,,ab,,lard ,,par ,,charles ,,de ,r,,musat4 #ahde ,spero equidem quod gloriam eorum qui nunc sunt posteritas celebrabit4 ,jean de ,,salisbury1 disciple d',ablard4 ,metalogicus in prologo4 ,,tome ,,premier ,,pr,,face4 ,on se propose dans cet ouvrage de faire connatre la vie1 le caractre1 les crits et les opinions d',ablard1 et de recueillir tout ce qu'il est utile de savoir pour marquer sa place dans l'histoire de l'esprit humain4 ,ablard est moins connu qu'il n'est clbre1 et sa renomme semble romanesque plutt qu'historique4 ,on sait vaguement qu'il fut un professeur1 un philosophe1 un thologien1 qu'il se fit une grande rputation dans les coles du moyen ge1 et qu'il exera une puissante influence sur les tudes et les ides de son temps4 ,mais dans quel sens dirigea-t-il les esprits1 quel tait le fond de ses doctrines1 quelle la nature de son talent1 quels les titres de ses ouvrages1 quel rle joua-t-il dans les lettres et dans l'glise1 voil ce qu'on ignore2 et le vulgaire mme raconte la fatale histoire de ses amours4 ,c'est par ce souvenir que le nom d',ablard est rest populaire4 ,peut-tre la faveur de ce souvenir1 le tableau que j'entreprends de tracer inspirera-t-il quelque curiosit4 ,peut-tre souhaitera-t-on de mieux connatre l'homme dont on a si souvent entendu rappeler les aventures1 et l'amant servira-t-il recommander le philosophe4 ,moi-mme1 je l'avouerai1 ce n'est point par l'histoire que j'ai commenc avec lui4 ,c'est dans le monde de l'imagination que je l'avais cherch d'abord1 et l'tude de la philosophie n'a pas donn naissance cet ouvrage4 ,le lecteur me permettra-t-il de lui en retracer brivement l'histoire8 ,il y a quelques annes qu'en rflchissant sur un sujet que la rflexion n'puisera pas1 sur ce que devient la nature morale de l'homme dans les temps o l'intelligence prvaut sur tout le reste1 je fus conduit me demander s'il n'y aurait pas moyen de concevoir un ouvrage o la puissance de l'esprit1 devenue suprieure celle du caractre1 serait mise en prsence des plus fortes ralits du monde social1 des preuves de la destine1 des passions mme de l'me4 ,la lutte de l'esprit tout seul avec la vie tout entire me paraissait intressante dcrire encore une fois1 et je cherchais dans quel temps1 sur quelle scne1 par quels personnages1 il serait bon de la reprsenter4 ,pour que cette peinture ft frappante et vive1 en effet1 il ne me semblait pas qu'elle dt avoir pour cadre un sujet imaginaire4 ,un hros idal qui une poque indtermine se mesure avec des tres d'invention1 ne saurait offrir un exemple qui saisisse et qui meuve2 si vraisemblable qu'on s'attache le faire1 il parat toujours hors du vrai1 et la situation o on le place est prise pour une combinaison de fantaisie4 ,la pense morale que j'aspirais mettre en action1 ne pouvait prendre tout son relief et produire tout son effet que sur un fond de ralit4 ,je rvais tout cela1 lorsqu'il m'arriva un de ces hasards qui ne manquent gure aux auteurs proccups d'une ide4 ,un jour1 mes yeux s'arrtrent sur l'affiche d'un thtre o se lisait le nom que j'cris aujourd'hui au titre de cet ouvrage4 ,seulement ce nom tait suivi d'un autre que la philosophie seule a le triste courage d'en sparer4 ,soudain1 la pense qui flottait dans mon esprit se fixa1 pour ainsi dire2 elle s'unit au nom d',ablard1 et prit ds lors une forme distincte3 le sujet ncessaire me parut trouv4 ,et prenant dans l'histoire les faits et les situations1 dans les moeurs et dans les hommes du ,x,i,ie sicle1 les traits et les couleurs1 je composai avec une sorte d'entranement un ouvrage en forme de roman dramatique1 qui1 lui aussi1 s'appelle ,ablard4 ,quelques personnes pourront se souvenir d'en avoir entendu parler4 ,j'avais crit sous l'empire d'une sorte de passion pour mon sujet1 pour mon ide1 mais avec le sentiment d'une indpendance absolue4 ,la science1 la foi et l'amour1 l'cole1 le gouvernement et l'glise1 j'avais essay de tout peindre1 sans rien carter1 sans rien adoucir1 sans rien mnager1 ne supposant pas mme un moment qu'un si trange tableau pt jamais passer sous les yeux du public4 ,mais qui ne connat les faiblesses paternelles8 ,quel auteur ne prend confiance dans l'ouvrage dont la composition l'a charm8 ,j'ai donc un jour song livrer aux prils de la publicit ce premier ,ablard4 ,cependant il s'agissait d'une oeuvre qui contient sans doute une pense srieuse et morale1 mais sous les formes les plus libres de la ralit et de l'imagination1 o dans le cadre des moeurs grossires du ,x,i,ie sicle1 la lutte violente des croyances1 des ides et des passions est reprsente avec une franchise qui peut paratre excessive1 avec un abandon qui peut blesser les esprits svres4 ,c'est une de ces oeuvres enfin qui n'ont qu'une excuse possible1 celle du talent4 ,je me figurai quelque temps que je pourrais lui en crer une autre2 c'est alors que je conus le projet d'opposer l'histoire au roman1 et de racheter le mensonge par la vrit4 ,a des fictions dramatiques1 je rsolus de joindre un tableau de philosophie et de critique o le raisonnement et l'tude prissent la place de l'imagination4 ,changeant de but et de travail1 je m'occupai alors de mieux connatre l',ablard de la ralit1 d'apprendre sa vie1 de pntrer ses crits1 d'approfondir ses doctrines2 et voil comme s'est fait le livre que je soumets en ce moment au jugement du public4 ,destin servir d'accompagnement et presque de compensation une tentative hasardeuse1 il parat seul aujourd'hui4 ,des illusions tmraires sont demi dissipes2 une sage voix que je voudrais couter toujours1 me conseille de renoncer aux fictions passionnes1 et de dire tristement adieu la muse qui les inspire3 ,abi ,quo blandae juvenum te revocant preces4 ,ce rcit servira du moins tmoigner de mes consciencieux efforts pour rendre cet ouvrage moins indigne du sujet4 ,plus je tenais expier en quelque sorte une composition d'un genre moins svre1 plus je devais tcher de donner celle-ci les mrites qui dpendent de l'tude1 de la patience et du travail4 ,je n'ai rien nglig pour savoir tout le ncessaire1 pour ne parler qu'en connaissance de cause1 et dans la partie historique j'espre m'tre approch de la parfaite exactitude4 ,l'tendue de mes recherches1 et plus encore la rvision de quelques savants amis m'ont donn confiance dans ma fidlit d'historien4 ,on trouvera donc ici une biographie d',ablard plus complte qu'aucune autre1 aussi complte peut-tre que permet de la faire l'tat des monuments connus jusqu' ce jour4 ,quant l'intrt du rcit1 il me parat1 moi1 trs-vif dans les faits mmes4 ,qui sait s'il ne se sera pas vanoui sous ma main8 ,mais tout n'est pas histoire dans cet ouvrage4 ,aprs la premire partie1 qui renferme la vie d',ablard et qui peut aussi donner une vue gnrale de son talent et de ses ides1 il me restait faire connatre ses crits4 ,a l'exception de quelques lettres sur ses malheurs1 ils sont tous philosophiques ou thologiques3 j'ai donc joint au livre premier1 un livre sur la philosophie1 un livre sur la thologie d',ablard4 ,cette partie de mon travail1 pour tre la plus neuve1 n'tait pas la plus attrayante1 et j'ignore si ce n'est point une tmrit que d'avoir voulu rendre de l'intrt la science si longtemps dcrie sous le nom dsastreux de scolastique4 ,a la fin du dernier sicle1 une telle entreprise aurait paru insense4 ,le temps mme n'est pas loin o le courage m'aurait manqu pour l'accomplir4 ,mais de nos jours1 le tombeau du moyen ge a t rouvert avec encore plus de curiosit que de respect4 ,on s'est plu y contempler les grands ossements que les annes n'avaient pas dtruits1 y recueillir les joyaux grossiers ou prcieux qui brillaient encore mls de froides poussires4 ,les monuments o ces reliques languirent oublies si longtemps1 sont devenus l'objet d'une admiration passionne1 comme s'ils taient retrouvs d'hier1 et que la terre les et jadis enfouis dans son sein4 ,ne pouvant inventer le neuf1 on s'est pris du plaisir de comprendre le vieux4 ,l'enthousiasme du pass est venu colorer la critique1 chauffer l'rudition4 ,a juger svrement notre poque1 on pourrait dire que les faits rels rveillent seuls en elle l'imagination et qu'elle ne retourne la posie que par l'histoire4 ,a-t-il t prsomptueux d'esprer que le got d'antiquaire qui s'attache aux moeurs1 aux formes1 aux difices des ges gothiques1 s'tendrait jusqu' leurs ides1 et qu'on aimerait connatre la science contemporaine de l'art qu'on admire8 ,il ne faut rien dissimuler1 ce livre est trs-srieux4 ,nous ne nous sommes point arrt la surface4 ,rassembler en passant quelques traits de la physionomie d'un homme et d'une poque1 offrir de rares extraits1 piquants par leur singularit1 choisis plaisir dans les dbris d'une littrature a demi barbare1 aurait suffi peut-tre pour donner quelques pages un intrt de curiosit4 ,ce n'tait pas assez pour nous4 ,notre ambition a t de faire connatre1 avec les ouvrages d',ablard1 le fond et les dtails de ses doctrines1 les procds de son esprit1 les formes de son style1 d'clairer ainsi1 sa lumire1 toute une priode encore obscure de la vie intellectuelle de la socit franaise4 ,qu'on ne s'attende donc point trouver seulement ici des fragments pars de philosophie ou de thologie2 mais bien une philosophie1 mais une thologie1 chacune avec ses principes1 sa mthode et son langage1 chacune telle qu'un vieux pass l'a connue1 admire1 clbre1 alors que l'cole tait pour nos aeux ce que la presse est devenue pour leurs enfants4 ,au lieu de prsenter des considrations gnrales sur l'esprit de notre philosophe1 nous suivrons cet esprit dans sa marche1 nous le dcrirons dans ses monuments4 ,ce ne sera pas une simple critique1 mais1 s'il est possible1 une reproduction du gnie d'un homme4 ,ce sera en mme temps1 si nos forces ne trahissent pas nos desseins1 une introduction utile l'tude de la scolastique1 et par consquent l'histoire de l'esprit humain dans le moyen ge4 ,cet ouvrage devra toute son originalit son exactitude1 et rien n'y paratra nouveau que ce qui sera scrupuleusement historique4 ,l'intelligence et le savoir affectaient jadis des formes si diffrentes de celles qui nous semblent aujourd'hui les plus naturelles1 peut-tre parce qu'elles nous sont les plus familires2 le caractre des questions1 le choix des arguments1 la porte des solutions1 tout est si trange chez les scolastiques1 que la raison mme1 dans leurs livres1 n'est pas toujours reconnaissable1 et que le bon sens y prend quelquefois une tournure de paradoxe4 ,la scolastique produit aujourd'hui l'effet d'une science en dsutude qui tonne et ne persuade plus4 ,cependant1 pour qui ne s'en tient pas l'apparence1 pour qui brise l'enveloppe que prtaient la pense le got et l'rudition du temps1 la scolastique contient dans son sein1 elle offre dans son cours et les problmes de tous les sicles et quelquefois les ides du ntre4 ,c'est que les formes de la science peuvent varier1 mais le fond est invariable comme l'esprit humain4 ,les ,grecs n'ont presque rien dit la manire des modernes1 et cependant ils ont connu tous les systmes1 toutes les hypothses dont les modernes se sont vants4 ,je ne sais pas mme une erreur dans laquelle ils ne nous aient devancs4 ,quand on lit les ,dialogues de ,platon1 on y voit figurer1 sous des noms antiques1 ,hobbes1 ,locke1 ,hume et ,kant lui-mme4 ,ainsi chez les matres de la scolastique1 nous reconnaissons des ,euthydme et des ,protagoras1 quelquefois ,dmocrite1 ,empdocle ou ,parmnide1 a et l des ides de ,platon1 partout le souvenir et l'imitation d',aristote4 ,sans doute le moyen ge morcelait la philosophie2 mais toutes les parties s'en tiennent si troitement qu'on ne peut longtemps en isoler une1 et des voies diffrentes y ramnent au mme point4 ,l'esprit humain n'innove gure que dans les mthodes1 et les mthodes diversifient1 mais ne dtruisent pas son identit4 ,les ides sur lesquelles porte la philosophie se prsentent comme d'elles-mmes la rflexion4 ,ds que l'esprit se regarde1 il les retrouve4 ,c'est un hritage substitu de gnration en gnration1 comme ces pierres prcieuses qui se perptuent dans les familles1 et dont la disposition seule change suivant la mode et le got des diverses poques4 ,indestructibles1 et inaltrables1 ces ides demeurent dans l'esprit humain comme des symboles de l'ternelle vrit4 ,elles ne manquent donc aucune grande philosophie2 et elles peuvent tre dcouvertes sous tous les voiles que les caprices du raisonnement leur ont prts4 ,il est curieux et piquant parfois de les reconnatre1 malgr les dguisements dont les revtent la philosophie et la thologie de nos pres4 ,cet intrt nous soutenait dans la tche ingrate de pntrer au fond de ces deux sciences1 d'en reproduire les ides et les expressions1 de leur rendre1 s'il nous tait possible1 la vie et la lumire4 ,cette restauration tait une oeuvre assez nouvelle4 ,depuis quelques annes1 on a bien su ressaisir avec sagacit le sens intime de toutes les doctrines1 on les a traduites avec succs dans une langue commune1 celle de la critique contemporaine4 ,mais peine a-t-on os1 dans de courts passages1 faire revivre l'enseignement original des matres du pass4 ,a peine celui qui a le premier parmi nous entrepris de retirer la scolastique d'un oubli de deux sicles1 a-t-il os lui rendre certains moments et ses formes et son style4 ,par le choix de notre sujet1 par l'tendue de notre travail1 nous avons d nous jeter audacieusement dans cette oeuvre de restitution scientifique4 ,nous sommes rentr dans la nuit du moyen ge1 pour y marcher le flambeau la main4 ,un historien dont la science profonde est vivifie par une puissante imagination1 a su ranimer les sentiments et les moeurs de la socit de ces temps-l4 ,il a remis sur ses pieds le ,germain1 le ,gaulois1 le ,saxon1 le ,normand4 ,ce qu'il a si habilement fait pour l'homme moral1 pour l'homme politique1 serait-il chimrique de le tenter pour l'homme intellectuel8 ,a ct du guerrier franc1 du magistrat communal1 du serf des cits ou des champs1 en face du roi1 du leude et du prtre1 reprenant sa voix la parole et l'action1 ne pourrait-on faire revivre l'crivain et le philosophe1 aux luttes des races opposer les combats des coles1 aux jeux de la force1 les guerres de l'esprit8 ,est-il impossible de convoquer encore pour un instant les hommes du ,x,i,xe sicle autour d'une de ces chaires loquentes o la raison humaine1 essayant sa puissance1 bgayant des vrits timides1 prparait1 il y a sept cents ans1 la lointaine mancipation du monde8 ,,preuves ,,et ,,autorit,s ,,de ,l',,histoire ,d',,ab,,lard4 ,on a beaucoup crit sur ,ablard1 mais on s'est beaucoup rpt1 et il faut bien choisir les autorits1 quand on parle de lui4 ,parmi celles que nous allons citer1 les unes1 qui sont originales1 et ce que les anciens diteurs appelaient testimonia1 datent de son temps ou viennent de ceux qui avaient pu connatre ses contemporains2 les autres sont postrieures et n'ont qu'une valeur relative l'instruction1 la vracit1 la sagacit de l'crivain4 ,i4 ,,autorit,s ,,du ,x,i,ie ,,si,,cle ,,et ,,du ,,suivant4 ,i4--,historia calamitatum1 ou l',epistola prima4 ,ce sont les ,mmoires de sa vie crits par lui jusque vers l'anne #aace4 ,cette lettre a t donne pour la premire fois dans ses ,oeuvres1 par ,duchesne1 qui y a joint d'excellentes notes4 ,le meilleur texte1 bien qu'incomplet1 a t revu sur le manuscrit #bibc de la ,bibliothque ,royale1 et insr dans le ,recueil des historiens des ,gaules et de la ,france 7t4 ,,xiv1 p4 #bgh74 ,turlot1 qui l'a reproduit en presque totalit1 dit que le manuscrit a appartenu ,ptrarque et contient des notes de lui4 7,abail4 et ,hlose1 p4 #d47 ,la bibliothque de ,troyes possde un manuscrit sous le n'o #hjb1 qui a t collationn avec l'imprim la demande de ,m4 ,cousin2 il contient de nombreuses diffrences assez peu importantes1 sauf une seule qui sera indique4 ,,ii4--,les lettres d',hlose et d',ablard1 souvent rimprimes et traduites4 ,la premire traduction est celle de ,jean de ,meung1 le manuscrit en existe la ,bibliothque du ,roi4 ,la premire dition du texte est celle qui fait partie des ,oeuvres dj cites3 ,petri ,abaelardi filosofi et theologi abbatis ruyensis et ,heloisae conjugis ejus primae paracletensis abbatissae ,opera1 nunc primum edita ex ,mss4 codd4 ,v4 ,illus4 ,francisci ,amboesii1 etc41 in-#d4 ,paris1 #afaf4 ,cette dition des ,oeuvres d',ablard1 la premire et la seule qui porte ce titre1 est appele indiffremment l'dition d',amboise ou de ,duchesne2 elle contient les lettres d',ablard et d',hlose1 des lettres de saint ,bernard1 du pape ,innocent ,,ii1 de ,pierre le ,vnrable1 de ,brenger de ,poitiers1 de ,foulque de ,deuil1 etc41 toutes pices importantes pour l'histoire d',ablard1 ainsi que plusieurs de ses ouvrages thologiques qui ne sont encore imprims que l4 ,les principaux sont3 #a le ,commentaire sur l'ptre aux ,romains2 #b l',introduction la thologie2 #c les ,sermons4 ,voyez sur cette dition ,bayle1 ,dict4 crit41 art4 ,fr4 d',amboise1 et l',histoire littraire de la ,france1 par les bndictins de ,saint-,maur et l',institut1 t4 ,,xii1 p4 #adi4 ,la seconde dition complte des lettres1 contenant toutes celles que d',amboise a donnes2 ,p4 ,abaelardi abbatis ruyensis et ,heloissae abbatissae paracletensis ,epistolae1 edit4 cur4 ,ricardi ,rawlinson1 in-#h4 ,londres1 #agah4 ,le texte a t revu avec soin1 mais corrig avec trop de hardiesse1 d'aprs un manuscrit d'une existence douteuse4 ,,iii4--,les autres ouvrages d',ablard1 savoir3 ,petri ,abaelardi ,theologia christiana4--,ejusdem ,expositio in ,hexameron4 7,durand et ,martene1 ,thesaur4 nov4 anedoct41 t4 ,v1 p4 #aaci et #acfa47 ,petri ,abaelardi ,ethica1 seu liber dictus3 ,,scito ,,te ,,ipsum4 7,bernard ,pez1 ,thesaur4 anecdot4 noviss41 t4 ,,iii1 pars ,,ii1 p4 #fbf47 ,petri ,abaelardi ,dialogus inter philosophum1 judaeum et christianum4 7,frid4 ,henr4 ,rheinwald1 ,anecdot4 ad histor4 ecclesiast4 pertin41 partie4 ,i1 ,berolini1 #ahca47 ,petri ,abaelardi ,epitome theologiae christianae1 7,f4 ,h4 ,rheinwald1 mme recueil1 partie ,,ii1 #ahce47 ,ouvrages indits d',ablard1 pour servir l'histoire de la philosophie scolastique en ,france1 publis par ,m4 ,victor ,cousin4 ,les principaux ouvrages sont3 #a ,petri ,abaelardi ,sic et ,non2 #b ,ejusdem ,dialectica2 #c ,ejusdem fragmentum de ,generibus et ,speciebus4 7,documents indits relat4 l',hist4 de ,france1 publis par ordre du gouvernement1 in-#d1 #ahcf1 p4 #c1 #agc et #ejg47 ,petri ,abaelardi tractatus de ,intellectibus4 7,cousin1 ,fragm4 philos4 #ahdj1 t4 ,,iii1 ,append4 ,,xi1 p4 #ddh47 ,deux prfaces indites d',abailard1 publies par ,m4 ,lenoble dans les ,annales de philosophie chrtienne1 janvier #ahdd4 ,les posies qui se trouvent dissmines dans divers recueils1 savoir3 #a l'dition des ,oeuvres donne par d',amboise1 p4 #aacf2 #b ,veterum scriptorum et monumentorum amplissima ,collectio1 t4 ,,ix1 p4 #ajia2 #c ,gallia ,christiana1 t4 ,,vii1 p4 #eie2 #d ,les ,fragments philosophiques de ,m4 ,cousin1 #ahdj1 t4 ,,iii1 p4 #ddj2 #e ,spicilegium vaticanum4 ,beitraege zur naehern ,kenntniss der ,vatikanischen ,bibliothek fr deutsche ,poesie des ,mittelalters1 von ,carl ,greith41 ,frauenfield1 #ahch2 #f ,bibliothque de l'cole des ,chartes1 t4 ,,iii1 #b;e livr4 #ahdb4 ,le dernier recueil a fait connatre les hymnes dcouverts dans un manuscrit de ,bruxelles1 dont nous avons eu sous les yeux une copie et un spcimen par ,m4 ,th4 ,oehler1 et qui est intitul3 ,p4 ,ab4 sequentiae et hymni per totum anni circulum in virginum monast4 paraclet4 ,,iv4--,les ouvrages de controverse des contemporains d',ablard1 savoir3 ,les lettres de saint ,bernard1 ,s4 ,bernardi ,opera omnia1 dition de ,mabillon1 #afij1 vol4 ,i1 passim4 ,les lettres directement relatives ,ablard se retrouvent dans le recueil de ses ,oeuvres par d',amboise4 ,les lettres de ,pierre le ,vnrable1 ,vita ,s4 ,petri ,vener4 et ,epistolae4 7,bibliotheca cluniacensis1 p4 #eec et #fba2 dition de ,duchesne avec des notes1 #afad47 ,la lettre de ,guillaume de ,saint-,thierry contre ,ablard et la dissertation annexe1 ,disputatio adversus ,p4 ,abaelardum4 7,bibliotheca patrum cistercensium1 par ,tissier1 #affj-affi1 t4 ,,iv1 p4 #aab47 ,la dissertation d'un abb anonyme 7,geoffroy d',auxerre87 contre le mme1 ,disputatio anonymi abbatis adversus dogmata ,p4 ,abaelardi4 7,mme recueil1 t4 ,,iv1 p4 #bbh47 ,la lettre de ,gautier de ,mortagne ,ablard1 ,epistola ,gualteri de ,mauritania1 episcopi laudunensis4 7,spicilegium1 sive ,collectio veterum aliquot scriptorum1 ,d4 ,luc4 d',achery1 dition de de la ,barre1 #agbc1 t4 ,,iii1 p4 #ebj47 ,les lettres de ,hugues ,metel adresses ,innocent ,,ii1 ,ablard1 ,hlose1 ,hugon4 ,metelli ,epist4 ,,iv1 ,v1 ,,xvi et ,,xvii4 7,car4 ,lud4 ,hugo1 ,sacr4 antiquit4 ,monum41 t4 ,,ii1 p4 #ccj et #cdh47 ,l'ouvrage de ,gautier de ,saint-,victor contre les thologiens dialecticiens de son temps1 crit vers #aahj1 ,liber ,m4 ,walteri prior4 ,s4 ,vict4 ,parisius contra manifestas et damnatas etiam in conciliis haereses1 manuscrit de l'abbaye de ,saint-,victor1 et dont on trouve de longs extraits dans ,duboulai4 7,hist4 univ4 parisiens41 t4 ,,ii1 p4 #fbi-ffj47 ,v4--,les rcits crits par les contemporains ou dans le ,x,i,i,ie sicle4 ,les vies de saint ,bernard crites de son temps1 ,ex vita et rebus gestis ,s4 ,bernardi1 lib4 ,,iii1 a ,gaufrido autissiod4 seu claraeval4 monach4--,epistola ejusdem ad episcopum albanensem1 ex vit4 ,s4 ,bernardi1 ab ,alano1 episc4 autissiod4 7,recueil des historiens des ,gaules et de la ,france1 t4 ,,xiv1 p4 #cbg1 #cgj et suiv47 ,johannis ,saresberensis ,metalogicus1 lib4 ,i1 cap4 ,i et ,v2 lib4 ,,ii1 cap4 ,x et passim4 ,jean de ,salisbury avait entendu les leons d',ablard et frquent les principales coles des ,gaules4--,ejusdem ,policraticus1 sive de ,nugis curialium1 cui accedit ,metalog41 #a vol4 in-#ab1 #afci1 lib4 ,,ii1 cap4 ,,xxii1 et lib4 ,,vii1 cap4 ,,xii4 7,voyez les extraits de cet auteur dans le ,recueil des histor41 t4 ,,xiv1 p4 #cjj et suiv47 ,otto ,frisingensis1 de gestis ,friderici ,i ,caesaris ,augusti1 lib4 ,i1 cap4 ,,xlvi1 ,,xlvii et seq4 ,othon1 abb de ,morimond1 de l'ordre de ,cteaux1 puis vque de ,frisingen 7,freising1 en ,bavire71 neveu de l'empereur ,henri ,v1 a compos une chronique de l'empereur ,frdric ,barberousse1 dont il tait oncle paternel1 et il y raconte la vie et la condamnation d',ablard1 son contemporain4 7#a vol4 in-folio1 ,basil41 #aefi1 et ,recueil des histor41 t4 ,,xiii1 p4 #fed47 ,ex vita ,s4 ,gosvini aquicinctensis abbatis lib4 ,i1 cap4 ,,iv et ,,xviii4 ,gosvin1 abb d',anchin1 fut un des adversaires actifs d',ablard2 sa vie a t crite par des moines de son couvent1 ses contemporains47,recueil des histor41 t4 ,,xiv1 p4 #ddb47 ,extraits de diverses chroniques composes au ,x,i,ie sicle ou dans les suivants2 les plus importants sont tirs de3 #a ,guillaume de ,nangis1 ,ex ,chronic4 ,guillielm4 de ,nangiaco4 7,recueil des histor41 t4 ,,xx1 p4 #gca1 ou ,spicilegium de d',achery1 t4 ,,iii1 p4 #a-f47 #b ,robert d',auxerre1 ,ex ,chronologia ,roberti monach4 ,s4 ,marian4 altissiod4 7,recueil des histor41 t4 ,,xii1 p4 #bic47 #c ,la ,chronique d'un anonyme1 ,ex ,chronico ab initio mundi usque ad ,a4,c4 #aafj4 7,id41 ibid41 p4 #abj47 #d ,richard de ,poitiers1 moine de ,cluni1 ,ex ,chronic4 ,richardi pict4 7id41 ibid41 p4 #dae47 #e ,l'appendice la chronique de ,sigebert1 par ,robert1 ,ex ,roberti proemonstr4 appendice ad ,sigeberti chronographiam4 7id41 t4 ,,xiii1 p4 #ccj1 ou dans le recueil intitul3 ,illustrium veterum scriptorum qui rerum a ,germ4 gest41 etc41 t4 ,i1 p4 #fbf2 #b vol4 in-folio1 ,francfort1 #aegc47 #f ,alberic1 moine de ,trois-,fontaines1 ,ex ,chronic4 ,alberici ,trium ,fontium monachi4 7,recueil des histor41 t4 ,,xiii1 p4 #gjj47 #g ,guillaume ,godelle1 moine de ,saint-,martial de ,limoges1 ,ex ,chronic4 ,willelm4 ,godelli1 mon4 ,s4 ,mart4 lemov4 7id41 ibid41 p4 #fge47 ,vincentius ,burgundus proesul bellovacensis4 7,bibliotheca ,mundi1 #d vol4 in-folio1 #afbd4--,t4 ,,iv1 ,specul4 historial41 lib4 ,,xxvii1 cap4 ,,xvii47 ,vincent de ,beauvais vivait au milieu du ,x,i,i,ie sicle4 ,il y a encore dans d'autres chroniques1 comme dans quelques cartulaires1 des lignes isoles o ,ablard est nomm1 et dont l'historien peut faire son profit1 mais qui ne mritent point d'tre rappeles4 ,je ne fais que mentionner un chant funbre sur la mort d',ablard1 rapport par ,m4 ,carrire dans son dition allemande des lettres 7voyez ci-aprs1 page #bfb71 et une curieuse chanson bretonne en dialecte de ,cornouaille1 o ,hlose1 ,loiza1 raconte qu'instruite par son clerc1 ma o'hloarek1 ma dousik ,abalard1 elle est devenue1 grce la connaissance des langues1 une sorcire semblable aux druidesses celtiques4 7,barzas-,breiz1 ,chants populaires de la ,bretagne1 publis par ,m4 ,th4 de la ,villemarqu1 t4 ,i1 p4 #ic4 ,paris1 #ahci47 ,,ii4 ,,autorit,s ,,post,,rieures ,,au ,x,i,i,ie ,,si,,cle4 #a4--,un grand nombre d'historiens qui ne s'occupaient point spcialement d',ablard1 ont t conduits par leur sujet crire sa vie ou en donner le sommaire1 particulirement d'aprs l',historia calamitatum et ,othon de ,frisingen4 ,le premier me parat tre ,bertrand d',argentr1 un des plus anciens historiens franais de la ,bretagne4 7,l',histoire de ,bretaigne1 #a vol4 in-fol41 #aech1 liv4 ,i1 chap4 ,,xiv1 p4 #gd2 liv4 ,,iii1 chap4 ,,ciii1 p4 #bcf et suiv47 ,c'est un court rsum de l'histoire d',ablard1 d'aprs ,othon de ,frisingen4 ,pasquier a donn un abrg de l',historia calamitatum1 de son temps encore manuscrite1 en y joignant quelques dtails et quelques rflexions4 7,les ,recherches de la ,france1 liv4 ,,vi1 chap4 ,,xvii1 p4 #ehg et suiv42 liv4 ,,ix1 chap4 ,v1 ,,vi et ,,xxi47 ,tritheme1 dans son ,catalogue des crivains ecclsiastiques1 insre un article pris dans les chroniques dj cites4 7,de ,scriptoribus ecclesiasticis1 in ,j4 ,trithemii ,span4 ,oper4 histor41 in-folio1 #afjd1 part4 ,i1 p4 #bgf47 ,duboulai1 dans son ,histoire de l',universit de ,paris1 compose en divers passages une biographie peu prs complte1 d'aprs d',amboise1 ,othon de ,frisingen1 ,jean de ,salisbury1 saint ,bernard et ses biographes4 7,coes4 ,egassii ,buloei ,historia ,universitatis parisiensis1 #f vol4 in-folio1 #affe1 t4 ,i1 p4 #beg1 #bgb1 #cdi1 #dde2 t4 ,,ii1 p4 #h et suiv41 #ec1 #fh1 #he1 #ajg1 #aeg1 #afb1 #afh1 #bjj1 #bdb1 #gae1 #gcc1 #gci1 #gec1 #gei et suiv47 ,le pre ,grard ,dubois raconte aussi1 leurs poques1 dans l',histoire de l'glise de ,paris1 les vnements de la vie d',ablard4 7,gerardi ,dubois aurelianensis ,historia ,ecclesia parisiensis1 #b vol4 in-folio1 #afij1 t4 ,i1 lib4 ,,xi1 cap4 ,,ii1 p4 #gji1 etc42 cap4 ,,vii1 p4 #ggd1 etc2 t4 ,,ii1 lib4 ,,xii1 cap4 ,,vii1 p4 #fd et #agh1 etc47 ,jacques ,thomasius a crit une vie d',ablard o il y a de l'rudition et des erreurs4 7,petri ,abelardi vita in ,hist4 sapient4 et stult4 a ,christ4 ,thomasio1 t4 #a1 p4 #ge-adb1 #afic1 ,hal4 ,magdeb47 ,citons encore ,dupin1 dans sa ,bibliothque des auteurs ecclsiastiques4 7,hist4 des controv4 et des mat4 ecclsiast4 traites dans le ,x,i,ie sicle1 #afif1 chap4 ,,vii1 p4 #cfj1 etc41 #cib #dab47 ,le pre ,nol ,alexandre4 7,natalis ,alexandri ,historia ecclesiastica1 #g vol4 in-folio1 #afii1 t4 ,,vi1 dissertat1 ,,vii1 p4 #ghg et seq47 ,l'abb ,fleury4 7,histoire ecclsiastique1 liv4 ,,lxvii et ,,lxviii1 p4 #cjg1 etc41 p4 #djf1 etc41 p4 #edg1 etc41 du t4 ,,xiv de l'dition in-#d47 ,casimir ,oudin4 7,commentarius de scriptoribus ,ecclesioe antiquis1 #c vol4 in-folio1 #agbc1 t4 ,,ii1 sect4 ,,xii1 p4 #aafj et seq47 ,dom ,remy ,ceillier4 7,histoire gnrale des auteurs sacrs et ecclsiastiques1 ,paris1 #agbi1 #bc vol4 in-#d1 t4 ,,xxii1 chap4 ,x1 p4 #dhd-did47 ,le pre ,longueval1 jsuite4 7,histoire de l'glise gallicane1 ,paris1 #agcj-di1 #ah vol4 in-#d1 t4 ,,viii1 liv4 ,,xxiii1 p4 #cej et suiv41 #dad et suiv2 t4 ,,ix1 liv4 ,,xxv1 p4 #bb et suiv47 ,dom ,guy ,alexis ,lobineau1 dans son ,histoire gnrale de ,bretagne1 #b vol4 in-folio1 #agjg1 t4 ,i1 liv4 ,v1 p4 #aci et suiv4 ,c'est un rcit assez complet1 crit avec modration et bienveillance1 et que je regarde comme la base des rcits postrieurs4 ,dom ,hyacinthe ,morice1 dans l'ouvrage qui porte le mme titre2 autre rcit plus sommaire et dans le mme esprit4 7,hist4 gn4 de ,bret41 #e vol4 in-folio1 #agdd1 t4 ,i1 liv4 ,,ii1 p4 #if et suiv47 ,baronius1 et surtout son commentateur ,pagi1 dans ses notes4 7,annales ecclesiastici1 #dc vol4 in-folio2 ,lucques1 #agch-eg1 t4 ,,xviii4 ,voyez le texte l'an #aadj et les notes aux annes #aaac1 #aaba1 #aabi1 #aaca1 #aadj et #aadb47 ,on peut citer galement l',histoire de la ville de ,paris1 par les pres ,flibien et ,lobineau 7#e vol4 in-folio1 #agbe1 t4 ,i1 liv4 ,,iii et ,,iv72 l'article ,ablard du ,dictionnaire universel des sciences ecclsiastiques1 par le rvrend pre ,richard 7#f vol4 in-folio1 #agfj71 et le ,,ii du liv4 ,i de l',histoire de l',universit de ,paris1 par ,crevier4 7,t4 ,i1 p4 #aaa-aic1 #g vol4 in-#ab2 ,paris1 #agfa47 ,le pre ,niceron a publi une vie d',ablard qui n'est gure que l'analyse de celle de ,d4 ,gervaise4 7,mmoires pour servir l'histoire des hommes illustres dans la rpublique des lettres1 #db vol4 in-#ab1 #agbi1 t4 ,,iv1 p4 #a et suiv47 ,mabillon1 ou son continuateur ,martene1 donne1 dans les ,annales bndictines1 une biographie par morceaux dtachs qui vaut beaucoup d'gards les prcdentes1 ,annales ordinis ,s4 ,benedicti4 7#f vol4 in-folio1 #agci1 t4 ,,iv1 lib4 ,,lxxiii1 p4 #fc et seq41 #hd et seq41 #cbd et seq41 #cef et seq41 #iia1 #ajhe1 etc47 ,l'article d',ablard1 dans l',histoire de la philosophie1 de ,brucker1 mrite aussi d'tre lu1 tant pour la critique que pour la biographie4 7,jacobi ,bruckeri ,historia critica philosophiae1 #f vol4 in-#d1 ,lipsiae1 #agff1 t4 ,,iii1 pars ,,ii1 lib4 ,,ii1 cap4 ,,iii1 sect4 ,,ii1 p4 #gaf1 #gcd1 etc47 ,nous ne faisons que mentionner l'histoire d',ablard par ,diderot1 dans l'article ,scolastique de l',encyclopdie4 ,,ii4--,parmi les biographies proprement dites1 nous citerons particulirement3 ,la ,vie de ,pierre ,abeillard1 abb de ,saint-,gildas1 et celle d',hloise1 son pouse1 #b vol4 in-#ab1 #agbj1 par ,d4 ,gervaise 7,franois-,armand74 ,cet ouvrage est intressant3 l'auteur1 quoique ancien abb de la ,trappe1 est un apologiste enthousiaste2 le rcit est fait avec soin1 mme avec assez d'exactitude quant aux faits essentiels1 mais enjoliv de dtails romanesques4 ,il est vrai que ,gervaise a t accus par ,saint-,simon d'avoir eu lui-mme une intrigue galante avec une religieuse4 ,l'article ,ablard1 dans le ,dictionnaire de ,moreri1 dans le ,dictionnaire critique de ,bayle1 ainsi que les articles ,hlose1 ,paraclet1 ,foulque1 ,brenger1 ,fr4 d',amboise4 ,the ,history of the lives of ,abeillard and ,heloisa1 by the rev4 ,joseph ,berington1 #b vol4 in-#h1 ,basil1 #agic4 ,cet ouvrage fort estim contient1 avec une biographie tendue1 une traduction et le texte des lettres d',hlose et d',ablard4 ,il est intressant1 mais il n'a pas t compos d'aprs les autorits contemporaines1 et l'auteur a pris pour historiques tous les dtails romanesques invents par ,d4 ,gervaise4 ,abailard et ,hlose1 avec un aperu du ,x,i,ie sicle1 par ,f4,c4 ,turlot1 #a vol4 in-#h1 #ahbb4 ,l'article d',ablard dans l',histoire littraire de la ,france1 ainsi que celui d',hlose4 ,ces articles ont t rdigs par dom ,clment avec beaucoup de soin et de critique1 mais avec une svrit qui tombe dans l'injustice4 ,ils ont t rimprims1 l',acadmie des inscriptions ayant donn une nouvelle dition du volume o ils sont insrs1 et ,m4 ,daunou y a joint quelques notes4 7,histoire littraire de la ,france1 t4 ,,xii1 #ahcj1 p4 #hf et suiv41 p4 #fbi et suiv47 ,l',essai sur la vie et les crits d',abailard et d',hlose1 par madame ,guizot4 7oeuvres diverses et indites de madame ,guizot1 #ahbh1 t4 ,,ii1 p4 #cai47 ,l'ouvrage qui n'est pas fini est le plus remarquable pour le fond des ides et pour les vues qu'il contient2 il a t termin par ,m4 ,guizot et plac la tte de l'dition illustre des ,lettres d',abailard et d',hlose1 traduites par ,m4 ,oddoul4 7#b vol4 in-#h1 ,paris1 #ahci47 ,cette dernire dition renferme un assez grand nombre de pices et de tmoignages1 le spcimen d'un des manuscrits des lettres1 quelques fragments de ,,mm4 de ,chateaubriand1 ,michelet1 ,quinet1 etc4 ,les dictionnaires et recueils biographiques1 qui tous en gnral contiennent un article ,ablard4 ,nous citerons celui de ,m4 d',eckstein1 dans l',encyclopdie des gens du monde1 t4 ,i2 celui de ,m4,p4 ,leroux1 dans l',encyclopdie nouvelle1 t4 ,i2 celui de ,m4 ,gruzez1 dans le ,plutarque franais1 t4 ,i2 ,m4 ,barrire y a donn l'article ,hlose4 ,la traduction des lettres d',hlose et d',ablard1 par le bibliophile ,jacob1 insre dans la ,bibliothque d'lite1 in-#ab1 ,paris1 #ahdj4 ,cette traduction1 fort bien faite1 est prcde d'une notice intressante et dtaille qu'on doit ,m4 ,villenave1 sous ce titre3 ,ablard et ,hlose1 leurs amours1 leurs malheurs et leurs ouvrages4 ,parmi les anciennes traductions1 assez peu remarquables1 on ne doit conserver que celle de ,bussy-,rabutin1 rimprime avec de nombreuses compositions potiques sous ce titre3 ,lettres d',hlose et d',ablard1 traduites librement d'aprs les lettres originales latines1 par le comte de ,bussy-,rabutin1 avec les imitations en vers par de ,beauchamps1 ,colardeau1 etc41 etc41 prcdes d'une nouvelle prface par ,m4,e4 ,martineault1 in-#ab1 ,paris1 #ahda4 ,une biographie universelle publie en ,angleterre contient un bon article sur ,ablard1 ,the biographical ,dictionary of the ,society for the diffusion of useful knowledge1 in-#h1 t4 ,i1 ,london1 #ahdb4 ,les ,allemands se sont peu occups d',ablard4 ,on cite les deux ouvrages suivants1 dont nous ne connaissons que des extraits3 ,f4 ,c4 ,schlosser1 ,abaelard und ,dulcin1 oder ,leben und ,meinungen eines ,schwaermers und eines ,philosophen1 in-#h1 ,gotha1 #ahjg4 ,fessler1 ,abaelard und ,heloisa1 #b vol4 in-#h1 ,berlin1 #ahjh4 ,abaelard und ,heloise oder der ,schriftsteller und der ,mensch1 par ,m4 ,feuerbach 7,leipzig1 #ahdd71 est un mince recueil de penses dtaches qui ne m'ont paru avoir aucun rapport avec le titre#a4 ,note #a3 ,voici au vrai le sens tout allemand de ce titre4 ,il s'agit d'une ,comparaison entre la vie littraire et la vie active4 ,je crois qu',ablard dsigne l'une et ,hlose l'autre4 ,c'est un recueil dont le titre revient peu prs ceci1 l'art et humanit4 ,les deux noms propres ne se rencontrent pas dans le cours du livre4 ,abaelard und ,heloise4 ,ihre ,briefe und die ,leidensgeschichte bersetzt und eingeleitet durch eine ,darstellung von ,abaelards ,philosophie und seinem ,kampf mit der ,kirche1 von ,moriz ,carriere1 in-#ab1 ,giessen1 #ahdd4 ,c'est une traduction des lettres1 mais l'auteur l'a fait prcder d'une introduction qui se lit avec intrt1 et o il se montre au courant des plus rcentes publications qui concernent ,ablard4 ,,iii4--,on trouve des renseignements sur les manuscrits d',ablard1 sur ses ouvrages indits1 sur la publication de ceux qui sont imprims1 dans le ,thsaurus de ,durand et ,martene et dans celui de ,pez1 aux lieux cits2 dans ,casimir ,oudin 7t4 ,,ii1 p4 #aafi72 l',histoire littraire 7t4 ,,xii1 p4 #ajc1 #abi1 #acd et #gjf72 ,fabricius 7,biblioth4 lat4 med4 et infim4 aetat41 ed4 a ,p4,j4 ,mansi1 t4 ,v1 lib4 ,,xv1 p4 #bcb et seq472 ,olearius1 7,joann4 ,gotfr4 ,olearii ,biblioth4 scriptor4 ecclesiast41 t4 ,i1 p4 #b-d72 le recueil intitul3 ,historia rei litterariae ordin4 ,s4 ,benedicti1 par ,ziegelbauer et ,legipontanus 7t4 ,i et ,,iv72 celui de ,guillaume ,cave1 7,scriptor4 ecclesiast4 ,historia litteraria1 t4 ,,ii1 p4 #bjc72 le ,voyage littraire de deux bndictins 7part4 ,i1 p4 #bde71 et l',introduction aux ,ouvrages indits d',ablard1 par ,m4 ,cousin4 ,les opinions religieuses d',ablard ont t exposes et discutes par d',amboise1 ,d4 ,gervaise1 ,dupin1 le pre ,nol ,alexandre1 ,oudin1 ,lobineau1 ,bayle1 les diteurs des deux ,thesaurus1 ,mabillon1 dans l'dition de saint ,bernard1 son continuateur1 dans les ,annales bndictines1 l'auteur du tome ,,xii de l',histoire littraire1 ,duplessis d',argentr 7,collectio judiciorum de novis erroribus1 t4 ,i1 p4 #di et seq471 ,m4 ,neander et ,m4 l'abb ,ratisbonne1 chacun dans son ,histoire de saint ,bernard2 7l'une traduite par ,m4 ,th4 ,vial1 #a vol4 in-#ab1 #ahdb2 l'autre1 #b vol4 in-#ab1 #ahdj1 t4 ,,ii1 chap4 ,,xxvii1 ,,xxviii et ,,xxix47 ,les opinions philosophiques d',ablard ont t incompltement exposes par les divers historiens de la philosophie1 qui jusqu' ces derniers temps1 ne connaissaient pas ceux de ses ouvrages o elles sont exposes4 ,voyez pourtant1 outre ,brucker dj cit1 ,tennemann 7,geschichte der ,philosophie1 t4 ,,viii1 part4 ,i1 chap4 ,v1 p4 #agj1 ,leipzig1 #ahaj72 ,degerando 7,histoire compare des systmes de philosophie1 t4 ,,iv1 ch4 ,,xxvi1 p4 #cig71 et la note du commencement du chap4 ,,iii de notre livre ,,ii4 ,mais les doctrines d',ablard ne commencent tre bien connues que depuis l'introduction de ,m4 ,cousin 7,ouvr4 ind41 ou ,fragments philos41 t4 ,,iii74 ,on peut consulter aussi l'ouvrage intitul3 tudes sur la philosophie dans le moyen ge1 par ,m4 ,rousselot 7#c vol4 in-#h1 #ahdj-ahdb74 ,il a paru quelques dissertations en ,allemagne que nous citons en leur lieu4 ,,ab,,lard4 ,,livre ,,premier4 ,,vie ,d',,ab,,lard4 ,lorsqu'on suit1 en quittant ,nantes1 la route de ,poitiers1 on traverse1 avant d'arriver ,clisson1 un bourg form d'une longue rue et qui se nomme le ,pallet4 ,aprs les dernires maisons1 on aperoit gauche au-dessus du chemin une glise1 remarquable seulement par sa simplicit et par la vtust de quelques-unes de ses parties4 ,derrire cette glise et sur une hauteur1 des restes de murs pais1 avec des vestiges de fosss1 indiquent sous le lierre qui les couvre une ancienne et forte construction1 et renferment maintenant un carr d'arbustes et de grandes herbes1 cimetire abandonn o s'lve une vieille croix de pierre parmi quelques modestes tombeaux4 ,ces ruines sont celles de la demeure des seigneurs du ,pallet1 dtruite en #adbj1 lors des guerres qui suivirent l'attentat commis sur ,jean ,v1 duc de ,bretagne1 par ,marguerite de ,clisson4 ,c'tait l1 qu'au ,x,ie sicle1 un petit chteau fortifi dominait le bourg1 du haut d'une minence pic sur l'troite rivire de la ,sanguze1 ainsi nomme1 dit-on1 pour avoir t souvent rougie du sang des combattants1 au temps des luttes acharnes des ,bretons et des ,anglais4 ,en #ajgi1 ,philippe ,ier tait roi des ,franais1 et ,hol ,,iv1 duc de ,bretagne1 lorsque dans ce bourg et dans ce chteau1 son domaine1 un personnage noble1 ,brenger1 eut de sa femme ,lucie un fils qu'il nomma ,pierre#b4 ,c'tait l'an de sa famille1 qui s'augmenta bientt de plusieurs enfants2 ses autres fils s'appelrent ,raoul1 peut-tre ,porcaire et ,dagobert1 et sa fille1 ,denyse4 ,le pre1 avant de prendre le mtier des armes1 avait reu de l'instruction1 et il en conservait un tel got pour les lettres qu'il voulut le transmettre ses enfants et faire prcder par quelques tudes leur ducation guerrire4 ,l'amour qu'il portait son fils an lui inspira des soins particuliers1 auxquels celui-ci rpondit par del toute esprance4 ,il annonait des dispositions brillantes4 ,dans cette vieille ,armorique qui passait pour devoir son nom de ,bretagne la brutalit de ses habitants1 on remarquait ds lors une singulire aptitude aux choses qui demandent la subtilit de l'esprit1 et le jeune ,pierre tenait du lieu natal1 ou plutt de sa race1 une remarquable facilit#c4 ,ses progrs furent bientt tels qu'il s'prit d'une passion vive pour l'tude1 et1 dans son ardeur1 il rsolut de se consacrer aux lettres tout entier4 ,renonant la gloire militaire1 et abandonnant ses frres son hritage et son droit d'anesse1 il s'adonna surtout la philosophie1 et dans la philosophie1 la science de la dialectique1 cet art de la guerre intellectuelle dont il prfrait tout les armes1 les combats et les trophes4 ,note #b3 ,le ,pallet1 ,palatium 7on trouve aussi ,palet1 ,palais1 ,paletz1 ,palez71 est situ #ai ou #bj kilomtres au sud-est de ,nantes1 sur la route de ,chollet et de ,poitiers1 oppidum 444 ab urbe ,nannetica versus orientem octo miliariis remotum4 ,l'glise est sur le penchant d'une butte1 appele encore la butte d',ablard4 ,c'est l'ancienne chapelle du chteau1 donne la commune1 comme je l'ai appris du cur en #ahdc1 par le dernier seigneur ,barin de ,froidmanteau1 de la mme famille que les ,la ,galissonnire1 dont la rsidence se voit moins d'une demi-lieue en avant4 ,les ruines du chteau1 dtruit d'abord en #adbj1 puis sous ,louis ,,xiii1 ou quatre pans de murs1 hauts de #a mtre environ1 renfermant un carr d' peu prs #cj mtres de ct1 passent pour la maison d',ablard1 qu'on a dit aussi n dans une autre maison plus modeste1 dmolie il y a sept ou huit ans par ,m4 ,dufrne1 procureur du roi4 ,brenger peut avoir t chtelain du lieu1 quoiqu'il ft ,poitevin1 suivant l'unique tmoignage d'une des pitaphes d',ablard 7ex ,chron4 ,rich4 ,pictav471 ,namque oritur patre ,pictavis et ,britone matre1 si toutefois on n'a pas fait confusion avec ,brenger de ,poitiers1 dont il sera question plus bas4 ,mais rien n'empche de voir en lui l'anctre de ces seigneurs du ,pallet qui1 jusqu'au ,x,ve sicle1 figurent dans les annales de la ,bretagne4 ,son fils est souvent dsign sous le nom de ,palatinus et quelquefois de ,nannetensis4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #d4--;,johan4 ,saresb4 ,policrat41 l4 ,,ii1 c4 ,,xxii1 et ,metal41 l4 ,i1 c4 ,v1 et l4 ,,ii1 c4 ,x4--,rec4 des ,hist4 des ,gaules1 t4 ,,xii1 p4 #aae1 et t4 ,,xiv1 p4 #cjc-cjd4--;,hist4 de ,bret41 par ,d4 ,lobineau1 t4 ,i1 l4 ,,iii1 p4 #ajf-ajg2 l4 ,,ix1 p4 #bih2 l4 ,,xix1 p4 #fea1 #aadc1 #aafb et #abce4--;,abail4 et ,hl41 par ,turlot1 p4 #adc4--,voy4 pitt4 de ,clisson1 par ,thienon1 pl4 ,,ii et ,,iii4--,notice sur ,clisson1 in-#ah1 ,nantes1 #ahda1 p4 #g4--,renseignements manuscrits transmis par ,m4 ,chaper1 prfet de la ,loire-,infrieure1 et par ,,mm4 de la ,jarriette et ,demangeat1 de ,nantes47 ,note #c3 ,c'est ,ablard qui dit que ,breton vient de brute4 ,brito dictas est quasi brutus4 ,licet enim non omnes vel soli sint stolidi1 hoc 7sic7 tamen qui nomen ,britonis composuit secundum affinitatem nominis bruti1 in intentione habuit quod maxima pars ,britonum fatua esset4 ,et on lit1 en effet1 dans le roman de ,brut1 que ,brutus ,apela de ,bruto ,bretons ,les ,troyens ses compaignons4 7,v4 #abaa et #abab47 ,il s'agit1 il est vrai1 de la ,grande-,bretagne1 mais elle donna son nom l',armorique4 ,les savants pensent que le nom de ,bretons vient de ,vrezonze ou ,brazonce1 les peints1 les tatous1 comme les ,pictes de l',angleterre4 ,cependant l'esprit pntrant des clercs bretons est attest par ,othon de ,frisingen1 mais i#a veut qu'en toute autre chose que les arts 7la rhtorique et la dialectique71 les ,bretons soient presque stupides4 ,c'est en faisant allusion cette subtilit particulire qu',ablard dit de lui mme3 ,natura terrae meae vel generis animo levis4 ,car je crois qu'ici animo levis signifie plutt l'esprit prompt que la lgret du caractre3 ce n'est pas l'usage d',ablard de parler modestement de lui-mme1 et la lgret n'est pas le dfaut breton4 7,ouvr4 ind4 d',ab4 ,dialectic41 p4 #bbb et #eia4--;,de ,gest4 ,frid4 ,i imper41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4--,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #d47 ,trs-jeune encore1 il affronta les chances et les preuves de cette stratgie du raisonnement et de la parole4 ,il s'y exera de bonne heure1 et ses rapides succs lui donnrent une telle confiance que1 quittant la maison paternelle1 il alla voyager1 parcourant les provinces1 cherchant les matres et les adversaires1 marchant de controverses en controverses1 et renouvelant ainsi1 sous une autre forme et dans un plus vaste espace1 la coutume attribue aux pripatticiens de discuter en se promenant#d4 ,la philosophie avait alors ses chevaliers errants4 ,note #d3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #d4 ,la ,france ne manquait pas de matres et d'crivains qui cultivaient la dialectique4 ,des sciences qui occupaient les esprits1 c'tait celle qui commenait faire le plus de bruit et donner le plus de renomme4 ,elle rivalisait d'importance et presque de pouvoir avec la thologie qu'elle servait et inquitait tour tour4 ,la grammaire et la rhtorique qui1 unies ces deux sciences et quelques tudes mathmatiques1 composaient presque tout l'enseignement de l'poque1 ne venaient que loin aprs la dialectique dans l'estime des hommes instruits4 ,la dialectique1 c'tait alors la philosophie proprement dite4 ,on l'appelait un art1 parce qu'on ne l'enseignait pas sans la pratiquer1 et que l'tude du raisonnement ne va pas sans le besoin d'en montrer les ressources1 d'en essayer les procds1 d'en prouver les forces#e4 ,on apprenait1 sous le nom de cet art1 une grande partie de ce que contient la ,logique d',aristote1 que l'on connaissait par des traductions incompltes et surtout par l'intermdiaire de ,porphyre et de ,boce4 ,l'introduction que le premier a jointe aux catgories1 c'est--dire aux prolgomnes de la ,logique1 faisait corps avec elle2 on n'en sparait pas les versions et les commentaires du second4 ,ainsi l'on ne savait la dialectique qu' la condition d'avoir appris tout ce qui regarde les cinq voix ou les rapports gnraux des ides et des choses entre elles1 exprims par les noms de genre1 d'espce1 de diffrence1 de proprit et d'accident2 les catgories ou prdicaments1 c'est--dire les ides les plus gnrales auxquelles puisse tre ramen tout ce que nous savons ou pensons des choses2 la thorie de la proposition ou les principes universels du langage2 le raisonnement et la dmonstration1 ou la thorie et les formes du syllogisme2 les rgles de la division et de la dfinition2 la science enfin de la discussion et de la rfutation1 ou la connaissance du sophisme4 ,en tudiant toutes ces choses1 on trouvait1 chemin faisant1 de nombreuses questions qui permettaient de joindre l'exemple au prcepte2 c'taient des questions d'abord de logique pure1 puis de physique1 de mtaphysique1 de morale1 et souvent de thologie4 ,sur ces questions s'chauffaient les esprits1 s'animaient les passions1 et brillaient ceux qui se livraient l'enseignement et la dispute2 sur ces questions se partageaient les professeurs1 les lettrs1 les coles1 et quelquefois l'glise et le public4 ,note #e3 ,on sait que notre facult des lettres s'appelait autrefois la facult des arts2 d'o le titre de matre s arts4 ,le nom d'artista fut donn dans le ,x,ie sicle aux philosophes1 qui ,rome taient aussi appels ,grec3 technikoi1 quand ils s'adonnaient l'enseignement et la controverse4 ,budaeus1 ,observ4 select4 ,,xiv et ,,xvi1 t4 ,,vi1 p4 #aba et #acj4 ,hall41 #agjb4 ,a l'poque o le jeune ,pierre se mit courir le pays pour chercher les aventures philosophiques1 un homme s'tait fait dans les coles une grande renomme4 ,c'tait ,jean ,roscelin1 n comme lui en ,bretagne1 et chanoine de ,compigne4 ,ce matre avait trouv assez rpandue cette doctrine1 qui n'tait pas cependant toujours explicite1 que les noms appels plus tard abstraits par les grammairiens dsignent1 pour le plus grand nombre1 des ralits1 tout comme les noms des choses individuelles1 et que ces ralits1 pour tre inaccessibles nos perceptions immdiates1 n'en sont pas moins les objets srieux et substantiels d'une vritable science4 ,il combattit cette ide qu'il contraignit se dvelopper et s'claircir2 et il soutint que tous les noms abstraits1 c'est--dire tous les noms des choses qui ne sont pas des substances individuelles1 que par consquent les noms des espces et des genres qui n'existent point hors des individus qui les composent1 et les noms des qualits et des parties qui ne peuvent tre isoles des sujets ou des touts auxquels on les rattache1 les unes sans disparatre1 les autres sans cesser d'tre des parties1 n'taient en effet que des noms4 ,puisqu'ils n'taient pas les dsignations de ralits distinctes et reprsentables1 ils ne pouvaient tre1 selon lui1 que des produits ou des lments du langage1 des mots1 des sons1 des souffles de la voix1 flatus vocis4 ,cette doctrine fut appele la doctrine des noms1 le systme des mots1 sententia vocum2 les historiens de la philosophie l'appellent le nominalisme#f4 ,note #f3 ,voyez le l4 ,,ii de cet ouvrage1 c4 ,,ii1 ,,viii1 ,,ix et ,x4 ,cette doctrine illustra son auteur qui ne l'avait pas invente tout entire1 mais qui1 la rencontrant en principe dans ,aristote1 l'avait1 aprs ,raban-,maur et ,jean le ,sourd1 hardiment pousse ses extrmes consquences et rdige en termes absolus2 mais elle compromit le repos et la sret de ,roscelin4 ,l'glise s'tait alarme2 saint ,anselme1 alors abb du ,bec en ,normandie1 en attendant qu'il succdt ,lanfranc dans l'archevch de ,cantorbery1 et qui jouissait d'un grand crdit comme religieux et d'une grande rputation comme philosophe1 avait combattu le nominalisme1 en soutenant outrance la ralit de ce qu'exprimaient les termes abstraits et gnraux1 ou ce qu'on appelle la ralit des universaux4 ,devanant mme cette polmique1 un concile tenu ,soissons1 en #ajib1 avait condamn la doctrine de ,roscelin1 comme fausse en elle-mme1 et comme incompatible avec le dogme de la ,trinit1 puisqu'en n'attribuant l'existence qu'aux individus1 elle annulait celle des trois personnes1 ou les ralisait en trois essences individuelles1 ce qui tait admettre trois dieux4 ,roscelin avait t forc de s'exiler en ,angleterre4 ,on croit que dans le cours de ses voyages notre ,pierre fut un de ses auditeurs2 mais on ignore quand il le rencontra4 ,il est certain qu'il suivit ses leons1 et probablement avant de venir ,paris4 ,il l'entendit du moins tant fort jeune2 il a dit plus tard qu'il l'avait eu pour matre1 et il a dit aussi qu'il trouvait sa doctrine insense#g4 ,note #g3 ,magistri nostri ,roscellini tam insana sententia4 7,ouvr4 ind4 ,dialect41 p4 #dga47 ,c'est ,othon de ,frisingen qui veut que le premier matre d',ablard ait t ,roscelin1 lequel a sans aucun doute t son matre1 mais qui ne peut avoir t le premier1 encore moins son prcepteur dans sa famille1 comme quelques-uns l'ont cru4 ,rien ne prouve que ,roscelin ait enseign en ,bretagne4 ,proscrit lorsqu',ablard avait treize ans1 il ne peut gure l'avoir connu que plus tard dans ses courses plus ou moins secrtes en ,france4 7,id41 ,introd41 p4 xl et suiv47 ,ablard le traite avec svrit1 il l'a rfut et mme attaqu violemment4 7,ab4 ,op41 ep4 ,,xxi1 p4 #ccd2 ,not41 p4 #agdc4--,ou4 ,fris4 ,de ,gest4 ,frid4 ,i1 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4--,philosophie dans le moyen ge1 par ,m4 ,rousselot1 t4 ,i1 c4 ,v47 ,on croit qu'il n'avait gure que vingt ans lorsqu'il vit ,paris pour la premire fois#h4 ,note #h3 ,peut-tre mme tait-il plus jeune2 les auteurs du ,recueil des historiens des ,gaules et de la ,france veulent qu'il ait entendu ,guillaume de ,champeaux1 ,paris1 avant la fin du ,x,ie sicle1 7t4 ,,xiii1 p4 #fed74 ,le ,p4 ,dubois1 dans son ,histoire ecclsiastique de ,paris1 dit qu',ablard arriva dans cette ville en #aajj 7t4 #a1 l4 ,,xi1 c4 ,,vii1 p4 #ggg74 ,duboulai voudrait mme faire remonter son arrive jusqu'en #ajie4 7,hist4 ,universit4 parisiens4 t4 ,,ii p4 #h47 ,cette ville tait alors1 surtout pour le nord et l'occident de l',europe1 la capitale des lettres et des arts4 ,elle a t de bonne heure1 elle est reste toujours le centre de cette philosophie du moyen ge qu'on a nomme la scolastique4 ,ce nom ne dsigne pas autre chose que la philosophie des coles ou cette dialectique que nous avons dcrite4 ,les coles taient assez nombreuses en ,france1 et pour la plupart piscopales1 c'est--dire qu'elles taient ouvertes ordinairement sous le patronage et la surveillance de l'vque et mme dans sa maison4 ,ces institutions avaient succd aux coles palatines1 fondes par ,charlemagne1 grande et passagre cration1 comme presque toutes celles de cet homme qui devana trop son temps1 et manqua l'avenir pour l'avoir devin trop tt4 ,ce qu'il avait voulu placer dans le palais s'tait donc produit dans l'vch ou mme la porte du clotre#i4 ,dans ces coles1 qui diffraient de rputation et quelquefois de doctrine1 comme les vques eux-mmes1 on enseignait toujours la thologie et souvent les sciences profanes1 y compris la philosophie4 ,cet ordre d'institutions dura longtemps2 il en est rest au chef-lieu de tous les diocses1 auprs de tous les vques1 deux titres ports par des prtres et qui reprsentent le double enseignement du pass3 l'un est le titre de thologal1 et l'autre celui d'coltre4 ,note #i3 ,carolus4444 seculares quodam modo litteras fecit et a coenobiis ad palatium evocavit4 7,duboulai1 t4 #a1 p4 #ie47 ,je parle ici d'aprs l'ide reue qui attribue ,charlemagne la cration permanente d'coles royales tenues dans son propre palais4 ,domus regia schola dicitur1 disait le concile de ,kierzy en #heh 7,ibid4 p4 #ajf74 ,ce prince aurait ainsi conu et ralis la vritable instruction publique1 celle de l'tat4 ,j'avoue que ,m4 ,ampre a singulirement branl cette ide4 ,au reste1 les coles piscopales elles-mmes doivent encore tre originairement rapportes ,charlemagne2 c'est lui qui en prescrivit la formation par un capitulaire de #ghi4 7,histoire littraire de la ,france avant le ,x,i,ie sicle1 par ,m4 ,ampre1 t4 ,,iii1 c4 ,,ii47 l'poque dont nous parlons1 ou vers l'an #aajj1 il n'y avait donc pas d',universit de ,paris4 ,il y avait des coles ,paris1 et parmi elles1 au-dessus de toutes1 l'cole piscopale1 la plus frquente et la plus clbre#aj4 ,les tudiants y accouraient de trs-loin1 non-seulement de toute la ,france1 ce qui tait peu dire1 mais de toute la ,gaule et des pays trangers4 ,l',angleterre1 l',italie et l',allemagne commenaient envoyer leurs enfants dans cette ville1 destine devenir l',athnes de la philosophie du moyen ge4 ,les cours de l'cole1 ou comme on disait les lectures#aa 7il n'existait point de collge71 avaient pour auditeurs des jeunes gens ou hommes faits de toutes nations2 car les coliers taient alors de tout ge4 ,ils se rassemblaient autour de la chaire du professeur1 dans un clotre assez voisin de l'habitation de l'vque1 situe au lieu o nous avons vu encore l',archevch1 et au pied de l'glise mtropolitaine1 qui se nommait bien dj ,notre-,dame1 mais qui n'tait pas le monument magnifique et vnr que commena ,maurice de ,sully sous ,philippe ,auguste4 ,il n'y a pas trs-longtemps qu'une enceinte1 jadis habite tout entire par les membres du chapitre1 s'tendait depuis le ,parvis1 et longeant au nord la nef de l'glise1 allait rejoindre le jardin de l',archevch2 elle s'appelait le ,clotre ,notre-,dame#ab4 ,l tait1 aux premiers jours du xiie sicle1 l'cole piscopale1 l'cole matresse1 perptuelle1 celle dont le titulaire rgissait de droit les coles de ,paris1 et c'est pour cela qu'elle portait dans le monde et qu'elle a conserv dans l'histoire le nom d'cole du ,clotre ou de ,notre-,dame4 ,elle s'enorgueillissait de reconnatre pour chef ,guillaume1 dit de ,champeaux1 du nom d'un bourg de la ,brie o il tait n4 ,archidiacre de ,paris1 il enseignait avec beaucoup de succs et d'clat4 ,il parat avoir brill dans la dialectique1 donn de quelques-unes des questions qu'elle pose des solutions nouvelles1 et appliqu le premier1 dans l'cole de ,notre-,dame1 les formes de la logique l'enseignement des choses saintes3 ce qui a fait dire qu'il avait1 le premier1 profess publiquement la thologie ,paris1 et d'une manire contentieuse1 en ce sens qu'il aurait introduit la thologie scolastique4 ,on l'a surnomm la ,colonne des docteurs#ac4 ,note #aj3 ,cf4 ,lobineau1 ,hist4 de ,paris1 t4 ,i1 l4 ,,iv1 p4 #aea4--;,grard ,dubois1 ,hist4 ,eccles4 paris41 t4 ,i1 l4 ,,xi1 c4 ,,vii1 p4 #gge4--;,d4 ,b41 ,rec4 des ,hist4 t4 ,,xiv1 praef4 xxxj4--,troplong1 ,du pouvoir de l'tat sur l'enseignement1 c4 vi1 vii1 viii et ix4--,launoy1 ,de ,schol4 celeb41 t4 ,,iv1 c4 lix4 ,hist4 litt4 de la ,fr41 par les bndictins de ,saint-,maur1 t4 ,,ix1 ,disc4 prt4 ,note #aa3 ,lectiones1 d'o le mot de leons4 ,bayle appelle ,anselme de ,laon lecteur en thologie4 ,les professeurs au ,collge de ,france avaient conserv ce titre de lecteur4 ,les leons1 au moyen ge1 se composaient d'une lecture ou dicte1 puis d'un commentaire ou glose improvise4 ,c'est la forme encore suivie dans nos coles de droit4 ,note #ab3 ,paris ancien et moderne1 par du ,marls1 t4 #a1 c4 i1 p4 #ea1 et c4 ii1 p4 #ahi4 ,note #ac3 ,on le dit n vers #ajfh4 ,aprs avoir tudi sous ,manegold et ,anselme de ,laon1 qui professrent ,paris1 il y devint le chef de l'enseignement1 et il eut le regimen scholarum d'o est venu sans doute plus tard le titre de recteur4 ,il eut des disciples nombreux dont quelques-uns occuprent un rang distingu dans l'glise et la science4 lve d',anselme de ,laon1 qui s'tait form sous saint ,anselme1 ,guillaume continua donc le ralisme1 et mme il parat l'avoir exagr4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #d2 ,not41 p4 #aade4--,ouvr4 ind4 ,dialectic4 passim4--,johan4 ,saresb4 ,metalog41 l4 ,i1 c4 ,v2 l4 ,,iii1 c4 ,,ix4--,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cjc4--,lisiardi ,vita ,m4,s4,s4 ,arnulfi1 c4 ,,xv4 ,d',achery1 ,spicileg41 t4 ,i1 p4 #fcc4--;,hist4 litt41 t4 ,x1 p4 #cjg1 #cjh et suiv47 ,pierre alla l'entendre et ne tarda pas lui plaire4 ,un disciple intelligent1 qui saisit avec promptitude et reproduit avec talent les leons qu'il coute1 est toujours bienvenu de celui qui les donne2 mais il est rare que sa faveur soit durable4 ,pierre se distingua parmi les coliers de ,paris2 il les tonnait par sa mmoire surprenante1 par son instruction prcoce1 par sa rare subtilit1 par le don de la parole que rehaussait en lui la singulire beaut de sa figure4 ,il se faisait admirer1 aimer1 et partant envier4 ,bientt il s'enhardit se sparer de son matre2 il attaqua quelques-unes de ses doctrines2 et comme il fut plus d'une fois vainqueur dans l'argumentation1 il ne manqua pas de lui devenir insupportable4 ,il excita chez ,guillaume une indignation et un effroi1 chez quelques-uns de ses condisciples une dfiance et une jalousie1 qu'il regarda toujours depuis comme la triste origine de tous ses malheurs4 ,mais alors jeune1 heureux1 plein d'espoir1 il parcourait les sciences et les questions en se jouant4 ,tout le champ de la connaissance humaine tait ouvert devant lui comme le monde devant un conqurant4 ,on raconte cependant que1 ne sachant encore rien au del de ce qu'on apprenait dans le trivium1 c'est--dire la rhtorique1 la grammaire et la dialectique1 il voulut s'instruire dans les arts plus secrets du quadrivium1 o l'en enseignait l'arithmtique1 la gomtrie1 l'astronomie et la musique2 car telle tait reste la division encyclopdique de l'enseignement au ,x,i,ie sicle#ad4 ,il prit mme des leons d'un certain matre qui se nommait ,tirric1 et qui se chargea de lui apprendre les mathmatiques4 ,on appelait ainsi une science fort suspecte o l'tude des proprits des nombres et des figures s'unissait celle de leurs vertus symboliques et mystrieuses#ae4 ,note #ad3 ,cette division septuple des sciences est indique partout et subsista longtemps4 ,on en trouve l'origine dans ,cassiodore et saint ,augustin4 7,divinar4 ,lect41 c4 ,,xxvii4--,de ,ordin41 t4 ,,ii1 c4 ,,xii1 etc4--,retract41 l4 ,i1 c4 ,,vi4--,cf4 ,budd4 ,observ4 select4 ,,iv1 t4 ,i1 p4 #dg1 #ea1 #ee47 ,note #ae3 ,c'est ,ablard qui nous donne lui-mme cette ide des mathmatiques4 ,ea quoque scientia cujus nefarium est exercitium1 quae mathematica appellatur1 mala putanda non est4 7,ouv4 ind4 ,dialect41 p4 #dce4--;,johan4 ,saresb4 ,policrat41 l4 ,,ii1 c4 ,,xviii et ,,xix1 et ,duconge1 ou mot ,mathematica47 ,pierre prenait ces leons sans bruit2 dj il ne lui convenait plus de paratre apprendre2 cependant il ne russissait pas4 ,lui-mme a reconnu qu'il n'a jamais pu savoir l'arithmtique#af4 ,ce genre de travail opposait son esprit une difficult inattendue1 soit qu'il manqut d'une aptitude naturelle1 chose douteuse1 car la dialectique ressemble aux sciences du calcul2 soit que1 dj confiant et ambitieux1 il ne donnt ses nouvelles tudes que les restes d'une attention trop partage2 soit enfin que son esprit1 dj rempli de savoir et proccup de mille choses1 ne ft qu'effleurer la surface de ces nouvelles connaissances4 ,son matre1 ce qu'il semble1 en porta ce dernier jugement2 car le voyant un jour triste et comme indign de ne pas pntrer plus avant1 il lui dit en riant3 ,quand un chien est bien rempli1 que peut-il faire de plus que de lcher le lard8 ,le mot d'une latinit dgnre qui signifie lcher1 composait1 avec le dernier mot de la plaisanterie vulgaire du matre1 un son qui ressemblait ,baiolard 7,bajolardus7#ag4 ,on en fit dans l'cole de ,tirric le surnom de ,pierre1 et ce surnom1 qui rappelait un ct faible dans un homme qui l'on n'en savait pas1 fit fortune4 ,l'tudiant en prit son parti1 et acceptant ce sobriquet d'cole1 dont il changea quelque peu le son et le sens1 il se fit appeler ,ablard 7,habelardus71 se vantant ainsi de possder ce qu'on l'accusait de ne pouvoir prendre1 et1 s'il fallait en croire cette anecdote1 c'est ce surnom d'origine purile et familire qu'auraient immortalis le gnie1 la passion et le malheur4 ,note #af3 ,ejus artis ignarum omnino me cognosco4 7,ouv4 ,ind4 ,dialect41 p4 #ahb47 ,note #ag3 ,bajare quod est lingere4 ,on ne connat1 je crois1 ce mot que par le passage du manuscrit o cette anecdote est rapporte4 ,du moins1 au mot ,bajare1 ,ducange ne donne-t-il aucun autre exemple4 ,lorsqu'il eut acquis toute sa gloire1 lorsqu'il eut atteint le fate de la science1 l'origine vraie ou fausse de son nom fut oublie1 et l'on ne voulut y voir qu'un surnom emprunt au nom de l'abeille1 comme si ,ablard et t l'abeille franaise1 ainsi qu'autrefois un grand crivain fut appel l'abeille attique#ah4 ,note #ah3 ,l'anecdote sur l'origine du nom d',ablard est peu connue1 et n'a t rapporte que par ,bernard ,pez1 sur la foi d'un manuscrit de l'abbaye de ,saint-,emmeram4 7,thesaur4 anecdot4 noviss41 t4 ,,iii1 ,dissert1 isagog41 p4 xxij47 ,il est plus que douteux que le surnom d',ablard vienne de l'abeille1 quoique ses contemporains et saint ,bernard lui-mme aient fait ce rapprochement4 7,saint ,bern4 ,op41 ep4 ,,clxxxix47 ,d',argentr voit un nom de famille dans le nom de ,pierre ,esveillard1 qu'ils appellent en ,france ,abilard4 7,l',hist4 de ,bretaigne1 l4 ,i1 c4 ,,xvi1 et l4 ,,iii1 c4 ,,ciii1 p4 #gd et p4 #bcf47 ,les textes latins crits en ,bretagne portent ,abaelardus4 7,chroniq4 de ,ruys4 ,recueil des ,histor41 t4 ,,xii1 p4 #efd4--,mm4 pour servir l',hist4 de ,bretagne1 par ,d4 ,morice1 t4 ,i1 p4 #eei47 ,c'tait plutt un surnom4 ,tous les noms de famille ont bien commenc par des surnoms2 mais trs-rares alors1 ils se montraient sous la forme de titre fodal ou nom de fief hrditaire4 ,l'orthographe latine la plus correcte est1 je crois1 ,abaelardus4 ,dans ses propres ouvrages1 il se nomme lui-mme3 ,hoc vocabulum ,abaelardus mihi4444 collocatum est4 7,ouvr4 ind4 ,dialect41 p4 #bab et #dhj47 ,othon de ,frisingen crit ,abailardus1 et l'on trouve aussi ,abaielardus1 et mme ,abaulardus1 ,abbajalarius1 ,baalaurdus1 ,belardus4 ,en franais1 ,abeillard1 ,abayelard1 ,abalard1 ,abaulard1 ,abaalarz1 ,allebart1 ,abulard1 ,beillard1 ,baillard1 ,balard1 etc41 et dans une ballade de ,villon3 ,o est la trs-sage ,hlos ,pour qui fut chastr et puis moyne ,pierre ,esbaillart ,saint-,denys1 ,pour son amour eut cest essoyne8 ,les formes les plus usites sont ,abailard ou ,ablard4 ,le dernire est celle que prfrent ,bayle1 l',histoire littraire1 et ,m4 ,cousin4 7,ab4 ,op41 praefat41 p4 #c2 ,not41 p4 #aada4--;,bayle1 ,dict4 crit41 art4 ,ablard47 ,il n'existe aujourd'hui personne du nom d',ablard dans le canton de ,vallet o le ,pallet est situ1 au tmoignage de ,m4 le juge de paix du canton2 mais le nom d',ablard n'est point inconnu ,nantes comme nom de famille1 suivant ,,mm4 de la ,jarriette et ,demangeat4 ,cependant il avait conu l'ide de devenir matre son tour et de rgir les coles1 ide hardie chez un tudiant qui sortait peine de l'adolescence#ai4 ,mais sr de sa force et confiant dans sa fortune1 il ne reculait devant aucune des ambitions de son orgueil4 ,il chercha un lieu o il pt ouvrir un cours2 il jeta les yeux sur ,melun1 ville alors fort importante et qui tait un sige royal4 ,guillaume1 le matre qu'il abandonnait1 sentit le danger2 quoiqu'il ft sur le point de renoncer sa chaire et de quitter le monde1 il fit tous ses efforts pour empcher l'tablissement d'une cole nouvelle1 ou du moins pour loigner davantage ,ablard des murs de ,paris4 ,il usa de secrtes manoeuvres afin de lui faire interdire le lieu o on lui permettait de professer4 ,mais le talent et la jeunesse trouvent aisment faveur et protection2 le vieux matre avait des jaloux2 il s'tait fait des ennemis parmi les puissants de la terre2 ils soutinrent son rival2 la malveillance envers ,guillaume profita de l'odieux de celle de ,guillaume envers ,ablard2 la faveur du grand nombre prit ce dernier sous sa garde1 et son voeu fut ralis1 il eut une cole4 ,tout cela se passait vers l'an #aajb4 ,note #ai3 ,factum est ut 444 ad scholarum regimen adolescentulus aspirarem4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #d47 ,c'est une opinion assez gnrale qu'il avait vingt-deux ans4 7,histor4 ,eccl4 paris4 a ,g4 ,dubois1 t4 ,i4 l4 ,,xi1 c4 ,,vii1 p4 #ggg47 ,l'impression que sa jeunesse avait produite parat avoir dur au del de sa jeunesse mme4 ,on l'appela longtemps le jeune ,palatin2 du moins trouve-t-on ce titre en tte de quelques uns de ses manuscrits4 ,car c'est ainsi1 je crois qu'il faut entendre ,petri ,abaelardi junioris ,palatini summi peripatetici editio1 et non pas ,ablard le jeune1 puisqu',ablard n'est pas un nom de famille4 ,d'ailleurs il n'avait cd que ses droits d'anesse et non son ge4 ,on a propos de traduire3 le grand pripatticien moderne4 7,cousin1 ,ouvr4 ind4 ,introd4 p4 xiij47 ,ce fut alors que son talent pour l'enseignement prit l'essor1 et sa renomme couvrit bientt et la rputation naissante de ses condisciples1 et la clbrit tablie des matres eux-mmes4 ,nul ne semblait ses auditeurs digne ou capable de rivaliser avec lui dans l'art de la dialectique2 et chaque jour plus prsomptueux1 ne redoutant aucun voisinage1 il voulut rapprocher son cole et la transporter ,corbeil1 place forte qui ne tarda pas devenir un chteau royal comme ,melun#bj4 ,l1 plus prs de ,paris1 il donnait pour ainsi dire l'assaut la citadelle de l'cole de ,notre-,dame4 ,note #bj3 ,le comt de ,melun et celui de ,corbeil avaient t runis1 puis spars4 ,le premier revint d'abord la couronne par la mort de ,rainauld1 vque de ,paris et chancelier1 comte de ,melun2 il y eut alors un vice-comte 7vicomte74 ,puis1 ,philippe ,ier prit possession de la ville qui tait fortifie comme tout chef-lieu de fief 7,meldunum castrum1 castellum72 il en fit un sige royal1 c'est--dire qu'tant la ville d'un domaine dont le roi tait seigneur1 elle devint une de ses rsidences et il y tablit sa justice4 ,philippe ,ier y mourut en #aajh4 ,c'est son successeur1 ,louis le ,gros1 qui runit dans les mmes conditions le comt de ,corbeil par l'abandon du neveu du dernier comte4 ,c'est une poque bien voisine de cet vnement1 si ce n'est lors de cet vnement mme1 qu',ablard vint ,corbeil4 7,ab4 ,op44 ,not41 p4 #aaie47 ,cependant un travail excessif avait puis ses forces et altr sa sant4 ,il fut oblig de quitter la ,france1 de voyager1 et probablement de visiter sa patrie1 laissant aprs lui de vifs et longs regrets1 et sans cesse ardemment rappel par tous ceux qu'intressait l'enseignement de la dialectique4 ,trs-peu d'annes se passrent ainsi1 celles peut-tre pendant lesquelles il entendit ,roscelin2 et il se sentait rtabli1 lorsqu'il apprit que son ancien matre avait abandonn la chaire de ,notre-,dame4 ,en #aajh1 au temps de ,pques1 prenant l'habit religieux1 l'archidiacre ,guillaume de ,champeaux s'tait retir1 avec quelques-uns de ses disciples1 prs d'une chapelle au sud-est de ,paris1 o tait ensevelie une recluse morte en grand renom de pit4 ,il y avait form une congrgation volontaire de clercs rguliers1 qui devint plus tard l'abbaye de ,saint-,victor4 ,c'est l que1 commenant une vie de paix et de pit1 il esprait trouver un abri contre les attaques et les luttes qu'il prvoyait1 ou mme se prparer l'piscopat1 qu'il pouvait souhaiter comme une dlivrance ou comme un asile4 ,cette retraite qu'accompagnait un changement de vie assez clatant1 fit sensation dans le clerg2 on loua beaucoup la dvotion et l'humilit d'un homme qui renonait pour la solitude un poste lev dans l'glise de ,paris1 aux chances apparentes d'une fortune plus grande encore2 enfin une position qui1 suivant ses disciples1 quivalait presque au premier rang dans le palais du roi#ba4 ,note #ba3 ,cum esset archidiaconus1 fereque opud regem primus1 omnibus quae possidebat demissis1 in praeterito pascha1 ad quamdam pauperrimam ecclesiolam soli ,deo serviturus se contulit1 dit un anonyme qui crit un an aprs l'avoir entendu et admir1 tanquam angelum4 7,rec4 des ,histor41 t4 ,,xiv1 p4 #bgi47 ,d'autres fixent la date de cette retraite en #aaji4 7,crevier1 ,hist4 de l',univ41 t4 ,i1 l4 ,i1 #b47 ,hildebert1 clbre vque du ,mans1 et dans la suite plus clbre archevque de ,tours1 lui crivit que c'tait l vraiment philosopher#bb2 mais il l'exhorta vivement ne point renoncer ses leons4 ,guillaume suivit ce conseil2 sa nouvelle rsidence ne l'loignait point trop de ,paris2 sa nouvelle vie ne le squestra pas du monde savant4 ,dans sa retraite ouverte au public1 il installa avec lui la science1 et il continua faire des cours1 inaugurant ainsi cette grande cole de ,saint-,victor qui a jou un rle important dans la thologie et presque dans la religion#bc4 ,note #bb3 ,hoc vere philosophari est4 7,hildeb41 episc4 cenoman41 ep4 #a4--;,g4 ,dubois1 ,hist4 ,eccl4 paris41 t4 ,i1 l4 ,,ix1 c4 ix47 ,note #bc3 ,guillaume de ,champeaux ne fut donc pas prcisment le fondateur officiel de la congrgation des chanoines rguliers de ,saint-,victor4 ,on a mme contest qu'il ait t chanoine rgulier1 quoique ce titre lui soit souvent donn1 et qu'il ait au moins form dans cette maison une congrgation temporaire1 ce qu',ablard appelle un conventicule de frres1 un ordre de clercs rguliers1 qui put tre le type et fut certainement l'origine de l'institution dfinitive4 ,avant ,guillaume1 on prtend que la chapelle ou le prieur de ,saint-,victor tait desservi par des moines noirs1 et dpendait de la clbre abbaye de ,saint-,victor de ,marseille1 l'un et l'autre de la rgle de ,saint-,benot4 ,en #aajh1 ,guillaume s'tablit dans le prieur avec ses disciples et en agrandit les btiments4 ,en #aaab1 il devint vque4 ,en #aaac1 ,louis le ,gros changea le prieur en abbaye et remplaa1 dit-on1 les moines noirs par des chanoines de ,saint-,rufe de ,valence4 ,le premier abb fut ,gilduin4 7,cf4 ,ab4 ,op41 ep4 i1 p4 #e et #f2 ,not41 p4 #aade4--,vie d',abeillard1 par ,d4 ,gervaise1 t4 ,i1 p4 #bb4--;,hist4 litt4 de la ,france t4 ,,xii1 art4 ,hugues de ,saint-,victor1 p4 #c1 et ,gilduin1 p4 #dgf4--;,dubois1 ,hist4 ,eccl4 paris41 loc4 cit4--,gallia ,christ41 t4 ,,vii1 p4 #fef47 ,tandis qu'il y parlait1 entour de ses nombreux lves1 il vit tout coup dans leurs rangs reparatre ,ablard qui venait1 disait-il1 entendre ses leons sur la rhtorique4 ,mais le disciple apparent ne tarda pas provoquer son matre sur la question de philosophie qui proccupait les esprits4 ,c'tait cette question fameuse et redoute qui avait perdu ,roscelin4 ,sur les universaux1 la doctrine de ,guillaume de ,champeaux tait le contre-pied de celle du chanoine de ,compigne4 ,il professait le ralisme le plus pur et le plus absolu1 c'est--dire qu'il attribuait aux universaux une ralit positive2 en d'autres termes1 il admettait des essences universelles4 ,dans son systme1 tout universel tait par lui-mme et essentiellement une chose1 et cette chose rsidait tout entire dans les diffrents individus dont elle tait le fond commun1 sans aucune diversit dans l'essence1 mais seulement avec la varit qui nat de la multitude des accidents individuels4 ,ainsi1 par exemple1 l'humanit n'tait plus le nom commun de tous les individus de l'espce humaine1 mais une essence relle1 commune tous1 entire dans chacun1 et varie uniquement par les nombreuses diversits des hommes4 ,ainsi du moins ,ablard dcrit la doctrine de son adversaire4 ,il l'attaqua directement et la pressa d'arguments clairs et frappants4 ,si le genre1 disait-il1 est l'essence de l'individu1 si notamment l'humanit est une essence tout entire en chaque homme1 et que l'individualit soit un pur accident1 il s'ensuit que cette essence entire est en mme temps intgralement dans un homme et dans un autre1 et que lorsque ,platon est ,rome et ,socrate ,athnes1 elle est tout entire avec ,platon ,rome1 et dans ,athnes avec ,socrate4 ,semblablement1 l'homme universel1 tant l'essence de l'individu1 est l'individu mme1 et par consquent il emporte partout l'individu avec lui2 de sorte que lorsque ,platon est ,rome1 ,socrate y est aussi1 et que quand ,socrate est ,athnes1 ,platon s'y trouve avec lui et en lui4 ,l conduisait cette formule de ,guillaume de ,champeaux que1 dans les individus1 la chose universelle subsistait essentiellement ou dans la totalit de son essence#bd4 ,note #bd3 ,ab4 ,op41 ep4 #a1 p4 #f4--,ouvr4 ind41 ,de ,gener4 et ,spec41 p4 #fac4 ,par ces objections et par d'autres qui semblaient autant d'appels au sens commun1 ,ablard troubla tellement le matre longtemps incontest des coles de ,paris qu'il le contraignit de s'amender et de rtracter ou effacer de la formule un mot dcisif4 ,guillaume cessa de dire que la chose universelle subsistait comme une seule et mme chose essentiellement dans les individus1 ce qui tait dire qu'elle en tait l'essence4 ,il se rduisit prtendre qu'elle subsistait ou individuellement1 on plutt indiffremment dans les individus#be4 ,note #be3 ,d'aprs l'dition des oeuvres d',ablard1 et le texte de sa premire ptre1 reproduit dans le recueil de ,dom ,bouquet1 l',historia calamitatium donne individualiter1 pour le mot substitu essentialiter2 mais d',amboise met en marge la variante indifferenter3 c'est le mot du manuscrit de la ,bibliothque du ,roi1 d'un autre de la bibliothque de ,troyes1 et de ceux que ,rawlinson dit avoir consults2 il parat de tout point prfrable1 car la premire substitution1 si elle a une valeur1 annule le ralisme1 et la seconde1 au contraire1 exprime une doctrine qu',ablard1 dans ses ouvrages didactiques1 expose et rfute comme la seconde opinion de ,guillaume de ,champeaux et la seconde forme du