'glise1 ,nicolas ,ier1 pape1 et ,remi1 moine de ,saint-,germain l',auxerrois1 qui enseignait la dialectique ,paris au commencement du ,xe sicle1 et qui a comment les psaumes4 ,on peut souponner que ce qui est cit des ,pres grecs1 notamment d',origne1 de saint phrem1 et de saint ,jean ,chrysostme1 vient de seconde main4 ,ablard pouvait avoir une traduction d',eusbe1 et quant saint ,athanase1 il ne cite1 je crois1 que le ,symbole1 et un trait de la ,trinit1 qui n'existe qu'en latin1 et qui lui a t faussement attribu4 7,s4 ,athan4 ,op41 de ,trin4 lib41 ,,viii1 t4 ,,ii1 p4 #fjb1 ,paris1 #afii47 ,il y a aussi quelques rares citations des paens1 savoir ,aristote1 ,cicron1 ,snque et ,macrobe4 ,cet ouvrage fut apparemment une des premires compositions thologiques d',ablard2 il doit tre antrieur au concile de ,soissons1 et sans doute il l'crivit ou le commena l'poque o1 dlaissant ,anselme de ,laon1 il s'rigea dfinitivement en professeur de thologie4 ,c'est1 comme l'a dit trs-bien ,m4 ,cousin1 la table des matires de ses traits dogmatiques de thologie et de morale#ahj4 ,mais il peut avoir t termin beaucoup plus tard1 et par sa nature c'tait un recueil qui pouvait n'tre jamais achev2 aussi est-il permis de douter qu'il ait jamais t rellement publi4 ,guillaume de ,saint-,thierry dit qu'on le tenait cach#aha4 ,il pouvait tre connu des disciples d',ablard1 il avait d leur tre communiqu1 et son existence tait ainsi devenue publique1 sans qu'il en ft de mme de son contenu4 ,une telle composition n'en devait paratre que plus suspecte1 et je ne m'tonne pas que l'abb de ,saint-,thierry1 en dnonant ,ablard1 rapporte des passages de ses autres crits thologiques et cite seulement comme monstrueux le titre du ,sic et ,non#ahb4 ,c'tait attacher toute la doctrine d',ablard l'tiquette du scepticisme religieux4 ,note #ahj3 ,introd41 p4 ,,clxxxix4 ,note #aha3 ,nec etiam qusita inveniuntur4 7,guill4 ,s4 ,theod41 ad ,gaufr4 et ,bern4 ,epist41 ,bibl4 cist41 t4 ,,iv1 p4 #aac47 ,note #ahb3 ,sic et ,non1 ,scito te ipsum et alia qudam1 de quibus timeo ne sicut monstruosi sunt nominis sic etiam sint monstruosi dogmatis4 7,id41 ibid47 ,cependant un tel soupon tait injuste4 ,l'esprit d'examen1 on le dit du moins1 peut conduire au scepticisme1 mais il n'est pas le scepticisme1 et il n'y conduit pas toujours4 ,ablard tait chrtien2 il a pu tomber dans l'erreur1 mais non dans le doute1 et s'il a1 par ses raisonnements1 altr la foi1 jamais il n'a prtendu l'affaiblir4 ,il se dfiait d'autant moins de sa mthode1 il la jugeait d'autant moins dangereuse pour les convictions catholiques1 qu'elle avait affermi les siennes1 et qu'en rendant sa foi plus lumineuse elle l'avait rendue plus solide4 ,son orthodoxie seule peut tre mise en question4 ,il est vrai cependant que l'esprit philosophique domine dans ses crits l'esprit dogmatique1 et qu'il y a profess hardiment le rationalisme1 au risque d'branler ce qui tait pour lui inbranlable4 ,charm de ses ides1 esclave de son raisonnement1 il se rendait propre la foi commune en la dmontrant sa mode1 et elle lui devenait plus chre et plus sacre1 quand elle tait devenue sa doctrine personnelle3 l'amour-propre de l'auteur ajoutait la conviction du fidle4 ,mais il ouvrait ainsi la voie sans terme o devait marcher dsormais plus ou moins grands pas la raison individuelle2 il donnait le signal redoutable auquel devaient de sicle en sicle rpondre tous les esprits opposants2 il sonnait le rveil de la libert de penser4 ,nous retrouverons ce caractre dans tonte sa thologie4 ,ici bornons-nous remarquer que le ,sic et ,non peut tre regard comme le point de dpart naturel de l'esprit d'examen appliqu la thologie1 c'est--dire la tradition crite des doctrines chrtiennes4 ,c'tait en effet la mise en question du vrai sens de ces doctrines1 et elle ne pouvait avoir lieu que par l'examen contradictoire des autorits4 ,cette opposition systmatique des textes avait1 dans un cercle plus restreint et sous toutes rserves d'une soumission gnrale et implicite l'criture1 quelque chose du doute pralable de ,descartes1 quelque chose des antinomies de ,kant2 c'tait un choix offert la raison4 ,ablard choisit2 ,pierre ,lombard choisit aussi1 et son livre n'est pas sans analogie avec le ,sic et ,non4 ,il est fait sur le mme plan2 nous concevons qu'on lui ait disput cet ouvrage1 et qu'avant de connatre rien de plus que le titre de celui d',ablard1 on ait pu croire quelquefois que ,pierre ,lombard le lui avait drob#ahc4 ,on sait que les ,quatre ,livres des sentences sont diviss en chapitre intituls ,distinctions2 c'est--dire que chaque question y est successivement pose2 puis les autorits et les arguments contraires sont prsents sur chacune1 et la solution est tablie presque toujours l'aide d'une distinction4 ,les citations sont souvent celles du ,sic et ,non2 cette concidence est naturelle1 et d'ailleurs pourquoi ,pierre ,lombard n'aurait-il pas pris ses citations dans le recueil de son matre8 ,l'ordonnance du livre premier1 qui roule sur la ,trinit et la ,providence1 est absolument celle de l',introduction la thologie2 et bien que le docte vque vite et parfois combatte les opinions contestables du philosophe1 il se montre partout imbu de sa mthode et nourri de sa science4 ,note #ahc3 ,putatur a ,p4 ,abaelarde confectum fuisse hoc opus1 cui ille per plagum surripuerit4 7,morhof41 ,polyhist41 t4 ,,ii1 c4 ,,xiv1 t4 ,,ii1 p4 #hh47 ,enfin cette manire de procder et de poser hardiment le pour et le contre1 sauf conclure1 devint la forme permanente de la thologie scolastique4 ,l'cole dogmatique de forme comme de fond1 celle qui enseignait sans discuter1 fut de moins en moins puissante et de moins en moins coute2 et lorsque1 prs de cent ans plus tard1 saint ,thomas d',aquin rsuma toute la thologie dans son admirable livre1 il posa intrpidement le pour et le contre sur toutes les questions1 sur tous les articles des questions1 et1 divisant l'infini les objections et les rponses1 opposant une par une1 autorit autorit1 raisonnement raisonnement1 il crivit1 sans jamais faiblir1 sans jamais douter1 un ouvrage aussi dogmatique par les conclusions que sceptique par l'exposition4 ,la ,somme thologique prsente la religion tout entire comme une immense controverse dialectique1 dans laquelle le dogme finit toujours par avoir raison4 ,c'est la ngation la plus franche et la pins dveloppe de l'absolutisme dogmatique4 ,ainsi la thologie scolastique1 tudie dans l'esprit de la foi1 mais enseigne comme une science1 est devenue1 avec le temps1 la thologie proprement dite2 avec le temps1 il n'y en a gure eu d'autre dans les coles4 ,c'est essentiellement celle qui s'est perptue dans les sminaires4 ,au ,x,v,i,ie sicle1 le ,p4 ,petau1 en composant son remarquable trait des dogmes thologiques1 reconnaissait pour ses devanciers saint ,jean de ,damas1 ,pierre ,lombard et saint ,thomas1 et quand l'glise veut rellement enseigner1 il faut bien1 de gr ou de force1 qu'elle redevienne scolastique4 ,elle n'a pas encore en ,france d'autre thologie reconnue4 ,cependant les mes ferventes1 les esprits simples et pratiques1 les hommes de gouvernement dans l'glise sont loin d'avoir toujours port une grande confiance ce genre d'enseignement4 ,chose singulire6 il a souvent alarm tout ensemble le mysticisme et la politique4 ,pour dire le vrai1 il n'est pas rigoureusement d'accord avec ce caractre impratif que donne la parole de ,dieu le prtre qui se sent revtu d'une mission de commandement1 et croit reprsenter celui dont il est crit3 ,tanquam potestatem habens 7,math4 ,,viii1 #bi74 ,concevons que1 soit comme mystique1 soit comme homme d'tat1 saint ,bernard n'ait pas vu sans effroi la transformation dialectique de la prdication religieuse1 ,aujourd'hui mme il serait difficile de concilier l'enseignement traditionnel de la thologie avec la doctrine des nouveaux apologistes4 ,on est devenu si rserv en matire de raisonnement1 que si la chose tait faire1 je ne sais si le clerg donnerait les mains l'invention de la thologie didactique4 ,a ses yeux1 en effet1 le christianisme pourrait bien avoir peu se louer de la philosophie du moyen ge2 car c'est sous cette forme que le rationalisme est rentr dans son sein4 ,quant ceux qui ont ouvert la route1 qui se sont montrs particulirement philosophes dans la religion1 qui ont appuy sur le ct scientifique de la thologie1 qui ont enfin fond la foi sur la raison1 voici ce qu'en dit le plus prudent des philosophes modernes3 ,la question de la conformit de la foi avec la raison1 a toujours t un grand problme4 ,dans la primitive ,eglise1 les plus habiles auteurs chrtiens s'accommodaient des penses des platoniciens qui leur revenaient le plus et qui taient le plus en vogue alors4 ,peu peu ,aristote prt la place de ,platon1 lorsque le got des systmes commena rgner1 et lorsque la thologie mme devint plus systmatique par les dcisions des conciles gnraux1 qui fournissaient des formulaires prcis et positifs4 ,saint ,augustin1 ,boce et ,cassiodore1 dans l',occident1 et saint ,jean de ,damas1 dans l',orient1 ont contribu le plus rduire la thologie en forme de science1 sans parler de ,bde1 ,alouin1 saint ,anselme1 et quelques autres thologiens verss dans la philosophie1 ,jusqu' ce qu'enfin les scolastiques survinrent et que le loisir des clotres donnant carrire aux spculations1 aides par la philosophie d',aristote1 traduite de l'arabe1 on acheva de faire un compos de thologie et de philosophie1 dans lequel la plupart des questions venaient du soin qu'on prenait de concilier la foi avec la raison4 ,ablard fut un des premiers de ces scolastiques qui prparaient ce compos de thologie et de philosophie4 ,il prit soin de concilier la foi avec la raison1 et ,aristote avec saint ,paul1 avant mme que les ,arabes et l'empereur ,frdric ,,ii eussent fait connatre ,aristote tout entier4 ,et c'est de lui que ,leibnitz dit plus loin3 ,je plains les habiles gens qui s'attirent des affaires par leur travail et par leur zle4 ,il est arriv quelque chose de semblable autrefois ,pierre ,ablard4444 et quelques autres qui se sont trop enfoncs dans l'explication des mystres#ahd4 ,note #ahd3 ,disc41 prl4 de la ,thodice1 #f et #hf4 ,,chapitre ,,ii4 ,,de ,,la ,,th,,ologie ,d',,ab,,lard4--,introductio ad theologiam4 ,ablard raconte qu'avant d'crire sur la thologie il laissa ses coliers lui demander une somme de l'rudition sacre qui ft comme une introduction l'criture sainte#ahe4 ,ils avaient lu1 continue-t-il1 et got ses nombreux crits sur la philosophie1 sur les lettres sculires2 il leur semblait qu'il serait bien plus facile son esprit de pntrer le sens de l'criture sainte et les raisons de notre foi qu'il ne le lui avait t de tarir1 comme ils le disaient1 les puits de l'abme philosophique4 ,le but de la course1 le fruit du travail ne devait-il pas tre1 en dfinitive1 l'tude de ,dieu1 qui tout doit tre rapport8 ,pourquoi a-t-il t permis aux fidles d'tudier les arts profanes et les ouvrages des ,gentils1 si ce n'est pour y trouver et ces formes de langage1 et ces procds de raisonnement1 et cette connaissance pralable de la nature des choses1 qui peuvent servir soit comprendre et orner la sainte criture1 soit en tablir et en dfendre la vrit8 ,plus la foi chrtienne semble embarrasse de questions ardues1 plus elle doit tre munie d'un rempart de fortes raisons1 surtout contre les attaques de ceux qui font profession d'tre philosophes2 plus de leur part l'inquisition est subtile et sait rendre les solutions difficiles1 plus elle est propre troubler la simplicit de notre foi4 ,ils ont donc1 ces coliers1 jug capable de rsoudre toutes ces controverses celui que l'exprience leur a fait connatre pour vers ds le berceau dans l'tude de la philosophie et principalement de la dialectique1 cette matresse en tout raisonnement1 et ils l'ont unanimement suppli de faire valoir le talent que ,dieu lui a remis1 puisqu'on ignore quand ce juge redoutable en demandera compte avec les intrts4 7,math41 ,,xxv1 #ae47 ,ils ajoutent que cela convient l'ge et la profession d'un homme qui1 changeant de moeurs1 d'habit1 de travaux1 prfre dsormais les choses divines aux choses humaines et dlaisse le sicle pour se donner tout ,dieu4 ,aprs avoir jadis embrass l'tude pour gagner de l'argent1 il faut la faire servir maintenant gagner des mes3 c'est bien le moins que de venir la onzime heure cultiver la vigne du ,seigneur4 ,a ces frquentes instances de ses disciples1 si1 par raison ou par faiblesse1 il ne se rend pas pleinement1 il accorde enfin d'entreprendre l'oeuvre selon ses forces1 ou plutt avec l'aide suppltive de la grce divine1 ne promettant pas tant de dire la vrit que d'exposer1 comme on le lui demande1 le sens de ses opinions4 ,note #ahe3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii4 ,introd4 in prol41 p4 #igc-igf4 ,que si dans cet ouvrage1 ajoute-t-il1 mes fautes veulent1 ce qu' ,dieu ne plaise1 que je m'carte de la pense ou de l'expression catholique1 que celui-l me pardonne qui juge l'oeuvre sur l'intention2 je serai toujours prt donner satisfaction sur toute erreur en corrigeant ou en effaant ce que j'aurai mal dit1 quand un fidle me redressera par la puissance de la raison ou par l'autorit de l'criture4444 clair par l'exemple de saint ,augustin1 lorsqu'un si grand homme a rtract ou corrig beaucoup de choses dans ses crits1 si j'avance quelques erreurs1 je n'en dfendrai rien par ddain1 je n'en soutiendrai rien par prsomption4 ,si je ne suis pas exempt du dfaut de l'ignorance1 du moins n'encourrai-je pas l'accusation d'hrsie1 car ce n'est pas l'ignorance qui fait l'hrtique1 mais l'obstination de l'orgueil4 ,elle se montre dans celui qui1 dsirant se faire un nom par quelque nouveaut1 met sa gloire avancer des choses extraordinaires qu'il s'efforce mal propos de maintenir contre tous1 pour paratre suprieur aux autres1 ou du moins pour ne se laisser mettre au-dessous de personne#ahf4 ,note #ahf3 ,c'est peu prs le dbut de l',introduction la thologie4 ,dans son autre thologie 7,theologia christiana1 dans le ,thesaur4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #aahi71 il revient avec tendue sur les dclarations qui terminent ce prambule2 il y dit que c'est une grande impit que de corrompre par le pch le premier don de ,dieu1 la science1 et de faire participer ses fautes un art innocent et irrprochable1 la logique2 et il s'lve contre l'orgueil de la science et de la raison avec une force qui prouve combien il avait coeur de n'en tre pas accus4 7,lib4 ,,iii1 p4 #abde-abeh47 ,ce prambule donne l'origine et la date de l'ouvrage auquel il appartient4 ,ablard raconte qu'aprs sa prise d'habit au couvent de ,saint-,denis1 il rouvrit un cours de thologie1 et qu'a la demande de ses lves il composa sur l'unit et la trinit divine un trait destin faire comprendre ce qu'il fallait croire#ahg4 ,ce trait1 qui fut avidement lu et qui1 dfr au synode de ,soissons1 y fut condamn et brl1 c'est1 je n'en doute pas1 l',introduction la thologie1#ahh vritable rsum de son enseignement1 le plus important de ses ouvrages thologiques2 car ses principales opinions en ces matires y sont dveloppes ou indiques1 et c'est en gnral sur ce livre qu'il a t jug par ses contemporains et la postrit4 ,plus tard1 cependant1 soit que la rdaction n'en ft pas dfinitive1 et en effet elle laisse beaucoup a dsirer pour l'ordre1 la proportion1 l'lgance2 soit qu'il n'avout pas un texte irrgulirement publi1 et qui d'ailleurs n'est parvenu jusqu' nous ni complet ni correct2 soit enfin que la prudence ou la rflexion et modifi ses ides ou son caractre1 il a trait de nouveau le mme sujet dans un ouvrage dont l'ordonnance parat meilleure et la diction plus travaille2 c'est la ,thologie chrtienne1 que nous n'avons pas non plus tout entire4 ,mais lorsque vers #aadj1 c'est--dire dix-huit ou vingt ans aprs la composition de l',introduction1 ,guillaume de ,saint-,thierry en dnona l'auteur saint ,bernard1 c'est sur cet ouvrage qu'il fonda principalement son accusation1 quoiqu'il y comprt la ,thologie chrtienne4 ,sans tenir aucun compte des modifications1 ou plutt des prcautions de doctrine que celle-ci pouvait prsenter1 il ne voit entre les deux livres qu'une diffrence de volume3 l'un1 dit-il1 contient plus et l'autre moins4#ahi ,c'est aussi l',introduction que saint ,bernard parat avoir eue sous les yeux et que le concile de ,sens a surtout condamne1 du moins en ce qui concerne la ,trinit ou la nature de ,dieu4 ,c'est donc l'ouvrage qu'il faut bien faire connatre1 comme le plus propre rvler la thologie d',ablard4 ,note #ahg3 ,ab4 ,op41 op4 i1 p4 #ai et #bj1 et #a4a du prsent ouvrage1 p4 #ge4 ,note #ahh3 ,mag4 ,p1 ,abl1 nannetensis ,introductio ad theologiam divin in ,,iii libros4 7,ab4 ,op41 p4 #igc-aacf47 ,note #ahi3 ,s4 ,bern1 ,op41 op4 ,,cccxvi4--,bibl4 cistero41 t4 ,,iv1 p4 #aab1 et ci-dessus1 t4 ,i1 p4 #ahc4 ,malheureusement1 quoique tendu1 il n'est pas complet1 mais il en a t retrouv rcemment un abrg compos1 selon toute apparence1 par ,ablard1 ou du moins sous ses yeux1 et nous pouvons rtablir la substance et l'ordonnance de ce qui nous manque de l'ouvrage principal4 ,le salut de l'homme1 suivant notre auteur1 dpend de trois choses1 la foi1 la charit1 le sacrement4 ,la foi1 qui contient l'esprance1 comme le genre contient l'espce1 est l'estimation des choses qui n'apparaissent pas#aij1 c'est--dire qui ne sont pas soumises aux sens du corps4 ,note #aij3 ,existimatio rerum non apparentium4 ,introd1 p4 #igg4 ,le mot d'existimatio rpond celui de saint ,paul ,grec3 ,elenchos1 traduit dans la ,vulgate par argumentum1 et dans saint ,augustin par convictio4 ,c'est cette dernire ,ide que voulait rendre ,ablard2 on a vu que pour lui estimation1 quivalent d'opinio1 ,grec3 doxa1 s'alliait naturellement1 d'aprs l'autorit d',aristote1 l'ide de foi ou de croyance4 7,hbr41 xi1 ,i4--,s4 ,aug41 ,serm4 cxxvi1 et ci-dessus i4 ,i1 p4 #djj47 ,la foi suppose donc l'invisible3 les choses qui apparaissent1 on ne les croit pas1 on les connat2 le mrite et le propre de la foi est de croire ce qu'on ne voit pas4 ,nous croyons pour connatre1 nous ne connaissons pas pour croire4 ,qu'est-ce que la foi8 croire ce qu'on ne voit pas4 ,qu'est-ce que la vrit8 voir ce que l'on croit4 ,car la foi est la croyance aux choses mmes et non aux mots4 ,ainsi la foi dans l'vangile contient la foi aux choses de l'vangile4 ,les philosophes ont bien aussi une certaine foi1 lorsqu'une chose est mise au-dessus du doute soit par la pense1 soit par l'exprience4 ,l'argument est ce qui fait foi d'une chose auparavant douteuse#aia 7,cicron74 ,il y a donc plusieurs moyens de produire la foi1 et la foi est proprement ou improprement dite1 suivant qu'on l'applique aux choses occultes on aux choses apparentes4 ,note #aia3 ,beoth41 in ,topic4 ,cie41 t4 #a1 p4 #ajb4 ,parmi les vrits de la foi1 parmi les choses de ,dieu1 toutes n'importent pas au salut4 ,au premier rang de celles qui importent au salut se placent celles qui sont relatives d'abord la nature de ,dieu1 puis ses dispensations ou dispositions ncessaires4 ,la religion chrtienne tient qu'il n'existe qu'un seul ,dieu1 et non plusieurs1 seul ,seigneur de tous1 seul crateur1 seul principe1 seule lumire1 seul souverain bien 7bien parfait71 seul immense1 seul tout-puissant1 seul ternel1 substance une ou essence absolument immutable et simple1 en qui ne peuvent tre aucunes parties ni rien qui ne soit elle-mme1 seule vritable unit en tout1 hors en ce qui concerne la pluralit des personnes divines4 ,car en cette substance si simple1 ou indivisible et pure1 la foi confesse trois personnes en tout cogales et coternelles1 et qui ne diffrent point numriquement1 c'est--dire comme des choses numriquement diverses1 mais seulement par la diversit des proprits1 une tant ,dieu le pre1 une tant ,dieu le fils1 une tant ,dieu esprit de ,dieu1 procdant du ,pre et du ,fils4 ,une de ces personnes n'est pas l'autre1 quoiqu'elle soit ce qu'est l'autre4 ,ainsi le ,pre n'est pas le ,fils ou le ,saint-,esprit1 ni le ,fils le ,saint-,esprit2 mais le ,fils est ce qu'est le ,pre1 et le ,saint-,esprit galement4 ,dieu est autant le ,pre que le ,fils ou le ,saint-,esprit1 tant un en nature1 un numriquement autant que substantiellement4 ,mais de la diversit des proprits nat la distinction des personnes2 elle est telle que cette personne-ci est autre1 mais non autre chose que cette personne-l2 comme un homme diffre d'un homme personnellement et non substantiellement1 en tant que celui-ci n'est pas celui-l1 quoiqu'tant ce qu'est celui-l1 c'est--dire identique de substance et non de personne#aib4 ,note #aib3 ,introd41 ,i4 ,i1 p4 #iag-ihc4 ,on pourrait voir l un ralisme trs-prononc1 car ,abelard semble admettre ici l'identit de substance entre deux hommes3 mais il peut n'entendre que l'identit de nature1 et non l'identit numrique4 ,il est vrai qu'alors la comparaison n'est plus exacte par rapport la ,trinit2 mais1 comme on le verra1 elle est reue et presque triviale dans la question et ne doit pas tre reproche notre auteur4 ,le propre du ,pre est d'tre inengendr 7improduit1 ingenitus71 c'est--dire d'exister par soi et non par un autre1 comme le propre du ,fils est d'tre engendr1 et du ,saint-,esprit1 non pas d'tre engendr1 mais de procder1 sans que le ,saint-,esprit ou le ,fils soient faits ou crs4 ,le ,pre est donc le principe de la divinit4 7,saint ,augustin1 ,de ,trin41 ,,iv1 xx47 ,mais sa divinit est dans chacune des trois personnes1 chacune est ,dieu1 ,seigneur1 ,crateur2 en ce sens1 la ,trinit est indivise 7proprement individu1 individua74 ,mais aucune des trois personnes n'tant l'une ou l'autre personne1 une seulement tant dite inengendre1 une engendre1 une procdant1 il suit qu'il n'y a pas en elles pluralit de choses ou pluralit substantielle1 mais pluralit de proprits3 chacune est personne1 mais point de la mme manire que chacune est ,dieu4 ,tout ce qui appartient la personne est propre1 tout ce qui appartient ,dieu1 tout ce qui est absolument divin est commun toutes1 comme la gloire1 la volont1 l'opration4 ,tel est1 dit ,ablard1 le rsum de la foi touchant l'unit et la trinit1 qu'il nous faut tablir et fortifier par des exemples et des similitudes convenables contre les inquisitions de ceux qui doutent4 ,que sert1 en effet1 pour la doctrine1 de parler1 si ce que nous voulons enseigner ne peut tre expos de faon tre compris#aic8 ,note #aic3 ,ces ides gnrales sur la ,trinit n'ont rien d'original1 non plus que de hasard4 ,ablard les emprunte surtout saint ,augustin qui lui-mme les a plutt remanies qu'inventes4 ,on peut les retrouver exposes avec soin et dveloppement dans la ,somme de saint ,thomas4 7,pars ,i1 quaest4 ,,xxvii et seqq47 ,une diffrence seule doit tre remarque4 ,ablard1 guid en ceci par saint ,augustin1 qui s'attache plus aux diffrences qu'aux ressemblances des personnes de la ,trinit avec la gnralit des tres1 ne veut pas qu'elles soient entre elles diversae numero rerum 7p4 #ihb71 ce qui suit ,dialectiquement de ce qu'elles ne sont pas des substances4 ,cependant comment tre trois sans diffrence numrique8 ,aussi saint ,jean ,damascne avait-il admis cette diffrence1 et ,pierre ,lombard qui l'explique1 ne la rejette pas1 quoiqu'il trouve plus prudent de s'en tenir la diffrence de proprit1 ,jean ,damascne1 suivant lui1 tait plus frapp des ressemblances que des diffrences4 7,jean ,damasc41 ,de orth4 ,fid41 ,i4 ,,iii1 c4 iv et vi4--,p4 ,lomb41 ,sent4 ,i1 ,dist4 ,,xix47 ,saint ,thomas1 sans oser prononcer que les personnes de la ,trinit soient choses numriques diverses1 admet cependant que le nombre1 termini numerales1 s'applique la divinit4 ,il considre la multitude des personnes comme une division formelle ou rationnelle4 ,il dit quelque part numeras personarum 7,qu4 xxx1 a4 #c4--,qu4 xxxi1 a4 #a47,les modernes n'hsitent pas dire que les trois personnes sont trois tres individuels subsistant rellement en eux-mmes1 qui sont chacun un principe d'action4 7,bergier1 ,dict4 de ,thol41 art4 ,trinit et ,personne47 ,c'est aller bien loin1 et ,ablard nous parat plus sage4 ,il suit du reste une opinion exprime dans un ouvrage qu'il croyait de ,boce1 savoir que le nombre rel n'en pas applicable la divinit1 mais seulement le nombre intellectuel1 7,de ,trin4 unit4 ,dei1 ,op4 ,boeth41 p4 #ieh47 ,que veut dire dans la nature divine cette distinction de personnes8 ,cette nature restant une et indivisible1 comment lui assigner une trinit personnelle8 ,de l deux points dfendre contre les attaques vhmentes des philosophes4 ,la distinction des personnes doit nous servir mieux concevoir la divinit1 c'est--dire dans la divinit le bien suprme et la perfection absolue4 ,ainsi le nom du ,pre dsigne la puissance divine3 ,dieu est tout-puissant1 parce qu'il peut faire tout ce qu'il veut1 non parce qu'il peut tout faire2 car il ne peut faire des choses injustes1 tant lui-mme la suprme justice4 ,le nom du ,fils dsigne la sagesse3 ,dieu est sage1 car il sait tout et ne peut se tromper ni tre tromp4 ,le nom du ,saint-,esprit enfin dsigne la charit ou la bont3 ,dieu est bon1 car il veut que tout soit dispos pour le mieux1 que tout arrive le mieux possible1 et il conduit tout la meilleure fin4 ,l o s'unissent ces trois choses1 puissance1 sagesse et bont parfaites1 le bien parfait est ralis4 ,le nom du ,pre exprime la toute-puissance3 ,je crois en ,dieu le pre tout-puissant1 dit le ,symbole des aptres4 ,comme ,dieu1 innascible1 comme pre1 inengendr 7ingenitus71 il a1 comme tout-puissant1 la plnitude de la force1 dit l'vque ,maxime#aid1 car il est tout-puissant par la divinit inengendre1 et pre par la toute-puissance4 ,la divinit inengendre signifie que seul des trois personnes il est inengendr1 seul il n'est point par un autre que lui1 solus ipse non sit ab alio1 tandis que les deux autres personnes sont par lui1 ab ipso sunt4 ,pre par la toute-puissance1 cela veut dire videmment que la puissance divine lui appartient1 spcialement1 comme proprit1 de mme que celle d'tre inengendr1 bien que chacune des autres personnes1 tant de mme substance1 soit de mme puissance4 ,en effet1 les proprits des trois personnes tant distinctes1 certaines choses sont d'ordinaire dites ou admises spcialement et comme proprement de telle ou telle d'entre elles1 lesquelles choses1 d'aprs leur nature1 nous ne le contestons pas1 appartiennent en union chacune d'elles#aie4 ,le ,pre et le ,saint-,esprit1 la ,trinit entire est sagesse2 le ,pre et le ,fils1 la ,trinit entire est charit4 ,seulement1 raison des proprits des personnes1 certaines oeuvres sont spcialement attribues chacune d'elles1 quoique ces oeuvres soient dites oeuvres indivises de la ,trinit1 et que tout ce qui est fait par une d'elles le soit par chacune4 ,ainsi la susception de la chair est assigne au ,fils2 ainsi il est dit que la rgnration s'accomplit par l'eau et l',esprit 7,jean1 iii1 #e71 quoiqu'en tout cela la ,trinit opre tout entire4 ,l'usage est donc d'attribuer en proprit spcialement et principalement au ,pre ce qui concerne la puissance1 son nom le dsignant surtout1 par ce fait qu'tant inengendr1 il subsiste par lui-mme1 non par un autre2 d'o il rsulte que1 comme mode substantiel1 la puissance lui reste en propre4 ,en effet1 encore que le ,pre puisse faire tout ce que fait le ,fils et le ,saint-,esprit1 il a cela de plus qu'il existe seul par lui-mme et n'a pas besoin d'un antre pour tre4 ,nanmoins nous ne disons pas le ,fils et le ,saint-,esprit moins tout-puissant que le ,pre3 les oeuvres de la ,trinit sont indivises on communes1 tout ce que fait la puissance tant rgl par la sagesse1 accompli par la bont2 aussi invoquons-nous ,dieu au nom du ,pre1 et au ,fils1 et du ,saint-,esprit3 les trois personnes sont insparables pour la prire comme dans l'opration divine4 ,mais pour que la tonte-puissance qui est a chacune consomme ce que chacune veut faire1 il n'est pas ncessaire que chacune soit absolument comme les deux autres1 puisqu'elles diffrent par les proprits1 la non-gnration1 la gnration1 la procession4 ,sans doute il y a galit entre elles2 il n'y a rien de plus du de moins1 par exemple1 dans le ,fils1 quant au lieu1 au temps1 la puissance1 la science1 si ce n'est pourtant qu'il n'est pas n de lui-mme et que le ,pre l'a engendr4 ,mais ce seul plus ou moins qui est dans le ,fils1 de n'tre pas par lui-mme comme le ,pre1 s'applique-t-il au mode de l'opration1 comme au mode de l'existence8 ,de cette puissance propre au ,pre de subsister par soi ou d'exister de soi-mme1 et non par un autre1 il suit ncessairement que les deux autres personnes de la ,trinit sont par lui et n'ont pas la proprit de subsister par soi4 ,si donc nous rapportons la puissance tant au mode de l'existence qu' celui de l'opration1 nous trouverons que la toute-puissance appartient au ,pre proprement et spcialement1 en sorte que non-seulement il peut tout avec les deux autres personnes1 mais encore qu'il a seul l'existence par soi1 non par un autre1 et consquemment la puissance par soi1 comme l'existence2 et les autres personnes1 ayant l'existence par lui1 peuvent par lui tout ce qu'elles veulent4 ,c'est ainsi que le ,fils a dit3 ,je ne puis rien faire par moi-mme4 7,jean1 v1 #cj47 ,et ailleurs3 ,je ne fais rien par moi-mme1 ou je ne parle point par moi-mme4 7,jean1 xiv1 #aj47 ,cette puissance propre du ,pre par laquelle il subsiste seul par soi et non par un autre est comprise dans la toute-puissance1 et il faut le dire tout-puissant1 en ce sens que tout ce qui appartient la puissance1 quant l'opration comme l'existence1 lui est attribu en propre par l'vque ,maxime4 ,note #aid3 ,maxime1 vque de ,turin1 qu'il ne faut pas confondre avec ,maxime le moine a laiss des homlies4 ,la citation d',ablard en dans l'homlie ,in tradit4 ,symboli4 7,bibl4 vet4 pat41 t4 ,,vi1 p4 #db47 ,note #aie3 ,c'est ce que saint ,thomas appelle essentialia personis attributa4 7,qu4 xxxix1 a4 #h47 ,ablard parat marquer ici avec beaucoup de soin le caractre mixte de ces attributions qui sont appropries sans tre propres4 ,le point original comme aussi le point hasard est le parti qu'il a tir de ces attributions que l'glise en gnral ne regarde pas comme constitutives1 et dont elle ne dduit pas de consquences importantes4 ,nous touchons ici la nouveaut principale de toute la doctrine1 et l'origine des censures qu'elle a encourues4 ,nous y reviendrons4 ,peut-tre serait-il plus exact de dire que le ,pre1 par la toute-puissance qui lui est attribue en propre1 engendre la sagesse1 comme un fils1 la sagesse divine tant quelque chose de la divine toute-puissance1 tant elle-mme une certaine puissance2 car elle est une puissance de discerner1 la puissance en ,dieu de discerner et de connatre tout parfaitement4 ,l'criture en divers passages parat prouver que nommer la puissance du ,seigneur1 c'est nommer la puissance divine1 d'o est ne la divine sagesse2 dire ,dieu le fils1 c'est nommer la sagesse divine1 ne de la divine puissance2 nommer le ,saint-,esprit1 c'est nommer la charit de la bont divine1 qui procde pareillement du ,pre et du ,fils#aif4 ,note #aif3 ,introd41 t4 #a1 p4 #ihh-iif4 ,mais ces tmoignages des crivains sacrs1 il plat ,ablard d'unir ceux des philosophes1 puisque c'est des philosophes qu'il a affaire1 ceux du moins qui tchent d'attaquer notre foi par des citations philosophiques4 ,nul1 en effet1 ne peut tre accus et persuad que par des raisons qu'il accepte1 et la confusion est grande d'tre vaincu par o l'on esprait vaincre4 ,d'ailleurs les vertus des philosophes ont t loues par de saints docteurs4 ,non-seulement ils se sont levs une vie pure1 mais encore l'intelligence d'un ,dieu unique4 ,les autorits ne manquent point pour prouver qu'ils ont connu l'ouvrier son ouvrage4 ,ne pt-on les citer comme des modles de la vie1 on pourrait encore s'instruire leurs leons4 ,dieu peut nous vouloir clairer par l'intermdiaire d'indignes ministres2 tout lui est bon pour toucher nos esprits et nos coeurs4 ,s'il ne faisait les grandes choses que par les grands hommes1 la reconnaissance s'adresserait eux plus qu' lui4 7,p4 #ajjf47 ,d'ailleurs saint ,jrme nous dit de ne pas dsesprer du salut de tous les philosophes qui sont venus avant l'incarnation4 ,on sait comment saint ,augustin s'exprime sur ,socrate#aig4 ,platon parle de ,dieu1 du culte qui lui est d1 de la prire qui l'invoque1 de la vertu qui lui plat1 en des termes qui semblent indiquer une sorte de rvlation de sa divinit sainte4 ,on peut dire mme que l'incarnation a t annonce par la sibylle plus clairement qu'elle ne l'est dans quelques-uns des prophtes1 et l'on ne saurait s'tonner que le plus grand de tous les philosophes ait paru atteindre l'ide essentielle de la ,trinit1 lorsqu'au ,dieu suprme il ajoute et cette intelligence1 ce ,grec3 ,nous n de ,dieu et coternel lui1 et cette me du monde qui est la vie et le salut de tout ce qui existe4 ,ne croit-on pas reconnatre l le ,verbe et l'amour8 ,le ,fils est le ,grec3 ,nous1 le ,saint-,esprit est cette me du monde1 ne de ,dieu et de son intelligence4 ,dans le vrai1 la ,trinit divine n'est bien connue que d'elle-mme4 ,nous ne pouvons la dignement concevoir1 nous n'y suffisons point4 ,les expressions de ,platon peuvent donc tre prises pour une image de la ,trinit1 ds l seulement qu'elles lui sont applicables4 ,lorsque les philosophes parlaient de l'me ou de ,dieu1 ils taient souvent obligs de voiler leur pense4 ,nomment-ils ce ,dieu suprme1 qu'ils appellent le bien1 le principe universel1 ou cette intelligence ternelle qui contient les types originels des choses ou les ides1 ils ne se servent d'aucune fiction2 mais veulent-ils aller plus loin1 il leur faut recourir aux images1 aux similitudes4 ,la raison prescrit donc de chercher le sens cach de leurs expressions et de leurs emblmes2 car si l'on ne supposait pas qu'un sens mystrieux est envelopp dans quelques-unes des opinions de ,platon1 le plus grand des philosophes serait le plus grand des sots1 summus stultorum4 ,comment serait-ce faire violence au vrai que de ramener les expressions des sages la foi chrtienne8 ,le ,saint-,esprit a profr par la voix de ,caphe une prophtie laquelle celui qui l'inspirait et celui qui la prononait attachaient un sens fort diffrent4 7,jean1 xi1 #ed47 ,saint ,grgoire dit qu'il ne faut rien repousser de ce qui ne rpugne pas la foi#aih4 ,c'est un fait que la doctrine platonicienne s'est toujours accorde avec le dogme de la ,trinit1 et si les abeilles dposrent le miel sur les lvres de ,platon enfant1 endormi dans son berceau1 ce prodige n'annonait pas la douceur de son loquence1 mais bien plutt que ,dieu rvlerait par sa bouche les mystres de sa divinit4 ,il fallait1 en effet1 qu' la plus grande sagesse1 qui est ,jsus-,christ1 ce ft le plus grand des philosophes qui rendt tmoignage#aii4 ,note #aig3 ,l'abrg dont nous avons parl p4 #ahh1 et qu'a publi ,m4 ,rheinwald1 suit exactement jusqu' ce point 7p4 #ajjg7 le texte de l',introduction1 mais en le resserrant4 ,le chap4 xi du premier rpond au chap4 xv du liv4 ,i de la seconde4 partir de ce point1 le chap4 xii de l',epitome rejoint l',introduction vers la p4 #ajgg4 ,note #aih3 ,grgoire le ,grand dans une lettre ,domition imtropolitain1 et non comme le dit ,ablard ,janvier1 vque de ,calahorra4 7,epist4 ,regist41 t4 ,,iii1 ep4 ,,lxvii47 ,note #aii3 ,introd41 t4 ,i1 p4 #ajjc-ajdj4--,theol4 ,christ41 t4 ,,ii1 p4 #abjj1 et ,v1 p4 #aiee1 ,ablard en s'appuyant ici de l'autorit de ,platon ne fait que suivre les ,pres platonisants4 ,de tout temps1 on a raisonn dans l'glise sur l'analogie de l'ide de la trinit platonique avec le dogme de la sainte ,trinit4 ,les passages du philosophe grec habituellement cits sont ceux du ,time1 qu',ablard connaissait 7t4 ,,xii de la trad4 de ,cousin1 p4 #aae1 #aag1 #abf1 etc47 et deux fragments douteux des lettres ,,ii et ,,vi 7t4 ,,xiii1 p4 #ei et #gd74 ,les no-platoniens d',alexandrie ont dvelopp davantage cette ide de la trinit1 et d'une manire plus suspecte au christianisme1 de sorte que l'assimilation qui sduit ,ablard est tenue gnralement pour dangereuse et n'est plus gure usite4 ,mais elle n'en est pas moins autorise par de ,grands exemples4 ,h4 de ,chateaubriand en a fait une des beauts de la religion chrtienne4 7,voyez surtout saint ,clment d',alexandrie1 ,stromat4 ,,iv et ,,vii4--,et saint ,augustin lui-mme1 ,de ,ver4 relig41 l1 v et ,conf4 ,,vii1 ix4--,euseb1 ,prpar1 ,,ii et ,,xi4--,theodoret4 ,serm41 ,,ii4--,cyrill4 ,cont1 ,jut41 ,,iii1 etc4--,petav4 ,dogm4 theolog41 t4 ,,ii1 t4 ,i1 c4 ,i et ,,vi4--,bergier aux mots2 ,platonisme et ,trinit4--,gnie du christianisme1 part4 ,i1 t4 ,i1 c4 ,,iii47 ,telle est la substance du premier livre de l',introduction2 ,ablard commence le second par une apologie4 ,apparemment l'emploi qu'il vient de faire des autorits philosophiques et des citations paennes avait t critiqu2 car il observe qu'il n'a rien introduit de nouveau4 ,saint ,paul cite ,epimnide1 ,mnandre1 ,aratus2 pour convertir les ,athniens1 il s'empare d'une inscription qu'ils avaient grave sur un autel#bjj4 ,on voit dans le ,deutronome qu'il faut raser la tte d'une captive et qu'ensuite on peut l'pouser4 ,ainsi1 dit ,ablard1 j'aime la science profane pour sa grce et sa beaut1 et d'une esclave1 d'une captive trangre1 je veux faire une ,isralite4 ,si j'ai emprunt ,origne1 j'ai nglig ses erreurs1 suivant en cela l'exemple d',hilaire le ,confesseur4 ,si ,dieu a dict la prophtie de ,balaam1 n'a-t-il pu faire parler1 et la sibylle1 et ,virgile le ,pote#bja8 ,la voix miraculeuse des dmons n'a-t-elle pas t employe pour annoncer la vrit8 ,les choses matrielles et inanimes elles-mmes racontent la gloire de ,dieu 7,ps4 ,,xviii1 #b74 ,plus les ,gentils1 plus les philosophes paratront trangers ou hostiles notre foi1 plus leur autorit en sa faveur sera grande3 la dposition favorable d'un ennemi est plus forte que celle d'un ami4 ,aprs tout1 les tmoignages que j'ai emprunts aux philosophes1 je les ai recueillis1 non dans leurs crits1 j'en connais fort peu1 mais dans les livres des ,pres#bjb4 ,note #bjj3 ,tit4 ,i1 #ab4--;,i4 ,cor41 xv1 #ch4--;,act41 ,,xvii1 #bb4 ,note #bja3 ,dent41 ,,xxi1 #aa1 #ab1 #ac4--,nomb41 ,,xxii1 ,,xxiii1 ,,xxiv4 ,la croyance dans les oracles sibyllius1 compilation qui parait avoir t fabrique vers le ,i,ie sicle1 s'est maintenue longtemps dans l'glise1 et bien des ,pres l'ont tolre ou partage4--,frrot1 ,mm4 de l',acadmie des inscriptions1 t4 ,,xxiii4 ,note #bjb3 ,introd41 t4 ,,ii1 p4 #ajda-ajdf4 ,quorum panca novi1 dit-il2 et dans la ,thologie chrtienne1 exprimant la mme ide1 il dit qu'il n'a peut-tre jamais vu les crits philosophes qu'il cite1 mais qu'il a recueilli leurs tmoignage dans saint ,augustin4 7,theol4 ,christ41 ,i4 ,il1 p4 #aijb47 ,ceux qu'il entasse la fin du premier livre de l'introduction et au commencement du second sont trs nombreux et trs-divers2 et il y a l un luxe de citations dont il serait intressant de vrifier l'origine1 afin de bien tracer les limites de l'rudition de cette poque2 car ,ablard savait certainement tout ce que de son temps on pouvait savoir dans le nord des ,gaules4 ,aprs les tmoignages viendront les arguments4 ,en toute chose1 mais principalement en ce qui touche ,dieu1 il y a plus de sret s'appuyer sur l'autorit que sur le jugement humain4 ,la foi dans la ,trinit est le fondement de tous biens1 on ce sens que l'origine de tous biens est dans la connaissance de la nature de ,dieu4 ,qui russirait branler ce fondement ne nous laisserait rien difier de solide4 ,nous aussi1 nous avons voulu opposer un si grand pril le bouclier tant de l'autorit que de la raison1 nous confiant dans celui par l'appui duquel le petit ,david a immol l'norme et fier ,goliath avec son propre glaive4 ,nous aussi1 tournant contre les philosophes et les hrtiques la glaive des raisons humaines avec lequel ils nous combattent1 nous dtruisons la force et l'arme de leurs arguments contre le ,seigneur1 afin qu'ils soient moins prsomptueux dans leurs attaques contra la simplicit des fidles1 on se voyant rfuts sur les points o il leur parait le moins possible de leur rpondre1 savoir cette diversit de personnes dans une substance simple et indivisible1 la gnration du ,verbe1 la procession de l',esprit4 ,non que nous promettions d'enseigner la vrit sur tout cela2 nous ne croyons pas que nous1 non plus qu'aucun mortel1 y puissions suffire2 mais du moins voudrions-nous opposer quelque chose da vraisemblable1 de voisin de la raison humaine1 et qui ne ft pas contraire la foi1 ceux qui se font gloire de vaincre la foi par les raisons humaines1 qui ne sont touchs que des raisons humaines parce qu'ils les connaissent1 et qui trouvent facilement de nombreux approbateurs1 presque tous les hommes tant de nature animale1 fort peu de nature spirituelle444 ,loin de nous donc la pense que ,dieu1 qui use bien des mauvaises choses1 n'ait pas dispos galement bien les arts qui sont des dons de la grce1 pour qu'ils servissent aussi soutenir sa divine majest4 ,les arts du sicle1 et enfin la dialectique elle-mme ont t jugs par saint ,augustin et tes autres docteurs ecclsiastiques fort ncessaires a l'criture sainte4 ,sans doute on peut trouver des autorits contraires2 aux passages formels et nombreux de saint ,augustin1 on peut en opposer de fort diffrents de saint ,jrme44444 ,mais le synode du pape ,eugne au temps de ,louis#bjc a positivement ordonn l'tude et l'enseignement des lettres et des arts libraux44444 et si saint ,jrme a t repris et flagell par le ,seigneur pour avoir lu les ouvrages de ,cicron1 c'est qu'il les lisait uniquement pour son plaisir et par got pour l'loquence#bjd4 ,note #bjc3 ,synodus ,eugenii pap tempore ,ludovici4 7,ibid41 p4 #ajdj47 ,c'est la concile de ,rome en #hbc tenu par ,eugne ,,ii au temps de ,louis le ,dbonnaire4 ,on lit au canon ,,xxxiv du #af novembre3 ,in universis episcopiis subjectisque plehibu et aliis locis in quibus necessitas occurrerit1 omnium cura et diligentia habentur ut magistri et doctores constituantur qui studia litterarum liberaliumque artium1 as sancta habentes dogmate1 assidue deceant1 quia in his maxime divina manifestatur atque declarantur mandata4 7,sac4 ,concil41 t4 ,,vii1 p4 #aeeg1 et t4 ,,viii1 p4 #aab47 ,note #bjd3 ,introd41 p4 #ajdf-ajeb4 ,c'est dans une ptre ,eustochius que saint ,jrome raconte cette singulire histoire1 et il ne souffre pas qu'on la prenne pour une vision ou un songe2 car il assure qu' son rveil il se ressentait des coups qu'il avait reus1 et que son corps on partait les marques4 7,t4 ,,iv1 part4 ,,ii1 ep4 ,xviii ad ,eustoch41 ,de custodia virginatis47 ,pour moi donc1 je pense que l'tude d'aucun art ne doit tre interdite un homme religieux1 moins qu'elle ne l'empche de se livrer quelque chose de plus utile1 d'aprs la rgle commune dans les lettres qu'il faut interrompre ou mme abandonner ce qui est moins important pour ce qui l'est davantage4 ,quand il n'y a ni fausset dans la doctrine1 ni dshonntet dans l'expression1 comment n'y aurait-il aucune utilit dans la science8 comment mriter des reproches pour l'avoir apprise ou enseigne1 si1 comme il vient d'tre dit1 rien de meilleur n'a t nglig ou dlaiss pour elle8 ,personne en effet ne prtendra qu'une science soit une mauvaise chose1 mme celle du mal1 laquelle est ncessaire au juste1 non certes pour faire le mal1 mois pour se prmunir contre le mal connu d'avance par la pense4 ,ce n'est pas un mal que de connatre le dol ou l'adultre1 mais de les commettre2 car la connaissance en est bonne1 quoique l'action en soit mauvaise1 et nul ne pche en connaissant le pch1 mais en le commettant4 ,si la science tait un mal1 c'est qu'il y aurait des choses qu'il serait mal de savoir3 mais alors on ne pourrait absoudre de quelque malice ,dieu qui sait tout2 car la plnitude des sciences est en celui-l seul de qui toute science est un don4 ,la science est la comprhension de tout ce qui existe1 et elle discerne1 selon la vrit1 toutes choses1 se rendant en quelque sorte prsentes celles mme qui ne sont pas2 voil pourquoi quand on numre les dons de l'esprit de ,dieu1 on l'appelle l'esprit de science4 ,or1 de mme que la science du mal est bonne1 tant ncessaire pour viter le mal1 il est certain que la puissance ou facult du mal est galement bonne1 tant ncessaire pour mriter1 ,si nous ne pouvions pcher1 nous n'aurions aucun mrite ne le point faire2 celui qui manque du libre arbitre1 aucune rcompense n'est due pour des actions forces4444 ,aucune science ou puissance n'est donc mauvaise1 quelque mauvais qu'en soit l'emploi2 aussi est-ce ,dieu qui donne toute science1 et rgle toute puissance4 ,c'est pourquoi nous approuvons les sciences2 mais nous rsistons aux mensonges de ceux qui en abusent44444 ,je suppose qu'aucun homme vers dans les lettres saintes n'ignore que les nommes spirituels ont fait plus de progrs dans la doctrine sacre par l'tude de la science que par le mrite religieux1 et que plus un homme parmi eux a t docte avant sa conversion1 plus il a eu de valeur pour les choses saintes4 ,quoique ,paul ne paraisse pas un plus grand aptre en mrite que ,pierre1 ni ,augustin un plus grand confesseur que ,martin1 cependant l'un et l'autre aprs leur conversion reurent d'autant plus largement la grce de la doctrine1 qu'auparavant ils excellaient davantage dans la connaissance des lettres4 ,ainsi1 par une dispensation de ,dieu1 ce qui recommande l'lude des lettres profanes1 ce n'est pas seulement l'utilit qu'elles contiennent1 c'est aussi qu'elles ne paraissent pas trangres aux dons de ,dieu1 comme elles le seraient s'il ne s'en servait pour aucun bien4 ,nous connaissons cependant le mot de l'aptre1 scientia inflat1 la science engendre l'orgueil4 ,mais ce qui doit prcisment la convaincre d'tre une bonne chose1 c'est qu'elle entrane au mal de l'orgueil celui qui a conscience de la possder4 ,comme il y a quelques bonnes choses qui viennent certains gards du mal1 il y en a de mauvaises qui tirent leur origine du bien4 ,la pnitence ou la satisfaction par la peine1 qui sont bonnes1 accompagnent le mat commis au point d'en avoir besoin pour natre4 ,l'envie et l'orgueil1 qui sont de trs-mauvaises choses1 proviennent des bonnes4 ,ce ,lucifer1 toile du matin1 fut d'autant plus enclin l'orgueil qu'il tait suprieur aux esprits angliques par l'clat de sa sagesse ou de sa science2 et pourtant cette sagesse ou cette science de la nature des choses qu'il avait reue de ,diou1 il serait peu convenable de l'appeler mauvaise2 c'est lui qui dans son orgueil en a mal us4 7,isae1 xiv1 #db47 ,quand un homme s'enorgueillit de sa philosophie ou de sa doctrine1 nous ne devons pas inculper la science1 pour un vice qui s'y rattache2 mais il faut peser chaque chose en elle-mme1 pour ne pas encourir par un jugement imprudent cette maldiction prophtique3 ,malheur ceux qui disant le bien mal et le mal bien1 prennent la lumire pour les tnbres et les tnbres pour la lumire6 ,que ce peu de mots nous suffisent contre ceux qui1 cherchant une consolation leur inhabilit1 murmurent aussitt que1 pour claircir notre pense1 nous empruntons des exemples ou des similitudes aux enseignements des philosophes4444 ,il est crit3 ,fas est et ab hoste doceri#bje4 ,pour nous faire comprendre1 nous devons employer tous les moyens444 ,nous lisons dans saint ,augustin3 ,il faut chercher non l'loquence1 mais l'vidence4 ,qu'importe la perfection du langage1 si elle n'est suivie de l'intelligence de celui qui l'entend8444 que sert une clef d'or1 si elle ne peut ouvrir ce que nous voulons ouvrir8 en quoi nuit une clef de bois1 si elle le peut#bjf8 ,mais1 direz-vous1 nous travaillons en vain4 ,tout ce qu'on ne peut ouvrir a t ouvert par d'autres1 ou ce que nous voulons ouvrir ne saurait tre ouvert3 la ,trinit1 est un mystre ineffable4 ,sans doute1 mais pourtant qu'ont donc fait les ,pres qui nous ont laiss tant de traits sur la ,trinit8 ,si tout ce qu'on peut enseigner est enseign1 pourquoi sont-ils venus crire l'un aprs l'autre1 et celui-ci a-t-il tent de rouvrir ce qu'avait dj ouvert celui-l8 ,si les enseignements existants suffisent1 comment se fait-il que les hrsies repullulent sans cesse1 que les doutes subsistent encore8444 ,jusqu' quand l',eglise actuelle contiendra-t-elle indistinctement mle la paille avec le grain1 et l'homme1 ennemi de la moisson du ,seigneur1 continuera-t-il d'y semer l'ivraie8 jusqu' la fin des sicles apparemment1 o les moissonneurs1 anges de ,dieu1 lieront en gerbe l'ivraie et la jetteront aux flammes4 ,les schismatiques1 les hrtiques ne peuvent manquer1 et le chemin ne sera jamais sr entre les scorpions et les serpents2 mais toujours pour exciter et prouver les fidles1 l'glise1 notre mre1 verra renatre ceux qui1 sous le nom de ,christ1 adoreront les antchrists4444 ,enfin4444 les hrtiques doivent tre contenus par la raison plutt que par la puissance#bjg4 ,note #bje3 ,cela est crit dans ,ovide1 ,metam41 ,,iv1 #dbh4 ,note #bjf3 ,de ,doct4 ,christ41 ,,iv1 x et xi4 ,note #bjg3 ,introd41 l1 ,,ii1 p4 #ajeb-ajee4 ,ratione potius quam potestate eos coerceri4 ,la discussion exerce et claire les fidles2 elle les rend plus vigilants2 elle les met sur leurs gardes4 ,les saints nous ont donn l'exemple de raisonner sur les matires de foi et de poursuivre et de combattre les esprits rebelles par des exemples et des similitudes4 ,si l'on ne doit point discuter ce qu'il faut croire1 il ne nous reste qu' nous livrer ceux qui enseignent le faux comme le vrai#bjh4 ,saint ,grgoire a bien dit que si l'opration divine est comprise par la raison1 elle cesse d'tre merveilleuse1 et que la foi est sans mrite1 quand la raison humaine lui prte ses preuves#bji4 ,l'on en conclut que rien de ce qui appartient la foi ne doit tre soumis aux investigations de la raison1 et qu'il faut croire immdiatement l'autorit1 mme dans les choses qui paraissent le plus loignes de la raison humaine4 ,mais on peut trouver des citations opposes dans les ,pres1 ,jrme1 ,hilaire1 ,augustin1 ,isidore et ,grgoire lui-mme4 ,leur exemple tous est une autorit contraire4 ,comment1 d'ailleurs1 clairer un idoltre1 convertir un incrdule8 ,dans toute discussion1 on commence par persuader au nom de la raison4 ,note #bjh3 ,cf4 ,theol4 ,christ41 t4 ,,iii1 p4 #abfa2 et ,fr4 ,frerichs1 ,commentat4 ,theo4 crit4 de ,ab4 ,doct4 p4 #h4 ,jana1 #ahbg4 ,note #bji3 ,homil4 ,,xxvi4 ,s4 ,greg4 pap4 ,i4 cogn4 ,magn4 ,op41 t4 ,,ii41 ,parla1 #agje4 ,cette opinion de saint ,grgoire a t souvent cite ci discute4 ,saint ,thomas dcide que la raison inductive 7c'est son expression7 diminue ou dtruit le mrite de la foi1 lorsqu'elle est invoque pour la dterminer1 mais non quand elle sert l'clairer et l'affermir4 7,sec4 sec44 qu4 ii1 a4 #aj7 ,on ne crot point une chose parce que ,dieu l'a dite1 on l'accepte parce que la raison est convaincue4444 ,tels sont les commencements de la foi1 et s'ils n'ont absolument aucun mrite1 on ne peut cependant dclarer inutile une foi bientt suivie de la charit1 qui lui donne ce qui lui manque4 ,il est crit dans l',ecclsiastique3 ,qui croit vite est lger de coeur et sera diminu4 7,,xix1 #d47 ,celui-l croit vite ou aisment qui acquiesce sans discernement et sans prvoyance aux premires choses qu'on lui dit1 sans en discuter la valeur1 sans savoir s'il convient d'y ajouter foi4444 ,c'est souvent pour se consoler de son incapacit1 qu'aprs avoir essay d'enseigner en matire de foi des choses intelligibles et s'tre trouv insuffisant1 on recommande cette ferveur de foi qui croit aux choses avant de les comprendre et de savoir si elles en valent la peine4 ,c'est principalement de la nature de la divinit et de la distinction des personnes de la ,trinit qu'on dit qu'elles ne peuvent tre comprises en cette vie1 et que les comprendre1 c'est prcisment le partage de la vie ternelle4 ,haec1 est autem vita1 aeterna1 ut cognoscam te ,deum verum et quem misisti ,jesum ,christum1 et ailleurs3 manifestabo eis meipsum4 7,jean1 ,,xiv1 #ba1 et ,,xvii1 #c47 ,mais autre est comprendre ou croire1 autre est connatre ou manifester4 ,la foi est une estimation des choses non apparentes2 la connaissance est l'exprience des choses mmes1 grce leur prsence4444 ,penser qu'on ne peut ds cette vie comprendre ce qui se dit de la ,trinit1 c'est tomber dans l'hrsie de ,montanus444 qui veut que les prophtes aient parl dans l'extase1 sans savoir ce qu'ils disaient4444 ,mais alors ils n'auraient pas t des sages1 car ,salomon dit que le sage comprend ce qu'il dit du fond du coeur et porte son intelligence sur ses lvres4 ,paul veut que l'on comprenne ce qu'on enseigne1 puisqu'il dit3 ,que celui qui parle une langue demande ,dieu le don de l'interprter4 ,tout le chapitre ,,xiv de la premire ptre aux ,corinthiens roule sur cette ide4 ,c'est l qu'il dit que celui qui n'est pas interprte doit se taire dans l'glise ou ne parler qu' lui-mme et ,dieu#baj4 ,lorsqu'il parle de la vertu de la voix1 qu'entend l'aptre1 si ce n'est l'intelligence de ce que la voix dit1 pour laquelle elle a t invente8444 ,qu'il n'imagine point de parler aux hommes1 celui qui est incapable d'expliquer ce qu'il dit2 qu'il s'adresse ,dieu1 qui n'a pas besoin d'explication1 et qu'il prononce les paroles d'une confession de foi1 au lieu de profrer vainement pour l'instruction des hommes des mots incompris4444 ,qu'il cesse de prcher2 ne pas comprendre ce qu'on dit1 c'est ne le pas savoir2 enseigner alors est une impudence prsomptueuse4 ,n'coutez pas ces matres des lettres saintes qui enseignent aux enfants prononcer des mots1 non comprendre4444 ,lire sans intelligence est ngligence#baa4444 ,qu'y a-t-il de plus ridicule que de voir celui qui veut en instruire un autre1 interrog s'il comprend ce qu'il enseigne1 rpondre qu'il ne comprend pas ce qu'il dit ou ne sait ce dont il parle8 ,quels clats moqueurs eussent excit chez les philosophes et les ,grecs chercheurs de sagesse les aptres prchant le fils de ,dieu1 si des le dbut de leur prdication ils avaient pu tre rduits la confusion d'avouer qu'ils ne savaient ce qu'ils devaient les premiers prcher et enseigner6 ,ne prsumons d'ailleurs rien de nous-mmes4 ,la vrit promis le ,saint-,esprit qui enseigne4 ,si nous avons prcdemment expos quelques-uns des mystres de ,dieu1 c'est lui qui a agi en nous plutt que nous-mmes4444 ,il enseigne et nous comprenons1 il suggre et nous exposons ce que nous ne pourrions atteindre par nous-mmes1 les mystres de ,dieu et de la ,trinit4444 ,note #baj3 ,introd41 t4 ,,ii1 p4 #ajef-ajfc4 ,on explique tout diffremment ce verset1 et ,sacy traduit3 ,s'il n'y a point d'interprte1 que celui qui a se don se taise dans l'glise4 7,i4 ,cor41 ,,xiv1 #bh47 ,note #baa3 ,legere et non intelligere negligere est1 p4 #ajfd4 ,cette maxime est extraite de ce recueil de prceptes1 connu sous le nom de ,distiques de ,caton1 compos1 dit-on1 au ,i,ie sicle et dont le moyen ge faisait si grand ,usage1 les attribuant ,caton d',utique et non ,dionysius ,caton1 que ce dernier nom soit ou ne soit pas un pseudonyme4 ,voyez le ,livre des ,proverbes franais1 par ,m4 ,leroux de ,liney1 introd41 p4 ,,xiiv4 ,vous demanderez peut-tre quoi ont servi tant de traits sur la foi1 s'il subsiste encore des doutes auxquels il n'a pas t satisfait2 coutez ce mot d'un pote3 ,est quoddam prodire tenus si non datur ultra4 7,horace47 ,il a suffi aux ,pres de rsoudre les questions qu'on agitait alors1 de lever les doutes da leur temps et de laisser leur exemple la postrit4444 ,cet exemple nous dit de prendre les armes quand l'ennemi nous menace14444 ,or vous savez ce que dit encore un pote3 ,nondum libi defait hostis4 7,lucain47 ,ici ,ablard fait une numration intressante des rcentes hrsies qui ont port la guerre civile dans l'glise4 ,jamais1 dit-il1 on n'avait entendu parler d'une si grande dmence4 ,un de nos contemporains a t assez insens pour se faire appeler le fils de ,dieu et se faire chanter comme tel1 et l'on dit que le peuple sduit lui a lev un temple#bab4 ,un autre a dernirement1 en ,provence1 forc les gens un nouveau baptme1 proscrit la signe vnrable de la croix du ,seigneur et soutenu qu'on ne doit plus clbrer le saint sacrement de l'autel#bac4 ,mais des matres mmes en thologie sont assis dans la chaire empeste#bad4 ,un d'eux1 qui enseigne en ,france1 affirme que beaucoup de ceux qui1 sans la foi dans le ,messie1 ont vcu avant son incarnation1 seront sauvs2 que ,notre-,seigneur ,jsus-,christ est n dans le sein d'une femme de la mme manire que les autres humains1 sauf qu'il a t conu sans la participation d'un homme2 et quant l nature de la divinit et la distinction des personnes1 il est assez prsomptueux dans ses assertions pour avancer que puisque ,dieu le ,pre engendr le ,fils1 is s'est engendr lui-mme4 ,erreur1 ou plutt hrsie que saint ,augustin rfute dans le livre ,ier de son ,trait de la ,trinit4 ,note #bab3 ,tanquelme1 ,tancheim ou ,tankelin excita beaucoup de dsordres en ,flandre et en ,brabant4 ,il avait un parti nombreux et mme des soldats4 ,on dit qu'il prchait sur la place devant la cathdrale d',anvers4 ,il fut fortement combattu par saint ,norbert et tu par un prtre en #aaae4 ,note #bac3 ,le prtre ,pierre de ,bruis1 suivant ,neander4 ,il tait n en ,dauphin et fut l'auteur de l'hrsie des ptrobusiens1 combattue par ,pierre le ,vnrable4 ,il avait commenc ses prdications en #aaaj1 et fut brl par le peuple en #aacj4 7,hist4 de ,s4 ,bern42 p4 #bhj4--,moshelm1 ,hist4 ,eccl4 ,x,i,ie sicle1 part4 ,,ii1 c4v47 ,ce tableau des hrsies contemporaines est prcieux pour l'histoire ecclsiastique4 ,ablard l'a reproduit et un peu dvelopp dans ,sa ,thologie chrtienne4 7,introd41 t4 #aa1 p4 #ajff4--,theol4 ,christ41 ,i4 ,,iv1 p4#acad47 ,note #bad3 ,pestilenti2 cathedras4 ,racine traduit la chaire empeste4 ,on dit aussi chaires de pestilence4 ,on croit qu',ablard veut ici dsigner ,albric de ,reims1 et en effet1 dans sa ,thologie chrtienne1 dveloppant sa critique1 il ajoute3 ,le docteur qui se prfre tous les matres en la divine criture et qui incrimine avec vhmence ce que d'autres ont dit1 savoir que rien n'est en ,dieu qui ne soit ,dieu1 point que nous avons concd1 s'gare bien plus gravement en professant avec nous qu'il n'y a rien en ,dieu que la substance mme4 ,car de l il a t pouss1 je l'ai entendu en personne1 confesser que ,dieu est engendr de lui-mme1 parce que le ,fils a t engendr du ,pre4 ,ceci semble se rapporter bien exactement l'altercation qu'au synode de ,soissons ,ablard eut sur ce point avec son ennemi4 ,quand il composait l',introduction1 il ne parlait que par ou-dire des erreurs d',albric2 mais plus tard1 lorsqu'il crit la ,thologie chrtienne1 il est rempli de ses souvenirs personnels2 il se complat dans les dtails1 et il finit par dire avec amertume3 ,et c'est le plus arrogant des hommes qui appelle hrtiques tous ceux qui ne pensent pas comme lui#bae6 ,note #bae3 ,voyez ci-dessus1 pour cette anecdote1 i4 ,i1 p4#hg1 et la ,theol4 ,christ41 i4 ,,iv1 p4 #ahae4 ,un autre1 en ,bourgogne1 tablit que les trois proprits1 base de la distinction des personnes1 sont trois essences1 distinctes tant des personnes mmes que de la nature divine1 en sorte que la paternit1 la filiation1 la procession seraient des choses diffrentes de ,dieu mme4 ,c'est lui qui n'admet pas que le corps de ,ntre-,seigneur ait pris sa croissance comme celui des autres hommes1 et qui veut qu'il ait eu1 soit au berceau1 soit dans le sein de sa mre1 la mme grandeur qu'au moment o il a t mis en croix4 ,suivant lui encore1 les moines et les religieuses1 mme aprs leur profession publique1 mme dans les liens de la bndiction et de la conscration1 peuvent contracter mariage1 et malgr la violation de leur voeu1 leur union ne doit pas tre rompue1 et tout en restant dans les liens du mariage1 ils en font pnitence4 ,ce docteur1 dit ailleurs ,ablard1 est le compatriote des autres 7eorum patriota7 et un des plus clbres thologiens #baf4 ,note #baf3 ,theol4 ,christ41 i4 ,,iv1 p4 #ahaf4 ,un troisime1 d'un grand nom1 et qui brille dans un bourg de l',anjou1 non-seulement tablit les proprits des personnes comme autant de choses diffrentes1 mais veut que la puissance de ,dieu1 sa justice1 sa misricorde1 sa colre1 enfin tout ce que la langage humain lui attribue1 soient des choses ou qualits diffrentes de ,dieu1 comme en nous-mmes la justice est diffrente de l'homme juste4 ,il ralise dans la divinit des formes essentielles ainsi que dans la crature1 les multipliant autant que les noms qu'on donne ,dieu1 et cela parce que la grammaire a dcid que le nom exprime la substance et la qualit1 et sert distribuer aux sujets corporels les qualits propres ou communes3 comme si1 dit saint ,grgoire1 la parole cleste se soumettait aux rgles de ,donat6 ,un quatrime enfin1 qui n'est pas sans renomme1 enseigne au pays de ,bourges que les choses pouvant arriver autrement que ,dieu ne les a prvues1 ,dieu peut se tromper1 assertion qui n'a jamais t tolre chez les ,gentils les plus infidles4 ,a ce dnombrement1 notre censeur ajoute dans sa ,thologie deux frres qu'il connat1 qui se comptent parmi les plus grands matres1 dont l'un prtend que les mots du ,sacrement conservent tonte leur efficace1 quelle que soit la bouche qui les profre1 et qu'une femme peut consacrer en prononant les paroles du ,seigneur2 l'autre se fie tellement ses systmes philosophiques qu'il professe que ,dieu n'a aucune priorit d'existence sur le monde#bag2 sans compter une quantit innombrable d'autres opinions dont le rcit me consterne tous les jours1 et que le peuple ne peut arrter1 mme en brlant les gens dont il peut s'emparer#bah4 ,voil dans quels termes le rationaliste du ,x,i,ie sicle prouve la ncessit de donner une dmonstration philosophique de la ,trinit4 ,note #bag3 ,on crot que ces deux frres sont ,bernard et ,thierry1 deux clercs bretons dont ,othon de ,frisingen vante la subtilit4 7,voy4 ci-dessus1 i4 ,i1 p4#ajc47 ,note #bah3 ,theol4 ,christ41 p4 #acaf4 ,nous atteignons cette dmonstration4 ,c'est ici le point dangereux#bai4 ,note #bai3 ,introd41 p4 #ajjg-aajb4 ,dieu est indivisible4 ,la puret de la substance divine n'admet ni accidents1 ni formes1 ni parties4 ,elle est forme1 dit ,boce1 et ne peut tre soumise aucune forme#bbj4 ,dieu est immutable4 ,stabilisque menens das cuneta moveri#bba4 ,note #bbj3 ,booeh41 ,de ,trinit4 unit4 ,det1 p4 #ei4 ,c'est un principe convenu que la distinction de la forme et de la matire n'est pas applicable la divinit4 ,dans ,aristote1 la divinit est l'acte pur4 ,en disant qu'elle est forme1 ,boce entend qu'elle a en elle-mme toute la vertu de la forme1 c'est--dire l'essence formatrice4 ,note #bba3 ,boeth41 ,de ,consol4 phil41 i4 ,,iii1 p4 #iah4 ,or1 maintenant1 comment dans l'tre simple1 pur1 identique1 immutable1 sans accident1 sans forme1 concevoir et assigner trois personnes8 ,point de multitude relle#bbb2 la substance est une4 ,point de nombre rel1 ni trois1 ni plusieurs2 la substance est simple et indivise4 ,point de diversit2 elle est identique et invariable4 ,comment donc admettre la pluralit1 la diversit des personnes8 ,comment une personne diffre-t-elle d'une personne1 sans diffrer de la ,trinit mme8 ,c'est une exposition difficile peut-tre1 impossible mme l'homme1 surtout quand on s'efforce de satisfaire la raison humaine1 et qu'on veut1 en examinant une chose pour en dterminer la proprit1 s'appuyer de la comparaison avec les proprits de la gnralit des choses4444 ,la nature divine n'loigne trop de toutes les autres natures qu'elle a formes1 pour que nous trouvions dans celles-ci des similitudes convenables4 ,les philosophes qui adoraient le ,dieu inconnu1 ont jug que sa nature dpassait tellement la pense humaine1 qu'ils n'ont os l'atteindre ni tent de la dfinir2 et le plus grand de tous1 ,platon1 n'ose dire ce qu'est ,dieu1 sachant seulement que les hommes ne peuvent savoir quel il est#bbc4 ,aussi quelques-uns1 voyant qu'on ne pouvait ni le concevoir ni l'exprimer1 l'ont-ils exclu du nombre des choses1 en sorte qu'ils ont sembl prtendre que ,dieu n'tait rien4 ,toute chose1 en effet1 est ou substance1 ou quelqu'une de ces choses gnrales qu'on appelle prdicaments4 ,or comment classer ,dieu8 ,aucune chose1 hormis les substances1 ne peut subsister par elle-mme2 seules les substances existent par elles-mmes1 seules elles persvreraient aprs la destruction du reste2 elles subsistent en un mot2 elles sont substances1 comme qui dirait subsistances4 ,naturellement elles sont antrieures aux choses qui assistent1 et non subsistent4 ,dieu1 le principe de l'tre1 ne saurait donc tre au nombre des choses qui ne sont pas substances4 ,mais la dialectique enseigne que le propre de la substance est d'tre1 en restant une et la mme1 susceptible d'un certain nombre de contraires1 ,comment cette proprit serait-elle compatible avec la nature de ,dieu1 aveu une nature invariable1 qui n'admet ni formes1 ni accidents8 ,la conclusion1 c'est qu'il ne faut point assimiler la majest suprme aux natures des choses distribues entre les dix catgories1 et que les rgles et les enseignements de la philosophie ne montent point jusqu' cette ineffable sublimit4 ,les philosophes doivent se contenter de s'enqurir des natures cres4 ,encore ne peuvent-ils suffire les comprendre et les discuter rationnellement4 ,si nous jugeons difficilement des choses qui sont sur la terre1 la porte de notre vue1 quel travail nous faudrait-il pour atteindre celles qui sont dans les cieux8 qui les y poursuivra8 ,tout le langage humain est conu pour les cratures2 cette partie d'oraison la plus essentielle de toutes1 le verbe1 suppose le temps1 qui commena avec le monde4 ,ainsi1 elle ne peut s'appliquer qu'aux choses temporelles4 ,lorsque nous disons que ,dieu est antrieur au monde1 ou qu'il existe avant les temps1 que signifient ces paroles1 prises dans un sens humain1 et comment dire que ,dieu a exist dans le temps pass avant que le temps n'existt8 ,appliques la nature unique de la divinit1 nos locutions doivent donc se prendre dans un sens singulier4 ,dieu1 qui surpasse tout1 peut bien surpasser le langage des nommes4 ,l'excellence de ,dieu est au-dessus de l'intelligence2 or1 c'est pour l'intelligence que les langues ont t faites4 ,comment s'tonner qu'tant au-dessus de la cause1 il soit au-dessus de l'effet8 ,comment s'tonner qu'il transgresse par sa nature les rgles et les exemples des philosophes1 lui qui souvent les casse par ses oeuvres8 car les miracles ne se conforment pas la physique d',aristote#bbd4 ,quoi donc8 celui qui1 au tmoignage de ,job1 ou plutt au tmoignage du ,seigneur1 est le seul qui proprement soit1 serait dmontr n'tre absolument rien1 selon la science des docteurs du sicle6444 ,remarquez1 mes frres et mes verbeux amis1 fratres et verbosi amici1 quelle dissonance existe entre les traditions divines et les traditions humaines1 entre les philosophes charnels et les philosophes spirituels#bbe1 les lettres sacres et les lettres profanes1 et ne condamnez pas en juges tmraires quand la foi prononce des paroles dont l'intelligence est inconnue vos sciences1 ,l'homme a invent la parole pour manifester ce qu'il comprenait1 et comme il ne peut comprendre ,dieu1 il n'a pas d oser le nommer de son vrai nom4 ,c'est pourquoi en ,dieu aucun mot ne semble conserver son sens originel4 ,tout ce qu'on dit de lui est envelopp de mtaphores et d'nigmes paraboliques4 ,mais les similitudes que nous employons ne nous peuvent jamais compltement satisfaire4 ,cependant nous essaierons l'oeuvre suivant nos forces1 pour nous dbarrasser de l'importunit des pseudo-dialecticiens2 nous aussi1 nous avons quelque peu effleur leurs sciences1 et nous nous sommes assez avanc dans leurs tudes pour avoir la confiance de pouvoir1 avec l'aide de ,dieu1 les satisfaire par les raisons humaines1 les seules qu'ils acceptent44444 ,nous leur apportons les similitudes les plus probables1 les prenant dans les arts qu'ils cultivent1 et les appropriant leurs objections#bbf4 ,note #bbb3 ,ubi nulla multitudo rerum1 imo penitus nulla multitudo1 nulla pluralitas1 nulla diversitas1 quomodo multitudo personarum nul ulla earum diversitas8 ,p4#ajgj4 ,note #bbc3 ,time1 ,,xxvii--,ab4 ,op41 ,introd41 p4 #ajbf1ajcb1ajcc et #ajdh4 ,note #bbd3 ,introd41 t4 ,,ii1 p4 #ajfg-ajgd4 ,tout ce passage est remarquable2 mais il la serait bien davantage si le fond des ides tait entirement neuf4 ,on verra au chapitre v qu',ablard invente loi trs-peu2 il a du reste t admis de tout temps en thologie que les distinction logiques ne s'appliquaient pas ou ne s'appliquaient qu'imparfaitement la nature de ,dieu4 ,ablard adopte cette thse d'une manire peu prs absolue1 et la rajeunit par des traits assez heureux4 ,elle est reste admise dans la scolastique47,p4 ,lombard41 ,sent41 t4 ,i1 dist4 ,,viii4--,s4 ,thom4 ,summ4 ,theol41 #a1 qu4 ,,iii4--,voyez aussi le ,sic et ,non1 p4 #cg74 ,note #bbe3 ,animales et spirituales philosophos4 ,la distinction de l'me et de l'esprit tait usite depuis les premiers sicles1 et les gnostiques1 pour dprcier les chrtiens1 les appelaient des hommes psychiques 7animales74 ,j'ai traduit par charnels pour tre mieux compris2 mais ce n'est pas le sens vritable1 7,introd41 p4 #ajge47 ,note #bbf3 ,ibid41 p4 #ajgf4 ,ici1 c'est--dire au chapitre ,,xii du livre ,,ii de l',introduction 7,ab4 ,op41 p4 #ajgg71 l'ouvrage recommence marcher de conserve avec l',epitome 7c4 xi1 p4 #ce72 mais quoiqu'il y ait analogie dans le fond des ides et souvent dans l'expression1 ce n'est plus un abrg du texte mme que l'on trouve dans l',epitome comme prcdemment4 #a ,on demande d'abord comment une substance ou essence une et permanente admet cette diversit de proprits qui constitue la ,trinit des personnes8 ,on peut tre diffrent de trois manires au moins4 ,il y a diffrence essentielle1 quand l'essence qui est ceci n'est pas cela1 comme un homme et une main2 diffrence numrique1 quand les essences sont spares de faon pouvoir s'additionner ensemble1 et qu'on peut les compter4 ,enfin1 la diffrence de proprit on de dfinition est celle de deux choses qui1 bien que dans la mme essence1 ont en propre1 l'une ceci1 l'autre cela1 et doivent tre exprimes chacune par sa dfinition propre4 ,la dfinition est propre1 quand elle exprime ce que la chose est intgralement2 ainsi1 le corps est la substance corporelle4 ,maintenant il y a des choses qui diffrent ainsi et qui cependant ne peuvent tre opposes l'une l'autre dans une division rgulire4 ,dans l'animal1 le raisonnable et le bipde diffrent de proprit ou de dfinition2 et cependant on ne dit point3 les animaux sont ou raisonnables1 ou bipdes2 la mme essence tant ou pouvant tre raisonnable et bipde4 ,de mme 7et tout ceci est emprunt ,boce71 la proposition1 la question1 la conclusion ont une dfinition propre1 et la dialectique les distingue par leurs proprits2 cependant elles ne sont qu'une1 en ce sens que ce que l'on pose1 ce que l'on traite et ce que l'on conclut1 sont on peuvent tre une seule et mme proposition#bbg4 ,on peut donc trs-bien concevoir une chose qui soit et demeure une essentiellement et numriquement1 et dans laquelle se trouvent des proprits constituant une diffrence1 non pas numrique1 mais de dfinition1 et telle que les mmes choses reoivent des noms diffrents2 car c'est une rgle de dialectique3 ,les choses dont les termes diffrent sont diffrentes1 ,par exemple1 un homme est substance1 corps1 anim1 sensible1 puis raisonnable et mortel1 puis il peut tre blanc1 crpu1 et sujet mille accidents1 et malgr tant de diffrences de proprits qui supposent autant de dfinitions diffrentes1 il est numriquement et essentiellement le mme4 ,il peut mme encore1 en sus de ces prdicats1 tre le sujet de diverses relations2 par exemple1 pre et fils4 ,de mme1 en ,dieu1 quoique ,pre1 ,fils et ,saint-,esprit aient la mme essence1 autre est la proprit du ,pre en tant qu'il engendre1 autre la proprit du ,fils en tant qu'il est engendr1 autre celle du ,saint-,esprit en tant qu'il procde4 ,observez qu'on ne dit pas qu'il y ait une similitude complte1 mais qu'on en peut induire une partielle3 autrement1 on ne parlerait pas de similitude1 mais d'identit4 ,note #bbg3 ,cf4 ,theol4 ,christ41 t4 ,,iii p4 #abha4 ,on a signal ces passages comme tant de ceux qui annulent le mystre de la ,trinit1 en rduisant les trois personnes qui les composent des points de vue d'une mme chose4 ,la reproche1 qui peut dire juste dans l'ensemble1 n'est pas ici parfaitement ,applicable4 ,dans cet endroit1 l'on ne veut prouver qu'un point trs-gnral2 c'est que la diffrence de dfinition ou de proprit n'exclut pas l'identit d'essence2 et on en donne des exemples1 mais non comme quivalents1 ou mme comme similitudes de la ,trinit4 ,on verra plus tard si ,ablard rduit en effet la diffrence des personnes divines tre une diffrence de ,dfinition du mme sujet1 ni plus ni moins1 et enfin si ses comparaisons sont prsentes comme des assimilations4 7,cousin1 ,ouvr1 ind41 ,introd41 p4 cxcviii4--,voyez ci-aprs c1 iv47 #b ,autre analogie4 ,les grammairiens distinguent trois personnes1 la premire qui parle1 la seconde qui l'on parle1 la troisime dont on parle2 c'est une diffrence de proprits4 ,la premire personne est comme le principe1 l'origine et la cause de toutes les autres2 la premire et la seconde sont le principe de la troisime4 ,en effet1 il faut une premire personne qui parle1 pour qu'il y en ait une seconde qui l'on parle1 et sans les deux premires1 comment y en aurait-il une troisime de qui elles parlent8 ,cependant le mme tre peut tre tour tour et simultanment les trois personnes1 bien qu'en tant que personne grammaticale l'une ne soit pas l'autre4 #c ,les choses en gnral se composent de matire et de forme4 ,l'airain1 par exemple1 est une chose dont l'opration d'un artiste fait un sceau1 en y ciselant l'image royale1 et le sceau s'imprime dans la cire pour sceller les lettres4 ,l'airain est la matire1 la figure royale est la forme4 ,le sceau est essentiellement airain1 mais les proprits de l'airain et du sceau sont si diffrentes que le propre de l'un n'est pas le propre de l'autre1 et malgr une mme essence1 on doit dire que le sceau est d'airain et non l'inverse3 l'airain est la matire du sceau1 non le sceau celle de l'airain2 l'airain d'ailleurs ne peut tre la matire de lui-mme1 quoiqu'il soit celle du sceau1 qui lui-mme est airain4 ,le sceau1 une fois fait1 est propre sceller1 quoiqu'il ne scelle pas actuellement4 ,lorsqu'il s'imprime dans la cire1 il y a dans la cire trois choses diverses de proprit1 savoir3 l'airain1 le sceau1 ou ce qui est propre sceller 7sigillabile71 et le scellant 7sigillans72 le propre sceller1 ou le sceau1 est fait d'airain1 et le scellant rsulte de l'airain et du sceau4 ,toutes ces proprits diverses sont dans une mme essence4 ,en rapportant1 dit ,ablard1 ces distinctions en de justes proportions la ,trinit1 nous pouvons rfuter1 par les raisonnements philosophiques1 les pseudo-philosophes qui nous infestent4 ,comme le sceau d'airain est d'airain1 comme il est en quelque sorte engendr de l'airain1 ainsi le ,fils tient l'tre de la substance de ,dieu le ,pre et c'est pour cela qu'il est dit engendr4 ,on a vu que toute sagesse est puissance1 puissance de rsister ou d'chapper l'ignorance et l'erreur2 ainsi la sagesse est une certaine puissance1 comme le sceau d'airain est un certain airain4 ,suivant cette similitude1 la sagesse tient son tre de la puissance comme le sceau de l'airain1 comme l'espce du genre1 le genre tant comme la matire de l'espce4 ,le sceau exige ncessairement que l'airain existe1 la sagesse divine1 exige ncessairement que la puissance existe2 mais pour les deux cas1 la rciproque n'est pas vraie4 ,comme l'airain1 en effet1 sert au sceau et d'autres choses1 la puissance sert discerner1 mais aussi oprer1 et comme le sceau d'airain est dit tre de la substance ou de l'essence de l'airain1 puisqu'il est un certain airain1 la divine sagesse est dite de la substance de la divine puissance1 puisqu'elle est une certaine puissance1 ce qui revient dire que le ,fils est de la substance du ,pre ou qu'il est engendr par lui4 ,les philosophes disaient1 en effet1 que l'espce est engendre ou cre du genre en ce sens qu'elle en tient l'tre2 il ne s'ensuit pas ncessairement que le genre prcde ses espces dans le temps ou par l'existence1 car jamais le genre n'arrive l'existence qu'en quelque espce2 il n'y a point d'animal qui existe sans tre ou raisonnable ou dnu draison4 ,il est de la nature de certaines espces d'exister simultanment avec leurs genres1 comme la quantit et l'unit1 ou le nombre et le binaire#bbh2 de mme1 la sagesse divine1 quoiqu'elle tienne tout de la divine puissance1 n'a point t prcde par elle1 ,dieu ne pouvant aucunement tre sans sagesse4 ,note #bbh3 ,dialect41 para4 ,i1 ,i4 ,,ii1 p4 #agh et #ahh4 ,on a galement compar la ,trinit au soleil1 qui n'est ni la splendeur ni la chaleur1 la splendeur tant comme le ,fils1 la chaleur comme le ,saint-,esprit1 et ,ablard pense que pour dsigner la ,trinit1 ,platon s'est servi de cette comparaison#bbi4 ,mais comme1 suivant les philosophes1 ce n'est pas la substance mme du soleil qui est sa splendeur et sa chaleur1 et comme la chaleur ne vient pas la fois du soleil et de la splendeur1 cette comparaison n'est pas suffisamment exacte4 ,il y a une comparaison plus familire qu',anselme de ,cantorbery a prise saint ,augustin#bcj1 celle de la source1 du ruisseau et du lac4 ,mais cette similitude est dfectueuse par rapport a l'identit de substance des trois personnes3 l'eau de la source1 du ruisseau et du lac n'est la mme que successivement1 et aucune succession de temps ne peut tre admise entre les personnes ternelles de la ,trinit#bca4 ,note #bbi3 ,je ne vois pas cette comparaison dans le ,time2 mais elle est frquente dans les ,alexandrins4 ,note #bcj3 ,s4 ,aug41 ,de fid4 et se ,symb41 c4 ,,viii4--,s4 ,ans41 op4 ,lib4 de fid4 ,trin41 c4 ,,viii1 p4 #dh4 ,note #bca3 ,introd41 p4 #ajgg-ajhd4 ,cf4 ,theol4 ,christ41 t4 ,,iv1 p4 #acaj4 ,a la gnration du ,fils il faut maintenant comparer la procession4 ,le ,saint-,esprit1 c'est la bont2 la bont ou charit n'est pas en ,dieu puissance ou sagesse4 ,elle suppose deux termes1 nul n'a de charit envers soi-mme4 ,dieu procde1 c'est--dire s'tend en quelque sorte par l'amour vers ce qu'il aime4 ,aussi1 quoique le ,fils soit du ,pre autant que le ,saint-,esprit1 l'un est engendr1 l'autre procde2 la diffrence1 c'est que celui qui est engendr est de la substance du ,pre1 la sagesse tant une certaine puissance1 tandis que l'affection de la charit appartient plus la bont de l'me qu' sa puissance44444 ,quoique beaucoup de docteurs ecclsiastiques soutiennent que le ,saint-,esprit est aussi de la substance du ,pre1 e'est--dire qu'il est tellement par le ,pre qu'il est de seule et mme substance avec lui1 il n'est pas proprement de la substance du ,pre2 on ne doit parler ainsi que du ,fils#bcb4 ,l',esprit1 quoique de mme substance avec le ,pre et le ,fils1 d'o la ,trinit est dite homousios1 c'est--dire d'une seule substance1 n'est pas1 proprement parler1 de la substance du ,pre ou du ,fils1 il faudrait qu'il en ft engendr1 et il en procde seulement#bcc4 ,note #bcb3 ,la distinction est un peu ardue41 ,le ,saint-,esprit a la mme substance que le ,pre1 ,grec3 omoousion1 il procde de la substance du ,pre1,grec3 ek ts ousias tou patros444 ekporenomenon 7,damasc41 ,de ,fid41 t4 ,i1 c4 ,,viii47 ,cependant il n'est pas de la substance du pre1 ,grec3 ek ts ousias2 il est substantiae non ex sustantia ,la vertu de la particule1 ,grec3 ek est rserve celui qui est engendr1 au ,fils4 ,c'est l une subtilit verbale et gratuite4 ,saint ,bernard s'en est indign2 et le ,p4 ,pelau la condamne4 7,dogm4 ,theol41 t4 ,,ii1 ,i4 ,,vii1 c4 ,,xiii1 p4 #gcf47 ,il dit au reste que c'est une des erreurs reproches ,origne4 ,note #bcc3 ,introd41 ,t4 ,,ii1 p4 #ajhj4 ,ablard insiste fortement sur la diffrence de la procession la gnration4 ,mais si la gnration n'a jamais t applique au ,saint-,esprit1 la procession l'a t au ,fils4 ,selon saint ,thomas d',aquin1 il y a deux processions dans la ,trinit1 le ,fils et le ,saint-,esprit procdent4 7,sam4 ,theol41 ,i1 quaest1 ,,xxviii47 ,les deux citations directes que l'on donne l'appui1 sont pour le fils3 ,ego ex ,deo processi 7,johan4 ,,viii1 #db71 et pour le ,saint-,esprit3 ,spiritum veritatis qui a patre procedit 7id4 xv1 #bf74 ,mais pour processi le grec porte ,grec3 exlzon et pour procedit1 ,grec3 ekporsustai ,je suis sorti1 dit ,sacy dans un cas2 le ,saint-,esprit qui procde1 dit-il dans l'autre4 ,il ne semble donc pas que dans la phrase o le ,fils parle de lui-mme1 le mot processi doive avoir le sens spcial et sacramental que la thologie attache la procession du ,saint-,esprit4 ,si en effet la procession tait commune deux personnes de la ,trinit1 elle serait le genre1 et la gnration serait l'espce1 et la difficult s'accrotrait de distinguer l'un de l'autre4 ,il vaut mieux tenir pour distinctes la gnration et la procession1 et qu'elles soient les deux espces d'un genre inconnu4 ,il est dit que le ,saint-,esprit procde du ,pre et du ,fils1 parce que toute volont de bont et d'amour dans la divinit entrane le pouvoir de faire et de bien faire ce qu'elle veut1 ou la puissance et la sagesse4 ,le sceau tient l'tre de l'airain1 et le scellant de l'airain et du sceau2 mais le sceau est surtout dans la forme de l'image qui y est grave4 ,ainsi le ,fils seul est dit tre dans la forme de ,dieu1 et la figure de sa substance #bcd1 en l'image mme du ,pre2 il lui est uni d'une telle parent1 pour ainsi dire1 qu'il est non-seulement de mme substance1 mais de sa substance mme4 ,puis1 comme le sceau procde1 c'est--dire entre dans un autre1 ou s'imprime dans un corps mou pour lui donner la forme de l'image qui tait dj dans sa substance1 le ,saint-,esprit se communique nous par la distribution de ses dons1 et il y reforme l'image efface de ,dieu #bce4 ,note #bcd3 ,jsus-,christ1 dit saint ,paul1 qui ayant la forme et la nature de ,dieu1 ,grec3 en morph ,theou1 n'a point cru que ce ft pour lui une usurpation d'tre gal ,dieu4 7,phil4 ,,ii1 #f4 ,trad4 de ,sacy47 ,bergier veut qu'on traduise3 tant une personne divine4 7,art4 ,trinit1 sec4#a47 ,quant ces mots1 figura substantiae ejus 7,hb4 ,i1 #c471 ,bossuet les traduit ainsi3 ,le fils de de ,dieu est le caractre et l'empreinte de sa substance4 ,et il en induit la comparaison avec l'empreinte du sceau grave dans la cire4 7lv4 sur les ,myst41 sem ,,ii1 lv4 ,,iii47 ,note #bce3 ,ablard dans le texte rsume ici en termes formels et scientifiques la comparaison avec le sceau d'airain4 ,il en rsulte qu'ainsi que le matri est de sa matire et que le sceau est d'airain1 la sagesse divine tient l'tre de la puissance divine1 ex divina potentia esse habet 7p4 #ajhh72 en sorte qu'il y a identit de substance1 mais non de proprit1 entre les deux personnes4 ,on peut donc et on ne peut pas dire3 le ,pre est le ,fils1 le ,fils est le ,pre1 comme on peut dire que le sceau est airain1 sigillum est res1 et l'inverse2 il ne faut seulement que bien s'entendre4 ,au reste ce point nous parat plus sagement trait dans la thologie chrtienne 7t4 ,,iv1 p4 #acaa74 ,les ,grecs1 pour nier la double procession1 s'appuient sur ces mots de l'criture3 ,l',esprit qui procde du ,pre4 7,jean1 xv1 #bf47 ,rien de plus4 ,mais tout ce qu'il faut croire n'est pas dans les livres canoniques2 on n'y lit point que les personnes de la ,trinit soient coternelles et cogales1 et que chacune d'elles soit ,dieu2 on n'y lit point que ,pilate s'appelt ,ponce1 ou que l'me du ,christ ft descendue aux enfers4 ,beaucoup de choses ncessaires la foi ont t depuis l'vangile ajoutes par les aptres et les hommes apostoliques2 par exemple1 la virginit de la mre du ,seigneur perptuellement conserve aprs la naissance du ,christ#bcf4 ,le dogme catholique de la double procession n'est pas dnu d'autorits graves1 mois rappelez-vous seulement cette thorie philosophique de ,platon3 ,dieu est semblable un grand artiste1 il prmdite tout ce qu'il fait1 et sa pense devance son oeuvre4 ,dans l'esprit divin sont ces ides1 types et modles qu'il ralise ensuite1 ses ouvrages n'tant que l'accomplissement des conceptions de l'intelligence divine2 or tout accomplissement1 tout effet appartient au ,saint-,esprit4 ,l',esprit procde donc du ,fils1 puisque les oeuvres de la bont de ,dieu doivent d'abord avoir pass par sa providence ternelle4 ,ainsi ,dieu est la premire cause1 il tire de lui-mme son intelligence ou son ,verbe1 et de ,dieu et du ,verbe procde l'me4 ,l',esprit1 ,spiritus1 vient comme une spiration universelle1 toute me1 anima1 anime2 aussi est-il dit que le ,saint-,esprit vivifie2 il est l'me des mes1 il est l'esprit ternel qui anime dans le temps1 qui anime le monde2 il est ainsi l'me temporelle du monde4 ,platon et les siens1 ne considrant l'esprit que comme me1 ont cru qu'il tait cr et non pas ternel4 ,saint ,jean lui-mme dit que le ,verbe a tout fait1 tout cr1 sans mentionner le ,saint-,esprit2 il semble ne rserver l'ternit qu' ,dieu et au ,verbe1 nouvelle preuve de ce qu'a remarqu saint ,augustin que le commencement de son vangile est tout rempli de la langue platonicienne#bcg4 ,note #bcf3 ,cette remarque sur la diffrence de la foi de l'glise la foi vanglique pourrait avoir de grandes consquences4 ,mais cette poque on tait si loin de tirer de l'examen les consquences de l'incrdulit que ce message ,n'a point t relev par les censeurs4 ,quant aux exemples cits1 nous devons dire que le texte de l'criture concorde avec le dogme1 se prte l'enseignement de l'glise sur la ,trinit plutt qu'il n'tablit ce dogme formellement et in terminis2 et c'est ce que veut dire ,ablard4 ,il se ,trompe relativement ,pilate4 ,si son prnom manque dans trois vanglistes1 on le trouve dans saint ,mathieu 7xxvii1 #b74 ,quant a la descente de ,jsus-,christ aux enfers1 elle est atteste par le ,symbole2 mais l'vangile n'en parle pas4 ,on l'induit seulement de deux versets de la premire ptre de saint ,pierre3 ,dieu tant mort en sa chair1 mais tant ressuscit par l'esprit1 par lequel aussi il alla prcher aux esprits qui taient retenus en prison1 7ni1 #ah et #ai47 ,quant la virginit perptuelle de ,marie1 aprs la naissance ,du ,sauveur1 l'criture se tait4 ,les protestants ont mme soutenu que le texte de certains passages y tait contraire4 ,mais c'est un point que l'glise a dcid il y a longtemps1 contre les bionites4 ,note #bcg3 ,l'opinion de ,platon sur l'me du monde est exprime dans le ,time3 ,dieu mit l'intelligence dans l'me1 l'me dans le corps1 et il organisa l'univers de manire ce qu'il ft par sa constitution mme l'ouvrage ,le plus beau et le plus parfait4 ,ainsi on doit admettre comme ,vraisemblable que ce monde est un animal vritablement dou d'une me et d'une intelligence par la providence divine4 7,trad4 de ,cousin1 t4 ,,xii1 p4 #abj1 voyez aussi p4 #abe1 #abh1 #acd1 #aif47 ,l'ide de considrer la doctrine de l'me du monde comme un pressentiment ou mme une expression du dogme du ,saint-,esprit n'est pas nouvelle4 ,eusbe1 qui un des premiers a compar a la ,trinit chrtienne la trinit platonique1 croit que la troisime personne de celle-ci est l'me du monde 7,proep4 evangel4 ,,ii74 ,frerichs dit que l'opinion d',ablard se trouva dj dans ,thophile d',antioche 7,ad ,amolyc41 ,i1 #h4---;,commentat4 de ,ab4 ,doct41 p4 #ag74 ,bde la rappelle sans la condamner 7,elem4 philos41 ,i4--,op4 omn41 t4 ,,ii1 p4 #bjh74 ,voyez sur tout cela les notes sur le ,time de ,m4 ,h4 ,martin 7t4 ,i1 note #bb1 et t4 ,,ii1 note #bi74 ,au reste ,ablard1 comme on l'a dj vu 7t4 ,i1 p4 #dje71 a rtract formellement cette opinion 7,dial41 p4 #dge71 et c'est encore une preuve que l',introduction est antrieure la ,dialectique4 ,dans la ,thologie chrtienne1 l'adoption de la pense de ,platon comme identique la foi dans le ,saint-,esprit est encore plus explicite 7l4 ,i1 p4 #aage1 #aahg4--l4 ,,iv1 p4 #accf74 ,dans l',hexameron1 le ,saint-,esprit est prsent1 non comme l'me du monde1 mais comme le principe d'o vient toute me1 d'o vient tout ce qui anime les tres vivants4 ,c'est ,dieu en tant que crateur de l'animation 7,hexam41 p4 #acfg74 ,et telle tait bien la pense d',ablard2 mais1 ne se rendant pas un compte fort exact de cette pense1 il n'en professait pas moins du fond du coeur la foi en la divinit du ,saint-,esprit4 ,le ,saint-,esprit tant conu comme l'amour envers les cratures1 et celles-ci n'tant pas ncessaires1 on a pu craindre qu'un doute s'levt sur la ncessit de l'existence du ,saint-,esprit2 de l cette opinion plausible que le ,pre aime le ,fils1 que le ,fils aime le ,pre1 et que de cette charit ineffable et mutuelle rsulte le ,saint-,esprit4 ,mais quand les cratures ne seraient pas ncessaires1 l'amour de ,dieu pour elles le serait comme tant dans sa nature3 sa bont est un attribut indfectible4 ,cela suffit4 ,sans tre ni moindre ni plus grande1 elle est parfaite1 et ,ton ne saurait admettre que le ,pre donne son amour au ,fils et le ,fils au ,pre3 rien ne peut tre donn celui qui rien ne peut manquer#bch4 ,note #bch3 ,introd41 p4 #ajhi-aajb4--;,cette fin du livre ,,ii de l',introduction rpond celle du chap4 ,,xix de l'epitome 7p4 #ea74 ,le troisime livre de l',introduction la ,thologie a pour objet d'approfondir la connaissance de la divinit1 en claircissant tous les points difficiles par les raisons les plus vraisemblables et les plus dignes 7honestissimis71 afin que la perfection du souverain bien1 mieux connue1 inspire un plus vif amour4 ,jusqu'ici nous avons dfendu notre profession de foi1 il faut maintenant la dvelopper4 ,i4 ,mais d'abord la sublimit divine peut-elle tre l'objet des recherches de l'humaine raison1 et le ,crateur peut-il par elle se faire connatre de sa crature8 ou bien faut-il que ,dieu se manifeste par quelque signe sensible1 soit en envoyant un ange1 soit en apparaissant sous la forme d'un esprit8 ,c'est1 en effet1 ainsi que le ,crateur invisible s'est visiblement rvl dans le paradis terrestre4 ,mais le propre de la raison est de franchir le sens1 d'atteindre les choses insensibles2 plus une chose est de nature subtile et suprieure au sens1 plus elle est du ressort de la raison et doit provoquer l'tude de la raison4 ,c'est par la raison principalement que l'homme est l'image de ,dieu1 et il n'est rien que la raison doive tre plus propre concevoir que ce dont elle a reu la ressemblance4 ,il est facile de conclure des semblables aux semblables1 et chacun doit connatre aisment par l'examen de soi-mme ce qui a une nature semblable la sienne4 ,si d'ailleurs le secours des sens parat ncessaire1 si l'on veut s'lever du sensible l'intelligible1 reste le spectacle admirable de la cration et de l'ordonnance universelle4 la qualit de l'ouvrage1 nous pouvons juger de l'industrie de l'ouvrier absent4 ,,ii4 ,le gouvernement du monde1 qui atteste l'existence de ,dieu1 prouve galement son unit2 c'est ce qui ressort de l'harmonie de l'ensemble4 ,dieu est le souverain bien1 le souverain bien est ncessairement unique2 ,dieu est conu comme parfait1 c'est--dire qu'il suffit tout par lui-mme1 ou qu'il est tout-puissant2 or1 s'il suffit1 un autre crateur ou recteur serait superflu4 ,qu'on ne dise pas que si le bien est bien1 la multiplication du bien est mieux1 et qu'ainsi ,dieu tant le souverain bien1 il vaut mieux qu'il soit multiple qu'unique2 cela conduirait une infinit de dieux1 infinit qui chapperait alors la science de ,dieu mme4 ,il cesserait d'tre le bien suprme1 car il y aurait quelque chose de plus grand que lui3 la multitude des dieux serait au-dessus d'un de ces dieux4 ,la raret en toute chose ajoute au prix1 et il y a plus de gloire tre unique4 ,c'est une des conditions de la perfection de ,dieu que sa singularit4 ,a ces motifs1 il faut ajouter les raisons morales1 ce qu',ablard appelle les raisons honntes2 elles valent mieux que les raisons ncessaires1 car ce qui est honnte nous plat et nous attire4 ,la conscience suggre tous qu'il vaut mieux que tout soit gouvern par une intelligence que par le hasard4 ,quelle sollicitude nous resterait-il pour les bonnes oeuvres1 si nous ne savions qu'il existe1 ce ,dieu que nous vnrons par la crainte et l'amour8 ,quelle esprance refrnerait la malice des puissants ou les pousserait bien faire1 si la croyance dans le plus juste et le plus puissant de tous les tres tait vaine8 ,accordons que des arguments d'une vrit ncessaire nous fissent dfaut pour fermer la bouche l'incrdule opinitre1 ne serions-nous pas en droit de l'accuser d'une odieuse impudence8 car il resterait du moins qu'il ne peut dtruire ce qu'il attaque1 et qu'il a contre lui l'honntet et l'utilit4 ,d'un ct1 point de dmonstration rigoureuse1 soit1 mais de nombreuses raisons2 et de l'autre ct1 pas une raison4 ,si vous en croyez l'autorit des hommes quand il s'agit de choses occultes1 de ces rgions du ciel que vous ne pouvez explorer par l'exprience1 si vous vous croyez alors certains de quelque chose1 pourquoi ne pas cder la mme autorit1 quand il s'agit de ,dieu1 l'auteur de tout#bci8 ,note #bci3 ,introd41 t4 ,,iii1 p4 #aajb-aajh4 ,,iii4 ,le ,dieu unique est tout-puissant2 mais s'il est tout-puissant1 d'o vient qu'il ne peut pas tout8 ,nous pouvons des choses qu'il ne peut pas2 nous pouvons marcher1 parler1 sentir1 toutes choses qui ne sont pas dans la nature de ,dieu1 puisque sa substance est incorporelle4 ,mais d'abord toutes ces choses1 qui ne servent ni l'avantage ni la dignit1 attestent-elles une puissance vritable8 ,est-ce impuissance de ,dieu que de ne pouvoir pcher comme nous8 ,l'homme peut marcher1 parce qu'il en a besoin4 ,cette facult manifeste en nous un dfaut plutt qu'une puissance2 d'ailleurs tout ce que nous faisons ne doit-il pas tre attribu la puissance de celui qui se sert de nous comme d'instruments et fait en quelque sorte tout ce qu'il nous fait faire8 ,ainsi1 quoiqu'il ne puisse marcher1 il fait que nous marchions2 il peut donc tout1 non qu'il puisse excuter toutes les actions1 mais parce que s'il veut qu'une chose se fasse1 rien ne peut rsister sa volont4 ,toutefois1 si l'on admet qu'il fait tout ce qu'il veut1 comme il veut que tous les hommes soient sauvs 7,i ,tim1 ,,ii1 #d71 il faut professer le salut universel4 ,c'est qu'il a deux manires de vouloir3 il veut dans l'ordre de sa providence1 et alors il dlibre1 dispose1 institue ce qui postrieurement s'accomplit2 ou bien il veut sous la forme de l'exhortation et de l'approbation1 c'est--dire qu'il instruit les hommes des choses que par sa grce il rcompense2 ainsi il les exhorte au salut1 mais peu lui obissent4 ,il veut la conversion du pcheur1 c'est--dire qu'il lui fait connatre ce qu'il veut rcompenser2 il promet sa grce1 il annonce les chtiments1 il rvle sa volont et nous laisse le soin de l'accomplir4 ,dieu peut-il plus et mieux qu'il ne fait8 ,les choses qu'il fait1 pourrait-il renoncer les faire8 ,l'affirmative ou la ngative nous expose de grandes anxits2 la premire terait beaucoup sa souveraine bont3 s'il ne fait pas un bien qu'il peut faire1 ou s'il renonce un bien qu'il devait faire1 il est jaloux ou injuste4 ,mais la parfaite bont de ,dieu est hors de question1 d'o la consquence que tout ce que fait ,dieu est aussi bon que possible4 ,il n'est rien qu'il ne fasse ou qu'il n'omette1 si ce n'est pour une cause excellente et raisonnable1 encore qu'elle nous soit inconnue2 il fait une chose1 non parce qu'il la veut1 mais il la veut parce qu'elle est bonne4 ,il n'est point de ceux dont il est crit3 ,hoc volo1 sic jubeo1 sit pro ratione voluntas4 ,ce qu'il fait ou ce qu'il abandonne1 il y a une juste cause de le faire ou de l'abandonner2 d'o il rsulte que ce qu'il fait il faut qu'il le fasse1 c'est--dire qu'il est juste de le faire1 et ce qu'il est juste de faire1 il serait injuste de ne le pas faire4 ,quand il s'agit de ,dieu1 l o n'est pas le vouloir manque le pouvoir4 ,dieu tant de nature immutable1 immutable est sa volont2 il en rsulte que ,dieu ne peut faire que ce qu'il fait4 ,de l quelques difficults4 ,en effet un homme qui doit tre damn peut tre sauv4 ,s'il ne le pouvait1 c'est--dire s'il ne pouvait faire les choses qui lui vaudraient le salut1 il ne serait plus responsable2 ,dieu ne lui aurait point prescrit ce qu'il ne pourrait excuter2 mais si1 grce ses oeuvres1 il peut tre sauv1 force est de reconnatre que ,dieu peut sauver celui qui pourtant ne doit jamais tre sauv4 ,pensez-vous1 disait ,notre-,seigneur ses aptres1 que je ne puisse pas prier mon ,pre1 et qu'il ne m'enverrait pas aussitt douze lgions d'anges#bdj8 ,cette parole signifie que ,dieu le pourrait s'il le voulait1 mais il ne l'aurait voulu1 et le ,christ ne l'aurait demand que si c'et t juste et raisonnable4 ,ne concluez donc pas que ,dieu puisse faire ce qu'il ne fait jamais2 ce qu'il ne fait jamais est chose qu'il ne faut pas faire4 ,s'il n'empche pas le mal1 est-ce dire qu'il consente au pch8 non1 c'est qu'il est bon que le mal mme ait lieu2 n'est-il pas ncessaire que les scandales arrivent8 ,j'estime donc1 bien que cette opinion ait peu de sectateurs1 bien qu'elle s'carte beaucoup de certains passages des saints1 et mme un peu de la raison1 que ,dieu ne peut faire que ce qu'il convient qu'il fasse1 et de ce qu'il convient qu'il fasse1 il n'y a rien qu'il omette de faire2 d'o il rsulte qu'il ne peut faire que ce qu'il fait rellement4 ,note #bdj3 ,math4 xxvi1 #ec4 ,cette citation est usite dans cette question4 ,elle sert de texte ,fnelon pour combattre dans ,malebranche des ides qui rappellent celles d',ablard4 7,ref4 du ,syst4 du ,p4 ,malebranche1 c4 v47 ,probablement l'exemple avait dj t cit par saint ,augustin4 ,on oppose que nous1 qui lui sommes si infrieurs en puissance1 nous pouvons faire ce que nous ne faisons pas1 abandonner ce que nous faisons4 ,mais assurment nous vaudrions mieux1 si nous ne pouvions faire que ce que nous devons faire4 ,pourtant la puissance de mal faire ou de pcher ne nous a pas t donne sans motif2 c'tait pour que la gloire de ,dieu part davantage1 la gloire de ne pouvoir pcher2 c'tait pour qu'en fuyant le pch1 nous fissions honneur1 non notre nature1 mais sa grce secourable4 ,quant au salut toujours possible1 avouons qu'en effet celui qui doit tre damn peut en effet toujours tre sauv4 ,il le peut1 lui1 par sa nature1 qui n'est pas immutable2 l'homme peut consentir son salut comme sa damnation4 ,mais ne disons pas que ,dieu peut toujours le sauver1 parce qu'alors la possibilit serait relative la nature de ,dieu1 et ce serait dire que le salut du pcheur ne lui rpugne pas4 ,quand vous dites qu'un bruit peut tre entendu1 cela ne veut pas dire que quelqu'un soit l qui pourrait l'entendre4 ,tous les hommes seraient sourds1 aucun homme n'existerait1 que tel bruit donn pourrait tre entendu2 mais il n'en rsulte pas qu'un individu quelconque le pt entendre4 ,et ici ne s'applique pas la rgle des philosophes que si le consquent est impossible1 c'est que l'antcdent l'est aussi#bda4 ,cela est vrai des choses cres1 comme en gnral tontes les rgles de dialectique4 ,ce qui est possible est ce qui ne rpugne point la nature des cratures2 mais les mmes notions de possibilit ou d'impossibilit ne s'appliquent point au ,crateur4 ,ce semble la mme chose de dire qu'il est juste que le juge punisse un individu ou que cet individu soit puni par le juge2 mais nullement1 la justice n'est pas la mme dans les deux cas4 ,il se peut qu'il soit juste que le juge punisse1 c'est--dire qu'il le doive d'aprs la loi1 mais qu'il ne soit pas juste que l'homme soit puni2 si1 par exemple1 telle ou telle circonstance1 comme serait un faux tmoignage1 est cause que sa punition ne soit pas mrite4 ,de mme on peut dire d'un pcheur3 il est possible qu'il soit sauv par ,dieu1 et il est impossible que ,dieu le sauve4 ,note #bda3 ,voyez ci-dessus1 t4 ,,ii1 c4 ,,iv1 t4 ,i1 p4 #dac4 ,ici1 il est vrai1 nat une objection contre la ,providence1 c'est--dire contre la volont de ,dieu l'gard des cratures3 si ,dieu n'a pu tre sans ce qu'il a en soi de toute ternit1 les choses qu'il a voulues sont arrives ncessairement4 ,distinguons encore les deux possibilits4 ,dire que ,dieu1 par sa propre nature1 a ncessairement l'attribut d'une providence universelle1 parce que cet attribut lui convient souverainement1 ce n'est pas dire que les choses soient d'une telle nature qu'elles ne puissent absolument pas ne pas tre4 ,quant l'objection qu'alors aucunes grces ne lui sont dues1 puisqu'il agit par ncessit1 non par volont1 cette ncessit1 qui est sa nature ou plutt sa bont mme1 n'est pas sparable de sa volont2 elle n'est point une contrainte4 ,son immortalit mme est aussi une ncessit de sa nature3 est-elle donc en opposition avec sa volont8 est-elle une contrainte8 ne veut-il pas tre tout ce qu'il est ncessaire qu'il soit8 ,s'il agissait contre sa volont1 sans doute alors aucunes grces ne lui seraient dues4 ,mais de ce que sa bont est telle qu'il se porte1 non malgr lui1 mais spontanment1 faire ce qu'il fait1 il n'en doit tre que plus aim1 que plus glorifi4 ,serions-nous dispenss de gratitude envers l'homme qui nous aurait secourus1 parce que sa bont serait telle qu'en nous voyant dans l'affliction1 il n'aurait pu s'empcher de nous secourir8 ,ainsi1 ,dieu ne peut faire que ce qu'il fait1 de la manire et dans le temps qu'il le fait4 ,il n'est pas mme exact de dire qu'il choisisse la manire de faire la plus convenable2 il ne choisit pas2 sa bont serait imparfaite si en tout sa volont n'tait la meilleure4 ,il ne faut pas non plus prtendre que ,dieu puisse dans un temps une chose qu'il ne peut faire dans un autre1 et que sa toute-puissance ne soit pas gale tous les moments4 ,si l'on applique cette dtermination du temps au faire1 non au pouvoir1 soit4 ,un homme peut marcher1 c'est--dire qu'il a en soi la facult de marcher1 lorsqu'il nage1 mais pourtant il ne peut marcher dans l'eau4 ,ainsi1 ,dieu a le pouvoir de s'incarner1 et il n'en est pas priv1 quoiqu'il ne l'exerce pas1 et qu'il n'en puisse user1 en ce sens qu'il ne convient pas qu'il en use actuellement4 ,il peut toujours ce qu'il peut quelquefois1 si l'on entend par l qu'il est immutable en tout4 ,il a su autrefois que je natrais un jour1 on ne peut dire qu'il sache aujourd'hui que je natrai un jour1 puisque je suis n4 ,s'ensuit-il qu'il ne sache plus ce qu'il savait autrefois8 ,sa science est la mme1 il n'y a que les mots qui changent pour l'exprimer4 ,le mme jour s'appelle successivement demain1 aujourd'hui1 hier4 ,dieu ne sait point le pass1 comme pass1 tant que le pass est avenir1 ni l'avenir1 comme avenir1 quand il est le pass3 mais cela ne veut pas dire que sa science s'accroisse ou diminue avec le temps4 ,il en est de mme de sa puissance4 ,dire avant3 il est possible que ,dieu s'incarne2 dire aprs3 il est possible qu'il se soit incarn1 ce n'est point parler d'un fait diffrent ni d'une possibilit diffrente1 mais d'une mme chose1 d'abord au futur1 ensuite au pass4 ,ainsi1 pas plus que la science et la volont1 la possibilit ne change en ,dieu4 ,si nous disons qu'il peut dans un temps ce qu'il ne peut dans un autre1 ce langage humain n'te rien sa puissance2 il n'atteste que le changement des temps1 et des convenances variables#bdb4 ,note #bdb3 ,introd41 ,i4 ,,iii1 p4 #aaji-aabd4--;,cf4 ,theol4 ,christ41 ,i4 ,v1 p4 #acej4--;,epitome1 c4 xx1 p4 #ea4 ,,iv4 ,ces variations dans le temps doivent se concilier avec l'immutabilit4 ,dieu1 aprs l'oeuvre de six jours1 s'est repos le septime2 le passage de l'action au repos est en physique un changement4 ,quand ,dieu est descendu dans le sein d'une vierge1 il a chang1 il a encouru ce mouvement principal de la substance que les philosophes appellent gnration#bdc4 ,dieu ne serait-il donc pas immutable8 ,maisen disant que ,dieu fait1 agit1 gardons-nous d'entendre qu'il y ait pour lui1 comme pour l'homme1 mouvement dans l'opration1 passion dans le travail2 nous n'exprimons qu'un nouvel effet de son ternelle volont4 ,dieu se repose1 dit l'criture2 ce n'est pas qu'il suspende son mouvement d'action1 c'est que l'oeuvre est consomme4 ,en oprant1 en cessant d'oprer1 nous changeons2 mais dire que ,dieu fait1 c'est dire qu'il est la cause de ce qui se fait4 ,au propre1 il n'y a point en lui d'action1 car l'action consiste minemment dans le mouvement4 ,comme le soleil1 lorsqu'un objet s'chauffe de sa chaleur1 n'prouve en lui-mme aucun changement1 de mme ,dieu1 lorsqu'une disposition nouvelle de sa volont s'accomplit1 ne change pas1 quoiqu'il soit la cause ou l'auteur d'un changement dans les choses4 ,un esprit est exempt de mouvement2 ce qui occupe un lieu est seul mobile#bdd4 ,or1 nulle chose n'occupe un lieu si par son interposition elle ne produit quelque distance entre les objets environnants4 ,mais que la blancheur ou toute autre chose incorporelle s'unisse aux particules1 leur continuit n'y perdra rien4 ,l'incorporel n'est donc pas susceptible de mouvement local1 puisqu'il ne peut occuper un lieu4 ,note #bdc3 ,voyez ci-dessus1 ,i4 ,,ii1 c4 v1 t4 ,i1 p4 #dbj4 ,note #bdd3 ,ici ,ablard dit qu'il a dmontr dans sa ,grammaire1 en traitant de la quantit1 que ce qui est esprit ne peut tre m4 ,duchesne en note met ,dialecticam pour ,grammaticam1 et annonce que cette dialectique ou plutt cette logique1 il la publiera au premier jour4 7,ab4 ,op41 ,introd41 p4 #aabe1 note p4 #aafj47 ,l'avait-il dj dans les mains1 et cette dialectique est-elle bien celle que nous avons8 ,nous ne trouvons pas dans celle-ci la ,dmonstration annonce1 ni l'article de la quantit1 ni l'article du mouvement 7p4 #agh-aif1 et p4 #dad-dbb74 ,du reste la quantit1 tant une catgorie1 a naturellement sa place dans une logique2 mais1 ainsi qu'on l'a vu1 la thorie des ,catgories peut aussi figurer dans un trait sur le langage4 ,la dmonstration de l'immobilit de l'esprit propos de la quantit pouvait donc se trouver1 soit dans la grande dialectique1 soit dans le livre lmentaire qui la commenait et qui nous manque1 soit enfin dans quelque ouvrage de grammaire que nous n'avons pas1 et le titre ,grammatica peut tre d'autant plus exact que le mme nom dsigne dans la ,thologie chrtienne1 un ouvrage ou les catgories sont retraites4 ,de hoc 7que le nom de chose ne doit tre donn qu' ce qui a en soi une existence vritable1 veram entiam7 diligentem tractatum in retractatione prdicamentorum nostra continet grammatica 7,i4 ,,iv1 p4 #acda74 ,dieu1 qui est substantiellement partout1 ne peut changer de lieu1 et quand on dit qu'il est descendu dans le sein d'une vierge1 on ne parle que de l'action de sa puissance4 ,il est partout1 veut dire que tout lui est prsent2 en sorte que nulle part ni jamais sa puissance n'est oisive4 ,l'me elle-mme est dans le corps par une vertu de sa substance1 plus que par une position locale2 grce sa force propre1 elle le vivifie1 le meut et le conserve1 pour qu'il ne se dissolve point par la putrfaction2 par son pouvoir vgtatif et sensitif1 elle est dans tous les membres1 pour que chacun vgte et pour sentir dans chacun4 ,de mme ,dieu est1 non-seulement dans tous les lieux1 mais dans chaque chose1 par quelque efficace de sa puissance1 et tandis qu'il meut toutes les choses dans lesquelles il est1 il n'est pas m lui-mme en elles4 ,par l'incarnation1 ,dieu n'est donc pas devenu autre chose qu'il n'tait1 il n'a point encouru la gnration4 ,dire que ,dieu est devenu homme1 c'est dire que la substance divine1 qui est spirituelle1 s'est uni la substance humaine1 qui est corporelle1 en une personne unique4 ,dans cette personne1 il y avait trois choses1 la divinit1 l'me1 la chair4 ,chacune a conserv sa nature propre1 aucune ne s'est change en une autre4 ,dans l'homme mme1 l'me ne peut jamais devenir chair1 quoique l'me et la chair soient dans chaque homme une seule personne4 ,l'me1 en effet1 est une essence simple et spirituelle2 la chair est une chose humaine1 corporelle et compose de membres4 ,la divinit unie l'humanit1 c'est--dire une me et une chair1 unies en une personne1 ne s'est pas non plus change2 elle est reste ce qu'elle tait2 elle a pris notre nature sans dposer la sienne4 ,en quel sens donc peut-on dire3 le ,verbe a t fait chair1 ,dieu s'est fait homme8 ,prises la lettre1 ces expressions conduiraient dire que l'homme a t fait ,dieu1 et rien ne peut tre ,dieu qui ne l'ait t toujours4 ,isral1 n'aie point de nouveau ,dieu4 ,ces expressions signifient donc que la divine substance s'est associe la substance humaine1 sans tre convertie en elle4 ,la diversit des natures ne fait pas la diversit des personnes4 ,c'est le contraire de la ,trinit2 en ,dieu1 trois personnes et une substance2 dans le ,christ1 deux substances et une personne4 ,comme dans une maison le bois s'unit la pierre sans se confondre avec elle1 comme dans le corps les os adhrent la chair sans s'y absorber1 ainsi la divinit en se joignant l'humanit1 n'a point cess d'tre ce qu'elle tait4 ,quand nos mes reprendront leurs corps1 elles ne deviendront pas autre chose qu'auparavant1 quoique le corps1 en se ranimant1 doive changer1 ou se mouvoir de l'inanim l'anim4 ,l'me prend avec le corps le mouvement1 mais elle demeure elle-mme immobile4 ,cela est encore bien plus vrai de ,dieu dans son union avec l'homme4 ,la crature ne lui peut rien confrer#bde4 ,note #bde3 ,introd41 ,i4 ,,iii1 p4 #aabd-aacj4 ,ici ,ablard traite accidentellement une question importante et qui a toujours t lie celle de la ,trinit4 ,en effet1 une fois qu'il est tabli que le ,fils de ,dieu consubstantiel ,dieu est une personne de la ,trinit1 il n'est pas indiffrent de savoir comment il s'est fait homme4 ,a-t-il cess d'tre ,dieu pour devenir homme8 non1 assurment4 ,l'homme est-il devenu ,dieu8 pas davantage4 ,dieu n'a-t-il pris que le corps humain1 la divinit tant l'me unique du corps de ,jsus-,christ8 ,alors il n'aurait pas t homme1 puisque l'homme est corps et me4 ,on conoit que toute erreur sur la ,trinit ragit sur le dogme de l'incarnation1 et toute erreur sur l'incarnation peut tendre ses consquences au dogme de la ,trinit4 ,nestorius1 par respect pour elle1 avait voulu que l'union de ,dieu et de l'homme en ,jsus-,christ ne ft qu'apparente1 et qu'il y et en lui non-seulement deux natures1 mais deux personnes4 ,eutychs1 pour chapper cette erreur1 avait voulu que les deux natures fussent unies au point d'en faire une seule4 ,de l deux hrsies clbres2 l'glise1 qui les condamne1 tablit et professe qu'en ,jsus-,christ fait homme il y a deux natures1 savoir1 la divinit1 d'une part1 et de l'autre1 l'humanit1 corps et me1 et il n'y a qu'une personne1 la personne divine1 qui subsiste dans le ,fils de l'homme4 ,ces deux natures sont unies d'une union hypostatique1 c'est--dire substantielle4 ,c'est cette doctrine qu',ablard expose1 et d'une manire que je crois irrprochable2 seulement la comparaison de l'union de l'me et du corps dans l'homme pour claircir l'union de la divinit et de l'humanit dans ,jsus-,christ1 n'est qu'une comparaison1 et ne doit pas tre prise la lettre1 quoiqu'elle soit dans le ,symbole d',athanase4 ,elle revient ce raisonnement3 admettez que l'homme est uni ,dieu dans le ,verbe fait chair1 puisque vous admettez bien que l'me soit unie au corps dans la personne humaine4 ,l'orthodoxie d',ablard sur ce point difficile et important aurait d prouver ses accusateurs que s'il a err sur quelque autre point de la question de la nature divine1 cette erreur ne peut tre taxe d'hrsie1 tant parfaitement exempte de toute intention d'altrer un degr quelconque le dogme fondamental de la divinit de ,jsus-,christ4 ,celui qui reconnat d'une manire absolue sa divinit sur la terre1 tant qu'il y prit la forme humaine1 ne peut tre souponn de nier ou d'affaiblir en quoi que ce soit sa divinit dans le ciel1 ou comme personne de l'essence divine4 ,il est vrai qu'on a mme1 sur l'article de l'incarnation1 souponn ,ablard d'erreur4 ,pierre ,lombard avait avanc que ,jsus-,christ1 en devenant homme1 n'tait pas devenu quelque chose1 ou du moins il avait remarqu que si ,dieu pouvait tre quelque chose1 quelque chose pourrait tre ,dieu1 et l'on disait que ,pierre ,lombard avait reu cette ide de son matre ,ablard4 ,cette erreur1 qui s'tait assez rpandue1 fut examine en #aafc au concile de ,tours1 et condamne par le pape ,alexandre ,,iii4 ,jean ,cornubius a crit une dissertation o il la discute fort clairement et en fait connatre les sources2 au nombre des autorits qu'il cite est l'opinion d',ablard2 il admet que ,pierre ,lombard pouvait bien en avoir tir la sienne1 mais qu'il s'tait mpris1 ,ablard disant positivement qu'il y a dans le ,dieu-homme deux substances ou deux natures2 aussi ,jean ,cornubius n'hsite-t-il pas le tenir pour catholique#bdf4 ,note #bdf3 ,la citation qu'il donne de l'opinion d',ablard est conforme pour le sens1 mais non exactement pour la lettre au texte de l'introduction 7,i4 ,,iii1 p4 #aabg et #di74 ,mais ,cornubius peut l'avoir rduite ou prcise1 ou bien tire de la ,thologie chrtienne qui manque de la portion du livre ,v o devait se trouver ce passage4 ,ici d'ailleurs la doctrine est compltement dgage de la comparaison avec l'union de l'me et du corps4 7,p4 ,lomb4 ,sent41 ,i4 ,,iii1 dist4 vi4--,mag4 ,johan4 ,cornub4 ,eulog41 ,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #ajfe4--;,cf4 ,boce1 ,de duab4 nat41 etc41 et un4 ,pers41 ,christ41 p4 #idh1 et ,s4 ,thomas41 ,summ4 ,theol41 ,,iii1 qust4 i-vi47 ,v4 ,dieu est sage2 sa sagesse a t appele verbe1 raison1 intelligence4 ,le fils de ,dieu1 ,dei virtus1 ,dei sapientia 7,i4 ,cor41 i1 #bd71 c'est la puissance divine de tout savoir4 ,dieu ne peut errer en rien1 il sait le prsent1 l'avenir1 le pass1 et ce qui est inconnu et fortuit dans la nature est dj certain et dtermin pour lui4 ,il y a prordination1 il y a donc prescience4 ,les choses qui1 pour nous1 sont l'oeuvre du hasard et ne proviennent pas du libre arbitre1 n'arrivent1 pour lui1 ni par hasard ni sans libre arbitre4 ,la dfinition du hasard1 selon les philosophes1 est l'vnement inopin provenant de causes qui ont originairement un autre objet#bdg2 mais il n'y a pas d'inopin pour la ,providence4 ,si les clipses de soleil ou de lune ont lieu plus souvent que nous ne nous y attendons1 elles ont lieu toutefois naturellement1 non fortuitement2 c'est un ordre prfix1 aussi aurions-nous pu en savoir quelque chose4 ,mais si1 en creusant un champ1 on trouve un trsor1 la dcouverte est vraiment fortuite2 il a fallu que l'un ait enfoui le trsor1 que l'autre ait creus la terre1 chacun dans une intention diffrente4 ,voil un vnement qui n'est point l'oeuvre du libre arbitre4 ,je veux aller l'glise1 et je m'y rends1 ce n'est point l oeuvre de hasard1 mais de raison2 c'est un fait volontaire et non ncessaire4 ,les philosophes dfinissent le libre arbitre le jugement libre de la volont 7liberum de voluntate judicium1 ,boce74 ,l'arbitre est en effet la dlibration ou la judication de l'me par laquelle elle se propose de faire ou d'omettre quelque chose#bdh2 elle est libre1 lorsqu'elle n'est pousse ce qu'elle se propose par aucune force de la nature1 et qu'il est galement en son pouvoir de faire ou de ne pas faire4 ,l donc o n'est pas un esprit raisonnable1 l'arbitre n'est pas libre4 ,le libre arbitre n'appartient qu'aux tres qui peuvent changer leur volont1 du mme1 suivant quelques-uns1 qui peuvent faire bien ou mal2 cependant1 avec plus d'attention1 on ne peut contester le libre arbitre celui qui ne fait que le bien1 ,dieu surtout1 aux bienheureux1 qui ne peuvent pcher3 plus on est loign du mal1 plus on est libre dans le jugement qui choisit le bien2 le pch est un esclavage4 ,d'une manire gnrale1 reconnaissons le libre arbitre qui peut accomplir volontairement et sans contrainte ce qu'il a rsolu dans sa raison3 ,dieu est donc libre4 ,note #bdg3 ,cette dfinition est de ,boce4--,de ,interp41 edit4 sec41 ,i4 ,,iii1 p4 #cfj et #cge4--;,in ,topic4 ,cic41 ,i4 ,v1 p4 #hdj4--;,de ,consol4 phil41 ,i4 ,v1 p4 #ici4--,voyez ci-dessus1 ,i4 ,,ii1 c4 iv1 t4 ,i1 p4 #dje4 ,note #bdh3 ,voyez la ,dialectique1 part4 ,,ii1 p4 #bfj-bia1 et ci-dessus le c4 iv du t4 ,i4 ,les ides d',ablard sur la libert1 ses dfinitions1 ses preuves sont en trs-grande partie empruntes de ,boce4 7,de ,interp41 ed4 sec41 ,i4 ,,iii1 p4 #cfj1 #cfh1 #cgb47 ,quant lui1 rien n'advient par hasard1 sa providence ayant tout prcd1 le hasard n'est que l'incertitude humaine4 ,la nature n'a de mystres que pour notre science4 ,on ne dit les miracles impossibles que si l'on regarde au cours ordinaire de la nature1 aux causes primordiales des choses1 et non la souverainet divine4 ,si ,dieu formait encore aujourd'hui l'homme du limon1 et la femme de la cte de l'homme1 ce serait contre la nature1 au-dessus de la nature1 c'est--dire que les causes primordiales y paratraient insuffisantes2 il faudrait que ,dieu imprimt extraordinairement aux choses une force particulire#bdi4 videmment les recherches des philosophes n'atteignent que les cratures et l'ordre journalier1 toutes leurs lois sont au-dessous on en dehors de la toute-puissance2 la possibilit et l'impossibilit sont relatives aux facults des cratures1 et en particulier la rgle de la possibilit de l'antcdent lie celle du consquent1 ne peut s'appliquer qu'aux choses cres4 ,note #bdi3 ,cf4 ,hexameron4 ,thesaur4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #acge4 ,c'est ainsi1 dit ,ablard1 que nous viderons cette ancienne querelle dont parle la philosophie1 cette question de la prescience divine1 cette question de savoir s'il ne rsulte pas de l'immutabilit de ,dieu que tout arrive ncessairement4 ,les philosophes1 et notamment ,aristote1 si habile dans le raisonnement1 qu'il a mrit d'tre appel le prince des pripatticiens1 c'est--dire des dialecticiens1 nous fourniront de quoi rfuter les pseudo-philosophes4 ,ceux-ci disent1 pour troubler la foi des simples1 que non-seulement le bien1 mais le mal arrive ncessairement1 et qu'ainsi le pch ne peut tre vit1 car il a t prvu de ,dieu1 et la ,providence est infaillible4 ,pour rompre cette souricire 7muscipulam71 considrons cette forte trame qu',aristote ourdit au commencement de l',hermeneia3 il nous y confirme la force du principe de contradiction jusque dans les propositions au futur4 ,je n'analyse point le raisonnement1 il nous est connu2 nous retrouvons ici un rsum substantiel de la thorie logique des futurs contingents4 ,grce cette distinction d'un si grand philosophe1 on peut aisment rfuter l'objection ordinaire contre la ,providence3 il est certain1 nous dit-on1 que la ,providence est infaillible#bej4444 ,note #bej3 ,introd41 t4 ,,iii1 p4 #aacj-aacf4--,voyez aussi ,arist4 ,hermen41 ,,iv1 ,,ix1 et ci-dessus1 t4 ,,ii1 c4 ,,iv1 t4 ,i1 p4 #dja4 ,ainsi se termine ce qui nous reste du troisime livre de l',introduction a la ,thologie1 et avec lui l'ouvrage entier2 un savant dit bien que la suite s'en doit trouver dans la bibliothque de ,bodlei#bea1 mais si ce manuscrit existe1 il n'a jamais t publi4 ,ainsi la discussion d'une des questions les plus difficiles peut-tre auxquelles donne lieu la ,thodice est reste suspendue1 et par un hasard singulier1 dans la ,thologie chrtienne1 o sont repris tous les points traits dans l',introduction1 cette question reste galement irrsolue4 ,le livre ,v1 qui rpond au troisime du prsent ouvrage1 s'interrompt aussi brusquement1 et mme plus tt que celui-ci1 aprs la discussion relative la conciliation de la bont de ,dieu avec sa puissance1 et il nous manque la solution du grand problme si bien prpar par ,ablard4 ,on ne peut renoncer l'esprance de possder quelque jour l',introduction tout entire2 l'ouvrage tait probablement complet#beb1 et il peut se retrouver tel dans quelque manuscrit indit de quelque bibliothque inexplore4 ,mabillon pensait l'avoir rencontr dans un manuscrit en trente-sept chapitres conserv en ,bavire#bec2 ,m4 ,rheinwald1 dont les recherches sont plus rcentes1 souponne1 non sans raison1 le docte bndictin d'avoir pris pour l',introduction un ouvrage intitul3 ,ptri ,ablardi ,sententi qu'il a publi en l'appelant ,epitome ,theologi christin#bed4 ,il croit que c'est le ,livre des ,sentences dnonc par saint ,bernard1 condamn par le concile1 dsavou par ,ablard4 ,suivant lui1 le titre seul de ,livre des ,sentences aurait t faux1 et ,ablard1 qui n'a pas discut pices en main devant le concile1 tait en droit de dsavouer tout ouvrage qu'on lui attribuait sous ce nom2 mais il se pouvait qu'on dsignt ainsi dans l'usage un crit qu'il appelait autrement1 ou mme un extrait fidle de ses doctrines qui ne ft pas son ouvrage4 ,tel serait le manuscrit que ,m4 ,rheinwald publie #bee2 ses conjectures nous paraissent fondes1 mais une chose plus certaine encore1 c'est que cet pitome contient un rsum de l',introduction la ,thologie4 ,dans les douze premiers chapitres 7l'ouvrage en a trente-sept71 l'extrait est presque littral2 par la suite1 on remarque quelques variantes1 mais elles n'altrent pas le fond de la doctrine4 ,ce qui fait le prix de cet opuscule1 c'est que l'ordonnance en tant peu prs la mme que celle de l',introduction1 il nous donne en substance ce que devait contenir la partie de l',introduction qui manque1 et nous pouvons ici complter brivement notre analyse#bef4 ,note #bea3 ,casimir ,oudin1 ,de ,script4 eccl41 t4 ,,ii1 p4 #aafi4--,voyez aussi l',histoire littraire1 t4 ,,xii1 p4 #abf4 ,les diteurs de la ,thologie ,chrtienne disent qu'ils n'ont rencontr la suite de l',introduction dans aucun manuscrit4 ,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #aadh4 ,note #beb3 ,c'est du moins l'opinion que nous adoptons d'aprs ,mabillon2 cependant ,m4 ,rheinwald lve des doutes spcieux4 ,note #bec3 ,iter ,germant1 p4 #aj4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #aah4 ,note #bed3 ,anecdot4 ad litter4 eccles4 pertin41 partic4 #aa4 ,borolini1 #ahcf4--,m4 ,rheinwald a trouv cet ouvrage parmi les manuscrits du monastre de ,saint-,emmeram de ,ratisbonne1 conservs la bibliothque royale de ,munich4 7,prfat1 p4 vii2 et xxxii47 ,m4 ,franz ,besnard avait dj publi avec ,quelques observations que j'ai pu consulter les seize derniers chapitres de cet pitome1 dans un recueil allemand dont le nom m'est inconnu4 ,note #bee3 ,ibid41 ,proefat41 p4 ix-xxi4--,la preuve directe que cet abrg est d',ablard sa trouve dans le c4 xxxiv1 p4 #ajj1 il renvoie son ,commentaire de l'ptre aux ,romains1 o il a1 dit-il1 trait les questions relatives la grce et au mrite1 et cette citation est exacte4 7,ab4 ,op41 p4 #fdh47 ,note #bef3 ,eptiom4 ,theol4 ,christ41 ,c4 xxi1 p4 #fj4 ,la ,providence1 c'est--dire la prescience ou prvoyance divine1 n'impose aucune ncessit aux choses qu'elle prvoit4 ,de ce qu'un char passe et de ce que je le vois passer1 il ne suit pas que le passage du char soit ncessaire4 ,or ce que ,dieu prvoit1 il le voit2 sa providence n'est que sa science ternelle1 il n'y a point de temps pour lui1 tout lui est prsent2 aucune fatalit ne rsulte donc de ce qu'il sait tout4 ,mais il est vrai qu'il dispose tout3 la disposition des choses dpend de la disposition divine1 comme la passion de l'action2 il n'y a point d'autre destin1 d'autre fatum que la disposition divine4 ,la prdestination n'est proprement que la disposition de ,dieu ou sa providence applique au bien1 c'est la prparation de sa grce4 ,,vi4 ,aprs la sagesse de ,dieu vient sa bont4 ,celle-ci fait pour les cratures tout ce qu'il est conforme sa nature de faire2 ,dieu ne connat ni l'envie ni la colre1 les expressions contraires qui peuvent se trouver dans l'criture sont figuratives1 elles se rapportent des dispositions de sa volont qui ont pour nous1 mais non pour lui1 les effets de la vengeance ou du courroux4 ,ceci conduit la contemplation des bienfaits de ,dieu4 ,le premier1 le plus grand de tous1 c'est l'incarnation4 ,ici se prsente la question clbre3 ,cur ,deus homo#beg8 ,dieu s'est fait homme pour nous montrer son amour1 et ainsi il nous a rachets du joug du pch1 non que nous fussions1 comme quelques-uns le prtendent1 en la possession du dmon1 mais dans la servitude du pch2 le ,christ nous en a dlivrs on panchant sur nous son amour1 en offrant ,dieu le prix de notre libration et une victime pure4 ,un si grand exemple nous enseigne l'humilit1 et en considrant les tortures du ,christ1 les martyrs eux-mmes ont appris ne pas s'enorgueillir de ce qu'ils souffraient pour le ciel4 ,note #beg3 ,c'est le titre du chap4 ,,xxiii 7p4 #fb74 ,il y a un trait de saint ,anselme sous le mme nom3 ,car ,deus homo libri duo 7,op41 p4 #gd74 ,la doctrine du saint sur le mode et la ncessit de l'incarnation ne diffre point essentiellement de celle de l'pitome4 ,la diffrence ne roule que sur l'oeuvre mme de la rdemption4 ,du reste1 ou l'ordonnance de l'pitome s'carte un peu de celle de l',introduction1 au dans ce dernier ouvrage l'auteur revenait propos de la bont de ,dieu sur un sujet dj traite l'occasion de son immutabilit4 ,voyez ci-dessus p4 #bce4 ,dans l'incarnation1 ainsi qu'on l'a dj vu1 deux natures se sont unies en une personne4 ,comme la chair et l'me sont un seul homme1 ,dieu et l'homme sont un seul ,christ1 similitude consacre par saint ,athanase4 ,entendez toutefois que bien que dans le ,christ soit le ,verbe1 une des trois personnes de la ,trinit1 cette personne divine n'est pas ici par elle-mme1 per se 7probablement en tant que personne divine71 car alors il y aurait une personne dans une personne1 la personne du ,verbe dans celle de ,jsus-,christ1 et ainsi il y aurait deux personnes dans le ,christ4 ,le ,verbe divin n'est en quelque sorte dans le ,christ que comme l'me est dans le corps4 ,on peut1 on doit appeler ces deux natures les parties de la personne4 ,on trouve dans les autorits toutes ces locutions3 ,dieu est homme2 l'homme est ,dieu2 le ,christ est le fils de l'homme2 le ,christ est le fils de ,dieu2 le ,christ est ,dieu et homme4 ,aucune de ces locutions n'est propre1 hors une seule4 ,si la premire doit tre prise au propre1 si ,dieu est vraiment homme1 l'ternel est temporel1 le simple est compos1 le crateur est crature1 ainsi du reste4 ,ce n'est donc pas une expression propre1 la partie y est prise pour le tout1 comme cela arrive souvent4 ,exemple1 une me pour un homme1 videbit omnis caro salutare ,dei 7,isae1 xlix1 #bf74 ,semblablement1 quand nous disons3 ,dieu est homme1 cela n'est vrai qu'en partie1 c'est pour3 ,dieu s'unit l'homme4 ,par contre1 l'homme est ,dieu signifie l'homme est uni ,dieu4 ,il faut encore entendre comme vrais en partie ces mots3 le ,christ est homme1 ou le ,christ est ,dieu2 il n'y a de vrai au sens propre que cette expression3 le ,christ est ,dieu et homme1 c'est--dire le ,christ est le ,verbe ayant l'homme1 ou le ,christ est homme et ,dieu1 c'est--dire le ,christ est l'homme ayant le ,verbe#beh4 ,note #beh3 pitom41 c4 ,,xxiv1 p4 #fh4 ,cependant l'unit de la personne ne conduit pas l'unit de volont2 la volont de l'homme1 que ,dieu s'est uni1 dont il a fait assomption1 hominis assumpti1 ne peut tre identique celle de ,dieu le ,pre2 c'est ce que prouve clairement cette parole de ,jsus3 ,mon ,pre1 que ce calice s'loigne de moi s'il est possible2 cependant qu'il en soit1 non suivant ma volont1 mais suivant la tienne4 7,math41 ,,xxvi1 #ci47 ,c'est une humanit vritable que le fils de ,dieu a prise1 il a donc pris de l'humanit les affections1 les souffrances1 les volonts1 tout1 hors le pch4 ,il a voulu sa passion1 en ce sens qu'il l'a juge bonne et salutaire1 mais il ne l'a pas dsire1 et sous ce rapport il ne l'a pas voulue1 car elle l'a fait souffrir dans toutes ses affections humaines1 autrement elle n'et pas t la passion4 ,dans la volont de ,dieu elle-mme1 il faut distinguer sa volont qui dispose et sa volont qui approuve4 ,il dispose1 en effet1 beaucoup de choses qu'il interdit2 il veut qu'on dsobisse souvent ce qu'il veut1 ou du moins s'il ne dispose pas ce qui est contraire sa volont1 il le permet4 ,a proprement parler1 il ne veut que le bien#bei4 ,note #bei3 ,epit41 c4 ,,xxv et ,,xxvi1 p4 #fi-ge4 ,on lve une question3 ,l'unit de la personne du ,christ a-t-elle t divise par la mort8 ,ce qui est certain1 c'est qu' la mort de ,jsus-,christ1 l'me a quitt la chair2 mais cette me savait-elle tout ce que savait le ,verbe8 ,elle aurait t aussi parfaite que ,dieu4 ,il parat raisonnable de croire que sans en savoir autant que ,dieu1 elle voyait ,dieu parfaitement4 ,on entend d'ordinaire par vie animale cette vivification et ce mouvement que la chair tient de l'me2 telle n'tait pas la vie du ,christ3 ce que l'me fait pour le corps1 le ,verbe le faisait pour l'me du ,christ1 et par elle il donnait le mouvement son corps4 ,les affections naturelles taient naturellement dans cette me1 et la force motrice galement1 hormis comme instrument du pch#bfj4 ,note #bfj3 ,c4 ,,xxvii1 p4 #gf4 ,aprs le bienfait de l'incarnation1 viennent ces bienfaits de ,dieu qu'on appelle les sacrements4 ,un sacrement est une image d'une grce invisible1 un signe d'une chose sacre1 c'est--dire d'un mystre4 ,le premier est le ,baptme1 puis l',onction et la ,confirmation4 ,le sacrement de l',autel 7l',eucharistie7 est celui dont la cause est la commmoration de la passion et de la mort du ,christ3 il se clbre avec le pain et le vin2 aprs la conscration1 ce pain est le corps du ,christ et ce vin est son sang#bfa4 ,ablard reproduit sous diverses formes les pures doctrines de la transsubstantiation2 cependant1 en exposant avec respect et subtilit la merveille et le mystre du sacrement1 il n'a pas vit la censure4 ,on entrevoit ici comment il a pu tre conduit examiner des questions au moins oiseuses1 et comment1 pour n'avoir pas voulu admettre1 par exemple1 que le corps et le sang de notre ,seigneur fussent soumis sur la terre tous les accidents physiques qui peuvent atteindre les espces apparentes du pain et du vin2 il a paru cesser1 en de certains moments1 d'y voir1 mme aprs la conscration1 le corps et le sang rels de ,jsus-,christ4 ,mais les questions taient puriles et la faute n'tait pas srieuse#bfb4 ,note #bfa3 ,c4 ,,xxviii-,,xxxi1 p4 #ha-ij4 ,on se rappelle qu'au dbut de l',introduction il est dit que trois choses sont ncessaires au salut1 la foi1 la charit1 les sacrements4 ,ainsi tout le cadre tait rempli4 ,voyez ci-dessus1 p4 #ahh4 ,note #bfb3 ,on verra en effet que le concile l'a condamn pour avoir dit que le corps et le sang du ,christ ne pouvaient tomber par terre4 ,nous n'avons point la passage de l',introduction o cela pouvait se trouver2 mais nous pouvons en deviner la place quand nous lisons dans le chap4 ,,xxix de l'pitome1 p4 #hg3 ,si nolumus dicere quod illius corporis sit hc forma1 possumus satis dicere1 quod in acre sit illa forma ad occultationem propter prdictam causam carnis et sanguinis reservata1 sicut forma humana in acre est1 quando angelus in homine apparet4 ,de hoc quod negligentia ministrorum evenire solet1 quod scilicet mures videntur rodere et in ore portare corpus illud1 quri solet4 ,sed dicimus quod ,deus illud non demittitibi1 ut a tam turpi animali tractetur2 sed tamen remanet ibi forma ad negligentiam ministrorum corrigendam4 ,enfin le ,mariage est un sacrement qui ne confre proprement aucun don pour le salut1 mais qui est le remde d'un mal1 le frein de l'impuret1 la lgitimation du lien de l'homme et de la femme4 ,les rgles sur ce sacrement ont vari2 beaucoup de choses ont t licites qui ne le sont plus2 ainsi autrefois un homme pouvait avoir plusieurs femmes1 les rois seuls n'en devaient avoir qu'une4 ,on demande si les clercs peuvent contracter mariage2 les prtres qui ne l'ont pas fait le peuvent#bfc4 ,s'il se trouve dans une glise qui a admis le voeu de clibat un prtre qui ne l'ait pas fait1 il peut se marier1 seulement il n'exercera pas le ministre dans cette glise1 c'est--dire qu'il ne tiendra pas la paroisse#bfd4 ,les prtres grecs1 pourvu qu'ils n'aient pas fait de voeux1 reoivent de l'vque qui les consacre une pouse vierge1 qui ne peut1 ainsi qu'eux-mmes1 tre marie qu'une fois2 il leur est mme prescrit de chercher une femme dans une race trangre1 et cela pour l'extension de la charit4 ,mais celui qui a notoirement prononc le voeu1 comme le moine ou un prtre1 ne peut contracter mariage4 ,les ordres sont aussi un empchement1 compter du rang d'acolythe exclusivement1 et le mariage entrane la renonciation aux bnfices4 ,cependant ,grgoire a dispens de ces rgles les ,anglais1 cause de la nouveaut de leur conversion4 ,note #bfc3 ,sacerdotes qui non fecerunt 7ajoutez pout-tre votum71 possunt4 ,p4 #ia4 ,note #bfd3 ,si vero aliquis in ecclesia1 qu votum suscepit1 fuerit qui non votum fecerit1 potest ducere1 sed in ecclesia illa officium non exercebit1 quod est1 parochiam non tenebit4 p4 #ia4 ,tout ceci prouve que le clibat des prtres1 quoique estim et habituellement prescrit1 n'tait pas une rgle ,commune toutes les glises4 ,le dernier point trait dans l'pitome1 comme apparemment la fin de l',introduction1 puisqu'il tait annonc au dbut1 c'tait la charit4 ,elle est l'amour honnte1 ou l'amour qui se rapporte une fin convenable4 ,si j'aime quelqu'un pour mon utilit1 mais non pour lui-mme1 ce n'est pas de l'amour4 ,si je lui souhaite la vie ternelle1 non pour lui1 mais pour tre dlivr de sa prsence1 ce n'est point un amour qui tende sa fin convenable4 ,la fin lgitime de l'amour1 c'est ,dieu mme4 ,notre amour pour ,dieu et pour le prochain doit rpondre l'amour de ,dieu pour nous-mmes4 ,seulement1 tandis que la charit divine n'est point une affection de l'tre immuable1 mais la disposition que sa bont a prise de toute ternit pour le bien de sa crature1 notre amour est un mouvement de l'me1 d'abord vers ,dieu1 puis vers le prochain2 amour absolu et sans limite pour ,dieu1 amour subordonn l'amour divin quand il se porte vers nos semblables4 ,la charit tant la premire des vertus et la base de toutes1 nous devons la retrouver en quelque sorte dans les autres vertus4 ,elles ne sont vertus qu' la condition de l'amour1 elles ne sont vertus que si nous les pratiquons cause de ,dieu4 ,les philosophes ont distingu et dfini les vertus4 ,socrate les a ramenes quatre1 la prudence1 la justice1 la force1 la temprance4 ,aristote en a spar la prudence1 qui est pour lui une science plutt qu'une vertu#bfe4 ,toutes ces vertus ont des vices pour opposs2 ces vices conduisent des pchs4 ,ce qui fait la faute dans le pch1 c'est le mpris du ,crateur4 ,aussi le mrite est-il uniquement dans la bonne volont4 ,la bonne volont1 c'est la volont du bien inspire par l'amour de ,dieu4 ,ce qu'elle mrite1 c'est la vie ternelle1 et elle l'obtient par la rmission des pchs4 ,les pchs sont remis par la contrition1 la confession1 la satisfaction#bff4 ,en finissant1 ,ablard touche avec clart et prcision tous ces points1 qu'il considrera plus loisir dans d'autres ouvrages plus tendus et plus authentiques4 ,mais ce qu'il en dit ici suffit pour nous autoriser penser que l',introduction contenait en substance toutes ses ides sur les divers points de la thologie4 ,il y approfondissait surtout le dogme de la ,trinit2 mais il n'omettait pas les questions de la rdemption1 de la grce1 du pch1 de la justification1 c'est--dire tout ce qu'il a trait dans son ,commentaire sur l'ptre aux ,romains et dans sa ,morale4 ,note #bfe3 ,arist41 de anim41 ,,iii1 #c4--;,ablard cite ici1 p4 #ii1 la dfinition de la justice selon ,justinien3 ,justitia est constans1 etc41 faut-il en conclure qu'il ,connaissait les ,institutes1 ou bien qu'il avait rencontr cette citation8 ,note #bff3 ,epit41 c4 ,,xxxii-,,xxxvii1 p4 #ie-aad4 ,qu'y avait-il de parfaitement original dans ses doctrines thologiques8 ,telle est la question qui se prsente l'esprit et que nous ne saurions1 il faut l'avouer1 rsoudre avec une entire certitude4 ,nous y reviendrons plus d'une fois4 ,ici bornons-nous dire que ses contemporains lui ont particulirement imput sa doctrine de la ,trinit4 ,plus tard1 on a surtout remarqu ses ides sur le libre arbitre4 ,parmi les preuves de l'attention qu'elles ont obtenue1 la moins notable n'est pas l'allusion souvent cite de l'auteur d'un pome du ,x,i,ve sicle3 ,pierre ,abaillard en un chapitre ,o il parle de franc arbitre1 ,nous dit ainsi en vrit ,que c'est une habilit ,d'une voulent raisonnable ,soit de bien ou de mal prenable1 ,par grce est a bien faire encline ,et mal quand elle descline#bfg4 ,note #bfg3 ,duchesne dit que ces vers sont d'un pote anonyme qui vivait en #acgf 7,ab4 ,op41 in not41 p4 #aafa74 ,mais si les ides qu',ablard exprime sur la nature et la ralit du libre arbitre1 et sur la possibilit d'en concilier l'existence avec la prescience divine1 sont en gnral justes1 nous ne pouvons en admettre la parfaite originalit4 ,ici1 comme en tant d'autres occasions1 il reproduit ses matres1 et l'on risquerait de concevoir une opinion exagre de la fcondit de son gnie1 si l'on croyait qu'il a trouv seul la moiti seulement de ce qu'il pense et de ce qu'il enseigne4 ,par exemple1 le fond de sa doctrine du libre arbitre est en principe dans ,aristote1 et dj dvelopp dans ,boce4 ,seulement ,boce1 qui1 du moins lorsqu'il commente les philosophes grecs1 ne fait nulle part acte de christianisme1 ne dfend le libre arbitre que contre la fatalit des stociens1 ou contre la providence peu active du ,dieu de la sagesse antique4 ,ablard a le mrite de reprendre fond ces ides1 pour les adapter aux croyances d'une religion qui place l'humanit dans un commerce bien plus intime avec la volont suprme4 ,tel est en gnral son mrite4 ,c'est un mrite de remaniement4 ,il remet d'anciennes notions en rapport avec l'tat nouveau des questions et des esprits4 ,sur la libert1 du reste1 il avait t devanc4 ,dj et presque de son temps1 saint ,anselme avait expos une doctrine chrtienne du libre arbitre#bfh4 ,ablard1 moins net peut-tre et moins affirmatif1 discute plus rgulirement1 et fait habilement servir la dialectique l'exposition des vrits mtaphysiques et morales4 ,ainsi nous l'avions vu entran par la logique des questions sur la nature de l'homme et l'ordre du monde2 et ici la thodice le ramne la logique1 qui vient en aide sa foi trouble4 ,c'est1 au reste1 l une singularit et une valeur de la scolastique1 et c'est ce qui justifie l'opinion souvent exprime que les scolastiques1 soit en mtaphysique1 soit en thologie1 n'ont eu vritablement en propre que l'invention d'une mthode1 ou l'application de la logique toute la philosophie4 ,note #bfh3 ,dialogus de libero arbitrio1 ,s4 ,ans41 ,op41 p4 #aag4--,tractatus de ,concordia prscient1 cum lib4 arbit4 ,id41 p4 #abh4--;,cf4 ,boeth41 ,de ,interp4 ed4 sec41 t4 ,,iii4 ,quant aux conclusions que cette mthode lui suggre1 on ne saurait les adopter sans examen4 ,si nous ne les discutons pas ici1 ce n'est pas qu'elles soient au-dessus de la discussion4 ,tant qu'il parle du libre arbitre en lui-mme1 il nous parat dans le vrai4 ,mais quand il passe de l'exposition du fait la conciliation de ce fait avec l'ordre du monde1 avec la nature de ,dieu1 je ne dis point qu'il s'gare1 mais il s'aventure4 ,la toute-puissance de ,dieu est donne comme absolue par les thologiens4 ,sa volont est la nature des choses1 dit saint ,augustin#bfi4 ,il peut tre philosophique de subordonner sa volont et sa puissance sa perfection2 mais ce n'est pas une dcision qui aille de soi1 et l'on trouverait difficilement un crivain ecclsiastique accrdit qui souscrivt la thorie d',ablard au moins dans ses termes1 bien qu'il soit impossible de ne pas admettre quelque chose d'analogue1 ds qu'on remue les problmes de la prescience et de la libert1 de la bont divine et de l'existence du mal4 ,aucune doctrine sur ces points n'est exempte de contradiction1 peut-tre parce que la contradiction est dans les choses1 autant du moins qu'elles nous sont connues4 ,mais ici la mesure1 les nuances1 les expressions sont importantes1 et malgr de justes prcautions1 ,ablard n'a point chapp l'erreur ou du moins aux apparences de l'erreur4 ,ce n'est pas en ce moment qu'il faut le juger4 ,note #bfi3 ,de ,genes4 ad ,litt41 ,,vi1 xv4 ,la doctrine d',ablard est critique par le ,p4 ,petau 7t4 #a1 t4 ,v1 c1 vi1 p4 #hdj74 ,nous reviendrons sur ces questions1 lorsqu'il y reviendra dans son ,commentaire sur saint ,paul4 ,nous avons suivi fidlement1 dans notre analyse de l',introduction1 l'ordre des ides de l'auteur1 quoiqu'il soit peu mthodique4 ,ainsi1 aprs deux livres consacrs au dogme de la ,trinit1 on l'a vu employer le troisime discuter les attributs gnraux de ,dieu1 sa bont1 son immutabilit1 sa toute-puissance1 son unit1 mme son existence2 toutes questions indpendantes du dogme chrtien et qui paraissent pralables la connaissance des trois personnes de la ,trinit4 ,il semble1 en effet1 qu'il importe de savoir que ,dieu existe1 avant de connatre sa nature1 ou tout au moins qu'il est un1 avant de comprendre comment1 encore qu'il soit un1 il se distingue en trois personnes4 ,c'est cet ordre qu'a suivi saint ,thomas dans la plus mthodique des thologies#bgj4 ,suivant les ides modernes1 tous les objets traits dans le livre ,,iii1 tel qu'il est imprim1 appartiennent ce qu'on appelle la religion naturelle1 et loin d'tre des corollaires ou des appendices du dogme chrtien1 sont les principes mmes avec lesquels le dogme chrtien doit tre confr et raccord4 ,mais les ides modernes ne sont pas celles d',ablard2 quoique rationaliste parmi les thologiens1 il est et veut tre thologien2 il doit donc avant tout poser la ,trinit1 c'est--dire enseigner ,dieu1 qui n'existe pour lui que tel qu'il est pour le chrtien4 ,lorsqu'il cite les philosophes et les paens1 ce n'est pas pour avoir connu les vrits primitives auxquelles se seraient adjointes plus tard les vrits chrtiennes1 mais pour avoir pressenti et mme annonc1 bien que sous une forme un peu vague1 un peu voile1 les vrits chrtiennes elles-mmes2 il s'efforce au moins autant de faire les philosophes chrtiens que de rendre le christianisme philosophique4 ,mais1 dans ce plan mme1 il est impossible de ne pas trouver que les deux premiers livres n'ont point d'ordre et de clart4 ,l'ouvrage semble un premier jet1 ou plutt un recueil d'ides et de questions crit pour l'enseignement ou aprs l'enseignement1 dans l'ordre o l'improvisation et la polmique1 insparables de l'enseignement oral1 avaient d'elles-mmes dispos les matires4 ,en effet1 lorsqu'au commencement du second livre1 ,ablard s'interrompt pour justifier avec tant de soin l'emploi des autorits profanes et du raisonnement philosophique1 il y est amen par des attaques rcentes1 et rpond des objections1 des critiques qui semblent tre survenues depuis le premier livre1 ou plutt depuis les leons dont le premier livre ne serait que le rsum ou le canevas4 ,qui sait si nous n'avons pas dans l',introduction une rdaction d'un cours de thologie d',ablard1 l'oeuvre d'un de ses lves peut-tre8 ,l'ingalit du style1 les redites1 les dsordres1 et quelquefois aussi les absurdits et les ellipses1 les arguments tantt dvelopps avec prolixit1 tantt courts brusquement1 les citations parfois indiques ou tronques1 et qui souvent encombrent le texte1 seraient autant de circonstances favorables cette conjecture1 quoique assurment les morceaux importants soient de la main du matre1 tels que le prologue1 le dbut de l'ouvrage1 celui du second livre1 et les principaux articles du troisime4 ,quant au fond des ides1 au choix des arguments1 des autorits et des exemples1 tout est bien de lui1 et nous venons en vrit de l'entendre et d'assister ses leons4 ,tel on le retrouve dans ses autres crits2 les analogies y sont frappantes2 il aime se rpter4 ,note #bgj3 ,summ4 ,theol41 pars #a1 qust4 ,i-,,xliv4 ,c'est aussi l'ordre suivi par le ,p4 ,petau dans ses ,dogmes ,thologiques4 ,,chapitre ,,iii4 ,,suite ,,de ,,la ,,th,,odic,e4--,theologia ,christiana4 ,l',introduction la ,thologie est crite avec la libert hardie d'un homme habitu voir les intelligences plier devant lui et qui ignore encore les dangers de l'inimiti des pouvoirs intolrants4 ,l'ouvrage tait fait pour exciter la svrit souponneuse de l'orthodoxie1 et l'existence mme de la ,thologie chrtienne#bga prouve qu',ablard eut dfendre l',introduction1 car le second ouvrage rpte et adoucit le premier2 il en contient de longs fragments littralement reproduits1 mais autrement diviss et rangs dans un nouvel ordre4 ,le style est plus soign1 la latinit meilleure1 la composition plus mthodique et moins aride4 ,l'auteur semble avoir autant coeur d'viter que de repousser les attaques de ses adversaires1 et de dsarmer la critique que d'tablir ses ides4 ,une analyse complte deviendrait fastidieuse1 mais il faut cependant connatre l'ouvrage2 il suffira d'analyser quelques passages importants qui modifient ou confirment les propositions les plus contestes de l',introduction4 ,note #bga3 ,p4 ,abael4 ,theologia ,christiana1 in lib4 ,v2 ,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v1 d4 #aaef-ahfj4 ,il parat que trois points surtout avaient provoqu le doute ou la discussion1 peut-tre aussi les scrupules ou les craintes de l'auteur4 ,ce sont encore les points qui nous intresseraient le plus aujourd'hui4 ,le premier est ce qu'on pourrait appeler le caractre gnral de cette thologie4 ,il est vident qu'elle tend au rationalisme1 ou du moins qu'elle a pour but de concilier la foi avec la raison1 l'autorit avec la science1 le dogme avec la philosophie4 ,on a vu que l'entreprise n'tait pas entirement nouvelle au temps d',ablard1 mais nul n'y avait apport autant de subtilit relle que lui1 ni surtout un aussi grand renom de dialectique4 ,sans avoir jamais prtendu l'htrodoxie1 sans s'tre jamais extrieurement ni1 je le crois1 intrieurement donn pour un novateur religieux1 il s'tait en tout1 et mme dans la foi commune1 piqu de penser par lui-mme4 ,il avait lev sa chaire de sa propre main et se croyait le crateur de sa doctrine4 ,quoi qu'il ft donc1 il tait suspect3 son esprit aurait t plus modr1 plus timide1 plus sr1 son coeur aurait t plus humble1 qu'il n'et pas vit un grand danger1 la dfiance de l'glise4 ,il mettait son amour-propre l'exciter1 bien qu'il n'et jamais l'insolence ou le courage de la braver2 il ne cessait de la provoquer1 en s'empressant de la dsarmer ds qu'elle le menaait4 ,c'est donc sur le caractre philosophique de sa thologie qu'il se montrera d'abord jaloux d'clairer et de rassurer les fidles4 ,l'application de la philosophie la thologie conduit naturellement citer les philosophes autant ou plus que les ,pres1 qui ne le sont pas toujours2 les philosophes1 de leur ct1 ne sont pas toujours chrtiens4 ,d'ailleurs c'est du sein du paganisme que sont sortis les grands noms de la philosophie4 ,de l1 dans notre auteur1 un mlange ncessaire des lettres profanes et des lettres saintes4 ,bien que plusieurs ,pres des premiers sicles en aient donn l'exemple1 assez constamment suivi par la littrature du moyen ge1 c'est un usage qui a toujours t souponn1 accus d'tre abusif1 et par ceux-l mme qui s'y taient quelquefois conforms4 ,pour ,ablard1 que l'rudition et la dialectique conduisaient sans cesse sur le terrain de l'antiquit payenne1 il y avait donc grand intrt justifier l'emploi de ces autorits hasardeuses et rconcilier enfin la science des ,gentils avec les traditions catholiques4 ,mais il lui importait plus encore de se laver de toute connivence avec ceux qui ne consultaient les ,gentils que pour s'carter de l'glise1 qui abusaient des sciences du sicle et corrompaient le dogme par la dialectique4 ,la philosophie de son temps1 comme de tout temps1 tait prvenue d'incrdulit et de libertinage2 pour lui1 comme pour ses successeurs1 restait la commune ressource de dire qu'il y a deux philosophies1 la vraie et la fausse1 et nous le verrons chercher se disculper de son attachement l'une en s'acharnant contre l'autre4 ,il dclamera avec violence et1 s'il le faut1 avec fanatisme contre ceux qu'il se complat nommer les pseudo-philosophes4 ,plus franche et plus hardie1 et comme pour achever sa pense1 ,hlose appelait les adversaires de son poux du nom injurieux que saint ,paul donnait ses calomniateurs3 saint ,bernard tait pour elle un pseudo-aptre#bgb4 ,note #bgb3 ,,ii ,cor4 ,,xi1 #ac4--,voy4 t4 ,i1 p4 #afg et ,ab4 ,op41 ep4 ,,ii1 p4 #db4 ,quand la dialectique1 mme circonscrite dans de certaines bornes par une intention chrtienne1 pntre dans le dogme1 elle peut toujours altrer ce qu'elle explique et rduire le mystre sa plus simple et sa trop simple expression1 en l'interprtant suivant la science2 elle-mme1 et pour son propre compte1 elle n'a t que trop accuse d'tre une science de mots4 ,une orthodoxie dialectique risque donc aussi de n'tre qu'une orthodoxie nominale4 ,le philosophe peut1 dans toute l'nergie du terme1 n'tre chrtien que de nom4 ,c'est de ce danger qu',ablard tche de se prserver2 il s'attache combattre1 dtruire toutes les objections de l'hrsie contre la ,trinit2 il prend soin de sparer et mme de garantir sa doctrine de tout contact avec l'erreur de ,roscelin4 ,quant on lit aujourd'hui les deux ouvrages incrimins1 dit ,m4 ,cousin1 on y trouve la dialectique place la tte de la thologie et l'esprit cach du nominalisme y minant les bases du christianisme1 au lieu de les attaquer directement#bgc4 ,en revoyant ses arguments1 ,ablard semble avoir pressenti cette grave critique qui l'attendait encore aprs six ou sept sicles1 et il a pris grand soin d'tablir le caractre orthodoxe de sa doctrine sur la ,trinit4 ,note #bgc3 ,ouvr4 ind4 d',ab41 ,introd41 p4 cxvii4 ,recueillons maintenant la substance de ce qu'il dit de neuf ou d'important sur ces trois points3 l'autorit des philosophes1 l'abus de la dialectique en matire de religion1 la puret de sa doctrine4 #a4 ,si l'autorit des aptres1 si celle des ,pres1 si celle enfin de la raison ne suffisent pas1 mme contre des philosophes qui n'invoquent que la dernire1 il ne nous reste qu' renvoyer leurs traits nos ennemis2 en repoussant une une leurs objections1 touffons les aboiements de ceux qui cherchent diffamer aux yeux des fidles tout ce que1 dans une intention sincre1 nous avons crit pour la dfense de la foi4 ,ils rcusent eux-mmes les philosophes comme ,gentils1 et leur contestent toute autorit en faveur de la foi1 comme tant condamns par elle44444 ,mais tous les philosophes1 ,gentils peut-tre de nation1 ne le furent point par la foi4444 ,comment1 en effet1 dvouerions-nous la damnation ceux qui ,dieu mme1 au tmoignage de l'aptre1 a rvl les secrets de la foi et les profonds mystres de la ,trinit1 et dont les vertus et les oeuvres sont clbres par de saints docteurs#bgd8 ,car peut-on nier que l'incarnation ne paraisse annonce dans certains crits payens plus ouvertement que dans quelques livres sacrs8 ,quand ,platon dit que ,dieu1 en formant le monde1 prit deux longueurs1 qu'il appliqua l'une l'autre dans la forme de la lettre grecque ,x et les courba en orbe1 n'est-ce pas une image du mystre de la croix#bge8 ,si les sacrements furent inconnus de l'antiquit1 c'est que la loi d',isral n'avait pas t donne pour tous1 comme l'vangile4 ,aucune raison ne nous force donc douter du salut de ceux des ,gentils qui1 avant la venue du ,sauveur1 ont1 naturellement et sans loi crite1 fait1 selon l'aptre1 ce que veut la loi1 et qui la montraient crite dans leurs coeurs1 leur conscience rendant tmoignage pour eux-mmes#bgf4 ,il est vident par l'criture que la justice a commenc par la loi naturelle4 ,les menaces et les prescriptions de l',ancien ,testament ne regardaient qu',abraham et ses descendants4 ,ne dsesprez du salut de personne ayant1 avant le ,christ1 vcu bien et purement4 ,et par quelle abstinence1 par quelle continence1 par quelles vertus1 la loi naturelle et l'amour de l'honnte ont jadis signal non-seulement les philosophes1 mais encore des hommes illettrs6444 ,que de tmoignages nous le redisent1 comme pour gourmander notre ngligence et notre faiblesse6444 ,arms des pages des deux ,testaments1 des innombrables crits des saints1 nous sommes pires444 que ceux qui ,dieu avait refus la tradition de la loi crite et le spectacle des miracles4 ,note #bgd3 ,theol4 ,chr41 t4 ,,ii1 p4 #abjc-abdj4 ,note #bge3 ,ce que dit ,platon1 c'est que ,dieu ayant compos du mme1 de l'autre et de l'essence un certain mlange1 et l'ayant divis en parties formant une longue bande1 il la coupa en deux suivant sa longueur1 puis croisa ces deux moitis l'une sur l'autre en la forme du ,x1 les courba en cercle et enveloppa le tout dans un double mouvement4 ,c'est la cration de l'me du monde et de la forme sphrique de l'univers4 ,il n'y a dans cette obscure description rien qui ressemble au christianisme2 le croisement angle aigu est regard comme une allusion la position de l'cliptique sur l'quateur et n'a point de rapport avec la figure de la croix du ,sauveur4 7,time1 d4 de ,m4 ,h4 ,martin t4 #a1 p4 #ii1 et not4 #bd1 t4 ,,ii1 p4 #cj47 ,note #bgf3 ,rom4 ,,ii1 #ac1 #ad1 #ae1 et ,,iii1 #bh4 ,quant la doctrine1 des philosophes ont prch l'immortalit de l'me1 la rtribution future1 la gloire ou le chtiment2 ils s'y appuient pour nous exhorter bien faire4 ,il faut bien qu'en eux-mmes ils aient appris connatre ces vertus qu'ils nous enseignent1 il faut qu'ils sachent que ,dieu en est le principe ou plutt la cause finale1 qu'elles doivent avoir l'amour de ,dieu pour origine et pour but4 ,c'est la foi de ,socrate1 c'est l'enseignement de ,platon que ,dieu est le souverain bien4 ,l'humilit de ,pythagore semble avoir devin l'humilit chrtienne4 ,lorsqu'on lit ce que ,cicron dit de la sagesse1 on se rappelle cette parole de ,job3 ,la pit1 c'est la sagesse#bgg4 ,or la sagesse de ,dieu1 c'est le ,christ4 ,si1 pour avoir aim le ,christ1 nous sommes appels chrtiens1 comment refuser le mme nom ceux qui ont aim la sagesse8 ,les prceptes moraux de l'vangile ne sont qu'une rformation de la loi naturelle que les philosophes ont observe#bgh4 ,l'vangile1 comme la philosophie et la diffrence de l'ancienne loi1 prfre la justice intrieure l'extrieure et pse tout d'aprs l'intention de l'me2 aussi quelques platoniciens ont-ils t emports jusqu' ce blasphme1 que ,jsus-,christ avait reu toutes ses maximes de ,platon4 ,note #bgg3 ,th4 ,chr t4 ,,ii1 p4 #abaj4 ,c'est la dfinition de l'orateur3 ,vir bonus dicendi peritus1 qui1 chose assez singulire1 rappelle l'auteur la passage de ,job3 ,timor domini ipsa est sapientia 7,,xxviii1 #bh71 passage qu'il cite au reste dans ces termes3 ,ecce pietas est sapientia1 comme saint ,augustin 7,de ,trin41 ,,xii1 xiv1 et ,,xiv1 i71 d'aprs le mot grec des ,septante1 ,grec3 ,theosezeia4 ,note #bgh3 ,id41 ibid41 p4 #abaa4 ,ablard a comment ailleurs avec dtail dans un sens favorable aux philosophes les passages de saint ,paul dj cits1 7,com4 ,in ep4 ad ,rom41 ,ab4 ,op41 p4 #eac47 et dj il avait dit dans l',introduction3 ,diximus deum esse potentiam generantem1 et sapientiam genitam1 et benignitatem procedentem3 cum istud nemo discretus ambigat1 sive ,judaeus1 sive ,gentillis1 nemini aec fides deesse videtur4 7,l4 ,,ii1 p4 #aaja47 ,si vous jugez des principes des philosophes par leurs oeuvres1 voyez comme ils ont rgl la socit3 ils semblent lui avoir appliqu les prceptes vangliques4 ,les rgles qu'ils prescrivent aux chefs des cits sont celles que s'imposent aujourd'hui les clercs et les moines4 ,la cit est une fraternit4444 ,les lgislateurs de rpublique ont l'air d'avoir devanc la vie apostolique de la primitive glise4 ,l'interdiction de la proprit1 la mise en commun de tous les biens est le principe de cette parole de ,socrate dans le ,time#bgi3 ,que les femmes soient communes et que nul n'ait des enfants lui4 ,or1 mes frres1 faut-il tourner cela dans un sens honteux et supposer qu'un si grand philosophe1 de qui date l'tude de la discipline morale et la recherche du souverain bien1 ait institu une infamie aussi manifeste et aussi abominable que l'adultre1 condamn et par les philosophes1 et par les potes1 et par tous les hommes observateurs de la loi naturelle1 au point que quelques-uns regardent comme adultre l'ardeur passionne de l'poux pour son pouse8 ,non1 ,socrate n'a voulu que dtruire jusqu'au dernier reste de la proprit3 il veut que les femmes soient en commun dans un but1 non de plaisir1 mais d'utilit4 ,la vraie rpublique est celle dont l'administration est dirige vers l'utilit commune1 et ceux-l seulement sont concitoyens qui cohabitent dans une telle union de corps et de dvouement qu'en eux paraisse accompli ce que dit le psalmiste de la perfection de la primitive glise1 imite aujourd'hui par les congrgations monastiques3 ,ah6 qu'il est bon et agrable que les frres habitent unis en un corps6 7,,cxxxii1 #a47 ,note #bgi3 ,th ,chr41 t4 ,,ii1 p4#abab4 ,ce n'est pas la communaut des femmes1 mais celle des enfants qui est prescrite dans le ,time1 le mariage au contraire y est rgl1 et d'une manire assez singulire4 7tud4 sur le ,tim41 t4 ,i1 p4 #ha47 ,les anciens n'appellent cit qu'une association o tout a pour but le bien commun1 association maintenue sans murmure par la charit sincre4 ,c'est vraiment la dfinition d'une socit chrtienne4 ,et tandis qu'ils ont dsir introduire une telle svrit dans la rpublique que ,platon veut en bannir jusqu'aux potes1 ils ont prescrit ceux qui la gouvernent un tel amour pour le peuple1 que1 se regardant comme ses ministres1 non comme ses matres444 ils ne doivent pas craindre et de combattre et de donner leur vie pour la libert de la patrie1 srs d'atteindre ce sjour de la batitude cleste qui1 selon ,cicron1 fut par rvlation promise ,scipion#bhj4 ,ainsi ont fait les ,dcius1 donnant l'exemple qu'avait donn dj ,david1 aim du ,seigneur4 ,qu'ils rougissent ces souvenirs1 les abbs de ce temps-ci1 eux qui est confi le premier soin de la religion monastique1 qu'ils rougissent et reviennent rsipiscence1 touchs du moins de l'exemple des ,gentils1 tandis qu'aux yeux de leurs frres1 qui ruminent de vils aliments1 vilia pulmentorum pabula1 ils dvorent impudemment des mets exquis et nombreux4 ,qu'ils remarquent aussi1 les princes chrtiens1 avec quel zle courageux des ,gentils ont embrass la justice444 ,qu'ils songent ce ,zaleucus qui appliqua son propre fils la loi que lui-mme avait faite contre l'adultre4 ,note #bhj3 ,th4 ,chr41 t4 ,,ii1 p4 #abae4 ,on voit qu'il avait lu ,macrobe1 qui nous devons le ,songe de ,scipion4 ,les philosophes ont connu galement l'abstinence des anachortes ou des moines1 la sublimit de la vie contemplative1 les vertus de la solitude4 ,la vie solitaire est celle o la ferveur extrme de l'amour de ,dieu nous suspend la contemplation de la vision divine1 et nous faisant abandonner toute sollicitude des liens du monde1 ne nous laisse1 pour ainsi dire de commerce qu'avec les choses clestes4 ,quelques philosophes grecs1 les ,essniens aussi1 ont su s'y lever4 ,faut-il prouver leur mpris des richesses8 citons ,pythagore1 ,crats1 ,antisthne1 leur mpris de la vie8 ,socrate succomba pour la dfense de la vrit comme un martyr certain de la rmunration2 le mpris de la douleur8 il clate dans les stociens4 ,parlerons-nous de leur mpris des volupts et de la puret de leur vie8 ,c'est en eux que commena cette beaut de la chastet chrtienne ignore des ,juifs4 ,on voit dans les livres quels soins1 quels embarras sont attachs au mariage2 ,salomon a peint avec la plus grande force tous les dangers de la passion des femmes4 ,la chastet parat la vertu la plus agrable ,dieu1 et l'histoire romaine abonde en beaux traits de continence et de pudeur2 il suffit de rappeler ,lucrce et ,virginie#bha4 ,note #bha3 ,th4 ,chr41 t4 ,,ii1 p4#abaf-abce4 ,quant la science1 les tmoignages des saints nous apprennent combien celle des philosophes nous est ncessaire dans l'tude des lettres sacres1 tant pour rsoudre toutes les questions que pour claircir les mystres allgoriques1 dont l'explication est souvent dans les nombres2 aussi saint ,augustin met-il au premier rang la dialectique et l'arithmtique4 ,c'est la posie et ses mensonges qu'il faut fuir4 ,si un chrtien a le got des lettres1 qu'a-t-il besoin de se repatre de fictions vaines8 ,quelles sont les formes de style1 les beauts d'expression que ne prsente pas la page sacre1 pagina divina1 toute remplie des nigmes de l'allgorie et de la parabole1 et presque partout abondante en allusions mystiques8 ,quelles sont les grces d'locution que ne nous enseigne pas la langue hbraque1 cette mre des langues84444 ,quels mets peuvent manquer la table spirituelle du seigneur1 c'est--dire l'criture sainte1 o1 suivant ,grgoire1 l'lphant nage et l'agneau se promne84444 ,qui1 parmi les potes et mme parmi les philosophes1 a gal saint ,jrme pour la gravit de la diction1 saint ,grgoire pour la douceur1 saint ,augustin pour la subtilit8 ,dans le premier1 vous trouverez l'loquence de ,cicron1 dans les deux autres la suavit de ,boce et la subtilit d',aristote1 et bien plus encore1 si je ne me trompe1 en comparant les crits de chacun4 ,que dire de l'loquence de ,cyprien ou d',origne et de tant de docteurs innombrables1 tant grecs que latins1 tous profondment verss dans l'tude des arts libraux84444 ,mais comment les vques et les docteurs de la religion chrtienne n'cartent-ils pas les potes de la cit de ,dieu1 quand ,platon leur interdit la cit du sicle8 ,bien plus1 dans les jours solennels des grandes ftes qui devraient tre employs tout entiers aux louanges du ,seigneur1 ils appellent leur table les bateleurs1 les danseurs1 les sorciers1 les chanteurs d'infamies4 ,ils clbrent jour et nuit la fte et le sabbat en leur compagnie2 puis ils les rcompensent par de grands dons1 qu'ils drobent aux bnfices ecclsiastiques1 aux offrandes des pauvres1 videmment pour sacrifier aux dmons4 ,qu'est-ce1 en effet1 que ces histrions1 sinon les hrauts et pour ainsi dire les aptres des dmons84444 ,oui1 ce qui se dit dans l'glise fatigue1 ennuie de tels auditeurs4 ,c'est un fardeau pour eux que de faire l'oblation aux autels du ,christ2 et jusque dans les solennits de la messe1 pendant l'espace d'une heure1 ils ne peuvent sevrer leur langue de propos vains4 ,toute leur me brle pour le dehors et aspire la cour des dmons1 aux conventicules d'histrions4 ,c'est l qu'ils sont prodigues d'offrandes1 et attentifs avec le plus grand silence et la plus grande passion la prdication diabolique4 ,mais apparemment c'est peu de chose pour le diable que ce qu'ils font hors du sanctuaire des basiliques1 s'il n'introduit pas dans l'glise de ,dieu les turpitudes de la scne4 ,o douleur6 il l'ose4 ,o honte6 il l'accomplit2 et devant les autels mmes du ,christ1 toutes les infamies sont introduites de toutes parts2 les temples1 au milieu des runions des ftes solennelles1 sont ddis aux dmons1 et sous le voile de la religion et de la prire1 tous1 hommes et femmes1 ne semblent runis que pour satisfaire librement leur lascivet2 et ainsi sont clbres les veilles de ,vnus#bhb4 ,note #bhb3 ,theol4 ,chr41 t4 ,,ii1 p4 #abce-abdj4 ,ce morceau offre quelque intrt pour l'histoire du thtre4 ,il prouve que certains jeux scniques taient connus ds ce temps-l et inspiraient un got trs-vif aux classes suprieures de la socit1 et mme aux grands de l'glise4 ,il indique galement que ces scandaleuses reprsentations1 qui ont longtemps souill les lieux saints1 taient dj clbres aux jours de ftes1 et que si une partie du clerg les tolrait1 des esprits plus svres ne lui pargnaient pas les remontrances4 ,mais on comprend que cette svrit mme ne devait pas amliorer la position d',ablard auprs de ceux qu'elle censurait1 et ce n'tait pas une trs-habile manire de se bien mettre avec l'glise2 que d'tablir1 pour justifier les philosophes1 que bon nombre d'ecclsiastiques taient loin de les galer en puret et en modestie4 ,cette apologie qui tourne en invective1 dcle un esprit toujours prs de franchir les bornes et de tourner contre le clerg les armes que devaient un jour saisir les crivains rforms et les libres penseurs de toutes les coles4 ,prise en elle-mme et au fond1 l'argumentation est hardie4 ,elle tend mettre la foi philosophique au niveau de la foi chrtienne1 en mme temps qu' placer les moeurs des philosophes au-dessus de celles des prtres4 ,si cette argumentation tait seule et sans contre-poids1 elle autoriserait des doutes srieux sur le catholicisme d',ablard4 ,mais elle a une contre-partie qui la compense1 et qui tmoigne d'une intention sincre d'impartialit chrtienne4 ,nous allons le voir humilier non moins rsolument aux pieds de la foi l'orgueil et l'garement de la philosophie4 ,,ii4 ,au-dessus des ennemis du ,christ1 hrtiques1 juifs1 gentils1 ceux qui contestent avec le plus de subtilit la sainte ,trinit1 sont les professeurs de dialectique1 ou ces sophistes tant raills par ,platon1 ceux qui n'usent pas1 mais abusent de l'art4 ,or cette philosophie est comme le glaive acr dont un tyran aveugle se sert pour tout dtruire1 mais qui peut servir pour la dfense3 elle peut faire beaucoup de bien et beaucoup de mal4 ,on sait que les pripatticiens1 que nous appelons aujourd'hui les dialecticiens1 ont par de bons arguments1 rprim les hrsies tant des stociens que des picuriens4 ,quant ceux dont l'adresse perfide a rendu la dialectique odieuse1 leur faute a t condamne1 il y a longtemps1 par ,cicron dans sa ,rhtorique#bhc4 ,saint ,paul s'est prononc maintes fois contre l'esprit contentieux et les argumentations verbeuses4 ,et un pape1 rptant les paroles de saint ,ambroise1 a dit3 ,les hrtiques mettent dans la discussion toute la force de leurs poisons#bhd4 ,au temps o nous sommes1 les dialecticiens s'arrogent le premier rang parmi les philosophes1 croyant avoir acquis la meilleure philosophie1 parce qu'ils ont la plus verbeuse4 ,en eux est ce principe de tout pch qui prcipita le premier ange de la cleste batitude1 l'orgueil4 ,les professeurs de dialectique s'imaginent qu'arms des raisons les plus rares1 ils peuvent tout prtendre et tout attaquer4444 qu'il n'est rien qu'ils ne puissent comprendre et discuter2 et1 pleins de mpris pour toutes les autorits1 ils font gloire de ne croire qu'en eux seuls2 car ils n'acceptent que ce que leur persuade la raison4444 ,l'orgueil suit la science et l'aveuglement l'orgueil2 et ainsi1 chose singulire1 la science ramne l'ignorance4 ,en s'attribuant soi-mme le don que l'on tient de ,dieu1 on le perd1 et l'on s'gare d'autant plus qu'on avait t mieux dou4 ,l'hrtique1 comme le mot l'annonce1 est celui qui choisit1 ou qui suit la prfrence de son jugement1 c'est--dire qui prfre son propre esprit celui de ,dieu4 ,il devient alors prsomptueux1 impatient1 contentieux3 il se forme la dispute plus qu' la discipline et aspire la gloire plus qu'au salut4444 ,gardez-vous de ceux qui rapportent en raisonnant la nature unique et incorporelle de la ,divinit la similitude des corps composs d'lments1 moins pour atteindre la vrit que pour faire montre de philosophie4 ,ils ne s'lvent point la connaissance de celui qui rsiste aux superbes et fait grce aux humbles4 ,nul ne connat ce qui est de ,dieu1 hors l'esprit de ,dieu3 nul ne peut rien enseigner1 si ,dieu ne l'illumine4 ,dieu est le matre intrieur qui instruit sans paroles qui il lui plat4 ,aussi la vie religieuse sert-elle plus le comprendre que la subtilit d'esprit4 ,dieu aime mieux la saintet que le gnie4444 ,ceux qui ont la ferveur de l'amour1 qu'importe qu'ils nous paraissent des simples et des idiots1 et ne puissent exprimer et dmontrer tout ce que l'inspiration divine leur fait comprendre8 ,plt ,dieu qu'ils y prissent garde1 ceux qui s'arrogent impudemment la matrise en criture sainte1 et qui ne corrigent point leur vie1 mais vivent charnellement dans la souillure6 ,ils disent que l'intelligence spciale des nigmes divines leur a t donne1 que les secrets clestes leur ont t confis2 ils mentent4 ,ils semblent se vanter ouvertement d'tre le temple du ,saint-,esprit4 ,que du moins l'impudence de ces faux chrtiens soit crase par les philosophes gentils1 qui pensaient que la science de ,dieu s'acquiert moins en raisonnant qu'en vivant bien4 ,qu'ils coutent ,socrate1 qui professait qu'il ne pouvait rien que par la grce divine4 ,qu'ils coutent les philosophes1 eux qui se disent philosophes4 ,qu'ils coutent leurs matres1 eux qui mprisent les saints#bhe4444 ,note #bhc3 ,id41 ibid41 p4 #abdb-abdf4 ,cette rhtorique est celle ad ,herennium1 l'ouvrage de ,cicron qu'il cite de prfrence4 ,le passage rapport est extrait du livre ,,ii1 ,,xi4 ,note #bhd3 ,i ,cor41 ,,xi1 #af4--;,i ,tim41 ,,vi1 #bj4---;,,ii ,tim4 ,,ii1 #ad1 #bb1 #bc1 #bd4--,resp4 ,adriani pap4 ad ,carolum1 c4 ,,xlix2 ,s4 ,concil41 t4 ,,vii4---,ambr4 ,op41 t4 ,i1 ,de ,fid41 c4 ,v4 ,note #bhe3 ,th4 ,chr41 t4 ,,iii1 p4 #abde-abeb4 ,il est vrai que dans toutes les choses qui peuvent se discuter rationnellement1 la dcision de l'autorit n'est pas ncessaire2 mais ne doit-il pas suffire la raison qu'il lui soit dmontr que celui qui surpasse tout1 doit surpasser les forces de l'intelligence et de la dialectique des hommes8 ,quelle chose devrait plus indigner les fidles que de confesser un ,dieu que cette petite raison humaine pourrait comprendre8 ,c'est ce qu'ont senti et les saints et les philosophes4 ,les esprits clestes eux-mmes ne connaissent pas ,dieu pleinement4 ,le nom du fils de ,dieu1 dit ,herms1 ne peut tre prononc par une bouche humaine#bhf4 ,dieu1 c'est--dire le ,dieu qui n'est compris et cru que par le petit nombre ou par les plus grands des sages1 est le ,dieu inconnu2 ,incerti ,judaea ,dei1 dit ,lucain4 ,c'est le ,dieu cach de l'criture1 le ,dieu inconnu de l'autel d',athnes1 le mme1 ce semble1 que cet autel de la ,misricorde1 o ne s'offrait pas d'autre sacrifice que celui des brachmanes1 le sacrifice de la prire et des larmes1 l'autel dont parle ,stace3 ,nulli concessa potentum ,ara ,deum1 mitis posuit clementia sedom4 ,note #bhf3 ,id41 ibid41 p4 #abed4--;,ablard ne cite1 je crois1 nulle part ,herms qu' l'aide de saint ,augustin1 et rien ne me prouve qu'il et sous les yeux le texte ou la traduction de ces clbres apocryphes1 le ,pimandre ou l',asclpius4--,cf4 ,introd41 p4 #ajjd1 #ajji1 #ajab1 #ajeb1 etc41 et ,sic et ,non1 p4 #de4 ,que rpondront tout cela les professeurs de dialectique1 s'ils veulent discuter par raisonnement ce que leurs principaux docteurs affirment ne pouvoir tre expliqu8 ,ils se moqueront de leurs docteurs1 pour n'avoir pas tu la vrit que ,dieu leur inspirait1 vrit que ceux-ci font profession de ne pouvoir exposer en dissertant1 tenant pour plus vnrable ce qui surpasse davantage la porte de l'intelligence humaine4 ,ils ne rougissent pas de dclarer qu'ils entendaient et mme disaient bien des choses1 qu'ils professaient enfin des vrits qu'ils ne pouvaient dmontrer2 et mme ils se plaisaient tellement dans cette obscurit que1 sur les choses qu'ils auraient pu dmontrer1 ils tendaient le voile littral1 pour que la vrit dcouverte et nue ne ft pas mprise cause de la facilit de la comprendre4 ,les desses d'leusis apparurent une nuit au philosophe ,numenius1 en habit de courtisanes1 et se plaignirent qu'il les et arraches du sanctuaire de la pudeur1 parce qu'il avait donn l'interprtation de leurs mystres1 ,oh6 plt ,dieu que ceux qui s'affichent pour philosophes fussent1 mme en songe1 dtourns de leur prsomption1 et qu'on les vt cesser de nier l'existence de l'incomprhensible majest du ,dieu suprme1 parce qu'ils ne l'entendent pas discuter avec une parfaite vidence#bhg6 ,note #bhg3 ,id41 ibid41 p4 #abed4---,le songe de ,numenius est racont par ,macrobe1 7,somn4 ,scip41 t4 ,i1 c4 ,,ii47 ,mais voici l'objection3 ,que sert de dire une vrit qu'on ne peut expliquer8 et voici la rponse3 ,lorsqu'on entend1 touchant ,dieu1 quelque chose que l'on ne comprend pas1 l'auditeur est excit l'inquisition2 l'inquisition enfante l'intelligence1 si la dvotion l'accompagne4 ,aux uns a t donne la grce de dire1 aux autres celle de comprendre4 ,en attendant1 et tant que la raison ne se dvoile pas1 l'autorit doit suffire4 ,il faut s'en tenir la maxime connue3 ce qui est admis par tous1 par le plus grand nombre1 ou par les doctes1 ne doit pas tre contredit4 ,il est donc salutaire de croire ce qu'on ne peut expliquer1 d'autant que ce que l'infirmit humaine peut dmontrer n'est pas grand'chose1 et qu'il ne faut point appeler foi l'adhsion que nous arrache l'vidence rationnelle4 ,nul mrite auprs de ,dieu1 quand on ne croit pas ,dieu1 mais de petits arguments qui trompent souvent1 et qui peuvent peine tre saisis1 mme quand ils sont raisonnables#bhh4 ,note #bhh3 ,id41 ibid41 p4 #abee4---;,ce passage est en contradiction avec ce qu'il a dit dans l',introduction1 t4 ,,ii1 p4 #ajed et #ajeh4 ,voyez au prcdent chapitre1 p4 #bja et #bje4 ,la dernire objection des dialecticiens1 c'est qu'il faut repousser une foi qui ne peut tre dfendue1 faute de raisons videntes pour la soutenir4 ,mais nous leur demanderons ce qu'ils pensent de leurs matres qui ont enseign cette foi4 ,nous tenons du seul ,boce tout que nous savons de l'art de l'argumentation en usage aujourd'hui1 et c'est de lui que nous avons appris tout ce qui fait la force du raisonnement4 ,nous savons que c'est encore lui qui a dissert sur le dogme de la ,trinit1 exactement et philosophiquement1 en se conformant la classification des dix catgories#bhi4 ,accuseront-ils le matre mme de la raison1 et diront-ils qu'il s'est gar dans l'argumentation1 celui de qui ils font gloire de l'avoir apprise8 ,quoi8 le matre n'aura pas aperu ce qu'aperoivent ses disciples6 il n'aura pas vu par quelles raisons on peut infirmer ce qu'il soutenait6 ,je pardonne leur impudence2 qu'ils nous enlvent ce qu'ils voudront1 ceux qui ne savent point pargner leurs matres1 pourvu qu'ils ne troublent pas la foi des simples1 et que par les lacs des sophismes o dj ils sont eux-mmes envelopps1 ils n'entranent pas les autres dans la fosse o ils sont tombs4 ,pour viter un tel danger1 il ne reste qu' demander ,dieu un remde contre la contagion2 qu'il brise les machines de guerre de ceux qui s'efforcent de dtruire son temple par les coups redoubls du blier de leurs arguments4 ,note #bhi3 ,on a vu qu'il est douteux que ces ouvrages thologiques soient de ,boce4 7c4 #a1 p4 #afj47 ,mais enfin1 puisque l'importunit de ces querelleurs ne peut tre rprime par l'autorit ni des saints1 ni des philosophes1 et qu'il faut absolument leur rsister par le raisonnement humain1 nous avons rsolu de rpondre aux fous suivant la folie1 et de pulvriser leurs attaques par les moyens qui leur servent nous attaquer#bij4 ,note #bij3 ,theol4 ,chr41 p4 #abef4 ,ici ,ablard1 rentrant peut-tre plus compltement dans sa vraie pense1 revient l'ide qu'il faut prendre aux incrdules leurs armes1 et les confondre par leurs propres arguments4 ,si cette obscurit si profonde aveugle notre raison1 qui se signale plus par la religion que par le gnie1 et si tant de recherches des plus subtiles1 notre petitesse ne suffit pas ou succombe vaincue1 que nos adversaires n'imaginent point pour cela d'incriminer ou de censurer notre foi1 qui n'en vaudrait pas moins en elle-mme1 quand un homme aurait faibli dans la discussion4 ,que personne ne m'impute prsomption d'avoir entrepris ce que je n'aurai pas accompli2 mais qu'il pardonne une intention pieuse qui suffit auprs de ,dieu1 si l'habilet fait dfaut4 ,tout ce que nous exposerons sur cette haute philosophie1 nous professons que c'est une ombre et non la vrit1 une certaine ressemblance et non la chose mme4 ,quel est le vrai8 ,dieu le saura4 ,quel est le vraisemblable et le plus conforme aux raisons philosophiques8 je pense que je le dirai4 ,en cela1 si mes fautes veulent que je m'carte de la pense et du langage catholiques1 qu'il me pardonne1 celui qui juge des oeuvres par l'intention1 prt que je suis toujours donner toute satisfaction en effaant ou corrigeant tout ce qui sera mal dit1 lorsqu'un fidle m'aura redress par la vertu de la raison ou l'autorit de l'criture#bia4 ,note #bia3 ,id41 ibid41 p4 #abef-abeh4 ,ceci est repris du prologue de l',introduction1 p4 #igd4--,voy4 ci-dessus1 p4 #ahe4 ,,iii4 ,la trinit des personnes qui sont en ,dieu1 est un seul ,dieu#bib4 ,la religion de la foi chrtienne tient invariablement1 croit salutairement1 affirme constamment1 professe sincrement que le ,dieu un est trois personnes1 le ,pre1 et le ,fils1 et le ,saint-,esprit1 un seul dieu et non plusieurs dieux1 un seul crateur de toutes choses visibles et invisibles44444 un en tout1 sauf en ce point1 la distinction des personnes4 ,elles ne sont pas trois dieux ni trois seigneurs1 mais trois personnes1 dont chacune n'est aucune des deux autres1 quoique chacune soit ,dieu tout entier4 ,la substance des trois personnes1 ou la substance de ,dieu1 est donc simple et une2 c'est une essence indivise1 une puissance1 une majest1 une gloire1 une raison1 une opration2 en un mot1 la seule exception l'unit divine est dans la diffrence des proprits2 celle d'une personne ne peut jamais tre transporte dans une autre1 car elle ne serait plus proprit1 mais communaut4 ,note #bib3 ,theol4 ,chr41 t4 ,,iii1 p4 #abeh-abgj4 ,certaines choses sont dites de ,dieu qui ne peuvent tre entendues que d'une des personnes et non de plusieurs4 ,quand on dit que ,dieu est inengendr1 cela ne peut s'entendre que du ,pre1 car le ,saint-,esprit1 qui n'est pas engendr1 n'est pas pour cela inengendr4 ,ce qui n'est pas juste n'est pas ncessairement injuste2 exemple1 une pierre ou un arbre4 ,certaines choses peuvent tre dites de ,dieu qui s'appliquent soit collectivement1 soit sparment1 toutes les personnes ou chacune2 ainsi ,dieu1 ,seigneur1 ,crateur1 ,tout-,puissant1 ternel1 etc41 cela peut se dire de toute la ,trinit et de chaque personne de la ,trinit4 ,certaines choses ne peuvent se dire que des trois ensemble1 ainsi le nom mme de ,trinit3 ,dieu est la ,trinit1 ,dieu est pre2 le ,pre n'est pas la ,trinit1 ,trinit est le nom propre des trois ensemble4 ,enfin il y a un nom1 un seul qui convient chacune d'elles1 mais non toutes ensemble1 c'est le nom mme de personne2 il convient toutes1 mais sparment et non simultanment4 ,dans cette trinit des personnes1 aucune n'est substantiellement diffrente des deux autres1 aucune n'en est numriquement spare2 chacune est diffrente de chaque autre seulement par la proprit1 non1 encore une fois1 dissemblable substantiellement ou numriquement1 comme le croit ,arius4 ,ainsi le ,pre n'est pas autre chose 7aliud7 que le ,fils ou le ,saint-,esprit1 ni le ,fils que le ,saint-,esprit2 il n'est pas autre chose en nature1 mais il est autre 7alius7 en personne3 celui-ci n'est pas celui-l1 mais il est ce qu'est celui-l4 ,socrate est diffrent numriquement de ,platon1 c'est--dire qu'il est autre par la distinction de l'essence propre1 mais il n'est pas autre chose1 c'est--dire qu'il n'est pas substantiellement diffrent1 puisque tous deux sont de mme nature1 quant la communaut de l'espce3 l'un et l'autre est homme4 ,rien n'est en ,dieu qui ne soit ,dieu4 ,car tout ce qui existe dans la nature ou est ternel1 et c'est ,dieu1 ou a commenc1 et vient de ,dieu2 hors de l1 il n'y a que le pch et l'idole1 qui sont nos oeuvres et non les oeuvres de ,dieu4 ,la sagesse1 la puissance qui sont en ,dieu sont ,dieu mme4 ,si l'on prtend que les qualits de ,dieu soient en lui1 sans tre ni lui ni cres par lui1 mais qu'elles demeurent ternellement en lui ou sont coternelles la divine substance dans laquelle elles sont1 nous demanderons si elles sont en ,dieu substantiellement ou accidentellement4 ,si elles y sont substantiellement1 elles constituent la substance de ,dieu1 elles sont alors antrieures 7priores7 ,dieu1 comme la raison est dite antrieure 7prior7 l'homme1 tant sa forme constitutive4 ,ainsi1 par exemple1 le ,dieu sage serait constitu par la substance de la divinit et la sagesse1 il serait un tout compos de matire et de forme1 il aurait un principe4 ,si1 au contraire1 les qualits lui appartiennent accidentellement1 ,dieu est sujet aux accidents1 proposition condamne par tous les philosophes et tous les catholiques4 ,l'accident peut tre ou ne pas tre1 il est mutable1 omissible1 il dpend de l'altrabilit du sujet2 on peut dire qu'il est la forme d'une chose corruptible2 comment serait-il compatible avec la nature divine8 ,la sagesse ne pouvant tre en ,dieu une forme ni substantielle ni accidentelle1 il reste qu'elle est ,dieu1 et de mme la puissance1 et de mme les autres attributs4 ,dieu n'est une substance qu'autant que c'est une substance unique1 incomparable1 au del ou au-dessus de la substance2 de mme1 les proprits qui sont dans cette substance ne peuvent tre rgulirement appeles formes ni accidents1 et elles n'ont d'autre effet que la distinction des personnes2 et cette diffrence n'est pas celle de la personne de ,socrate celle de ,platon1 les trois personnes n'ayant qu'une essence1 tandis que ,socrate et ,platon n'ont pas la mme essence ou la mme substance essentielle4 ,grande et subtile distinction2 il faut que l'identit d'une substance unique1 l'unit indivisible de l'essence1 ne fasse pas obstacle la diversit des personnes1 et ne nous conduise pas l'erreur de ,sabellius2 il faut que la diversit des personnes ne soit pas un empchement l'unit de la substance1 et ne nous jette pas dans l'erreur d',arius4 ,on ne voit pas bien comment ,ablard conciliera ces ides gnrales avec l'attribution de la puissance au ,pre1 de la sagesse au ,fils1 de l'amour au ,saint-,esprit1 et aucun thologien qui adopte en tout ou en partie cette rpartition ne nous a paru clair et consquent4 ,ablard ne l'abandonne pourtant pas1 et il prsente mme d'une manire spcieuse la rserve d'une part1 minente dans la puissance en faveur du ,pre1 car les autres attributions ne sont pas contestes4 ,tout ce qui concerne la puissance est1 dit-il1 attribu au ,pre2 d'abord la cration est tire du nant1 et le ,pre cre par son ,verbe1 non le ,verbe par le ,pre2 c'est le ,pre qui donne pouvoir et mission1 c'est lui qui envoie le ,fils 7,galat41 iv1 #d7 de qui il est crit qu'il s'est rendu obissant son ,pre 7,phil41 ii1 #h74 ,dans ses souffrances1 c'est le ,pre que le ,fils invoque1 et il parle toujours de son pouvoir comme d'un don que le ,pre lui a fait4 ,quant la sagesse dans le ,fils1 elle est nomme textuellement dans l'criture1 ,saint ,jean dit aussi que le ,pre a donn tout jugement au ,fils 7v1 #bb71 et le ,verbe est le ,logos1 et le ,logos est la raison1 dit saint ,augustin#bic4 ,que la distribution des dons de ,dieu appartienne au ,saint-,esprit1 c'est ce qu'on lit partout2 lui donc tout ce qui vient de la bont4 ,ainsi la distinction des trois proprits se justifie4 ,le dialecticien peut tre le mme que l'orateur1 mais son attribut comme orateur n'est pas le mme que comme dialecticien#bid4 ,note #bic3 ,quaest4 ,,lxxxiii1 c4 ,,xliv4 ,note #bid3 ,th4 ,chr41 p4 #acji-acaa4 ,si nous n'avions crainte de fatiguer le lecteur des redites ncessaires de l'argumentation scolastique1 il y aurait ici une controverse merveilleuse de subtilit a drouler devant lui2 mais il faudrait la donner tout entire1 car elle brille surtout par les dtails1 par cette mthode minutieuse qui ne nglige aucune des formes successives du raisonnement1 qui poursuit la mme pense sous toutes les expressions possibles de la science4 ,la grandeur manque cette discussion1 mais non la rigueur1 la sagacit1 l'opinitret2 les mathmatiques seules offrent des exemples analogues1 parce qu'elles ont seules une langue comparable et suprieure encore comme instrument d'analyse la langue systmatique des pripatticiens du moyen ge4 ,nous renonons donner1 mme par chantillons1 cette controverse1 qui1 srieuse pour le fond1 semblerait purile de formel mais nous devons dire qu'elle nous parat embrasser tout l'ensemble des objections leves de tout temps contre le dogme par les adversaires du christianisme4 ,quinze de ces objections attaquent la ,trinit au nom de l'unit2 huit1 la ,trinit admise1 sont diriges contre l'unit2 toutes reviennent cette argumentation3 ,la ,trinit est nominale ou relle4 ,nominale1 elle n'est qu'une notion arbitraire2 autant de noms peuvent tre donns la divinit1 autant elle devrait compter de personnes1 et il est trange que des noms1 accidents passagers des langues humaines1 constituent des choses ternelles4 ,relle1 la ,trinit est la triplicit de substance1 car l'unit de substance est la condition de toute ralit3 trois personnes relles ne peuvent tre consubstantielles4 ,que devient alors l'unit de ,dieu8 ,trois personnes sont trois choses2 dire qu'elles sont semblables1 c'est dire qu'elles diffrent en quelque chose1 et si elles diffrent1 l'unit numrique de l'essence est impossible4 ,la question qu',ablard rsume ainsi1 ,grgoire de ,nazianze la posait dans ces vers3 ,grec3 ,ps triazet1 trias palin ,enizet3 7,,xi1 de ,vit4 sua47 ,ablard a raison de dire que toute la difficult scientifique de ces objections est celle de concevoir la diversit des personnes1 sans leur assigner aucun des modes de diffrence admis par les philosophes2 mais il ajoute aussitt que la nature singulire de la divinit doit bien exiger un langage singulier4 ,platon n'ose dire ce que c'est que ,dieu1 la sagesse incarne seule l'a dit3 ,dieu est esprit4 7,jean1 ,,iv1 #bd47 ,mais c'est un esprit auprs duquel tout autre est corporel et grossier4 ,nos docteurs1 qui ramnent tout la logique1 n'ont pas mme os mettre ,dieu au nombre des choses1 peu prs par le mme scrupule qui dcidait ,platon insrer entre nulle substance et quelque substance1 entre le nant et les ralits actuelles1 son ,hyle1 cet tre informe1 matire universelle qui n'est aucun tre et d'o tous les dires sont pris1 materia1 mater rerum4 ,aux difficults de la science humaine1 il y a donc une premire rponse gnrale dans cette parole de saint ,jean3 ,ce qui est de la terre parle de la terre4 7,,iii1 #cd47 ,souvenez-vous que1 comme votre science1 votre langage est terrestre4 ,les matres n'osent faire de ,dieu ni une substance ni aucune chose2 essayez donc1 aprs cela1 de concilier la divinit et vos dix catgories1 ou plutt distinguez profondment l'incr du cr1 et tchez d'avoir deux langages4 ,n'imitez pas cependant ces hrtiques d'hier1 thologiens en titre1 qui1 du haut de la chaire enseignante1 annoncent que ,dieu ne peut tre ,pre1 ,fils ou ,saint-,esprit accidentellement1 et que les proprits des personnes sont ncessairement relles en dehors de son essence1 si l'on ne veut que la ,trinit s'vanouisse4 ,il ne faut pas chercher une diffrence plus grande entre ,dieu le ,pre et ,dieu le ,fils qu'entre un homme pre de celui-ci et le mme homme fils de celui-l4 ,s'il est vrai qu'en ,dieu tout est ,dieu1 ce n'est que relativement qu'il peut porter un autre nom que ,dieu4 ,les proprits des personnes sont donc des relations4 ,ce que signifie la distinction des personnes1 c'est que par disjonction on dit ,dieu le ,pre1 ,dieu le ,fils1 ,dieu ,saint-,esprit2 c'est une distinction relative1 ce sont des noms relatifs2 seulement il ne s'agit point de relation une autre personne4 ,le terme auquel le premier terme est relatif manque1 ou plutt les relations de ,dieu sont ,dieu mme3 le ,pre est pre de ,dieu1 le ,fils fils de ,dieu1 le ,saint-,esprit procde de ,dieu2 aussi la thologie appelle-t-elle les relations relations intrieures de la divinit#bie4 ,note #bie3 ,opponunt ,deum non esse tres personas nisi etiam tria4 7,theol4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4#abjb47 ,la rponse cette objection repose sur une diffrence entre tres et tria1 conforme galement au langage dialectique 7car tria1 c'est tres res1 tandis que tres se rapporte personae7 et au texte de l'vangile3 ,grec3 kai outoi oi treis en eios1 les trois sont un1 unum4 7#a ,ep4 de ,jean1 ,v1 #g47 ,mais par malheur en grec treis ne peut se rapporter personnes1 ,grec3 prospa4 ,les trois personnes ne sont pas ncessairement trois tres1 trois choses1 tria2 cette expression synthtique la trinit des personnes n'emporte pas une division ncessaire de ses lments1 pas plus que le vingt et unime n'est sparment le vingtime et le premier1 pas plus que la demi-maison n'est divisment la maison et la demie1 pas plus que le verbe fait chair n'est fait ou cr4 ,dieu est trois en ce sens qu'il est triple de proprit ou de dfinition2 il n'est multiple qu'en personnes1 c'est--dire en proprits personnelles4 ,la similitude entre les personnes n'entrane aucune distinction substantielle4 ,pourquoi ne tiendrait-on pour semblables que des choses qui diffrent numriquement8 ,pourquoi celles qui ne sont distinctes que par les proprits1 n'admettraient-elles pas un rapport de similitude8 ,la proposition et la conclusion sont choses semblables sous plusieurs rapports1 et cependant elles ne sont pas choses spares numriquement2 elles ne sont pas deux choses1 puisque une conclusion1 est la fois conclusion et proposition4 ,mais on dit que1 d'une part1 chacune des trois personnes est ,dieu1 essence divine2 que1 d'une autre part1 aucune d'elles n'est l'une des deux autres1 et l'on conclut qu'elles sont plusieurs dieux ou plusieurs essences divines4 ,il faut rpondre en contestant ce passage du singulier au pluriel4 ,socrate est le frre d'un homme1 ,platon est le frre d'un autre2 ,socrate et ,platon sont-ils frres8 ,deux hommes sont chacun une intelligence2 l'intelligence est-elle donc plusieurs choses et non pas une chose8 ,chaque tre a sa dure1 ou dure son temps2 y a-t-il donc des temps diffrents8 ,le temps n'est-il pas unique8 ,tous les membres d'un homme font un homme1 de tous ces membres on peut dire3 c'est un homme2 coupez une main1 l'homme reste1 mais ne se double pas1 il n'y a toujours qu'un homme4 ,d'o vient donc que parce que chaque personne de la ,trinit est ,dieu1 les trois personnes feraient trois dieux8 ,un homme qui sait trois arts est trois artistes1 et non trois hommes4 ,tout dpend donc de l'ide qu'on se fait de la diffrence qui constitue chaque personne4 ,il est enseign que c'est une diffrence de dfinition1 non d'essence4 ,l'honnte et l'utile ne sont pas la mme chose1 ils se dfinissent diffremment1 quoique l'honnte soit utile4 ,l'orateur et le grammairien ne sont pas identiques1 quoique la mme essence soit le sujet du grammairien et de l'orateur4 ,ainsi le ,pre et le ,fils sont diffrents avec la mme substance2 l'un n'est pas l'autre pour cela4 ,si l'on dit quelquefois le ,pre est le ,fils1 cela signifie que le ,fils est ,dieu comme le ,pre1 tuais non qu'il soit par les proprits le mme que 7idem quod7 le ,pre4 ,sans doute il ne faut pas trop s'attacher aux termes2 encore faut-il que les termes soient catholiques4444 ,on ne doit point forcer les expressions figuratives qui ne sont point prises dans le sens propre1 ni les pousser au del de ce que prescrit l'usage et l'autorit4 ,de ce qu'on dit que ,dieu ne connat pas les mchants1 doit-on conclure que ,dieu ne connat pas tout8 ,ces mots3 ,j'adore la croix1 signifient-ils que j'adore un bois insensible8 ,transports des cratures au crateur1 les noms de pre et de fils acquirent une signification spciale1 expriment une relation qui n'a point sa pareille4 ,quand on parle de ,dieu1 la plus grande discrtion1 c'est--dire le plus grand effort de discernement1 est ncessaire4 ,gardons-nous des expressions qui pourraient1 contre les paroles d',athanase1 conduire la confusion des personnes1 neque confundentes personas4 ,en vain invoquerait-on la rgle du syllogisme3 ,tout ce qui s'affirme du prdicat s'affirme du sujet1 ou bien si ,a est ,b et que ,b soit ,c1 ,a est ,c2 il faudrait donc l'entendre comme si1 ds qu'une chose est dite d'une autre chose1 tout propre du prdicat tait propre du sujet1 et admettre par exemple que si cet homme est ce corps1 comme ce corps est ce qui ne s'anantit pas1 cet homme est ce qui ne s'anantit pas4 ,les distinctions du bon sens doivent prsider l'emploi des rgles de l'art4 ,la relation qui constitue la proprit de chacune des trois personnes1 a quelque chose de mystrieux2 elle ne rentre pas exactement dans les cadres de la science1 elle ne peut donc tre exprime que par des similitudes1 sub quadam pia similitudinis umbra4 ,les comparaisons sont permises1 mais il faut s'en dfier1 aussi les voyons-nous employes dans cet ouvrage avec beaucoup de rserve4 ,celle du sceau d'airain fait place une comparaison prise d'une image de cire1 et c'est avec brivet et prcision qu',ablard en use pour expliquer1 en quelque manire1 la gnration du ,fils4 ,comme l'image de cire est de la cire 7ex cera71 comme l'espce est du genre1 la sagesse divine1 tant une certaine puissance1 est de la puissance divine 7ex potentia72 et en ce sens l'homme est la mme chose que l'animal1 l'image de cire la mme chose que la cire1 mais sans rciprocit4 ,semblablement1 le ,fils est de la mme substance que le ,pre1 la sagesse est essentiellement puissance1 mais il n'y a pas identit absolue4 ,la sagesse est comme une partie de la puissance2 il faut dire comme une partie1 parce que ,dieu est indivisible4 ,le ,fils est du ,pre comme la sagesse est de la puissance1 voil la gnration4 ,quel mode de gnration8 ,le ,pre ou la puissance est-il matire1 cause1 principe1 antcdent quelconque du ,fils ou de la sagesse8 ,nulle de ces expressions ne doit tre prise au propre3 la matire est assujettie la forme1 mais non pas ,dieu2 la cause suppose l'effet1 et le ,fils n'est point un effet2 le principe1 l'origine1 ne s'applique point un tre ternel qui a dit de lui-mme3 ,principium qui et loquor vobis 7,johan41 viii1 #be72 rien en ,dieu ne peut tre l'antcdent de ,dieu mme#bif4 ,aucune priorit d'essence non plus que de dignit n'est possible entre les personnes divines4 ,le ,pre n'est point d'un autre ni par un autre1 tandis que le ,fils est du ,pre et par le ,pre2 mais cette diffrence ne constitue aucune supriorit4 ,la gnration ne constitue aucune priorit1 parce qu'elle ne suppose aucune succession4 ,dieu1 en engendrant le ,fils1 ne s'engendre pas lui-mme et n'engendre pas un autre ,dieu que lui2 mais c'est un acte de gnration ternelle3 le ,fils est engendr toujours 7gignitur71 et toujours il est engendr 7genitus est72 les relations des personnes de la ,trinit sont coternelles#big4 ,resterait examiner ce que c'est qu'tre d'un autre1 par un autre1 esse ab alio1 si cela ne veut pas dire avoir un autre pour cause1 principe ou matire1 ou tout au moins si cela n'exprime pas la gnration d'une substance dtache d'une autre substance2 mais c'est l prcisment ce qu',ablard ne discute pas4 ,il affirme1 et c'est tout4 ,il pose les expressions reues1 consacres1 et s'abstient de les dfinir fond4 ,ce parti pouvait tre le plus sage1 mais bien plus sage encore il et t de dire sans commentaire et comme axiome1 non de la raison1 mais de la foi3 ,jsus-,christ est le fils de ,dieu et il est ,dieu4 ,note #bif3 ,tout ceci est d'une orthodoxie plus rigoureuse que l'glise mme ne l'exige4 ,plus d'un ,pre a1 sans encourir aucune censure1 employ des expressions qu',ablard s'interdit1 et il cite ici mme1 en les dsapprouvant1 des paroles de saint ,augustin qui conduiraient aisment l'hrsie1 par exemple que le pre est la cause de sa sagesse1 qu'il est le principe de la divinit1 etc4 7,th4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4 #acba47 ,note #big3 ,th4 ,chr41 l1 ,,iv1 p4 #acbd-acbf4 ,ce point a t contest4 ,l'auteur d'une dissertation contre ,ablard 7,anonymus ,abbas7 trouve contraire la dignit du ,fils de dire qu'il soit toujours actuellement engendr1 semper gigni4 ,il faut dire qu'il est toujours un engendr1 semper genitum esse4 7,disput adv4 ,ab4 dogm41 t4 ,,iii1 in ,bibl4 ,cisterc4 t4 ,,iv1 p4 #bea47 ,ablard ne s'en est pas tenu l2 l'glise ne s'en tient pas l4 ,elle analyse les termes1 et elle explique ce qu'elle dclare incomprhensible4 ,le philosophe tait donc autoris s'efforcer de rapprocher de plus en plus la raison humaine de l'intelligence des mystres4 ,c'est pourquoi il n'a rien nglig pour tablir mthodiquement la foi touchant la ,trinit1 cette foi qui lui parat ne manquer personne4 ,indpendamment des citations des anciens1 ceux-mmes1 dit-il1 qui repoussent les mots sacramentels de notre foi1 ,dieu le pre1 ,dieu le fils1 sont d'accord avec nous sur le fond de l'ide4 ,demandez-leur s'ils croient la sagesse de ,dieu1 s'ils croient sa bont3 cette croyance suffit2 avec cet aveu1 on peut convertir les plus loigns de nous4 ,c'est pour eux qu'il est crit3 ,on croit du coeur la justice4 7,rom4 ,x1 #aj47 ,voil1 dit ,ablard en finissant1 ce que nous avons os crire touchant la plus haute et incomprhensible philosophie de la ,divinit1 incessamment forc et provoqu par l'importunit des infidles1 n'affirmant rien de ce que nous disons1 et ne prtendant pas enseigner la vrit que nous faisons profession de ne pas savoir4 ,mais ceux qui se glorifient de combattre notre foi1 ne cherchent pas non plus la vrit1 mais le combat4 ,attaqus1 si nous pouvons leur rsister1 il doit suffire que nous nous dfendions4 ,ceux1 qui se font agresseurs1 s'ils ne triomphent1 succombent dans leur dessein et disparaissent4 ,et puisqu'ils nous attaquent principalement avec des raisons philosophiques1 nous aussi nous avons de prfrence1 recherch celles qu'on ne saurait pleinement entendre1 si l'on n'a consacr ses veilles aux tudes philosophiques et surtout dialectiques4 ,il tait vraiment ncessaire que notre rsistance nos adversaires ust des moyens qu'ils acceptent1 nul ne pouvant tre accus ou rfut que sur les points accords par lui1 pour que ce jugement de la vrit ft accompli3 ,sur le tmoignage de ta propre bouche1 mauvais serviteur1 je te condamne#bih4 ,note #bih3 ,theol4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4 #acdd4---,luc1 ,,xix1 #bb4 ,on ne sait plus gure la thologie2 et peut-tre pensera-t-on que ces distinctions infinies sur la nature de la ,trinit sont l'oeuvre spciale du gnie subtil d',ablard1 tout au moins un produit passager de l'esprit ingnieusement frivole des scolastiques1 et dans tous les cas une collection dangereuse d'ides hasardes et d'hrsies en germe4 ,qu'on se rassure1 ,ablard a trs-peu invent4 ,sauf quelques arguments de dtail1 il ne sort pas du cercle trac par les thologiens4 ,des questions qu'il parcourt1 bien peu ont t inconnues des ,pres de l'glise2 toutes se sont perptues dans les coles de thologie4 ,nous devons mme ajouter qu'en gnral les solutions qu'il donne sont lgitimes1 et que1 mme sur les points abandonns l'apprciation des docteurs1 sur les questions restes ouvertes1 il se dcide communment pour le sentiment le plus correct et le mieux autoris4 ,il faut ici qu'on daigne nous en croire1 sans nous demander nos preuves4 ,mais si l'on veut feuilleter1 non pas ,richard de ,saint-,victor1 saint ,thomas1 ,albert le ,grand1 non pas les docteurs de l'cole1 mais tous les thologiens srieux jusqu'au ,x,v,i,i,ie sicle1 par exemple le ,p4 ,petau1 qui ne passe point pour avoir fait abus de scolastique1 on verra que les questions traites par ,ablard1 et bien d'autres non moins subtiles1 non moins dlicates1 font une partie essentielle de la science thologique1 et sont assez souvent rsolues par les meilleures autorits dans le mme sens que par le docteur auquel saint ,bernard disait anathme4 ,nous n'entendons pas dire cependant que tout soit1 au point de vue de l'orthodoxie1 irrprochable dans ,ablard4 ,au reste1 on en va mieux juger4 ,,chapitre ,,iv4 ,,des ,,principes ,,de ,,la ,,th,,ologie ,d',,ab,,lard4--,,objections ,,des ,,contemporains4 ,arrtons-nous quelques moments1 et recherchons comment la doctrine d',ablard touchant la nature de ,dieu1 a t juge1 comment nous devons la juger nous-mmes4 ,de toutes ses thories1 sa thorie de la ,trinit fut la plus fatale son repos4 ,pour elle1 il fut condamn ,soissons1 et lorsque vingt ans plus tard il clairait et complta son premier ouvrage par un second1 c'est encore de ses ides sur la ,trinit qu'il eut principalement rpondre devant le concile de ,sens4 ,contre ce point capital de sa thologie1 les griefs de l'glise sont dposs dans les crits de ,guillaume de ,saint-,thierry1 de ,geoffroi d',auxerre1 de ,gautier de ,mortagne1 de ,gautier de ,saint-,victor1 et surtout de saint ,bernard1 le vritable auteur de la perte d',ablard#bii4 ,c'est l que nous irons chercher ces griefs pour les exposer et les discuter4 ,note #bii3 ,guillelm4 ,s4 ,theod4 ,disputatio adv4 ,p4 ,abl1 ad vener4 ,gaufredum1 carnut4 episc4 et ,b4 ,bernardum1 clar4 abb4 7,biblioth4 ,patr4 ,cisterc41 t4 ,,iv1 p4 #aab-abf47 ,disputatio anonym4 ,abbat4 adv4 ,p4 ,abl4 dogmata4 7,ibid41 p4 #bch-beh47---;,gualter4 de ,mauritan41 episc4 laudun41 ,epistola adv4 ,p4 ,abl1 7,spicileg41 ,d4 ,luc d',achery1 ed4 #agbc1 t4 ,,iii1 p4 #ebd47--,l'ouvrage en quatre livres de ,gautier de ,saint-,victor 7,liber ,m4 ,walteri1 prior4 ,s4 ,vict41 ,paris47 n'a pas t publi4 ,il tait dirig contre ,ablard1 ,p4 ,lombard1 ,gilbert de la ,porre et ,pierre de ,poitiers4 ,il est connu par de longs extraits que ,duboulai en a donns4 7,hist4 univ4 parisiens41 t4 ,,ii1 p4 #fbi-fej47---,s4 ,bernardi ,epist4 ,,clxxxvii et seq41 ,,cccxxxvii et seq4 et ,tract4 contr4 error4 ,abl4 seu ,opusc4 ,,xi4 7,op4 omn41 v4 ,i1 t4 ,i et ,,ii7--,hugues et ,richard de ,saint ,victor ont aussi critiqu ou indirectement rfut certaines opinions d',ablard 7,hugon4 ,s4 ,vict41 ,op41 #h vol4 in-fol41 #afah1 t4 ,,iii1 ,summ4 sent41 ,tract4 ,i1 p4 #dcj4 ,de ,sacram41 t4 ,,ii1 para ,,xiii1 c4 ,,vii1 p4 #ffi4---,rich4 ,s4 ,vict4 ,op4 passim47--,bernard de ,luxembourg1 dans son ,catalogue haereticorum1 fol4 lxiii1 veut qu'une des ptres de saint ,anselme soit dirige contre ,ablard2 mais c'est une erreur vidente4 ,i4 ,la mthode gnrale d',ablard tait le premier4 ,il veut traiter l'criture sainte comme la dialectique1 dit ,guillaume de ,saint-,thierry1 et il contrle la foi par la raison4 ,par l1 dit ,gautier de ,mortagne1 il a ramen la foi n'tre qu'une simple opinion4 ,et dans la lettre clbre o saint ,bernard1 s'adressant au pape1 runit et discute les principaux chefs d'accusation1 il commence par celui-l#cjj4 ,note #cjj3 ,ab4 ,op41 p4 #bgj1 et ,s4 ,bernardi ,op41 ,ep4 pap4 ,innocent41 t4 ,i ep4 cxc4 et t4 ,,ii1 p #faj4 ,nous avons en ,france un thologien nouveau1 devenu tel d'ancien matre qu'il tait1 et qui aprs s'tre jou ds son premier ge dans l'art dialectique1 s'gare maintenant dans la science de l'criture sainte4 ,il s'efforce de ranimer de vieux dogmes assoupis et dj condamns1 les siens et ceux des autres1 et de plus il en ajoute de nouveaux4 ,comme de toutes les choses qui sont au-dessus du ciel et au-dessus de la terre1 il ne daigne rien ignorer1 except la sainte ignorance 7nihil proeter solum nescio quid nescire71 il lve la face vers le ciel et scrute les profondeurs de ,dieu2 puis1 revenant vers nous1 il nous rapporte des mots ineffables qu'il n'est pas permis l'homme de prononcer4 ,et prt rendre raison de tout1 il prsume des choses au-dessus de la raison1 contre la raison1 contre la foi4 ,quoi de plus contraire en effet la raison que l'effort de surmonter la raison par la raison8 ,et quoi de plus contraire la foi1 que de refuser de croire rien de ce qu'on ne peut atteindre par la raison8 ,enfin voulant interprter cette parole du sage3 ,qui croit vite est lger de coeur 7,eccles4 xix1 #d473 ,croire vite1 dit-il1 c'est accorder la foi avant la raison1 tandis que ,salomon n'a point voulu dans cet endroit parler de la foi en ,dieu1 mais de la crdulit mutuelle entre les hommes4 ,car pour la foi en ,dieu1 le pape saint ,grgoire nie qu'elle ait aucun mrite1 si la raison humaine l'appuie de son exprience4 ,ablard n'a jamais prtendu surprendre par le raisonnement les secrets de ,dieu1 ni sacrifier la foi la raison4 ,sans doute il a mal propos appliqu la foi religieuse une parole de l',ecclsiastique1 qui n'a trait qu' la crdulit dans les relations des hommes2 c'est une maxime de morale pratique1 on mme de prudence humaine1 comme il y en a tant dans les livres du ,sage2 ce n'est point une rgle de foi4 ,mais quel est le thologien qui ne s'est jamais empar de passages de l'criture1 pour leur attribuer une valeur dogmatique8 ,la distinction du sens littral et du sens figur semble tout autoriser d'avance4 ,dans les crivains sacrs1 dans les prdicateurs1 bien des citations sont des applications ingnieuses plutt que des tmoignages directs4 ,il faut donc carter le texte et voir la pense4 ,quand ,ablard dit qu'on doit comprendre ce qu'on enseigne1 il rpte ce que saint ,augustin1 qu'il cite1 avait exprim presque dans les mmes termes#cja4 ,cette pense ne cesse d'tre la chose la plus simple que lorsqu'elle devient le principe d'une mthode thologique4 ,il s'agit alors de la question gnrale de l'application de la raison la foi4 ,note #cja3 ,introd41 t4 ,i1 p4 #ihe1 et t4 ,,ii1 p4 #ajjc4 ,voyez nos chapitres prcdents passim4 ,faut-il dans l'tude de la thologie mettre la raison humaine en interdit8 ,l'affirmative n'est pas soutenable4 ,la raison humaine est apparemment aussi indfectible que l'glise1 et la foi la plus absolue matrise la raison et ne la supprime pas2 si l'on voulait prendre la lettre certains anathmes des saints et mme des aptres1 pour professer en thse l'incompatibilit radicale de la raison et la foi1 tous les crivains sacrs protesteraient l'envi4 ,quand tout est calme1 quand on n'abuse point de leurs concessions1 le christianisme n'a point d'apologistes qui ne cherchent concilier ces deux choses1 la foi et la raison4 ,seulement elles sont conciliables jusqu' un certain point2 toute la difficult gt dans l'apprciation des droits respectifs1 et dans la fixation des conditions de l'alliance4 ,de l vient qu'on trouve dans les auteurs des passages contradictoires1 et tantt pour1 tantt contre la raison4 ,tout chrtien est rationaliste1 tout chrtien est croyant en une certaine mesure1 et celui qui en invoquant la raison1 tmoigne d'une adhsion sincre la foi chrtienne1 d'un attachement scrupuleux la tradition1 nous parat irrprochable1 au moins tant qu'il reste dans les termes gnraux4 ,dans ces termes1 nous croyons l'entire innocence d',ablard4 ,il s'est bien propos d'enseigner1 ou plutt de dfendre la foi par la raison1 mais1 sans cesse il l'a dclar1 la foi des aptres1 non une foi nouvelle2 voulant expliquer le dogme plutt que le prouver1 le rendre intelligible plutt que dmonstratif2 jaloux seulement de satisfaire les esprits exigeants qui tiennent se rendre compte de ce qu'ils croient1 et de confondre les raisonneurs infidles qui rejettent tout ce qui ne se discute pas4 ,il parle avec soumission de l'autorit1 avec respect de l'glise1 avec modestie de son entreprise1 avec dfiance de ses lumires#cjb4 ,note #cjb3 ,introd4 prol41 p4 #hgd1 t4 ,,ii1 p4 #ajfe1 #ajgj4 ,theol4 ,chr41 l4 ,,iii1 p4 #abef et seq41 t4 ,,iv1 p4 #acaf1 #acdd4 ,mais sortez des termes gnraux1 et peut-tre concevrez-vous mieux les scrupules et les alarmes de ses adversaires4 ,d'abord1 si les consquences auxquelles l'a conduit sa mthode taient fausses ou dangereuses1 sa mthode serait suspecte2 il faudrait au moins se dfier de l'esprit dans lequel il l'emploie4 ,aussi saint ,bernard1 passant immdiatement a l'examen des opinions produites1 s'attache-t-il condamner la science par ses oeuvres4 ,mais avant d'avrer jusqu' quel point les oeuvres d',ablard dposent contre sa foi1 il faut savoir si chez lui domine le principe de l'autorit ou le principe de l'examen2 car de l dpend l'esprit d'un livre4 ,les tudes antrieures d'un crivain1 ses ouvrages publis1 le tour de ses ides1 le genre de sa renomme1 tout dtermine sa tendance et classe son oeuvre4 ,reconnaissons que toutes ces circonstances se runissaient pour dnoncer ,ablard1 en quelque sorte1 ds qu'il s'avisait de thologie4 ,chrtien de coeur1 orthodoxe d'intention1 il tait rationaliste par l nature et les antcdents de son gnie2 il n'avait touch rien sans innover en quelque chose2 il s'tait constamment targu de penser sans matre1 ou mme de faire changer de matre l'esprit humain1 prtention de mauvais augure et de funeste consquence4 ,le rationalisme chrtien n'est pas formellement dfendu ni condamnable de plein droit4 ,certaines coles thologiques le redoutent et le fuient2 pour toutes1 il est sur une pente prilleuse1 et l'on ne citera pas1 je crois1 d'acte solennel qui l'ait prescrit ou recommand2 mais il est permis1 et d'imposantes autorits ne lui manqueraient pas4 ,parmi les ,pres1 ,origne1 si l'on doit lui donner ce nom1 a t le premier1 dans toute la force du terme1 un chrtien rationaliste1 mais il a failli1 et pour cela peut-tre4 ,voyez avec quel soin ,ablard se justifie de le citer1 en s'appuyant de l'exemple de saint ,jrme#cjc4 ,le modle du philosophe chrtien1 le type d'une orthodoxie raisonne1 parat tre saint ,augustin2 et encore dans notre temps1 o les triomphes et les excs du rationalisme ont fait verser les crivains sacrs du ct de l'autorit1 qui sait s'il ne se trouverait pas des gens pour nous dire qu',augustin est plus digne de respect que d'imitation8 ,le livre le plus dtest peut-tre depuis deux sicles par les dfenseurs en titre de l'unit1 porte ce nom3 ,augustinus2 celui qui l'crivit n'entendait certainement pas falsifier saint ,augustin1 et en voulant le reproduire1 il a scandalis l'glise4 ,ne nous tonnons donc pas qu',ablard1 qui met sous la protection du nom de saint ,augustin presque toutes ses hardiesses1 ait pu s'garer lui-mme1 ou du moins commettra la faute d'inquiter la clerg4 ,d'autres noms sont venus son aide2 il s'est rclam de saint ,jrme1 de saint ,hilaire1 de saint ,isodore2 avant lui1 ,bde avait alli la thologie aux connaissances philosophiques2 on clbrait dans l'glise la dialectique de ,lanfrano de ,pavie et de ,guillaume de ,champeaux2 saint ,anselme avait donn une thorie de ,dieu et de la ,trinit qu'on n'a point dnature en la traduisant sous ce titre3 le ,rationalisme chrtien#cjd4 ,mais ,ablard a1 plus hardiment1 plus librement que ses contemporains1 introduit dans l'exposition du dogme les procds de la science et les formes de la logique4 ,les erreurs1 invitables peut-tre en tout trait de thologie1 ne pouvaient donc lui tre pardonnes2 l'auteur compromettait l'ouvrage1 et je crois qu'on a moins condamn sa pense que son exemple4 ,note #cjc3 ,introd41 t4 ,,ii1 p4#ajdb et #ajde4--,theol4 ,chr41 t4 ,,ii1 p4 #aaji4 ,note #cjd3 ,le ,rationalism chrtien la fin du ,x,ie sicle ou ,monologium et ,proslogium de saint ,anselme traduit par ,m4 ,bouchitre1 #ahdb4 ,l'glise s'est place dans une position difficile2 elle ne s'en est pas tenue1 elle ne pouvait s'en tenir ces deux termes absolus et contradictoires1 la folie de la croix1 ou la sagesse du sicle2 elle n'u pu prononcer un divorce ternel entre la foi et la raison1 ,comment1 en effet1 abjurer l'humanit8 ,tout homme en lui-mme a deux esprits1 l'esprit de foi et l'esprit d'examen2 il ne saurait croire sans un peu comprendre1 sans comprendre ou ce qu'il croit1 ou pourquoi il croit1 ou pourquoi il veut croire4 ,le chrtien est homme1 et mesure que son intelligence est plus dveloppe1 il prouve plus vivement le besoin de mettre sa croyance1 si ce n'est en harmonie parfaite avec les conceptions de l'intelligence1 du moins au niveau de ce qu'elles ont de plus lev4 ,il ne veut pas que les ,pythagore et les ,platon paraissent1 un degr quelconque1 en savoir plus que les sages inspirs du ,saint-,esprit2 ni que la doctrine qui illuminait un saint ,paul ou un saint ,jean1 soit pour la puret1 la hauteur1 l'ordre1 la clart mme de l'expression1 infrieure aux doctrines des coles profanes4 ,il tend donc faire de la religion une science1 et cette tendance du chrtien clair a t de bonne heure celle de la socit chrtienne4 ,entre la foi et la philosophie1 l'glise a plac quelque chose qui n'est absolument ni l'une ni l'autre1 qui participe de toutes les deux1 et qu'on appelle thologie4 ,la thologie est par sa nature une chose rationnelle1 encore qu'elle ne soit pas exclusivement rationnelle2 en elle viennent se rencontrer et se dvelopper les deux esprits qui subsistent dans l'homme et dans l'glise2 toute thologie est une certaine alliance de la raison et de la foi4 ,dans les rares instants o l'glise est paisible et ne se croit point d'ennemis1 elle nourrit dans son sein les deux esprits dont1 d'autres moments1 elle signale les combats et veut proclamer l'incompatibilit4 ,suivant les temps1 les coles1 les questions1 ces deux esprits se font ou se refusent des concessions pacifiantes4 ,les termes auxquels ils transigent ne demeurent point invariables4 ,ds que la guerre se dclare1 ds que les positions longtemps respectes sont entames ou paraissent menaces par le raisonnement1 le sein de la thologie se dchire4 ta foi se dfend en rduisant autant qu'elle peut la part laisse la raison2 la raison avance en tchant de s'agrandir sur le terrain qu'elle concde la foi1 jusqu' ce qu'enfin1 pousses aux dernires hostilits1 l'une et l'autre prononcent ce mot insens3 ,tout ou rien4 ,prtention vaine1 impuissante ambition qu'engendre la chaleur du combat1 et qui1 pour russir1 aurait d'abord changer l'humanit4 ,a la guerre succde l'armistice2 jamais cependant la victoire n'est complte ni la paix profonde2 toujours deux esprits vivent dans1 la socit chrtienne2 mais suivant que l'un ou l'autre domine1 il caractrise les temps1 les sectes1 les hommes4 ,on distingue toujours deux coles et au besoin deux partis4 ,a quelque ge que vous preniez la thologie1 dans quelques limites qu'elle se renferme1 vous la trouverez toujours divise ou prte l'tre4 ,vous entendrez soutenir ici que la foi1 suprieure la raison1 accepte peine son secours et ne peut qu'tre compromise par son alliance2 l1 qu'elle n'a rien redouter de la raison1 parce qu'elle la satisfait1 et doit s'appuyer sur celle qui la justifie4 ,l'autorit spirituelle en gnral1 l'glise gouvernante penchera vers la foi par l'autorit2 la pense isole du docteur1 la mditation de l'cole inclinera vers la foi par l'examen4 ,sans prtendre que l'une soit toujours entrane un superstitieux absolutisme1 sans accorder que l'autre se laisse toujours aller la rvolte et a la licence1 je crois vrai que de chaque ct s'lvent ces funestes cueils o si souvent l'orgueil humain fit chouer la vrit2 et il faut bien convenir que l'glise1 prenant quelquefois l'cueil pour le port1 ne s'est pas toujours1 pour sauver la foi1 abstenue de la tyrannie4 ,saint ,bernard et ,ablard reprsentent les deux esprits au ,,xii sicle4 ,mais ni l'un ni l'autre n'a pouss son principe aux dernires consquences4 ,saint ,bernard1 qui avait peut-tre la tyrannie dans l'me comme toutes les natures faites pour commander1 ne se porta point aux extrmes rigueurs du pouvoir absolu1 et1 tout en condamnant le philosophe1 il voulut raisonner1 sinon avec lui1 du moins contre lui4 ,ablard1 quoiqu'il ft de nature opposante1 et qu'un des mrites de son esprit ft l'indpendance1 glissa moins encore sur la point de la rvolte que son adversaire sur celle du despotisme4 ,fidle sujet de l'glise1 il allia les tmrits de l'intelligence avec la volont sincre de rester dans l'unit4 ,la raison peut pntrer dans la thologie1 soit pour exposer le dogme1 soit pour en tablir la vrit4 ,de l deux nationalismes1 l'un plus rserv1 l'autre plus radical4 ,le premier se borne faire voir comment il faut comprendre les dogmes2 le second aspire montrer pourquoi il faut les croire1 et celui-ci risque plus de s'carter de la foi que celui-l4 ,ce n'est pas que l'un ne se lie l'autre4 ,dmontrer la foi due aux dogmes1 ne va gure sans dire a quels dogmes2 expliquer comment ils doivent tre compris1 c'est les supposer ou les prouver comprhensibles4 ,c'est donc encore les soumettra a la raison qui1 dans un cas1 les claircit et dans l'autre1 les fonde4 ,il est vident1 toutefois1 que l'entreprise de la raison se chargeant de lgitimer la foi1 est plus prilleuse1 et peut conduire rendre la religion justiciable de la philosophie4 ,cette dernire entreprise ne fut pas celle d',ablard4 ,sa mthode est essentiellement l'exposition raisonne des mystres1 non la recherche de leurs titres la croyance4 ,mais1 en s'attachant bien expliquer le sens des points de foi1 il est amen par le procd dialectique les rapprocher un tel degr des vrits philosophiques1 qu'on dirait qu'il veut les confondre1 et1 pour rendre la religion plus raisonnable1 obsequium rationabile1 l'absorber dans la raison4 ,ainsi1 sans avoir mis en question les vrits de la foi1 sans avoir affich la dernire prtention du rationalisme1 il marche vers un but qui serait en dfinitive le terme du rationalisme4 ,que pourrait-on prtendre en effet au del de cette conclusion dernire3 ,la foi1 c'est la raison8 ,cependant ces mots pourraient encore tre entendus chrtiennement4 ,qu'on y songe1 le rationalisme incrdule dit3 la raison exclut la foi2 l'autre extrmit1 on dit3 la foi exclut la raison4 ,entre ces deux ples se placent deux opinions modres et pourtant divergentes1 qui diraient1 l'une3 la raison1 c'est la foi2 et l'autre3 la foi1 c'est la raison4 ,tout ceci prouve que le principe d',ablard ne peut tre dfinitivement jug que par les consquences qu'il en a tires4 ,,ii4 ,prenons donc qu'il n'a point lev la question3 ,faut-il croire les dogmes8 mais1 pos qu'il faut croire les dogmes1 quel est le sens de ceux qu'il faut croire8 ,voici la premire erreur d'interprtation que lui reproche saint ,bernard3 ,il tablit que ,dieu le ,pre est une pleine puissance1 le ,fils une certaine puissance1 le ,saint-,esprit aucune puissance4 ,a cet article1 plac en tte de tous les actes d'accusation#cje ,ablard a toujours rpondu par une formelle dngation3 ,ce sont paroles que je repousse et dteste ainsi qu'il est juste1 non pas tant comme hrtiques1 que comme diaboliques1 et je les condamne ainsi que leur auteur4 ,si quelqu'un les trouve dans mes crits1 je me dclare non-seulement hrtique1 mais hrsiarque#cjf4 ,note #cje3 ,cf4 les historiens des conciles1 et notamment4 ,ab4 ,op41 in ,proefat4--,d',argentr1 ,collect4 ,judivior4 de nov4 error41 t4 #a1 p4 #ai4--,s4 ,bern4 ,op41 v4 #a4--,thesaur4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #aaeb4--;,hist4 litt4 de la ,france1 t4 ,,xii4 p4 #ai1 #abj et #aci4 ,note #cjf3 ,ab4 ,op41 ,apolog4 in princip41 ou ep4 xx1 p4 #caa4 ,guillaume de ,saint-,thierry s'indigne de cette rponse2 un autre censeur1 rest inconnu1 est rvolt d'un tel mensonge4 ,des bndictins modernes s'tonnent d'une telle impudence#cjg4 ,est-il donc vrai qu',ablard ait entendu contester au ,pre et au ,fils la toute-puissance divine1 ce qui et t lui contester la divinit8 ,il n'y qu'un ,dieu1 dit-il1 il n'y a qu'un ,tout-,puissant4 ,chaque personne est ,dieu1 donc chaque personne est le ,tout-,puissant4 ,ds le concile de ,soissons1 il avait profess cette maxime de saint ,athanase en prsence de son juge incertain et troubl#cjh4 ,et cependant il a dit3 ,posons ,dieu le ,pre comme la puissance divine et ,dieu le ,fils comme la divine sagesse1 et considrons que la sagesse est une certaine puissance4444 une certaine portion de la puissance divine qui est la toute-puissance4--,la bont1 dsigne par le nom de ,saint-,esprit1 n'est pas en ,dieu quelque puissance ou sagesse2 tre bon n'est pas tre sage ou puissant4--,la sagesse est une certaine puissance1 tandis que l'affection de la charit appartient plus la bont de l'me qu' sa puissance4#cji ,que signifient donc ces paroles8 ,est-ce que le ,fils n'a qu'un peu de puissance1 et le ,saint-,esprit nulle puissance8 ,mais la pense contraire ressort constamment et clairement de la foi et de la doctrine d',ablard4 ,il y aurait injustice1 mprise lui reprocher une induction ventuelle ou possible1 comme une maxime tablie1 il y aurait1 comme il dit1 malice dans l'imputation4 ,note #cjg3 ,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #aadh et #aaec1 et ,bibi4 ,cist41 t4 ,,iv2 ,guill4 ,s4 ,theod41 ,in ,error4 ,ab41 c4 #a1 p4 #aac1 et ,disput4 anon4 ,abb41 #a1 ,i1 p4 #bdj ,note #cjh3 ,introd41 t4 ,i1 p4 #ihb1 #ihh1 #ihi1 #iia1 t4 ,,ii1 p4 #ajhd4--,theol4 ,chr41 t4 ,,iii1 p4 #abeh4--;,ab4 ,op41 ,in ,symbol4 ,athan41 p4 #chb4 ,epist4 ,i1 p4 #bd1 et notre livre l1 t4 ,i1 p4 #ic4 ,note #cji3 ,introd41 p4 #ajhe1 #ajhf4--,theol4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4 #acah et #acbi4 ,voici son ide gnrale4 ,dieu est une seule substance et trois personnes3 les personnes ne sont donc pas diffrentes de substance1 ou distinctes par la substance1 ainsi qu'on le devrait dire de toutes autres personnes4 ,alors elles ne peuvent diffrer que par leurs caractres propres1 ou leurs proprits4 ,ces proprits ne sont pas celles de la substance divine2 les personnes ne sauraient se distinguer par les attributs de leur essence commune4 ,il faut donc qu'elles aient chacune une ou plusieurs proprits personnelles1 ou distinctives de chaque personne4 ,cette proprit1 c'est au moins pour l'une d'tre le ,pre1 pour l'autre le ,fils1 pour la troisime le ,saint-,esprit4 ,le caractre distinctif de chaque personne ne serait-il que son nom8 ,tout se rduirait-il une dnomination1 non une dsignation8 ,ce parti incontestablement orthodoxe n'est pourtant pas celui que prend l'glise4 ,la rgle est de croire le ,pre inengendr1 le ,fils seul engendr1 le ,saint-,esprit procdant4 ,chacun de ces attributs est distinctif1 exclusif2 c'est un propre1 proprium4 ,maintenant1 peut-on ajouter que cette distinction de personnes dans la ,trinit correspond une certaine diversit1 moins dans les attributs que dans les oprations de la ,divinit8 ,l'glise ne l'a pas interdit1 et quelques textes permettent de voir minemment dans le ,pre la puissance1 dans le ,fils la sagesse ou l'intelligence1 dans le ,saint-,esprit la bont ou l'amour4 ,le ,symbole des aptres nomme le ,pre tout-puissant2 le ,fils seul est appel ,verbe1 dit saint ,augustin2 le ,saint-,esprit est l'amour1 dit saint ,grgoire4 ,c'est au ,fils que saint ,augustin attribue1 nuncupat1 l'intelligence ou la sagesse1 au ,saint-,esprit l'amour et la bont#caj4 ,cette rpartition des attributs divins1 ,bde1 dont l'autorit tait si grande dans la latinit1 l'avait admise et propage4 ,je conjecture que c'est de lui surtout qu',ablard l'avait emprunte4 ,pierre ,lombard l'a plus tard adopte1 et saint ,thomas la justifie4 ,elle se rencontre dans bien des livres l'tat de lieu-commun#caa4 ,la trouvant reue1 ,ablard a pu en infrer qu'elle avait quelque ralit1 et qu'elle devait concorder avec la distinction fondamentale de ,pre1 de ,fils1 de ,saint-,esprit1 de non-gnration1 de gnration1 de procession4 ,substituant donc ces trois termes les trois autres1 puissance1 sagesse1 bont1 il a conclu que1 comme on dit3 le ,fils est engendr du ,pre1 et le ,saint-,esprit procde du ,pre et du ,fils2 on devait pouvoir dire3 la sagesse est engendre de la puissance1 et la bont procde de la puissance et de la sagesse4 ,consquemment1 la sagesse qui est engendre de la puissance1 est de la puissance2 l'ide de gnration conduit l4 ,car1 en thse gnrale1 on peut dire que la sagesse on l'intelligence est une puissance1 une facult1 celle de comprendre et de savoir4 ,quant la bont1 elle procde1 elle n'est point engendre3 il faut donc que la procession soit autre chose que la gnration4 ,or1 comme ce qui est engendr de la puissance est de la puissance1 il suit que ce qui n'est pas engendr de la puissance n'est pas de la puissance4 ,ainsi1 le ,saint-,esprit ou la bont qui n'est pas engendre du ,pre ou de la puissance1 n'est pas de la puissance2 et en effet1 dans le langage de la psychologie morale1 la bont n'est pas une puissance1 ni proprement une facult4 ,en ,dieu1 elle procde donc de la puissance et de la sagesse1 c'est--dire que le parfaitement puissant et le parfaitement sage s'panche en charit et se communique par l'amour4 ,car1 pour reprendre le langage abstrait1 l o il y a puissance et sagesse sans bornes1 il y a ncessairement bont4 ,note #caj3 ,de ,trin41 ,,vi1 ii1 et ,,xv1 xvii4--,homil41 xxx1 in ,ev4 pentecost4 ,note #caa3 ,voici les termes de ,bde3 ,potentia dicitur pater4444 sapientia dicitur filius1 pater genuit filium1 idest1 divina potentia sapientiam444 ,voluntas vere divina dicitur spiritus4444 ,spiritus iste a patre et filio procedit1 quio voluntas divina bonitas4 ,voyez tout le passage dans le ,grec3 ,peri didaxen1 t4 ,i1 ,ven4 ,bed4 ,op41 t4 ,,ii1 p4 #bjg4--;,cf4 ,pel4 ,lomb4 ,sent41 t4 ,i1 ,dist4 ,,xxvii et ,,xxxiii4--,s4 ,thom4 ,summ41 #a1 qu4 ,,xxxix1 a4 #h4 ,je citerai comme lieux-communs les vers si connus de ,voltaire sur la ,trinit dans la ,henriade1 vers qui rappellent ceux de ,chapelain dans sa ,pucelle3 ,le suprme pouvoir1 la suprme science ,et le suprme amour unis en trinit ,dans son rgne ternel forment sa majest4 ,cependant en thologie rigoureuse1 cette distinction n'est pas tenue pour essentielle4 ,les seules proprits fondamentales constitutives1 ,grec3 schetikai1 hypostatika idimata1 tropoi ts huparxes1 comme ils disent1 sont pour le ,pre1 la paternit ou d'tre ingenitus1 pour le ,fils1 la filiation ou d'tre unigenitus1 pour le ,saint-,esprit1 la procession ou spiration4 ,les autres proprits1 ,grec3 gnrismata1 ne figurant pas au mme rang1 et ne sont gure prises comme les conditions d'existence de la personne4 ,on ne peut faire un propre de la sagesse pour le ,fils1 de la charit pour le ,saint-,esprit1 comme du nom d'unigenitus ou de la procession4 ,cependant ces attributions de la sagesse et de la charit sont admises4 ,quant la puissance1 elle n'est pas aussi gnralement1 aussi formellement reconnue au ,pre comme attribution particulire4 ,quel juge sincre pourrait accuser cette doctrine d'avoir rien d'odieux1 rien d'norme1 et de tendre dfigurer le dogme1 soit en brisant l'unit1 soit en abolissant la ,trinit8 ,elle repos sur une ide qui n'est pas neuve1 elle se prvaut d'une distinction d'attributs qui marque et constitue celle des personnes au lieu de l'affaiblir1 et qui risque tout au plus de l'exagrer et d'introduire entre les personnes une diffrence qui serait une ingalit4 ,ablard a protest contre toute pense de ce genre1 et sa bonne intention est vidente4 ,or comme il n'y a pas d'hrsie sans pch1 c'est--dire sans intention1 il chappe au soupon d'hrsie1 surtout il n'a pas mrit la moindre des invectives de son juge4 ,mais renier positivement les consquences loignes d'une doctrine n'est pas les anantir2 par le dsaveu1 on s'en absout1 on ne les dtruit pas4 ,si les mots puissant1 sage1 bon1 deviennent les modes distinctifs des personnes de la ,trinit1 comme inengendr1 seul engendr1 procdant1 ils deviendront galement exclusifs pour chacune1 et il s'ensuivra que le ,pre n'est ni bon ni sage1 comme il n'est ni engendr ni procdant2 le ,fils ni puissant ni bon1 comme il n'est ni procdant ni inengendr2 le ,saint-,esprit ni sage ni puissant1 comme il n'est ni engendr ni inengendr4 ,ces consquences violentes1 on n'en pouvait charger ,ablard2 ses juges mmes ne l'ont pas fait1 mais ils ont du moins induit de sa doctrine pour le ,pre la toute-puissance1 pour le ,fils une puissance partielle1 pour le ,saint-,esprit nulle puissance1 et ce qui n'tait qu'une consquence possible de son dire1 ils l'ont accus de l'avoir dit2 ils l'ont accus d'avoir pens ce qu'on pouvait objecter contre sa pense4 ,d'une rfutation ils ont fait une condamnation2 mprise trop ordinaire une juridiction spirituelle1 qui mesure souvent sur les droits de la polmique les pouvoirs d'une inquisition4 ,la distinction de la puissance1 de la sagesse et de la bont mne donc faire de chacun de ces trois attributs le propre d'une personne1 au lieu de l'attribut commun de la divinit1 et dpouille ainsi la substance au profit de la personne3 tel est le danger4 ,la rponse serait qu'il faut supprimer cette distinction ou lui donner un sens2 or1 elle n'en peut avoir aucun1 elle ne rpond rien1 si elle ne sert caractriser les personnes4 ,mais en l'acceptant on ne doit pas l'oublier1 et aprs avoir admis que le ,pre est la puissance1 le ,fils la sagesse1 le ,saint-,esprit la bont1 il convient d'ajouter que la puissance1 la sagesse et la bont n'en sont pas moins des attributs divins1 et qu'aucune des personnes de ,dieu ne manque des attributs de ,dieu1 ou de bont1 de sagesse et de puissance4 ,si l'on demande l'explication de cette distinction minente et non pas exclusive1 de cette distinction affirme d'abord et aussitt efface1 elle est dans l'nigme mme de la ,trinit2 on l'expose1 on ne l'explique pas4 ,ce n'est qu'une nouvelle forme du mystre de contradiction apparente qui fait le fond du dogme1 une seule substance en trois personnes4 ,mais si la distinction des personnes peut ainsi paratra mieux tablie et prsente un aspect plus scientifique1 elle dtermine d'une manire neuve ,une ide laisse ,jusque-l dans le vague1 elle en accrot la porte1 elle cre une difficult de plus et ajoute au mystre qu'elle prtend claircir4 ,l'glise a donc eu raison1 sous ce rapport1 de ne pas pouser la doctrine d',ablard4 ,,iii4 ,saint ,bernard poursuit en ces termes3 ,il dit que le ,fils est au ,pre ce qu'une certaine puissance est la puissance1 l'espce au genre1 le matri la matire1 l'homme l'animal1 le sceau d'airain l'airain4 ,n'en dit-il pas plus qu',arius8 ,qui pourrait supporter cela8 ,qui ne se boucherait les oreilles ces paroles sacrilges8 ,qui n'aurait horreur de ces nouveauts profanes par les mots et par le sens#cab8 ,note #cab3 ,ab4 ,op41 ,s4 ,bernard1 ep4 ,,xi1 p4 #bgh2 et ,s4 ,bern4 ,op41 ,opusc41 xi4 ,ces comparaisons sont en effet dans ,ablard1 mais titre de comparaisons seulement2 c'tait le got du temps et l'usage des thologiens4 ,les ,pres abondent en similitudes quand ils parlent de la ,trinit4 ,ablard en rapporte et en discute quelques-unes qu'il trouve dfectueuses2 il prsente les siennes comme meilleures1 mais cependant comme partielles1 approximatives1 comme des ombres de la vrit1 comme des ncessits de l'intelligence et du langage4 ,cela seul l'absout de toute ressemblance avec ,arius4 ,la ,thologie chrtienne figure dans le recueil des bndictins parmi beaucoup d'autres ouvrages du mme genre et du mme temps4 ,j'ouvre le volume qui la contient1 et je trouve sept livres de dialogues par un certain ,hugues1 archevque de ,rouen1 qui les publia au commencement du mme sicle4 ,les auteurs du recueil lui donnent de grands loges1 et ,pierre le ,vnrable l'avait lou#cac4 ,dans le premier de ces dialogues1 qui roule sur le souverain bien1 l'auteur se fait demander par son interrogateur comment trois personnes peuvent coexister dans l'unit divine1 et il rpond3 ,votre corps et votre me sont divers en substances1 comment sont-ils un en personne8 ,l'homme est le miroir de ,dieu2 or l'me a dans son unit trois choses1 elle se comprend1 elle se souvient1 elle s'aime4 ,l'intelligence engendre la mmoire2 de l'une et de l'autre procde l'amour1 car l'me aime comprendre ce dont elle se souvient et se souvenir de ce qu'elle comprend4 ,et ces trois choses sont gales1 car elles ne vont pas l'une sans l'autre4 ,ainsi des personnes de la ,trinit4 ,dire que le ,pre engendre le ,fils1 c'est dire que la sagesse vient du ,pre2 dire que le ,saint-,esprit procde du ,pre et du ,fils1 c'est dire qu'il aime tout ce qu'il connat4 ,le nom de ,pre dsigne ce qui est invisible en ,dieu1 le ,fils est la vertu de ,dieu1 le ,saint-,esprit est sa divinit#cad2 car c'est le propre de la ,divinit que cette charit par laquelle elle aime le bien pour le bien4 ,note #cac3 ,thes4 nov4 ,anecd41 t4 ,v4 p4 #fie4 ,note #cad3 ,d'aprs ces mots de l'aptre3 ,invisibilia ipsius4444 sempiterna quoque virtus ejus et divinitas4 ,rom4 t1 #bj1 et ailleurs3 ,christum ,dei virtutem et ,dei sapientiam1 #a ,cor4 i1 #bd1--,thes4 ,anecd41 ,dialog41 t4 ,i1 p4 #ija4 ,dieu compte par la connaissance 7,pre71 mesure par la vertu 7,fils71 pse par la bont 7,saint-,esprit71 et les choses cres o se trouvent le poids1 la mesure1 le nombre1 offrent un vestige de la ,trinit qui les a faites4 ,l'me raisonnable mesure et pse en nombrant1 nombre et pse en mesurant1 mesure et nombre en pesant4 ,dans les facults de l'me1 dans les oprations des sens1 dans les mouvements du coeur1 l'ingnieux archevque poursuit cette analogie1 et il arrive enfin a trouver qu',adam1 qui n'a t prcd de rien1 n'a point t engendr1 qu've est sortie de sa substance1 et que la race humaine vient de leur union4 ,et vous savez1 ajoute-t-il1 que ,dieu le ,pre n'est de personne1 que le ,fils est n de l'essence du ,pre1 et que le ,saint-,esprit1 procdant de tous deux1 est un cependant#cae4 ,note #cae3 ,ibid4 ,dial41 t4 ,,vii1 p4 #ihe-iih4 ,cette assimilation de la ,trinit au nombre1 au poids1 la mesure1 tait reue dans l'glise4 7,s4 ,aug41 ,de ,trin41 ,,xi1 x47 ,le mme recueil renferme un ouvrage du cardinal ,humbert qui la dveloppe son tour4 7,id41 ,adv4 ,simoniac41 ,,iii1 xxiv1 p4 #haj et #haa47 ,le nombre1 dit le vnrable ,othlon1 est le grand dlateur de la science divine4 ,or1 tout nombre vient de l'unit1 et l'unit subsistante par soi1 germe et cause de tout nombre1 signifie le ,dieu1 unique tout-puissant1 tellement parfait et simple qu'il n'a besoin d'aucun autre1 et que nulle crature ne peut exister sans lui4 ,dieu le pre n'est engendr d'aucun1 de nullo4 ,nous distinguons la source1 le ruisseau1 l'tang2 et cependant en tous trois est un seul et mme lment1 l'eau4 ,ainsi1 dans les trois personnes est une seule et mme substance4 ,l'unit ou le nombre un cre tout nombre par le second nombre4 ,ainsi1 ,dieu le ,pre cre tout par son ,verbe4 ,l'unit s'engendre par elle-mme1 c'est--dire qu'elle n'est pas engendre2 mais pour engendrer un nombre1 il faut l'unit plus un4 ,ce second ou le binaire est produit par le premier 7apparemment parce qu'il est le premier pris deux fois71 et il est toujours unit 7puisqu'il n'est que l'unit1 plus l'unit74 ,ainsi la seconde personne est engendre de la premire1 et cependant elle est toujours unit4 ,quant au troisime nombre1 il n'est pas engendr des deux autres 7apparemment parce que deux pris une fois serait deux1 et pris deux fois serait quatre74 ,mais il procde1 puisque le troisime a besoin des deux autres pour tre le troisime2 il faut dj avoir deux pour avoir trois4 ,ainsi le ,saint-,esprit procde et n'est pas engendr4 ,autres similitudes4 ,pour qu'il y ait une maison1 il faut au moins deux murs1 plus un toit4 ,ce sont comme les trois lments de l'unit maison4 ,dans un cierge allum1 il y a la mche1 la cire1 la lumire4 ,c'est la lumire qui constitue l'unit substantielle1 comme le toit celle de la maison1 comme le troisime un constitue l'unit des deux autres1 comme le ,saint-,esprit l'unit de la ,trinit1 du ,dieu qui vit et rgne avec toi dans l'unit du ,saint-,esprit4 ,le signe de la croix1 le triangle peuvent aussi tre ramens quelque ressemblance de la ,trinit#caf4 ,note #caf3 ,venerabilis ,othloni ,dialogus de ,tribus qustionibus1 c4 ,,xxxiv1 ,,xxxvi1 ,,xxxvii et ,,xxxviii4--,ejusdem ,liber de ,admonitione clericorum1 c4 ,,iii4--,thes4 noviss4 ,anecd41 ,a4,b4 ,pezio41 pars ,,iii1 p4 #bjc-baa et #daa4 ,or1 le vnrable ,othlon1 moine et doyen du monastre imprial de ,saint-,emmeram1 et qui fleurissait au ,x,ie sicle1 n'a point appel sur sa tte les foudres de l'glise4 ,et cependant que d'hrsies caches sous le luxe de ses mtaphores6 ,on pourrait invoquer de plus grands exemples2 on pourrait citer ,scot rigne1 qui compare le ,pre l'intuition1 le ,fils la raison1 le ,saint-,esprit au sens#cag2 et il ne faudrait pas dire que ce sont l chez des crivains inconnus des caprices d'imagination qui n'excusent point un esprit de l'ordre de celui d',ablard4 ,il y avait tradition4 ,saint ,augustin comparait la ,trinit l'me1 la connaissance et l'amour1 quelquefois la mmoire1 l'intelligence et la charit1 et puis enfin la vision qui se compose de l'image vue1 de la vue mme1 et de l'attention ou perception de l'me4 ,saint ,grgoire de ,nysse assimilait la distinction des personnes celle de l'me1 de la raison et de l'intelligence4 ,tertullien a employ la comparaison du rayon et du soleil1 du ruisseau et de la source1 de la tige et de la racine on de la semence1 pour expliquer la gnration du ,fils4 ,grgoire de ,nazianze rappelle comme usite cette comparaison de la ,trinit avec le soleil1 et saint ,jean ,damascne l'adopte2 tous1 peut-tre1 ignoraient qu'ils rptaient ainsi une image chre la philosophie d',alexandrie4 ,saint ,anselme a conduit la source et le ruisseau jusque dans le lue qui procde de l'une et de l'autre#cah4 ,une source1 un ruisseau et un lac sont ensemble et sparment le ,nil1 comme les trois personnes sont ,dieu4 ,note #cag3 ,scot rigne et la ,philosophie scolastique1 par ,m4 ,s4 ,ren ,taillandier1 p4 #hg et #aag4 ,note #cah3 ,s4 ,aug41 ,de ,trin41 ,,ix1 iii et xii2 ,x1 passim2 ,,xi1 n1 et ,,xiv1 x4--,de ,civil1 ,del1 ,,xi1 xxvi1 ,,xv1 xiii4--,nysson41 ,de ,eo1--,terlul41 ,adv4 ,prax41 ,,xxi1 viii4 ,nazians41 ,oral41 ,,xxiii1 ,,xxxi et ,,xxxvii4 ,grgoire de ,nazianze insiste cependant sur la grande inexactitude des comparaisons et la ncessit de s'en tenir la foi4 7,damasc41 ,de ,fid4 orth41 ,i1 viii1 p4 #acd1 #adj et #adb1--;,anselme41 ,de ,fid4 ,trin1 et ,incarn41 c1 vii1 p4 #dj1 et c1 viii1 p4 #dh4--;,de ,proc4 ,s4 ,sp41 c4 xvii1 p4 #ea47--,s4 ,augustin non plus n'a pas repouss ces similitudes mtaphoriques 7,de ,fid41 c4 ix4--,de ,symb4 ,senn4 ad cateeh4 ,ce dernier ouvrage est douteux74 ,pour ne citer qu'un nom parmi les modernes1 ,bossuet a repris toutes les comparaisons4 ,c'est la vapeur qui s'lve de la mer1 le rayon1 la splendeur qui est la production et comme le fils du soleil4 ,lorsqu'un sceau est appliqu sur de la cire1 cette cire1 sans rien dtacher du sceau qui s'imprime en elle1 en tire la ressemblance tout entire et se l'incorpore1 en sorte que rien ne peut plus l'en sparer4 ,c'est comme l'image dana un miroir1 ou plutt c'est comme la production de notre conception ou de notre pense1 o nous trouvons une ide de cette immatrielle1 incorporelle1 pure1 spirituelle gnration que l'vangile nous a rvle4 ,entendre et vouloir1 connatre et aimer sont actes trs-distingus1 mais le sont-ils rellement8444 ,tout cela au fond n'est autre chose que ma substance affecte1 diversifie1 modifie de diffrentes manires1 mais dans son fond toujours la mme444 ,une trinit cre que ,dieu fait dans nos mes1 nous reprsente la ,trinit incre#cai4 ,note #cai3 lvations sur les ,mystres1 #djj4 ,sem41 ,eloy4 ,,iii1 ,,iv1 ,v et ,,vi4 ,puisque les similitudes1 c'est--dire les figures sont admises1 il ne reste au thologien qu'un devoir1 c'est d'avertir son lecteur du danger et de l'inexactitude invitable du langage figur en si grave matire4 ,or1 ce devoir1 ,ablard l'a rempli4 ,seulement son ton accoutum de confiance et mme de prsomption1 son ascendant sur ses auditeurs1 son intolrance irritable la plus simple contradiction l'avaient conduit1 lui et ses disciples1 mettre son explication au-dessus de l'objection et du doute4 ,il fut bientt tabli dans son cercle qu'il avait rendu le dogme clair comme le ,jour1 et que1 grce lui1 le mystre tait devenu comprhensible4 ,or1 cela mme tait une opinion htrodoxe1 dangereuse pour les fidles1 provocante pour ses rivaux4 ,est-ce vrai1 lui dit le sage ,gautier de ,mortagne1 ce que disent quelques-uns de vos disciples8 ,ils vantent au loin et glorifient votre subtilit et votre sagesse1 et en cela ils ne font qu'acte de justice4 ,mais ils affirment que vous avez pntr les profonds mystres de la ,trinit1 au point que vous en avez une connaissance pleine et parfaite4 ,de grce1 crivez-moi si enfin vous connaissez parfaitement ou imparfaitement ,dieu#cbj4 ,note #cbj3 ,d',achery1 ,spicileg41 t4#aaa4 ,guali4 de ,manr41 ,ep4 ,v1 p4 #ebd4 ,l tait au fond la vritable hrsie1 elle rsultait moins d'excusables opinions que de la prtention hautaine de les donner pour des vrits dernires1 prtention que semblaient trahir les ddains du matre et la jactance des lves4 ,l peut s'appliquer le mot d',ablard lui-mme3 ,ce n'est pas l'ignorance qui fait l'hrtique1 c'est l'orgueil#cba4 ,mais quel tribunal humain peut connatre de ce crime-l8 ,note #cba3 ,theol4 ,chr41 p4#abdg4 ,,iv4 ,il dit encore1 continue saint ,bernard#cbb1 que le ,saint-,esprit procde du ,pre et du ,fils1 mais qu'il n'est nullement de la substance du ,pre ou du ,fils4 ,d'o vient-il donc8 ,de rien peut-tre1 comme toutes les choses qui ont t faites8 ,si le ,saint-,esprit ne procde point par essence 7essentialiter71 il faut qu'il procde par cration 7creabiliter72 ou bien nous trouvera-t-il une troisime manire1 cet homme toujours en qute de nouveauts1 et qui en invente quand il n'en trouve pas1 affirmant les choses qui ne sont pas comme si elles taient8 ,mais1 dit-il1 si le ,saint-,esprit tait engendr de la substance du ,pre1 le ,pre aurait deux fils4 ,note #cbb3 ,ab4 ,op41 p4 #bah4 ,comme si ce qui est d'une substance l'avait consquemment pour pre6 ,est-ce que les poux1 les lentes et les phlegmes 7phlegmata87 sont les fils de la chair ou ne sont pas de la substance de la chair8 ,et les vers qui sortent du bois pourri sont-ils d'une autre substance que celle du bois1 pour ne pas tre les fils du bois8 ,mais les teignes aussi tirent leur substance de la substance des toffes1 et n'en tirent pas leur gnration2 et beaucoup de choses sont dans le mme cas4 ,je m'tonne qu'un homme subtil et quelque peu savant1 ce qu'il croit1 ayant confess que le ,saint-,esprit est consubstantiel au ,pre et au ,fils1 nie cependant qu'il sorte de la substance du ,pre et du ,fils1 moins de vouloir que ce soit eux qui sortent de la sienne1 ce qui serait1 il est vrai1 inou et ineffable4 ,mais si le ,saint-,esprit n'est pas de leur substance ni eux de la sienne1 que devient1 je vous prie1 la consubstantialit8 ,autant vaut la nier avec ,arius et prcher ouvertement la cration4 ,toutes ces diffrences nouvelles1 introduites entre le ,fils et le ,saint-,esprit1 dtruisent l'unit4 ,le ,saint-,esprit se retirant de la substance du ,pre et du ,fils1 ce n'est pas une trinit qui demeure1 mais une dualit2 car une personne qui n'aurait en substance rien de commun avec les autres1 ne serait plus digne dfigurer dans l ,trinit4 ,ainsi tout la fois la ,trinit est mutile et l'unit divise4 ,or1 voici ce que dit ,ablard3 ,le ,fils est engendr du ,pre et seul engendr 7unigenitus71 le ,saint-,esprit n'est donc pas engendr1 il procde1 et l'glise enseigne qu'il procde du ,pre et du ,fils2 ainsi il y a une diffrence entre la gnration et la procession4 ,la diffrence1 c'est que celui qui est engendr est de la substance du ,pre1 la sagesse tant une certaine puissance1 tandis que l'affection de la charit appartient plus la bont de l'me qu' sa puissance444 ,je n'ignore pas que beaucoup de docteurs ecclsiastiques veulent que le ,saint-,esprit soit aussi de la substance du ,pre1 c'est--dire qu'il soit par lui1 tant d'une seule substance avec luit4 ,cependant nous ne disons pas proprement qu'il soit de la substance du ,pre 7eco substantix patris71 le ,fils seul doit tre dit tel2 mais l',esprit1 quoique de mme substance 7ejusdem substantix7 avec le ,pre et le ,fils1 d'o la ,trinit est dite homousios1 c'est--dire d'une seule substance1 ne doit nullement tre dit de la substance du ,pre ou du ,fils proprement parler1 car pour cela il faut tre engendr#cbc4 ,note #cbc3 ,introd41 p4 #ajhf4 ,voila l'expression et le dlit d',ablard4 ,tout se rduit a cette distinction fugitive3 le ,fils est de la substance du ,pre et le ,saint-,esprit a la mme substance que le ,pre1 une seule et mme substance tant commune toutes les personnes de la ,trinit4 ,voici comment s'en explique la ,thologie chrtienne3 ,quand on dit que le ,fils est de la substance du ,pre1 tre de la substance du ,pre signifie seulement dans cet endroit tre engendr du ,pre1 par une translation de ce qui se passe dans la gnration humaine444 o quelque chose de la substance du corps du pre est transport et converti dans le corps du fils4 ,seulement1 de peur d'quivoque1 on rappelle plus loin ces mots de saint ,jean3 ,ce qui est n de la chair est chair1 et ce qui est n de l'esprit est esprit#cbd4 ,note #cbd3 ,theol4 ,chr41 ,i4 ,,iv1 p4 #acbg4--;,jean1 ,,iii1 #f4 ,quant au ,saint-,esprit lui-mme1 spiritus vient de spirare1 esprit a le mme radical que spiration2 c'est pour cela qu'on dit qu'il procde1 non qu'il est engendr4 ,la bont que le nom de ,saint-,esprit dsigne n'est pas une puissance ou une sagesse1 car tre bon ce n'est pas tre puissant ou sage4444 ,ainsi1 quoique le ,fils1 soit du ,pre autant que le ,saint-,esprit444 