ralisme4 7,cf4 ,ab4 ,op4 ibid4 ,ouv4 ind41 ,introd41 p4 cxx1 cxxxiij et cxliij4--,de ,gen4 et ,spec41 p4 #eac et #eaf4--,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #bgi4--;,abail4 et ,hl41 par ,turlot1 p4 #af4--,voyez aussi plus bas l4 ,,ii1 c4 ,,viii et suiv47 ,or1 si elle subsistait individuellement1 elle n'tait plus identique et intgrale dans tous1 elle avait une existence individuelle1 ce qui ne signifiait rien1 ou signifiait que l'essence se divisait en parties numriques semblables1 mais non identiques1 et par consquent indpendantes4 ,si elle subsistait indiffremment dans les individus1 elle existait comme l'lment non diffrent 7indifferens7 des diffrents individus2 manire technique d'exprimer qu'elle tait ce qu'il y avait de commun et de semblable dans les membres d'un mme genre ou d'une mme espce4 ,des deux faons1 c'tait abjurer1 ou se rfugier dans un ralisme mitig1 qu',ablard appelle la doctrine de l'indiffrence1 et au sein de laquelle il ne laissa pas son professeur en repos4 ,cette question des universaux tait depuis un temps la question dominante de la dialectique et comme la pierre de touche des matres et des coles4 ,celui qui faiblissait sur ce point perdait aussitt son crdit et toute confiance en lui-mme4 ,quiconque se rtractait en cela renonait convaincre et guider4 ,du jour o ,guillaume de ,champeaux eut corrig ou dlaiss son opinion1 le dcouragement le prit1 ses leons furent ngliges2 peine l'couta-t-on encore1 peine lui permit-on de s'expliquer sur les autres parties de la dialectique4 ,il semblait que ce point abandonn et emport toute la science avec lui4 ,en mme temps1 la doctrine et la position d',ablard acquirent plus de force et d'influence2 beaucoup de ceux qui l'attaquaient auparavant passrent de son ct4 ,de toutes parts1 et du sein mme de l'cole oppose1 on accourut dans la sienne4 ,en quittant le clotre de ,notre-,dame pour l'institut naissant de ,saint-,victor1 ,guillaume n'avait point laiss sa chaire dserte4 ,un successeur s'y tait assis et devait y continuer son oeuvre2 mais le gouvernement de la science avait pass en d'autres mains2 dcourag ou converti1 le nouveau matre offrit sa place ,ablard1 et se rangea parmi ses auditeurs4 ,l'empire de l'cole lui fut ainsi rgulirement dvolu1 car c'tait alors une rgle qu'on ne pouvait enseigner qu'avec l'autorisation d'un matre reconnu1 et comme son supplant et son dlgu4 ,enseigner de son propre chef1 ce qu'on appelait enseigner sans matre#bf tait une tmrit et presque un dlit4 ,aussi1 ne pouvant plus l'attaquer lui-mme1 ,guillaume au dsespoir attaqua-t-il son propre successeur2 de honteuses accusations furent diriges contre lui1 dont la plus grave sans doute et la moins avoue tait sa dfrence pour ,ablard4 ,il fut interdit1 et comme ,guillaume de ,champeaux tait apparemment rest titulaire de sa chaire1 il la fit donner quelque adversaire anonyme du nouveau docteur1 qui fut forc de retourner ,melun1 et d'y recommencer ses leons4 ,note #bf3 ,sine magistro1 sans avoir ou la matrise ou l'autorisation magistrale4 7,ab4 ,op41 ep4 #a2 p4 #aj47 ,il fallait1 suivant ,m4 ,troplong1 obtenir la licence du matre des tudes ou scolastique1 appel aussi chancelier1 ou bien tre disciple d'un matre titulaire et enseigner sous sa direction4 ,de l sont venus peu peu tous les grades acadmiques1 matre1 licenci1 docteur 7,cf4 ,hist4 litt4 de la ,fr41 t4 ,,ix1 p4 #hl1 et t4 ,,xii1 p4 #ic4--,pasquier1 ,rech4 de la ,france1 l4 ,,ix1 c4 xxi4--,d4 ,brial1 prf4 du t4 ,,xiv des ,hist4 fr41 p4 xxxi4--,crevier1 ,hist4 de l',univ41 t4 ,i1 l4 #a1 p4 #acb1 #ace1 #afa1 #bef1 etc4--,troplong1 ,du ,pouv4 de l'tat sur l'enseignement1 c4 x474 ,mais la victoire fut passagre2 en cartant pour un moment un formidable rival1 on ne retrouvait ni la foi ni la puissance4 ,de loin1 il intimidait1 il abaissait encore ceux qui s'taient dlivrs de sa prsence4 ,la vie s'tait comme retire d'eux2 la malignit publique les poursuivait et minait ce qui pouvait leur rester d'autorit4 ,elle se prit ,guillaume de ,champeaux1 et les doutes railleurs des coliers sur le dsintressement de sa pit1 sur les motifs de sa retraite1 le forcrent bientt se retirer1 lui1 la congrgation qu'il avait forme1 et ce qu'il avait encore de disciples1 dans une maison de campagne loigne de la ville#bg4 ,note #bg3 ,une maison de campagne ou un hameau1 car villa a ces deux sens2 ad villam quamdum ab urbe remotam4 ,brucker dit que ce lieu tait le vieux prieur 7veteres cellae171 peut-tre le mme o fut fond ,saint-,victor4 7,ab4 ,op41 ep4 #a1 p4 #f4--;,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #gcc47 ,ablard se hta de se rapprocher4 ,comme l'cole de la ,cit restait toujours occupe1 il s'tablit hors des murs1 sur la montagne ,sainte-,genevive1 et dans le clotre mme1 dit-on1 de l'glise ddie la patronne de ,paris4 ,cette colline1 destine devenir comme le ,sina de l'enseignement universitaire1 tait alors l'asile o se rfugiait l'esprit d'indpendance1 le poste o se retranchait l'esprit d'agression contre l'autorit enseignante4 ,des coles prives1 plutt tolres qu'autorises par le chancelier de l'glise de ,paris1 s'y ouvraient aux auditeurs innombrables que ne pouvaient contenir ou satisfaire les coles de la ,cit4 ,ainsi ,joslen de ,vierzy1 qui devait un jour1 en qualit d'vque1 juger ,ablard1 donnait ses cts des leons tendantes au nominalisme1 malgr la dfaveur qui s'attachait cette doctrine#bh4 ,les tudiants taient diviss par confrences1 sous des professeurs ou rptiteurs qui aspiraient la matrise ou la renomme4 ,mais par sa science prouve et par son loquence sublime 7ce sont les expressions de ses ennemis71 ,ablard effaait tout le monde4 ,l'originalit de son esprit lui inspirait des nouveauts hardies qui sduisaient la foule et confondaient ses rivaux4 ,osant ce que nul n'avait os1 insultant tout ce qu'il n'approuvait pas1 il provoquait la lutte par ses tmrits et la dcourageait par la terreur de sa dialectique#bi4 ,note #bh3 ,d'aprs ,duboulai1 l',universit de ,paris se serait forme de la runion de l'cole palatine1 de l'cole piscopale et de celle de ,sainte-,genevive4 ,il ne prouve pas que la premire subsistt encore au commencement du ,x,i,ie sicle2 la seconde dominait la ,cit1 et continua d'y subsister l'ombre de la ,mtropole1 toujours plus thologique1 plus ecclsiastique1 plus soumise l'autorit du premier chantre ou chancelier de l'glise de ,paris qui parat avoir t1 jusqu'au temps de ,louis le ,gros1 le magistrat de l'instruction publique4 ,le chef de l'enseignement ou matre recteur1 ce qu'on appelait d'abord le primicier1 dut1 l comme ailleurs1 tre le scholasticus ou scholaster1 7coltre71 magister scholae ou capischol4 ,le nombre des tudiants s'tant fort accru ne put tre retenu entre les deux ponts ou dans l',ile1 et s'tendit sur la montagne ,sainte-,genevive4 ,il s'tablit une cole l'abbaye du mme nom 7emplacement du collge ,henri ,,iv72 et des coles particulires s'ouvrirent sur la pente septentrionale de la colline3 de l le pays latin4 7,hist4 ,univ4 paris41 t4 ,i1 p4 #beg1 #bfg1 #bgb1 #bhj74 ,joslen1 ,goselen ou ,joscelin1 surnomm ,le ,roux1 d'une famille noble dite de ,vierzi1 enseigna d'abord sur la montagne ,sainte-,genevive1 puis devint archidiacre1 et plus tard vque de ,soissons 7#aabe ou #aabf72 et comme tel1 il sigea au concile de ,sens o ,ablard fut condamn4 7,johan4 ,saresb4 ,metalog41 l4 ,,ii1 c4 ,,xvii4-- ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #big4--;,hist4 litt41 t4 ,,ix1 p4 #cb et t4 ,,xii1 p4 #dab47 ,note #bi3 ,probatae quidem scientiae1 sublimis eloquentiae1 444 inauditarum erat inventor et assertor novitatum1 et suas quaerens statuere sententias1 erat aliarum probatarum improbator4 ,undo in odium venerat eorum qui sanius sapiebant1 et sicut manus ejus contra omnes1 sic oinnium contra eum armabantur4 ,dicebat quod nullus antea praesumpserat4 7,ex4 vit4 ,s4 ,gostini acquicinct4 abb41 ,i4 ,i4 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p1 #ddb47 ,il est probable que1 combattant la fois le ralisme de ,guillaume de ,champeaux et le nominalisme dguis de ,joslen1 il ne manquait ni de jaloux ni d'ennemis4 ,on raconte que ceux-ci1 pousss bout1 voulurent enfin lui susciter un contradicteur1 et cherchrent dans leurs rangs un adversaire courageux qui essayt de lui tenir tte4 ,c'est un chien qui aboie1 disaient-ils1 il le faut chasser avec le bton de la vrit4 ,il y avait dans l'cole de ,joslen un jeune homme de ,douai1 qui se montrait plein d'ardeur et d'intelligence4 ,il se nommait ,gosvin1 et il n'aspirait qu' l'honneur de se mesurer avec le terrible novateur4 ,il fut choisi4 ,son matre qui l'aimait s'effora de le dissuader de cette dangereuse entreprise2 il lui reprsenta qu',ablard tait plus redoutable encore par la critique que par la discussion1 plus railleur que docteur1 qu'il ne se rendait jamais1 n'acquiesant pas la vrit si elle n'tait de sa faon#cj1 qu'il tenait la massue d',hercule et ne la lcherait point1 et qu'enfin1 au lieu de s'exposer la rise en l'attaquant1 il fallait se contenter de dmler ses sophismes et d'viter ses erreurs4 ,le jeune lve persista1 et tandis que ses camarades runis par groupes dans leurs logements1 comme des soldats sous leurs tentes1 faisaient des voeux pour lui1 il en prit avec lui quelques-uns et gravit la montagne ,sainte-,genevive4 ,il se comparait ,david marchant la rencontre de ,goliath4 ,plus jeune de six ou sept ans qu',ablard1 qui devait alors approcher de trente ans1 il tait petit1 grle1 d'une figure agrable1 avec le teint d'un enfant4 ,il entra bravement dans l'cole et trouva le matre faisant sa leon ses auditeurs attentifs4 ,il prit aussitt la parole1 et l'interpella hardiment2 mais ,ablard1 lanant sur lui un regard ddaigneux et menaant3 ,songez vous taire1 lui dit-il avec hauteur1 et n'interrompez point ma leon4 ,l'enfant qui n'tait pas venu pour se taire insista avec nergie2 mais il ne put obtenir une rponse4 ,sur sa mine1 ,ablard ne pensait pas qu'il en valt la peine1 et levait les paules sans l'couter2 mais ses disciples qui connaissaient ,gosvin lui dirent que c'tait un subtil disputeur1 et l'engagrent l'entendre4 ,qu'il parle donc1 dit ,ablard1 s'il a quelque chose dire4 ,le jeune athlte1 libre enfin d'entrer en lice1 commena l'attaque4 ,il posa sa thse1 et ouvrit une controverse en rgle4 ,nous ignorons quel en tait le sujet1 quels en furent les dtails et les incidents1 et toute cette histoire ne nous est connue que par un moine du couvent dont ,gosvin fut un jour abb#ca4 ,mais selon lui1 le petit ,david terrassa le gant2 il conquit tout d'abord l'attention de l'auditoire par la gravit de sa parole2 puis1 il enlaa si savamment son adversaire par des assertions qu'on ne pouvait ni luder ni combattre qu'il lui ferma peu peu tout moyen d'vasion et parvint graduellement le rduire l'absurde4 ,ayant ainsi garrott ce ,prote par les indissolubles liens de la vrit1 il redescendit triomphalement la montagne1 et en rentrant dans les salles o l'attendaient ses condisciples impatients1 il fut accueilli par des cris de victoire et d'allgresse4 ,note #cj3 ,non disputator1 sed cavillator1 plus joculator quam doctor4444 ,quod pertinax esset in errore1 et quod1 si secundum se non esset1 nunquam acquiesceret veritati4 7,id4 ibid41 p4 #ddc47 ,note #ca3 ,on attribue ,alexandre1 successeur de ,gosvin au titre d'abb d',anchin1 ou plus exactement deux moines qui l'avaient connu et n'crivaient que huit ou dix ans aprs sa mort1 la biographie d'o nous extrayons ce rcit4 ,elle a t imprime a ,douai en #afbj1 et insre par fragment dans le ,recueil des ,historiens des ,gaules4 7,t4 ,,xiv1 p4 #dda-dde4--;,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #fje47 ,quoi qu'on doive penser de cette anecdote1 on ne voit pas que ,gosvin ait suscit contre ,ablard une rsistance ou une concurrence bien formidable4 ,si ses amis vinrent le prier d'ouvrir cole son tour1 il n'osa le tenter ,paris1 ou du moins sa tentative n'y a laiss nulle trace4 ,c'est ,douai1 sa ville natale1 qu'il parat avoir fond un vritable enseignement2 et il devint1 en #aaca1 abb d',anchin1 en attendant la canonisation1 car on l'appelle saint ,gosvin4 ,mais nous le retrouverons plus tard4 ,rien cependant n'arrtait la marche ascendante d',ablard4 ,du haut de sa montagne1 il devenait de fait le matre des coles1 et celui qui dans la ,cit en occupait la place n'tait plus qu'un vain simulacre sur une chaire impuissante4 ces nouvelles1 ,guillaume de ,champeaux veut faire un dernier effort4 ,il quitte les champs1 il reparat2 il ramne la congrgation ,saint-,victor2 il rassemble tous ses partisans1 comme s'il venait dlivrer dans l'cole son soldat1 sentinelle abandonne4 ,ce retour commena par perdre ce triste remplaant2 il avait encore quelques auditeurs2 on trouvait qu'il tait habile expliquer ,priscien1 crivain plus recommandable en grammaire qu'en philosophie4 ,on l'abandonna2 il fut oblig de quitter sa chaire1 et ses lves retournrent ,guillaume de ,champeaux1 qui lui-mme1 dsesprant de la gloire mondaine1 sembla de plus en plus se tourner vers la vie monastique4 ,cependant les hommes secondaires ayant ainsi disparu1 rien ne s'interposait plus entre ,ablard et ,guillaume4 ,devant eux l'arne tait ouverte et libre1 et le combat s'engagea entre les deux coles1 entre les deux matres4 ,peut-on demander quelle fut l'issue de la lutte8 ,d'un ct tait l'esprance1 la nouveaut1 la jeunesse4 ,de l'autre1 les souvenirs d'une autorit inconteste1 d'une influence vieillie1 d'une domination facile1 tout ce qui perd les pouvoirs menacs de rvolution4 ,chaque jour des victoires de dtail venaient prparer le triomphe d',ablard1 et couronnaient le matre dans ses lves4 ,enfin l'vnement pronona4 ,si vous me demandez1 dit ,ablard1 en citant ,ovide1 quelle fut la fortune du combat1 je vous rpondrai comme ,ajax3 ,il ne m'a pas vaincu #cb4 ,note #cb3 ,si quaeritis hujus ,fortunam pugnae1 non sum superatus ab illo4 ,ovid4 ,metam41 #a4 ,,xiii4--,ab4 ,op41 ep4 #a1 p4 #g4 ,en effet1 bientt la lutte cessa d'tre possible4 ,plus de rsistance1 plus mme de rivalit4 ,ablard allait rgner sans partage dans l'cole1 lorsqu'il fut encore oblig de quitter la ,france4 ,son pre s'tait1 comme on disait alors1 converti4 ,il venait d'embrasser la vie religieuse1 et ,lucie1 sa femme1 se disposait1 suivant la rgle1 imiter cet exemple4 ,tendrement aime de son fils1 elle l'appela prs d'elle4 ,tous deux avaient leurs adieux se faire dans le sicle4 ,il partit1 il revit la ,bretagne et sa mre1 et quand aprs une courte absence il revint ,paris2 il trouva l'cole silencieuse et libre4 ,guillaume de ,champeaux1 abandonnant la fois la retraite et l'enseignement1 s'tait rfugi dans les dignits ecclsiastiques4 ,il tait vque de ,chlons-sur-,marne4 'avait t un professeur trs-habile1 un logicien trs-ingnieux1 et sa rputation tait grande2 mais elle avait vieilli4 ,il n'avait su ni souffrir la contradiction ni repousser l'attaque4 ,son caractre manquait la fois de gnrosit et d'nergie1 et1 dans le combat1 son esprit lui fit faute4 ,mais il fut un prlat pieux et respect1 plac la tte de l'piscopat des ,gaules pour la science de l'criture sainte4 ,on comprend que celui qui avait rgi si longtemps les coles sublimes 7tel tait le nom donn aux cours de haute science7 devait faire un grand vque3 aussi en a-t-il reu le titre#cc4 ,il administra son diocse pendant sept annes et mourut regrett de saint ,bernard dont il tait l'ami et qui1 le premier peut-tre1 il fit connatre ,ablard#cd4 ,note #cc3 ,magnum ,wuillelmum episcopum1 qui sublimes scholas rexerat4 7,ex ,chron4 mauriniae4 ,recueil des ,histor41 t4 ,,xii1 p4#gf4--,saint ,bern4 ,op41 t4 ,i1 p4 #ac47 ,note #cd3 ,la date de l'lection de ,guillaume de ,champeaux1 comme celle de sa mort1 est controverse4 ,les uns veulent qu'il ait t vque en #aaab et soit mort en #aaai 7,duchesne1 ,ab4 ,op42 ,not41 p4 #aadg et #aafc4--;,gervaise1 ,vie d',ab41 t4 ,i1 p4 #bc72 les autres1 que la promotion soit de #aaac et le dcs de #aaba1 le #bb mars4 7,mabillon1 saint ,bern41 ,op41 t4 ,i1 p4 #ac1 #fa et #cjb4--;,durand et ,martene1 ,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4#hgg4--;,gallia ,christ41 t4 ,,ix1 p4 #hgh4--;,d4 ,brial1 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #bgi4--;,hist4 litt4 de la ,fr41 t4 ,,xii1 p4 #dgf1 et t4 ,x1 p4 #caj et #caa47 ,des deux cts on invoque des textes4 ,les tables manuscrites de l'vch de ,chlons portaient qu'il avait administr pendant sept ans4 ,on tait en #aaac2 ,ablard1 dans la force de l'ge et du talent1 avait constitu son enseignement1 son autorit1 presque sa gloire4 ,il dominait l'cole de ,paris2 c'tait tre dictateur dans la rpublique des lettres4 ,ses doctrines avaient pris leur caractre dfinitif4 ,a l'exception de la thologie1 dans laquelle il lui restait encore des progrs faire1 il avait peu prs ferm le cercle de ses tudes4 ,ses contemporains ont vant son savoir et l'ont dit gal la science humaine1 loge quelque peu hyperbolique#ce4 ,nous avons vu qu'il n'tait point vers dans l'arithmtique1 ni probablement dans aucune des sciences du calcul4 ,ceux qui veulent qu'il n'ait rien ignor1 mme le droit1 chose plus que douteuse1 citent en preuve une anecdote qui indiquerait seulement qu'il ne comprenait pas une loi des empereurs ,valentinien1 ,thodose et ,arcadius sur les limites#cf4 ,il ne possdait bien d'autre langue que le latin2 le grec1 dont l'tude tait d'ailleurs alors difficile et rare1 ne lui tait1 je crois1 connu que par quelques mots de la langue philosophique4 ,il avoue qu'il ne lisait les auteurs grecs que dans la traduction1 et l'on n'a nulle preuve qu'il entendt l'hbreu#cg4 ,mais son instruction littraire tait fort tendue2 elle embrassait peu prs tous les auteurs de l'antiquit latine connus de son temps1 et le nombre en tait plus grand qu'on ne pense4 ,le ,x,i,ie sicle tait plus lettr que le ,x,ve ne l'a laiss croire1 et il n'est pas sr que l'esprit humain ait tout gagn cesser de se dvelopper suivant la direction que le moyen ge lui avait donne1 et subir cette rvolution qu'on appelle la renaissance4 ,note #ce3 ,il est dit de lui dans une pitaphe3 ,ille sciens quicquid fuit ulli scibile2 et la fin3 cui soli patui2 scibile quicquid erat4 ,c'est aussi de lui qu'on a dit3 ,non homini1 sed scientiae dees2 quod nescivit4 7,ab4 ,op41 prf4 in fin4--,gervaise1 t4 ,,ii1 p4 #aej47 ,note #cf3 ,c'est la loi quinque pedum ,praescriptione1 ,c4 fin4 regund41 l4 ,,iii1 tit4 ,,xxxix4 ,sur cette loi1 qui n'est pas fort claire en effet1 ,accurse dit que ,pierre ,baylard 7,petrus ,baylardus71 qui se vantait de donner un sens raisonnable tout texte1 quoique difficile qu'il ft1 a dit3 ,je ne sais pas4 ,or1 cela ne signifie point que ,baylardus st le droit2 de plus1 on conteste que ce ,baylardus soit ,ablard1 et l'on dit que ce pourrait tre un ,johannes ,bajolardes1 professeur de droit dont parle ,crinitus4 ,enfin il n'est rien moins qu'tabli que le ,codex repetitae proelectionis1 d'o cette loi est extraite1 et mme les textes du droit romain en gnral fussent connus en ,france avant la mort d',ablard4 ,on dit que l'enseignement du droit commena ,bologne vers #aahj1 et ,paris vingt ans aprs4 ,la question me parat bien discute dans ,bayle4 7,cf4 ,ab4 ,op41 prf4 apolog4--,accurs4 v ,praescript4--,alciat4 ,lib4 de quinq4 ped4 ,praescr4--,crinitus1 ,de ,honest4 ,discip44 l4 ,,xxv1 c4 ,,iv4--,pasquier1 ,recherches de la ,fr41 l4 ,,vi1 c4 xvii1 et l4 ,,ix1 c4 xxviii4--,bayle1 art4 ,ablard4--,duboulai1 ,hist4 ,univ41 t4 ,,ii1 p4 #egg-fhj47 ,note #cg3 ,ouvr4 ind41 ,introd4 xliii1 xliv1 et ,dialec41 p4 #bjj et #bjf4 ,je parle de l'hbreu1 parce qu'on avait alors la prtention de le savoir4 ,tous les historiens et mme ,ablard disent qu',hlose le savait1 et d',amboise a montr que les juifs1 qui en gnral ont conserv la connaissance de leur langue1 participaient au mouvement des tudes ,paris4 7,ab4 ,op41 prf4 in fin47 ,ablard ne me semble savoir de cette langue que les mots cits par les interprtes des bibles latines 7,voyez son ,hexameron1 passim1 et du prsent ouvrage1 le liv4 ,,iii1 c4 viii47 ,toutefois la vritable science d',ablard tait la philosophie4 ,c'est lui qui a fix la forme1 sinon le fond de la scolastique4 ,rien1 s'il faut en croire ses auditeurs1 ne peut donner ide de l'effet qu'il produisait en l'enseignant1 et jamais aucune science ne parat avoir eu de propagateur plus puissant4 ,comme chef d'cole1 il rappelle1 s'il n'efface1 pour l'clat et l'ascendant1 les succs des grands philosophes de la ,grce4 ,cependant cet enseignement tait plus original par le talent que par les ides1 et supposait plus de sagacit critique que d'invention4 ,non content d'expliquer avec une facilit et une subtilit que ses contemporains dclaraient sans gales1 les secrets de la logique pripatticienne et de promener les esprits attachs au fil du sien dans les dtours de ce labyrinthe dont il trouvait toujours l'issue1 il mlait1 autant qu'il tait en lui1 l'interprtation de la brivet profonde de ce qu'il connaissait du texte l'analyse intelligente et libre des commentaires et des additions de ,boce et de ,porphyre2 il compltait ses exposs par des citations1 bien comprises et lumineusement dveloppes1 de ,cicron qui1 lui aussi1 a trait1 dans ses ,topiques et dans quelques passages de la ,rhtorique ,herennius1 des parties de la logique2 de ,thmiste1 qui a laiss des paraphrases d',aristote2 de ,priscien1 qui a touch la logique par la grammaire2 enfin de saint ,augustin1 qui passait pour l'auteur d'un trait alors tudi sur les catgories1 et qui a d peut-tre son rle dans la scolastique quelque chose de son influence dominante sur la thologie franaise4 ,le caractre minent de l'enseignement d',ablard tait1 suivant un de ses auditeurs1 une clart lmentaire4 ,on trouvait qu'il fuyait l'appareil pdantesque1 et qu'il mettait la science la porte des enfants#ch4 ,note #ch3 ,johan4 ,saresb4 ,metal41 l4 ,,iii1 c4 i4--,il serait intressant de fixer la liste des ouvrages anciens que les philosophes avaient dans les mains aux diffrents ges de la scolastique4 ,jourdain a bien avanc ce travail pour les crits d',aristote4 ,thmiste1 qui est du ,i,ve sicle1 avait laiss des commentaires sur ,aristote1 dont il reste quelques-uns1 comme ceux sur les ,derniers ,analytiques1 la ,physique1 le ,trait de l',ame2 ,priscien1 du ,v,ie sicle1 a crit sur toutes les parties de la ,grammaire4 ,la ,rhtorique ,herennius a fourni plusieurs passages aux livres d',ablard1 et avant comme aprs lui on a longtemps attribu saint ,augustin deux trait sur les principes de la dialectique1 et sur les dix catgories4 ,ablard avait certainement sous les yeux la version des deux premiers traits qui composent l',organon1 celle de l',introduction de ,porphyre et quatre ouvrages de ,boce4 ,quant ,priscien1 ,thmiste1 etc41 on ne sait s'il les connat autrement que par des citations4 7,cf4 ci-aprs1 l4 ,,ii1 c4 i et iii4--,recherches sur les traductions d',aristote1 par ,a4 ,jourdain4--,ouvr4 ind4 d',ab41 ,introd4 p4 xlix et #a2 ,dialect41 p4 #bbi4--,saint ,augustin1 ,op41 t4 ,i1 append4--,tennemann1 ,man4 de l',hist4 de la ,phil41 t4 ,i1 sec4 #bcc47 ,a cet enseignement purement philosophique et qui n'tait ni sans austrit ni sans scheresse1 se mlaient quelques digressions littraires1 et mme1 au dire de ses contemporains1 il ne s'interdisait pas les plaisanteries et le badinage#ci4 ,autant que le lui permettait la rigueur de son esprit passionnment raisonneur1 il temprait les prets de la logique par quelques souvenirs des potes qu'il aimait4 ,virgile et ,horace1 ,ovide et ,lucian1 toujours prsents sa mmoire1 lui fournissaient des citations ou des allusions souvent heureuses2 eux aussi1 il les invoquait comme une autorit2 de ce qu'ils avaient chant1 il dit quelquefois3 ,il est crit4 7,scribitur1 scriptum est47 ,note #ci3 ,plurimum in inventionum subtilitate1 non solum ad philosophiam necessariarum1 sed et pro commovendis adjocos animis hominum utilium valens4 7,ott4 ,fris4 de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4--,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiii1 p4 #fed7 ,mais son vrai matre1 c'tait toujours celui qui avait instruit ,alexandre1 et qui semblait devoir1 comme par continuation1 tre le prcepteur du conqurant de l'cole4 ,l'esprit perant d',ablard donnait1 dans les cas douteux1 raison au crateur de la science sur ses continuateurs1 et par lui l'autorit d',aristote s'levait peu peu l'infaillibilit4 ,et cependant il n'en faisait encore que le premier des pripatticiens ou le prince de la dialectique4 ,c'tait ,platon qu'il appelait le plus grand des philosophes#dj4 ,il s'incline devant lui presque sans le connatre1 et toutes les fois qu'il peut trouver dans la tradition ou dans quelques citations parses de ses ouvrages une ide qu'il comprenne assez pour l'appliquer ce qu'il tudie1 il lui fait place avec respect1 il essaie d'y subordonner les ides pripatticiennes et voudrait1 s'il le pouvait1 platoniser la dialectique d',aristote4 ,note #dj3 ,ab4 ,op41 ,introd4 ad theol41 p4 #ajab1 #ajbf1 #ajcb1 #ajgj et #aacd4--,ouvr4 ind4 ,dialect41 p4 #bjd et #bje4 ,cette autorit si grande de ,platon1 que l'on connaissait si peu1 venait des ,pres de l'glise et surtout de saint ,augustin4 ,mais bien qu'il ait grand soin1 en toute question1 de rechercher ce que disait l'autorit avant de se demander ce que dicte la raison1 il ne craint pas de suivre parfois l'inspiration de sa propre intelligence1 et aprs avoir emprunt la science1 il lui prte du sien pour l'enrichir4 ,il ne s'interdit pas d'tre lui-mme1 et il a russi passer pour inventeur2 on lui attribue un systme et une secte4 ,en effet1 il s'est flatt d'avoir produit une solution nouvelle de cette grande et capitale question1 dont il fait lui-mme le noeud gordien de la philosophie4 ,quand il eut rfut le ralisme dans ,guillaume de ,champeaux1 il prtendit se garantir du nominalisme1 et il rfuta ,roscelin4 ,il insista principalement sur cet argument que1 s'il n'existe la lettre que des individus1 les noms gnraux seront eux-mmes des noms d'individus2 et1 de la sorte1 les individualits seront identiques aux gnralits1 les parties se confondront avec le tout1 et c'en sera fait de toute diffrence essentielle1 de toute diffrence qui spare les espces des genres1 les individus des espces1 et les parties des touts4 ,on retomberait ainsi par une autre voie dans l'unit confuse laquelle mne le ralisme1 ou bien il faudrait mutiler la science et galer au nant tout ce qui est dsign par les noms gnraux4 ,or1 ces noms gnraux ont certainement une valeur4 ,ils rpondent ce qu'entend l'esprit de l'homme1 lorsqu'il embrasse une collection d'individus ou de choses particulires1 en les rapprochant par leurs communs caractres1 et lorsqu'il conoit cette multitude comme une unit1 ou l'un des tres qui la composent comme faisant partie de cette totalit4 ,ainsi les universaux sont les expressions de conceptions fondes sur les ralits#da4 ,note #da3 ,ouvr4 ind41 ,de ,gener4 et ,spec41 p4 #ebb1 #ebd et suiv4--,voyez aussi le livre ,,ii de cet ouvrage1 c4 viii1 ix et x4--,ablard a bien donn1 d'aprs ,boce1 cette thorie de la formation des ides gnrales2 mais il n'a pas soutenu que les genres et les espces ne fussent rien que ces ides4 ,sa doctrine est plus subtile et plus scientifique4 ,ce sont les modernes qui n'en ont extrait que cela4 ,telle tait la doctrine qu',ablard passe pour avoir soutenue1 et que les classificateurs de systmes ont appele le conceptualisme4 ,ce nom se lit dans les histoires de la philosophie1 qui cependant ont toutes t crites avant que les ouvrages philosophiques d',ablard fussent connus#db4 ,note #db3 ,ces ouvrages n'ont en effet paru qu'en #ahcf4 ,aucun des auteurs antrieurs cette poque ne dit les avoir tudis ou connus en manuscrit4 ,ce qu'on avait de plus certain sur la philosophie d',ablard1 c'tait quelques lignes sommaires et obscures dans l',historia calamitatum1 et le dire plus clair1 mais non moins succinct1 d',othon de ,frisingen et de ,jean de ,salisbury4 7,ab4 ,op41 ep4 i1 p4 #e4--,ott4 ,fris4 ,de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,clvii1 et ,johan4 ,saresb41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cjj47 ,l'ardeur de l'esprit1 la curiosit de savoir1 l'ambition de vaincre ne permettaient pas qu',ablard se contentt d'une autorit sans combat2 c'tait un gnie militant4 ,le nouvel lve d',aristote avait aussi la passion des conqutes4 ,roi dans la dialectique1 il voulut dominer encore dans la thologie4 ,il rsolut d'en faire dsormais sa principale tude4 ,le matre qui tenait le sceptre de cette science tait ,anselme de ,laon4 ,n dans la premire moiti du ,x,ie sicle1 aprs avoir tudi sous ,anselme de ,cantorbery1 il avait commenc enseigner lui-mme ,paris1 et ,guillaume de ,champeaux tait un de ses disciples4 ,depuis plus de vingt ans1 retir ,laon1 sa patrie1 scolastique ou chancelier de cette glise1 doyen du chapitre mtropolitain1 il enseignait la thologie avec beaucoup d'clat1 et le clerg1 mme l'piscopat se peuplaient de ses lves4 ,sa manire d'enseigner tait simple4 ,c'tait un commentaire suivi et presque interlinaire du texte de l'criture4 ,mais il s'tait acquis tant de rputation que ses leons attiraient ,laon des auditeurs de toutes les parties de l',europe1 et qu'il est compt parmi les auteurs de la clbrit de l'cole des ,gaules#dc4 ,cette autorit1 dj ancienne1 il la devait au temps plus encore qu'au mrite2 du moins ,ablard le dpeint-il comme un vieillard orthodoxe1 instruit1 disert1 mais dont l'esprit manquait de fermet et de dcision4 ,qui l'abordait incertain sur un point douteux le quittait plus incertain encore4 ,il charmait ses auditeurs par une tonnante facilit d'locution1 mais le fond des ides tait peu de chose1 et il ne savait ni rsister ni satisfaire une question4 ,de loin1 dit ,ablard1 c'tait un bel arbre charg de feuilles2 de prs1 il tait sans fruits1 ou ne portait que la figue aride de l'arbre que le ,christ a maudit4 ,quand il allumait son feu1 il faisait de la fume1 mais point de lumire#dd4 ,note #dc3 ,hist4 litt4 de la ,fr41 t4 ,x1 p4 #agj4 ,note #dd3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #g4 ,cependant le jeune docteur de ,paris vint l'entendre1 il se mla ses disciples3 on devine qu'il ne fut pas captiv longtemps4 ,il ne pouvait rester longtemps oisif son ombre#de1 ni suivre aprs s'tre habitu conduire4 ,d'abord il se contenta de ngliger les leons4 ,il y paraissait de loin en loin4 ,les plus minents des autres lves1 satisfaits et fiers de leur matre1 virent avec dplaisir cette ddaigneuse indiffrence2 il s'en plaignirent assez haut1 et naturellement ils aigrirent l'esprit d',anselme4 ,il arriva qu'un jour1 aprs avoir entre eux confr sur quelques points de doctrine1 les coliers se mirent se provoquer par jeu sur les matires thologiques4 ,un d'eux1 comme pour prouver ,ablard1 lui demanda ce qu'il pensait de l'enseignement sacr1 lui qui n'avait encore tudi que les sciences naturelles#df4 ,il rpondit que rien n'tait plus salutaire qu'une science o l'on apprenait sauver son me2 mais qu'il ne pouvait assez admirer qu' des hommes lettrs il ne sufft pas1 pour comprendre les saints1 du texte de leurs crits et d'une glose1 et qu'on ne devrait pas avoir besoin d'un matre4 ,cette rponse en amena de contraires1 et la plupart des assistants1 raillant ,ablard1 lui demandrent s'il pourrait faire ce qu'il conseillait1 le dfirent de l'entreprendre4 ,il rpliqua que si l'on dsirait le mettre l'preuve1 il tait tout prt4 ,soit1 nous le voulons bien1 s'crirent-ils tous1 et d'un ton plus moqueur encore4 ,que l'on me cherche donc1 reprit-il1 et qu'on me donne quelqu'un pour exposer un point peu connu de l'criture4 ,tous s'accordrent pour choisir la trs-obscure prophtie d'zchiel1 qui passait pour un des crivains sacrs les plus difficiles4 ,on eut bientt pris un expositeur qui devait1 selon l'usage1 lire le texte et faire connatre l'tat de la question1 et ,ablard les invita pour le lendemain sa leon4 ,aussitt quelques-uns s'empressant1 avec un intrt vritable ou affect1 de lui donner des conseils qu'il ne demandait pas1 l'engagrent ne se point tant hter2 et lui remontrrent que l'entreprise tait grande1 qu'elle exigeait des recherches et quelque prcaution1 et qu'il devait songer son inexprience4 ,ce n'est point ma coutume1 rpondit-il avec vivacit1 de suivre l'usage1 mais d'obir mon esprit#dg4 ,et il ajouta qu'il romprait tout1 si l'on ne se conformait sa volont1 en ne diffrant point de se rendre ses leons4 ,a la premire1 il eut peu d'auditeurs2 on trouvait ridicule que1 dnu presque entirement de lecture sacre1 il se htt d'aborder la science4 ,cependant tous ceux qui l'entendirent furent si enchants qu'ils lui donnrent de grands loges1 et le pressrent de composer une glose conforme sa leon4 ,au rcit de cette premire preuve1 on accourut l'envi pour assister aux suivantes1 et tous se montraient empresss transcrire les gloses qu' la prire gnrale il s'tait mis rdiger4 ,note #de3 ,non multis diebus in umbra ejus otiosus jacul4 7,id41 p4 #h47 ,note #df3 ,qui nondum nisi in physicis studuerat4 7,ep4 i1 p4 #h47 ,note #dg3 ,respondi non esse meae consuetudinis per usum proficere1 sed per ingenium4 7,ep4 ,i1 p4 #h47 ,le vieux ,anselme s'mut au bruit d'une telle tmrit4 ,la douleur et la colre furent extrmes4 ,comme ,pompe1 qui ,ablard le compare pour la grandeur de son attitude et le nant de sa puissance1 il voulut dfendre l'ombre de son autorit contre le jeune ,csar de la science#dh4 ,il devint son ennemi et le combattit dans la thologie1 comme avait fait ,guillaume de ,champeaux dans la philosophie4 ,il se trouvait alors1 dans l'cole de ,laon1 deux tudiants qui se distinguaient entre tous1 ,albric de ,reims et ,lotulfe de ,novare4 ,l'un d'eux1 le premier1 a laiss un nom dans l'histoire littraire#di4 ,plus ils avaient de mrite1 plus ils nourrissaient de grandes esprances1 et plus ils devaient concevoir d'aversion contre le nouveau venu4 ,ils circonvinrent le vieillard et l'entranrent interdire ce successeur inattendu la continuation de ses leons et de ses gloses1 donnant pour motif que1 s'il chappait son inexprience quelque erreur touchant la foi1 on pourrait l'imputer celui dont il usurpait ainsi la place4 ,la dfense et le prtexte excitrent parmi les coliers une indignation gnrale2 ils crirent la jalousie1 la calomnie2 ils dirent que jamais pareille chose ne s'tait vue2 et ce commencement de perscution ne fit qu'ajouter la gloire de celui qu'elle semblait signaler entre tous4 ,note #dh3 ,ablard lui applique la stat magni nominis umbra et la comparaison de l'arbre que ,lucain applique ,pompe4 7,ep4 ,i1 p4 #g4--,lucain1 ,phars41 l4 ,i47 ,note #di3 ,albric de ,reims1 lve de ,godefroi1 scolastique de cette ville1 se perfectionna sous ,anselme de ,laon1 devint archidiacre et coltre de l'glise de ,reims1 et enfin archevque de ,bourges en #aacj4 ,il eut de la rputation comme professeur4 ,il tait aim de saint ,bernard4 ,lotulfe ou ,loculfo le ,lombard1 ou1 selon ,othon de ,frisingen1 ,leutald de ,novare1 ami et condisciple d',albric1 rgit avec lui les coles de ,reims4 ,on n'en sait rien de plus4 7,johan4 ,saresb41 ,rec4 des ,hist41 i4 ,,xiv1 p4 #cja4--,ou ,fris4 ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4--,duboulai1 ,hist4 ,universit41 ,catal4 ill4 vir41 t4 ,,ii1 p4 #gec4--;,hist4 litt4 t4 ,,xii1 p4 #gb47 ,ablard revint aussitt ,paris4 ,toutes les coles1 d'o il avait t jadis expuls1 lui taient maintenant ouvertes2 il y rentra en matre et occupa facilement cette position dominante dans l'enseignement1 qu'on n'osait plus lui refuser4 ,a la principale chaire1 celle de recteur des coles1 tait attach vraisemblablement un canonicat4 ,on croit du moins que c'est alors qu'il fut nomm chanoine de ,paris #ej1 ce qui n'tait sans doute qu'un bnfice et un titre1 et ne prouve nullement que ds lors il ft prtre4 ,note #ej3 ,c'est cette poque 7vers #aaae7 que les auteurs de l',histoire littraire placent cette nomination2 j'ignore sur quelle autorit1 mais cette opinion est fort probable4 ,cependant on la conteste1 et ,d4 ,gervaise veut qu',ablard soit devenu chanoine ds le temps o il professait ,paris1 du consentement et la place du successeur de ,guillaume de ,champeaux4 ,duchesne1 sur la foi d'une chronique manuscrite des archevques de ,sens1 prtend qu'il fut chanoine de ,sens et non de ,paris2 et voici le texte indit qui motive son assertion et dont je dois la connaissance la savante amiti de ,m4 ,le ,clerc3 ,ex ,chronico senonensi ,gaufridi de ,collone1 monarchi ,sancti ,petri ,viti senonensis1 seculo ,x,i,i,ie4 ,manuscrit de la bibliothque de ,sens1 n4 #bga1 dcrit et apprci dans le t4 ,,xxi de l',hist4 litt4 de la ,france4 ,fol4 #abi v1 col4 #a et #b4 ,anno ,domini n c ,,xl 7leg4 ,,xlii71 magister ,petrus ,abaulart1 canonicus primo maioris ecclesie senononsis1 oblit2 qui monasteria sanctimonialium fundauit1 spetialiter abbatiam de ,paraclito1 in quo sepelitur cum uxore4 ,suum epitaphium tale est3 ,est satis in titulo1 ,petrus hic iacet ,abaillardus4 ,hic 7leg4 huic7 soli paluit scibile quidquid erat4 ,canonicus fuit1 et post uxoratus4 ,cit en partie1 mais sans nom d'auteur1 par ,andr ,duchesne1 ,notae ad ,hist4 calamitatum1 p4 #aaej1 et ,duboulai1 ,hist4 ,univ4 paris1 t4 ,,ii1 p4 #gfj4 ,les derniers mots on t ainsi altrs par celui-ci3 ,uxoratus primo fuerat1 postea canonicus4 ,le mme ,duboulai dit1 la vrit dans une table seulement1 qu',ablard fut chanoine de ,tours2 enfin1 on voit sur une vitre de la cathdrale de ,chartres une figure vtue en chanoine1 avec ce nom ,pierre ,baillard1 et on veut que ce soit ,ablard1 chanoine de ,chartres4 ,on ne pouvait en gnral possder qu'un seul canonicat comme on ne pouvait avoir qu'un bnfice4 ,faut-il admettre que le titre de chanoine honoraire ft alors connu1 ou qu',ablard ait chang plusieurs fois de chapitre8 ,la chose certaine1 c'est qu'il tait chanoine1 il le dit lui-mme4 ,il n'tait pas ncessairement prtre pour cela4 ,on ne sait quand il le devint2 peut-tre en se faisant moine ,saint-,denis4 7,cf4 ,ab4 ,op41 ep4 l1 p4 #af4--;,hist litt41 t4 ,,xii1 p4 #ha4--,vie d',abeillard1 t4 ,i1 p4 #bh4--;,hist4 ,universit4 paris41 t4 ,,ii1 in indic4--,niceron1 ,mm4 pour servir l',hist4 des ,homm4 ill41 t4 ,,vi4--,rech4 hist4 sur la ville de ,sens1 par ,m4 ,th4 ,tarb1 c4 ,,xxi1 p4#ddc47 ,dans sa nouvelle situation1 il continua et termina son interprtation d'zchiel1 commence et suspendue ,laon4 ,par ce genre d'enseignement il obtint un grand succs1 et bientt il et dans la thologie autant de faveur que dans la prdication philosophique4 ,tout le domaine de la science fut rang sous sa loi1 une multitude studieuse se pressa en s'inclinant autour de lui1 et il vcut tranquille quelques annes4 ,on aime se reprsenter l'existence d',ablard1 ou1 comme on l'appelait1 du matre ,pierre1 cette poque de sa vie1 au milieu de cette ville de ,paris qu'il remplissait de son nom4 ,paris1 ce n'tait gure alors que la ,cit4 ,sur cette le fameuse1 qui partage la ,seine au milieu de notre capitale1 se concentraient toutes les grandes choses1 la royaut1 l'glise1 la justice1 l'enseignement4 ,l1 ces divers pouvoirs avaient leur principal sige4 ,deux ponts unissaient l'le aux deux bords du fleuve4 ,le ,grand-,pont conduisait sur la rive droite1 ce quartier qu'entre les deux antiques glises de ,saint-,germain-l',auxerrois et de ,saint-,gervais1 commenait former le commerce1 et qu'habitaient les marchands trangers1 attirs par l'importance et la renomme dj considrable de la ,lutce gauloise4 ,c'taient eux qui devaient1 confondus sous le nom d'une seule nation1 le transmettre une partie de cette ville nouvelle qui allait s'appeler le quartier des ,lombards4 ,vers la rive gauche1 le ,petit-,pont menait au pied de cette colline dont l'abbaye de ,sainte-,genevive couronnait le fate1 et sur les flancs de laquelle l'enseignement libre avait dj plus d'une fois dress ses tentes4 ,les plaines voisines se couvraient peu peu d'tablissements pieux ou savants1 destins une grande renomme2 l'est1 la communaut de ,saint-,victor venait d'tre fonde2 l'ouest1 la vieille abbaye de ,saint-,germain-des-,prs attestait1 dans sa grandeur1 le souvenir de ce saint vque de ,paris dont la mmoire le disputait celle de saint ,germain d',auxerre2 car les deux plus anciens monuments de ,paris sont ddis au mme nom#ea4 ,l aussi1 la jeunesse de la ville1 et ces coliers1 ces clercs qui n'taient pas tous jeunes alors1 venaient sur des prs1 devenus des lieux historiques1 chercher les exercices et les rudes jeux qui convenaient la robuste nature des hommes de ce temps4 ,leur rsidence tait surtout dans le voisinage du ,petit-,pont1 et leur foule toujours croissante ne pouvant tenir dans l'le1 s'tait rpandue sur le bord de la rivire1 au pied de la colline1 qui devait par eux s'appeler le pays latin1 et opposer1 d'une rive l'autre la ville de la science la ville du commerce4 ,note #ea3 ,saint ,germain d',auxerre fui vque au ,ve sicle et saint ,germain de ,paris1 au ,v,ie4 ,l'glise de ,saint-,germain-l',auxerrois1 fonde1 dit-on1 par ,chilpric ,i1 dtruite par les ,normands1 fut rebtie par le roi ,robert2 et il peut subsister quelque chose de cette reconstruction dans l'difice actuel4 ,on dit que le portail est du temps de ,philippe le ,bel2 les parties modernes sont du ,x,v,ie sicle4 ,la fondation de ,saint-,germain-des-,prs1 sous une autre invocation1 date du temps de saint ,germain lui-mme 7#bc dcembre #eeh74 ,cette glise fut dtruite aussi par les ,normands4 ,la reconstruction en fut commence au plus tard en #iij1 et termine1 dit-on1 en #ajad2 l'glise1 peu prs dans son tat actuel1 a t ddie en #aafc4 ,voyez dans les ,documents indits sur l'histoire de ,france1 ,paris sous ,philippe le ,bel1 p4 #cfb et #ded1 et l',histoire du diocse de ,paris1 par l'abb ,lebeuf4 ,dans la ,cit1 vers la pointe occidentale de l'le1 s'levait le palais souvent habit par nos rois1 thtre de leur puissance et surtout de ce pouvoir judiciaire qui y rgne encore en leur nom1 et qui alors mme1 exerc par leurs dlgus1 paraissait la plus populaire de leurs prrogatives et le signe reconnaissable de leur souverainet4 ,un jardin royal1 comme on pouvait l'avoir en ce sicle1 un lieu plant d'arbres entre le palais et le terre-plein o ,henri ,,iv a sa statue1 s'ouvrait en certains jours comme promenade publique au peuple1 l'cole1 au clerg1 et ce peu de nobles hommes qui se trouvaient ,paris4 ,en face du palais1 l'glise de ,notre-,dame1 monument assez imposant1 quoique bien infrieur la basilique immense qui lui a succd1 rappelait tous1 dans sa beaut massive1 la puissance de la religion qui l'avait lev1 et qui de l protgeait en les gouvernant les quinze glises dont on ne voit plus les vestiges1 environnant la mtropole comme des gardes rangs autour de leur reine4 ,l1 l'ombre de ces glises et de la cathdrale1 dans de sombres clotres1 en de vastes salles1 sur le gazon des praux1 circulait cette tribu consacre1 qui semblait vivre pour la foi et la science1 et qui souvent ne s'animait que de la double passion du pouvoir ou de la dispute4 ,a ct des prtres1 et sous leur surveillance1 parfois inquite1 souvent impuissante1 s'agitait1 dans le monde des tudes sacres et profanes1 cette population de clercs tous les degrs1 de toutes les vocations1 de toutes les origines1 de toutes les contres1 qu'attirait la clbrit europenne de l'cole de ,paris2 et dans cette cole1 au milieu de cette nation attentive et obissante1 on voyait souvent passer un homme au front large1 au regard vif et fier1 la dmarche noble1 dont la beaut conservait encore l'clat de la jeunesse1 en prenant les traits plus marqus et les couleurs plus brunes de la pleine virilit4 ,son costume grave et pourtant soign1 le luxe svre de sa personne1 l'lgance simple de ses manires1 tour tour affables et hautaines1 une attitude imposante1 gracieuse1 et qui n'tait pas sans cette ngligence indolente qui suit la confiance dans le succs et l'habitude de la puissance1 les respects de ceux qui lui servaient de cortge1 orgueilleux pour tous1 except devant lui1 l'empressement curieux de la multitude qui se rangeait pour lui faire place1 tout1 quand il se rendait ses leons ou revenait sa demeure1 suivi de ses disciples encore mus de sa parole1 tout annonait un matre1 le plus puissant dans l'cole1 le plus illustre dans le monde1 le plus aim dans la ,cit4 ,partout on parlait de lui2 des lieux les plus loigns1 de la ,bretagne1 de l',angleterre1 du pays des ,suves et des ,teutons1 on accourait pour l'entendre2 ,rome mme lui envoyait des auditeurs#eb4 ,la foule des rues1 jalouse de le contempler1 s'arrtait sur son passage2 pour le voir1 les habitants des maisons descendaient sur le seuil de leurs portes1 et les femmes cartaient leur rideau1 derrire les petits vitraux de leur troite fentre4 ,paris l'avait adopt comme son enfant1 comme son ornement et son flambeau4 ,paris tait fier d',ablard1 et clbrait tout entier ce nom dont1 aprs sept sicles1 la ville de toutes les gloires et de tous les oublis a conserv le populaire souvenir4 ,note #eb3 ,l'affluence fabuleuse des auditeurs de tout pays aux leons d',ablard est atteste par tous les contemporains1 amis ou ennemis2 d'abord par lui-mme1 puis par ,foulque de ,deuil1 ,brenger de ,poitiers1 saint ,bernard1 ,othon de ,frisingen1 ,jean de ,salisbury1 les auteurs de la ,chronique du couvent de ,morigni1 etc4 etc4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #f2 ep4 ,,ii1 p4 #df2 pars ,,ii1 ep4 ,i1 p4 #bah4 ,not41 p4 #aaee4--,saint ,bern42 ep4 ,,clxxxviii1 ,,clxxxix1 etc4--,ott4 ,fris4 ,de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4--,johan4 ,saresb4 ,metal4 l4 ,,ii1 c4 x4--,rec4 des ,hist4 ,ex ,chron4 maurin41 t4 ,,xii1 p4 #hj47 ,telle tait sa situation ce moment le plus calme et le plus brillant de sa vie4 ,il ne devait cette situation qu' lui-mme1 son travail1 son opinitret1 sa belliqueuse loquence1 et rien ne lui interdisait de penser qu'il la dt aussi l'empire de la vrit4 ,il semblait donc1 il pouvait se croire revtu d'un apostolat philosophique2 et cette fois1 la mission spirituelle n'tait pas une mission de pauvret1 d'humiliations ni de souffrances4 ,sa richesse galait sa renomme2 car l'enseignement n'tait pas gratuitement donn ces cinq mille tudiants qui1 dit-on1 venaient de tous les pays pour l'entendre4 ,parvenu ce fate de grandeur intellectuelle et de prosprit mondaine1 il n'avait plus qu' vivre en repos4 ,mais le repos tait impossible3 il ne convient qu'aux destines obscures et aux mes humbles4 ,ablard s'estimait dsormais1 c'est lui qui l'avoue1 le seul philosophe qu'il y et sur la terre#ec4 ,aucune raison humaine n'a encore rsist l'preuve d'un rang suprme et unique4 ,ablard1 oisif1 ne pouvait donc rester calme2 il fallait que par quelque issue l'inquitude ardente de sa nature se ft jour et se donnt carrire4 ,des passions tardives clatrent dans son me et dans sa vie1 et il entra1 pouss par elles1 dans une destine nouvelle et tragique qui est devenue presque toute son histoire4 ,note #ec3 ,cum jam me solum in mundo superesse philosophum estimarem4 7,ep4 ,i1 p4 #i47 ,il avait jusqu'alors vcu dans la proccupation exclusive de ses tudes et de ses progrs4 ,la science et l'ambition1 qui animaient sa vie1 la maintenaient pure et rgulire4 ,on ne voit mme pas que les premiers feux de la jeunesse y eussent port quelque dsordre4 ,il montrait pour les habitudes drgles d'une grande partie des habitants des coles un ddaigneux loignement4 ,quoique sa rputation lui et attir la bienveillance de quelques grands de la terre1 il les voyait peu1 et sa vie toute d'activit littraire l'cartait de la socit des nobles dames2 il connaissait peine la conversation des femmes laques#ed4 ,d'ailleurs1 si jamais ,ablard devait aimer1 c'tait en matre1 et les soins complaisants et laborieux d'un amour qui se cache et qui supplie allaient mal sa nature4 ,cependant1 au milieu de cette flicit sans obstacle1 une sorte de mollesse intrieure s'emparait de lui1 la svrit l'abandonna4 ,on a mme prtendu qu'il se livra des plaisirs qui compromirent sa dignit et jusqu' sa fortune#ee1 mais il le nie hautement2 d'ailleurs de vaines volupts ne pouvaient suffire son me1 et il se demandait encore d'o lui viendrait l'motion4 ,note #ed3 ,ab excessu 7lisez accessu7 et frequentatione nobilium foeminarum studii scholaris assiduitate revocabar1 nec laicarum conversationem multum noveram4 7,ep4 ,i1 p4 #aj47 ,note #ee3 ,foulque lui rappelle dans une lettre1 d'ailleurs amicale1 qu'il s'tait ruin avec des courtisanes4 ,comme la lettre est1 selon l'usage du temps1 une oeuvre de rhtorique1 on y peut souponner un peu d'hyperbole2 mais il est difficile que le fond soit sans aucune vrit4 ,reste savoir quelle poque de la vie d',ablard il faut placer ses dsordres2 est-ce avant qu'il connt ,hlose8 est-ce la suite de son amour8 ,que ceux qui se piquent de connatre le coeur humain en dcident4 ,on lit dans une pice de vers qu'il fit pour son fils3 ,gratior est humilis meretrix quam casta superba1 ,perturbatque domum saepius ista suum4 4444444444444444444444444444444444444444 ,deterior longe linguosa est foemina scorta 7lisez scorto72 ,hoc aliquis1 nullis illa placere potest4 7,ab4 ,op41 part4 ,,ii1 ep4 ,i1 p4 #bai4--;,cousin1 ,frag4 phil41 t4 ,,iii1 app41 p4 #ddd47 ,il y avait dans la ,cit une trs-jeune fille 7elle tait ne1 dit-on1 ,paris1 en #aaja71 nomme ,hlose1 et nice d'un chanoine de ,notre-,dame1 appel ,fulbert#ef4 ,note #ef3 ,hlose1 ,helwide1 ,helvilde1 ,helwisa ou ,louise2 ,ablard veut que ce nom vienne de l'hbreu ,helom1 un des noms du ,seigneur4 ,il rgne beaucoup d'obscurit sur l'origine1 la patrie1 la famille d',hlose4 ,il n'y a nulle raison de supposer qu'elle ft la fille naturelle de ,fulbert1 encore moins1 comme le dit ,papire ,masson1 d'un autre chanoine de ,paris nomm ,jean1 ou1 selon ,mme ,guizot1 ,ycon4 ,d',amboise1 ,duchesne1 ,gervaise1 et en gnral les biographes veulent qu'elle ait vcu autant de temps qu',ablard1 ce qui1 je le remarque aprs les auteurs de l',histoire littraire1 ne porte sur aucune preuve1 mais ce qui la ferait natre vers #aaja4 7,cf4 ,ab4 ,op41 part4 ,i1 ep4 i et v1 p4 #aj et #gb2 prf4 apol42 ,not41 p4 #aadj4--,pap4 ,mass4 ,annal41 lib4 ,,iii1 p4 #bci4--;,hug41 ,mtel1 ep4 xvi et xvii4--,bayle1 art4 ,hlose4--,hist4 lit41 t4 ,,xii1 p4 #fbi et suiv4--,essai sur la vie et les crits d',ablard1 par ,mme ,guizot1 p4 #cdi47 ,orpheline et pauvre1 elle habitait prs des coles1 dans la maison de son oncle2 mais on croit qu'elle tait de noble naissance1 ou du moins lie par le sang1 peut-tre par ,hersende1 sa mre1 une famille illustre1 la famille des ,montmorency1 qui avait dj donn l'tat deux conntables#eg4 leve dans sa premire enfance au couvent d',argenteuil1 prs de ,paris1 son oncle l'avait instruite dans la science littraire1 ce qui tait rare chez les femmes#eh4 ,elle y avait fait des progrs surprenants1 jusque-l qu'en prtendait qu'elle savait1 avec le latin1 le grec et l'hbreu#ei4 ,sa figure1 sans avoir une parfaite beaut1 l'aurait distingue2 mais sa vritable distinction tait ailleurs4 ,son esprit et son instruction avaient fait connatre son nom dans tout le royaume#fj4 ,on ne sait pas quand ,ablard la vit ni comment il la rencontra4 ,on dirait presque1 lire son rcit1 qu'il ne l'aima qu'avec prmditation1 qu'il devint son amant systmatiquement1 et qu'il arrta sur elle ses regards comme sur la passion la plus digne de lui1 et1 le dirai-je8 la plus facile4 ,mais c'est souvent le propre et l'illusion des esprits rflchis et raisonneurs que de prendre leur penchant pour un choix1 et de croire que leurs entranements ont t des calculs4 ,toujours est-il qu',ablard nous raconte qu'avec son nom1 sa jeunesse1 sa figure1 il ne devait craindre aucun refus1 quelle que ft celle qu'il daignt aimer2 mais qu',hlose menait une vie retire1 que le got de la science crait entre elle et lui une relation naturelle1 que cette communaut de travaux et d'ides devait autoriser un libre commerce de lettres et d'entretiens1 et que c'est tout cela qui le dcida4 ,il se trompe1 un noble et secret instinct lui disait qu'il devait aimer celle qui n'avait point d'gale4 ,note #eg3 ,albric et ,thibauld de ,montmorency1 tous deux vers la fin du ,x,ie sicle4 ,nul ne dit comment ,hlose et appartenu cette famille4 ,si c'tait une parent lgitime1 ce devait tre par les femmes4 ,bayle ne croit point cette parent1 ,hlose disant ,ablard1 en quelque endroit3 ,genus meum sublimaveras4 ,cette raison n'est pas dcisive4 7,ab4 ,op41 ep4 iv1 p4 #eg47 ,c'est une pure conjecture de ,turlot que de donner pour mre ,hloise la premire abbesse de ,sainte-,marie-aux-,bois1 prs ,sezanne1 ,hersendis1 qui aurait t la matresse d'un ,montmorency1 et qui aurait pass pour tre celle de ,fulbert4 7,abail4 et ,hl41 p4 #aed47 ,note #eh3 ,bonum hoc literatoriae scilicet scientiae in mulieribus est rarius4--,literatoriae scientiae1 quod perrarum est1 operam dare4 7,ab4 ,op41 ep4 i1 p4 #aj2 part4 ,,ii1 ep4 xxiii1 p4 #ccg47 ,note #ei3 ,ablard le dit lui-mme 7part4 ,,ii1 ep4 vii1 ad virg4 par41 p4 #bfj4--,voyez aussi la ,chronologie de ,robert1 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #bid74 ,le vrai1 c'est qu'elle savait le latin et l'crivait avec facilit et talent4 ,quant au grec et l'hbreu1 j'ai peine croire qu'elle en connt rien de plus que les caractres et quelques mots cits habituellement en thologie ou en philosophie4 ,note #fj3 ,in toto regno nominatissimam4 7,ep4 ,i1 p4 #aj47 ,observez qu'il s'en fallait alors que totum regnum ft toute la ,france2 mais il n'en est pas moins vrai que la rputation littraire et scientifique d',hlose n'a pas eu d'gale dans les temps modernes4 ,malgr la dclaration modeste d',ablard1 per faciem non infima1 on s'est obstin croire la grande beaut d',hlose4 ,on a suppos1 contre toute vraisemblance1 que le ,roman de la ,rose1 commenc et surtout achev aprs la mort d',ablard1 tait son ouvrage1 parce qu'il y est question de lui1 et l'on a dit qu'il y avait fait le portrait d',hlose1 sous le nom de ,beaut4 ,c'est le portrait de la beaut parfaite suivant ,guillaume de ,lorris1 auteur de la premire partie du pome4 7,le ,roman de la ,rose1 v4 #iii1 dit4 de ,m4 ,mon1 t4 #a1 p4 #da47 ,el ne fu oscure ne brune1 ,ains fu clere comme la lune1 ,envers qui les autres estoiles ,resemblent petites chandoiles4 ,tendre et la char comme rouse ,simple fu cum une espouse ,et blanche comme flor de lis2 ,si ot le vis 7visage7 cler et alis 7uni71 ,et fu greslete et alignie1 ,ne fu farde ne guignie 7dguise73 ,car el n'avoit mie mestier ,de sol tifer ne d'afetier4 ,les cheveus ot blons et si lons ,qu'il li batoient as talons2 ,nez ot bien fait1 et yelx et bouche4 ,moult grand douor au cuer me touche1 ,si m'ast ,diex1 quant il me membre 7souvient7 ,de la faon de chascun membre1 ,qu'il n'ot si bele fame ou monde1 ,briment el fu jonete et blonde1 ,sede 7gracieuse71 plaisante1 aperte1 et cointe 7jolie71 ,grassete et gresle1 gente et jointe4 ,il chercha donc les moyens d'arriver jusqu' elle et de se rendre familier dans la maison4 ,des amis s'entremirent1 et il fit proposer l'oncle ,fulbert1 qui demeurait dans le voisinage des coles1 de le prendre en pension chez lui pour un prix convenu4 ,il fit valoir ses travaux assidus1 l'ennui que lui causaient les soins dispendieux d'une maison1 sa ngligence plus dispendieuse encore4 ,fulbert tait avide1 et de plus trs-jaloux d'augmenter par tous les moyens l'instruction de sa nice4 ,non-seulement il consentit tout1 mais il crut avoir dsir lui-mme ce qu'on esprait de lui1 et vint en suppliant commettre entirement sa pupille l'illustre et redoutable prcepteur1 qui devait la voir toute heure1 qui1 chaque fois qu'il reviendrait des coles1 pouvait1 ou le jour ou la nuit1 lui donner des leons1 et mme1 voyez la navet de cet ge1 la frapper la faon d'un matre1 si l'lve tait indocile#fa4 ,ablard admira tant de simplicit2 il lui semblait que l'on confiait la brebis au loup ravissant4 ,non-seulement on lui accordait la libert1 l'occasion1 mais jusqu' l'autorit1 et au droit de menacer et de punir celle que la sduction n'aurait pu vaincre4 ,deux choses aveuglaient le vieillard2 l'amour-propre passionn qui l'attachait aux succs de sa nice1 et l'ancienne rputation de puret de la vie passe d',ablard4 ,que dirai-je de plus8 crit ce dernier en racontant tout ceci1 nous n'emes qu'une maison1 et bientt nous n'emes qu'un coeur#fb4 ,note #fa3 ,bernardus carnotensis1 exundantissimus modernis temporibus fons literarum in ,gallia4444 quoniam memoria exercitio firmatur1 ingeniumque acuitur ad imitandum ea quae audiebant1 alios admonitionibus1 alios flagellis et poenis urgebat4 ,ainsi parle un des lves de ,bernard de ,chartres1 ,jean de ,salisbury4 7,metalog41 l4 ,i1 c4 ,,xxiv47 ,quant au droit qu',ablard reut de ,fulbert de frapper son lve1 il faut voir dans le texte tout ce qu',ablard en raconte4 7,ep4 ,i1 p4 #aa1 et ep4 ,v1 p1 #ga47 ,note #fb3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #aa4 ,a mesure que l'on a plus d'esprit1 a dit ,pascal1 les passions sont plus grandes1 parce que les passions n'tant que des sentiments et des penses qui appartiennent purement l'esprit1 quoiqu'elles soient occasionnes par le corps1 il est visible qu'elles ne sont plus que l'esprit mme1 et qu'ainsi elles remplissent toute sa capacit4 ,je ne parle que des passions de feu4444 ,la nettet d'esprit cause aussi la nettet de la passion2 c'est pourquoi un esprit grand et net aime avec ardeur1 et il voit distinctement ce qu'il aime#fc4 ,note #fc3 ,fragment publi par ,m4 ,cousin4 7,des ,penses de ,pascal1 seconde dition1 p4#hig47 ,on montre encore dans la ,cit1 au bord du chevet de ,notre-,dame1 prs l'ancien quartier du clotre1 a l'extrmit d'une rue troite et tortueuse1 toujours habite par des membres du chapitre mtropolitain1 et dont les abords sont en tout temps parcourus1 comme au moyen ge1 par des clercs de tous grades1 revtus des costumes pittoresques du clerg nombreux et complet d'une riche cathdrale1 la maison qu'une tradition locale dsigne comme celle du chanoine ,fulbert#fd4 ,elle est prs de la ,seine1 dont la spare seulement un quai1 plus lev maintenant que le sol de la rue o elle est btie4 ,au moyen ge1 vers #aaaf ou #aaag1 le terrain devait1 du pied de cette maison1 aller en pente jusqu' la rivire et former l'emplacement de l'ancien port ,saint-,landry2 des fentres de la maison1 on devait voir en plein la vaste grve o s'lve aujourd'hui cet htel de ville1 magnifique palais des rvolutions4 ,note #fd3 ,c'est la premire maison gauche en entrant dans la rue des ,chantres1 o l'on descend du quai ,napolon par un escalier4 ,une inscription au dessus de la porte dsigne cette maison la curiosit des passants1 elle est ainsi conue3 ,h,,lo,,se1 ,,ab,,lard ,,habit,,rent ,,ces ,,lieux1 ,,des ,,sinc,,res ,,amans ,,modeles ,,pr,,cieux4 ,l',,an #aaah4 ,dans l'intrieur de la cour1 un double mdaillon1 incrust dans le mur1 offre le profil d'une tte d'homme et d'une tte de femme3 on dit que c'est ,hlose et ,ablard4 ,cette sculpture est trs-postrieure au ,x,i,ie sicle2 ,m4 ,alexandre ,lenoir pense qu'elle en remplace une plus authentique1 et qu'elle est l'ouvrage de restaurateurs ignorants1 peut-tre non antrieurs au ,x,v,ie4 ,la maison n'est pas ancienne1 ou du moins1 ses murs extrieurs ont t rcemment btis2 la disposition gnrale des murs et surtout de l'escalier pourraient bien tre du temps4 ,on ne donne nulle preuve de la tradition attache cette maison2 mais cette tradition a sa valeur par son existence mme4 ,on dit1 dans le quartier1 qu',ablard habitait la maison situe gauche et qui est remplace par une grande construction moderne4 ,turlot donne sur tout cela quelques dtails hasards1 et la lithographie du mdaillon4 7,abail4 et ,hl41 p4 #aec et #aed4--,mus4 des ,mon4 ,fran41 t4 ,i1 p4 #bbc47 ,c'est l1 dans cette demeure modeste1 au jour sombre que des fentres troites laissaient pntrer dans la chambre simple et range d'une jeune bourgeoise de ,paris1 ou bien la lueur rougetre d'une lampe vacillante1 qu',ablard1 impatient et ravi1 venait employer sduire une pauvre fille sans exprience et sans crainte le gnie qui soulevait toutes les coles du monde4 ,c'est l que les plaisirs de la science1 les joies de la pense1 les motions de l'loquence1 tout tait mis en oeuvre pour charmer1 pour troubler1 pour plonger dans une ivresse profonde et nouvelle1 ce noble et tendre coeur qui n'a jamais connu qu'un amour et qu'une douleur1 ce coeur que ,dieu mme n'a pu disputer son amant4 ,mais quelles leons ,ablard donnait-il ,hlose8 ,lui enseignait-il les secrets du langage et les arts savants de l'antiquit8 ,promenait-il cet esprit pntrant et curieux dans les sentiers sinueux de la dialectique8 ,lui rvlait-il les obscurs mystres de la foi1 dans le langage lumineux de la raison philosophique8 ,enfin lui lisait-il ces potes qu'il cite dans ses ouvrages les plus austres1 et le professeur de thologie rcitait-il son lve1 avec ce talent de diction qu'on admirait1 les vers impurs de l',art d'aimer#fe8 ,quel fut enfin1 quel fut le livre qui servit1 comme dans le rcit du ,dante1 la sduction de cette femme1 historique modle de la potique ,franoise de ,rimini#ff8 ,on ne le sait1 et cependant on sait que tout le talent d',ablard fut complice de son amour4 ,vous aviez1 lui crivait1 longtemps aprs1 ,hlose encore charme de ce qui l'avait perdue1 vous aviez surtout deux choses qui pouvaient soudain vous gagner le coeur de toutes les femmes1 c'tait la grce avec laquelle vous rcitiez et celle avec laquelle vous chantiez#fg4 ,et ses chants1 il les composait pour elle4 ,ainsi le philosophe tait devenu un orateur1 un artiste1 un pote4 ,l'amour avait complt son gnie et achev son universalit4 ,note #fe3 ,ablard cite souvent ,ovide1 el quelquefois l',art d'aimer4 ,note #ff3 la bocca mi baci tutto tremante2 ,galeotto fu il libro e chi lo scrisse4 7,,dante1 c4 ,v47 ,note #fg3 ,duo autem1 fateor1 tibi specialiter inerant quibus foeminorum quarumlibet animos statim allicere poteras1 dictandi scilicet et cantandi gratia4 7,ab4 ,op41 ep4 ,,ii1 p4 #df47 ,on sent que tout dut seconder une sduction invitable4 ,l'tude leur donnait toutes les occasions de se voir librement1 et le prtexte de la leon leur permettait d'tre seuls4 ,alors les livres restaient ouverts devant eux2 mais ou de longs silences interrompaient la lecture1 ou des paroles intimes remplaaient les communications de la science4 ,les yeux des deux amants se dtournaient du livre pour se rencontrer et pour se fuir4 ,bientt la main qui devait tourner les pages1 carta les voiles dont ,hlose s'enveloppait1 et ce ne fut plus des paroles1 mais des soupirs qu'on put entendre4 ,enfin la passion triomphante emporta les deux amants jusqu'aux limites de son empire4 ,tout fut sacrifi ce bonheur sans mlange et sans frein4 ,tous les degrs de l'amour furent franchis4 ,que sais-je8 jusqu'aux droits de l'enseignement1 jusqu'aux punitions du matre1 devinrent1 c'est ,ablard qui l'avoue1 des jeux passionns dont la douceur surpassait la suavit de tous les parfums4 ,tout ce que l'amour peut rver1 tout ce que l'imagination de deux esprits puissants peut ajouter ses transports1 fut ralis dans l'ivresse et dans la nouveaut d'un bonheur inconnu#fh4 ,note #fh3 ,les passages dont je rends ici la pense1 ont t cits partout4 ,je n'en rapporte que deux comme pices il l'appui3 ,quoque minus suspicionis habermus1 verbera quandoque dabat amor4444 quae omnium unguentorum suavitatem transcenderent4444 si quid insolilum amer excogitare potuit1 est additum4--7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #aa47 ,mais cependant1 qu'tait devenu l'enseignement des coles8 le matre ,pierre ennuy1 dgot1 n'y paraissait plus qu' regret4 ,a peine lui restait-il quelques heures de jour pour les donner l'tude4 ,quant ses leons1 il les faisait avec ngligence et froideur2 il rptait d'anciennes ides1 et ne parlait plus d'inspiration4 ,devenu un simple rcitateur1 il n'inventait plus rien1 ou s'il inventait quelque chose1 c'taient des vers et des vers d'amour4 ,il parat qu'il en composa beaucoup en langue vulgaire1 ou1 comme on disait alors1 barbare#fi2 ces chansons taient vraisemblablement dans le got des trouvres1 dont il fut un des premiers en date1 ou1 si l'on veut1 le prdcesseur4 tous ses talents1 toutes les initiatives de son esprit1 il faudrait donc ajouter celle de la posie nationale4 ,chose plus singulire6 il laissait ses chansons d'amour se rpandre au dehors et courir la ville et le pays2 longtemps aprs cette poque1 elles se retrouvaient encore dans la bouche de ceux dont la situation ressemblait la sienne#gj4 ,car il devint de bonne heure le patron des amoureux1 et il avait du talent pour les vaudevilles1 dit un bndictin qui a crit sa biographie#ga4 ,ainsi l'aventure qui aurait d rester le touchant mystre de toute sa vie devint un bruit public et passa de son aveu et par degrs cet tat de roman populaire qu'elle a conserv jusqu' nos jours4 ,il y avait dans cet homme quelque chose de l'insolence de ces natures faites pour le commandement et la royaut4 ,il posait sans voile devant la foule2 il semblait penser que tout ce qui l'intressait devenait digne de l'attention gnrale1 que ses actions surpassaient le jugement commun et que tout en lui devait tre donn comme en spectacle au monde4 ,note #fi3 ,barbarice4 7,ab4 ,op41 part4 ,,ii1 ,exp4 symb41 p4 #cfi47 ,note #gj3 ,ablard serait donc le premier des trouvres1 dit ,m4 ,ampre4 7,hist4 de la format4 de la lang4 fran41 prf41 p4 ,,xx47 ,cependant ,m4 ,leroux de ,lincy1 qui a publi un ,recueil des chants historiques franais1 depuis le ,x,i,ie jusqu'au ,x,v,i,i,ie sicle 7#b vol4 in-#ab1 ,paris1 #ahda1 #ahdb71 conjecture que les chansons d',ablard taient en latin2 et c'est aussi l'opinion de ,m4 ,edlestand ,dumeril 7,journ4 des sav4 de ,normand41 #b;e liv41 p4 #abi74 ,cependant ,hlose dit qu'on la chantait sur les places publiques2 peut-tre aussi que1 suivant le got du temps1 les vers latins et les vers romans taient mls4 ,on a annonc1 il y a quelques annes1 que ces chansons venaient d'tre retrouves au ,vatican2 et la ,biographie anglaise le rptait en #ahdb4 ,on aura voulu parler des complaintes latines bibliques que ,m4 ,greith a publies 7,spicilegium ,vaticanum1 ,frauenfeld1 #ahch71 et ce ne sont ni des chansons d'amour ni des chansons populaires4 ,on pouvait esprer1 en ce genre1 quelque dcouverte curieuse des manuscrits mentionns aux articles #hg1 #hh1 #hi et #ij du catalogue de ,m4 ,greith sous ces titres3 ,cantilenae lingua gallica antiqua scriptae1 ,carmina amatoria1 etc41 p4 #aca4 ,mais la plupart de ces chansons franaises du ,vatican ont t publies dans le recueil d',adelbert ,keller1 intitul3 ,romvart1 p4 #bde1 etc41 ,manheim1 #ahdd1 in-#h4 ,il n'y en a point d',ablard4 ,voyez ci-aprs la note sur les lgies bibliques4 ,le ,recueil des chants hist4 fran41 ,introd4 p4 v1 et ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #ab2 ep4 ,,ii1 p4 #dj et #dh4 ,note #ga3 ,dom ,clment1 regard comme l'auteur de l'article ,ablard1 dans l',histoire littraire de la ,france1 t4 ,,xii1 p4 #ib1 et t4 ,,vii1 p4 #ej4 ,la dsolation fut grande parmi les coliers1 lorsqu'ils s'aperurent de la proccupation qui leur enlevait leur matre4 ,ils assistaient avec tristesse ces leons inanimes que leur donnait encore celui dont l'me tait ailleurs4 ,il leur semblait l'avoir perdu1 et quelques-uns ne pouvaient voir sans alarmes ce que tous voyaient avec douleur4 ,il est impossible que les ennemis secrets d',ablard n'en ressentissent pas une joie gale2 mais ils ne la montraient pas1 et telle tait alors sa puissance ou la libert des moeurs1 qu'il ne parat pas que le bruit de son aventure lui ait beaucoup nui dans les premiers temps1 ni qu'on ait song la tourner contre lui4 ,il tait clerc1 nous savons qu'il portait le titre de chanoine2 on a mme cru1 bien que sans preuve1 qu'il tait dj prtre#gb4 ,mais dans le relchement et la rudesse du moyen ge1 le drglement ne faisait un tort srieux qu'au jour o il devenait l'occasion de quelque violence4 ,or ici rien de semblable2 l'aventure tait publique2 on en parlait1 on la chantait dans ,paris4 ,nul ne l'ignorait1 hormis1 bien entendu1 le plus intress la savoir4 ,dans ses illusions d'affection1 de respect et de vanit1 ,fulbert ne se doutait de rien1 et plusieurs mois se passrent avant qu'il ft averti2 il repoussa mme les premiers avis2 mais enfin il conut des soupons1 et il spara les deux amants4 ,note #gb3 ,il est certain qu'il le fut plus tard4 ,une fois abb1 il disait la messe4 7,ab4 ,op41 part4 ,i1 ep4 i et iv1 part4 ,,ii1 ep4 xxiii1 p4 #ci1 #ed et #cda47 ,mais l'poque que nous racontons on ne voit que ces mots clericus1 canonicus1 et nous ne croyons pas qu'il ft encore dans les ordres4 ,aucun historien ne s'explique sur ce point4 ,un auteur ecclsiastique ne reprsente ,ablard que comme bnficier1 ce qui l'engageait de certains voeux1 non pas1 il est vrai1 irrvocables4 ,dans ses objections contre le mariage1 ,hlose l'attaque comme contraire la dignit d'un clerc1 sa fortune venir1 dans l'glise1 mais non des engagements formels4 ,bayle en conclut que le clibat n'tait pas alors une obligation stricte pour les prtres1 mais un devoir de perfection4 ,d4 ,gervaise en induit an contraire1 quoiqu'avec peu d'assurance1 qu',ablard tait encore libre1 le concile de ,reims venant de renouveler les canons d'un concile tenu ,londres en #aajb contre les prtres1 diacres et sous-diacres qui se marieraient4 ,mais le concile de ,reims 7#aaai7 n'avait pas encore eu lieu1 et ses dfenses prouvent que la rgle du clibat des prtres n'tait pas aussi solennellement consacre et suivie qu'elle l'a t depuis4 ,nous voyons d'ailleurs1 dans un des ouvrages d',ablard1 qu'il pensait qu'un prtre pouvait tre mari une fois1 pourvu qu'il n'et pas fait de voeu contraire4 ,il n'y a pas impossibilit de soutenir l'opinion de ,bayle2 mais celle de ,d4 ,gervaise a pour elle les meilleures apparences4 7,ab4 ,op41 ep4 i1 p4 #af4--,p4 ,ab4 ,epitom4 theol41 c4 xxxi1 p4 #ij4 ,rheinwald dit4 ,berlin1 #ahce4--;,bayle1 ,dict4 crit41 art4 ,helose4--,d4 ,gervaise1 ,vie d',abeil41 t4 ,i1 p4 #gd4--;,hist4 de saint ,bernard1 par ,m4 l'abb ,ratisbonne1 t4 ,,ii1 p4 #cf47 ,la honte et la douleur1 mais la douleur plus que la honte1 les accablaient ce fatal moment4 ,tous deux rougissaient1 gmissaient1 pleuraient2 mais aucun ne se plaignait pour lui-mme4 ,ablard n'avait d'autre repentir que de voir ,hlose afflige1 et dans le chagrin de son amant elle mettait tout son dsespoir4 ,on les sparait1 mais leurs coeurs restaient unis4 ,la contrainte ne faisait qu'allumer en eux de nouveaux dsirs2 puisque la honte avait clat1 il n'y en avait plus2 ils se faisaient comme un devoir de leur amour4 ,ils continurent donc se voir secrtement4 ,un jour1 ils furent surpris1 et le classique ,ablard dit qu'il leur arriva ce qu'une fable potique raconte de ,vnus et de ,mars#gc4 ,note #gc3 ,ep4 i1 p4 #ac4 ,peu aprs1 ,hlose s'aperut qu'elle tait grosse1 et avec l'exaltation de la joie1 elle l'crivit son matre1 le consultant sur ce qu'il y avait faire4 ,une nuit1 en l'absence de l'oncle1 il entra furtivement dans la maison1 et comme ils en taient convenus1 il emmena ,hlose et la conduisit incontinent dans sa patrie4 ,l1 il l'tablit chez sa soeur1 o elle demeura jusqu' ce qu'elle mt au monde un fils qui reut d'elle le nom de ,pierre ,astrolabe#gd4 ,note #gd3 ,astrolabius ou ,astralabius dans les lettres d',ablard et d',hlose1 ,petrus ,astralabius dans le ncrologe du ,paraclet4 ,je ne sais pourquoi plusieurs historiens veulent que ce nom signifie ,astre brillant4 ,on appelait alors astrolabe la sphre plane l'aide de laquelle on dmontrait le systme de ,ptoleme4 7,ab4 ,op41 ep4 i1 p4 #ac2 part4 ,,ii1 ep4 xxiv et xxv1 p4 #cdc et #cde2 ,not41 p4 #aadi4--,pezji ,thes4 anecdot4 noviss41 t4 ,,iii1 part4 ,,ii1 p4 #ie et #aaj47 ,non loin du ,pallet1 au confluent de la ,moine et de la ,svre nantaise1 s'lvent les majestueuses ruines du chteau de ,clisson#ge4 ,elles dominent encore le cours limpide et charmant de ces deux rivires1 et les grandes masses de rochers et de verdure qui en couvrent les bords escarps4 ,on peut croire que ces sites admirables qui1 dit-on1 inspirrent au ,poussin ses plus fameux paysages1 furent alors visits par l'inquite ,hlose4 ,lorsque son amant l'eut rejointe1 tous deux errrent sans doute plus d'une fois dans ces lieux encore sauvages1 mais o la nature talait toute sa fracheur et toute sa beaut4 ,du moins montre-t-on dans la garenne de ,clisson une grotte de rochers granitiques qui porte le nom d',hlose4 ,on dit que l se retiraient souvent les deux amants1 durant leur sjour en ,bretagne4 ,mais rien n'appuie cette tradition1 si ce n'est peut-tre la secrte harmonie qui unit les beauts de la nature1 les solitudes mystrieuses et les motions de l'amour4 ,speluncam ,dido dux et ,trojanus eamdem ,deveniunt4 ,note #ge3 ,clisson est #g ou #h kilomtres des ruines du chteau du ,pallet1 dans le pays appel le ,bocage4 ,aucune construction n'y parat remonter au temps d',ablard2 hormis peut-tre une partie de l'ancienne chapelle de la ,trinit1 prs du couvent de bndictines devenu la ,villa ,valentin4 ,la chteau fut rebti en #abbc2 mais auparavant il y avait dj un chteau1 et ,clisson tait dj un lieu important4 ,rien n'indique que le nom de grotte d',hlose soit autre chose qu'une fantaisie du propritaire du parc2 mais c'est une grotte naturelle sur la rive droite de la ,svre4 7,abail4 et ,hl41 par ,turlot1 p4 #add4--,voyage pittoresque ,clisson1 par ,thienon1 planch1 xiii1 #b vol4 in-#d4--,notice sur la ville et le chteau1 #a vol4 in-#ah1 ,nantes1 #ahda47 ,a la nouvelle de la fuite d',hlose1 ,fulbert tait tomb comme en dmence4 ,dans sa douleur et sa colre1 il ne savait comment se venger d',ablard1 quelles embches lui tendre1 enfin quel mal lui faire4 ,s'il le tuait1 s'il le mutilait par quelque blessure cruelle1 il craignait que sa nice bien-aime n'en ft punie par la famille du ravisseur qui l'avait recueillie4 ,quant se rendre matre par force de sa personne1 il ne l'esprait pas4 ,ablard se tenait sur ses gardes1 prt l'attaquer s'il fallait se dfendre4 ,peu peu il prit piti de cette extrme douleur1 ou plutt il sentit qu'il fallait absolument sortir d'une situation critique en rparant sa faute2 il rsolut de s'accuser du crime de son amour comme d'une trahison1 il vint trouver le chanoine1 avec des prires et des promesses1 s'engageant lui accorder la rparation qu'on exigerait4 ,la passion1 en effet1 ou peut-tre la crainte lui rendait tout acceptable et tout facile2 il se disait que les plus grands hommes avaient succomb comme lui1 et pour apaiser ,fulbert1 pour le satisfaire au del de toute esprance1 il offrit le mariage1 pourvu que le mariage restt secret2 car il apprhendait que cela ne nuist sa rputation aussi bien qu'aux chances de son ambition dans l'glise4 ,fulbert consentit4 ,la rconciliation fut scelle par un change de parole et par les embrassements de l'oncle et des siens4 ,tout cela peut-tre cachait de leur part un projet de trahison4 ,il semble que ,fulbert n'ait jamais renonc la pense de quelque noire vengeance conue ds le premier jour4 ,ablard retourna en ,bretagne pour y chercher celle qui allait devenir sa femme4 ,mais elle n'approuva pas son projet1 et elle entreprit de l'en dissuader4 ,cette fille hroque ne songeait1 disait-elle1 qu'au pril et l'honneur de son amant4 ,elle ne croyait pas qu'aucune satisfaction dsarmt son oncle2 elle le connaissait et pressentait les sombres desseins de cette me ulcre4 ,puis1 elle demandait quelle gloire il y aurait pour elle ternir la gloire d',ablard par un hymen qui les humilierait tous deux#gf4 ,que ne lui ferait pas le monde1 auquel elle allait enlever sa lumire8 ,de quelles maldictions de l'glise1 de quels regrets des philosophes ce mariage serait suivi6 quelle honte et quelle calamit qu'un homme cr pour tous se consacrt une seule femme6 ,elle le dtestait1 s'criait-elle avec vhmence1 ce mariage qui serait un opprobre et une ruine4 ,note #gf3 ,le discours trange et pressant par lequel ,hlose tenta de dtourner ,ablard du mariage a t remarqu et mme admir de tout temps4 ,plusieurs auteurs le citent2 nous ne rappellerons qu'un tmoignage peu srieux1 mais qui n'en est pas moins frappant4 ,dans le ,roman de la ,rose1 l'un des auteurs1 ,jehan de ,meung1 qui avait1 il est vrai1 translat en franhois la ,vie et les ,epistres de mastre ,pierre ,abayalard et ,hloys sa femme1 voulant faire le procs du mariage1 s'exprime ainsi3 ,pierres ,abaillart reconfesse ,que suer ,helos1 l'abeesse ,du ,paraclet1 qui fu s'amie1 ,accorder ne se voloit mie1 ,por riens qu'il la prist fame3 ,ains il faisoit la genne dame ,bien entendant et bien lettre4 ,et bien amant1 et bien ame1 ,argumens il chastier ,qu'il se gardast de marier4 ,et il continue en rimant toutes les raisons d',hlose et mme quelque chose de l'aventure qui suivit4 7dit4 de ,m4 ,mon1 t4 ,,ii1 p4 #bac4--,les ,manuscrits de la ,bibliothque du ,roi1 par ,m4 ,paulin ,paris1 t4 ,v1 no4 #gjga1 p4 #ci47 ,l',aptre n'en a-t-il pas signal tous les ennuis1 toutes les gnes1 toutes les sollicitudes1 lorsqu'il dit3 ,vous tes sans femme1 ne cherchez point de femme4 ,et qu'il ajoute3 ,je veux que vous viviez sans tourment d'esprit4 7,i ,cor4 ,,vii1 #bg et #cb47 ,si l'on rcuse les saints en de telles matires1 qu'on coute les sages4 ,ne sait-on plus ce que saint ,jrme dit de ,thophraste1 que l'exprience avait amen conclure contre le mariage des philosophes1 et ce que rpondit ,cicron ,hirtius qui lui conseillait de se remarier3 ,je ne puis m'occuper galement la fois d'une femme et de la philosophie#gg4 ,ablard1 d'ailleurs1 ne devait-il pas se rappeler sa manire de vivre8 ,comment mler des coliers des servantes1 dea critures des berceaux1 des livres et des plumes des fuseaux et des quenouilles8 ,quel esprit plong dans les mditations sacres ou philosophiques pourrait supporter les cris des enfants1 les chants monotones des nourrices qui les apaisent1 tout le bruit d'un mnage nombreux8 ,cela est bon pour les riches dont les maisons sont des palais1 et qui l'opulence pargne tous les ennuis2 mais ce ne sont pas des riches que les philosophes4 ,leurs penses vont mal avec les soucis mondains4 ,tous1 ils ont cherch la retraite1 et ,snque dit ,lucilius3 ,voulez-vous philosopher1 ngligez les affaires4 ,soyez tout l'tude1 il n'y a jamais assez de temps pour elle#gh4 ,interrompre la philosophie1 c'est l'abandonner4 ,chez tous les peuples1 gentils1 juifs1 chrtiens1 il y a eu des hommes minents qui se sparaient1 qui s'isolaient du public par la paix et la rgularit de leur vie4 ,chez les ,juifs1 c'taient les ,nazarens1 et plus tard les ,sadducens1 les ,essniens2 chez les chrtiens1 les moines qui mnent la vie commune des aptres1 et imitent la solitude de saint ,jean2 chez les paens enfin1 ceux qui ,pythagore a donn le noble titre d'amis de la sagesse#gi4 ,rappeler tous les exemples au souvenir d',ablard1 ce serait vouloir enseigner ,minerve elle-mme4 ,mais si des laques ont ainsi vcu1 que doit faire un chrtien1 un clerc1 un chanoine1 et comment l'excuser de prfrer ces saints devoirs de misrables plaisirs1 et de se plonger sans retour dans l'abme8 ,o1 si peu lui soucie de la prrogative ecclsiastique1 qu'il sauve du moins la dignit du philosophe2 qu'il se rappelle que ,socrate fut mari et comme il expia sa faute4 ,note #gg3 ,b4 ,hieronym4 ,in ,jovinian1 l4#a4 ,cette citation et toutes les autres sont attribues ,hlose par ,ablard4 ,note #gh3 ,senec4 ep4 ,,lxxiii4 ,note #gi3 ,l'introduction du nom de philosophe est attribue ,pythagore par ,cicron 7,tusc41 l4 ,v1 #c et #d72 mais ,ablard ne devait le savoir que par saint ,augustin qu'il cite3 ,de ,civ4 ,dei1 l4 ,,viii4--,ab ,op41 p4 ,i4 p4 #ac et #ad4 ,puis1 laissant cette singulire argumentation1 elle descendait1 d'une voix plus mue1 des raisons plus pntrantes4 ,ne devait-il pas songer qu'il serait plus prilleux pour lui de la ramener son oncle8 ,combien il serait plus doux pour elle1 et pour lui plus honorable1 qu'elle ft appele sa matresse que son pouse1 et qu'elle le retnt par la grce1 au lieu de l'enchaner par la contrainte6 ,leurs joies seraient plus vives tant qu'elles seraient plus rares4 ,pour elle1 elle n'a jamais en lui rien aim que lui-mme4 ,elle pense ce que dans ,eschine la philosophe ,aspasie dit ,xnophon#hj4 ,il n'est rang1 titre ni gloire qu'elle prfrt au sort qu'elle tient de lui4 ,le titre d'pouse est plus saint1 le nom de sa matresse1 de l'esclave de ses plaisirs1 est plus doux2 il a plus de prix pour elle que le rang d'une impratrice1 quand ,auguste en personne le lui aurait offert4 ,o est la femme dont la fortune gale la sienne8 ,l'amour d',ablard vaut mieux que l'empire du monde#ha4 ,note #hj3 ,inductio illa philosophae ,aspasiae4 7,ab4 ,op41 ep4 ,,ii1 p4 #de47 ,dans un dialogue d',eschine le socratique1 ,aspasie dit ,xnophon et sa femme3 ,persuadez-vous1 vous1 que vous possdez la premire des femmes1 et elle1 le premier des hommes4 7,cic4 ,de ,invent41 ,i1 #ca4--,quintil4 ,inst4 orat41 ,v1 #aa47 ,note #ha3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #ac-af1 ep4 ,,ii1 p4 #de4 ,toutes nos expressions sont plus faibles que celles dont ,hlose se servait encore1 bien des annes aprs ces vnements4 ,pour lui1 il couta tous ces conseils1 toutes ces prires1 sans en tre branl4 ,il lui fallut subir une discussion en rgle1 et le matre eut rfuter son lve en dialectique4 ,sans doute ce mariage cotait quelque chose son ambition2 c'tait un parti qui pouvait compromettre sa position dans l'cole1 l'obliger au moins renoncer l'enseignement de la thologie1 lui faire perdre son canonicat1 lui fermer la voie des hautes dignits de l'glise1 et il ne les ddaignait pas2 on dit mme que la mitre de l'vque de ,paris avait brill ses yeux4 ,d'autres ont parl de la pourpre romaine1 que dis-je8 de la tiare pontificale elle-mme4 ,ces ambitieux rves sduisaient sans doute l'esprit d',hlose2 mais la situation prsente pesait sur lui2 il se flattait de tenir ses liens ternellement secrets2 et dans son aveuglement1 il repoussait les inquitudes d'une femme trop clairvoyante1 et se confiait l'avenir4 ,sa volont obtint ce qu',hlose1 dans l'excs de son dvouement1 appelait un sacrifice4 ,elle se rsigna devenir la femme de celui qu'elle aimait plus que la lumire du jour4 ,cependant1 en consentant avec des soupirs et des larmes son hymen1 elle dit ces tristes mots3 ,il ne nous reste plus qu' donner par notre perte commune l'exemple d'une douleur gale notre amour4 ,le monde entier a connu1 dit ,ablard1 que dans ces paroles l'esprit de prophtie l'inspira#hb4 ,note #hb3 ,id1 ,ep4 ,i1 p4 #af4--,on remarquera que dans tous ces raisonnements le sacerdoce n'est pas allgu comme un empchement2 il n'en faudrait pas conclure rigoureusement qu',ablard ne ft pas prtre4 ,il ne regardait pas le mariage comme absolument interdit aux gens d'glise4 7,ab4 ,epit4 theol41 p4 #ia1 ,berlin1 #ahcf1 et ci-aprs l4 ,,iii1 c4 ,,ii47 ,ils quittrent la ,bretagne1 recommandant leur enfant leur soeur1 retournrent clandestinement ,paris2 et quelques jours aprs1 ils passrent la nuit en oraison dans une glise dont le nom est ignor2 ayant accompli secrtement ainsi les vigiles des noces1 le matin1 au jour naissant1 en prsence de ,fulbert et de quelques amis1 ils reurent la bndiction nuptiale2 puis aussitt ils se retirrent sans clat et chacun dans sa demeure4 ,a partir de ce moment1 leurs entrevues furent rares et drobes1 et tous leurs soins tendirent cacher leurs nouveaux liens4 ,mais ces prcautions devinrent inutiles4 ,l'oncle mme d',hlose et les gens de la maison1 dans le dsir imprudent d'effacer un pnible scandale1 divulguaient le mariage1 violant ainsi la foi promise4 ,hlose1 au contraire1 se rcriait et jurait avec imprcations que rien n'tait plus faux#hc4 ,irrit de ces dmentis1 ,fulbert l'accablait d'outrages1 et le sjour commun devenait insupportable4 ,il fallut fuir encore4 ,note #hc3 ,illa autem contra anathematizare et jurare4 7,ep4 #a1 p4 #ag47 ,il y avait prs de ,paris au village d',argenteuil1 sur les bords de la ,seine1 un couvent de femmes ddi la ,vierge1 tabli sous la rgle de ,saint-,benot1 et richement dot par ,adlade1 femme de ,hugues ,capet#hd4 ,une partie de l'enfance d',hlose s'y tait coule3 c'est l que la conduisit son mari4 ,il y avait fait disposer l'habit de religieuse qui convenait la vie clotre1 et elle le revtit1 mais sans prendre le voile4 ,aucun esprit de retraite1 aucun dgot des joies du monde1 aucune lassitude des passions ne l'amenait au pied des autels4 ,elle n'y cherchait qu'un sr asile4 ,l'homme que le ciel lui avait maintenant donn pour poux l'y venait voir de temps en temps1 et leur amour ne respectait pas toujours la saintet du lieu4 ,les dtours du clotre1 la solitude des salles silencieuses cachrent plus d'une fois un bonheur qui ne pouvait donc cesser d'tre criminel#he4 ,note #hd3 ,c'tait un prieur dpendant de l'abbaye de ,saint-,denis et temporairement converti en couvent de femmes2 il portait le nom de ,prioratus humilitatis ,b4 ,marie de ,argentolio1 ou ,notre-,dame d',argenteuil4 7,ab4 ,op41 ep4 #a1 p4 #ag2 ,not41 p4 #aaej4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,vii1 p4 #fjg47 ,note #he3 ,nosti 444 quid ibi tecum mea libidinis egerit intemperantia in quadam etiam parte ipsus refectorit4444 ,nosti id impudentissimo furio actum esse in tam reverendo loco et summae ,virgini consecrato4 7,ab4 ,op41 ep4 ,v1 p4 #fi47 ,rien de tout cela n'tait souponn de ,fulbert1 ou rien ne le touchait4 ,il savait seulement que sa nice1 jadis son plaisir et son orgueil1 lui avait chapp1 qu'elle tait dans les murs d'un monastre1 qu'elle portait la robe de religieuse4 ,il crut ou voulut croire qu',ablard comptait ainsi se dbarrasser d'elle et l'enchaner loin de lui4 ,toutes ces prcautions lui paraissaient suspectes1 et ce qu'on prenait tant de soin de cacher1 on voulait sans doute l'annuler un jour4 ,la vie d',ablard pouvait bien d'ailleurs n'tre pas celle du mari le plus fidle#he;a4 ,note #he;a3 ,voyez la note #b de la page #df1 et les allgations de ,foulque de ,deuil4 7,ab4 ,op41 p4 #bai47 ,les proches1 les amis de ,fulbert lui rptaient qu'on l'avait tromp1 et en aigrissant ses soupons exaltaient tous ses ressentiments4 ,l'ide d'une vengeance bizarre et terrible lui tait venue ds le premier jour de sa colre2 elle le ressaisit de nouveau2 peut-tre ne l'avait-elle jamais quitt2 et une nuit1 aprs avoir mis du complot quelques-uns de ses parents1 il se fit introduire avec ses complices1 par un valet secrtement achet1 jusque dans la chambre retire o reposait ,ablard1 et le surprenant sans dfense et endormi1 ils lui infligrent1 par un lche attentat1 la mutilation dgradante que le dsir d'anantir les tribulations de la chair dont parle saint ,paul1 arracha jadis au spiritualisme insens d',origne#hf4 ,note #hf3 #a ,cor4 ,,vii1 #bh4--,on ne saurait donner avec certitude la date de cet vnement1 mais ce ne peut tre avant #aaag1 ni plus tard que #aaah4 ,ds que le jour fut venu1 tout cette nouvelle s'mut de surprise et d'horreur4 ,la ville entire1 curieuse et consterne1 accourait dans le voisinage de la demeure d',ablard et le fatiguait des cris de sa piti4 ,tandis que les femmes qui toutes l'aimaient pleuraient en se racontant une si cruelle aventure1 tout ce que l'glise avait de plus distingu1 les chanoines de ,paris1 l'vque lui-mme1 tmoignaient hautement leur intrt et leur indignation#hg4 ,les clercs surtout1 les coliers faisaient retentir la maison de gmissements insupportables1 et ces tmoignages d'une compassion bruyante allaient redoubler sa honte et ses souffrances4 ,pour lui1 sur son lit de misre1 il rflchissait pniblement au degr de fortune et de gloire qu'il avait atteint1 cette dchance si soudaine1 si trange et si terrible4 ,il se sentait humili jusque dans le plus profond de son orgueil1 en songeant que ,dieu semblerait l'avoir frapp dans sa justice1 que la trahison paratrait chtie par la trahison mme1 et le crime puni et dshonor par l'impuissance4 ,il pensait la joie mal cache de ses ennemis1 la douleur1 la confusion de ses amis1 au bruit que ferait dans le monde cette dgradation dont il se voyait atteint4 ,quelle carrire dsormais lui serait ouverte8 ,de quel front se produire en public1 lui maintenant montr partout au doigt1 partout poursuivi par la rise1 partout en spectacle comme un de ces monstres qui1 sous l'ancienne loi1 ,dieu fermait les portes du temple6 7,deut41 ,,xxiii1 #d47 ,note #hg3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 #a1 p4 #bba4 ,ses meurtriers avaient pris la fuite aprs leur crime4 ,ds le premier moment1 l'vque ,girbert avait manifest la volont d'en faire justice2 car l'vque avait juridiction sur les clercs1 forum ecclesiasticum4 ,deux des fugitifs1 dont l'un tait le serviteur perfide et vendu1 furent repris et condamns la peine du talion1 aprs qu'on leur eut crev les yeux4 ,quant ,fulbert1 on ne put lui arracher l'aveu de son crime2 l'aveu sans doute tait alors ncessaire la preuve4 ,d'ailleurs le chapitre de ,paris ne pouvait entirement abandonner un de ses membres4 ,seulement1 tous ses biens furent confisqus au profit de l'glise4 ,on croit qu'il se cacha et vcut oubli2 il ne mourut qu'assez longtemps aprs1 compt toujours dans le collge des chanoines de ,paris#hh4 ,note #hh3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #ag1 pars #aa1 ep4 ,i1 p4 #bbb1 ,not41 p1 #aadi4 ,ablard n'avait pu mourir4 ,il lui fallait recommencer sa triste vie4 ,un seul parti lui restait que lui dictait la honte plus que la pit2 c'tait d'entrer dans un clotre4 ,il s'y dcida2 mais il ne voulait pas tre seul mourir au monde2 il fallait qu',hlose n'et appartenu qu' lui4 ,il exigea qu'elle pronont ses voeux avant qu'il et prononc les siens#hi4 ,sur son ordre1 ,hlose qui n'avait pas quitt sa retraite y prit d'abord le voile de novice1 et le monastre se ferma sur elle4 ,tous deux enfin1 ils revtirent irrvocablement l'habit religieux1 elle dans le couvent d',argenteuil1 lui dans l'abbaye de ,saint-,denis 7#aaai7ij4 ,note #hi3 ,id41 ,ep4 ,,ii1 p4 #dg4 ,note #ij3 ,cette date est celle qu'adoptent la plupart des historiens4 7,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #ib47 ,le pre ,dubois veut que la retraite ,saint-,denis soit de #aaag ou #aaah47;,hist4 ,eccl4 paris41 t4 ,i1 l4 ,,xi1 c4 ,,vii1 p4 #ggg47 ,pour elle1 au dernier moment1 comme ses amis l'entouraient en pleurant et cherchaient encore la dtourner de se soumettre1 moins de vingt ans1 au joug insupportable de la vie monastique1 elle rpondit par une citation toute classique qui prouve la fois combien l'rudition et la passion1 mles l'une l'autre dans son me1 y effaaient le sentiment religieux4 ,elle pronona tout coup1 d'une voix entrecoupe de sanglots et de larmes1 cette plainte que ,lucain prte ,cornlie1 lorsqu'aprs ,pharsale elle revoit ,pompe dont elle croit avoir caus la perte3 ,o maxime conjux1 ,o thalamis indigne meis1 hoc juris habebat ,in tantum fortuna caput8 ,car impia nupsi1 ,si miserum factura fui8 ,nunc accipe poenas ,sed quas sponte luam#ia4 ,note #ia3 ,lucan4 ,phars41 l4 ,,viii1 v4 #id4 #j grand homme1 mon poux1 toi dont mon lit n'tait pas digne1 voil donc le droit qu'avait la fortune sur une si noble tte6 ,pourquoi1 par quelle impit t'ai-je pous1 si je devais te rendre misrable8 ,accepte aujourd'hui la peine que je subis1 mais que je subis volontairement4 ,et montant l'autel d'un pas press1 elle y prit le voile noir1 bnit par l'vque de ,paris1 et s'enchana solennellement la profession religieuse4 ,triste victime1 obissante et non rsigne1 elle se sacrifiait encore la volont et au repos de celui qu' regret elle avait accept pour poux1 et qu'elle abandonnait en frmissant1 pour se donner l'poux divin sans foi1 sans amour et sans esprance#ib4 ,note #ib3 ,ab4 ,op41 ep4 ii4 p4 #de et #dg4 ,voil donc ,ablard religieux ,saint-,denis4 ,le prsent et l'avenir1 tout est chang pour lui4 ,il a renonc la fortune1 l'clat1 la gloire du monde1 et il se tourne1 mais avec peu de got et de ferveur1 vers la solitude chrtienne4 ,dans les premiers moments1 son coeur n'tait rempli que de regrets et de ressentiments4 ,il ne mditait que la vengeance4 ,il reprochait l'impunit de ,fulbert la faiblesse de l'vque1 aux machinations des chanoines2 il les accusait tous de complicit1 et voulait aller ,rome les dnoncer comme coupables envers la justice4 ,il fallut les efforts de ses amis pour l'en dissuader4 ,un d'eux 7on lui donne du moins ce titre71 ,foulque1 prieur de ,deuil1 fut oblig d'insister auprs de lui sur sa pauvret qui ne lui permettait pas d'accomplir un si long voyage1 ni de satisfaire aux dpenses que cotait la justice ou la cupidit romaine1 sur l'imprudence qu'il y aurait de s'aliner pour jamais les chefs du clerg parisien1 sur les sentiments d'quit et de charit que lui commandait sa nouvelle profession4 ,enfin il lui rpta cette triste parole3 ,vous tes moine#ic4 ,note #ic3 ,monachus es4 7,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 i1 p4 #bbb1 #bbc47 ,le prieur de ,deuil1 dpendant de l'abbaye de ,saint-,florent de ,saumur1 tait situ dans la valle de ,montmorency4 ,foulque n'est connu que par sa lettre ,ablard4 7,bayle1 art4 ,foulque4--,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #bdj47 ,il tait moine en effet1 et la ncessit1 sinon le devoir1 lui prescrivait de vivre suivant son tat4 ,une premire ressource s'offrait lui1 c'tait l'tude2 mais d'abord l'tude lui sembla sans attrait2 elle n'apportait plus la gloire avec elle4 ,toutefois des clercs venaient le voir1 et l'abb de ,saint-,denis1 ,adam1 se joignait eux pour lui dire que le moment peut-tre tait arriv de se consacrer plus que jamais au travail1 et surtout aux recherches thologiques4 ,ils lui rptaient que maintenant l'amour du ciel lui pouvait inspirer ce que jadis peut-tre lui avait suggr le dsir de la rputation et de la fortune2 que son devoir tait de faire valoir le talent que1 selon la parabole vanglique1 le ,seigneur lui avait remis1 comme son serviteur1 et qu'il rclamerait un jour avec usure4 ,ils ajoutaient que si1 jusqu'ici1 il avait instruit les riches1 il lui restait clairer les pauvres2 que le ciel1 en le frappant1 lui avait ouvert du moins l'asile de la paix de l'me1 de la libert d'esprit1 de la tranquillit studieuse2 et que le philosophe du monde pouvait devenir aujourd'hui le philosophe de ,dieu4 ,ablard hsitait suivre ces conseils2 il lui en cotait de reparatre aux yeux des hommes4 ,mais il ne trouvait pas1 dans l'abbaye de ,saint-,denis1 le repos qu'il esprait4 ,il l'avait choisie comme la premire du royaume4 ,on y avait reu avec empressement un homme qui devait illustrer la communaut4 ,on y attendait de lui de l'clat et du bruit2 il y cherchait le silence1 la rgle1 l'oubli4 ,le premier mouvement de son dsespoir avait d tre le renoncement absolu au monde4 ,or1 l'antique fondation de ,dagobert1 agrandie et enrichie par la munificence de la longue suite de rois1 ses successeurs1 cette maison toute royale1 une des institutions de la monarchie1 monastre1 dit saint ,bernard1 plus dvou ,csar qu' ,dieu1 n'tait nullement trangre aux choses mondaines1 et tenait au sicle par de nombreux liens4 ,irritable et attrist1 ,ablard y trouvait la vie peu rgulire1 les moeurs relches4 ,il accusait l'abb ,adam lui-mme de dsordres qu'aggravait sa dignit#id4 ,habitu au ton du commandement1 prompt tout rgenter autour de lui1 il s'leva contre les drglements dont il tait tmoin1 et ses reproches qui n'taient pas toujours discrets1 le rendirent bientt charge tout le monde4 ,ses frres importuns saisirent avec empressement les instances de ses disciples comme une occasion de l'loigner1 et le pressrent d'y cder en reprenant ses leons4 ,il rsista longtemps2 il rpugnait revoir le grand jour4 ,cependant amis1 ennemis1 coliers1 religieux1 l'abb lui-mme insistaient1 et entrant alors dans cette vie1 de mobilit et de tentatives changeantes que son me inquite allait prolonger1 il s'tablit dans le prieur de ,maisoncelle1 situ sur les terres du comte de ,champagne#ie pour y rouvrir son cole la manire accoutume4 ,note #id3 ,la manire dont ,ablard parle des dsordres de l'abb et des moines de ,saint-,denis1 ne permet pas le moindre doute4 ,ces dsordres sont affirms par saint ,bernard1 par ,guillaume de ,nangis1 par les annales mme du monastre4 ,la chose tait commune alors dans beaucoup de couvents1 et il n'y avait pas cent ans que les mmes dsordres1 dans la mme maison1 avaient ncessit une rforme entreprise par saint ,odilon4 ,deux actes d'administration charitable de l'abb ,adam1 rapports par ,duchesne qui veut le justifier1 ne prouvent nullement qu'il ment une vie rgulire4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #ai2 ,not41 p4 #aaec4--,saint ,bernard1 ,op41 ep4 ,,lxxviii et not4--,guill4 ,nang4 ,chron41 an4 #aabc1 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xx1 p4 #gbg47 ,note #ie3 ,ad cellam quamdam4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #ai et #bj47 ,d4 ,brial seul dit que ce lieu est ,maisoncelle4 7,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #bij47 ,il y a dans le dpartement de ,seine-et-,marne plusieurs villages de ce nom4 ,le lieu qu'habitait ,ablard1 dsign par quelques crivains sous le nom de ,trecensis cella1 peut tre ou ,maisoncelle de l'arrondissement et du canton de ,coulommiers1 ou plutt ,maisoncelles du canton de ,villiers-,saint-,georges1 arrondissement de ,provins4 ,je ne crois pas que le lieu de refuge d',ablard1 malgr cette dsignation ,trecensis cella1 doive tre confondu avec le couvent de ,troyes1 appel ,cella1 monasterium cellense1 ou ,moustier-la-,celle1 le monastre de ,saint-,pierre de ,troyes4 7,gall4 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #eci47 ,le ,p4 ,longueval veut qu'il ait enseign ,provins dans un prieur de ,saint-,florent de ,saumur4 ,peut-tre confond-il cette premire sortie du couvent avec la seconde qui le conduisit ,provins1 au prieur de ,saint-,ayoul4 7,hist4 de l',egl4 gall1 t4 ,,viii1 l4 ,,xxiii1 p4 #cee4--;,hist4 litt4 t4 ,,ix1 p4 #he47 ,il retrouva sur-le-champ un auditoire attentif et nombreux2 on parle de trois mille tudiants4 ,la foule reparut1 et bientt ce lieu retir ne suffit plus l'abriter ni la nourrir4 ,ramen par le malheur aux plus srieuses mditations1 proccup des devoirs de sa profession nouvelle1 devenu par l'tude et plus savant et plus subtil#if1 il rendit son enseignement minemment religieux1 sans abandonner ces sciences profanes dont on lui demandait surtout les leons4 ,il en fit comme un appt dont la saveur attirait les disciples cette philosophie vritable qui tait enfin pour lui celle de ,jsus-,christ1 imitant ainsi celui qu'il appelait le plus grand des philosophes chrtiens1 ,origne4 ,la manire en effet dont saint ,grgoire le ,thaumaturge nous dit qu'enseignait ce profond et singulier docteur offre assez d'analogie avec la mthode d',ablard4 ,c'est bien1 au reste1 celle de quiconque veut fonder la foi sur la raison4 ,point d'arcane pour ,origne1 dit le ,thaumaturge1 il expliquait tout#ig4 ,note #if3 ,de acute acutior4 7,oth4 ,fris41 ,de ,gest4 ,frid41 t4 ,i1 c4 ,,xcvii47 ,note #ig3 ,summum christianorum philosophorum ,origenem4 7,ep4 ,i1 p4 #ai47 ,voyez le passage de ,grgoire dans l'ouvrage de ,d4 ,gervaise 7t4 #a1 p4 #aca7 ou dans ce pre lui-mme4 7,orat4 panegyric4 et charist4 ad ,origen1 p4 #gc4 ,s4,p4 ,greg4 cogn4 ,thaum4 ,op41 ,paris1 #afba47 ,le tour thologique qu'avait pris l'enseignement d',ablard ne fit qu'exciter davantage la curiosit1 et le professeur obtint un succs qui rappelait le pass4 ,pour s'instruire la fois dans la science sculire et sacre1 on se pressa dans son cole1 et la dcadence des autres tablissements recommena4 ,les matres se dchanrent de nouveau contre lui4 ,on attaqua tout1 et sa manire et son droit d'enseigner4 ,on lui reprocha1 mais non pas en face1 d'tre1 contrairement aux devoirs monastiques1 encore trop captiv par l'tude des livres profanes1 et d'avoir usurp1 cette fois sans qu'un suprieur l'autorist1 la matrise en thologie4 ,son cole tait en effet une oeuvre volontaire et prive2 il n'tait plus matre et comme recteur de celle de ,paris1 il n'tait thologal d'aucune glise4 ,la publicit des coles monastiques n'existait pas de droit1 et d'ailleurs il enseignait hors de son couvent4 ,on demandait donc son interdiction1 et l'on ne cessait de presser dans ce sens1 archevques1 vques1 abbs et tout personnage revtu de quelque titre ecclsiastique4 ,on travaillait soulever tout le clerg contre lui4 ,ablard commena par braver l'orage2 il s'tait accoutum ddaigner ses ennemis4 ,sa supriorit avait jusqu'ici accabl tous ceux qu'elle avait irrits4 ,n'ayant rien perdu de sa science loquente1 voyant son auditoire renouvel1 il pensait avoir gard tout son ascendant1 et il mconnaissait ce que le temps apporte de changement dans la situation des plus heureux1 ce que le malheur enlve d'autorit au talent des plus habiles4 ,le respect et l'empressement de ses disciples lui faisaient illusion4 ,il ne savait pas qu'une puissance interrompue ne se retrouve gure1 et que depuis sa chute une ombre funbre avait t porte sur tout son avenir4 ,il arriva que1 press par ses lves1 il entreprit de rdiger ses leons thologiques4 ,son intention dclare tait d'affermir les fondements mmes de la foi2 et puisque le philosophe tait maintenant un religieux1 de rendre tmoignage de sa profession en enseignant la philosophie religieuse4 ,or1 la premire vrit de la philosophie religieuse1 c'est ,dieu2 la premire question1 c'est la nature de ,dieu4 ,son ouvrage fut donc un trait sur la nature de ,dieu1 c'est--dire sur l',unit et la ,trinit divine4 ,c'est l',introduction la ,thologie que nous avons encore#ih4 ,il essaie d'y exposer ce qui1 ainsi qu'il l'observe lui-mme1 est plus fait peut-tre pour la pense que pour l'expression4 ,dmontrant1 comme on dit1 la foi par la raison1 il veut rpondre aux hrtiques et surtout aux incrdules qui se piquent de philosophie1 par un christianisme philosophique4 ,de l cette thse persvramment soutenue que le dogme peut tre prsent sous une forme rationnelle1 qu'il faut comprendre ce qu'on croit1 qu'il n'y a point de mystre qui ne puisse tre clairci par des explications ou du moins par des similitudes choisies avec discernement1 et que la dialectique1 cette matresse de la raison1 doit tre concilie avec les croyances chrtiennes1 si l'on ne veut pas qu'elle les branle1 en les mettant en contradiction avec ses propres lois4 ,une consquence assez naturelle tait de placer l'autorit des philosophes presqu'au rang de celle des saints2 de prtendre que la raison1 rvlation intrieure1 avait conduit les premiers aux mmes notions que les seconds sur la nature de ,dieu et notamment sur la ,trinit2 que la vrit tant commune tous1 les sentiments qu'elle inspire avaient pu l'tre1 et qu'il ne fallait pas entirement dsesprer du salut des sages de l'antiquit4 ,note #ih3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 p4 #igc4 ,tout le monde n'a pas regard cet ouvrage comme celui qui fut brl ,soissons et qu'on a cru perdu4 ,mais il contient ce qu' ,soissons on lui reprochait d'avoir crit1 et les penses et les expressions du prologue se rapportent parfaitement ce qu'il dit dans l',historia calamitatum de la composition de l'ouvrage condamn ,soissons4 7,id41 ep4 ,i1 p4 #bj4 ,voyez le c4 ,,ii du l4 ,,iii de cet ouvrage47 ,l'assertion pour laquelle ,othon de ,frisingen dit qu',ablard fut condamn se trouve textuellement dans l',introduction4 7,id41 ,introd4 ad ,theol41 l4 ,,ii1 p4 #ajgh4--;,de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii47 ,or1 cette foi de la raison1 implicite et confuse dans ,platon1 plus dveloppe1 plus authentique1 plus puissante chez les chrtiens1 c'est le dogme de l'unit de ,dieu1 seul incr1 seul crateur1 seul tout-puissant1 bien suprme et perfection infinie4 ,mais1 en ,dieu ne distinguent la puissance1 la sagesse et la bont2 la premire engendre la seconde1 et la troisime procde de toutes deux4 ,car il y a encore de la puissance dans la sagesse1 et la bont qui n'est ni l'une ni l'autre serait nulle et vaine si toutes deux n'existaient pas1 ,tels sont les attributs distinctifs qui se personnifient dans le ,pre tout-puissant1 dans le ,fils1 verbe de ,dieu1 ternelle raison1 suprme intelligence1 dans le ,saint-,esprit1 source divine de grce1 de charit et d'amour4 ,voil les trois personnes de la ,trinit1 personnes distingues entre elles minemment par lesdites proprits1 mais qui n'ont qu'une essence1 qu'une substance1 puisqu'il n'y a qu'un ,dieu dont toutes les oeuvres sont indivisibles et supposent la fois la puissance1 la sagesse et la bont4 ,cette notion de la nature essentielle de ,dieu devait tre concilie avec ses attributs gnraux1 avec son immutabilit1 sa providence1 sa prescience4 ,cette conciliation tait l'objet de la dernire partie1 qui est reste ou ne nous est parvenue qu'incomplte2 et l'ouvrage touchait ainsi toute les questions de la thodice4 ,cette doctrine1 qui sans tre entirement nouvelle ni dnue d'antcdents rputs orthodoxes1 se signalait cependant par un ton de hardiesse1 par des subtilits hasardes1 par un caractre gnral de libert dans la discussion1 devait la fois sduire beaucoup de jeunes esprits1 et alarmer beaucoup de consciences inquites4 ,le nom de son auteur1 je ne sais quelles apparences aventureuses qui s'taient toujours attaches lui1 la position qu'il avait toujours prise en dehors de l'ordre commun1 la rendait plus suspecte1 plus attrayante et plus prilleuse qu'elle ne l'et t sous la protection d'un autre nom4 ,l'intelligence tait alors curieuse1 excite1 et cependant soumise aux rgles de la foi2 elle aimait raisonner et elle voulait croire4 ,ce qui semblait dmontrer la croyance1 convaincre la raison1 satisfaire ce besoin inquisitif d'examiner et de discuter1 sans le dchaner ni l'garer1 donner enfin au mystre la forme d'un problme et au dogme celle d'une solution1 devait tre saisi avec ardeur et accept comme la dcouverte de la vrit parfaite et dfinitive4 ,les ides d',ablard avaient ds longtemps transpir par ses leons1 et s'taient ouvert les esprits2 le trait qui rsumait ces ides et les livrait au publie eut un succs de propagande4 ,c'tait prcisment l'instant o se formait contre lui la coalition des matres qu'il avait discrdits4 ,ils s'armrent du prtexte que leur fournissait son imprudence2 la malveillance et l'envie le dnoncrent la foi svre ou timide4 ,les autorits ecclsiastiques furent appeles la vigilance et supplies d'intervenir4 ,ablard1 sans mpriser absolument ces attaques1 les repoussa avec hauteur1 et rpondit par l'insulte et le dfi4 ,toujours confiant et imprieux1 il provoquait une lutte qu'il ne croyait pas1 je pense1 qu'on ost engager4 ,comme on lui reprochait d'avoir appliqu tmrairement la dialectique la thologie et donn aux doctrines sacres les allures d'une science profane1 il publia ou laissa courir une amre apologie 7du moins on peut prsumer qu'elle date de cette poque71 ou plutt une invective contre ces ignorants en dialectique qui prenaient1 disait-il1 ses dogmes pour des sophismes#ii4 ,note #ii3 ,invectiva in quemdam ,ignorum dialecticea4 7,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,iv1 p4 #bch47 ,mais quoi8 n'tait-ce pas toujours la fable si connue du renard ddaignant les cerises qu'il ne pouvait atteindre8 ,ainsi quelques docteurs de ce temps1 parce qu'ils ne sauraient atteindre la dialectique1 l'appellent une dception2 ce qu'ils ne peuvent comprendre est sottise2 ce qui les passe est un dlire4 ,ils s'appuient1 s'il faut les en croire1 sur les livres sacrs2 mais que de saints docteurs la recommandent1--cette science qu'ils insultent6 ,on peut leur montrer des citations des ,pres qui jugent la dialectique ncessaire pour comprendre1 pour expliquer1 pour dfendre l'criture4 ,saint ,augustin1 saint ,jrme mme lui donnent rsoudre les difficults de la foi4 ,qu'est-ce que les hrtiques1 sinon des sophistes1 et comment confondrons-nous les sophistes1 si ce n'est en nous montrant dialecticiens8 ,et nous nous montrerons en proportion disciples fidles du ,christ4 ,quel est le nom que lui donne l'vangile8 n'est-ce pas celui de la raison1 du verbe incarn1 de cette lumire qui luit dans les tnbres1 de ce principe enfin dont le nom grec est l'origine du nom de la logique8 ,si le ,christ est si souvent appel sophia ou la sagesse1 s'il est le logos ou le verbe1 dont parlent et ,platon et saint ,jean1 les amis de la sagesse ou les philosophes1 les disciples du verbe ou les logiciens ne sont que les chrtiens les plus fervents4 ,ne semblent-ils pas prcisment chercher et invoquer ces dons que le ,saint-,esprit transmettait en langues de feu1 la parole1 l'intelligence et l'amour8 ,enfin notre ,seigneur lui-mme1 pour convaincre les ,juifs1 n'a pas ddaign l'arme de la discussion4 ,il n'a pas toujours prouv la foi par des miracles2 lui aussi1 il a recouru la puissance de la raison2 et son divin exemple nous enseigne que nous1 qui manquent les miracles1 qui ne reste que la lutte de la parole1 nous devons convaincre par elle ceux qui cherchent la sagesse comme les ,grecs au temps de saint ,paul#ajj4 ,aussi bien1 pour les hommes qui savent juger#aja1 la raison a plus de force que les miracles1 qu'on peut attribuer quelque pouvoir infernal4 ,si l'erreur peut se glisser dans le raisonnement1 c'est surtout quand on ignore l'art de l'argumentation4 ,il faut donc s'adonner la logique1 qui pntre tout1 mme les questions sacres1 et qui confondra surtout les docteurs prsomptueux qui se croient les mmes droits qu'elle4 ,note #ajj3 ,nam et ,judaei signa petunt1 et ,graeci sapientiam quaerunt4 7#a ,cor4 #a1 #bb47 ,note #aja3 ,apud discretos 7loc4 cit41 p4 #bdb71 ceux qui ont la discrtion ou le discernement1 comme dans cette expression3 l'ge de discrtion4 ,en mme temps qu',ablard se dfendait de la sorte contre ceux qui suspectaient sa foi pour cause de philosophie1 il avait soin de se montrer l'glise gardien jaloux des intrts de la vrit1 et prompt repousser toute attaque que la dialectique mme pouvait diriger contre son orthodoxie4 ,on croit qu'il rencontra parmi ses dnonciateurs ce ,roscelin qu'il avait autrefois suivi et qui lui-mme avait tant scandalis l'glise4 ,mais1 rconcili avec elle depuis son retour d'exil1 par les soins d',ives1 dernier vque de ,chartres1 ,roscelin pouvait tre devenu d'autant plus intolrant qu'il avait t perscut1 d'autant plus jaloux qu'il tait oubli4 ,on lui attribue d'ailleurs quelques-unes des propositions sur la ,trinit qu',ablard1 sans le nommer1 attaquait dans son livre#ajb4 ,c'tait assez pour le pousser la vengeance4 ,note #ajb3 ,ab4 ,op41 ,introd4 ad4 ,th41 l4 ,,ii1 p4 #ajfg2 ,not41 p4 #aaeg4--;,hist4 litt41 l4 ,,xii1 p4 #abb4 ,j'aurais de la peine reconnatre ,roscelin parmi les hrtiques qu',ablard caractrise au commencement du livre ,,ii de l',introduction2 mais des erreurs signales dans le cours de l'ouvrage1 plus d'une peut venir de ,roscelin1 chef de ces pseudo-dialecticiens1 qu'il attaque si vivement4 ,voyez dans le livre ,,iii de cet ouvrage le c4 #aa4 ,un jour donc1 en #aabaajc1 ,ablard apprend que ce matre en fausse dialectique1 tchant d'envenimer sa doctrine sur la ,trinit1 l'a dnonc aux autorits ecclsiastiques4 ,il prend l'offensive son tour1 et1 dans une lettre vhmente1 il dnonce ,girbert1 vque de ,paris1 et au vnrable clerg de son glise1 cet antique ennemi de la foi catholique1 convaincu par le concile de ,soissons de prcher le trithisme1 et qui vient vomir contre lui l'outrage et la menace#ajd4 ,note #ajc3 ,rousselot1 ,philos1 du moy4 ge1 t4 ,i1 p4 #ahg4 ,note #ajd3 ,cette lutte entre ,ablard et ,roscelin est un fait contest4 ,on en donne pour preuve une lettre dans laquelle un thologien1 dsign par l'initiale ,p et qui a crit sur la ,trinit1 se plaint ,g1 vque de ,paris1 des attaques d'un vieux dialecticien hrtique qui ne parat autre que ,roscelin1 et demande tre jug contradictoirement avec lui 7,ab4 ,op4 pars ,,ii1 cp4 ,,xxi1 p4 #ccd74 ,mais on ne peut dmontrer que cette lettre soit d',ablard1 qui l'aurait crite vers #aabj ou #aaba2 on ne sait pas si ,roscelin vivait encore quand parut l'ouvrage sur la ,trinit2 enfin on ajoute que converti alors1 ,roscelin qui vivait pieusement en ,aquitaine vers #aajc1 n'aurait pu provoquer ou mriter ,paris les attaques que l'auteur de la lettre dirige contre lui4 ,on veut donc qu'elle soit d'un thologien inconnu ,p qui aurait poursuivi ,roscelin1 lors de ses dmls avec saint ,anselme au sujet de la ,trinit2 revenant d',angleterre vers #a,o#hg1 ,roscelin trouvant cet ouvrage1 l'aurait dnonc l'vque ,g 7,guillaume7 auprs duquel ,p se serait dfendu son tour4 ,on peut rpondre que la date de la mort de ,roscelin est ignore2 que la lettre de ,p peut tre de ,petrus1 nom donn sans cesse ,ablard1 et adresse ,girbert1 vque de ,paris de #aaag #aabd4 ,l'auteur da la lettre se dit auteur d'un ,opuscule sur la ,trinit1 ,opusculo nostro de fide ,trinitatis1 et ,ablard1 en parlant de son ,introduction1 se sert ailleurs du mme mot 7,comm4 in ,rom41 p4 #eac74 ,la lettre1 lui attribue par d',amboise et ,duchesne1 cote sous son nom dans le manuscrit1 respire une irritabilit intolrante1 un des traits de son caractre4 ,il a bien pu se montrer mprisant et offens l'gard de ,roscelin mme converti1 et ,roscelin1 quand ce serait lui dont la pit en #aajc difiait l',aquitaine1 avait bien pu se montrer malveillant ou injuste envers le novateur ,ablard4 7,cf4 ,g4 ,dubois1 ,histor4 ,eccles4 paris41 t4 ,i1 #a4 ,,xi1 c4 ,,ii1 p4 #gji4--;,hist4 litt41 t4 ,,viii1 p4 #dfd2 t4 ,,ix1 p4 #cfb2 t4 ,,xii1 p4 #aaa4--,malteac1 ,chron4 in ,bibl4 nov4 mss4 ,p4 ,labbaei1 t4 ,,ii1 p4 #bag47 ,s'il est vrai qu'il ait insr quelque ombre d'hrsie dans ses crits sur la ,trinit1 il invoque les athltes du ,seigneur et les dfenseurs de la foi2 qu'un jour soit pris1 un lieu dsign1 et que des juges choisis prononcent et punissent ou le calomniateur ou l'hrtique4 ,pour lui1 il remercie le ciel d'avoir combattre pour la foi1 et d'tre en butte aux traits d'un homme qui n'a jamais eu d'inimiti que contre les gens de bien1 de celui qui a os attaquer dans une ptre le hraut du ,christ1 ,robert d',arbrissel1 et se rpandre en outrages contre ce magnifique docteur de l'glise1 ,anselme1 archevque de ,cantorbery#aje1 d'un homme dont l'indocilit mrita que le roi d',angleterre le bannt de son royaume1 et qui n'a pas sans peine sauv sa vie par la fuite4 ,et c'est cet homme dshonor qui veut tendre d'autres son infamie6 ,cet homme1 proscrit de deux royaumes1 fustig1 dit-on1 par les chanoines dans l'glise de ,saint-,martin1 dont il est chanoine aussi pour la honte du sanctuaire1 cet homme que sa vie et sa foi dnoncent assez1 ,ablard ne le nommera pas4 ,c'est ce faux dialecticien et ce faux chrtien qui ayant prtendu qu'aucune chose n'a de parties1 a t contraint d'admettre que lorsque le ,seigneur mangea1 comme le dit saint ,luc1 un morceau de poisson rti1 ce qu'il mangea fut une partie du mot de poisson rti4 ,or1 est-il trange que celui qui a lev la tte contre le ciel1 extravague sur la terre1 et veuille perdre les autres aprs s'tre perdu#ajf8 ,note #aje3 ,egregium illum praeconem ,christi444 magnificum ,ecclesiae doctorem4 ,les deux personnages sont bien caractriss4 ,robert d',arbrissel fut un prdicateur1 une sorte de missionnaire plus clbre par la pit que par le talent4 ,on lui dut plusieurs fondations1 entre autres celle de ,fontevrault4 ,on ne sait pas dans quelle occasion il fut attaqu par ,roscelin4 ,c'est tort qu'on a essay d'attribuer ce dernier1 soit la lettre de ,godefroi1 abb de ,vendme1 soit celle de ,marbode1 dans lesquelles des conseils la fois charitables et svres sont adresss ,robert d',arbrissel4 ,les auteurs de l',histoire littraire ne me paraissent laisser subsister aucun doute cet gard4 ,quant aux attaques de ,roscelin contre saint ,anselme1 elles sont fort connues1 et elles contriburent le faire chasser de l',angleterre o il s'tait rfugi aprs avoir t chass de ,france4 7,journal des ,savants1 ann4 #afhb1 p4 #aia4--;,hist4 litt41 t4 ,,ix1 p4 #cfd2 t4 ,x1 p4 #cei47 ,note #ajf3 ,tel est l'extrait de la lettre intitule ,g4 ,dei gratia parisiacae sedis piscopo unaque venerabili ejusdem ecclesiae clero ,p4 7,pars ,,ii1 cp4 ,,xxi1 p4 #ccd47 ,plusieurs dtails font reconnatre ,roscelin4 ,le sarcasme sur le morceau de poisson rti 7partem piscis assi1 ,luc4 ,,xxiv1 #db7 est une allusion la doctrine qui refusait l'existence relle aux parties du tout comme aux qualits de la substance1 d'o il rsultait que les qualits et les parties n'taient que des mots4 ,au reste1 dans ce systme pris au sens le plus absolu1 ce n'est pas le poisson qui et t un mot1 mais la partie seulement4 7,ouvr4 ind41 ,intr41 p4 xc4 ,dial41 p4 #dga47 ,quant la flagellation de ,roscelin1 elle n'est1 que je sache1 rapporte nulle part4 ,avant de quitter la ,france1 sous le coup de la sentence du concile de ,soissons1 ,roscelin est dsign constamment comme matre et chanoine de ,compigne1 o il n'y avait pas de chapitre de ,saint-,martin4 ,les auteurs de l',histoire littraire ne voient pas de difficult croire que1 rentr en ,france1 il fut chanoine de ,saint-,martin ,tours2 mais ils ne citent ni ce passage ni aucune autorit1 car ,duboulai qu'ils nomment n'en parle pas4 7,hist4 litt41 t4 ,,ix1 p4 #cja74--;,hist4 ,univ4 paris41 t4 ,i1 p4 #ddc1 #dhe1 #dic1 #fci4 ,c'est dans ces termes1 o se trahit peut-tre plus de colre que de mpris1 qu',ablard livrait son ennemi l'excration de l'glise1 oubliant trop sans doute qu'au temps o il vivait les mmes anathmes attendaient quiconque avait innov dans la dialectique et par elle dans la thologie1 et que le glaive sacr tait dj lev sur la tte du contempteur de ,roscelin1 tmraire vainqueur de ,guillaume de ,champeaux et d',anselme de ,laon4 ,rien n'tait fort craindre1 en effet1 dans cet effort dsespr d'un auteur de systme qui1 se sentant menac de l'oubli1 voulait envelopper dans une communaut d'hrsie et de disgrce celui qu'il n'avait pu annuler ou traner sa suite4 ,malgr cette dnonciation odieuse1 repousse avec une violence qui ne le semble gure moins1 ce n'tait pas le proscrit ,roscelin que devait redouter ,ablard2 mais les anciens sectateurs du ralisme1 mais les amis de ,guillaume et d',anselme morts sans vengeance#ajg2 mais quelques disciples fidles leur mmoire et bienvenus auprs des princes de l'glise2 mais cet ,albric et ce ,lotulfe dont il avait rencontr de bonne heure l'opposition vigilante1 et qui voulaient dominer leur tour et recueillir tout l'hritage de leurs matres2 voil ceux dont l'inimiti devait lui faire prouver cruellement sa puissance4 ,note #ajg3 ,c'est ,ablard qui dit positivement qu'ils taient morts celle poque 7cp4 ,i1 p4 #bj71 et comme le concile de ,soissons eut bien certainement lieu en #aaba1 cela fortifie l'opinion qui place avant cette anne la mort de ,guillaume de ,champeaux4 7,voyez la note #b de la page #bi47 ,quant ,anselme1 il tait mort en #aaaf4 ,albric et ,lotulfe gouvernaient les coles de ,reims2 le premier1 archidiacre de la cathdrale1 prieur de ,saint-,sixte1 et qui avait t un moment dsign1 avec l'appui de saint ,bernard1 pour succder ,guillaume de ,champeaux dans l'vch de ,chlons#ajh1 jouissait d'un grand crdit auprs de ,raoul dit le ,vert1 son archevque#aji4 ,pouss par les instances rptes des deux professeurs1 ce prlat s'entendit avec ,conan1 vque de ,palestrine1 qui remplissait alors dans les ,gaules les fonctions de lgat du saint-sige#aaj1 pour convoquer1 sous le nom de concile ou synode provincial1 un conventicule ,soissons1 ville dj signale par la condamnation de ,roscelin en #ajib4 ,ablard y fut appel1 on lui dit d'apporter son clbre ouvrage1 opus clarum4 ,on l'accusait d'avoir1 comme ,roscelin1 appliqu les principes du nominalisme au dogme de la ,trinit4 ,il se rendit l'appel et parut accepter le jugement4 ,note #ajh3 ,saint ,bernard fit de vains efforts auprs du pape ,honor ,,ii pour obtenir qu'il approuvt l'lection d',albric au sige de ,reims4 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,xiii47 ,je dois cependant ajouter que la plupart des auteurs pensent que ce n'est pas aprs ,guillaume de ,champeaux 7#aaai ou #aaba71 mais aprs ,ebal1 son successeur 7#aabf71 qu',albric faillit devenir vque de ,chlons4 ,note #aji3 ,radulfus nomine1 ,viridis cognomine4 ,ablard et plusieurs crivains l'appellent ,rodulfus1 et d'autres ,radulfus1 que l'on traduit ordinairement par ,raoul4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #bj2 ,not4 p4 #aafd4--;,g4 ,marlot1 ,metrop4 remens4 ,hist41 t4 ,,ii1 ,i4 ,,ii1 c4 ,,xxxi1 p4 #bdd et #bge4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,ix1 p4 #hj47 ,note #aaj3 ,conan1 ,conon ou ,conus1 vque de ,palestrine ou ,prneste1 lgat du pape ,paschal ,,ii en ,france1 y prit part plusieurs conciles4 ,en #aabj1 il tait lgat du pape ,calixte ,,ii1 et tint un nouveau concile ,beauvais4 7,ab4 ,op2 ,not41 p4 #aaff47 ,soissons tait une ville de la province ecclsiastique de ,reims#aaa4 ,l'archevque ,raoul y avait convoqu ses suffragants1 et quelques membres considrables du clerg1 parmi lesquels on distinguait ,geoffroi ,,ii1 vque de ,chartres4 ,le droit de juridiction sur ,ablard n'tait rien moins qu'tabli4 ,comme moine de ,saint-,denis1 il relevait de l'vque de ,paris1 dont le mtropolitain tait ,sens4 ,tout au plus pouvait-on dire que le lieu o il avait enseign se trouvait dans une partie du territoire de ,champagne1 dpendante de la province de ,reims4 ,mais il n'leva aucune difficult2 il tait loin de se refuser aux preuves et aux discussions publiques1 et il les avait en quelque sorte demandes#aab4 ,note #aaa3 ,province de ,reims ou ,belgique seconde4 ,les suffragants de l'archevque de ,reims1 en #aaba1 taient probablement les vques de ,soissons1 d',arras1 de ,laon1 de ,beauvais1 de ,chlons1 de ,noyon1 d',amiens1 de ,senlis et de ,trouenne4 ,on ignore quels sont ceux de ces prlats qui assistrent au concile4 ,il y en eut sans doute trs-peu2 on verra plus bas que l'assemble n'tait pas nombreuse4 ,la prsence de ,lisiard de ,crespy1 vque de ,soissons1 est seule atteste4 7,gall4 ,christ41 t4 ,,ix1 passim47 ,note #aab3 ,mais cette demande tait adresse l'vque de ,paris4 ,voyez ci-dessus p4 #ha1 et dans les ,oeuvres1 p4 #ccd4 ,quant la comptence1 rsultant du lieu o l'enseignement avait t donn1 je ne l'indique que comme une hypothse4 ,lorsqu'il arriva ,soissons 7#aaba71 il trouva le clerg et le peuple mal disposs pour lui4 ,on avait rpandu les bruits les plus fcheux2 il passait pour avoir crit et prch qu'il y avait trois ,dieux1 en sorte que1 dans les premiers jours1 quelques-uns de ses disciples faillirent tre lapids par le peuple#aac4 ,c'tait assurment une situation toute neuve pour ,ablard4 ,note #aac3 ,le peuple de ,soissons tait fanatique4 ,peu d'annes auparavant1 il avait brl de son propre mouvement un homme souponn de manichisme4 7,le ,p4 ,longueval1 ,hist4 de l'glise gall41 t4 ,,viii1 l4 ,,xxiv1 p4 #dad47 ,il alla d'abord droit au lgat1 et lui remit son livre1 dfrant d'avance au jugement de cet vque1 et dclarant que1 s'il avait rien mis qui s'loignt de la foi catholique1 il tait prt le corriger et donner toute satisfaction1 dclaration qui se lisait dj dans l'ouvrage mme#aad4 ,le lgat embarrass le lui rendit1 en lui disant de le porter l'archevque et ses conseillers1 accusateurs devenus juges4 ,l'ordre fut excut2 mais les nouveaux censeurs regardrent1 feuilletrent le manuscrit sans y rien trouver reprendre1 du moins en prsence de l'auteur1 et ils renvoyrent le jugement la fin du concile4 ,avant mme qu'il ne s'ouvrt1 ,ablard s'tait efforc de se ressaisir du public4 ,partout et devant tous1 il dveloppait chaque jour la pense de son ouvrage1 il exposait sa foi1 il rendait le dogme intelligible1 dmonstratif1 et commenait retrouver des admirateurs4 ,on remarqua bientt dans la ville cette singularit d'un accus qui parle haut et d'un accusateur qui se tait4 ,quoi1 disait-on1 il harangue le public1 et on ne lui rpond pas6 ,le concile touche son terme1 un concile runi principalement cause de lui2 et de lui il n'est pas question6 ,est-ce que les jugea auraient reconnu que l'erreur tait de leur ct8 ,ces propos et d'autres semblables ne faisaient qu'animer de plus en plus l'ardeur de la poursuite2 une condamnation devenait chaque instant plus ncessaire4 ,note #aad3 ,intruct4 ad ,theol41 prolog41 p4 #igd4 ,un jour1 ,albric1 accompagn de quelques-uns des siens1 s'approche d',ablard1 et voulant apparemment l'embarrasser1 aprs quelques mots flatteurs1 il lui dit qu'il s'tonnait d'une chose qu'il avait note dans son ouvrage2 savoir que ,dieu ayant engendr ,dieu1 et ,dieu tant unique1 ,dieu cependant ne s'tait pas engendr lui-mme4 ,si vous voulez1 rpondit ,ablard1 je vous en donnerai la raison4--,nous faisons peu de compte1 reprit ,albric1 des raisons humaines1 ainsi que de notre propre sens en pareilles matires2 nous demandons les paroles de l'autorit4--,tournez le feuillet1 dit ,ablard1 et vous trouverez l'autorit4 ,et lui1 prenant des mains le livre qu',albric avait apport1 il chercha le passage qn',albric n'avait pas vu ou compris1 n'ayant qu'une pense1 celle de trouver un adversaire en faute4 ,le bonheur voulut ou ,dieu permit que le passage se prsentt aussitt4 ,la citation portait3 ,saint ,augustin1 de la ,trinit1 livre ,i4--,celui qui croit qu'il est de la puissance de ,dieu de s'tre engendr lui-mme1 erre d'autant plus que non-seulement ,dieu n'est point dans ce cas1 mais pas plus que lui aucune crature spirituelle ou corporelle4 ,il n'est absolument aucune chose qui s'engendre elle-mme#aae4 ,note #aae3 ,voil une preuve que l'ouvrage jug ,soissons est l',introduction la ,thologie2 on y trouve le passage repris par ,albric1 et la citation de saint ,augustin qu'invoque ,ablard pour lui rpondre4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #ba2 ,introd41 l4 ,,ii1 p4 #ajff4--,saint ,augustin1 ,op4 omn41 ,de ,trin41 l4 ,i1 c4 ,i1 t4 ,,viii1 p4 #gdi2 dit4 de #aggi47 ,les disciples d',albric qui taient prsents furent surpris et confus4 ,leur matre1 pour essayer de se dfendre1 dit tout hasard3 ,mais il faut bien l'entendre4--,la belle nouvelle1 reprit sur-le-champ ,ablard2 mais vous demandiez un texte1 et non pas le sens4 ,si vous voulez le sens et la raison1 je suis prt vous montrer qu'avec l'autre opinion1 vous tombez dans l'hrsie qui veut que le ,pre soit son propre fils4 ,a ces mots1 ,albric en colre rpondit par des menaces1 et lui dit que1 dans cette affaire1 ni les autorits ni les raisons ne seraient pour lui1 et il s'loigna4 ,ablard qui raconte cette anecdote n'ajoute pas que1 dans le passage en question1 c'tait prcisment une opinion d',albric lui-mme qu'il attaquait en passant1 l'attribuant1 sans prononcer aucun nom1 un matre en thologie qui occupait en ,france une chaire de pestilence#aaf4 ,albric qui s'tait reconnu1 sans en convenir1 avait d naturellement trouver dans cet endroit la plus grosse hrsie du livre4 ,note #aaf3 ,magistros divinorum librorum qui nunc maxime circa nos pestilentae cathedras tenent4444 quorum unus in ,francia4 7,ab4 ,op41 loc4 cit47 ,je suis ici l'opinion de ,mabillon4 7,saint ,bern41 ep4 ,,xiii1 in not47 ,le dernier jour du concile arriva1 et avant la sance1 le lgat mit en dlibration avec l'archevque et quelques-uns des meneurs ce qu'on devait faire de l'accus et de son livre4 ,ils avaient l'un et l'autre sous la main1 ils taient l pour les juger1 et ils paraissaient n'avoir rien dire4 videmment1 on reculait devant une discussion publique1 et soit faiblesse ou calcul1 soit dfiance de la cause ou crainte de l'ascendant si connu d',ablard1 on avait ainsi tout retard1 dbat et jugement1 les uns voulant chapper la ncessit d'une telle preuve1 les autres prvoyant qu'au dernier moment tout deviendrait plus facile et que le coup pourrait tre brusquement et silencieusement port4 ,mais ,ablard avait un parti dans le clerg2 les dignits ecclsiastiques taient dj le partage de quelques-uns de ses lves4 ,dans cette confrence dcisive1 ,geoffroi de ,lves1 vque de ,chartres1 le premier par sa pit et par la dignit de son sige#aag1 profita de l'embarras visible des assistants pour les exhorter la modration4 ,il rappela d'abord la situation d',ablard1 la supriorit de ses talents1 ses succs dans tous les enseignements1 le nombre de ses sectateurs1 l'tendue de son influence1 de cette vigne qui projetait ses pampres jusqu' la mer4 ,il ajouta que si l'on voulait le condamner par une dcision en quelque sorte prjudicielle et le frapper sans dbat1 il tait craindre qu'en indisposant beaucoup de monde on ne suscitt aussitt un grand parti pour sa dfense1 d'autant que rien dans ses crits ne donnait ouvertement accs la censure2 qu'une telle violence ajouterait la faveur publique1 et serait attribue l'envie plus qu' la justice2 que si1 au contraire1 on voulait procder canoniquement1 il fallait produire dans l'assemble un crit ou un dogme incontestablement de lui1 l'interroger1 et le laisser librement rpondre1 afin qu'aprs aveu ou conviction1 il ft rduit au silence2 suivant cette parole de ,nicodme1 lorsqu'il voulut sauver ,notre-,seigneur3 ,est-ce que notre loi condamne un homme1 s'il n'a pas t ou auparavant1 et sans qu'on sache ce qu'il a fait8 7,jean1 ,,vii1 #ea47 ,note #aag3 ,geoffroi ,,ii1 successeur d',ives dans l'vch de ,chartres1 tait de race noble1 et son sige a t longtemps le premier de la province de ,sens4 ,le sige de ,paris n'tait alors que le troisime4 ,on n'explique pas comment1 tant de la province de ,sons1 il assistait un concile tenu par les vques de celle de ,reims4 ,il joua pendant toute sa vie un grand rle dans les affaires du clerg1 et nous le verrons reparatre plus d'une fois4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #bb4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,viii1 p4 #aacd et suiv4--,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #hb47 ,cet avis fut accueilli par des murmures1 et quelques-uns s'crirent ironiquement que le conseil tait bien sage d'aller lutter de faconde avec un homme aux arguments et aux sophismes duquel l'univers n'aurait su comment rsister4 ,geoffroi se contenta de remarquer qu'il tait encore plus difficile de disputer avec le ,christ1 lequel pourtant ,nicodme voulait qu'on coutt par respect pour la loi4 ,puis essayant de les ramener par une autre voie et d'obtenir l'ajournement d'une dcision qui rclamait un examen plus mr et une assemble plus nombreuse1 il demanda qu',ablard ft reconduit ,saint-,denis par son abb qui tait prsent1 et que l'on y convoqut une runion considrable et des plus savants hommes1 pour examiner plus attentivement ce qu'il y avait faire4 ,ce dernier avis obtint l'assentiment du lgat1 et tous les autres parurent s'y rendre4 ,dans les cas pineux1 l'ajournement gagne aisment la faveur d'une assemble4 ,conan se leva pour aller dire sa messe1 avant d'entrer au concile1 et il fit prvenir ,ablard par l'vque de ,chartres de la permission qui lui serait accorde de retourner dans son monastre1 pour y attendre ce qui avait t convenu4 ,mais alors les plus acharns ou les plus rigoureux1 voyant bien qu'il n'y avait rien de fait1 si l'affaire devait se traiter hors du diocse et l o leur crdit ne s'tendait pas1 persuadrent l'archevque qu'il serait ignominieux pour lui que la cause ft renvoye un autre tribunal1 et qu'il fallait craindre que l'accus n'chappt4 ,on revint donc au lgat1 on le pressa de changer d'avis1 et on l'amena1 malgr lui1 consentir que la doctrine ft condamne sans dbat contradictoire1 le livre brl en prsence de tous1 et l'auteur renferm perptuit dans un nouveau couvent4 ,on lui persuada que1 pour fonder la condamnation1 il suffisait que sans l'autorisation ni du souverain pontife1 ni de l'glise1 l'ouvrage et t lu dans un cours public et livr par l'auteur lui-mme plusieurs pour le transcrire2 on ajouta enfin qu'un tel exemple servirait la religion en prvenant l'avenir le retour de semblables tmrits4 ,le lgat1 ce qu'il parat1 tait peu instruit2 il s'appuyait beaucoup sur les conseils de l'archevque de ,reims1 qui lui-mme tait conduit par ,albric1 ,lotulfe et leurs amis4 ,l'vque de ,chartres jugea que l'on ne pourrait empcher l'excution de ce plan1 et avertissant ,ablard1 il l'engagea tout supporter1 et n'opposer qu'une douceur exemplaire une violence qui nuirait plus ses ennemis qu' lui4 ,quant sa rclusion dans un monastre1 il lui dit de ne point s'en inquiter et que le lgat qui dans tout cela agissait contre-coeur1 lui ferait certainement1 quelques jours aprs la dissolution du concile1 rendre la libert4 ,ablard pleurait en l'coutant1 et ,geoffroi pleurait avec lui4 ,la pense a beau mpriser la force2 quand la force l'opprime en la faisant taire1 c'est un martyre sans consolation4 ,la consolation ou la vengeance de la pense1 c'est la parole4 ,ablard fut appel2 il parut devant le concile4 ,on l'accusait vaguement de l'hrsie de ,sabellius1 c'est--dire d'avoir ni ou affaibli la ralit des trois personnes de la ,trinit#aah4 ,jug sans discussion1 convaincu sans examen1 on le fora de jeter de sa propre main son livre dans les flammes4 ,il le regardait tristement brler1 lorsqu'au milieu du silence apparent des juges1 un des plus hostiles dit demi-voix qu'il y avait lu en quelque endroit que ,dieu le pre tait seul tout-puissant2 ce que le lgat ayant entendu1 il lui dit1 avec grand tonnement1 qu'il ne le pouvait croire4 ,mme chez un petit enfant1 ajouta-t-il1 une si grosse erreur serait inconcevable1 quand la foi universelle tient et professe qu'il y a trois tout-puissants4 ,a ce mot1 un matre des coles1 qui se nommait ,terric#aai1 se prit sourire1 et lui souffla aussitt ces paroles d',athanase dans son symbole3 ,et pourtant il n'y a pas trois tout-puissants1 mais un seul tout-puissant#abj4 ,et comme son vque1 qui l'avait entendu1 lui reprochait cette inconvenance l'gal d'un propos contre la majest divine1 ,terric tint bon intrpidement en citant les paroles de ,daniel3 ,ainsi1 fils insenss d',isral1 sans juger et sans connatre la vrit1 vous avez condamn un de vos frres3 retournez au jugement 7,,xiii1 #dh et #di71 et jugez le juge lui-mme1 car celui qui devait juger s'est condamn par sa propre bouche4 ,alors l'archevque1 se levant1 justifia comme il put1 en changeant les termes1 la pense du lgat2 et1 se laissant aller la controverse1 il tablit qu'effectivement le ,pre tait tout-puissant1 le ,fils1 tout-puissant1 le ,saint-,esprit1 tout-puissant1 et que celui qui sortait de l ne devait pas mme tre cout2 que si d'ailleurs on y tenait1 on pouvait permettre au frre#aba d'exposer sa foi en prsence de tous1 afin qu'on pt l'approuver ou l'improuver1 et finalement prononcer4 ,cette concession1 arrache par l'embarras du moment1 pouvait changer la face de l'affaire1 et dj ,ablard1 debout1 se disposait se dfendre2 heureux de professer et de dvelopper sa foi1 il reprenait l'espoir et le courage2 le souvenir de saint ,paul devant l'aropage ou devant le conseil des ,juifs1 lui traversait l'esprit2 il allait parler1 tout tait sauv1 lorsque ses adversaires1 prompts parer le coup1 s'crirent qu'il n'tait besoin que de lui faire rciter le symbole d',athanase#abb1 et1 comme il aurait pu dire1 pour gagner du temps1 qu'il ne le savait point par coeur1 ils lui mirent l'instant sous les yeux le livre tout ouvert4 ,ablard laissa retomber sa tte1 il soupira1 et1 d'une voix sanglotante1 il lut ce qu'il put lire4 ,on le remit aussitt1 comme un accus convaincu1 l'abb de ,saint-,mdard qui tait prsent1 et qui le conduisit en prisonnier dans son couvent4 ,le concile se spara sur-le-champ4 ,note #aah3 ,lui-mme raconte en deuil l'histoire du synode de ,soissons 7ep4 ,i1 p4 #bj-be72 mais il ne fait pas connatre l'objet prcis de l'accusation4 ,c'est ,othon de ,frisingen qui dit qu'il fut reconnu sabellien1 pour avoir rduit les personnes de la ,trinit des mots par l'application du nominalisme1 qui1 remarquez-le1 avait servi motiver contre ,roscelin1 trente ans auparavant1 l'accusation de trithisme4 7,oth4 ,frising4 ,de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii47 ,voyez sur cette accusation dans le l4 ,,iii1 le c4 ,v4 ,au reste1 les mmes textes servirent plus tard fonder1 ,sens1 contre ,ablard1 une accusation inverse de celle de ,soissons4 ,note #aai3 ,d4 ,brial est port croire que ce ,terric ou ,terrique est le mme qu'un certain ,thierry1 dialecticien breton assez habile1 et penseur assez hardi1 dont parlent ,othon de ,frisingen et ,jean de ,salisbury4 7,de ,gest4 ,frid41 l4#a1 c4 ,,xlvii4--,saresb4 ,metalog41 l4 ,i1 c4 ,v1 et l4 ,,ii1 c4 ,x4--,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #cgg47 ,note #abj3 ,la rponse tait topique1 mais au fond elle donnait encore prise la controverse1 et les scolastiques ont beaucoup disput sur ce passage du symbole d',athanase4 ,pierre d',ailly le trouva contradictoire1 car puisqu'il est dit plus bas que les trois sont gaux entre eux et coternels1 il faut bien qu'il soit tous les trois1 immenses1 tout-puissants1 etc4 ,saint ,thomas convient qu'ils le sont tous les trois1 mais non qu'ils soient trois immenses1 trois tout-puissants4 7,le ,p4 ,petan1 ,dogmat4 theolog41 t4 ,,ii1 l4 ,,viii1 ,,cix1 p4 #efb2 dit4 de ,paris1 #ahdd47 ,note #aba3 ,frater ille4 7,ab4 ,op41 p4 #bd47 ,note #abb3 ,tout le monde sait ce que c'est que le symbole dit de saint ,athanase1 quoiqu'il ne soit pas de lui4 ,c'est le symbole qu'on rcite le dimanche primes et qui est appel pour cette raison le symbole de primes2 on le nomme aussi la symbole ,quicumque1 parce qu'il commence par ce mot4 ,ablard a fait un commentaire sur ce symbole4 7,op41 pars ,,ii1 p4 #cha47 ,ce couvent avait t fond auprs de ,soissons1 sur la rive droite de l',aisne1 par le roi ,clotaire ,i4 ,la mission des moines tait de desservir l'glise o les restes de ce prince furent longtemps dposs prs de ceux de saint ,mdard1 premier vque de ,noyon1 aptre de ces contres4 ,c'tait un monastre considrable et respect1 investi de grands privilges4 ,l'abb qui se nommait ,geoffroi#abc et qui tait un homme instruit et distingu1 traita son captif ou plutt son hte avec de grands gards2 et les moines1 esprant le garder longtemps1 l'accueillirent avec beaucoup d'empressement1 et s'efforcrent de le consoler par mille soins2 mais nulle consolation n'tait possible4 ,rien au monde ne pouvait rendre au triste ,ablard ce qui venait de lui chapper4 ,la dernire1 la plus puissante et la plus vieille de ses illusions tait vanouie3 un pouvoir s'tait rencontr qui ne pliait pas devant lui4 ,la vrit et l'loquence avaient t vaincues dans sa personne1 et l'ascendant de son gnie tait mconnu4 ,pour la premire fois1 il sentait sa faiblesse et presque son dclin4 ,on ne peut peindre son dsespoir4 ,passant de l'abattement la fureur1 il accusait ,dieu mme qui l'avait abandonn1 ou1 cachant dans ses mains son front baign de larmes1 il se disait que ses souffrances et ses affronts passs taient peu de chose auprs de ce qu'il prouvait4 ,jadis1 au moins1 il tait coupable1 et il avait en quelque sorte mrit son malheur2 mais aujourd'hui1 c'tait ses yeux une foi sincre1 un amour dsintress du vrai qui faisait de lui le plus malheureux des mortels4 ,qu'allait-il devenir8 on avait cette fois attent sur sa gloire4 ,note #abc3 ,geoffroi1 surnomm ,cou de ,cerf1 ancien abb de ,saint-,thierry1 abb de ,saint-,mdard en #aabj1 vque de ,chlons en #aaca1 et qui mourut en #aadi4 ,on a de lui des lettres et quelques crits4 7,voyez son article dans l',histoire littraire1 t4 ,,xiii1 p4 #ahe4--;,annal4 ,bened41 t4 ,,vi1 l4 ,,lxxv1 p4 #aij2 ,append4 p4 #fci4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,ix1 p4 #ahf et #dae47 ,la manire dont le procs fut conduit prouve1 en effet1 qu'une justice claire ne guidait point ses juges1 et les oprations du concile ont quelques-uns des caractres de la perscution#abd4 ,la haine et l'envie avaient depuis longtemps une revanche prendre1 et elles se plurent employer comme instruments la sincrit ignorante1 la pit craintive1 et surtout cette intolrance de si bonne foi que le pouvoir ecclsiastique regarde naturellement comme un devoir1 en prsence de ce qui agite les consciences et peut troubler l'unit silencieuse de la croyance commune4 ,la lutte directe parat s'tre engage entre l'esprit dans son audace et la mdiocrit dans sa prudence1 et ce fut l'esprit qui succomba4 ,cependant il n'est pas aussi vrai que se l'imaginait ,ablard que la malveillance seule pt trouver redire ses ouvrages1 et que la foi1 mme claire1 surtout claire1 n'en dt concevoir aucun ombrage4 ,si la parole lui avait t accorde1 quoi qu'il et pu dire1 et moins qu'il n'et dnatur sa doctrine1 il ne l'aurait point sauve d'une consquence prilleuse1 savoir que trois des attributs gnraux de la divinit tant assigns1 chacun spcialement et comme une proprit distinctive1 une personne diffrente de la ,trinit1 cette distribution tait entirement insignifiante1 ou dpouillait chacune des trois personnes de deux de ces trois attributs galement ncessaires1 galement divins4 ,dans le premier cas1 l'unit absorbait les trois personnes et faisait vanouir la ,trinit2 dans le second1 la ,trinit1 s'exagrant elle-mme1 brisait l'unit et se produisait sous la forme du trithisme3 voil pour l'erreur actuelle4 ,quant l'erreur qu'on pourrait nommer virtuelle et qui menaait surtout l'avenir1 la voici3 dans la mthode1 dans le langage1 dans cette intention de raisonner la foi1 de dmontrer le mystre et d'assimiler la religion la philosophie1 se dvoilait videmment le rationalisme chrtien1 origine possible du rationalisme philosophique#abe4 ,mais comme assurment ces consquences n'taient pas distinctement dans l'esprit d',ablard1 comme elles taient compenses par des assertions contradictoires et d'une clatante orthodoxie1 rachetes par la volont sincre de ne point s'carter de l'unit1 le crime de l'hrsie ne pouvait un moment lui tre imput4 ,le livre tait dangereux peut-tre1 mais l'auteur innocent2 et le jugement du concile1 que ne condamne pas absolument la logique1 demeure une iniquit4 ,note #abd3 ,le concile a t blm par des autorits non suspectes1 comme l'historien d',argentr1 ,dubouloi1 ,crevier1 le ,p4 ,richard et d'autres2 nous n'ajouterons pas ,d4 ,gervaise1 devenu suspect force d'engouement pour ,ablard4 ,les crivains qui s'attachent justifier le concile de ,sens semblent passer condamnation sur celui de ,soissons4 ,au reste1 les actes de l'un comme de l'autre n'ont pas t conservs1 et l'assemble de #aaba ne nous est gure connue que par le rcit d',ablard1 un passage d',othon de ,frisingen et quelques mots de saint ,bernard et d'un de ses secrtaires4 7,act4 concil41 t4 ,,vi1 para ,,ii1 p4 #aajc4--,phil4 ,labbaei ,concil4 hist4 synops4--,anal4 des conc41 par le ,p4 ,richard1 t4 ,v1 suppl4--#ajth4 ,fris4 ,de ,gest4 ,frid4 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4--,saint ,bern4 ,op41 ep4 ,,cccxxxi4--,gaufred4 mon4 ,clar41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cha4--;,cf4 ,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #adi47 ,note #abe3 ,abailard est orthodoxe1 dit ,mme ,guizot1 il ne veut pas cesser de l'tre2 une conviction pralable dtermine le but auquel il veut arriver1 et l'examen n'est pour lui qu'une manire de s'exercer dans un cercle dont il est dtermin ne pas sortir1 travail ncessaire d'un esprit qui marche sans avancer et enfante des nouveauts qui ne sont pas des progrs4 ,abailard1 en religion comme en philosophie1 a donn le mouvement et non les rsultats4 ,plusieurs fois accus d'hrsie1 il n'a point laiss de secte1 et mme en philosophie1 la hardiesse des principes qu'il nonce quelquefois est demeure sans consquence1 parce que lui-mme n'a pas os les avouer ou les reconnatre4 ,cependant il en avait assez fait et pour ses partisans et pour ses ennemis4 7,essai sur la vie et les crits d',abailard et d',hlose1 p4 #cgb47 ,il ne faut donc pas s'tonner si ,ablard1 plus dsol que convaincu1 retrouva bientt dans le couvent qui lui servait comme de prison cette impatience du joug et ce besoin de rsistance polmique qui entranait son esprit plus loin que son caractre n'osait aller4 ,bien qu'il se loue de l'accueil qu'il reut ,saint-,mdard1 il dut y rencontrer1 non sans quelque importunit1 ce mme ,gosvin1 que nous1 avons vu sur la montagne ,sainte-,genevive lui chercher une querelle scolastique4 ,celui-ci tait venu l1 d'accord1 dit-on1 avec l'abb ,geoffroi1 pour travailler1 en qualit de prieur1 la rforme des abus et au rtablissement des tudes4#abf ,dj sous les murs de ,soissons mme1 il avait t employ une oeuvre semblable dans le monastre de ,saint-,crpin2 c'est pour cela qu'il tait sorti d',anchin o il avait fait profession4 ,quoiqu'il penst peut-tre1 ainsi que son biographe dvou1 qu',ablard n'avait t conduit ,saint-,mdard que pour y tre li comme un rhinocros indompt1 il jugea convenable de le traiter1 l'exemple de l'abb1 dans un esprit de douceur#abg4 ,cependant1 de l'humeur que nous lui connaissons1 il ne s'abstint pas1 dans ses entretiens1 de mler ses consolations de conseils et ses conseils de leons4 ,il lui prcha la patience et la modestie1 lui dit de ne point trop s'attrister1 qu'au lieu d'tre emprisonn1 il devait se regarder comme dlivr1 n'ayant plus redouter les soucis1 les tentations1 les grandeurs du monde2 qu'il n'avait enfin qu' se conduire honntement et donner tous l'enseignement et l'exemple de l'honntet4 ,l'honntet1 l'honntet6 dit ,ablard1 qui sentait1 travers la charit du prieur1 percer l'aiguillon de la vanit du docteur1 qu'avez-vous donc me tant prcher1 conseiller1 vanter l'honntet8 ,il y a bien des gens qui dissertent sur toutes les espces d'honntet1 et qui ne sauraient pas rpondre cette question3 ,qu'est-ce que l'honntet8--,vous dites vrai1 reprit aussitt ,gosvin avec aigreur2 beaucoup de ceux qui veulent disserter sur les espces de l'honntet ignorent entirement ce que c'est2 et si dornavant vous dites ou tentez quoi que ce soit qui droge l'honntet1 vous nous trouverez sur votre chemin1 et vous prouverez que nous n'ignorons pas ce que c'est que l'honntet1 la faon dont nous poursuivons son contraire#abh4 ,a cette rponse ferme et mordante1 dit le moine historien de ,gosvin1 le rhinocros prit peur1 pavefactus rhinocerosiste2 il se montra les jours suivants plus soumis la discipline et plus craintif du fouet1 timidior flagellorum4 ,voil1 si ces paroles caractristiques sont exactes1 comment1 dans les retraites de la vie spirituelle1 le ,x,i,ie sicle traitait et instruisait les hros de la pense4 ,note #abf3 ,ex vit4 ,s4 ,gosv41 l4 ,i1 c4 ,,xviii41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4#dde4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,ix1 p4 #dae4--;,hist4 litt4 de la ,fr41 t4 ,,xii1 p4 #ahe4 ,note #abg3 ,instar rhinocerontis indomiti disciplinae coercendum ligamento4--,in spiritu lenitatis4 7,s4 ,gosv41 ibid47 ,note #abh3 ,per insectationem contrarii sui4 7,id4 ibid47 ,a peine rendu1 cependant1 le jugement du concile fut loin de rencontrer une approbation gnrale4 ,on trouva dans ses procds1 rudesse1 duret1 prcipitation4 ,l'oppression tait vidente1 le droit trs-douteux4 ,beaucoup d'ailleurs penchaient croire la vrit du ct d',ablard2 bientt ceux qui avaient sig ,soissons durent se justifier2 plusieurs repoussaient la solidarit du jugement et dsavouaient leur propre vote4 ,le lgat attribuait publiquement l'affaire ce qu'il appelait la jalousie des ,franais1 invidia ,francorum1 et tout repentant de ce qui s'tait pass1 il n'attendit pas longtemps pour faire ramener ,ablard dans son couvent#abi4 ,note #abi3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #be4 ,a ,saint-,denis1 il est vrai1 ,ablard retrouvait des ennemis4 ,on se rappelle qu'il s'tait alin les moines par d'imprudentes remontrances4 ,ceux-ci n'taient disposs ni les pardonner ni cesser de les mriter2 et une occasion ne tarda pas survenir o il faillit encore se perdre4 ,un jour1 en lisant le commentaire de ,bde le ,vnrable sur les ,actes des ,aptres1 il tomba par hasard sur un passage o il est dit que ,denis l',aropagite avait t vque de ,corinthe1 et non pas vque d',athnes4 ,cette opinion ne pouvait tre du got des moines4 ,ils tenaient ce que leur ,denis1 fondateur de l'abbaye1 et qui d'aprs le livre de ses ,gestes1 tait en effet vque d',athnes1 ft bien aussi l',aropagite1 celui que saint ,paul convertit#acj4 ,sans songer l'orage qu'il allait soulever1 ,ablard communiqua sa dcouverte quelques-uns des frres qui l'entouraient et leur montra en plaisantant le passage de ,bde4 ,les bons pres se fchrent fort1 traitrent ,bde de menteur1 et lui opposrent victorieusement le tmoignage d',hilduin1 leur abb sous ,louis le ,dbonnaire1 et qui1 pour vrifier les faits1 avait parcouru longtemps la ,grce avant d'crire les ,gestes du bienheureux ,denis4 ,la conversation se