la gnration diffre de la procession en ce que celui qui est engendr est de la substance mme du ,pre1 puisque la sagesse a cela de particulier d'tre une certaine puissance1 et que l'affection de la charit appartient plus la bont qu' la puissance de l'me4 ,d'o l'on dit trs-bien que le ,fils est engendr du ,pre1 c'est--dire est de la substance mme du ,pre1 tandis que le ,saint-,esprit n'est nullement engendr1 mais plutt procde1 c'est--dire que par la charit il s'tend vers autrui2 car par l'amour on prcde en quelque sorte1 on avance de soi vers un autre#cbe4 ,note #cbe3 ,theol4 ,chr41 ,i4 ,,iv1 p4 #acbi4 videmment ,ablard vite de rpter que le ,saint-,esprit ne soit pas de la substance du ,pre 7eco substantia71 mais il l'insinue1 et c'est crer une difficult nouvelle dans la ,trinit que d'y insrer une distinction et une contradiction de plus4 ,cette subtilit tait gratuite1 et elle a t rejete avec juste raison2 il fallait se borner dire3 les trois personnes sont consubstantielles1 cependant il ne parat pas que la troisime le soit de la mme manire que la seconde1 puisque l'une est consubstantielle par gnration et l'autre par procession4 ,on pouvait ajouter3 la communaut de substance doit se raliser d'une manire diffrente pour chacune des trois personnes4 ,quand mme on carterait les mots de gnration et de procession1 celui de qui est le ,fils ne peut1 quant au mode1 tre identiquement consubstantiel celui qui est de lui1 comme celui qui est du premier est consubstantiel celui de qui il est2 et ainsi de chaque personne compare aux deux autres4 ,je rpte que je parle du mode2 la consubstantialit subsiste1 les trois personnes ont une seule et mme substance1 mais elles ne l'ont pas absolument de mme4 ,quelle est donc la diffrence8 ,elle est impntrable2 elle existe pourtant1 la thologie le veut1 puisqu'elle distingue la gnration et la procession2 mais cette diffrence qu'elle affirme1 elle ne l'explique pas4 ,le tort d',ablard est d'avoir voulu l'expliquer1 et le pril est venu de la sduction qu'exeraient sur son esprit la distinction des trois attributs1 puissance1 sagesse1 bont1 et la pense d'identifier cette distinction avec les deux autres1 celle de ,pre1 ,fils1 ,esprit1 et celle d'inengendr1 engendr1 procdant1 au point que ces trois triplicites ne fussent plus que des expressions diffrentes1 substituables les unes aux autres1 comme des notations diverses de mmes quantits algbriques4 ,or1 il est trs-permis de dira en gnral que la sagesse est puissance et que la bont n'est pas puissance#cbf2 mais cette abstraction prise la lettre mnerait logiquement penser que le ,fils est substance du ,pre et que le ,saint-,esprit n'est pas substance du ,pre4 ,la foi d',ablard l'a dfendu de cette proposition profondment hrtique1 elle ne l'a pas prserv du pril d'en approcher1 et il ne s'est sauv que par des inconsquences peut-tre invitables1 quand on traite d'un dogme que la mtaphysique de l'glise s'est plu rendre contradictoire dans les termes4 ,note #cbf3 ,encore ,richard de ,saint-,victor a-t-il object que ta bont n'est qu'une bonne volont1 et que la volont bonne est une puissance1 posse bene velle est aliquid posse4 7,de trin41 ,i4 ,v1 c4 xv47 ,mais ni la prudence ni la raison ne permettent1 parce qu'un dogme est obscur et incomprhensible1 d'y ajouter de nouvelles difficults1 ou mme1 par des nouveauts d'expression1 de diversifier la forme de ses difficults ncessaires4 ,c'est la faute o ,ablard est tomb4 ,trop prvenu en faveur de cette distinction de la puissance1 de la sagesse et de la charit1 au lieu de ne lui attribuer qu'une vrit approximative1 il en a fait l'expression exacte de la distinction des personnes4 ,il n'a plus dit3 ,de mme que le ,fils est engendr du ,pre1 la sagesse est de la puissance2 il n'a plus dit3 ,comme le ,saint-,esprit n'est pas engendr du ,pre1 on peut remarquer que la bont n'est pas de la puissance1 quoiqu'elle la suppose et en procde1 ainsi qu'on le dit du ,saint-,esprit4 ,ces analogies1 ces rapprochements1 encore qu'un peu mtaphoriques1 pouvaient passer4 ,mais il a renvers l'ordre de la comparaison1 et il a dit3 ,le ,fils est engendr1 parce que la sagesse est de la puissance2 le ,saint-,esprit n'est pas engendr1 parce que la bont n'est pas de la puissance4 ,d'une similitude il a fait un principe1 lui qui s'lve ailleurs contre toute similitude quelle qu'elle soit4 ,mais est-elle moins attaquable et plus digne1 la similitude que prfre saint ,bernard1 quand il dit que le ,saint-,esprit peut bien tre de la substance du ,pre1 sans tre le fils du ,pre1 comme le ver est de la substance du bois8 ,est-ce l une notion vraie et chrtienne de la procession du ,saint-,esprit8 ,la consubstantialit1 sans parler de la convenance1 n'est-elle pas aussi profondment attaque par cette comparaison que par aucune de celles d',ablard8 ,et si l'on tournait contre le juge son argumentation contre l'accus1 si l'on prenait ses comparaisons pour des dfinitions1 ne montrerait-on pas saint ,bernard que son raisonnement conserve bien dans les termes la consubstantialit1 mais ne tient aucun compte de la diffrence de l'engendr l'inengendr1 de la gnration la procession1 et attnue1 s'il ne l'efface1 au profit de l'unit de substance1 la distinction des personnes8 ,de cette dernire1 le saint en veut sobrement2 c'est son expression4 ,srement il faut l'excuser par l'impuissance du langage humain rendre ce qui excde la raison humaine2 mais cette excuse1 ,ablard l'a souvent invoque2 qu'elle lui profite galement4 ,on ne peut condamner comme une hrsie ce qu'on doit relever comme une expression fautive4 ,l'autorit ne peut rgler ses droits sur ceux de la critique4 ,il doit tre permis d'observer que1 pour avoir voulu dterminer scientifiquement les lments du dogme de la ,trinit1 l'glise l'a compliqu1 et que les expressions qu'elle a introduites ou consacres1 sont devenues une source de difficults1 d'erreurs et d'hrsies4 ,a lire sans prvention les critures1 rien ne parat moins indispensable que d'attacher un sens sacramentel aux mots de gnration et de procession4 ,le premier1 si nous ne nous trompons1 se rencontre trois fois dans le ,nouveau-,testament avec application au ,sauveur4 ,dans les ,actes1 ,philippe trouve l'eunuque du roi ,candace lisant un passage d',isae1 que les interprtes et ,philippe lui-mme appliquent au ,messie1 et dans lequel sont ces mots3 ,qui pourra raconter son origine#cbg8 ,c'est le mot origine qu'emploie ,sacy1 et le latin porte3 ,generationem ejus quis enarrabit8 ,le grec emploie le mot ,grec3 genean1 qui a le mme radical que celui de gnration2 et c'est un des textes dont on s'appuie pour consacrer ce dernier terme4 ,or1 il est vident que l'expression est ici gnrale1 et que tous les mots origine1 gnration1 extraction1 naissance1 auraient pu tre indiffremment employs dans ce passage4 ,jsus-,christ1 dans deux autres1 est nomm ,filius unigenitus 7,grec3 monogens uios7#cbh4 ,sacy traduit tout simplement le ,fils unique1 et assurment ce mot n'ajoute rien d'important ni de spcial l'ide que nous pouvait dj donner de l'origine du ,sauveur ce simple mot si expressif1 le ,fils4 ,tmoin le verset du psaume1 souvent cit par les aptres3 ,tu es mon fils1 je t'ai engendr aujourd'hui 7,ps4 ,,ii1 #g72 ,grec3 gegennka se1 dans le ,nouveau-,testament 7,act4 ,,xiii1 #cc1 ,hbr4 ,i1 #e et ,v1 #e74 ,quant au mot de procession1 il vient d'une traduction fort gratuite d'un verset de l'vangile selon saint ,jean1 o on lit3 ,spiritum veritatis qui a patre procedit 7,,xv1 #bf72 l'esprit de vrit qui procde du ,pre4 ,le mot grec ,grec3 ekporeuetai veut dire proprement qu'il sort1 qu'il s'extrait4 ,sur ces textes seuls on n'imaginerait pas de regarder comme essentiels la ,trinit1 comme identifis au dogme1 les deux mots que nous discutons1 et l'on se bornerait dire et croire que la ,trinit1 c'est le ,pre1 le ,fils unique du ,pre1 et le ,saint-,esprit1 qui sort du ,pre et qui reoit du ,fils#cbi4 ,note #cbg3 ,act4 ,,viii1 #cc4 ,note #cbh3 ,jean1 ,i1 #ah1 et ,ep41 ,,iv1 #i4 ,note #cbi3 ,il recevra de ce qui est moi4 7,ille de meo accipiet47 ,ainsi ,sacy traduit ces mots3 ,grec3 ek tou emou lphetai1 qui sont le texte le plus formel que l'on cite pour prouver que1 selon l'criture1 le ,saint-,esprit procde du ,fils4 ,jean1 ,,xvi1 #ad4 ,on voit en effet que dans les premiers sicles1 l'glise n'avait adopt aucune expression1 dcrt aucune dfinition du mode suivant lequel le ,pre produit son ,verbe4 ,il parat que le premier nom qui et t donn ce mode1 cet acte ineffable1 tait en grec celui de ,grec3 probol1 littralement projection1 qu'on a rendu en latin par prolatio ou productio1 et remplac aussi par manation#ccj4 ,employ gnralement par ceux qui1 n'admettant pas la cration1 voulaient exprimer comment les essences spirituelles taient sorties de l'essence divine1 ce terme d'manation paraissait ici bien plac2 le ,fils et le ,saint-,esprit pouvaient tre dits maner1 puisqu'ils sont d'essence spirituelle1 puisqu'ils sont provenus de l'essence du ,pre1 sans en tre crs1 et sans en tre dtachs au point de former de nouvelles essences4 ,aussi quelques ,pres ont-ils emprunt ce mot d'manation soit aux alexandrins1 soit aux gnostiques1 les uns le restreignant dans le sens catholique qui vient d'tre indiqu1 les autres prenant avec lui toute la doctrine qui faisait de ces manations des ons consubstantiels ,dieu1 au sens seulement de l'homognit de nature4 ,mais le danger de tomber dans le gnosticisme a fait bientt renoncer ce langage4 ,on a essay du mot de parabole2 on a dit aussi mission1 prolation1 jusqu' ce qu'enfin on se soit dcid dire gnration1 en cartant toute ide d'imperfection qu'emporte ce terme appliqu la nature humaine4 ,ainsi le fils a t dit engendr parce qu'il est fils1 condition que ce mot de gnration ft dpouill de toute analogie avec la filiation humaine2 et l'mana tion du ,saint-,esprit a t appele procession et quelquefois spiration1 parce qu'il n'est pas fils de ,dieu4 ,de sorte que la premire expression1 celle de gnration1 n'a plus rien de commun que l'apparence avec le sens littral1 et ne s'tend pourtant pas au ,saint-,esprit1 quoiqu'elle ait t rduite l'tat de pure mtaphore4 ,note #ccj3 ,grec3 probol1 projectio1 prolatio1 d'abord employ1 mais devenu suspect par l'usage qu'en avaient fait les ,ariens et les ,valentiniens4 ,puis1 on y est revenu1 notamment ,tertullien1 ,grgoire de ,nazianze et saint ,jean ,damascne qui nomme le ,pre ,grec3 dia logou proboleus tou ekphantoriokou pneumatos 7,de ,fide1 ,i1 ,,xiii74 ,tel fut aussi le sort du mot ,grec uporroia1 transfusio1 coulement ou manation1 compromis par les ,sabelliens1 rhabilit par ,athanase et ,origne4 ,mais ,grec3 probol est rest plus usit1 surtout comme procession du ,saint-,esprit4 ,celle ci a t diversement nomme4 ,comme il y a toujours eu dans la dsignation des personnes quelque trace d'une mtaphore qui reprsentait le ,pre comme la pense1 le fils comme la parole1 le ,saint ,esprit comme le souffle1 rsultat ou lien de la pense et de la parole1 le mot ,grec3 pno1 spiratio1 ,a t le plus volontiers admis avec celui d',grec3 ekporeusis1 consacr par le verset de l'vangile qui sert de titre au dogme mme4 ,mais on dit aussi ,grec3 ekphoitsis1 sortie1 ,grec3 ekpemphis mission1 ,grec3 proenai1 laisser chapper1 ,grec3 proskeisthai1 ,s'attacher1 ,grec3 ekphusis1 rejeton4 ,c'est ici une des ides chrtiennes qu'il est le plus facile de confondre avec une ide alexandrine4 ,l'expression figure de processus a bien de l'analogie avec le ,grec3 proodos de ,proclus1 et on lit dans ,grgoire de ,nazianze que les proprits des personnes sont ,grec3 to anarchon1 gennsis kai proodos4 7,proclus1 ,theol4 plat41 t4 ,,iii1 c4 xxi4--,nazianz41 ,or41 xiii4--,sulcor41 ,thesaur41 verbo ,grec3 ekporeusis4--,pelav41 ,dogm4 ,theol41 t4 ,,ii1 t4 ,v1 c4 viii1 t4 ,,vii1 c4 x et xi1 t4 ,,viii1 c4 i47 ,ces deux mots ont t consacrs pour dsigner l'une et l'autre relation principale du ,fils au ,pre et du ,saint-,esprit au ,pre et au ,fils1 et quand on a voulu attacher une ide ces mots1 les dfinir1 seulement les comprendre1 mme dire que l'un tant diffrent de l'autre1 ils ne pouvaient exprimer tous deux la mme faon d'tre de la substance du ,pre1 on est presque immanquablement tomb dans l'hrsie4 ,tout le monde n'a pas eu la sincrit de saint ,augustin1 avouant qu'il ignore comment on doit distinguer la gnration du ,fils de la procession du ,saint-esprit1 et que sa pntration choue contre cette difficult#cca4 ,longtemps avant lui1 et1 je crois1 avant que la langue du dogme ft fixe1 saint ,irne semblait avoir prvu tous les dangers de cette terminologie1 quand il disait avec tant de sagesse3 ,si quelqu'un nous demande comment le ,fils a t produit par le ,pre1 nous lui rpondrons que cette production 7prolatio71 ou gnration1 nuncupatio1 adapertio1 ou tout autre terme dont on voudra se servir1 n'est connue de personne1 parce qu'elle est inexplicable4444 ,quiconque ose entreprendre de la concevoir ou de l'expliquer ne s'entend pas lui-mme en voulant dvoiler un mystre ineffable#ccb4 ,note #cca3 ,contr4 ,maxim41 ,,ii1 ,,xiv4 ,bossuet dit dans le mme sens3 ,dieu a voulu expliquer que la procession de son ,verbe tait vritable et parfaite gnration3 ce que c'tait que la procession de son ,saint-,esprit1 il n'a pas voulu le dire1 ni qu'il y et rien dans la nature qui reprsentt une action si substantielle et tout ensemble si singulire4 ,c'est un secret rserv la vision bienheureuse4 7lv4 sur les ,myst4 #b;e som4 ,v47 ,note #ccb3 ,s4 ,iren41 ,contr4 ,hres41 ,,ii1 xxviii1 #f4--,voyez aussi ,bergier1 ,dict4 ,de ,thol4 aux mots ,saint-,esprit1 manation1 ,gnration4 ,v4 ,la censure de saint ,bernard n'a point pargn les similitudes employes pour reprsenter la ,trinit1 et notamment cette excrable similitude ou plutt dissimilitude du genre et de l'espce1 ainsi que celle de l'airain et du sceau d'airain#ccc4 ,note #ccc3 ,ab4 ,op41 p4 #bhj4 ,qu'est-ce donc8 veux-tu1 selon ta similitude1 parce que le ,fils1 pour tre1 exige que l ,pre soit1 veux-tu que ce qui est le ,fils soit le ,pre1 mais sans rciprocit1 comme le sceau d'airain est airain1 parce que l'existence du sceau d'airain exige celle de l'airain1 comme l'homme est animal1 parce que l'existence de l'un suppose celle de l'autre1 sans que l'airain soit le sceau d'airain1 ni l'animal l'homme8 ,si tu dis cela1 tu es hrtique2 si tu ne le dis pas1 la similitude tombe4 ,o conduit donc ce long circuit de choses prises de si loin1 ces rapprochements laborieux1 cette vaine multiplicit de mots1 ces grands loges que tu donnes a ta dduction1 si les membres n'en peuvent tre ramens les uns aux autres dans les proportions rgulires8 ,ton entreprise n'est-elle pas de nous enseigner l'habitude qui est entre le ,pra et le ,fils 7o'est--dire comment le ,pre a le ,fils78 or1 nous tenons de toi que pour poser l'homme1 il faut poser l'animal1 mais sans rciprocit1 d'aprs la rgle de dialectique qui veut1 non que la position du genre pose l'espce1 mais que la position de l'espce pose le genre4 ,lors donc que tu rapportes le ,pre au genre1 le ,fils l'espce1 ton oraison par similitude n'exige-t-elle pas que le ,fils pos1 tu nous montres que le ,pre est pos1 et que la proposition est sans conversion2 de mme que cette proposition3 ce qui est homme est ncessairement animal1 n'est pas convertible2 et qu'ainsi celui qui est le ,fils est ncessairement le ,pre1 sans que la proposition soit convertible8 ,mais ici la foi catholique le dment2 elle ne souffre pas plus que celui qui est le ,fils soit le ,pre qu'elle ne souffre que celui qui est le ,pre soit le ,fils4 ,autre 7alius71 sans nul doute1 est le ,pre1 autre 7alius7 le ,fils1 quoique le ,pre ne soit pas une autre chose 7aliud7 que le ,fils2 car grce cette distinction d'autre 7adjectif7 et d'autre chose 7substantif71 la pit de la foi a sa faire un partage prudent entre les proprits des personnes et l'unit indivisible de l'essence1 et tenant la ligne intermdiaire1 marcher dans la vole royale1 sans dvier vers la droite en confondant les personnes1 ni vers la gauche en divisant la substance4 ,que si de la simplicit de la substance divine tu induis que si le ,fils est1 le ,pre est ncessairement1 tu n'y gagnes rien1 car la rgle de la relation veut que la proposition soit convertible1 et que l mme vrit accompagne l'inverse1 ce qui ne s'adapte pas la similitude prise du genre et de l'espce1 de l'airain et du sceau d'airain444 ,qu'il nous dise maintenant ce qu'il pense du ,saint-,esprit4 ,la bont mme1 dit-il1 qui est dsigne par ce nom de ,saint-,esprit1 n'est pas en ,dieu puissance ou sagesse444 ,j'ai vu ,satan tombant du ciel comme un clair 7,luc1 x1 #dh74 ,ainsi doit tomber celui qui s'gare dans les choses grandes et merveilleuses qui sont au-dessus de lui4 ,voua voyez1 saint ,pre1 quelles chelles1 ou plutt quels prcipices cet homme s'est prpars pour sa chute4 ,la toute-puissance6 une demi-puissance6 nulle puissance6 ,j'ai horreur de l'entendre1 et cette horreur mme suffit1 je pense1 pour le rfuter4 ,mais cependant je veux citer un tmoignage qui se prsente en ce moment mon esprit troubl1 pour effacer l'injure faite au ,saint-,esprit4 ,on lit dans ,isae3 l'esprit de sagesse et l'esprit de force4 7,,xi1 #b47 ,par l l'audace de cet homme est assez clairement convaincue1 si elle n'est pas comprime4 ,o langue grande en paroles 7magniloqua76 faut-il1 pour que l'injure du ,pre ou du ,fila te soit remise1 faut-il quelque blasphme du ,saint-,esprit8 ,l'ange du ,seigneur est l qui te coupera par la moiti1 car tu as dit3 ,le ,saint-,esprit n'est pas en ,dieu puissance ou sagesse4 ,ainsi le pied de l'orgueil trbuche quand il attaque#ccd4 ,note #ccd3 ,res superbi ruit cum irruit4--,ab4 ,op41 ,s4 ,bern41 ,ep41 p4 #bhc4 ,cette argumentation1 laquelle ne manque aucune des formes de la dialectique1 montre que le saint abb n'tait pas si tranger qu'il le dit aux sciences profanes4 ,mais cartant tout ce qu'y vient ajouter la dclamation de sa colre1 bornons-nous la critique des similitude84 ,on pourrait en principe les condamner toutes2 mais les ,pres ont apparemment regard comme utile1 pour donner le change la curiosit de l'intelligence1 de s'adresser l'imagination4 ,quelquefois on apaise la faim en la trompant1 et l'on fait mcher l'homme affam des substances qui ne sont pas des aliments et qui le calment sans je nourrir4 ,la mme chose se pratique en philosophie2 on donne l'esprit des mtaphores en place de raisons2 c'est un palliatif de notre ignorance1 ,la thologie a us de cet expdient autant pour le moins que la philosophie1 et quelquefois elle s'y est compromise4 ,accepter sans rserve une seule similitude est un moyen sr d'tre hrtique1 comme s'est un sr moyen de donner des adversaires l'apparence de l'hrsie que de prendre la lettre une similitude donne par eux comme une analogie ou une figure4 ,dans sa rfutation d',ablard1 l'abb de ,clairvaux a-t-il bien vit cette mprise ou cet artifice8 ,gardez-vous1 avait dit ,ablard1 de ceux qui rapportent en raisonnant la nature unique et incorporelle de la ,divinit la similitude des corps composs des lments4444 ,dans le vrai1 la ,trinit n'est connue que d'elle-mme2 l'exposition en est difficile1 impossible peut-tre l'homme4444 ,plus l'excellence de la nature divine s'loigne des autres natures qu'elle a cres1 moins nous trouvons dans celles-ci de ressemblances congrues l'aide desquelles nous puissions satisfaire1 quand il s'agit de celle-l4 ,les philosophes doivent se contenter de s'enqurir des natures cres2 encore ne peuvent-ils suffire les comprendre4 ,en ,dieu1 aucun mot ne parat conserver son sens primitif4444 ,nous ne pouvons trouver de similitudes parfaites pour les appliquer l'tre singulier2 nous ne pouvons1 quand il s'agit de lui1 nous satisfaire par des similitudes4444 ,nous les abordons comme nous pouvons1 surtout pour repousser l'importunit des pseudo-dialecticiens4444 ,nous leur apportons les similitudes les plus probables4444 ,quand nous comparons l'homme qui est la fois substance et corps444 qui peut tre la fois pre et fils444 l'identit de substance commune en ,dieu au ,pre1 au ,fils1 au ,saint-,esprit444 on reconnatra qu'on ne peut induire de l une similitude intgrale1 mais quelque similitude partielle3 autrement1 nom parlerions d'identit et non de similitude4 ,prvoyant l'abus qu'on pouvait faire de quelques-unes1 nous en avons introduit d'autres1 tant d'aprs les grammairiens que d'aprs les philosophes1 et que nous avons juges plus conformes notre dessein2 mais celle-l surtout qui est prise des philosophes les plus raisonnables1 et par l moins loigns de la science de la vritable philosophie qui est le ,christ#cce4 ,note #cce3 ,introd41 t4 ,i1 p4 #ajad1 t4 ,,ii1 p4 #ajgj1 #ajgc1 #ajgf1 #ajgi4--,theol4 ,chr41 t4 ,,iii1 p4 #abdi4 ,on vient de voir ce qu',ablard pense des similitudes en gnral4 ,on peut se rappeler comment il juge celles qu'avaient admises saint ,augustin1 saint ,anselme1 ,tertullien4 ,voyons maintenant quelles sont celles qu'il tolre4 ,i4 ,la premire est prise du genre et de l'espce#ccf4 ,si l'on veut bien se reporter au texte1 on y verra1 je crois1 qu',ablard n'entend pas que la gnration de l'espce par le genre soit identique avec celle du ,fils par le ,pre1 ni mme qu'elle en soit le type4 ,nos expressions1 dit-il1 transportes ,dieu1 contractent de la singularit de la substance divine une signification galement singulire1 et quelquefois un sens singulier par construction4 ,il ne faut pas tendre des expressions figuratives et impropres au del de ce que veulent l'usage et l'autorit#ccg4 ,note #ccf3 ,introd41 t4 ,,ii1 p4 #ajhc-ajhd4--,theol4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4 #acaf-acah4 ,note #ccg3 ,id4 ,ibid41 p4 #acjc4 ,et c'est aprs avoir pos cette rgle que1 revenant sur ces distinctions de pre et de fils1 de puissance et de sagesse1 de genre et d'espce1 de matire et de matri1 il dit3 ,une grande discrtion doit tre apporte dans ces nonciations qui concernent ,dieu#cch4 ,note #cch3 id41 p4 #acjd et #acje4 ,ainsi jamais il n'a dit que le ,pre ft un genre et le ,fils une espce2 d'abord parce qu'il rpte incessamment que ,dieu est un tre singulier1 c'est--dire qu'il n'est nulle autre chose que lui-mme1 et que le ,pre est le ,pre1 le ,fils1 le ,fils1 sans pouvoir tre assimils aucun tre plac dans les degrs de l'chelle prdicamentale2 en second lieu1 parce que le plus grand nombre des caractres qu'il attribue au genre ne convient pas au ,pre1 comme de se distribuer en plusieurs espces1 comme de n'exister dans le temps que sous forme d'espces1 et mme que sous forme d'individus2 non plus que les caractres de l'espce ne peuvent tre pour la plupart attribus au ,fils1 comme celui de se trouver dans un nombre illimit d'individus1 comme celui de rsulter de l'union avec sa matire d'une diffrence qui lui constitue une autre essence que celle du genre4 ,qu'a donc voulu dire ,ablard8 ,le voici4 ,on fait difficult de concevoir la distinction du ,pre et du ,fils1 ou de deux personnes1 l'une qui engendre1 l'autre engendre1 dans une mme essence4 ,on ne conoit pas que comme substance1 le ,fils soit le mme que le ,pre1 et que comme personne1 le ,fils ne soit pas le mme que le ,pre2 mais ne se rencontre-t-il nulle part rien d'analogue8 ,n'arrive-t-il jamais que deux choses distinctes soient et ne soient pas la mme8 ,le genre1 par exemple1 est distinct de l'espce2 cependant on dit que l'espce est le mme que le genre1 et l'on ne veut pas dire le mme de tout point1 sans plus1 sans moins1 sans formes ou proprits qui les distinguent2 mais par cette expression3 l'espce est le mme que le genre1 on entend que le genre se retrouve dans l'espce1 et qu'en un sens l'essence du genre est commune l'espce4 ,l'animal est dans l'homme2 on dit hardiment et lgitimement3 l'homme est animal1 ce qui est dire3 l'espce est le genre4 ,et cependant malgr cette communaut1 malgr cet identit d'essence1 l'espce est distincte du genre2 on dit mme que l'espce est engendre du genre4 ,ainsi1 un tre distinct d'un autre par ses proprits1 et engendr par cet autre1 peut avoir une essence commune avec cet autre1 et le mystre de la consubstantialit divine a des analogues2 on ne peut donc a priori le dclarer absurde ou impossible4 ,mais la comparaison ne va pas jusqu' signifier que l'essence du ,pre soit dans le ,fils de la mme manire1 aux mmes conditions que le genre est dans l'espce1 que le ,fils soit engendr du ,pre par une gnration essentiellement identique celle qui du genre fait sortir l'espce4 ,ablard ne l'a dit nulle part1 et mme il a prvenu ses lecteurs contre ces assimilations mensongres1 en leur rappelant que toutes ces locutions taient impropres et figuratives1 qu'elles ne devaient tre admises que dans une certaine mesure1 et qu'il ne fallait pas entendre une identit substantielle l o il n'y avait tout au plus qu'identit de proprit#cci4 ,note #cci3 ,theol4 ,christ41 t4 ,,iv1 p4 #ahjc-ahjd4 ,,ii4 ,la seconde similitude qui indigne saint ,bernard est celle de l'airain et du sceau d'airain4 ,nous la croyons malheureusement choisie1 et1 l'auteur lui-mme semble l'avoir rpudie1 on la remplaant dans son second ouvrage par celle de la cire et de l'image de cire1 sur laquelle il insiste beaucoup moins1 et que ,bossuet a plus tard adopte4 ,toutefois n'exagrons rien2 cette comparaison ne diffre de la prcdente1 qu'ainsi que le particulier du gnral1 ,on sait quelle liaison unit la doctrine du genre et de l'espce1 et cette maxime d',aristote que tout se compose de matire et de forme4 ,si donc ou a pu comparer la distinction et la consubstantialit du ,pre et du ,fils la relation du genre et de l'espce1 on pourra1 dans une certaine mesure1 les comparer la relation dans laquelle une matire doit l'intervention de la forme1 de devenir un certain matri4 ,on pourra dire1 par exemple3 l'airain est la matire du matri appel sceau d'airain2 le sceau d'airain est de l'airain4 ,il est le mme que l'airain1 en ce sens du moins qu'il a la mme substance matrielle1 ou1 comme nous dirions1 la mme matire4 ,cependant s'ensuit-il que l'airain soit essentiellement sceau d'airain8 ,si donc vous m'objectez en thologie que le ,fils ne peut tre de mme substance que le ,pre1 et par l identique au ,pre1 sans que l'inverse soit vraie1 sans que le ,pre soit le ,fils1 je rpondrai que1 si cette objection est gnrale1 absolue1 elle porte faux3 un tre peut tre consubstantiel l'tre dont il est form1 engendr1 constitu1 sans que celui-ci soit celui-l2 c'est ce qui a lieu entre la matire et le matri1 l'airain et le sceau d'airain1 la cire et l'image de cire4 ,voil quelle est la porte assez restreinte de ces similitudes4 ,il en rsulte que les fins de non-recevoir absolues doivent tre cartes1 et qu'il faut acquiescer au dogme1 ou en venir aux objections directes1 attaquer la ,trinit en elle-mme si on l'ose1 en cessant d'invoquer les rgles communes de la science et les principes de la dialectique4 ,c'est ce point qu',ablard se proposait de rduire ses adversaires4 ,maintenant1 que la comparaison soit dangereuse1 qu'elle puisse facilement engendrer des ides fausses1 et1 suivie jusqu'au bout1 entraner de monstrueuses conclusions1 je ne le nie pas2 saint ,bernard a signal quelques-unes de ces mauvaises consquences1 et ,ablard ne les a pas toutes vites4 ,on lui devait pargner tout rquisitoire injurieux2 mais on tait en droit de lui dire3 ,votre comparaison jette trop peu de lumire sur la gnration du ,fils par le ,pre pour que vous puissiez raisonnablement y insister1 au risque de la faire accepter par l'esprit comme une assimilation complte4 ,si1 en effet1 vous vous appesantissez1 sur les dtails d'une analogie superficielle1 il peut arriver qu'aprs avoir bien dit que le sceau d'airain est d'airain1 sans que l'airain soit sceau d'airain1 comme le ,fils est du ,pre sans que le ,pre soit le ,fils1 on pousse la comparaison jusqu' prtendre que comme le ,pre est la puissance et la sagesse quelque puissance1 la sagesse est de la puissance1 sans que la puissance soit la sagesse2 et en substituant encore les termes1 que le ,pre n'est pas la sagesse1 ce qui revient dire que la sagesse manque au ,pre4 ,cette induction serait fausse1 et pourrait tre aisment renverse l'aide d'une distinction2 mais elle se prsenterait naturellement1 et c'est l'aide de ces consquences qui sont dans les mots plus que dans la pense1 que saint ,bernard a pu motiver ou colorer ses anathmes4 ,saint ,bernard dit que toute distinction ou comparaison qui suppose une supriorit d'un terme sur l'autre1 est inapplicable la ,trinit1 comme contraire l'galit des personnes4 ,ablard avait dit3 ,chaque personne est sans principe1 parce que chacune est ternelle et le principe de toutes les autres choses4 ,l'une ne peut tre sans l'autre1 mais aucune n'est antrieure ou suprieure sous aucun rapport l'autre4 ,cause1 principe1 matire1 rien de tout cela ne peut tre dit proprement de la relation d'une personne une autre#cdj4 ,note #cdj3 ,introd41 t4 ,,ii1 p4 #ajfi1 et ,theol4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4 #acbj-acbd4 ,saint ,bernard dit que le ,pre est sagesse et le ,fils puissance4 ,ablard avait dit3 ,chacune des personnes1 tant de mme substance1 est de mme puissance2 le ,pre autant que le ,saint-,esprit4 ,la ,trinit entire est sagesse1 le ,pre autant que le ,fils4 ,la ,trinit entire est charit4 ,dieu ne peut jamais tre sans sagesse#cda4 ,note #cda3 ,introd41 t4 ,i1 p4 #fih1 t4 ,,ii1 p4 #ajhc4 ,saint ,bernard dit que les noms qui sont donns aux personnes1 leur sont donns1 non par rapport elles-mmes1 mais chacune par rapport l'autre ou aux deux autres4 ,ablard avait dit3 ,dieu le ,pre1 ,dieu le ,fils ou ,dieu le ,saint-,esprit1 se disent en quelque sorte non pas substantiellement1 mais relativement1 chacun des prdicats relatifs dsignant en disjonction le ,pre1 le ,fils ou le ,saint-,esprit1 quoiqu'en construction 7c'est--dire tous runis en ,dieu71 ils n'aient plus d'objet auquel ils soient relatifs#cdb4 ,note #cdb3 ,theol41 t4 ,,iii1 p4 #abhf4 ,saint ,bernard dit que suivant ,ablard la puissance entire a t accorde au ,pre1 et que le ,fils n'a obtenu qu'une demi-puissance4 ,ablard avait dit3 ,nous ne disons pas le ,fils ou le ,saint-,esprit moins tout-puissants que le ,pre4444 ,la puissance des trois personnes est la mme#cdc4 ,note #cdc3 ,introd41 t4 ,i1 p4 #ihi et #iia4 ,saint ,bernard dit que la foi catholique a lev toutes les difficults par la distinction d'alius et d'aliud1 ou qu'elle a1 grce ce qu'on pourrait appeler la diffrence adjective et la diffrence substantive1 concili l'unit de la substance et la diversit des personnes4 ,ablard avait dit3 ,le ,pre n'est pas autre chose 7aliud7 que le ,fils ou le ,saint-,esprit4444 ,il n'est pas1 dis-je1 autre chose en nature1 mais il est autre 7alius7 en personne4444 ,celui-ci n'est pas celui qui est celui-l1 mais il est ce qu'est celui-l4444 ,on ne peut dire qu'une quelconque des trois personnes qui sont en ,dieu1 soit autre chose qu'une autre1 leur unique substance tant absolument singulire1 et ne comportant aucune diversit de formes1 ou de parties#cdd4 ,note #cdd3 ,introd41 t4 ,i4 p4 #ihb et #ihc4 ,theol41 t4 ,,iii1 p4 #abja et #abjc1 et t4 ,,iv1 p4 #acja et #acjb4 ,cette distinction entre le neutre et le masculin est consacre en thologie2 elle est dans ,grgoire de ,nazianze 7,ep4 ,i1 ad ,cledon ,orat41 ,,lii72 dans saint ,hilaire 7,de ,trin41 t4 ,,ii1 et t4 ,,vii72 ,saint ,augustin 7tract4 ,xxxvi3 ,in ,johan41 et dans l',append4 du t4 ,,vi1 ,de ,fid4 ,ad ,petr41 c4 ,i72 dans saint ,ambroise3 ,et ipsum ipsa quod ipse2 et ipsum ipse quod ipsa2 et non ipsum ipsa qui ipse1 et non ipsa ipse qu ipsa4 7,de ,dign4 cond4 hum41 c4 ,,ii47--,cf4 saint ,anselme 7,monol41 c4 ,,xli72 saint ,thomas 7,summ41 ,i1 qu4 ,,xxxi1 #b71 et ,pierre ,lombard 7,sent41 t4 ,i1 dist4 #h74 ,dans toutes ces distinctions1 il en est une qu'on n'attaque point1 et qui nous semblerait1 nous1 la plus grave2 et la voici4 ,comme tant une certaine puissance1 une espce1 un matri1 le ,fils a la proprit d'tre par un autre1 esse ab alio1 tandis que le ,pre n'est que par lui-mme4 tre par un autre ou d'un autre1 esse ab alio ou ex aliquo1 est une expression connue dans la science4 ,aristote l'a introduite et dfinie4 ,elle s'applique aux choses qui proviennent d'une autre1 qui en sont faites1 qui en font partie1 et cette relation a en logique un sens dtermin#cde4 ,or1 ce sens n'est pas compatible avec l'attribut essentiel1 minent1 de la ,divinit4 ,l'tre ncessaire est ncessairement par lui-mme2 et parler rigoureusement1 refuser une personne divine la proprit d'tre par soi-mme1 ce serait lui dnier la ,divinit2 il y aurait athisme4 ,les ,pres l'ont senti1 lorsqu'ils hsitent et se contredisent1 plutt que d'attribuer sans restriction le titre de principe au ,pre l'exclusion du ,fils4 ,saint ,augustin1 nonant cette proposition3 ,le ,pre est le principe de toute la ,divinit1 proposition rpte par ,ablard et presque aussitt par lui restreinte1 risque de se trouver en contradiction avec le verset sacr3 ,dans le principe tait le ,verbe 7,jean1 ,i1 #a74 ,il y a sur ce point un sic et non perptuel dans les thologiens1 et le ntre a bien fait d'carter1 autant que possible1 des personnes divines les qualifications de principe1 cause1 source1 origine1 qui ne font qu'ajouter des contradictions des mystres#cdf4 ,je crains bien les mmes dangers pour cette distinction entre tre et n'tre pas par soi-mme1 et j'aimerais mieux les termes mystiques de l'vangile que ces abstractions qui soulvent des nuages au lieu d'apporter la lumire4 ,saint ,bernard ne s'en proccupe gure2 la distinction ne l'arrte que parce qu',ablard en conclut que ,dieu le ,pre1 qui a l'existence par lui-mme1 doit avoir la puissance pareil titre1 et en effet il doit avoir les modes de l'existence comme il a l'existence mme4 ,mais tout cela est secondaire1 mes yeux1 auprs de cette assertion que le ,pre a seul la proprit d'tre par lui-mme4 ,ce n'est pas moins que l'assertion qu'il a seul la proprit d'tre ,dieu4 ,ni ,ablard1 ni saint ,bernard1 ne sont les seuls ou les premiers qui aient parl ainsi2 et il faut convenir que ds que vous accordez la paternit1 la gnration1 la procession1 vous reconnaissez implicitement qu'il est possible d'tre ,dieu et ne pas tre rigoureusement par soi-mme#cdg4 ,mais la diffrence de l'implicite l'explicite n'est pas frivole1 quand il s'agit des mystres3 c'est souvent la diffrence de l'inexplicable l'absurde1 de l'nigme au non-sens4 ,je puis confesser que ,dieu est pre ou fils1 pourvu que j'ajoute aussitt que je ne sais pas comment il est pre ou fils1 que ces mots ont ici1 sans aucun doute1 un sens surnaturel et inconnu2 mais je ne puis1 sans que ma raison frmisse1 affirmer que l'existence par soi-mme ne soit pas une condition absolue de la ,divinit4--,laissons cela#cdh4 ,note #cde3 ,grec3 ,to ektinos einai4 ,met441 ,v1 xxiv4--,saint ,augustin met une diffrence entre esse ex ipso ou esse de ipso4 ,quod enim de ipso est potest dici ex ipso1 non autem1 etc4 ,ce qui est ex ipso est cr par lui1 ce qui est de ipso est de sa substance4 ,mais cette distinction n'claircit ni ne justifie l'application la ,divinit de l'expression esse ab alto ou ex alto 7,de ,nat4 ,bon4 ,cont4 ,manich41 c4 ,,xxvix74 ,note #cdf3 ,introd41 t4 ,i1 p4 #ihd4--,theol4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4 #acbj4--,sic et ,non1 ,,xiv1 p4 #db4--,p4 ,lomb41 ,sent41 t4 ,i1 dist4 ,,xxix4 ,note #cdg3 ,ex ,deo processi1 dit le ,christ2 car c'est ainsi qu'on traduit ces mots ,grec3 ,ek tou ,theou exlthon1 qui au lieu o ils sont placs1 semblent vouloir dire seulement3 ,je suis venu de la part de ,dieu 7,jean1 viii1 #db74 ,mais il y a un passage plus fort3 ,le ,fils ne peut rien faire par lui-mme 7,id41 v4 #ai74 ,c'est de l qu'on induit en gnral qu'il peut y avoir procession au sein de l'tre divin1 c'est--dire une diffrence d'origine entre les personnes 7,s4 ,thom41 ,sum41 ,i1 qu4 xxvii1 er4 #a74 ,saint ,augustin dit que le ,pre est le principe de toute la ,divinit 7,de ,trin41 ,,iv1 xx74 ,m4 ,hampden a vu dans saint ,hilaire que le ,fils est unus ab uno1 scilicet ab ingenito genitus 7,de ,trin41 ,,iv74 ,ainsi il est ab alio2 et saint ,thomas qui veut que le ,fils soit aussi principe1 dit qu'il est un principe venant d'un principe1 tandis que le ,pre est un principe sans principe4 ,principium a principio1 quod est filius2 principium non de principio1 quod est ,pater4444 ,per hoc quod non est ab alio4444 ,pater est a nullo4444 ,intelligatur nomine ingeniti quod omnino non sit ab alio4444 ,divin essenti de qua potest dici quod in ,filio vel in ,spiritu ,sancto est ab alio1 scilicet a ,patre 7,summ41 ,i1 qu4 xxxiii1 a4 #a et #d74 ,l'erreur laquelle me paraissent conduire ces expressions ,s'appelle en thologie le subordinationisme 7,frerichs1 ,comment4 de ,ab4 doct41 p4 #aj74 ,note #cdh3 ,je crois que1 pour attnuer un peu cette difficult1 il est plus sage de substituer cette expression esse ab alio1 cette autre expression procedere ab alio1 dont se sert plus volontiers saint ,thomas et qui distingue les personnes de la ,trinit en celles qui procdent et celles de qui les autres procdent 7,summ41 ,i1 qu4 xxvii1 art4 #a74 ,on a mme voulu ,pousser les distinctions verbales plus loin1 et attribuer au ,pre l'expression ex quo1 au ,fils per quem et au ,saint ,esprit in quo1 en se fondant sur un verset de saint ,paul 7,i ,cor41 viii1 #f4--,s4 ,basil41 ,de ,spir4 ,sanct41 c4 ii74 ,mais cette distinction n'est pas admise1 on y oppose des passages ,formels1 entre autres ,rom4 xi4 #cf4 ,c'est un caractre ou propre1 ,gnralement reconnu au ,pre1 que de n'avoir ni auteur ni principe1 d'tre ,grec3 autogens1 anaitios1 ouk ek tinos 7,damasc41 ,de ,fid41 ,i1 viii72 d'tre par soi-mme ou de n'tre pas par un autre que par soi4 ,proprium est ,patris1 dit ,alcuin1 quod solus est ,pater et quod ab alio non est nisi a se4 7,qu4 ,de ,trin41 p4 #gfb72 tandis qu'on trouve partout que le ,fils est ex ,patre1 ab alio1 et notamment dans saint ,augustin1 de ,patre est ,filius1 non est de se 7,cont4 ,max41 c4 xiv4--,tract4 xx ,in ,johan472 dans saint ,ambroise3 ,dicitur ,deus pater quia ipse est ex quo4444 et sapientia4444 et dilectio4444 et ex ipso sunt quia non a se 7,de ,dign4 ,cond4 hum41 c4 ii74 ,d'o il suit que le ,fils n'est pas ,grec3 autotheos4 ,pater a nullo habet essentiam nisi a se ipso1 ,filius habet essentiam suam a ,patre 7,anselm41 ,monol41 c4 xliv74 ,ce qui ne veut pas dire cependant que l'essence engendre une autre essence1 la consubstantialit y prirait4 ,p4 ,lombard et saint ,thomas ont bien tabli ce point1 malgr les objections de ,richard de ,saint-,victor4 ,cependant les protestants ont t plus loin2 ,calvin1 ,bze ont soutenu qu'il fallait croire que le ,fils a l'essence et la divinit par lui-mme4 ,si a se ,deus non est1 dit un docteur1 quomodo ,deus erit8 ,cependant ,la doctrine catholique est formelle4 ,tout ce qu'ont le ,fils et le ,saint-,esprit1 ils l'ont du ,pre1 mme l'tre1 ,grec3 kai auto to einai 7,j4 ,damasc41 ,de ,fid41 ,i1 x74 ,on explique cette doctrine en dveloppant ces mots de saint ,jean3 ,comme le ,pre a la vie en lui-mme1 il a donn au ,fils d'avoir la vie en lui-mme 7v4 #bf74 ,la gnration parfaite et divine a cette vertu de faire que le ,fils soit tout ce qu'est le ,pre1 except d'tre le ,pre 7,p4 ,lomb41 ,i4 i1 dist4v4--,voy4 ,le ,p4 ,petau1 t4 ,,ii1 t4 ,,ii1 c4 vi2 t4 ,,vi1 c4 x1 xi et xii74 ,le point qui parat le plus toucher saint ,bernard1 est l'attribution spciale de la bont au ,saint-,esprit4 ,qui n'en aperoit la raison8 ,l'vangile contient ces paroles mystrieuses et terribles3 ,tout pch et tout blasphme sera remis aux hommes2 mais le blasphme de l',esprit ne sera pas remis aux hommes4 ,et quiconque aura parl contre le ,fils de l'homme1 il lui sera remis2 mais s'il a parl contre le ,saint-,esprit1 il ne lui sera remis ni dans ce sicle ni dans le sicle venir 7,math1 xii1 #ca1 #cb74 ,or1 ,othon de ,frisingen a raison1 saint ,bernard est crdule et tremble pieusement ds qu'il croit entrevoir l'impit4 ,ablard a dit que le ,saint-,esprit tait minemment l'amour ou la charit divine3 soudain le voil convaincu d'avoir dpouill le ,saint-,esprit de puissance et de sagesse2 il a commis le pch irrmissible1 il a prononc le blasphme inexpiable4 ,quant nous1 nous ne rappellerons pas que1 fonde ou non1 cette attribution de la sagesse et de l'amour est pour ainsi dire traditionnelle dans l'glise#cdi4 ,nous ferons seulement une citation3 ,si nous voulons rechercher plus expressment ce que signifie la personne en ,dieu1 elle quivaut dire que ,dieu est ou le ,pre1 savoir la divine puissance engendrant1 ou le ,fils1 savoir la sagesse divine engendre 7sumta7 ou le ,saint-,esprit1 savoir le processus de la bont divine#cej4 ,note #cdi3 ,voyez entre mille autorits saint ,aug41 ,de ,trin41 ,,vi1 v1 ,,xv1 xvii4--,de ,civ4 ,dei1 ,,xi1 xxiv4 ,saint ,anselme dans le ,monologium dit que le ,pre est l'esprit suprme 7summum spiritus72 le ,fils1 l'intelligence et la sagesse1 la science1 la connaissance1 la vrit de la substance paternelle2 le ,saint-,esprit enfin1 l'amour de l'esprit suprme 7c4 ,,xliv1 ,,xlvi1 ,,xlvii et ,,xlix74 ,note #cej3 ,theol4 ,chr41 t4 ,,iii1 p4 #abhj4 ,une seule question aurait d tre pose1 et ,ablard et t embarrass d'y rpondre4 ,si la ,trinit est toute-puissante1 sage1 bonne1 quel titre et comment la puissance appartient-elle au ,pre1 la sagesse au ,fils1 la bont au ,saint-,esprit1 ou plutt comment et dans quelle mesure ces attributs sont-ils spars ou distingus des autres attributs divins1 tous galement et semblablement communs la substance divine et par elle aux trois personnes1 et comment sont-ils distingus de manire devenir minents chacun dans une d'elles8 ,en d'autres termes encore1 quelle diffrence assignez-vous entre la manire dont appartiennent les attributs communs ou substantiels1 et celle dont appartiennent les attributs spciaux ou personnels1 les premiers appartenant la substance et tant communs aux personnes1 les seconds appartenant chacun une des personnes et tant communs la substance8 ,certainement1 il y a l une difficult1 et qui n'est pas seulement insoluble1 l'insoluble est partout ici2 mais je crois qu'elle porte sur une distinction inexprimable4 ,,vi4 ,laissons ce que saint ,bernard dit en passant de la thorie platonicienne de l'me du monde assimile la foi dans le ,saint-,esprit2 ngligeons cette phrase vive et ddaigneuse3 ,lorsque ,ablard se met en sueur pour voir comment il fera ,platon chrtien1 il se prouve payen4 ,venons cette censure gnrale3 ,il n'est pas tonnant qu'un homme qui ne s'inquite pas de ce qu'il dit1 en se jetant sur les secrets de la foi1 envahisse et disperse avec si peu de respect les trsors cachs de la pit1 puisque sur le fond de la pit mme il ne pense ni en homme pieux1 ni en fidle4 ,enfin1 ds l'entre de sa ,thologie1 ou plutt de sa ,stultilogie1 il dfinit la foi une estimation1 comme s'il tait loisible chacun de penser et de dire en matire de foi ce qu'il lui plat1 ou que les sacrements de notre foi demeurassent suspendus des opinions vagues et variables1 au lieu d'tre appuys sur la vrit certaine6 ,est-ce que1 si la foi est flottante1 notre esprance1 n'est pas vaine8 ,c'taient donc des sots que nos martyrs1 soutenant de si rudes preuves pour des choses incertaines1 et ne balanant pas1 pour une rcompense douteuse1 courir au-devant d'un long exil par une fin douloureuse8 ,mais loin de nous la pense que dans notre foi et notre esprance il y ait rien1 comme il l'imagine1 qui oscille sur une douteuse estimation1 et que tout n'en soit pas fond sur la vrit certaine et solide1 divinement prouv par les oracles et les miracles1 tabli et consacr par l'enfantement de la vierge1 par le sang de la rdemption1 par la gloire de la rsurrection4 ,ces tmoignages sont devenus trop dignes de foi 7,ps4 xcii1 #g74 ,s'il en est autrement1 l',esprit lui-mme enfin rend tmoignage notre esprit que nous sommes fils de ,dieu4 ,comment donc peut-on oser appeler la foi une estimation1 moins de n'avoir pas encore reu ce mme esprit1 ou bien d'ignorer l'vangile1 ou de le regarder comme une fable8 ,je sais quoi j'ai cru et je suis certain1 s'crie l'aptre 7,,ii ,tim41 i1 #db71 et toi1 tu me souffles tout bas3 ,la foi est une estimation4 ,dans ton verbiage1 tu fais ambigu ce qui est d'une certitude sans gale2 mais ,augustin parle autrement3 ,la foi1 dit-il1 n'est pas dans le coeur o elle rside et pour celui qui la possde comme une conjecture ou une opinion1 elle est une certaine science au cri de la conscience4 ,loin donc1 bien loin de nous de rduire ainsi la foi chrtienne4 ,c'est pour les ,acadmiciens que sont ces estimations1 gens dont le fait est de douter de tout1 de ne savoir rien2 pour moi1 je marche confiant dans la sentence du matre des nations1 et je sais que je ne serai point confondu4 ,elle me plat1 je l'avoue1 sa dfinition de la foi1 quoique cet homme dirige contre elle une accusation dtourne3 ,la foi1 dit-il1 est la substance des choses qu'il faut esprer1 l'argument des choses non apparentes 7,hb41 xi1 #a74 ,la substance des choses qu'il faut esprer1 non la fantaisie de conjectures normes2 tu l'entends1 la substance6 ,il ne t'est pas permis dans la foi de penser ou de disputer ton gr1 ni de vaguer et l dans le vide des opinions1 dans les dtours de l'erreur4 ,par le mot de substance1 quelque chose de certain et de fixe t'est d'avance impos2 tu es enferm dans des bornes certaines1 tu es emprisonn dans des limites certaines2 car la foi n'est pas une estimation1 mais une certitude#cea4 ,note #cea3 ,ab4 ,op4 ,bern41 ep4 xi1 p4 #bhc1 #bhd4 ,il semble ici que saint ,bernard ait rencontr juste1 et une grande autorit lui vient en aide1 c'est ,gerson#ceb4 ,voil bien1 ce semble1 le point de la discussion entre le philosophe et le fidle4 ,dans cette diversit de dfinition de la foi clate la diffrence entre celui qui veut par la raison arriver croire1 et celui qui commence par croire et qui raisonne aprs4 ,cependant1 si l'on consulte le texte1 la critique est hasarde4 ,on se rappelle le dbut de l',introduction4 ,a ct de la foi1 l'auteur place l'esprance1 et afin d'expliquer pourquoi il confond l'esprance dans la foi1 il gnralise la foi qui1 comme l'esprance1 est une estimation ou un jugement de l'esprit sur les choses qu'on ne voit pas4 ,cette dfinition de la foi est donc gnrale1 et non spciale1 c'est celle de la foi abstraite1 et non de la foi chrtienne2 c'est un souvenir d',aristote qui unit la croyance ou la foi l'opinion ou estimation4 ,mais ds qu'il s'agit de la foi1 en tant qu'elle intresse l'ensemble du salut de l'homme1 objet de son ouvrage1 ,ablard revient la dfinition de saint ,paul4 ,parlons d'abord de la foi1 dit-il2 qui vient avant le reste 7la charit et les sacrements71 comme tant le fondement de tous les biens4 ,que peut-on en effet esprer et que peut-on aimer de ce qu'on espre1 si l'on ne croit auparavant1 tandis qu'on peut croire sans l'esprance et sans l'amour8 ,de la foi1 en effet1 nat l'esprance2 ainsi1 ce que nous croyons le bien1 nous avons la confiance de l'obtenir par la misricorde de ,dieu4 ,d'o l'aptre3 ,la foi est la substance des choses qu'il faut esprer et l'argument des choses qui n'apparaissent pas4 ,la substance des choses qu'il faut esprer1 c'est--dire le fondement et l'origine des esprances auxquelles nous sommes conduits1 en croyant d'abord que les choses sont1 afin de les esprer ensuite2 l'argument des choses qui n'apparaissent pas1 cela veut dire la preuve qu'il y a des choses non apparentes4 ,comme en effet personne ne doute que la foi n'existe1 il faut accorder qu'il y a des choses non apparentes4 ,car la foi1 ainsi qu'il a t remarqu1 ne se dit avec entire proprit que de ce qui n'apparat pas4 ,note #ceb3 ,fides dicitur habitus firmus1 ad differentiam opinionis vel suspicionis incertae1 sicut ponebat ,petrus ,abaelardus per ,b4 ,bernardum in hoc redargutus 7,serm4 ,ad commiss1 ,fidei1 t4 ,,ii1 p4 #ccd2 ,gerson4 ,op4 omn41 vol4 in fol4 ,antw4 #agjf74 ,si la foi est ainsi la preuve de l'invisible1 il est des objets de la foi qui n'importent pas au salut4 ,quel pril courons-nous croire que ,dieu fera demain ou ne fera pas tomber la pluie8 ,a celui qui vous parle de la foi pour votre dification1 il suffit de traiter et d'enseigner les choses qui1 si elles ne sont crues1 produisent la damnation4 ,ce sont celles qui appartiennent la foi catholique4 ,la foi catholique1 c'est--dire universelle1 est celle qui est tellement ncessaire tous1 que quiconque en est dnu ne peut tre sauv#cec4 ,note #cec3 ,introd41 t4 ,i1 p4 #igi1 #iha1 #ihb4 ,voyez aussi notre c4 ,,ii p4 #ahh1 et dans le t4 ,i1 le c4 ,,vii1 p4 #dij4 ,y a-t-il en tout cela prtexte l'indignation de saint ,bernard#ced8 ,nous croyons parfaitement innocente la dfinition qu'il incrimine1 et cependant nous avouerons que le rationalisme tend toujours faire de la foi une opinion1 ou1 si l'on veut1 une estimation4 ,sans doute on ne saurait proscrire la foi forme par le travail de l'intelligence1 elle peut tre aussi pure et aussi solide que toute autre1 et obtenir par suite tous les dons clestes promis la foi4 ,lorsqu'on enseigne la religion1 il est mme impossible de ne point admettre certains antcdents logiques qui servent de base la foi1 et de ne point convenir que celle-ci suppose la croyance certaines vrits pralables1 ce qui donne la foi les apparences d'une dduction4 ,mais souvent en fait la foi prcde tout raisonnement dont on ait conscience ou souvenir1 et comme elle est religieusement un devoir1 mme une vertu1 elle a souvent1 ainsi que toutes les autres vertus1 le don de se rencontrer dans l'me et d'y dominer1 sans commencement et sans motifs connus1 en vertu d'une adhsion implicite et involontaire4 ,la foi ainsi conue est en gnral plus estime par la religion1 elle lui parat mieux assure2 n'tant pas la cration laborieuse de la raison1 elle semble inspire1 et son origine la sanctifie4 ,aussi a-t-elle en elle-mme plus de mrite1 le mrite qui ne vient pas de nous tant le seul vritable1 et les plus rcents apologistes du christianisme se sont attachs tablir que les vrits1 regardes jusqu'ici comme un prliminaire que la raison dmontre pour que la foi prenne naissance1 sont elles-mmes connues par la foi avant de l'tre par la raison4 ,c'est cette foi d'obissance qui a t loue dans ,abraham4 toutes les poques1 cette foi a t distingue de la foi acquise et raisonne1 et prfre a celle-ci par les hommes pratiques qui unissaient une pit vive l'esprit d'autorit4 ,cependant l'obissance raisonnable de saint ,paul reste permise1 et c'est celle qu',ablard enseigne1 car c'est la seule qui puisse tre enseigne4 ,note #ced3 ,lui-mme avait dit3 ,deus444 tribus voluti viis est vestigandus1 opinione1 fide1 intellectu4 ,fides est votuntaria quaedam et certa prolibatio necdum propalatae veritatis2 intellectus est rei cujusdam invisibilis certa et manifesta notitia 7,de ,consider41 ,v1 #c4 ,cf4 ,frerichs1 ,comment1 de ,ab4 doct41 p4 #ac74 ,,chapitre ,v4 ,,des ,,principes ,,de ,,la ,,th,,ologie ,d',,ab,,lard4--,,examen ,,philosophique4 ,considrons maintenant dans son ensemble et d'un point de vue plus gnral encore la doctrine d',ablard sur la ,trinit4 ,la sentence de l'orthodoxie contemporaine se trouve dveloppe dans la lettre de saint ,bernard4 ,essayons de juger ce jugement4 ,il a t reproduit1 mais avec plus de modration dans les termes1 par des crivains modernes4 ,ainsi ,d4 ,clment regarde1 non comme faux1 mais comme dangereux ce principe que la foi doit tre dirige par la lumire naturelle1 principe qui conduit cette autre proposition3 ,on ne croit point parce que ,dieu a dit1 mais parce qu'on est convaincu qu'il en est ainsi1 on admet#cee4 ,voil1 dit le critique1 un principe qui doit mener loin4 ,il trouve naturelles les consquences que saint ,bernard infre de la dfinition de la foi donne par ,ablard4 ,cependant loin de les avoir constamment admises1 on voit que l'auteur les a quelquefois combattues1 mme avec succs2 mais ce qu'il ne pouvait dsavouer en aucun cas sans saper par le pied sa nouvelle mthode1 c'est que la foi n'est pas absolument au-dessus de la raison4 ,enfin les explications et les comparaisons qu'il donne touchant la ,trinit laissent percer tantt le sabellianisme1 tantt l'arianisme4 ,nous aimons nous persuader1 et ce n'est pas au reste sans preuves1 qu'il est exempt dans le fond de l'une et de l'autre de ces erreurs4 ,mais il n'en a pas moins brouill rellement toutes les notions thologiques sur la ,trinit4 ,note #cee3 ,art4 ,ablard dans l',hist litt_/i t4 ,,xii1 p4 #ach4--;,introd41 t4 ,,ii1 p4 #ajfj4 ,on le voit1 le reproche d'hrsie n'est plus profr1 il est mme formellement cart#cef2 plus de ces mots d'impit1 de blasphme1 de paganisme1 et de l cette consquence qu'on n'tait en droit ,sens1 comme ,soissons1 que de signaler les erreurs du livre et non de condamner personnellement un docteur qui n'a pas un seul moment cess de protester de sa soumission l'glise et au saint-sige4 ,note #cef3 ,c'est maintenant une chose gnralement accorde4 ,j'en ai cit plusieurs preuves 7,voy4 t4 ,i1 p4 #bah74 ,il serait trop long de rappeler tous les ouvrages o les opinions thologiques d',ablard sont apprcies 7,voy4 t4 ,i1 p4 xxii74 ,a ces critiques ainsi rduites1 ,m4 ,cousin1 fortifiant de son autorit celle d',othon de ,frisingen1 ajoute une observation qui pntre plus avant4 ,il pense qu',ablard1 en introduisant le rationalisme dans la thologie1 y a introduit aussi le nominalisme1 chose grave1 surtout quand il s'agit de la question de la ,trinit4 ,quelques rflexions seront ici ncessaires4 ,on l'a dj vu1 il y a deux manires de traiter la thologie1 c'est--dire d'enseigner la religion1 celle du rationalisme et celle que les ,allemands appellent du super-naturalisme4 ,toujours la premire court le risque d'incliner l'htrodoxie1 l'hrsie1 et de passer insensiblement du rationalisme thologique au rationalisme philosophique4 ,la seconde offre une tendance constante au mysticisme ou penche vers une abngation de tout raisonnement1 vers une misologie1 comme on dit encore en ,allemagne1 vers une aversion de toute science qui peut transformer l'humilit d'esprit en crdulit superstitieuse4 ,ce n'est pas que la foi manque absolument dans le rationalisme1 ni que le super-naturalisme 7employons ce mot faute d'un meilleur7 ne laisse absolument aucun rle la raison4 ,le rationalisme peut tre orthodoxe1 honorer du moins et prescrire la foi2 mme dans le rationalisme purement philosophique il y a encore une place pour quelque chose qui peut s'appeler la foi1 c'est--dire pour un assentiment non raisonn des vrits indmontres et indmontrables1 pour une croyance implicite et ncessaire des choses invisibles1 argumentum non apparentium4 ,aucune philosophie n'est sans mystres ou sans faits inexplicables1 insensibles et certains2 aucune philosophie n'est sans foi4 ,cela est encore plus vrai du rationalisme religieux2 il a pour objet de conduire la foi par la raison ceux qui la foi manque1 ou plus souvent1 l o il rencontre la foi1 de l'clairer1 de la motiver1 de la corroborer par la raison4 ,qu'est-ce donc en gnral que le rationalisme chrtien8 ,une conciliation de la foi et de la raison1 un clectisme4 ,de mme1 dans la doctrine de ceux qui ramnent tout la foi1 prenant la lettre et dans un sens absolu les anathmes contre la philosophie1 on ne peut soutenir que la raison n'ait rien faire4 ,soit qu'on cherche exciter la foi uniquement par des rcits ou des menaces1 comme de certains missionnaires1 soit qu'on en appelle au sentiment religieux1 ce besoin d'amour et de prire qui1 dit-on1 est dj la grce1 et qui1 fidlement cout1 doit attirer la grce dfinitive de la foi1 soit surtout qu'on invoque le principe de l'autorit contre l'anarchie des opinions individuelles et les carts du libre examen1 on recourt implicitement la raison humaine4 ,il y a un syllogisme jusque dans le choix mystique de l'me prfrant la vision la conception et l'enthousiasme la certitude4 ,c'est1 dit avec profondeur saint ,clment d',alexandrie1 une sage parole que celle-ci3 ,il faut de la philosophie mme pour dcider qu'il ne faut pas de philosophie#ceg4 ,note #ceg3 ,clem4 ,alex4 ,stromat4 ,,vi1 in ,his4 ,mais malgr ce qu'il y a de commun entre les deux mthodes thologiques1 et ce qu'il y a de commun1 c'est l'intelligence laquelle toutes deux s'adressent1 et que ni l'une ni l'autre ne peut scinder ni travestir2 ce qu'il y a de commun toute religion comme toute philosophie1 c'est l'humanit2 il faut reconnatre que les deux mthodes diffrent par leurs caractres et par leur tendance4 ,la premire1 quoiqu'elle soit celle de presque tous les hrtiques1 et ncessairement celle de tous les philosophes1 et des plus incrdules1 n'a jamais en elle-mme t formellement condamne par l'glise1 qui ne pouvait rpudier quelques-uns de ses docteurs les plus illustres4 ,les deux mthodes1 employes concurremment dans tous les ges du christianisme1 ont l'une sur l'autre prvalu tour tour1 suivant les temps et les questions4 ,dans le berceau mme de la foi1 on les trouve alternativement s'embrassant et luttant ensemble4 ,il est impossible de ne pas reconnatre dans saint ,jean un caractre philosophique qui manque saint ,luc2 et malgr ses invectives contre les philosophes1 saint ,paul porte dans l'exposition du dogme des formes de discussion1 un esprit libre et raisonneur qui paraissent trangers au gnie positif et formaliste de saint ,pierre4 ,il discutait dialectiquement1 dit l'criture1 les choses du royaume de ,dieu#ceh4 ,note #ceh3 ,grec3 ,dielegeto4 ,act4 xvii1 #b4 ,grec3 ,dialegomenos kai peidoin ta peri tas basileias ton ,thiou4 ,,xix1 #h4 ,depuis les aptres jusqu'aux ,pres1 depuis les ,pres jusqu'aux docteurs de nos facults de thologie1 les deux mthodes se sont perptues dans l'glise2 et pour avoir choisi entre elles1 ,ablard n'est point sorti du saint bercail4 ,il a fait d'ailleurs ce choix sans intention d'innover sur aucun point du ,symbole4 ,sa prtention parat s'tre leve jusque-l seulement1 qu'il a voulu exposer1 c'est son expression1 sous une forme un peu nouvelle1 la croyance chrtienne touchant la nature de ,dieu1 et soit par un choix dans les doctrines reues1 soit par quelques explications neuves1 construire une dduction mthodique du dogme de la ,trinit et appuyer d'arguments plus modernes l'adhsion qui lui est due4 ,voici dans sa juste mesure la formule gnrale de ce rationalisme dogmatique3 ,il ne faut pas toujours demander1 dit ,leibnitz1 des notions adquates1 et qui n'enveloppent rien qui ne soit expliqu4444 ,nous convenons que les mystres reoivent une explication1 mais cette explication est imparfaite4 ,il suffit que nous ayons quelque intelligence analogique d'un mystre1 tel que la ,trinit et que l'incarnation1 afin qu'en les recevant nous ne prononcions pas des paroles entirement destitues de sens3 mais il n'est point ncessaire que l'explication aille aussi loin qu'il serait souhaiter1 c'est--dire qu'elle aille jusqu' la comprhension et au comment#cei4 ,note #cei3 ,thodice disc4 prl4 sec4 #ed4 ,mais l'excution a-t-elle parfaitement rpondu l'intention8 ,j'ai ailleurs dcrit comme je me le reprsente1 l'tat religieux de l'me d',ablard4 ,le jugement de l'esprit d'un sicle par l'esprit d'un autre n'est pas aujourd'hui chose fort malaise4 ,notre poque a trop d'impartialit pour manquer de sagacit4 ,mais quand il faut appliquer ce jugement gnral un individu1 pntrer au fond d'une me travers les ges1 entrevoir comment s'y associaient ou s'y combattaient l'esprit du temps auquel elle n'chappait pas1 et cet esprit de tous les temps auquel participent tous les philosophes2 comment s'y mlaient1 sans y disparatre1 les habitudes religieuses1 les habitudes logiques1 l'rudition sacre1 l'rudition profane1 le caractre ecclsiastique1 le talent dialectique1 le respect volontaire pour la tradition1 le penchant involontaire pour la controverse1 le got de la subtilit1 le dsir de l'originalit1 l'amour de la gloire enfin2 alors la tche devient bien difficile1 et les conjectures les plus plausibles peuvent n'tre que des mensonges historiques4 ,sans contester que les doutes1 insparables peut-tre de toute grande vocation philosophique1 aient pu de temps autre traverser l'esprit du chanoine de ,paris1 moine de ,saint-,denis1 abb de ,saint ,gildas1 fondateur du ,paraclet1 que condamna l'glise1 nous dirons que ces doutes ne transpirent point dans sa thologie4 ,c'est l'oeuvre d'un fidle2 mais elle contient plus d'un germe d'infidlit4 ,le rationalisme n'a point fait impunment irruption dans le dogme1 et l'on reconnat soit dans l'esprit gnral1 soit dans les opinions particulires1 plusieurs de ces ides prcoces d'o l'esprit des sicles a fait sortir quelques-unes des vrits et des erreurs les plus grandes de la philosophie moderne4 ,la clef de la doctrine est dans le ,sic et ,non4 ,que le simple travail de rassembler tant de citations et d'autorits contradictoires1 ait exerc une passagre influence sur l'esprit de l'auteur1 et l'ait pu jeter dans quelques incertitudes1 je ne le nie pas4 ,cependant1 il n'a point entendu conclure au doute universel4 ,il ne voyait dans ces archives du pour et du contre qu'autant d'occasions d'expliquer des contradictions apparentes1 et ce travail a contribu surtout dvelopper cette subtilit qu'on admire4 ,dans ses autres ouvrages1 il a pu risquer des opinions qui ont branl certaines croyances1 enfant de certains doutes2 jamais il ne s'est donn pour sceptique4 ,seulement1 on l'y voit sur chaque question chercher et discuter les autorits1 ordinairement les mmes qu'il a recueillies dans le ,sic et ,non2 il y reprend celles qui sont favorables sa thse1 et parfois aussi celles qui sont contraires2 il les commente1 les dveloppe1 et s'efforce d'en donner le vrai sens1 non dans un esprit d'incertitude1 mais de conciliation4 ,en fait1 qu'est-ce que l'examen d'une question8 ne part-il pas toujours d'un sic et non8 ne porte-t-il pas toujours sur une contradiction entre certaines ides qui sont dans l'esprit ou dans les livres1 et qu'il faut ramener l'unit1 soit en montrant qu'elles concordent en dernire analyse1 soit en faisant vanouir celles qui ne concordent pas8 ,l'ouvrage d',ablard nous reprsente la forme que1 dans un temps de citations et d'autorits1 la position de toutes questions devait prendre naturellement4 ,mais cette habitude de poser le oui et le non devait donner sa manire d'enseigner la thologie1 un caractre expressment dialectique1 et lui ter cette forme dogmatique1 qui semble exclure le doute en taisant l'objection1 et inculquer la vrit par ordre4 ,ablard ne prche pas1 il discute4 ,la polmique avait t l'exercice de toute sa vie2 il avait pris pour maxime ces mots qu'il attribue saint ,augustin3 ,quarite disputando#cfj4 ,note #cfj3 ,je n'ai pu trouver dans saint ,augustin ces mots qu',ablard dit extraits du ,de ,anima 7,sic et ,non1 ,i1 p4 #ba71 et ailleurs du trait 7lisez sermon7 de ,misericordia 7,introd41 ,,ii1 p4 #ajef74 ,dans cette pratique de discussion1 dans cet art de considrer le pour et le contre et de chercher en quoi l'un et l'autre taient vrais ou soutenables1 puisque l'un et l'autre avaient leurs autorits1 il a puis le got et le talent d'allier les contraires1 sans toujours bien s'assurer des conditions de l'alliance4 ,ainsi on le voit plaider la cause de la philosophie et lui faire son procs avec une gale vivacit2 marquer trop fortement la distinction des personnes dans la ,trinit1 et par un retour un peu brusque1 rtablir sans restriction l'unit de l'essence et la communaut des attributs2 braver en un mot les contradictions et les rsoudre ou les affirmer tour tour4 ,c'est l1 je l'avoue1 ce qui1 plus que l'esprit du nominalisme1 me parat avoir attach quelques dangereuses consquences sa mthode thologique1 non que plus d'un passage n'offre des traces de nominalisme1 mais d'autres passages s'en cartent4 ,et en effet1 le principe fondamental de cette doctrine est1 nous le reconnaissons avec ,m4 ,cousin1 que rien n'existe qui ne soit individuel4 ,nous concevons donc que de ce principe on conclue 7la distinction tant bien fugitive1 si elle est possible1 entre la personne et l'individu7 que les trois personnes divines en pleine possession de l'existence sont toutes trois des ralits1 des units1 et que l'identit de substance qu'on leur impose est une chimre4 ,telle parat avoir t l'erreur de ,roscelin3 il a sacrifi la ralit de l'unit de ,dieu la ralit de l'unit de chaque personne4 ,ce sont trois choses1 disait-il1 et si l'usage le permettait1 on devrait dire trois dieux#cfa4 ,c'est le trithisme ou l'hrsie de ,philopon et des damianistes4 ,or1 c'est l'erreur contraire dont ,ablard est maintenant accus2 il aurait1 dit-on1 ramen les distinctions relles des points de vue divers du mme tre1 des conceptions diverses de notre esprit1 rendant ainsi l'existence des personnes purement nominale pour sauver l'unit relle de la substance divine4 ,or1 si cette erreur est la sienne1 est-elle imputable au nominalisme8 ,a la bonne heure pour l'erreur inverse1 pour celle de ,roscelin2 les individus seuls sont rels1 donc les personnes ne sont rien1 ou seules elles sont relles2 voil qui est simple et logique4 ,mais ,ablard n'a pas dit cela1 on lui prte d'avoir dit le contraire4 ,pour dire le contraire1 il faudrait1 la vrit1 qu'il et dmenti le principe mme du nominalisme1 en disant3 ,il n'y a de rel que ce qui n'est pas individuel2 comme les personnes sont individuelles1 elles ne sont rien4 ,la ,divinit1 qui n'est exclusivement aucune personne1 la ,divinit seule est relle4 ,mais alors il n'et t rien moins que nominaliste1 loin de l1 il ft tomb dans le ralisme extrme1 dans celui qui1 refusant la pleine existence l'individu1 annulerait les personnes de la ,trinit1 parce qu'elles ne seraient que des individus4 ,note #cfa3 ,m4 ,cousin1 ,introduction1 p4 cxcviii4--,cf4 ,s4 ,anselm4 ,op41 ep4 xxxv et xli1 ,i4 ,,ii4--,ott4 ,frising41 de ,gest4 ,frid41 ,i4 ,i1 c4 xlviii4--,d',achery1 ,spicileg41 t4 ,,iii1 p4 #adb4--;,buddoeus1 ,observ4 select41 t4 ,i2 obs4 xv4--,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #fgc4 ,ablard1 dans sa doctrine de la ,trinit1 ne me parat avoir t prcisment ni raliste1 ni nominaliste2 il s'est efforc de donner aux choses leur nom1 de les qualifier comme il fallait1 sans tenir compte des consquences en ontologie dialectique4 ,mais je suppose qu'il et dit expressment que ,dieu est un genre1 sirait-il aux ralistes1 qui soutiennent que le genre est rel1 d'en conclure qu'il a ni la ralit de la ,divinit8 ,de mme1 s'il n'a vu dans les personnes que des proprits1 ceux qui dfendent contre ,roscelin l'existence relle des qualits spcifiques seraient mal venus l'accuser de ruiner l'existence relle des personnes4 ,un crivain judicieux a remarqu avec raison que l'orthodoxie trinitairienne n'est pas ncessairement engage dans la controverse sur les universaux#cfb4 ,que ceux-ci soient ou ne soient pas rels1 qu'importe l'existence de ,dieu ou des personnes divines8 ,ni ,dieu1 ni aucune des personnes n'est donne comme tant au nombre des universaux1 et la ngation des ides gnrales ne touche en rien l'tre qui ne peut tre ramen une simple abstraction4 ,le principe seul de la ralit exclusive des individus pouvait bien1 par une application tout fait indpendante de la fameuse controverse1 conduire trop individualiser les personnes de la ,trinit1 et il parat que c'est ainsi que ,roscelin a compromis le nominalisme dans l'hrsie et s'est fait blasphmateur1 au jugement de saint ,anselme2 car il n'est nullement vrai que son erreur ait t1 comme on l'a dit1 de rduire la distinction des personnes des vues diverses de l'esprit4 ,mais l'erreur du trithisme pouvait tre facilement carte par la considration de la singularit de la nature divine1 et par cette pense que le mystre consistait prcisment dans l'union de quelques-uns des caractres de l'individualit dans chaque personne avec la communaut et l'identit d'essence4 ,aprs tout1 les ralistes ne soutenaient point que les personnes divines fussent des genres ou des espces1 et par consquent les nominalistes n'avaient sur ce point rien leur dire4 ,aussi1 lorsque ,ablard marque avec un peu d'exagration la distinction des personnes1 est-ce en vertu de l'ide de proprit1 et non de la thorie des genres et des espces4 ,il est vrai que ,neander pense que le reproche de sabellianisme aurait d plutt tre dirig contre lui1 c'est--dire qu'il attnuait la distinction des personnes1 et c'est ainsi qu',othon de ,frisingen et les modernes en ont jug#cfc2 mais cette accusation plus spcieuse ne nous semble pas plus exacte4 ,rptons d'abord que l'intention est irrprochable2 puis1 quant la doctrine1 elle ne tend pas plus que toute autre convertir les personnes divines en abstractions4 ,c'est le pril commun de toute mtaphysique sur ce dogme difficile1 et le nominalisme y ajoute peu de chose2 seulement le lecteur est en gnral nominaliste1 et quand on veut lui faire sparer un certain degr la substance et la personne1 il penche n'accorder la personne qu'une existence nominale1 et dans sa pense1 la doctrine d',ablard devient en ce sens nominaliste4 ,mais qu'y faire8 ,est-ce ,ablard qui a spar la substance de la personne8 ,c'est l'expression orthodoxe du dogme de la ,trinit2 quiconque prtendra discuter ce dogme sons forme scientifique courra grand risque de paratre nominaliste1 en conduisant le lecteur par la pente du raisonnement conclure contre la ralit de l'un ou de l'autre des lments constitutifs du dogme1 c'est--dire contre l'unit divine ou contre la distinction des personnes4 ,du moment qu'on veut ramener un tel mystre une conception rationnelle1 la raison involontairement impose la nature divine les conditions ordinaires de l'tre1 ces conditions qu'elle est habitue tenir pour ncessaires1 et soudain la foi dans la ,trinit s'altre et prit4 ,la raison a-t-elle tort d'en agir ainsi8 ,c'est une autre question1 je ne la tranche pas1 je ne la discute pas2 mais je dis que c'est la consquence invitable de l'application mthodique du rationalisme la ,trinit4 ,encore une fois1 ce n'est pas le nominalisme qui fait le danger de la thologie d',ablard1 c'est la dialectique4 ,note #cfb3 ,m4 ,bouchitt1 ,hist4 des preuves de l'exist4 de ,dieu3--,mm4 de l',acadmie des ,sciences morales et politiques1 t4 ,i1 ,savants trangers1 p4 #dfc4 ,note #cfc3 ,ott4 ,fris41 ,de ,gest4 ,frid41 ,i4 #a1 c4 ,,xlviii4--,bayle1 ,dict4 crit41 urt4 ,abl4--,neander1 ,s4 ,bernard et son sicle1 ,i4 ,,iii1 p4 #bdj4--;,hist4 ill41 t4 ,,xii1 p4 #aci4--;,cousin1 ,introd41 p4 ,,cxcix4 ,dans le dogme thologique1 en effet 7je ne dis pas le dogme chrtien71 il se prsente une difficult capitale4 ,l'essence tant une1 et les personnes tant plusieurs1 en quoi celles-ci diffrent-elles8 ,la meilleure manire peut-tre de rsoudre cette question1 c'est de ne la point poser1 et de se dire que les trois personnes diffrent par leurs noms1 et que l'criture nonce1 de chacune sous son nom1 certaines choses contenues en tels et tels versets2 puis1 de croire ces choses et de n'en pas savoir davantage4 ,mais la curiosit de l'esprit humain1 celle mme de l'glise veulent aller plus loin1 et la question se pose4 ,les personnes sont plusieurs1 donc elles diffrent2 mais elles ne diffrent point par l'essence2 elles diffrent donc parles qualits4 ,or1 ce qui serait les qualits1 modes1 ou accidents de ,dieu1 s'appelle attributs1 et ces attributs appartiennent l'essence divine ou la constituent4 ,ce que l'on cherche1 ce ne sont donc pas les attributs de l'essence2 ils sont1 ainsi qu'elle1 communs aux personnes2 ce sont des attributs propres aux personnes1 ou les proprits4 ,quelles sont les proprits des personnes8 ,ici1 l'on marche sur un terrain glissant4 ,le plus sr serait encore de prendre le nom de chaque personne pour l'expression de sa proprit1 et de dire simplement que la proprit du ,pre est la paternit1 celle du ,fils la filiation 7filictas71 celle du ,saint-,esprit1 la spiration#cfd4 ,mais les ,pres ont prtendu en dire davantage4 ,note #cfd3 ,damasc41 ,de ,fid41 ,i1 ,,viii1 et ,,iii1 ,v4--,pater paternitate est ,pater4 7,s4 ,thomas1 ,summ4 ,theol41 ,i1 q4 ,,xl41 a4 #a47--,proprium ,patris est quod semper ,pater est4 7,hil41 ,de ,trin41 ,,xii47 ,nihil habet ,filius nisi natum1 nativitate autem est ,filius4 7,id41 ib41 ,,iv4--,cf4 ,p4 ,lomb4 ,sent41 ,i1 dist4 ,,xxvii74 ,en jugeant ,ablard1 il faut toujours craindre de le trop isoler4 ,si l'on ne considre que ses opinions1 sans en connatre les antcdents donns par l'histoire de la thologie1 on risque de lui prter une originalit ou une tmrit qu'il n'a pas4 ,ce n'est pas lui qui a commenc mettre le dogme de la ,trinit aux prises en quelque sorte avec les distinctions logiques1 enseignes au livre des ,catgories4 ,ces distinctions taient trop familires la plupart des ,pres1 elles avaient trop universellement pass dans la langue du raisonnement1 pour qu'ils fussent dispenss de rechercher dans quelle mesure elles taient compatibles avec les termes de la foi4 ,dieu est une substance3 a-t-il les attributs scientifiques de la substance8 ,il est une essence3 quelle sorte d'essence est-il8 ,comme essence et comme substance1 il est un sujet3 peut-on dire de ce sujet tout ce qu',aristote dit du sujet en gnral8 ,en d'autres termes1 la distinction de la matire et de la forme1 de l'essence et de la qualit1 de la substance et de l'accident1 du sujet et du mode1 du genre et de l'espce1 du concret et de l'abstrait1 de l'absolu et du relatif1 est-elle exactement applicable la ,divinit8 ,ce ne sont pas moins que les plus grandes questions de la thodice4 ,on pressent que ces problmes qui semblent ne concerner que des formules techniques1 touchent la nature mme de ,dieu1 et par consquent son action sur le monde4 ,toute religion est l4 ,sans pntrer au sein des questions1 bornons-nous dire que toutes ces distinctions1 dans leur application troite la ,trinit1 peuvent changer le fond du dogme1 si l'on ne se rattache nergiquement aux termes de l'orthodoxie4 ,le point fondamental1 c'est de maintenir l'unit de ,dieu1 c'est--dire l'unit de l'essence divine1 et cependant il faut en ,dieu trois personnes4 ,or1 comme de ces trois personnes une est appele verbe ou sagesse1 une autre amour ou charit1 il n'est que trop tentant pour l'esprit de faire de ,dieu le ,pre une essence ou un concret1 et des deux autres personnes des qualits ou des abstraits4 ,de cette faon1 l'unit substantielle semble maintenue sans exclure une certaine triplicit2 il en est de mme1 si l'on emploie les termes de substance et d'accident ou de sujet et de mode4 ,mais1 par contre1 attachez-vous la dfinition consacre de la personne en gnral ou de l'individu substantiel1 et la difficult se retourne2 ce sont les personnes qui deviennent des substances1 des sujets1 des concrets1 et l'essence divine ou ,dieu n'est plus qu'une gnralit1 une qualit commune1 un abstrait4 ,l'hrsie n'est pas moins grave1 et l'antique dogme de l'unit de ,dieu1 la gloire de l',ancien ,testament1 est comme abrog par le nouveau4 ,cette hrsie touche au blasphme4 ,la consquence vidente1 c'est qu'il faut se dfier en thologie des dfinitions scientifiques de la substance et de la personne1 et les approprier avec rserve l'objet unique et incomparable dont la thologie entreprend la mystrieuse tude4 ,aussi est-il en gnral de tradition parmi les crivains sacrs que si la dialectique est utile l'explication du dogme et ncessaire pour le dfendre1 elle n'est intgralement et rigoureusement vraie que des choses cres1 et que ,dieu est en dehors des catgories4 ,ablard se montre fidle1 ce me semble1 cette tradition4 ,une esquisse gnrale de la doctrine des ,pres sur la ,trinit1 est ncessaire pour bien juger de la sienne4 ,dieu est l'unit parfaite4 ,toutes les dfinitions de l'unit1 celle de ,platon1 celle d',aristote1 celle de ,plotin lui sont applicables dans ce qu'elles ont de vrai4 tre1 dit saint ,augustin1 c'est tre un#cfe4 ,l'tre par excellence est donc l'unit suprme2 c'est--dire qu'il est sans nombre1 sans succession1 sans quantit4 ,comme il est l'unit relle#cff1 la division du tout et des parties ne lui est point applicable4 ,d'o rsulte l'aveu unanime qu'en ,dieu la substance ou l'essence est une4 ,note #cfe3 ,nihil est esse quam unum esse4 ,de ,mor4 ,manich41 c4 ,,vi4--,cf4 ,athan41 ,cont ,sabellian41 t4 ,,ii1 p4 #cg4 ,de ,decret4 ,nic41 p4 #dah1 ,paris4 #afih4--,nanzianz41 ,orat4 ,,xliii1--,nyss41 ,cont4 ,eunom41 ,i1--,basil41 ,cont4 ,eunom41 ,i et ,,ii4--,cyrill4 ,alex4 ,thesaur41 ,,xiii1 ,dialog4 ,,vii4--,damasc41 ,de ,fid41 ,i1 ,,xii et ,,xiv4 ,note #cff3 ,grec3 ,kata hupokeirlenon4 ,arist4 ,met44 ,,iv1 ,,vi4 ,cependant on distingue des personnes dans son essence1 ou dans sa nature des hypostases1 ou dans sa substance des proprits4 ,cette distinction divise-t-elle l'unit8 non1 l'unit subsiste1 la ,divinit demeure indivise dans les diviss#cfg4 ,elle est commune aux trois personnes1 identique dans le divers1 monade dans la triade4 ,c'est le paradoxe de la ,divinit1 dit saint ,grgoire de ,nazianze1 que d'avoir la fois la division et l'unit4 ,dieu est nombre et il n'est pas nombre1 dit saint ,augustin1 c'est l l'ineffable#cfh4 ,comment est-ce possible8 telle est la question que se posent distinctement les ,pres#cfi4 ,note #cfg3 ,grec3 ,ameristos eu memeriomeuois theots4 ,damasc41 ,de ,fid41 ,i1 x4 ,note #cfh3 ,or4 ,,xxiii4--,in ,johan41 tract4 ,,xxxix4--,cf4 ,bernard41 ,de ,consid41 ,v4 vii4 ,note #cfi3 ,notamment les deux ,grgoire4 ,naz41 ,or4 ,,xlv1 et ,nyss41 ,lib4 ad ,ablab4 ,la premire solution de cette question semble tre1 l'unit tant admise comme substantielle1 de regarder la division comme purement intelligible2 et les passages ne manquent pas o il est formellement dit qu'il n'y a en ,dieu de distinction que par la pense1 que toutes les diffrences y sont rationnelles1 idales1 relatives enfin l'esprit humain#cgj4 ,mais la consquence serait1 que la ,trinit1 au lieu d'tre quelque chose de rel1 ne serait qu'une conception analytique de la ,divinit1 qu'une distinction purement humaine entre ses actes ou ses attributs4 ,les personnes ne seraient plus que des abstractions4 ,ce conceptualisme thologique anantirait le dogme mme qu'il aurait pour but d'expliquer1 et les termes sacrs de ,pre1 de ,fils1 de ,saint-,esprit deviendraient des symboles4 ,on aurait donc concd les noms abstraits des trois personnes aux besoins de notre intelligence1 leurs nome mystiques aux exigences de notre imagination4 ,c'est l le fond de l'hrsie de ,sabellius4 ,note #cgj3 ,ratione1 cogitatione1 ,grec3 epinoia1 kat epinoian4--,petav41 ,dogm4 ,theol41 i1 ,i1 ,l ,,ii1 c4 vii4 ,la foi s'en dfend1 et la thologie y rsiste1 d'abord par la dfinition des personnes4 ,les noms de personne et d'hypostase signifient quelque chose de rel4 ,en principe1 il n'y a de personnes que les substances4 ,l'hypostase1 en gnral1 c'est la substance ralise1 la substance individuelle2 la personne1 c'est le nom de toute hypostase rationnelle 7raisonnable71 c'est--dire de toute substance individuelle intelligente4 ,cette dfinition est peu prs universellement admise#cga4 ,note #cga3 ,boeth41 ,de duab4 ,nat41 p4 #iea1 ,saint ,anselme accepte la dfinition 7,monol41 c1 ,,lxxviii1 p4 #bg74 ,mais ,richard de ,saint-,victor l'a attaque sans succs4 ,petav41 id41 t1 #aa1 ,i4 ,,iv1 c1 ix4 ,mais si la proccupation exclusive de l'unit d'essence incline l'hrsie de ,sabellius1 l'insistance sur la ralit des personnes penche vers celle d',aruis#cgb4 ,il faut admettre les personnes comme relles1 et cependant ne pas introduire dans la ,divinit une division essentielle4 ,point de parties en ,dieu2 cependant point de personnes sans substance4 ,comment donc faire8 ,qu'est-ce que les personnes8 des diffrences ou tout au moins des distinctions en ,dieu4 ,que sont ces distinctions8 elles sont relles4 ,dans la personne il y a donc une substance2 mais laquelle8 la substance divine4 ,ainsi les personnes sont substantielles2 seulement elles sont numriquement diverses1 et leur substance ne l'est pas4 ,comment cela se peut-il8 ,c'est prcisment l le merveilleux1 le divin2 c'est que ,dieu n'est pas dans les conditions de l'tre telles que nous les manifestent les choses cres4 ,note #cgb3 ,aussi ,grgoire de ,nazianze dit-il qu'on regardait ceux qui employaient le mot ,grec3 upostasis comme plus prs de l'arionisme1 et ceux qui prfraient le mot de ,grec3 prospon comme plus voisins du sabellianisme4 7,or4 ,,xxi47 ,telle est au fond la solution de la foi1 et1 mon avis1 l'unique solution raisonnable4 ,les thologiens sont tous obligs d'y revenir1 mais par un dtour1 et la plupart ne se contentent pas de rcuser a priori la dialectique4 ,le problme tant de concilier l'unit de l'essence avec la ralit de certaines distinctions dans l'essence1 on est naturellement conduit rechercher si dans les tres1 ou dans nos conceptions touchant les tres1 il ne se rencontrerait pas des conditions analogues4 ,par exemple1 tout tre rel est compos de matire et de forme4 ,point de substance individuelle o la dialectique n'opre cette distinction1 sans cependant que l'unit de l'individu prisse4 ,si ,dieu tait soumis cette division secundum artem1 on dirait qu'il est compos pour matire de la substance intelligente et pour forme de l'infinit1 ou bien de