prolongeant1 ,ablard1 somm de s'expliquer1 dit qu'on ne pouvait mettre l'autorit d',hilduin en balance avec celle de ,bde1 rvr de toute l'glise latine1 et que1 sur le fond de la question1 peu importait qui des deux ,denis et fond l'abbaye1 puisque tous deux avaient obtenu la couronne cleste4 ,l'indignation fut alors gnrale2 on s'cria qu'il montrait bien qu'il avait de tout temps t l'ennemi du couvent1 et qu'il voulait aujourd'hui fltrir l'honneur1 non-seulement de ce grand tablissement religieux1 mais de tout le royaume dont l',aropagite avait toujours t le glorieux patron2 et l'on courut rendre compte l'abb du scandale dont on venait d'tre tmoin4 ,celui-ci se hta d'assembler le chapitre2 puis1 en prsence de la congrgation entire1 il menaa ,ablard d'envoyer aussitt au roi qui tirerait une rparation clatante d'une si monstrueuse offense4 ,il semblait que l'imprudent lecteur de ,bde et port la main sur la couronne4 ,il s'excusa de son mieux1 et offrit1 s'il avait manqu la discipline1 de rparer sa faute2 mais ce fut en vain1 et l'abb ordonna de le bien surveiller jusqu' ce qu'il le remt au roi4 ,note #acj3 ,act4 ,,xvii1 #cd4--;,bde le ,vnrable1 prtre anglo-saxon1 a compos1 au ,v,i,ie sicle1 sur la philosophie1 les sciences1 l'histoire ecclsiastique et l'criture sainte1 des ouvrages trs-remarquables pour son temps4 ,le passage auquel ,ablard fait allusion se trouve dans les ,expositions du ,nouveau ,testament4 7,bed4 ,ven4 ,op44 t4 ,v1 ,exp4 ,act4 ,apost41 c4 ,,xvii47 ,quant la question1 les moines de ,saint-,denis avaient tort sur un point2 on ne peut plus soutenir raisonnablement aujourd'hui que ,denis l',aropagite1 martyr du ,ier sicle1 soit le ,denis patron de la ,france1 aptre de ,paris1 et qui mourut vers le milieu du ,i,i,ie4 ,mais il y a erreur dans ,bde2 l',aropagite a bien t vque d',athnes2 et l'vque de ,corinthe1 qui n'est pas l',aropagite1 est celui qu'on vnrait en ,france et qui a donn son nom l'abbaye de ,saint-,denis4 ,pour tout accommoder1 en #abae1 ,innocent ,,iii1 sans se prononcer pour aucune opinion1 donna la royale abbaye les reliques de ,denis d',athnes1 afin qu'elle et les restes des deux saints de ce nom4 ,mais c'tait au fond dcider la question1 ou dire que les reliques jusque-l conserves ,saint-,denis n'taient pas celles de l',aropagite4 7,ab4 ,op41 p4 #be1 et ,not41 p4 #aahi4--,tillemont1 ,mm4 pour servir l'hist4 eccls41 t4 ,,ii1 p4 #acc et #gah1 et t4 ,,iv1 p4 #gaj47 ,l'hostilit de ses suprieurs et de ses frres paraissait implacable2 on dit mme que la punition monacale1 le fouet1 lui fut inflige pour avoir t de l'avis du vnrable ,bde#aca4 ,pouss bout par tant d'acharnement et de violence1 las de voir toujours ainsi la fortune le contrarier dans les moindres choses1 et le monde entier conjur contre lui1 il rsolut de sortir d'esclavage1 et1 d'accord avec quelques frres qui compatissaient ses peines1 aid de ses amis1 il s'enfuit secrtement une nuit1 et gagna la terre de ,champagne1 qui n'tait pas loigne et o se trouvait la retraite dj habite par lui quelque temps4 ,thibauld1 comte de ,champagne1 de qui il n'tait pas inconnu1 s'tait intress aux perscutions qu'il avait prouves2 et1 sous sa protection1 il demeura ,provins1 dans le prieur de ,saint-,ayoul#acb1 occup par des moines de ,saint-,pierre de ,troyes et dont le prieur tait un de ses anciens amis4 ,en mme temps1 il essaya de se rconcilier1 et il crivit l'abb de ,saint-,denis et sa congrgation une lettre que nous avons encore1 et o1 discutant la question tranche par ,bde1 il la dcide en sens inverse et conclut que le vnrable auteur s'est tromp ou que les deux ,denis ont t vques de ,corinthe#acc4 ,mais cette concession fut inutile4 ,note #aca3 ,ut fama est1 ajoute ,duboulai qui raconte ce fait4 7,hist4 ,univ4 par41 t4 ,,ii1 p4 #he47 ,note #acb3 ,saint-,ayoul est la traduction altre de ,saint-,aigulfe1 nom d'un prieur soumis l'vch de ,troyes et fond en #ajah4 7,gall4 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #ecj47 ,note #acc3 ,ab4 ,op4 pars ,,ii1 ep4 ,,ii1 ,adae dilectissimo patri suo abbati1 p4 #bbd4 ,pendant qu'il jouissait ,provins des douceurs d'une bienveillante hospitalit1 une affaire attira dans cette ville l'abb de ,saint-,denis auprs du comte de ,champagne2 ,ablard1 de son ct1 vint sur-le-champ1 avec son ami le prieur1 trouver ,thibauld1 et lui demanda d'intercder pour lui1 afin d'obtenir de son abb l'absolution et la permission de vivre suivant la rgle monastique1 partout o bon lui semblerait4 ,adam voulut en confrer avec les moines qui l'avaient accompagn et promit une rponse avant son dpart4 ,la rponse fut qu'il y allait de l'honneur de leur abbaye1 s'ils laissaient le frre indocile passer dans un autre couvent1 comme il en avait sans doute le dessein1 et qu'aprs avoir autrefois choisi leur maison pour asile1 il ne pouvait l'abandonner sans outrage4 ,puis1 n'coutant personne1 pas mme le comte1 ils menacrent le fugitif de l'excommunier1 s'il ne rentrait aussitt au bercail1 et interdirent sous toutes les formes1 au prieur qui l'avait accueilli1 de le retenir plus longtemps1 s'il ne voulait avoir sa part de l'excommunication4 ,cette rponse jeta ,ablard et son ami dans une grande anxit2 mais1 quelques jours aprs les avoir quitts1 l'abb ,adam mourut le #ai fvrier #aabbacd4 ,un autre lui succda le #aj mars suivant2 c'tait ,suger1 celui qui devait tre un jour rgent du royaume4 ,note #acd3 ,m4 ,alexandre ,lenoir donne la pierre tumulaire d',adam4 ,muse des mon4 fran41 t4 #a1 p4 #bcd1 pl4 n #eah4--;,cf4 ,gall4 ,christ41 t4 ,,vii1 p4 #cjh4 ,suger tait alors un homme tout politique1 un simple diacre employ par le roi aux plus grandes affaires1 et l'poque o il devint abb1 en ambassade ,rome auprs du pape4 ,ablard1 accompagn de l'vque de ,meaux ,burchard1 qui s'intressait lui1 se rendit auprs du nouvel abb1 ou de celui qui le supplait jusqu' son retour1 et renouvela les demandes adresses au prdcesseur4 ,la dcision se faisant attendre1 peut-tre parce qu'on attendait ,suger1 il se pourvut1 grce l'entremise de quelques amis1 par-devant le roi et son conseil4 ,il ne trouva pas que ,louis ,,vi et grand souci de la qualit d',aropagite pour le patron de la royale abbaye qui devait garder son tombeau1 et l'affaire reprit une tournure favorable4 tienne de ,garlande1 alors grand-snchal de l'htel1 se chargea de tout arranger4 ,il tait diacre aussi comme ,suger2 mais homme d'tat et homme de guerre1 il entrait peu dans les dsirs ou les convenances du clerg1 et saint ,bernard regardait l'un et l'autre ministre comme deux calamits pour l'glise#ace4 ,note #ace3 ,voyez la lettre qu'il crivit quatre ans aprs l'abb ,suger pour le fliciter sur sa conversion4 7,saint ,bern4 ,op41 ep4 ,,lxxviii47 ,ablard avait compt sur la politique du conseil du roi4 ,il croyait savoir qu'on y pensait que1 moins l'abbaye de ,saint-,denis serait rgulire1 plus elle serait soumise et temporellement utile la couronne1 peut-tre parce qu'on en tirerait plus d'argent4 ,il pouvait donc esprer qu'on se soucierait fort peu d'y retenir un censeur qui prchait la rforme1 et qu'on ne prendrait pas fort coeur les intrts de l'autorit abbatiale ni de la discipline commune4 ,cette situation exceptionnelle de religieux sans monastre qu'il ambitionnait pouvait tre assez du got de la cour1 et lui il s'accommodait fort bien de l'ide de lui devoir sa libert1 et pour ainsi dire de relever d'elle4 ,la royaut commenait devenir pour les individus la protectrice universelle2 et elle se plaisait ds lors entreprendre sur toutes les juridictions1 et suspendre1 suivant son bon plaisir1 toutes les rgles particulires4 tienne de ,garlande et ,suger s'entendirent donc aisment#acf4 ,pour que tout ft en rgle1 le ministre fit venir l'abb et son chapitre2 et il s'enquit des motifs de l'insistance qu'on avait mise retenir dans un clotre un homme malgr lui1 et fit valoir le scandale qui pourrait en rsulter1 sans qu'on en dt esprer rien d'utile1 puisqu'il y avait entre la congrgation et son censeur une vidente incompatibilit d'humeurs4 ,l'abb demanda seulement que1 pour l'honneur du monastre1 ,ablard ne cesst pas de lui appartenir1 et qu'il allt vivre dans une retraite de son choix1 sans jamais entrer dans aucune autre communaut4 ,cette condition fut accepte1 et le tout fut promis et ratifi en prsence du roi et de son conseil4 ,note #acf3 ,il existe deux lettres adresses ,suger1 au nom du pape1 pour lui recommander un matre ,pierre qui1 ayant une mauvaise affaire1 s'tait adress la cour de ,rome4 ,duchesne qui les a1 je crois1 publies le premier1 veut qu'elles s'appliquent notre matre ,pierre2 du moins le dit-il dans la table de son recueil ,historiae ,francorum scriptores 7t4 ,,iv1 p4 #ecg et #ech72 mais la simple lecture de ces lettres prouve que cette opinion est insoutenable1 et nous croyons volontiers1 avec ,d4 ,brial1 qu'il s'agit d'un certain ,pierre de ,meaux1 accus de quelque violence sous la pontificat d',eugne ,,iii4 7,rec4 des ,hist41 t4 ,,xv1 p4 #dee et #def47 ,le roi tait alors ce ,louis le ,gros dont le rgne fut si mmorable par l'mancipation des communes1 berceau de la libert moderne4 ,il eut la gloire d'attacher son nom ce grand vnement1 et sa puissance en profita1 comme si sa volont en et t la cause4 ,tous les progrs de l'autorit royale ont t1 au moyen ge1 des progrs dans le sens absolu du mot4 ,elle ne fut jamais grande1 au reste1 que lorsqu'elle fut librale4 ,suger et ,garlande s'en montrrent les habiles ministres1 et il y a certainement quelque secrte liaison entre la politique qui secondait l'affranchissement des communes et celle qui protgeait ,ablard4 ,il tait libre1 mais il tait pauvre4 ,matre de choisir sa solitude1 il se retira sur le territoire de ,troyes1 aux bords de l',ardusson1 dans un lieu dsert qu'il connaissait pour y tre all souvent lire et mditer1 ou mme enseigner quelquefois#acg4 ,c'tait dans la paroisse de ,quincey1 auprs de ,nogent-sur-,seine4 ,l1 dans quelques prairies qui lui furent donnes1 il construisit avec la permission d',atton1 vque de ,troyes1 un oratoire de chaume et de roseaux qu'il ddia d'abord la sainte ,trinit4 ,ce fut dans cette retraite qu'il se cacha seul avec un clerc1 et rptant ces mots du psaume3 ,voil que j'ai fui au loin1 et j'ai demeur dans la solitude4 7,ps4 ,,liv1 #h47 ,note #acg3 ,ubi legere 7alias degere7 solitus fuerat4 ,ce lieu est le hameau du ,paraclet1 l'est de ,nogent-sur-,seine1 dix on douze lieues de ,troyes1 sur la route de ,paris4 7,gall4 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #fji4--;,ab4 ,op41 ep4 #a1 p4 #bh ,not41 p4 #aaag4--,willelm4 ,godel4 et ,guill4 ,nang4 ,chron41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #fge1 et t4 ,,xx1 p4 #gha47 ,c'est une chose trange que les vicissitudes de la vie que nous racontons4 ,elles se multiplient comme les mouvements inquiets de l'me d',ablard4 ,tmraire et triste1 entreprenant et plaintif1 il n'a pas russi a matriser la fortune1 et il ne sait pas s'astreindre vivre dans un humble repos4 ,aucune situation rgulire et commune ne peut lui convenir longtemps4 ,partout o il parat1 il semble chercher querelle1 provoquer l'oppression1 et1 quand il rencontre la rsistance1 il s'tonne en gmissant4 ,aprs les grands malheurs1 il n'chappe pas aux petits2 victime des srieuses passions1 il est tourment par les passions puriles2 il se prend d'une querelle domestique avec des moines1 et aussitt tout condamn1 tout dchu qu'il parat1 il emploie des princes et des rois faire ses affaires1 le dlivrer de son abb1 garantir sa libert2 puis1 ds qu'elle lui est rendue1 n'ayant pu se soumettre la vie du clotre1 il se fait ermite#ach4 ,note #ach3 ,cette retraite d',ablard1 le repos et l'activit philosophique qu'il trouva au ,paraclet1 ont fix l'attention d'un auteur que nous citerons cause de son nom et parce qu'il est un des premiers en date qui aient parl de lui4 ,ptrarque a fait un trait sur la vie solitaire1 o il vante les philosophes qui ont cherch la retraite1 et cite1 aprs avoir nomm quelques anciens1 recentiorem unum nec valde remetum ab relate nostra4444 apud quosdam4444 suspectae fidei1 at profecto non humilis ingenii1 ,petrum illum cui ,abaelardi cognomen4 7,de vit4 solitar41 l4 ,,ii1 sect4 ,,vi1 c4 ,i47 ,mais jamais il ne pouvait demeurer ignor du reste du monde1 et son dsert tait moins de trente lieues de ,paris4 ,on connut bientt sa retraite1 et sans doute il ne mit nul soin la cacher4 ,le matre ,pierre vit accourir aux champs pour l'entendre une nouvelle gnration d'coliers4 ,les cits et les chteaux furent dserts pour cette ,thbade de la science#aci4 ,des tentes se dressrent autour de lui2 des murs de terre couverts de mousse s'levrent pour abriter de nombreux disciples qui couchaient sur l'herbe et se nourrissaient de mets agrestes et de pain grossier4 ,comme saint ,jrme au milieu des dserts de ,bethlem1 il se plaisait ce contraste d'une vie rude et champtre unie aux dlicatesses de l'esprit et aux raffinements de la science2 et peu peu1 entour d'une affluence croissante1 regardant ces nombreux disciples qui btissaient eux-mmes leurs cabanes sur le bord de la rivire1 il se sentait consol2 il se disait que ses ennemis lui avaient tout enlev et que l'on quittait tout pour le suivre4 ,de moment en moment1 il pensait que la gloire revenait lui4 ,que devaient dire les envieux8 ,la perscution1 loin de leur profiter1 servait renouveler et singulariser sa fortune4 ,on l'avait rduit la dernire pauvret2 comme le serviteur de l'vangile1 ne pouvant creuser la terre et rougissant de mendier#adj1 voil que la vieille science1 laquelle il devait tant1 venait le sauver encore1 et lui donnait une cole conduire et un institut fonder4 ,c'taient des disciples qui lui prparaient ses aliments1 qui cultivaient1 qui btissaient pour lui1 qui lui fabriquaient ses habits2 des prtres mme lui apportaient leurs offrandes1 et bientt1 comme l'oratoire de roseaux tait insuffisant1 ses lves le reconstruisirent en bois et en pierre4 ,ce petit difice avait t ddi d'abord la ,trinit1 divin objet des leons et des mditations d',ablard cette poque2 et mme il y avait fait placer une statue ou plutt un groupe qui se composait de trois figures adosses1 et parfaitement semblables de visage1 pour exprimer l'unit de nature de la trinit des personnes4 ,cette statue se voyait encore en ce lieu il n'y a gure plus d'un demi-sicle4 ,les trois personnes divines taient sculptes dans une seule pierre1 avec la figure humaine4 ,le ,pre tait plac au milieu1 vtu d'une robe longue2 une tole suspendue son cou et croise sur sa poitrine tait attache la ceinture4 ,un manteau couvrait ses paules et s'tendait de chaque ct aux deux autres personnes4 ,a l'agrafe du manteau pendait une bande dore portant ces mots crits3 ,filius meus es tu4 la droite du ,pre1 le ,fils1 avec une robe semblable1 mais sans la ceinture1 avait dans ses mains la croix pose sur sa poitrine1 et gauche une bande avec ces paroles3 ,pater meus es tu4 ,du mme ct1 le ,saint-,esprit1 vtu encore d'une robe pareille1 tenait les mains croises sur son sein4 ,sa lgende tait3 ,ego utriusque spiraculum4 ,le ,fils portait la couronne d'pines1 le ,saint-,esprit une couronne d'olivier1 le ,pre la couronne ferme1 et sa main gauche tenait un globe3 c'taient les attributs de l'empire4 ,le ,fils et le ,saint-,esprit regardaient le ,pre qui seul tait chauss4 ,cette image singulire de la ,trinit1 cet emblme1 unique1 je crois1 dans sa forme1 attestait assez combien l'esprit d',ablard tait profondment coup de ce dogme fondamental4 ,cependant quand1 en s'agrandissant1 l'tablissement des bords de l',ardusson devint en quelque sorte le monument de cette grce divine qui l'avait recueilli et soulag dans ses misres1 comme c'tait le lien de la consolation1 il lui donna le nom du ,consolateur ou du ,paraclet#ada4 ,note #aci3 ,relictis et civitatibus et castellis4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #bc47 ,note #adj3 ,luc1 ,,xvi1 #c4--7;,ab4 ,op41 loc4 cit41 et ep4 ,,ii1 p4 #dc47 ,note #ada3 ,d4 ,gervaise qui crivait vers #agbj1 dit qu'en #agja1 le #c juin1 ,mme ,catherine de la ,rochefoucauld1 abbesse du ,paraclet1 fit retirer de la poussire cette curieuse antiquit1 pour la placer solennellement dans le choeur des religieuses sur un pidestal de marbre portant une inscription qui en faisait connatre l'origine4 ,les auteurs de l',histoire littraire1 peu favorables ,gervaise1 admettent le fait4 7,vie d',abl41 t4 ,i1 l4 ,,ii1 p4 #bbi4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #ie47 ,d'ailleurs l'auteur des ,annales bndictines1 qui parat avoir vu la statue1 en donne la description exacte4 ,m4 ,alexandre ,lenoir a publi une gravure qui la reprsente1 et il semble aussi l'avoir vue avant que la rvolution ne l'et dtruite4 ,on trouve dans l',iconographie chrtienne de ,m4 ,didron un emblme analogue de la ,trinit1 tir d'un manuscrit de ,herrade1 abbesse de ,sainte-,odile1 vers #aafj4 7,annal4 ord4 ,s4 ,bened41 t4 ,,vi1 l4 ,,lxxiii1 p4 #he4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #ega4--,mus4 des monum4 fran41 t4 ,i1 pl4 n #eaf4--;,icon4 chrt41 p4 #fjd47 ,on a peu de dtails sur cette cole du ,paraclet1 sur cette acadmie de scolastique qu'il forma au milieu des champs4 ,on sait seulement qu'il y maintenait l'ordre avec svrit2 nous en avons un assez curieux tmoignage4 ,un valet1 un bouvier l'ayant averti de quelques dsordres secrets parmi les coliers1 le matre les menaa de cesser aussitt ses leons1 ou du moins exigea que la communaut ft dissoute1 et leur ordonna1 s'ils voulaient encore l'entendre1 d'aller habiter ,quincey4 ,le bourg tait assez loign1 et le jour suffisait peine pour qu'on et le temps de venir au ,paraclet1 d'assister aux leons1 de participer aux tudes1 et de s'en retourner#adb4 ,d'ailleurs la vie en commun1 les doctes entretiens1 l'existence d'une sorte de congrgation forme1 comme le dit un de ses membres1 au souffle de la logique 7aura logicae71 tout cela tait cher aux coliers1 donnait de l'intrt et de l'originalit leur entreprise2 et la svrit d',ablard les contrista et les humilia4 ,un d'eux1 un jeune ,anglais1 qui se nommait ,hilaire1 exhala leur douleur commune dans une complainte en dix stances1 de cinq vers chacune1 dont les quatre premiers sont des lignes de latin rimes1 et le cinquime un vers franais qui sert de refrain#adc4 ,cette chanson lgiaque1 fortement empreinte de l'esprit et du got de l'poque1 est peu potique et sans lgance2 mais elle ne manque pas de sentiment ni d'harmonie1 et elle prouve avec quelle ardeur on venait de loin se runir autour d',ablard1 avec quel respect on lui obissait1 avec quelle avidit on se dsaltrait cette source de savoir et d'loquence1 quo logices fons erat plurimus4 ,je me figure que les coliers chantaient en choeur cette complainte1 que de telles posies taient un de leurs habituels passe-temps1 et que celle-ci nous donne la forme de quelques-unes de celles qu',ablard lui-mme avait su rendre populaires4 ,on peut croire du reste qu'il se laissa flchir et accueillit le voeu qu'exprimaient ces mots3 ,desolatos1 magister1 respice1 ,spemque nostram quae languet refice4 ,tort a vers nos li mestre4 ,note #adb3 ,heu6 quam crudelis iste nuntius ,dicens3 ,fratres1 exito citius2 ,habitetur vobis ,quinciacus2 ,alioquin1 non leget monachus4 ,tort a vers nos li mestre4 ,quid1 ,hilari1 quid ergo dubitas8 ,cur non abis et villam habitas8 ,sed te tenet diei brevitas1 ,iter longum1 et tua gravitas4 ,tort a vers nos li mestre 7,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ,elegia1 p4 #bdc47 ,note #adc3 ,cette prose que d',amboise a conserve1 est curieuse4 ,les quatre vers latins de chaque couplet riment ensemble2 ils ont la mesure de nos vers de dix pieds1 avec une csure aprs le quatrime1 sauf dans un seul vers4 ,il est difficile d'y retrouver aucune mesure de prosodie latine2 seulement tous se terminent par un iambe4 ,le refrain franais est un vers de six pieds1 et un des plus anciens vers connus en langue vulgaire4 ,tort a vers nos li mestre ou mestres1 cela signifie le matre a tort envers nous ou nous fait tort4 ,ce qui1 selon ,m4 ,champollion1 exprime un regret plutt qu'un reproche4 ,m4 ,leroux de ,liney a plac cette chanson la premire dans son ,recueil de chants historiques franais4 ,il la fait prcder de quelques dtails que abus croyons peu exacts 7p4 #c72 mais il ajoute qu'elle se trouve avec d'autres posies du mme auteur dans un manuscrit du ,x,i,ie sicle de la ,bibliothque ,royale4 ,ce manuscrit a t publi par ,m4 ,champollion en #ahch4 7,hilarii versus et ludi1 ,paris1 petit in-#h de #gf pages1 p4 #ad47 ,il contient des posies lyriques et dramatiques vraiment curieuses4 ,cet ,hilaire1 qui n'tait encore connu que par cette pice et par ce qu'en disent les ,annales bndictines1 se rendit l'cole d',angers1 aprs qu',ablard eut quitt le ,paraclet1 et y fit une seconde prose rime en l'honneur d'une bienheureuse recluse1 ,eva d',angleterre4 7,ab4 ,op41 loc4 cit4--,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #bea1 t4 ,,xx1 p4 #fbg-fcj4--;,annal4 ord4 ,s4 ,bened41 t4 ,,vi1 l4 ,,lxviii1 p4 #cae47 ,la renomme tait venue le chercher dans sa solitude4 ,il fallut bien qu'aprs quelque temps elle signalt son retour1 en ramenant les alarmes avec elle4 ,l'enseignement du philosophe n'avait sans doute point chang de caractre2 le soupon et la dfiance ne cessrent pas d'accueillir tous ses efforts1 de poursuivre tous ses succs4 ,il provoquait naturellement l'un et l'autre1 et rien de lui n'tant commun1 rien ne paraissait simple et rgulier4 ,ainsi1 on lui fit un crime de ce nom du ,saint-,esprit grav au fronton du temple qu'il avait lev4 ,c'tait en effet une conscration peu prs sans exemple1 la coutume tant de vouer les glises la ,trinit entire ou au ,fils seul entre les personnes divines4 ,on voulut voir dans ce choix inusit une arrire-pense1 et l'aveu dtourn d'une doctrine particulire sur la ,trinit4 ,il est cependant difficile de comprendre comment1 lorsque de certaines prires sont adresses au ,saint-,esprit1 lorsqu'une fte solennelle1 celle de la ,pentecte1 lui est spcialement consacre1 il serait coupable ou inconvenant de lui ddier un temple1 qui sous tous les noms1 mme sous celui de la ,vierge ou des saints1 doit rester toujours et uniquement la maison du ,seigneur#add4 ,mais c'tait une nouveaut1 et elle venait d'un homme de qui toute nouveaut tait suspecte4 ,avec les progrs de son tablissement1 les prjugs hostiles se ranimaient contre lui4 ,on a mme cru qu'alors un homme qui devait jouer un grand rle dans l'glise et dans la vie d',ablard1 le nouvel abb de ,cluni1 ,pierre le ,vnrable1 s'tait inquit de son salut1 et par des lettres o brillent la fois un esprit rare et une pit vive et tendre1 s'tait efforc de le rappeler du travail aride des sciences humaines l'exclusive recherche de l'ternelle batitude#ade4 ,ce qui est mieux prouv1 c'est que la pit n'inspirait pas tous alors une sollicitude aussi charitable4 ,note #add3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #cj1 #ca4 ,note #ade3 ,deux lettres de ,pierre le ,vnrable sont adresses dilecto filio suo ou praecordiali filio1 magistro ,petro4 ,elles ont pour but d'exhorter un homme absorb par les sciences du sicle1 les travaux des coles1 l'tude des opinions discordantes des philosophes1 se faire pauvre d'esprit1 devenir le philosophe du ,christ4 ,la premire tmoigne d'une grande pit et d'un esprit distingu4 ,martne veut que ces deux lettres aient t adresses ,ablard1 et dans le temps mme qu'il enseignait pour la premire fois in ,trecensi cella4 ,ce ne serait pas du moins cette poque2 car il n'avait pas comparu au concile de ,soissons en #aaba1 et ,pierre le ,vnrable ne devint abb de ,cluni qu'en #aabb ou #aabc4 ,rien d'ailleurs1 hors ce nom de magister ,petrus1 ne rappelle ,ablard4 ,au ,paraclet1 on ne lui voit aucune liaison avec l'abb de ,cluni4 ,duchesne1 l'diteur des lettres de celui-ci1 croit celles dont il s'agit adresses un moine de ,poitiers1 appel dans d'autres ,pierre de ,saint-,jean4 ,a titre de pure conjecture1 on pourrait dater ces lettres de l'poque trs-postrieure o ,ablard et ,pierre le ,vnrable se trouvrent rapprochs1 et tout rattacher la conversion du premier dans l'abbaye de ,cluni4 ,mais rien de prcis1 rien d'individuel n'autorise cette hypothse2 autant vaudrait regarder une lettre ,,xxvi o l'abb de ,cluni flicite un certain ,pierre de sa vie de sainte retraite1 comme crite pour notre philosophe1 retir dans ses derniers jours ,saint-,marcel4 7,bibl4 ,clun41 ,petr4 ,ven4 ep4 ,,ix1 ,x1 ,,xxvi1 l4 ,i1 p4 #fcj1 #feg2 ,not41 p4 #ajg4--;,annal4 ord4 ,s4 ,ben41 t4 ,,vi1 l4 ,,lxxxiv1 p4#hd47 ,les anciens adversaires d',ablard taient rentrs dans l'ombre1 mais d'autres avaient paru1 plus dignes et plus formidables4 ,deux hommes commenaient s'lever dans l'glise1 tous deux destins devenir clbres et puissants1 bien qu' des degrs fort ingaux2 tous deux renomms par la pit1 le savoir1 l'activit1 l'autorit1 par toutes les vertus et toutes les passions qui font la grandeur d'un prtre2 tous deux d'une charit ardente et d'un caractre inflexible1 cruels eux-mmes1 humbles et imprieux1 tendres et implacables1 faits pour difier et opprimer la terre1 et ambitieux d'arriver1 par les bonnes oeuvres et les actes tyranniques1 au rang des saints dans le ciel4 ,l'un1 saint ,norbert#adf1 d'une famille distingue de ,xanten1 dans le pays de ,clves1 avait commenc sa vie dans les plaisirs1 et atteint1 comme simple prbendaire1 l'ge de trente ans et plus1 lorsque le repentir le saisit et le jeta dans la rforme4 ,devenu prtre en #aaaf1 il essaya vainement de convertir son chapitre1 et se fit le missionnaire ardent de la foi et de la pnitence4 ,savant1 exalt1 bizarre jusque dans ses manires et son costume1 il fut cit comme fanatique devant le concile de ,frizlar1 mais il se justifia1 et mme il obtint des papes ,glase et ,calixte ,,ii la permission de prcher la parole sainte4 ,parcourant en aptre la ,france et le ,hainaut1 partout il produisit un grand effet sur le peuple1 mais russit peu rformer les chanoines dont il avait particulirement coeur la conversion4 ,ayant chou auprs de ceux de ,laon1 il se retira non loin de cette ville1 dans la solitude de ,prmontr1 y jeta1 en #aabj1 les fondements d'un ordre clbre de chanoines rguliers1 et se vit au bout de quatre ans la tte de neuf abbayes florissantes4 ,il fut d'abord connu sous le titre de rformateur des chanoines et devint bientt archevque de ,magdebourg 7#aabf74 ,puissant et rvr dans l'glise1 protg par de grands princes1 il unissait une activit infatigable une foi singulire dans sa propre inspiration1 dans une sorte de rvlation personnelle1 qui le conduisit essayer des prophties et des miracles4 ,persuad de la venue prochaine de l',antchrist1 il poursuivait avec un zle redoutable tout ce qui lui semblait menacer la foi et l'unit4 ,on ne sait s'il se rencontra avec ,ablard2 mais ce dernier le dsigne comme un de ses perscuteurs1 et tout dans la vie de ,norbert1 tout jusqu'au caractre de sa pit1 devait le rendre incapable d'excuser et de comprendre le christianisme tout intellectuel du grand dialecticien de la thologie4 ,note #adf3 ,voyez1 dans l',histoire littraire1 l'article saint ,norbert1 t4 ,,xi1 p4 #bdc1 et sa vie par ,hugo1 chanoine de ,prmontr1 #a vol4 in-#d1 #agjd4 ,l'autre adversaire d',ablard n'tait pas1 de son temps1 plac fort au-dessus de saint ,norbert2 mais son nom est environn d'un bien autre clat historique4 ,ds son jeune ge1 il s'tait signal par ces prodiges d'austrit et d'humilit chrtienne qui domptent tout dans l'homme1 hormis la colre et l'orgueil1 mais qui rachtent l'une et l'autre en les consacrant ,dieu4 ,il vivait dans les misres d'une sant faible1 encore affaiblie et torture comme plaisir par de volontaires souffrances4 ,il se croyait appel ressusciter l'esprit monastique1 en ranimant dans les couvents la morale et la foi4 ,il avait de plus en plus enfonc dans l'ombre et courb vers la terre le front ple de ses moines amaigris2 mais il ouvrait un oeil vigilant sur le monde1 observait les prtres1 les docteurs1 les vques1 les princes1 les rois1 l'hritier de saint ,pierre lui-mme2 et tantt suppliant avec douleur1 tantt gourmandant avec force1 il avait pour tous des prires1 des menaces1 des larmes et des chtiments1 et faisait sous la bure la police des trnes et des sanctuaires4 ,c'tait saint ,bernard4 ,ablard accuse formellement ces deux hommes d'avoir t1 vers l'poque o nous sommes arrivs1 les principaux artisans de ses malheurs#adg4 ,suivant lui1 ces nouveaux aptres1 en qui le monde croyait beaucoup1 allaient prchant contre lui1 rpandant tantt des doutes sur sa foi1 tantt des soupons sur sa vie1 dtournant de lui l'intrt1 la bienveillance et jusqu' l'amiti1 le signalant la surveillance de l'glise et des vques1 enfin le minant peu peu dans l'esprit des fidles1 afin que1 le jour venu1 il n'y et plus qu' le pousser pour l'abattre4 ,on peut croire que son ressentiment a charg le tableau2 nous verrons quelle fut la conduite de saint ,bernard1 lorsque ,ablard sera une seconde fois jug1 et cette conduite1 nous sommes loin de l'absoudre4 ,mais quelques mots des lettres du saint lui-mme semblent prouver que jusqu'alors il avait fait peu d'attention aux opinions du moine philosophe#adh4 ,au temps de l'enseignement dans la solitude du ,paraclet1 de #aabb #aabe1 on ne sait mme s'il le connaissait personnellement4 ,mais il pouvait1 au moins1 savoir de lui ses plus clatantes aventures1 et elles devaient peu le recommander au grand rformateur des moines1 l'ami d',anselme de ,laon1 de ,guillaume de ,champeaux1 au protecteur d',albric de ,reims4 ,lorsque ,ablard crivit la lettre o il lui donne la premire place parmi ses ennemis1 il ignorait encore qu'un jour il l'aurait pour juge1 et ne pouvait1 en l'accusant1 cder au ressentiment contre une perscution future4 ,quelque chose les avait donc dj opposs l'un l'autre2 il avait donc aperu sous l'indiffrence apparente de l'abb de ,clairvaux des germes d'inimiti1 et devin la perscution dans les actes qui la prparaient4 ,note #adg3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #ca4 ,ablard ne les nomme pas1 mais la dsignation est claire1 et elle a t constamment applique saint ,bernard et saint ,norbert1 d'abord par ,hlose1 et puis par toutes les autorits1 comme les censeurs de l'dition de d',amboise1 ,bayle1 ,moreri1 les auteurs de l',histoire littraire1 etc42 on est unanime sur ce point4 7,id41 ep4 ,,ii1 p4 #db et ,censur4 ,doctor4 paris42 ,not41 p4 #aagg4--;,dict4 crit41 art4 ,ablard4--,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #ie47 ,note #adh3 ,saint ,bern41 ,op41 ep4 ,,ccxxvii4 ,rappelons-nous que ,clairvaux n'tait pas une grande distance du ,paraclet#adi4 ,il n'y avait pas dix ans que saint ,bernard1 quittant ,cteaux par l'ordre de son abb1 tait descendu avec quelques religieux dans ce vallon sauvage pour y fonder un monastre4 ,en peu de temps il avait runi dans ce lieu1 nomm d'abord la valle d',absinthe1 et sous la loi d'une vie svre et d'une pit ardente1 de sombres cnobites qui tremblaient devant lui de vnration1 de crainte et d'amour4 ,il avait cr l une institution qui1 sans tre illettre ni grossire1 contrastait singulirement avec l'esprit indpendant et raisonneur du ,paraclet4 ,clairvaux renfermait une milice active et docile dont les membres sacrifiaient toute passion individuelle l'intrt de l'glise et l'oeuvre du salut4 ,c'taient des jsuites austres et altiers4 ,le ,paraclet tait comme une tribu libre qui campait dans les champs1 retenue par le seul lien du plaisir d'apprendre et d'admirer1 de chercher la vrit au spectacle de la nature1 voyant dans la religion une science et un sentiment1 non une institution et une cause4 ,c'tait quelque chose comme les solitaires de ,port-,royal1 moins l'esprit de secte et les doctrines du stocisme#aej4 ,note #adi3 ,clairvaux1 bourg du dpartement de l',aube1 quinze lieues au del de ,troyes1 tait une abbaye du diocse de ,langres1 fonde en #aaad ou #aaae1 par une colonie venue de ,cteaux sous la conduite de saint ,bernard4 ,on l'appelait la troisime fille de ,cteaux4 7,gall4 ,christ41 t4 ,,iv1 p4 #gjf47 ,note #aej3 ,cette comparaison ne s'applique videmment qu' l'esprit d'indpendance du ,paraclet et sa situation locale qui rappelle vaguement celle de ,port-,royal-des ,champs2 car rien ne ressemble moins aux doctrines du jansnisme que celles d',ablard2 et il a rencontr ses juges les plus svres parmi les calvinistes1 comme ses critiques les plus indulgents parmi les jsuites4 ,deux institutions aussi opposes et aussi voisines1 qui toutes deux agissaient sur les imaginations des populations environnantes1 ne pouvaient manquer d'tre rivales ou mme ennemies4 ,elles devaient rciproquement se souponner et se mconnatre4 ,il y avait autour du ,paraclet plus de mouvement1 ,clairvaux plus de puissance relle1 et je conois que saint ,bernard1 inquiet de celte oeuvre de la pure intelligence qu'il devait mal comprendre1 en inscrivit ds lors l'auteur sur ces listes de suspects que la dfiance du pouvoir ou des partis est si prompte dresser1 heureuse quand elle n'en fait pas aussitt des tables de proscription4 ,ce qui est certain1 c'est qu',ablard se sentit menac4 ,de tout temps enclin l'inquitude1 ses malheurs l'avaient rendu craintif2 il tait prompt voir la perscution l o il apercevait la malveillance4 ,pendant les derniers jours qu'il passa au ,paraclet1 il vcut dans l'angoisse1 s'attendant incessamment tre tran devant un concile comme hrtique ou profane4 ,s'il apprenait que quelques prtres dussent se runir1 il pensait que c'tait le synode qui allait le condamner4 ,tout tait pour lui l'clair annonant la foudre4 ,quelquefois il tombait dans un dsespoir si violent qu'il formait le projet de fuir les pays catholiques1 de se retirer chez les idoltres et d'aller vivre en chrtien parmi les ennemis du ,christ4 ,il esprait l plus de charit ou plus d'oubli#aea4 ,note #aea3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #cb4 ,une inspiration du mme genre lui fit prendre alors un parti funeste1 et chercher le repos dans le sjour o l'attendaient les plus cruelles misres4 ,on voit encore en basse ,bretagne1 sur un promontoire qui s'tend au sud de ,vannes1 le long de la baie et des lagunes du ,morbihan1 les ruines d'un antique monastre1 au sommet de rochers battus leur pied par les lots de l',ocan4 ,l s'levait au ,x,i,ie sicle l'abbaye de ,saint-,gildas-de-,rhuys1 fonde sous le roi ,chilpric ,i par le saint dont elle portait le nom4 ,l'glise encore debout1 monument romain dans ses parties primitives1 offre des traces d'une extrme antiquit1 et domine au loin la pleine mer du haut d'un quai naturel de granit fonc que le flot ronge en s'y brisant avec fracas#aeb4 ,vers #aabe1 la communaut avait perdu son pasteur1 et avec l'agrment et peut-tre sur le dsir de ,conan ,,iv1 duc de ,bretagne1 elle lut ,ablard pour remplacer l'abb ,harv qui venait de mourir4 ,des religieux lui furent dputs en ,france2 ils obtinrent pour lui le consentement de l'abb et des moines de ,saint-,denis1 et vinrent offrir au fondateur du ,paraclet une des dignits de l'glise les plus ambitionnes en ce temps-l4 ,ablard1 alors inquiet et menac1 crut entrevoir l'asile et le port4 ,il accepta1 et se comparant saint ,jrme fuyant dans l',orient l'injustice de ,rome1 il se rsolut fuir dans l',occident l'inimiti de la ,france4 ,note #aeb3 ,id4 ibid4 et pag4 suiv4--,il n'y a plus trace de l'ancien couvent1 mais l'glise offre des parties1 comme le choeur et les transepts1 qui semblent n'avoir jamais t altres1 et qui peuvent bien1 ainsi qu'on le dit1 avoir t bties de #ajjh #ajch4 ,il y a mme des murailles et des sculptures qui paraissent antrieures4 ,les rochers de granit qui bordent la cte s'lvent pic au-dessus de la mer4 ,ils offrent des anfractuosits qui peuvent recler des grottes et mme des passages souterrains conduisant du sol du vieux couvent la mer4 ,c'est un lieu svre et imposant4 7,mrime1 ,notes d'un voyage dans l'ouest de la ,france1 #ahcf1 p4 #bha et suiv4--,magasin ,pittoresque1 t4 ,,ix1 p4 #caa47 ,on l'appelait dans un pays barbare dont la langue mme lui tait inconnue2 mais la vie d'incertitude et de pril lui devenait insupportable1 sa force ne suffisait plus ses preuves2 toujours aussi imprudent et rendu plus timide1 il tait prt chercher dans les partis extrmes le repos et la scurit qu'il voulait tout prix4 ,il partit donc pour la ,bretagne2 et ce pasteur1 plein de souvenirs mlancoliques1 de mditations rveuses1 tout occup des plus dlicates recherches de la pense1 alla gouverner un indomptable troupeau de moines sauvages1 qui n'auraient pas su l'entendre et ne voulaient point lui obir4 ,une vie grossire et drgle1 le dsordre1 la violence1 la frocit1 tels taient les nouveaux ennemis qu'il avait vaincre2 ds les premiers instants1 il reconnut avec effroi quelle tche ingrate et chimrique il avait accepte4 ,pour comble d'ennuis1 un seigneur1 tyran de la contre1 la faveur de l'inconduite des religieux1 avait fait comme la conqute du monastre dont il tenait presque tous les domaines2 il crasait les moines de ses exactions1 il les forait payer tribut comme des juifs4 ,la communaut tant ainsi dpouille1 ses membres recouraient pour leurs besoins journaliers leur abb qui n'y pouvait suffire1 et qui se plaisait peu d'ailleurs soudoyer leurs profusions1 leurs dbauches1 et la scandaleuse famille que chacun d'eux s'tait donne4 ,de l des plaintes continuelles1 des reproches1 des vols secrets1 et une sorte de complot pour compromettre ou lasser un chef trop svre1 et le contraindre de renoncer son opinitre dsir de rtablir la discipline4 ,ablard1 priv d'appui1 de conseil1 n'ayant personne qui pt le seconder ou le comprendre1 vivait dans le sentiment pnible d'un isolement sans repos et d'une activit sans puissance4 ,au dehors1 les satellites du tyran voisin l'piaient en le menaant2 au dedans1 les frres lui dressaient mille embches4 ,l1 sur ces rochers dsols1 au bruit sourd des flots1 en prsence de l'immensit sombre du ciel et de la mer1 il songeait avec une inexprimable tristesse la vanit de toutes ses entreprises4 ,il se rappelait tous les maux qu'il avait voulu fuir1 il voyait ceux qu'il tait venu chercher1 et il hsitait dans le choix4 ,une mlancolie profonde respire dans tout ce qu'il a crit1 et par l aussi il a devanc son temps et se trouve en intelligence avec la tristesse un peu plaintive du gnie littraire du ntre4 ,des monuments singuliers de cette disposition d'me ont t retrouvs nagure4 ,la bibliothque du ,vatican a livr l'rudition allemande des chants lgiaques longtemps inconnus1 ,odae flebiles1 o sous le voile transparent de fictions bibliques il exhale ses propres douleurs4 ,ces posies dont on a restitu jusqu' la musique ne sont pas dnues d'inspiration1 et sous le nom de quelque personnage hbraque qu'il met en scne1 il y laisse chapper des plaintes dictes et comme animes par ses souvenirs#aec4 ,par exemple1 dans ce chant d',isral sur la perte de ,samson1 ne croit-on pas entendre les gmissements du prisonnier de ,saint-,mdard1 aprs sa disgrce et sa chute8 ,le plus fort des hommes4444 le bouclier d',isral4444 ,dalila d'abord l'a priv de sa chevelure1 puis ses ennemis1 de la lumire4 ,ses forces extnues1 la vue perdue1 il est condamn la meule2 il s'puise dans les tnbres2 il brise dans un travail d'esclave ses membres faits aux jeux de la guerre4 ,qu'as-tu1 ,dalila1 obtenu pour ton crime8 quels prsents8 nulle grce n'attend la trahison4444 ,note #aec3 ,p4 ,aboelardi ,planctus cum notis musicalibus4--,spicilegium ,vaticanum4 ,ed4 ,carl ,greith1 ,frauenfeld1 #ahch1 p4 #aba-aca4--,le manuscrit conserv ,rome contient six chants3 ,dina1 fille de ,jacob2 ,jacob pleurant ses fils2 les compagnes de la fille de ,jepht2 ,isral pleurant ,samson2 le chant de ,david sur la mort d',abner1 et celui sur ,sal et ,jonathan4 ,le titre dit que la musique est jointe1 et elle a1 dit-on1 t rcrite avec la notation moderne4 ,cependant j'ai eu dans les mains deux exemplaires de ce livre1 et aucun ne contenait cette musique4 ,lorsqu'il exprime les douleurs de ,dina1 fille de ,jacob1 repousse par ses frres pour le crime de ,sichem1 ne dirait-on pas qu'il fait parler ,hlose8 ,je suis devenue la proie d'un homme impur1 j'ai t sduite par les jeux de l'ennemi4 ,malheur moi1 misrable1 qui me suis moi-mme perdue64444 ,simon et ,lvi1 vous avez dans la peine gal l'innocent au coupable4444 ,l'entranement de l'amour sanctifie la faute4444 ,la jeunesse1 la lgret de l'ge1 une raison faible encore aurait d recevoir de ceux que l'ge a mris un moindre chtiment4444 ,malheur moi1 malheur toi1 misrable jeune homme#aed64444 ,note #aed3 ,amoris impulsio ,culpae sanctificatio14444 ,levis aetas juvenilis ,minusque discreta ,ferre minus a discretis ,debuit in poena4 ,et l'lgie vraiment potique qu'il met dans la bouche des vierges1 amies de la fille de ,jepht1 n'est-elle pas le choeur des tristes compagnes d',hlose1 entourant de larmes et de sanglots l'autel monastique o la victime se sacrifie#aee8 ,note #aee3 ,ad testas choreas coelibes ,ex more venite ,virgines6 ,ex more sint odae flebiles ,et planctus ut cantus celebres1 ,incultae sint moestae facies ,plangentum et flentum similes64444 ,o stupendam plus quam flendam virginem6 ,o quam rarum illi virum similem4444 ,quid plura1 quid ultra dicemus8 ,quid fletus1 quid planctus gerimus8 ,ad finem quod tamen cepimus ,plangentes et flentes ducimus4 ,collatis circa se vestibus1 ,in arae succensae gradibus1 ,traditur ab ipsa gladius4444 ,hebraeae dicite ,virgines1 ,insignis virginis memores1 ,inclytae puellae ,israel1 ,hac valde virgine nobiles6 ,comme ,saint-,denis1 comme ,saint-,mdard1 ,ablard dut ,saint-,gildas s'abandonner ces inspirations touchantes2 et ses vers1 sous la forme pdantesque de l'hymne rime des latinistes du moyen ge1 sont empreints de cette douleur pensive1 rare au moyen ge1 et que laisse l'me la perte de l'enthousiasme1 de la gloire et de l'amour4 ces sombres rveries1 un remords venait s'ajouter4 ,il avait abandonn son cher ,paraclet1 dispers ou laiss son troupeau l'aventure1 dsert ses derniers amis4 ,sa pauvret ne lui avait pas permis de pourvoir la continuation du divin sacrifice sur l'autel qu'il avait lev4 ,mais un incident qui semblait un nouveau malheur vint lui donner un moyen de rparer sa faute et de fonder le seul monument qui devait durer aprs lui4 ,depuis le jour o nous avons vu le crime l'arracher aux pompes du sicle1 un nom a cess en quelque sorte d'tre prononc dans la vie d',ablard4 ,le souvenir qui semble la remplir et qui la protge encore dans l'esprit de la postrit parat absent de sa pense1 ou du moins il est enseveli et scell comme dans la tombe au plus profond de son coeur4 ,les portes du couvent d',argenteuil s'taient fermes sur celle qui avait consenti ce suprme sacrifice1 l'oubli4 ,cependant son caractre et son esprit l'avaient bientt mise au premier rang2 elle tait prieure1 et l'glise parlait d'elle avec respect4 ,or1 il advint que ,suger1 qui1 novice ,saint-,denis dans sa jeunesse1 y avait tudi les chartes du monastre1 entreprit de revendiquer celui d',argenteuil1 titre d'ancien domaine enlev par les vnements son abbaye4 ,il parat en effet certain que les fondateurs en avaient1 au temps du roi ,clotaire ,,iii1 lgu la proprit aux moines de ,saint-,denis1 qui en jouirent assez ngligemment jusqu'au rgne de ,charlemagne4 ,mais ce prince jugea propos d'en faire don sa fille ,thodrade1 et ,adlade1 femme de ,hugues ,capet1 y avait encore runi des religieuses4 ,plus de cent ans s'taient donc couls depuis que l'tablissement1 devenu riche1 demeurait au pouvoir des femmes4 ,mais ,suger1 qui avait du crdit auprs du pape ,honorius ,,ii et du roi ,louis ,,vi1 fit valoir les anciens titres1 entre autres une donation fort en rgle des empereurs ,louis le ,dbonnaire et ,lothaire son fils#aef1 et il accusa les religieuses de quelques dsordres que par malheur il russit prouver#aeg4 ,il tait devenu svre1 et aprs quatre ans d'une administration fort diffrente1 il avait entrepris la rforme de son ordre en commenant par la sienne4 ,sur ses instances1 une bulle de #aabg dpossda les religieuses d',argenteuil2 elles furent1 l'anne suivante1 expulses violemment2 quelques-unes entrrent l'abbaye de ,notre-,dame-des-,bois#aeh2 les autres1 parmi lesquelles on comptait ,hlose1 et probablement ,agns et ,agathe1 deux nices d',ablard1 cherchaient et l un asile1 lorsque l'abb de ,saint-,gildas fut averti et crut apercevoir une occasion favorable de rparer l'abandon du ,paraclet4 ,il revint prcipitamment en ,champagne 7#aabi7 et il engagea la prieure d',argenteuil s'tablir1 avec celles de ses religieuses qui lui restaient attaches1 dans l'oratoire abandonn4 ,en mme temps1 il lui fit1 ainsi qu' ses compagnes1 cession perptuelle et irrvocable du btiment et de tous les biens qui en dpendaient4 ,atton1 l'vque de ,troyes1 approuva cette donation1 qui devait tre1 moins de deux ans aprs1 confirme par le pape1 et dclare inviolable sous peine d'excommunication#aei4 ,note #aef3 ,ce titre existe1 et il ne permet pas de douter que ,hermenric et sa femme ,mummana ou ,numana1 les fondateurs de la maison d',argenteuil en #ffe1 ne l'eussent donne au couvent de ,saint-,denis2 ,louis le ,dbonnaire y rgle qu'elle reviendra ce couvent aprs la mort de sa soeur4 ,mais les ,normands parurent bientt qui pillrent et dtruisirent ,argenteuil comme tout le reste1 et sous ,hugues ,capet1 les moines omirent de rclamer leurs droits4 7,ab4 ,op42 ,not4 p4 #aahj47 ,note #aeg3 ,c'est ,suger lui-mme qui affirme en trs-gros mots le drglement des religieuses d',argenteuil1 prouv par une enqute que dirigrent le lgat1 vque d',albano1 l'archevque de ,reims et les vques de ,paris1 de ,chartres et de ,soissons4 7,duchesne1 ,script4 ,franc41 t4 ,,iv2 ,suger1 ,de reb4 a se gest41 p4 #ccc4--,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii2 vit4 ,ludovic ,gross41 p4 #di2 ,grandes chron4 de ,france1 ,,xvi1 p4 #ahj47 ,note #aeh3 ,autrement dit l'abbaye de ,sainte-,marie-de-,footel1 ou de ,malnoue1 ou ,beata ,maria de ,nemore1 sur les bords de la ,marne1 auprs de ,champigny4 ,on ne sait pas la date de sa fondation4 7,gall4 ,christ41 t4 ,,vii1 p4 #ehf47 ,note #aei3 ,jamais les accusations diriges contre l'abbaye d',argenteuil n'en ont atteint la prieure2 et l'on peut conclure qu'elles taient fort exagres1 ou ne concernaient aucunement celles des compagnes d',hlose qui la suivirent au ,paraclet4 ,la considration dont elle jouissait dans l'glise1 est un fait universellement reconnu1 et la premire bulle d'institution du ,paraclet est empreinte d'une faveur marque pour elle4 ,d',amboise a publi dix bulles1 lettres ou diplmes de diffrents papes1 tirs du cartulaire de ce couvent1 et portant concession de proprits1 droits1 privilges4 ,elles datent toutes de l'administration d',hlose4 ,dans la premire1 elle n'est dsigne que par le titre de prieure de l'oratoire de la ,sainte-,trinit4 ,celui d'abbesse lui est donn dans la suivante qui est de #aacj4 ,ce n'est que dans la troisime que le monastre est appel le ,paraclet4 7,ab4 ,op41 p4 #cdf-ced47 ,il arriva en effet vers ce temps un vnement qui mut vivement tout le clerg de ,france4 ,le pape ,honorius tait mort au mois de fvrier #aacj1 et aussitt ,rome avait t divise entre ,grgoire1 cardinal-diacre de ,saint-,ange1 lu ds le lendemain et qui prit le nom d',innocent ,,ii1 et ,pierre de ,lon1 qui peu de jours aprs avait1 dans l'glise de ,saint-,marc1 t promu par d'autres cardinaux au souverain pontificat sous le nom d',anaclet4 ,des dsordres graves clatrent1 et malgr les efforts de la puissante famille des ,frangipani1 qui lui donnrent asile dans leur chteau fort1 ,innocent ,,ii se vit contraint de chercher un refuge en ,france1 et il dbarqua au port de ,saint-,gilles avec tous les cardinaux de son parti4 ,des nonces marchrent devant lui pour le faire reconnatre2 runi par ordre du roi1 le concile d'tampes1 la voix de saint ,bernard1 le proclama le vrai pape2 ,pierre le ,vnrable1 abb de ,cluni1 annona qu'il le recevrait en grande pompe dans le monastre mme o ,anaclet avait t religieux2 et le roi vint au-devant de lui4 ,ainsi appuy par la puissance temporelle et par les deux hommes les plus considrables de l'glise gallicane1 il traversa solennellement la ,gaule1 visitant les monastres1 ddiant les glises1 consacrant les autels1 confirmant les donations pieuses1 prsidant les conciles ou assembles synodales qu'il rencontrait sur son chemin1 et distribuant des bndictions1 des reliques et des indulgences4 ,ce qui fut1 dit ,orderic ,vital1 une immense charge pour toutes les glises des ,gaules2 car il ne touchait rien des revenus du sige apostolique#afj4 ,note #afj3 ,immensam gravedinem ecclesiis ,galliarum ingessit4 7,ord4 ,vit4 ,hist4 eccles41 l4 ,,xiii4 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #gej47 ,il s'arrta quelque temps ,chartres o l'avait reu l'vque ,geoffroi dont la rputation tait si grande1 et qui y gagna bientt le titre de lgat4 ,l s'taient runis pour l'honorer plusieurs personnages importants dans le clerg2 l1 ,henri ,i1 roi d',angleterre1 qui se trouvait en ,normandie1 tait venu1 amen par saint ,bernard1 le reconnatre et lui rendre hommage4 ,de ,chartres1 ,innocent ,,ii se proposait de partir pour ,lige1 o il comptait voir l'empereur ,lothaire et s'assurer de son adhsion4 ,il se dirigea donc sur tampes et voulut sjourner ,morigni1 monastre de l'ordre de ,saint-,benot1 fond prs de cette ville sur les bords de la ,juine1 vers la fin du ,x,ie sicle1 par ,anseau1 fils d',arembert1 et protg par le roi et par son pre ,philippe ,i4 ,il demeura deux jours dans cette maison1 et la prire de l'abb1 il daigna consacrer le matre-autel de son glise1 sous l'invocation de saint ,laurent et de tous les martyrs1 le #bj janvier #aacaafa4 ,cette crmonie fut remarquable par le rang et le nom de ceux qui y assistaient2 c'tait d'abord le pape1 entour de son sacr collge1 c'est--dire de onze cardinaux au moins1 parmi lesquels on distinguait les vques de ,palestrine et d',albano1 et ,haimeric1 chancelier de la cour de ,rome1 cardinal-diacre de ,sainte-,marie-,nouvelle4 ,le mtropolitain du lieu1 ,henri dit le ,sanglier1 archevque de ,sens1 remplissait auprs du pape l'office de chapelain1 et ce fut l'vque de ,chartres qui pronona le sermon4 ,les moines qui ont soigneusement crit la chronique du monastre de ,morigni n'ont pas manqu de clbrer ce jour mmorable1 et de nommer les abbs dont la prsence en relevait encore la splendeur2 c'taient ,thomas ,tressent1 abb de ,morigni1 ,adinulfe1 abb de ,feversham1 ,serlon1 abb de ,saint-,lucien de ,beauvais1 l'abb ,girard1 homme lettr et religieux2 c'taient surtout ,bernard1 abb de ,clairvaux1 qui tait alors le prdicateur de la parole divine le plus fameux de la ,gaule1 et ,pierre ,ablard1 abb de ,saint-,gildas1 lui aussi homme religieux1 et le plus minent recteur des coles o affluaient les hommes lettrs de presque toute la latinit#afb4 ,note #afa3 ,la date est donne par la chronique du monastre de ,morigni3 ,anno incarnati ,verbi ,,mcxxx1 ,,xiii kal4 februarii4 7,ex ,chron4 mauriniac1 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #hj47 ,note #afb3 ,ex ,chron4 maur41 ibid4--,voyez aussi dans le mme volume1 p4 #ei et #fj2 ,suger1 ,de vit4 ,ludov4 ,gross42 le t4 ,,xii de la ,gall4 ,christ41 p4 #de2 l',histoire de saint ,bernard1 par ,neander1 l4 ,,ii2 et l',histoire littraire de la ,france1 t4 ,,xii1 p4 #bah-bbj4 ,ablard vit donc cette poque le chef de la chrtient2 il forma des relations directes avec des membres du sacr collge2 il figura1 avec saint ,bernard1 parmi les plus illustres reprsentants de l'glise gallicane4 ,sans doute l'intrt de son tablissement du ,paraclet n'tait pas tranger son voyage4 ,il venait solliciter pour cette institution naissante l'autorisation et la bndiction du successeur de saint ,pierre2 et1 en effet1 la mme anne1 le #bh novembre1 nous voyons que1 pendant le sjour qu' son retour de ,lige ,innocent ,,ii fit ,auxerre1 il dlivra ses bien-aimes filles en ,jsus-,christ1 ,hlose1 prieure1 et autres soeurs de l'oratoire de la ,sainte-,trinit1 un diplme qui leur assurait la proprit entire et sacre de tous les biens qu'elles possdaient et de tous ceux que leur pourrait concder la libralit des rois ou des princes1 avec peine de dchance et de privation du corps et du sang de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ contre quiconque oserait attenter dans l'avenir leurs droits ou possessions4 ,ainsi fut fond le clbre institut du ,paraclet1 dont ,hlose1 vingt-neuf ans1 fut la premire abbesse4 ,du moins le devint-elle de fait2 car bien qu'elle ne reoive que le titre de prieure1 dans la bulle du pape1 elle n'avait point de suprieure2 une seconde bulle1 date de #aacf1 la dsigne sous le nom d'abbesse2 une troisime appelle du nom de monastre du ,paraclet l'oratoire de la ,sainte-,trinit#afc2 le saint-sige1 dans sa prudence1 ne craignit donc pas de consacrer cette invocation au divin ,consolateur dont le prjug avait fait un crime la reconnaissante pit d',ablard4 ,note #afc3 ,ab4 ,op41 literae seu diplom41 p4 #cdf-cdh4 ,dans les premiers temps1 l'abbesse et ses soeurs menrent une vie de privations2 mais elles priaient avec ferveur1 le ,saint-,esprit sembla les secourir4 ,le respect et l'affection des populations voisines vinrent leur aide2 les dons des fidles accrurent leurs ressources1 et au bout de quelque temps l'tablissement prospra4 ,cette cration fut pour ,ablard1 au milieu de tant d'afflictions1 une consolation inespre1 et plus que jamais il rendit grces au ,paraclet4 ,une fois enfin1 il n'avait point fait de mal ce qu'il aimait4 ,quand revit-il ,hlose8 la revit-il cette poque de sa vie8 rien ne l'atteste4 ,peut-tre mme son silence est-il permis de croire que tous ces arrangements se conclurent sans que les deux poux fussent un moment runis4 ,quoiqu'il en soit1 bornons-nous citer les paroles calmes et douces par lesquelles il termine1 au milieu de ses tristes rcits1 le tableau de cette heureuse fondation4 ,et1 ,dieu le sait1 elles se sont1 dans une anne1 plus enrichies1 je pense1 en biens terrestres que je ne l'aurais fait en cent ans1 si j'avais continu d'habiter au ,paraclet2 car1 si leur sexe est plus faible1 la pauvret des femmes est plus touchante1 et plus facilement elle meut les coeurs1 et leur vertu est plus agrable ,dieu et aux hommes4 ,puis1 le ,seigneur accorda aux yeux de tous une si visible grce cette femme1 ma soeur#afd1 qui tait leur tte1 que les vques l'aimaient comme leur fille1 les abbs comme leur soeur1 les laques comme une mre2 et tous galement ils admiraient sa pit1 sa prudence1 et en toute chose une incomparable douceur de patience4 ,plus il tait rare qu'elle se laisst voir1 toujours enferme dans sa chambre pour s'y livrer avec plus de puret la mditation sainte et la prire1 plus on venait du dehors avec ardeur implorer sa prsence et les conseils d'un entretien tout spirituel4 ,note #afd3 ,illi sorori nostrae4 7,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #cd47 ,ablard1 de retour dans son abbaye1 reprit le triste gouvernement de ses indociles sujets4 ,il vivait l1 toujours livr des soins pnibles1 mais ayant du moins une pense douce4 ,cependant1 comme les commencements du ,paraclet furent difficiles1 et que les religieuses eurent souffrir de leur dnment1 les voisins de ce couvent blmaient son absence2 on lui reprochait de dlaisser un tablissement qu'il n'avait pourtant1 ce semble1 aucun moyen de secourir4 ,i#a y fit donc plusieurs voyages et porta ses soeurs ses conseils et son appui4 ,il prcha devant elles et pour elles1 et leur donna ainsi quelques secours spirituels et temporels4 ,il parat qu'il avait hsit quelque temps2 une sorte d'effroi le tenait loign de ces pieuses femmes et de ce lieu o retournait si souvent sa pense4 ,mais leur intrt et la rflexion le dcidrent2 il cessa de leur refuser sa prsence1 et comme il tait alors plus que jamais tourment par ses moines1 il se cra ainsi1 au sein de l'orage1 un port tranquille o il pouvait quelque peu respirer4 ,cependant on a des preuves qu'il voyait peine ,hlose et qu'il lui parlait peu#afe4 ,elle-mme s'en plaindra bientt4 ,note #afe3 ,id4 ibid41 p4 #ch1 et op4 ,,ii1 p4 #dj4 ,mais ces soins1 ces visites1 ces voyages devinrent le sujet de nouveaux soupons4 ,la malignit y vit je ne sais quel reste d'une passion mal teinte4 ,on lui reprocha de ne pouvoir supporter l'absence de celle qu'il avait trop aime4 ,et je doute que l'on dt vrai2 il semble au contraire que son me endurcie et glace n'avait plus de sensibilit que pour la douleur4 ,toutefois si l'on regarde plus attentivement au fond de ses penses1 on peut dans la rserve de son langage1 dans la bienveillance froide et gne de sa conduite et de ses expressions1 reconnatre une sorte de parti pris1 et deviner les combats que se livraient dans son me les cuisants regrets1 la honte amre1 le respect de soi-mme1 de la religion et du pass1 peut-tre la crainte vague de la faiblesse de son coeur4 ,mais tous ces sentiments comprims1 il les reporte dans la sollicitude attentive et dlicate du directeur de conscience4 ,il semble ne tracer pour ses religieuses et pour leur abbesse que des exhortations vangliques1 des rgles monacales1 des lettres de spiritualit1 tout ce que dicte la pit et l'rudition2 mais il rgne dans tout cela une sympathie si tendre1 quoique si contenue1 une proccupation si vidente et si vive de tous les intrts confis sa foi1 et en mme temps1 ds qu'il s'agit de vrits gnrales et de philosophie religieuse1 une confiance si absolue et un besoin si intime d'tre entendu et compris1 qu'on ne peut sans un mlange d'tonnement1 de respect et de piti1 assister cette trange et dernire transformation de l'amour4 ,mais le ,x,i,ie sicle n'entrait point dans ces finesses2 et en tout temps peut-tre1 dans les circonstances bizarres de ces deux destines1 la malignit humaine aurait trouv quelque pture4 ,ablard se montre vivement sensible ces calomnies imprvues4 ,il en souffre1 car dsormais il souffre de tout4 ,il descend s'en justifier1 il descend une apologie ensemble ridicule et douloureuse4 ,puis s'levant des considrations gnrales1 il demande si l'on veut renouveler contre lui les infmes accusations qui poursuivaient saint ,jrme dans le cercle de pieuses femmes qu'il animait de sa ferveur et de son gnie4 ,sera-t-il rduit dire comme lui3 ,avant que je connusse la maison de cette ,paule si sainte1 toute la ville retentissait du bruit de mes tudes2 j'tais1 au jugement de presque tous1 dclar digne du souverain pontificat4444 ,mais je sais que la mauvaise comme la bonne rputation conduit au chemin du ciel#aff4 ,note #aff3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #he4--,sanc4 ,hieron4 ,op41 ,i4 ,,iv1 pars ,,ii1 ep4 ,,xxviii1 ad ,asellam4 ,tandis qu'il voyait ainsi calomnier les sentiments les plus purs et les actions les plus simples1 il rencontrait de nouveaux tourments dans sa laborieuse administration4 ,ce n'est plus sa tranquillit1 c'est sa vie qui tait en pril4 ,s'il s'loignait du couvent1 il avait craindre la violence de ses ennemis2 s'il y rentrait1 il trouvait dans ceux que son titre l'obligeait d'appeler ses enfants la haine et la perfidie4 ,il ne croyait pas pouvoir voyager en sret2 il tait expos aux plus noirs complots4 ,du moins souponna-t-il plus d'une tentative homicide dirige contre lui1 jusque-l qu'il eut prendre des prcautions pour clbrer la messe1 et crut un jour qu'un poison avait t vers dans le calice4 ,une fois qu'il tait venu ,nantes auprs du comte1 alors malade1 il logeait chez un de ses frres qui habitait cette ville1 peut-tre ,raoul1 peut-tre le chanoine ,porcaire#afg4 ,on essaya par les mains d'un valet de faire empoisonner ses aliments2 du moins1 comme il s'tait abstenu d'y toucher1 un moine qui l'accompagnait1 en ayant mang1 mourut1 et le criminel serviteur se trahit en prenant la fuite4 ,aprs de telles tentatives1 il dut songer sa sret2 il quitta la maison conventuelle1 et se retira dans quelques cellules isoles avec le peu de frres qui lui taient attachs4 ,mais il ne pouvait sortir sans redouter un nouveau guet-apens1 et lorsqu'il devait passer par un chemin ou par un sentier1 il craignait qu'on n'apostt prix d'argent des voleurs pour se dfaire de lui4 ,ce fut dans une de ses courses qu'il fit une grave chute de cheval2 il dit mme qu'il se brisa la nuque1 et cette fracture quelle qu'elle ft porta une atteinte profonde sa sant dj trop prouve et ses forces dclinantes3 il avait alors plus de cinquante ans4 ,note #afg3 ,le comt de ,nantes tait depuis longtemps runi au duch de ,bretagne1 et le titre de comte de ,nantes tait1 surtout dans cette partie de ses tats1 donn de prfrence au duc4 ,le ,ncrologe du ,paraclet donne ,ablard un frre nomm ,raoul1 et l'on voit dans un cartulaire de ,buz1 qu'en #aaej il y avait un chanoine de la cathdrale de ,nantes qui se nommait ,porcaire 7,porcarius7 et qui ayant un neveu nomm ,astralabe1 pouvait aussi tre un frre d',ablard4 ,enfin sa ,dialectique est ddie son frre ,dagobert ou frre ,dagobert4 7,ab4 ,op41 ,not41 p4 #aadb4--,mm4 pour servir l',histoire de ,bretagne1 par ,d4 ,morice1 t4 #a1 p4 #ehg4--,ouvr4 ind4 ,dial41 p4 #bbi47 ,il lui restait une dernire arme contre ces rvoltes opinitres1 contre ces crimes audacieux1 l'excommunication4 ,il la pronona enfin4 ,ceux des moines qu'il redoutait le plus s'engagrent par la foi dans l'vangile et par le sacrement quitter tout fait l'abbaye et ne plus l'inquiter dsormais2 mais cet engagement si solennel fut impudemment enfreint1 et il fallut que1 par ordre du pape et par les soins d'un lgat spcialement envoy1 en prsence du comte et des vques1 on les fort de renouveler le serment viol et de prendre quelques autres engagements4 ,l'ordre ne fut pas rtabli aprs l'expulsion des plus mutins2 ,ablard rentra dans la maison2 il voulut reprendre l'administration1 il se livra aux moines qui taient rests et qu'il suspectait le moins2 il les trouva pires encore que ceux dont il tait dlivr4 ,au lieu du poison1 on parlait de l'gorger4 ,il fallut fuir1 et gagnant la mer1 dit-on1 par un passage souterrain1 il s'chappa sous la conduite d'un seigneur de la contre#afh4 ,note #afh3 ,je crois que c'est ainsi qu'il faut traduire3 ,cujusdam proceris terrae conductu vix evasi4 7,p4 #ci47 ,gervaise et ,niceron entendent qu',ablard se sauva par un gout1 conductu terrae4 ,soit que cette version ait prvalu de tout temps1 soit qu'elle et t elle-mme inspire par le souvenir d'un fait traditionnel1 on montre encore dans les anciens jardins de ,saint-,gildas-de-,rhuys1 le soupirail par o l'on dit qu'il s'vada pour gagner une embarcation qui l'attendait au bas de la terrasse dont la mer baigne le pied4 ,mais le trou et le passage sont de construction moderne4 7,vie d',ab41 t4 ,,ii1 p4 #ad et ,mm4 pour servir l',hist41 etc41 t4 ,,iv1 p4 #aa4--,magasin ,pittoresque1 t4 ,,ix1 p4 #cab47 ,c'est retir dans un asile o cependant il ne se jugeait pas encore en sret1 o1 se soumettant mille prcautions1 il croyait voir le glaive toujours prt le frapper1 qu'il fit un retour sur le pass de son orageuse vie et qu'il crivit pour un ami malheureux#afi cette lettre fameuse qui porte le nom d'histoire de ses calamits1 ,historia calamitatum4 ,ce sont les mmoires de sa vie1 ouvrage singulier pour le temps1 qui rappelle parfois et les ,confessions de saint ,augustin et celles de ,j4-,j4 ,rousseau4 ,note #afi3 ,je suis port croire que cet ami est un personnage imaginaire4 ,j'ignore sur quel fondement quelques auteurs l'ont appel ,philinte4 ,c'est une fantaisie de ,bussy-,rabutin4 7,voyez sa traduction des ,lettres1 et ,abail4 et ,hl41 par ,turlot1 p4 #c47 ,un anonyme a aussi publi comme une traduction fidle une imitation trs-libre de l',historia calamitatum o il interpelle1 sous le nom de ,philinte1 le correspondant d',ablard1 et donne ,hlose une servante intrigante1 une brune1 qu'il appelle ,agathon4 7,hist4 des infortunes d',abailard4 ,lettres d',abailard ,philinte1 in-#ab de #dh pages1 ,amsterd4 #afih47 ,cet ouvrage appartient ce qu'on a de nos jours nomm la littrature intime1 celle qui est l'expression des sentiments individuels4 ,par l il est singulirement original4 ,je ne crois pas qu'on trouvt sans peine dans le mme temps un crit dont l'auteur se propost uniquement de raconter les aventures de son esprit et les motions de son coeur4 ,une autobiographie aussi romanesque semble une oeuvre de ces poques o l'intelligence1 sans cesse replie sur elle-mme1 analytique et rveuse la fois1 dveloppe cette personnalit expansive et savante qui fait de l'me tout un monde4 ,je regarde1 en effet1 cette premire lettre d',ablard comme une composition littraire4 ,la forme d'une narration destine raffermir un ami contre le malheur par le spectacle de douleurs plus grandes me parat un cadre artificiel que l'auteur donne au tableau de sa vie et de ses peines4 ,c'est comme un pendant de la clbre lettre o ,sulpicius console ,cicron de la perte de sa fille par la peinture des calamits de tant de cits en ruines et d'empires dtruits4 ,mais ,ablard offrant pour consolation l'infortune l'image de ses propres malheurs est plus saisissant et plus dramatique4 ,l'tat de son me est dsespr2 rien n'est plus triste que son rcit1 et c'est une lecture poignante4 ,l'effet nat du fond du sujet1 car la forme n'est pas toujours heureuse2 il y a de beaux traits et beaucoup d'esprit1 mais l'ouvrage manque la fois d'loquence et de naturel4 ,le style1 tudi sans lgance1 orn sans grce1 a quelque froideur dans sa subtilit spirituelle1 dans son rudite redondance4 ,ablard discute toujours2 il dmontre par arguments et citations les sentiments les plus simples1 les motions les plus vives4 ,les actions se hasardaient alors plus que les penses1 et ds qu'on crivait1 il fallait tout justifier4 ,mais il raconte des aventures relles et tragiques1 il ouvre son me tout en dissertant sur ce qu'elle prouve2 en raisonnant1 il souffre1 et il vous met ainsi dans la confidence d'illusions si cruelles1 de si violents mcomptes1 d'humiliations si dchirantes1 il vous fait assister de si prs aux douleurs et aux faiblesses d'un homme suprieur1 qu'il n'est pas de roman plus pnible lire1 et qu'aucun enseignement meilleur ne vous saurait tre donn de la misre des plus belles choses de ce monde1 le gnie1 la science1 la gloire1 l'amour4 ,l',historia calamitatum marque une grande poque dans la vie d',ablard4 ,d'abord c'est dater de cette ptre que les dtails biographiques commencent nous manquer2 puis1 comme pour combler cette lacune et diminuer nos regrets1 c'est cette lettre qui nous a valu les lettres d',hlose4 ,jusque-l1 il ne reste rien d'elle2 on ne la connat que par son amant2 maintenant elle va parler elle-mme4 ,nous entrerons dans un rcit d'une forme nouvelle2 pour raconter1 nous aurons davantage besoin de nos conjectures4 ,par exemple1 on ignore si ,ablard resta longtemps chez ce seigneur qui l'avait recueilli1 et si cette maison fut son dernier asile en ,bretagne4 ,il y crivit sa grande ptre2 ses lettres postrieures indiquent qu'il demeura quelque temps soit dans ce lieu1 soit dans un autre de la mme contre1 avant de rompre tout lien avec les moines de ,saint-,gildas4 ,on suppose avec quelque apparence de raison qu'il rdigea vers ce temps ou revit et mit en ordre une partie de ses ouvrages4 ,plusieurs des crits composs pour le ,paraclet doivent tre venus de la ,bretagne4 ,enfin l'on ne sait quand ni comment il la quitta#agj4 ,il est vident que1 malgr tant de cruels dgots1 il rpugnait renoncer1 au moins par le fait1 son abbaye4 ,le devoir et un juste orgueil le retenaient2 son ambition n'avait nullement ddaign la dignit dont l'lection l'avait revtu2 c'tait alors un rang trs-lev que celui de chef et de gouverneur d'une importante communaut4 ,c'tait une position forte dans l'glise1 et tant qu'il la conservait1 il devait peu craindre ses ennemis2 c'tait de plus une fortune1 et hors de l je crois qu'il n'avait nulle ressource4 ,il dit lui-mme avec navet1 la fin de sa grande lettre3 ,j'prouve bien aujourd'hui quelle est la flicit qui suit les puissances de la terre1 moi de pauvre moine lev au rang d'abb1 et devenu d'autant plus malheureux que je suis devenu plus riche4 ,que mon exemple1 s'il en est qui dsirent de tels biens1 serve de frein l'ambition#aga4 ,note #agj3 ,brucker conjecture avec assez de fondement que ce fut en #aacd4 7,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #gee47 ,note #aga3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #dj4 ,cependant il se dcida enfin s'loigner pour jamais de ,saint-,gildas4 ,peut-tre les moines ne voulaient-ils que son dpart1 et les attentats dont il se crut au moment d'tre victime ne furent-ils1 pour la plupart1 que des menaces destines l'intimider4 ,on ne cherchait qu' lui rendre sa position insupportable et se dlivrer d'un censeur incommode4 ,des moines rudes et dbauchs1 habitus exploiter au profit de leurs vices l'impunit de leur profession1 ne pouvaient regarder que comme une gne la prsence du plus bel esprit de son poque1 et peut-tre en traant le cynique tableau de l'intrieur de ,saint-,gildas1 ,ablard s'est-il laiss aller aux exagrations d'une imagination dlicate et craintive4 ,sa dlivrance dut tre facile2 on a vu qu'il avait des amis dans la noblesse de la province2 il tait bien accueilli par le comte de ,nantes2 enfin1 il n'tait pas sans crdit la cour de ,rome4 ,ainsi qu'il avait t autoris garder l'habit de moine de ,saint-,denis hors de l'abbaye de ce nom1 il obtint la permission de rester1 hors de son monastre1 abb de ,saint-,gildas#agb4 ,note #agb3 ,il en conserva effectivement le rang et le titre4 ,le fait est attest par la chronique du monastre4 ,l'extrait qu'en ont publi les auteurs du ,recueil des historiens de la ,france1 porte l'anne #aada3 ,pierre ,ablard1 abb de ,saint-,gildas-de-,rhuys1 meurt4 ,ordination de l'abb ,guillaume4 7,t4 ,,xii1 ex ,chronic4 ,ruyens4 ,coenob41 p4 #ejd47 ,quoi qu'il en soit1 il tait encore en ,bretagne1 chez ses amis1 lorsque par hasard quelqu'un apporta sa lettre sur ses malheurs l'abbesse du ,paraclet4 ,a peine eut-elle connu quelle main l'avait crite1 qu'elle la lut avec ferveur1 cette lettre pleine de fiel et d'absinthe1 qui lui retraait la misrable histoire de leur commune conversion4 ,a cette lecture1 saisie d'une motion qu'on ne saurait peindre1 elle rompit un silence de bien des annes et crivit son ancien poux4 ,c'est la premire de ses lettres#agc4 ,qui l'a lue ne l'oubliera jamais4 ,note #agc3 ,ab4 ,op41 ep4 #aa1 p4 #da-dh4 ,d'abord elle ne veut que lui dire avec tendresse1 mais avec rserve1 combien ce rcit l'a touche1 combien elle dplore ses peines1 combien tous ces souvenirs sont vrais et tristes2 puis elle en prend occasion de lui adresser quelques plaintes4 ,ds qu'il crit avec tant d'panchement1 pourquoi la priver de ses lettres1 et en priver1 avec elle1 toute la congrgation qui l'aime si filialement1 qui prie si ardemment pour lui8 ,ne sait-il pas1 qu'elles aussi elles ont besoin de consolations1 d'exhortations1 de conseils8 ,ne s'intresse-t-il plus l'institut qu'il a fond8 ne leur donnera-il plus ces directions qui leur sont si ncessaires8 a-t-il oubli les commencements si fragiles de leur conversion1 et ne lui souvient-il pas des doctes traits que les saints ,pres ont composs pour les femmes consacres ,dieu8 ,tant d'oubli serait d'autant plus trange qu'il avait s'acquitter d'une dette2 car enfin tu m'appartiens par un lien sacr1 et le monde sait que je t'ai toujours aim d'un amour immodr#agd4 ,et alors cette malheureuse ouvre son coeur gonfl de tendresse et d'amertume4 ,elle lui retrace la grandeur et la constance de son dvouement2 elle insiste1 avec un peu de ressentiment1 sur les deux sacrifices de sa vie1 son mariage et son entre au couvent4 ,elle l'a pous pour lui obir2 pour lui obir1 elle s'est donne ,dieu4 ,il fallait qu'en toute chose on vt qu'il tait le matre unique de son coeur comme de sa personne#age1 car c'est lui seul en lui qu'elle a aim4 tre aime de lui1 c'tait son orgueil2 le nom de sa matresse1 c'tait sa gloire4 ,qui ne le lui aurait pas envi8 ,quelle femme1 quelle vierge ne brlait pas sa vue8 ,quelle reine ou grande dame n'a point port envie ses plaisirs#agf8 ,mais aussi comme il avait ce qui et sduit toute femme6 quel tait le charme de sa parole et la douceur de ses chansons6 ,ces chansons qui volaient dans toutes les bouches1 qui par tous les pays allaient clbrer leur amour1 dont la douce mlodie devait laisser un souvenir de leur nom dans la mmoire de la foule ignorante1 c'tait l ce qui excitait le plus la jalousie des autres femmes4 ,aussi comme toutes elles soupiraient pour lui6 car de tous les dons du corps et de l'me1 aucun ne lui manquait4 ,et quelle est celle des rivales d',hlose1 qui1 la voyant prive de tant de dlices1 ne compatirait maintenant son malheur8 quel ennemi si cruel1 homme ou femme1 n'aurait pas piti d'elle aujourd'hui8 ,j'ai t bien coupable4444 ,non1 tu le sais1 toi1 je suis innocente4 ,le crime n'est pas dans l'effet de l'acte1 mais dans le sentiment de l'agent1 et la justice ne pse pas ce qui a t fait1 mais le coeur de celui qui l'a fait4 ,or1 ce qu'a toujours t mon coeur pour toi1 tu peux en juger seul1 toi qui l'as prouv2 je soumets tout ton jugement2 je souscris en tout ton tmoignage#agg4 ,note #agd3 ,tanto te majore debito noveris obligatum quanto te amplius nuptialis foedere sacramenti constat esse adstrictum1 et eo te magis mihi obnoxium quo te semper1 ut omnibus patet1 immoderato amore complexa sum4 7,ibid41 p4 #dd47 ,note #age3 ,ut te tam corporis mei quam animi unicum possessorem ostenderem4 7,ibid41 p4 #df47 ,note #agf3 ,dulcius semper mihi extitit amicae vocabulum1 aut1 si non indigneris1 concubinae vel scorti4444 ,dignius videretur tua dici meretrix quam4444 imperatrix4444 ,quae conjugata1 quae virgo non concupiscebat absentem et non exardebat in praesentem8 ,quae regina vel praepotens femina gaudiis meis non invidebat8 7,ibid41 p4 #de1 #df47 ,note #agg3 ,ut etiam illiteratos melodiae dulcedo tui non sineret immemores esse4 ,atque hinc maxime in amorem tui feminae suspirabant4444 ,quod enim bonum animi vel corporis tuam non exornabat adolescentiam8 ,quam tunc mihi invidentem nunc tantis privatae delitiis compati calamitas mea non compellat44448 ,et plurimum nocens1 plurimum1 ut nosti1 sum innocens4 ,non enim rei effectus1 etc4 7,ibid47 ,ce que dit ici ,hlose sur l'intention qui seule fait la faute est un point de doctrine qu'elle devait son amant1 et qu'il a dvelopp dans ses ouvrages de thologie1 peut-tre avec une exagration que les modernes n'ont pas surpasse4 ,voyez le ,commentaire sur l'ptre aux ,romains 7p4 #fbe72 les ,problmes 7p4 #dbf72 l'thique1 passim1 et le troisime livre de cet ouvrage4 ,et pourtant1 continue-t-elle1 il la nglige et l'oublie au point que depuis le jour de sa conversion1 prsent1 elle ne peut jouir de son entretien2 absent1 elle n'est point console par ses lettres4 ,c'est donc vrai1 ce que tout le monde souponne2 il n'a aim en elle que le plaisir1 et tout s'est vanoui avec les dsirs qui ne sont plus4 ,elle n'est pas seule le penser1 c'est une conjecture publique4 ,plt ,dieu qu'elle pt lui trouver quelque excuse6 ,mais son silence le condamne4 ,a dfaut de sa prsence1 qu'il lui rende au moins par ses lettres sa chre et fugitive image4 ,pourquoi lui refuser une petite chose et si facile8 ,qu'il se souvienne que1 toute jeune encore1 il l'a enchane la vie du clotre4 ,elle l'y a prcd1 et non suivi1 parce qu'il l'a voulu1 parce qu'il se souvenait que la femme de ,loth avait1 en fuyant1 retourn la tte4 ,si ce dvouement n'a rien mrit de lui1 quoi est-il bon8 ,le sacrifice est vain1 car de ,dieu1 elle n'a point de rcompense esprer1 puisqu'elle n'a rien fait1 rien encore1 on le sait1 pour l'amour de lui2 mais ,ablard1 il et couru aux enfers1 que sur un ordre de lui1 elle l'y aurait suivi ou devanc4 ,car mon me n'tait pas avec moi1 mais avec toi4 ,et maintenant encore1 si elle n'est avec toi1 elle n'est nulle part au monde#agh4 ,note #agh3 ,nulla mihi super hoc merces expectanda est a ,deo1 cujus adhoc amore nihil me constat egisse4444 ,ad vulcania loca te properantem praecedere aut sequi pro jussu lau nemine dubitarem4 ,non enim mecum animus meus1 sed tecum erat2 sed et nunc maxime1 si tecum non est1 nusquam est4 7,ep4 u1 p4 #dg47 ,elle conclut en le priant par grce de lui crire1 elle a besoin d'une lettre qui lui rende quelque force1 afin de vaquer plus librement aux devoirs du service divin4 ,autrefois1 pour l'entraner des volupts temporelles1 il la poursuivait de ses lettres2 il mettait1 par ses vers1 le nom de son ,hlose dans la bouche de tous4 ,toutes les places publiques1 toutes les maisons le rptaient4 ,combien tu ferais mieux de m'appeler maintenant ,dieu1 comme alors la passion#agi6 ,et elle finit ainsi cette trange et incomparable lettre4 ,note #agi3 ,ab4 ,op41 ep4 ,,ii1 p4 #dh4 ,ablard rpond comme un frre spirituel sa bien-aime soeur en ,jsus-,christ#ahj4 ,il s'excuse d'un long silence par la confiance absolue qu'il a dans sa sagesse1 sa pit1 sa science4 ,il n'a pas cru qu'elle et besoin d'tre exhorte ou console1 elle qui ,dieu a dparti tous les dons de sa grce4 ,ce qui et t superflu1 quand elle n'tait que prieure d',argenteuil1 l'est plus encore maintenant qu'elle est abbesse du ,paraclet4 ,cependant en promettant de lui adresser des instructions1 quand il connatra mieux ce qu'elle dsire1 il s'empresse du moins de lui envoyer un psautier4 ,puis passant la situation funeste o lui-mme il se trouve1 il la supplie1 elle et les saintes filles1 de prier pour lui4 ,ses maux et ses prils ne lui ont jamais rendu plus ncessaire cette pieuse intercession4 ,et il ne manque pas d'tablir avec exemples et citations l'efficacit des prires4 ,mais ce sont surtout les siennes1 celles d'une femme dont la saintet est1 il n'en doute pas1 si puissante auprs de ,dieu1 qu'il rclame avec instance4 ,cela est juste2 car il lui appartient1 et il lui rappelle ce que disent les ,proverbes et l',ecclsiaste de ce que la femme est pour son mari4 ,l'aptre dit que le mari infidle est sanctifi par la femme fidle2 et1 en ,france1 qui a sauv ,clovis8 ce ne sont pas les prdications des saints1 ce sont les prires de ,clotilde#aha4 ,note #ahj3 ,dilectissime sorori suae in ,christo frater ejus in ipso4 7,id41 ep4 ,,iii1 p4 #di47 ,note #aha3 #a ,cor4 ,,vii1 #ad2 ,ab4 ,op41 ep4 ,,iii1 p4 #eb4 ,au ,paraclet1 l'usage tait1 elle le sait1 que lorsqu'il tait prsent1 la communaut1 en terminant les heures canoniales1 dt une oraison l'intention de son fondateur1 et qu'aprs avoir chant le verset et le rpons du jour1 on ajoutt les prires et la collecte suivante3 ,r,,pons4 ,ne m'abandonnez pas et ne vous loignez pas de moi1 ,seigneur4 ,,verset4 ,soyez toujours attentif me secourir1 ,seigneur4 ,,pri,,re4 ,sauvez1 mon ,dieu1 votre serviteur qui espre en vous4 ,seigneur1 entendez ma prire et que mes cris aillent jusqu' vous#ahb4 ,note #ahb3 ,toutes ces prires sont tires des psaumes ,,xxxvii1 ,,lxxxv et ,,ci4 ,,oraison4 ,dieu qui avez daign runir en votre nom1 par la main de votre serviteur1 vos petites servantes1 nous vous supplions de lui accorder ainsi qu' nous le don de persvrer dans votre volont4 ,par notre ,seigneur1 etc4 ,a ces prires1 ,ablard demande qu'on en substitue de nouvelles1 dont il envoie le texte1 et qui1 composes dans la mme forme1 sont plus instantes1 plus prcises1 et se rapportent mieux sa violente situation#ahc4 ,il termine par un voeu qui devait tre accompli4 ,si ses ennemis russissent et lui tent la vie1 il dsire que son corps1 ailleurs inhum ou dlaiss1 soit transport dans le cimetire du ,paraclet1 afin que ses filles ou plutt ses soeurs1 en voyant son tombeau1 adressent pour lui plus de prires ,dieu2 car il ne sait pas1 pour une me gmissante de l'erreur de ses pchs1 un lieu plus sr et plus salutaire que le temple vou au divin ,consolateur4 ,note #ahc3 ,voici l'oraison3 ,deus qui por servum tuum ancillulas tuas in nomino tuo dignatus es aggregare1 te quoesumus ut cum ab omni adversitate protegas et ancillis tuis incolumem roddas4 ,per ,dominum1 etc4 7,ab4 ,op41 ep4 ,,iii1 p4 #ec7 ,telle est la lettre qu',ablard1 alors rempli de pit et de tristesse1 envoie pour consolation celle qui lui fut chre dans le sicle et qui lui est maintenant trs-chre en ,jsus-,christ#ahd4 ,on voit qu'il se concentre dans les sentiments et les devoirs pour ainsi dire officiels de sa position1 et que1 par un effort rflchi1 il s'lve ou se rduit la mission austre et tendre d'un guide mystique et d'un frre en esprit et en vrit4 ,tout ce qui dut alors se passer dans son me1 ,dieu seul le sait1 et nous n'essaierons pas de peindre ce que nous ne devinons qu' demi4 ,note #ahd3 ,id4 ib41 p4 #dj4 ,la controverse tait1 cette poque1 la forme naturelle de l'esprit humain4 ,les lettres d',ablard et d',hlose sont tour tour des thses et des rfutations1 et elle argumente en lui rpondant4 ,nous n'analyserons pas cette rponse o la discussion prend place ct des aveux emports de la passion4 ,nous ne montrerons pas ,hlose repoussant presque comme une parole trop dure le voeu suprme d',ablard qui osait parler de sa mort1 et lui reprochant de leur demander des prires le jour o les malheureuses ne sauront plus que pleurer#ahe2 puis1 entreprenant d'tablir en forme qu'il a tort de dire tant de bien des femmes1 qu'elles ont toujours fait un grand mal ceux qui les ont aimes1 et que l',ecriture en maint passage leur est dfavorable2 nous ne la montrerons pas se citant alors en exemple1 et se complaisant dans la peinture des faiblesses de son me4 ,tout le monde doit lire ces pages uniques o elle qualifie ses fautes dans le langage svre de la religion1 et confesse sans remords que le remords lui est inconnu2 o1 dchirant le voile qui couvrait ses souvenirs1 ses regrets1 ses dsirs les moins exprimables1 elle semble prendre coeur de rpudier tous les mrites que se plaisait louer en elle ,ablard1 afin qu'il n'y trouve plus que l'immortel amour que lui-mme alluma4 ,comment rendre1 en effet1 l'aveu des penses ardentes que l'abbesse du ,paraclet nourrit dans la solitude de sa cellule1 dans l'isolement de ses nuits1 et qui la suivent l'autel1 et la charment plus encore qu'elles ne l'obsdent au bruit des chants d'glise8 ,tout cela est si srieux et si vrai que1 lorsque ,hlose parle elle-mme1 on oublie l'impuret des paroles4 ,traduites et rptes1 elles perdraient tout ensemble le feu qui les anime et la vrit qui les excuse4 ,ne citons que quelques mots qui rvlent avec une rude ingnuit ce que cette me si ferme pensait d'elle-mme4 ,note #ahe3 ,flere tunc miseris tantum vocabit1 non orare licebit4 7,ab4 ,op41 ep4 ,,iv1 p4 #ee47 ,mes passions m'oppriment d'autant plus que ma nature est plus faible4 ,ils me disent chaste1 ceux qui n'ont pas dcouvert que je suis hypocrite4 ,ils confondent la puret de la chair avec la vertu1 quoique la vertu soit de l'me et non du corps4 ,j'ai quelque mrite parmi les hommes1 je n'en ai pas devant ,dieu2 il sonde les reins et les coeurs1 et il voit ce qui est cach4 ,on me tient pour religieuse1 dans ce temps o ce n'est pas une petite partie de la religion que l'hypocrisie1 o les plus grandes louanges sont assures celui qui ne blesse pas le jugement des hommes4 ,et peut-tre est-il louable et dans une certaine mesure agrable ,dieu de ne point scandaliser l'glise par l'exemple des oeuvres extrieures1 quelle que soit d'ailleurs l'intention2 on vite ainsi d'exciter les infidles blasphmer le nom du ,seigneur1 et d'avilir1 aux yeux des hommes charnels1 l'ordre o l'on a fait profession4 ,c'est aussi un certain don de la grce divine1 sinon de faire le bien1 au moins de s'abstenir du mal4 ,mais qu'importe ce premier pas1 si le second ne le suit1 selon qu'il est crit3 loigne-toi du mal et fais le bien8 7,ps4 ,,xxxvi1 #bg47 ,et encore l'un et l'autre prcepte est-il vainement accompli1 s'il ne l'est par l'amour de ,dieu4 ,or1 dans toutes les situations de ma vie1 ,dieu le sait1 je crains plus encore de t'offenser que d'offenser ,dieu2 c'est toi que je dsire plaire plutt qu' lui4 ,c'est ton ordre et non l'amour divin qui m'a fait prendre cet habit4 ,vois donc quelle malheureuse et lamentable vie je mne1 si j'endure ici tant de maux sans fruit1 ne devant avoir aucune rmunration dans la vie future4 ,longtemps ma dissimulation t'a tromp comme beaucoup d'autres2 tu prenais l'hypocrisie pour de la religion1 et voil comme en te recommandant mes prires1 tu me demandes ce que j'attends de toi4 ,cesse1 je t'en conjure1 de prsumer ainsi de moi1 et ne renonce pas m'aider en priant pour moi4 ,ne me juge pas gurie et ne me retire point le bienfait du remde2 ne me crois pas riche et n'hsite pas secourir mon indigence2 ne me parle pas de ma force1 car je puis tomber avant que tu n'aies soutenu ma faiblesse chancelante4 ,cesse donc tes louanges4444 ,le coeur de l'homme est mauvais et impntrable4 ,qui le connatra8 ,l'homme a des voies qui paraissent droites1 et finalement elles conduisent la mort4 ,aussi est-il tmraire de le juger2 l'examen n'en est rserv qu' ,dieu2 c'est ainsi qu'il est crit3 ,tu ne loueras pas l'homme durant la vie#ahf4 ,et surtout il ne faut pas le louer1 quand la louange peut le rendre moins louable4 ,ainsi tes louanges sont pour moi d'autant plus dangereuses qu'elles me sont plus douces2 et j'en suis d'autant plus captive et charme que je mets mon tude te plaire en toutes choses4 ,crains pour moi1 je t'en conjure1 au lieu d'tre sr de moi1 et que ta sollicitude me vienne toujours en aide4 ,c'est aujourd'hui qu'il faut craindre1 aujourd'hui que tu ne calmes plus les dsirs de mon me#ahg4 ,ne me dis donc plus1 pour m'exhorter au courage et m'exciter au combat1 ces mots de l'aptre3 ,la vertu s'achve dans la faiblesse4444 ,celui-l seul sera couronn qui aura rgulirement combattu#ahh4 ,je ne cherche pas la couronne de la victoire2 il me suffit d'chapper au pril4 ,il est plus sr de l'viter que d'engager le combat4 ,dans quelque coin du ciel que ,dieu me relgue1 il fera bien assez pour moi4 ,note #ahf3 ,eccl41 ,,xi1 #cj4 ,il y a dans le texte sacr3 ,ne loue pas un homme avant sa mort4 ,note #ahg3 ,nunc vere praecipue timendum est ubi nullum incontinentiae meae superest in te remedium4 7,ab4 ,op41 ep4 ,,iv1 p4 #fa47 ,note #ahh3 ,,ii ,cor4 ,,xii1 ,d4--,,ii ,timoth4 ,,ii1 #e4 ,ablard accueillit cette lettre comme une confession pour y rpondre par une homlie#ahi4 ,il en traita tous les points avec mthode1 et trouva dans toutes les plaintes d'une infortune le motif ou le prtexte d'un sermon4 ,d'abord1 il ne veut voir dans les aveux d',hlose qu'une preuve d'humilit1 et il l'approuve de ne point aimer la louange1 pourvu cependant qu'elle prenne garde d'imiter la ,galate de ,virgile qui fuit et cherche en fuyant ce qu'elle semble viter4 ,a la peinture de leurs malheurs passs et de ses cruels regrets1 il rpond comme un confesseur que ces maux sont un chtiment mrit1 une leon utile1 une expiation ncessaire4 ,il lui rappelle fort nettement leurs pchs1 afin de la bien convaincre que ,dieu ne leur a fait que justice4 ,il la prie donc trs-instamment de dposer toute cette amertume dont il la croyait dlivre1 et surtout de ne plus dplorer les circonstances de leur commune conversion1 dont elle devrait plutt remercier le ciel4 ,il la conjure1 puisqu'elle tient tant lui plaire1 de lui pargner le tourment qu'elle lui cause1 et si elle croit qu'il aille vers ,dieu1 de ne pas se sparer de lui4 ,viens moi1 et sois ma compagne insparable dans l'action de grces1 toi qui as particip la faute et au bienfait4 ,car ,dieu n'a pas non plus oubli ton salut1 que dis-je8 il s'est surtout souvenu de toi1 lui qui t'avait en quelque sorte marque comme lui par un nom prophtique1 en t'appelant ,hlose de son propre nom qui est ,hlom#aij4 ,c'est lui1 dis-je1 qui a voulu dans sa bont nous sauver tous deux1 lorsque le dmon s'efforait de nous perdre1 en ne frappant qu'un de nous4 ,car peu de temps avant que le malheur arrivt1 il nous avait lis l'un l'autre par l'indissoluble loi du sacrement du mariage1 et tandis que t'aimant sans mesure1 je ne souhaitais que de te garder jamais1 dj il prparait tout pour que cet vnement nous rament lui4 ,car si tu ne m'avais t unie par le mariage1 lorsque j'ai quitt le sicle1 les prires de tes parents ou les dsirs de la chair t'auraient enchane au sicle4 ,vois donc combien ,dieu s'inquitait de nous1 comme s'il nous rservait quelque grand emploi1 et qu'il vt avec indignation ou avec regret que cette science littraire1 ces talents qu'il nous avait remis tous deux1 ne fussent point dpenss pour l'honneur de son nom#aia2 ou comme s'il et craint pour son serviteur plein d'incontinence1 parce qu'il est crit que les femmes font apostasier les sages mmes3 tmoin ,salomon le plus sage des hommes4 ,note #ahi3 ,id41 ep4 ,v1 p4 #fb et suiv4 ,note #aij3 ,ablard explique et dcompose lui-mme ce nom du ,seigneur dans son ,commentaire sur la ,gense4 ,en lisant ce passage dans l',hexameron o le nom d',hlom revient plusieurs fois sous sa plume1 il est impossible de ne pas penser qu' quelque poque qu'il l'ait crit1 ft-ce dans les jourfs d'austre retraite ,cluni1 par une puissante liaison d'ides1 le nom chri devait lui revenir avec des souvenirs bien diffrents des proccupations de l'exgse et de la thologie4 7,expos4 in ,hexam4 ,ths4 nov4 anecd41 #a4 ,v1 p4 #acga47 ,note #aia3 ,le mot talent est toujours pris par ,ablard mtaphoriquement dans le sens de la parabole du pre de famille4 7,matt41 ,,xxv1 #ae1 etc47 ,combien au contraire le talent de ta sagesse rapporte tous les jours d'usures au ,seigneur6 ,dj tu lui as donn un troupeau de filles spirituelles1 tandis que je demeure strile et que je travaille inutilement parmi les enfants de perdition4 ,oh6 quelle perte dtestable1 quel dplorable malheur1 si aujourd'hui1 t'abandonnant aux souillures des volupts de la chair1 tu donnais douloureusement le jour quelques enfants du monde1 au lieu de cette famille nombreuse que tu enfantes avec joie pour le ciel6 ,tu ne serais plus qu'une femme1 toi qui surpasses les hommes1 et qui as chang la maldiction d've en bndiction de ,marie6 ,oh6 qu'il serait indcent que ces mains sacres qui tournent aujourd'hui les pages des livres divins1 fussent rduites servir des soins grossiers6 ,dieu a daign nous arracher aux souillures contagieuses1 aux plaisirs de la fange1 et nous attirer lui par cette force dont il frappa saint ,paul pour le convertir1 et peut-tre a-t-il voulu1 par notre exemple1 prserver d'une orgueilleuse prsomption les autres personnes habiles dans les lettres#aib4 ,note #aib3 ,hoc ipso fortassis exemplo nostro alios quoque literarium peritos ab hac deterrere praesumptione4 7 ,ab4 ,op41 ep1 v1 p4 #gb-gc47 ,puis1 par un mouvement dont la vhmence loquente tranche avec sa manire un peu didactique1 ,ablard l'engage surmonter ses douleurs en lui prsentant le tableau des souffrances de ,jsus-,christ1 exhortation presque invitable dans la bouche du prdicateur chrtien1 mais qui sera ternellement mouvante et pathtique4 ,ma soeur1 ajoute-t-il1 c'est ton poux vritable que cet poux de toute l'glise3 garde-le devant tes yeux1 porte-le dans ton coeur4444 ,c'est lui qui de toi ne veut que toi-mme4 ,il est ton vritable ami1 celui qui ne dsirait que toi et non ce qui tait toi4 ,il est ton vritable ami celui qui disait en mourant pour toi3 ,personne n'a pour ses amis une plus grande affection que celui qui donne sa vie pour eux1 7,jean1 ,,xv1 #ac47 ,il t'aimait1 lui1 vritablement1 et non pas moi4 ,mon amour1 qui nous enveloppait tous deux dans le pch1 tait de la concupiscence1 et non de l'amour4 ,je satisfaisais en toi mes dsirs misrables1 et c'tait l tout ce que j'aimais4 ,j'ai1 dis-tu1 souffert pour toi1 et c'est peut-tre vrai2 mais j'ai plutt souffert par toi1 et encore malgr moi2 j'ai souffert1 non pour l'amour de toi1 mais par contrainte et par force1 non pour ton salut1 mais pour ta douleur4 ,lui seul a souffert salutairement1 volontairement pour toi1 qui par sa passion gurit toute langueur1 carte toute passion4 ,que pour lui donc1 je t'en prie1 et non pour moi1 soit tout ton dvouement1 toute ta compassion1 toute ta componction4 ,pleure cette iniquit si cruelle commise sur une si grande innocence1 et non la juste vengeance de l'quit sur moi1 ou plutt1 je te l'ai dit1 une grce suprme pour tous deux4444 ,pleure ton rparateur et non ton corrupteur1 celui qui t'a rachete1 et non celui qui t'a perdue1 le ,seigneur mort pour toi1 et non un esclave vivant1 ou plutt qui vient enfin d'tre vraiment dlivr de la mort4 ,prends garde1 je t'en prie1 que ce que dit ,pompe ,cornlie gmissante ne te soit honteusement appliqu3 ,pompe survit aux combats1 mais sa fortune a pri1 et tu pleures2 c'est donc l ce que tu aimais#aic4 ,pense cela1 je t'en supplie1 et rougis1 moins que tu ne veuilles dfendre de honteuses fautes4 ,accepte donc1 ma soeur1 accepte patiemment ce qui nous est arriv misricordieusement4444#aid ,note #aic3 ,vivit posi proella ,magnus1 ,sed fortuna perit2 quod dfies illud amasti4 7,lucan4 ,phar41 4 ,,xiii1 v4 #hd47 ,note #aid3 ,ab4 ,op41 ep4 ,v1 p4 #gc-gf4 ,je rends grces au ,seigneur qui t'a dispense de la peine et rserve la couronne4 ,tandis que par une seule souffrance corporelle1 il a glac en moi toute ardeur coupable1 il a rserv ta jeunesse de plus grandes souffrances de coeur par les continuelles suggestions de la chair1 pour te donner la couronne du martyre4 ,je sais qu'il te dplat d'entendre cela1 et que tu me dfends de parler ainsi1 mais c'est le langage de l'clatante vrit2 celui qui combat toujours appartient la couronne1 parce que nul ne sera couronn qui n'aura pas rgulirement combattu4 ,pour moi1 aucune couronne ne me reste1 parce que je n'ai plus combattre4 ,il finit en lui demandant ses prires1 et en lui adressant une nouvelle formule d'oraison qu'elle rcitera avec ses religieuses1 mais qui n'est visiblement que pour elle4 ,chose trange6 cette prire1 dans sa forme liturgique et sacre1 est peut-tre ce qu'il lui crit de plus tendre4 ,l'amour respire dans cet lan de l'me vers une cleste puret4 ,dieu qui1 ds la premire cration de l'humanit1 formas la femme de la cte de l'homme1 et consacras comme un trs-grand sacrement l'union nuptiale2 toi qui as relev le mariage par un immense honneur1 soit en naissant d'une femme marie1 soit en consommant les miracles de ta naissance1 et qui as jadis accord le mariage comme un remde aux garements de ma fragilit2 ne mprise pas les prires de ta faible servante1 prires que j'panche en prsence de ta majest et pour mes fautes et pour celles de mon bien-aim#aie4 ,pardonne1 trs-clment6 la clmence mme6 pardonne nos crimes si grands1 et que l'immensit de nos pchs prouve la grandeur de ta misricorde ineffable4 ,punis1 je t'en supplie1 des coupables dans la vie prsente1 afin de les pargner dans la vie future2 punis une heure1 afin de ne point punir une ternit4 ,prends envers tes serviteurs la verge de correction1 non le glaive de la colre4 ,afflige la chair pour sauver les mes4 pure et ne venge pas1 sois bon plutt que juste2 le ,pre misricordieux n'est pas un ,seigneur austre4 prouve-nous1 ,seigneur1 et tente-nous1 comme te le demande le ,prophte4 ,ne semble-t-il pas dire3 ,regarde d'abord nos forces1 et modre en consquence le poids des tentations4 ,ainsi parle le bien-heureux saint ,paul dans ses promesses tes fidles3 ,car ,dieu est puissant1 et ne souffrira pas que vous soyez tent au del de votre pouvoir1 mais il vous donnera1 avec la tentation mme1 la puissance d'en triompher4 7#a ,cor4 ,x1 #ac47 ,tu nous as unis1 ,seigneur1 et tu nous as spars quand il t'a plu et comme il t'a plu4 ,maintenant1 ,seigneur1 ce que tu as misricordieusement commenc1 accomplis-le en misricorde2 et ceux que tu as une fois spars dans le monde1 runis-les toi jamais dans le ciel1 notre esprance1 notre appui1 notre attente1 notre consolation1 ,seigneur1 qui es bni dans les sicles6 ,amen4 ,note #aie3 ,pro mei ipsis charique mei excessibus4 7,ab4 ,op41 ep4 ,v1 p4 #gg47 ,hlose reut la prire1 la rpta sans doute plus d'une fois les yeux en pleurs1 mais elle obit3 elle n'objecta rien1 ne concda rien2 elle promit seulement de ne plus rien crire de tout cela2 elle savait se sacrifier1 mais non pas changer4 ,sa rponse commence ainsi3 ,pour que tu ne puisses en rien m'accuser de dsobissance1 le frein de ta dfense a t impos l'expression mme d'une douleur immodre1 afin qu'au moins en crivant1 je retienne des paroles dont il serait difficile ou plutt impossible de se dfendre dans un entretien4 ,car rien n'est moins en notre puissance que notre coeur2 loin de lui pouvoir commander1 force nous est de lui obir4 ,lorsque les affections du coeur nous pressent1 nul ne repousse leurs subites atteintes1 et elles clatent facilement au dehors par les actions1 plus facilement encore par les paroles1 signes bien plus prompts des passions du coeur2 selon qu'il est crit3 ,la bouche parle d'abondance de coeur4 ,j'interdirai donc ma main d'crire ce que je ne pourrais empcher ma langue d'exprimer4 ,dieu veuille que le coeur qui gmit soit aussi prompt obir que la main qui crit6 ,tu peux cependant apporter quelque remde ma douleur1 si tu ne peux l'enlever tout entire4444#aif ,note #aif3 ,ab4 ,op4 ep1 ,,vi1 p4 #gh4 ,et le remde qu'elle demande1 c'est qu'il veuille bien d'abord lui enseigner l'origine historique des ordres religieux de femmes1 ainsi que leurs droits et leur autorit2 puis1 lui envoyer une rgle crite1 qui convienne la communaut1 et dtermine compltement son tat1 ses devoirs et son habit4 ,la lettre n'est plus qu'une longue suite de questions et de rflexions sur ces matires d'un intrt purement monastique4 ,cette lettre est la dernire4 ,hlose parat n'avoir plus crit4 ,mais ,ablard lui envoya la dissertation qu'elle demandait avec un plan de vie religieuse et une rgle dtaille1 qui est curieuse lire et rdige avec beaucoup de soin et de svrit4 ,aussi1 assure-t-il qu'en la composant1 il a imit ,zeuxis1 qui pour peindre la beaut d'une desse1 fit poser cinq jeunes filles devant lui4 ,il a eu1 lui1 plus de modles sous les yeux pour retracer la vierge du ,christ4 ,ces modles1 ce sont les ,pres de l'glise4 ,j'ai cueilli chez eux1 dit-il1 de nombreuses fleurs pour orner les lis de ta chastet#aig4 ,dsormais la correspondance devint sans doute une pure correspondance spirituelle4 ,l'abb de ,saint-,gildas ne fut plus que le directeur de l'abbesse du ,paraclet2 le couvent tout entier l'appelait notre matre4 ,note #aig3 ,si nous n'avions dj beaucoup cit1 il y aurait un intrt d'un autre genre dans les extraits de la correspondance relative la rgle du couvent4 ,hlose avait remarqu que la rgle commune aux couvents d'hommes et de femmes tait celle de ,saint-,benot1 tablie1 dans l'origine1 uniquement pour les hommes1 et elle demandait quelques adoucissements qui ne nous paraissent nullement exagrs1 comme1 par exemple1 la permission d'avoir du linge4 ,ablard ne lui accorda pas toutes les modifications qu'elle demandait1 et lui composa avec force citations et rflexions une rgle assez peu diffrente de celle de ,saint-,benot4 7,ab4 ,op41 ep4 ,,vii1 p4 #ia2 ep4 ,,viii1 p4 #acj47 ,a la suite de la lettre d',ablard1 les archives du ,paraclet contenaient un rglement intrieur que l'on croit l'ouvrage d',hlose ou plutt l'expression de l'ordre qu'elle avait elle-mme tabli4 ,duchesne l'a imprim4 7,ibid41 p4 #ajh47 ,il parat que c'est peu prs la rgle de ,saint-,benot suivant les statuts gnraux de l'ordre de ,prmontr4 7,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #fdj47 ,on peut se demander quel tait l'tat de l'me d',ablard4 ,avait-elle t entirement brise par le temps1 le malheur1 la rflexion1 la proccupation accablante de ses chagrins et de ses prils8 ,le besoin du repos1 un sentiment de dignit personnelle1 un orgueil souffrant rglait-il sa conduite et son langage8 ou bien enfin la dvotion dominait-elle en lui tout le reste8 ,il est probable que ces diverses causes agissaient la fois1 et l'avaient amen peu peu l'tat o nous le voyons4 ,les croyances et les habitudes de la religion et plus encore celles du sacerdoce ont cet avantage de pousser et d'autoriser les hommes prendre une attitude convenue d'avance pour autrui comme pour eux-mmes1 de leur permettre des sentiments et un langage factices et pourtant sincres et dignes1 de leur donner enfin un personnage jouer en parfaite tranquillit de conscience4 ,elles nous prtent en un mot un caractre2 elles font en nous ce que les thologiens appellent un homme nouveau4 ,c'est un manteau que la grce donne la nature1 et la faiblesse humaine croit s'amliorer1 quand elle ne russit qu' se dguiser4 ,peut-tre a-t-elle raison2 souvent le coeur ne gagne pas tre vu4 ,et cependant la sympathie profonde sera toujours pour l'me ingnue et libre qui1 ne s'environnant que de voiles transparents1 laissera percer sa lumire intrieure1 au risque de montrer le feu qui la consume4 ,hlose se conforma aux volonts d',ablard et pour lui tous les devoirs de son tat4 ,sous la dfrence de la religieuse1 elle cacha le dvouement de la femme4 ,elle le lui dit avec les formes de la dialectique1 jusques dans la suscription de sa dernire lettre3 ,a ,dieu spcialement1 lui singulirement#aih4 ,ce qui signifie en bonne logique1 ,dieu par l'espce1 lui comme individu2 et ce qui se dirait en sens inverse aujourd'hui3 ,la religieuse est ,dieu1 la femme est toi4 ,mais elle n'ajouta pas un mot de plus1 et son coeur rentra dans le silence4 ,elle vcut1 puisqu'on le voulait1 paisiblement1 saintement2 elle asservit et sacrifia sans rsistance toutes ses actions ce que rclamaient d'elle le ciel et son amant4 ,mais inconsolable et indompte1 elle obit et ne se soumit pas2 elle accepta tous ses devoirs1 sans en faire beaucoup de cas1 et son me n'aima jamais ses vertus4 ,note #aih2 ,domino specialiter1 sua singulariter4 7,ab4 ,op41 ep4 ,,vi1 p4 #gh47 ,les lettres d',ablard et d',hlose sont un monument unique dans la littrature4 ,elles ont suffi pour immortaliser leurs noms4 ,moins de cent ans aprs que le tombeau se ft ferm sur eux1 ,jean de ,meun traduisit ces lettres dans l'idiome vulgaire1 et sa version subsiste encore1 tmoignage irrcusable du vif intrt qu'elles inspirrent de bonne heure aux potes4 ,comme la langue des passions qui sont ternelles est pourtant changeante1 et suit les vicissitudes du got et les modes de l'esprit1 on a plus d'une fois retraduit pour la modifier1 altr pour l'embellir1 l'expression premire de ces ardents et profonds amours4 ,si l'auteur du pome de la ,rose leur donnait1 avec son gaulois du ,x,i,i,ie sicle1 une humble navet1 ddaigne par ,ablard1 inconnue d',hlose1 ,bussy-,rabutin1 avec le franais du ,x,v,i,ie1 leur prtait1 dans un excellent style1 un ton d'lgante galanterie1 autre sorte de mensonge4 ,ainsi1 un pisode historique fix par des documents certains est devenu comme un de ces thmes littraires qui se conservent et s'altrent par la tradition1 et qui se renouvellent selon le gnie des poques et des crivains4 ,peut-tre mme y a-t-il eu des temps o tout le monde ne savait plus s'il existait des lettres originales1 et dans bien des esprits1 les noms d',ablard et d',hlose ont t prs de se confondre avec ceux des hros de romans4 ,a diverses fois1 on a repris leurs aventures pour en faire le sujet de rcits passionns ou de correspondances imaginaires4 ,on ne s'est pas born retoucher1 paraphraser leurs lettres1 on leur en a fabriqu de nouvelles1 et la ralit a fait place la fiction4 ,la posie est venue son tour2 elle a prt ces amants d'un autre ge les finesses de sentiment1 les combats1 les remords qui conviennent la morale dramatique des temps modernes4 ,elle a dnatur leur amour rel1 croyant le rendre plus intressant2 et telle est la puissance de certaines conventions littraires qu'elles paraissent quelquefois plus vraies que les faits4 ,l',hlose de ,pope est devenue1 pour de certaines poques1 l',hlose de l'histoire1 ce point que l'auteur du ,gnie du ,christianisme1 voulant peindre l'amante chrtienne1 n'a imagin rien de mieux que de la chercher dans les vers de ,colardeau#aii4 ,note #aii3 ,gn4 du ,christ41 part4 ,,ii1 l4 ,,iii1 c4 ,v4--,on y lit ces mots3 ,femme d',abeillard1 elle 7,hlose7 vit et elle vit pour ,dieu4 ,j'aime mieux ce jugement de d',alembert rpondant ,rousseau3 ,quand vous dites que les femmes ne savent ni dcrire ni sentir l'amour mme1 il faut que vous n'ayez jamais lu les lettres d',hlose ou que vous ne les ayez lues que dans quelque pote qui les aura gtes4 7,lettre ,m4 ,rousseau1 ,ml4 de phil441 t4 ,,ii47 ,on trouve la traduction de ,bussy-,rabutin et presque toutes les pices de vers composes au nom d',hlose et d',ablard dans un volume in-#ab publi ,paris en #ahda2 le texte de ,pope est rimprim dans l',ablard illustr de ,m4 ,oddoul4 ,le sentiment du rel a commenc renatre parmi nous1 et c'est aujourd'hui dans leur correspondance authentique que nous voulons retrouver ,hlose et ,ablard4 ,ce qu'on en vient de lire suffit1 ce me semble1 pour la faire connatre4 ,on ne peut songer comparer ces lettres qu'aux ,lettres portugaises1 si toutefois l'imagination n'a point celles-ci se reprocher4 ,dans les premires1 le fond de deux mes souffrantes apparat avec les formes de l'esprit du temps3 l'amour et la douleur y empruntent le langage d'une rudition sans discernement1 d'un art sans beaut1 d'une philosophie sans profondeur2 mais ce langage pdantesque1 c'est bien le coeur qui le parle1 et le coeur est en quelque sorte loquent par lui-mme4 ,si le got n'a point orn le temple1 le feu qui brille sur l'autel est un feu divin4 ,plus heureuse que la pense1 la passion peut se passer plus aisment de la perfection de la forme1 et quel que soit le vtement dont la recouvre un art inhabile1 elle se fait reconnatre ses mouvements1 comme la desse de ,virgile sa dmarche3 ,incessu patuit dea4 ,reprenons notre rcit4--,lorsqu'une fois les rapports d',ablard avec la suprieure de l'abbaye du ,paraclet eurent t rgls1 et qu'il se fut affranchi de ses derniers liens avec le couvent de ,saint-,gildas#bjj1 il se livra sans rserve la sollicitude qu'elle lui inspirait1 et il porta dans ses communications chrtiennes et intellectuelles un intrt et une affection qui lui paraissaient acquitter les dettes de son coeur1 sans compromettre les froids devoirs de sa profession4 ,nous avons encore une partie des crits qu'il adressait aux religieuses dans sa paternelle vigilance pour leur perfection1 pour leur instruction1 et peut-tre aussi dans son dsir de ne pas cesser d'occuper leur me et de matriser leur pense4 ,tantt c'est une exhortation dveloppe l'tude des langues et des lettres1 o l'on voit en mme temps l'estime qu'il faisait de l'esprit des femmes et sa manire suprieure d'entendre la religion1 dont il ne voulait pas faire un formulaire attentivement rcit1 mais une science bien tudie et profondment comprise4 ,tantt c'est un pangyrique de saint tienne1 compos spcialement l'intention des filles du ,paraclet4 ,puis ce sont des homlies ou des sermons crits pour elles et qu'il pronona sans doute dans leur chapelle1 quand il se fut dfinitivement rapproch de ,paris#bja4 ,pour ,hlose1 il lui adresse de vritables ouvrages1 monuments de l'intime et mutuelle confiance qui1 entre ces deux intelligences1 survivait tout le reste4 ,un jour1 elle lui envoie un recueil de quarante-deux problmes de thologie que la lecture de l'criture sainte lui a suggrs et dont un assez grand nombre roule sur des questions de second ordre4 ,il lui rpond par quarante-deux solutions motives1 dont quelques-unes sont de petites dissertations#bjb4 ,pour elle1 il compose un livre d'hymnes et de squences qui ne sont pas dnues de quelque talent potique4 ,pour elle1 il runit ses sermons en une collection qu'il lui ddie par quelques mots simples et tendres#bjc4 ,enfin1 c'est sa demande qu'il crit son ,hexameron1 ouvrage thologique d'une assez grande importance1 et qui contient1 ainsi que le nom l'indique1 des recherches sur l'oeuvre des six jours ou un commentaire sur la ,gense#bjd4 ,c'est surtout dans le prologue de ses ouvrages qu'on le voit pancher d'un ton triste et doux les sentiments qu'il se croit permis avec ,hlose2 et maintenant qu'il a tabli entre elle et lui ce commerce pieux et savant de saint ,jrme avec ,paule ou ,marcelle1 il s'y abandonne complaisamment1 et mme dans les limites de la science et de la religion1 il laisse voir encore un dsir passionn de lui plaire4 ,note #bjj3 ,nous avons vu qu'on ne sait pas l'poque prcise de cette rupture2 mais elle fut antrieure #aach et probablement de plusieurs annes4 ,note #bja3 ,ab4 ,op41 part ,,ii1 ep4 ,,vi1 ,ad virgin4 paracl41 p4 #bea4 ,comparez avec la fin de la lettre ,,viii1 p4 #aig1 ep4 ,,vii ad easdem4--,de laude ,s4 ,stephani1 p4 #bjc4--,sermones per annum legendi1 p4 #gcj4 ,quelques-uns cependant de ces sermons sont composs pour des moines1 notamment le sermon ,,xxxi1 en l'honneur de saint ,jean-,baptiste4 p4 #idj4 ,note #bjb3 ,heloissae problemata cum ,m4,p4 ,aboelardi solutionibus1 p4 #chd4 ,note #bjc3 ,voyez la ddicace des sermons 7p4 #abi7 et la lettre d'envoi des chants d'glise4 7,bibl4 de l'cole des chartes1 t4 ,,iii1 #b;e liv41 #ahdb1 et ,ann4 de philos4 chrt41 janvier #ahdd47 ,le manuscrit de ,bruxelles1 qui contient ces posies sacres1 renferme quatre-vingt-quatorze hymnes ou squences 7proses ou cantiques7 pour tout le cours de l'anne4 ,ce ne sont pas les seuls vers d',ablard4 ,la ,gallia ,christiana lui attribue un distique fort insignifiant sur une alliance entre le roi de ,france et le roi d',angleterre4 ,m4 ,cousin a publi une longue ptre son fils ,astrolabe4 ,duchesne et ,duboulai1 sur l'autorit du docteur ,clichton1 lui attribuent galement une prose rime sur le mystre de l'incarnation1 chante autrefois dans plusieurs glises4 ,je prfre cette autre pice intitule ,rhythme sur la ,sainte-,trinit et que ,durand et ,martne ont tire d'un manuscrit de l'abbaye du ,bec3 ,grec3 ,alpha et ,grec3 ,omega1 ,magne ,deus1 ,heli1 ,heli1 ,deus meus1 ,cujus virtus totum posse1 cujus sensus totum nosse1 ,cujus esse summum bonum1 cujus opus quidquid bonum1 etc4 ,gall4 ,christ1 t4 ,,vii1 p4 #eie4--;,fragm4 philos41 t4 ,,iii1 p4 #ddj4--;,ab4 ,op41 p4 #aach4--;,hist4 ,universit4 parisiens41 t4 ,,ii1 p4 #gfa4-- ,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #acc-acf4--;,amplisc4 ,coll41 t4 ,,ix1 p4 #ajja4--;,cf4 ,religions antiques1 par ,m4 ,th4 ,wright et ,hollivol1 ,londres1 #ahda1 in-#h1 t4 ,i1 p4 #ae-ba1 et surtout l'article de ,m4 ,e4 ,dumril1 ,journ1 des sav4 de ,normand41 #b;e liv4 #ahdd4 ,note #bjd3 ,voyez ci-aprs1 l4 ,,iii1 et ,thesaur4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #acfc4 ,nous sommes peut-tre au temps le plus tranquille de sa vie4 ,dlivr des soucis de son abbaye1 tout entier l'tude1 la prdication1 la direction du ,paraclet1 il pouvait ne pas ambitionner d'autre pouvoir1 et son repos tait assur4 ,si l'inimiti assoupie1 mais non teinte1 le menaait encore1 il ne manquait ni de protecteurs ni d'amis4 ,par quelques faits pars1 on entrevoit qu'il avait trouv faveur auprs des puissances du temps2 le comte de ,champagne1 le duc de ,bretagne1 le roi de ,france lui-mme1 le prirent plus d'une fois sous leur garde1 et les ,garlandes1 qui sous ,louis le ,gros et son fils1 formrent comme une dynastie de ministres1 paraissent s'tre intresss lui comme s'intressent les ministres4 ,beaucoup de ses sectateurs taient maintenant assez avancs dans la carrire pour l'aider de l'autorit1 de l'influence ou de la rputation qu'ils avaient acquises3 l'glise en comptait plusieurs parmi ses grands dignitaires4 ,quelques-uns1 trangers la ,france et mme la ,gaule1 avaient rapport dans leur patrie son souvenir et ses opinions4 ,on disait qu'elles avaient pntr dans le sacr collge4 ,ses anciens disciples peuplaient les rangs levs de l'enseignement1 de la littrature et du clerg4 ,d'ailleurs l'institution du ,paraclet tait florissante1 elle obtenait chaque jour davantage la faveur et le respect1 et il tait difficile que le succs de l'oeuvre ne rejaillit pas un peu sur l'ouvrier4 ,hlose la vrit pouvait en cela rclamer la plus grande part4 ,il ne parat pas qu' aucune poque rien ait srieusement altr l'admiration que cette femme inspirait tout son sicle4 ,une fois religieuse1 puis prieure1 puis abbesse1 elle difia et elle enorgueillit l'glise2 elle fut la lumire et l'ornement de son ordre4 ,la supriorit de son esprit et de sa science tait si bien tablie que tous ses contemporains taient fiers d'elle1 pour ainsi dire1 et lui portaient un intrt qui ressemblait l'engouement4 ,hugues ,mtel1 rhteur pistolaire qui crivait en style affect tout ce qui tait illustre1 lui adressait1 sans la connatre1 des lettres et des vers o il la comparait l'astre de ,diane4 ,il pensait gagner de la gloire la louer#bje4 ,les plus svres avaient pour elle une indulgence qu'ils n'auraient pas mme os nommer ainsi1 tant elle imposait naturellement le respect4 ,plus ddaigneuse et plus irrite qu',ablard lui-mme contre ses ennemis1 elle dsarma ou intimida constamment leur haine4 ,elle ne transigeait1 elle ne faiblissait sur aucun des intrts comme sur aucune des ides de son poux et de son matre1 et jamais on n'osa faire remonter jusqu' elle une dangereuse solidarit4 ,elle appelait saint ,bernard un faux aptre1 et lui-mme parait n'avoir entretenu avec elle que des relations bienveillantes#bjf2 elles amenrent mme entre ,ablard et lui1 sur un point de liturgie d'un intrt mdiocre1 une controverse qui ne semblait pas prsager leur violente rupture et qui cependant la commena peut-tre4 ,on voit dans les lettres de ,pierre1 abb de ,cluni1 combien il se trouvait honor de correspondre avec ,hlose#bjg4 ,ainsi1 les chefs des institutions les plus puissantes1 ,clairvaux et ,cluni1 les rois du clotre1 traitaient sur un pied d'galit avec la reine des religieuses1 avec cette docte abbesse1 d'une vie si chaste et si pure1 et qui aurait donn mille fois son voile1 sa croix et sa couronne1 pour entendre encore chanter sous sa fentre par un enfant de la ,cit qu'elle tait la matresse du matre ,pierre4 ,note #bje3 ,hug4 ,mtom41 epist4 ,,xvi et ,,xvii1 dans le recueil intitul3 ,hugon4 ,sacr4 antiq4 mon41 t4 ,,ii1 p4 #cdh4 ,note #bjf3 ,quant au nom de faux aptre1 voyez sa premire lettre2 et quant aux relations bienveillantes1 voyez ce qu'en dit ,ablard4 7,ep4 ,,ii1 p4 #db1 et pars ,,ii1 ep4 ,v1 p4 #bdd47 ,saint ,bernard la recommanda une fois au pape1 assez schement il est vrai1 et sept ou huit ans aprs la mort d',ablard4 7,s4 ,bern42 ,op41 ep4 ,,cclxxviii47 ,note #bjg3 ,ab4 ,op41 p4 #ccg et #cdd4 ,un pote anglais qui crivait vers la fin de ce sicle1 ,walter ,mapes1 a cependant prouv qu'il y avait des esprits clairvoyants qui devinaient le coeur de la femme sous l'habit de la religieuse4 ,la marie1 dit-il 7nupta1 apparemment ce mot suffisait pour la dsigner71 cherche o est son ,palatin bien-aim1 dont l'esprit tait tout divin2 elle cherche pourquoi il s'loigne comme un tranger1 celui qu'elle avait rchauff dans ses bras et sur son sein#bjh4 ,note #bjh3 ,nupta querit ubi sit suus ,palatinus ,cujus totus extitit spiritus divinus1 ,querit cur se substrahat quasi peregrinus ,quem ad sua ubera foverat et sinus4 ,w4 ,mapes ou ,gautier ,map1 archidiacre d',oxford vers #abjj1 insre ces vers dans une pice dirige contre l'ignorance des moines4 ,il y dcrit une sorte d',elyse fantastique des savants et des lettrs1 o il numre et caractrise les beaux esprits du temps4 ,c'est par ce quatrain et sans autre explication qu'il indique ,hlose1 que l'on reconnaissait alors ce nom nupta1 l'abesse marie4 7,the latin poems1 etc41 by ,thomas ,wright1 ,lond41 #ahda1 pet4 in-#d4--;,cf4 ,hist4 litt41 t1 ,,xv1 p4 ,,xiv1 #dif47 ,c'est1 je le crois1 dans l'intervalle qui s'coula entre le moment o il devint abb de ,saint-,gildas et celui o nous le verrons rouvrir pour la dernire fois son cole qu',ablard composa ou retoucha ses principaux ouvrages4 ,le plus considrable est sa ,dialectique si longtemps perdue pour la postrit1 et qui1 l'originalit prs1 ressemble la logique d',aristote1 qu'elle reproduit en partie sous les formes verbeuses de la scolastique4 ,c'est le rsum de son enseignement philosophique adress ,dagobert1 son frre peut-tre1 ou du moins son frre spirituel4 ,peut-tre y travailla-t-il ,saint-,gildas1 s'il ne l'avait commenc ,saint-,denis2 mais il l'acheva ou la revit plus tard4 ,ce qui est certain1 c'est que l'ouvrage est d'une poque o il n'enseignait plus depuis longtemps dj1 et o la dialectique n'tait pas en grande faveur auprs de ceux qui veillaient au gouvernement des esprits4 ,un crit plus court1 mais plus prcieux1 parce qu'il parat beaucoup plus original1 est un trait peu tendu ,sur les genres et les espces1 monument le plus certain et le plus intressant qui nous reste de la partie systmatique des opinions d',ablard4 ,si le conceptualisme est quelque part1 il est l4 ,on en retrouve l'esprit dans un petit trait sur les ides1 rest longtemps inconnu 7,de intellectibus74 ,parmi ses crits thologiques1 le plus important parat tre celui qui fut brl ,soissons1 ou1 selon nous1 l',introduction la thologie4 ,on cite aussi un recueil de textes des critures et des ,pres runis mthodiquement et qui expriment le pour et le contre sur presque tous les points de la science sacre1 ouvrage singulier qui s'appelait le ,oui et le ,non 7,sic et ,non71 et qui ne fut peut-tre pas publi par son auteur4 ,on se tromperait cependant1 si l'on y cherchait un recueil d'antinomies destin tablir le doute en matire de religion2 c'est un ouvrage consacr la controverse plutt qu'au scepticisme4 ,les opinions exposes dans l',introduction ont t de nouveau prsentes et compltes dans un grand ,commentaire de l'ptre aux ,romains1 et dans la ,thologie chrtienne1 qui reproduit et dveloppe la matire du premier ouvrage avec quelques remaniements et quelques amendements4 ,enfin1 la morale thologique d',ablard est expose sous ce titre3 ,connais-toi toi-mme 7,scito te ,ipsum74 ,on lui attribue galement une dmonstration en forme de dialogue de la vrit du christianisme contre le judasme et la philosophie incrdule4 ,nous ne pensons pas nous tromper en disant que la plupart de ces traits#bji ne reurent la dernire main qu' une poque assez avance de sa vie1 quoiqu'ils contiennent des opinions de sa jeunesse1 et qu'ils doivent abonder en raisonnements1 en exemples1 en expressions cent fois employs dans ses crits de tous les temps et dans les improvisations de son enseignement oral4 ,l'analogie des ides et des citations1 l'identit des formes et du style1 sont remarquables dans presque tous ces ouvrages4 ,on retrouve sans cesse dans ses lettres des penses qui rappellent sa philosophie ou sa thologie1 et chose plus intressante encore1 les lettres d',hlose sont semes de maximes empruntes aux thories du matre de son esprit et de son coeur4 ,tout annonce que le temps qui spara le jour o ,ablard quitta la ,bretagne de l'anne #aadj fut pour lui anim et rempli par une grande activit intellectuelle et littraire4 ,cependant cette priode est dans sa vie une lacune assez obscure4 ,on sait seulement qu'il reprit une dernire fois son enseignement public1 et telle tait sa vocation minente pour cet emploi difficile de l'intelligence que vers #aacf1 c'est--dire l'ge de cinquante-sept ans1 il retrouvait la vogue de sa jeunesse4 ,c'tait ,paris1 sur la montagne ,sainte-,genevive1 un des premiers thtres de ses succs1 qu'il avait rouvert cole de dialectique1 et nous apprenons d'un de ses auditeurs4 ,note #bji3 ,nous ne faisons ici que les nommer4 ,les deux derniers livres de cet ouvrage sont destins les faire connatre4 ,j'tais tout jeune1 dit ,jean de ,salisbury1 lorsque je vins dans les ,gaules pour y faire mes tudes4 ,c'tait l'anne qui suivit celle o le roi des ,anglais1 ,henri1 ,lion de ,justice1 quitta les choses humaines 7#aace74 ,je me rendis auprs du pripatticien ,palatin qui alors prsidait sur la montagne ,sainte-,genevive1 docteur illustre1 admirable a tous4 ,l1 ses pieds1 je reus les premiers lments de l'art dialectique1 et suivant la mesure de mon faible entendement1 je recueillis avec toute l'avidit de mon me tout ce qui sortait de sa bouche4 ,puis1 aprs son dpart qui me parut trop prompt1 je m'attachai au matre ,albric1 qui excellait parmi les autres comme le dialecticien le plus rput1 et qui tait effectivement l'adversaire le plus nergique de la secte des nominaux#baj4 ,note #baj3 ,johan4 ,saresb4 ,metalog41 l4 ,,ii1 c4 ,x1 et ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cjd--;,jean le ,petit1 de ,salisbury1 n1 dit-on1 on #aaaj1 mais probablement plus tard1 quitta l',angleterre pour venir tudier en ,france4 ,il y suivit les matres les plus clbres1 ,ablard1 ,albric1 ,robert de ,melun1 ,guillaume de ,conches1 ,adam du ,petit-,pont1 ,gilbert dela ,porre1 etc41 et il nous a laiss de prcieux dtails sur les coles de son temps4 ,il retourna en ,angleterre en #aafa1 remplit de nombreuses missions en ,italie1 fut appel en #aagj l'vch de ,chartres1 et mourut le #be octobre #aahj4 7,hist4 litt41 t4 ,,xiv1 p4 #hi47 ,ainsi peu de temps aprs ce dernier enseignement1 et pour une cause inconnue1 ,ablard suspendit ses leons2 mais en reformant son cole1 il avait raviv son influence et sa renomme4 ,aussitt devait se redresser contre lui la vigilance hostile qu'il avait constamment rencontre4 ,l'clat de ses leons devait accrotre encore la curiosit qui s'attachait ses crits thologiques2 et suivant d'assez bonnes autorits1 ce fut le moment o aprs les avoir achevs1 il leur donna le plus de publicit1 quoique plusieurs aient t toujours tenus secrets#baa4 ,note #baa3 ,cette propagation rapide et tendue de ses ouvrages est atteste par ,guillaume de ,saint-,thierry et par saint ,bernard dans les lettres qui seront plus bas analyses4 ,le premier dit aussi que le ,sic et ,non et le ,scito te ipsum fuyaient la lumire et ne se trouvaient pas aisment4 ,il est croire que plusieurs de ces ouvrages1 surtout ceux qui avaient t condamns1 furent longtemps lus en secret1 quoique assez rpandus3 ,libri ejusdem magistri diu in abscondito servati sunt ab ejus discipulis4 7,alberic4 ,triumf4 ,chronic41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #gjj4--;,histoire littraire1 t4 ,,xii1 p4 #ig47 ,bientt vingt ans allaient s'tre couls depuis que le concile de ,soissons avait prononc1 et peut-tre tait-il oubli4 ,du moins faut-il qu',ablard le crt ainsi1 ou que1 ranim par un retour d'empire et de popularit1 il fut redevenu confiant dans sa fortune1 et moins inquiet de l'habilet et de la force de ses ennemis1 puisqu'il recommenait livrer au public les mmes doctrines qui l'avaient fait condamner une fois4 ,peut-tre comptait-il sur l'autorit de son ge1 sur celle de ses amis1 sur la disparition de ses anciens rivaux1 sur sa rconciliation ou plutt sur ses relations convenables avec saint ,bernard4 ,il se manifestait d'ailleurs en ce moment un vif mouvement intellectuel et comme un effort gnral de la libert de penser4 ,ablard devait s'associer ce mouvement qui venait en partie de lui1 et il semblait le guider4 ,quoique plus retenu que ses lves ou ses imitateurs1 ds qu'il paraissait1 il tait aussitt le premier dans les craintes et dans les aversions du parti de la vieille autorit4 ,il ne pouvait retrouver la renomme sans rveiller la haine et encourir le malheur4 ,on aime aujourd'hui tout rapporter des causes gnrales1 et l'histoire n'a plus d'vnement qui ne soit prsent comme le symptme ou le rsultat de l'tat des esprits au moment o il s'est produit4 ,cette manire de juger les choses humaines n'est jamais plus de mise que lorsqu'il s'agit de raconter un vnement o figurent des philosophes et des thologiens1 des penseurs et des prtres1 et qui n'est qu'une lutte critique entre deux doctrines4 ,nous sommes donc bien loign de sparer ,ablard et sa querelle avec saint ,bernard de l'tat gnral du monde spirituel leur poque4 ,ce conflit clbre est un drame qui devait se reproduire plus d'une fois sous d'autres formes1 avec d'autres noms1 en d'autres temps1 parce que chacun des deux athltes reprsentait l'un des deux esprits qui ne sauraient prir dans les socits modernes4 ,le combat de l'autorit et de l'examen n'a pas commenc d'hier1 et quoique la victoire ait dcidment chang de ct1 il n'est pas prt finir4 ,ce qu',ablard a enseign de plus nouveau pour son temps1 dit un ingnieux crivain1 c'est la libert1 le droit de consulter et de n'couter que la raison2 et ce droit1 il l'a tabli par ses exemples encore plus que par ses leons4 ,novateur presque involontaire1 il a des mthodes plus hardies que ses doctrines1 et des principes dont la porte dpasse de beaucoup les consquences o il arrive4 ,aussi ne faut-il pas chercher son influence dans les vrits qu'il a tablies1 mais dans l'lan qu'il a donn4 ,il n'a attach son nom aucune de ces ides puissantes qui agissent travers les sicles2 mais il a mis dans les esprits cette impulsion qui se perptue de gnration en gnration4 ,c'est tout ce que demandait1 tout ce que comportait son sicle#bab4 ,note #bab3 ,mme ,guizot1 ,essai sur la vie et les crits d',abl4 et d',hl41 p4 #cdc4 ,on a donc eu raison d'claircir et de complter le rcit qui nous reste faire par des considrations gnrales sur ce rveil de l'esprit humain au ,x,i,ie sicle1 sur cette seconde des trois renaissances qu'on peut apercevoir dans le cours de l'histoire du moyen ge#bac4 ,un des historiens de saint ,bernard1 ,neander1 a caractris d'une manire bien intressante le mouvement des esprits et des opinions aux approches du concile de ,sens#bad4 ,mais la biographie1 sans s'interdire l'observation des faits gnraux1 se nourrit surtout de faits prcis et individuels4 ,ces faits ont aussi leur influence1 car c'est aussi une loi gnrale de l'histoire de l'humanit que les causes particulires produisent leurs effets1 et que le petit concourt au grand1 comme le grand aboutit trs-souvent au petit4 ,recueillons donc encore quelques dtails qui achveront de caractriser ,ablard et sa situation4 ,note #bac3 ,histoire littraire de la ,france1 par ,m4 ,ampre1 t4 ,,iii1 l4 ,,iii1 c4 ,,ii1 p4 #cb4 ,note #bad3 ,histoire de saint ,bernard et de son sicle1 par ,a4 ,neander1 traduit de l',allemand par ,m4 ,vial1 l4 ,,ii1 p4 #aaj et suiv4 ,voyez aussi le c4 ,,xvii de l',histoire de saint ,bernard1 par ,m4 l'abb ,ratisbonne1 t4 ,,ii1 p4 #a et suiv4 ,l'esprit de ses doctrines1 ou1 comme on dirait aujourd'hui1 leur tendance1 n'tait pas la seule cause1 de l'animadversion de l'glise contre lui4 ,son caractre personnel avait certainement beaucoup aggrav l'effet de ses opinions1 et notre rcit l'a d prouver4 ,ce qu'il lui fallut souffrir diffrentes poques l'avait irrit contre ses suprieurs ecclsiastiques1 et1 sans concevoir la pense de faire schisme dans l'glise1 il s'tait livr plus d'une fois de vives attaques contre plusieurs des autorits ou des corps qui la constituaient4 ,nous l'avons vu se plaindre de l'vque de ,paris et de ses chanoines1 de l'abb de ,saint-,denis et de ses religieux2 savant1 difficile et chagrin1 il ne contenait pas l'expression blessante de son mpris pour l'ignorance1 de son ressentiment contre l'injustice1 de sa svrit envers le dsordre1 et ce chanoine si peu sage1 ce moine si peu clotr1 ce prtre si indpendant de toute rgle1 s'tait rig en censeur amer et vhment du clerg4 ,dans plusieurs de ses ouvrages1 il clate contre les moines1 et non pas seulement contre ceux de ,saint-,denis ou de ,saint-,gildas4 ,l'ignorance ou les vices des couvents en gnral sont l'objet de ses invectives#bae4 ,si une fois il parat dfendre les moines1 c'est pour leur immoler les chanoines rguliers1 et sans doute pour attaquer indirectement1 soit l'abbaye de ,saint-,victor o respirait un esprit oppos au sien1 soit plutt saint ,norbert qui avait1 la rforme et la propagation de la constitution canonicale de la vie religieuse1 attach ses soins et sa gloire#baf4 ,les vques ne s'taient point soustraits sa tmraire critique4 ,en leur reprochant positivement de ne point savoir les lois et les rgles de l'glise1 il essayait1 dans un de ses plus graves crits1 de limiter dans leurs mains ce qu'on appelle le pouvoir des clefs1 et1 en dnonant la cupidit d'un grand nombre1 il avait devanc la rformation par ses attaques contre le trafic des indulgences#bag4 ,nous ne connaissons pas de satire plus vive contre le clerg que le plus important de ses sermons1 celui pour la fte de saint ,jean-,baptiste4 ,c'est l qu'il a l'audace d'accuser formellement saint ,norbert d'avoir essay de frauduleux miracles1 et travaill1 de connivence avec ,farsit1 son coaptre1 ressusciter un mort4 ,il dnonce avec un ton de drision qui semble en avance de six sicles les recettes caches1 les remdes et les ruses dont se servent les nouveaux saints pour conjurer les maux de prtendus infirmes1 et raconte jusqu' un complot que ,norbert aurait form avec une mendiante pour tromper la crdulit des fidles#bah4 ,qu'on s'tonne ensuite qu'il y et contre lui dans le clerg des haines bien plus vives que ne semblait le mriter la hardiesse modre et chrtiennement respectueuse de ses nouveauts dogmatiques4 ,note #bae3 ,ab4 ,op41 ep4 ,,viii1 p4 #aic et #aie4 ,pars4 ,,ii de ,s4 ,susanna sermo ,,xviii1 p4 #ice4 ,de ,s4 ,joanne ,bapt4 sermo ,,xxxi1 p4 #iec1 #ieh1 etc4--,theolog4 ,christ41 l4 ,,ii4 p4 #abae1 #abce1 #abdj4 ,note #baf3 ,ab4 ,op41 pars4 ,,ii1 ep4 ,,iii1 p4 #bbh4 ,note #bag3 ,ethic4 seu ,scito te ipsum1 c4 ,,xviii1 ,,xxv et ,,xxvi4 ,note #bah3 ,ab4 ,op41 de ,s4 ,joan ,b4 serm4 ,,xxxi1 p4 #hfg4--,les miracles de saint ,norbert remplissent sa biographie4 ,cependant le plus ancien rcit ne parle point de morts ressuscits2 l'auteur1 comme le remarquent les pangyristes plus modernes1 n'ayant voulu1 cause de l'endurcissement de certains infidles1 raconter que des faits connus et avous de tous4 ,le jsuite ,daniel ,papebroke parat le regretter dans ses notes de la ,vie des ,saints2 d'autres plus hardis ont conclu d'une peinture qu'on voyait dans une glise de ,nancy que ,norbert avait ressuscit trois hommes1 et le prmontr ,hugo qui a crit sa vie en #agjd n'hsite pas raconter ce miracle qui aurait prcd de trs-peu la mort mme du saint4 ,est-ce de ce miracle qu',ablard s'est moqu et qu'il dit3 ,mirati fuimus et risimus8 ,quant ce ,farsit1 qu'il associe ,norbert et que ,papebroke prend pour3 ,fursitus1 convitium potius quam nomen1 ce doit tre ,hugues ,farsit 7,hue li ,farsis71 chanoine de ,saint-,jean-des-,vignes ,soissons1 lequel suivait les miracles qui de #aabh #aacb s'opraient dans l'glise de ,notre-,dame de cette ville4 ,il a crit de grandes louanges de saint ,norbert1 et prtend avoir assist soixante-quinze miracles dont se moque ,racine le fils4 7,biblioth4 praemonstr4 ordin4 ,s4 ,norb4 vit41 p4 #cfe4--;,acta sanctor4 ,junii1 t4 ,i1 p4 #haf et #hfa4--,vie de saint ,norbert1 par ,hugo1 l4 ,,iv1 p4 #hcd4--;,hist4 litt41 t4 ,,xi1 p4 #fbj1 et t4 ,,xii1 p4 #aae1 #bid et #gaa4--,mm4 de l',acad4 des inscript41 t4 ,,xviii1 p4 #hdg47 ,quant saint ,bernard1 ,ablard semble l'avoir plus mnag2 et1 si ce n'est dans une ligne de l'histoire de ses malheurs o il l'attaque sans le nommer#bai1 il parait tre rest1 son gard1 dans les termes d'une prudence politique1 imite par son rival que distrayaient d'ailleurs tant d'autres soins1 et qui tait dans la religion un homme d'tat encore plus qu'un docteur4 ,cependant il faut raconter une anecdote dj indique qui peut servir bien faire juger de leurs relations4 ,note #bai3 ,ab4 ,op41 ep4 ,i1 p4 #ca1 et ep1 ,,ii1 p4 #db4 ,un jour1 l'abb de ,clairvaux visita le ,paraclet1 et y fut reu avec de grands honneurs4 ,ayant assist vpres1 comme la fin de l'office1 suivant une rgle de l'ordre de ,saint-,benot1 on rcitait l',oraison dominicale1 il remarqua avec surprise qu'on y faisait une variante1 non adopte gnralement par l'glise4 ,au lieu de dire3 ,donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien1 conformment au texte de saint ,luc1 on disait3 ,notre pain supersubstantiel1 selon le texte de saint ,mathieu4 ,bernard en fit l'observation l'abbesse1 et comme elle lui dit que le matre ,pierre l'avait prescrit ainsi1 il parut ne pas approuver cette singularit#bbj4 tant venu au couvent quelques jours aprs1 ,ablard fut instruit de ce qui s'tait pass1 et il crivit l'abb de ,clairvaux une lettre o il lui dit d'abord1 un peu ironiquement peut-tre1 qu'on l'a cout au ,paraclet1 non comme un homme1 mais comme un ange1 et que pour lui1 il serait plus fch de lui dplaire qu' personne2 puis1 il explique que la version de saint ,mathieu lui a paru prfrable celle de saint ,luc1 parce que le premier avait appris le ,pater de la bouche de ,jsus-,christ1 tandis que le second ne pouvait le tenir que de saint ,paul1 qui lui-mme n'avait pas entendu le ,sauveur4 ,enfin1 aprs quelque discussion1 il dclare ne pas beaucoup tenir ces diversits de brviaire qui sont naturelles et sans danger1 et cette lettre commence si respectueusement pour saint ,bernard1 il la termine par quelques critiques d'un ton vif et moqueur contre la manire particulire dont certains offices taient dits ,clairvaux#bba4 ,on ne voit point que saint ,bernard ait rien rpondu4 ,il parat seulement que par la suite1 mais longtemps aprs ,ablard1 ,hlose et saint ,bernard1 les religieuses du ,paraclet comme les religieux de ,cteaux1 ont chang les singularits de leur liturgie4 ,note #bbj3 ,cette diffrence existe dans la ,vulgate qui traduit par supersubstantialem panem dans saint ,mathieu1 et par panem quotidianum dans saint ,luc1 les mots ,grec3 arton epiouson commune l'un et l'autre dans le texte grec4 ,quoique le mot de pain quotidien ait prvalu1 on ne voit pas comment il peut traduire exactement l'adjectif grec qui signifie beaucoup plutt substantiel que quotidien4 7,voy4 ,thes4 ling4 graec47 ,l'pithte de supersubstantiel est rendue dans la ,bible de ,vence par ces mots3 ,notre pain qui est au-dessus de toute substance4 ,au reste1 les variations sont nombreuses tant sur la lettre que sur le sens de ce passage de la prire la plus familire aux chrtiens4 7,math41 ,,vi1 #j4--,luc41 ,,xi1 #c4--;,biblia maxim41 t4 ,,xvii1 p4 #fb4--,nicole1 ,pater1 c4 ,,vi47 ,note #bba3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,v1 ,p4 ,abael4 ad ,bern4 claraev4 abb41 p4 #bdd1 et ,serm4 ,,xiii1 p4 #heh4 ,telles taient1 les considrer dans leur dtail1 les relations d',ablard avec diverses parties du clerg4 ,jugez donc si le jour o il exciterait de nouveau les ombrages de l'orthodoxie1 il pouvait esprer indulgence ou justice4 ,or cette hypothse devait tt ou tard se raliser4 ,la foi absolue qu'il avait dans son propre sens1 la certitude nave qu'il professait d'tre le plus savant des hommes1 lui avaient dict assez de maximes indpendantes et d'imprudentes publications pour que la matire ne manqut point aux accusations de ses ennemis3 il ne leur manqua longtemps que l'occasion et le courage4 ,nous ne retrouverons plus ici ,norbert qui tait mort en #aacd1 ni ,albric de ,reims qui1 devenu archevque de ,bourges depuis six ans1 parat avoir enfin mis un terme l'activit de sa haine contre un ancien rival4 ,mais noua trouverons saint ,bernard1 et nous le verrons entour d'auxiliaires nouveaux4 ,ainsi qu'il arrive toujours1 on s'en prit d'abord aux disciples d',ablard4 ,ils taient prsomptueux et insolents2 on les accusa d'exagrer la doctrine de leur matre2 puis1 on les souponna de la rvler1 et on lui en demanda compte4 ,nous avons encore une lettre de ,gautier de ,mortagne1 professeur assez renomm de thologie1 qui avait enseign sur la montagne ,sainte-,genevive et ,reims1 et qui devint plus tard vque de ,laon#bbb4 ,dans cette lettre1 dont la date est inconnue1 il se plaint au matre de l'outrecuidance de ses lves2 il ne peut croire qu'ils disent vrai en prtendant que leur professeur donne la pleine intelligence de la nature de ,dieu1 et ramne une clart parfaite le dogme de la ,trinit4 ,il remarque cependant que quelques passages des leons d',ablard paraissent se prter ces interprtations2 mais en rendant hommage sa science et sa modestie1 il le prie de lui crire positivement son avis sur quelques points dlicats de thologie2 car il n'est pas bien assur de sa pense1 quoiqu'il ait rcemment confr avec lui2 il lui demande de lui dire nettement s'il croit avoir de ,dieu une connaissance parfaite1 et quand il saura sur cet article et quelques autres quoi s'en tenir1 il lui promet de rpondre et de discuter1 s'il y a lieu4 ,cette lettre mesure et encore bienveillante est un modle du ton que la controverse aurait d toujours conserver2 mais cet exemple ne fut gure imit4 ,note #bbb3 ,c'est ce ,gautier de ,mortagne ou de ,laon1 dsign quelquefois sous le nom de ,gautier de ,mauritanie4 ,on a de lui quelques lettres qui sont de petits traits de thologie4 ,celle qui est adresse ,ablard pourrait tre d'une date antrieure l'poque que nous racontons1 si la suscription ,magistro ,petro monacho doit tre prise la lettre4 7,d',achery1 ,spicilegium 7#agbc71 t4 ,,iii1 p4 #ebd4--;,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #eaa47 ,un chanoine de ,saint-,lon de ,toul1 ,hugues ,mtel1 lve d',anselme de ,laon1 fabricateur habile de phrases et de vers1 ou plutt d'antithses et d'acrostiches1 bel esprit orthodoxe qui semble avoir fait mtier1 presque comme ,balzac ou ,voiture1 d'adresser des lettres en style recherch aux grands personnages de son temps1 crivit au pape ,innocent ,,ii1 et au philosophe ,ablard#bbc4 ,note #bbc3 ,c'est le mme qui avait crit ,hlose1 on ne sait quelle poque1 deux lettres dj cites qui ne sont que des compliments littraires4 7,hugo1 ,sacrae antiquit4 mon41 t4 ,,ii1 p4 #cab4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #dic47 ,en parlant ce dernier1 matre accompli dans le trivium et le quadrivium1 ,hugues ,mtel1 qui s'intitule quelque part le secrtaire d',aristote#bbd1 lui dclare que1 sur la foi de la renomme1 il excre les hrsies qu'on lui attribue1 et qu'il abhorre leur auteur avec elles4 ,si toutefois ce qu'on dit de lui est la vrit1 c'est erreur et horreur1 l'criture sainte a t profane4 ,quelle prsomption en effet6 ,un chtif mortel vouloir s'lever l'explication de l'incomprhensible ,trinit6 ,est-il donc plus insens qu',empdocle8 est-il donc enivr de vaines nouveauts8 ,oublie-t-il qu'on ne connat ,dieu qu'en l'ignorant#bbe8 ,tout ce que je sais de lui1 c'est que je ne le sais pas4 ,non que je veuille1 ajoute notre crivain1 attaquer ta sagesse et ta gloire2 ce serait vouloir obscurcir le soleil4444 ,tu as tant de prudence1 tant d'loquence1 tant d'lgance de moeurs4444 ,mais peut-tre ce sont des paroles qui auront t jetes au vent1 on n'en aura pas bien saisi le sens4444 ,reviens toi1 docte matre1 reviens4444 ,sur la porte de ton me1 garde crit le ,connais-toi toi-mme2 car c'est une parole descendue du ciel4 ,souviens-toi que tu es un homme et non pas un ange2 en cherchant te connatre1 tu ne sors pas de toi-mme1 tu ne te dpasses pas4#bbf ,note #bbd3 ,aristotelis secretarius4 7,id4 ibid41 ep4 ,,xii1 p4 #cac47 ,note #bbe3 ,cum fama loquor4444 haereses tuo nomini dedicatas4444 execror4444 et te ipsum cum ipsis abominor4444 ,scripturam sacram devirginasti4444 errore et horrore erras et horres1 si haeresibus haeres1 si tamen verum est quod de te dictum est4444 insanior es ,empedocle4444 ,inebriatus es novitatibus vanis4444 ,deus nesciendo scitur2 unum hoc de ,deo scio quod eum nescio4 7,id4 ibid41 ep4 ,v1 p4 #ccb47 ,note #bbf3 ,prudentia tua tanta1 facundia tua tanta1 elegantia morum tanta tua6444 ,in superliminari animae tuae ,gnotum canton 7sic1 pro ,gnti seauton7 scriptum habeto4 ,descendit quippe de coelo scito te ipsum2 memineris1 etc4 7,id4 ibid47 ,dans ces conseils1 mls d'ironie et d'adulation1 s'aperoivent encore l'admiration1 la dfrence1 l'embarras que tmoignaient presque tous les contemporains d',ablard en s'adressant lui3 mais1 dlivr de cette contrainte1 ,hugues s'panche avec plus d'amertume1 quand il parle au souverain pontife4 ,il lui dnonce ouvertement un nouvel ennemi2 il voit natre et il lui prdit la querelle qui va s'lever entre saint ,bernard1 cet homme vraiment et entirement catholique1 isralite de pre et de mre1 spirituellement et littralement1 et ,ablard1 ce fils d'un gyptien et d'une ,juive1 fidle au sens littral par sa mre1 infidle au sens spirituel par son pre4 ,ce ,pierre1 non pas ,barjone1 mais ,aboilard1 aboie en effet contre le ciel#bbg4 ,c'est une hydre nouvelle1 un nouveau ,phaton1 un autre ,promthe1 un ,ante la force d'un gant4 ,c'est le vase d'zchiel qui bout allum par l'aquilon4 ,ainsi la ,france est frappe des plus cruelles plaies de l'gypte2 car elle est ravage par des grenouilles parlantes4 ,c'est au saint-pre d'y porter remde1 c'est lui d'allumer le cautre gui gurira ces consciences cautrises4 ,qu'il se presse1 s'il ne veut pas que tous les pcheurs de la terre tombent dans les rets de cet homme#bbh4 ,note #bbg3 ,petrus iste non ,barjona1 sed ,aboilar1 quod equidem esset tolerabile si tamen latraret in arte4444 latratus dat in excelsum4 ,jeu de mots sur le nom d',aboilar et le rapport du son avec le mot qui ds lors reprsentait le mot aboyer4 7,id1 cp4 ,,iv1 p4 #ccj47 ,note #bbh3 ,altera olla ,ezechielis bulliens succcensa ab aquilone4444 ,inflammandum est cauterium ad cauteriatas conscientias medendas4444 ,velociter1 inquam1 ne cadant in retiaculo praefati hominis peccatores terrae4 7,id4 ibid47 ,il n'y a rien de bien srieux dans ces compositions tudies d'un rhteur clrical qui1 sans mission1 se mle d'une haute controverse1 et la saisit comme une occasion de faire briller son orthodoxie1 son esprit et son style4 ,nous allons entendre un langage plus grave et plus vrai4 ,il y avait alors dans l'glise un moine de ,cteaux1 de l'abbaye de ,signy au diocse de ,reims1 nomm ,guillaume1 et qui1 avant de s'ensevelir dans l'obscurit d'une cellule1 avait t dans la mme contre abb bndictin du couvent de ,saint-,thierry1 dont il conservait le surnom4 ,il jouissait d'une grande rputation de pit#bbi1 crivait avec talent sur les matires spirituelles1 unissait assez habilement la dialectique et la mysticit2 et surtout il tait vivement aim de saint ,bernard1 qui le consultait souvent sur ses ouvrages4 ,note #bbi3 ,bertrand ,tissier1 qui a recueilli ses ouvrages1 le qualifie de ,beatus4 ,nous ne voyons nulle part ailleurs son nom prcd de ce titre4 ,ce doit tre un saint de ,cteaux4 7,bibliothec4 ,patr4 cisterc41 t4 ,,iv4--,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #cab47 ,dans le temps que ce ,guillaume de ,saint-,thierry s'occupait d'un commentaire sur le ,cantique des ,cantiques1 livre qui tait alors en possession d'exciter la sagacit fconde des interprtes1 le hasard fit tomber sous ses yeux un recueil intitul3 ,thologie de ,pierre ,ablard4 ,le titre excita sa curiosit2 le recueil contenait deux petits ouvrages1 peu prs les mmes pour le fond1 mais l'un plus tendu et plus dvelopp que l'autre4 ,c'tait l',introduction la ,thologie1 et1 je crois1 la ,thologie chrtienne4 ,cette lecture mut le religieux2 abandonnant aussitt son travail1 car c'tait une oeuvre des temps de loisir et qui lui paraissait peu convenable quand il croyait voir le domaine de la foi envahi main arme#bcj1 il nota tous les passages qui le troublaient1 et ses motifs pour en tre troubl4 ,il y reconnut des penses et des expressions nouvelles1 inoues1 touchant les matires de la foi4 ,le dogme de la ,trinit1 la personne du ,mdiateur1 le ,saint-,esprit1 la ,grce1 le sacrement de la ,rdemption1 lui parurent compromis par les tmrits d'un homme qui portait dans l'glise l'esprit qu'il avait montr dans l'cole4 ,saisi d'inquitude et d'indignation1 ,guillaume de ,saint-,thierry hsita sur ce qu'il devait faire4 ,il trouvait le scandale manifeste1 le pril grave et imminent4 ,l'glise n'avait plus1 son avis1 dans le monde et dans l'cole1 de docteurs clbres et vigilants1 capables de soutenir avec clat la saine croyance1 de reprsenter le vritable esprit de la religion4 ,il appartenait un parti o l'on estimait que1 depuis la mort de ,guillaume de ,champeaux et d',anselme de ,laon1 le feu de la parole de ,dieu s'tait teint sur la terre#bca4 ,ceux qui pouvaient le rallumer restaient comme ensevelis dans les soins de l'piscopat1 les mditations du clotre1 ou le gouvernement des affaires temporelles de l'glise4 ,il s'alarmait de leur silence1 et1 d'un autre ct1 il avait aim ,ablard#bcb2 il prouvait apparemment ce mlange de got et de crainte que ressentaient pour lui tant d'hommes minents de ce sicle2 il balanait l'attaquer1 craignant de passer pour trop vif ou pour trop dfiant4 ,cependant l'intrt de la foi l'emporta dans son me1 et dominant toute autre considration1 au risque de s'engager dans une affaire difficile1 il rsolut de provoquer directement1 dt-il leur dplaire1 ceux dont le silence lui semblait une calamit pour l'glise4 ,il crivit une lettre commune l'abb de ,clairvaux1 et ,geoffroi1 l'vque de ,chartres4 ,note #bcj3 ,c'est lui qui s'exprime ainsi dans une ptre aux chartreux du ,mont-,dieu1 qui prcde son trait de la ,vie solitaire1 et o il numre tous ses ouvrages4 ,il dit mme qu'il a interrompu son exposition du ,cantique des ,cantiques aux versets #c et #d du chap4 ,,iii4 ,l1 en effet1 se termine cette exposition qui est insre dans la ,bibliothque des ,pres de ,citeaux4 7,lib4 de vit4 solit41 praefat41 t4 ,,iv1 p4 #a47 ,note #bca3 ,mortuo ,anselmo laudunensi et ,guillelmo catalaunensi1 ignis verbi ,dei in terra defecit4 7,hug4 ,melel41 ep4 ,,iv ad ,innocent41 p4 #ccj47 ,note #bcb3 ,dilexi et ego eum4 7,s4 ,bern41 ,op41 ep4 ,,cccxvi1 ,guillelm4 abbat4 ad4 ,gaufrid4 et ,bernard4--,biblioth4 ,patr4 cisterc41 t4 ,,iv1 p4 #aab47 ,dans cette lettre que le temps a respecte1 ,guillaume1 tout en leur demandant presque pardon de les troubler1 gourmande respectueusement leur quitude1 et dcrit1 dans un langage anim1 et le danger pressant qui le force parler1 et les poignantes inquitudes qu'il prouve4 ,la foi des aptres et des martyrs est menace1 et nul ne rsiste1 nul ne parle4 ,il souffre1 il se consume1 il frissonne1 et cependant ,pierre ,ablard recommence dire1 crire ses nouveauts2 ses doctrines courent le royaume et les provinces2 ses livres passent les mers2 chose plus grave1 ils ont franchi les ,alpes1 et l'on dit qu'ils ont obtenu de l'autorit en cour de ,rome4 ,ainsi le mal se propage1 et bientt envahira tout1 si ,bernard et ,geoffroi n'y mettent un terme4 ,je ne savais en qui me rfugier4 ,je vous ai choisis entre tous1 je me suis tourn vers vous1 et je vous appelle la dfense de ,dieu et de toute l'glise latine4 ,car il vous craint1 cet homme1 et vous redoute4 ,fermer les yeux1 qui craindra-t-il8 ,et aprs ce qu'il a dj dit1 que dira-t-il1 lorsqu'il ne craindra personne8 ,ils sont morts1 presque tous les matres de la doctrine ecclsiastique1 et voil qu'un ennemi domestique fait irruption dans la rpublique dserte de l'glise1 et s'y conquiert une exclusive domination4 ,il traite l'criture sainte comme il traitait la dialectique2 ce ne sont qu'inventions lui personnelles1 que nouveauts annuelles4 ,c'est le censeur et non le disciple de la foi1 le correcteur et non l'imitateur de nos matres4 ,a l'appui de cette dnonciation1 il relve dans les deux ouvrages d',ablard treize articles condamnables1 et il indique les noms d'autres livres qu'il ne connat pas et qu'on tient cachs3 c'est le ,oui et le ,non1 c'est le ,connais-toi toi-mme1 dont les titres1 qu'il trouve monstrueux1 lui paraissent annoncer dans le texte d'autres monstruosits4 ,cette lettre servait de prface une dissertation en forme qui l'accompagnait1 ou qui du moins la suivit de fort prs4 ,l1 ,guillaume discute en dtail et combat avec beaucoup de soin les treize erreurs capitales dont il accuse ,ablard1 et sa rfutation1 compose d'autant de chapitres qu'il trouve d'erreurs rfuter1 n'est certainement pas d'un esprit vulgaire4 ,infrieure pour le mouvement et la puissance celle que saint ,bernard adressa plus tard au pape1 crite d'un style moins color et moins brillant1 elle atteste un esprit plus subtil1 plus propre pntrer dans le fond des questions de dialectique et mme de mtaphysique4 ,sa pense gnrale est celle d'une foi implicite et absolue1 qui affirme et n'explique pas2 l'esprit humain1 quand il s'agit de ,dieu et des conditions de la nature divine1 ne pouvant aller lgitimement et srement au del de la conception et de l'affirmation de l'existence4 ,guillaume de ,saint-,thierry ne se trompait pas1 s'il souponnait d'un peu de froideur les deux dignitaires de l'glise qu'il interpellait4 ,ils s'taient accoutums tmoigner leur zle en de plus graves affaires que des controverses d'cole1 et tous deux venaient de jouer le rle le plus actif dans les luttes provoques par le schisme des deux papes4 ,dans sa querelle contre ,pierre de ,lon ou ,anaclet ,,ii1 ,innocent ,,ii avait trouv en ,geoffroi et en ,bernard les plus utiles et les plus zls dfenseurs4 ,l'un portait encore le titre de lgat du saint-sige dans les ,gaules1 et il n'y avait gure plus d'un an que l'autre tait revenu de ,rome1 o aprs la mort d',anaclet il avait conduit son successeur repentant aux pieds du souverain pontife1 et rtabli l'unit de l'glise4 ,on ignore comment l'vque de ,chartres rpondit ,guillaume de ,saint-,thierry2 quant saint ,bernard1 il accueillit la dnonciation avec une politesse fort laconique4 ,c'tait au mois de mars1 pendant le carme de #aaci1 ou1 suivant quelques-uns1 de #aadjbcc4 ,note #bcc3 ,on peut admettre en effet que ceci ne se passa qu'en #aadj1 anne de la runion du concile4 ,dans ce cas1 la confrence de saint ,bernard et de ,guillaume1 puis celle de saint ,bernard et d',ablard1 leur demi-rapprochement1 leurs plaintes mutuelles1 leur rupture1 l'appel au concile1 la retraite de saint ,bernard1 puis sa rentre dans la querelle1 la session du synode et son jugement1 tout se serait pass dans le court espace de cinquante soixante jours1 de la fin du carme l'octave de la ,pentecte1 et l'accusation dirige contre ,ablard d'avoir un certain moment prtendu emporter l'affaire en la brusquant1 n'en serait que mieux justifie4 7,voyez plus bas p4 #bja47 ,dans une lettre des plus courtes1 il approuve l'motion du religieux1 loue son trait1 bien qu'il n'ait pu le lire encore avec assez d'attention1 le croit propre dtruire des dogmes odieux1 et1 pour le reste1 il se rejette sur les devoirs du saint temps o il crit pour ajourner toute explication4 ,l'oraison rclame cette heure tous ses instants1 et ce n'est qu'aprs ,pques qu'il pourra se rencontrer avec ,guillaume et confrer avec lui4 ,en attendant1 il le prie de prendre sa patience en patience1 il a jusqu'ici peu prs ignor toutes ces choses1 et il termine en lui rappelant que ,dieu est puissant et en se recommandant ses prires#bcd4 ,note #bcd3 ,s4 ,bern41 ,op41 ep4 ,,cccxvii4 ,les dfenseurs de saint ,bernard ont insist sur cette preuve de sa froideur au dbut de toute cette affaire4 ,ils en concluent qu'on ne le saurait accuser d'inimiti ni de passion1 et mettent un soin peu explicable le disculper de toute initiative dans une poursuite que cependant ils approuvent1 et qu'ils le louent d'avoir soutenue plus tard avec chaleur et persvrance4 ,en tout genre1 les apologies sont souvent contradictoires2 elles tendent tablir la fois que celui qu'elles dfendent n'a pas fait ce qu'on lui reproche et qu'il a eu raison de le faire4 ,ainsi1 selon ses partisans1 saint ,bernard serait louable de n'avoir pas suscit l'affaire qu'il est louable pourtant d'avoir suivie4 videmment1 tout cela importe peu2 et si1 comme les documents l'attestent1 le zle de ,guillaume de ,saint-,thierry alluma celui de l'abb de ,clairvaux1 la conduite de ce dernier n'en est ni mieux justifie ni plus condamnable4 ,nous avons vu1 en #aaba1 au concile de ,soissons1 la sage modration de l'vque de ,chartres intervenir avec une grande autorit4 ,son influence n'et pas t moindre dans les nouvelles confrences de #aaci ou de #aadj4 ,le titre de lgat qu'il portait encore et que son humilit changeait en celui de serviteur du saint-sige apostolique1 n'aurait fait qu'ajouter son ascendant4 ,mais bien qu'il ait particip aux oprations du concile de ,sens#bce1 il s'efface dans toute cette affaire1 et d'ailleurs sa position politique dans l'glise1 sa liaison avec saint ,bernard1 la rcente communaut de leur conduite et de leurs efforts en tout ce qui touchait les intrts de la papaut1 devaient le porter imprieusement a marcher avec lui4 ,il est probable qu'il suivit le mouvement sans ardeur et sans rsistance4 ,note #bce3 ,je ne sais ou ,gervaise a pris que ,geoffroi tait mort cette anne mme1 le jour de ,pques1 et par consquent n'avait pu assister au concile 7t4 ,,ii1 l4 ,v1 p4 #hf74 ,il y assist1 il signa les lettres synodiques1 il tait encore lgat en #aadd1 sancto sedis apostolicae famulus1 et ne mourut que le #bi janvier #aade4 7,s4 ,bern41 ,op41 ep4 ,,cccxvii4--,gallia ,christ41 t4 ,,viii1 p4 #aacd4--;,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #hd47 ,saint ,bernard fut donc abandonn lui-mme4 ,c'tait un esprit plus lev qu'tendu1 et dont la sagacit naturelle tait limite par une pit ardente et crdule4 ,il la poussait jusqu' la dvotion minutieuse4 ,comme sa svrit envers lui-mme1 son zle pour la maison du ,seigneur ne connaissait pas de bornes2 et tandis qu'il domptait son corps et humiliait sa vie par les rigueurs les plus misrables1 il se livrait avec une confiance absolue au sentiment d'une mission personnelle de sainte autorit4 ,sa charit vive et tendre dans le cercle de l'glise ou de son parti dans l'glise1 s'unissait une svrit souponneuse hors du monde soumis son influence1 confondue ses yeux avec le divin pouvoir de l'glise mme4 ,c'tait un orateur loquent1 un brillant crivain1 un missionnaire courageux1 un actif et puissant mdiateur dans les affaires o il s'interposait au nom du ciel2 mais il manquait souvent de mesure et de prudence4 ,sa raison tait moins forte que son caractre1 sa foi en lui-mme exalte par l'excs de ses sacrifices4 ,la justesse1 la modration1 l'impartialit lui taient difficiles2 il y avait de l'aveuglement dans son gnie2 et ct des rares qualits qui l'ont plac si haut dans l'glise et dans l'histoire1 on reconnat mille traits de sa vie que ce grand homme tait un moine#bcf4 ,note #bcf3 ,voyez ,othon de ,frisingen1 ,de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xvii4--,cf4 ,brucker1 ,hist4 crit4 philos41 t4 ,,iii1 pars ,,ii1 l4 ,,ii1 c4 ,,iii1 p4 #gea et #gei4 ,lorsque le jour de ,pques ft pass1 il donna plus d'attention aux avertissements de ,guillaume de ,saint-,thierry1 qui sans doute ne manqua pas de lui rappeler la confrence promise4 ,la gravit relle ou apparente de quelques-unes des nouveauts d',ablard1 l'indpendance gnrale de sa doctrine1 sa prfrence pour la mthode rationnelle dans l'exposition des vrits religieuses1 et1 plus que tout cela1 l'immense et rapide propagation de ses ides1 qui trouvaient tous les esprits prts et ardents les accepter1 dterminrent saint ,bernard intervenir4 ,quoique douze ans auparavant ,ablard l'et rang au nombre de ses ennemis#bcg1 leur dissidence1 qui tait dans la nature des choses1 n'avait pas eu beaucoup d'clat2 rien d'irrparable ne les armait encore l'un contre l'autre4 ,l'abb avait visit le ,paraclet2 quelques relations les avaient rapprochs2 leur passager dissentiment sur le texte de l',oraison dominicale pouvait bien avoir manifest ou laiss entre eux un fond d'aigreur cache1 mais enfin ils vivaient en paix4 ,bernard hsitait videmment rompre1 peu curieux d'engager un si rude combat4 ,il voulut d'abord avoir une entrevue avec ,ablard1 et il lui fit quelques observations sur ses doctrines4 ,cette premire confrence n'ayant rien produit1 une seconde eut lieu1 et cette fois en prsence de deux ou trois tmoins1 suivant le prcepte de l'vangile#bch4 ,il l'engagea revoir ses crits1 modifier ses assertions1 surtout ralentir les pas trop rapides de ses disciples dans la voie qu'il leur avait ouverte4 ,la conversation fut assez amicale4 ,un secrtaire de saint ,bernard1 son pangyriste et son biographe1 assure mme qu'on s'entendit et que ce dernier obtint quelques promesses rassurantes4 ,c'est ce que ne confirme point la relation officielle1 envoye au saint-sige par les vques1 aprs la dcision du concile#bci4 ,il y eut une simple confrence prliminaire1 d'o chacun se retira avec des esprances1 parce que1 de part et d'autre1 on resta en des termes bienveillants4 ,comme ,ablard tait loign de toute ide de schisme1 et que ses propositions les plus hasardes comportaient pour la plupart une explication plausible1 un entretien commenc sans le dsir de rompre devait conduire quelque espoir de rapprochement entre ,bernard et lui4 ,l'un n'tait point press de pousser les choses l'extrme2 il ne cherchait pas un clat2 l'autre1 toujours plac entre la soumission et la rvolte1 dsirait se maintenir l'gard du pouvoir ecclsiastique dans une indpendance sans hostilit2 il ne cda donc pas son adversaire1 mais il ne l'irrita pas4 ,note #bcg3 ,voyez ci-dessus1 p4 #aaf4 ,note #bch3 ,si ton frre a pch contre toi1 va et reprends-le entre toi et lui2 s'il t'coute1 tu auras gagn ton frre4 ,s'il ne t'coute pas1 prends avec toi encore une ou deux personnes1 afin que tout soit confirm sur la parole de deux ou de trois tmoins4 7,math41 ,,xviii1 #ae et #af47 ,note #bci3 ,geoffroi1 n ,auxerre1 moine de ,clairvaux1 secrtaire 7notarius7 de saint ,bernard1 et qui a crit sa vie1 avait t quelque temps disciple d',ablard2 mais il appartenait tout entier au parti oppos lors du concile de ,sens4 ,il affirme qu',ablard promit de s'amender la volont de saint ,bernard1 ad ipsius arbitrium correcturum se promitteret universa4 ,mais les vques de ,france1 dans leur lettre au pape1 parlent de la confrence familire et amicale o ,ablard fut averti2 et ils ne disent point ce qu'il rpondit4 ,s'il et fait une promesse viole plut tard1 leur intrt tait de le rappeler4 7,cf4 ,gaufr41 l4 ,,iii1 ,de vit4 ,s4 ,bernardi4 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cgj1 etc4--,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v1 p4 #aadg4--,s4 ,bern41 ,op41 ep4 ,,cccxxxvii4--,ab4 ,op42 ,not41 p4 #aaja47 ,quand les hommes suprieurs se rencontrent1 ils essaient ou feignent de s'entendre1 du moins tant que la guerre n'est pas dclare4 ,mais une fois spars1 chacun1 rentr dans son camp1 y retrouve ses amis1 ses confidents1 ses flatteurs1 et se rchauffe au foyer de l'esprit de parti4 ,ce qui inquitait ,bernard1 c'tait moins encore la nature que le succs des doctrines d',ablard4 ,il voyait au loin s'tendre l'esprit de controverse sur les matires les plus hautes et les plus sacres4 ,dans les derniers temps1 des hrsies graves1 notamment sur la ,trinit1 s'taient produites en divers lieux#bdj4 ,ablard1 aprs en avoir beaucoup rfut par ses arguments1 en avait suscit d'autres par sa mthode4 ,il autorisait les erreurs mme qu'il n'enseignait pas4 ,partout sa voix se dressait1 moins prudent et moins rserv que lui1 l'ternel ennemi de l'autorit1 l'examen4 ,son exemple avait comme dchan dans la lice la raison individuelle4 ,note #bdj3 ,c'tait surtout celles de ,henry1 de ,tanquelm ou ,tankolin1 de ,pierre de ,bruis1 peut tre aussi des deux frres bretons1 ,bernard et ,thierry dont parle ,othon de ,frisingen1 et dont ,gautier de ,mortagne a rfut le second4 ,on suppose que ce sont les deux frres que veut dsigner ,ablard dans le tableau qu'il a par deux fois trac des hrsies contemporaines4 7,cf4 ,introd4 ad ,theol41 l4 ,,ii1 p4 #ajff4--,theolog4 ,christ41 l4 ,,iv1 p4 #acad-acaf1 et ci-aprs1 l4 ,,iii4 c4 ,,ii4--,rec4 des ,histor41 t4 ,,xiv1 praef41 p4 ,,ixx4--,de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4--,spicileg41 t4 ,,iii4--,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #cgh74 ,hors de sa prsence1 l'abb de ,clairvaux ne se contraignit point pour maudire cette rformation anticipe2 il ne s'abstint pas d'en rapporter l'existence au plus renomm des novateurs2 sans peut-tre attaquer directement sa personne1 il accusait ses principes et son exemple4 ,il arrachait ses livres des mains de ses disciples1 et prchait contre la contagion de son cole4 ,autour du nouvel aptre s'levait contre l'autorit doctrinale d',ablard une clameur de rprobation et d'anathme4 ,nous en pouvons juger par le langage des crivains partisans de saint ,bernard4 ,ablard dogmatisait perfidement1 disent-ils tous4 ,il fut ngromant et familier du dmon1 a crit ,grard d',auvergne#bda4 ,note #bda3 ,de fide dogmatizans ferfide4444 ,nigromanticus et daemoni familiaris4 7,thes4 anc4 t4 ,v1 praef4 in fin47 ,on lisait cela dans une chronique manuscrite de ,cluni4 ,les mots perfide dogmatizans ont t rpts ailleurs4 7,guill4 ,nang4 ,chron41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xx1 p4 #gca47 ,non moins puissant et non moins passionn1 retentit bientt de l'autre ct le cri de l'indpendance4 ,ablard lui-mme1 irritable et convaincu1 opposait aux accusations des dngations sincres1 et1 ne croyant que se dfendre1 prenait contre ce qu'il appelait la mauvaise foi1 l'ignorance ou l'envie1 une offensive hautaine4 ,ses disciples toujours nombreux renvoyaient l'insulte la rprobation1 et le mpris l'anathme4 ,ils avaient pour eux les droits de l'intelligence4 ,ils pensaient dfendre contre des prjugs tyranniques la vrit ternelle et nouvelle la fois4 ,ablard pouvait se regarder comme le reprsentant de ce que le christianisme renfermait de plus clair1 comme le docteur1 sinon de la majorit dans l'glise1 au moins d'une minorit pleine d'esprance et d'avenir4 ,tous les esprits hardis se groupaient autour de lui4 ,ceux mme qui exagraient ou dnaturaient ses opinions1 ceux mme qui en soutenaient d'autres1 ou1 comme on dirait aujourd'hui1 de plus avances1 le prenaient pour chef1 et voulaient1 leur profit1 faire triompher en lui la libert de penser4 ,un docteur qui avait tudi avec lui et sous lui1 ,gilbert de la ,porre1 chancelier de l'glise de ,chartres et dj clbre par la solidit et le succs de son enseignement1 avait commenc dvelopper sur l'essence divine1 sur ses attributs1 sur la diffrence des personnes aux proprits dans la ,trinit1 ces subtilits ingnieuses1 hasardes1 dont il devait1 huit ans aprs1 tant vque de ,poitiers1 venir rpondre devant deux conciles#bdb4 ,pierre ,brenger1 zl disciple d',ablard1 dj revtu des fonctions de scolastique1 et qui devait dfendre plus tard son matre dans une courageuse apologie1 nourrissait et ne cachait pas contre le despotisme ecclsiastique ces sentiments d'opposition dont il a rendu l'expression si vive et si piquante#bdc4 ,note #bdb3 ,gilbert de la ,porre 7,porretanus7 soutint des opinions thologiques qu'on trouve1 sous quelques rapports1 analogues celles d',ablard4 ,il rencontra aussi saint ,bernard pour adversaire4 ,il fut traduit devant le consistoire de ,paris et au concile de ,reims1 en #aadh4 7,ott4 ,frising4 ,de ,gest4 ,frid41 l4#a1 c4 ,,xlvi1 ,l et seq4--,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #dhf47 ,note #bdc3 ,pierre ,brenger1 de ,poitiers1 scolastique on ne sait de quelle glise1 n'est gure connu que par son apologie d',ablard et une invective contre les chartreux4 ,ptrarque1 le premier1 l'a appel ,pictaviensis 7,poitevin74 ,dom ,brial souponne qu'il l'a confondu avec ,pierre de ,poitiers1 autre disciple d',ablard1 et veut1 sans trop de fondement1 que ,brenger soit ,gabalitanus ou du ,gvaudan4 7,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xvii1 ,,xviii et ,,xix2 ,not41 p4 #aaib4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #bfd4--,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #bid47 ,enfin un homme intrpide1 jeune encore1 ,arnauld de ,bresce1 qui passe galement pour avoir suivi les leons d',ablard1 venait de se retirer en ,france1 banni de ,rome par l'autorit pontificale1 pour y avoir fougueusement soutenu la rforme spirituelle et temporelle de l'glise chrtienne4 ,moins proccup du dogme que des abus introduits dans la constitution du clerg1 il prludait1 sans le savoir1 l'insurrection des ,vaudois1 des ,albigeois1 celle du protestantisme1 par des attaques o se mlait la passion de l'indpendance religieuse un sentiment confus de la libert politique#bdd4 ,on dit qu'il se rapprocha d',ablard1 et le poussa vivement la rsistance4 ,rien1 notre connaissance1 n'atteste cette coalition que le dire de saint ,bernard4 ,il appelle ,arnauld le lieutenant1 ou plutt l'cuyer d',ablard#bde1 et met grand soin1 dans ses lettres pour ,rome1 confondre la cause de l'un avec celle de l'autre1 et reprsenter ,ablard1 tantt comme le guide1 tantt comme l'instrument de l'ennemi que le pape venait de frapper4 ,esprons pour saint ,bernard qu'il a dit vrai4 ,note #bdd3 ,arnauld1 qu'on croit n ,bresce1 dans les premires annes du ,x,i,ie sicle1 attaqua avec tant de violence la richesse du clerg et le despotisme du gouvernement papal qu'il fut condamn en #aaci par le concile de ,latran4 ,forc de quitter l',italie1 il vint en ,suisse1 et de l apparemment en ,france4 ,il repassa les ,alpes en #aada1 souleva ,bresce1 provoqua dans ,rome un mouvement rvolutionnaire qui triompha dix-ans1 et fut brl vif en #aaee4 ,note #bde3 ,procedit ,golias procero corpore1 nobili illo suo bellico apparatu circumcinctus1 antecedente quoque ipsum ejus armigero ,arnaldo de ,brixia4 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,clxxxix4 ,voyez aussi les lettres ,,cxcv et ,,cccxx47 ,excit ou non par ,arnauld de ,bresce1 ,ablard affronta la tempte1 et traita ses pieux et puissants adversaires comme des coeurs mchants et des esprits faibles4 ,revenant la confiance prsomptueuse de sa jeunesse1 entran surtout par ce mouvement gnral qui ne venait pas tout entier de son impulsion1 il maintint avec fermet la vrit de ses principes1 provoqua la rfutation1 accusa ses adversaires de calomnie1 et parut braver l'glise4 ,alors clata la sainte colre de ,bernard1 et il commena une guerre dclare4 ,il poursuivit son adversaire1 disent ses apologistes1 avec son invincible vigueur#bdf4 ,songeant d'abord s'assurer une ncessaire protection1 il crivit en cour de ,rome4 ,la confiance d',ablard de ce ct l'inquitait visiblement1 et ce n'est pas sans anxit qu'il invoque d'un ton tour tour plaintif et indign la sollicitude du pape et des cardinaux4 ,nous avons ses lettres1 toutes dclamatoires et cependant loquentes1 toutes remplies de recherche et de passion1 d'art et de violence2 la foi est sincre1 la haine aveugle1 l'habilet profonde4 ,note #bdf3 ,histoire de saint ,bernard1 par ,m4 l'abb ,ratisbonne1 t4 ,,ii1 c4 ,,xxix1 p4 #ca4--,la plupart des historiens croient que saint ,bernard ne devint vraiment actif et n'crivit en cour de ,rome qu'aprs qu',ablard eut demand tre jug au concile de ,sens4 ,cela est possible1 mais l'ordre que nous avons adopt peut aussi se justifier par les textes4 ,dans son premier appel aux cardinaux1 ce n'est pas un homme seulement1 c'est l'esprit humain qu'il dnonce4 ,l'esprit humain1 il usurpe tout1 ne laissant plus rien la foi4 ,il touche ce qui est plus haut1 fouille ce qui est plus fort que lui2 il se jette sur les choses divines1 il force plutt qu'il n'ouvre les lieux saints4444 ,lisez1 s'il vous plat1 le livre de ,pierre ,ablard1 qu'il appelle ,thologie#bdg4 ,quant la lettre que je regarde comme la premire que saint ,bernard ait crite sur cette affaire au pape1 elle est comme trempe des larmes qu'il versa dans le sein pontifical2 il jette l'pouse dsole aux bras de l'ami de l'poux1 et lui rappelle que la ,sunamite lui est confie1 pendant que l'poux absent tarde encore4 ,la peste la plus dangereuse1 une inimiti domestique1 a clat dans le sein de l'glise2 une nouvelle foi se forge en ,france4 ,le matre ,pierre et ,arnauld1 ce flau dont ,rome vient de dlivrer l',italie1 se sont ligus et conspirent contre le ,seigneur et son ,christ4 ,ces deux serpents rapprochent leurs cailles4 ,ils corrompent la foi des simples1 ils troublent l'ordre des moeurs2 semblables celui qui se transfigura en ange de lumire1 ils ont la forme de la pit4 ,l'glise vient peine d'chapper ,pierre qui usurpait le sige de ,simon ,pierre1 et elle rencontre un autre ,pierre qui attaque la foi de ,simon ,pierre4 ,l'un tait le lion rugissant1 l'autre est le dragon qui guette sa proie dans les tnbres3 mais le pape crasera le lion et le dragon#bdh4 ,le nouveau thologien invente de nouveaux dogmes1 il les crit1 afin d'en mieux empoisonner la postrit2 et1 au milieu de ses hrsies1 il se vante d'avoir ouvert les sources de la science aux cardinaux et aux clercs de la cour de ,rome4 ,il dit qu'il a mis ses livres dans leurs mains1 et il appelle dfendre son erreur ceux-l mme qui le doivent juger4 ,perscuteur de la foi1 comment as-tu la pense1 la conscience d'invoquer le dfenseur de la foi8 ,de quels yeux1 de quel front peux-tu contempler l'ami de l'poux1 toi1 le violateur de l'pouse8 ,oh6 si le soin de mes frres ne me retenait6 ,oh6 si mon infirmit corporelle ne m'empchait1 de quelle ardeur j'irais voir l'ami de l'poux qui prend la dfense de l'pouse en l'absence de l'poux6 ,moi qui n'ai pu taire les injures de mon ,seigneur1 je supporterais patiemment les injures de l'glise6 ,mais toi1 ,pre bien-aim1 n'loigne pas d'elle ton bras secourable2 songe sa dfense1 ceins ton glaive4 ,dj l'abondance de l'iniquit refroidit la charit d'un grand nombre2 dj l'pouse du ,christ1 si tu n'y portes la main1 sort et suit les traces des troupeaux et les fait patre auprs des tentes des pasteurs#bdi4 ,note #bdg3 ,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,clxxxviii4 ,note #bdh3 ,squamma aquammae conjungitur4444 ad imaginem et similitudinem illius qui transfigurat se in angelum lucis1 habentes formam pietatis4444 ,evasimus rugitum ,petri ,leonis1 sedem ,simonis ,petri occupantem2 sed ,petrum ,draconis incurremus1 fidem ,simonis ,petri impugnantem1 etc4 ,il y a l un jeu de mots sur le nom de ,pierre de ,lon4 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cccxxx47 ,note #bdi3 ,id4 ibid41 in fin4--,les derniers mots sont emprunts aux versets #f et #g du c4 #a du ,cantique des ,cantiques4 ,toute la lettre est remplie d'allusions des passages du mme pome sur lequel saint ,bernard avait fait un trait4 ,c'est ainsi que saint ,bernard parle dans ses lettres divers membres du sacr collge1 aux cardinaux ,ives et ,grgoire ,tarquin1 tienne1 vque de ,palestrine4 ,dans sa circulaire tous les vques et cardinaux de la cour de ,rome#bej1 il tient le mme langage4 ,il leur rappelle que leur oreille doit tre ouverte aux gmissements de l'pouse1 qu'ils sont les fils de l'glise1 qu'ils doivent reconnatre leur mre1 et ne pas l'abandonner dans ses tribulations2 il leur dnonce les tmrits de cet ,ablard1 perscuteur de la foi1 ennemi de la croix1 moine au dehors1 hrtique au dedans1 religieux sans rgle1 prlat sans sollicitude1 abb sans discipline1 couleuvre tortueuse qui sort de sa caverne1 hydre nouvelle qui1 pour une tte coupe ,soissons1 en repousse sept autres4 ,il a drob les pains sacrs2 il veut dchirer la tunique du ,seigneur2 il est entr dans le ,saint des saints1 dans la chambre du roi2 il marche entour de la foule1 il raisonne sur la foi par les bourgs et sur les places2 il discute avec les enfants et converse avec les femmes2 il reproduit sur les dogmes les plus saints les hrsies des plus dtestes4 ,il les a signes de sa plume1 et en les crivant il transmet la contagion l'avenir#bea1 et cependant il se glorifie d'avoir infect ,rome de ses poisons4 ,les enfants de l'glise ne dfendront-ils pas le sein qui les a ports1 les mamelles qui les ont nourris8 ,note #bej3 ,grgoire ,tarquin1 cardinal-diacre de ,saint-,serge et ,bacche4 7,id4 ep4 ,,cccxxxii47 ,cette lettre porte ad cardinalem ,g41 comme la suivante4 ,ives1 cardinal-prtre 7ep4 ,,cxciii72 tienne1 vque de ,palestrine1 cardinal en #aadj de l'ordre de ,cteaux 7ep4 ,,cccxxxii47 ,la lettre commune aux vques et cardinaux de la cour de ,rome est l'ep4 ,,clxxxviii4 ,note #bea3 ,catholicae fidei persecutorem1 inimicum crucis ,christi4444 ,monachum se exterius1 haereticum interius ostendit4444 ,egressus est de caverna sua coluber tortuosus1 et in similitudinem hydrae uno prius capite succiso1 etc4 7ep4 cccxxxi47 ,habemus in ,francia monachum sine regula1 sine sollicitudine praelatum1 sine disciplina abbatem4444 disputantem cum pueris1 conversantem cum mulieribus1 etc4 7ep4 cccxxxii47 ,ainsi saint ,bernard prenait soin d'ter par avance tout refuge celui qui n'tait pas encore proscrit et qu'il ne se htait pas d'attaquer ouvertement4 ,c'est ,ablard qui le contraignit enfin se montrer4 ,las de de se voir sans cesse diffam1 jamais combattu1 il demanda une preuve publique4 ,le roi de ,france1 qui n'tait plus ,louis le ,gros1 mais ce roi violent1 ingal et dvot1 dont une activit malheureuse n'a pu illustrer le nom1 et qui amena les ,anglais dans le royaume1 ,louis ,,vii avait au plus haut degr la dvotion des reliques2 il aimait les crmonies consacres la translation1 l'exposition1 l'adoration des restes alors si rvrs des martyrs et des saints4 ,la cathdrale de ,sens1 mtropole de la province de ,paris1 tait riche en trsors de ce genre1 et elle conserve encore des traces prcieuses pour l'antiquaire de son ancienne opulence4 ,le jour de l'octave de la ,pentecte de l'anne #aadj1 le roi avait promis d'aller visiter ,sens les saintes reliques qu'on y devait exposer la vnration des grands et du peuple#beb4 ,a cette occasion1 il devait y avoir dans cette ville un concours nombreux de prlats et de dignitaires de l'glise4 ,non-seulement les suffragants de l'archevque de ,sens1 mais encore celui de ,reims et les vques de sa province1 devaient s'y rencontrer4 ,on y annonait aussi la prsence de plusieurs seigneurs du voisinage4 ,cette solennit tait attendue avec curiosit par les populations4 ,note #beb3 ,alan4 episc4 autissiod4 in ,s4 ,bern4 ,vit4 adornat41 c4 xxvi4 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 cv4 in praef41 et p4 #cga et #dhd4--;,gallia ,christ41 t4 ,,xii41 p4 #af4 ,irrit et enhardi par les attaques dtournes dont il tait l'objet1 anim par les conseils de ses amis et peut-tre d',arnauld de ,bresce1 ,ablard1 s'adressant l'archevque de ,sens1 demanda que cette runion sainte devnt un synode ou concile devant lequel il pt tre admis rpondre ses adversaires et venger sa foi par la parole #bec4 ,note #bec3 ,s4 ,bern41 ,op41 ep4 ,,clxxxix1 ad dom4 pap4 ,innocentium4 ,on dit qu'il calculait que l'archevque de ,sens1 qui avait eu rcemment quelque diffrend avec saint ,bernard1 lui serait favorable1 et qu'une convocation brusque et bref dlai dconcerterait ses ennemis #bed4 ,ce qui est certain1 c'est que son appel ne dplut pas l'archevque1 dont la vanit fut flatte1 et qui songea aussitt rendre l'assemble plus complte et l'preuve plus solennelle4 ,il crivit l'abb de ,clairvaux afin de l'inviter au concile pour le jour fix4 ,celui-ci refusa1 allguant son inexprience de ces joutes de la parole4 ,il disait qu'auprs d',ablard1 form au combat ds sa jeunesse1 il n'tait lui qu'un enfant4 ,il regardait comme inutile et peu digne de commettre la foi dans ces disputes1 de laisser agiter ainsi la raison divine par de petites raisons humaines #bee4 ,note #bed3 ,le ,p4 ,longueval1 ,hist4 de l'gl4 gall41 t4 ,,ix1 l4 ,,xxv1 p4 #bb4 ,note #bee3 ,abnui1 tum quia puer sum1 et ille vir bellator ab adolescentia1 tum quia judicarem indignum rationem fidei humanis committi ratiunculis agitandam 444 ,dicebam sufficere scripia ejus ad accusandum cum4 7,ep4 ,,clxxxix47 ,il ajoutait que les crits d',ablard suffisaient sans discussion pour le condamner1 et qu'aprs tout c'tait l'affaire des vques et non celle d'un moine et d'un abb que de juger en matire de dogme4 ,mais voulant mieux assurer le succs et tmoigner de son intrt dans l'affaire1 il adressa aux vques qu'elle regardait une circulaire pour les engager tous se trouver exactement au jour de la runion1 et s'y montrer fidles amis du ,christ4 ,il les avertit en mme temps de se tenir sur leurs gardes contre les ruses d'un ennemi qui esprait les surprendre1 les trouver mal prpars la rsistance1 et dont la perfidie se trahissait dj dans la brusque promptitude avec laquelle il les avait dfis#bef4 ,note #bef3 ,id41 ep4 ,,clxxxvii1 ad episc4 senonas convocandos4 ,cependant ,ablard ne s'oubliait pas4 ,il donnait ses amis et ses disciples rendez-vous ,sens pour le jour fix4 ,il publiait qu'il comptait bien y trouver ,bernard et lui rpondre4 ,il annonait ce grand dbat comme un duel thologique en champ clos que dciderait avec solennit le jugement de ,dieu4 ,ce fut bientt la nouvelle populaire1 et l'attente devint gnrale4 ,les amis de saint ,bernard alarms lui reprsentrent tout le danger de son absence1 quelle confiance elle inspirerait son adversaire1 quel dcouragement ses partisans1 combien cet abandon apparent d'une si juste cause lui pourrait nuire et donner de chances au triomphe de l'erreur4 ,l'abb cda2 il consentit avec regret paratre au concile2 mais il assure qu'il ne put retenir ses larmes4 ,il partit pour ,sens1 le coeur triste1 sans prparer ni argumentation ni discours1 mais se rptant sans cesse cette parole de l'vangile3 ,ne prmditez pas votre rponse1 elle vous sera donne l'heure de parler1 et cette autre du psalmiste3 ,dieu est mon soutien2 je ne craindrai pas ce qu'un homme peut me faire#beg4 ,mais s'il ne se prparait point pour le dbat1 il avait tout dispos pour le jugement4 ,de toutes parts1 des vques1 des abbs1 des religieux1 des matres en thologie1 enfin des clercs verss dans les lettres avaient t convoqus4 ,thibauld1 comte palatin de ,champagne1 cher l'glise pour ses pieuses fondations2 ,guillaume1 comte de ,nevers1 clbre par sa pit1 qui lui fit un jour abandonner le monde pour devenir chartreux#beh2 d'autres nobles personnages se rendaient ,sens4 ,note #beg3 ,id4 ep4 ,,clxxxix--,math41 ,x1 #aj4--,ps4 ,,cxvii1 #f4--;,ex vit4 et veb4 gest4 ,s4 ,bern41 auct4 ,gaufrid4 abb4 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cga et #cgb4 ,note #beh3 ,ex chron4 turonens4 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #dga4 ,le roi devait1 avec ses grands officiers1 assister au concile4 ,henry dit le ,sanglier1 d'une noble famille de ,boisrogues1 archevque de ,sens1 devait le prsider2 il tait l1 environn de tous les vques de sa province1 except ceux de ,paris et de ,nevers#bei2 et ,samson des ,prs1 archevque de ,reims1 avec trois de ses suffragants1 devait siger ct de lui4 ,les prlats qui suivaient le premier taient d'abord ,geoffroi de ,chartres1 sans nul doute l'homme le plus considrable de tout le corps piscopal1 quoiqu'il ne paraisse avoir jou cette fois aucun rle2 ,hugues ,,iii1 vque d',auxerre1 ,hlias1 vque d',orlans1 ,atton1 vque de ,troyes1 ,manasss ,,ii1 vque de ,meaux4 ,les prlats de la province de ,reims taient ,alvise1 vque d',arras1 ,geoffroi de ,chlons et ,joslen de ,soissons1 celui que nous avons vu1 vingt ou trente ans auparavant1 enseigner tout risque d'hrsie une varit du nominalisme sur la montagne ,sainte-,genevive#bfj4 ,a leur suite1 une multitude d'ecclsiastiques1 abbs1 prieurs1 doyens1 archidiacres1 coltres1 avaient envahi la ville#bfa1 et pour la plupart anims de l'esprit de saint ,bernard1 ils le propageaient dans la foule4 ,sens tait une cit tout ecclsiastique1 la mtropole de ,paris1 et presque la mtropole des ,gaules septentrionales2 l'influence piscopale y rgnait toute-puissante1 et le peuple tait ds longtemps prpar entendre appeler ,ablard des noms d',antechrist et de ,satan1 lorsqu'il vit entrer dans ses murs d'un ct saint ,bernard seul1 triste1 souffrant1 les yeux baisss1 couvert de la robe grossire de ,clairvaux1 et prcd d'une renomme de saintet merveilleuse2 de l'autre1 ,ablard1 qui1 malgr son ge et ses maux1 portait encore avec fiert une tte belle et dtruite1 et marchait entour de ses disciples l'aspect quelque peu profane4 ,partout o passait le saint abb1 on voyait les genoux flchir1 les fronts s'incliner sous la bndiction de la main dont on racontait les miracles4 ,sur les pas d',ablard1 ceux qu'attirait la curiosit taient presqu'aussitt repousss par l'effroi4 ,note #bei3 ,henricus cognomine ,aper4444 7,guill4 ,nang4 ,chron41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xx1 p4 #gbg47 ,on ignore les motifs de l'absence d',etienne de ,senlis1 vque de ,paris1 et de ,fromond1 vque de ,nevers4 ,note #bfj3 ,gall4 ,christ41 t4 ,,viii1 p4 #aacd1 #addh1 #afac2 t4 ,,xii1 p4 #dd et passim4--,voyez aussi ci-dessus1 p4 #bc et ci-aprs l4 ,,ii1 c4 ,,vii et ,x4 ,note #bfa3 ,loc4 cit41 et ,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cccxxxvii4 ,les actes du concile de ,sens n'existent plus4 ,les scnes intrieures n'en ont t nulle part fidlement dcrites4 ,nous ne savons que quelques faits succinctement indiqus par saint ,bernard et les vques4 ,il faut les raconter aprs eux4 ,le premier jour1 #b juin #aadjbfb1 c'tait un dimanche 7on l'appelait alors le jour de l'octave de la ,pentecte1 car la fte de la ,trinit n'a t fonde qu'au ,x,ve sicle71 on s'occupa de l'adoration des reliques qui furent exposes la vnration des fidles4 ,le roi les visita pieusement1 disent les crivains ecclsiastiques1 et se les fit montrer et expliquer par saint ,bernard#bfc4 ,ce fut une grande solennit rendue plus imposante par une pompe royale1 piscopale1 guerrire1 et dont l'effet tait tout favorable l'glise1 qui faisait ainsi parler la religion l'imagination populaire1 tandis que la thologie philosophique ne s'adressait qu' l'intelligence4 ,d'un ct1 une vaste cathdrale1 des dbris sacrs dans une chsse tincelante1 la mitre et la couronne1 la crosse et le sceptre1 la croix et l'pe1 les vtements de soie et d'or des pontifes1 les robes fleurdelises1 les dalmatiques blasonnes1 les chants religieux qui semblent s'lever vers le ciel avec la fume de l'encens1 le bruit de l'armure des guerriers qui s'agenouillent2 enfin au milieu de ces pieuses magnificences1 un moine austre et charitable que la voix populaire sanctifie avant l'glise2 et de l'autre1 un homme d'une renomme trange et suspecte1 clbre par de tristes aventures1 par des tentatives striles1 par des humiliations bizarres1 la fois altier et faible1 n'ayant jamais pris que des positions tmraires sans en avoir su garder aucune1 appuy seulement par une bande de bruyants disciples1 simples sans humilit1 fiers sans puissance1 n'ayant ni les grandeurs du monde ni celles de l'glise1 libres d'esprit1 ce qui ne plat personne1 si ce n'est l'avant-veille des rvolutions4 ,note #bfb3 ,j'ignore sur quel fondement un auteur dit que le concile s'ouvrit le #aa janvier4 ,les tmoignages authentiques donnent une date certaine1 l'octave de la ,pentecte4 ,or1 l'anne #aadj1 ,pques tait le #g avril4 7,du ,cange1 art4 ,annus47 ,selon notre manire de compter1 la ,pentecte devait tre le #bj mai4 ,du reste1 comme il n'existe pas de procs-verbaux de cette assemble1 on en refait l'histoire avec les lettres de saint ,bernard et des fragments d'historiens4 ,nous ne voyons aucune raison pour renvoyer le concile de ,sens1 comme le veulent les ,bollandistes1 l'anne #aada4 7,cf4 ,act4 concilior41 t4 ,,vi1 pars ,,ii1 p4 #abai4--,philip4 ,labbaei ,sacr4 concil41 t4 ,x1 p4 #ajah4--;,anal4 des concil41 par le pre ,richard1 t4 ,v1 suppl4--,act4 sanct41 t4 ,,iii1 p4 #aif47 ,note #bfc3 ,alan1 episc4 autiss4 in ,vit4 ,s4 ,bern41 c4 ,,xxvi4 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cga4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #dj4 ,le lendemain1 le concile s'ouvrit dans l'glise mtropolitaine de ,saint-tienne4 ,les pres taient assis en prsence du roi sur son trne4 ,seigneurs1 moines1 docteurs1 prtres1 tous attendaient en silence4 ,l'motion intrieure d'une grande curiosit agitait tous les esprits4 ,l'anxit attentive redoubla lorsqu',ablard parut4 ,il traversait la foule des assistants qui s'ouvrait pour lui faire place1 lorsqu'apercevant parmi eux ,gilbert de la ,porre qui le regardait d'un air d'intelligence1 il lui fit un signe et lui dit ce vers d',horace en passant3 ,nam tua res agitur1 paries cum proximus ardet1 prdisant ainsi le synode de ,paris o1 sept ans aprs1 saint ,bernard devait1 pour des nouveauts analogues1 poursuivre le subtil prlat#bfd4 ,note #bfd3 ,hor4 ,epist4 ,i1 ,,xviii1 #hd4--,vincent4 ,bellov41 ,biblioth4 ,mund41 t4 ,,iv2 ,spec4 historial41 l4 ,,xxvii1 c4 lxxxvi1 p4 #aabg4--;,gaufr4 aulissiod4 ,vit4 ,s4 ,bern41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cgb4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii4 p4 #dfg4 ,ablard s'arrta au milieu de l'assemble4 ,en face de lui1 dans une chaire qu'on montrait encore avant la rvolution1 saint ,bernard tait debout1 acceptant le rle de promoteur1 c'est--dire d'accusateur devant le concile qu'il semblait prsider#bfe4 ,il tenait la main les livres incrimins2 dix-sept propositions en avaient t extraites1 qui renfermaient des hrsies ou des erreurs contre la foi4 ,saint ,bernard ordonna qu'on les lt voix haute4 ,mais peine cette lecture tait-elle commence qu',ablard l'interrompit1 s'criant qu'il ne voulait rien entendre1 qu'il ne reconnaissait pour juge que le pontife de ,rome1 et il sortit#bff4 ,note #bfe3 ,recherches hist4 sur la ville de ,sens1 par ,m4 ,th4 ,tarb1 #ahch1 c4 xxi4--,d',amboise signale comme une irrgularit de la procdure que l'accusateur ait t saint ,bernard1 qui n'tait pas de la mme province ecclsiastique qu',ablard4 ,un accusateur idoine1 dit-il1 devait tre choisi dans la province de ,tours o tait situe l'abbaye de ,saint-,gildas4 ,mais ce n'est point comme abb de ,saint-,gildas1 c'est pour des opinions publies dans la province de ,sens et de ,reims qu',ablard tait poursuivi4 ,seulement il peut paratre singulier que dans un concile compos de prlats de ces deux provinces1 un si grand rle ait t donn un homme qui n'tait ni de l'une ni de l'autre2 car l'abb de ,clairvaux tait du diocse de ,langres1 province ,lyonnaise premire4 7,ab4 ,op41 praef4 apol47 ,note #bff3 ,on n'est point parfaitement d'accord sur les dtails de cet vnement2 je suis le rcit adress par saint ,bernard au pape4 ,celui des vques y est peu prs conforme2 seulement ils ajoutent que cette lecture avait pour but de mettre ,ablard en mesure de s'expliquer et de se dfendre4 ,mais il se pouvait qu'on n'et que l'intention de lui demander s'il avouait ou dsavouait les articles2 car c'tait l'opinion et le conseil de saint ,bernard3 ,dicebam sufficere scripta ejus ad accusandum eum4 7,s4 ,bern41 ,op41 ep4 ,,clxxxix1 ad pap4 ,innoc4--,ep4 ,,cxci1 ,remens4 arch4 ad eumd4--,ep4 ,,cccxxxvii1 ,senon4 arch4 ad eumd44--,gaufrid4 ,ex lit4 ,s4 ,bern41 l4 ,,iii1 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cga47 ,qu'avait-il prouv1 qu'avait-il voulu8 tait-ce une fuite8 tait-ce une inspiration soudaine1 un projet rflchi1 une tactique1 une faiblesse8 ,on ne le sait pas4 ,il fut miraculeusement frapp1 disent les lgendaires de saint ,bernard1 et ,dieu rendit muet sur la place celui dont la parole avait t soixante ans puissante et funeste4 ,suivant d'autres narrateurs moins crdules1 il fut troubl devant cette assemble si auguste1 devant cet adversaire si saint et si grand1 et l'erreur perdit mmoire et courage en prsence de la vrit personnifie#bfg4 ,certes1 on ne croira pas qu',ablard ft venu jusqu'au milieu du concile qu'il avait en quelque sorte convoqu lui-mme1 avec le dessein de se taire au jour marqu pour la parole1 et d'viter solennellement un combat solennellement demand4 ,le dsir de suspendre toute querelle en ajournant et en dplaant le jugement ne saurait avoir ds l'origine dtermin sa conduite#bfh4 ,mais nous savons qu'il tait imprudent et affaibli1 tmraire pour entreprendre et facile mouvoir4 ,il n'avait nulle audace pour l'action1 dit un historien1 quoiqu'il en et beaucoup dans l'esprit#bfi4 ,du moment qu'il mit le pied dans la ville de ,sens1 il ne vit que des yeux ennemis2 on le menaait d'une sdition populaire#bgj4 ,il lisait son arrt crit sur le front de ses juges4 ,qu'il se tournt vers le pouvoir ou spirituel on temporel1 point d'esprance4 ,on ne lui offrait pas une controverse en rgle1 engage entre docteurs gaux2 on lui signifiait une accusation1 on le sommait d'un dsaveu1 d'une rtractation1 ou peut-tre d'une dfense2 mais tout dbat et t oiseux1 toute loquence impuissante4 ,en essayant de se justifier1 il n'aurait fait qu'accepter et aggraver sa dfaite4 ,d'un autre ct1 il esprait en l'appui de la cour de ,rome1 et savait que c'tait l le plus grand souci de ses adversaires4 ,le trouble1 l'orgueil1 la crainte et la vengeance se runirent pour lui suggrer ensemble la pense d'chapper ainsi un pril certain1 d'embarrasser ses ennemis1 d'annuler d'avance l'effet de leur jugement4 ,comme saint ,paul sans espoir devant les magistrats de ,jrusalem1 il se crut le droit d'en appeler ,csar et de citer leur tour ses juges inquiets devant le tribunal de ,rome4 ,note #bfg3 ,id4 ibid41 p4 #cgb4--;,hist4 de saint ,bernard1 par ,m4 l'abb ,ratisbonne1 t4 ,,ii1 c4 ,,xxix1 p4 #ch4--,le ,p4 ,longueval1 ,hist4 de l'gl4 gall41 t4 ,,ix1 l4 ,,xxv1 p4 #bh4 ,note #bfh3 ,c'est pourtant l'opinion de ,d4 ,martne dans les ,annales de l'ordre de ,saint-,benot1 t4 ,,vi1 p4 #cbd4 ,note #bfi3 ,crevier1 ,hist4 de l',univ41 t4 ,i1 l4 ,i1 #b1 p4 #ahf4 ,note #bgj3 ,ott4 ,frising4 ,de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4 ,on peut admettre qu',ablard1 apprciant sa position1 s'tait dit1 avant d'entrer au concile1 que suivant l'aspect de la sance et son inspiration du moment1 il parlerait ou refuserait de rpondre4 ,mais nul ne s'attendait ce dernier parti1 et cet incident si imprvu causa d'abord beaucoup d'motion4 ,le concile embarrass hsita sur ce qu'il devait faire4 ,sa comptence paraissait douteuse3 car le titulaire d'une abbaye de ,bretagne pouvait1 comme tel1 n'tre justiciable que de l'archevque de ,tours4 ,a la vrit1 il avait lui-mme choisi ses juges et reconnu par l leur juridiction1 et en qualit de fondateur ou de chapelain du ,paraclet1 il pouvait tre regard comme prtre du diocse de ,troyes#bga4 ,mais il avait pris le concile moins pour juge que pour tmoin de sa controverse avec saint ,bernard2 jamais il n'avait accept le rle d'accus4 ,et s'il tait accus1 comment le juger sans l'entendre1 sans savoir mme s'il reconnaissait pour siennes les opinions dnonces8 ,d'ailleurs1 l'appel au pape n'tait-il pas suspensif1 et ne risquait-on point1 en passant outre1 de blesser le saint-sige1 dont les dispositions taient dj si douteuses8 ,note #bga3 ,mabillon1 ,s4 ,bern4 ,op42 ,not41 fus4 in ep4 ,,clxxxvii1 p4 ,,lxv4--,le ,p4 ,longueval1 ,hist4 de l'gl4 gall41 t4 ,,ix1 l4 ,,xxv1 p4 #bb4 ,cependant1 si le concile se sparait sans statuer1 et qu'il se rcust ainsi lui-mme1 la victoire d',ablard tait complte1 et l'glise1 celle de ,france du moins1 prononait sa propre condamnation4 ,c'tait une faute grave que saint ,bernard ne pouvait commettre1 et pour l'autorit une mortelle atteinte qu'il ne pouvait souffrir4 ,il dcida aisment le concile s'en dfendre4 ,on se rappelle comment l'assemble tait compose4 ,geoffroi de ,chartres1 qui peut-tre n'et pas engag l'affaire1 et qui tait seul en mesure de rivaliser d'influence avec l'abb de ,clairvaux1 n'avait garde de lui rsister1 et occupait dsormais un rang trop important dans le gouvernement de l'glise pour mettre au-dessus des intrts de son ordre les inspirations naturelles de sa modration et de son quit4 ,l'archevque de ,sens pouvait hsiter2 car trois ans peine s'taient couls depuis qu'il avait t suspendu par ,innocent ,,ii1 pour ne s'tre pas arrt devant un appel au pape dans une question de droit canonique sur la validit d'un mariage2 mais ses dbuts dans la carrire piscopale n'avaient pas t difiants2 sa rforme tait en partie l'oeuvre de saint ,bernard qui1 aprs lui avoir adress1 pour l'y confirmer un trait sur le devoir des vques1 s'tait maintenu dans l'usage de le gourmander svrement toutes les fois qu'un caractre violent et capricieux l'entranait quelque faute4 ,la justice a pri dans votre coeur1 lui crivait-il un jour4 ,c'tait l le premier des juges d',ablard#bgb4 ,quant l'archevque de ,reims1 lu depuis peu et malgr le roi1 qui rsista longtemps son installation1 il n'avait grand'peine obtenu sa confirmation dfinitive que par l'nergique intervention du saint abb1 dont il se regardait comme la crature#bgc4 ,atton1 l'vque de ,troyes1 avait t l'ami d',ablard2 il l'avait protg dans ses premiers malheurs2 il lui devait1 ce semble1 un peu d'appui1 tant dans l'glise plutt du parti de ,pierre le ,vnrable que de celui de saint ,bernard4 ,mais qui sait s'il ne se croyait point suspect par ses antcdents mmes1 et s'il ne fut pas d'autant plus prompt dserter son ancien ami qu'il tait plus naturellement appel le dfendre8 ,d'ailleurs1 il se peut qu'il n'et qu'une position faible et compromise dans le clerg1 ainsi que l'vque d',orlans ,hlias1 s'il faut en croire un rcit contest1 d'aprs lequel tous deux auraient t huit ans plus tard dposs par le concile de ,reims#bgd4 ,hugues de ,mcon1 vque d',auxerre1 parent de saint ,bernard1 un des trente qui taient entrs ,cteaux avec lui1 vingt-sept annes auparavant1 ne devait voir que par ses yeux et penser que par son esprit#bge4 ,on sait peu de chose de l'vque de ,meaux4 ,celui d',arras1 ,alvise1 est dsign par un dfenseur d',ablard comme un des moins habiles et des plus prvenus4 ,on croit qu'il tait frre de ,suger1 et il avait t abb d',anchin1 monastre dirig longtemps par ,gosvin1 un des constants ennemis de notre philosophe#bgf4 ,le matre de ,gosvin1 ,joslen1 vque de ,soissons1 en sa qualit d'ancien professeur de dialectique1 aurait bien pu se montrer facile en matire d'hrsie1 mais il avait t rival d',ablard sur la montagne ,sainte-,genevive1 et collgue de saint ,bernard1 dans la mission que celui-ci reut d',innocent ,,ii1 en #aaca1 pour aller convertir l',aquitaine son autorit#bgg4 ,l'vque de ,chlons1 ,geoffroi ,cou de ,cerf1 tait cet ancien abb de ,saint-,mdard que le concile de ,soissons avait charg de dtenir et de discipliner ,ablard2 et lui aussi1 il devait1 la recommandation de saint ,bernard1 sa promotion l'piscopat#bgh4 ,on ne voit pas d'o aurait pu venir au trop faible et trop redoutable accus la protection1 la bienveillance ou mme l'impartialit4 ,note #bgb3 ,henry le ,sanglier avait men une vie mondaine depuis son lection en #aabb jusqu'en #aabf4 ,ramen plus de rgularit par ,geoffroi de ,chartres et par ,burchard de ,meaux1 il passa sous la tutelle de saint ,bernard1 qui le dfendit auprs du pape et contre le roi4 ,voyez surtout celle de ses lettres qui est devenue le trait de officio episcoporum 7#aabg71 et celle o le saint traite l'archevque si durement pour avoir dpos un archidiacre1 l'accusant de provoquer ses adversaires et d'offenser ses protecteurs 7#aacf74 ,vous amenez des pieds et des mains votre dposition1 ajoute-t-il4 ,ita ne putatis perlisse justitiam de toto orbe1 sicut de vestro corde8 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,xlii1 ,,xlix et ,,clxxxii4 ,opusc4 ,,ii1 t4 ,,ii1 p4 #dfj4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii suppl41 p4 #acd et #bbh4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #df et pars ,,ii1 ,instrum4 p4 #cc47 ,note #bgc3 ,s4 ,bernard4 ,op41 ep4 ,,clxx1 p4 #ajh in not4--,gall4 ,christ41 t4 ,,ix1 p4 #hf4 ,note #bgd3 ,alberic41 ,ex ,chronic41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiii1 p4 #gja4--;,gall4 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #dii2 t4 ,,viii1 p4 #addi4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #bbg4 ,note #bge3 ,gall41 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #bib4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #djh et ,,xii1 suppl41 p4 #g4 ,note #bgf3 ,c'est lui1 en effet1 ou ,joslen que ,d4 ,brial applique le passage o ,brenger se moque d'un prlat d'un renom clbre1 d'une grande autorit dans le concile1 qui aurait1 aprs avoir bu plus que de raison1 fait une harangue assez vive contre ,ablard4 7,ab4 ,op41 p4 #cjf4--;,cf4 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #big4--;,gall4 ,christ41 dit4 ,i1 #ajef1 t4 ,,ii1 p4 #baf4--;,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #ga1 et t4 ,,xii1 p4 #cfa4--,voyez ci-dessus1 p4 #bd et #ih47 ,note #bgg3 ,gall4 ,christ41 t4 ,,ix1 p4 #ceg4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #dab4 ,voyez ci-dessus1 p4 #bc4 ,note #bgh3 ,gall4 ,christ41 t4 ,,ix1 p4 #hgi4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #ahf2 voyez ci-dessus1 p4 #ie4 ,saint ,bernard n'eut donc aucune peine faire prvaloir sa volont1 qui paraissait conforme aux intrts de l'glise et de l'autorit4 ,dans la dlibration du jour qui suivit la comparution et la retraite d',ablard1 il fut dcid que l'on continuerait juger la doctrine1 dfaut du docteur1 et que sans examiner si l'appel tait rgulier1 en laissant aller la personne par respect pour le saint-sige1 qui elle appartenait dsormais1 on statuerait sur les dogmes4 ,il fut dit que ces dogmes1 extraits d'ouvrages non dsavous1 avaient t notoirement et diverses reprises enseigns au public1 et que l'intrt le plus pressant tait de les ruiner dans les esprits1 qu'ils avaient commenc de corrompre#bgi4 ,plusieurs pres1 mais surtout saint ,bernard1 apportrent des autorits nombreuses1 et nommment celle de saint ,augustin1 en preuve des hrsies contenues dans les propositions accuses4 ,elles furent dclares pernicieuses1 manifestement condamnables1 opposes la foi1 contraires la vrit1 ouvertement hrtiques#bhj4 ,on dit qu',ablard quitta la ville le jour o la condamnation fut prononce4 ,note #bgi3 ,episcopi1 ,vestrae ,reverentiae deferentes1 nihil in personam egerunt 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cxc74 ,licet appellatio ista minus canonica videretur1 sedi tamen apostolicae deferentes1 in personam hominis nullam voluimus proferre sententiam4 7,ep4 ,,cccxxxvii47 ,note #bhj3 ,errorem perniciosissimum et plane damnabilem4--,sententias4444 haereticas evidentissime comprobatas 7ep4 ,,cccxxxvi74 ,fidei adversantia1 contraria veritati4 7,ep4 ,,clxxxix47 ,ses adversaires1 dit ,brucker#bha1 ne purent ni supporter ni pntrer les nuages dont il enveloppait des vrits simples2 la superstition1 l'ignorance1 l'hypocrisie1 l'envie1 trouvrent matire perscuter cruellement un homme si digne de temps et de destins meilleurs4 ,il a le droit d'tre compt parmi les martyrs de la philosophie4 ,note #bha3 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #gfd4 ,cette condamnation embrassait quatorze des dix-sept propositions qui lui taient attribues4 ,elles taient donnes comme extraites de ses crits2 le premier1 sa ,thologie 7et ce titre comprenait probablement deux ouvrages1 l',introduction et la ,thologie chrtienne72 le second1 le ,connais-toi toi-mme ou son trait de morale4 ,le troisime tait le ,livre des ,sentences1 ouvrage qu'il a toujours dsavou2 l'on ne connat en effet aucun livre de lui qui porte ce titre#bhb4 ,note #bhb3 ,on trouve ces propositions diversement classes et rdiges dans divers recueils 7,ab4 ,op41 praefat41 pars ,,ii1 ep4 ,,xx2 ,apolog41 p4 #hcj4--,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v4 ,theol4 ,christ41 ,observ4 praev41 p4 #aadi4--,s4 ,bernard4 ,op41 ep4 ,,clxxxviii74 ,elles diffrent peu pour le fond de l'extrait dress par ,guillaume de ,saint-,thierry4 ,le texte1 qui fut envoy ,rome et sur lequel le pape pronona1 a t retrouva au ,vatican par ,jean ,durand1 bndictin1 et publi par ,mabillon4 ,on croit que c'est le texte qui tait joint la grande lettre de saint ,bernard4 7,ep4 ,,cxc1 seu ,tractatus1 etc4 ,opusc4 ,,xi47 ,je crois plutt que c'est l'extrait annonc la fin de la lettre des vques de ,france 7ep4 ,,cccxxxvii72 il contient quatorze articles reprsents par quatorze fragments textuels d',ablard4 7,s4 ,bern4 ,op41 t4 ,,ii1 ,opusc4 ,,xi1 p4 #fdj47 ,les opinions qui y sont exprimes ont t discutes souvent4 7,voyez ,dupin1 ,hist4 des controverses1 ,x,i,ie sicle1 c4 ,,vii1 p4 #cfj4--,le pre ,nol ,alexandre1 ,hist4 ,eccl41 t4 ,,vi1 ,dissert4 ,,vii1 p4 #ghg4--;,duplessis d',argentr1 ,collec4 ,judicior4 de nov4 error41 t4 ,i1 p4 #ba4--;,gervaise1 ,hist4 d',abell41 t4 ,,ii1 t4 ,v1 p1 #afb4--,les auteurs du ,thesaur4 anecd41 t4 ,v1 p4 #aadh1 et ceux de l',histoire littraire1 t4 ,,xii1 p4 #aah et suiv4 et #ach2 enfin la troisime partie du prsent ouvrage47 ,quant aux crits dnoncs1 il faut en rayer le ,livre des ,sentences ou ,sententiae ,divinitatis1 recueil qui courait sous son nom1 qu'il a formellement dsavou et qu'on lui attribuait encore l'poque o ,gautier de ,saint-,victor crivait contre lui en mme temps que contre ,p4 ,lombard1 ,gilbert de la ,porre1 et ,pierre de ,poitiers4 7,duboulai1 ,hist4 ,univ41 t4 ,,ii1 p4 #fca47 ,ce nom de ,livre des ,sentences tait assez commun alors4 7,ab4 ,op41 ,apolog41 p4 #ccc2 ,not41 p4 #aaei4--;,hist4 litt4 t4 ,x1 p4 #cac1 et t4 ,,xii1 p4 #acg47 ,quoique les quatorze propositions ne se retrouvent pas toutes littralement dans le texte des crits qui nous sont rests1 elles sont en gnral authentiques1 et les apologistes d',ablard ont eu tort de les contester4 ,parmi les maximes condamnes1 les principales sont les suivantes3 ,i4 ,dans la ,trinit1 le ,pre a la toute-puissance1 le ,fils la sagesse1 et le ,saint-,esprit la charit2 chacune de ces proprits dsigne chacune des personnes1 de sorte qu'en logique rigoureuse la proprit qui distingue une des personnes semble manquer aux deux autres4 ,ablard ne dit pas cela1 mais il avance au moins que le ,pre a la puissance parfaite1 le ,fils quelque puissance1 le ,saint-,esprit nulle puissance4 ,le ,fils est de la substance du ,pre1 puisqu'il en est engendr2 le ,saint-,esprit n'est pas de la substance du ,pre1 puisqu'il ne fait que procder du ,pre et du ,fils4 ,une personne est l'autre comme l'espce est au genre1 comme la forme est la matire4 ,c'est l ce que saint ,bernard appelle introduire des degrs dans la ,trinit1 et sur ce chef1 il accuse ,ablard de l'hrsie d',arius#bhc4 ,c'est ce que d'autres ont appel rduire l'unit les personnes divines1 et sur ce chef1 ,ablard a t accus de l'hrsie de ,sabellius#bhd4 ,note #bhc3 ,theologus noster cum ,ario gradus et scalas in ,trinitate disponit4 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cccxxx4 ,voyez aussi les lettres ,,cxcii1 ,,cccxxxi1 ,,cccxxxii1 ,,cccxxxvi1 ,,cccxxxviii47 ,note #bhd3 ,guillelm4 ,s4 ,theod4 ,disput4 adv4 ,ab41 c4 ,,ii et ,,iii4 ,biblioth4 cist41 t4 ,,iv4--,ott4 ,frising4 ,de ,gest4 ,frid41 l4 ,i1 c4 ,,xlvii4--,mabillon1 ,s4 ,bernard4 ,op41 vol4 ,i1 t4 ,,ii1 p4 #fdj4--;,bayle1 ,dict4 crit41 art4 ,ablard4--,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #aci4 ,,ii4 ,l',homme-,dieu ou le ,christ ne peut tre appel ce titre une personne de la ,trinit4 ,c'est pour cette parole que saint ,bernard accuse ,ablard de s'exprimer sur la personne du ,christ comme ,nestorius#bhe4 ,note #bhe3 ,voyez les lettres dj cites4--,il faut bien remarquer qu'il ne s'agit ici que du ,dieu fait homme1 ou du ,fils de ,dieu en tant que ,jsus-,christ4 ,car pour le ,verbe ou ,fils de ,dieu1 considr comme tel1 il n'y a pas dans tout ,ablard un mot qui affaiblisse en lui un seul des caractres de la divinit4 ,,iii4 ,dieu ne fait pas plus pour celui qui est sauv que pour celui qui ne l'est pas1 tant que l'un et l'autre n'a pas de lui-mme consenti la grce divine2 d'o il suit1 que par les forces du libre arbitre et de la raison1 l'homme peut rechercher la grce1 s'y attacher1 y consentir1 ou en d'autres termes1 qu'une grce spciale n'est pas ncessaire pour obtenir la grce4 ,c'est sur ce point que saint ,bernard accuse ,ablard1 quand il parle de la grce1 de tomber dans l'hrsie de ,pelage#bhf4 ,note #bhf3 ,voyez les mmes lettres4 ,,iv4 ,jsus-,christ ne nous a sauvs que par son exemple1 par les perfections dont il nous a donn le divin modle1 et par la reconnaissance et l'amour que doit nous inspirer son sacrifice4 ,v4 ,dieu ne pouvait empcher le mal1 puisqu'il l'a permis1 c'est--dire qu'tant la perfection mme1 il ne pouvait par sa propre nature faire ce qu'il a fait autrement qu'il ne l'a fait4 ,,vi4 ,ce n'est pas dans l'oeuvre que rside le pch1 mais dans la volont1 ou plutt dans l'intention ou le consentement donn sciemment au mal1 de sorte que l'oeuvre en elle-mme ne nous rend ni meilleurs ni pires1 que l'ignorance exclut le pch1 et que le pch n'est ni dans l'acte1 ni dans la tentation1 ni dans la concupiscence1 ni dans le plaisir4 ,on doit entrevoir la porte de ces ides4 ,a l'exception de la seconde qui nous parat sans importance 7car on ne voit pas ce qu'il y a de mal dire subtilement que1 ,jsus-,christ n'tant que le nom humain du ,fils ou le nom du ,verbe fait homme1 ce n'est pas en tant que ,jsus-,christ que le ,fils est une personne de la ,trinit71 toutes ces maximes ont une certaine gravit1 et peuvent recevoir un sens qui compromette des dogmes fondamentaux4 ,il serait oiseux de les discuter ici2 nous l'avons fait ailleurs#bhg4 ,nous ne contesterons point que les principales opinions incrimines ne se trouvent au moins en principe dans les crits d',ablard1 et qu'interprtes avec une rigueur absolue1 pousses leur extrme limite1 elles ne soient hrtiques1 du moins par certaines de leurs consquences4 ,mais nous affirmons1 en pleine connaissance de cause1 qu'elles n'ont en gnral dans ses livres ni la gravit ni le caractre qu'elles prsentent comme citations isoles et dans la forme arrte d'une rdaction sommaire4 ,elles sont1 chez leur auteur1 tempres par des dclarations positives1 modifies par des dveloppements ou des restrictions1 qui permettent ou de les absoudre1 ou de les excuser1 ou de les rduire des inexactitudes de langage4 ,les modernes censeurs d',ablard ne nient mme pas qu'elles puissent tre ramenes un sens catholique2 et aucun n'affirme qu'il ait voulu innover an fond ni sciemment sortir de l'unit#bhh4 ,cela suffit pour que le jugement qui le frappa soit condamn4 ,vainement le concile prtend-il avoir pargn la personne1 pour ne juger que les doctrines2 c'est la personne1 bien plus que les doctrines1 qu'il a poursuivie4 ,dans un autre temps1 chez un autre homme1 il les aurait tolres4 ,ce n'est pas la pense abstraite d',ablard1 c'est sa pense vivante et remuante2 ce n'est pas son systme1 c'est son influence que ses juges ont voulu anantir#bhi4 ,ce n'est pas la vrit ternelle1 mais la situation accidentelle de l'glise qu'ils ont dfendue4 ,la puissance d'un gnie inquitant et rfractaire1 dans le pass d'humiliantes victoires1 dans l'avenir une tendance dangereuse1 dans le prsent une motion gnrale des esprits impatients du joug1 tels sont les graves motifs qui s'unirent aux invitables passions humaines1 pour dterminer la politique religieuse de saint ,bernard et du concile qui lui servit d'instrument4 ,note #bhg3 ,voyez la troisime partie de cet ouvrage4 ,note #bhh3 ,voyez ,martne et ,durand4 7,thes4 nov4 anecd41 t4 ,v1 praefat47 ,les propositions d',ablard1 disent-ils1 ne peuvent qu' grand'peine tre ramenes un sens catholique1 et devaient tre condamnes du moment qu'il refusait de les expliquer4 ,mabillon1 l'diteur et l'apologiste de saint ,bernard1 ne veut pas qu'on classe ,ablard parmi les hrtiques1 mais seulement parmi les errants1 inter errantes et plus loin3 ,nolumus ,abaelardum haereticum2 sufficit pro ,bernardi causa cum fuisse in quibusdam errantem2 quod ,abaelardus non diffitetur4 7,s4 ,bern4 ,op41 praefat4 #e1 #ea1 #ee1 et vol4 ,i1 t4 ,,ii1 ,admon4 in opusc4 ,,xi47 ,mais ce que ,mabillon accorde suffit aussi pour que l'on condamne la violence de saint ,bernard4 ,tout ces bndictins paraissent au fond rduire les torts d',ablard de mauvaises expressions4 ,l'auteur de son article dans l',histoire littraire1 si malveillant pour lui1 ne lui impute pas comme hrsies intentionnelles les erreurs qu'on peut tirer de ses expressions 7t4 ,,xii1 p4 #aci72 et ,m4 l'abb ,ratisbonne1 plus quitable encore1 lui reconnat un respect sincre pour l'glise et une foi vive et docile4 7,hist4 de saint ,bern11 t4 ,,ii1 c4 ,,xxviii1 p4 #bd47 ,les questions d'hrsie me paraissent discutes avec soin et modration par le pre ,alexandre ,nol qui conclut ainsi3 ,non est censendus haereticus2 nusquam errores suos pertinaciter propugnavit4 7,natal4 ,alex4 ,hist4 ,eccl41 t4 ,,vi1 ,dissert4 ,,vii1 p4 #ghg-hjc47 ,toutes ces opinions1 et je n'ai cit que des autorits qui ne prennent point parti pour ,ablard1 contiennent ainsi une censure indirecte de la dcision du concile4 ,note #bhi3 ,quia homo ille multitudinem trahit post se et populum qui sibi credat habet1 necesse est ut huic contagio celeri remedio occurratis4 7,lett4 des vq4 au pape4 ,s4 ,bern41 ep4 ,,clxxxi47 ,la politique religieuse1 en effet1 n'agit pas seule4 ,il faut1 dans ce jugement1 faire une grande part la vieille haine qui avait poursuivi ,ablard ds le dbut de sa carrire et que ses premiers ennemis1 en disparaissant de la scne1 avaient transmise leurs successeurs4 ,la jalousie qui s'acharna contre lui est historiquement tablie4 ,la modration mme des peines prononces prouve bien qu'on ne pensait pas de lui tout le mal qu'on en disait2 car ds cette poque1 le sacrilge et le blasphme encouraient de plus rudes chtiments4 ,on ne voulait videmment que deux choses1 son impuissance et son humiliation4 ,il faut remarquer1 au reste1 que le temps n'tait pas venu encore o l'on vit l'glise dployer systmatiquement la dernire rigueur contre l'erreur purement spculative1 et commander ou permettre les crimes qui ont plus tard souill sa cause4 ,le ,x,i,ie sicle tait un temps de libert de penser relative1 quand on le compare aux temps qui l'ont suivi4 ,cependant1 ni saint ,bernard ni les pres du concile n'taient tranquilles sur les suites de leur dcision4 ,que devait en penser ,rome8 cette question les inquitait4 ,d'abord il ne parat pas que plusieurs des pres jouissent de ce ct-l d'une grande faveur1 car1 des deux archevques de ,sens et de ,reims1 l'un avait encouru dj une fois la disgrce du saint-sige2 l'autre tait destin se voir plus tard priv du pallium1 par jugement du pape ,eugne ,,iii#bij4 ,puis1 bien qu'on et admis que l'appel la cour de ,rome couvrait la personne d',ablard1 on n'tait pas sr d'tre approuv par le souverain pontife pour avoir pass outre au jugement des doctrines4 ,l'abus de ces sortes d'appels1 fortement dnonc par le clerg gallican1 tait constamment accueilli ou encourag par le saint-sige4 ,grgoire ,,vii avait attir lui presque toute la juridiction ecclsiastique1 et le clbre archevque de ,tours1 ,hildebert1 comme plus tard saint ,bernard lui-mme dans son trait de la ,considration1 avait en vain rclam contre cette comptence directe et illimite qui transformait la cour de ,rome en tribunal unique de la chrtient#bia4 ,il est vrai qu'on allguait contre l'appel interjet par ,ablard que lui-mme avait choisi ses juges1 et qu'un concile provincial demeure en tout tat de cause juge de la doctrine d'un thologien de son ressort4 ,mais ces raisons pouvaient n'tre pas gotes ,rome1 et les vques ne doutaient pas qu',ablard et ses amis n'y missent tout en oeuvre pour faire condamner le clerg de ,france au tribunal de saint ,pierre4 ,la modration a toujours t le caractre et de la politique et de la religion de ,rome1 sauf dans quelques circonstances extrmes o l'autorit apostolique s'est vue directement en pril4 ,sa conduite est connue2 ardente1 quand les glises nationales sont tides1 elle se montre sage et clmente quand celles-ci paraissent passionnes2 elle s'tudie garder les formes d'une paternelle protection4 ,on a dj vu qu'au sein du sacr collge ,ablard comptait des appuis et mme des disciples4 ,a leur tte tait le cardinal ,gui de ,castello#bib1 distingu par l'lvation de son esprit1 sa douceur1 sa justice1 et dont le crdit tait grand2 car c'est lui qui1 quatre ans aprs1 fut pape sous le nom de ,clestin ,,ii1 trop tard pour le repos d',ablard1 trop peu de temps peut-tre pour l'glise et pour l'humanit4 ,note #bij3 ,gall4 ,christ41 t4 ,,ix1 p4 #hf1 et t4 ,,xii1 p4 #df4 ,note #bia3 ,cf4 ,gervaise1 ,vie d',ab41 t4 ,,ii1 l4 ,v1 p4 #bbi4--,rec4 des ,hist4 des ,gaules1 t4 ,,xiv2 i praefat41 p4 ,,xvi4--,s4 ,bern4 ,de ,considerat4 l4 ,i1 c4 ,,iii4--,neander1 ,s4 ,bern4 et son sicle1 l4 ,,ii4--,bergier1 ,dict4 de ,thol41 art4 ,papaut2 ,not4 ,,xvi4 ,note #bib3 ,guido de ,castello dans les lettres de saint ,bernard2 ,guy de ,castellis1 du ,chatel1 de ,castel ou de ,chteau1 dans les historiens franais2 son nom vient de la ville de ,citt di ,castello dans la lgation de ,prouse4 ,nomm par ,honorius ,,ii1 cardinal-diacre au titre de ,sainte-,marie1 in via lata1 et par ,innocent ,,ii1 cardinal-prtre au titre de ,saint-,marc1 il s'leva au souverain pontificat en #aadc et mourut au bout de six mois4 ,les manuscrits des lettres de saint ,bernard portent qu'il tait disciple d',ablard1 et ,duboulai le dsigne ainsi3 ,magister ,guido de ,castellis ,p4 ,abaelardi quondam discipulus1 ejusque defensor acerrimus4 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cxcii1 p4 #ahe in not4--,hist4 ,univ41 t4 ,,ii1 p4 #bab47 ,mais saint ,bernard avait encore plus d'amis auprs du saint-sige4 ,sa rputation de saintet1 sa haute position et son influence active dans le clerg1 ses grands et rcents services dans l'affaire du schisme1 lui assuraient en ,italie une autorit qu'il s'occupa d'augmenter4 ,d'abord deux lettres synodiques furent adresses au saint-pre1 l'une par l'archevque de ,sens et ses suffragants2 l'autre au nom de l'archevque de ,reims et des siens4 ,ces deux lettres sont videmment crites par saint ,bernard4 ,la premire surtout est importante2 elle tait connue au ,vatican sous le nom de la lettre des vques de ,france#bic2 c'est un compte rendu de toute l'affaire4 ,aprs avoir dclar qu'il n'y a de ferme et de stable que ce qui est tabli par l'autorit du sige apostolique1 on y rappelle les leons et les compositions d',ablard1 et l'impression qu'il avait produite1 soit sur le public des coles1 soit sur celui des villes1 des bourgs et des chteaux1 et le bruit qui en tait parvenu jusqu' l'abb de ,clairvaux1 et ses premires dmarches pleines de charit1 de discrtion1 et les bravades du novateur et de ses disciples1 forant par un dfi le synode se runir et ,bernard y paratre4 ,puis1 en termes fort succincts1 les pres du concile exposent ce qui s'y est pass2 comment le seigneur abb a produit dans l'assemble le livre de thologie du matre ,pierre1 et les articles dudit livre1 nots comme absurdes et pleinement hrtiques1 pour que l'inculp nit les avoir crits1 ou1 s'il les avouait1 les justifit ou les amendt2 comment le matre ,pierre ,ablard parut alors se dfier1 chercher un moyen d'vasion1 et refusa de rpondre2 si bien qu'enfin et quoique libre audience lui ft accorde1 et qu'il ft en lieu sr et devant d'quitables juges1 il en appela au saint-pre en sa prsence1 et sortit de l'assemble avec les siens4 ,encore que cet appel1 ajoute-t-on1 part peu canonique1 par dfrence pour le sige apostolique1 on n'a point voulu prononcer de sentence contre l'homme lui-mme4 ,mais1 pour mettre un terme la propagation de l'erreur1 on a statu sur les doctrines1 lues et relues souvent en des cours publics2 elles taient notoires2 elles taient manifestement fausses et hrtiques2 on les a donc condamnes en elles-mmes1 et cela un jour avant l'appel fait au saint-sige4 ,cette dernire circonstance n'est affirme que dans cet endroit et elle n'est gure conciliable avec les autres relations1 mme avec celle de saint ,bernard1 mme avec celle que contient cette lettre#bid4 ,pour qu'elle soit exacte1 en effet1 il faut ou qu',ablard ait quitt la sance sans mot dire1 ce que nul ne prtend1 ou qu'on et par provision statu huis-clos sur ses doctrines1 avant de l'entendre en personne1 ou qu'enfin l'appel au pape n'ait paru consomm qu'aprs avoir t rgularis par une dclaration crite1 admise comme valable par le concile#bie4 ,quoi qu'il en soit1 l'archevque de ,sens et son clerg transmettent au pape1 en finissant1 les articles condamns1 et le supplient unanimement de confirmer leur sentence1 de frapper d'un juste chtiment ceux qui s'obstineraient par esprit de contention les dfendre#bif2 et quant au susdit ,pierre1 de lui imposer silence en lui interdisant d'enseigner et d'crire1 et en supprimant ses livres4 ,note #bic3 ,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cccxxxvii1 ad ,innocent4 pontif4 in persona ,franciae episcop41 ,not4 d4 ,note #bid3 ,pridie ante factam ad vos appellationem damnavimus4 ,cette circonstance est en effet peu conciliable avec ces mots de la portion antrieure du rcit3 ,respondere noluit 444 ad vestram tamen1 sanctissisme pater1 appellans praesentiam1 cum suis a conventu discessit4 7id4 ibid4 ,voyez aussi les lettres ,,clxxxix et ,,cxci47 ,note #bie3 ,le pre ,longueval1 ,hist4 de l'gl4 gall41 t4 ,,ix1 l4 ,,xxv1 p4 #bi4 ,note #bif3 ,sententias eas perpetua damnatione notari et omnes qui pervicaciter et contentiese illas defenderent justa poena muletari4 7,ep4 ,,cccxxxvii47 ,en mme temps1 ,bernard crit pour son compte au pape4 ,il se jette dans ses bras avec tous les panchements d'une me navre de douleur et d'un chrtien au dsespoir4 ,il est dgot de vivre1 il ne sait s'il lui serait utile de mourir#big4 ,insens6 il croyait1 aprs la mort de ,pierre de ,lon1 l'antipape1 que l'glise tait enfin tranquille et qu'il allait vivre en repos2 il ignorait qu'il habitait une valle de larmes1 une terre d'oubli4 ,la douleur est revenue1 ses pleurs ont coul flots comme les maux qu'il a soufferts4 ,un ,goliath s'est lev1 d'autant plus hardi qu'il sentait bien qu'il n'y avait point de ,david3 ,goliath1 c'est ,ablard1 toujours avec son compagnon d'armes1 ,arnauld de ,bresce4 ,puis vient le rcit des circonstances que l'on sait1 et enfin une adjuration vhmente adresse au successeur de ,pierre3 qu'il voie s'il est possible que l'ennemi de la foi de ,pierre trouve un refuge auprs du sige de ,pierre2 qu'il se souvienne de ce qu'il doit l'glise2 qu'il crase la fureur des schismatiques2 qu'il ne fasse pas moins que les grands vques1 ses prdcesseurs1 et saisisse1 pendant qu'ils sont encore petits1 les renards qui dvorent la vigne du ,seigneur4 ,note #big3 ,taedet vivere et an mori expediat nescio4 7,ep4 ,,clxxxix47 ,un moine de ,montier-,ramey1 admis plus tard ,clairvaux1 ,nicolas1 secrtaire de l'abb1 son messager de prdilection pour les ngociations dlicates1 et qui avait alors toute sa confiance1 quoiqu'il l'ait trahie plus tard#bih1 fut charg de porter ces lettres au pape1 et d'y ajouter de vive voix les commentaires convenables4 ,note #bih3 ,montier-,ramey tait une abbaye quatre lieues de ,troyes4 ,nicolas tait un homme instruit1 lettr1 habile1 fort employ dans les affaires de ,rome1 mais hypocrite1 et que saint ,bernard accusa plus tard de vol et de faux4 ,on a de lui des lettres assez intressantes4 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,clxxxix et praefat41 in t4 ,,iii1 vol4 ,i1 p4 #gaa4--;,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #eec47 ,ces lettres n'taient pas les seules2 il en est d'autres o le saint s'exprime d'un ton diffrent1 suivant la diffrence des correspondants4 ,ainsi il s'adresse avec autorit au cardinal ,grgoire ,tarquin1 comme s'il n'avait pour le faire agir qu' lui donner le signal1 et qu'il le pt traiter comme un religieux de son ordre1 toujours prt lui obir4 ,suivant votre coutume1 lui dit-il1 quand j'entre dans la cour 7la cour de ,rome71 vous devez vous lever pour moi4 ,levez-vous donc pour ma cause ou plutt pour la cause du ,christ#bii4 ,quand il crit au cardinal ,haimeric1 qui tait des ,gaules1 son ami1 et de plus chancelier de l'glise romaine#cjj1 il lui parle gravement1 presque politiquement1 et lui fait sentir en peu de mots ce qu'on doit en pareille occurrence attendre du saint-sige4 ,il est moins l'aise avec le cardinal ,gui de ,castello3 il l'appelle son vnrable seigneur et son pre chri1 et d'un ton ml de flatterie et de fermet il lui tmoigne l'esprance de ne pas le voir aimer un homme au point d'aimer ses erreurs4 ,ce serait injure que de le souponner d'une telle amiti1 elle serait terrestre1 charnelle et diabolique2 et il ajoute3 ,ce n'est pas moi qui accuse ,ablard auprs du saint-pre2 c'est son livre qui l'accuse4444 ,un homme qui ne voit rien en nigme1 rien dans le miroir1 mais qui regarde tout face face#cja64444 ,j'estimerais moins votre quit1 si je vous priais longtemps1 dans la cause du ,christ1 de ne mettre personne avant le ,christ4 ,sachez-le seulement1 parce qu'il vous est utile de le savoir1 vous qui ,dieu a donn la puissance3 il importe l'glise1 il importe cet homme lui-mme1 qu'il lui soit impos silence4 ,note #bii3 ,ep4 ,,cccxxxiii1 ad ,g4 cardinalem4 ,note #cjj3 ,haimeric1 ,bourguignon1 de la ville de ,chtillon1 et qu'on dit de la famille de ,castries1 cardinal-diacre du titre de ,sainte-,marie-,nouvelle4 7,s4 ,bern41 ep4 ,,xv et ,,cccxxxviii47 ,note #cja3 ,nihil videt per speculum et in aenigmate1 sed facie ad faciem omnia intuetur4 7,ep4 ,,cxcii1 ad magistrum ,guidonem de ,castello47 ,mais quand il parle au cardinal-prtre ,ives1 son ami1 qui ayant t chanoine rgulier de ,saint-,victor de ,paris pouvait comprendre et partager ses sentiments1 il panche toutes ses colres contre ,ablard2 l encore1 c'est un moine sans rgle1 un suprieur sans soin1 qui ne sait ni imposer l'ordre ni s'y soumettre1 un homme diffrent de lui-mme1 ,hrode au dedans1 ,jean-,baptiste au dehors1 qui veut souiller la chastet de l'glise1 fabricateur de mensonges1 fauteur de dogmes pervers1 plus hrtique enfin par son opinitret que par ses erreurs#cjb4 ,note #cjb3 ,ep4 ,,cxciii1 ad magistrum ,ivonem cardinalem4 ,mais en multipliant ces lettres habilement calcules pour intresser sa cause tout ce que ,rome avait de plus considrable1 saint ,bernard ne voulait point se montrer tranger la question de doctrine4 ,indpendamment de la relation qu'il crit pour le pape1 il lui adresse une ptre1 ou plutt un trait o il examine et discute quelques-unes des opinions d',ablard#cjc4 ,cette composition a t justement place parmi les meilleures de son auteur4 ,quoiqu'il n'y considre pas dans leur ensemble1 ni d'un point de vue fort lev1 les doctrines de son adversaire1 il prend sur lui divers moments une supriorit vritable2 et dgage des violences d'un langage injurieux qui altre et dshonore la vrit mme1 sa pense est souvent juste et quelquefois profonde4 ,dans la discussion sur la ,trinit1 on peut l'accuser de n'avoir pas quitablement pris l'opinion qu'il rfute4 ,s'il ne la dfigure pas1 du moins il l'exagre2 et en isolant les expressions1 il les rend exclusives et plus suspectes qu'elles ne doivent l'tre pour un esprit de bonne foi4 ,mais dans l'examen de la nouvelle thorie de la ,rdemption il parat avoir raison contre son rival2 et l'esprit moderne qui peut prfrer l'ide d',ablard ne saurait faire qu'elle ft l'ide traditionnelle et partant orthodoxe de l'glise catholique4 ,la ,trinit et la ,rdemption sont les seuls dogmes spciaux dont le saint s'occupe avec tendue4 ,il glisse sur le reste1 et se borne caractriser d'une manire gnrale l'esprit du rationalisme qui respire dans toute la thologie d',ablard4 ,l encore1 il montre une vraie sagacit1 et il attaque l'intervention de la raison dans les choses de la foi avec une force et une