la substance anime1 rationnelle1 et de l'immortalit1 ou enfin de la substance indtermine1 plus la divinit4 ,or1 videmment cette composition ne serait pas relle1 ou si elle tait prise comme relle1 elle supposerait qu'une matire indtermine quelconque peut tre la base de l'tre divin1 et que la forme de la divinit n'est point par elle-mme relle et substantielle2 toutes consquences qui rpugnent violemment aux plus simples notions de la nature de ,dieu4 ,de quelque faon que l'on y conoive la conjonction de la matire et de la forme1 ou dtruit l'essence de la ,divinit1 ou l'on convertit un de ses attributs ncessaires en un accident ou qualit4 ,or certains attributs peuvent bien tre conus comme des formes#cgc2 mais en ralit1 ils ne sont pas sparables de l'essence1 et ce n'est que par abstraction qu'on en fait des noms substantifs4 ,il n'y a point de toute-puissance en dehors du tout-puissant1 ni en gnral de perfection si ce n'est dans le parfait4 ,note #cgc3 ,cyrill41 ,de ,trin41 ,dial4 ,,ii4 ,ces attributs pris dans l'abstraction et qu'on rigerait en formes1 ne peuvent tre des formes proprement dites2 car la forme fait d'un tre ce qu'il est2 il y aurait donc en ,dieu quelque chose qui ne serait pas divin1 par exemple sa matire1 la forme tant ce qui la divinise1 et partant une division essentielle ou composition dans ,dieu4 ,ces formes ou soi-disant telles ne sauraient donc tre que des modes4 ,or si le mode est la mme chose que l'accident1 ,dieu n'a pas rellement de mode2 car l'accident n'est pas ncessaire2 il est accessoire1 additionnel1 adventice2 il est donc contradictoire avec la nature de ,dieu4 ,si cette nature comportait des accidents1 elle admettrait la composition4 ,pour parler d'une manire plus gnrale1 tout ce qui dpend de la catgorie de la qualit est incompatible avec l'essence divine4 ,une substance identique et simple au sens rigoureux n'a point de qualits2 car elle serait la substance1 plus la qualit2 elle ne serait donc plus simple4 ,aussi dit-on qu'en ,dieu tre grand n'est pas distinct de la grandeur4 ,il est la grandeur mme1 comme il est la bont1 parce que tout en lui est essentiel#cgd4 ,note #cgd3 ,cf4 ,aug41 ,de ,trin4 ,v1 x4--,epist1 liv ou cliii4--,s4 ,bern4 ,serm4 lxxx4--,clem4 ,alex4 ,paedagog41 ,i1 viii4--,damasc41 ,de ,fid41 #a1 xii et xiii4 ,qu'est-ce donc que les attributs divins dont parlent toutes les thodices8 ,qu'est-ce1 dans la thologie chrtienne1 que les proprits qui caractrisent ou constituent les personnes8 ,d'abord ce ne sont pas des accidents2 car ce qui distingue l'accident1 c'est la contingence1 c'est d'tre sujet au changement1 c'est de pouvoir tre autre4 ,or1 en ,dieu les attributs sont immutables comme lui-mme2 ils participent de son ternit2 ils sont comme l'essence4 ,il en est de mme des proprits soit absolues1 soit personnelles2 la gnration est ternelle dans le ,fils1 comme en ,dieu la justice ou toute autre perfection4 ,quelle diffrence y a-t-il donc entre les proprits absolues et les proprits des personnes8 ,c'est toujours et sous une nouvelle forme la question3 comment l'essence est-elle commune aux personnes et en est-elle distincte8 ,si l'essence est commune aux trois personnes ou hypostases1 les hypostases ou personnes sont quelque chose de plus particulier que l'essence ou substance4 ,ainsi le rapport de l'essence la personne est celui du commun au non-commun ou du gnral au particulier1 c'est--dire le rapport du genre ou de l'espce au singulier ou l'individu2 et la considration de ce rapport amne1 pour ainsi dire1 de force dans la thologie la question du ralisme et du nominalisme4 ,saint ,jean de ,damas n'hsite point3 ,dieu est dans le genre suprme de la substance incorporelle dont il est une des premires espces1 et la ,divinit est ainsi l'espce dans laquelle sont les trois personnes#cge4 ,et cette opinion1 loin d'tre isole1 se retrouve1 avec plus ou moins de dveloppement1 dans quelques-uns des meilleurs philosophes du christianisme4 ,d'abord c'est une ide presque universelle1 que l'essence est quelque chose de plus gnral que l'hypostase1 et il le faut bien1 l'hypostase tant constitue par le propre1 qui1 de sa nature et par son nom mme1 est moins commun que la substance4 ,tout au moins est-il vrai que telle est notre conception1 et que nous ne pouvons nommer l'essence ou ,dieu1 et la personne du ,fils ou du ,pre1 sans distinguer intellectuellement l'une de l'autre1 par cette diffrence-l#cgf4 ,note #cge3 ,grec3 ,periektikon autn edos uperousios kai akatalptos theots 7,damasc4 ,instit4 element4 ad ,dogm4 c4 vii47 ,note #cgf3 ,petau1 ,ouv4 cit41 t4 ,i1 t4 ,,ii1 c4 v et t4 ,,ii1 t4 ,,iv1 c4 i et vii4 ,quelques ,pres ont pouss cette opinion au point de soutenir que la substance en gnral tant toujours ce qui est commun aux individus1 l'individu n'tait qu'une collection de proprits1 et que par exemple la substance homme tait commune ,pierre et ,paul1 de sorte que ,pierre et ,paul taient consubstantiels4 ,ainsi l'on n'aurait pas d dire qu'ils sont deux hommes1 mais qu'ils sont homme1 sunt homo1 comme on a dit que les trois personnes divines sont ,dieu et non pas trois ,dieux#cgg4 ,ce ralisme1 car jusqu'ici cette opinion n'est que du ralisme1 aurait pour effet de constituer les personnes par des accidents1 et de faire entrer indment dans la ,divinit la distinction proscrite de la substance et de l'accident2 autrement1 l'unit de ,dieu ne serait plus qu'une unit collective1 une simple communaut2 les trois personnes seraient ,dieu1 comme trois statues d'or sont de l'or4 ,note #cgg3 ,nyss41 ,ad ,ablab41--,de ,commun4 ,not44--,cf4 ,cyrill41 ,in ,johan41 ix4--,de ,trin41 ,dialog4 i4--,damasc41 ,de ,fid41 ,,iii1 viii et xiv4--,de ,duab4 ,volum41 ,v1 #g4 ,ce qui parat avoir inspir cette doctrine1 c'est l'entranement de la controverse contre les ariens2 on a voulu sauver la consubstantialit tout prix1 et l'on a soutenu presque exclusivement l'unit relle et substantielle d'une essence commune4 ,mais d'abord une communaut n'est pas une unit vritable et rigoureuse1 une parfaite simplicit2 et si l'unit divine n'tait que celle du genre ou de l'espce1 elle rendrait chacune des personnes une individuelle unit1 trop comparable celle des personnes humaines pour admettre la parfaite identit1 l'identit relle et numrique de nature ou d'essence4 ,ceux-l mme qui veulent faire de ,dieu un genre on une espce1 voient dans l'unit d'une nature on essence commune une pure abstraction1 oeuvre de la pense#cgh4 ,est-ce donc cela qu'ils veulent rduire l'essence de ,dieu8 ,note #cgh3 ,damasc41 ,de ,fid41 #a1 viii4 ,comment donc viter que soit l'unit1 soit la distinction devienne nominale8 ,il n'y a qu'un moyen1 c'est d'carter dfinitivement la catgorie de qualit4 ,ainsi la substance est une et relle2 chaque personne en est distincte par la proprit qui la constitue4 ,cette proprit n'est pas accidentelle1 puisqu'elle est constitutive2 elle n'est pas une forme ou qualit1 car alors elle serait une addition l'essence1 et ,dieu serait compos2 elle ne se dit pas secundum substantiam1 mais elle n'est pas pour cela secundum accidens4 ,il y a entre la substance et l'accident un intermdiaire1 c'est la relation4 ,ou les proprits de ,dieu sont dites ad se1 et alors elles sont les proprits essentielles et absolues1 qui ne sont sparables de l'essence1 que dans le langage humain2 ou bien elles sont dites ad alterum1 comme la paternit1 la gnration1 la procession1 et elles sont relatives4 ,tandis que l'accident est variable1 la relation ici ne l'est pas2 comment le serait-elle entre deux termes ternels8 ,les relations des personnes1 tant des relations1 ne sont pas absolues1 mais elles sont le mode de subsister de l'essence#cgi4 ,elles ne sont donc pas hors de l'essence1 elles ne la doublent pas4 ,elles peuvent sans doute tre conues comme des accidents2 c'est une suite de la faiblesse de notre esprit1 qui ne saurait atteindre la ralit de l'tre divin2 mais elles sont constitutives de l'essence1 elles sont donc substantiale quippiam#chj4 ,l'unit absorberait les personnes1 si la relation ne s'y opposait2 la relation engendrerait la pluralit1 si l'unit n'y rsistait#cha4 ,note #cgi3 ,grec3 ,ouki ousias dloitika1 alla ts pros allla scheseois1 kai tou ts huparxeois tropou4 ,id41 ibid4 ,i x4 ,note #chj3 ,petau1 t4 ,,iv1 c4 x1 p4 #cie-cig1 t4 ,,ii4 ,note #cha3 ,aug41 ,de ,trin41 ,v1 v1 xi1 et xiii4--,,vi1 ii1 iii1 v4--,,vii1 ii4--,saint ,anselme dit3 ,trinitatis et relationis consequenti se contemperant ut nec pluralitas qu sequitur relationem1 transeat ad ea in quibus prdict sonat simplicitas unitatis2 nec unitas cohibeat pluralitatem ubi eadem relatio significatur4 ,quatenus nec unitas amitiat aliquando suam consequentiam1 ubi non obviat aliqu relationis oppositio2 nec relatio perdat quod suum est1 nisi ubi obsistit unitas inseparabilis4 7,de ,proc4 ,spir4 ,s41 c4 ii1 p4 #ej4 ,cf4 ,nyss41 ,cont4 ,eunom41 ,,ii47 ,c'est par la relation diffrente1 ensemble avec l'essence identique1 que l'hypostase est constitue4 ,ainsi l'hypostase1 ou personne1 ne dsigne l'essence qu'indirectement 7in obliquo71 mais directement 7recte7 elle exprime la relation4 ,dans les choses cres1 aucune proprit personnelle ne consiste dans la relation2 la relation entre les cratures est accidentelle2 en ,dieu1 au contraire1 dans les personnes incres1 la relation est constitutive1 et il s'ensuit que la personne divine est relative et non absolue4 ,les noms de ,pre1 de ,fils1 de ,saint-,esprit ne dsignent pas des natures en elles-mmes1 mais des personnes l'une par rapport l'autre#chb4 ,ainsi le ,dieu des chrtiens n'est plus le ,dieu solitaire des juifs1 mais ils n'est pas non plus la multiplicit de dieux des ,gentils4 ,de ces deux erreurs il reste1 dit saint ,jean ,damascne1 tout ce qu'il y a d'utile dans le judasme1 l'unit de la nature divine1 et dans l'hellnisme1 la distinction des personnes#chc4 ,c'est l quelque chose d'nigmatique1 comme le dit saint ,basile#chd2 mais prcisment cette condition mystrieuse est comme la prrogative imparticipable d'une nature unique1 d'une essence incre1 de l'tre parfait4 ,note #chb3 ,aug41 ,in ,johan41 ,tract1 xxxix4--,epist4 lxvi aut ,,clxx4--,le ,p4 ,petau dit3 ,pater non est persona1 nisi comparatus ad ,filium4 ,t4 ,,ii1 l4 ,,iv1 c4 ix1 p4 #dad4 ,note #chc3 ,de ,fid41 ,i1 vii4--,cf4 ,petau4 ibid41 ,,xiii1 p4 #dbb4 ,note #chd3 ,basil41 ,ep4 ,,xliii4 ,on voit que le choix est entre deux manires d'interprter dialectiquement le dogme et d'expliquer1 ou plutt de reprsenter l'impntrable alliance d'une essence unique avec des personnes distinctes4 ,la premire est celle qui a en gnral fait une grande fortune dans l'glise grecque4 ,elle assimile en principe l'essence divine un universel1 et les personnes des individus4 ,pour viter ou pour attnuer les consquences de cette assimilation1 elle l'affaiblit ensuite1 soit en la donnant comme une manire ncessaire de concevoir les choses1 et en laissant l'esprit humain la facult de distribuer son choix la ralit entre l'universel et l'individu2 soit en faisant remarquer que l'assimilation n'est pas rigoureuse1 que l'espce ou le genre incr n'est pas compos de personnes1 mais rside dans les personnes1 que celles-ci ne sont pas spares les unes des autres comme les individus1 mais sont les unes dans les autres1 du moins en essence1 et qu'ainsi aucune diversit1 quant au temps de la naissance1 n'est assignable entre elles1 aucune diffrence en acte n'est entre elles possible1 si ce n'est celle de la relation#che4 ,d'o il rsulte que le rapport de l'individu incr au genre incr est une communaut tout autre que le rapport similaire entre les cratures1 et que cette communaut sans pareille n'altre pas l'unit de substance4 ,note #che3 ,de fid41 ,i1 ,,viii et seq4 ,c'est mme1 suivant saint ,jean de ,damas1 ce qui fait que l'espce ou genre est dans la ,divinit une essence simple1 une vritable substance1 tandis que l'unit d'essence des individus crs n'est qu'une communaut1 une ressemblance4 ,celle-ci en ,dieu se prend comme relle1 ,grec3 to koinon kai en theoreitai pragmati1 et dans les autres choses elle n'est que pense1 ,grec3 thsoireitai logos chai epinoia2 et rciproquement1 tandis que les individus crs sont perus rellement diffrents1 les diffrences des personnes divines ne sont que distingues par l'intelligence1 ,grec3 epinoia to digraemenon4 ,l'autre interprtation repousse la prcdente pour plusieurs raisons4 ,d'abord1 c'est que la distinction des universaux et des individus n'tant qu'une manire de comprendre les choses1 est de droit inapplicable ,dieu1 c'est--dire l'incomprhensible2 puis la diversit des personnes dans une essence dont l'unit serait collective accrotrait et composerait cette essence1 dont elle rendrait la quantit proportionnelle au nombre des personnes4 ,trois statues d'or font plus d'or qu'une seule des statues1 tandis que le nom de ,dieu1 donn chacune des trois personnes de la ,trinit1 ne cre pas plus trois dieux que trois fois le nom de soleil ne cre trois soleils#chf4 ,l'unit de ,dieu est1 proprement parler1 la singularit#chg4 ,de toutes les distinctions dialectiques il n'en faut donc garder qu'une1 la relation3 il est universellement admis que les proprits sont des relations2 les personnes n'existent donc que par les relations1 et combines avec l'identit de l'essence1 ces relations la caractrisent sans cependant la dcomposer1 et y introduisent une inexprimable diffrence1 seule compatible avec la parfaite unit#chh4 ,note #chf3 ,aug41 ,de ,trin41 ,,vii1 vi4--,boeth41 ,quom4 ,trin4 est un41 p4 #iei4 ,note #chg3 ,grec3 ,ouk eipos omoiotta1 alla tautotta1 dit ,damascne1 qui n'est pas toujours d'accord avec lui-mme4 ,de ,fid41 #a1 viii4 ,pater1 et ,filius1 et ,spiritus ,sanctus per hoc1 quia cum est ,deus in ,deo1 non est nisi unus ,deus1 servant in deitate1 ad similitudinem unis hominis1 singularitatem4 7,s4 ,anselm41 ,de ,proc4 ,sp4 ,s41 in fin47 ,note #chh3 ,basil41 ,ep4 ,,xliii4 ,au reste1 ces deux interprtations ont deux caractres communs2 l'un dangereux1 c'est qu'elles tendent l'une et l'autre faire regarder les proprits divines1 et particulirement la distinction des personnes1 comme quelque chose d'intellectuel1 et plutt comme une condition de notre esprit que comme une expression vraie et adquate de la ralit#chi4 ,le second1 plus rassurant1 c'est que toutes deux finissent par conclure une spcialit incomparable1 un mystre surnaturel dans la nature de l'tre divin1 qui se trouve plac en dehors des donnes communes de la science et du langage4 ,note #chi3 ,grgoire le ,thaumaturge a os dire que le ,pre et le ,fils taient deux par la pense1 un par l'hypostase1 ,grec3 epinoia men einai duo1 upostasei oe in4 ,le ,p4 ,petau1 qui cite ces mots aprs saint ,basile1 ne les excuse qu'en disant qu'il faut ici par hypostase entendre substance1 et qu'tre deux par la pense signifie n'tre pas deux essentiellement 7t4 ,,ii1 t4 ,i1 c1 iv1 p4 #bb74 ,or1 maintenant dans quel sens s'est dclar ,ablard8 ,il nous semble qu'il s'est plutt loign de l'interprtation des dialecticiens grecs2 il penche videmment pour celle qui s'appuie davantage sur la nature mystrieuse de ,dieu1 et qui interdit le plus svrement la science de la confondre avec les natures finies4 ,sa doctrine trinitairienne1 quoi qu'on en puisse penser d'ailleurs1 donne bien peu d'accs l'application de la thorie du genre et de l'espce2 elle ne se rencontre presque sur aucun point avec la doctrine de saint ,jean de ,damas1 et parat bien plus prs de celle de saint ,anselme1 laquelle devait un jour devenir celle de saint ,thomas d',aquin4 ,dans la diversit de noms ,ablard aperoit d'abord une diffrence de gnration ou plutt d'origine3 le ,pre n'est point engendr et le ,fils est engendr2 de cette diffrence rsulte pour chaque personne une relation distinctive comme la paternit1 la filiation4 ,qu'est-ce donc que les proprits des personnes8 ,leurs relations sont-elles les seules proprits8 ,oui1 selon le principe pos par ,boce3 ,la relation multiplie la ,trinit#cij4 ,ces proprits ont l'avantage de ne pas dsigner seulement un simple attribut1 mais la personne mme2 c'est ce qui1 en langage d'cole1 s'exprime ainsi3 ,la relation constitue l'hypostase4 ,la relation est donc la mme chose que la proprit2 la proprit distingue la personne1 et pour nous elle la dfinit2 elle est la personne4 ,du ,pre retranchez la paternit1 reste ,dieu1 ou l'essence qui n'est aucune personne en particulier#cia4 ,note #cij3 ,relatio multiplicat trinitatem444 ,facta est trinitatis numerositas in eo quod est praedicatio relationis4 7,boeth41 ,de ,trin4 ad ,symac41 p4 #ifa47 ,note #cia3 ,thom4 ,aquin4 ,summ41 ,i1 qu4 ,,xl41 art4 #b et #c4 ,ablard n'a pas raisonn avec cette rigueur4 ,il a bien reconnu que les personnes ne peuvent tre distingues que par des proprits4 ,puis1 ouvrant les livres1 il a vu qu'on assignait chaque personne de certains caractres4 ,or1 ces caractres ne peuvent tre que communs ou propres4 ,s'ils sont distinctifs1 ils sont propres ou personnels4 ,quels sont-ils8 aux termes de l'criture1 engendrer1 tre engendr1 procder2 suivant des auteurs trs-rvrs1 puissance1 sagesse1 bont4 ,les premiers sont des actes qui donnent lieu des relations2 mais de telles relations peuvent bien tre les signes ou les effets des proprits qui caractrisent un tre2 elles ne sont pas ces proprits intrinsques qui le dfinissent4 ,si donc il existait entre les relations indiques par l'criture et les proprits assignes par les ,pres1 un secret rapport1 une intime correspondance1 celles-ci pourraient tre les vritables proprits personnelles2 et voil comme avec un peu d'adresse inductive la distinction de la puissance1 de la sagesse et de la bont devient la base ou l'quivalent de la distinction du ,pre1 du ,fils et du ,saint-,esprit4 ,l'erreur logique1 c'est de n'avoir pas aperu que les proprits ne peuvent tre autres que des relations1 et d'avoir confondu la catgorie de la relation avec la catgorie de la qualit1 ou identifi trois proprits absolues avec trois proprits relatives1 en faisant quation entre non-gnration 7ou paternit71 gnration 7ou filiation71 procession 7ou spiration71 et puissance1 sagesse1 bont4 ,mais l'emploi de la catgorie de qualit ou l'attribution spciale aux diverses personnes de ces diverses proprits n'est point de l'invention d',ablard2 l'glise l'admet1 si elle ne la consacre1 et ses plus sages crivains la rptent tous les jours#cib4 ,cependant1 ds qu'on fait des proprits personnelles quelque chose d'autre et de plus que des relations1 et qu'on essaie ainsi de pntrer en elle-mme la personnalit intime du ,pre1 du ,fils et du ,saint-,esprit1 on poursuit une proprit essentielle1 c'est--dire qu'on touche l'essence1 et il n'y a pas d'autre essence que l'essence divine dans sa simplicit4 ,toutefois on ne s'arrte pas1 et l'on prend pour proprits personnelles des attributs essentiels4 ,la puissance1 la sagesse1 la bont sont en effet des attributs de l'essence divine4 ,des thologiens1 pour excuser l'usage de les rapporter chacun une personne en particulier1 disent que c'est pour mieux faire connatre la ,trinit1 en montrant comment se manifestent spcialement les personnes1 qui la constituent4 ,ces attributs essentiels de la ,divinit sont1 ajoutent-ils1 appropris ainsi aux personnes1 mais ne leur sont pas propres2 s'ils leur taient propres1 chaque personne deviendrait une vritable forme dont la substance divine serait la matire1 c'est--dire que celle-ci ne serait pas ,dieu sans ces formes1 ou qu'avec ces formes elle serait plus que ,dieu3 ce qui est une hrsie manifeste#cic4 ,note #cib3 ,c'est encore comme une certaine ralisation de la puissance1 de l'intelligence et de l'amour1 ralisation successive1 non par ordre de temps1 mais de principe1 c'est comme une sorte de processus trois degrs dans l'essence divine1 qu'un crivain trs-recommandable1 ,m4 l'abb ,maret1 a prsent le dogme de la ,trinit4 ,il est aussi formel cet gard qu'il est permis de l'tre4 7,voyez l'intressant ouvrage intitul ,thodice chrtienne1 leon ,x,i,i,ie1 ,paris1 #ahdd47 ,note #cic3 ,s4 ,thom4 ,summ41 #a1 qu4 xxxix1 n4 #g4 ,cette dcouverte subtile entre la proprit et l'appropriation1 ,ablard ne l'avait pas faite1 ou quoi-qu'il ait en quelque pense de ce genre#cid1 il ne s'y est pas montr assez fidle1 et il est tomb dans l'erreur de transformer des attributs essentiels et absolus en proprits personnelles et relatives2 seulement1 dans sa prudence1 il a rappel que ces mots de proprits1 de diffrence1 etc41 ne devaient plus1 quand il s'agit de ,dieu1 tre pris dans un sens rigoureux et technique4 ,c'tait indirectement confesser l'abus et le pril de l'application de la dialectique au dogme4 ,note #cid3 ,voy4 ci-dessus1 c4 ii1 p4 #aic et suivantes4 ,la thologie scolastique orthodoxe ne s'est pas montre beaucoup plus sage4 ,que penser de la subtilit qui permet l'appropriation et rejette la proprit8 ,les proprits1 a-t-on dit1 sont les relations2 mais les relations s'appellent aussi les notions1 ou signes reconnaissables des personnes4 ,sous ce dernier nom1 elles ne sont que de pures ides1 des moyens de concevoir on plutt de raisonner2 mais ontologiquement1 en elles-mmes1 les relations ou proprits sont-elles davantage8 ,elles sont relles1 dit saint ,thomas1 elles ne sont pas purement rationnelles4 ,alors que sont-elles rellement8 la relation est la personne mme2 la paternit ne diffre pas en ralit du ,pre1 car la distinction de la matire et de la forme n'tant point admise dans l'tre divin1 l'abstrait n'y diffre pas du concret4 ,or1 qu'est-ce que la personne du ,pre en ralit ou substantiellement8 ,l'essence divine en tant que ,pre4 ,ces mots en tant que ,pre sont-ils l'expression d'un accident du sujet8 ,l'unit divine1 cette seule et vritable unit1 n'admet pas plus l composition du sujet et de l'accident que celle de la matire et de la forme4 ,tout ce qui est attribu en prdicat ,dieu n'est attribut qu'en apparence1 hypothtiquement1 par une loi de notre intelligence2 au vrai1 tout ce qui lui est attribu lui est essentiel2 tout en lui est essence4 ,ainsi1 de mme que les relations sont les proprits1 et les proprits1 les personnes1 la personne n'est pas dans la ralit autre chose que l'essence4 ,in ,deo non aliud persona quam essentia secundum rem#cie4 ,note #cie3 ,s4 ,thom4 ,summ41 ibid41 a4 #a1 et qu4 ,,xi41 a4 #a4 ,ainsi la scolastique est oblige1 ds qu'elle se lance dans l'analyse logique du dogme1 d'carter peu peu toutes les distinctions scientifiques1 en les prsentant comme des suppositions de notre intelligence1 comme des moyens de raisonnement1 comme des formes subjectives1 c'est--dire que les relations1 les proprits1 les personnes arrivent n'tre plus qu'idales1 et la ,trinit objective s'vanouit4 ,je crains fort que saint ,thomas n'ait expos les plus purs principes du sabellianisme philosophique4 ,voil bien cette fois la thologie devenue nominaliste4 ,son exemple me ramne donc1 comme celui d',ablard1 cette conclusion3 il n'y a point de science de la ,trinit4 ,mais puisque l'glise a donn l'exemple d'en essayer une1 l'imitation respectueuse de l'glise peut conduire l'erreur1 non l'hrsie2 nous croyons que l'erreur est invitable1 mais elle n'est point criminelle1 c'est--dire hrtique1 lorsqu'elle est prsente avec rserve1 lorsqu'on a soin d'avertir1 comme le fait ,ablard1 que rien ne doit tre pris au pied de la lettre1 parce que ni la logique ni le langage ne s'appliquent exactement la ,trinit4 ,que devient alors le nominalisme1 le ralisme ou tout autre systme sur les rapports de l'intelligence humaine et de l'ontologie8 ,nous sommes engags dans une question en dehors de tous les systmes1 en dehors de toutes les terminologies4 ,il n'est donc plus de doctrine spciale dont les consquences puissent tre tournes contre le dogme2 car toute doctrine a t rcuse1 ds qu'il s'agit du dogme1 et le mystre a t mis en dehors de la philosophie4 ,faute de cet avertissement pralable1 aucune discussion ne serait innocente ni possible sur le dogme de la ,trinit4 ,en vous tenant strictement au langage de la science1 essayez de comprendre sans hrsie les clbres paroles de ,bossuet sur la ,trinit dans le ,discours sur l'histoire universelle#cif2 ou elles ne doivent pas tre entendues en rigueur1 o elles contiennent la ngation des personnes de la ,trinit4 ,une comparaison psychologique y assimile celles-ci des phnomnes intellectuels1 nos facults1 qui n'introduisent aucune diffrence dans l'unit de la personne humaine4 ,bossuet est donc sabellien dans les termes4 ,logiquement1 adress la doctrine et au langage1 le reproche est irrfragable2 adress la personne1 ce serait une calomnie4 ,ablard nous parat avoir t calomni ainsi4 ,note #cif3 ,i,ie partie1 c4 ,,xix4 ,cf4 son sermon sur le mystre de la trs-sainte ,trinit1 et ci-dessus1 p1 #cae4 ,maintenant est-il prudent et convenable de se plaire ces expositions mtaphysiques du mystre1 lesquelles ne sont innocentes qu' la condition de passer pour des mtaphores philosophiques8 ,est-il consquent de traduire le problme de la nature de ,dieu dans la langue de la science1 en professant que cette langue ne s'y adapte pas rgulirement8 ,que dirait-on de celui qui donnerait la thorie mathmatique d'une question laquelle il aurait dclar que les mathmatiques sont inapplicables8 ,cette inconsquence est celle d',ablard1 mais de bien d'autres avec lui4 ,il a pour donnes une seule substance et trois personnes dans un mme tre1 et il entreprend de les discuter pour les tablir philosophiquement4 ,dfense lui de vous dire1 pour expliquer quelle est la diffrence des personnes1 que c'est une diffrence substantielle2 il faut bien alors que ce soit une diffrence modale4 ,la faute n'est pas de dire cela1 mais de prtendre savoir sur quelle diffrence repose la distinction des personnes4 ,une fois accord qu'il s'agit d'une diffrence de proprit1 ce n'est pas sa faute si vous vous dites vous-mme3 une proprit n'est pas une chose relle et subsistante par elle-mme2 donc la personne n'est pas subsistante1 elle n'est qu'un mode de la substance4 ,c'est vous qui tes nominaliste1 et non pas lui1 c'est vous qui devenez1 par son influence et contre son gr1 sabellianiste son cole4 ,quelle ressource lui reste-t-il8 ,celle de vous mettre en dfiance contre cette conclusion du gnral au particulier et du cr l'incr4 ,il ne peut pas vous dire que les proprits sont substantielles1 mais il se garde de vous dire qu'elles ne sont pas relles2 il le penserait1 il l'aurait dit antrieurement1 quand il s'agissait des choses de la cration1 qu'il s'interdirait de qualifier de mme ce qui est au-dessus de la cration4 ,il vous dira au contraire que la ,trinit est1 qu'elle est relle1 qu'elle est non in vocabulis1 mais in re4 ,le nominalisme consiste classer in vocabulis ce que le ralisme constitue in re#cig4 ,que vous dirait donc de plus un raliste8 ,pour lui1 comme pour toute intelligence humaine1 il le faut1 la nature divine doit droger toutes les conditions des autres natures4 ,si sa doctrine mtaphysique lui donnait les moyens de concilier la coexistence de trois personnes dans une mme substance1 il dtruirait le mystre1 il ferait descendre le ciel sur la terre1 il humaniserait la ,divinit4 ,c'est pour lui une loi1 comme pour le nominaliste1 que la raison1 sur sa pente naturelle1 doive1 quand elle spcule sur la ,trinit1 tre emporte des consquences normes2 c'est l'normit de ces consquences1 toujours prsente1 toujours menaante1 qui fait que la ,trinit est un mystre1 c'est--dire un dogme et non un problme1 un article de foi et non une question philosophique4 ,note #cig3 ,theol4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4 #abhj4 ,ce dernier point si important1 ,ablard le nglige1 et comme lui tous ceux qui1 avant ou aprs lui1 ont essay une dmonstration philosophique de la ,trinit4 ,aucune des dmonstrations que l'glise autorise ou tolre n'chappe peut-tre compltement aux critiques que l'orthodoxie peut diriger contre la sienne4 ,la thorie de saint ,thomas1 si prudente et si rgulire1 prsente encore1 ainsi qu'on l'a pu voir1 ce mlange de science et de dogme1 de dialectique et de mysticit1 qui tour tour excite et paralyse le raisonnement1 et ajoute la difficult des mystres celle de la contradiction des termes4 ,le plus sage nous semblerait donc de recevoir religieusement de la tradition vanglique le dogme de la ,trinit1 et d'en considrer la thorie canonique comme une rgle crite1 destine prvenir toute tentative d'interprtation et en tenir la place dans le langage chrtien1 sans introduire dans l'esprit une ide de plus4 ,mais cette sagesse n'tait celle de personne au temps o la thologie se formait1 et l'on ne peut s'tonner qu'elle ait manqu au curieux ,ablard4 ,mais si1 dans l'intrt de la foi1 il a eu tort d'appliquer1 mme avec mesure1 la dialectique l'exposition du dogme de la ,trinit1 reconnaissons au nom de la philosophie que cette application tait la seule forme que de son temps pt prendre sa naissance la thodice rationnelle1 et il fallait bien1 ici je parle en homme du ,x,i,xe sicle1 que la raison prpart son mancipation4 ,orthodoxe ou hrtique1 chrtienne ou profane1 la thologie d',ablard est une philosophie en matire de religion1 une thodice4 ,qu'en faut-il penser ce titre et quelle en est la valeur scientifique8 ,ce serait un second examen qui se prolongerait sous cette nouvelle forme1 et reprendrait une une toutes les questions concernant la nature de ,dieu1 la cration1 le gouvernement du monde4 ,il suffira de quelques observations4 ,les docteurs du moyen ge ne sont pas entirement responsables des principes de leur philosophie religieuse4 ,ils ne l'ont ni invente ni choisie1 ils l'ont trouve toute faite et reue de la tradition4 ,ce n'est que lorsqu'elle modifie la doctrine chrtienne et dans la mesure o elle l'a modifie1 qu'ils peuvent tre jugs comme penseurs et figurer en personne dans les annales de la philosophie4 ,on ne peut leur demander compte que de ce qu'ils ajoutent ou retranchent aux croyances communes de l'glise2 celles-ci constituent une doctrine1 une cole1 qui n'est vrai dire celle de personne1 et qui n'est pas autre chose que le christianisme4 ,ablard chrtien n'a plus d'individualit1 par consquent plus d'importance4 ,ce qu'il pense ou dit ce titre a moins de valeur que le plus simple1 le plus modeste catchisme4 ,n'examinons donc pas1 propos de tel ou tel dogme qu'il adopte et reproduit1 quelles sont les origines on les consquences de ce dogme1 et si telle ou telle thorie catholique porte des traces de platonisme ou ramne1 par l'cole d',alexandrie1 aux philosophies orientales4 ,la thologie d',ablard dans son essence est celle du monde contemporain4 ,les exceptions sont rares dans l'glise2 on compte peu de docteurs qui1 en conservant les formes chrtiennes1 aient innov au fond et introduit1 la faveur de l'orthodoxie dans les termes1 une philosophie trangre la tradition4 ,dans les premiers sicles et parmi les ,pres il se rencontre bien de ces hardis penseurs dont l'glise n'a pas toujours souponn la hardiesse1 et qu'elle a de confiance admis ou laisss au nombre de ses docteurs1 quelquefois rangs au nombre de ses saints4 ,plus tard1 la tradition mieux fixe1 la puissance ecclsiastique mieux tablie1 l'instruction et l'originalit philosophique en dcadence1 rendent la thologie de plus en plus uniforme et convertissent les crivains en de simples metteurs en oeuvre qui exposent et disposent1 prouvent et dfendent1 mais qui n'inventent plus4 ,seulement1 par quelques dtails1 par le choix de certains arguments1 par l'emploi de certaines citations1 par l'attachement certaines autorits1 enfin par leur mthode d'exposition1 ils se donnent un caractre et manifestent une tendance4 ,facies non omnibus una1 ,non diversa tamen4 ,ils sont chrtiens1 mais dogmatiques1 dmonstratifs ou mystiques2 et ils poussent la science religieuse dans telle ou telle voie qui la conduit1 soit au quitisme intellectuel1 qui n'enseigne ni ne discute1 soit au rationalisme chrtien1 si got de nos pres1 soit l'absolutisme de principe de l'autorit1 exclusivement admis par une cole de ce temps-ci4 ,rarement ces diffrences importantes ont t1 du ,v,i,ie au ,x,ve sicle1 pousses au point d'insinuer dans la foi des doctrines inconnues1 et les hrsies mme n'ont presque jamais produit de vritables nouveauts philosophiques4 ,dans toute cette longue priode1 il se produit peu d'hommes qui1 tels que ,scot rigne1 se soient fait un christianisme personnel1 et qui1 ressuscitant quelque philosophie payenne1 l'aient couverte de la robe du lvite pour qu'on ne la reconnt pas4 ,ils ne sont pas plus communs ceux qui1 comme saint ,anselme1 sans sortir du giron de l'glise1 se sont mis rechercher les fondements philosophiques des ides religieuses1 et dmontrer rationnellement comment l'homme croit en ,dieu4 ,il ne faut mme pas tenir toujours grand compte aux crivains de telle ou telle opinion inusite1 de telles ou telles consquences singulires1 qu'on peut apercevoir ou dmler dans leurs systmes2 ils n'ont pas toujours eu volont ni conscience de penser ce qu'ils ont dit4 ,dans ces temps d'rudition1 o les livres taient rares et les ides plus encore que les livres1 on dpendait beaucoup de l'auteur qu'on avait lu1 on citait sans discernement1 on copiait sans choix1 et l'on empruntait aveuglment des ouvrages contradictoires1 des sectes opposes1 des opinions peu conciliables1 dont on mconnaissait la porte1 et que recommandait galement leur antiquit commune4 ,le hasard1 plus que le mouvement rgulier des esprits1 dcernait successivement l'autorit des crivains diffrents1 et tandis que la vogue du pseudo-,denys1 qu'on croyait ,denys l',aropagite1 portait au mysticisme1 l'engouement pour le consul ,boce ramenait au genre didactique et produisait la philosophie de l'cole4 ,ce serait dnaturer les faits que de vouloir assigner une valeur philosophique toutes les opinions1 que de les reprsenter toutes comme les phases naturelles1 comme les dveloppements logiques de l'esprit humain4 ,pour tre vraie1 l'histoire mme des systmes ne doit pas toujours tre systmatique4 ,le moyen ge est rempli de choses fortuites1 de singularits striles1 de tentatives insignifiantes1 et les thologiens abondent en hardiesses qui ne mnent rien1 en assertions graves qui ne concluent pas1 en erreurs qui n'garent point4 ,la foi domine l'ensemble et neutralise souvent ce qui n'est pas elle4 ,comme un corps sain et vigoureux1 elle s'assimile quelquefois jusqu' des poisons et n'en est pas plus altre qu'affaiblie4 ,gardons-nous donc d'aller relever dans ,ablard tous les passages qui1 logiquement analyss1 conduiraient des consquences auxquelles il n'a jamais pens2 toutes les expressions qui1 par voie de citation1 lui sont venues de quelque doctrine qu'il n'a jamais connue1 toutes les opinions pisodiques qu'il rpte sur la foi d'un auteur1 sans s'tre jamais aperu qu'elles fussent d'origine suspecte ou de nature incompatible avec la foi4 ,platonicien quand il cite le ,time1 pripatticien quand il cite ,boce1 alexandrin par endroits1 plus souvent disciple de l'glise latine1 il n'entend pas tre autre chose qu'un philosophe catholique1 et les combinaisons d'ides htrognes qu'on peut a et l signaler dans ses crits ressemblent souvent des centons plutt qu' un clectisme4 ,il cite pour se montrer instruit1 il commente pour paratre ingnieux1 il concilie pour rester logique2 mais la plupart du temps son travail porte moins sur les doctrines que sur les textes1 et il entend expliquer et non complter l'antiquit4 ,nous aimons gnraliser2 nous excellons aujourd'hui retrouver la filiation des ides et voir1 comme on dit1 tout dans tout4 ,rien ne serait plus trompeur que de supposer toutes les poques1 que d'attribuer rtroactivement au temps pass la clairvoyance et l'universalit qui appartiennent au ntre4 ,une fois dit qu',ablard est un thologien catholique et rationaliste1 sa place est suffisamment marque1 son caractre suffisamment dtermin2 on sait dans quelle cole chrtienne il doit tre class1 et nous croyons cet gard nous tre assez expliqu4 ,nous n'ajouterons que deux observations4 #a ,les ,allemands ne se renferment gure dans la rserve que l'on conseille ici4 ,un historien de la philosophie1 ,rixner1 dclare qu'il y a dans la doctrine d',ablard un fond de spinozisme1 et il donne en preuve un tableau synoptique dress par ,fessler d'extraits divers d',ablard et de ,spinoza#cih4 ,on se rappelle que dj ,caramuel accusait ,ablard d'avoir retrouv dans les ruines de l'antiquit la philosophie d',empdocle1 en soutenant que tout tait ,dieu et que ,dieu tait tout#cii1 et en remettant au jour un panthisme qui1 pour cette poque1 n'avait t signal qu'en principe dans les doctrines de ,bernard de ,chartres et plus explicitement dans celles d',amaury de ,bne1 condamn et1 suivant quelques-uns1 brl comme hrtique1 mais plac par certains historiens au nombre des disciples d',ablard4 ,note #cih3 ,handbuch der ,geschichte der ,philosophie1 t4#a1 ep4 i1 sec4 #af1 append4 iii4 ,note #cii3 ,j4 ,caram4 ,lobkowitz1 ,ration4 et real4 ,philosophia1 ,metaph41 ,,iii1 iii1 p4 #age4 ,l'accusation de panthisme est une des plus faciles lancer contre toute thologie4 ,en traitant de ,dieu1 le langage humain1 plus encore que la pense humaine1 manque rarement d'y donner prtexte4 ,toutefois le panthisme s'accorde plus volontiers avec le ralisme exagr1 et le principe nominaliste1 savoir l'individualisme absolu1 parat a priori inconciliable avec une doctrine qui noie tous les individus dans l'unit de la substance universelle4 ,ablard semblait donc plus qu'un autre l'abri de l'accusation de panthisme4 ,cependant les incohrences ne sont pas rares chez les philosophes1 et de ce qu'une doctrine serait contradictoire il ne suivrait pas qu'elle ft invraisemblable4 ,au premier abord1 il semble que ,rixner et ,fessler ont raison4 ,le dernier a dtach de la seule ,thologie chrtienne sept passages auxquels il oppose des passages correspondants et selon lui quivalents1 qui sont les principes mmes de l'thique de ,spinoza4 ,mais quand l'analogie de doctrine serait dans ces citations cent fois plus vidente qu'elle ne nous semble1 la dmonstration ne serait pas concluante4 ,pour qu'il y ait panthisme1 il faut le dessein form de ramener ,dieu et le monde l'unit et de nier la dualit qui rsulte soit de la coternit des deux principes1 soit plutt de la cration substantielle2 or1 rien de semblable dans ,ablard2 jamais il n'y a song1 et j'ignore mme s'il savait bien qu'une telle doctrine et exist4 ,il croyait en ,dieu et en la cration2 ses expressions sont positives dans ce sens4 ,dans le ,dieu crateur1 dit-il1 ,mose dsigne le ,pre1 c'est--dire la puissance divine1 par laquelle tout a pu tre cr de rien 7,introd41 lib4 #a1 p4 #ihg74 ,le nom de ,tout-,puissant est donn par l'criture au ,pre1 quoique les autres personnes divines soient toutes-puissantes1 parce que le ,pre tant inengendr existe par lui-mme et non par un autre444 tandis que tout le reste ne peut tre que par lui 7,theol4 ,christ41 lib4 ,i1 p4 #aafe74 ,il est dit des lments que ,dieu les cra et non qu'il les forma1 parce que tre cr se dit de ce qui est produit du non-tre l'tre 7,hexam41 p4 #acff74 ,et d'ailleurs celui qui croit rellement en l'incarnation et en la rdemption ne peut rien avoir de commun avec ,spinoza4 ,le panthisme et le pch impliquent1 le panthisme et la damnation impliquent1 le panthisme et la rmunration impliquent4 ,a quelque faible degr qu'un homme soit chrtien1 il nie ipso facto le panthisme4 ,maintenant ne se peut-il pas faire qu'un thologien1 contre son intention1 son insu1 professe sur la nature de ,dieu de telles ides que l'unit de substance en rsulte logiquement8 ,la doctrine chrtienne elle-mme est-elle absolument exempte de formules et d'expressions qui se prtent de telles consquences8 ,on n'en peut absoudre1 par exemple1 le pre ,malebranche1 qui dans la sincrit de son coeur excrait le panthisme1 qui appelait ,spinoza un misrable1 son ,dieu un monstre1 son systme une pouvantable et ridicule chimre1 et qui a dit cependant3 ,dieu n'est pas renferm dans son ouvrage1 mais son ouvrage est en lui et subsiste dans sa substance4444 ,c'est en lui que nous sommes#djj4 ,toutefois c'est l une accusation inductive qu'on ne devrait admettre qu'avec grande rserve4 ,telle est la nature de l'esprit humain et celle de la ,divinit que l'un ne peut gure raisonner sur l'autre avec un peu de suite sans laisser chapper des propositions qui semblent recler le panthisme4 ,prenons l'autorit la plus haute3 ,je suis l'tre1 dit le ,seigneur dans l'criture1 je ne change point 7,exod41 ,,iii1 #ad4 --,malach41 ,,iii1 #f74 ,supposons que ces passages soient isols1 que rien ne les commente1 ne les explique1 ne les modifie1 et essayons1 en les prenant dans un sens absolu1 de les concilier avec la cration2 aucune subtilit n'y russira4 ,la vie est en ,dieu1 dit saint ,jean1 nous demeurons en lui4444 ,il nous a donn de son esprit 7,i1 #d2 ,,iv1 #ac74 ,nous vivons en ,dieu1 dit saint ,paul aux ,athniens1 en lui nous nous mouvons et nous sommes 7,act41 ,,xvii1 #bh74 ,ces mots sont la devise et comme l'axiome fondamental du spinozisme1 et qui pourtant oserait supposer que l'aptre ait dout de la personnalit humaine et de la sparation substantielle entre le crateur et la crature8 ,note #djj3 ,v,i,i,ie et ,i,xe ,entretien sur la ,mtaphysique4 ,on rencontrerait dans les ,pres1 dans les thologiens1 dans les philosophes les plus religieux1 que vous dirai-je8 dans le catchisme1 des propositions isoles qui prsenteraient le mme sens et les mmes dangers4 ,saint ,clment n'a-t-il pas crit que ,dieu est tout1 et saint ,augustin que tout est en ,dieu1 et que rien1 pas mme l'me humaine1 n'est hors de lui8 ,celui qui est est indivisible1 dit ,bossuet4 ,dieu est tout1 dit ,fnelon4444 ,il est souverainement un1 et souverainement tout4444 ,il est tellement tout tre1 qu'il a tout l'tre de chacune de ses cratures4444 ,o ,dieu6 il n'y a que vous4 ,dieu est tout tre1 dit ,malebranche444 toutes ses cratures ne sont que des participations imparfaites de l'tre divin4 ,dieu est infini en tout sens1 dit ,bergier1 et les catchismes le rptent#dja4 ,prenez tous ces mots au sens littral1 et je vous dfie d'en dduire la cration et l'homme4 ,c'est qu'il y a1 en matire de thodice1 un vice peut-tre irrmdiable dans le langage humain et dont ,spinoza abusait pour construire le mensonge de son systme4 ,note #dja3 ,s4 ,clem4 ,al4 ,poedag41 t4 ,i4--,s4 ,aug4 ,solil41 l1 ,,iv2 et de ,duab4 anim4--,bossuet1 lv4 sur les ,myst41 #are sem41 lv4 ,,iv4--,fnelon1 ,de l'exist4 de ,dieu1 ,i,ie part41 c4 ,,ii1 ,i,ie preuve2 c4 v4--,bergier1 ,dict4 de ,thol41 art4 ,dieu1 ,,ii1 #b--,voyez l'ouvrage intitul ,thorie de la raison impersonnelle1 par ,m4 ,bouillier1 c4 ,,xvii4 ,si l'on appliquait cette critique aux philosophes scolastiques1 elle ressortirait bien plus vidente encore4 ,croyants fidles pour la plupart1 ils ne s'inquitent gure des extrmes consquences de leurs doctrines1 et de mme qu'on les voit1 sans prmditation ni scrupule1 donner souvent des armes l'idalisme ou au scepticisme qui les inquitent peu1 on les voit quelquefois1 dans leurs effusions pieuses sur l'immensit de l'tre divin1 anantir innocemment sa personnalit et sa libert mystrieuses1 et avec elles la personnalit et la libert si claires de l'homme4 ,les preuves se prsenteraient en grand nombre4 ,bornons-nous discuter quelques-unes de celles dont s'arme ,fessler contre ,ablard4 ,la premire est cette proposition que la divine substance est absolument indivisible 7omnino individua71 absolument sans forme 7omnino informis71 n'ayant besoin de rien d'autre qu'elle1 se suffisant elle-mme1 ayant tout par elle-mme1 ne tenant rien d'un autre qu'elle4 ,ce sont l1 je crois1 des propositions reues en thologie1 en philosophie mme2 une seule aurait besoin d'explication dans un autre livre que celui-ci1 c'est celle qui porte que la ,divinit est informe4 ,nous savons qu'elle signifie que la distinction de la matire et de la forme est inapplicable ,dieu2 et certes il n'y a rien l que de fort innocent4 ,informis ,deus est formarum forma vigorque#djb4 ,note #djb3 ,j4 ,saresb4 ,enthetic41 p4 #hg4 ,a ces propositions1 ,fessler assimile celles par lesquelles ,spinoza dfinit la substance4 ,la substance est ce qui est en soi1 ce qui se conoit par soi1 ce dont le concept n'a besoin du concept d'aucune autre chose4 ,d'o rsulte qu'il ne peut y avoir deux substances et que toute substance est ncessairement infinie#djc4 ,note #djc3 ,rixner1 loc4 cit4--,abl4 ,th4 ,chr41 p1 #abfd4--,spinoza1 ,ethiq41 part4 t1 dfinit4 #h1 prop4 #e1 #h1 #ac4--;,cf4 ,frerichs1 ,commentat4 de ,ab4 ,doct41 p4 #aj4 ,j'avoue que le rapport logique m'chappe4 ,ablard parle de la substance divine1 ,spinoza de la substance en gnral4 ,quand ce que dit ce dernier serait vrai ou plausible1 faudrait-il en charger ,ablard1 dont le but est prcisment de spcifier la substance divine1 de dterminer ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas1 de la distinguer de toute autre substance8 ,c'est la substance incre qu'il dcrit2 car il ajoute aussitt3 ,les cratures1 au contraire1 quelque excellentes qu'elles soient1 ont besoin de l'adjonction d'une autre chose qu'elles1 et ce besoin atteste leur imperfection 7,theol4 ,chr41 p4 #abfe74 ,qu',ablard ait tort ou raison1 qu'importe donc que ,spinoza applique la substance en gnral ce qu',ablard dit privativement de la substance particulire de ,dieu8 ,ne savons-nous pas que l'artifice de ,spinoza est de prendre peu prs la dfinition cartsienne de la substance1 et en montrant ou tentant de montrer que cette dfinition n'admet ni limite1 ni distinction1 ni multiplicit1 d'en conclure qu'elle suppose une seule et mme substance pour toute substance1 et par consquent une substance illimite1 en telle sorte que celle-ci soit la seule ,divinit et que la ,divinit soit la seule substance8 ,pour que la racine du spinozisme ft dans ,ablard1 il faudrait la montrer dans sa dfinition de la substance en gnral qui n'est point ici rapporte1 et non dans celle de la substance divine en particulier2 il faudrait prouver que ,spinoza et lui dfinissent de mme la premire1 et non que ,spinoza dfinit la seconde peu prs comme ,ablard dfinit la premire4 ,dana son second extrait1 ,fessler remarque qu',ablard a rpt ce principe des thologiens3 ,rien n'est en ,dieu qui ne soit ,dieu mme1 et que voulant le dvelopper1 il ajoute que tout ce qui existe dans la nature est ternel1 et alors c'est ,dieu1 ou est n du principe suprme1 qui est ,dieu1 rien n'tant par soi1 hors ce par quoi tout existe4 ,or1 ,fessler a lu dans l'thique qu'aucune substance autre que ,dieu ne peut tre donne ou conue1 que tout ce qui est est en ,dieu1 que l'essence des choses produites par ,dieu n'enveloppe pas leur existence et que ,dieu n'est pas seulement la cause efficiente de l'existence des choses1 mais encore de leur essence#djd4 ,de l rsulte pour le critique l'analogie des doctrines4 ,note #djd3 ,rixn41 loc4 cit4--,abl4 ,th4 ,chr41 p4 #abfb4--thiq41 part4 ,i1 prop4 #ad1 #ae1 #bd1 #be4 ,il me semble qu'il en rsulte leur diffrence4 ,d'abord1 la citation d',ablard est tronque4 ,ce qui vient aprs le principe rien n'est en ,dieu qui ne soit ,dieu2 n'est que la majeure destine prouver ce principe et non la preuve directe du principe4 ,en effet1 dit le philosophe1 toute chose ou est ternelle1 c'est--dire ,dieu mme1 ou a commenc et vient de lui1 ab eo sumens exordium4 ,or1 si la sagesse1 la puissance ou tout autre attribut de ,dieu a commenc1 ,dieu a pu tre sans la sagesse1 sans la puissance1 ce qui rpugne2 les attributs de ,dieu sont donc ternels1 c'est--dire qu'ils sont ,dieu mme4 7,ibid41 p4 #abfc47 ,de bonne foi1 comment voir dans ce raisonnement aucun tendance identifier toute substance en ,dieu1 et conclure que ,dieu est la cause de l'essence des choses1 de ce que rien et par consquent aucune essence ne peut tre conue sans ,dieu#dje8 ,car cette dernire proposition est la preuve donne par ,spinoza4 ,qu'on dise1 si l'on pense comme lui1 que la division d',ablard entre ce qui est ternel et ce qui a commenc ayant ,dieu pour principe1 est futile et vaine1 et que les choses particulires1 n'tant que les modes par lesquels les attributs de ,dieu s'expriment d'une faon dtermine1 sont une dpendance ncessaire de ces attributs eux-mmes coternels et consubstantiels ,dieu2 on en est le matre1 la charge pourtant de rencontrer de redoutables contradicteurs4 ,mais parce qu'on n'admet pas une division1 taxer de l'avoir nie celui qui l'a tablie1 c'est une argumentation trange1 et nulle preuve mme apparente n'est donne qu',ablard ait confondu la cause universelle avec la substance universelle1 ce qui est le panthisme4 ,note #dje3 thiq41 part4 ,i1 prop1 #ae4 #b ,passons une seconde observation4 ,lorsqu'on a le malheur d'admettre le principe de l'unit de substance1 c'est une consquence force que cette substance constamment identique elle-mme1 immutable pour toute cause externe1 soumise sa nature comme sa loi1 soit ncessairement tout ce qu'elle est1 fasse ncessairement tout ce qu'elle fait2 d'o il suit que ,dieu n'est pas une cause libre1 mais une cause ncessaire1 et grce l'unit de substance1 toute libert disparat du monde3 conclusion invitable des principes du spinozisme4 ,nous ne retrouvons pas ces principes dans ,ablard2 nous n'y devons pas retrouver les consquences4 ,cependant on ne saurait contester qu'il n'ait limit la libert de ,dieu par sa propre nature1 et hasard sur ce sujet difficile diverses propositions dont toute force ,spinoza offre quelques analogues4 ,mais elles ne sont pas dans ,ablard au nom des mmes principes2 ce n'est pas l'axiome latique de l',un et de l'tre qui lui a inspir l'espce de fatalisme divin qu'on peut lui attribuer4 ,ce qu'on appelle la libert de ,dieu souffre en effet quelques difficults indpendantes des principes du panthisme4 ,l'tre immutable peut-il faire autrement qu'il ne fait8 ,l'tre infiniment juste peut-il rien faire d'autre que ce qui est infiniment juste8 ,l'tre parfait ne fait-il pas toujours le mieux faire8 ,et par consquent1 si ,dieu existe1 ne suit-il pas de sa toute-puissance1 de son immutabilit1 de toutes ses perfections1 que tout ce qui se fait ne se faisant que parce qu'il l'a voulu1 il ne pouvait vouloir autre chose que ce qui se fait1 et que ce qui se fait est ce qui pouvait se faire de plus digne de lui1 de plus conforme sa sagesse1 sa justice1 sa bont8 ,la nature de ,dieu tant la perfection1 il ne saurait agir que conformment sa nature ou la perfection2 et comme il est toujours gal lui-mme1 son oeuvre est digne de lui4 ,ce raisonnement a videmment touch ,ablard1 et sans rapporter les cinq passages que ,fessler donne en preuve1 nous avons assez longuement analys la thodice de notre auteur pour qu'on s'en rappelle cet gard les remarquables conclusions2 mais loin de procder du spinozisme1 elles dcoulent assez naturellement de la notion orthodoxe que toute religion donne de la ,divinit4 ,il est certain qu',ablard reconnat ces deux principes3---,dieu ne faisant que ce qu'il doit faire1 il faut qu'il fasse ce qu'il fait4--,tout ce que ,dieu fait est aussi bien que possible1 omnia a ,deo tam bona fiunt quantum fieri possunt4 ,mais ce n'est point cette fois ,spinoza qu'il faut comparer ,ablard1 c'est ,malebranche et ,leibnitz4 ,sa doctrine n'est pas le panthisme1 mais l'optimisme4 ,c'est ,malebranche qui a dit3 ,dieu peut ne point agir1 mais s'il agit1 il ne se peut qu'il ne se rgle sur lui-mme1 sur la loi qu'il trouve dans sa propre substance4444 ,dieu veut faire son ouvrage le plus parfait qui se puisse4444 mais aussi ,dieu veut que sa conduite aussi bien que son ouvrage porte le caractre de ses attributs4444 ,dieu lui-mme est la sagesse2 la raison souveraine lui est coternelle et consubstantielle1 il l'aime ncessairement1 et quoiqu'il soit oblig de la suivre1 il demeure indpendant#djf4 ,note #djf3 ,malebranche1 ,i,xe entret41 n #h1 #aj et #ac4 ,voyez aussi1 ,x1 claircissement sur les ides4 ,c'est ,leibnitz qui a dit3 ,la suprme sagesse jointe une bont qui n'est pas moins infinie qu'elle1 n'a pu manquer de choisir le meilleur4444 ,il y aurait quelque chose corriger dans les actions de ,dieu1 s'il y avait moyen de mieux faire4444 ,s'il n'y avait pas le meilleur1 optimum1 parmi tous les mondes possibles1 ,dieu n'en aurait produit aucun#djg4 ,note #djg3 ,leibnitz1 ,essais de ,thodice1 part4 ,i1 n #h4 ,telle est cette doctrine si belle1 qu'elle est admire de ceux qui la combattent4 ,l'exemple d',ablard qui lui-mme ne l'avait pas invente1 mais qui l'a remarquablement expose1 nous prouve qu'elle n'est pas entirement nouvelle2 et nouvelles ne sont pas non plus les objections qu'elle encourt4 ,on s'est tonn avec raison que saint ,bernard ne l'ait pas comprise dans ses vhmentes censures4 ,mais le concile l'avait condamne1 car ,ablard a l'air de la rtracter dans son ,apologie#djh4 ,il parat en effet aussi difficile de la concilier chrtiennement avec la libert et la toute-puissance de ,dieu1 que d'accorder la doctrine oppose avec sa perfection1 sa justice et sa bont4 ,l'glise n'a point rsolu par un ensemble de dcisions canoniques ces questions redoutables4 ,mais elle est loin d'avoir autoris les solutions d',ablard4 ,nous voyons que deux contemporains de celui-ci s'lvent contre sa doctrine1 doctrine1 dit l'un d'eux1 ,hugues de ,saint-,victor1 que des esprits enfls d'une vaine science s'efforcent aujourd'hui d'accrditer2 et l'autre1 qui fut peut-tre son disciple et qui a fait aussi ses ,livres des ,sentences1 ,robert ,pulleyn1 sait trs-bien demander comment ,dieu tant immutable1 les efforts des saints peuvent servir les sauver1 comment1 s'il n'a pu faire autrement qu'il n'a fait1 notre reconnaissance lui est due#dji4 ,ces difficults et de plus grandes encore pourraient tre dveloppes1 si nous traitions le fond de la question1 mais ce n'est pas moins que celle de la ,providence et du libre arbitre1 de la justice divine et de l'existence du mal1 c'est--dire le plus formidable problme et de la religion et de la philosophie4 ,il nous suffit d'avoir rappel comment ,ablard le considre et le croit rsoudre4 ,l'analyse ultrieure de ses ouvrages nous fera connatre plus profondment encore sa solution4 ,seulement1 quelle qu'elle soit1 elle est digne des plus nobles esprits1 et elle ne dpare paa les doctrines du philosophe infortun qui1 sous les coups d'une destine cruelle1 proclamait encore en l'adorant la perfection de ,dieu rflchie dans son oeuvre1 et qui1 les yeux en pleurs1 au souvenir de saint ,bernard1 au souvenir peut-tre d',hlose1 disait encore3 ,tout est bien4 ,note #djh3 ,petav4 ,dogm4 ,theol41 t4 ,i1 t4 ,,vi1 c4 vi1 p4 #cdj4--;,ab4 ,op41 ,apolog41 p4 #cca4 ,note #dji3 ,hugon4 ,s4 ,vict4 ,op41 t4 ,,iii4 ,summ4 ,sent4 tract4 i1 p4 #dcj4--;,hist4 ,littr41 t4 ,,xii1 p4 #a et #ca4--,rob4 ,pull4 ,sentent41 pars i1 c4 xv4--,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #gfg4--,rixner1 ouvr4 cit1 t4 ,,ii1 app4 iii1 ,b4 ,,chapitre ,,vi4 ,,suite ,,de ,,la ,,th,,odic,e4--,commentarii super ,s4 ,pauli epistolam ad ,romanos4 ,la ,trinit est l'ide la plus haute que le christianisme ait mise dans le monde4 ,les questions ordinaires de la thodice ne touchent gnralement les attributs divins que dans leurs rapports avec la cration1 et surtout avec l'humanit4 ,mais la ,trinit est1 pour ainsi parler1 une question plus dsintresse1 o l'esprit semble aspirer connatre la ,divinit pour elle-mme2 ce n'est qu'a posteriori que des rflexions ultrieures ou les enseignements de l'glise nous rvlent comment des distinctions1 d'abord toutes spculatives entre les personnes divines1 peuvent se lier tant l'action de ,dieu sur le monde et sur l'homme qu'aux dogmes mystiques de l'incarnation et de la mission du ,christ2 et alors des questions mtaphysiques l'esprit passe peu peu aux questions morales4 ,avant d'tudier l'ouvrage qu',ablard a consacr celles-ci1 ou son thique1 recherchons comment il a trait et rsolu les questions intermdiaires4 ,nous avons vu ses deux grandes ,thologies aboutir une doctrine de la prescience et du libre arbitre4 ,l'ordre des ides amne ici naturellement la question gnrale du salut par la rdemption1 antcdent ncessaire de la morale1 et cette question est tudie dans un ouvrage important dont la lecture est peu attrayante1 mais qui abonde en vues singulires et en opinions caractristiques1 ,c'est un commentaire verset par verset et presque mot par mot de l'ptre aux ,romains4 ,ici est la place de cet crit1 car l',introduction la ,thologie s'y trouve rappele1 et la thologie morale1 ou l'thique1 laquelle il est fait plus d'un renvoi1 y est annonce#daj4 ,note #daj3 ,magistri ,petri ,aboelardi ,commentariorum super ,s4 ,pauli ,epistolam ad ,romanos1 ,libri ,v4 ,ab4 ,op41 p4 #dja-gbe4 ,c'est aussi l'avis des auteurs de l',histoire littraire 7t4 ,,xii1 p4 #aag74 ,ablard rserve une question1 celle de la diffrence entre le vice de l'me et le pch1 son thique1 et elle y est en effet traite4 7,comm4 in ep4 ad ,rom41 ,i4 ,,ii1 p4 #efj1 et ,eth41 c4 ii et iii1 p4 #fbh et #fbi47 ,il cite souvent sa ,thologie comme un ouvrage antrieur1 p4 #eac1 #eae1 #eaf1 etc41 et les citations mme indiquent que cette ,thologie est l',introduction4 ,nous supposons que ce commentaire a t compos aprs l',introduction1 mais avant les cinq livres de la ,thologie chrtienne ,l'ouvrage ne saurait tre mthodique4 ,les questions y viennent comme les prsente le texte de saint ,paul2 l'auteur entremle la philosophie1 la thologie1 la morale1 l'interprtation du texte1 et mme les remarques historiques4 ,nous laguerons les dtails pour isoler quelques points essentiels1 en le laissant presque toujours parler lui-mme4 ,comme toute composition de l'art de la parole1 dit-il1 l'criture-,sainte veut instruire ou mouvoir4 ,on peut diviser en trois l',ancien ,testament4 ,le ,pentateuque enseigne d'abord les commandements du ,seigneur4 ,les livres de prophties1 d'histoires1 et tout le reste1 ont pour but d'exhorter suivre ces commandements1 mais les uns par des avertissements1 les autres par des exemples4 ,de mme dans le ,nouveau ,testament1 l'vangile est la loi1 il enseigne la forme de la vritable et parfaite justice4 ,les ptres et l',apocalypse excitent l'obissance l'vangile4 ,les ,actes des aptres1 ainsi que la narration vanglique1 contiennent les rcits sacrs4 ,ainsi les ptres sont plutt encore un conseil qu'un enseignement4 ,dans une cit1 il est des biens qui tendent la conservation1 d'autres l'accroissement4 ,ainsi le remarque ,jules la fin du second livre de sa ,rhtorique#daa4 ,a la conservation appartiennent les choses ncessaires1 les champs1 les bois4 ,les autres sont moins ncessaires1 mais plus belles1 comme les difices1 les trsors1 la puissance mme4 ,ainsi peut-tre1 avec ce qu'enseignent les vangiles sur la foi1 la charit et les sacrements 7sujet de l',introduction la thologie71 le salut tait assur2 mme1 sans y ajouter ce qu'ont tabli les aptres1 ni les canons1 ni les dcrets1 ni les rgles monastiques1 ni les crits des saints4 ,mais ,dieu a voulu toutes ces choses pour orner1 pour agrandir l'glise1 qui est comme sa cit1 et pour garantir plus srement encore le salut de ses citoyens4 ,note #daa3 ,ce ,jules est probablement ,julius ,severianus1 qui vivait un peu avant ,sidoine ,apollinaire1 ou mme sous ,adrien4 ,il avait compos un ouvrage intitul3 ,syntomata sive praecepta artis rhetoricae4 7,antiqui ,rhetorea latini a ,fr4 ,pithaei bibliotheca olim editi1 ,a4 ,capperonier1 un vol4 in-#d1 p4 #cbj ,voy4 aussi ,fabricius1 ,bibl4 lat41 t4 ,,iii1 p4 #gei47 ,l'ptre aux ,romains a pour objet de rappeler les ,romains1 anciens gentils1 ou juifs convertis1 qui1 dans une orgueilleuse contention1 se disputaient le premier rang1 la vritable humilit et la concorde fraternelle4 ,ce qu'elle fait de deux manires1 en amplifiant les dons de la grce divine1 en attnuant les mrites de nos oeuvres2 et cette ptre a t place la premire1 parce qu'elle est dirige contre le premier des vices1 l'orgueil#dab4 ,note #dab3 ,prolog41 p4 #dia-dih4 ,l'existence de ce ,commentaire et celle de beaucoup d'autres qui furent composs dans ces temps-l1 prouve qu'au moyen ge l'criture tait loin d'tre nglige comme on l'a dit quelquefois1 et que les auteurs n'taient pas tellement infatus des autorits de seconde main1 qu'ils n'prouvassent le besoin de se retremper sans cesse aux sources pures de la parole divine4 ,ablard en particulier a toujours paru attacher le plus haut prix la lecture des saints livres4 ,dans une longue et curieuse lettre o il donne l'abbesse du ,paraclet des instructions pour son couvent1 il veut que les religieuses s'adonnent cette tude4 ,l'criture-,sainte est le miroir de l'me4 ,celui qui vit en la lisant1 qui profite en la comprenant1 s'habitue connatre la beaut de ses moeurs ou en dcouvrir la difformit1 et s'attache ainsi accrotre l'une comme carter l'autre4444 ,mais celui qui contemple l'criture sans la comprendre1 la tient comme un aveugle devant ses yeux2 c'est un miroir o il ne peut se reconnatre4 ,il ne cherche pas dans l'criture cette instruction pour laquelle uniquement elle est faite1 et comme un ne attach une lyre1 il reste ainsi oisif devant le livre4 ,il est jeun1 il a devant lui le pain1 et il ne se nourrit pas4 ,cette parole de ,dieu1 que son intelligence ne s'assimile point1 que l'enseignement ne porte point sa bouche1 est pour lui un aliment inutile2 il ne s'en sert pas4444 ,il prie ou il chante en esprit1 celui qui ne fait que former des mots par le souffle de ses lvres1 et n'y ajoute pas l'intelligence mentale4444 ,l'oraison mme est alors sans fruit4444 il faut que celui qui prie soit pntr et enflamm par l'intelligence des paroles qu'il adresse ,dieu4444 ,c'est par une suggestion de l'ennemi des hommes que dans nos monastres on ne fait aucune tude pour l'intelligence des critures2 on n'y apprend qu' chanter et former des mots articuls1 non les comprendre1 comme s'il tait plus utile de faire bler les brebis que de les faire patre#dac4 ,note #dac3 ,ab4 ,op41 ep4 viii1 ,petr4 ad ,helois41 p4 #ahh-aia4--,voy4 aussi l'ptre aux filles du ,paraclet pour les exhorter l'tude des lettres4 7,ibid41 ep4 ,vii1 p4 #bea47 ,suivant l'ptre aux ,romains1 si les juifs ont reu l'ancienne loi1 les oeuvres de cette loi sont insuffisantes pour le salut2 si cette loi a manqu aux ,gentils1 une autre tait grave dans leurs coeurs1 qu'ils devaient connatre et qu'ils auraient pu suivre4 ,tous ont eu leur rvlation1 et tous ,jsus-,christ a t ncessaire4 ,ce thme conduit faire ressortir l'clat de la lumire naturelle1 comme montrer ce qu'il peut y avoir d'troit et d'impuissant dans les formalits d'un culte extrieur1 pratiqu sans intelligence et sans vertu4 ,c'est l le ct philosophique de cette ptre1 comme du gnie de saint ,paul4 ,par l il est l'aptre des ,gentils1 c'est--dire au fond l'aptre de la raison humaine et le promoteur d'une certaine libert religieuse4 ,le ct purement chrtien1 c'est le tableau des garements de la raison humaine1 infidle sa rvlation primitive1 et de la dgradation morale o est tomb le monde paen1 ses philosophes en tte2 c'est le dveloppement des causes qui rendent ncessaire de se donner ,dieu et la vrit1 sans couter l'irrflexion prsomptueuse de ceux qui croient trouver dans les pratiques prescrites aux ,hbreux l'infaillible moyen de se sauver peu de frais4 ,ainsi s'lvent sur les ruines d'un double orgueil1 au-dessus de toutes les oeuvres humaines1 essentiellement imparfaites et corrompues1 le dogme sauveur de la rdemption et la vertu tutlaire de la foi4 ,c'est bien l de la religion raisonne2 l'ptre aux ,romains est un des plus beaux monuments du vritable rationalisme chrtien4 ,l'accusation dirige contre les ,gentils1 par exemple1 est essentiellement une apologie de la raison humaine4 ,ils se croyaient1 dit ,ablard1 moins rprhensibles1 ou mme tout fait excusables1 de n'avoir pas servi ,dieu1 qu'ils ne pouvaient connatre1 faute d'une loi crite4 ,mais le ,seigneur1 sans que rien ft crit1 leur tait connu prcdemment par la loi naturelle2 il les avait mis sur la voie d'une notion de lui-mme1 et par la raison qu'il leur avait donne1 et par ses oeuvres visibles4 ,ils avaient donc pu savoir et penser la vrit4 ,on trouve dans les ouvrages des philosophes qui taient les matres des nations1 beaucoup de tmoignages vidents en faveur de la ,trinit1 que les ,,ss4 ,pres ont soigneusement recueillis pour recommander notre foi contre les attaques des ,gentils4 ,et nous aussi1 nous avons rapport la plupart de ces tmoignages dans notre petit ouvrage de thologie#dad4 ,en effet1 la cration avait manifest ce qu'il y a d'invisible en ,dieu1 c'est--dire l'unit et la ,trinit2 car par la qualit d'un ouvrage on peut juger de l'habilet d'un ouvrier4 ,or1 l'habilet de ,dieu1 c'est--dire les dons ou les attributs que suppose son ouvrage1 c'est1 d'une part1 l'unit de sa nature1 atteste par l'harmonie universelle1 et1 de l'autre1 la puissance1 la sagesse et la bont1 qui sont les trois choses dans lesquelles je crois que consiste toute la distinction trinitaire4 ,remarquez que saint ,paul dit3 ,ce qui se connat de ,dieu est rvl en eux2 ,dieu le leur a rvl 7,i1 #ai74 ,le rvl1 c'est la raison2 le connu1 c'est ce que manifestent les oeuvres visibles1 ce que leur a manifest la cration2 c'est1 selon le texte1 ce qu'il y a d'invisible en ,dieu1 invisibilia ipsius1 savoir1 sa puissance ternelle et sa divinit1 sempiterna ejus virtus et divinitas#dae4 ,note #dad3 ,comment4 in ep4 ad ,rom41 p4 #eac4--,rom4 i1 #ai et #bj4 ,le petit ouvrage1 ,opusculum1 c'est l',introduction la thologie4 ,note #dae3 ,comm41 p4 #ead-eaf4 ,ni le texte de saint ,paul1 ni mme le dveloppement auquel se livre ,ablard1 ne fait ressortir du spectacle du monde la connaissance du ,saint-,esprit4 ,rien donc n'indique que saint ,paul ait pens que la ,trinit ft rvle aux paens4 ,le verset parat signifier seulement que la cration du monde a d manifester la connaissance ce qu'il y a d'invisible en ,dieu1 sa puissance ternelle et sa divinit1 c'est--dire qu'il y a une puissance ternelle et que la puissance ternelle1 c'est ,dieu4 ,on a vu ailleurs que certains docteur1 par divinit1 ,grec3 theiots1 entendaient le ,saint-,esprit4 7,c4 iv1 p4 #cab47 ,insensibles cette rvlation universelle1 les ,gentils n'ont point glorifi ,dieu1 et ,dieu les a livrs leurs passions4 ,ce n'est pas cependant de tous les philosophes soumis la seule loi naturelle que doit s'entendre cette malice et cet aveuglement1 la plupart ayant t dignes d'tre reus de ,dieu1 tant par leur foi que par leurs moeurs1 comme le gentil ,job#daf1 et quelques-uns peut-tre des philosophes qui menrent la vie la plus pure avant la venue du ,seigneur4 ,c'est pour eux1 selon saint ,jrme1 qu'a t dite cette parole1 que ,dieu moissonne o il n'a pas sem4 ,cependant saint ,paul ne fait pas d'exception1 il prononce une condamnation gnrale contre tous ceux qui ont trop prsum de leur sagesse4 ,pour apaiser l'orgueil des ,romains gentils1 il lui suffisait de montrer que les philosophes avaient eu connaissance de ,dieu1 et que ces matres mmes de la foi1 magistros fidei1 avaient gravement failli1 au point de tomber dans l'idoltrie4 ,note #daf3 ,job tait gentil1 c'est--dire d'une nation autre que le peuple de ,dieu4 ,on croit qu'il tait ,idumien4 7,s4 ,aug41 ,de ,cir4 ,dei1 ,,xviii1 xlvii47 ,ces ides sont hardies1 et ,ablard semble devancer les raisonnements du ,x,v,i,i,ie sicle sur le salut de ,socrate et de ,marc-,aurle4 ,au reste1 il a rgn longtemps sur ce point dans l'glise une assez grande libert de penser1 et peut-tre les temps modernes se sont-ils montrs plus rigides que les premiers sicles4 ,ne citons pas les ,pres1 ,clment d',alexandrie1 saint ,justin1 saint ,augustin lui-mme2 mais au temps d',ablard1 ,richard de ,saint-,victor1 qui enseignait dans une cole oppose1 pensait que la raison naturelle pouvait s'lever jusqu' la ,trinit2 on a vu ailleurs qu'un autre de ses contemporains1 l'archevque ,hugues1 donnait la mme porte au verset qu'il discute ici1 et ,albert-le-,grand1 qui le discute son tour1 rsout par l'affirmative la question que saint ,thomas dcide en sens contraire3 ,la ,trinit peut-elle tre connue par la raison naturelle#dag8 ,note #dag3 ,rich4 a ,s4 ,vict41 ,de triu41 t4 #a1 c4 iv4--,hugon4 ,dialog41 t4 #a2 ,thes4 ,anecd41 t4 ,v1 p4 #hja4--;,albert4 ,summ41 tract4 ,,iii1 qu4 xiii4--,s4 ,thom4 ,summ41 pars i1 qu4 xxxii1 a4 t4 ,c'est donc un principe la fois chrtien et philosophique qu'une rvlation identique dans sa source et dans son objet1 mais diverse en tendue1 en clart1 en puissance1 a1 pour ainsi dire1 embrass l'humanit entire1 et que1 devant cette loi universelle1 l'humanit est universellement1 bien qu'ingalement responsable des violations qu'elle en a commises4 ,je doute que ce principe1 mme dans les termes o le pose ,ablard1 et t de tout temps accept par l'glise2 mais il a reparu diverses poques dans son enseignement1 et on peut remarquer qu'aprs avoir t au dernier sicle1 sous la forme philosophique de religion naturelle1 dirig comme une arme offensive contre le christianisme1 il est maintenant employ souvent comme une arme dfensive par les rcents apologistes du christianisme4 ,c'est au fond la doctrine de l',essai sur l',indiffrence1 et l'on sait que ce livre a fait cole4 ,mais on ne saurait mconnatre que le mme principe puisse tre tourn en des sens bien divers1 et donner naissance des consquences opposes4 ,ablard est sur la voie de ceux qui en ont fait sortir l'incrdulit2 il est loin de le savoir pourtant1 et ne prtend que fortifier la foi par un double caractre d'universalit et de perptuit4 ,il croit avoir donn une bas plus large la doctrine du salut4 ,c'est en effet cette doctrine qu'il expose ici1 en la poursuivant dans une foule de questions qu'elle soulve1 et qu'il traite ou qu'il ajourne d'autres ouvrages#dah4 ,son ide fondamentale1 c'est que chacun est jug selon la vrit1 loi identique de tous1 et selon sa participation la connaissance de cette divine vrit4 ,les oeuvres ne sont que des preuves de l'intention1 et l'intention seule est innocente ou coupable4 ,devant ,dieu elle est rpute pour le fait4 ,l'issue du jugement est inconnue en ce monde4 ,ce jugement se prononce pour chacun la mort1 il se prononcera pour tous la fin du monde4 ,cependant ceux qui ont t trouvs purs avant le dernier jugement1 ceux dont la vie est parfaite1 acquitts avant ce jour suprme1 seront assis auprs du ,christ2 ils partageront sa gloire2 juges comme lui1 tranquilles sur eux-mmes1 ils jugeront les autres4 ,mais c'est la condition d'avoir observ1 non par des oeuvres purement extrieures1 mais de coeur et de volont1 soit la loi naturelle1 soit la loi crite4 ,il est vrai que1 depuis l'vangile1 en ce temps d'amour plus que de crainte1 la justification gratuite est promise1 c'est--dire que la justice ne vient pas de nos mrites1 mais de la grce de ,dieu4 ,par le ,christ propitiateur1 ,dieu offre la rdemption ceux qui croiront en lui4 ,note #dah3 ,comment41 p4 #eaf-eba4 ,trois questions difficiles sont indiques1 qui toutes sont relatives la possibilit du pch et de la punition1 de la responsabilit1 de la grce1 mais dont les solutions sont renvoyes la ,thologie4 ,elles ne s'y trouvent pas expressment4 ,ici s'lve la plus grande question4 ,qu'est-ce que cette rdemption par le ,christ1 ou comment son sang peut-il nous justifier1 nous qui semblerions plus punissables1 aprs avoir commis le crime du serviteur infidle1 le crime de la mort du ,seigneur innocent8 ,et d'abord par quelle ncessit ,dieu s'est-il fait homme pour nous racheter en mourant suivant la chair1 ou de qui nous a-t-il rachets1 comme d'un matre qui nous tint captifs par justice ou par puissance8 ,de quelle justice1 de quelle puissance nous a-t-il affranchis8 ,qui a-t-il prch pour le dcider nous relcher8 ,on dit qu'il nous a rachets de la puissance du diable4 ,par la transgression du premier homme1 qui s'tait volontairement soumis son obissance1 le diable aurait eu comme un certain droit de le tenir en sa possession et en sa puissance1 et il l'y tiendrait encore si le librateur n'tait venu4 ,mais puisque le ,seigneur a dlivr les seuls lus1 quand le diable les a-t-il possds8 ,jamais1 ni dans le sicle du ,messie1 ni dans le sicle futur1 ni aujourd'hui4 ,ce pauvre qui reposait dans le sein d',abraham1 est-ce que le diable le torturait comme le riche damn1 et quand mme il l'aurait tourment moins1 avait-il domination sur ,abraham lui-mme et le reste des lus8444 ,ce droit de possession sur l'homme1 le diable ne pouvait l'avoir que si par hasard il avait reu l'homme pour le tourmenter4 ,dieu l'ayant permis1 ou mme le lui ayant livr4 ,d'o viendrait d'ailleurs le droit8 ,si le serviteur ou l'esclave d'un matre sduisait un de ses compagnons1 l'entranait la dsobissance1 le sducteur ne serait-il pas plus coupable aux yeux du matre que le sduit1 et par quelle injustice la premier acquerrait-il privilge et domination sur le second8 ,il serait plus juste que ce ft celui-ci qui et sur l'autre un droit de vengeance4 ,d'ailleurs le diable n'a pu donner l'homme cette immortalit qu'il lui a promise pour le sduire1 comment donc aurait-il le droit de le retenir8 ,il ne l'aurait pu faire que par la permission de ,dieu1 qui lui aurait livr l'homme comme son gelier ou son bourreau4 ,l'homme n'avait pch que contre le ,seigneur2 or1 si le ,seigneur voulait lui remettre le pch1 comme il l'a fait pour la vierge ,marie1 comme avant sa passion le ,christ l'a fait pour beaucoup d'autres1 pour ,marie ,magdeleine1 pour le paralytique2 ne pouvait-il dire l'excuteur de sa justice 7tortori suo73 ,je ne veux pas que tu le punisses plus longtemps4 ,dieu cessant de permettre le supplice1 aucun droit ne restait l'excuteur2 s'il s'tait plaint1 s'il avait murmur1 il et t convenable que le ,seigneur lui rpondit3 ,est-ce que ton oeil est mauvais parce que je suis bon8 7,math41 xx1 #ae47 ,le ,seigneur n'a pas fait injure au diable1 lorsque de la masse pcheresse il a pris une chair pure et s'est fait un homme exempt de tout pch2 cette conception sans pch1 cet homme ne l'a pas obtenue par ses mrites1 mais par la grce du ,seigneur1 qui s'est revtu de son humanit4 ,est-ce que la mme grce1 si elle avait voulu remettre aux autres hommes leur pch1 n'aurait pu les librer ainsi de leur peine8444 ,quelle ncessit donc1 ou quelle raison1 ou quel besoin1 lorsque d'un seul regard 7sola visione sua7 la misricorde divine aurait pu dlivrer l'homme des mains du diable1 quelle cause1 dis-je1 a voulu que1 pour nous racheter1 le fils de ,dieu fait chair souffrit tant de privations et d'opprobres1 le fouet1 le crachat1 enfin la cruelle et ignominieuse mort de la croix1 au point d'endurer le supplice patibulaire avec des mchants8 ,comment aussi l'aptre dit-il que nous sommes justifis ou rconcilis avec ,dieu par la mort de son ,fils1 quand ,dieu aurait d se courroucer d'autant plus contre l'homme que les hommes avaient t plus coupables de crucifier son fils que de violer dans le paradis son premier commandement en gotant un seul fruit8444 ,que si ce pch d',adam fut assez grand pour ne pouvoir tre expi que par la mort du ,christ1 quelle expiation aura l'homicide commis contre le ,christ et tant et de si grands attentats consomms contre lui et contre les siens8 ,est-ce que la mort d'un fils innocent a tellement plu ,dieu qu'elle l'ait rconcili avec nous1 qui avons commis le pch1 cause de la mort de ce fils innocent8444 ,donc1 moins que ce pch1 le plus grand de tous1 ne ft commis1 il n'en pouvait pardonner un autre beaucoup moindre2 il fallait la multiplication du mal pour qu'un si grand bien nous ft fait4 ,en quoi1 par la mort du fils de ,dieu1 sommes-nous devenus plus justes que nous ne l'tions auparavant1 pour tre ds lors librs du chtiment8 ,a qui le prix du sang a-t-il t donn pour qu'il y et rdemption1 si ce n'est celui au pouvoir duquel nous tions1 c'est--dire ce ,dieu mme qui1 ainsi qu'il vient d'tre dit1 nous avait livrs son bourreau8 ,car ce ne sont pas les bourreaux1 mais les seigneurs et matres des captifs qui composent ou acceptent la composition#dai4 ,comment enfin a-t-il1 pour un certain prix1 relch ses captifs1 si lui-mme1 auparavant n'avait exig et fix ce mme prix auquel il les relchait8 ,or1 combien parat cruel et injuste que l'on rclame pour prix le sang de l'innocent1 ou que l'on se plaise en faon quelconque au meurtre de l'innocent2 et plus encore1 que le ,seigneur ait pu avoir la mort de son fils pour si agrable1 que par elle il ait t rconcili avec le monde entier6 ,note #dai3 ,componunt aut suscipiunt4 7p4 #eeb47 ,on connat l'usage du temps4 ,suivant une coutume d'origine germaine1 pour un crime ou pour un dlit1 on pouvait se racheter moyennent un prix pay celui qui en avait souffert1 et peu peu il avait t galement tabli qu'un prix serait pay celui qui pouvait exercer une sorte de vindicte publique1 c'est--dire au seigneur1 enfin aux matins des captifs1 domini captivorum4 ,c'taient ceux au pouvoir desquels passaient les dlinquants4 ,la solution de cette question1 qui n'est pas mdiocre1 parat tre que nous sommes justifis dans le sang de ,jsus-,christ et rconcilis avec ,dieu1 en ce que par cette grce singulire qu'il nous a manifestement faite en nous donnant son fils1 qui a pris notre nature et qui a persist jusqu' la mort nous instruire sous cette forme par sa parole et son exemple1 il nous a plus troitement attachs lui du lien de l'amour1 et qu'enflamme par un tel bienfait de la grce divine1 la vraie charit ne doit redouter pour lui aucune souffrance4444 ,aprs la passion1 l'homme est devenu plus juste1 c'est--dire plus aimant ,dieu4 ,notre rdempt c'est l'amour suprme du ,christ pour nous1 qui par sa passion non-seulement nous a dlivrs de la servitude du pch1 mais encore nous a acquis la libert des fils de ,dieu1 afin que dsormais nous accomplissions tout par amour plus que par crainte de celui qui nous a fait une grce si grande1 qu'une plus grande1 son propre tmoignage1 ne saurait tre invente4 7,jean1 xv1 #dcdbj74 ,note #dbj3 ,comm1 p4 #edi-eec4---,rom4 iii1 #bl et suiv4 ,ablard dit ici qu'il expose succinctement le mode de la rdemption1 et il renvoie sa ,thologie3 on y trouve1 il est vrai1 la mme doctrine1 mais plus succinctement encore exprime4 7,theol4 ,christ41 t4 ,,iv1 p4 #acjg-acjh47 ,nous touchons ici une thorie de la rdemption1 de toutes les penses d',ablard la plus tmraire4 ,avant d'y insister1 parcourons diverses questions accessoires1 graves pourtant1 qu'il y rattache4 ,i4 ,c'est le ,fils qui a t incarn1 mais l'a-t-il t seul8 ,tout dans l'vangile semble montrer le ,fils spar un moment1 par sa mission1 du ,pre qui la lui donne2 et cependant c'est un article de foi que dans la ,trinit la substance est unique et les oeuvres communes4 ,ablard a dj dit que dans l'incarnation la substance divine s'est en une seule personne uni la substance humaine2 il a dit que tout ce que fait le ,pre1 le ,fils et le ,saint-,esprit le font1 et rciproquement#dba4 ,cependant il ne prtend pas que le ,pre et le ,saint-,esprit se soient faits chair1 aient prouv l'incarnation ou la passion1 ce qui serait l'erreur de ,praxas1 de ,sabellius et des patripassiens1 mais il dit que dans l'incarnation et le ,pre et le ,saint-,esprit ont opr1 la puissance et la bont divine ne pouvant tre exclues de la ,divinit4 ,lorsqu'un homme s'habille ou s'arme1 beaucoup y cooprent qui ne sont ni habills ni arms4 ,c'est l'me1 comme motrice du corps1 que sont rapportes toutes nos actions1 et cependant tous les mots qui les expriment ne peuvent tre attribus l'me en prdicats4 ,on ne peut dire que l'me mange ou se promne4 ,c'est par cette subtilit qu',ablard vite une hrsie contre laquelle il a protest hautement#dbb4 ,note #dba3 ,introd41 p4 #ihi et #aabg1 et ,theol4 ,chr41 t4 ,,iv1 p4 #acji-acaa4 ,note #dbb3 ,cf4 ,ad ,helois4 ,apol41 ,op41 p4 #cji1 et ci-dessus1 c4 ,,ii1 p4 #aic4 ,il dit ici 7,comment41 t4 ,,iii1 p4 #fcc7 qu'il traite la question dans son ,anthropologie4 ,ce mot singulier que l'diteur des oeuvres remarque1 puisqu'il en corrige en marge l'orthographe1 semble indiquer un ouvrage d',ablard tout fait inconnu4 ,l',anthropologie tait1 je crois1 en ce temps l1 la science du ,dieu fait homme ou la solution de la question ,cur ,deus homo8 ,peut-tre ce mot n'indique-t-il qu'une partie spciale de l'une des ,thologies4 ,,ii4 ,une seconde question qui dpend de la rdemption1 cette premire des grces de ,dieu1 serait celle de la grce en gnral et du mrite des hommes4 ,et d'abord en quoi rside le mrite8 ,dans la volont seule ou dans la volont et l'oeuvre8 ,mais tout cela est du ressort de l'thique1 et doit se trouver dans l'ouvrage qui porte ce titre#dbc4 ,note #dbc3 ,comment41 p4 #eei-efj4--,voy4 l'thique et ci-aprs1 c4 ,,vii1 p4 #dfd4 ,,iii4 ,heureux celui qui ,dieu n'a point imput de pch1 dit l'aptre 7iv1 #h et #i74 ,puis il s'interrompt et se demande si ce bonheur n'est que pour les circoncis2 l'exemple d',abraham rpond4 ,sa foi lui fut impute justice avant qu'il et reu la circoncision2 mais il avait la foi1 et de la nat une question3 ,que faut-il penser du sort des enfants qui mouraient sous l'ancienne loi avant le huitime jour1 celui o la circoncision tait permise8 ,c'est la mme question qui s'lverait au sujet des enfants qui mourraient