clairvoyance qui feraient envie plusieurs des apologistes de notre sicle1 avec une rhtorique passionne qui rappelle l'auteur de l',essai sur l'indiffrence en matire de religion2 c'est la mme loquence1 plus anime peut-tre1 quoique moins naturelle encore2 c'est la mme vigueur sophistique2 c'est1 avec les ides que ,m4 de la ,mennais n'a plus1 le talent qu'il a toujours4 ,note #cjc3 ,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cxc1 seu tractatus contra quaedam capitula errorum ,abaelardi1 vol4 ,i1 t ,,ii1 op4 ,,xi1 p4 #fcf4--;,ab4 ,op41 p4 #bgf4 ,voyez dans la suite de cet ouvrage le c4 ,,iv de la troisime partie4 ,jamais plus active et plus soigneuse habilet n'a t dploye pour perdre un homme1 coupable seulement de dissidence et convaincu d'tre un contradicteur4 ,a voir tant d'efforts empreints de tant de haine1 de ressentiment et d'orgueil1 on se dit qu'il est heureux pour saint ,bernard d'avoir t un saint4 ,quiconque penserait et agirait ainsi pour un intrt quelconque de ce monde1 mme pour celui d'une politique quitable et lgitime1 serait accus de mchancet dans la tyrannie2 la saintet seule attnue1 si elle ne les justifie1 ces excs de l'me4 ,on a grand tort d'attaquer les austrits que le christianisme prescrit4 ,ces austrits hroques sont seules capables de racheter devant ,dieu les vives passions que1 ne pouvant les supprimer1 le christianisme dtourne son profit1 et qu'il dvoue sa cause4 ,saint ,bernard consacrait ,dieu ses passions1 comme autrefois les templiers leur pe4 ,l'intrieur du parti qui poursuivait ,ablard nous est mieux connu que le parti d',ablard lui-mme1 et que sa propre conduite1 dans ces difficiles circonstances4 ,peut-tre le ,vatican1 qui nous a rendu le texte des propositions dfres par le concile de ,sens1 contient-il encore1 dans ses mystrieuses archives1 les lettres d',ablard suppliant1 et les plaintes de ceux qui1 croyant la vrit perscute dans sa personne1 invoquaient la protection du chef de la chrtient2 mais tout cela nous est inconnu4 ,nous ne possdons que les actes publics1 deux confessions de foi et une apologie qu'un de ses amis crivit avec plus de chaleur que de prudence4 ,encore ne sait-on pas bien la date de ces crits1 et les auteurs ne sont pas d'accord4 ,racontons les faits dans l'ordre le plus simple4 ,la dcision de ,rome demeura un temps incertaine4 ,mais les lettres de saint ,bernard au pape furent rpandues dans le public1 et l'on ne tarda pas les faire suivre du bruit de la condamnation2 on l'annonait avant de l'avoir obtenue4 ,ablard1 imparfaitement instruit de son sort1 dut redoubler de soins pour l'viter et l'adoucir4 ,il comptait sur deux appuis1 l'opinion de la ,france et la faveur de ,rome4 ,la premire tait moins unie qu'il ne pensait4 ,l'nergie avec laquelle on l'avait attaqu au nom de l'glise intimidait ceux qui n'taient qu'impartiaux1 neutralisait dans le clerg une partie de ses amis1 et donnait la querelle une gravit qui ne permettait plus de le suivre ouvertement qu'aux convictions fortes ou passionnes4 ,toutefois1 pendant qu'il faisait sans doute jouer ,rome tous les ressorts qui le pouvaient sauver1 il ne ngligea pas de s'adresser au public1 et de se concilier les deux sortes d'esprits qui l'avaient si souvent servi2 d'une part1 les esprits curieux et hardis1 qui se plaisent l'examen et gotent la controverse1 en un mot les esprits faits pour l'opposition2 de l'autre1 les esprits levs et bienveillants1 qui s'intressent aisment au talent et la sincrit perscuts1 et qui placent volontiers le bon droit du ct de l'intelligence et de la faiblesse4 ,aux uns il adressa les rponses de la dialectique1 aux autres les gmissements de la foi4 ,il s'tudia comme toujours faire en lui redouter le controversiste et plaindre le chrtien4 ,mais il y avait un juge qu'il devait avant tout rassurer et satisfaire1 c'tait ,hlose3 non qu'il pt craindre un moment d'tre dsavou par l'esprit le plus libre1 abandonn par le coeur le plus fidle4 ,eh6 dans quelles extrmits ,hlose ne l'aurait-elle pas suivi8 mais il avait besoin de l'armer pour sa cause1 et de ranger publiquement de son parti l'abbesse et ses religieuses2 car elle exerait dans l'glise et le monde une grande autorit morale4 ,d'ailleurs1 au milieu de ces restes de passions philosophiques et de calculs ambitieux qui l'agitaient encore1 le coeur d',ablard renfermait un fond de vritable tristesse2 un sentiment amer d'injustice et de malheur qui demandait se rpandre1 et qui s'panchait toujours vers celle qui comprenait toute sa pense et sentait toute son me4 ,c'est pour elle qu'il crivit cette confession de foi si noble et si touchante3 ,hlose1 ma soeur1 toi jadis si chre dans le sicle1 aujourd'hui plus chre encore en ,jsus-,christ1 la logique m'a rendu odieux au monde4 ,ils disent en effet2 ces pervers qui pervertissent tout et dont la sagesse est perdition1 que je suis minent dans la logique1 mais que j'ai failli grandement dans la science de ,paul4 ,en louant en moi la trempe de l'esprit1 ils m'enlvent la puret de la foi4 ,c'est1 il me semble1 la prvention plutt que la sagesse qui me juge ainsi2 je ne veux pas ce prix tre philosophe1 s'il me faut rvolter contre ,paul2 je ne veux pas tre ,aristote1 si je suis spar du ,christ2 car il n'est pas sous le ciel d'autre nom que le sien en qui je doive trouver mon salut4 ,j'adore le ,christ qui rgne la droite du ,pre2 des bras de la foi1 je l'embrasse1 agissant divinement pour sa gloire dans sa chair virginale1 prise du ,paraclet#cjd4 ,et pour que toute inquite sollicitude1 tout ombrage soit banni du coeur qui bat dans votre sein1 tenez de moi ceci4 ,j'ai fond ma conscience sur la pierre o le ,christ a difi son glise4 ,ce qui est grav sur cette pierre1 je vous le dirai en peu de mots3 ,je crois dans le ,pre et le ,fils et le ,saint-,esprit1 ,dieu un par nature et vrai ,dieu1 qui contient la ,trinit dans les personnes1 de faon conserver toujours l'unit dans la substance4 ,je crois que le ,fils est en tout cogal au ,pre2 savoir1 en ternit1 en puissance1 en volont1 en opration4 ,je n'coute point ,arius qui1 pouss par un gnie pervers1 ou mme sduit par un esprit dmoniaque1 introduit des degrs dans la ,trinit1 enseignant que le ,pre est plus grand1 le ,fils moins grand1 oubliant ainsi le prcepte de la loi3 ,tu ne monteras point par des degrs mon autel 7,exod4 xx1 #bf72 car il monte par des degrs l'autel de ,dieu1 celui qui introduit dans la ,trinit une priorit et une postriorit 7une supriorit et une infriorit74 ,j'atteste que le ,saint-,esprit1 est consubstantiel et cogal en tout au ,pre et au ,fils1 quand dans mes livres je le dsigne si souvent du nom de la ,divine bont4 ,je condamne ,sabellius qui1 attribuant au ,pre et au ,fils la mme personne1 avana que le ,pre avait souffert la passion1 d'o est venu le nom des patripassiens4 ,je crois que le ,fils de ,dieu est devenu le ,fils de l'homme1 et qu'une seule personne subsiste par et dans les deux natures4 ,c'est lui qui aprs avoir souffert toutes les conditions attaches son humanit et la mort mme1 est ressuscit1 est mont au ciel1 et viendra juger les vivants et les morts4 ,j'affirme que tous les pchs sont remis par le baptme2 que nous avons besoin de la grce pour commencer et accomplir le bien1 et que ceux qui ont failli sont rgnrs par la pnitence4 ,quant la rsurrection de la chair1 pourquoi en parlerais-je1 puisque vainement je me glorifierais d'tre chrtien1 si je ne croyais que je dois ressusciter un jour8 ,note #cjd3 ,amplector eum ulnis fidei in carne virginali de ,paracleto sumpta gloriosa divinitus operantem4 ,manire un peu recherche1 mais exacte1 d'exprimer que le ,fils de l'homme a t conu dans le sein d'une vierge par l'opration du ,saint-,esprit4 ,telle est donc la foi dans laquelle je me repose4 ,c'est d'elle que je tire la fermet de mon esprance4 ,fort de cet appui salutaire1 je ne crains pas les aboiements de ,scylla1 ,je ris du gouffre de ,charybde1 je n'ai pas peur des chants mortels des sirnes4 ,si la tempte vient1 elle ne me renverse pas2 si les vents soufflent1 ils ne m'agitent pas2 car je suis fond sur la pierre inbranlable#cje4 ,note #cje3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 p4 #cjh4 ,cette dclaration est chrtienne4 ,elle contient l'expression d'une foi correcte sur les principaux articles touchant lesquels on accusait ,ablard d'hrsie4 ,cependant elle ne rtracte pour le fond aucune des opinions qu'il a soutenues dans ses livres1 au sens du moins o il les a soutenues4 ,i#a n'est ni le premier ni le seul qui1 pour rester dans l'unit1 ait profit d'une communaut de langage entre ses adversaires et lui1 sans tenir compte des ides diverses que des esprits diffrents attachent aux mmes mots4 ,peut-tre si l'on obligeait tous les chrtiens donner individuellement le sens prcis et sincre qu'ils attribuent chacun aux expressions consacres du dogme1 verrait-on dans l'unit perptuelle du catholicisme surgir les dissidences et les variations1 et l'hrsie des coeurs trahir l'orthodoxie des paroles4 ,ainsi ,ablard parlait ,hlose4 ,ainsi il essayait d'offrir aux catholiques1 sans engagement ni passion1 les moyens de s'intresser lui et de le prendre sous leur garde4 ,en mme temps1 il composait une apologie plus dveloppe1 o il se dfendait en discutant et rfutait ses adversaires4 ,cet ouvrage est inconnu4 ,mais ,othon de ,frisingen nous en a conserv le commencement1 o l'on voit que les questions de dialectique avaient t mles par les adversaires d',ablard aux questions de thologie1 et ceux-ci ont accus cet ouvrage d'une vivacit et d'une violence qui auraient la fois aggrav les torts de l'auteur et empir sa situation#cjf4 ,nous doutons qu'il ait crit avec l'emportement qu'on lui reproche4 ,en gnral1 sa discussion tait alors plus ddaigneuse que violente2 mais c'tait bien assez pour offenser des adversaires trs-srieusement persuads d'tre les dfenseurs de ,dieu4 ,note #cjf3 ,othon parat croire que l'apologie d',ablard fut faite ,cluni aprs la dcision du pape4 ,si c'est la confession de foi qui se trouve dans les ,oeuvres1 elle n'tait pas de nature provoquer de vives rpliques1 et elle ne commence point par les mots qu',othon nous a conservs1 et qui indiquent que les imputations d'hrsie auraient t rattaches quelque point de philosophie trait d'aprs ,boce4 ,elle n'est pas l'apologie dont un adversaire d',ablard dit3 ,per apologiam suam theologiam impejorat4 ,celle-ci est donc perdue4 ,l'existence en est atteste par ,othon et par les citations curieuses que donne le censeur inconnu dans une rfutation attribue faussement ,guillaume de ,saint-,thierry4 ,il faut que les diteurs de celle-ci l'aient lue avec peu d'attention pour n'avoir par aperu qu'elle tait dirige contre une apologie tout autrement polmique que la dclaration publie par d',amboise et annexe par ,tissier la dissertation de ,guillaume de ,saint-,thierry1 et celle de l'abb anonyme qu'on croit tre ,geoffroi d',auxerre4 7,ott4 ,fris4 ,de ,gest4 ,frid41 l4 #a1 c4 ,,xlix4--,disput anon4 abb4 adv4 ,p4 ,abael41 ,biblioth4 cisterc41 t4 ,,iv1 p4 #bci1 #bdj1 #bdb1 #bdf47 ,leurs reproches s'adressaient avec plus de justice une autre apologie qu',ablard laissa publier par un de ses amis4 ,pierre ,brenger est l'auteur de cette dfense1 vritable invective contre saint ,bernard#cjg4 ,l'ouvrage est rempli de verve et d'audace4 ,au milieu des longueurs1 des purilits1 des plaisanteries grossires que tolrait le got du temps1 de ces citations innombrables1 ornement oblig d'un ouvrage destin aux gens instruits1 on y trouve un vrai talent satirique1 un esprit libre et pntrant1 quelquefois une argumentation vive et des traits d'loquence4 ,c'est une ,provinciale du ,x,i,ie sicle4 ,on ne saurait dire si ,ablard y avait mis la main4 ,note #cjg3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xvii1 ,berengarii scholastici ,apologeticus1 p4 #cjb4 ,nous n'avons rien emprunt cet ouvrage en racontant le concile de ,sens4 ,nous ne voudrions pas juger les jsuites sur la foi de ,pascal2 mais il y a dans ,pascal du vrai sur les jsuites1 et tout ne peut-tre faux dans ce que raconte ,brenger3 car s'il parle comme un ennemi de saint ,bernard1 il ne s'exprime pas comme un ennemi de la foi4 ,citons1 si ce n'est comme historique1 au moins comme chantillon de style1 quelque chose de la peinture intrieure du concile4 ,aprs s'tre assez agrablement moqu de la prtention constante de ,bernard n'tre qu'un ignorant qui ne sait pas crire faute d'tudes1 quoiqu'il crivt avec beaucoup d'art et de recherche1 et qu'il se ft adonn aux lettres profanes au point d'avoir compos dans sa jeunesse des chansons badines dont on lui peut offrir quelques citations1 l'apologiste lui rappelle avec un respect ironique sa saintet et ses miracles1 puis lui dclare brusquement qu'il a perdu son aurole et trahi son secret par sa conduite dans la dernire affaire4 ,or1 voil les vques convoqus de toutes parts au concile de ,sens4 ,c'est l que tu as dclar ,ablard hrtique1 que tu l'as arrach comme en lambeaux du sein maternel de l'glise4 ,il marchait dans la voie du ,christ2 sortant de l'ombre comme un sicaire apost1 tu l'as dpouill de la tunique sans couture4 ,d'abord tu haranguais le peuple1 afin qu'il prit ,dieu pour lui2 et intrieurement tu te disposais le proscrire du monde chrtien4 ,que pouvait faire la foule8 ,comment prier1 quand elle mconnaissait celui pour qui il fallait prier8 ,toi1 l'homme de ,dieu1 qui avais fait des miracles1 qui tais assis avec ,marie aux pieds de ,jsus1 qui conservais toutes ses paroles dans ton coeur1 tu aurais d brler au ciel le plus pur encens de la prire pour obtenir la rsipiscence de ,pierre1 ton accus1 pour obtenir qu'il se lavt de tout soupon4444 ,est-ce que par hasard tu aurais mieux aim qu'il demeurt tel que la censure trouvt o le prendre8 ,enfin1 aprs le dner1 le livre de ,pierre est apport1 et l'on ordonne quelqu'un de faire haute voix lecture de ses crits4 ,mais le lecteur1 anim par la haine1 arros par le fruit de la vigne1 non pas de cette vigne dont il est dit1 je suis la vigne vritable 7,jean1 ,,xv1 #a71 mais de celle dont le jus coucha le patriarche tout nu sur le sol1 se met crier plus fort qu'on ne lui demandait4 ,aprs quelques mots1 vous eussiez vu les graves pontifes se moquer de lui1 battre des pieds1 rire1 jouer1 comme gens qui accomplissent leurs voeux1 non au ,christ1 mais ,bacchus2 en mme temps on salue les coupes1 on clbre les pots1 on loue les vins2 les saints gosiers s'arrosent 444 et c'est alors que1 comme dit le satirique3 ,inter pocula quaerunt ,pontifices saturi quid dia poemata narrent#cjh4 ,note #cjh3 ,pers4 sat4 ,i1 v4 #bg-bh4 ,l'auteur latin dit ,romulidae et non pontifices4 ,puis1 quand arrive jusqu' eux le son de quelque passage subtil et divin1 auquel les oreilles pontificales ne sont pas habitues1 l'auditoire se dgrise dans son coeur2 ce ne sont plus que grincements de dents contre ,pierre1 et ces juges aux yeux de taupe pour voir clair en philosophie1 s'crient3--,quoi6 nous laisserions vivre un pareil monstre6--et1 remuant la tte comme des juifs3--,ah6 disent-ils1 voil celui qui renverse le temple de ,dieu4--7,math1 ,,xxvi1 #dj47 ,ainsi des aveugles jugent les paroles de lumire2 ainsi des hommes ivres condamnent un homme sobre4 ,ainsi de vrais pots pleins de vin prononcent contre l'organe de la ,trinit4444 ,ils avaient rempli1 ces premiers philosophes du monde1 le tonneau de leur gosier1 et la chaleur du breuvage leur tait monte au cerveau1 de sorte que tous les yeux se fermaient noys dans un sommeil lthargique4 ,cependant le lecteur crie1 l'auditeur dort4 ,l'un s'appuie sur son coude pour mieux sommeiller2 l'autre1 sur un coussin bien mou1 cherche fermer ses paupires2 un troisime penche sa tte sur ses genoux4 ,aussi1 quand le lecteur trouvait quelque pine dans le champ1 il criait aux sourdes oreilles des pres3 ,vous condamnez8 ,alors1 quelques-uns peine veills la dernire syllabe1 d'une voix somnolente1 la tte pendante1 disaient3 ,nous condamnons4--,amnons1 disaient d'autres qui1 veills leur tour par le bruit que les premiers faisaient en jugeant1 dcapitaient le mot#cji4444 ,ainsi les soldats endormis rendent tmoignage que1 pendant leur sommeil1 les aptres sont venus et ont emport le corps4 7,math4 ,,xxviii1 #dc47 ,ainsi1 celui qui avait veill le jour et la nuit dans la loi du ,seigneur est condamn par des prtres de ,bacchus4 ,c'est le malade qui traite le mdecin2 c'est le naufrag qui accuse celui qui est sur le rivage2 le criminel qu'on va pendre accuse l'innocent4 ,que faire1 mon me8 ,a qui recourir8 ,as-tu oubli les prceptes des rhteurs1 et matrise par la douleur1 gagne par les larmes1 perds-tu le fil de ton discours8 ,crois-tu que le ,fils de l'homme1 quand il viendra1 trouvera la foi sur la terre8 ,les renards ont leurs terriers1 les oiseaux du ciel ont leurs nids2 mais ,pierre n'a pas o reposer sa tte4444 ,note #cji3 ,il y a ici un jeu de mots impossible traduire4 ,damnatis1 dit le promoteur4 ,damnamus1 disent les pres4 ,namus1 rpondent les plus endormis4 ,namus1 nous nageons1 ce mot fait allusion l'ivresse1 et ,brenger ajoute3 ,votre natation est une tempte1 une submersion4 7,p4 #cje47 ,en voyant agir de la sorte1 en coutant les arrts de pareils juges1 on se console avec ces mots de l'vangile3 ,les pontifes et les pharisiens se sont runis1 et ils ont dit3 ,que faisons-nous8 ,cet homme dit des choses merveilleuses4 ,si nous le laissons aller1 tout le monde croira en lui4 7,jean1 ,,xi1 #dg47 ,mais un des pres1 nomm l'abb ,bernard1 tant comme le pontife de ce concile1 prophtisa en disant3 ,il nous convient qu'un seul homme soit extermin par le peuple et que toute la nation ne prisse pas#caj4 ,c'est de ce moment qu'ils ont rsolu de le condamner1 rptant ces paroles de ,salomon3 ,tendons des embches au juste 7,prov4 ,i1 #aa71 enlevons-lui la grce des lvres et trouvons le mot qui perdra le juste4--,vous l'avez fait en faisant ce que vous avez fait1 vous avez dard contre ,ablard les langues de la vipre4 ,renverss par l'ivresse1 vous l'avez renvers1 et vous avez absorb le vin1 comme celui qui dvore le pauvre en secret 7,habac4 ,,iii1 #ad74 ,et pendant ce temps1 ,pierre priait3 ,seigneur1 disait-il1 dlivrez mon me des lvres iniques et de la langue perfide4 7,ps4 ,,cxix1 #b47 ,note #caj3 ,jean1 ,,xi1 #ej4 ,brenger dit3 ,exterminetur a populo1 ce qui veut dire soit extermin par le peuple ou proscrit du sein du peuple4 ,il y a dans la ,vulgate3 ,moriatur pro populo1 ce qui est conforme au texte grec4 ,au milieu de tant de piges1 ,ablard se rfugie dans l'asile du jugement de ,rome4--,je suis1 dit-il1 un enfant de l'glise romaine4 ,je veux que ma cause soit juge comme celle de l'impie2 j'en appelle ,csar4--,mais ,bernard1 l'abb1 sur le bras duquel se reposait la multitude des pres1 ne dit pas comme le gouverneur qui tenait saint ,paul dans les fers3 ,tu en as appel ,csar1 tu iras ,csar#caa2 mais tu en as appel ,csar1 tu n'iras pas ,csar4 ,il informe en effet le sige apostolique de tout ce qu'ils ont fait1 et aussitt un jugement de condamnation de la cour de ,rome court dans toute l'glise gallicane4 ,ainsi est condamne cette bouche1 temple de la raison1 trompette de la foi1 asile de la ,trinit4 ,il est condamn1 douleur1 absent1 non entendu1 non convaincu4 ,que dirai-je1 que ne dirai-je pas1 ,bernard84444 ,note #caa3 ,caesarem appello4--,caesarem appellasti2 ad ,caesarem ibis4 7,act4 ,,xxv1 #aa et #ab47 ,malgr tout ce que la fureur intestine des haines conjures1 tout ce qu'un orage de passions implacables et insenses pouvait lancer contre ,pierre1 tout ce que pouvait comploter l'envie et l'iniquit1 la froide clairvoyance de la censure apostolique ne devrait jamais se laisser endormir4 ,mais il dvie facilement de la justice1 celui qui dans une cause craint l'homme plus que ,dieu4 ,elle est vraie1 cette parole d'une bouche prophtique3 ,toute tte est languissante4444 ,de la plante des pieds jusques au col1 rien n'est sain en lui#cab4 ,note #cab3 ,isa41 l4 #e et #f4--,le texte dit de la plante des pieds jusqu'au sommet de la tte1 usque ad verticem4 ,c'est peut-tre par erreur que la citation de ,brenger porte cervicem4 ,il voulait1 disent les fauteurs de l'abb1 corriger ,pierre4 ,homme de bien1 si tu projetais de rappeler ,pierre la puret d'une foi intacte1 pourquoi1 en prsence du peuple1 lui imprimais-tu le caractre du blasphme ternel8 ,et si tu cherchais enlever ,pierre l'amour du peuple1 comment t'apprtais-tu le corriger8 ,de l'ensemble de tes actions1 il ressort que ce qui t'a enflamm contre ,pierre n'est pas l'envie de le corriger1 mais le dsir d'une vengeance personnelle4 ,c'est une belle parole que celle du prophte3 ,le juste me corrigera en misricorde4 7,ps4 ,,cxl1 #e47 ,o manque en effet la misricorde1 n'est pas la correction du juste1 mais la barbarie brutale du tyran4 ,et sa lettre au pape ,innocent atteste encore les ressentiments de son me3 ,il ne doit pas trouver un refuge auprs du sige de ,pierre1 celui qui attaque la foi de ,pierre#cac6 ,tout beau1 tout beau1 vaillant guerrier2 il ne sied pas un moine de combattre de la sorte4 ,crois-en ,salomon3 ,ne soyez pas trop juste de peur de tomber dans la stupidit#cad4 ,non1 il n'attaque pas la foi de ,pierre celui qui affirme la foi de ,pierre3 il doit donc trouver un refuge auprs du sige de ,pierre4 ,souffre1 je te prie1 qu',ablard soit chrtien avec toi4 ,et si tu veux1 il sera catholique avec toi2 et si tu ne le veux pas1 il sera catholique encore2 car ,dieu est tous et n'appartient personne#cae4 ,note #cac3 ,s4 ,bern41 ep4 ,,clxxxix4 ,note #cad3 ,eccl41 ,,vii4 #ag4--;,il y a dans le texte3 ,noli esse justus multum1 neque plus sapias quam necesse est1 ne obstupescas4 ,brenger dit3 ,noli nimium esse justus1 ne forte obstupescas4 ,note #cae3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xvii1 p4 #cjc-cjh4 ,aprs ces belles paroles1 ,brenger recherche si en effet ,ablard n'est pas chrtien4 ,il donne alors le texte de la confession de foi adresse ,hlose1 et sur cette dclaration1 il demande s'il est juste et charitable de fermer celui qui professe la croyance de l'glise tout accs vers le chef de l'glise4 ,ablard peut s'tre tromp1 mais il n'a point dit tout ce qu'on lui fait dire1 ou il l'a dit dans un autre sens2 un second ouvrage et corrig ou bien clairci le premier2 il fallait attendre ses explications4 ,enfin s'il reste des erreurs1 et ,berenger ne le conteste pas1 o n'y a-t-il point d'erreurs8 il y en a dans saint ,bernard lui-mme4 ,son trait sur le ,cantique des ,cantiques contient une hrsie sur l'origine de l'me#caf4 ,il y a des fautes dans saint ,hilaire1 dans saint ,jrme1 et saint ,augustin a publi le livre de ses rtractations4 ,comment donc a-t-on pu avec tant d'acharnement travailler fermer au matre ,pierre les portes de la clmence apostolique8 ,note #caf3 ,les erreurs que ,berenger signale dans saint ,bernard1 sont peu graves ou peu prouves4 ,ainsi on lit dans son vingt-septime sermon sur le ,cantique des ,cantiques1 que l'me vient du ciel1 et ,berenger en conclut que saint ,bernard est tomb dans l'erreur d',origne qui attribuait aux mes une existence antrieure cette vie4 ,l'induction nous parat force4 7,s4 ,bern4 ,op41 vol4 ,i1 t4 ,,iv1 serm4 ,,xxvii1 #f2 ,not41 p4 ,,cxiii4--,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #beg47 ,telle est l'argumentation ici parfaitement juste par laquelle ,berenger termine son pamphlet thologique1 en prenant l'engagement de discuter dans un autre crit le fond mme des questions4 ,mais cet engagement1 il ne le tint pas4 ,on vient de voir qu'en crivant1 il savait dj que la cour de ,rome avait prononc1 et que toute esprance tait perdue4 ,du ct de saint ,bernard1 une dissertation1 empreinte d'une verve qui va jusqu' la violence1 avait t lance contre l'apologie1 non de ,berenger1 mais d',ablard#cag4 ,l'auteur inconnu1 mais qui tait un abb de moines noirs1 ddie son ouvrage l'archevque de ,rouen qui parait tre son suprieur ecclsiastique1 raconte qu'il a t li avec ,ablard par la plus troite familiarit1 et prend avec la dernire vivacit la dfense de saint ,bernard contre une apologie qu'il traite de calomnieuse4 ,c'est celle que nous n'avons plus4 ,il accuse ,ablard d'tre conduit par les furies et d'avoir compar saint ,bernard ,satan1 transform en ange de lumire4 ,si la citation est exacte1 l'accus n'et fait que rendre l'accusateur ce qu'il lui avait prt#cah4 ,note #cag3 ,nous avons dj parl de cette dissertation d'un abb anonyme4 ,plusieurs auteurs1 ,duchesne entre autres1 l'ont confondue avec celle de ,guillaume de ,saint-,thierry1 ou la lui ont attribue par surrogation2 erreur manifeste que ,tissier et ,mabillon ont releve4 ,point d'vidente raison non plus pour donner cet ouvrage ,geoffroi1 l'auteur de la ,vie de saint ,bernard4 ,un moine de ,cteaux1 nomm aussi ,geoffroi1 l'attribue bien un abb de moines noirs1 et ,geoffroi le biographe devint en effet abb de ,clairvaux 7ou des moines noirs de ,cteaux72 il fut le troisime successeur de saint ,bernard2 mais il n'tait point abb l'poque o l'ouvrage parat avoir t crit1 et surtout il ne dpendait pas de l'archevque de ,rouen4 ,l'ouvrage1 au reste1 a t insr dans la ,bibliothque de ,cteaux4 7,disputat4 anonym4 abbat4 adv4 dogm4 ,p4 ,abael41 ,bibl4 cist41 t4 ,,iv1 p4 #bch4--,s4 ,bern4 ,op41 admon4 in opusc4 ,,xi1 vol4 #a1 t4 ,,ii1 p4 #fcf4--,thes4 nov4 anecd4 observ4 proev4 in ,ab4 ,theol41 t4 ,v1 p4 #aadh4--;,ex epist4 ,gaufr4 mon4 clarev41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xiv1 p4 #cca4--;,ab4 ,op42 ,not41 p4 #aaic47 ,note #cah3 ,voyez ci-dessus et ,s4 ,bern4 ep4 ,,cccxxx4 ,mais ces violences de langage1 toujours blmables1 taient de plus imprudentes4 ,le clerg orthodoxe prenait de jour en jour le dessus4 ,berenger1 esprit vif et caustique1 s'tait fait encore d'autres affaires1 en attaquant les chartreux qui1 dit-on1 avaient pris parti contre lui#cai4 ,il se vit bientt oblig de quitter le pays et de songer sa sret2 puis du fond de la retraite o il s'tait cach1 il crivit ,guillaume1 vque de ,mende1 une lettre o il s'excuse1 en laissant chapper encore quelques pigrammes contre saint ,bernard4 ,il dclare qu'il se rend sur les questions gnrales du dogme1 qu'il n'a pas fait suivre son premier ouvrage d'un second1 et qu'il a renonc s'riger en patron des articles reprochs ,pierre ,ablard1 puisque1 encore qu'ils soient bons pour le sens1 ils ne le sont pas pour le son#cbj4 ,quant l'apologie que j'ai publie1 je la condamnerai1 dit-il1 en ce sens1 que si j'ai dit quelque chose contre la personne de l'homme de ,dieu1 j'entends que le lecteur le prenne en plaisanterie1 et non au ,srieux4 ,note #cai3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xix1 p4 #cbe4 ,note #cbj3 ,quia1 etsi sanum saperent1 non sane sonabant4 7,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xviii1 p4 #hbb47 ,c'est que le jugement du pape1 qui d'abord n'avait que transpir1 fut bientt officiellement connu1 et mit fin cette grande controverse1 qui devait renatre un jour sous les auspices d'hommes nouveaux4 ,saint ,bernard avait triomph2 l'oeuvre tait consomme4 ,on ignore si la cour de ,rome hsita1 si elle fut quelque temps combattue entre les deux partis2 mais l'acquittement d',ablard tait la condamnation du clerg de ,france et l'immolation dans l'glise de ce qu'on pourrait appeler le parti gouvernemental au parti libral4 ,un tel acte ne pouvait tre qu'une dangereuse inconsquence1 moins qu'il ne ft le dbut et le signal d'un systme nouveau1 et ne figurt dans un vaste ensemble de mesures de rforme ou tout au moins de conciliation4 ,or cette politique n'tait pas dans les ides du sicle1 peut-tre mme et-elle devanc de trop d'annes la ncessit qui plus tard a pu la rclamer sans l'obtenir4 ,en tout cas1 elle n'tait pas la porte de celui qui1 sous le nom d',innocent ,,ii1 gouvernait l'glise1 esprit mdiocre et d'une commune prudence1 imitateur timide de la politique illustre1 entre ses prdcesseurs1 par ,hildebrand1 et entre ses successeurs1 par ,lothaire ,conti4 ,peu de mois aprs le concile de ,sens1 un rescrit donn ,latran le #af juillet1 et adress aux archevques de ,sens et de ,reims1 ainsi qu' l'abb de ,clairvaux1 condamna sur l'appel ,ablard et ses doctrines#cba4 ,les termes en sont assez modrs4 ,aprs un prambule sur les droits et les devoirs du saint sige1 et quelques citations d'erreurs dj condamnes1 le pape1 sans se prononcer en droit touchant les oprations du concile1 dit que1 quant aux articles dfrs par les deux archevques1 il a reconnu avec douleur1 dans la pernicieuse doctrine de ,pierre ,ablard1 d'anciennes hrsies1 et qu'il se flicite qu'au moment o se raniment des dogmes pervers1 ,dieu ait suscit l'glise des enfants fidles1 au saint troupeau d'illustres pasteurs1 jaloux de mettre un terme aux attaques du nouvel hrtique#cbb4 ,en consquence1 aprs avoir pris le conseil de ses vques et cardinaux1 le successeur de saint ,pierre condamne les articles ainsi que la doctrine gnrale de ,pierre et son auteur avec elle1 et impose ,pierre1 comme hrtique 7tanquam haeretico71 un perptuel silence4 ,il estime en outre que tous les sectateurs et dfenseurs de son erreur devront tre squestrs du commerce des fidles et enchans dans les liens de l'excommunication4 ,on ajoute que le pape ordonna de livrer aux flammes les livres d',ablard1 et que lui-mme les fit brler ,rome#cbc4 ,note #cba3 ,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cxciv2 ,innocentius episc4 venerabilibus fratribus4--,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xvi1 p4 #cja4 ,note #cbb3 ,qui novi haeretici calomniis studeant obviare4 7,id41 ibid47 ,note #cbc3 ,gaufrid41 ,in ,vit4 ,s4 ,bern4--,s4 ,bern4 ,op41 vol4 #a1 p4 #fcf4 ,telle tait la lettre immdiatement ostensible4 ,une lettre plus courte1 portant la mme suscription1 et donne le lendemain de la prcdente1 contenait le commandement que voici3 ,par les prsents crits1 nous mandons votre fraternit de faire enfermer sparment dans les maisons religieuses qui vous paratront le plus convenables1 ,pierre ,ablard et ,arnauld de ,bresce1 fabricateurs de dogmes pervers et agresseurs de la foi catholique1 et de faire brler les livres de leur erreur partout o ils seront trouvs4 ,donn ,latran1 #ah;ime jour des calendes d'aot4 ,et cette lettre tait annex cet ordre3 ,ne montrez ces crits qui que ce soit1 jusqu' ce que la lettre mme 7sans doute le rescrit principal7 ait t1 dans le colloque de ,paris qui est trs-prochain1 communique aux archevques#cbd4 ,note #cbd3 ,cet ordre est du #ad juillet4 ,on ignore quel tait le but de ce colloque 7confrence ou dlibration7 qui devait se tenir ,paris et o devaient assister des archevques1 je n'en ai vu trace ni dans la ,gallia ,christiana1 ni dans l',histoire de l'glise de ,paris du ,p4 ,grard ,dubois4 7,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,cxciv et not4 in ep4 ,,clxxxvii et seqq41 p4 lxvi4--,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xv et ,,xvi1 p4 #bii et #cja4--;,fleury1 ,hist4 ,eccl41 t4 ,,xiv1 l4 ,,lxvii1 p4 #eef47 ,le secret prescrit fut gard quelque temps4 ,ablard parat n'avoir ni su ni souponn de bonne heure ce fatal dnoment4 ,en faisant son appel1 il avait entendu se retirer par devers la ,cour de ,rome1 pour y plaider sa cause4 ,il ne pouvait s'imaginer qu'on l'y jugerait sans l'entendre1 et que cette iniquit1 presque sans exemple de la part de l'glise suprme1 serait consomme contre lui4 ,il faut remarquer en effet1 qu' aucune poque de la procdure1 soit en ,france1 soit en ,italie1 il n'a t admis dire s'il reconnaissait les ouvrages lui attribus1 s'il avouait1 dsavouait1 rtractait1 modifiait ou interprtait les articles qu'on prtendait en avoir extraits1 ni enfin s'expliquer sur ses dogmes et ses intentions2 la preuve n'a donc jamais t faite qu'il ft coupable de malice1 orgueil1 opinitret1 conditions indispensables de l'hrsie2 car l'hrsie est un crime et non pas une erreur4 ,on conoit donc jusqu' un certain point sa scurit4 ,cependant1 comme il n'attendait plus rien de la ,france1 il rsolut d'aller ,rome1 afin de s'y dfendre s'il tait encore simple accus1 de se justifier s'il tait condamn dj4 ,triste et souffrant1 il partit pour ,lyon1 en faisant route par la ,bourgogne4 ,l'ge et les infirmits ralentissaient sa marche2 il sjournait dans les monastres qu'il rencontrait sur son chemin4 ,une fois1 surpris1 dit-on1 par la nuit1 il fut forc de s'arrter ,cluni4 ,la maison de ,cluni1 situe non loin de ,mcon1 tait une ancienne abbaye de l'ordre de ,saint-,benot1 fonde au commencement du ,xe sicle par ,bernon1 abb de ,gigny1 et richement dote par ,guillaume ,ier1 duc d',aquitaine et comte d',auvergne4 ,elle avait prcd ,cteaux et par consquent ,clairvaux1 qui n'tait qu'une colonie de cette dernire maison1 et1 comme on disait dans le clotre1 la troisime fille de ,cteaux#cbe4 ,note #cbe3 ,cluni et ,cteaux1 tous deux de l'ordre de ,saint-,benot1 taient cependant des chefs d'ordre4 ,les quatre dmembrements de ,cteaux1 appels ses quatre filles1 taient les abbayes de ,la ,fert1 de ,pontigni1 de ,clairvaux et de ,morimond4 ,la robe de ,cluni tait noire1 celle de ,cteaux blanche1 except quand les moines sortaient de la maison4 ,cette diffrence dans la couleur du froc joue un grand rle dans las dmls des clunistes et des cisterciens4 7,hist4 des ordres monastiques1 par le ,p4 ,heliot1 t4 ,v1 c4 xviii et xxxii47 ,cluni tait ce qu'on appelle un chef d'ordre et un des monastres les plus renomms de la ,gaule pour sa richesse et sa dignit4 ,on vantait la magnificence de son glise1 de ses btiments1 de sa bibliothque2 et l'hospitalit y tait exerce avec grandeur4 ,un esprit de paix et d'indulgence1 le got des lettres et des arts mme rgnaient dans cette maison o les biens du monde n'taient point ddaigns et que des religieux austres accusaient de relchement4 ,les vives animosits qui clataient souvent entre les divers ordres1 comme entre les couvents du mme ordre1 avaient1 pendant un temps1 anim ,cteaux contre ,cluni4 ,cteaux1 chef d'ordre comme ,cluni1 et sa suite ,clairvaux1 plus ardent1 plus rigoureux1 plus pauvre1 avait attaqu tout la fois la richesse1 l'influence1 et l'esprit large et tolrant d'une abbaye o le temps avait amen quelques modifications la rgle primitive de ,saint-,benot4 ,naturellement1 ,cluni rpondait en accusant ,cteaux de pharisasme4 ,bernard1 avec sa ferveur inflexible1 n'avait pas manqu1 prs de quinze ans auparavant1 de prendre parti pour ,cteaux1 d'o il tait sorti1 et tout en lui reprochant les exagrations malveillantes d'un zle outr1 il avait censur les nouveauts et les concessions de ,cluni1 et dnonc la mollesse sous le nom de modration1 la complaisance sous celui de charit#cbf4 ,note #cbf3 ,voyez l'ouvrage que saint ,bernard1 la demande de ,guillaume de ,saint-,thierry1 composa sous le nom d',apologia et o il attaque encore plus ,cluni qu'il ne le dfend1 tout en blmant ,cteaux4 7,s4 ,bern4 ,op41 vol4 #a1 t4 ,,ii1 opusc4 ,v47 ,quoique ces accusations1 motives surtout par quelques habitudes de luxe insparables d'une grande opulence1 et par les dsordres ambitieux d'un abb1 ,pons de ,melgueil1 mort ,rome excommuni1 n'eussent jamais atteint son successeur1 ,pierre1 fils de ,maurice1 de la grande famille des seigneurs de ,montboissier en ,auvergne1 celui qui ses vertus et sa longue vie ont attir le nom de ,pierre le ,vnrable2 il lui fallut prendre la plume pour dfendre son ordre et rpondre1 au moins indirectement1 saint ,bernard#cbg4 ,il donna une rfutation remarquable de toutes les critiques des cisterciens1 ce qui tait rfuter celles que s'appropriait saint ,bernard1 quoiqu'il ne le nommt pas#cbh4 ,mais c'est l'esprit mme de saint ,bernard que semble combattre dans son style calme1 mesur1 enjou mme1 l'esprit juste et serein de ,pierre le ,vnrable4 ,en #aacb1 une exemption en matire de dme accorde par le pape aux moines de ,cteaux1 obligea l'abb de ,cluni rclamer1 et suscita une controverse nouvelle entre l'abb de ,clairvaux et lui#cbi4 ,enfin1 six ans aprs1 l'lection d'un cluniste l'vch de ,langres1 faite contre le gr du premier1 l'entrana des plaintes amres o son noble mule ne fut pas pargn auprs du roi ni du pape4 ,pierre lui rpondit avec une mesure et une supriorit reconnues des admirateurs mmes de saint ,bernard2 et quand enfin1 rsumant tous leurs diffrends du ton de la modration et de l'amiti1 il voulut les mettre au nant1 il lui crivit une grande lettre toute pleine d'autorit et de douceur o nous lisons cette belle parole trop peu comprise des moines de tous les temps3 ,la rgle de saint ,benot est subordonne la rgle de la charit#ccj4 ,note #cbg3 ,pierre le ,vnrable1 ,venerabilis cognomine1 quod ipsi haesit1 sua aetate donatus 7,rec4 des ,hist41 t4 ,,xv1 ep4 ,pet4 ,clun4 abb41 ,monit41 p4 #fbe72 ,cognomento venerabilis ob eximiam divinarum et humanarum scientiarum cognitionem cum insigni vitae prebliate conjunctam 7,gall41 ,christ41 t4 ,,vi1 p4 #aaag71 ne fut point canonis selon les formes4 ,mais les bndictins n'ont pas manqu de l'inscrire dans leur martyrologe2 et dans la bibliothque de ,cluni1 son nom est prcd de l',s4 7,bibl4 ,cluniac4 vit4 ,s4 ,pet4 vener41 p4 #eec47 ,les auteurs de l',histoire littraire le regardent galement comme un saint en ,france4 7,hist4 litt41 t4 ,,xiii suppl41 p4 #dca47 ,note #cbh3 ,fleury n'hsite pas considrer l'apologie de ,cluni adresse par ,pierre ,bernard comme une rponse l'ouvrage du dernier1 et c'est aussi l'opinion de ,neander4 ,les auteurs de l',histoire littraire mettent un grand soin prouver qu'il n'en est rien et que ,pierre ne rpond qu'aux cisterciens en gnral4 ,il est certain que la rfutation n'est ni directe1 ni expresse1 mais l'opposition entre les deux hommes est flagrante4 7,cf4 ,bibl4 cluniac41 l4 ,i1 ep4 ,,xxviii--,hist4 litt41 t4 ,,xiii1 p4 #aii1 t4 ,xlll supp41 p4 #bff et #dch4-- ,hist4 ,eccl41 l4 ,,lxvii1 n #dc4--,saint ,bernard et son sicle1 l4 ,,ii47 ,note #cbi3 ,s4 ,bern4 ,op41 vol4 #a1 not4 in ep4 ,,ccxxviii4--,bibl1 ,clun41 ,petr4 ,ven4 epist41 l4 ,i1 ep4 ,,xxxiii-,,xxxvi4 ,note #ccj3 ,regula illa illius sancti patris ex illa sublimi et generali caritalis regula pendet4 7,bib4 ,clun41 ,petr4 epist41 l4 ,,iv1 ep4 ,,xvii1 l4 ,i1 ep4 ,,xxix4--,s4 ,bern4 ,op41 ep4 ,,clxiv ,,clxx1 ep4 ,,ccxxix47 ,la bienveillance1 l'estime1 l'amiti mme parurent assez constamment unir ces deux hommes si diffremment chrtiens4 ,ils se lourent beaucoup l'un l'autre1 et je ne sais s'ils s'en tendirent jamais4 ,l'abb ,pierre1 par ses vertus calmes1 sa pit simple1 la culture et la distinction de son esprit1 tait universellement respect dans l'glise4 ,il ne manquait pas pour lui-mme de la svrit ncessaire la profession monastique1 et sa rforme de son ordre1 dcrte en #aacb1 dans un chapitre gnral o assistrent douze cent douze frres et deux cents prieurs1 l'a bien prouv4 ,mais une charit tendre et claire l'inspirait1 et son esprit aimable autant qu'tendu1 lui faisait admettre et comprendre ce qui chappait au gnie troit de l'abb de ,clairvaux4 ,les lettres de ,pierre sont admirables par l'onction dans la raison4 ,tout1 jusqu' cette intelligence des choses mondaines dans une juste mesure1 jusqu' cette habile alliance d'une vie simple et pure avec l'emploi des richesses du sicle1 des trsors des arts1 des moyens d'influence temporels1 rappelle involontairement1 dans sa magnificence1 sa grce et sa saintet1 l'immortel archevque de ,cambrai4 ,ce n'est faire tort ni ,pierre ni ,bernard que de dire qu'il y eut en eux et mme entre eux quelque chose qui fait penser ,fnelon et ,bossuet4 ,vous remplissez les devoirs pnibles et difficiles1 qui sont de jener1 de veiller1 de souffrir1 crivait un jour ,pierre ,bernard1 et vous ne pouvez supporter le devoir facile qui est d'aimer#cca4 ,note #cca3 ,quae gravia sunt faciunt2 quae levia facere nolunt4444 ,servas1 quicumque talis es1 gravia ,christi mandata1 cum jejunas1 cum vigilas1 cum fatigaris1 cum laboras2 et non vis levia ferre1 ut diligas4 7,bibl4 ,clun41 #a4 ,,vi1 ep4 ,,iv1 p4 #hig4 ,cette lettre a t mise la date de #aadi47 ,saint ,bernard tait fort suprieur ,bossuet en nergie et en puissance de caractre2 mais la nature de ,bossuet tait meilleure1 plus quitable et plus douce4 ,tel tait l'homme que la ,providence mt sur la route d',ablard fugitif4 ,ce n'tait ni comme lui un docteur audacieux1 ni comme son rival un moine dominateur2 mais un prlat lettr et doux1 pieux et libral1 qui aimait la paix et qui savait l'tablir et la conserver4 ,il accueillit ,ablard avec un mlange de compassion et de respect1 et la triste victime de tant de haineuses passions1 y compris les siennes1 rencontra enfin ce qu'il n'avait gure trouv sur l'pre chemin de sa vie1 la bont4 ,s'tant repos quelques jours ,cluni1 il confia ses projets l'abb ,pierre4 ,il se regardait comme l'objet d'une injuste perscution1 et protestait avec horreur contre le nom d'hrtique4 ,il raconta qu'il avait fait appel au saint-sige1 et qu'il allait se rfugier au pied du trne pontifical4 ,on en a conclu qu'il ne savait pas encore1 du moins avec certitude1 que son arrt tait rendu4 ,pierre le ,vnrable approuva son dessein1 lui dit que ,rome tait le refuge du peuple des chrtiens1 qu'il devait compter sur une suprme justice qui n'avait jamais failli personne1 et par del la justice1 sur la misricorde4 ,dans ces circonstances1 ,raynard1 abb de ,cteaux1 vint ,cluni4 ,on a suppos qu'il y tait envoy par l'abb de ,clairvaux1 qui1 dpositaire des ordres du pape1 hsitait les excuter avec clat1 ou redoutait le voyage d',ablard ,rome4 ,quoi qu'il en soit1 l'abb de ,cteaux parla de rconciliation1 et ,pierre entra vivement dans cette nouvelle ide4 ,tous deux pressrent ,ablard4 ,mieux instruit peut-tre de sa vraie situation1 ou peut-tre us par l'ge1 bris par la maladie1 dcourag par l'exprience1 il parut se laisser flchir4 ,jamais il n'avait pens se placer en dehors de l'glise1 et le schisme de sa situation lui tait rellement insupportable4 ,dans une telle disposition d'esprit1 il dut tre touch de cet aspect de charit paisible et de sainte indiffrence que prsentaient le vnrable abb et l'intrieur de sa maison4 ,jamais la pit n'avait abandonn son me2 il y laissa pntrer le calme et le dtachement4 ,a la demande de ,pierre et de quelques autres religieux1 il dclara1 comme au reste il l'avait souvent fait1 rejeter tout ce qui1 dans ses paroles ou ses livres1 aurait pu blesser des oreilles catholiques1 et il crivit une nouvelle apologie ou confession de foi#ccb4 ,il voulut bien mme suivre ,clairvaux l'abb ,raynard1 dont la mdiation assoupit les anciens diffrends1 et il dit son retour que saint ,bernard et lui s'taient revus pacifiquement#ccc4 ,on ne sait rien de cette entrevue4 ,je ne doute pas de la clmence de saint ,bernard2 il croyait rellement que c'tait lui de pardonner4 ,note #ccb3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep41 xx1 apologia seu confessio1 p4 #ccj4 ,note #ccc3 ,se pacifice convenisse revenus retulit4 7,id41 ,ibid41 pars ,,ii1 ep4 xxii1 p4 #ccf47 ,si la confession de foi qui nous est reste est celle qui satisfit saint ,bernard1 il tait bien revenu des exigences que lui inspirait nagure sa clairvoyante svrit4 ,comme l'apologie pour ,hlose1 la seconde dclaration d',ablard1 adresse tous les enfants de l'glise universelle1 est chrtienne2 mais il n'y dment sur aucun point capital les opinions mises dans ses ouvrages4 ,seulement il les dsavoue dans la forme absolue et outre que leur avaient donne ses adversaires1 ou bien il rpte sans commentaire ni dveloppement1 la formule orthodoxe dont on l'accuse de s'tre cart2 mais il ne reconnat pas qu'il s'en soit cart1 ni que par consquent il l'entende dsormais en un sens contraire ses crits4 ,aprs cette dclaration1 il restait matre comme par le pass1 de soutenir1 s'il l'et jug propos1 que ses expressions1 comprises suivant sa pense1 n'offraient pas le sens qu'on leur prtait1 ou demeuraient compatibles avec les termes consacrs4 ,aprs cette dclaration1 il pouvait encore1 au moyen de quelque interprtation1 soutenir qu'il n'avait pas chang d'opinion4 ,en un mot1 il s'exprime chrtiennement1 il ne se rtracte pas4 ,pour crire cette apologie1 il a pu cder l'ge1 la force1 la ncessit2 il a pu1 chose plus louable1 obir l'amour de la paix1 au respect de l'unit1 l'intrt commun de la foi4 ,mais j'oserais affirmer qu'il n'a pas sacrifi une seule de ses ides qui que ce soit au monde4 ,le coeur d',ablard pouvait ou faiblir1 ou se soumettre2 son esprit ne le pouvait pas4 ,au reste1 il continue dans son apologie se plaindre de la malice de ses ennemis et des impostures dont il est victime#ccd4 ,sur tous les points dont on l'accuse1 il atteste ,dieu qu'il ne se connat aucune faute1 et s'il lui en est chapp dans ses crits ou dans ses leons1 il ne les dfend point1 il se dclare prt tout rparer1 tout corriger1 n'ayant jamais eu ni arrire-pense1 ni mauvais dessein1 ni opinitret4 ,note #ccd3 ,comme cette confession de foi accuse clairement1 bien qu'indirectement1 ses adversaires de mensonge1 elle a t censure assez vivement par des auteurs modernes1 et confondue avec cette apologie antrieure dont j'ai dj parl et qui aurait t plus violente que les ouvrages mme qu'elle tait destine justifier4 ,c'est ainsi qu'en parat juger entre autres ,tissier4 7,biblioth4 pat1 cister41 t4 ,,iv1 p4 #bei47 ,mais ce que nous savons de la premire apologie ne permet pas de la confondre avec la confession de foi1 et ainsi en ont jug d'excellents critiques4 ,si celle-ci a t crite ,cluni1 elle n'atteste pas une rconciliation profondment sincre avec saint ,bernard4 7,cf4 ,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #abi et #acd47 ,thomasius a tabli d'une manire assez spcieuse qu',ablard n'avait jamais au fond abandonn ses opinions et qu'aid par ,pierre de ,cluni1 qui tenait honneur de le garder dans son couvent1 il avait donn saint ,bernard des satisfactions apparentes4 7,p4 ,ab4 ,vit41 chap4 #gj et seqq47 ,puis1 s'expliquant directement ou indirectement sur dix-sept articles relevs ds l'origine dans ses crits1 il n'en laisse pas un seul1 sans se laver1 au moins dans les termes1 de toute trace d'hrsie3 ,et quant ce qu'ajoute notre ami1 dit-il 7et c'est ce mot qui semble indiquer qu'il crivit sa dclaration au moment de sa rconciliation71 que ces articles ont t trouvs1 partie dans la ,thologie du matre ,pierre1 partie dans le ,livre des ,sentences du mme1 partie dans celui qui est intitul3 ,connais-toi toi-mme1 je n'ai pas lu cela sans grand tonnement1 aucun ouvrage de moine se pouvant trouver qui et pour titre3 ,livre des ,sentences2 et cela aussi a t avanc par ignorance ou par malice#cce4 ,note #cce3 ,apol41 p4 #ccc4 ,ablard1 rconcili1 n'aspirait plus qu' la retraite4 ,abandonnant le monde et la vie des coles1 il consentit rester pour toujours ,cluni1 la grande joie de l'abb et de toute la communaut4 ,pierre le ,vnrable se hta d'crire au pape pour lui demander de permettre son hte de ne plus quitter l'asile o il avait t reu1 et d'y passer1 dans le repos1 l'tude et la pit1 les restes d'une vie dont le terme paraissait approcher#ccf4 ,note #ccf3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 xxii1 ,petr4 ,vener4 ad ,dom4 ,innocent4 ,,ii1 p4 #cce4 ,cet arrangement1 comme on le pense bien1 fut approuv ,rome2 ,ablard devint moine ,cluni1 du moins se soumit-il la rgle de la communaut1 et bien que son rang dans l'glise1 gal celui de l'abb de ,cluni1 l'et fait1 non moins que sa renomme1 placer en tte de toute la congrgation et marcher le premier aprs son chef1 il accepta avec la dernire rigueur l'humilit et l'austrit de sa nouvelle vie4 ,il se revtit des habits les plus grossiers2 et cessant de prendre aucun soin de sa personne1 il traita son corps avec le mpris des solitaires4 ,saint ,germain1 dit l'abb de ,cluni#ccg1 ne montrait pas plus d'abjection1 ni saint ,martin plus de pauvret4 ,silencieux1 le front baiss1 il fuyait les regards1 il se cachait dans les rangs obscurs de ses frres1 et par son maintien il semblait vouloir s'effacer encore parmi les plus inconnus4 ,souvent dans les processions1 l'oeil cherchait avec hsitation ou contemplait avec tonnement cet homme d'un si grand nom1 qui semblait se ddaigner lui-mme et se complaire dans l'abaissement4 ,rendu par le saint sige tous les devoirs du ministre1 il frquentait les sacrements1 il clbrait souvent le divin sacrifice1 ou prchait la parole sainte aux religieux2 encore fallait-il qu'il y ft contraint par leurs instances4 ,le reste du temps il lisait1 priait et se taisait toujours4 ,ses tudes1 comme celles de toute sa vie1 continuaient d'avoir un triple objet1 la thologie1 la philosophie et l'rudition4 ,ce n'tait plus qu'une pure intelligence4 ,les passions taient ananties ou condamnes au silence2 et il ne restait plus d'action dans sa vie que l'accomplissement des devoirs monastiques4 ,mais s'il est vrai1 comme il est permis de le croire1 qu'il ait mis ,cluni la dernire main son grand trait de philosophie scolastique1 nous y lisons que mme alors il se regardait encore comme la victime de l'envie1 et que1 sr de la puissance de son esprit1 des ressources de son savoir1 de la dure de son nom1 il confiait l'avenir vengeur le triomphe de la science opprime dans sa personne4 ,convaincu que c'est la grce qui fait le philosophe1 puisqu'il faut du gnie pour la dialectique1 il se sentait comme prdestin la science1 et il crivait pour l'instruction des temps o sa mort rendrait l'enseignement la libert1 heureux ainsi d'assurer aprs lui la renaissance de son cole#cch4 ,tel tait l'homme dont l'humilit et la soumission difiaient ,pierre le ,vnrable4 ,note #ccg3 ,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 xxiii4 p4 #cdj4 ,note #cch3 ,voyez ci-aprs ,i4 ,,ii1 c4 iii1 et ,ouv4 ind4 d',ab41 ,dialectique1 p4 #bbh et #dcf4 ,c'est une remarque de ,thomasius1 qu',ablard n'a effac d'aucun de ses ouvrages les opinions ni les passages qu'il semblait avoir rtracts4 7,ab4 ,vit41 #ha47 ,cependant ses forces dclinaient rapidement1 et une maladie de peau trs-douloureuse1 lui laissait peu de tranquillit4 ,l'abb ,pierre exigea qu'il changet d'air1 et l'envoya auprs de ,chlons1 dans le prieur de ,saint-,marcel1 fond par le roi ,gontran1 et possd par l'ordre de ,cluni4 ,cette maison s'levait non loin des bords de la ,sane1 dans une des situations les plus agrables et les plus salubres de la ,bourgogne4 ,l il continua sa vie studieuse2 malgr ses souffrances et sa faiblesse1 il ne passait pas un moment sans prier ou lire1 sans crire ou dicter4 ,mais tout coup ses maux prirent un caractre plus alarmant2 il sentit que le dernier moment venait1 fit en chrtien la confession d'abord de sa foi1 puis de ses pchs1 et reut avec beaucoup de pit les sacrements en prsence de tous les religieux du monastre4 ,ainsi1 crit ,pierre le ,vnrable1 l'homme qui par son autorit singulire dans la science1 tait connu de presque toute la terre1 et illustre partout o il tait connu1 sut1 l'cole de celui qui a dit3 ,apprenez que je suis doux et humble de coeur1 demeurer doux et humble1 et1 comme il est juste de le croire1 il est ainsi retourn lui#cci4 ,note #cci3 ,math41 ,,xi1 #bi4--;,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xxiii1 ,petr4 ,vener4 ad ,heloss41 p4 #cdb4 ,ablard mourut ,saint-,marcel1 le #ba avril #aadb4 ,il tait g de soixante-trois ans#cdj4 ,note #cdj3 ,on lisait dans le vieux ncrologe du ,paraclet3 ,maistre ,pierre ,abaelard1 fondateur de ce lieu et instituteur de sainte religion1 trespassa ce ,,xxi avril1 ag de ,,lxiii ans4 7,ab4 ,op42 ,not p4 #aaif47 ,undenas malo revocante calendas1 porte son pitaphe 7,id41 p4 #cdc74 ,il fut enseveli dans une tombe d'une seule pierre1 creuse assez grossirement et d'un travail fort simple4 ,dpos d'abord dans la chapelle de l'infirmerie o il tait mort1 son corps fut ensuite transport dans l'glise du monastre de ,saint-,marcel1 et y demeura quelque temps4 ,dans le dernier sicle1 on y voyait encore son spulcre1 ou plutt son cnotaphe1 sur lequel il tait reprsent en habit monacal#cda4 ,note #cda3 ,c'est1 d'aprs de bonnes autorits 7,m4 ,alexandre ,lenoir et ,m4 ,boisset1 de ,chlons71 la mme tombe o ,ablard est dpos aujourd'hui au cimetire du ,pre ,lachaise4 ,m4 ,lenoir a donn le dessin du monument tel qu'il existait ,saint-,marcel avant la rvolution4 ,suivant lui1 le corps d',ablard n'aurait quitt la chapelle de l'infirmerie que pour le ,paraclet1 et ce n'est que vers la fin du dernier sicle que son tombeau primitif aurait t transport dans l'glise du prieur de ,saint-,marcel4 ,l'pitaphe1 peinte en noir sur la muraille au-dessus du monument1 portait3 ,hic primo jacuit ,petrus ,abelardus ,francus et monachus cluniacensis1 qui obiit anno #aadb4 ,nunc apud moniales paraclitenses in territorio trecacensi requiescit4 ,vir pietate ,insignis1 scriptis clarissimus1 ingenii acumine1 rationum pondere1 decendi arte1 omni scientiarum genere nulli secundus4 7,voyage littraire par deux bndictins1 t4 ,i1 #are partie1 p4 #bbe1--,muse des monum4 fran41 par ,a4 ,lenoir1 t4 #a1 p4 #bbj1 pl4 n #fag47 ,mais quand il mourut1 il avait depuis bien longtemps demand que ses restes reposassent au ,paraclet#cdb4 ,cette volont devait tre accomplie2 celle qui rgnait au ,paraclet ne pouvait permettre qu'on ne l'accomplt pas4 ,note #cdb3 ,ab1 ,op41 pars ,i1 ep4 ,,iii1 p4 #fc et ci dessus p4 #adg4 ,elle vivait dans un profond silence2 depuis longues annes1 ce coeur s'tait ferm et ne se montrait qu' ,dieu1 sans se donner lui4 ,on ne sait rien d'elle4 ,pierre le ,vnrable avait fait de tout temps profession de lui porter autant d'admiration que de respect4 ,une correspondance liait le ,paraclet et ,cluni2 l'abb avait reu d'elle1 par un moine nomm ,thobald1 une lettre et quelques petits prsents1 lorsqu'il lui crivit1 pour lui raconter les derniers jours de son poux1 une ptre pleine de louange o il l'appelle femme vraiment philosophique1 o il la compare ,dborah la prophtesse1 et ,penthsile1 reine des ,amazones1 et lui exprime de vifs regrets de ce qu'elle n'habite pas avec les servantes du ,christ1 la douce prison de ,marcigny1 couvent de femmes bndictines plac dans le voisinage1 prs de ,semur et sous la direction de l'abb de ,cluni4 ,il joignit mme sa lettre une pitaphe en onze vers latins qu'il avait compose en l'honneur d',ablard et qu'on lisait plus tard grave sur la muraille de l'aile droite de l'glise de ,saint-,marcel1 prs de la sacristie#cdc4 ,c'tait1 y disait-il1 le ,socrate1 l',aristote1 le ,platon de la ,gaule et de l',occident2 parmi les logiciens1 s'il eut des rivaux1 il n'eut point de matre4 ,savant1 loquent1 subtil1 pntrant1 c'tait le prince des tudes2 il surmontait tout par la force de la raison1 et ne fut jamais si grand que lorsqu'il passa la philosophie vritable1 celle du ,christ4 ,on peut regarder ces mots comme l'expression du jugement de tous les esprits clairs du sicle d',ablard4 ,note #cdc 3 ,gallorum ,socrates1 ,plato maximus ,hesperiarum1 ,noster ,aristoteles1 logicis quicumquo fuerunt ,aut par aut melior1 studiorum cognitus orbi ,princeps4444 ,dans l'dition d',amboise1 cette pitaphe est jointe la lettre o ,pierre rend compte ,hlose de la mort d',ablard4 ,en #agjc1 on la lisait encore dans l'glise de ,saint-,marcel1 d'aprs les auteurs de l',histoire littraire4 ,une seconde pitaphe1 rapport galement par d',amboise1 est aussi attribue l'abb de ,cluni2 la premire seule l'est avec quelque certitude2 nous l'analysons dans le texte2 les deux derniers vers de la seconde en ont t dtachs et cits seuls comme tant l'inscription du tombeau d',ablard2 les voici3 ,est satis in tumulo3 ,petrus hic jacet ,abaelardus ,cui soli patuit scibite quidquid erat4 ou1 comme la donne le ,p4 ,dubois3 ,est satis in titulo3 ,praesul hic jacet ,abaelardus1 etc4 ,p9999 en a donn une troisime trouve dans un manuscrit qu'il croit presque contemporain d',ablard2 elle commence ainsi3 ,petrus amor cleri1 ,petrus inquisito veri1 etc4 ,on peut y remarquer ce vers3 ,praeteriit1 sed non periit1 transivit ad esse4 ,la chronique de ,richard de ,poitiers1 moine de ,cluni1 en contient une quatrime dont voici le premier vers mutil3 ,bummorum major ,petrus ,abaelardus4444 ,rawlinson a extrait d'un manuscrit de la bibliothque d',oxford une cinquime pitaphe1 assez remarquable par quelques vers sur le nominalisme2 elle commence par ces mots3 ,occubuit ,petrus2 succumbit eo moriento ,omnis philosophia4444 ,philippe ,harveng1 thologien du ,x,i,ie sicle1 en a compos ou conserv une dont nous ne connaissons que le premier vers3 ,lucifer occubuit1 stellae radiate minores4 7,c4 ,ab4 ,op41 praefat4 in fin4 pars ,,ii1 ep4 ,,xxiii1 p4 #cdb4--,thes4 anecd4 noviss41 t4 ,,iii1 ,dissert4 isag ,,xxii4--,ex chronic41 ,wilelm4 ,godel4 et ,rich4 pict41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #dae et #fge4--,p4 ,ab4 et ,hel4 ,epist41 edit4 a ,r4 ,rawlinson1 #agah4--,p4 ,harveng41 ,op41 p4 #hja4--;,hist4 eccles4 paris41 auct4 ,dubois1 t4 ,,ii1 l4 ,,xiii1 c4 ,,vii1 p4 #agh4--;,hist4 litt41 t4 ,,xii1 p4 #aja et #ajb47 ,ainsi1 chre et vnrable soeur en ,dieu1 crivait l'abb de ,cluni l'abbesse du ,paraclet1 celui qui vous vous tes1 aprs votre liaison charnelle1 unie par le lien meilleur et plus fort du divin amour1 celui avec lequel et sous lequel vous avez servi le ,seigneur1 celui-l1 dis-je1 le ,seigneur1 au lieu de vous1 ou comme un autre vous-mme1 le rchauffe dans son sein1 et au jour de sa venue1 quand retentira la voix de l'archange et la trompette de ,dieu descendant du ciel1 il le garde pour vous le rendre par sa grce4 ,nous n'avons point la rponse d',hlose2 mais nous savons que quelque temps aprs1 dans le mois de novembre1 ,pierre le ,vnrable se rendait au ,paraclet4 ,pour complaire l'abbesse1 il avait fait enlever de l'glise de ,saint-,marcel1 en secret et l'insu de ses religieux1 les restes mortels d',ablard1 et il les apportait leur dernire demeure4 ,dans une lettre o elle le remercie1 ,hlose lui dit simplement3 ,vous nous avez donn le corps de notre matre#cdd4 ,note #cdd3 ,corpus magistri nostri dedistis4 ,on pourrait croire par la place o se lit cette phrase1 qu'il s'agit du corps de ,notre-,seigneur1 et que ,pierre disant la messe au ,paraclet y donna la communion aux religieuses4 ,mais il y aurait ,corpus ,,domini nostri 7,ab4 ,op41 pars ,,ii1 ep4 ,,xxiii1 p4 #cdb ep4 ,,xxiv4 ,heloiss4 ad ,petr4 ,abb4 clun41 p4 #cdc74 ,m4 ,boisset1 qui nous devons la conservation du premier tombeau d',ablard1 dit dans une lettre adresse ,m4,a4 ,lenoir1 que l'abb de ,cluni se rendit ,saint-,marcel dans les premiers jours de novembre1 sous prtexte d'y faire la visite abbatiale2 qu'une nuit1 pendant le sommeil des religieux1 il fit enlever le corps d',ablard1 et partit aussitt lui-mme avec ce dpt pour aller au ,paraclet1 o il arriva le #aj novembre #aadb4 7,mus4 des mon4 fr41 t4 ,i1 p4 #bca7 ,pendant son sjour au ,paraclet1 ,pierre dit la messe dans la chapelle1 le #af novembre1 prcha dans la salle du chapitre1 accorda au monastre le bnfice de ,cluni1 et l'abbesse ce qu'on appelait le ,tricenaire1 c'est--dire une concession de trente messes dire par ses moines1 ou tout au moins des prires pendant trente jours de suite aprs la mort d',hlose1 et pour le repos de son me4 ,de retour dans son abbaye1 il rgularisa cette promesse en lui envoyant un engagement crit et scell de son sceau1 ainsi que l'absolution d',ablard qu'elle avait demande1 pour la suspendre1 suivant l'usage du temps1 au tombeau qu'elle faisait lever son matre et son poux4 ,cette absolution est conue en ces termes3 ,moi1 ,pierre1 abb de ,cluni1 qui ai reu ,pierre ,ablard dans le monastre de ,cluni1 et cd son corps1 furtivement emport1 l'abbesse ,hlose et aux religieuses du ,paraclet2 par l'autorit du ,dieu tout-puissant et de tous les saints1 je l'absous d'office de tous ses pchs#cde4 ,note #cde3 ,ab4 ,op41 pars4 ,,ii1 ep4 ,,xxv2 ,pet4 clun4 ad4 ,hel41 p4 #cdd et #cde4 ,on a conserv un hymne funbre1 ce que les anciens appelaient noenia1 chant peut-tre ou suppos chant prs du tombeau d',ablard par l'abbesse du ,paraclet et ses religieuses#cdf4 ,on voudrait croire que ce chant1 qui ne manque pas1 dans sa simplicit1 d'une certaine grce mlancolique1 est l'ouvrage d',hlose4 ,pourquoi cette stance ne serait-elle pas d'elle8 ,tecum fata sum perpessa2 ,tecum dormiam defessa1 ,et in ,sion veniam4 ,solve crucem1 ,due ad lucem ,degravatam animam4 ,elle demande reposer prs de lui2 c'est lui qu'elle demande de la conduire au sjour d'ternelle lumire1 et aussitt elle entend le choeur et la harpe des anges2 et les religieuses s'crient3 ,que tous deux se reposent du travail et d'un douloureux amour4 ,requiescant a labore1 ,doloroso et amore4 ,ils demandaient l'union des habitants des cieux3 dj ils sont entrs dans le sanctuaire du ,sauveur4 ,note #cdf3 ,ce chant nous est transmis par un auteur allemand1 qui ne dit point d'o il l'a tir 7,morlz ,carriere1 ,abuelard und ,heloise1 p4 ,,xcvi74 ,je ne l'ai vu mentionn nulle part ailleurs4 ,m4 ,carriere en donne une traduction en vers allemands1 par ,m4 ,follen4 ,ce petit pome est trs-simple4 ,les religieuses chantent d'abord deux stances de requiescat devant le tombeau2 puis ,hlose en dit quatre analyses dans le texte2 elle demande la mort et le ciel4 ,aussitt les nonnes reprennent et annoncent la batitude des deux poux4 ,hlose elle-mme aurait bien os composer cela4 ,hlose vcut encore vingt et un ans2 elle continua d'tre l'objet de l'admiration et de la vnration gnrale4 ,son sicle la mettait au-dessus de toutes les femmes1 et je ne sais si la postrit a dmenti son sicle#cdg4 ,note #cdg3 ,tu444 et mulieres omnes evicisti1 et pene viros universos superasti4 7,petr4 clun4 ep41 ,ab4 ,op41 pars ,,ii4 p4 #ccg47--;,fama444 femineum sexum vox excessisse nubis nutilleavit4 ,quomodo8 ,diciando1 versilicando1 etc444 ,stultus ego qui lunam illuminare velo4444 ,calamus vester calamis ductorum supereminet aut aequatur4 7,hug4 ,metel4 ep4 ,,xvi et ,,xvii ad ,helois4 ,hug41 ,sac4 antiq4 mon41 t4 ,,ii4 p4 #cdh et #cdi47 ,la prosprit1 la richesse1 la dignit du couvent du ,paraclet ne firent que s'accrotre4 ,sa premire abbesse mourut le #af mai #aafd1 un jour de dimanche1 au mme ge que son fondateur4 ,le calendrier ncrologique franais du ,paraclet portait son nom3 ,hlose1 mre et premire abbesse de cans1 de doctrine et religion trs-resplendissante#cdh4 ,note #cdh3 ,mater nostrae religionis ,heloysa1 prima abbatissa1 documentis et religione clarissima1 spem bonam ejus nobis vita donante1 feliciter migravit ad ,dominum4 ,c'est ce qu'on lisait dans le ,necrologium la date ,anno ,,mclxiv1 ,,xvii ,kal4 jun4 7,gall4 ,christ41 t4 ,,xii1 p4 #egd47 ,duchesne a lu dans le calendrier du ,paraclet3 ,heloysa1 neptis ,fulberti canonici parisiensis1 primo petri ,abaelardi conjux1 deinde monialis et prioritsa ,argentolii1 post oratorii paralitei abbatissa1 quod ab anno ,,mcxxx ad annum ,,mclxiv prudenter atque religiose rexit4 7,ab ,op42 ,not41 p4 #aaha47 ,c'est une tradition plutt qu'un fait historique qu',hlose mourut au mme ge qu',ablard4 ,on a vu qu'il n'existe pas de donne certaine sur l'poque de sa naissance4 ,une inscription grave prs du premier spulcre d',ablard dans l'glise de ,saint-,marcel de ,chlons1 portait3 ,obiit magnos ille doctor ,,xi ,kalend4 ,maii an4 ,,mcxlii1 anno suo climacterico4 et ,heloissa vero ,,xvii ,kalend4 ,junii anno ,,mclxiii4 ,creditur enim ,,xx annis amplius marito supervixisse4 ,ces paroles ne sont pas affirmatives4 7,hist4 litt4 t4 ,,xii1 p4 #fde4--,voyez ci-dessus la note #c de la p4 #df47 ,on dit qu'en mmoire de sa science incomparable1 ses religieuses voulurent que le ,paraclet clbrt tous les ans l'office en langue grecque le jour de la ,pentecte2 et cette institution s'est longtemps maintenue#cdi4 ,note #cdi3 ,in not4 ,auberti ,miraei ad ,henric4 ,gandat4 de scriptor4 ecclesiast4 c4 ,,xvi4 ,biblioth4 eccles41 p4 #afd4--;,bayle1 ,dict4 crit41 art4 ,paraclet4--,gervaise1 ,vie d',abeil41 t4 ,,ii1 liv4 ,,vi1 p4 #cbh4 ,peu de temps avant sa mort et dans sa maladie1 elle ordonna1 dit-on1 qu'on l'ensevelt dans le tombeau de son poux4 ,ce tombeau tait plac dans une chapelle qu',ablard avait fait construire1 peut-tre le premier btiment en pierre de l'ancien ,paraclet1 et qui joignait le clotre avec le choeur4 ,on l'appelait le petit moustier4 ,lorsque la morte1 dit une chronique1 fut apporte cette tombe qu'on venait d'ouvrir1 son mari qui1 bien des jours avant elle1 avait cess de vivre1 leva les bras pour la recevoir1 et les ferma en la tenant embrasse#cej4 ,note #cej3 ,d',amboise et ,duchesne donnent ce fait un peu lgendaire comme extrait d'une chronique de ,tours1 alors manuscrite4 ,verba chronici ,,ms4 ,turonici4 7,ab4 ,op41 praefat1 et not4 p4 #aaie47 ,ce doit tre le ,chronicon ,turonense insr par fragments dans le ,recueil des ,historiens1 comme oeuvre d'un chanoine de ,saint-,martin de ,tours4 ,le passage cit y est indiqu par les premiers mots seulement 7t4 ,,xii4 p4 #dgb71 puis suivi d'un renvoi la chronologie de ,robert d',auxerre4 ,dans celle-ci 7,id41 p4 #bic71 le passage est insr peu prs dans les termes rapports par d',amboise2 mais il s'arrte la translation du corps d',ablard au ,paraclet1 et ne mentionne ni le dsir exprim par ,hlose d'tre ensevelie avec son amant1 ni le fait miraculeux ici racont4 ,peut-tre cette diffrence entre le texte de la chronique de ,tours1 si elle est telle que d',amboise la donne1 et les termes de la chronologie de ,robert1 a-t-elle chapp l'diteur du ,recueil des ,historiens4 ,aucune partie du paragraphe concernant ,ablard1 ni le dbut1 ni la fin1 ne se trouve dans le texte de la chronique de ,tours1 imprim pour la premire fois et par extraits dans l',amplissima collectio1 de ,martne et ,durand 7t4 ,v1 p4 #iag et #ajae74 ,on sait au reste qu'un rcit tout semblable se trouve dans ,grgoire de ,tours4 7,de ,glor4 confess41 c4 ,,xlii47 ,la vrit cependant1 c'est qu',hlose ne fut pas d'abord ensevelie dans le mme tombeau1 mais dans la mme crypte qu',ablard4 ,trois sicles aprs leur mort1 en #adig1 par les soins de ,catherine de ,courcelles1 dix-septime abbesse du ,paraclet1 leurs restes furent transports du petit moustier dans le choeur de la grande glise du monastre1 et dposs1 ceux d',ablard droite1 ceux d',hlose gauche du sanctuaire1 et plus tard rapprochs au pied ou mme au-dessous du matre autel#cea4 ,note #cea3 ,gall4 ,christ41 ,i4 ,,xii1 p4 #fad4--;,ann4 ord4 ,s4 ,benedict441 t4 ,,vi1 p4 #cef4 ,on rapporte qu'en #afcj1 la vingt-troisime suprieure du ,paraclet1 ,marie de la ,rochefoucauld1 fit transporter les deux tombes dans la chapelle dite de la ,trinit1 devant l'autel2 elles y restrent longtemps1 sans aucune pitaphe1 dans un caveau situ au-dessous des cloches#ceb4 ,on ajoute que c'est alors que les ossements encore entiers furent runis dans un double cercueil qui a t ouvert de nos jours4 ,il parat qu'en #agja1 une pitaphe en prose franaise fut1 par l'ordre de la vingt-cinquime abbesse1 ,catherine de la ,rochefoucauld1 grave sur un marbre noir plac la base de cette chapelle spulcrale ou plutt sur une plinthe au pied de la triple statue de la ,trinit1 que cette dame avait releve4 ,en #agff1 une autre abbesse du mme nom conut le plan d'un monument o devait figurer encore cette curieuse statue1 et qui ne fut excut qu'en #aggi par la dernire abbesse du ,paraclet#cec4 ,la rvolution franaise1 qui abolit l'institution fonde par blard1 respecta cependant et sa mmoire et le double cercueil o l'on croyait avoir conserv les derniers restes d',ablard et d',hlose4 ,note #ceb3 ,voyag4 litt4 par deux bndict41 #are partie1 p4 #he4 ,note #cec3 ,c'tait ,charlotte de ,roucy2 celle qui avait conu le plan tait la vingt-sixime abbesse et se nommait ,marie de ,roye2 toutes de la maison de la ,rochefoucauld4 ,l'pitaphe que l'une fit graver sur le tombeau1 avait t compose la demande de l'autre1 en #agff1 par l',acadmie des inscriptions2 elle est conue en ces termes3 ,hic ,sub eodem marmore jacent ,hujus monasterii ,conditor1 ,petrus ,abaelardus ,et abbatissa prima ,heloissa1 ,olim studiis1 ingenio1 amore1 infaustis nuptiis ,et poenitentia1 ,nunc aeterna1 quod speramus1 felicitate ,conjuncti4 ,petrus oblit ,,xx prima aprilis #aadb1 ,heloissa ,,xvii maii #aafc4 ,curis ,carolae de ,roucy1 ,paracleti ,abbatissae4 #aggi4 ,il y a erreur dans cette dernire date4 ,on a attribu cette pitaphe ,marmontel4 ,m4,a4 ,lenoir1 qui parait avoir vu ce monument ou l'avoir copi sur des dessins authentiques1 l'a fait graver dans son ,muse4 ,il se compose du triple groupe et d'un socle appliqus la muraille4 7,lives of ,abeil4 and ,helois41 by ,j4 ,berington1 t4 ,,ii1 p4 #bca4--,mus4 des mon4 fr41 t4 ,i1 p4 #bbe #bbh1 pl4 no #eaf4--;,abail et ,hl41 par ,turlot1 p4 #bfg-bfi47 ,ces ossements confondus sont aujourd'hui replacs dans la tombe de pierre o lui-mme avait t d'abord enseveli sous les votes de l'glise de ,saint-,marcel4 ,comment cette tombe est-elle aujourd'hui dpose dans un des cimetires de ,paris8 ,d'o vient le monument qui la renferme1 ce monument connu de tous1 tant de fois reproduit par le dessin1 sans cesse visit par une curiosit populaire1 et qu'on peut souvent dans les beaux jours voir encore par de couronnes funraires et de fleurs frachement cueillies8 ,un homme dont les soins pieux ont sauv la ,france bien des richesses de l'art gothique dans un temps o cet art tait aussi ddaign par le got qu'insult par les passions1 l'auteur du ,muse des monuments franais#ced1 est celui qui nous devons la conservation des restes d',ablard et d',hlose et le tombeau mme qui les contient4 ,en #agib1 le ,paraclet fut vendu la requte et au profit de la nation4 ,les notables de ,nogent-sur-,seine vinrent en cortge lever les corps des deux amants que protgeait du moins la philosophie sentimentale de l'poque1 et les transportrent avec le groupe de la ,trinit encore tout entier1 dans leur ville et dans l'glise de ,saint-,lger4 ,en #agid1 des fanatiques du temps1 qui certainement l'ombre de saint ,bernard n'tait point apparue1 dvastrent l'glise1 et le groupe1 jadis suspect d'un symbolisme hrtique1 fut bris comme un monument de superstition4 ,cependant ils pargnrent le caveau qui renfermait les prcieux restes4 ,six ans aprs1 #h floral an ,,viii1 ,m4 ,lenoir1 muni d'un ordre du gouvernement1 reut des mains du sous-prfet au nom de l'arrondissement1 un cercueil qui renfermait ces restes spars par une lame de plomb4 ,on l'ouvrit avec soin1 et un procs-verbal fut dress constatant l'tat des ossements4 ,il a t publi4 ,les ttes furent moules1 et c'est sur ce modle qu'un sculpteur a compos les masques si connus4 ,vers le mme temps1 un mdecin de ,chlons-sur-,sane1 ayant sauv le tombeau de l'glise de ,saint-,marcel1 cette cuve de pierre gypseuse alabastrite1 grossirement cisele1 au moment o1 achete par un paysan1 elle allait tre livre quelque usage domestique1 la remit au crateur du muse des ,petits-,augustins1 et c'est dans ce spulcre grossier dont les sculptures paraissent effectivement de bons juges tre du temps et du pays1 que les restes des deux poux ont t enfin dposs4 ,auprs d'une statue rpute celle d',ablard en habit de moine1 une statue de femme1 du ,x,i,ie sicle1 et laquelle on avait adapt le masque de convention d',hlose1 fut couche sur le mme tombeau4 ,c'est celui qu'on a plac dans une sorte de chambre ou de lanterne1 d'un gothique orn1 et forme de dbris enlevs au clotre du ,paraclet1 et surtout une ancienne chapelle de ,saint-,denis4 ,ce monument1 d'un style recherch1 postrieur au ,x,i,ie sicle1 ouvrage composite d',alexandre ,lenoir1 fut la restauration transport du jardin du muse des ,petits-,augustins dans le cimetire du ,pre-,lachaise le #f novembre #ahag4 ,les noms d',hlose et d',ablard taient gravs alternativement sur la plinthe1 et interrompus seulement par ces mots3 ,grec3 ,,lei ,,sympeplegmenoi1 toujours unis4 ,note #ced3 ,m4 ,alexandre ,lenoir4 ,il a racont lui mme tous ce details4 ,le mdecin de ,chlons est ,m4 ,boisset1 le sculpteur ,m4 ,descine4 7,mus4 des mon4 fr41 t4 ,i1 p4 #bba et suiv4--,notice hist4 sur la spult4 d',hl4 et ,abail41 par le mme1 #ahaf4--,villenave1 ,notice place en tte de la traduction des lettres1 par le bibl4 ,jacob1 p4 #aaf et suiv4--,autre traduction des lettres1 par ,m4 ,oddoul2 dition illustre1 t4 ,i1 p4 ,,cxi47 ,on a vu qu',hlose avait un fils dont l'histoire ne parle pas4 ,il parat qu'il entra dans les ordres1 et obtint la bienveillance de ,pierre le ,vnrable4 ,dans la lettre qu'elle crit ce dernier1 elle lui recommande son fils1 pour qui elle le prie d'obtenir une prbende de l'vque de ,paris ou de tout autre4 ,l'abb rpond qu'il s'efforcera de lui en faire accorder une dans quelque noble glise1 mais il ajoute que la chose n'est pas aise1 et qu'il a prouv souvent que les vques se montrent fort difficiles pour accorder des prbendes dans leur diocse#cee4 ,note #cee3 ,ab4 ,op4 ep4 xxiv et xxv1 p4 #cdc et #cde4 ,en #aaej1 il y avait ,nantes un chanoine de la cathdrale du nom singulier d',astralabe2 il semble1 que ce devait tre le fils d',ablard#cef4 ,un religieux du mme nom est mort en #aafb1 abb de ,hauterive1 dans le canton de ,fribourg4 ,si c'est le fils d',hlose1 sa mre lui aurait survcu de deux ans4 ,nous avons encore une pice de vers latins qu',ablard composa pour son fils2 c'est un recueil de sentences morales1 et l'on y lit ces mots3 ,nil melius muliere bona#ceg4 ,c'est la vritable pitaphe d',hlose#ceh4 ,note #cef3 ,extrait du ,cartulaire de ,bur2 ,mm4 pour servir l',hist4 de ,bretagne1 t4 ,i1 p4 #ehg4 ,aussi ,niceron veut-il qu',astralabe soit mort en ,bretagne 7t4 ,,iv74 ,turlot dit avoir lu dans l'obituaire du ,paraclet qu'il mourut dans ce couvent peu de temps aprs sa mre4 7,abail4 et ,hl41 p4 #abd et #add47 ,note #ceg3 ,c'est ,m4 ,cousin qui a dcouvert par hasard1 en #ahcg1 cet ,astralabe1 mort en ,suisse abb de bndictins4 ,il a aussi publi des vers qu',ablard aurait faits pour son fils1 et qui1 sans manquer d'lgance1 manquent de posie comme presque tous les vers latins du moyen ge4 7,frag4 philos41 t4 ,,iii1 append4 ,x47 ,mais malgr l',histoire littraire1 ,thomas ,wright 7,reliq4 antiq41 t4 ,i1 p4 #ae71 ,m4 ,edelestand ,dumeril ne veut pas que cette pice soit d',ablard4 7,journ4 des sav4 de ,norm41 #b;e liv41 p4 #aab47 ,note #ceh3 ,d',amboise en a publi une autre en quatre mchants vers latins4 ,il ne dit point o il l'a trouve 7,ab4 ,op41 praefat4 in fin471 elle commence ainsi3 ,hoc tumulo abbatissa jacet prudens ,heloyssa1 etc4 ,terminons notre rcit4 ,il doit1 s'il est fidle1 