avant qu'on ne pt les baptiser1 parce que l'eau manquerait4 ,la sentence de damnation en ce cas parat cruelle444 mais nous en ce remettant la ,providence de tout ce qu'elle dispose1 la providence de celui qui seul sait pourquoi il a lu celui-ci1 rprouv celui-l1 nous tenons pour immuable l'autorit de l'criture qu'il nous a donne#dbd4 ,note #dbd3 ,comm41 p4 #efj-efd4--,rom4 iv1 #h4 ,,iv4 ,toutes ces questions en supposent rsolue une bien plus grande4 ,maintenant il nous faut en venir cette vieille querelle du genre humain#dbe1 cette question infinie 7interminatam quoestionem71 savoir1 celle du pch originel1 qui retombe1 ainsi que le rappelle l'aptre1 de notre premier pre sur sa postrit1 et il faut1 comme nous pourrons1 travailler la rsoudre4 ,note #dbe3 ,p4 #eia-fja4 ,il s'est dj servi de cette expression1 veterem humani generis querelam2 mais pour dsigner la question de l'immutabilit de la ,providence et de la libert1 ,introd41 t4 ,,iii1 p4 #aahd4 ,il est demand d'abord3 ,qu'est-ce qu'on appelle le pch originel avec lequel chaque homme est procr8 ,puis1 par quelle justice le fils innocent est-il1 pour le pch du pre1 traduit devant le plus misricordieux des juges1 ce qui ne serait pas approuv devant des juges du sicle2 et comment le pch que nous croyons dj remis celui qui l'a commis1 ou dj effac dans les autres par le baptme1 est-il puni dans les enfants qui n'ont pu consentir encore au pch8 ,comment ceux qui ne sont pas dans les liens de leur propre pch sont-ils damns par le pch d'autrui1 et comment l'iniquit du premier pre les entrane-t-elle plus srement la damnation que de plus graves iniquits de leurs plus proches parents8 ,combien1 en effet1 il est cruel et contraire la bont de ,dieu1 qui aime mieux sauver les mes que les perdre1 de condamner pour le pch du pre le fils que pour le sien propre sa justice ne sauverait pas#dbf6 ,note #dbf3 ,comment41 t4 ,,ii1 p4 #dja4 ,par le pch originel il faut entendre la peine du pch1 car le pch en lui-mme1 celui de la volont1 n'est point imputable qui ne peut encore user du libre arbitre1 ni faire aucun emploi de sa raison4 ,par la dfinition des philosophes1 le libre arbitre n'est que cette facult de l'esprit de dlibrer et de dterminer ce qu'il veut faire4 ,celui qui ne dlibre pas actuellement1 s'il est d'ailleurs apte dlibrer1 ne manque pas du libre arbitre4 ,mais cette facult1 nul ne niera qu'elle ne manque aux petits enfants1 ainsi qu'aux furieux et aux idiots2 aussi ne sont-ils pas mme soumis aux lois humaines4 ,la justice1 en effet1 consiste rendre chacun ce qui lui revient1 ni plus ni moins qu'il n'a mrit4 ,donner plus de bien ou infliger moins de mal qu'il n'en a t mrit1 c'est grce plutt que justice4 ,or1 maintenant1 qu'elle est grande1 la cruaut que ,dieu parat montrer l'gard des petits enfants1 auxquels1 sans trouver qu'ils aient rien mrit1 il inflige la peine la plus grave1 celle du feu infernal6 ,saint ,augustin ne permet pas d'en douter#dbg4 ,cela ne semblerait-il pas1 chez les hommes1 de la dernire injustice8 ,c'est qu'il est interdit aux hommes de venger leur propre injure1 mais ,dieu a dit3 ,a moi la vengeance4444 c'est moi qui ferai justice4 7,,xii1 #ai2 ,deut4 ,,xxxii1 #ce47 ,dieu1 en effet1 ne fait pas injustice sa crature1 de quelque faon qu'il la traite1 ou bien les animaux1 crs pour travailler dans l'obissance des hommes1 pourraient se plaindre et murmurer contre le crateur4 ,mais l'vangile leur rpondrait3 ,est-ce qu'il ne m'est pas permis de faire ce que je veux8 7,math41 ,,xx1 #ae47 ,et l'aptre dirait3 ,homme1 qui es-tu1 pour rpondre ,dieu8 ,le vase se plaint-il au potier8 7,,ix1 #bj47 ,note #dbg3 ,cette opinion1 quoique trs-accrdite dans l'glise1 n'est pas article de foi4 ,on penche aujourd'hui vers une interprtation plus douce4 ,la foi oblige seulement croire que les enfants morts sans baptme sont privs du royaume des cieux4 ,au reste le passage donn comme de saint ,augustin est extrait d'un ouvrage qui ne lui est plus attribu1 mais l'vque ,fulgence4 7,de ,fide ad ,petrum1 t4 ,,vi1 append47 ,il s'exprime autrement et plus modrment ailleurs4 ,ep4 #bh1 ad ,heron4--,cont4 ,jul41 ,v1 ,,xi4 ,d'ailleurs1 on ne saurait appeler mal rien de ce qui s'accomplit suivant la volont de ,dieu4 ,car nous ne pouvons discerner le bien du mal que par la conformit avec cette volont mme4 ,aussi est-il des choses qui semblent trs-mal1 que nul ne s'ingre de condamner1 parce que le ,seigneur les a ordonnes1 comme la spoliation des gyptiens par les ,hbreux4 ,sans un ordre semblable1 ceux qui turent leurs plus chers parents pour avoir eu commerce avec des femmes madianites1 passeraient pour des homicides plutt que pour des vengeurs#dbh4 ,la distinction du bien et du mal rside tellement dans le dcret de la volont divine1 que notre cri de tous les jours est3 ,que votre volont soit faite6 ,c'est lui dire3 que tout soit ordonn pour le mieux2 en sorte que le mal ou le bien dpend1 suivant les temps1 de ce qu'il ordonne ou de ce qu'il dfend4444 ,les sacrements de l'ancienne loi1 jadis en grande vnration1 sont maintenant abominables4 ,note #dbh3 ,de leurs plus chers parents saintement homicides4 7,racine7 ,mais il ne suffirait pas d'absoudre ,dieu de toute injustice dans la damnation des petits enfants1 il faut aussi faire une part sa bont4 ,or1 d'abord1 nous savons que la peine qui leur est rserve est la plus douce de toutes4 ,ils souffriront les tnbres1 dit saint ,augustin1 ce qui signifie qu'ils ne verront pas ,dieu4 ,puis1 n'est-il pas permis de penser que la mort avant le baptme n'emporte que ceux dont ,dieu a prvu la mchancet future8 ,cette svrit envers des cratures qui n'ont rien fait1 n'est-ce pas un salutaire exemple pour les pcheurs1 et ne peut-il pas y avoir des raisons de famille1 familiares caus1 qui rendent cet exemple ncessaire leurs parents8 ,n'est-ce pas pour ceux-ci une grande excitation la continence1 que la pense que leur concupiscence envoie incessamment tant d'mes en enfer8 ,le pch originel en lui-mme est la dette de damnation dont nous sommes tenus pour la faute de nos premiers parents4 ,nous avons tous pch en ,adam1 au sens du moins o l'on dit qu'un tyran vit dans ses enfants4 ,donc1 direz-vous1 il faut damner ceux qui n'ont point pch1 grande iniquit2 punir ceux qui ne l'ont pas mrit1 grande atrocit4 ,oui1 pour des hommes1 et non pour ,dieu2 sans cela comment ne pas accuser ,dieu pour avoir envelopp les petits enfants dans la peine du dluge ou dans l'incendie de ,sodome8 ,comment a-t-il permis l'affliction et le meurtre du bienheureux ,job et des saints martyrs8 ,et comment enfin a-t-il livr la mort son fils unique8 ,vous rpondez par une dispensation trs-avantageuse de sa grce4 ,bien et finement dit6 ,les hommes aussi1 par quelque dispensation d'une salutaire prudence1 peuvent galement affliger les innocents comme des coupables1 et ne point pcher4 ,ainsi par exemple1 cause de la mchancet d'un tyran1 de bons princes ravagent et pillent ses terres et sont entrans faire du mal de bons et fidles sujets1 lis leurs matres par la possession et non par l'intention1 le tout afin de pourvoir l'utilit du plus grand nombre par le dommage du petit4 ,il peut aussi arriver que de faux tmoins que nous ne pouvons confondre1 imputent un crime un homme que nous savons innocent1 et ces tmoignages1 si toutes les formalits ont t remplies1 nous forcent frapper un innocent1 afin1 chose assez singulire1 qu'en obissant aux lois1 nous punissions justement celui qui n'est pas justement puni1 ce qui est commettre justement une injustice1 aprs dlibration comptente sur l'affaire1 et pour ne pas nuire au grand nombre en pargnant un seul homme4 ,de mme1 la damnation des petits enfants peut avoir plusieurs motifs des plus salutaires dans la dispensation divine1 sans compter les causes que nous avons assignes4444 ,dieu est galement irrit contre eux1 ils ont t conus dans le pch de la concupiscence charnelle1 o sont tombs les pres eux-mmes par la premire transgression2 une absolution spciale est ncessaire chacun d'eux1 et la plus facile assurment a t institue dans le baptme1 sacrement o la foi d'autrui et la confession des parrains intercdent pour le pch d'autrui dans lequel les enfants sont engags4 ,celui qui est n dans le pch et qui ne peut encore satisfaire par lui-mme est purifi par le sacrement de la grce divine4 ,mais on doit trouver tout simple que ce qui est remis aux parents soit exig des enfants1 puisque la gnration de la concupiscence charnelle transmet le pch et mrite la colre4444 ,il pourrait aussi arriver dans la vie qu'un pauvre qui aurait donn sa personne et ses enfants un seigneur vint ensuite gagner1 par quelque acte de vertu ou quelque prix1 sa libert et non celle de ses fils4 ,dieu a voulu que la nature nous offrit quelque chose d'analogue3 de la semence de l'olivier1 comme de l'olivier sauvage1 il nat un olivier sauvage1 ainsi que de la chair du juste1 comme de celle du pcheur1 il nat un pcheur2 du froment purg sans la paille1 il nat un froment non purg avec la paille2 ainsi de parents purifis du pch par le sacrement aucun enfant ne nat exempt de pch4444 ,voil pour le moment ce qu'il nous suffit de dire touchant le pch originel1 moins titre d'assertion que de simple opinion#dbi4 ,note #dbi3 ,ibid41 p4 #fja4 ,il n'y a pas d'erreur grave dans ce que dit ici notre auteur du pch originel1 quoiqu'une partie de ces ides ne soit point consacre par l'glise4 ,v4 ,du pch originel il faut passer au pch actuel4 ,saint ,paul fait entendre plus d'une fois que la loi ancienne a favoris le pch1 c'est--dire apparemment a multipli les occasions de le commettre4 ,mais comment la loi pouvait-elle tre dite sainte et le commandement juste et bon1 puisque mme en les observant on ne pouvait tre sauv8 ,c'est qu' un peuple indocile et grossier ne pouvaient tre donns des commandements de perfection2 il fallut d'abord lui apprendre obir4 ,quand nous domptons des btes de somme1 nous ne commenons point par les charger de lourds fardeaux4 ,toutefois1 on doit croire que ceux qui observaient les commandements par amour plus que par crainte1 recevaient par une rvlation spciale ce qui pouvait leur manquer en perfection4 ,en effet1 l'inspiration a rendu vangliques plusieurs hommes spirituels de l'ancien peuple1 et ils ont prch ou pratiqu le commandement de la loi nouvelle1 savoir1 l'amour des ennemis4 ,car c'est un commandement nouveau1 novum mandatum1 que celui-ci3 ,aimez vos ennemis comme je vous ai aims4 ,ainsi que l'amour divin1 notre amour doit tre dsintress4 ,celui qui rechercherait son propre bien serait un mercenaire1 quand mme il ne tendrait qu'aux choses spirituelles4 ,le nom de charit ne devrait pas tre prononc1 si nous aimions ,dieu cause de nous1 c'est--dire pour notre utilit et pour cette flicit que nous esprons dans son royaume1 plutt que pour lui-mme2 nous placerions en nous1 non dans le ,christ1 notre fin intentionnelle4 ,ceux qui sont dans de tels sentiments sont des amis de la fortune2 l'avarice les soumet plus que la grce4 ,c'est contre eux qu'il est dit3 ,si vous aimez ceux qui vous aiment1 quelle rcompense aurez-vous8 7,math41 v1 #df47 ,aucune1 car vous en aimeriez d'autres davantage s'ils vous taient plus utiles1 vous cesseriez d'aimer celui en qui vous cesseriez d'esprer4 ,dieu ne doit pas tre moins aim de l'homme qu'il punit1 car il ne peut punir que justement4 ,on dira qu'ici ce qui est utile1 c'est ,dieu mme2 il est lui-mme la rcompense2 c'est donc toujours lui qu'on aime4 ,notre amour serait pur et sincre1 en effet1 si nous pensions moins ce qu'il donne qu' ce qu'il vaut4 ,telle est l'affection vritable d'un pre pour son fils1 d'une chaste pouse pour son poux1 de tous ceux qui aiment plus ceux qui leur sont inutiles que ceux qui leur seraient d'une utilit plus grande4 ,si leur amour les expose quelques maux1 il n'en est pas diminu4 ,la cause de cet amour subsiste tout entire dans ceux qu'ils aiment4444 ,c'est ce que dit si bien1 pour consoler ,julie ,cornlie sa femme1 ,pompe vaincu et fugitif3 ,ce que tu pleures1 tu l'as aim#dcj4 ,note #dcj3 ,citation de ,lucain 7,phars41 t4 ,vlll7 que nous avons vu ,ablard opposer aux pleurs d',hlose4 ,voyez t4 ,i1 p4 #aee1 o cette citation est mal indique4 ,souvent mme les hommes d'un coeur libral poursuivent l'honnte plus que l'utile2 ils voient quelques-uns de leurs semblables de qui ils n'esprent aucun avantage1 et ils leur portent une affection plus grande qu' leurs propres esclaves1 de qui ils reoivent des services journaliers4 ,que n'avons-nous pour le ,seigneur cette affection sincre qui nous le ferait plutt aimer parce qu'il est bon que parce qu'il nous est utile6 ,si la crainte u ,seigneur est le commencement de la sagesse1 la charit en est la consommation#dca4 ,note #dca3 ,comment41 p4 #fbj-fbd4 ,ailleurs ,ablard lit comme saint ,augustin pietas au lieu de timor domini4 7c4 iii1 p4 #bfd47 ,voil encore une opinion particulire notre thologien4 ,si cet asctisme de la charit n'est point condamnable1 il est dangereux4 ,le concile de ,sens ne l'a pas blm1 mais un docteur dont le principal ouvrage semble parfois n'tre qu'une rfutation implicite des sentiments d',ablard1 ,hugues de ,saint-,victor1 une des lumires de cette clbre cole si orthodoxe et si scientifique1 a combattu avec soin la doctrine de l'amour de ,dieu pour ,dieu mme1 et s'est jou de ce platonisme d'un nouveau genre qui peut affaiblir la pit mritante et le zle pratique pour les oeuvres et le salut#dcb4 ,mais ce que le docte chanoine ni les biographes bndictins qui le vantent n'ont1 ce me semble1 aperu1 c'est que la doctrine d',ablard1 tout sur la rvlation antrieure au christianisme que sur l'oeuvre de la rdemption1 l'entranait exagrer le rle de l'amour dans la pratique des vertus chrtiennes4 ,quand on pense que le ,christ1 en se soumettant aux tortures de sa mission terrestre1 s'est surtout propos d'attendrir l'humanit afin de la sauver1 et quand on carte les ides de redevance et d'acquittement1 de crime et d'expiation1 on est oblig de substituer l'amour au devoir1 ou plutt de fondre tout le devoir dans l'amour4 ,nous retrouverons ce principe en tudiant la morale#dcc4 ,note #dcb3 ,de ,sacramentis fidel ,christ41 t4 ,,ii1 part xiii1 c4 vii2 ,hugon4 ,s4 ,vict4 ,op41 t4 ,,iii1 p4 #fjh4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #dj4 ,note #dcc3 ,voyez le chapitre suivant4 ,,vi4 ,mais1 dit-il en continuant son ,commentaire1 la concupiscence lutte contra la charit4 ,je ne fais pas le bien que je veux1 je fais le mal que je ne veux pas4 7vii1 #di47 ,serait-ce que le pch est involontaire8 ,nullement4 ,je ne veux pas le mal est pour je ne voudrais pas le mal4 ,je ne voudrais pas cder la concupiscence1 mais j'y cde volontairement et mme avec amour4 ,tout pch est volontaire1 ce qui doit s'entendre de l'acte du pch1 non de la concupiscence qui porte le commettre4 ,l'acte est volontaire1 c'est--dire qu'il n'est pas ncessaire1 en ce qu'il rsulte d'une volont pralable4 ,si en jetant une pierre vous tuez un homme par hasard1 l'acte rsulte de la volont de jeter une pierre1 et non de la volont de tuer un homme2 ce n'est donc pas le pch d'homicide volontaire4 ,celui qui1 forc de se dfendre1 tue un homme qui l'attaque1 commet l'homicide sans l'avoir voulu4 ,s'il sduit la femme d'un autre1 c'est la volupt qui lui plat1 non l'adultre1 non l'accusation qui peut s'ensuivre1 et qui1 bien loin de lui plaire1 est un tourment pour la conscience1 car il aimerait bien mieux que la femme ne ft point marie4 ,ainsi ce qui plat et ce qui dplat1 et en ce sens ce qu'on veut et ce qu'on ne veut pas1 peuvent se trouver dans le mme acte4 ,il arrive donc l'homme de consentir la loi par la raison et d'y rsister par la concupiscence2 l'esprit et la chair se combattent4 ,faire le bien1 c'est joindre la bonne volont le fait4 ,j'ai cette volont naturellement1 car par moi-mme j'ai la raison1 j'ai t cr raisonnable2 mais par moi-mme je n'ai pas la puissance de faire le bien1 si quelque grce ne m'est donne4 ,la loi me plat1 c'est--dire plat ma raison1 l'homme intrieur1 cette image spirituelle et invisible de ,dieu qui est l'homme de l'me2 mais je sens une autre loi dans mes membres1 j'y reconnais le foyer du pch de la chair1 les aiguillons de la concupiscence1 laquelle j'obis dans ma faiblesse ainsi qu' une loi2 cette loi rgne dans le corps1 instrument des passions#dcd4 ,note #dcd3 ,comment41 p4 #fba-fbh4--,rom4 ,,vii1 #bc1 #bc2 ,i ,tim4 ,,ii1 #d4--,voyez sur le mme sujet l'thique au chap4 suivant4 ,,vii4 ,quand ,dieu a revtu l'humanit1 a-t-il revtu le libre arbitre1 ou plutt cet homme qui tait en ,jsus-,christ uni la ,divinit1 avait-il une volont libre1 c'est--dire la facult de pcher8 ,une fois uni1 et en tant qu'uni la ,divinit1 sans contredit1 il ne pouvait pcher1 comme le prdestin1 en tant qu'il est prdestin1 ne peut tre damn4 ,mais si l'on disait d'une manire absolue qu'il ne pouvait pcher1 le doute serait possible1 car alors o serait le mrite d'viter le pch8 ,priv du libre arbitre1 le ,christ aurait vit le pch par ncessit plus que par volont4 ,cependant c'tait un homme compos de chair et d'me1 qui aurait pu1 comme tout autre homme1 subsister par lui-mme1 autrement il aurait eu l'accident sans la substance1 et il serait au-dessous de l'humanit2 existant par lui-mme1 pourquoi n'aurait-il pas pu pcher8 ,c'est donc le cas de bien distinguer une proposition absolue d'une proposition dtermine par de certaines conditions4 ,en proposition absolue1 on ne saurait dire que celui qui est prdestin ne peut aucunement tre damn2 mais si la proposition est dtermine1 si l'on parle du prdestin comme prdestin1 sa damnation est impossible4 ,celui qui est amput peut avoir deux pieds1 puisque tout homme est bipde1 mais l'amput ne peut avoir deux pieds4 ,l'homme qui a t uni ,dieu pouvait donc pcher1 mais aprs qu'il a t uni1 et tant qu'il a t uni1 cela tait impossible3 le ,christ1 ,dieu et homme la fois1 ne pouvait absolument pcher#dce4 ,note #dce3 ,comment41 p4 #ech-eci4 ,cf4 ,boeth41 ,de ,duab4 ,nat41 p4 #iej4 ,la conclusion est orthodoxe1 bien que prcde de distinctions qui ne le sont pas4 ,l'glise professe l'impeccabilit de l'homme dans le ,christ1 cependant elle admet que ,dieu s'tant fait homme a ncessairement pris le libre arbitre avec l'humanit4 ,ces deux croyances sont difficiles concilier2 on les concilie en disant que bien que la volont de l',homme-,dieu ft dtermine au bien1 il tait libre en ce qu'il pouvait choisir tel ou tel bien4 ,dans le systme d',ablard1 l'impeccabilit du ,christ serait une impeccabilit purement morale1 c'est--dire que ,jsus-,christ serait homme1 mais parfait comme homme2 il aurait eu la facult de pcher1 sans le pch originel1 sans aucun pch actuel1 quelque chose comme ,adam avant sa chute4 ,il semble que cette opinion serait plus conforme la pense fondamentale de l'incarnation1 mais elle n'est pas admise4 ,le respect pour la ,divinit a conduit l'glise penser que l'humanit qui lui avait t unie tait absolument incapable de pcher1 en ce sens qu'elle manquait du libre arbitre en tant que facult de faire le mal4 ,mais l'erreur d',ablard est lgre et n'est pas celle de ,nestorius1 qui1 dans ,jsus-,christ1 distinguait deux personnes1 ni celle d',eutychs1 qui absorbait l'humanit du ,christ dans sa divinit4 ,suivant la thologie1 il y a en ,jsus-,christ1 ou dans l',homme-,dieu1 une seule personne1 deux natures et deux volonts#dcf4 ,note #dcf3 ,cf4 ,s4 ,thom4 ,summ41 pars ,,iii1 qu4 ,,xv et ,,xviii4--,bergier1 aux mots humanit1 incarnation1 nature4 ,,viii4 ,comment dans l'homme le libre arbitre est-il compatible avec la prdestination1 ou1 en termes plus gnraux1 avec la ,providence divine8 ,la ,providence est universelle et infaillible2 si donc un homme est adultre1 elle a prvu qu'il le serait1 il ne peut donc pas ne pas l'tre4 ,s'il ne peut pas l'viter1 il n'est pas condamnable pour une action invitable1 et tous les maux doivent tre renvoys la ,providence comme leur cause premire4 ,mais il faut encore distinguer ici la proposition simple de la modale4 ,celui qui doit tre adultre l'est ncessairement1 en tant que ,dieu l'a prvu2 mais on ne peut dire d'une manire absolue qu'il soit ncessairement adultre4 ,ablard renvoie cette question sa ,thologie#dcg4 ,note #dcg3 ,comm41 p4 #fda4 ,on a vu que la question n'est entirement rsolue ni dans le livre ,,iii de l',introduction1 ni dans le ,ve de la ,thologie4 ,mais nous ne les avons pas tout entiers4 ,voyez aussi le chapitre suivant4 ,cependant il reste que rien n'arrive que ,dieu ne l'ait non-seulement prvu1 mais permis4 ,une question se prsente aussitt4 ,ce que ,dieu permet1 il le veut1 comment donc veut-il le mal que l'homme fait et le mal qui arrive l'homme8 ,cette terrible question1 ,ablard ne l'approfondit pas4 ,mais il l'annonce1 il pose les difficults1 et ne les lve gure que par un acte de foi4 ,il faut croire1 dit-il1 que ,dieu a tout bien ordonn1 mme le mal4 ,dieu a fait un bon usage de la malice de ,judas1 de la malice du diable4 ,dans l'action de ,judas1 le ,pre1 le ,fils et ,judas ont coopr2 et c'est parce que le ,seigneur a t livr1 que le monde a t rachet4 ,dans l'ordre des choses1 la disposition divine ne permet pas que rien se fasse d'une manire inutile ou superflue4 ,on peut donc dire qu'il est bon que le mal existe2 c'est ce qu'ont senti mme les philosophes paens1 et ,platon dit dans le ,time que rien ne se fait1 sans une cause lgitime1 sans une raison pralable4 ,seulement ces causes1 ces raisons sont au-dessus de nos recherches#dch4 ,note #dch3 ,allusion ce passage du ,time3 ,tout ce qui nat doit de toute ncessit natre d'une cause2 car rien ne peut sans cause prendre naissance4 7trad4 de ,m4 ,martin1 t4 ,i1 p4 #hc47 ,mais ,platon semble ici parler de causes productrice2 et ,ablard s'exprime comme s'il s'agissait de raison suffisante4 ,voyez aussi ,ab4 ,op41 ,comment41 p4 #eda1 #edc1 #feb1 #fhc4--;,introd41 p4 #ihg1 #ajeb1 #aaab1 #aaad1 #aaag1 #aaah4--,theol4 ,chr41 p4 #acih1 #acii4 ,l'iniquit n'en doit pas moins tre impute ses auteurs4 ,sans doute si elle ne pouvait tre vite sans la grce1 et si la grce a t refuse1 on comprend difficilement comment elle entrane punition4 ,on dit bien que1 si ,dieu n'a pas donn la grce1 il l'a offerte1 et que c'est l'homme qui l'a refuse4 ,mais ce don lui-mme ne peut tre accept sans une grce divine4 ,supposez qu'un malade ft trop faible pour prendre un mdicament1 que diriez-vous d'un mdecin qui se vanterait de lui avoir offert le mdicament1 s'il ne l'avait pas aid le prendre8 ,c'est qu'il n'est pas vrai1 la lettre1 que pour chaque bonne oeuvre une nouvelle grce soit ncessaire2 mais souvent1 tandis que ,dieu distribue sa grce galement1 tous n'en profitent pas galement1 et ceux mmes qui en ont reu davantage ne sont pas ceux qui en profitent le mieux4 ,qu'un homme puissant tale ses richesses devant des pauvres et les promette en rcompense celui qui excutera le mieux ses ordres1 l'un sera plein d'ardeur1 l'autre indolent et mou1 et ce n'est pas le plus fort qui sera le plus actif4 ,l'offre est gale1 le riche n'a rien fait de plus pour l'un que pour l'autre1 toute la diffrence vient de ceux mmes qui il s'adresse4 ,ainsi ,dieu offre tous le royaume des cieux4 ,pour nous exciter le dsirer1 il n'a pas d'autre grce nous faire que de nous instruire1 et il l'offre ainsi aux rprouvs mmes1 puisque la vrit leur est rvle comme aux lus4 ,mais les hommes diffrent de courage et d'ardeur4 ,la grce de ,dieu est celle qui prvient tout lu pour qu'il commence bien vouloir1 et qui suit le dbut de la bonne volont pour que la volont mme persvre2 et il n'est pas ncessaire qu' chacune des oeuvres nouvelles qui se succdent1 ,dieu accorde une autre grce que la foi mme1 laquelle nous persuade que nos actions peuvent nous gagner une si grande rcompense4 ,car les ngociants du sicle qui endurent tant de fatigues dans la seule esprance conue ds l'origine d'une rcompense terrestre1 bravent tout1 et1 en diversifiant leurs oprations1 ne changent point d'esprance1 et cdent une seule et mme impulsion#dci4 ,note #dci3 ,comm41 p4 #fed4 ,ainsi1 d'un ct1 le mal vient de celui qui le commet1 c'est--dire de sa volont1 et non pas de ,dieu1 car alors la volont ne serait pas libre4 ,et de l'autre ct1 ,dieu ne doit rien sa crature1 ou du moins sa justice est impntrable1 et tout ce qu'il fait est ncessairement bien4 ,il suit que le pch est tout dans l'intention4 ,le ,seigneur1 qui sonde les reins et les coeurs1 pse tout1 en regardant moins ce qu'on fait qu' l'esprit dans lequel on le fait4 ,c'est pourquoi1 quand l'ignorance est invincible1 il parat que le pch doit tre beaucoup excus#ddj4 ,il suit galement que l'amour pur est l'abrg de toute la morale1 ou1 pour parler thologiquement1 que la somme de tous nos mrites est dans l'amour de ,dieu et du prochain4 ,resterait savoir si1 sous ce nom de prochain1 il faut comprendre ceux qui sont en enfer1 ceux qui ne sont pas prdestins la vie2 si nous devons les aimer1 si les saints les aiment4 ,il semble qu'on ne devrait pas les aimer1 puisque ce serait embrasser les membres du diable4 ,ce n'est point l un amour raisonnable1 pas plus raisonnable qu'il ne l'est de prier pour tous4 ,nous le faisons cependant1 quoique nous sachions qu'il y a trs-peu d'lus et que notre bonne volont et notre prire n'auront aucun effet4 ,c'est que la charit ne connat pas de mesure1 et elle nous fait passer les bornes1 en nous inspirant de vouloir ce qui ne serait ni bon ni juste1 comme le salut universel1 et de ne pas vouloir des choses dont l'accomplissement est un bien1 comme l'immolation des saints et l'affliction de tous ceux qui cooprent avec eux dans le bien4 ,mais c'est encore une discussion renvoye l'thique#dda4 ,note #ddj3 ,cf4 ,sic et ,non1 in prol41 p4 #ab et #ac4--;,ab4 ,op41 ,problem4 ,heloiss4 ,cum ,ab4 solut41 p4 #djf4 ,note #dda3 ,comm4 p4 #fcj1 #fij1 #fib4--;,introd41 p4 #aabj1 #aaba4 ,nous ne voyons pas que cette discussion soit en effet dans le ,scito te ipsum4 ,l'examen de toutes ces opinions puiserait et au del le temps qui nous reste4 ,observons seulement que parmi les plus hasardes il n'en est peut-tre aucune qui ne se justifie jusqu' un certain point par les prmisses que posaient concurremment et mme un peu contradictoirement dans l'esprit d',ablard1 la philosophie et la foi4 ,la libert de l'un et la rigueur de l'autre se disputaient sa raison1 et il semblait1 dans son vain et opinitre dsir de les concilier1 se plaire lutter avec l'insoluble4 ,on doit remarquer combien les questions qu'il se fait sont hardies2 il lve tranquillement1 et je crois sans arrire-pense1 quelques-unes de ces objections de sens commun dont s'est arme l'incrdulit moderne1 et qui1 si l'on exige une solution dmonstrative1 peuvent branler toute croyance4 ,ces objections1 il va trs-loin1 quand il les pose2 puis1 il les laisse sans rponse1 ou1 s'il rpond1 c'est en rentrant dans les bornes d'o il est sorti par la question mme4 ,il relve les barrires qu'il vient d'abattre en les franchissant1 et ne voit pas combien il est inutile de les relever derrire celui qui les a dpasses4 ,ses questions en particulier sur la justice de ,dieu1 sont d'une consquence illimite1 d'une difficult que je crois insurmontable2 et comme il semble ne rien admettre d'insoluble1 comme on dirait l'entendre qu'il doit y avoir rponse tout1 il autorise comparer les solutions aux problmes1 remarquer la disproportion des unes aux autres1 concevoir les doutes mmes qu'il ne parat pas ressentir et qu'il a voulu dissiper4 ,tel est1 au point de vue de la thologie1 le vrai danger de ses doctrines2 telle en est l'htrodoxie involontaire1 et voil pourquoi1 bien qu'il ait entendu vivre et mourir chrtien1 la philosophie le revendique et la religion ne le rclame pas4 ,une seule ide fixera ici notre attention4 ,c'est celle qui fonde sa thorie de la rdemption2 la thodice d',ablard nous apparatra sous un jour nouveau1 et nous verrons comment une hypothse spculative sur la ,trinit peut altrer le dogme du salut et renouveler la morale religieuse elle-mme4 ,je me rappelle1 dit ,geoffroi d',auxerre#ddb1 avoir eu un matre qui retranchait tout le prix de la rdemption4444 ,le ,christ1 en effet1 dans sa passion1 a propos trois choses aux yeux des hommes1 l'exemple de la vertu1 l'excitation l'amour 7amoris incentivum71 le sacrement de la rdemption4 ,si l'on limine le dernier1 comme le voulait le matre ,pierre1 tout le reste ne pourra servir de rien2 car ainsi qu'il est dit3 ,vous dvorerez la tte de l'agneau avec ses pieds 7,exod4 ,,xii1 #i71 le matre ,pierre1 en supprimant la tte1 dvorait tout aussitt les pieds et les entrailles4 ,note #ddb3 ,ces paroles sont extraites1 suivant la ,bibliothque de ,citeaux 7t1 ,,iv4 p4 #bfa71 d'un sermon sur la ,rsurrection de ,j4-,c4 par ,geoffroi1 quatrime abb de ,clairvaux1 et elles ont probablement servi lui faire attribuer la dissertation de l'abb anonyme contre ,ablard 7id41 p4 #bci74 ,elles se retrouvent sous le mme nom dans une chronique du ,recueil des ,historiens franais 7,alberic41 ,chronic41 t4 ,,xiii1 p4 #gjj74 ,la doctrine de la rdemption1 en effet1 telle que la professe le commun des fidles1 repose sur cette ide1 qu'avant la venue du ,christ1 l'homme1 engag dans les liens du pch1 tait spar du salut par un obstacle invincible1 non-seulement par ses propres fautes1 mais par une corruption radicale et permanente de sa nature1 et que ne pouvaient dtruire ses efforts les plus hroques1 ses sacrifices les plus mritoires1 la fidlit la plus scrupuleuse soit aux prescriptions de la loi naturelle1 soit aux commandements de la loi juive4 ,or1 ce quelque chose d'humainement inexpiable1 la vie et la mort du ,fils de ,dieu l'ont expi4 ,cette ranon de l'homme insolvable1 le ,fils de ,dieu l'a paye4 ,il a ainsi libr1 rachet1 redim l'homme2 voil la rdemption4 ,elle n'a pas donn le salut1 elle en a fait cesser l'impossibilit4 ,l'homme tait esclave1 maintenant il est libre1 mais libre seulement2 il n'est pas sauv1 il a les moyens de se sauver4 ,donc1 celui qui nat1 et qui n'a rien fait ni pu rien faire pour se sauver ou se perdre1 l'enfant au berceau1 pourvu cependant que par un signe visible le bienfait de la rdemption lui soit appliqu1 est sauv2 car1 n'ayant d'autre souillure que la tache originelle1 il est de la justice ou au moins de la bont de ,dieu de le sauver1 ds qu'elle est efface et qu'il n'a pu en contracter une nouvelle4 ,aprs la naissance1 aprs le baptme1 le salut est possible1 mais comme il a t rendu possible par l'expiation seule de ,jsus-,christ1 le bienfait n'en peut tre accord qu' ceux qui reconnaissent qu'ils le doivent1 non eux-mmes1 mais ,jsus-,christ1 non leurs mrites1 mais ses mrites1 et qui observent1 non-seulement les prceptes de la loi naturelle ou les rgles de la loi juive restes en vigueur1 mais les devoirs nouveaux qui rsultent pour l'homme de la venue du ,messie1 c'est--dire les commandements que ,dieu nous a faits en prenant la vie et la parole au milieu de nous4 ,mais cette trange et mystrieuse impossibilit du salut avant l'incarnation1 quelle en tait la cause8 ou1 en d'autres termes1 de quoi la rdemption nous a-t-elle rachets8 ,cette question est d'un intrt plus pressant encore que celles qui touchent la ,trinit4 ,la ,trinit est un sujet si difficile1 elle est tellement inconcevable et inexprimable1 que1 pourvu qu'on adhre fortement la lettre et l'esprit du ,symbole1 une pense trop subtile1 une locution inexacte ou exagre1 peut paratre sans consquence4 ,mais la matire de la rdemption1 quoique obscure1 semble plus accessible2 et toute erreur qui la concerne1 intresse le sort de l'humanit et les rapports de ,dieu l'homme4 ,nous concevons donc l'attention svre que montre ici saint ,bernard4 ,il a raison de dire1 quand il y arrive3 ,laissons les bagatelles et venons des choses plus srieuses1 ,noenias444 praetereo1 venio ad graviora#ddc4 ,note #ddc3 ,ab4 ,op41 p4 #bhd-bhh4 ,abordant le mystre de notre rdemption1 continue-t-il1 scrutateur tmraire de la majest divine1 il dit ds le dbut de sa discussion qu'il y a une opinion de tous les docteurs ecclsiastiques sur ce sujet2 il l'expose1 la ddaigne et se vante d'en avoir une meilleure1 ne craignant pas1 contre le prcepte du sage1 de transgresser les limites antiques que nos pres ont poses#ddd4 7,j'omets ici un rsum de la doctrine d',ablard47 ,qu'y a-t-il dans ses paroles de plus intolrable1 le blasphme ou l'arrogance8 ,qu'y a-t-il de plus damnable1 la tmrit ou l'impit8 ,est-ce qu'il ne serait pas plus juste de briser avec des btons la bouche qui parle ainsi que de la rfuter avec des raisons8 ,ne provoque-t-il pas contre lui-mme les mains de tous1 celui qui lve les mains contre tous8 ,tous1 dit-il1 pensent ainsi1 mais moi1 non4 ,et qui donc1 toi8 ,qu'apportes-tu de meilleur8 ,que trouves-tu de plus subtil8 ,de quel secret ton orgueil aurait-il reu la rvlation1 secret qui aurait t inconnu aux saints1 qui aurait chapp aux sages8 ,cet homme apparemment va nous apporter les eaux drobes et les pains cachs4 ,dis pourtant1 dis ce qu'il te semble1 toi et nul autre3 est-ce que le ,fils de ,dieu n'a pas revtu l'humanit pour dlivrer l'homme8 ,personne absolument ne pense le contraire1 toi except2 c'est toi de rpondre de ce que tu en penses1 car tu n'as reu ta leon ni du sage1 ni du prophte1 ni de l'aptre1 ni enfin du ,seigneur lui-mme4 ,le matre des ,gentils a reu du ,seigneur ce qu'il nous a transmis4 ,le matre de tous avoue que sa doctrine n'est pas lui1 car1 dit-il1 je ne parle pas d'aprs moi-mme2 mais toi1 tu nous donnes du tien et ce que tu n'as reu de personne4 ,celui qui ment donne du sien3 que ce qui vient de toi reste toi4 ,moi j'coute les prophtes et les aptres1 j'obis l'vangile1 mais non l'vangile selon ,pierre2 toi1 tu nous tablis un nouvel vangile3 l'glise n'admet pas un cinquime vangliste4 ,qu'est-ce que la loi1 les prophtes1 les aptres1 les hommes apostoliques nous prchent1 si ce n'est ce que tu es seul nier1 savoir1 ,dieu fait homme pour dlivrer l'homme8 ,et si un ange du ciel venait nous prcher un autre vangile1 qu'il soit anathme4 ,le ,seigneur a dit3 ,je te sauverai et te dlivrerai1 ne crains pas4 7,sophon41 ,,iii1 #df47 ,tu demandes de quelle puissance2 tu ne voudrais pas que ce ft de celle du diable1 ni moi1 je l'avoue1 mais ce n'est ni ta volont ni la mienne qui peuvent l'empocher4444 ,ceux-l le savent et le disent qui ont t rachets par le ,seigneur1 ceux qu'il a rachets de la main de l'ennemi2 tu ne le nierais pas1 si tu n'tais toi-mme sous la main de l'ennemi2 tu ne peux rendre grce avec les rachets1 toi qui n'es pas rachet4 ,celui qui les a rachets les a runis de toutes les contres2 l'ennemi tait unique1 les contres nombreuses4 ,quel est ce rdempteur si puissant1 qui commande non une seule contre1 mais toutes8 ,quel autre1 je pense1 que celui dont un autre prophte a dit qu'il absorbe les fleuves et ne s'tonne pas8 ,les fleuves1 c'est le genre humain4 7,job1 ,,xl1 #dh47 ,mais au lieu des prophtes1 citons les aptres3 ,afin que ,dieu1 dit saint ,paul1 leur donne la pnitence pour connatre la vrit1 de sorte qu'ils s'chappent des lacs du diable1 qui les tient captifs sa discrtion#dde4444 ,ce n'est pas de la puissance en elle-mme1 mais de la volont que se peut dire la justice ou l'injustice2 donc le diable avait un certain droit sur l'homme1 acquis non lgitimement1 criminellement usurp1 et cependant justement permis4 ,ainsi l'homme tait tenu justement captif1 de telle sorte pourtant que la justice n'tait ni dans l'homme ni dans le diable1 mais en ,dieu4 ,justement asservi1 l'homme a t misricordieusement dlivr4444 ,que pouvait faire de lui-mme pour recouvrer la justice une fois perdue l'homme esclave du pch1 aux fers du diable8 ,il a t attribu une justice qui venait d'un autre celui qui n'en avait point lui1 et la voici3 le prince du monde est venu1 et il n'a rien trouv dans le ,sauveur#ddf1 et comme il n'en a pas moins mis la main sur l'innocent1 il a rendu ceux qu'il tenait trs-justement1 quand celui qui ne doit rien la mort1 en acceptant une mort injuste1 eut sauv celui qui tait justement soumis la dette de la mort et la domination du diable4 ,par quelle justice tout cela aurait-il t exig d'un second homme8 ,un homme a d1 un homme a pay2 car si un seul est mort pour tous1 tous sont morts en un seul1 afin que la satisfaction d'un seul ft impute tous1 de mme qu'un seul avait port le pch de tous4444 ,le ,christ est la tte et le corps2 la tte a satisfait pour les membres1 le ,christ pour les entrailles4444 ,si l'on me dit3 ,ton pre t'a engag1 je rpondrai3 ,mais mon frre m'a rachet4 ,pourquoi la justice ne viendrait-elle pas d'un autre1 quand d'un autre est venu le crime8444 ,que la justice1 me dit-on1 soit celui de qui elle vient1 qu'est-ce pour toi8--,mais que la faute aussi soit celui de qui elle vient1 qu'est-ce pour moi8444 ,comme tous sont morts dans ,adam1 tous seront vivifis dans le ,christ4444 ,si j'appartiens l'un par la chair1 j'appartiens l'autre par la foi4444 ,suivant cet homme de perdition1 le ,seigneur n'aurait tant fait et tant souffert que pour donner l'homme la leon et l'exemple de la vie et de la mort et pour poser en mourant la borne de la charit2 ainsi il aurait enseign la justice et ne l'aurait pas donne6 ,il aurait montr la charit et ne l'aurait pas inspire6 ,note #ddd3 ,je ne vois point qu',ablard dise que les docteurs soient unanimes touchant la domination du diable sur l'homme avant la passion4 ,il se sert mme d'une expression qui ne relve pas beaucoup l'importance de l'opinion qu'il combat3 ,et quod dicitur1 etc4 ,et quant ce qu'on dit que nous avons t rachets de la puissance du diable1 etc4 ,s'il a dit en effet on commenant que c'est l'avis de tous les docteurs depuis les aptres1 omnes doctores nostri post apostolos conveniunt1 ce dbut de la discussion doit se trouver dans quelque autre ouvrage4 ,ici1 en effet1 saint ,bernard dit qu'il examine ce qu'il a lu dans un certain ,livre de sentences de lui 7in libro quodam sententiarum ipsius7 et dans une exposition de l'pitre aux ,romains4 ,dans l'pitome que nous penchons regarder comme l'ouvrage appell ,livre des ,sentences4 ,il y a seulement3 ,quidam dicunt quod a potestate diaboli redemti sumus4 7c4 ,,xxiii1 p4 #fc47 ,peut-tre les expressions cits par saint ,bernard se trouvaient-elles dans la portion de l',introduction qui se rapporte ce chapitre de l'pitome et que le temps nous a ravie4 ,l',introduction a t quelquefois dsigne par ce titre commun au moyen ge de ,liber ,sententiarum4 7,hist4 ,litt41 t4 ,,xii1 p4 #acg47 ,note #dde3 ,,ii ,tim1 ii1 #be et #bf4 ,saint ,bernard ajoute ici d'autres citations trs-fortes4--,cf4 ,jean1 xii1 #ca2 xix1 #aa4--,luc1 xi1 #ae et #ba2 xxii1 #ec4--;,coloss4 ,i1 #ac4 ,note #ddf3 ,allusion aux paroles de ,pilate et toutes ses oeuvres qui dans tout ce passage sont attribues au dmon dont il tait un membre1 c'est--dire un instrument4 ,luc1 xxiii4 #d4--;,jean1 xviii1 #ch4 ,ici saint ,bernard accuse celui qu'il appelle un docteur incomparable1 d'avoir rendu si ouvert et si uni le grand et imposant mystre1 qu'il est accessible tous1 l'impur1 l'incirconcis2 tout est facile2 le saint a t donn aux chiens1 les perles aux pourceaux4 ,mais il n'en peut tre ainsi2 il y a eu manifestation dans la chair1 justification par l'esprit2 l'homme animal ne peut pntrer si aisment ce qui appartient l'esprit de ,dieu4 ,les dons du ,seigneur sont cachs1 l'vangile est voil4 7,,ii ,cor41 iv1 #c47 ,on demande comment1 puisque le ,christ n'a dlivr que les lus1 il se pouvait que1 soit dans le sicle1 soit dans l'avenir1 ils fussent plus qu'aujourd'hui au pouvoir du dmon4 ,c'est parce qu'il les possdait captifs sa volont1 dit l'aptre1 qu'un librateur a t ncessaire4 ,le pauvre qui reposait dans le sein d',abraham1 ,abraham lui-mme et les autres lus1 le dmon ne les tourmentait pas2 mais il les aurait possds1 s'ils n'avaient d tre dlivrs par la foi4 ,le sang de ,jsus-,christ1 mme avant sa mort1 tombait en rose sur ,lazare1 et l'empchait de sentir les flammes4 ,si l'on objecte que ,dieu pouvait tout anantir d'une parole1 sans qu'il ft besoin de l'incarnation ni de la passion1 il faut rpondre que cette ncessit vint de nous qui tions assis dans les tnbres4 ,c'tait un besoin de nous1 de ,dieu1 des anges2 de nous1 pour que le joug de notre captivit nous ft enlev2 de ,dieu1 pour que le dessein de sa volont ft rempli2 des anges1 pour que leur nombre ft complt4444 ,qui nie que le ,tout-,puissant et sous la main bien d'autres moyens de libration8 ,pourquoi1 dis-tu1 faire par le sang ce qu'il pouvait faire par la parole8 ,interrogez-le lui-mme4 ,il m'est permis de savoir que cela est ainsi1 non pourquoi cela est ainsi4444 ,mais tout cela lui parat folie2 il ne peut retenir ses rires2 entendez-vous ses clats8 ,il ne comprend pas comment le crime plus grand de la mort de ,jsus a pu calmer le courroux excit par la faute moins grave de notre premier pre2 comme si1 dans un seul et mme fait1 l'iniquit des coupables n'avait pu dplaire1 pendant que la pit de la victime plaisait ,dieu6 ,ce n'est pas la mort qui a plu ,dieu1 mais le dvouement de celui qui a voulu mourir4 ,cette mort1 prcieuse expiation du pch1 ne pouvait s'accomplir sans un pch4 ,ainsi1 ,dieu1 usant bien1 sans s'y plaire1 de la malice humaine1 a condamn la mort par la mort1 et le pch par le pch4 ,que signifie1 en effet1 cette leon de charit qu'on prtend que ,dieu nous a donns8 ,que sert qu'il nous ait instruits 7instituit71 s'il ne nous a pas rgnrs 7restituit78 ,notre instruction n'est-elle pas vaine1 sans une pralable destruction1 celle du corps du pch qui est en nous8444 ,si le ,christ ne nous a servis qu'en nous montrant les vertus1 il ne reste plus qu' dire3 ,adam ne nous a nui qu'en nous montrant le pch4 ,mais1 moins de donner dans l'hrsie de ,plage1 nous professons que le pch d',adam nous a t transmis1 non par instruction1 mais par gnration1 et avec le pch1 la mort4 ,il faut donc que nous confessions que le ,christ nous a restitu la justice1 non par instruction1 mais par rgnration1 et avec la justice1 la vie4 ,accordons que la venue du ,christ puisse servir ceux qui savent rgler leur vie sur la sienne et rpondre par leur amour au sien4 ,de quoi servira-t-elle aux petits enfants8 ,comment s'lveront-ils l'amour de ,dieu1 ceux qui ne savent pas encore aimer leurs mres8 ,faut-il dire qu'ils n'ont pas besoin de rgnration1 la gnration d',adam ne leur ayant fait aucun mal8 ,celui qui pense ainsi s'gare avec ,plage4 ,en dfinitive1 de quelque faon qu'on l'interprte1 la doctrine en question est hostile au sacrement du salut de l'homme1 elle anantit le mystre4 ,elle place le salut1 non dans la vertu de la croix1 non dans le prix du sang2 mais dans les progrs de notre conversion4 ,elle est condamne par ces mots mmes3 ,a ,dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de notre ,seigneur ,jsus-,christ 7,galat41 vi1 #ad76 ,retrancher de la rdemption le sacrement1 le mystre1 la miraculeuse efficace1 pour n'en laisser subsister que l'exemple d'humilit et de charit1 c'est peindre sur le vide#ddg4 ,note #ddg3 ,ab4 ,op41 p4 #bhh-bie4 ,il y a plus d'loquence peut-tre que de mthode dans cette rfutation1 essayons d'tre plus prcis4 ,l'glise catholique croit et professe qu',adam1 par son pch1 a non-seulement encouru la colre de ,dieu1 la mort1 la captivit sous l'empire du dmon1 mais qu'il a dgrad la nature humaine et transmis les effets de ce pch et ce pch mme tous ses descendants1 en sorte que ce pch est devenu propre et personnel tous2 c'est l le pch originel#ddh4 ,les effets et la peine du pch originel sont3 #a la privation de la grce sanctifiante et du droit au bonheur ternel2 #b le drglement de la concupiscence1 ou l'inclination au mal2 #c l'assujettissement aux souffrances et la mort4 ,note #ddh3 ,concil4 ,trident41 sess4 v1 can4 #b1 #c et #f4 ,toutes ces blessures1 dont ,adam tait exempt au moment de son pch1 et que nous avons reues avec lui et en lui1 comme ce n'est pas notre propre pch qui nous les a faites1 il est naturel et consquent que ce ne soit pas notre propre mrite qui puisse les gurir4 ,puisqu'en ,adam et par ,adam ce n'est pas sa personnalit seule1 mais la nature humaine qui a t dgrade1 puisqu'il nous l'a ds lors transmise1 non plus telle qu'il l'avait reue1 mais telle qu'il l'avait faite1 la logique veut que cette nature reste telle1 indpendamment de nos efforts et de notre volont1 et qu'elle demeure indfiniment en tat de pch originel1 si un secours extrieur et surhumain1 si une rvolution extraordinaire et miraculeuse ne vient la changer et la restaurer4 ,si l'on demande pourquoi cela tait ainsi1 on pose une question en dehors de la foi et au-dessus de la raison4 ,la volont de ,dieu doit tre accepte comme une raison1 dit saint ,anselme1 car elle est toujours raisonnable#ddi4 ,note #ddi3 ,cur ,deus homo8 t4 ,i1 c4 vi1 vii1 viii4 ,il fallait donc un secours et une rvolution2 or1 la premire dgradation ayant t consomme par un homme unique1 comparable nul autre1 c'tait une raisonnable analogie qu'elle ft efface par un homme galement unique1 extraordinaire1 investi d'une puissance miraculeuse ou suprieure au pouvoir de l'homme1 et qui ft lui seul capable de sauver toute la race qu' lui seul ,adam avait perdue4 ,c'est ainsi que par la doctrine du pch originel on arrive la ncessit d'un mdiateur2 ce mdiateur a exist2 il devait tre homme1 il a t homme2 il devait tre unique1 extraordinaire1 miraculeusement puissant1 il a t tout cela1 et un degr infini4 ,il a t plus qu',adam1 au-dessus d',adam1 de toute la distance qui spare la divinit de l'humanit1 il a t ,dieu4 ,ce mdiateur1 homme et ,dieu1 le fils de l'homme et le fils de ,dieu1 c'est ,jsus-,christ4 ,le mdiateur a donc rpar les pertes de la nature humaine4 ,l'homme avait en quelque sorte pass sous la puissance du mal2 l'homme naissait pcheur1 non1 pas seulement1 entendons-nous bien1 capable de pcher1 il l'est encore1 mais pcheur1 c'est--dire dans l'tat de pch4 ,or1 si l'on dit que l'homme tait dans les liens du pch1 on dira que la venue du mdiateur a t la rmission des pchs2 si l'homme avait mrit la colre ou offens ,dieu1 le mdiateur a t le rconciliateur ou la victime de propitiation2 si l'homme tait souill1 le mdiateur est l'agneau sans tache qui efface les pchs du monde2 si l'homme tait mort1 mort par le pch1 le mdiateur est la vie2 si l'homme tait esclave du pch1 le mdiateur l'a dlivr2 si l'homme tait vendu au pch1 le mdiateur l'a rachet4 ,et en effet tout cela a t dit1 et ,jsus-,christ est le mdiateur1 le rparateur1 la vie1 la victime1 l'agneau1 le librateur1 le rdempteur#dej4 ,note #dej3 ,ephes4 ii1 #c4--;,johan4 viii1 #cd4--,rom4 vii1 #ad4--;,,ii ,tim1 ii1 #bj4--,rom4 iii1 #be4--;,johan4 ,i ep4 ii1 #b4--,rom4 vi1 #ah4--;,,ii ,cor4 v1 #ae4--;,i ,tim4 ii1 #f4--,tit4 ii1 #ad4--;,galat4 iii4 #ac4--;,i ,cor4 vi1 #bj4--a ,petr4 i1 #ah1 #ai4--;,hebr4 ix1 #aa4--;,apocal4 v1 #i4--;,ephes4 i1 #g4 ,maintenant6 si ses mots3 le mal1 le pch1 la mort1 on veut substituer cette personnification du mal1 de la mort et du pch1 que la thologie produit ou retire volont1 et appeler tout cela le diable ou le dmon1 on est libre de le faire1 d'abord parce que la croyance chrtienne permet de rapporter au dmon1 comme sa cause1 tout ce mal qui ailleurs est prsent d'une manire plus abstraite1 comme la corruption de la chair on le drglement de la concupiscence2 en second lieu1 parce que le pch d',adam1 source funeste du pch originel1 est formellement prsent comme une victoire du tentateur2 enfin parce que les termes mmes de l'criture se prtent littralement cette traduction4 ,on y voit l'homme tenu captif la volont du diable2 ,jsus-,christ dit qu'il est venu pour le vaincre1 qu'il meurt pour chasser le prince du monde4 ,saint ,paul dit que ,jsus-,christ a dsarm les principauts et les puissances2 que par sa mort il a dtruit celui qui tait le prince de la mort1 c'est--dire le diable#dea4 ,si donc il plat de dire que l'homme1 en tant esclave du mal et vendu au pch1 tait sous l'empire du dmon1 il n'y a rien l que de chrtien1 c'est le langage rgulier de la foi4 ,note #dea3 ,,ii ,tim4 ii1 #bj4--,luc4 xi1 #ba4--;,johan4 xii1 #ca4--;,coloss4 ii1 #ae4--;,hebr4 ii1 #ad4 ,telle elle tait au temps d',ablard comme au ntre1 quoique les objections qu'il lve eussent t plus d'une fois produites#deb4 ,les plagiens ont des premiers pris la rdemption dans un sens mtaphorique1 et soutenu que ,jsus-,christ ne nous a rachets du mal1 c'est--dire sauvs de la damnation1 que par ses leons1 son exemple1 ses bienfaits et sa misricorde2 mais aussi ils niaient le pch originel1 du moins en niaient-ils la propagation dans tous les hommes1 et c'tait une consquence naturelle de ne plus attribuer la rdemption qu'une vertu morale4 ,mais comme ,ablard croit au pch originel1 il est plus rserv et moins consquent que ,plage4 ,lui qui reconnat le mal1 d'o vient qu'il affaiblit le remde8 ,en effet1 tout en opposant les notions de commune justice au pch originel1 il l'admet et mme le justifie1 si c'est le justifier que de citer dans l',ancien et le ,nouveau ,testament d'autres exemples d'une contradiction apparente entre la conduite divine et la justice humaine1 et que de dclarer d'une manire absolue que le crateur ne doit rien sa crature1 et qu'aprs tout les notions du bien et du mal rsultent pour nous de sa volont4 ,remarquez la situation contradictoire de ce demi-rationalisme4 ,quel est le premier argument8 ,c'est que si le pch originel parat injuste1 il y a bien d'autres injustices dans la ,bible2 il en faudrait infrer que les rcits de la ,bible doivent tre envelopps dans les mmes doutes1 mais ces rcits1 conus en termes directs1 sont couverts par l'autorit inattaquable de la lettre4 ,tous ces doutes1 au contraire1 le second argument devrait les faire tomber4 ,s'il ne faut pas1 en effet1 appliquer la question du pch originel les notions de commune justice1 pourquoi rclamer contre ce qui semble inique ou cruel dans l'asservissement de l'homme au diable raison d'une faute dont le diable est l'auteur primitif1 dans l'empire du sducteur sur le sduit1 dans le courroux cleste dsarm par le sang innocent1 dans le crime d',adam lav par un nouvel et plus grand crime8 ,ces objections et d'autres semblables supposent que la justice1 la bont1 la raison humaine sont comptentes pour juger ce qui est juste1 bon1 raisonnable en ,dieu4 ,il y a donc contradiction frappante se placer dans cette hypothse pour attaquer la rdemption1 et en sortir pour dfendre le pch originel4 ,note #deb3 ,s4 ,thom4 ,summ41 pars iii1 qu4 xlviii et l1 ,voyez aussi ,p4 ,lombard 7,sentent41 t4 ,,iii1 dist1 xix74 ,mais celui-ci incline visiblement vers la thorie de la rdemption suivant ,ablard4 ,on ne peut nier le pch originel sans cesser en quelque sorte d'tre chrtien4 ,ablard reconnat le pch originel4 ,mais il aperoit dans saint ,paul cette doctrine qui creuse un abme entre le rgne de la crainte et celui de l'amour1 entre l'ancienne et la nouvelle loi1 et qui semble donner la foi en ,jsus-,christ1 l'amour de l'homme pour le ,dieu qui l'a tant aim1 la plus grande part dans le salut4 ,par l les conditions du salut deviennent toutes spirituelles et morales2 elles rentrent dans le coeur de l'homme1 et dpouillent presque tout caractre d'un miracle extrieur et en quelque sorte matriel4 ,cette manire de concevoir le principal rapport de l'homme avec ,dieu est assurment plus philosophique4 ,ablard s'en empare1 et faisant de ce qui est une des ides composantes du christianisme1 une ide principale1 d'une ide principale une ide exclusive1 il l'agrandit1 il l'exagre1 et comme en elle-mme elle est conforme la lettre ainsi qu' l'esprit de la religion1 il l'rige sans scrupule en systme et s'applaudit d'avoir donn une thorie rationnelle du christianisme1 en ramenant la rdemption une grande et divine manifestation de la loi morale sur la terre4 ,en effet1 ,dieu est puissance1 sagesse1 bont4 ,telle est la ,trinit4 ,ce n'est pas seulement l'criture qui nous l'apprend1 c'est la raison4 ,la ,trinit est une tradition chrtienne et philosophique4 ,de l des devoirs pour le philosophe et pour le chrtien1 devoirs rvls l'un sous la forme de la loi naturelle1 l'autre sous celle de la loi vanglique1 qui n'est que la rforme de la premire4 ,or1 l'accomplissement de la loi est la condition du salut4 ,les philosophes ont donc pu se sauver1 comme tous ceux qui ont eu la foi dans la ,trinit1 et qui ont accompli la loi pour obir et pour plaire ,dieu1 dans la mesure de leur science et de leurs lumires4 ,ainsi1 mme avant la venue du ,christ1 quelques-uns ont pu tre sauvs4 ,l'criture le dit d',abraham2 la tradition et les ,pres le disent d'autres encore4 ,cependant le pch originel subsistait4 ,par une dispensation insondable de la justice divine1 l'homme tait tenu d'une dette de damnation contracte par le pch d',adam4 ,c'est--dire que l'tat de dgradation1 d'impuissance1 d'ignorance1 engendr par le pch originel1 tait invincible en gnral aux forces de la raison et de la conscience humaine4 ,tout1 dans l'homme1 intelligence et amour1 lumires et vertus1 tout tait faible1 obscur3 l'humanit tait condamne4 ,un tel tat n'tait pas digne de la cleste bont4 ,dieu fit misricorde au genre humain1 et dans sa charit ineffable1 il lui envoya son fils1 pour le racheter de l'esclavage de la chair et du pch1 pour le purifier1 pour le dlivrer1 c'est--dire pour lui donner le secours indispensable et merveilleux sans lequel l'humanit ne serait jamais sortie de son tat d'abaissement1 de corruption et de misre4 ,l'homme ne peut rien pour son salut sans la grce1 c'est--dire sans l'inspiration1 c'est--dire sans le secours divin1 en un mot1 si ,dieu ne l'aide croire et aimer4 ,l'incarnation du ,fils de ,dieu a t la plus grande grce que ,dieu ait faite l'homme4 ,elle a eu pour objet principal de l'instruire1 et de l'instruire par la voix divine elle-mme4 ,ainsi1 ,dieu a pass sur la terre pour lui enseigner une loi plus parfaite d'une manire plus prcise et plus puissante4 ,il lui a enseign surtout le prcepte de l'amour1 et1 chose admirable1 il l'a fait en lui donnant de l'amour le plus pathtique exemple1 en le lui inspirant par le plus saisissant des bienfaits4 ,voil comme la rdemption a donn l'homme des lumires1 des ides1 des forces nouvelles4 ,voil comme elle a vaincu le mal1 lav le pch originel1 affranchi l'esprit4 ,voil la rvolution miraculeuse qu'elle a opre1 par des signes visibles sans doute1 par des manifestations matrielles1 mais dans le coeur de l'homme4 ,c'est le plus grand1 le plus irrsistible don de la grce que ,dieu ait fait aux hommes1 et par l1 renouvelant le principe mme du devoir1 de la vertu1 de la religion1 il a inaugur au ciel et sur la terre le rgne de la charit4 ,tel est le christianisme d',ablard4 ,on peut voir qu'en conservant les faits positifs qui sont comme le matriel de la religion1 il en simplifie en quelque sorte le miracle invisible2 il replace1 autant qu'il le peut1 dans l'ordre moral les phnomnes constitutifs de la rvolution chrtienne1 et lui donne un caractre plus exclusivement spirituel que celui qui lui est assign par la tradition de l'glise4 ,tout cela est une consquence de sa doctrine de la ,trinit4 ,la nature de ,dieu1 telle qu'il l'a conue1 conduit ncessairement ses ides sur le salut4 ,sa ,trinit est minemment une ,trinit morale1 dont l'action s'exerce principalement sur l'intelligence humaine soit par cette rvlation sensible qui parle1 dans la cration1 soit par cette rvlation intrieure qui semble sortir du sein de la raison mme4 ,la connaissance de ,dieu engendre l'amour comme la lumire amne la chaleur avec elle1 et les grandes oeuvres de la ,providence ne peuvent avoir pour objet que d'accrotre et la connaissance et l'amour4 ,de l le judasme1 la philosophie1 le christianisme4 ,ce systme est beau1 et pour qu'il ft plus consquent1 il faudrait en faire disparatre ce qui reste de mystrieux dans le pch originel4 ,au fond1 le pch originel pour ,ablard est plutt un tat d'ignorance et d'impuissance qu'une corruption effective1 qu'une modification substantielle de l'humanit2 pour lui1 le pch originel1 s'il osait claircir sa pense1 ne serait qu'un tat moral qu'amliorent1 galement par un effet moral1 la prdication et le martyre du ,christ4 ,bien souvent sans doute1 mme chez les chrtiens les plus orthodoxes1 une semblable croyance revient leur insu et prvaut sur la croyance au miraculeux2 mais ce systme n'explique pas comment un tat moral de toute une race a pu tre le rsultat d'une transgression unique1 d'une faute particulire d'un seul homme1 et comment l'imputabilit de cette faute a t transmise par gnration aux descendants de cet homme4 ,ablard a fait ce que fait tout philosophe chrtien qui ne veut cesser ni d'tre philosophe ni d'tre chrtien4 ,il y a dans le christianisme deux sortes de miracles1 ou de faits de l'ordre surnaturel4 ,les premiers sont ces miracles matriels qui frappent surtout les imaginations et contre lesquels s'lve facilement l'incrdulit vulgaire3 la pche miraculeuse1 l'eau change en vin1 la pierre en pain1 ,lazare ressuscit1 la vue rendue aux aveugles1 enfin et surtout la rsurrection de ,notre-,seigneur4 ,cependant il y a des choses plus hautes et plus embarrassantes dans le christianisme1 il y a des miracles invisibles1 un merveilleux de l'ordre moral dont la raison doit s'inquiter davantage4 ,tel est le pch originel2 telles la damnation1 la rdemption1 la grce2 toutes ces choses1 entendues au sens orthodoxe1 ne sont pas des noms mtaphoriques donns de purs phnomnes moraux4 ,ce sont des ralits indfinissables1 je le sais1 mais positives1 effectives1 si ce n'est substantielles et matrielles2 ce sont au moins des faits subsistants1 et non de simples manires de considrer et de reprsenter la nature humaine dans ses rapports avec l'ternelle vrit et l'ternelle justice4 ,or1 c'est vers ce dernier point de vue que tout esprit philosophique doit ncessairement tre entran4 ,c'est mme la pente actuelle de l'intelligence humaine1 et quand le chrtien se laisse aller1 c'est ainsi1 c'est sous forme d'abstractions1 qu'il se figure et traduit tous les phnomnes du monde dogmatique4 ,tout esprit philosophique1 d'ailleurs bienveillant et religieux1 tend vers une sorte de naturalisme vanglique1 vers une interprtation toute rationnelle des faits rvls1 mme avec une foi absolue dans ces faits4 ,il lui en cote beaucoup moins d'admettre les miracles proprement dits1 c'est--dire les drogations aux lois ordinaires de la nature physique1 s'il peut faire disparatre les miracles purement intelligibles1 c'est--dire les drogations aux donnes de la nature morale2 les premiers ne seront plus ses yeux que des moyens dont s'est servie la ,providence1 daignant condescendre aux faiblesses de l'imagination de l'homme1 pour clairer sa raison1 purer sa conscience1 toucher son coeur4 ,c'est dans toute la force de l'expression1 la raison qui s'est faite chair1 ,grec3 o logos sarx egeneto4 ,ablard suit cette tendance1 il est sur cette pente2 qu'il continue de la suivre1 qu'il descende encore1 et il sera ,socin1 il sera ,locke1 ,rousseau1 ,kant1 ,strauss2 mais il parle et il crit au ,x,i,ie sicle4 ,,chapitre ,,vii4 ,,de ,,la ,,morale ,d',,ab,,lard4--,ethica seu ,scito te ipsum4 ,les questions agites dans le ,commentaire sur saint ,paul sont comme une transition de la thodice la morale4 ,quelques-unes sont dj de la morale4 ,nous trouvons la morale mme dans un ouvrage d',ablard1 qui n'est pas le moins clbre2 c'est l'thique1 ou le ,connais-toi toi-mme#dec4 ,note #dec3 ,voyez le ,thesaurus anectdotorum novissimus1 de ,bernard ,pez1 bndictin et bibliothcaire de l'abbaye de ,moelk 7#agba74 ,l'ouvrage intitul ,petri ,abelardi ,ethica seu liber dictus3 ,scito te ispum1 se trouve dans le t4 ,,iii1 part4 ,,ii1 p4 #fbf4 ,il n'a t imprim que cette fois4 ,les moeurs1 dit-il1 sont les vices ou les vertus de l'me qui nous rendent enclins aux bonnes ou aux mauvaises actions4 ,les dfauts ou vices sont contraires aux vertus1 comme la lchet la fermet1 l'injustice la justice4 ,l'me a des dfauts et de bonnes qualits qui n'ont nul rapport aux moeurs1 comme la lenteur ou la promptitude d'esprit1 le manque de mmoire ou la mmoire2 mais les dfauts appels vices sont ceux qui portent la volont quelque chose qu'il ne convient pas de faire4 ,ni le vice1 ni l'action mauvaise n'est le pch4 ,on est colre1 sans tre en colre2 et une inclination vicieuse n'est qu'une raison de plus de se combattre soi-mme2 car la victoire du vice sur notre me est plus honteuse que celle des hommes1 qui ne peuvent vaincre que notre corps4 ,par le vice1 nous sommes ainsi inclins a consentir ce qui ne convient pas2 c'est ce consentement qui est le pch1 tant un mpris de ,dieu1 une offense ,dieu4 ,mpriser ,dieu1 c'est ne pas faire ou ne pas omettre1 cause de lui1 ce que nous croyons qu'on doit faire on omettre cause de lui4 ,en dfinissant le pch ngativement1 en disant omettre ou ne pas faire1 on montre que la substance du pch n'existe pas4 ,car elle est dans le nom plutt que dans l'tre2 c'est comme si1 pour dfinir les tnbres1 nous disions l'absence de lumire1 l o la lumire a eu l'tre#ded4 ,note #ded3 ,ethic41 c4 t4 ,,ii1 ,,iii1 p4 #fbg-fcj4 ,c'est la doctrine reue1 que le mal n'est qu'une privation4 ,mali nulla natura est1 dit saint ,augustin1 amissio boni mali nomen accepit4 ,de ,civ4 ,del1 ,,xi1 ,,ix4 ,n'objectez pas que le pch1 tant dans la mauvaise volont1 est quelque chose de positif1 est dans l'tre comme elle4 ,d'abord nous pchons quelquefois sans mauvaise volont4 ,un matre cruel me poursuit une pe nue la main2 aprs avoir fui longtemps1 et contraint par l'extrme pril1 je le tue pour n'tre pas tu4 ,la mauvaise volont du meurtre n'existait pas2 il n'y avait que la volont de sauver ma vie4 ,cependant j'ai pch en consentant ce meurtre mme par contrainte2 car la ,vrit dit3 ,tous ceux qui prendront l'pe1 priront par l'pe 7,math41 ,,xxvi1 #eb72 mais qu'on n'appelle point ce consentement une volont4 ,ce que l'on veut dans une grande douleur de l'me1 est passion plutt que volont4 ,mais dans les cas o il n'y a nulle sorte de contrainte1 le pch n'est-il pas la volont mauvaise8 ,un homme voit une femme et forme un dsir coupable4 ,n'est-ce pas l le pch8 ,si la volont est rfrne par la vertu1 sans toutefois tre teinte1 si elle rsiste1 si elle est vaincue sans prir1 il ne reste qu' recueillir le prix de la victoire4 ,dieu en rcompensant juge le coeur plus que l'action4 ,or1 le coeur consent ou rsiste1 il prfre ou sacrifie la volont de ,dieu la sienne propre4 ,le pch n'est donc pas dans la mauvaise volont2 le pch1 c'est d'y cder4 ,ce n'est pas le dsir1 c'est le consentement au dsir4 ,celui-l est dj criminel devant ,dieu qui a fait tous ses efforts pour commettre et qui a commis autant qu'il tait en lui4 ,il est aussi criminel que s'il avait t surpris l'oeuvre4 ,mais si nous pchons quelquefois malgr nous1 si la volont n'est pas le pch1 peut-on dire que tout pch soit volontaire8 ,distinguons4 ,si le pch est le mpris de ,dieu1 peut-on dire que nous voulons mpriser ,dieu1 et nous rendre dignes de damnation8 ,vouloir faire ce qui doit tre puni1 n'est pas vouloir tre puni#dee4 ,note #dee3 ,la peine qui est juste dplat1 l'action qui est injuste plat4 ,souvent aussi il arriva que1 lorsque sduit par la figure d'une femme que nous savons marie1 nous voudrions la possder1 nous ne voudrions pourtant nullement commettre l'adultre1 puisque nous voudrions qu'elle ft libre4 ,beaucoup d'autres1 au contraire1 mettent leur gloire convoiter les femmes des hommes puissants1 cause mme de leurs maris1 et plus que si elles taient libres2 ceux-la aiment mieux l'adultre que la fornication1 c'est--dire faillir plus que moins4 ,il en est qui se sentent tout fait malheureux d'tre entrans consentir la concupiscence ou la mauvaise volont1 forcs qu'ils sont par l'infirmit de la chair vouloir ce qu'ils ne voudraient pas4 ,comment donc ce consentement que nous ne voulons pas accorder1 sera-t-il dit volontaire8444 ,a moins que nous n'entendions par volont l'exclusion de ncessaire2 aucun pch en effet n'est invitable4 ,ou bien nous appellerons volontaire tout ce qui procde de quelque volont4 ,celui qui tue un homme pour viter la mort n'a pas la volont de tuer1 mais il a quelque volont d'viter la mort4 7,eth41 c4 ,,iii1 p4 #fce47 ,quelques-uns ne sont pas mdiocrement mus de nous entendre dire que la consommation du pch n'ajoute rien au crime1 la damnation devant ,dieu4 ,suivant eux1 l'acte du pch est accompagn d'un certain plaisir qui augmente le pch4444 ,mais il faudrait prouver que le plaisir charnel est le pch et qu'il ne peut tre got sans pch4 ,or c'est ce qu'on ne saurait soutenir1 ou bien il faudrait condamner le mariage1 les repas2 ,dieu lui-mme ne serait pas irrprochable1 lui qui a cr les aliments et les corps1 d'avoir attach aux aliments une saveur qui nous causerait un plaisir forc1 un pch ncessaire4 videmment aucun plaisir naturel de la chair ne doit tre imput pch1 et ce ne peut tre une faute de jouir de ce qui est infailliblement accompagn d'un sentiment de plaisir#def4 ,l'ancienne loi a dfendu des actes que la nouvelle a permis4 ,le plaisir attach ces actes n'a point cess avec la prohibition2 ce n'tait donc pas le plaisir qui en faisait des pchs4 ,il est vrai que ,david dit qu'il a t conu dans les iniquits3 mais il ne s'agit l que de l'iniquit du pch originel qui se transmet par la gnration1 ou plutt de la peine de ce pch que nos premiers parents ont lgue leur postrit4 ,note #def3 ,ici ,ablard examine la situation d'un religieux expos immdiatement des tentations qu'on peut deviner1 et dcide que les impressions involontaires des sens ne peuvent tre imputables1 recherche et dcision qui montrent que les scandales reprochs la casuistique ne sont pas nouveaux1 et sont peut-tre en partie invitables4 ,ainsi le consentement est vraiment le pch1 savoir le consentement la volont du mal1 ou mme le consentement au mal1 sans mauvaise concupiscence4 ,quant l'action1 elle est si peu le pch que si la violence ou l'ignorance l'ont fait commettre1 elie n'est plus imputable4 ,ainsi la femme victime de la violence est innocente2 ainsi celui qui a cru par quelque erreur passer la nuit avec son pouse est innocent4 ,dsirer la femme d'autrui ou la possder1 ce n'est pas le pch1 le pch est plutt de consentir ce dsir ou cette action4 ,quand ,mose crit ce commandement ,non concupisces 7,deut41 v1 #ba71 il est clair que ce n'est pas la concupiscence simple1 qu'il entend prohiber1 puisque d'une part nous ne pouvons l'viter1 et que de l'autre nous ne pchons point par elle2 c'est donc l'assentiment la concupiscence4 videmment1 des oeuvres qu'il convient ou qu'il ne convient aucunement de faire1 sont galement faites par les bons et par les mchants2 ce qui les spare1 c'est l'intention4 ,dans le mme acte par lequel notre ,seigneur a t livr1 nous voyons cooprer ,dieu le ,pre1 notre ,seigneur ,jsus-,christ et le tratre ,judas4 ,dieu a livr son ,fils1 ,jsus s'est livr lui-mme1 ,judas a livr son matre3 c'est un mme fait4 ,en quoi l'action diffre-t-elle8 dans l'intention4 ,le diable ne fait rien que par la permission de ,dieu2 mais quand il punit un mchant1 il le fait par malice1 et ,dieu qui se sert de lui1 veut dans sa justice la punition4 ,qui parmi les lus peut pour les oeuvres tre gal aux hypocrites8 qui sait autant endurer1 autant accomplir1 par amour de ,dieu1 que ceux-l par dsir de la louange humaine8 ,dieu a dfendu de publier quelques-uns de ses miracles pour donner l'exemple de l'humilit1 et ceux qui il le dfendait n'en taient que plus empresss les publier pour lui rendre hommage 7,marc1 vii1 #cf71 ils transgressaient un commandement4 ,avaient-ils tort1 lui1 de le leur donner1 eux1 de l'enfreindre8 ,l'intention justifie donc les contraires4 ,en rsum1 il faut distinguer3 #a le vice de l'me qui porte au pch2 #b le pch en lui-mme qui est le consentement au mal ou le mpris de ,dieu2 #c puis la volont du mal2 #d enfin1 l'accomplissement du mal4 ,comme vouloir n'est pas la mme chose qu'accomplir sa volont1 pcher n'est pas la mme chose que consommer le pch4 ,l'un dsigne le consentement de l'me en quoi nous pchons1 l'autre1 l'opration effective qui ralise ce quoi nous avons consenti4 ,on dit que le pch ou la tentation a lieu par trois modes1 la suggestion1 le plaisir et le consentement4 ,la premire est par exemple la persuasion du diable qui sduisit ve1 en la trompant2 le plaisir vint1 quand elle trouva l'arbre et le fruit si beau qu'elle sentit le dsir s'allumer2 elle aurait d le rprimer1 elle consentit1 et ce fut le pch4 ,la suggestion1 au lieu de venir d'un mauvais conseiller1 peut venir de la chair1 mais alors elle n'est pas autre chose que le plaisir ou plutt la tentation du plaisir4 ,la tentation en gnral est toute inclination de l'me faire une chose qui ne convient pas1 soit par volont1 soit par consentement4 ,la tentation humaine dont parle saint ,paul1 est celle qui est insparable ou peine sparable de l'infirmit humaine1 par exemple le dsir d'une nourriture agrable1 tout dsir enfin dont je ne puis tre exempt qu'avec la fin de ma vie4 ,le prcepte est de n'y pas cder pour le mal4 ,par quelle vertu le pourrons-nous8 ,par le ,dieu fidle qui ne souffre pas que nous soyons tents au del de notre puissance4 ,confions-nous dans sa misricorde plus qu'en nos propres forces1 et puisqu'il est fidle1 ayons foi en lui#deg4 ,note #deg3 ,eth41 c4 iii1 p4 #fce-fdd4--a ,cor41 x1 #ac4 ,mais il n'y a pas seulement les suggestions des hommes1 il y a celles des dmons4 ,ceux-ci connaissent la nature des choses1 tant par la subtilit de leur esprit que par leur longue exprience4 ,ils connaissent les vertus naturelles qui peuvent aisment pousser la faiblesse humaine la luxure1 ou d'autres emportements4 ,en gypte1 il leur fut permis d'oprer1 par la main des magiciens1 beaucoup de choses merveilleuses contre ,mose4 ,ils employaient les forces de la nature1 ils ne craient rien4 ,celui qui1 ainsi que l'enseigne ,virgile1 parviendrait en battant la chair d'un taureau1 produire des abeilles1 ne serait pas un crateur d'abeilles1 mais un prparateur de la nature4 ,les dmons excitent nos diverses passions en usant avec art contre notre ignorance ds secrets qu'ils possdent4 ,il y a en effet1 soit dans les herbes1 soit dans les semences1 soit dans la nature et des arbres et des pierres1 de nombreuses forces propres exciter ou calmer nos mes1 et qui dans les mains de ceux qui les connaissent peuvent facilement produire cet effet#deh4 ,note #deh3 ,eth41 c4 iv1 p4 #fdd4 ,passage condamn par saint ,bernard et le ,concile de ,sens4 ,d'autres s'meuvent galement de nous entendre dire que l'oeuvre du pch n'est pas le pch1 ou du moins n'aggrave pas le pch1 au point d'exiger une plus forte peine4 ,mais une grande peine de satisfaction est souvent prononce l o il n'y a pas de faute1 et nous devons quelquefois punir les innocents4 ,voil une pauvre femme qui a un enfant la mamelle1 et elle n'a pas assez de vtements pour le couvrir dans son berceau1 et se couvrir elle-mme suffisamment4 mue de compassion pour ce petit enfant1 elle le met prs d'elle pour le rchauffer de ses propres haillons1 et enfin dans sa faiblesse1 vaincue par la force de la nature1 elle touffe malgr elle cet tre qu'elle aime d'un extrme amour4 ,aie la charit1 dit ,augustin1 et fais ce que tu voudras4 ,cependant lorsqu'au jour de la satisfaction cette femme vient devant l'vque1 une peine grave est prononce contre elle1 non pour la faute qu'elle a commise1 mais pour qu' l'avenir les autres femmes mettent plus de prcaution dans leurs soins maternels4 ,de mme un juge peut tre forc par de faux tmoins qu'il ne peut rcuser1 condamner lgalement un homme dont l'innocence lui est connue#dei4 ,puis donc qu'une peine peut tre raisonnablement inflige1 sans aucune faute pralable1 pourquoi l'oeuvre qui a suivi la faute1 n'aggraverait-elle pas la peine devant les hommes en cette vie1 et non devant ,dieu dans la vie future8 ,les hommes ne jugent point ce qui est cach1 mais ce qui est manifeste4 ,ils ne psent pas l'imputation de la faute1 mais l'effet de l'oeuvre4 ,dieu seul juge vritablement le crime dans l'intention mme4 ,note #dei3 ,voyez ci-dessus1 c4 vi1 p4 #dbj4 ,quoique les pchs viennent de l'me et non de la chair1 il y en a de spirituels et de charnels1 c'est--dire que les uns viennent des vices de l'me et les autres de l'infirmit de la chair1 et quoique la concupiscence dans les deux cas soit dans l'me comme la volont1 on distingue la concupiscence de la chair et celle de l'esprit4 ,dieu seul en est juge1 tandis que nous cherchons punir moins ce qui nuit l'me du pcheur que ce qui nuit aux autres4 ,notre justice tend surtout prvenir les dommages publics2 nous veillons surtout l'exemple1 et nos punitions se mesurent sur le danger de l'action pour l'intrt commun4 ,ainsi nous punissons plus gravement l'incendie des maisons que la fornication1 quoique celle-ci soit beaucoup plus grave devant ,dieu4 ,lors donc que nous disons qu'une intention est bonne et qu'une oeuvre est bonne1 il n'y a vraiment qu'une bont1 celle de l'intention4 ,si nous disons qu'un homme bon est le fils d'un homme bon1 nous ne parlons pas de deux bonts2 ainsi l'oeuvre bonne n'est bonne que de la bont de l'intention1 dont elle est fille4 ,il ne faut donc pas dire que la bont de l'oeuvre ajoute la rcompense mrite par la bont de l'intention2 la runion des deux choses peut valoir mieux que l'une des deux prise sparment1 comme le bois et le fer unis valent plus que le bois seul1 mais c'est indiffrent pour la rmunration4 ,ce n'est par l'oeuvre qui mrite la rmunration1 c'est nous-mmes1 et quant nous1 l'oeuvre1 ne dpendant pas absolument de notre pouvoir1 ne saurait ajouter notre mrite4 ,deux hommes ont form le projet de fonder des maisons pour les pauvres1 l'un accomplit son voeu1 l'autre en est empch1 parce que l'argent qu'il y destinait lui est violemment enlev2 leur mrite tous deux est-il diffrent devant ,dieu8 ,si dans cette vie on tient compte de l'oeuvre effective dans la rtribution des rcompenses et des peines1 c'est pour l'exemple4 ,si l'intention augmente de l'oeuvre tait meilleure que l'une sans l'autre1 on pourrait en infrer que ,dieu et l'homme unis dans une seule personne taient quelque chose de meilleur que la divinit ou l'humanit du ,christ2 car on sait que l'humanit dans le ,christ tait bonne2 dans un homme galement1 la substance corporelle peut tre aussi bonne que l'incorporelle1 sans que la bont du corps contribue la dignit ou au mrite de l'me4 ,or1 qui oserait mettre au-dessus de ,dieu ce tout qui est appel ,christ et qui est ensemble ,dieu et homme8 ,aucune multitude1 quelle qu'elle soit1 n'est prfrable au souverain bien4 ,quoique pour faire une chose certaines choses paraissent tellement ncessaires que ,dieu ne puisse la faire sans elles1 et qu'elles soient comme des conditions 7adminicula7 ou causes primordiales1 rien cependant1 quelle que soit la grandeur des choses1 ne peut tre dit meilleur que ,dieu4 ,quoique d'un grand nombre de bonnes choses il rsulte une bont multiple1 elle n'en est pas plus grande2 car si la science tait rpandue dans un plus grand nombre1 ou si le nombre des sciences augmentait1 la science de chacun ne crotrait pas de manire tre plus grande qu'auparavant4 ,ainsi ,dieu est bon en soi et cre d'innombrables choses qui n'ont l'tre et la bont que par lui2 la bont est par lui dans plus de choses1 le nombre des choses bonnes en est plus grand1 et pourtant aucune bont ne peut tre prfre ou gale la sienne4 ,la bont est dans l'homme et la bont est en ,dieu1 et comme les substances ou natures dans lesquelles est la bont sont diverses1 la bont de nulle chose ne peut tre prfre ou gale la bont divine2 on ne peut donc dire que rien soit meilleur1 qu'aucun bien soit plus grand que ,dieu1 ou mme gal ,dieu#dfj4 ,note #dfj3 ,eth41 c4 vii1 ix1 p4 #fdf-fea4 ,lorsqu'on parle de bonne intention et de bonne oeuvre1 la bont de celle-ci procde de la bont de celle-l1 le nombre des bonts ou des bonnes choses n'est pas augment2 donc nulle ncessit d'augmenter la rcompense4 ,un homme fait la mme chose en des temps divers1 et suivant son intention qui change1 la mme chose est bonne ou mauvaise et semble changer4 ,c'est ainsi que cette mme proposition3 ,socrate est assis1 change du vrai au faux1 suivant que ,socrate s'asseoit ou se lve#dfa4 ,note #dfa3 ,voyez plus haut1 t4 ,,ii1 c4 iii1 t4 #a1 p4 #cha4 ,quelques-uns croient qu'il y a bonne intention toutes les fois qu'on croit bien faire et plaire ,dieu1 mais l'intention peut tre errone1 le zle peut tromper2 il faut que l'oeil du coeur soit clairvoyant4 ,autrement1 les infidles aussi auraient tout comme nous leurs bonnes oeuvres1 puisque eux aussi ne croient pas moins que nous tre sauvs par leurs oeuvres et plaire ,dieu#dfb4 ,note #dfb3 ,eth41 c4 x1 xi1 xii1 p4 #fea-fec4 ,de l nat une objection4 ,si le pch est le mpris de ,dieu1 attest par le consentement ce qu'il dfend1 comment les perscuteurs des martyrs1 ceux mme du ,christ1 ont-ils pch1 eux qui ignoraient ,dieu et ses commandements8 ,comment l'ignorance ou mme l'infidlit incompatible avec le salut est-elle un pch8 ,l'aptre a dit3 ,si notre coeur ne nous condamne point1 nous avons confiance en ,dieu4 7,i ,jean1 iii1 #ba47 ,or1 le coeur des ,gentils et des idoltres ne les condamne point1 quand ils manquent la loi chrtienne4 ,cependant ,jsus-,christ priait pour ses bourreaux1 et tienne demandait ,dieu de ne point compter ce pch ceux qui le lapidaient4 ,ablard rpond qu'tienne ne demandait que la remise de toute peine corporelle et terrestre4 ,souvent ,dieu envoie aux mchants des afflictions1 soit pour faire clater sa justice1 soit pour effrayer ceux qui les voudraient imiter2 c'est1 cela que pensait le premier des martyrs4 ,quant aux paroles du ,seigneur3 ,pre1 pardonnez-leur 7,luc1 xxiii1 #cd71 elles signifient3 ne vengez pas ce qu'ils font contre moi1 mme par une peine corporelle1 ce qui aurait pu avoir raisonnablement lieu1 mme sans faute pralable de leur part1 afin que les autres hommes voyant cela reconnussent au chtiment qu'en agissant ainsi1 les ,juifs n'avaient pas bien fait4 ,en outre1 il convenait que le ,seigneur1 par l'exemple de cette prire1 nous exhortt la vertu de la patience et l'imitation du suprme amour1 afin que son propre exemple nous montrt en action ce qu'il nous avait enseign en prcepte1 savoir1 qu'il faut prier pour ses ennemis4 ,en disant pardonnez-leur1 il n'a donc point regard quelques fautes pralables1 quelques mpris de ,dieu1 mais la raison qu'il aurait pu y avoir de leur infliger une peine motive1 mme sans une faute prexistante4444 ,ainsi que les petits enfants sont sauvs sans mrite1 il n'est pas absurde que quelques-uns supportent des peines corporelles qu'ils n'ont point mrites1 comme les petits enfants morts sans le baptme1 comme tant d'innocents frapps d'affliction4 ,qu'y aurait-il d'tonnant que ceux qui crucifiaient le ,seigneur eussent1 pour cette action injuste1 quoique l'ignorance les excuse de la faute1 encouru quelque peine temporelle8 ,pas plus que l'ignorance1 l'infidlit qui ferme aux adultes raisonnables l'entre du ciel1 ne peut tre appele mpris de ,dieu4 ,il suffit pour la damnation de ne pas croire l'vangile1 d'ignorer le ,christ1 de ne point recevoir le sacrement de l'glise1 et cela moins par malice que par ignorance4 ,celui qui ne croit pas est dj jug4 7,jean1 iii1 #ah47 ,celui qui ne connat pas ne sera pas connu4 7l ,cor41 xiv1 #ch47 ,il n'y a pas1 dit ,aristote#dfc1 rciprocit dans les relatifs1 si la relation n'a t bien tablie2 il faut qu'il n'y ait pas erreur dans l'attribution4 ,si1 par exemple1 on a prsent comme une relation l'aile d'un oiseau1 il n'y a pas rciprocit1 on ne peut dire l'oiseau d'une aile4 ,si donc nous appelons pch tout acte vicieux ou contraire au salut1 l'infidlit et l'ignorance deviennent des pchs1 mme sans mpris de ,dieu4 ,c'est que l'attribution est mal faite4 ,il faut appeler pch ce qui1 en aucun cas1 ne peut avoir lieu sans une faute4 ,or1 ignorer ,dieu1 n'y pas croire1 les oeuvres mmes qui ne sont pas bonnes1 tout cela peut avoir lieu sans aucune faute4 ,si1 par exemple1 la prdication n'est pas venue jusqu' vous1 quelle faute vous imputer pour n'avoir pas cru dans le ,christ ou dans l'vangile8 ,l'aptre n'a-t-il pas dit3 ,comment croiront-ils en lui1 s'ils n'en ont point entendu parler8 ,et comment en entendront-ils parler1 si personne ne le leur prche8 7,rom41 x1 #ad47 ,corneille ne croyait pas dans le ,christ avant d'avoir t instruit par ,pierre1 et quoique pour avoir prcdemment connu et aim ,dieu par la loi naturelle1 il ait mrit que sa prire ft coute et que ,dieu acceptt ses aumnes1 si cependant il lui ft arriv de quitter la lumire avant de croire dans le ,christ1 nous n'oserions nullement lui garantir la vie ternelle1 quelque bonnes que parussent ses oeuvres1 et nous le compterions plutt parmi les infidles que parmi les fidles1 de quelque zle pour le salut qu'il ft anim4 ,beaucoup de jugements de ,dieu sont un abme44444 ,il rprouva celui qui s'offrait en disant3 ,matre1 je vous suivrai en quelque lieu que vous alliez4 7,math41 iv1 #ai47 ,enfin1 gourmandant l'obstination de certaines villes1 il dit3 ,malheur toi1 ,corozam2 malheur toi1 ,bethsade6 car si dans ,tyr et dans ,sidon avaient eu lieu les miracles accomplis au milieu de vous1 ds longtemps dj elles auraient fait pnitence dans le cilice et la cendre#dfd4 ,le voici donc qui a offert et sa prdication et ses miracles aux villes dont il prvoyait l'incrdulit1 et ces villes des ,gentils qu'il savait toutes prtes pour la foi1 il ne les a pas juges dignes de sa prsence4 ,si pour avoir t privs de sa parole1 quelques hommes tout disposs croire ont pri dans ces villes1 qui pourra dire que c'est leur faute8 ,et pourtant cette infidlit dans laquelle ils sont morts1 nous tenons qu'elle suffit pour leur damnation1 quoique la cause de l'aveuglement auquel le ,seigneur les a abandonns ne nous apparaisse gure4 ,note #dfc3 ,categ4_/i4 vii4--,boeth41 ,in ,prdicam41 ,,ii1 p4 #afj4 ,note #dfd3 ,math4 xi1 #ba4 ,cet exemple est cit par ,fnelon dans une question analogue4 7,rfut4 du systme du ,p4 ,malebranche1 c4 v47 ,assurment1 si l'on veut appeler leur aveuglement un pch sans faute1 on le peut1 paraissant absurde qu'ils soient damns sans pch4 ,nous pourtant1 nous ne plaons proprement le pch que dans la faute de ngligence2 car elle ne peut se rencontrer en aucun homme1 quel que soit son ge1 sans qu'il mrite la damnation4 ,je ne vois pas1 au contraire1 comment imputer faute l'infidlit des petits enfants ou de ceux qui l'vangile n'a point t annonc1 non plus que tout ce qui rsulte d'une ignorance invincible ou d'une impossibilit de prvoir un fait2 autant incriminer celui qui1 dans une fort1 frappe un homme d'une flche qu'il croyait lancer contre un oiseau4 ,ainsi1 quand on emploie ces mots3 pcher par ignorance ou pcher en pense1 on prend le pch dans un sens large2 c'est l'action qu'il ne convient pas de faire4 ,dans le pch d'ignorance1 point de faute2 pcher en pense ou par la volont1 en parole ou en action1 c'est faire ou dire ce qu'on ne doit pas1 quand mme cela nous arriverait notre insu ou malgr nous4 ,ainsi1 ceux mmes qui perscutaient le ,christ ou les siens1 qu'ils croyaient devoir tre perscuts1 sont dits avoir pch en action 7in operatione72 ils auraient cependant pch par une faute plus grave1 s'ils les avaient pargns contre leur conscience#dfe4 ,note #dfe3 th41 c4 xiii et xiv1 p4 #fec-fei4 ,il n'est pas ncessaire de remarquer que cette assertion doit tre condamne par l'glise4 ,bayle1 et aprs lui1 les auteurs de l',histoire littraire1 pensent reconnatre ici une doctrine de relchement1 reproche plus tard aux jsuites4 ,on les a vivement attaqus pour une thse soutenue en #afhf1 dans leur collge de ,dijon1 et qui tablissait une distinction entre le pch philosophique ou moral et le pch thologique4 ,suivant cette distinction1 tandis que l'un est le pch mortel ou la transgression libre de la loi divine1 l'autre ne serait qu'un acte humain non conforme la nature raisonnable et la droite raison4 ,quoique grave1 il ne serait pas1 dans celui qui ignore ,dieu1 ou qui ne pense pas actuellement lui1 une offense envers ,dieu1 digne de la peine ternelle4 ,arnauld a crit cinq ,dnonciations tendues contre cette doctrine qu'il prsente comme trs-ancienne dans la ,socit4 7,bayle1 art4 ,foulque4--,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #abh4--,oeuvres de messire ,ant4 ,arnauld1 t4 ,,xxxi1 d4 de #aghj47 ,l'diteur de l'thique1 ,b4 ,pez1 pense qu',ablard peut bien avoir voulu dire seulement que l'inadvertance et l'ignorance invincible excusent le pch formel1 comme on l'enseigne dans les coles4 7,dissert4 isagog41 t4 ,,iii1 p4 xx47 ,on demande si tout pch est interdit1 c'est--dire si l'impossible nous est prescrit2 car la vie ne peut se passer sans pchs au moins vniels4 ,qui peut1 par exemple1 se prserver de toute parole oiseuse8 7,tit4 iii1 #i47 ,et cependant un joug doux1 un fardeau lger nous a t promis4 ,mais cette difficult n'en est une que si l'on entend largement par pch tout ce qu'il ne convient pas de faire4 ,si1 au contraire1 la pch n'est que le mpris de ,dieu1 cette vie peut rellement se passer sans pch1 quoique avec la plus grande difficult1 et il est vrai que tout pch est interdit4 ,parmi les pchs1 les uns sont vniels 7graciables7 ou lgers1 les autres damnables ou graves4 ,parmi ceux-ci1 on nomme criminels ceux qui rendraient leurs auteurs infmes ou accusables de crime s'ils venaient tre connus4 ,les pchs sont vniels1 lorsque nous consentons au mal par oubli2 on peut savoir et ne pas penser qu'on ne devrait pas consentir4 ,on ne se souvient pas toujours de ce qu'on sait4 ,nos connaissances subsistent jusque dans notre sommeil4 ,l'homme qui s'endort ne devient pas stupide pour redevenir un sage en s'veillant2 les pchs vniels sont donc des pchs d'oubli4 ,quelques-uns ont prtendu qu'il tait mieux de s'abstenir des pchs vniels que des criminels1 parce que c'est plus difficile1 et qu'il y faut plus d'attention2 mais ,cicron a dit3 ,ce qui est laborieux n'est pas pour cela glorieux4 ,il est plus pnible d'obir la crainte qu' l'amour2 est-il donc plus mritoire de porter le joug de la loi ancienne que de vivre dans la libert de l'vangile8 ,il est plus difficile de se dfendre d'une puce que d'un ennemi et d'viter une petite pierre qu'une grande2 mais ce qu'il est plus difficile d'viter fait moins de mal4 ,l'amour se dfend surtout de ce qui peut le plus offenser ,dieu4 ,si l'on prtend repousser cette distinction1 en adoptant le principe de quelques philosophes que tous les pchs sont gaux1 soit2 mais alors il faut s'abstenir de tous galement1 et non pas des vniels plus que des criminels#dff4 ,note #dff3 ,allusion une maxime fort connue des stociens4--,eth41 c4 xv et xvi1 p4 #fei-ffc4 ,aprs avoir ainsi dcouvert la plaie de l'me1 il est temps de montrer le remde4 ,c'est la rconciliation qui s'opre par la pnitence1 la confession1 la satisfaction4 ,la pnitence est la douleur de l'me pour avoir failli3 elle provient tantt de l'amour de ,dieu1 et alors elle est fructueuse1 tantt de quelque dommage prouv1 et alors elle est sans fruit4 ,telle est la pnitence des damns1 de tous ceux qui au moment de quitter la vie1 se repentent de leurs crimes et poussent les gmissements de la componction1 non par amour du ,dieu qu'ils ont offens1 non par haine du pch qu'ils ont commis1 mais par peur de la peine dans laquelle ils apprhendent d'tre prcipits4444 ,combien nous en voyons tous les jours gmir profondment au moment de la mort1 s'accuser vivement d'usures1 de rapines1 d'oppression des pauvres1 ou des injustices qu'ils ont commises1 et pour tout rparer consulter un prtre6 ,alors si1 comme il le faut1 on leur donne le conseil de vendre tout ce qu'ils possdent1 et de restituer aux autres ce qu'ils ont pris4441 vous les entendez soudain confesser par leur rponse combien leur pnitence est vaine4 ,de quoi donc1 disent-ils1 vivrait ma maison8 que laisserais-je mes fils1 ma femme8 ,comment pourraient-ils se soutenir8444 ,o misrable1 le plus misrable des misrables6 le plus insens des insenss6 tu ne t'occupes pas de ce qui te restera toi1 mais de ce que tu auras amass pour les autres6 ,par quelle prsomption peux-tu ainsi offenser ,dieu1 au moment d'tre emport devant son formidable tribunal1 et cela1 pour te rendre les tiens plus favorables1 en les enrichissant de la dpouille des pauvres8 ,qui ne rirait de toi1 t'entendre esprer que les autres te seront plus utiles que toi-mme8 ,tu te confies dans les aumnes des tiens1 croyant les avoir pour successeurs2 tu les constitues hritiers de ton iniquit1 en leur laissant le bien d'autrui acquis par la rapine4444 ,dans ta pit malheureuse envers les tiens1 cruel envers toi-mme et envers ,dieu1 qu'attends-tu du juge quitable devant lequel tu cours malgr toi1 et qui demande compte1 non-seulement des vols1 mais d'une parole inutile8 ,aprs un tableau anim et satirique des mcomptes qui attendent les calculs d'un mourant1 et de l'ingratitude d'une pouse1 et de l'oubli des hritiers1 ,ablard ajoute un reproche qui monte plus haut4 ,et comme1 dit-il1 l'avarice du prtre n'est pas moindre que celle du peuple1 d'aprs cette parole3 ,erit sicut sacerdotes sic populus 7,ose1 iv1 #i71 bien des mourants sont abuss par la cupidit des prtres qui leur promettent une vaine scurit1 s'ils offrent ce qu'ils ont pour les sacrifices1 et achtent des messes qu'ils n'auraient jamais gratis2 marchandise pour laquelle il est certain qu'il existe chez eux un tarif fix d'avance1 pour une messe1 un denier1 pour un service annuel1 quarante4 ,ils ne conseillent pas aux mourants de restituer le fruit de leurs rapines1 mais de l'offrir en sacrifice1 contre cette parole3 ,offrir en sacrifice la substance du pauvre1 c'est immoler pour victime le fils sous les yeux du pre4 7,eccl41 xxxiv1 #bd47 ,la pnitence fructueuse est celle qui nat du regret d'avoir offens ,dieu qui est bon plus encore qu'il n'est juste4 ,il n'est pas comme les princes de la terre qui ne savent pas diffrer leur vengeance2 mais plus la sienne a t retarde1 plus elle est terrible4 ,nous craignons d'offenser les hommes1 nous fuyons leurs regards pour faire le mal2 ne savons-nous pas que ,dieu est partout prsent8 ,l'affection de la chair nous entrane faire ou supporter tant de choses1 et si peu l'affection spirituelle6 ,que ne savons-nous1 pour ce ,dieu qui nous devons tout1 faire et supporter autant que pour une pouse1 des enfants ou quelque courtisane6 ,ceux qui sont salutairement touchs de la bont1 de la patiente longanimit de ,dieu1 ressentent la componction moins par la crainte des peines que par l'amour de ,dieu4 ,avec cette contrition du coeur qui est la pnitence fructueuse1 le pch disparat4 ,le gmissement sincre de la charit ou de l'amour nous rconcilie avec ,dieu4 ,si1 l'article de la mort1 quelque ncessit empche un homme de venir confession et d'accomplir la satisfaction1 quittant la vie dans ce gmissement du coeur1 il n'encourt pas la ghenne ternelle4 ,obtenir le pardon du pch1 c'est tre tel que l'me cesse de mriter1 pour le pch antrieur1 l'ternel chtiment2 car lorsque ,dieu pardonne le pch aux pnitents1 il ne remet pas toute la peine1 mais seulement la peine ternelle4 ,ceux qui1 prvenus par la mort1 n'ont pu accomplir la satisfaction de la pnitence en cette vie1 sont rservs aux peines purgatoires et non damnatoires4 ,cette dfinition de la pnitence rpond ceux qui ont demand si l'on pouvait se repentir d'un pch et ne pas se repentir d'un autre4 ,la pnitence qui vient de l'amour de ,dieu ne peut exister pour celui qui persiste dans un seul mpris de ,dieu4 ,mais dire que ,dieu pardonne un pch1 n'est-ce pas dire que ,dieu ne prononce pas la condamnation1 et qu'il a par consquent dcrt de ne la point prononcer8 ,dieu ne rgle ni ne dispose rien rcemment2 de toute ternit1 ce qu'il doit faire est arrt dans sa prdestination et prfix dans sa providence1 tant le pardon d'un pch quelconque1 que tout ce qui se fait4 ,il nous parat donc mieux d'entendre par ces mots3 ,dieu pardonne le pch1 qu'il rend un pcheur digne d'indulgence en lui inspirant le gmissement de la pnitence1 c'est--dire qu'il le rend tel que la damnation cesse de lui tre due1 et ne lui sera jamais due1 s'il persvre#dfg4 ,note #dfg3 th41 c4 xix et xx1 p4 #ffg-fga4 ,il y a toutefois un pch irrmissible1 c'est le blasphme ou la simple parole contre le ,saint-,esprit 7,luc1 xii1 #aj2 ,math1 xii1 #ca74 ,quelques-uns disent que ce pch est le dsespoir de pardon1 l'acte de celui qui1 troubl parla grandeur de ses fautes1 se dfie radicalement de la bont de ,dieu4 ,quant au pch contre le ,fils1 c'est l'acte de celui qui attaque l'excellence de l'humanit du ,christ1 et qui1 par exemple1 nie qu'elle ait t conue sans pch1 ou que ,dieu l'ait prise cause de l'infirmit visible de la chair4 ,ce pch est rmissible1 parce qu'il s'agit de ces croyances auxquelles ne pouvait conduire la raison humaine1 mais qui avaient besoin d'une rvlation divine4 ,blasphmer l',esprit1 au contraire1 c'est calomnier les oeuvres d'une grce manifeste1 c'est en quelque sorte attribuer au diable ce que fait la bont dans sa misricorde2 c'est dire l',esprit mchant1 ou que ,dieu est le diable4 ,ce pch ne mrite aucune indulgence2 nous ne disons pas cependant que ceux qui l'ont commis ne pourraient tre sauvs1 s'ils avaient la pnitence1 mais nous disons1 seulement qu'ils n'obtiendront pas la pnitence#dfh4 ,note #dfh3 ,cette opinion sur le pch contre le ,saint-,esprit est celle de saint ,jean ,chrysostome1 suivie par saint ,isidore de ,pluse et beaucoup d'autres4 ,elle se rapproche de celle de saint ,athanase4 ,les docteurs catholiques se partagent en gnral entre cette opinion et celle de saint ,augustin1 qui veut que le pch contre le ,saint-,esprit soit l'impnitence finale4 ,saint ,hilaire croyait que le pch contre le ,saint-,esprit consistait nier la divinit du ,fils1 ce qui parat peu probable1 ce pch tant prcisment oppos par1 l'vangile au pch ou au blasphme contre le ,fils4 ,l'glise n'a rien dcid concernant la nature du pch contre le ,saint-,esprit4 ,quoique deux vanglistes disent qu'il ne sera pas remis1 l'glise en gnral n'entend pas la rigueur cette irrmissibilit2 il n'y a donc ni erreur1 ni tmrit1 ni relchement dans ce que dit ,ablard du pch irrmissible4 7,bible de ,vence1 t4 ,,xix1 p4 #cbe4--,voyez aussi ci-dessus ch4 iv1 p4 #cdb47 ,on demandera peut-tre si ceux qui se retirent de cette vie avec le gmissement du coeur1 continueront de gmir et d'tre tristes de leurs pchs dans la vie cleste4 ,sans aucun doute1 comme les pchs dplaisent ,dieu et aux anges1 indpendamment de la douleur qu'ils causent1 les ntres continueront de noua dplaire4 ,quant la question de savoir si dans cette vie-l nous voudrions avoir fait ou non des choses qui1 nous le savons1 ont t bien ordonnes de ,dieu1 et ont coopr notre bien1 d'aprs ce mot de saint ,paul3 ,nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment ,dieu 7,rom4 viii1 #bh72 c'est une autre question que nous avons1 selon nos forces1 rsolue dans le troisime livre de notre ,thologie#dfi4 ,note #dfi3 th41 c4 xxi1 xxii1 xxiii1 p4 #fga-fgc4--,le ,i,i,ie livre de la ,thologie1 c'est--dire de l',introduction1 ne contient pas l'examen direct de cette question2 mais il n'est pas termin1 et d'ailleurs il y est expliqu comment tout1 le mal mme1 est ordonn pour le mieux4 7,c4 ii1 p4 #bbh47 ,la seconde condition de la rconciliation est la confession4 ,on dit que les ,grecs se confessent ,dieu2 mais quelle est la valeur d'une confession ,dieu qui sait tout8 ,confessez-vous les uns aux autres 7,jac4 v1 #af74 ,d'abord1 c'est un acte d'humilit qui fait dj une grande partie de la satisfaction2 puis1 les prtres qui l'on se confesse ont le droit d'enjoindre les satisfactions de la pnitence4 ,le pnitent se rassure en pensant qu'il obit ses suprieurs et qu'il suit leur volont et non la sienne4 ,mais il faut se confesser sincrement et ne rien taire par honte de l'aveu4 ,je sais bien que ,pierre1 aprs sa faute1 s'est tu et qu'il a pleur2 pourquoi ne l'a-t-il pas confesse8 ,peut-tre a-t-il craint de causer quelque dommage1 quelque dshonneur cette glise dont il devait tre un jour constitu le prince2 alors ce ne serait plus orgueil1 mais prudence2 car la connaissance de sa triple chute aurait pu conduire ses frres repousser son autorit et dsapprouver le dessein de ,dieu qui1 pour les affermir1 choisissait celui qui avait failli le premier4 ,c'est ainsi qu'on peut retarder une confession ou mme l'omettre absolument sans pch1 lorsqu'on croit qu'elle sera plus nuisible qu'utile4 ,d'ailleurs ,pierre a pu diffrer sa confession1 quand la foi de l'glise tait encore tendre et faible1 et plus tard il a pu confesser sa faute1 pour qu'elle restt crite dans l'vangile4 ,mais on ne peut allguer qu'tant au-dessus de tous1 ,pierre n'avait pas de suprieur qui confier son me2 rien n'empche les prlats de s'adresser1 pour la confession1 des subordonns1 afin que la satisfaction leur soit rendue plus facile par ce surcrot d'humilit4 ,comme il y a beaucoup de mdecins malhabiles auxquels il est dangereux ou inutile de confier les malades2 parmi les prlats de l'glise1 il s'en trouve beaucoup qui ne sont ni religieux ni judicieux1 et qui1 de plus1 sont lgers dcouvrir les pchs de ceux qu'ils confessent4 ,a ceux-l il est non-seulement inutile1 mais prilleux de se confesser1 car ils ne sont pas attentifs prier et ne mritent pas d'tre couts dans leurs prires4 ,ignorant les dispositions canoniques et n'ayant pas de rgle dans la fixation des satisfactions1 ils promettent souvent une vaine scurit et trompent les pcheurs par une esprance frivole1 aveugles1 conducteurs d'aveugles4 7,math41 xv1 #ad47 ,en rvlant les pchs1 ils scandalisent l'glise1 indignent les pnitents1 les dtournent de la confession1 les exposent mme des prils4 ,aussi ceux que ces inconvnients ont dcids viter leurs prlats et chercher des confesseurs plus convenables1 doivent-ils tre approuvs4 ,s'ils pouvant obtenir le consentement des prlats eux-mmes1 tout n'en va que mieux2 mais si l'orgueil leur refuse ce consentement1 que le malade1 inquiet de son salut1 continue de chercher le meilleur mdecin et se soumette au meilleur conseil4 ,car personne1 aprs s'tre aperu qu'il lui a t donn un guide aveugle1 ne doit le suivre dans le foss4 ,ce n'est pas qu'on doive mpriser les leons de ceux qui prchent bien1 quoiqu'ils vivent mal1 mais de ceux-l seulement qui ne savent ni guider ni instruire4 ,il ne faut pas d'ailleurs dsesprer du salut de ceux qui s'abandonnent la dcision de leurs aveugles prlats1 l'erreur des uns ne doit point damner les autres4 ,il est quelques prtres qui trompent leurs ouailles1 moins par erreur que par cupidit1 et qui remettent ou allgent les peines de la satisfaction prescrite1 moyennant l'offre de quelques cus4444 ,le ,seigneur dit par la bouche du prophte3 ,mes prtres n'ont pas dit3 ,o est le ,seigneur8 7,jrm41 ii1 #f47 ,ceux-ci semblent dire3 ,o est l'cu8 ,et non-seulement des prtres1 mais je connais des princes des prtres1 des vques si impudemment consums de cette cupidit-l1 que lorsqu'aux ddicaces d'glises1 aux bndictions de cimetires1 aux conscrations d'autels1 quelques solennits enfin1 ils ont de grandes runions de peuple dont ils attendent des oblations considrables1 ils se montrent faciles la relaxation des pnitences2 ils accordent tout le monde tantt le tiers1 tantt le quart de la pnitence1 sous quelque prtexte de charit1 mais rellement par une extrme cupidit4444 ,ils professent qu'ils en ont le droit1 que le ,seigneur le leur a dlgu et que le ciel est dpos dans leurs mains4 ,en vrit1 ce sont de grands impies de ne point absoudre tous leurs subordonns de tous pchs et de permettre qu'il y en ait un seul de damn4444 ,dsire qui voudra1 mais non pas moi1 cette puissance dont on peut faire profiter les autres plus que soi-mme1 et qui permet de sauver l'me d'autrui plutt que la sienne propre1 tandis que tout homme sage a le sentiment contraire#dgj4 ,note #dgj3 th441 c4 xxiv1 xxv1 p4 #fgd-fha4 ,il y a beaucoup d'vques sans religion ni discernement1 ils ont cependant la puissance piscopale4 ,quelle est leur gard la porte du pouvoir dlgu aux aptres de lier et de dlier8 7,jean1 xx1 #bc47 ,s'ils veulent sans discernement1 sans mesure1 aggraver ou attnuer la peine du pch1 leur pouvoir va-t-il jusque-l que ,dieu rgle les peines sur leur jugement8 ,si la colre ou la haine ont dict la sentence d'un vque1 ,dieu la confirmera-t-il8---,la dlgation annonce par saint ,jean ne semble pas adresse tous les vques en gnral1 mais seulement la personne des aptres2 c'est comme pour ces paroles toutes personnelles3 ,vous tes la lumire du monde1 vous tes le sel de la terre4 7,math41 v1 #ac1 #ad47 ,elles ne s'appliquent pas tous2 cette prudence et cette saintet que le ,seigneur avait donnes aux aptres1 il ne les a pas accordes galement tous leurs successeurs4 ,en prononant les paroles vangliques1 ,jsus-,christ parlait devant ,judas1 il n'entendait donc parler que des seuls aptres lus2 peut-tre faut-il en dire autant de la dlgation du pouvoir de lier et de dlier4 ,saint ,jrme1 ,origne1 paraissent en juger ainsi4 ,comment1 en effet1 des vques qui s'cartent de la justice de ,dieu1 pourraient-ils plier ,dieu leur propre iniquit et le rendre semblable eux-mmes8 ,saint ,augustin1 vque lui-mme1 a dit ces paroles3 ,vous liez sur la terre1 songez lier justement1 car la justice rompra les liens injustes4 ,saint ,grgoire fait le mme aveu4 ,les mmes ides s'appliquent ceux qu'une sentence a privs de la communion2 aussi lit-on dans les dcrets du concile d',afrique3 ,que l'vque ne prive tmrairement personne de la communion et tant que l'vque refuse la communion1 son excommuni1 que les autres vques ne l'accordent pas ce mme vque1 afin que l'vque prenne plus garde de prononcer ce qu'il ne peut justifier par d'autres tmoignages que le sien#dga4 ,note #dga3 th41 c4 xxvi1 p4 #fha-fhh4---;,cet article est port sous le n cxxxiii au ,code des canons de l'glise d',afrique4 ,c'est un des dcrets du septime ,concile de ,carthage4 7,act4 ,concil41 t4#a47 ,aprs cette citation singulire1 on lit ,explicit1 le mot qui annonce la fin de tous les livres du moyen ge4 ,je doute que l'ouvrage soit complet4 ,aprs la pnitence et la confession1 l'auteur devait traiter encore de la satisfaction4 ,c'est la satisfaction qui couronne la pnitence et constate la vertu de la confession4 ,elle a en elle-mme quelque chose de mystique et ne peut tre entendue comme une simple expiation morale4 ,c'est ainsi cependant que peut-tre ,ablard l'aurait prsente4 ,son spiritualisme s'accommode peu des mystres4 ,de graves accusations se sont leves contre la morale d',ablard4 ,lisez le livre qu'ils appellent ,scito te ipsum1 crit saint ,bernard aux vques et aux cardinaux1 et voyez quelle moisson y foisonne d'erreurs et de sacrilges2 et ce qu'il pense444du pouvoir de lier et de dlier1 du pch originel1 de la concupiscence1 du pch de plaisir1 du pch d'infirmit1 du pch d'ignorance1 de l'oeuvre du pch1 de la volont de pcher#dgb6 ,et parmi les quatorze condamnations prononces par le concile de ,sens1 il y en a bien six qui frappent des maximes extraites en effet du ,scito te ipsum4 ,sans les discuter1 considrons dans son caractre gnral la morale d',ablard4 ,note #dgb3 ,ab4 ,op41 ,ep4 ix1 p4 #bga4 ,le principe auquel il s'est attach et qui n'est point faux en lui-mme1 c'est que la moralit de l'action est dans l'intention1 ou comme il dit1 que le pch consiste dans la mauvaise volont2 et1 en effet1 les hommes de bonne volont sont les honntes gens de la religion4 ,ce principe sainement compris parat irrprochable4 ,cependant on peut remarquer que tous les moralistes1 religieux ou autres1 qui l'adoptent d'une manire absolue1 tendent vers un certain relchement4 ,j'essaierai de montrer comment s'introduit naturellement ce principe1 tant dans la morale philosophique que dans la morale religieuse1 et comment aussi1 dans l'une et dans l'autre1 il peut mener1 malgr tout ce qu'il a de vrai1 des maximes dangereuses ou du moins hasardes4 ,les actions des hommes sont leurs volonts rendues visibles1 ou ralises en dehors d'eux-mmes4 ,ces actions sont bonnes ou mauvaises2 elles le paraissent1 surtout par leurs effets1 par les circonstances qui les accompagnent4 ,el quand1 par ces effets1 par ces circonstances1 la loi morale est viole1 l'action est juge mauvaise ipso facto4 ,c'est ainsi1 en gnral1 que prononce l'opinion1 la loi1 le juge1 tout ce qui ne peut gure apercevoir et atteindre que l'extrieur de l'action4 ,cependant1 un examen plus attentif nous apprend bientt que ce n'est point l toujours un signe fidle de la moralit2 celle-ci est souvent pire ou meilleure qu'elle ne semble4 ,les apparences de l'action ne prouvent pas avec une infaillible certitude ce que l'agent a voulu1 et c'est l le mal opr dans l'action4 ,le mal que nul n'a voulu est un malheur1 le bien que nul n'a voulu est un bonheur2 il n'y a ni bien ni mal moral sans volont2 sur ce point nulle restriction4 ,c'est inexactement que nous appellerions injuste1 inhumaine1 odieuse1 une action laquelle la volont n'aurait point de part4 ,le jugement prononc d'aprs les apparences de l'action peut donc se trouver trop svre2 mais il peut aussi se trouver trop indulgent4 ,la volont mauvaise peut avoir chou dans l'accomplissement du mal2 le succs ne l'ayant point divulgue1 elle reste inconnue1 mais n'en est pas moins relle4 ,celui qui a voulu le mal et qui l'a tent1 mais qui n'a pas russi1 a t impuissant2 il n'est pas innocent4 ,il suit que l'oeuvre1 si par l on veut entendre l'acte ralis en dehors de l'agent volontaire1 n'est pas le signe certain de la bonne ou mauvaise volont4 ,la bonne ou mauvaise volont ne peut tre juge sur ses effets2 et consquemment1 le bien ou le mal moral n'est ni dans les effets1 ni dans l'oeuvre4 ,le bien et le mal moral sont donc dans la volont4 ,c'est l une proposition parfaitement vraie2 l'homme n'est bon ou mchant que par la volont2 il n'y a que les actions volontaires qui soient bonnes ou mauvaises4 ,il s'ensuit plusieurs consquences pratiques4 #a ,l'effet de la volont est indiffrent au bien ou au mal agir4 ,ce n'est qu'un signe1 une prsomption l'appui de la bonne ou mauvaise volont2 mais en soi l'oeuvre extrieure n'est ni bonne ni mauvaise1 puisque sa moralit dpend de la volont de celui qui l'a faite4 #b ,il faut que la volont soit pleine et entire1 pour que la bont ou la mchancet de l'action soit pleine et entire4 ,selon que la volont est plus ou moins libre1 l'action est bonne ou mauvaise un plus ou moins haut degr4 ,tout ce qui annule1 contraint1 entrave ou seulement gne la volont dans le sens du bien ou dans le sens du mal1 supprime1 augmente ou diminue la bont ou la mchancet de l'action4 #c ,la volont n'est pas pleine et entire1 quand elle est sans discernement4 ,la volont sans discernement n'est qu'une force aveugle4 ,la moralit des actions est donc en proportion du discernement4 ,l'enfant au berceau1 l'idiot1 l'alin1 ne font ni bien ni mal1 et leurs actions ne sont pas imputables4 #d ,ainsi la contrainte absolue1 l'ignorance invincible dtruisent le mrite ou le dmrite de l'agent4 ,dans ces termes1 les consquences de la maxime que le bien et mal ne rsident que dans les actions volontaires1 sont videntes1 inattaquables4 ,elles sont la rgle de toute quit1 de toute loi juste1 de tout juge honnte et clair4 ,mais si l'on approfondit l'ide contenue dans cette maxime1 voici ce qu'on peut y dcouvrir4 ,la moralit est dans l'agent1 elle n'est pas dans l'acte2 les actes ne sont ni bons ni mauvais par eux-mmes1 puisque c'est la volont seule qui est bonne ou mauvaise4 ,or1 qu'est-ce qu'une volont bonne ou mauvaise8 ,ce n'est pas la volont des actes bons ou mauvais1 puisqu'on vient de voir que les actes ne sont ni l'un ni l'autre4 ,c'est l'agent volontaire qui est bon ou mauvais4 ,le bien ou le mal est donc quelque chose d'invisible1 d'incorporel1 d'interne4 ,en effet1 pour que l'action soit imputable1 il faut qu'elle soit volontaire4 ,on peut d'autant plus exactement la dire volontaire1 qu'elle est l'oeuvre d'une volont plus libre et plus claire4 ,la libert et le discernement sont ncessaires1 puisque la contrainte absolue ou l'ignorance invincible enlvent la responsabilit morale4 ,or1 la libert peut tre atteinte de bien des manires4 ,supprime par l'ge ou la maladie1 elle emporte avec elle le mrite ou le dmrite4 ,diminue par une cause quelconque1 elle doit diminuer en proportion le mrite ou le dmrite4 ,mille circonstances gnent1 limitent1 ou modifient la volont2 l'exemple1 la tentation1 le temprament1 l'habitude sont autant de restrictions ou d'obstacles la libert absolue de la volont4 ,les passions1 quelle qu'en soit d'ailleurs la cause1 les passions ne laissent pas la libert sa plnitude4 ,ainsi toutes ces causes agissent comme aggravantes ou attnuantes sur le dmrite ou le mrite2 et l'on est peu peu conduit cette consquence1 les passions sont une excuse4 ,or1 maintenant accroissez leur empire1 supposez-le irrsistible2 vous pourriez arriver la destruction du bien et du mal moral4 ,c'est ce qu'on appelle1 dans les coles de philosophie1 la morale sentimentale4 ,ce n'est pas tout4 ,le discernement a t pos comme une condition de la moralit2 c'est--dire qu'il faut1 pour qu'une volont soit bonne ou mauvaise1 que l'agent volontaire la sache bonne ou mauvaise4 ,or comment le saura-t-il1 puisque les actions ne sont pas bonnes ou mauvaises en elles-mmes1 puisqu'il ne s'agit que d'un phnomne interne dont lui seul est juge et tmoin8 ,sa volont n'tant mauvaise que s'il la sait mauvaise1 elle ne l'est que s'il la trouve telle4 ,la question se transforme3 tel homme qui agit de telle ou telle faon1 et qui a voulu son action1 trouvait-il qu'elle tait bonne1 ou qu'elle tait mauvaise8 qu'il et tort ou raison1 peu importe2 ce qui importe1 c'est ce qu'il pense4 ,or1 ce qu'il pense est dtermin par son ducation1 par ses opinions1 par sa vie1 par sa nature4 ,s'il croit ou trouve bonne une action1 sa volont n'est pas mauvaise de la vouloir2 et ainsi le bien et le mal deviennent compltement subjectifs4 ,la volont se croyant bonne ou se croyant mauvaise1 c'est ce qu'on appelle souvent l'intention4 ,le bien ou le mal est dans l'intention1 c'est ce qu'on rige souvent en principe absolu de toute la morale4 ,or1 comme l'intention en ce sens dpend d'une foule de circonstances externes1 indpendantes au moins de la volont1 comme celle-ci est soumise1 je ne dis plus des contraintes actuellement et passagrement exerces sur elle1 mais une foule de circonstances antrieures1 permanentes1 fatales comme les circonstances de notre nature et de notre destine1 il suit qu'avec la doctrine de l'intention ou de la subjectivit absolue de la moralit de nos actes1 la rgle de ces actes ou la morale mme s'vanouit4 ,assurment1 il est possible1 facile mme de rpondre cette dduction1 et d'y dmler le vrai du faux4 ,c'est en morale la mme erreur qui sert de titre et de base au scepticisme en mtaphysique2 et cette erreur1 je sais comment elle se rfute4 ,mais il n'en est pas moins vrai que toute morale qui place en premire ligne1 sans restriction1 sans explication1 non pas l'existence absolue et l'invariabilit de la loi1 mais la responsabilit intentionnelle de l'agent1 est sur la voie d'une doctrine relche et dangereuse1 et n'en est prserve que par cette puissance du sens commun qui rsiste presque toujours en nous aux consquences extrmes d'un principe absolu4 ,voil pour la morale philosophique2 quant la morale religieuse1 on en pourrait dire peu prs autant4 ,d'abord il suffirait de rappeler quels excs la doctrine de l'intention a conduit des casuistes clbres2 et les ,provinciales subsistent comme un immortel acte d'accusation4 ,mais en thse gnrale1 montrons quelle forme le mme principe peut prendre en thologie rationnelle4 ,tout pch est volontaire2 c'est--dire qu'il n'y a pch que l o il y a volont du mal4 ,pour qu'il y ait volont du mal1 il ne suffit pas qu'il y ait eu volition de l'acte qui a produit le mal2 il faut qu'il y ait eu volition1 plus connaissance du mal produit par cet acte4 ,c'est ce qu',ablard appelle avec raison le consentement au mal4 ,ainsi les oeuvres1 en tant qu'oeuvres extrieures1 ne sont ni bonnes ni mauvaises par elles mmes1 puisque elles ne sont pas le gage certain d'une volont bonne ou mauvaise4 ,et cette volont qui les produit1 n'est pas elle-mme bonne ou mauvaise raison des oeuvres qu'elle produit1 puisque ces oeuvres ne sont pas en elles-mmes le bien ou le mal4 ,la preuve1 c'est que1 suivant les temps1 ,dieu a prescrit des oeuvres contraires4 ,celles-l1 je parle de celles qui sont dans la loi crite1 ont donc t bonnes1 indiffrentes1 mauvaises1 suivant qu'elles ont t prescrites1 permises1 dfendues4 ,en elles-mmes1 elles sont indiffrentes2 elles ne sont mauvaises ou bonnes qu'en tant qu'interdites ou autorises4 ,en quoi donc la volont qui les fait est-elle bonne ou mauvaise1 innocente ou pcheresse8 ,comment1 en y consentant1 consent-elle au bien ou au mal1 puisque ces oeuvres ne sont ni le bien ni le mal8 en ce qu'elle nglige ou observe un commandement4 ,le mal1 c'est donc la dsobissance4 ,mais cependant il y a des oeuvres toujours dfendues1 des oeuvres toujours approuves4 ,il y a des mots tels que ceux-ci1 bien1 mal1 juste1 injuste4 ,dieu est le bien1 ,dieu est la justice mme2 cependant je vois qu'il a command dans l',ancien ,testament des actes contraires aux notions du bien et du juste4 ,il prononce contre les enfants1 contre les infidles qui n'ont pu tre clairs1 des peines terribles4 ,le mal est non-seulement tolr par la ,providence1 mais il entre dans ses vues4 ,elle s'en sert1 elle en profite1 elle semble y concourir4 ,le mal n'est-il donc pas le mal1 le bien n'est-il pas le bien8 ,le saint et la damnation ne paraissent pas attachs uniquement au bien ou au mal qu'on a fait4 ,le salut et la damnation nous atteignent irrsistiblement1 fatalement pour ainsi dire1 en ce sens que nous ne sommes pas toujours libres d'chapper aux causes de l'une1 de raliser les conditions de l'autre4 ,car par exemple il ne dpend pas de l'homme de natre chrtien1 ou1 n chrtien1 de vivre assez pour tre baptis4 ,qu'en conclure8 ,faut-il donc dire que toutes les actions morales sont au rang de ces oeuvres dont nous parlions tout l'heure et qui sont indiffrentes en elles-mmes8 au moins est-il certain qu'il ne faut nullement se fier en leur mrite2 ce n'est point par elles que l'on gagne le ciel4 ,que voyons-nous partout dans la religion8 c'est que l'action n'est bonne pour le salut1 c'est qu'elle n'a de mrite1 que lorsqu'elle est faite dans une bonne volont4 ,cette bonne volont consiste vouloir cause de ,dieu4 ,or pour vouloir une action cause de ,dieu1 il faut savoir et croire que cette action lui plat4 ,vous le voyez1 le bien en morale religieuse1 c'est--dire le bien en tant que contribuant au salut1 ou le mrite1 a pour principale condition1 la foi4 ,ainsi les oeuvres purement extrieures sont indiffrentes1 elles n'ont qu'un mrite1 celui de l'obissance1 et l'obissance suppose la volont de plaire ,dieu1 et l'une et l'autre supposent la connaissance et la foi2 il en est de mme des oeuvres morales1 elles ne peuvent rien pour le salut1 si elles ne sont accompagnes ou plutt dtermines par la connaissance et la foi4 ,la foi qui obit1 la foi qui veut plaire1 c'est la foi qui aime4 ,ainsi1 la substance mme du bien1 ce qui fait la volont bonne ou mauvaise1 ce qui fait la bonne ou mauvaise action1 au sens chrtien1 c'est l'amour1 c'est la charit4 ,admirable solution1 noble erreur qui sera toujours comme un merveilleux et dernier recours ouvert quiconque aura entrepris de faire passer par l'preuve du raisonnement les divers principes engags dans la thorie chrtienne du salut4 ,je suis loin de blmer ,ablard4 ,quiconque raisonne comme lui et croit autant que lui1 quiconque s'avance ce point dans la voie de l'examen et ne va pas plus loin1 tombera dans un scepticisme dplorable1 dans une cruelle incertitude sur la rgle des devoirs1 s'il ne se rejette ainsi dans les bras de la foi et n'lve1 sur les ruines amonceles par la lutte du dogme et de la raison1 l'tendard consolateur de la charit4 ,il y avait quelque chose de bien expressif1 quelque chose de touchant et de philosophique en mme temps dans cette inspiration d',ablard malheureux et diffam1 qui ddie l'institut qu'il fonde au ,consolateur1 au ,paraclet1 au dieu1 non de la puissance et de la sagesse1 mais de l'amour et de la charit4 ,il rendait ainsi hommage au seul dogme qui lui ft rest1 aprs l'branlement de presque tous les autres1 et qui suffisait lui seul pour relever ou raffermir tout ce que l'examen et le doute avaient fait crouler ou chanceler autour de lui4 ,mais ce qui absout ,ablard1 justifie-t-il pleinement sa doctrine1 et n'a-t-elle pas des consquences dont l'orthodoxie doit s'alarmer8 ,je le crois4 #a ,si l'on regarde l'amour comme la vraie et unique source de la moralit religieuse1 ou mme seulement comme la condition principale du salut1 en fait reposer l'difice sur une base mobile4 ,il entre dans l'amour beaucoup d'involontaire2 ne l'prouve pas qui veut4 ,il y a dans ce qu'on appelle de ce nom quelque chose de purement sentimental1 et partant de purement subjectif1 et nous retrouvons le mme vice1 le mme danger aperu dj dans le principe de la morale sentimentale4 ,la raison peut tre convaincue qu'il faut faire tout ce que ,dieu commande pour gagner le ciel1 et possder sur la volont assez d'empire pour la dterminer observer tous ses commandements1 sans que le principe d'action soit la charit4 ,la crainte1 la puissance de la conviction1 la beaut svre du dogme chrtien1 la lassitude ou le mpris des systmes incrdules1 le dsir austre de conformer sa vie aux prescriptions de la morale la plus sainte1 mille motifs peuvent jouer dans l'me d'un chrtien un rle suprieur l'amour de ,dieu proprement dit2 et la doctrine d',ablard1 en affaiblissant un peu ce qu'il y a de substantiellement bon1 d'absolument vrai dans la rgle chrtienne des devoirs1 rend incertaine et flottante la morale mme que sa foi proclame et qu'il voudrait purer et raffermir4 ,allons plus loin2 le principe de la foi1 de l'obissance1 de l'amour1 suppose la connaissance1 et le pch d'ignorance cesse en quelque sorte d'tre un pch1 ou plutt il reste un pch1 en ce sens qu'il est un acte qui entrane la damnation2 mais il cesse d'tre une faute1 tant exempt de la volont du mal1 du consentement au mal1 puisqu'il s'agissait d'un mal inconnu2 bien plus1 il a pu tre accompagn d'un dsir de plaire ,dieu1 ,dieu tel au moins qu'on le connaissait1 et par les moyens qu'on lui croyait agrables4 ,alors il faut hardiment dclarer que l'acte qui encourt la damnation1 peut n'tre pas une faute2 il faut aller jusqu' dire qu'un acte moins damnable aurait pu tre plus mauvais encore2 il faut en venir confesser audacieusement que les ,juifs qui ont crucifi ,jsus-,christ1 sont excuss de la faute par l'ignorance1 qu'ils auraient pu tre corporellement punis pour l'exemple1 sans tre pour cela convaincus d'une faute1 et qu'enfin le crime et t bien plus grand d'pargner ,jsus-,christ contre leur propre conscience4 #b ,de ce mpris pour les oeuvres1 de cette rduction successive de tous les lments de la moralit un seul1 que l'on n'est pas mme absolument matre de se donner un degr convenable1 il rsulte que non-seulement les effets de l'action1 l'oeuvre extrieure1 mais les passions1 les tentations1 les dsirs1 sont amnistis et prsents comme indiffrents peu prs de la mme manire que les oeuvres2 de la un nuage jet sur de grandes vrits religieuses4 ,c'est un article de foi que la nature humaine est devenue mauvaise en elle-mme1 que le mal a pntr sa substance au point que le corps1 la chair1 la concupiscence sont sans cesse maudits et anathmatiss comme tant le pch en puissance1 si ce n'est en acte4 ,cette croyance d'abord est lie celle du pch originel1 et si le pch n'est que le consentement au mal1 c'est--dire la mauvaise volont envers ,dieu1 il se trouve que le pch originel est un pch sans consentement1 sans volont1 c'est--dire un pch sans pch4 ,je sais bien qu',ablard cite l'objection en disant que le pch originel est une expression qui signifie la peine du pch originel2 mais cette interprtation1 quoiqu'elle se trouve dans saint ,augustin1 n'est pas approuve par l'glise1 et elle dtruit ou diminue ce qu'il y a de mystrieux dans l'existence essentielle de ce pch au sein de notre nature actuellement corrompue1 et le rduit en quelque sorte une condamnation qui subsiste sur nous1 sans avoir en nous ni cause ni effet1 c'est--dire une dchance de situation1 une impossibilit1 extrieure nous et qui ne nous est pas propre1 de nous sauver tant que l'arrt n'est pas rapport4 ,or1 c'est l certainement une erreur grave2 elle consiste prendre figurativement la transmission du pch par la gnration1 et concevoir seulement qu' cause du pch d',adam ,dieu a condamn la race d',adam1 sans qu'il en soit rsult de changement dans sa nature1 mais seulement dans sa condition1 peu prs comme autrefois pour les enfants non rhabilits d'un condamn dgrad de noblesse2 ils n'en taient ni meilleurs ni pires1 mais ils taient frapps de certaines incapacits qui n'taient pas de leur fait4 ,en second lieu1 indpendamment du pch originel1 et mme aprs qu'il a t lav dans les eaux du baptme1 la religion n'admet point que l'homme soit pur4 ,en vain l'vangile l'a clair et guid1 en vain la grce de ,dieu toujours prsente le soutient et le sollicite2 il subsiste en lui un vice permanent1 un instinct de mal1 un mauvais dsir1 la concupiscence enfin1 qui est loin d'tre innocente par elle-mme4 ,sans aucun doute1 celui qui y cde est le vrai pcheur1 et celui qui rsiste se justifie2 mais sa justification mme prouve qu'il avait le mal dans son propre sein1 et la religion admet et condamne le pch par dsir et le pch par pense4 ,l'homme est la chair du pch1 comme dit saint ,paul1 et il n'entend point parler seulement du pch originel effac par le baptme2 la chair convoite contre l'esprit4 ,c'est la son fond1 dit ,bossuet1 depuis la corruption de notre nature4--,le bien n'habite pas en moi1 c'est--dire dans ma chair44444 ,je trouve en moi une loi qui me fait apercevoir que le mal m'est attach44444 ,tout ce qui est dans la monde est concupiscence de la chair et concupiscence des yeux1 et orgueil de la vie4--,voila1 dit encore ,bossuet1 une image vritable de la chute de l'homme2 nous en sentons le dernier effet dans ce corps qui nous accable et dans les plaisirs des sens qui nous captivent4 ,nous nous trouvons au-dessous de tout cela et vraiment esclaves de la nature corporelle1 nous qui tions ns pour la commander4 ,telle est donc l'extrmit de notre chute#dgc4 ,ainsi les effets corrupteurs du pch originel survivent la damnation invitable qui en tait la suite et qui est abolie par le baptme4 ,note #dgc3 ,rom41 vii1 #h4--;,gal4 v1 #ag4--;,bossuet1 ,trait de la ,concupiscence1 c4 vi4--,rom4 vii1 #ah1 #ba4--a ,jean1 ii1 #af4--;,bossuet1 ibid41 c4 xv4 ,et quand il serait vrai que l'asctisme de la morale religieuse passt les bornes et allt jusqu' s'attaquer d'invincibles conditions de la nature humaine1 il serait vrai galement que toute morale qui ne condamne absolument que le consentement aux mauvais dsirs1 droge la morale orthodoxe4 ,le premier inconvnient1 et le plus grave1 c'est qu'elle peut conduire aux garements de la casuistique1 l'erreur du molinisme4 ,ce n'est pas tout4 ,comme la rsistance au mauvais dsir n'a gure d'autre principe1 dans ,ablard1 que l'amour de ,dieu1 comme dans l'amour rside ainsi la vraie vertu chrtienne1 et que d'ailleurs concupiscence1 dsir1 plaisir1 tentation1 oeuvre1 tout est absous2 par une consquence assez plausible1 on peut prtendre que l'amour en lui-mme et lui seul est l'unique devoir1 l'unique mrite1 l'unique salut4 ,ablard dit1 en effet qu'il faut le purifier de toute crainte de la damnation1 de tout calcul d'intrt mme spirituel1 que la pit pour cause de salut est mercenaire1 et nous voil bien prs des chimres du quitisme4 ,cela suffit pour montrer comment la morale d',ablard devait inquiter l'glise1 et comment1 suivie dans ses consquences1 elle aurait pu conduire des excs qui1 du reste1 taient bien loin de la pense de son auteur4 ,conclurons-nous cependant la condamnation absolue de la morale contenue1 dans l'thique8 non1 cette morale est incomplte1 elle ne s'appuie pas sur un examen assez profond de la nature humaine2 enfin elle est incohrente1 parce qu'elle est la fois rationnelle et mystique2 mais elle renferme plus d'un principe vrai que la raison devait revendiquer contre l'absolutisme de la morale dogmatique4 ,aucun ouvrage d',ablard ne nous parat au fond plus que son thique empreint de l'esprit du rationalisme4 ,sous des formes de langage qui rappellent sa profession et semblent ne s'adresser qu'au sacerdoce1 ne convenir qu' la casuistique1 il cache en effet des ides originales1 des nouveauts de sens commun dont peut-tre il n'apercevait pas toute la porte1 et qui1 par leurs consquences1 touchent un haut degr la philosophie et la thologie4 ,ces consquence s'tendent de la thorie la pratique et finissent par intresser la dispensation des sacrements et la conduite du clerg4 ,sous tous ces rapports1 ,ablard s'exprime avec une singulire hardiesse4 ,distinguons quelques points fondamentaux3 en philosophie1 le libre arbitre et la ,providence2 en thologie1 la prdestination et la grce2 en pratique1 le sacrement de pnitence1 le pouvoir des clefs1 les indulgences4 #a4 ,nous avons de bonne heure rencontr les ides d',ablard sur le libre arbitre2 c'est au sujet de la proposition affirmative qu'il s'en est expliqu une premire fois#dgd4 ,depuis qu',aristote1 oblig1 dans l',hermeneia1 de distinguer la proposition individuelle de l'universelle1 et dans celle-l celle qui touche le prsent ou le pass de celle qui concerne le futur1 a reconnu que dans cette dernire l'affirmation ou la ngation n'tait pas ncessairement vraie ou fausse1 parce que dans un avenir indtermin les deux cas de l'alternative taient possibles2 cette question1 appele par les anciens la question des possibles1 par les scolastiques la question des futurs contingents1 a toujours trouv sa place dons la logique1 et c'est l qu'elle a t par anticipation traite en dehors de la psychologie et de la morale4 ,obscura quaestio est disait ,cicron1 quam ,grec3 peri dunatn philosophi appellant2 totaque est logicae#dge4 ,cependant ,aristote avait rsolu la question en respectant le libre arbitre1 que par l il consacrait de nouveau4 ,les stociens1 fort subtils leur ordinaire sur cet article1 avaient tout confondu1 promettant de tout concilier1 et ,chrysippe1 en prtendant sauver la libert humaine1 n'avait russi qu' river les anneaux de la chane ternelle du destin#dgf4 ,cicron1 qui veut pourtant ramener la question la morale1 prend parti pour le fatalisme et nie le libre arbitre2 car autrement1 dit-il1 que deviendrait la fortune#dgg8 ,boce a dvelopp contre les stociens la doctrine aristotlique dans ce qu'elle a de favorable au libre arbitre1 et lorsque ,ablard traite la question en dialectique1 il suit ,boce4 ,il tenait ,boce pour chrtien1 mme pour thologien1 et plus tard1 retrouvant la question dans la thodice1 dans la morale1 il se sert des principes tablis en dialectique1 il les maintient1 il demeure fidle lui-mme4 ,d'ailleurs saint ,augustin1 qui1 ainsi que tous les thologiens1 dfend l'existence du libre arbitre au moins en principe1 a combattu le stocisme dans la personne de ,cicron#dgh4 ,toute morale suppose le libre arbitre1 la morale chrtienne aussi bien que la morale philosophique1 encore que certains dogmes semblent parfois porter dommage la libert4 ,voici donc sur la question les antcdents qu',ablard reconnat1 ,aristote1 ,boce1 saint ,augustin#dgi2 on doit ajouter saint ,anselme1 qui1 en ceci comme en beaucoup d'autres choses1 parle d'aprs lui-mme1 sans s'carter de la tradition1 et russit se crer une orthodoxie individuelle#dhj4 ,note #dgd3 t4 #aa1 c4 iv1 t4 #a1 p4 #djj et suiv4--,cf4 ,dialectica1 p4 #bcg et seq4 ,note #dge3 ,arist41 ,de ,interp41 c4 ix1 xii et xiii4--,cic41 ,de ,fato1 ,i4 ,note #dgf3 ,a4 ,gell41 ,,vi1 ii4--,cic41 ibid41 ,,iv4 ,note #dgg3 ,cic41 ibid41 et ,de ,divinat41 t4 ,,ii1 #g4 ,note #dgh3 ,de ,civ4 ,dei1 ,v1 ix4 ,note #dgi3 ,arist41 loc4 cit4--,boet41 ,de ,interp41 sec4 ed4 p4 #hfj4--;,de ,consol4 phil41 ,i4 ,v1 p4 #c1 #d1 #e et #f4--;,aug41 loc4 cit4 et ,de ,don4 ,persev4--,de ,duab4 anim4 in ,hanich41 xi et xii4--,de ,prdest4 sanct4 ,passim4--,contr4 ,faust41 ,,xxii1 lxxviii4--,cf4 l'ouvrage de ,m4 ,bersot1 ,doctrine de saint ,augustin sur la libert et la ,providence1 ,paris1 #ahdc4 ,note #dhj3 ,s4 ,ans4 ,op41 ,cur ,deus homo1 ,i4 ,i1 c4 xi1 p4 #gj4--;,de lib4 ,arb41 p4 #aag4 ,de ,concord4 prsc4 et prd41 p4 #abc4 ,ablard s'est donc fait une ide saine du libre arbitre4 ,c'est1 dit-il1 la dlibration ou la dijudication de l'esprit par laquelle il se propose de faire ou de ne pas faire une chose2 cette dijudication est libre#dha4 ,puisqu'elle est libre1 c'est--dire puisqu'en toute circonstance l'homme peut faire le pour ou le contre1 ce qu'il fait peut se trouver bon ou mauvais4 ,le libre arbitre entrane donc la puissance de faire bien ou mal4 ,note #dha3 ,introd41 ,i4 ,,iii1 p4 #aaca4--;,comm4 in ,rom41 ,i4 ,i1 p4 #ech4--,voy4 ci-dessus1 c4 ii1 p4 #bdj1 c4 vi1 p4 #dbe et #dbg4 ,la libert est attaque ou amoindrie par diverses sortes d'objections4 ,d'abord1 elle est nie au nom de la nature humaine qu'on reprsente comme matrise par ses faiblesses1 ses passions1 les mobiles qui la poussent1 les circonstances qui la dominent4 ,en ce sens1 la libert serait oppose la contrainte4 ,ablard n'a point s'occuper beaucoup de cet ordre d'objections qui dans la thologie chrtienne prennent une autre forme4 ,on conteste en second lieu la libert au nom de l'ordre gnral qu'elle troublerait1 et dans lequel l'enchanement des causes et des effets doit tre constitu de sorte que celui qui connatrait toutes les unes1 pourrait infailliblement prvoir tous les autres4 ,or celui-l existe1 c'est ,dieu4 ,la connaissance qu'il a par avance de tout ce qui doit arriver s'appelle la prescience4 ,cette prescience est universelle1 elle est infaillible4 ,tout ce qui doit arriver arrive donc ncessairement comme ,dieu l'a prvu4 ,entre ,dieu et la cration1 il n'y a point de place pour la libert4 ,nous avons vu ,ablard aux prises avec cette objection2 il la repousse par les arguments usits4 ,ce sont peu prs ceux qu'avait dvelopps saint ,anselme#dhb4 ,les dterminations libres de l'homme sont prvues aussi bien que leurs effets2 elles sont prvues comme libres4 ,que ,dieu sache ce que l'homme choisira aprs dlibration1 cela n'empche point que l'homme ne dlibre2 et l'on ne voit pas pourquoi une action serait moins libre en elle-mme1 parce qu'elle est connue de celui qui la prvoit et ne l'empche pas4 ,la question qui se poserait ici n'est point3 comment l'homme peut-il tre libre1 sous l'oeil de la prescience universelle8 mais plutt3 comment l'tre qui peut tout et qui fait tout1 a-t-il cr l'homme libre8 question fort diffrente1 et qui regarde la toute-puissance divine et l'existence du mal1 question qui subsiste tout entire en prsence de la libert humaine4 ,celle-ci1 considre comme nous venons de la considrer1 est oppose la ncessit1 et ,ablard en ce sens ne l'a ni mconnue ni affaiblie4 ,note #dhb3 ,deus prscit esse libere futurum quod aliundo non est ex necessitate futurum4--,de ,conc4 praesc4 cum lib4 arb41 qu4 ,i1 c4 ,i4 ,mais en thologie1 ces deux ordres d'objections prennent une forme et une gravit nouvelles4 ,la religion est en gnral svre pour la nature humaine4 ,elle l'humilie sous le poids de ses faiblesses2 elle l'accuse d'une corruption profonde2 elle lui raconte sa dchance et toutes ses misres4 ,elle en conclut que le libre arbitre dans l'homme est dchu comme tout le reste1 ou qu'il est domin ou corrompu2 de sorte qu'il lui faut un supplment pour le rtablir1 ou un remde pour le gurir4 ,ces deux doctrines sont alternativement ou confusment prches1 mais elles conduisent la mme consquence1 la ncessit d'un rparateur qui par des moyens surnaturels rende l'homme sa libert ou la redresse4 ,les mtaphores diverses qu'emploie le langage de l'glise1 permettent ces deux interprtations qui l'une et l'autre tendent affaiblir le principe de la libert humaine4 ,en gnral1 il y a toujours de l'incertitude sur le sens de ce mot de libre arbitre4 ,on peut entendre par l le pouvoir de choisir1 pouvoir qui n'est pas absolu1 c'est--dire compltement indpendant1 que la raison et les passions sollicitent en sens divers1 mais qui subsiste aussi longtemps que l'me humaine conserve la plnitude de ses facults4 ,en tant que pouvoir1 ce pouvoir est neutre2 il est la facult du bien comme du mal1 du mal comme du bien4 ,mais en choisissant le mal1 la raison de l'homme cde l'empire de ses sens ou de ses passions2 le mauvais choix a toujours les caractres de l'entranement et de la faiblesse1 tandis que la vertu signale la puissance de la raison2 aussi a-t-on pu dire1 et a-t-on dit que l'homme tait libre dans le bien1 esclave dans le mal2 sa libert a t proportionne sa vertu2 nihil liberius recta voluntate1 dit saint ,anselme#dhc4 ,en ce sens1 la libert humaine n'est plus quelque chose de neutre1 un moyen1 un pouvoir instrumental1 elle se confond avec la volont qui dispose d'elle1 avec la raison qui dirige la volont4 ,note #dhc3 ,dial4 de lib4 ,arb41 c4 ,,ix1 p4 #aba4 ,il est rare que les thologiens ne prennent pas le mot libert successivement dans ces deux acceptions4 ,ainsi a fait saint ,augustin#dhd4 ,note #dhd3 ,petau1 ,dog4 ,theol41 t4 ,i1 t4 ,v1 c4 ,,iii1 p4 #cai4 ,si le libre arbitre est la facult du bien1 l'homme depuis le pch a perdu le libre arbitre4 ,du moins le libre arbitre a-t-il baiss1 et il est devenu incapable de se relever par lui-mme et d'atteindre au bien4 ,s'il est un pouvoir neutre1 il subsiste depuis le pch comme auparavant1 mais il est assujetti un principe de corruption qui ne le dtruit pas1 mais qui le domine1 et pour n'tre employ qu'au bien1 il a besoin qu'une force suprieure pntre dans la nature humaine et la relve4 ,dans les deux cas1 la consquence pratique et religieuse est la mme1 et la doctrine du pch originel subsiste tout entire4 ,par le libre arbitre1 ,ablard a gnralement entendu la facult de se rsoudre au mal comme au bien2 et certes cette interprtation est permise4 ,la difficult est seulement d'expliquer alors comment les saints1 comment le ,dieu fait homme1 et surtout comment ,dieu lui-mme peut tre libre#dhe4 ,mais1 dans les cratures1 la facult de faire le mal cesse d'tre une imperfection1 ds qu'on cesse de le jamais vouloir2 tels sont les saints4 ,le libre arbitre du ,christ dans les choses morales n'a pu jamais exister qu'en puissance l o l'impeccabilit tait en acte1 et quant ,dieu1 ,ablard rpond assez nettement que la libert de ,dieu se confond avec sa toute-puissance et que sa toute-puissance ne va pas jusqu' impliquer la facult de cesser d'tre le souverain bien4 ,en ,dieu1 la libert est donc improprement dite4 ,dieu ne peut faire que le meilleur4 ,a la vrit1 il en rsulte qu'il ne peut faire que ce qu'il fait et que tout ce qui est1 n'tant que par lui1 est le mieux possible4 ,cette doctrine s'appelle l'optimisme4 ,ablard a os la soutenir4 ,d'o lui est-elle venue8 ,quand il l'expose1 il rappelle ,plotin4 ,serait-ce une de ces grandes ides des coles d',alexandrie1 qui par l'influence d',origne ou des siens auraient pntr dans la christianisme1 et s'y seraient perptues1 vagues1 libres1 flottantes1 suspectes1 mais non condamnes1 tolres comme un passe-temps pour l'intelligence1 avant d'tre dfendues comme un danger pour la foi8#dhf ou plutt n'est-ce pas un mot de ,platon dans le ,time1 qui1 donnant l'veil la raison d',ablard1 lui aura prmaturment inspir la pense qui devait un jour illustrer ,leibnitz#dhg8 ,note #dhe3 ,saint ,bernard accorde que ,dieu1 comme toute crature bonne ou mauvaise1 a le libre arbitre en ce sens qu'il n'est pas soumis la ncessit4 7,de grat4 et lib4 arb41 opusc4 ,,ix4--,cf4 ,bersot1 ,oeuvre cit41 part ,i1 c4 ,i1 sect4 ,,iii p4 #bd1 et part4 ,,ii1 c4 ,,iii1 sect4 ,,iv1 p4 #bjj47 ,note #dhf3 ,voy4 ci-dessus1 c4 ,,ii1 p4 #bbg et suiv4--,cf4 ,plotin1 ,ennead4 ,v1 t4 ,v1 c4 ,,xii4 ,note #dhg3 ,cf4 ,tim4 ,,xxix et ,,xxx1 et trad4 de ,m4 ,cousin1 t4 ,,xii1 p4 #aag1 #aah1 etc4--,malebranche1 ,mdit4 ,chrt41 ,,vii1 #ag1 #ah1 #ai2 et ,fnlon lui-mme1 quand il le rfute1 c4 ,v et ,,vi1 lui qui se montre si jaloux de sauver la libre volont de ,dieu1 est oblig de dire3 ,ce qui est dtermin invinciblement par l'ordre immuable et ncessaire1 c'est--dire par l'essence mme de ,dieu1 ne peut jamais en aucun sens arriver autrement que comme l'ordre l'a rgl4 ,quoi qu'il en soit1 on voit que les difficults1 puises dans la faible nature de l'homme1 contre la libert1 s'accroissent1 en thologie1 de l'existence du pch originel4 ,celles qui naissent de la prescience divine se compliquent1 en thologie1 du dogme de la prdestination4 ,proccup de la corruption de la nature et des suites du pch1 l'esprit est conduit frapper le libre arbitre d'une telle impuissance que les vertus humaines perdent tout leur prix1 et que les vertus de la grce1 toutes d'origine cleste1 peuvent seules sauver notre indignit4 ,elles seules1 en d'autres termes1 ont un mrite aux regards de ,dieu4 ,reste savoir quelle est la part de la libert humaine dans ces vertus4 ,si cette part est nulle1 la libert est comme si elle n'tait pas1 et le salut ou la damnation deviennent pour l'homme de pures fatalits4 ,mais si le libre arbitre nous sert nous approprier les mrites de ,jsus-,christ1 nos rsolutions ne sont pas sans quelque mrite4 ,soit que le libre arbitre suffise1 soit que seulement il contribue la justification1 il n'est donc point annul2 nous ne l'avons point perdu4 ,cependant1 en ce cas mme1 il ne se tourne au bien que par la grce1 et comme ,dieu souffle sa grce o il lui plat1 sa justice ne cesse pas d'tre un redoutable mystre4 ,si tous1 si beaucoup sont appels1 peu sont lus2 et celui qui lit est celui qui appelle1 et qui savait lesquels seraient lus au moment qu'il les appelait tous4 ,la prescience divine1 en tant qu'elle s'applique au salut des hommes1 c'est la prdestination#dhh2 et sous ce nom se pose et s'aggrave1 en thologie1 le problme tout l'heure indiqu sous la forme philosophique4 ,note #dhh3 ,s4 ,aug41 ,de ,don4 ,persev441 ,,xiv4 ,,ii4 ,on sait que le dogme de la prdestination peut tre entendu de telle manire que toute vertu morale1 tout mrite humain1 tout effort du libre arbitre se rduise nant4 ,cet excs de doctrine s'appelle le prdestinatianisme1 et ceux qui y sont tombs ont toujours essay de se donner pour chef saint ,augustin#dhi4 ,disciple de ce grand voque1 ,ablard n'est pourtant pas prdestinatien1 c'est--dire que le dogme de la prdestination qu'il admet#dij ne l'emporte pas dans son esprit sur l'ide ncessaire et l'indestructible sentiment de la libert humaine4 ,il ne reproduit son matre saint ,augustin que par le ct o ce ,pre confinait aux semi-plagiens tout en les combattant#dia4 ,on ne doit pas compter ,ablard dans le parti du christianisme qui peut tre plausiblement ou spcieusement accus de fatalisme1 qui incline enfin dans le sens de la prdestination plus que dans le sens de la libert4 ,il serait curieux de chercher pourquoi toutes les sectes1 y compris la stocienne1 qui n'ont pas t franches sur la question de la libert1 et qui1 par l1 semblaient affaiblir la condition essentielle de toute morale1 ont tendu cependant au rigorisme1 tandis que l'opinion contraire a quelquefois vers dans le relchement#dib2 et nous avons vu que l'exemple d',ablard ne dment pas cette observation4 ,il pose donc le libre arbitre2 il l'affranchit de cette contrainte inconnue1 mais relle o l'on voudrait que le tnt l'existence mme de la ,providence4 ,tout cela est vrai et juste1 mais nous ne voyons pas qu'il prsente1 nulle part le libre arbitre comme dchu1 corrompu1 inclin au mal1 ainsi que le veulent beaucoup d'crivains religieux4 ,il n'a pas tort2 le mal qu'ils disent du libre arbitre1 vient1 ou d'une erreur essentielle1 ou d'un langage inexact4 ,si le libre arbitre est mchant1 il n'est pas le libre arbitre2 et si l'on veut dire seulement que ses dterminations dpendent plus ou moins de nos faiblesses et de nos passions1 ce n'est pas lui qu'il faut s'en prendre1 c'est l'infirmit de notre nature1 celle de notre raison1 comme principe de nos rsolutions4 ,le libre arbitre en lui-mme subsiste dans la crature la plus fragile1 la plus entrane1 la plus passionne2 ce n'est pas lui qui est mauvais1 la libert n'est pas le pch4 ,l'homme ne pourrait pcher sans tre libre2 mais il pourrait tre libre sans pcher4 ,la libert est une condition du pch1 et n'en est pas la source#dic4 ,note #dhi3 ,cf4 ,sur la doctrine de saint ,augustin1 ,petau1 t4 ,i4 t4 ,,ix1 c4 ,,vi et suiv4--,ritter1 ,hist4 de la ,phil ,chrt41 t4 ,,ii1 t4 ,,vi1 c4 ,v1 et surtout la ,thse de ,m4 ,bersot ,note #dij3 ,comment4 to ,ep4 ad ,rom41 t4 ,i1 p4 #ebc1ech2 t4 ,,ii1 p #eed et seq42 t4 ,,iii1 p4 #fda1 #fdi1 #feb4 ,note #dia3 ,petau1 ,id4 ibid41 p4 #fce ,note #dib3 ,voici1 je cros1 les noms des principales sectes ranges suivant une chelle ascendante de rigidit dans la question de la grce et de la libert2 ,sociniens1 plagiens1 semi-plagiens1 molinistes1 congruistes1 thomistes1 augustiniens1 jansnistes1 calvinistes4 ,parmi les rforms1 le calvinisme et mme le luthranisme pur sont pour l'opinion la plus svre4 ,on distingue pourtant deux partis3 dans le sens du relchement1 armniens1 universalistes1 etc42 dan celui de la rigidit1 gomaristes1 prdestinatiens1 ,prdestinateurs1 particularistes1 etc4 ,note #dic3 ,cette doctrine1 qui neutralise la libert entre le bien et le mal1 est loin d'tre htrodoxe4 ,elle est conforme aux dfinitions de la libert donnes par saint ,jean ,damascne 7,instit4 element4 ad dogm41 c4 ,x71 par saint ,jrme 7,in ,jovinian41 ,,ii71 par saint ,augustin lui-mme1 quoiqu'il paraisse varier sur ce point 7,homil4 ,,xii4--,de duab4 ,anim4 ,in ,manich41 c4 ,,xii71 par saint ,bernard enfin 7,de grat4 et lib4 arb41 c4 ,,ii74 ,saint ,anselme semble y accder1 lorsqu'il dit que1 prise en gnral1 la libert est contraire la ncessit1 qu'entre deux opposs elle est indiffrente au choix2 mais il fait une distinction3 comme il faut que la dfinition du libre arbitre convienne ,dieu ainsi qu' l'homme1 il ne veut pas que la facult de pcher soit suppose par cette dfinition2 il dit donc que la libert dans un sens plus restreint1 c'est le libre arbitre1 et entendant alors par ce mot la volont affranchie de ce qui la subjugue1 il dfinit le libre arbitre potestas servandi rectitudinem voluntatis propter ipsam rectitudinem4 7,de lib4 ,arb41 c4 ,i et ,,iii4--,cf4 ,de ,consord4 prdest4 cum lib4 arb41 qu4 ,,ii1 p4 #abg7 ,si l'on veut admettre cette distinction et s'y tenir1 on le peut1 et toute quivoque disparatra4 ,de l1 comme on l'a vu1 plusieurs difficults4 ,et d'abord1 la prdestination#did4 ,la prdestination1 au sens spcial du mot1 est la disposition divine en vertu de laquelle certains hommes sont de toute ternit destins au salut ternel4 ,la prdestination est toujours une grce2 mais elle n'est absolument gratuite que si l'on pense qu'aucune prvision du mrite de ceux qui elle s'applique n'entre dans le dcret qui les a choisis2 elle n'est qu'une grce si ,dieu1 en les lisant1 a prvu leurs mrites1 c'est--dire a tenu compte du bon emploi qu'ils feraient des grces qu'il accorde tous4 ,dans le premier cas1 ,dieu1 par sa grce1 les justifie1 parce qu'il les a lus2 dans le second1 il ne les lit que parce qu'il sait qu'ils seront justifie par sa grce4 ,aucune de ces deux opinions n'est interdite2 la premire1 la plus svre1 celle de saint ,augustin1 n'est point un article de foi2 et pour elle1 ds le ,i,xe sicle1 s'tait dclar le moine ,gothescale1 alors que l'archevque ,hinemar le fit condamner au fouet4 ,pierre ,lombard1 ,hughes de ,saint-,victor1 saint ,thomas1 sont plutt du ct de ,gothescale2 mais les ,romains1 et notamment les jsuites1 ont tenu pour la doctrine d',hinemar1 quoique en gnral une opinion plus rigide et plus voisine de l'augustinianisme1 celle des thomistes1 ait prvalu dans le clerg franais1 opinion approuve aussi par ,rome et qui s'honore de la prfrence de ,bossuet#die4 ,suivant cette opinion1 ,dieu prvoit bien que ceux qu'il prdestine obtiendront le salut par leur foi ou par leurs oeuvres1 mats en ce sens que1 par un dcret infaillible1 par une volont absolue et efficace1 et non dans la prvoyance et la condition de leurs mrites1 il a dcid qu'ils auraient le royaume des cieux4 ,le nombre des prdestins est fixe et immuable2 les protestants ont t jusqu' soutenir qu'il n'y avait pas d'autres lus que les prdestins1 auquel cas il ne serait plus vrai qu'il y a beaucoup d'appels2 tre appel signifierait seulement ignorer si l'on est ou non prdestin4 ,mais telle n'est pas la doctrine catholique4 ,non-seulement en dehors des prdestins elle admet des lus1 c'est--dire des appels qui seront lus1 grce au bon usage qu'ils feront des dons de ,dieu2 mais mme elle est alle jusqu' distinguer la prdestination la gloire et la prdestination la grce4 ,la premire est la prdestination proprement dite ou absolue2 la seconde est1 en ,dieu1 la volont absolue d'accorder telles de ses cratures les dons et les grces ncessaires pour arriver au salut1 soit qu'il prvoie qu'elles y parviendront en effet1 soit qu'il sache qu'elles n'y parviendront pas2 et de plus1 je ne crois pas qu'il ft hrtique de soutenir que1 sans la prdestination la grce1 on puisse encore tre sauv1 c'est--dire obtenir de ,dieu les dons et les grces auxquels on n'tait pas prdestin2 ou1 ce qui reviendrait au mme1 que tous les chrtiens1 et dans une certaine mesure tous les hommes1 soient prdestins la grce2 mais c'est sur ces points-l qu'on dispute4 ,ce qui est hors de dispute dans le catholicisme1 c'est qu'il y a deux ordres d'lus1 les uns obligs1 les autres facultatifs4 ,cette prdestination1 dogme singulier1 inexplicable1 et qui vient ajouter une difficult nouvelle aux difficults dj si grandes des questions qui touchent la justice de ,dieu1 la prescience1 la libert humaine1 ce dogme dont les ,pres grecs semblent avoir tenu si peu de compte et que jusqu'au temps de saint ,augustin on n'avait pas su voir dans les passages de saint ,paul1 qui en sont les principaux titres#dif1 ce dogme si important pour nos esprances et qui l'est si peu pour la conduite de la vie1 qui1 thoriquement1 a engendr d'interminables controverses1 qui1 pratiquement1 peut nerver le principe de la responsabilit morale1 ce dogme trange1 ,ablard ne l'a ni combattu ni affaibli4 ,quoique parfois il semble prendre la prdestination dans un sens gnral et la confondre avec la prescience#dig1 il l'admet cependant au sens spcial#dih1 et reconnat qu'il y a des hommes que ,dieu veut sauver par lection et en vertu d'un dcret particulier et antrieur#dii4 ,comment cette croyance est-elle conciliable avec l'ide de mrite et de dmrite1 mme restreinte la foi et la charit8 ,c'est une autre question sur laquelle il hasarde quelques conjectures#ejj1 mais dont les thologiens n'ont pas droit de se faire une arme contre lui1 car cette question est une difficult contre le dogme lui-mme4 ,note #did3 ,cf4 ,saint ,thomas1 ,summ41 pars ,i1 qu4 ,,xxiii4--,p1 ,lomb41 ,sent41 t4 ,i1 dist4 ,,xl et ,,xli4--,le ,p4 ,petau1 ,dogm4 ,theol41 t4 ,i1 l4 ,,ix et ,x4--,bergier1 ,dict4 de ,theol41 au mot ,prdestination4 ,note #die3 ,petau1 loc4 cit41 t4 ,x1 c4 ,i1 et suiv--,bossuet1 ,trait du lib4 urb41 c4 ,,viii--,bersot1 ,ouvr4 cit41 part4 ,,ii1 c4 ,,iii1 sect4 ,i4 ,note #dif3 ,rom4 ,,viii1 #bi et #cj4--;,ephes4 ,i1 #d1 #e et #aa4 ,note #dig3 ,ab4 ,op41 p4 #fda ,note #dih3 ,ibid41 p4 #fbc ,note #dii3 ,ibid41 p4 #ech1 #eed1 #fdi4 ,note #ejj3 ,voyez ce qu'il dit de ,jrmie1 de saint ,jean-,baptiste et de ,lazare1 p4 #bba ,une contradiction parat invitable1 quand on traite de la prdestination2 c'est d'affirmer d'abord que ,dieu est la justice mme1 et qu'il ne faut pas juger de sa justice d'aprs nos ides2 en d'autres termes1 que la justice parfaite doit tre contraire a la ntre1 parce qu'elle lui est suprieure#eja1 puis1 cela dit1 c'est d'entreprendre d'expliquer1 selon la justice humaine1 toutes les dispositions de ,dieu que l'on y peut ramener4 ,cette contradiction est dans ,ablard2 mais quel thologien s'en est prserv8 ,note #eja3 ,voyez contre cette ide ,leibnitz 7,thodic41 ,disc4 prlim41 sec4 #d74 ,,iii4 ,la prdestination suppose la grce4 ,on ne dispute gure dans le sein du catholicisme que sur le point de savoir si dans les desseins de ,dieu1 la prdestination est antrieure la prvision des mrites engendrs par la grce1 et partant absolument indpendante de ces mmes mrites1 ou bien si elle est postrieure la rsolution divine d'accorder celui qui en est l'objet toute la grce ncessaire au salut4 ,c'est rechercher si la prdestination est nos yeux absolument arbitraire ou en quelque manire conditionnelle 7ce qui reporterait la question sur la grce mme1 dont on pourrait demander alors si elle est ou n'est pas arbitraire72 mais dans tous les cas1 prdestins1 lus1 simples appels1 chrtiens et infidles2 tous ont besoin de la grce1 et tous ont1 des degrs diffrents1 la grce de ,dieu3 c'est encore l une doctrine catholique4 ,la grce est-elle incompatible avec la libert8 non1 en gnral4 ,on peut admettre1 toujours d'une manire gnrale1 que l'homme est si faible1 si mobile1 mme si corrompu1 qu' lui seul et sans la grce il ne saurait mriter et obtenir le salut2 on peut aller plus loin et admettre encore que1 fit-il tout ce qu'il faut pour l'obtenir1 il ne le mriterait pas sans la grce4 ,cela ne compromet pas encore le libre arbitre4 ,ce n'est point par dfaut ni par excs de libre arbitre que1 dans l'un ou l'autre cas1 l'homme aurait besoin de la grce4 ,dans le premier cas1 elle l'aiderait faire bon usage du libre arbitre2 dans le second1 elle rendrait fructueux le bon usage qu'il aurait fait du libre arbitre4 ,rien de tout cela n'exclut ni n'infirme l'existence du libre arbitre4 ,ablard en juge ainsi1 et va jusqu' prtendre que l'existence du libre arbitre a pour objet de manifester l'effet de la grce2 c'est dire qu'il tient la grce pour puissante1 ncessaire1 universelle4 ,il la juge puissante2 car elle nous met en disposition et en voie de gagner le salut4 ,il la juge ncessaire1 puisque sans elle nous ne pourrions croire1 aimer1 agir1 comme il le faut pour le salut4 ,il la juge universelle1 ds qu'il estime que ,dieu offre tous ce qui est ncessaire pour croire en lui1 l'aimer1 et dsirer le royaume des cieux#ejb4 ,note #ejb3 ,ab4 ,op41 ,introd41 t4 ,,iii1 p4 #aaah2 et ,comment41 t4 ,,iv1 p4 #fed ,sur tous ces points1 et si l'on ne pntre pas en de plus subtiles distinctions1 il est orthodoxe4 ,ce n'est pas une garantie d'orthodoxie que de dire que le libre arbitre ne se suffit pas lui-mme pour le bien2 car le contraire ne peut entrer dans l'esprit de celui qui suit la valeur des termes4 ,sans doute1 le libre arbitre suffit comme instrument2 mais il a besoin d'un rgulateur qui n'est pas lui-mme1 et c'est ce rgulateur qui le dtermine au bien ou au mal2 le libre arbitre n'est que la facult de dtermination2 c'est le pouvoir excutif du rgulateur4 ,la raison1 dit saint ,bernard1 a t donne la libert pour l'instruire et non la dtruire#ejc4 ,c'est tort que le concile de ,sens condamne ,ablard sur cet article4 ,note #ejc3 ,de grat4 et lib4 arbit41 opusc4 ,,ix1 c4 ,,ii4 ,je ne crois pas qu'il y ait dans ses ouvrages rien de directement et d'expressment contraire ces paroles de ,bossuet3 ,c'est par son libre arbitre que l'me croit1 qu'elle espre1 qu'elle aime1 qu'elle consent la grce1 qu'elle la demande2 ainsi1 comme ce bien qu'elle fait lui est propre en quelque faon1 elle se l'approprie1 et se l'attribue sans songer que tous les bons mouvements du libre arbitre sont prpars1 dirigs1 excits1 conservs par une opration propre et spciale de ,dieu qui nous fait faire1 de la manire qu'il sait1 tout le bien que nous faisons1 et nous donne le bon usage de notre propre libert1 qu'il a faite et dont il opre encore le bon exercice2 en sorte qu'il n'y a rien de ce qui dpend le plus de nous qu'il ne faille demander ,dieu et lui en rendre grce#ejd4 ,note #ejd3 ,trait de ta ,concupiscence1 c4 ,,xxiii4 ,mais voici le point dlicat4 ,si la grce est ncessaire1 soit pour amener le bon emploi du libre arbitre1 soit pour lui donner du prix1 quel mrite reste-t-il l'homme8 la grce est au moins la condition ou plutt la source du mrite2 tel est le fond de la doctrine de l'glise4 ,les vertus humaines1 dans lesquelles la grce n'entre ou n'entrerait pour rien1 s'il en est de telles1 n'ont absolument aucun mrite4 ,dans le systme de l'glise1 ce que nous avons appel le rgulateur ne se suffit pas lui-mme pour le bien1 ou trs-certainement au moins pour le mrite4 ,ablard1 en termes gnraux1 ne s'carte pas de ce systme2 mais d'abord1 il laisse percer quelquefois une distinction1 une sparation entre le bien et te mrite1 entre la faute et le dmrite4 ,le mrite1 le dmrite1 c'est ce qui1 chrtiennement parlant1 obtient la rcompense ou le salut1 encourt la peine ou la damnation4 ,le bien n'est pas toujours jug digne de rcompense1 ni la faute digne de chtiment4 ,il y a une diffrence entre le mrite au sens thologique et le bien au sens purement moral1 comme entre le dmrite et la faute sous les mmes distinctions4 ,cette observation1 que parat faire ,ablard1 mais dont il ne tire pas toutes les consquences1 intresse gravement l'application des notions humaines de justice la thodice#eje1 et par l elle est comme un premier pas dans la voie du rationalisme4 ,note #eje3 ,petau1 t4 ,x1 c4 ,,xviii1 t4 #a1 p4 #gei4 ,en second lieu1 qu'est-ce que la grce8 un secours surnaturel4 ,est-ce donc la bont gnrale et ternelle de ,dieu1 son action paternelle sur le monde1 cette merveille perptuelle que la raison reconnat et adore aussi bien que la foi8 ,l'entendre ainsi1 ce serait abuser des termes4 ,sans doute il est assez difficile de trouver dans les ,pres des premiers temps une autre ide que cette ide philosophique et familire4 ,le mot de grce1 chez les ,grecs du moins1 reste un assez long temps sans recevoir habituellement le sens spcial que l'glise lui assigne dans les ptres de saint ,paul4 ,mais tous les catchismes nous apprennent aujourd'hui qu'il faut l'entendre dans un sens littral et miraculeux4 ,la grce est une action interne1 indfinissable de sa nature1 mais relle et directe1 du crateur sur la crature1 action qui l'aide1 la dispose1 la pousse1 la dtermine au bien avec plus ou moins de puissance4 ,dans le langage et dans la doctrine d',ablard1 la grce risque fort d'tre quelque chose de plus gnral et de plus abstrait4 ,sur la mme ligne que les dons de la grce proprement dite1 il semble ranger toutes les dispositions de l'ternelle sagesse1 qu'on peut appeler juste titre des grces de ,dieu1 au sens de bienfaits1 toutes ces harmonies de l'ordonnance universelle1 toutes ces rvlations qui reportent de la constitution du monde et de celle de la raison1 en un mot tout ce qui tmoigne au philosophe comme au chrtien la bont infinie4 ,le don de la loi ancienne1 celui de la loi nouvelle1 l'incarnation1 la prdication1 la mort du ,christ1 sont bien plus forte raison pour ,ablard des grces de ,dieu et les plus grandes qui se puissent imaginer4 ,toutes ces choses sont de la grce2 c'est--dire des actes efficaces et puissants par lesquels ,dieu claire notre esprit1 touche notre coeur1 nous donne la connaissance1 nous inspire l'amour1 et nous rend ainsi capables1 ce que nous n'aurions pas t autrement1 de croire1 d'aimer1 d'agir comme il faut pour lui plaire et pour nous sauver4 ,c'est en gnral ces grces1 aux grces de ,dieu ainsi entendues1 qu',ablard attribue l'influence et les effets qu'on rserve d'ordinaire la grce proprement dite4 ,il ne nie pas celle-ci1 mais je ne me rappelle point de passages o il la dsigne spcialement1 ni mme de propositions qui en supposent ncessairement l'existence2 souvent1 au contraire1 il semble la confondre et la noyer dans cette multitude de tmoignages divers de la bont de ,dieu4 ,je ne dis pas qu'il se soit ce point rendu compte de sa doctrine1 ni que toutes ses expressions reviennent absolument cela1 quoique je sois port le souponner2 mais je dis que c'est l le sens gnral et dominant de ses ides sur la grce divine4 ,ainsi1 dans les paroles de ,bossuet qu'on vient de lire1 nous voyons les mouvements du libre arbitre comme prvenus par me opration propre et spciale4 ,cette grce propre et spciale1 cette grce qui prvient1 ne ressort pas clairement des expressions d',ablard#ejf4 ,les thologiens distinguent les grces dans l'ordre naturel de celles qui concernent le salut2 les premires sont les bonts gnrales de la ,providence1 les secondes sont un don surnaturel4 ,il s'agit particulirement des dernires dans les controverses sur la grce4 ,or1 parmi celles-ci1 on distingue encore les grces extrieures1 c'est--dire tous les secours extrieure qui peuvent nous porter au bien2 telles sont1 par exemple1 la loi de ,dieu1 la prdication de l'vangile2 puis on admet les grces intrieures1 ou plutt la grce intrieure1 celle qui touche intrieurement le coeur de l'homme4 ,c'est celle-l que pense saint ,paul1 quand il parle de la grce qu'il tient de ,dieu#ejg4 ,c'est sur cette grce intrieure et surnaturelle que roulent les grandes discussions thologiques2 c'est elle qui est dite habituelle1 actuelle1 adjacente1 oprante1 suffisante1 efficace1 prvenante1 subsquente1 etc4 ,or1 les plagiens ont t accuss de ne reconnatre d'abord que les grces de l'ordre naturel2 puis1 dans l'ordre surnaturel1 que les grces extrieures4 ,ablard ne se distingue peut-tre pas assez nettement des plagiens#ejh2 il parat souvent confondre les grces extrieures et les grces intrieures1 ou1 selon la distinction de saint ,thomas d',aquin1 la grce gratuite1 gratis data1 et la grce qui produit la gratitude1 gratum faciens4 ,l'une est celle qui nous met en rapport avec ,dieu1 et qui s'adresse l'humanit tout entire par les prophties et les miracles2 l'autre plus intime1 plus individuelle1 plus lective1 surpasse la premire en excellence1 en noblesse1 en dignit1 excellentior1 nobilior1 dignior2 elle seule rend le libre arbitre capable du bien1 la volont capable de mrite2 elle a ,dieu seul pour principe et pour cause1 et ne laisse l'humanit que l'honneur d'aider son action4 ,c'est cette distinction fondamentale qui tablit une diffrence substantielle entre la morale philosophique et la morale chrtienne1 quant aux moyens de rendre la vertu agrable ,dieu2 et lorsqu'on mconnat et qu'on efface cette distinction1 on fait pour la morale ce que le rationaliste fait pour le dogme2 on cde tout la vertu humaine comme lui l'humaine raison4 ,c'est une faible ressourc que de se rejeter alors sur l'importance de l'amour1 car la grce est surtout ncessaire la charit2 prcisment parce que la charit ne peut tre le fruit ni de la rflexion1 ni de l'instinct1 ni de la crainte1 et parce qu'elle est une vertu du coeur plus que de la conscience1 elle est minemment l'inspiration de la grce#eji4 ,note #ejf3 ,il admet cependant1 quoique en termes vagues1 une grce pralable comme ncessaire pour profiter des dons de ,dieu4 ,voyez ci-dessus1 c4 ,,vi1 p4 #dhj4 ,mais on n'est pas sr qu'il n'entende point parler de cette grce bienveillante du crateur qui prcd tous ses dons actuels4 ,note #ejg3 ,galat4 ,i1 #af--,rom4 ,,xv1 #ah4--;,i ,cor4 ,,iii1 #h1 et ailleurs4 ,ce n'est pas moi qui agit1 mais la grce de ,dieu1 qui est avec moi4 ,i ,cor4 ,,xv1 #aj4 ,note #ejh3 ,il prend le mot de grce dans un sens tellement gnral qu'il attribue l'existence du mal qui arrive la grce de ,dieu1 appelant ainsi les combinaisons de sa sagesse et de sa bont4 7,introd41 t4 ,,iii1 p4 #aaah47 ,note #eji3 ,s4 ,thom41 ,summ41 prim4 sec41 qu4 ,,cix1 a4 #a et #aa4 ,c'est aux thologiens de voir si ,ablard est dans la rgle1 mais c'est aux philosophes de reconnatre combien sa doctrine se rapproche davantage des notions rationnelles1 ou plutt des notions du sens commun sur les rapports de la volont divine avec la volont humaine et de la justice ternelle avec la vertu4 ,,iv4 ,la connaissance de la nature du libre arbitre conduit naturellement ces ides qui1 nous l'avons vu1 jouent un si grand rle dans la morale d',ablard4 ,tout le bien et tout le mal gisent dans la volont4 ,tout pch est volontaire en ce que la condition du pch est la volont du mal2 cette volont n'est pas celle de l'acte extrieur qui ralise effectivement le pch1 mais du mal moral accompli en nous par cet acte extrieur4 ,l'acte extrieur ou l'oeuvre est chose indiffrente1 il en est de mme de la volont de l'oeuvre4 ,la volont mauvaise est donc le consentement au mal qui est1 ou serait1 ou peut tre dans l'oeuvre2 le consentement tant un acte volontaire1 et le pch n'tant que dans la volont1 il n'y a point de pch dans ce qui n'est point volontaire3 le dsir1 la tentation1 la concupiscence1 le plaisir1 tout cela est involontaire1 il n'y a point de pch dans tout cela4 ,nous avons vu les inconvnients possibles de ces ides2 ils disparatraient cependant devant une bonne rponse cette question3 ,qu'est-ce que le mal8 ,ablard le sent confusment1 il entrevoit que l est le point difficile2 on l'aperoit1 lorsqu'il dit qu'il veut n'appeler pch que ce qui ne peut en aucun cas 7nusquam7 avoir lieu sans faute#eaj4 ,mais que faire8 ,s'il avoue l'existence d'un bien invariable1 ce n'est qu'en passant2 il n'ose dire ce que c'est1 ou du moins lui attribuer une existence absolue1 non qu'il ne dise que le souverain bien est ,dieu1 et il a raison1 mais il n'a pas conu en ,dieu ni dans le souverain bien la substance absolue du bien1 manifeste comme loi invariable au coeur de l'homme4 ,il trouverait trop de difficult la faire concorder1 cette doctrine1 soit avec certaines prescriptions de la loi religieuse1 soit avec certaines dispensations rapportes par la thologie la ,divinit1 soit avec la distribution telle qu'il nous l'enseigne des peines et des rcompenses2 il la jette donc de ct1 et il dit ou fait entendre que1 le bien ou le mal dpendant de la volont de ,dieu1 le bien mritant ou la vertu1 le mal dmritant ou le pch1 c'est l'obissance ou la dsobissance4 ,le principe moral1 c'est donc l'amour de ,dieu4 ,note #eaj3 ,eth41 c4 ,,xiv1 p4 #feg1 et ci-dessus1 p4 #dfd4 ,toute autre solution tait impossible1 ou du moins n'tait possible que s'il et fait un pas de plus dans la voie du rationalisme et cherch le bien en lui-mme1 sauf le raliser ensuite dans la substance de la ,divinit4 ,cette doctrine1 la vraie doctrine philosophique1 non pas absolument inconnue d',ablard1 car ,platon avait transpir jusqu' lui1 mais qui dpassait trop la hardiesse de sa pense et les forces de sa mthode pour qu'il pt la pleinement concevoir1 lui aurait paru d'ailleurs plus difficile encore concilier avec les croyances communes de l'glise4 ,v4 ,enfin1 un point qui semble accessoire1 quoique j'y voie encore une consquence du principe gnral de la morale d',ablard1 c'est sa critique du sacerdoce dans la direction des mes4 ,si la volont est seule coupable1 si les oeuvres sont indiffrentes1 s'il faut chercher dans l'me du pcheur la source du bien et du mal1 du mrite ou du dmrite1 il suit que les oeuvres satisfactoires n'ont pas de vertu par elles-mmes2 toute leur vertu est dans le sentiment avec lequel on les accomplit4 ,il faut alors de la part des prtres qui dirigent les consciences beaucoup de pit et de pntration2 il importe qu'ils n'attribuent pas aux signes extrieurs1 mme aux formalits sacramentelles1 une importance et une puissance indpendantes de la partie morale de la confession4 ,que les pnitents se gardent donc de mettre toute leur scurit dans la fidlit extrieure certaines observances2 les mourants ne sauraient se contenter d'une confession sans rparation2 les vivants1 ainsi que les mourants1 ne doivent pas porter une confiance illimite des confesseurs aveugles ou superficiels1 ils doivent chercher des juges srieux1 sincres1 clairvoyants2 car le pouvoir de lier et de dlier n'est pas comme les pouvoirs de ce monde1 dont les dcisions ont leur effet pourvu qu'elles soient en forme4 ,le prtre1 l'vque mme qui nglige les points essentiels de la pnitence et de la confession1 ou la componction1 l'humilit1 la prire1 ne prononce qu'une parole vaine quand il absout1 quand il condamne1 mme quand il excommunie4 ,l'erreur on la lgret en ces matires reprsentent bientt les formalits comme si exclusivement ncessaires1 et l'autorit sacerdotale comme si absolue1 qu'on s'imagine qu'un sacrifice quelconque fonde un droit la rmission des pchs1 et qu'une absolution donne n'importe quel prix est ratifie dans le ciel4 ,de l la vente des messes et des indulgences4 ,ablard1 dont nous venons de retracer le raisonnement1 est1 comme on l'a vu1 svre sur ce point1 et sa svrit ne peut qu'tre approuve2 elle n'est peut-tre pas ce qui lui a le moins alin l'glise4 ,quelques-uns des abus qu'il attaque taient dj bien tablis1 bien gnraux1 et partant bien puissants2 d'ailleurs c'est le caractre du clerg de ne pas souffrir qu'on blme ce qu'il dsapprouve dans son propre sein4 ,ablard s'anime toujours quand il aborde les vices ou les prjugs des prtres de son temps1 et sa svrit se passionne tout coup4 ,ses ouvrages abondent en traits d'une satire amre contre les moines ou mme contre le clerg sculier2 on sent qu'il se venge#eaa4 ,cette fois il s'attaque jusqu'aux vques1 c'tait provoquer coup sur une condamnation4 ,note #eaa3 ,aux exemples que nous avons rapports ou pourrait ajouter ,d'autres preuves trs-vives1 et les prendre jusque dans ses sermons2 comme dans le sermon xxviii1 prch en l'honneur de sainte ,suzanne devant les religieuses du ,paraclet4 ,il y dclame fortement contre les dsordres des ecclsiastiques1 dont il compare la conduite celle des deux vieillards1 car la chaste ,suzanne est la sainte qu'il prconise1 et il s'crie3 ,audistis et vos1 tam presbyteri quam clerici1 judicium vestrum1 qui circa sponsas ,dei aliqua de causa convenantes1 vel eis familiaritate qualibet adhrentes1 tanto a ,deo longius receditis1 quanto eis turpiter amplius propinquntis4444 ,cum apud ipsas missarum solemnia celebratis1 vel ad infirmas ventre cogimini1 spo1 ut audio1 earum ori hostias porrigitis manibus illis quibus444 ,je ne veux pas exprimer mme en latin le reproche que la rude franchise du prdicateur profrait en chaire4 7,ab4 ,op41 p4 #ice47 ,elle ne lui manqua point4 ,cependant nous sommes de l'avis des auteurs de l',histoire littraire2 il n'tait pas condamnable pour avoir dit que le pouvoir de lier et de dlier n'avait t donn qu'aux aptres et non leurs successeurs4 ,sa pense1 bien que l'expression prte l'quivoque1 est que les aptres seuls ont eu le pouvoir rellement et absolument efficace1 c'est--dire la certitude de l'exercer avec un effet infaillible4 ,quant ce qu'on appelle le pouvoir des clefs1 comme attribution sacerdotale1 il ne le conteste pas1 il en critique l'usage4 ,en suivant le fil de son raisonnement1 disent les bndictins1 on voit qu'il ne parle que du pouvoir de discernement et non de celui de juridiction#eab4 ,note #eab3 ,hist4 littr41 t4 ,,xii1 p4 #abh4 ,mais ce qu'on pouvait observer1 c'est qu'ici encore la tendance gnrale de sa doctrine se manifeste4 ,il semble disputer au pouvoir ecclsiastique toute action mystrieuse qui remonterait de la terre au ciel1 et rduire sa prrogative une prsomption de discernement1 une autorit morale de science1 d'exprience et de pit1 garantie temporellement par le caractre extrieur du sacerdoce4 ,dans tous ses chapitres sur la pnitence et la confession1 il est parl d'humilit1 de prire1 d'amour de ,dieu1 de remords de lui dplaire1 de gmissement du coeur2 mais nulle part il n'est vraiment question de sacrement1 c'est--dire d'une communication mystrieuse1 invisible et actuelle de la saintet et de la justice1 ralise et constitue par un signe visible4 ,il ne nie pas1 mais il se tait4 ,partout o s'avance ,ablard1 le merveilleux recule2 encore une fois1 c'est l le rationalisme4 ,son thique en est plus profondment empreinte que sa thologie dogmatique2 nous n'hsitons pas la regarder comme son ouvrage le plus original4 ,,chapitre ,,viii4 ,,opuscules ,,divers4--,expositio in ,hexameron4--,dialogus inter philosophum1 judaeum et christianum4 ,rien n'est plus grand et plus obscur dans toute l'criture sainte que le commencement de la ,gense4 ,rien n'aurait plus besoin d'interprtation1 si l'esprit humain pouvait lever ses conjectures l'gal des difficults de la cration4 ,cependant les philosophes chrtiens n'ont pas recul devant cette tche audacieuse2 et plusieurs1 l'exemple de saint ,jrme1 ont entrepris d'expliquer l'inexplicable2 car l'oeuvre des six jours est moins pntrable qu'aucun problme purement rationnel1 si obscur qu'il puisse tre2 le fait ici est encore plus mystrieux que l'ide1 et il est peut-tre moins tmraire de se hasarder dire comment de l'essence de ,dieu devait natre le monde que de raconter comment il est n4 ,mais ,hlose ne croyait pas qu'aucune question ft au-dessus d',ablard4 ,ma soeur ,hlose1 chre autrefois dans le sicle1 plus chre aujourd'hui dans le ,christ1 tu me demandes et mme tu me supplies de t'expliquer ces choses#eac1 et avec d'autant plus de soin que l'intelligence en est plus difficile4 ,c'est un travail spirituel pour toi et pour tes filles spirituelles4 ,et moi1 je vous supplie mon tour1 puisque ce sont vos instances qui m'y engagent1 obtenez-moi en priant ,dieu la puissance d'y russir4 ,je commencerai par la tte2 que vos prires me soutiennent dans l'tude de cet exorde de la ,gense4444 ,si vous me voyez faiblir1 attendez de moi cette excuse de l'aptre3 ,je suis devenu insens1 vous m'y avez contraint4 7,,ii ,cor4 ,,xii1 #aa47 ,sur l'ordre d',hlose1 et guid par saint ,augustin1 il entreprend donc une exposition de l',hexameron1 ,expositio in ,hexameron4 ,ce titre tait en quelque sorte consacr1 et l'oeuvre des six jours avait t l'objet de plus d'une recherche#ead4 ,ablard en promet une explication historique1 morale et mystique4 ,note #eac3 ,p4 ,abaelardi ,expositio in ,hexameron4--,thes4 nov4 ,anecd41 t4 ,v1 p4 #acfa4 ,il s'agit des trois parties les plus difficiles peut-tre de l'criture1 le commencement de la ,gense1 le ,cantique des ,cantiques et la prophtie d'zchiel4 ,il ne parat avoir trait que de la premire partie2 encore la dissertation n'est-elle pas termine4 ,note #ead3 ,il y a un ,hexameron dans les oeuvres de saint ,basile1 de saint ,ambroise et d'autres ,pres4 ,l'ouvrage rpond peu ces promesses4 ,c'est une glose qui suit le texte ligne ligne1 et l'explique tantt suivant la lettre1 tantt suivant l'esprit1 sans unit et par remarques dtaches4 ,ainsi1 dans ces mots3 ,dieu cra444 l'esprit du ,seigneur tait port sur les eaux4444 ,dieu dit4444 ,ablard retrouve la premire expression du dogme de la ,trinit1 le ,pre1 le ,saint-,esprit1 le ,verbe4 ,plus loin1 il compare quelques mots de la version latine aux mots correspondants en hbreu1 et c'est grce ces passages qu'il s'est donn facilement la rputation de savoir la langue hbraque4 ,je conjecture que presque toute sa science cet gard tait puise dans le ,commentaire de saint ,jrme4 ,ailleurs il s'attache concilier le rcit mosaque avec la thorie des quatre lments1 et il exprime1 et l1 des vues de cosmogonie et de physique gnrale d'un trs mdiocre intrt4 ,ainsi1 rencontrant l'herbe verte dans le paradis1 herbam virentem1 le quatrime jour1 c'est--dire avant la cration du soleil1 il recherche comment la vgtation pouvait prcder l'existence de cet astre bienfaisant1 et suppose que la terre plus neuve1 plus humide1 avait plus de fertilit par elle-mme1 ou1 qu'apparemment1 et ceci est plus plausible1 avant que le monde ft achev1 tout tait soumis l'action de la volont immdiate de ,dieu et non l'empire1 des lois de la nature4 ,quand les astres sont crs1 ces signes du ciel1 signa coeeli1 il observe avec1 beaucoup de sens que s'ils sont les signes de quelques vnements1 ce ne peut tre que des vnements naturels1 comme le cours des saisons et les accidents mtorologiques4 ,il penche bien penser avec ,platon et saint ,augustin que les astres sont anims2 mais il ne prend plus ici1 comme dans l',introduction la thologie1 le ,saint-,esprit pour l'me ou le principe de l'me du monde matriel4 ,et d'ailleurs il ne se refuse pas croire tout simplement que le mouvement rgulier et stable des plantes peut tre rapport la volont de ,dieu qui1 dans les causes primordiales1 tient lieu de la force de la nature4 ,cette ide est grande1 et tt ou tard la science humaine y est ramene4 ,l'astronomie n'est au fond pour lui qu'une science naturelle2 il n'admet pas qu'elle puisse servir prvoir les futurs contingents1 c'est--dire les faits qui peuvent arriver ou ne pus arriver1 comme1 par exemple1 tous ceux qui dpendent de notre libre arbitre4 ,les futurs naturels sont dtermins dans leurs causes1 ,ils peuvent se prdire2 la mort suivra le poison1 la pluie suivra le tonnerre1 et la scheresse ou l'humidit excessive amnera la strilit4 ,plus d'un fait est connu de la nature1 cognitum naturae1 sans tre connu encore de nous4 ,ainsi le nombre des astres est pair ou impair2 mais nous n'en savons rien4 ,le bruit est susceptible d'tre entendu1 mme quand personne n'est l pour l'entendre1 et le champ est cultivable1 bien qu'il n'y ait personne pour le cultiver4 ,mais l'astronomie tant une espce de la physique1 c'est--dire de la philosophie naturelle1 comment des philosophes pourraient-ils dcouvrir par elle ce qui est inconnu la nature mme8 ,seulement1 comme les mdecins peuvent1 de la constitution des corps1 tirer beaucoup de pronostics relativement aux maladies1 les habiles dans la science des astres peuvent y puiser sur le cours des saisons1 bien des notions utiles l'agriculture et la mdecine4 ,mais ceux qui1 sur la foi de l'astronomie1 promettent quelque certitude touchant les futurs contingents1 professent une science non pas astronomique1 mais diabolique4 ,pour la mettre l'preuve1 interrogez-les sur une chose qu'il dpende de vous de faire ou de ne pas faire1 ils n'oseront rpondre4 ,s'ils ont quelque divination1 elle leur vient du diable qu'ils consultent#eae4 ,note #eae3 ,diabolus quam consulunt4 ,hexam41 p4 #achd-achh4 ,ablard rencontre en passant quelque chose qui intresse la cration des espces4 ,c'est ces mots3 ,creavit4444 omnem amimam viventem atque motabilem 7sic71 quam produxerant aquaoe in species suas4 ,cela signifie1 dit notre commentateur1 que ,dieu cra toute me1 c'est--dire tout anim en telles ou telles espces 7tales in species72 c'est comme s'il tait dit que ,dieu a cr tout anim1 quant l'espce et non quant au nombre1 toutes les espces et non tous les individus4 ,lorsqu'il est dit plus tard que ,dieu se reposa1 il faut entendre qu'il cessa de crer1 non des individus1 mais des espces1 celles-ci tant dsormais toutes prpares4 ,le commandement3 ,croissez et multipliez ne s'adresse qu'aux individus4 ,le sixime jour1 ,dieu dit3 ,producat terra animam viventem in genere suo jumenta1 etc4 ,il s'agit de la cration des animaux terrestres2 toute me vivante en son genre quivaut tout anim vivant dans son genre4 ,les animaux vivent en effet dans leur genre1 bien qu'ils meurent comme individus4 ,ils vivent dans leur genre1 c'est--dire dans leur espce1 ceux qui furent crs les premiers1 quoiqu'ils ne vivent plus en soi4 ,c'est ainsi qu'on dit d'un tyran mort qu'il vit dans ses enfants#eaf4 ,ceci est-il du ralisme ou du nominalisme8 ,note #eaf3 ,cf4 ,dialectica1 p4 #bbd et #bea4 ,quant la cration de l'homme1 une seule remarque4 ,dieu dit3 ,faisons l'homme1 faciamus hominem2 et aussitt ,dieu cra l'homme1 creavit ,deus hominem4 ,ce pluriel faciamus1 exprime que c'est la ,trinit tout entire qui aura dans l'homme son image4 ,dieu invite1 convoque en quelque sorte par cette parole les trois personnes la cration de l'tre qui reproduira au plus haut degr la puissance1 la sagesse et l'amour2 c'est--dire qui retracera le mieux les trois personnes divines4 ,et ,dieu vit toutes les choses qu'il avait faites1 et elles taient trs-bonnes1 valde bon4 ,dieu ne jugea donc pas qu'il y et rien corriger en elles4 ,elles avaient reu toute la perfection qu'elles pouvaient recevoir2 il n'tait pas convenable qu'elles en reussent davantage1 suivant cette pense de ,platon que le monde ayant t fait par un ,dieu tout-puissant et sans envie1 n'aurait pas pu tre fait meilleur#eag4 ,c'est ce que ,mose a considr quand il a dit que toutes les choses cres taient bonnes1 quoiqu'il n'ait t accord personne1 pas mme lui1 de rendre compte de toutes4 ,ce ne sont pas les choses chacune en soi1 ce sont toutes les choses ensemble qui sont trs-bonnes4 ,saint ,augustin l'a dit3 ,chaque chose est bonne en soi1 mais toutes les choses prises ensemble sont trs-bonnes4 ,car celles qui1 considres en elles-mmes1 paraissent ne valoir rien ou valoir peu1 sont trs-ncessaires dans l'ensemble gnral4 ,s'il y a de mauvaises choses1 il faut songer que l'orgueil des mauvais anges et le pch de l'homme les ont introduites dans le monde2 mais ni les anges ni l'homme n'avaient t crs mauvais4 ,tous les ouvrages de ,dieu sont bons et toute crature est bonne1 n'ayant en elle ni mal ni pch par son origine de cration4 ,dieu accorde chacune ce qui lui convient1 en sorte que chacune est faite par lui1 non-seulement bonne1 mais excellente1 c'est--dire trs-bonne1 valde bona1 et non-seulement par la premire cration1 mais encore tous les jours1 lorsque1 par l'effet des causes primordiales1 elles naissent et se multiplient4 ,la dsobissance premire de l'homme a seule altr cet ensemble de la cration4 ,aussi le premier devoir est-il encore l'obissance ,dieu4 ,note #eag3 ,time1 t4 #a1 p4 #hg de la trad4 de ,m4 ,h4 ,martin4 ,toutes ces observations appartiennent au commentaire historique#eah4 ,le moral et le mystique qui viennent ensuite sont trs-courts et assez insignifiants4 ,de l l'auteur passe au second chapitre de la ,gense1 et nous n'avons son exposition que jusqu'au ,x,v,i,ie verset4 ,il n'y a rien remarquer dans cette partie de l'ouvrage1 et ses recherches1 soit sur la topographie du paradis et ses consquences gographiques1 soit sur la question de savoir si l'arbre de vie tait un figuier ou une vigne#eai1 soit enfin sur la langue que ,dieu parla l'homme et le serpent la femme1 n'ont pas mme un mrite de singularit4 ,note #eah3 ,hexam41 p4 #acfe-adjb4 ,note #eai3 ,il est port croire que c'tait une vigne4 7,hexam41 p4 #adji4---;,in natal4 ,dom41 serm4 ii1 ,ab4 ,op41 p4 #gdd47 ,en tout1 nous ne pouvons souscrire aux loges que quelques auteurs ont donn l',hexameron#ebj4 ,le commentaire que1 quatre ou cinq sicles auparavant1 ,bde avait donn du commencement de la ,gense nous parat suprieur2 celui de ,scot rigne s'lve une tout autre hauteur1 et il tonne encore aujourd'hui par la profondeur et la hardiesse1 tandis que nous ne pouvons rien apercevoir de fort ni d'ingnieux dans tout ce que suggre notre interprte le merveilleux rcit qu'il prend pour texte2 ce commentaire ne nous parat avoir de prix que par les preuves qu'il fournit de l'instruction varie de l'auteur4 ,encore serait-il possible1 je crois1 de dcouvrir les sources de cette instruction1 et de trouver et l dans saint ,augustin1 saint ,jrme et ,boce1 les principaux passages dont il a compos le pastiche de sa science4 ,mais cela mme serait curieux et donnerait lieu d'intressantes recherches sur l'origine et l'tat des connaissances cette poque du moyen ge4 ,note #ebj3 ,entre autres les diteurs de l'ouvrage1 ,durand et ,martne4 7,observ4 prr41 p4 #acfa47 ,quant celle o l'ouvrage fut compos1 elle est1 d'aprs le prologue1 videmment postrieure l'installation d',hlose au ,paraclet4 ,je crois mme qu'elle l'est la rupture d',ablard avec le couvent de ,saint-,gildas4 ,l'ouvrage serait donc des dix dernires annes de sa vie4 ,les bndictins1 qui l'ont publi1 pensent mme1 qu'il fut crit ,cluni4 ,cette conjecture nous parat dnue de preuves et exempte d'objections4 ,ils se fondent sur ce qu'en parlant de l'me du monde1 ,ablard ne la confond plus avec le ,saint-,esprit2 ils voient l qu'il tait converti et corrig1 mais il pouvait avoir chang d'avis sur ce point1 avant que le concile de ,sens et pris soin de le condamner2 nous voyons dans la ,dialectique une rtractation formelle de cette opinion2 et ce n'est pas une preuve directe que la ,dialectique ait t compose ,cluni4 ,rien n'empche cependant de lui donner cette date#eba4 ,note #eba3 ,hexam4 ,obs4 prv41 p4 #acha et #ache4--,voyez ci-dessus1 t4 #a1 c4 vi1 p #dje et dans ce volume1 c4 ii1 p4 #aig et #bbc4 ,nous ne dirons que peu de chose de quelques opuscules d',ablard qui compltent la srie de ses ouvrages publis sur la thologie4 ,il avait crit aux filles du ,paraclet une ptre ou exhortation l'tude des lettres#ebb4 ,dans cette composition assez remarquable1 il exalte ensemble et le prix de l'tude1 et l'utilit des langues1 et la ncessit de l'instruction littraire pour l'intelligence de la foi1 et l'rudition rare de l'abbesse1 et l'avantage qu'il y aurait voir la science renatre avec clat chez les religieuses1 lorsqu'elle a pri chez les moines4 ,nous avons dj cit un fragment de cette ptre qui mrite d'tre lue4 ,elle excita la curiosit et l'mulation des religieuses et de leur suprieure1 qui1 en leur nom1 crivit au matre pour lui soumettre les questions de leur ignorance4 ,toi1 qui es aim de beaucoup1 mais le plus aim parmi nous444 rappelle-toi ce que tu nous dois et ne tarde pas t'acquitter4 ,nous1 les servantes du ,christ et tes filles spirituelles1 tu nous a runies dans ton propre oratoire1 et enchanes au service divin2 sans cesse tu nous exhortes nous occuper de la parole divine et faire des lectures sacres4 ,tu nous as bien souvent recommand la science de l'criture sainte comme tant le miroir de l'me2 l'me1 disais-tu1 y voit sa beaut ou sa difformit1 et tu ne permettais pas une pouse du ,christ de manquer de ce miroir-l1 si elle avait coeur de plaire celui qui elle s'tait voue2 et tu ajoutais que la lecture des critures non comprise tait comme le miroir plac devant les yeux d'un aveugle4 ,excites par tes conseils1 mes soeurs et moi1 en cherchant t'obir444 nous avons t troubles par une foule de questions1 et la lecture nous devient plus difficile2 plus nous ignorons1 moins nous aimons4444 ,et elle soumet son matre quarante-deux questions qui ont t recueillies avec les rponses sous ce titre3 ,heloiss paraclitensis diaconiss problemata1 cum mag4 ,p4 ,ablardi solutionibus#ebc4 ,ces problmes sont des difficults suggres par la lecture du ,nouveau ,testament2 quelques-unes ne roulent que sur le texte ou sur quelques vnements du rcit vanglique4 ,un petit nombre ont une importance doctrinale4 ,note #ebb3 ,ab4 ,op41 epist4 vi1 ,de ,studio litterarum1 p4 #bea4 ,note #ebc3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 p4 #chd-dea4 ,parmi celles-ci1 on en peut distinguer plusieurs4 #a ,la question ,,xiii1 touchant le pch contre le ,saint-,esprit4---,ablard pense que le pch remissible contre le ,fils est celui qui consiste lui contester sa divinit1 non par malice1 mais par une invincible ignorance2 tandis que le pch irrmissible contre le ,saint-,esprit est celui de l'homme qui1 sciemment et mchamment1 retire la bont de ,dieu1 c'est--dire l',esprit-,saint1 ce qu'il attribue un malin esprit4 ,c'est un pch plus grave que celui du diable mme4 ,car le diable1 dans son orgueil1 ne parat pas tre all jusqu' ce blasphme1 d'accuser ,dieu de mchancet2 un tel crime ne mrite point de grce1 tandis qu'il convient la pit comme la raison que tout homme qui1 par la loi naturelle1 reconnaissant un ,dieu crateur et rmunrateur1 s'attache lui d'un zle assez grand pour ne chercher jamais l'offenser par ce consentement qui est proprement le pch1 ne puisse tre jug digne de damnation4 ,ce qu'il est ncessaire qu'il apprenne pour son salut lui est rvl avant la fin de la vie ou par inspiration ou par quelque message qui lui est envoy1 comme nous le lisons du centurion ,corneille#ebd4 ,note #ebd3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 p4 #djg4 7,voyez aussi ci-dessus1 c4 ,,vii1 p4 #dga47 #b ,la question ,,xiv sur les sept batitudes#ebe4---;,ablard pense que la batitude est promise celui qui1 par l'esprit1 spiritu1 est tout ce que dit le ,sauveur1 pauvre1 doux1 pacifique et le reste4 ,il n'admet donc pas que le pauvre d'esprit soit par l mme un bienheureux4 ,rien au monde1 je crois1 ne l'et dtermin faire une vertu ni une grce divine de l'indigence intellectuelle4 ,ceux-l1 selon lui1 sont pauperes spiritu1 qui se font pauvres par l'esprit1 c'est--dire qui1 ddaignant les volupts corporelles1 s'lvent par l'esprit au-dessus des richesses mondaines1 et s'en dpouillent spirituellement en les foulant aux pieds2 et je doute que cette interprtation ne soit pas la meilleure4 ,note #ebe3 ,ibid41 p4 #djh4 #c ,les questions ,,xv1 ,,xvi1 ,,xviii et ,,xxv#ebf1 toutes relatives la diffrence de la loi ancienne la loi nouvelle4---,dans ses rponses1 ,ablard dveloppe le thme connu que la nouvelle loi est une loi de perfection morale1 qui rgle l'intrieur de l'homme1 tandis que l'ancienne s'adressait surtout l'homme1 extrieur1 et qui punit l'intention et non pas seulement l'acte matriel2 d'o il suit que le pch est dans le consentement de l'esprit1 et que l'me est absoute par la bonne volont ou par l'ignorance invincible4 ,note #ebf3 ,ibid41 p4 #daf1 #dag1 #dbd et #dbg4 ,nous retrouvons partout les doctrines religieuses et morales exposes dans les grands ouvrages d',ablard4 ,ses autres crits thologiques sont trois expositions de l',oraison dominicale1 du ,symbole des aptres et du ,symbole d',athanase2 on lui attribue galement1 mais tort suivant les auteurs de l',histoire littraire1 un rsum des diverses hrsies et des textes auxquels elles sont contraires1 ,adversus hreses liber#ebg1 ainsi qu'un catchisme incomplet qui1 sous le nom d',elucidarium1 figure parmi les ouvrages apocryphes de saint ,anselme#ebh4 ,mais ce serait prolonger sans intrt notre travail que de s'arrter des crits dtachs qui1 lors mme qu'ils sont authentiques1 ne tmoignent gure que de l'ardente activit d'esprit de leur auteur4 ,note #ebg3 ,ab4 ,op41 p4 #cei1 #cfh1 #cha1 #deb4--;,hist4 litt41 t4 ,,xi1 p4 #acg4 ,note #ebh3 ,elucidarium sive ,dialogus summam totius christian theologi coniplectens4 ,il en existait dans les bibliothques anglaises deux manuscrits1 l'un en latin1 l'autre en franais 7ce dernier pourrait avoir un certain prix littraire7 sous le nom de saint ,anselme2 et l'ouvrage a t imprim dans l'dition des oeuvres de ce saint donne ,cologne en #aegc4 ,d4 ,gerberon a d l'insrer dans la sienne inter spuria 7p4 #deg de l'd4 de #agba74 ,trithme l'attribue ,honor d',autun4 ,durand et ,martne disent en avoir vu1 dans un couvent du diocse de ,tours1 un exemplaire sous le titre d',ablardi ,elucidarium 7,thes41 t4 ,v1 p4 #acfa74 ,c'est un catchisme fort incomplet1 dont le style ne ressemble nullement celui d',ablard et o ne se retrouve presque aucune de ses opinions caractristiques4 ,le passage le plus remarquable est un tableau assez piquant des diverses professions de la socit et de leurs chances de salut ternel 7c4 ,,xviii1 ,de variis laicorum statibus1 p4 #dgd74 ,en voici quelques traits4 ,milites8 parvi boni4--,quam spem habeut mercatores8 parvam4--,joculatores8 nullam4--,variiartifices8 pene omnes pereunt4--,publice poenitentes8 ,deum irridentes4---,fatui8 inter pueros4--,agricol8 ex magna parte salvantur1 quia simpliciter vivunt4 ,les auteurs de l',histoire littraire adoptent sur l'origine de cet ouvrage l'opinion de ,trithme 7t4 ,,ix1 p4 #ddc1 et t4 ,,xii1 p4 #acc et #afg74 ,les sermons inspireraient plus d'intrt#ebi1 ,s'ils contiennent peu d'ides saillantes1 ils sont du moins un assez curieux monument de l'art de la chaire au ,x,i,ie sicle2 ce titre1 ils appartiennent l'histoire de la littrature4 ,ils renferment aussi1 bien qu'en trs-petit nombre1 des traits de moeurs dignes d'tre recueillis1 des allusions aux usages ou aux vnements du temps2 mais on y chercherait vainement l'loquence ou mme un art vritable4 ,un seul1 le sermon en l'honneur de sainte ,suzanne1 nous parat offrir quelques traces de talent4 ,l'hrone du sermon n'est pas1 comme on pourrait s'y attendre1 une des saintes qui ont port ce nom depuis l'vangile1 mais la ,suzanne de l',ancien ,testament1 la chaste ,suzanne elle-mme1 dont la fte se clbrait alors probablement au #bf janvier1 et ce discours n'est qu'une paraphrase du rcit biblique4 ,on y remarque une assez belle peinture de la comparution de ,suzanne devant ses juges et plus d'un mouvement bien senti contre l'indignit et la tyrannie des faux jugements4 ,l'orateur y prend occasion du crime des vieillards pour dnoncer avec une singulire rudesse les scandales de certains membres du clerg#ecj4 ,un pangyrique de saint ,jean-,baptiste lui sert galement de texte pour dpeindre par de claires allusions et pour attaquer avec svrit la vie des moines1 leur sottise et leurs dsordres1 en opposant ce tableau l'loge des philosophes#eca4 ,en gnral1 ,ablard porte dans ses sermons l'esprit de libert et de remontrance qui l'accompagnait ailleurs1 et quoique la plupart aient t prononcs au ,paraclet1 on est tonn des choses srieuses ou hardies qu'il entremle aux exhortations dogmatiques destines d'humbles religieuses4 ,mais il enseignait toujours1 et tout auditeur tait un disciple4 ,hlose n'avait-elle pas commenc ainsi8 ,note #ebi3 ,ab4 ,op41 p4#gbi-ifh4 ,note #ecj3 ,serm4 ,,xxviii de ,s4 ,suzanna1 ,ab4 ,op41 p4 #ibe1 #icj1 #ice4 ,l'glise clbre aujourd'hui la fte de sainte ,suzanne1 vierge et martyre1 le #aa aot2 mais on ne sait pas gnralement que ,suzanne de ,babylone a t assimile aux saintes de l'vangile4 ,les ,bollandistes ne parlent pas d'elle2 mais on peut voir dans ,baillet qu'elle est fte le #bf janvier4 7,vie des ,saints1 t4 ,,iv1 part4 ,,ii1 p4 #bj47 ,note #eca3 ,serm4 ,,xxxi1 p4 #idf1 #iec1 #ifh4 ,nous devons l'rudition allemande une publication intressante qui nous arrtera plus longtemps4 ,m4 ,rheinwald1 dont nous avons dj cit le recueil d'crits indits sur l'histoire ecclsiastique1 a dcouvert dans la bibliothque de ,vienne et publi1 avec l'assentiment de ,m4 ,neander1 qui occupe en ,allemagne une place si leve dans la science thologique1 un ouvrage d',ablard dont l'existence tait vaguement connue4 ,c'est un dialogue sur la vrit de la religion chrtienne entre un philosophe1 un juif et un chrtien#ecb4 ,l'diteur n'hsite pas voir dans cet ouvrage une imitation des dialogues de ,platon qu'il suppose qu',ablard avait sans cesse entre les mains#ecc4 ,de bonnes raisons nous font douter du dernier point4 ,platon tait connu peine des savants de ,paris dans la premire partie du ,x,i,ie sicle1 et le texte en et t vainement mis sous les yeux d',ablard1 qui ne l'aurait pas entendu2 mais il connaissait une version du ,time1 peut-tre avait-il lu dans ,boce deux dialogues sur l',introduction de ,porphyre traduite par ,victorinus2 peut-tre quelques-uns des ouvrages philosophiques de ,cicron ayant la mme forme taient-ils tombs dans ses mains1 et d'ailleurs cette forme avait t ds longtemps introduite dans la controverse chrtienne4 ,ds le ,i,ie sicle1 saint ,justin1 le premier des apologistes1 avait crit son entretien sur la foi avec le juif ,tryphon4 ,on connat les dialogues thologiques d',athanase1 de ,grgoire de ,nazianze1 de saint ,augustin4 ,au ,ve sicle1 on citait les compositions du mme genre qu'vagrius avait donnes sous le titre d',altercation du chrtien ,zacche4 ,la littrature no-latine avait suivi cet exemple2 c'est un dialogue que le grand trait de ,scot rigne sur la division de la nature4 ,dans plus d'un ouvrage on a fait comparatre et discuter la philosophie1 le judasme et le christianisme2 les recueils sont remplis de ces conversations fictives o l'on introduit un juif1 un incrdule ou un hrtique qui vient soutenir assez gauchement sa thse en prsence d'un docteur aisment victorieux#ecd4 ,les beaux traits de saint ,anselme ont souvent la forme de dialogues1 et ,ablard parat avoir mis plus d'une fois dans ce cadre ses ides dogmatiques4 ,on cite de lui#ece plusieurs dialogues philosophiques dont un seul est sous nos yeux1 et la composition en est trop soigne pour que nous nous bornions en avrer l'existence4 ,voici le dbut3 ,note #ecb3 ,p4 ,ablardi ,dialogus inter philosophum1 judum et christianum4 ,anecd4 ad ,hist4 eccles4 pertin41 ed4 ,f4 ,h4 ,rheinwald1 pars #a4 ,berol4 #ahca4 ,note #ecc3 ,id4 ibid41 prooem41 p4 x4 ,note #ecd3 ,le volume du ,thesaurus anecdotorum qui renferme l',hexameron contient cinq ou six exemples de ces dialogues thologiques3 ,altercatio inter christianum et judum2 ,hugonis archiep4 ,rotom4 ,dialogorum libri ,,vii2 ,disputatio ,ecclesi et ,synagog2 ,dialogus inter ,cluniacensem et ,cisterciensem2 ,disputatio inter catholicum et paternum hreticum4 ,les oeuvres de saint ,anselme1 outre ses dialogues authentiques1 en contiennent deux qui lui sont attribus sans preuve1 et o figure un juif parmi les interlocuteurs4 7,s4 ,ans41 ,op41 p4 #eac et #ebe47 ,on peut croire d'ailleurs que de telles discussions devaient souvent avoir lieu dans la ralit1 et on lit dans ,grgoire de ,tours le curieux rcit d'une controverse entre lui et le juif ,priscus1 en prsence du roi ,chilpric4 7,rcits des temps mrovingiens1 par ,m4 ,aug4 ,thierry1 t4 ,,ii1 #f;e rcit47 ,note #ece3 ,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #acb4 ,je regardais dans la nuit#ecf1 et voil que trois hommes1 venant chacun par un sentier diffrent1 s'arrtrent devant moi4 ,aussitt1 comme dans une vision1 je leur demande quelle est leur profession ou pourquoi ils viennent moi4 ,nous sommes des hommes1 disent-ils1 attachs diverses sectes religieuses1 car nous faisons profession d'tre tous galement adorateurs d'un seul ,dieu1 et cependant nous le servons avec une foi diffrente et par une vie qui n'est pas la mme4 ,un de nous1 gentil1 de ceux-l qu'on nomme philosophes1 se contente de la loi naturelle2 les deux autres ont des lois crites2 l'un est appel juif1 l'autre chrtien4 ,depuis longtemps nous confrons et disputons ensemble1 touchant nos diverses croyances1 et nous sommes convenus de nous soumettre ton jugement4 ,note #ecf3 ,aspiciebam in visu noctis4 ,dialog41 p4 #a4 ,a ces mots1 fortement tonn1 je leur demande qui les a dcids et runis ainsi1 et par quelle raison surtout ils m'ont choisi pour juge4 ,le philosophe se charge de me rpondre3 ,c'est par mes soins1 dit-il1 que ce dessein a t arrt2 car c'est le fort des philosophes que de chercher la vrit par le raisonnement et de suivre en tout1 non l'opinion des hommes1 mais la direction de la raison4 ,attentif de coeur aux leons de nos coles philosophique1 une fois instruit tant des raisons que des autorits qu'on y donne1 je me suis ensuite appliqu la philosophie morale1 qui est la fin de toutes les sciences2 c'est pour elle seule1 il me semble1 qu'il faut goter de tout le reste4 clair par elle suivant les forces de mon intelligence en ce qui concerne le souverain bien et le souverain mal1 et les choses qui font l'homme heureux ou misrable1 j'ai ds lors examin part moi les sectes diverses entre lesquelles le monde est aujourd'hui divis1 et aprs les avoir tudies et compares1 j'ai rsolu de suivre ce qui serait le plus conforme la raison4 ,je me suis donc adress la doctrine des juifs et des chrtiens1 et discutant la foi1 les lois et les arguments des uns et des autres1 j'ai reconnu que les juifs taient des sots1 les chrtiens des insenss2 souffre que je parle ainsi1 toi qu'on dit chrtien4 ,j'ai confr longtemps avec eux1 et notre discussion n'tant point arrive son terme1 nous avons rsolu de dfrer ton arbitrage les raisons des deux parties4 ,nous savons1 en effet1 que ni les forces des raisons philosophiques ni les monuments des deux lois crites ne te sont inconnus4444 ,puis1 comme s'il me vendait l'huile de la flatterie et qu'il l'pancht sur ma tte1 il ajouta3 ,plus la renomme vante la pntration de ton esprit et te dit minent dans la science de tout ce qui est crit1 plus assurment tu es habile prononcer un jugement dans cette cause1 soit pour le demandeur1 soit pour le dfendeur1 et faire cesser la rsistance de chacun de nous4 ,combien est grande cette pntration de ton esprit1 combien le trsor de ta mmoire abonde en ides philosophiques ou sacres2 c'est ce que prouvent tes travaux continuels dans tes coles1 o l'on t'a vu briller dans les deux sciences plus que tous les matres1 plus que les tiens1 plus que les crivains mme qui nous devons la dcouverte des sciences2 et nous en trouvons encore l'assur tmoignage dans cet admirable ouvrage de thologie que l'envie n'a pu supporter et qu'elle n'a su dtruire1 mais dont elle a augment la gloire par la perscution#ecg4 ,note #ecg3 ,gloriosius persequendo effecit4 ,dialog41 p4 #c4 ,alors moi3 ,je n'ambitionne pas1 dis-je1 la faveur dont vous m'honorez1 quand1 cartant les sages1 vous choisissez pour juge celui qui ne l'est pas2 car je suis semblable vous4 ,accoutum aux contentions de ce monde1 j'entendrai sans peine des choses qui sont de celles o j'ai l'habitude de me plaire4 ,toi cependant1 philosophe1 qui1 ne reconnaissant aucune loi crite1 te soumets aux seules raisons1 tu ne devras pas estimer bien haut l'avantage de paratre l'emporter dans la lutte2 car ce combat tu apportes deux pes1 une seule arme les autres contre toi4 ,toi1 tu peux les attaquer tant par l'criture que par le raisonnement2 eux1 au contraire1 ils ne sauraient t'objecter la loi1 puisque tu n'en suis aucune2 ils peuvent d'autant moins contre toi par le raisonnement que1 plus aguerri qu'ils ne sont1 tu portes une armure philosophique plus complte4 ,cependant1 puisque vous tes d'accord1 votre rsolution peut m'embarrasser1 mais elle n'prouvera pas de moi un refus2 j'espre trop retirer quelque instruction de ce dbat2 car si1 comme l'a dit un des ntres1 nulle doctrine n'est si fausse qu'il ne s'y mle quelque vrit1 je pense qu'aucune dispute n'est si frivole qu'elle ne renferme quelque enseignement4 ,la discussion commence1 et le philosophe interpelle ses deux adversaires4 ,son argumentation est connue2 les sicles ne l'ont point change4 ,la loi naturelle1 dit-il1 a tout prcd2 elle est une loi purement morale2 le reste est superflu4 ,d'o vient qu'on y ajoute ou qu'on lui prfre une loi crite8 ,c'est qu'on s'obstine aux croyances de son enfance4 ,chose trange6 ,l'intelligence humaine avance avec l'ge en toute chose2 dans la foi seule1 o l'erreur est si dangereuse1 elle ne fait nul progrs4 ,on se vante de penser ce que pense le vulgaire1 de n'en pas savoir plus que les ignorants1 de croire au plus haut degr ce que l'on comprend le moins2 et cependant tel est l'orgueil humain que1 condamnant tous ceux qui ont d'autres croyances1 on les dclare dchus de la misricorde divine4 ,le juif rpond le premier1 comme tant en possession de la loi la plus ancienne4 ,cette loi1 si1 comme les juifs le croient1 ,dieu l'a donne1 comment seraient-ils coupables de la suivre8 ,des gnrations nombreuses ont pass1 depuis que le peuple saint a reu le saint ,testament2 elles en ont religieusement conserv et transmis le dpt4 ,si l'on ne peut forcer les incrdules recevoir cette tradition1 on les dfie de la dtruire4 ,et qu'y a-t-il de plus conforme la bont de ,dieu que ce soin qu'il aurait pris de donner une rgle ses cratures8 ,si la ,providence rgit ce monde1 ne doit-elle pas1 comme les rois de la terre1 promulguer ses lois2 et si elle l'a fait1 quelle loi est plus ancienne que la loi juive8 ,aussi1 voyez le dvouement qu'elle obtient et la fidlit qu'elle inspire4 ,ici se place une peinture vive et pathtique de la condition terrible que les juifs ont accepte pour demeurer attachs la loi divine4 ,c'est un tableau vrai de la situation des juifs au moyen ge1 et certainement un des plus beaux morceaux qu',ablard ait crits#ech4 ,note #ech3 ,dialog41 p4 #h-ab4 ,le philosophe rend justice au zle des ,hbreux2 mais la question est de savoir si ce zle est conforme la raison4 ,point de secte qui ne pense obir ,dieu1 et cependant la secte juive se croit la seule qui soit dans le vrai4 ,or1 avant que la loi ft donne sur le ,sina1 les saints patriarches1 borns la loi naturelle1 taient agrables ,dieu2 et tandis que la loi mosaque ne leur promet que des biens terrestres1 ils ont perdu les biens terrestres en y demeurant fidles4 ,la critique que le philosophe dirige contre cette loi est vive et dveloppe4 ,le juif rpond par une apologie trs-tendue4 ,discutant en dtail textes et arguments1 il s'attache prouver que si l'accomplissement de la loi efface les pchs1 elle dtruit ncessairement le seul obstacle la batitude4 ,la rplique du philosophe est une nouvelle censure des formalits oiseuses ou bizarres1 prescrites par la loi des juifs1 et sa conclusion est l'impossibilit de prouver que de telles additions la loi naturelle soient lgitimes et efficaces4 ,il cherche les dcrier par des raisons prises de l'ordre moral et de la distance qui spare les sentiments du coeur humain des prescriptions matrielles d'une loi de chair4 ,puis les deux interlocuteurs se tournent vers le juge1 qui1 avant de prononcer1 dit qu'il veut entendre le chrtien4 ,et maintenant1 chrtien1 je t'interpelle1 dit le philosophe1 une loi postrieure doit tre plus parfaite4 ,mais le chrtien l'arrte1 et lui demande pourquoi il somme de s'expliquer celui qu'il nommait tout l'heure un insens4 ,et pourtant cette folie des chrtiens a persuad les savants disciples de la philosophie antique6 ,voici1 au reste1 l'argument du chrtien3 ,si deux lois ne peuvent tre conserves en mme temps1 il faut maintenir la plus importante2 de l1 la condamnation de la loi juive4 ,le philosophe parat jusqu' un certain point souscrire cette proposition1 et le chrtien poursuit en dfendant sa loi4 ,ce que vous appelez thique ou loi morale1 nous l'appelons loi divine1 dit-il2 et il demande une bonne dfinition de la loi morale4 ,le philosophe alors prend la parole1 et il expose que la science de cette loi ou la philosophie n'est1 en dfinitive1 que la science du souverain bien4 ,or1 la superstition seule pourrait contester la raison d'tre l'unique guide dans cette prcieuse science4 ,le christianisme rejette la foi qui n'est pas fonde sur la raison2 et il est sans cesse forc de discuter et de s'appuyer sur des textes ou des arguments la manire de la philosophie4 ,et le chrtien s'empresse de reconnatre qu'il n'est pas en effet de meilleure mthode pour amener un philosophe la foi catholique2 et1 de concert avec son adversaire1 ils se livrent la recherche du souverain bien4 ,ici1 adoptant un procd assez analogue celui de ,socrate dans ,platon1 le chrtien amne le philosophe par des questions dont la conclusion reste cache1 concder1 pour arriver dfinir le souverain bien1 un certain nombre de propositions1 et ils tombent ainsi tous deux d'accord que le souverain bien de l'homme ou la fin de l'honnte homme est la batitude de la vie future laquelle nous conduisent les vertus4 ,or1 s'il est vrai que la loi juive n'ait jamais promis cette batitude1 ce reproche ne peut certes s'adresser la loi de ,jsus-,christ4 ,la diffrence entre la philosophie et la foi1 c'est que la premire tend une batitude humaine1 et l'autre une batitude divine4 ,une batitude humaine varie suivant les hommes1 et c'est du souverain bien absolu et non relatif a l'homme qu'il faut se proccuper4 ,aprs quelques contestations sur ce point1 le philosophe1 somm de dfinir les vertus qui donnent le souverain bien1 dveloppe1 suivant les ides de la sagesse antique1 ce que c'est que la prudence1 la justice1 la force et la temprance4 ,puis1 passant aux espces de ces quatre genres1 il rattache la justice le respect par lequel on rend soit a ,dieu1 soit aux hommes1 l'hommage qui leur est d1 la bienfaisance1 qui vient au secours des souffrances humaines1 la vracit1 qui nous inspire la fidlit nos promesses1 enfin1 la vengeance1 vindicatio1 ou la ferme disposition vouloir que le mal commis porte sa peine4 ,un principe domine toutes les vertus de justice1 c'est que le bien commun en est la rgle1 et non pas le bien individuel4 ,telle est la justice dans l'me du stocien1 dans l'me de ,caton4 ,la justice1 au reste1 repose sur deux sortes de droit1 le droit naturel et le droit positif4 ,la force se divise en magnanimit et en tolrance2 la magnanimit est la disposition tenter le difficile pour une cause raisonnable2 la tolrance supporte les preuves de la tentative et y persvre4 ,la temprance se dcompose en humilit1 en frugalit1 en douceur1 en chastet1 en sobrit4 ,la prudence est ncessaire toutes ces vertus2 elle les dirige et les claire#eci4 ,le chrtien semble approuver toute cette analyse2 puis1 revenant la recherche interrompue du souverain bien1 il demande au philosophe ce qu'il pense du souverain mal4 ,comme il rsulte de la rponse que le souverain mal consiste dans les tourments qui attendent dans le monde venir l'homme qui les a mrits1 le chrtien veut savoir comment1 si ce chtiment est juste1 il peut tre un mal2 car ce qui est juste est bon1 et ce qui est bon est un bien4 ,et le philosophe1 remarquant qu'une peine peut tre bonne sans tre un bien1 est pouss cette contradiction qu'une chose bonne soit le souverain mal1 opinion que le chrtien achve de ruiner1 en observant que la faute1 qui amne la peine est un plus grand mal encore que la peine1 laquelle ne peut par consquent tre appele le souverain mal4 ,quels sont donc le souverain mal et le souverain bien8 ,la haine et l'amour de ,dieu1 ce qui nous rend meilleurs et ce qui nous rend pires1 ce qui nous porte lui plaire1 ce qui nous pousse lui dplaire4 ,seulement il s'agit de l'amour souverain1 de la haine souveraine4 ,les degrs s'en mesurent sur ceux de la vision de ,dieu4 ,dieu est immuable1 invariable2 mais on le connat1 on le comprend plus ou moins1 et l'amour crot avec l'intelligence4 ,note #eci3 ,dialog41 p #hc4 ,ici le philosophe1 qui n'a pas oubli sa dialectique1 demande brusquement si le suprme amour de ,dieu tant un accident de l'homme1 le souverain bien est accidentel ou substantiel4 ,c'est la doctrine du sicle et de la terre1 s'crie le chrtien1 qui se repat de ces distinctions4 ,elles importent peu la vie cleste4 ,comment d'ailleurs dcider la question1 sans l'exprience2 et qui a l'exprience de la vie cleste8 ,il est indiffrent la batitude d'tre accident ou substance2 puisqu'elle n'est pas en tous1 elle n'est pas substance2 puisqu'une fois qu'elle est1 elle ne peut cesser d'tre1 elle n'est pas accident4 ,qu'est-elle donc8 ,dieu1 ,dieu mme2 ,dieu est proprement le souverain bien1 et participer la vision1 la connaissance de ,dieu1 est vritablement la batitude4 ,le philosophe ne conteste pas1 mais il demande si la vision de ,dieu est borne localement1 et comme il lui est rpondu que partout o sont les mes1 elles peuvent trouver la batitude dans la participation la vision de ,dieu3 ,pourquoi donc1 dit-il1 la batitude est-elle relgue dans le ciel8 c'est au ciel qu'est mont votre ,christ1 et l'criture a plus d'un passage o une place est donne ,dieu4 ,le souverain bien est dans le ciel1 le souverain mal est en enfer4 ,le chrtien rpond par la distinction du sens littral et du sens figur2 il faut donner aux expressions un sens parabolique2 il faut dans le rcit des faits chercher le sens mystique4 ,le philosophe revient une seconde fois au souverain bien1 et demande ce que c'est que bien1 ce que c'est que mal2 il entrane ainsi le chrtien dans le labyrinthe des dfinitions4 ,aprs quelques rflexions sur la difficult de dfinir1 celui-ci recherche quelles sont les bonnes et les mauvaises choses1 et il reproduit quelques-unes des ides que nous avons rencontres dans le ,scito te ipsum1 ce qui le conduit la question tant de fois aborde3 ,dieu a-t-il fait le mal1 et comment le permet-il8 ,nous connaissons le sentiment d',ablard sur cette question profonde1 et ce sentiment n'a pas chang4 ,a cet endroit du ,dialogue1 il semble que nous touchions au point dcisif4 ,mais par malheur le manuscrit est interrompu3 nous n'avons ni la fin de la controverse1 ni la sentence du juge4 ,cette perte est fort regrettable4 ,si le ,dialogue contient peu de choses neuves1 il est crit avec une libert philosophique et une lgance littraire qui lui donnent un vritable prix2 la question est fondamentale2 elle est traite hardiment1 et l'on aurait aim voir ,ablard prononcer la fin un jugement net et motiv entre le juif1 le philosophe et le chrtien4 ,il est probable que son arrt tait une conciliation1 en ce sens que l'identit pour le fond entre la loi naturelle et la loi de ,dieu aurait t dclare4 ,on et accord au philosophe que1 par la raison1 la science et la vertu1 il pouvait s'lever cette puret d'me et de vie qui plat ,dieu1 et qui1 tant le meilleur fruit de l'amour qu'on lui porte1 prjuge et suppose en quelque sorte cet amour4 ,mais cette concession ne lui et t faite qu' condition de reconnatre que la loi de ,dieu selon l'vangile1 plus parfaite1 plus authentique1 plus explicite1 rendue plus sainte et plus aimable par le divin sacrifice du ,christ1 consacre la vraie philosophie1 mais aussi l'achve et la remplace1 et que la sagesse des sages n'est plus en droit de se tenir spare de la foi des chrtiens4 ,quant au juif1 dans ce compromis1 je ne sais trop quelle aurait t sa part2 je crains bien que ce ne ft lui qui payt les frais du procs4 ,tout au plus lui aurait-on accord que la loi mosaque avait t une traduction1 mme un complment de la loi universelle1 approprie un peuple1 ncessaire pour un temps1 mais qu'elle devait se fondre et disparatre dans le sein de la loi chrtienne4 ,c'est du moins l l'opinion que dj nous avons entendu soutenir par ,ablard1 et rien n'annonce dans tout cet ouvrage qu'il l'et abandonne#edj4 ,note #edj3 ,le ,dialogue est suivi dans le manuscrit de deux courts fragments que ,m4 ,rheinwald a publis4 ,l'un est une exhortation adresse par un matre son lve qu'il appelle son fils chri1 et qu'il loue d'avoir remarqu dans le ,dialogue du matre ,pierre ce qui y est dit du souverain bien1 et le trouvant insuffisant1 d'avoir fait sur ce point de nouvelles recherches et rdig quelque dissertation4 ,l'autre fragment est une partie1 ou de cette dissertation mme1 ou plutt d'une note sur la mme question1 que le matre en finissant a promise son lve4 ,le tout semble un travail d'cole4 7,dialog41 p4 #abe-ahj47 ,tous les principes d',ablard sont respects ou reproduits dans cet ouvrage4 ,rien donc1 pour le fond des ides1 n'empche de le lui attribuer4 ,la forme est nouvelle2 le style diffre de celui auquel il nous a habitus4 ,le ton est plus dgag et l'expression plus vive et plus moderne4 ,mais dans le cadre imaginaire o il place la controverse1 il a pu prendre une libert d'allure qu'il s'interdit1 dans ses crits didactiques1 et l'imitation assez visible des anciens a pu relever et rajeunir son talent4 ,il serait bien svre1 parce qu'un ouvrage est mieux crit que les autres1 de le contester celui dont il porte le nom1 et nous consentons en croire ,m4 ,rheinwald1 qui ne doute pas de l'authenticit de ce dialogue4 ,si elle pouvait1 au reste1 tre branle1 il faudrait au moins considrer cette composition comme une fiction littraire dont l'auteur aurait entendu faire parler ,ablard1 comme ,platon fait parler ,socrate1 comme ,cicron introduit ,brutus ou ,caton4 ,le monde dure1 les sicles passent1 l'esprit humain change de croyance1 de mthode ou de langage4 ,cependant1 qui ne reconnat dans ce dialogue si longtemps ignor1 qui ne croit lire sur ces parchemins si longtemps couverts de la poudre des ans1 les ides mmes et les paroles par o commencerait encore aujourd'hui une controverse srieuse sur la vrit de la religion8 ,nous ne sommes pas de ceux qui mconnaissent les rvolutions de l'esprit humain4 ,il se renouvelle pour tout ce qui n'a qu'un temps2 il change pour tout ce qui passe4 ,mettez-le en prsence des questions ternelle1 il ne change pas4 ,,chapitre ,,ix4 ,r,,flexions ,g,n,,rales4 ,j'ai racont l'histoire d'un seul homme1 et j'ai pass en revue ses crits4 ,si le vrai ne m'est point chapp1 il doit tre facile prsent de juger son caractre1 son talent1 son esprit1 et avec tout cela son influence sur son temps et sur les temps qui ont suivi le sien4 ,peut-tre me serait-il permis de ne point exprimer des conclusions dont j'ai donn les lments1 et qui se rencontrent et l indiques dans cet ouvrage4 ,je ne saurais1 sans d'odieuses redites1 dvelopper ici la pense gnrale que doit laisser ce livre ceux qui auront eu le courage de parcourir jusqu'au bout les arides sentiers de la philosophie et de la thologie scolastiques4 ,on peut remarquer que personne n'a parl ddaigneusement ou mme froidement d',ablard4 ,tout le monde sait quelle tait la svrit de ,condillac pour tout ce qui n'tait pas le ,x,v,i,i,ie sicle1 et voici pourtant ce qu'il crit3 ,une me avide de gloire se hte de prendre son essor4 ,quelquefois elle se sent comme gne par la rflexion1 et ne suivant plus que son instinct1 elle s'lance1 et ne voit que le terme o elle est ambitieuse d'arriver4 ,elle peut causer et de grands maux et de grands biens1 et elle diffre en cela des mes communes qui ne sont pas seulement capables d'une grande folie4 ,telle tait l'me d',ablard4 ,tout ce qui pouvait nourrir une sensibilit vive avait des droits tyranniques sur elle4 ,elle ne put donc se refuser la gloire1 qui se montra sous le fantme de la dialectique2 elle ne put pas non plus se refuser l'amour1 qui1 s'offrant sous les traits d',hlose1 se fit un jeu de la dialectique mme2 et vous prvoyez que l'une et l'autre lui furent funestes4 ,mais laissons ses amours#eda4 ,note #eda3 ,histoire moderne1 ,i4 ,,viii1 c4 v4 ,peut-tre trouvera-t-on le nom d',ablard plus grand que lui-mme2 mais son influence1 je le crois1 n'a pas t infrieure sa renomme4 ,libre tout esprit srieux de condamner ce mlange de tmrit et de timidit1 d'orgueil et de faiblesse1 de scheresse et d'ardeur1 de passion et d'gosme1 qui s'aperoit au fond de cette me4 ,nous tolrons tout jugement svre1 pourvu qu'en le prononant on se souvienne que la nature a tir plus d'une copie de ce modle1 et que si les hommes d'une grande intelligence sont sujets parfois toutes ces misres1 ils ne sont pas les seuls4 ,je ne consens me montrer juste avec rigueur envers la supriorit1 que si l'on n'en abuse point contre elle1 et je ne voudrais rien ter la gloire au profit de ce qui ne l'obtiendra jamais4 ,comme crivain1 ,ablard ne saurait non plus nous retenir longtemps4 ,il n'y avait pas d'crivains au moyen ge1 par l'excellente raison qu'il n'y avait pas de langue4 ,le franais n'tait pas n1 et le latin tait dj une langue morte qu'on employait par ncessit1 mais sans inspiration4 ,ce latin plus rude que simple1 dnu d'ornements1 de grce et de clart1 ne semblait se prter en aucune faon l'imagination dans le style4 ,il n'y a peut-tre pas dix expressions remarquables dans l'oeuvre volumineuse d',ablard2 la beaut de la forme y manque constamment celle de la pense2 et sans la forme1 la pense a bien de la peine tre belle4 ,ne demandez pas au ,x,i,ie sicle l'art savant ou plutt l'affectation industrieuse avec laquelle les langues anciennes furent exploites vers la renaissance4 ,chose singulire6 on vantait1 on lisait alors les grands crits de l'antiquit1 et le got ne se formait pas2 on les admirait sans parvenir les sentir4 ,on y cherchait plutt des autorits que des modles4 ,sans le style1 que devient le talent8 celui d',ablard triomphe trop rarement des formes obscures1 tourmentes ou pdantesques de la diction4 ,seulement de temps autre1 s'chappent quelques traits d'esprit et brille quelque antithse ingnieuse4 ,plus rarement1 la parole s'chauffe1 et l'motion passe de l'me dans les mots4 ,de courts passages1 en trs-petit nombre1 de l',historia ,calamitatum1 une exhortation pathtique la rsignation et la pit adresse celle qui mprisait l'une et dsesprait de l'autre1 une peinture anime des dangers que court la ,justice en certains tribunaux de ce monde1 et des misres incroyables de la condition des juifs au ,x,i,ie sicle1 quelques invectives passionnes contre les dsordres du clerg1 enfin une ou deux prires empreintes de tendresse et de douleur1 et a et l quelques vers o respire une certaine grce dans la tristesse1 voil peut-tre tout ce qu'il serait possible d'offrir en preuves de ce qu'on appellerait aujourd'hui le talent d',ablard4 ,presque constamment1 il crit avec une prolixit toute didactique1 avec une abondance de mots et des complications de tours qui laissent subsister la clart1 mais non la facilit du style4 ,l'auteur conoit1 divise1 dveloppe ses ides dans un ordre exact1 avec une sret de raisonnement qui ne se dment point4 ,il se comprend parfaitement1 et sa pense peut paratre faible ou fausse1 jamais incertaine et flottante4 ,il sait rigoureusement ce qu'il dit4 ,son style ressemble une algbre sans lgance1 comme parlent les gomtres2 mais c'est une algbre1 et malgr la multiplicit un peu confuse des signes1 il n'y a point de vague dans les notions4 ,sa manire d'crire tient troitement sa manire de penser1 mais beaucoup moins sa manire de sentir4 ,il faut donc peu parler de son talent4 ,sous ce rapport1 il est bien infrieur saint ,bernard4 ,c'est l'homme d'autorit qui tait l'homme d'imagination4 ,l'esprit est le grand cot d',ablard4 ,subtil et pntrant1 il excelle par l'exactitude1 et il ne manque pas d'tendue ni d'abondance4 ,il est original au moins par le choix de ses ides2 il est fcond en dtails1 en remarques1 en arguments1 mais peu riche en grandes vues4 ,il prouve sa force par sa persistance dans une mthode d'exposition dductive1 o brillent tour tour les distinctions et les analogies4 ,encyclopdique pour le temps1 critique de premier ordre1 c'est un inventeur mdiocre2 et1 puisque l'on applique mtaphoriquement l'esprit les dimensions de l'tendue1 disons que le sien a la largeur sans la profondeur4 ,ablard tait singulirement propre captiver et remplir les intelligences qui venaient comme faire cortge la sienne2 ce qui parait longueur quand il crit1 semblait richesse dans son improvisation4 ,on conoit que son enseignement dut1 comme un grand fleuve1 tout couvrir1 tout inonder1 tout emporter autour de lui4 ,ainsi s'explique son influence4 ,ainsi il a pu imprimer un mouvement l'esprit humain4 ,ce grand novateur a peu invent1 mais beaucoup renouvel4 ,les ides qu'il s'approprie se compltent dans ses mains1 et se convertissent en doctrines lies1 dfinies et saisissables4 ,une vrit sans consquences en acquiert avec lui2 ce qui tait vague devient prcis1 un aperu hasard se change en proposition fondamentale1 une distinction ingnieuse en classification mthodique4 ,une forme scientifique en mme temps qu'lmentaire vient envelopper1 fortifier1 et pour ainsi dire armer sa pense4 ,tout ce qu'il pense se dmontre1 et jusqu' ses rveries prennent les apparences d'un systme4 ,c'est ce tour d'esprit peut-tre qui aujourd'hui est1 au bon comme au mauvais sens du mot1 considr comme minemment scolastique4 ,mais soit qu'il dplaise ou captive1 soit qu'on le croie encore applicable ou dfinitivement strile1 on ne peut disconvenir que l'esprit scolastique n'ait t une des transformations mmorables de cette identit flexible1 de cet indestructible ,prote qu'on appelle l'esprit humain4 ,et comme cette forme domine dans ,ablard1 comme nul monument ne la montre porte au mme degr dans aucun autre avant lui1 comme nulle renomme ne fut du ,x,ie au ,x,ve sicle suprieure la sienne1 on est en droit de dire que l'esprit d',ablard fut la source principale de l'esprit scolastique1 en d'autres termes1 qu'il eut ce rare honneur de donner une forme de cinq sicles l'esprit humain4 ,c'est l une certaine cration2 par l ,ablard est sur la ligne des inventeurs1 au moins pour la puissance de fait et pour la dure de la puissance4 ,enfin on le peut compter dans le nombre bien petit de ces hommes dont on imagine que s'ils n'avaient point paru au monde1 les destines de l'esprit humain n'auraient pas t les mmes4 ,je lui donne cet loge1 et je le limite aussitt1 en le motivant sur son influence plus que sur son gnie1 et dans l'influence1 il y a souvent de la bonne fortune2 celui qui l'obtient n'est pas toujours seul la mriter4 ,ablard fonda plutt qu'il ne cra la philosophie de l'cole franaise4 ,trouvant les ides toutes faites1 il les rduisit en systme1 et leur donna une telle puissance de propagation1 qu'il rsulta de son passage dans l'enseignement1 quelque chose de durable quant aux penses1 quelque chose d'imprissable quant la mthode4 ,si l'on voit dominer dans sa philosophie l'uniformit du procd1 une tendance tout rsoudre logiquement1 un besoin constant de se bien comprendre et d'tre bien compris1 une rsistance raisonne aux gnralits synthtiques1 aux hypothses poses en axiomes1 aux solutions par intuition1 si partout se montrent la crainte du vague1 l'amour de l'ordre1 de l'vidence1 et grce cette prtention de dmonstration universelle1 une doctrine souvent aride1 un peu troite1 convaincante et insuffisante1 qui saisit tout et n'puise rien1 simplifie souvent au risque d'attnuer1 et s'empare de la raison sans s'galer la vrit1 ne peut-on pas dire que ces caractres du gnie et du systme philosophiques d',ablard rappellent ceux du gnie national1 et surtout dans la philosophie8 ,serons-nous expos trouver beaucoup d'incrdules en avanant que l'esprit franais s'est toujours souvenu d'avoir t1 dans sa laborieuse enfance1 lev sous l'austre discipline de la scolastique8 ,le rle que par la scolastique ,ablard a jou dans la thologie1 attesterait lui seul que tout dans cette philosophie n'tait pas formalit vaine1 entrave mthodique pour la raison4 ,c'est dans la thologie peut-tre qu'il a le plus innov1 non que ses opinions en elles-mmes aient laiss beaucoup de traces2 mais l'esprit qui les a dictes1 le procd par lequel il les a tablies1 les consquences auxquelles elles devaient mener1 tout appartient ce qu'on pourrait appeler le mouvement libral de l'esprit humain4 ,c'est l une gloire relle encore que prilleuse2 la raison doit beaucoup ces habiles gens que ,leibnitz plaignait dans sa prudence et admirait dans son quit#edb4 ,ablard fit deux choses3 il voulut rendre la thologie systmatique1 l'exemple de la philosophie1 en lui appliquant les formes de la dialectique1 et par l il fut comme le ,jean ,damascne de son sicle4 ,en mme temps et par cette rvolution dans la forme1 il servit l'esprit gnral du rationalisme4 ,note #edb3 ,voyez ci-dessus chap4 ,i1 p4 #ahc4 ,il branla profondment la tyrannie de l'autorit tout en l'invoquant sans cesse1 et comme il mit aux prises par des citations habilement recueillies et les ,pres et les docteurs entre eux1 il conduisit forcment les esprits reconnatre l'arbitrage de la raison4 ,c'est par ces motifs et dans cette mesure que le gnie d',ablard peut mriter1 soit comme loge1 soit comme blme1 le titre de gnie rvolutionnaire#edc4 ,ses doctrines le sont moins que sa mthode2 le mouvement de son esprit est plus hardi que ses conclusions4 ,mais cependant celles-ci sont en gnral dans le sens de la libert de penser1 et si nous les rsumons encore une fois dans leur ensemble1 on reconnatra peut-tre1 mieux que dans nos analyses spciales1 combien sous les rapports de la religion et de la philosophie1 elles concordent avec les ides modernes4 ,note #edc3 ,cousin1 ,ouvrages ind4 d',ablard1 ,introd41 p4 v4 ,toute connaissance humaine est originaire des sens4 ,la sensation donne naissance l'ide ou conception4 ,dans la sensation1 la sensibilit connat par l'intermdiaire d'un organe4 ,dans la conception1 l'intelligence connat la nature de la chose perue dans la sensation1 ou reprsente par l'imagination4 ,mais l'intelligence n'a besoin ni de l'organe1 ni mme de la ralit sensible pour concevoir1 car elle conoit ce qui n'est pas sensible1 le gnral1 l'abstrait1 l'invisible1 l'impossible4 ,son mode d'action est le jugement2 comme rgulatrice de son action et d'elle-mme1 elle est la raison4 ,comme essence ou chose1 elle est l'esprit4 ,l'esprit est dans l'me ou plutt il est l'me en tant qu'intellective1 rationnelle1 pensante4 ,l'me est aussi vgtative1 sensitive1 animatrice2 c'est--dire qu'elle est ncessaire la vie animale et la vie organique4 ,c'est elle qui souffre et qui jouit1 qui veut et qui pche1 comme c'est elle qui peroit et qui pense4 ,ce sont l en elle des fonctions plus encore que des parties4 ,il n'y a qu'une me1 substance simple1 unit sans parties2 elle est spirituelle4 ,c'est surtout comme spirituelle qu'elle est intelligence pure1 c'est--dire libre des sens et de l'imagination1 et par l analogue ou semblable l'esprit divin2 car ,dieu n'a ni sens ni imagination4 ,son intelligence atteint tout directement1 et contient tout simultanment4 ,par la mditation1 par la contemplation1 l'esprit de l'homme s'lve et s'assimile en quelque sorte l'esprit de ,dieu4 ,comme intelligence agissant sous la forme du jugement1 l'me discerne et dcide4 ,elle dcide de l'action1 elle discerne le bien et le mal4 ,elle est la volont insparable de la raison4 ,la volont est le choix de la raison4 ,le libre arbitre est le jugement libre4 ,l'homme ainsi fait a la perceptibilit de la discipline2 il est capable de la science1 toute science dpend d'une science suprieure1 thortique1 qui la juge et qui remonte aux causes1 qui est du ressort de la raison et non de l'exprience2 c'est la philosophie4 ,la philosophie1 comme directrice de la science1 comme guidant sa marche et dterminant ses formes1 est un art1 ou la dialectique2 car la dialectique est l'art de la raison4 ,la science des choses telles qu'elles sont1 est la physique4 ,la science de la nature des choses telle que nous la concevons1 est la philosophie1 qui se rsout dans la dialectique2 car en traitant des conditions et des rgles de la raison1 la dialectique traite de la substance1 de la cause1 de la matire et de la forme1 du sujet et du mode1 du tout et des parties1 du genre et des espces1 c'est--dire qu'elle enseigne tout ce qui est abstrait et gnral dans les choses1 et qui dans l'ordre rel est constitu en individus4 ,ce qui existe rellement1 physiquement1 ce qui constitue l'individu ou l'tre1 c'est en gnral la matire et la forme4 ,il n'y a point de substance qui ne soit essence1 et toute essence ou tre est compose de matire et de forme2 sa matire est ce dont elle est1 sa forme est ce qui la fait ce qu'elle est4 ,ainsi la forme constitutive est essentielle4 ,elle est gnrique1 lorsqu'elle transforme la catgorie en genre2 spcifique1 lorsqu'elle fait du genre une espce2 individuelle1 lorsqu'elle distingue un individu de l'espce4 ,la forme est l'lment crateur1 le moyen actuel de la cration de l'tre1 ce qui le fait passer de la puissance l'acte4 ,elle vient de ,dieu4 ,mais les essences ne sont pas en elles-mmes et par elles-mmes gnrales et spciales4 ,elles ne sont pas des choses qui soient dans les choses1 qui existent indpendamment des individus4 ,a ce titre1 comme gnrales ou spciales1 elles ne sont que des universaux1 c'est--dire des conceptions universelles1 ou des noms significatifs de la conception de ce qu'il y a de plus ou moins universel dans les choses4 ,les abstractions ne sont pas des ralits4 ,la proposition1 la division1 la dfinition se calquent sur ces distinctions2 elles les reproduisent dans le langage2 et c'est ainsi que la logique ou dialectique donne1 dans l'interprtation et l'analyse1 ou dans la science des mots et de l'oraison1 une science de la nature des choses4 ,un seul tre1 ,dieu1 droge par sa nature aux rgles de cette science4 ,il est substance et il n'a pas de mode2 car le mode est une division du sujet1 et ,dieu tant simple1 il est indivisible4 ,il est forme1 et il n'a pas de forme1 car la forme aussi est un des composants de l'tre1 et ,dieu n'est pas compos2 mais il est forme comme tant une essence dtermine4 ,il est sujet et il n'a pas d'accident1 car l'accident est relatif et changeant1 et ,dieu est absolu et immuable4 ,il est individu en ce sens qu'il est unique et singulier1 et universel en ce sens qu'il est infini4 ,ces notions philosophiques sur ,dieu constituent une croyance philosophique en ,dieu4 ,s'il existe une autre foi en ,dieu1 elle ne saurait tre contraire celle-l2 en d'autres termes1 la religion ne saurait tre contraire la philosophie2 car la vrit n'est pas contraire la vrit4 ,il y a une foi de la raison4 ,toute croyance aux choses invisibles sur des preuves invisibles est de la foi4 ,or1 l'adhsion de la raison ou par la raison est dans ce cas1 un argument n'tant pas une chose sensible4 ,elle est donc aussi une foi1 la foi philosophique4 ,il faut comprendre ce qu'on croit1 et assurment aussi ce qu'on enseigne et ce qu'on apprend4 ,on croit parce qu'on est convaincu1 et la conviction s'opre par l'intelligence4 ,la philosophie a pu1 en consquence1 s'lever aux mmes ides1 aux mmes vrits que la religion4 ,elle a connu ,dieu#edd4 ,la raison1 l'intelligence sont communes la religion et la philosophie4 ,si la raison et l'intelligence sont ncessaires la foi pour la produire1 la lgitimer et l'affermir2 l o elles existaient sans la foi1 elles ont d produire par elles-mmes au moins tout ce qu'elles ajoutent la foi4 ,en d'autres termes1 ,dieu s'est rvl toute intelligence4 ,ainsi les philosophes avant l'incarnation ont connu les vrits fondamentales de la morale et de la religion4 ,ils ont compris les principes des mystres1 pressenti les mystres eux-mmes1 pratiqu les vertus chrtiennes4 ,la foi n'est donc qu'une rformation de la loi naturelle1 et il faut croire au salut de ceux qui avaient observ cette loi avec discernement et avec amour4 ,la vie de ,socrate est celle d'un martyr#ede4 ,note #edd3 ,rom4 ,i1 #ai1 #ba4 ,note #ede3 ,et le martyr ,socrate4444--,,voltaire4 ,il suit qu'il faut employer la raison contre les infidles et les hrtiques1 et donner1 quoique avec prcaution1 la religion1 les formes de la science2 car d'abord le raisonnement vaut mieux que la force contre l'erreur4 ,puis1 la vrit n'est acceptable1 dans les temps de discussion1 qu'avec les formes rationnelles1 et l'on ne peut convaincre1 sur les points o l'on est en dissidence1 qu' l'aide des points sur lesquels on s'accorde4 ,toutefois1 comme l'esprit des cratures est ingal la conception et l'expression de l'incr1 de mme1 que les philosophes ont envelopp leur pense et cherch des quivalents et des images pour rendre1 les vrits religieuses1 les vrits chrtiennes ne peuvent tre exposes qu'indirectement1 et sous le voile des analogies4 ,on ne doit tendre1 quand on les exprime1 qu'au plus vraisemblable2 il faut renoncer une proprit rigoureuse4 ,la thologie rationnelle ne fait qu'approcher de la vrit4 ,elle en donne une ombre4 ,on a vu que toutes les fois qu'il s'agit de ,dieu1 les rgles et les expressions de la science sont dfectueuses par quelque endroit4 ,il y a dans l'tre unique un mystre ncessaire4 ,dieu est un2 son unit ne peut se comparer avec nulle autre4 ,ce qu'il y a de plus simple au monde est encore corporel1 c'est--dire compos1 en comparaison de lui4 ,il ne peut donc y avoir en lui de diversit que par l'opration et non par l'essence2 c'est ce qu'on peut appeler une diversit de proprits4 ,les proprits fondamentales de la ,divinit sont la puissance1 la sagesse1 la bont4 ,mais tous ces attributs sont coternels ,dieu1 gaux les uns aux autres1 indivisibles dans leur action4 ,toute oeuvre divine est l'oeuvre de la puissance1 de la sagesse et de la bont4 ,dieu est le souverain bien1 le bien suprme1 la plnitude ou la perfection du bien4 ,il ne fait donc que le bien2 il ne peut faire que le bien1 parce que telle est sa nature4 ,mais il ne fait que le bien1 parce qu'il ne veut que le bien1 et il ne peut faire que le bien1 parce qu'il ne peut vouloir que le bien4 ,sa puissance rpond donc sa volont4 ,sa puissance en elle-mme est illimite2 mais sa volont est l'instrument d'une intelligence parfaite et d'une bont infinie4 ,il ne peut pas tout1 mais il peut1 par lui seul1 tout ce qu'il veut4 ,l'acte de sa toute-puissance est donc rgl ncessairement par sa volont1 par sa sagesse1 par sa bont4 ,il n'y a de suprieur sa puissance que lui-mme4 ,nanmoins il est libre4 ,car il ne veut le bien que parce que sa suprme intelligence connat que le bien est le bien4 ,la libert consiste faire ce qui plat2 mais parce que ce qui plat dpend de notre nature1 nous ne cessons pas d'tre libres en cela4 ,parce que la nature de ,dieu est d'aimer le bien1 ,dieu ne cesse pas de le vouloir librement4 ,puisqu'il ne veut et ne fait que le bien1 il fait tout bien1 et tout ce qu'il fait est bien3 tout est bien4 ,si tout est bien1 le mal mme a un bon but2 tout a une raison4 ,toutes ces vrits accessibles la raison n'ont jamais t manifestes d'une manire aussi complte1 aussi saisissante1 aussi pratique que par les faits miraculeux et dans les livres sacrs du christianisme4 ,il est donc la vraie religion dans sa plnitude4 ,il est la rvlation de ,dieu et de tous ses attributs1 par la mdiation de ,dieu mme4 ,par l'incarnation1 par l'vangile1 l'exemple a t donn et le tmoignage a t rendu2 les vrits sont devenues aussi claires que la lumire1 les vertus plus parfaites1 plus ncessaires1 plus faciles4 ,car l'amour a t excit par la grce4 ,c'est en effet la plus grande grce de ,dieu que la rdemption1 ,elle a dlivr l'homme de l'empire du mal1 en clairant son esprit1 en touchant son coeur4 ,d'une loi de crainte1 la religion est ainsi devenue une loi d'amour4 ,l'amour est donc le principe de la pit comme de la vertu4 ,dieu doit tre aim parce qu'il est le bien mme4 ,l'amour est d sa bont4 ,la volont de lui plaire fait tout le mrite de nos actions ses yeux4 ,le pch n'est que le mpris de ,dieu1 il suit que le bien et le mal ne rsident que dans l'intention4 ,pour bien faire1 il faut avoir l'intention du bien2 pour mriter le salut1 il faut vouloir le bien1 par amour pour ,dieu mme4 ,le mal commis sans volont ou sans connaissance qu'il est mal1 cesse d'tre le mal4 ,le bien accompli sans amour est le bien1 mais il est sans mrite aux regards de ,dieu4 ,dieu juge les coeurs et non les actions4 ,arrtons-nous ici4 ,ces penses ainsi gnralises n'ont pas assurment l'air des formules d'une sagesse gothique4 ,si elles ne sont toutes vraies1 elles offrent toutes le caractre libre et philosophique d'une foi qui ne veut relever que de la raison4 ,a les contempler dans leur lumineux ensemble1 ne vous semble-t-il pas voir ds lors blanchir l'horizon les premiers feux de l'astre qui doit se lever sur les temps modernes8 ,lorsque nous regardons autour de nous1 lorsque nous comparons nos moeurs1 nos coutumes1 nos lois1 nos gouvernements1 ce que nous savons du pass1 il nous semble que tout est nouveau1 et que l'on n'a jamais pens ce que nous pensons4 ,l'homme1 nous en croire1 a chang d'esprit1 et la vrit est une dcouverte de ces derniers jours4 ,portons-nous au contraire une attention plus pntrante dans l'examen d'une poque ancienne mais curieuse1 dans l'tude d'un grand esprit d'un autre sicle8 tout vieillit autour de nous1 nous croyons nous reconnatre dans nos pres1 et toute diffrence semble s'anantir entre le pass et le prsent4 ,l'esprit humain n'a plus fait un seul pas1 et la raison n'a rien trouv4 ,depuis l'origine des choses1 le soleil s'est lev et couch sans cesse1 mais c'est le mme soleil1 et le monde est tour tour assombri des mmes nuages1 clair des mmes rayons4 ,ces jugements contradictoires et alternatifs sont trop naturels pour tre tout fait trompeurs1 et il faut qu'il y ait1 avec le temps1 dans le monde moral1 plus et moins de changement qu'on ne le suppose4 ,non1 les hommes du pass ne sont pas ce que nous sommes1 mais ils sont ce que nous aurions t4 ,le monde est uniforme et divers1 et le temps dveloppe tout1 s'il ne cre rien4 ,l'histoire de l'humanit ne se pourrait comprendre1 si l'humanit n'tait la mme1 et n'aurait rien nous apprendre1 si l'humanit ne changeait pas4 ,mais il y a des temps o l'on est plus frapp des diffrences que des ressemblances4 ,ainsi1 dans le demi-sicle qui vient de s'couler1 c'est aux premires que l'attention semble surtout s'tre attache4 ,on n'a cess de remarquer tout ce que le pass offrait de singulier1 peut-tre dans l'espoir de faire autrement et mieux que lui4 ,c'est le propre des poques de grandes tentatives1 soit en politique1 soit en philosophie4 ,je ne serais pas tonn qu'aprs avoir relev jusqu' l'exagration les diffrences des poques1 nous ne fussions maintenant enclins en apercevoir exclusivement les ressemblances4 ,l'exprience engendre l'impartialit1 et les esprits qu'elle calme1 et que1 dit-on1 elle dsabuse1 sont ports conclure qu'en dfinitive tout se ressemble1 et qu'il y a sur la terre moins faire qu'on n'avait dit4 ,on termine avec des souvenirs ce qu'on a commenc avec des ides1 et parce qu'on a rencontr dans l'homme quelque chose de rfractaire qui ne se plie pas tous les caprices des thories1 on veut que tout soit vanit1 ides1 esprances1 thories1 et1 par consquent1 efforts et dvouements4 ,tout est vanit1 il y a longtemps que telle est la conclusion de la sagesse1 qui ne trouve rien de nouveau sous le soleil4 ,on dit que la politique s'applaudira de ce retour la tradition2 mais nous ne parlons que de philosophie4 ,dans l'histoire de l'esprit humain1 toutes les fois qu'on creuse un peu profondment1 on trouve1 pour ainsi parler1 un sol identique2 c'est un terrain de premire formation qui a port toutes les rvolutions superficielles4 ,il en doit tre ainsi4 ,la philosophie recherche des vrits qui ne sont d'aucune poque1 et elle les cherche dans l'esprit humain1 le mme aujourd'hui qu'au moment suprme o l'esprit infini le souffla sur la face de l'tre qu'il se donna pour spectateur et pour tmoin4 ,cette double identit1 la vrit ternelle transpirant dans une intelligence dont l'essence ne varie pas1 est le fond mme de la philosophie3 c'est ce qui fait la valeur incomparable de cette science4 ,mais si la vrit ne change point1 il n'en est pas de mme de la connaissance de la vrit4 ,on en sait plus ou moins1 et l'esprit humain1 multiple en facults comme en ides1 se dveloppe1 se dirige1 s'enrichit diversement en des temps divers4 ,il est bon1 il est ncessaire de s'appuyer sur ce qui ne change pas1 de savoir au moins qu'il y a de l'immutable2 mais l'intrt de l'tude1 le charme de la science1 c'est le mouvement2 une science surhumaine seule resterait immobile4 ,le mot de science lui-mme suppose une distinction entre ce qui connat et ce qui est connu1 et la conscience de notre nature intellectuelle fait foi d'un effort constant d'galer la connaissance l'inconnu4 ,ainsi de ce que l'ternel est dans l'objet de la science1 il ne suit pas que la science soit uniforme1 immobile1 qu'elle ait la stabilit fondamentale de son objet4 ,elle cesserait aussitt de s'en distinguer1 elle s'y joindrait dans une unit d'essence1 et le systme de l'identit universelle serait ralis4 ,c'est le monde rel1 le monde de l'homme1 que celui qui allie l'ternel et le mobile1 que celui o tout s'attire au lieu de se confondre1 o rgne la relation et non l'identit1 o l'unit n'est qu'harmonie4 ,rsignons-nous donc croire les choses comme nous les voyons1 ayons l'orgueil de nous fier aux apparences4 ,sachons la vrit ternelle1 croyons la science mobile4 ,concevons la stabilit des essences1 de l'essence de l'esprit humain1 par exemple1 mais admettons qu'il a une histoire comme il le semble1 c'est--dire que le temps existe pour lui4 ,les illusions ncessaires ne dont pas des illusions1 mais des lois de la nature des choses1 et la pense concide avec ce qui est4 ,s'il n'en tait pas ainsi1 elle n'aurait ni mystres1 ni lacunes2 si elle se trompait elle-mme1 elle serait contente d'elle-mme4 ,il n'y aurait point de doute1 s'il n'y avait qu'ignorance1 et c'est parce qu'on sait de la vrit1 qu'on s'aperoit qu'on ne sait pas la vrit tout entire4 ,c'est la lueur de cette foi philosophique qu'il faut considrer l'histoire de la philosophie1 et dans cette histoire1 ses hros1 ses triomphateurs1 ses vaincus1 ses martyrs4 ,tous ils sont de mme famille4 ,la diversit des doctrines et des langages couvre un fonds d'ides communes4 ,la varit des esprits se produit dans celle des points de vue et des mthodes2 mais ces esprits consacrs une mme science1 tendent au mme but1 et marchent pas ingaux1 sous des dehors diffrents1 dans une seule et large voie4 ,arrivez jusqu'au coeur de leurs systmes1 vous vous sentirez comme en pays de connaissance4 ,au fond de la science de toute poque1 vous retrouverez la science contemporaine1 mais des esprits divers pntrent plus ou moins profondment dans des questions identiques2 et de mme que dans les mathmatiques il y a des questions qu'on peut galement aborder et reprsenter ou rsoudre par des nombres1 par des lignes1 par des notations algbriques ou infinitsimales1 les mmes problmes philosophiques ne sont pas toujours poss1 exprims1 traits dans un mme langage1 et ces changements ne sont indiffrents ni la clart1 ni mme la vrit des solutions4 ,dans quel ordre ces changements se succdent-ils8 suivant quelles lois se rglent la marche de la science et la transformation des mthodes8 c'est en cherchant cela qu'on porte de la philosophie dans l'histoire de la philosophie4 ,l'ouvrage qu'on vient de lire doit servir quelque peu qui voudra considrer l'origine d'une grande poque de cette histoire dans un de ses principaux personnages4 ,c'est au lecteur de faire1 dans ce moment1 dans ce point du ,x,i,ie sicle1 la part du variable et de l'invariable1 et de renouer le fil de la causalit entre ce qui prcde et ce qui suit l'cole d',ablard4 ,l'hellnisme et le christianisme sont les sources de la philosophie du moyen ge1 et l'on peut le dire de toute philosophie dans le monde moderne4 ,dans ,ablard1 l'un de ces lments se borne quelques traditions isoles et vagues de platonisme et de noplatonisme et l'aristotlisme logique1 transmis surtout par des commentaires4 ,le christianisme est surtout pour lui celui de saint ,augustin4 ,a ces lments1 il applique un esprit dcidment rationaliste1 et de plus subtilement dialectique1 et compose une doctrine o domine toujours la foi en ,dieu et en la raison4 ,qu'tait cette doctrine8 on l'a vu peut-tre dans ce livre4 ,qu'en a tir l'esprit humain8 ,il me semble qu'on le voit tous les jours autour de nous4 ,nous sommes les enfants de l'cole de ,paris4 ,,fin ,,du ,,tome ,,second ,,et ,,dernier4 ,,table4 ,,suite ,,du ,,livre ,,iii4--,de la ,philosophie d',ablard4 ,,chapitre ,,viii4--,de la ,mtaphysique d',ablard4--,de generibus et speciebus4 ,question des universaux4 ,,chap4 ,,ix4--,suite du prcdent4 ,,chap4 ,x4--,suite du prcdent4--,de intellectibus4--,glossulae super ,porphyrium4--,rsum4 ,,livre ,,iii4--,de la ,thologie d',ablard4 ,,chapitre ,ier4--,de la ,thologie scolastique en gnral4--,caractres de celle d',ablard4--,le ,sic et ,non4 ,,chap4 ,,ii4--,de la ,thodice d',ablard4--,introduction ad ,theologiam4 ,,chap4 ,,iii4--,suite de la ,thodice4--,theologia christiana4 ,,chap4 ,,iv4--,des principes de la ,thologie d',ablard4--,objections des contemporains4 ,,chap4 ,v4--,des principes de la ,thologie d',ablard4--,examen philosophique4 ,,chap4 ,,vi4--,suite de la ,thodice4--,commentarii super ,s4 ,pauli epistolam ad ,romanos4 ,,chap4 ,,vii4--,de la ,morale d',ablard4--,ethica seu ,scito te ipsum4 ,,chap4 ,,viii4--,opuscules divers4--,expositio in hexameron4--,dialogus inter ,philosophum1 ,judaeum et ,christianum4 ,,chap4 ,,ix4--,rflexions gnrales4 ,,fin ,,de ,,la ,,table