suffire pour faire connatre ,ablard et celle dont le nom charmant est insparable du sien4 ,on nous dispensera de chercher juger son gnie1 son amour1 son caractre4 ,sa vie est comme le reflet de tout cela1 et on le juge en la racontant4 ,quoique les ouvrages d',ablard aient beaucoup de valeur1 ils donneraient de lui une insuffisante ide1 si nous n'avions le tmoignage de son sicle1 et ce tmoignage est trs-considrable4 ,ces temps du moyen ge qu'on se reprsente comme ensevelis dans l'ignorance1 comme abrutis de grossiret1 tenaient en haute estime1 peut-tre cause de leur grossiret et de leur ignorance mme1 les travaux de l'esprit et du talent4 ,la renomme s'attachait aisment alors la supriorit littraire1 et je ne sais s'il est beaucoup d'poques o il ait mieux valu briller par la pense ou la science4 ,c'taient autant de dons rares1 merveilleux1 presque surnaturels1 auxquels tous rendaient hommage4 ,le clerg mme considrait les esprits qu'il redoutait4 ,le pouvoir temporel les perscutait quelquefois1 mais ne les ddaignait pas4 ,il y avait au-dessus de ces populations rudes et violentes1 spares par tant d'obstacles1 exposes tant de tyrannies1 une vritable rpublique des lettres1 une socit tout intellectuelle que l'glise universelle ou du moins l'glise latine1 enserrait dans son vaste sein1 offrant une place1 un titre1 un asile1 une puissance mme1 ceux qui s'en montraient les citoyens minents4 ,la force1 qui dans le champ de la politique exerait un empire si absolu1 s'arrtait avec respect1 mme avec dfrence1 devant le gnie ou le simple savoir1 revtu d'un caractre sacr et populaire la fois2 on admirait ce que l'on ne comprenait pas4 ,ablard1 travers tous ses malheurs1 a joui autant ou plus qu'homme au monde des douceurs de la renomme4 ,les philosophes de la ,grce n'obtinrent pas de leur vivant une aussi lointaine clbrit4 ,chez les modernes1 ni les ,descartes1 ni les ,leibnitz n'ont vu leur nom descendre ce point dans les rangs du peuple contemporain4 ,voltaire seul1 peut-tre1 et sa situation dans le ,x,v,i,i,ie sicle1 nous donneraient quelqu'image de ce que le ,x,i,ie pensait d',ablard4 ,ceux mmes qui le blmaient ou ne l'osaient dfendre1 l'appelaient un philosophe admirable1 un matre des plus clbres dans la science4 ,nos sicles1 dit un chroniqueur1 n'ont point vu son pareil2 les premiers sicles n'en ont point vu un second#cei4 ,un crivain du temps emploie pour lui ce mot1 qu'il invente peut-tre1 ce titre d'esprit universel qui semble avoir t prcisment retrouv pour ,voltaire2 d'autres ont dit que la ,gaule n'eut rien de plus grand1 qu'il tait plus grand que les plus grands1 que sa capacit tait au-dessus de l'humaine mesure2 et ce sicle1 qui avait le culte de l'antiquit1 l'a mis au rang des ,platon1 des ,aristote1 et1 chose plus trange1 des ,cicron et des ,homre#cfj4 ,pour expliquer un enthousiasme si vif et si gnral1 il faut ajouter au mrite rel de ses ouvrages1 la puissance et le charme de son locution4 ,jamais l'enseignement n'eut plus d'ascendant et d'clat que dans la bouche d',ablard4 ,aussi couvrit-il la chrtient de ses disciples4 ,on dit que de son cole sont sortis un pape1 dix-neuf cardinaux1 plus de cinquante vques ou archevques de ,france1 d',angleterre ou d',allemagne#cfa1 et parmi eux le clbre ,pierre ,lombard1 vque de ,paris1 celui qui constitua la philosophie thologique de l'universit par son livre fameux1 le ,livre des sentences1 dont on croit que le fondement est dans le ,sic et non d',ablard4 ,ses disciples les plus avrs sont ,brenger et ,pierre de ,poitiers1 ,adam du ,petit-,pont1 ,pierre ,hlie1 ,bernard de ,chartres1 ,robert ,folioth1 ,menervius1 ,raoul de ,chlons1 ,geoffroi d',auxerre1 ,jean le ,petit1 ,arnauld de ,bresce1 ,gilbert de la ,porre#cfb4 ,mais les historiens de la philosophie lui donnent pour disciples1 non sans raison peut-tre1 tous ceux qui cinquante ans durant aprs lui1 enseignrent par leurs leons ou leurs crits la dialectique et la thologie rationnelle4 ,ce qui est certain1 c'est que la scolastique1 cette philosophie de cinq sicles1 ne cite point de plus grand nom1 et consent dater de lui4 ,ceux qui1 dans l'cole1 l'ont prcd1 gal1 surpass1 sont rests au-dessous de lui dans la mmoire des hommes4 ,note #cei3 ,mirabilis philosophus4 ,roh4 autiss41 ,chron41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #bjc4 ,magister in scientia celeberrimus4 ,alberic4 ,chron41 id4 t4 ,,xiii1 p4 #gjj4 ,philosophus cui nostra parem1 nec prima secundum saecula viderunt4 ,ex chron4 britann4 id4 t4 ,,xii1 p1 #eeh4 ,note #cfj3 ,gallia nil majus habuit vel clarius isto4 7,epitaph4 ,ex ,chron4 ,rich4 pict41 ,rec4 des ,hist41 t4 ,,xii1 p4 #dae47 ,petrus4444 quem mundus ,homerum ,clamabat4 7,seconde pitaphe attribue ,pierre le ,vnrable47 ,plangit ,aristotelem sibi logica nuper ademptum1 ,et plangit ,socratem sibi moerens ,ethica demtum1 ,physica ,platonem1 facundia sic ,ciceronem4 7pitaphe attribue au prieur ,godefroi1 par ,rawlinson47 ,note #cfa3 ,crevier1 ,hist4 de l',universit1 t4 ,i1 p4 #aga4--;,essai sur la vie et les crits d',ablard1 par madame ,guizot1 p4 #ccj4 ,note #cfb3 ,inter hos et allos in parte remota ,parvi pontis incola 7non loquor ignota74 ,disputabat digitis directis in tota1 ,et quecumque dixerat erant per se nota4 ,celebrem theologum vidimus ,lombardum1 ,cum ,yvone1 ,helyum ,petrum1 et ,bernardum1 ,quorum opobalsamum spirat os et nardum2 ,et professi plurimi sunt ,abaielardum4 ,ces vers sont de ,walter ,mapes 7p4 #bh du recueil dj cit4 ,voy4 ci-dessus1 not4 #a de la page #afh74 ,tous les noms qu'on vient de lire sont connus1 l'exception de cet ,yvon ou ,ives dont parle le pote anglais4 ,on ne cite au ,x,i,ie sicle sous ce nom que saint ,ives1 vque de ,chartres1 et un prieur de ,cluni1 qui fut appel ,scolasticus2 mais celui-ci est mort cent ans avant la mort de ,mapes4 ,voyez les articles de tous ces savants dans l',histoire littraire1 et sur les disciples d',ablard1 ,duboulai1 ,hist4 ,univ41 t4 ,,ii1 catalog4 ,illust4 vir41 et ,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #gfh4 ,l'influence d',ablard est ds longtemps vanouie4 ,de ses titres l'admiration du monde1 plusieurs ne pouvaient rsister au temps4 ,dans ses crits1 dans ses opinions1 nous ne saurions distinguer avec justesse tout ce qu'il y eut d'original1 et nous sommes exposs n'y plus apprcier des nouveauts que les sicles ont vieillies4 ,mais pourtant il est impossible d'y mconnatre les caractres minents de cette indpendance intellectuelle1 signe et gage de la raison philosophique4 ,charg des prjugs de son temps1 comprim par l'autorit1 inquiet1 soumis1 perscut1 ,ablard est un des nobles anctres des librateurs de l'esprit humain4 ,ce ne fut pourtant pas un grand homme2 ce ne fut pas mme un grand philosophe2 mais un esprit suprieur1 d'une subtilit ingnieuse1 un raisonneur inventif1 un critique pntrant qui comprenait et exposait merveilleusement4 ,parmi les lus de l'histoire et de l'humanit1 il n'gale pas1 tant s'en faut1 celle que dsola et immortalisa son amour4 ,hlose est1 je crois1 la premire des femmes#cfc4 ,note #cfc3 ,ms ge ne croi mie1 par m'ame1 ,c'onques puis fust une tel fame4 ,roman de la ,rose1 t4 ,,ii1 v4 #bac4 ,faible et superbe1 tmraire et craintif1 opinitre sans persvrance1 ,ablard fut1 par son caractre1 au-dessous de son esprit2 sa mission surpassa ses forces1 et l'homme fit plus d'une fois dfaut au philosophe4 ,ses contemporains1 qui n'taient pas certes de grands observateurs1 n'ont pas laiss d'apercevoir cet orgueil imprudent1 disons mieux1 cette vanit d'homme de lettres1 par laquelle aussi il semble qu'il ait devanc son sicle4 ,les infirmits de son me se firent sentir dans toute sa conduite1 mme dans ses doctrines1 mme dans sa passion4 ,cherchez en lui le chrtien1 le penseur1 le novateur1 l'amant enfin2 vous trouverez toujours qu'il lui manque une grande chose1 la fermet du dvouement4 ,aussi pourrait-on1 s'il n'et autant souffert1 si des malheurs aussi tragiques ne protgeaient sa mmoire1 conclure enfin un jugement svre contre lui4 ,que sa vie cependant1 que sa triste vie ne nous le fasse pas trop plaindre3 il vcut dans l'angoisse et mourut dans l'humiliation1 mais il eut de la gloire et il fut aim4 ,,livre ,,ii4 ,,de ,,la ,,philosophie ,d',,ab,,lard4 ,,chapitre ,,premier4 ,,de ,,la ,,philosophie ,,scolastique ,,en ,g,n,,ral4 ,la renomme philosophique d',ablard tait dj ancienne1 que ses ouvrages philosophiques demeuraient encore inconnus4 ,il y a dix ans1 peine savait-on s'ils existaient quelque part en manuscrit4 ,cependant on citait ses doctrines1 on parlait de son systme1 qui tient une place dans l'histoire de la philosophie4 ,aucun de ceux qui ont crit cette histoire n'a manqu de nommer ,ablard parmi les hommes qui ont illustr et accrdit la scolastique1 et de lui assigner au ,x,i,ie sicle le rang de fondateur d'une cole4 ,l'existence historique de cette cole est notoire4 ,sa naissance1 son clat1 son influence1 du moins tant que son fondateur a vcu1 sont des faits constats et clbres4 ,son caractre scientifique1 sa valeur intellectuelle1 nous paraissent des choses moins claires et moins connues4 ,on ne voit pas bien dans les crits des auteurs si ,ablard fut un crateur ou seulement un continuateur1 un propagateur de doctrine4 ,celle qu'il enseigna et qui dans sa bouche fut si puissante tait-elle une innovation1 un progrs1 une raction1 une simple traduction de thories antrieures1 une rvolution dans la science8 ,on est tent de la croire nouvelle et de lui attribuer une singulire importance1 quand on considre l'ascendant et la renomme de celui qui la professe4 ,mais si l'on nglige l'homme pour les choses1 on est plus embarrass de saisir le sens et de mesurer la grandeur de son oeuvre1 et sa gloire parat suprieure ce qu'il a fait4 ,on voit dans l'histoire qu'il fut l'lve de ,roscelin1 fameux comme fondateur ou restaurateur du nominalisme2 on y voit aussi qu'il se spara de ,roscelin1 et le combattit vivement#cfd4 ,cependant il eut pour antagonistes les sectateurs du ralisme ou les adversaires de ,roscelin1 et il est compt dans les rangs des nominalistes1 quoiqu'il ait prtendu changer leur doctrine1 et que celle qu'il soutint ait quelquefois reu un nom particulier et nouveau4 ,telles sont les notions un peu superficielles et vagues qui restent dans l'esprit de tout homme instruit1 aprs la lecture des historiens de la philosophie4 ,telle est la commune renomme d',ablard1 et si ses aventures dignes du roman n'avaient jet sur lui l'intrt et l'clat1 on peut se demander si sa philosophie aurait suffi pour recommander sa mmoire4 ,note #cfd3 ,voy4 ci-dessus1 liv4 ,i1 p4 #g et #cd1 et ci-aprs ch4 ,,viii4 ,avant la publication d'aucune partie importante de ses crits de mtaphysique1 il fallait bien le juger sur des passages isols ou sur des tmoignages qui n'taient pas le sien4 ,de l cette vue gnrale et confuse de sa pense et de son influence4 ,il tait plus clbre que connu4 ,aujourd'hui le voile qui le couvrait est demi lev2 on peut prouver que l'opinion tablie sur son compte n'est pas d'une parfaite justesse2 mais son influence toujours singulire est plus explicable4 ,il est vident dsormais qu'il a fait plus qu'intervenir dans la controverse des ralistes et des nominaux1 et qu'il n'y est pas tout fait intervenu de la manire dont on le suppose4 ,sa trace dans cette partie spciale de la science n'a d'ailleurs t ni trs-profonde ni trs-durable2 mais son action sur l'enseignement et le mouvement de la science entire a pntr fort avant1 et s'est continue par ses effets longtemps aprs lui4 ,nul philosophe n'a plus fait parler de lui2 nulle philosophie n'est reste plus indite4 ,deux ides ressortent de tout ce qu'on lit sur ,ablard philosophe3 une ide gnrale de l'poque o il a vcu1 et de son importance parmi ses contemporains2 une ide particulire de sa doctrine propre et de son oeuvre personnelle4 ,il a profess la philosophie au ,x,i,ie sicle1 c'est--dire qu'il a enseign cette philosophie qu'on est convenu de nommer la scolastique2 puis1 avec les diverses doctrines scolastiques1 il a enseign sur un point important un systme qui a pass pour son ouvrage2 et ce systme1 les classificateurs l'ont rattach au nominalisme1 ou appel le conceptualisme4 ,pour connatre ,ablard comme philosophe1 il y aurait donc connatre deux choses3 la scolastique de son temps et la sienne4 ,en tudiant ces deux points1 nous ne nous flattons pas de les puiser4 ,la scolastique1 ou1 pour mieux parler1 la philosophie1 depuis ,scot ,erigene jusqu' ,descartes1 est tout un monde explorer2 vingt ans plus tt j'aurais dit1 dcouvrir4 ,quoique ce monde commence tre moins inconnu1 il n'a pas cess d'tre immense1 et quelque got bienveillant que le moyen ge inspire aux beaux esprits de notre poque1 nous n'en abuserons pas au point de traner le lecteur dans tous ces sentiers du pass1 o rgnent peut-tre aujourd'hui des brouillards moins pais1 mais dont aucune main ne saurait arracher les ronces et les pines4 ,peut-tre en dirons-nous trop encore pour ceux qui ne sont que mdiocrement curieux1 et qui aiment moins les dtails que les rsultats4 ,pendant longtemps1 il n'a pas tenu aux crivains modernes qu'on ne refust la scolastique le rang d'une philosophie4 ,on a dit1 en effet1 et rpt que la scolastique tait une vaine science1 une science verbale2 que tous ses efforts avaient abouti des controverses sans fin et sans valeur sur des questions de mots et non sur des questions de choses4 ,la langue qu'elle parlait1 avec ses difficults et ses bizarreries repoussantes aujourd'hui pour notre intelligence et notre got1 a paru tmoigner elle-mme contre les ides qu'elle exprimait4 ,on n'a pas manqu1 de les juger dignes d'un temps de tnbres1 puisqu'elles taient nonces dans un idiome barbare1 et cette fois trop barbare pour mriter d'tre compris4 ,et comme le jour o cette langue a pri1 pour faire place une diction plus pure et plus lgante1 la science qu'elle exprimait a pri comme elle1 on en a conclu naturellement que la science tait la langue elle-mme1 et qu'il ne restait rien apprendre de ce qui ne se disait plus4 ,mais1 sans disculper tout fait la scolastique de l'accusation d'avoir trop souvent consum ses forces sur de simples questions de mots1 sur des problmes qui se seraient vanouis si l'on en et seulement chang l'expression1 nous nous permettrons de remarquer que cette accusation1 vaguement conue1 pourrait tre gnralise au point de n'tre plus aussi accablante pour la doctrine laquelle on l'adresserait4 ,il est dans la condition de la philosophie et peut-tre de toute science humaine d'tre1 sous un certain point de vue1 une science de mots2 et il faut prendre garde que cette qualification lance au hasard contre un systme1 oeuvre de l'esprit humain1 ne retombe sur l'esprit humain lui-mme2 ce qui serait l'accuser purilement d'tre ce qu'il est et de faire comme il fait2 ce qui serait lui reprocher sa nature4 ,il est trop vident que lorsque l'homme parle il pense1 et que1 par ses expressions1 on juge de ses penses4 ,puis1 ses penses exprimes correspondent ou sont donnes pour correspondantes des choses4 ,ces choses existent ou n'existent pas1 et elles sont ou ne sont pas comme il les exprime4 ,ainsi les mots sont les penses1 et les penses sont ou ne sont pas les choses4 ,on peut donc juger des choses par les penses1 comme des penses par les mots2 et si les mots ne faisaient que rendre des penses qui ne correspondissent aucune chose existante1 ce qui semble le cas d'une vritable science de mots1 cette science enseignerait cependant plus que des mots2 car elle ferait connatre du moins l'esprit humain dans sa nature ou dans son histoire4 ,fausse comme expression des faits1 elle ne serait pas entirement vaine comme tmoignage des ides1 et il est utile de savoir jusqu'aux mensonges de l'esprit humain2 il y a quelque chose apprendre mme dans une science fausse4 ,c'est connatre encore que connatre ce qui n'est pas1 pourvu qu'on sache que ce n'est pas1 et celui-l ne serait point un ignorant1 qui saurait bien quelles choses ne sont pas1 et tout ce que les choses ne sont pas4 ,au moins saurait-il que les choses sont1 et mme1 quelques gards1 il saurait ce qu'elles sont4 ,cela est vrai de toute science1 mme d'une physique fausse1 mme d'une astronomie fausse4 ,le jour o le systme de ,ptolme a t renvers1 on aurait pu le condamner aussi titre de science de mots2 car il n'tait plus que cela4 ,les choses s'en taient comme retires1 pour aller ailleurs et prendre d'autres formes4 ,qui pourrait dire cependant que jusque-l il et t indiffrent de le connatre1 ou mme que depuis lors il n'y et rien gagner le connatre1 et qu'il ne ft pas utile de comprendre ses fictions1 afin de bien entendre pourquoi et comment elles sont des fictions1 comment et pourquoi le systme de ,copernic est vrai8 ,mais ce que nous osons dire de toute science1 nous l'affirmons avec bien plus de certitude de la philosophie4 ,celle-ci traite en effet d'objets qui1 rels ou imaginaires1 sont par eux-mmes invisibles pour la plupart et n'ont de sensible que les mots qui les rendent4 ,je ne parle pas seulement des gnralits contestes et douteuses1 crations de l'art philosophique2 je parle d'abord de ce qui n'est pas une invention systmatique1 une arbitraire abstraction1 comme le mot mme de gnralit1 comme celui d'abstraction1 ceux de notion1 d'ide et de jugement2 je parle de tout ce que l'esprit croit rel ou conclut comme rel des perceptions actuelles et particulires de nos facults2 je parle de ,dieu que nous concluons de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous voyons2 je parle de l'me dont le nom est celui d'un invisible1 que l'on affirme1 que l'on suppose ou que l'on nie2 je parle des facults1 qui ne sont pas assurment des substances individuelles1 ni des choses que nous connatrions aussi distinctement si elles n'avaient un nom2 je parle des forces que nous apercevons par la pense travers les mouvements de la nature et de la vie2 je parle enfin de tout ce que je viens de nommer1 en crivant nature1 substance1 vie1 toutes ides qui1 lors mme qu'elles correspondraient1 comme je le crois1 quelque chose de rel1 n'ont cependant d'immdiatement sensible que les mots qui les dsignent1 et d'existence scientifique qu' la condition d'tre exprimes4 ,or1 la philosophie pourrait tre appele la science de ces mots1 sans qu'on lui manqut de respect2 et ne ft-elle bonne qu' bien faire connatre ce qu'ils dsignent1 qu' dterminer les ides qui leur rpondent dans l'esprit humain1 elle ne serait pas une science vaine2 elle aurait atteint1 en partie du moins1 son objet2 car elle serait en ce sens la science de l'esprit humain1 et on l'a souvent dfinie ainsi1 sans la dgrader4 ,dterminer ce que les mots veulent dire1 c'est dterminer ce que l'esprit humain veut dire par les mots4 ,or1 ce que l'esprit humain veut dire1 c'est ce qu'il pense1 et connatre ce que pense l'esprit humain1 c'est dj1 beaucoup d'gards1 le connatre lui-mme4 ,la science des mots conue de la sorte est donc dj une science1 et une science tellement srieuse que des crivains distingus ont estim que c'tait la premire de toutes4 ,en effet1 des philosophes fort clbres ont dit que les sciences n'taient que des langues1 et que toute bonne philosophie se rduisait une langue bien faite4 ,n'est-il pas trange que ceux qui parlaient ainsi aient souvent condamn a priori ce qu'ils appelaient les questions de mots1 et cru dcrier telle ou telle philosophie en la taxant de ne vivre que sur ces questions-l8 ,en vrit la scolastique1 aux yeux de la philosophie du ,x,v,i,i,ie sicle1 n'aurait d avoir aucun tort d'tre une langue2 son seul tort possible1 c'tait d'tre une langue mal faite4 ,prenons donc garde que l'accusation leve contre la scolastique ne remonte jusqu' la philosophie4 ,car elle pourrait la rigueur tre articule contre la science mtaphysique1 de quelque mthode que celle-ci se servit et quelque forme qu'elle essayt de revtir4 ,on peut distinguer en gnral trois manires de philosopher4 ,si1 au lieu d'analyser pniblement1 soit le sens des mots compars entre eux1 soit les oprations dlicates de la pense1 on emploie implicitement les mots et la pense1 et qu'on cherche dcrire directement la nature des choses1 la reprsenter dans les tres qui la composent et les rapports qui les unissent2 quoique ce travail ne puisse s'oprer que suivant les lois de l'intelligence et l'aide des noms qu'elle prte ses ides1 c'est une tentative immdiate sur les choses1 comme la physique1 la chimie ou la zoologie2 c'est l'essai d'une science qui prtend tre minemment une science de choses2 et on peut l'appeler une ontologie4 ,si l'on s'attache uniquement ou principalement porter l'ordre1 l'accord et la clart dans nos manires de concevoir les choses que nous exprimons1 et rduire en systme ces conceptions pour en composer une science rgulire1 c'est encore une philosophie4 ,quoique d'une part cette science soit aussi oblige de se servir des mots1 d'en faire un choix et un usage mthodiques1 quoique de l'autre1 en tudiant les ides1 elle tudie indirectement les choses1 puisque nous en croyons notre pense1 et que notre esprit reproduit les choses1 soit comme elles existent1 soit comme elles sont rputes exister2 une telle philosophie roule principalement sur les ides1 et ceux qui l'ont particulirement mise en honneur l'ont si bien senti qu'ils ont propos de la nommer idologie4 ,si maintenant1 laissant dans l'ombre et le modle extrieur auquel correspond le tableau de nos penses1 c'est--dire les choses1 et le sujet1 ainsi que la composition et l'ordonnance de ce tableau1 la science se borne en considrer sparment tout ce qui est notre oeuvre apparente et sensible1 savoir1 les images que nous produisons pour tracer et peindre le tableau aprs l'avoir conu1 je veux dire les mots2 si1 dis-je1 elle s'attache dcrire et dterminer la valeur1 l'usage1 les rapports de ces mots2 quoiqu'elle ne puisse le faire sans un certain souvenir de la ralit1 ni sans soumettre le langage la pense intrieure1 ce droit naturel dont le langage est le droit crit2 la science est ouvertement alors une science de mots2 elle a surtout les formes et les allures d'une grammaire1 et s'il fallait ici1 pour l'exactitude et la symtrie de nos distinctions1 lui assigner un nom technique1 nous lui pourrions donner1 avec un sens spcial1 le nom de terminologie4 ,ainsi1 la philosophie peut tre ontologique1 idologique1 terminologique1 selon le caractre qu'elle affecte et la mthode qu'elle prfre4 ,mais1 avec telle ou telle de ces qualifications1 cesse-t-elle d'tre une philosophie8 nous ne le pensons pas4 ,ainsi ne l'ont point pens les hommes illustres qui1 selon les temps1 lui ont fait subir telle ou telle de ces trois transformations4 ,comment1 en effet1 les destituer du titre de philosophes8 ,et pour ne dfendre ici que les terminologistes1 qui pourrait dire qu'ils doivent tre mis hors la philosophie8 ,seraient-ce les idologistes1 eux qui par le choix de ce nom ont tmoign de leur soin s'abstenir1 s'carter de toute ontologie1 et qui1 grammairiens avant tout1 en inventant ce mot idologie1 sont rests en arrire de leur vritable doctrine1 et ont retenu le nom de la science en de des consquences qu'ils lui avaient fait rellement atteindre8 ,qui mieux qu'eux-mmes avait1 en effet1 compris que l'expression tenait la pense8 ,en se fondant sur la ncessit o nous sommes de jouer aux mots pour jouer aux ides1 c'est eux qui ont ramen la science au langage4 ,consquents et sincres1 eux aussi1 ils auraient pu appeler la philosophie du nom de terminologie4 ,quant aux ontologistes1 seraient-ils donc les seuls philosophes8 ,depuis que le ,discours de la mthode a paru1 cela serait difficile soutenir2 car le procd ontologique1 au sens o nous l'avons dfini1 a t presque gnralement abandonn1 et peut-tre mme dcri outre mesure4 ,d'ailleurs1 il est impossible celui qui s'attache le plus aux choses de ne pas s'occuper au moins implicitement de l'tude et du classement des penses4 ,ce sont deux oprations insparables l'une de l'autre1 et toutes deux sont insparables d'un travail sur les mots4 ,d'ordinaire1 celui qui fait une dcouverte rforme la langue1 et l'observation neuve d'un phnomne sensible de la nature aboutit une innovation dans les termes4 ,la dcouverte du principe de toute la chimie moderne pouvait presque se rduire une meilleure dfinition du mot combustion4 ,dans la philosophie proprement dite1 l'ontologie influe d'une manire encore plus notable et plus directe sur le langage4 ,tout auteur de systme cre ncessairement sa langue1 et prtend de nouveau marquer son coin la monnaie use des termes vulgaires4 ,il arrive mme un fait assez frappant1 quoique trs-explicable1 c'est que les philosophes qui ont le moins pens aux mots en ont le plus abus2 dans le fait1 ils n'ont pas t les moins sujets se laisser conduire et tromper par le langage4 ,les philosophes grecs1 par exemple1 ceux surtout qui ont prcd l'cole de ,socrate1 ont mani la langue avec une libert qui les a souvent gars1 et force de ngliger l'analyse soit des mots1 soit des ides1 ils ont parfois1 avec des ides confuses et des mots quivoques1 construit le mensonge ontologique des cosmologies de l'antiquit4 ,faute de se tenir assez en garde contre les illusions du langage1 contre les dceptions de la raison1 on manque l'ontologie2 on la rend plus obscure1 plus fictive1 plus nominale encore1 que ne le serait la pure science de la pense et de l'expression4 ,que d'observateurs du monde n'ont enfant que le roman du monde6 que de descriptions de la nature ont abouti une science de mots6 ,mais si celui qui veut faire un systme sur la nature des choses ne russit trop souvent qu' aligner sous le cordeau de la logique des dnominations arbitraires1 il arrive aussi que1 par un effet inverse1 les esprits occups uniquement de la terminologie de la science s'puisent la rgulariser1 la distribuer dans les compartiments d'un plan analytique1 en sparer les termes par la distinction1 les rapprocher par l'analogie2 et grce ce besoin et ce pouvoir qui est en nous d'imposer des noms aux tres ils prennent bientt pour des tres les noms eux-mmes1 et attribuent une ralit factice ces mots si bien classs et si bien dfinis4 ,l'intelligence qui1 absorbe par l'tude du langage1 semble avoir perdu le sens de la ralit1 et se contenter des apparences verbales1 rend ensuite par une illusion contraire la ralit ces apparences1 matrialise1 anime1 personnifie les tres de raison que les mots supposent sans les prouver toujours4 ,la science qui a voulu n'tre que terminologique devient peu peu ontologique2 mais elle le devient dans l'ordre inverse de la vrit1 et soumet le monde la loi du langage1 au lieu de faire le langage l'image du monde4 ,c'est alors que la science peut tre accuse d'tre une science de mots2 elle risque de ne jamais autant mriter ce reproche qu'au moment o elle prtend l'viter4 ,je laisserais ma pense trop incomplte si je ne disais que la ncessit de faire une part ces trois procds de l'esprit1 que l'impossibilit prouve par vingt expriences d'en proscrire absolument aucun ou d'essayer impunment de le faire1 pse sur la philosophie1 et nous oblige les concilier4 ,la science a trois points de vue2 il faut savoir s'y placer tour tour4 ,entre eux1 il n'y a qu'une question d'ordre4 ,livr lui-mme et sous l'empire des ncessits de la vie1 l'esprit mle tout ensemble1 et cette synthse fait dans la pratique sa force et sa confiance4 ,toute intelligence est en communication avec la ralit1 la conoit suivant ses propres lois1 et par le langage reproduit ce qu'elle a peru et ce qu'elle a conu1 sous une forme communicable aux intelligences qui lui ressemblent4 ,lorsqu'on veut traduire ces connaissances pratiques et confuses en science1 c'est--dire connatre avec mthode1 quel point de vue faut-il choisir8 o se placer pour mieux voir8 par o commencer8 videmment par cette unit mme laquelle se communique la ralit1 et qui la communique son tour1 telle qu'elle l'a conue1 aprs l'avoir reue4 ,l'homme est constitu pour absorber d'abord et renvoyer ensuite la lumire qui l'environne4 ,s'il s'tudie avec exactitude et profondeur1 s'il recherche ce qu'il pense1 non pour tablir la gnalogie arbitraire de ses ides1 mais pour se bien rendre compte de tout ce qui est contenu dans ses notions acquises1 dans ses notions primitives1 des convictions qui dominent dans son esprit1 comme des oprations l'aide desquelles elles se forment et se manifestent1 il parviendra srement mieux connatre ce qui est1 en connaissant mieux ce qu'il en pense et ce qu'il en dit4 ,la puissance qui lui donne la ralit1 qui la peroit et la conoit1 puis qui porte dans tout ce qu'il sait et tout ce qu'il pense l'ordre1 la clart1 la fixit par la parole1 cette puissance1 c'est lui-mme2 et1 en s'tudiant bien1 en scrutant tout ce mystre de sa nature intrieure sans perdre de vue le dehors de qui il reoit et auquel il rend1 il remonte la source de la science1 et prend le seul moyen de la faire complte1 universelle1 adquate la vrit1 dans la mesure cependant o ces pithtes sont applicables la connaissance humaine4 ,ce point de vue est le point de vue psychologique1 qui ne diffre du point de vue idologique qu'en ce qu'il est moins partiel et moins troit4 ,pour celui qui ne s'arrte pas l'idologie superficielle1 qui la pousse sa profondeur dernire1 la science de la ralit et celle du langage reparaissent la lueur mme du flambeau intrieur1 et la philosophie retrouve au fond de l'esprit humain le vrai jour qui claire le monde4 ,quoi qu'il en soit1 on a vu qu'on ne pouvait a priori accuser une science d'tre1 au mauvais sens de l'expression1 une science de mots4 ,l'esprit considre toujours plus ou moins les choses1 les ides1 les mots4 ,s'il tend ne considrer que les choses1 il ne se connat pas bien lui-mme4 ,s'il n'est attentif qu'aux ides1 il perd le sentiment des choses2 et ce qu'il accepte pour des ides n'est bientt plus que des mots4 ,s'il s'occupe des mots plus que de tout le reste1 il prend la longue les mots pour les choses1 et revient par un dtour l'ontologie4 ,si cette ontologie tait vraie1 peu importerait le chemin qui l'y aurait conduit2 mais si elle est fausse1 c'est alors qu'il ne sait que des mots4 ,qu'est-ce donc en dfinitive qu'une science qui n'est qu'une science de mots8 c'est une fausse ontologie4 ,or1 maintenant1 est-ce l ce qu'a t la scolastique8 ,telle est la vraie question1 et elle ne peut tre rsolue que par une tude suffisante de la scolastique mme4 ,et comme il s'agit de savoir si finalement elle a dit mensonge ou vrit1 on ne peut chercher la passablement connatre1 sans tudier avec elle le fond des choses2 car on ne saurait juger d'une science qu'en la comparant son objet1 comme on ne juge de la fidlit d'un portrait que par son modle4 ,et cela dj prouve que l'tude de la scolastique n'est ni aussi superficielle1 ni aussi gratuite1 ni aussi strile qu'il l'a paru longtemps4 ,ainsi1 bonne ou mauvaise1 la scolastique est une philosophie4 ,ce que nous avons dit suffit1 ce semble1 pour dissiper sur ce point les principaux doutes4 ,maintenant il y aurait examiner d'abord si elle n'a rellement t que ce que nous avons appel une terminologie2 puis si cette terminologie a produit une fausse ontologie4 ,sur ces deux points1 nous le disons d'avance1 elle ne nous parat pas irrprochable2 mais elle n'est pas pour cela une science de nant4 ,nous avons dj montr en gnral qu'une science qui mriterait1 au sens o nous l'entendons1 ce nom de science terminologique1 ne serait pas ncessairement une science vaine4 ,faisons application de ces ides la scolastique4 ,si cette philosophie est une science purement terminologique1 elle est bien au moins une grammaire4 ,la grammaire fait profession d'tre la science des mots4 ,est-elle pour cela une science vaine et qui n'importe en rien la connaissance des ralits8 ,prenons un exemple pour plus de clart1 et choisissons-le parmi les plus simples4 ,au dbut de toute grammaire1 on vous dit que les premiers mots dont vous deviez vous occuper1 sont les noms4 ,les noms sont les mots qui dsignent et les choses qui sont et ce que sont les choses4 ,les choses sont des substances1 et pour cette raison les noms sont appels substantifs4 ,ce que les choses nommes par les substantifs1 sont en sus de leur substance et de leur existence1 est en quelque sorte ajout leur substance1 et les noms de ce qui s'ajoute ainsi sont dits adjectifs4 ,en d'autres termes1 les noms dsignent d'abord les choses1 celles qui sont considres comme subsistant par elles-mmes2 mais il y a autour de ces choses1 ou dans ces choses1 des circonstances1 modes1 accidents1 ou qualits qui sont comme adjacentes aux substances 7adjacentia1 c'est le mot de la scolastique et l'origine de celui d'adjectif71 et qui peuvent1 jusqu' un certain point1 tres prises comme des choses1 si bien que les adjectifs peuvent revtir leur tour la forme des substantifs et continuent alors de dsigner les attributs pris substantivement1 c'est--dire considrs comme s'ils existaient hors des choses auxquelles en ralit ils ne se rencontrent que runis1 et consquemment comme s'ils existaient par eux-mmes la manire de ces choses4 ,tout le monde reconnat l les substantifs abstraits4 ,cette premire classification des mots ne fait-elle connatre que des mots8 #a ,d'abord elle vous apprend que l'esprit croit naturellement une existence relle aux choses individuelles4 #b ,puis1 parmi ces substantifs qui les nomment1 les uns dsignent exclusivement un individu dtermin1 les autres tous les individus semblables ou comparables1 comme arbre1 homme1 animal4 ,or ceci nous enseigne que l'esprit a le besoin et la puissance de donner aux choses1 en les considrant dans ce qu'elles ont de commun1 des noms communs aussi1 noms abstraits des ralits individuelles1 et de former ainsi des genres et des espces qui sont tout au moins les noms abstraits des concrets individuels4 #c ,en outre1 ces substances quelconques dsignes par les substantifs peuvent avoir des attributs exprims aussi par des noms1 et cela veut dire encore que l'esprit a la facult de considrer ces mmes attributs comme les sujets hypothtiques de certains autres attributs qu'il distingue ultrieurement1 et de donner ou supposer ces sujets de sa composition une certaine ralit1 peut-tre factice1 sous la forme d'abstraction4 ,ainsi1 ne la considrer que comme une notion1 la couleur n'est que le nom substantif de l'attribut du corps color1 et elle devient son tour le sujet d'autres attributs1 elle est dite blanche1 rouge1 etc42 puis la blancheur1 prise son tour pour sujet1 est dite terne1 clatante1 etc4 ,or1 la connaissance de cet emploi des ides et des mots est dj un rsultat idologique1 ou une vue de l'esprit humain4 #d ,il est naturel de se demander ce qu'il en est de tout cela dans la ralit et indpendamment de l'esprit humain2 et la grammaire a prvenu et mme hypothtiquement rsolu la question4 ,quand elle dit que les noms dsignent des choses ou des qualits1 elle suppose apparemment qu'il y a des choses et des qualits4 ,les choses relles1 individuelles1 elle les appelle substances1 ou choses qui existent par elles-mmes4 ,elle appelle ainsi non-seulement des substances accessibles aux sens1 mais des substances invisibles2 ,dieu1 une me1 sont des substantifs comme cet homme ou cette pierre4 ,la perception par les sens n'est pas l'unique garant de la substance1 et l'on croit des choses qu'on ne voit pas4 ,les langues faites sous l'empire de cette croyance la constatent2 mais la justifient-elles8 ,elles font une distinction entre les substances et les qualits4 ,celles-ci sont dites ne pas exister par elles-mmes1 et elles ne sont que des choses en d'autres choses4 ,cependant elles sont nommes isolment1 absolument1 et supposes ainsi des choses par le langage4 ,cette supposition est-elle un dmenti donn la distinction prcdente8 ,les qualits existent-elles1 et comment existent-elles8 ,faut-il prendre le langage pour la rponse relle et dcisive cette question8 ,il en prjuge la solution2 il est1 au moins par hypothse1 ontologique4 ,il dcrit les ralits comme elles paraissent tre l'esprit1 et tout au moins comme elles pourraient tre effectivement4 ,la grammaire n'est donc pas radicalement trangre l'ontologie4 ,elle la suppose en traduisant les ides de l'esprit humain4 #e ,ds qu'elle a fait connatre les noms1 elle expose les circonstances dans lesquelles ils se trouvent placs les uns par rapport aux autres1 ou les relations verbales que leur donne le langage raisonn4 ,car la grammaire n'est pas une simple nomenclature2 toute grammaire est syntaxe1 mme ds ses premires pages4 ,les choses nommes sont exprimes les unes relativement aux autres4 ,par exemple1 on nonce qu'une chose est en la possession d'une autre ou qu'elle passe en la possession d'une autre2 on nonce qu'une chose reoit l'action d'une autre1 et cela par le moyen d'une autre4 ,ce sont les diffrents cas des noms1 c'est le gnitif1 le datif1 l'accusatif1 l'ablatif4 ,voil certainement encore de la pure grammaire4 ,et tout cela cependant signifie que l'esprit tablit des rapports entre les objets2 tout cela numre et dfinit quelques-uns de ces rapports4 ,la possession ou habitude qui est exprime par le gnitif ou attribue par le datif1 le rapport d'action passion1 de moyen rsultat1 sont assurment des conceptions de l'esprit1 et si l'on n'avait pas soin de les analyser comme telles1 on ferait de la mauvaise grammaire4 ,ainsi le rapport de possession serait une dfinition bien vague et bien insuffisante de celui qui est exprim par le gnitif1 lequel exprime entre autres une forme de possession particulire1 celle de l'attribut par le sujet2 le rapport de l'agent au patient que reprsente en gnral celui du sujet au rgime ou du nominatif l'accusatif1 se rattache souvent celui de l'effet la cause2 enfin l'ablatif qui correspond l'ide de moyen1 dsigne souvent ce qu'on appelle dans l'cole la cause instrumentale4 ,il y a l un assez grand nombre d'ides de relation1 ncessaires l'esprit humain qui les emploie1 transporte ou convertit avec une libert et une autorit singulires4 ,la grammaire est confuse et inexacte si elle ne les distingue1 les ordonne et les dfinit2 et quand elle fait cette opration sur les mots1 elle dcrit en mme temps des ides ncessaires l'intelligence1 et touche ce qu'un philosophe allemand appelle l'architectonique de l'esprit humain4 ,le fait-elle dans un point de vue vraiment psychologique1 elle cesse de regarder ces notions comme de simples ncessits de la pense4 ,l'esprit1 en effet1 ne les emploie pas uniquement comme les seuls moyens d'avoir des choses une conception qui lui serve4 ,il y croit en mme temps qu'il en use1 c'est--dire qu'il a l'invincible conviction que ces rapports sur lesquels il raisonne sont effectivement les rapports externes des choses1 et qu'en dehors de lui il y a des causes1 des effets1 des agents1 des moyens1 des rsultats1 etc42 en un mot1 que cette liaison idale de ses perceptions est la copie fidle des relations entre les objets de la nature4 ,comme les noms qui les dsignent1 les choses ont pour lui leurs cas1 et le monde rel serait incomprhensible s'il n'tait pas tel qu'il est compris4 ,encore sous ce rapport1 on voit que la grammaire suggre et suppose une ontologie4 ,est-ce donc qu'il n'y ait pas en grammaire de pures questions de mots1 exclusivement relatives l'expression indpendamment de la ralit qu'elle exprime1 et qui n'appartiennent qu' la nature propre du langage en gnral ou d'une langue en particulier8 ,si vraiment1 et toute langue offre de ces questions-l4 ,par exemple1 que les cas soient dsigns par les dsinences des mots comme en latin1 par des articles comme en franais1 par des dsinences et par des articles comme en grec2 c'est un point de grammaire qui n'a rien de commun avec la science de la pense ou de la nature4 ,que les substantifs abstraits soient de tel ou tel genre1 qu'ils soient tous fminins plutt que masculins ou l'inverse1 ce n'est pas l non plus une vraie question mtaphysique2 ce n'est en grammaire qu'un point de fait claircir ou connatre4 ,enfin des questions mme plus profondes1 comme celles de la composition des mots1 de leur transfusion d'une langue dans une autre1 de la manire dont les idiomes se sont successivement engendrs1 quoiqu'elles ne puissent tre rsolues sans une analyse assez fine des ides1 sont cependant des questions qui1 pour la plupart1 dpendent de l'tat des esprits dans les pays et les temps o les langues se sont formes4 ,bien qu'elles ne soient pas uniquement verbales1 et qu'elles touchent la philosophie de l'histoire1 on peut encore les regarder comme des questions grammaticales2 elles appartiennent la linguistique1 la science des mots4 ,mais enfin1 dans les rapports gnraux eux-mmes du langage avec la pense1 n'y a-t-il pas des points dont l'tude est indiffrente1 ou peu s'en faut1 toute philosophie relle8 ,je le crois1 encore qu'on ne puisse les parfaitement tudier sans philosophie2 prenons pour exemple tout ce qui concerne le langage figur4 ,la connaissance approfondie du langage figur conduirait sans doute cette remarque1 vraiment philosophique1 que la facult de nommer les objets ne va pas sans un penchant reprsenter les uns par les noms des autres1 en vertu de certaines similitudes qui frappent l'imagination plus que la raison2 en d'autres termes1 parler par images4 ,ou pourrait rechercher encore si1 comme quelques-uns l'ont prtendu1 toute langue est exclusivement mtaphorique1 ou si seulement le langage figur est de fait ml au langage direct1 et dans ce cas1 si ce mlange est utile1 s'il est invitable1 s'il y aurait quelque motif et quelque possibilit de l'abolir et de composer une langue absolument dnue de figures4 ,c'est l de la philosophie sans aucun doute1 mais c'est de la philosophie du langage1 et quoiqu'on en pt tirer encore quelques inductions sur la nature de l'esprit humain1 la connaissance de la ralit n'est pas fort engage dans l'tude de ces questions1 et pour celui qui les rsout sainement1 elles n'ont pas un rapport essentiel avec la vrit de nos ides objectives4 ,encore est-ce une simple opinion que j'exprime1 et la thse contraire a-t-elle t soutenue par des philosophes qui ont donn au langage une importance philosophique suprieure celle que je suis dispos lui reconnatre4 ,j'ai parl tout l'heure des substantifs abstraits2 il y en a de diffrentes sortes4 ,prenons ceux qui expriment substantivement ces qualits qu'on nomme dans l'cole les accidents de la substance1 comme la qualit d'tre blanc1 amer1 mou1 etc41 ou la blancheur1 l'amertume1 la mollesse1 etc4 ,les abstractions de cette sorte ne reprsentent aucune substance relle4 ,il y a des substances qui ont diverses qualits1 entre autres celle d'tre molles1 amres et blanches2 il n'y a pas une chose qui soit substantiellement la blancheur1 la mollesse1 l'amertume en elle-mme4 ,lorsqu'on isole ces accidents par la pense et le langage1 et que l'on en fait les sujets de certaines propositions1 quand on dit la blancheur est agrable1 l'amertume est rpugnante1 le sens commun avertit que ce sont des sujets hypothtiques et artificiels dus au pouvoir gnralisateur de l'esprit2 c'est une translation de l'adjectif au substantif1 de l'attribut au sujet1 qui a peut-tre quelque analogie avec la proprit translative ou mtaphorique du langage1 et qui n'a pas beaucoup plus de ralit que ces autres locutions1 le choc des opinions1 le feu des passions1 l'explosion de la colre4 ,c'est une translation ou mtaphore d'un autre genre2 la premire rendait l'insensible par une comparaison avec le sensible1 ou l'invisible par une image2 la seconde convertit l'attribut en sujet et la qualit en substance4 ,c'est un don1 un pouvoir1 peut-tre une faiblesse de l'esprit humain1 que d'oprer ces mtamorphoses1 mais la ralit n'est gure intresse dans tout cela4 ,dans ces termes1 l'tude de cette classe de substantifs abstraits 7celle des substantifs qui rpondent aux qualits accidentelles des tres7 n'est et ne doit tre qu'une tude de mots2 et c'est savoir les choses comme elles sont1 que de savoir dans ce cas qu'elles ne sont pas essentiellement comme les mots1 ou que les mots ne sont que des mots4 ,que si1 par impossible1 on croyait le contraire1 et qu'abus par les apparences du langage1 on ft jouer sans discernement ces abstraits le rle des concrets individuels1 que l'on prt les noms qui les dsignent pour des noms directs1 mme pour des noms propres1 et qu'on suppost des tres partout o l'on a impos des noms1 alors on retomberait dans l'inconvnient tant signal de raliser les abstractions1 on ferait de l'ontologie dans le mauvais sens1 on traiterait les mots comme des choses1 et c'est alors qu'on mriterait l'accusation de n'difier qu'une science de mots3 accusation grave1 parce qu'on aurait prtendu savoir autre chose4 ,le tort serait prcisment d'oublier ou d'ignorer qu'on ne savait que des mots4 ,une science de mots n'est donc pas mauvaise en soi2 ce qui est mauvais1 c'est de prendre une science de mots pour une science de choses4 ,la scolastique1 je le dis par avance1 est plus d'une fois tombe dans cette erreur4 ,lorsqu'on y tombe1 il est vident qu'une foule de questions oiseuses1 de difficults artificielles1 doivent natre successivement1 et amener des solutions1 des distinctions1 des inductions1 en un mot des connaissances purement hypothtiques ou relatives uniquement la signification arbitraire de la langue qu'on a gratuitement impose la science4 ,mais cette faute que la scholastique a trs-souvent commise1 aucune philosophie1 que je sache1 ne l'a constamment vite4 ,en prenant des exemples dans la grammaire1 je ne me suis pas beaucoup loign de la scolastique4 ,l'une a beaucoup d'affinit avec l'autre1 et l'on serait1 dans certaines occasions1 embarrass de les distinguer2 ce qui deviendra plus vident1 quand nous approcherons de plus prs la philosophie du moyen ge4 ,ce fut une philosophie4 ,parmi les questions qui ont jou un rle philosophique1 au moins dans l'antiquit1 il en est peu que la science du moyen ge n'ait traites et rsolues sa manire4 ,s'il est des problmes que nous n'y retrouvons pas1 ce sont en gnral ceux dont le progrs moderne de la science a rvl l'existence ou rtabli la gravit2 mais est-ce pour rien que nous voulons que l'esprit humain ait1 il y a deux ou trois sicles1 subi une rvolution8 ,entre autres nouveauts1 l'absolue libert qui s'est introduite triomphalement dans les sciences1 ne doit-elle pas avoir amen et des ides et des questions laisses jusqu'alors dans l'ombre ou dans le nant8 ,quoi qu'il en soit1 avant nous1 chez les anciens1 il y eut apparemment une philosophie4 ,je n'gale pas la philosophie du moyen ge celle de l'antiquit2 le nom d',ablard plit auprs de celui d',aristote1 et le soleil de ,platon offusque de sa splendeur l'toile de saint ,thomas2 mais enfin je dis que l'une de ces philosophies s'est occupe de presque tout ce qui occupait l'autre4 ,la plus rcente n'a pas t aussi troite1 aussi exclusive qu'on l'imagine4 ,elle l'a t dans sa forme2 et c'est par l qu'elle s'est compromise4 ,elle a fait passer la science sous une forme exceptionnelle1 et1 par l1 elle en a restreint et surtout dissimul l'universalit4 ,la philosophie1 au ,x,i,ie sicle1 s'appelait ordinairement la dialectique4 ,on donnait ce mot un sens analogue a celui qui a prvalu dans le commun usage4 ,la dialectique tait l'art logique ou la logique applique4 ,les anciens l'avaient souvent entendu autrement4 ,la dialectique de ,platon est la recherche de ce qu'il y a de gnral dans le particulier1 d'absolu dans le relatif1 la recherche de l'idal scientifique#cfe4 ,c'est une mthode ascendante qui1 de nos perceptions diverses cartant le multiple1 le changeant1 l'individuel1 remonte a l'essence1 au permanent1 l'un4 ,c'est une analyse1 en ce sens qu'elle dcompose1 afin d'laguer l'accessoire et d'atteindre le principal ou ce qui subsiste de chaque chose dans la raison ternelle2 c'est une synthse1 en ce sens que1 des phnomnes complexes et variables1 elle semble former1 par la vertu de l'intelligence1 quelque chose qui n'est aucun phnomne4 ,prise comme instrument logique1 elle serait l'art de la dfinition1 puisqu'elle est la recherche de l'essence4 ,c'est cette dialectique que les alexandrins empruntrent ,platon et amenrent la rigueur d'un procd scientifique#cff4 ,ce procd se retrouve dans la philosophie moderne1 et quelques-uns de ses caractres subsistent1 par exemple1 dans la dialectique d',hegel#cfg4 ,mais bien qu'il soit surtout cher ,platon1 il n'tait pas ignor d',aristote1 car c'est le procd de la science de l'tre1 de la science de l'universel1 de la mtaphysique en un mot#cfh4 ,le ,stagirite n'admit pas toutes les consquences auxquelles cette mthode conduisait ,platon2 mais il la connut1 il sut mme la pratiquer parfois1 quoiqu'il rservt le nom de dialectique pour cette partie de la logique qui ouvre la route de toutes les sciences en discutant les principes1 et trouve un procd syllogistique pour traiter un sujet donn en partant des propositions les plus probables#cfi4 ,mais pour lui la dialectique tait loin d'tre toute la philosophie4 ,il dit mme qu'elle lui est oppose1 s'appuyant sur l'apparent1 tandis que la philosophie s'appuie sur la vrit#cgj4 ,dans les mains des stociens1 la logique1 niant ou du moins attnuant la vrit du gnral1 devint peu peu une polmique subtile et ngative4 ,dj les mgariens l'avaient transforme en argumentation sceptique2 et ce n'est qu'aprs avoir port le nom d'ristiques1 qu'ils avaient reu celui de dialecticiens#cga4 ,c'est dans un sens qui tient peut-tre des ides des coles mgarique et stocienne1 presque autant que des ides pripatticiennes1 que la dialectique fut entendue au moyen ge#cgb4 ,aristote avait distingu une sorte de dialectique pratique qu'il appelle l'art exercitif#cgc1 et qui offrait bien quelques rapports avec l'art par excellence des scolastiques4 ,la logique fut pour eux un terme gnral qui embrassait toute la science de la raison1 ce qu'on appellerait aujourd'hui la philosophie de l'esprit humain2 et comme la logique proprement dite aboutit la dialectique qui est la pratique de la science1 elle fut officiellement nomme la dialectique#cgd4 ,ablard ne la dfinit nulle part formellement2 mais en intitulant ,dialectica son grand ouvrage de philosophie logique1 son ,organon lui1 il a suffisamment indiqu sa pense1 expliqu son langage4 ,note #cfe3 ,voyez dans la traduction de ,m4 ,cousin l'argument du ,philbe1 et le ,philbe lui-mme1 ainsi que le ,parmnide1 t4 ,,ii1 p4 #bhj et #ddj2 t4 ,,xii1 p4 #h4--;,cf4 ,hegel1 ,hist4 de la phil41 ,oeuvres compltes1 7,all47 t1 ,,xiv1 p4#bdj1 ,berlin1 #ahcc4 ,note #cff3 ,cf4 l',hist4 de l'cole d',alex41 par ,m4,j4 ,simon1 t4 ,i1 l4 ,,ii1 c4 ,,ii4 ,note #cfg3 ,encycl4 des sciences philos4 ,logique1 #ha1 t4 ,,vi1 p4 #aea4 ,note #cfh3 ,logique d',arist41 trad4 par ,m4,b4 ,saint-,hilaire4 ,dern4 ,analyt41 l4 #a1 c4 ,,xi1 #f1 #g et #h42--,mtaphys41 passim4 ,note #cfi3 ,logique2 ,topiq41 l4 #a1 c4 ,,ii1 #f4 ,rfut4 des soph41 c4 ,,xxxiv1 #c4 ,note #cgj3 ,id41 ,topiq41 l4 #a1 c4 ,,xiv1 #g4--,rfut4 des soph41 c4 ,,xi1 4 #h4 ,note #cga3 ,diog4 ,laert41 l4 ,,ii1 c4 ,x1 n4 #a4 ,note #cgb3 ,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #fgb ,note #cgc3 ,topiq41 c4 ,,xi1 #a et suiv4 ,note #cgd3 ,de bonne heure on les avait ainsi runies4 ,cicron considre la dialectique comme une branche ou une moiti de la science qu'il dfinit ratio disserendi1 et qui est la logique4 7,topiq41 ,,ii4--,de ,leg41 ,i1 #bc4--;,de ,fato1 ,i47 ,boce1 dans son ,commentaire des ,topiques de ,cicron1 dcompose la logique1 et donne de la dialectique les dfinitions consacres que durent adopter les scolastiques4 7,boet4 ,op41 p4 #gjj4--;,cf4 ,s4 ,aug41 ,de ,ord41 l4 ,,ii1 c4 ,,xi4--,retract1 l4 ,i1 c4 ,,vi4--,cassiod41 ,de ,instit4 divin4 litt41 c4 ,,xxvii4--,de ,artib4 ac ,discipl41 c4 ,,iii47 ,quoi qu'il en soit1 la dialectique1 mme en ce sens1 n'tant qu'une partie de la philosophie1 il a paru que la ,scolastique n'tait aussi qu'une partie de la philosophie2 mais la dialectique1 comme le raisonnement humain1 peut s'appliquer toutes choses4 ,dans une bonne classification1 la dialectique comme science ne devrait s'appliquer qu' la dialectique mme2 partout ailleurs1 elle n'est que procd et instrument2 elle ne devrait pas mme comprendre la logique proprement dite1 dont elle n'est que la suite ou la dernire partie4 ,mais s'il plat de l'appliquer tout1 de tout encadrer dans ses formes1 de chercher dans les notions qu'elle emploie et dans les rgles qu'elle pose les lments de toute science1 de se servir d'elle enfin comme d'un critre universel1 on le peut faire1 et elle devient alors1 au lieu et place de la philosophie1 la reine des sciences1 la science universelle2 elle obtient les titres de disciplina disciplinarum1 duae universae scientiae1 sola dicenda scientia#cge4 ,sera-ce que la philosophie aura t rduite en essence la seule dialectique8 non1 c'est qu'elle aura t exclusivement ramene aux procds et au langage de la dialectique4 ,elle en aura sans doute souffert2 la ralit ne peut sans violence et sans dommage1 passer comme par le laminoir d'une mthode exclusive2 ce qui est artificiel est toujours troit1 et le fond n'chappe jamais aux vices de la forme4 ,mais pourtant1 ainsi contrainte1 la science n'aura pas t supprime4 ,la scolastique n'a donc pas t la philosophie rduite la dialectique1 mais aux formes de la dialectique4 ,note #cge3 ,ab4 ,op41 ep4 ,,iv1 p4 #bci4 ,introd4 ad ,theol41 l4 ,,ii1 p4 #ajdg4--,ouvr4 ind41 ,dialect41 pars ,,iv1 p4 #dce4 ,d'o lui est venue cette contrainte8 ,de ce qu' une certaine poque du moyen ge1 l'esprit humain est rentr dans la philosophie par la dialectique4 ,le point de dpart n'est jamais indiffrent2 au terme de la course1 on se ressent du chemin qu'on a pris1 et le choix de la mthode est avec raison regard comme capital en philosophie4 ,nous tenons aujourd'hui qu'il faut aborder la philosophie par la psychologie4 ,prtendra-t-on que ce choix soit sans consquence et n'influe pas sur les caractres ultrieurs de la science8 ,la science ne manque pas d'adversaires qui disent qu'aprs avoir commenc par la psychologie1 elle y demeure1 et que nous n'avons fait qu'inventer une autre manire de la rendre partielle et strile4 ,je le conteste1 mais j'avoue qu'il est trs-commun de ne point dpasser la psychologie2 de trs-habiles gens n'ont pu en sortir ou mme ont fini par n'en pas vouloir sortir4 ,l'cole idologique a trembl de faire un pas hors du cercle de la sensation4 ,il y a beaucoup redire aux limites scientifiques que les cossais ont leves et qu'ils ont interdit l'observation de franchir4 ,jouffroy n'a pas compltement russi1 malgr d'ingnieux et opinitres efforts1 se dlivrer du joug troit de l'observation subjective de la conscience2 et quoiqu'il proteste1 ,kant lui-mme n'a fait que rendre plus profonde1 mais non plus pntrable1 l'impasse de la psychologie4 ,on ne saurait donc s'tonner que1 renferms dans un point de vue bien plus rtrci pour embrasser l'horizon 7car la logique est domine par la psychologie71 les scolastiques aient eu beaucoup de peine parcourir l'ensemble de la carte scientifique4 ,s'ils ont encore beaucoup vu1 ils n'ont pas vu sous un angle vrai2 ils n'ont pas donn aux objets les dimensions1 les contours et les teintes de la vrit4 ,mais du moins ont-ils connu tout ce qu'on peut connatre1 lorsqu'on n'est initi la science que par la dialectique4 ,nous n'crivons pas leur histoire4 ,il faut donc poser simplement comme un fait qu'aprs l'invasion dfinitive du christianisme et le refoulement successif des coles de philosophie paenne1 qui se rfugirent et s'teignirent dans le cercle encore brillant mais strile des coles alexandrines1 les hommes suprieurs qui1 dans l',occident partir du ,v,i,ie sicle1 s'efforcrent de dissiper les tnbres de la barbarie1 n'eurent pour flambeau que la lueur ple des commentaires de la philosophie antique2 et parmi les interprtes qui la transmirent au moyen ge1 dominrent les commentateurs de la ,logique d',aristote4 ,les anciens avaient trouv les sciences et les lettres4 ,on recevait d'eux les unes et les autres avec une curiosit1 une admiration et une confiance gales4 ,on les imitait en tout1 except dans la libert de leur gnie4 ,toute doctrine se convertissait donc en rudition4 ,comprendre1 traduire1 interprter1 paraphraser1 telle tait1 en gnral1 l'oeuvre de ces esprits nobles et malheureux qui se soulevrent au-dessus de l'ignorance et de la grossiret universelles1 dans ces contres dpouilles de toute nationalit par la double conqute des lgions romaines et des hordes du ,nord4 ,les peuples de notre ,occident n'avaient point de culture qui leur ft propre4 ,leur littrature indigne1 s'il est permis de donner ce nom aux essais informes de la posie druidique1 avait pri comme les arts1 les moeurs1 le culte de la vieille ,gaule4 ,les ides et les lettres1 les arts de l'imagination et ceux de l'industrie1 tout1 jusqu' la religion1 avait t comme import nouveau dans ces rgions1 thtre de l'clatante civilisation de la moderne ,europe4 ,les hommes livrs aux travaux de l'esprit1 n'taient donc encourags par aucun exemple1 autoriss par aucun succs1 penser1 crire d'aprs eux-mmes1 inventer pour leur compte1 essayer enfin d'une vritable et complte originalit4 ,pour les sciences et les lettres1 la ,grce et ,rome2 pour la religion1 le ,midi et l',orient1 c'est--dire encore ,rome et la ,grce2 voil leur exemple et leur loi4 ,ils ne demandaient ni leur sol ni leur ciel ces productions spontanes que le temps seul sme pleines mains dans les terres fcondes4 ,ils attendaient tout de ceux de qui tout leur tait venu4 ,or1 que leur venait-il dsormais de ces peuples jadis leurs vainqueurs1 et qui1 contraints de cder l'espace et le pouvoir de nouveaux et barbares conqurants1 taient rests les matres spirituels des premiers vaincus8 ,que leur venait-il de ces rgions o se levait encore pour eux le soleil de l'intelligence8 rien d'abord que la grande voix de la religion1 qui tait elle-mme ou qui voulait tre quelque chose de dfinitif et d'immuable1 rien que les derniers chos de la parole grecque qui s'tait tue1 mais qui retentissait encore4 ,les crits des hommes qui ont trac leurs noms aux dernires pages des fastes de la littrature ancienne1 ne sont que des compilations plus ou moins mthodiques1 des expositions quelquefois raisonnes de systmes antrieurs1 des traductions d'ides enfin1 quand ce ne sont pas de simples versions de textes4 ,ceux donc qui devenaient leurs disciples1 ceux qui dans le nord de l',europe s'adonnaient1 entre le ,v,i,ie et le ,x,ie ,sicle1 aux choses de l'esprit1 se faisaient pour la plupart de purs rudits1 c'est--dire des penseurs sans libert1 instruits par des crivains sans originalit4 ,c'est par le milieu des commentateurs1 c'est travers un nuage que parvenaient jusque dans les ,gaules les rayons affaiblis des brillantes constellations qui avaient surgi derrire la colline de l',acropolis1 et dor de leur clat le fate blanchissant du temple de ,thse4 ,porphyre1 saint ,augustin1 ,martianus ,capella1 ,cassiodore1 et surtout ,boce1 taient les mdiateurs ncessaires et respects qui transmettaient les ides de ,platon et d',aristote aux ,bde1 aux ,alcuin1 mme aux ,jean ,scot et aux ,raban ,maur1 qui s'efforcrent les premiers de repasser de l'rudition la philosophie4 ,on sait avec assez d'exactitude quelle tait la bibliothque philosophique de ces hommes qui puisaient cependant presque toutes leurs ides la source du pass4 ,les originaux leur taient en gnral inconnus4 ,le ,time de ,platon et la ,logique d',aristote1 traduits en latin1 sont les plus avrs des monuments des grands sicles qu'ils eussent entre les mains#cgf4 ,le platonisme qui n'est pas dans le ,time1 l'aristotlisme qui n'est pas dans l',organon1 ne leur taient connus que confusment1 par fragment1 par allusion1 par citation dans les paraphrases et les expositions incompltes des commentateurs sans gnie des derniers temps4 ,il n'est pas trange que parmi ces dbris1 l',organon ou plutt la doctrine qui y est contenue et qui forme elle seule un systme achev1 un travail dfini et dmonstratif1 ait fait dominer partout la science et l'esprit de la logique4 ,la logique effaa peu peu le reste de la littrature#cgg4 ,elle avait d'ailleurs exerc dj une influence marque sur les deux vrais matres des coles du moyen ge1 ,porphyre et ,boce4 ,ils s'taient appliqus1 l'un ouvrir au disciple les portes de la logique1 l'autre conduire travers ses dtours le disciple initi4 ,l'un avait compos une introduction2 l'autre des versions et des commentaires4 ,l-dessus1 il est tout simple que les savants du moyen ge aient pens qu'il ne restait la science que des gloses faire4 ,le mot mme fut consacr4 ,presque tous les philosophes scolastiques furent minemment des glossateurs#cgh1 et l'on annota les commentateurs d',aristote1 avant de l'interprter lui-mme et de le connatre tout entier4 ,c'est sans aucun doute un heureux hasard advenu un court crit de ,porphyre et quatre ou cinq de ,boce qui fut la premire cause de la grande fortune d',aristote4 ,la puissance saisissante de la logique fut la seconde4 ,d'ailleurs toute logique est essentiellement lmentaire1 et semble1 comme la grammaire1 rvler la raison2 elle convient donc des tudes commenantes4 ,note #cgf3 ,encore ,ablard n'avait-il dans les mains que les deux premiers des six traits qui composent la ,logique d',aristote ou l',organon4 7,voyez sa ,dialectique1 p4 #bbh47 ,que dans les quarante premires annes du ,x,i,ie sicle1 il circult communment en ,gaule et en ,angleterre d'autres livres philosophiques que ces deux fragments de l'oeuvre d',aristote et de ,platon1 l',isagogue de ,porphyre1 plusieurs des traits aristotliques de ,boce et deux traits indment attribus saint ,augustin1 c'est ce que personne n'a russi prouver4 ,voyez l'excellent ouvrage de ,m4 ,jourdain sur les traductions latines d',aristote au moyen ge4 ,cf4 ,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #efd2 et le ch4 ,,iii du prsent livre4 ,note #cgg3 444,quaevis ,litera sordescit1 logica sola placet4 ,johan ,saresber41 ,estheticus1 poem41 p4 #c1 ,hambourg1 #ahdc4 ,note #cgh3 ,nous avons cinq opuscules d',ablard sous le litre de gloses1 ,glossae in ,porphyrium1 de categoriis1 etc41 quatre imprims1 un manuscrit4 ,m4 ,cousin a fait connatre plusieurs gloses du ,xe sicle sur le de ,interpretatione1 sur les catgories1 etc4 7,ouvr4 ind4 d',abl41 p4 #eea-faa2 ,append41 p4 #fah et suiv47 ,cependant la forme pripatticienne n'avait pas t primitivement la forme unique de la philosophie du moyen ge4 ,scot rigne1 qui en est regard comme le fondateur1 tendait lui donner un tout autre caractre4 ,son gnie hardiment spculatif dpasse la dialectique#cgi4 ,ce dogmatisme encore vague1 o respire un peu de platonisme et de philosophie alexandrine1 put se soutenir quelque temps4 ,mais bientt il arriva un moment o l'aristotlisme1 parlons plus exactement1 o la dialectique gagna du terrain et devint dans la science une mode qui a dur quatre ou cinq cents ans4 ,il serait curieux1 mais il est difficile de dterminer ce moment avec prcision4 ,du moins1 la simple chronologie des noms jettera-t-elle un grand jour sur cette partie de l'histoire de la dialectique4 ,note #cgi3 ,cf4 ,m4 ,guizot1 ,cours d'histoire de la civilisation en ,france1 t4 ,,iii1 leon #bi2 ,m4 ,rousselot1 ,phil4 dans le moyen ge1 #are part41 c4 ,,ii1 et l'ouvrage de ,m4 ,saint-,ren ,taillandier1 ,scot rigne et la philosophie scolastique4 ,on peut fixer la mort de ,proclus1 c'est--dire la fin du ,ve sicle1 le terme de toute philosophie originale dans l'antiquit paenne 7#dhe74 ,et dj1 depuis plus de cinquante ans1 saint ,augustin1 un des derniers ,pres qui aient une place dans l'histoire de la philosophie1 tait descendu au tombeau 7#dcj72 le rgne des interprtes et des scoliastes avait commenc4 ,simplicius et ,philopon commentaient ,aristote1 en se souvenant de ,platon4 ,martianus ,capella avait un peu auparavant publi ce pome encyclopdique o les sciences sont personnifies comme des desses1 o la ,dialectique1 au front ple1 aux cheveux entrelacs1 cache dans les plis de sa robe athnienne des fleurs et des serpents1 mais se donne pour la lgislatrice des autres sciences#chj4 ,boce mourait tragiquement1 en laissant ces traductions et ces paraphrases qui devaient surnager les premires aprs le naufrage des lettres antiques 7#ebf74 ,cassiodore1 dressant1 au ,v,ie sicle1 l'encyclopdie destine lui survivre1 et dont ,alcuin devait faire un jour la rgle lgale de l'enseignement scolaire1 mettait au rang des sept disciplines la philosophie sous le simple nom de dialectique4 ,la philosophie tait bien1 pour lui comme pour ,platon1 la ressemblance de l'homme ,dieu1 mais il dveloppait cette dfinition par une analyse trs-sommaire de l',isagogue de ,porphyre1 des ,catgories d',aristote1 enfin des grandes divisions de l',organon#cha4 ,c'est de ce temps peut-tre qu'il faut dater les deux ouvrages sur le mme sujet que le moyen ge mettait sur le compte de saint ,augustin4 ,au sicle suivant1 ,bde rsumait pour le nord de l',europe toutes les connaissances humaines venues de l',orient et du ,midi1 et la philosophie trouvait place dans ses volumineuses compilations4 ,c'tait aussi d',aristote qu'il aimait donner des extraits2 dj il appelait chaque citation une autorit1 et assignait la dialectique le premier rang dans la logique1 cette matresse du jugement#chb4 ,aprs ,bde1 les coles s'ouvrent en ,france la voix de ,charlemagne4 ,c'est ,alcuin qui les inspire et les dirige4 ,il a tudi toutes les sciences profanes1 et certainement les sept arts1 mais surtout l'art dialectique1 dont l'empereur1 dit-il en s'adressant ,charles lui-mme1 a la trs-noble intention d'apprendre les principes4 ,lui aussi1 il a quelque teinture de l',isagogue1 des ,catgories1 de l',hermeneia1 et il s'attache faire recopier1 rpandre1 imposer mme comme bases de l'enseignement les traits logiques qu',augustin1 dit-il1 a1 pour les traduire1 tirs des trsors de l'ancienne ,grce1 ,de veterum gazis ,graecorum clave latina#chc4 ,note #chj3 ,martian4 ,capel41 de ,nupt4 ,philolog4 et ,mercur41 l4 ,,iv1 p4 #cbe et seqq4 #a vol4 in #d4 ,francf4 #ahcf4 ,note #cha3 ,grec3 ,omsiosis to theo xata ounaton anthropon4 7,cassiod41 de ,art4 ac ,discipl41 t4 ,,ii1 c4 ,,iii1 p4 #ebh4 ,ed4 de ,venise1 #agbi47 ,note #chb3 ,voyez dans les ,oeuvres de ,bde 7#h tom4 in-folio1 ,colon4 ,agrip41 #afab71 les ,sententiae sive axiomata philosophica ex ,aristotele 444 collecta 7t4 ,,ii1 p4 #abd74 ,on voit l qu'il connaissait au moins par des citations d'assez nombreux ouvrages d',aristote1 ,physique1 ,mtaphysique1 ,de ,anima1 etc4 ,dans ses ,elementa philosophiae 7id41 p4 #bjj71 il dfinit la philosophie3 ,eorum quae sunt et non videntur et eorum quae sunt et videntur vera comprehensio4 ,dans son trait ,de mundi caelestis terrestrisque constitutione1 la logique est dfinie3 ,diligens ratio disserendi et magistra judicii2 la dialectique qui en est la partie la plus essentielle3 ,sagacitas ingenii stultitiaeque sequester4 7,t4 #a1 p4 #cdc47 ,note #chc3 ,voyez dans les ,oeuvres d',alcuin 7#b vol4 in-fol41 ,ratisb41 #aggg71 la ddicace des ,catgories de saint ,augustin1 et ,opusculum quartum de ,dialectica 7t4 ,,ii1 p4 #ccd74 ,c'est un dialogue entre lui et ,charles4 ,la philosophie y est peu prs ramene l'thique et la dialectique2 et celle-ci1 disciplina rationalia quaerendi1 diffiniendi1 et disserendi1 etiam et vera a falsis discernendi potens1 est un sommaire de ,porphyre et de l',organon1 cet ouvrage dont on a dit qu'en l'crivant ,aristote avait tremp sa plume dans l'esprit1 in mente tinxisse calamum 7p4 #cej74 ,alcuin1 suivant son diteur1 n'a point compos le livre ,de septem artibus2 mais il avait crit sur toutes les sciences1 et dans une ptre ,charlemagne il dit positivement3 ,vestram nobilissimam intentionem dialecticae disciplinae disere velle rationes4 7,t4 ,i1 p4 #gjc47 ,par lui les coles gauloises passent sous l'empire de cette sagesse hibernienne1 qu'il avait apporte sur le continent#chd1 et qui devait aprs lui recevoir de ,scot rigne moins d'autorit1 mais plus d'clat 7#hge74 rigne platonise1 et ,mannon1 son successeur dans la direction de l'cole du palais1 passe pour avoir crit sur les ,lois et la ,rpublique de ,platon des commentaires qu'on n'a jamais vus#che4 ,note #chd3 ,quid ,hiberniam memorem1 contempto pelagi discrimine1 pene totam cum grege philosophorum ad littora nostra migrantem8 7,herici ,epist4 ad imp4 ,carol41 ,hist4 francor4 script41 ed4 ,duchesne1 t4 ,,ii1 p4 #dgj47 ,note #che3 ,hist4 litt41 t4 ,,iv1 p4 #bbe et t4 ,v1 p4 #feg4 ,la principale fondation d',alcuin est l'cole de ,saint-,martin de ,tours4 ,le premier et le plus illustre de ses disciples dans ce clotre1 c'est ,raban ,maur4 ,celui-l se montre plus vers encore dans les sciences profanes1 il les recherche1 il les aime4 ,il conseille de lire les philosophes2 il y a1 dit-il1 dans ,platon bien des choses qu'il ne faut pas craindre#chf4 ,il reprend la division connue de la philosophie1 en physique1 en morale1 en logique1 et celle-ci1 les thologiens doivent se la rendre propre4 ,la dialectique1 qu'il dfinit littralement comme ,alcuin1 il veut qu'elle entre dans l'instruction des clercs3 n'est-elle pas la science des sciences1 disciplina disciplinarum8 elle enseigne apprendre1 elle enseigne enseigner2 haec docet docere1 haec docet discere4 ,seule elle sait savoir1 scit scire sola 7ne dirait-on pas la science de la science de ,fichte87 enfin le syllogisme est une arme ncessaire#chg4 ,c'est ,raban1 qui selon ,tennemann1 transporta en ,allemagne la dialectique d',alcuin1 que d'autres appellent la dialectique cossaise#chh4 ,il devint abb de ,fulde1 puis vque de ,mayence 7#hdg74 ,note #chf3 ,non formidanda1 sed in usum nostrum vindicanda4 7,de ,instit4 cleric41 l4 ,,iii1 c4 ,,xxvi1 t4 ,,vi1 p4 #dd4--,op41 #c vol4 in-fol4 ,col4 ,agrip41 #afbg47 ,note #chg3 ,id41 ibid41 c4 ,,xx1 p4 #db4--;,de ,universo1 l4 ,,xv1 t4 #a1 p4 #bja et #bjb4--;,cf4 les gloses de ,raban sur ,porphyre1 ,boce1 l',hermeneia1 publies par ,m4 ,cousin4 ,ouvr4 ind41 ,append41 p4 #fac4 ,note #chh3 ,mon4 de l',hist4 de la phil41 t4 ,i1 #bdd4--,m4 ,haurau1 la ,scolastique au ,i,xe sicle2 ,rev4 du ,nord1 t4 ,,ii1 #b;e sr41 p4 #dbe4 ,en mme temps que lui et aprs lui1 on distingue dans cette fconde cole de ,tours1 un homme d'une instruction singulire pour le temps1 ,haimon1 plus tard vque d',halberstadt 7#hda71 qui des bords de la ,loire rapporta l'enseignement thologique1 et fonda avec ,raban dont il fut le successeur1 une florissante cole ,fulde4 ,l vint de ,sens s'instruire et mme enseigner1 ,loup ,servat qui s'adonnait particulirement aux lettres humaines1 et par consquent la logique4 ,nomm par ,charles le ,chauve abb militaire de ,ferrires en #hdb1 esprit cultiv1 crivain presque poli1 il continua ses leons malgr sa nouvelle dignit1 et les tmoignages s'accordent pour distinguer en lui l'homme de lettres et le thologien4 lve d',haimon et de ,loup ,servat1 ,heiric revint d',allemagne diriger dans sa patrie l'cole d',auxerre que ,saint-,germain avait fonde2 il a laiss de remarquables monuments d'une latinit savante1 d'une sorte de talent potique et1 chose fort rare1 d'une certaine connaissance du grec#chi4 ,il est cit comme ayant profess la dialectique avec clat au monastre de ,saint-,germain4 ,aprs ,heiric1 ,remi et ,huebold1 moines d',auxerre ainsi que lui1 furent signals comme ses hritiers dans la philosophie#cij4 ,remi surtout1 le plus clbre crivain du commencement du ,xe sicle1 est renomm pour l'enseignement de la dialectique qu'il cherchait plutt dans les prtendus traits de saint ,augustin que dans l',organon d',aristote4 ,on possde encore de lui des manuscrits qui prouvent qu'il connaissait ,priscien1 ,donat1 ,martianus ,capella1 et que ses tudes embrassaient le ,trivium et le ,quadrivium2 or1 tel tait encore au temps mme d',ablard le cycle des tudes littraires4 ,condisciple d'un fils de l'empereur ,charles le ,chauve l'cole d',heiric1 ,remi professa successivement ,auxerre1 ,reims1 ,paris1 et c'est dans cette dernire ville qu'il runit prs de sa chaire ses plus illustres disciples 7#hgb7cia4 ,ainsi se forme la chane d'un enseignement philosophique qui vient enfin se fixer dans la cit o devait dominer ,ablard4 ,note #chi3 ,heiric a dit en parlant de ses matres3 ,hic ,lupus1 hic ,haimo ludebant ordine grato4 7,cf4 ,duchesne1 ,hist4 francor4 script41 t4 ,,ii1 p4 #dgj4--;,bolland41 t1 ,,vii1 #ca ,jul41 p4 #bba4--,mabillon1 ,analect41 p4 #dbc4--;,hist4 litt41 t4 ,v1 p4 #aab et #fec47 ,c'est videmment cet ,heiric1 matre du moine ,remi1 comme on va le voir1 que doit tre rapport le trait manuscrit sur les ,catgories dites de saint ,augustin1 o ,m4 ,cousin a lu3 ,henricus1 magister ,remigii1 fecit bas glosas 7,ab41 ,ouv4 ind41 ,append41 p4 #fba71 et ce manuscrit pourrait tre de la main de ,remi1 ou copi sur le sien4 ,note #cij3 ,dans la chronique du moine ,ademar3 ,heiricus1 ,remigium et ,ucboldum ,calvum1 monachos1 haeredes philosophiae reliquisse traditur4 7,mabillon1 ,act4 sanct4 ord4 ,s4 ,ben41 t4 ,v1 p4 #cbe47 ,note #cia3 ,tmoignages des ,x,ie et ,x,i,ie sicles2 le moine ,jean1 ,s4 ,odon4 vit42 le moine ,nalgod1 ,ejusd4 vit42 ,de vener4 ,frodoardo presb4 remig4--,mabillon1 id41 ibid41 p4 #aea1 #aee1 #ahj1 #cbe4--;,ejusd4 ,anal41 p4 #dbc4--;,hist4 litt41 t4 ,,vi1 p4 #ii1 #ajb2 et ,launoy1 ,de ,schol4 celeb41 c4 ,,lix4 ,a ce moment1 on voit de toutes parts les tudes logiques captiver les esprits les plus minents et les plus divers4 ,c'est saint ,odon qui se forme ,paris1 sous ,remi1 dans la dialectique et la musique1 et qui1 plus tard1 y devait professer sa place4 ,c'est ,abbon qui suit les mmes leons1 qui les reproduit dans la mme ville 7avant #igj71 et les transporte ,reims1 o il crit sur le syllogisme1 et meurt avec la rputation d'un abb d'une haute philosophie#cib4 ,c'est ,gerbert1 qui1 avant d'tre pape1 fait un trait sur le ,rationnel et le ,raisonnable#cic1 et se pique de recueillir et de s'approprier les penses d',aristote4 ,saint ,maieul1 abb de ,cluni1 se plat dans la lecture des philosophes paens4 ,le grand vque ,hildebert recueille dans leurs ouvrages les lments d'une morale philosophique#cid4 ,saint ,anselme1 le seul mtaphysicien de l'poque1 ne ddaigne pas de donner1 dans son ,dialogue du grammairien1 un ouvrage de pure dialectique#cie4 ,et cependant ,jean le ,sourd ou le ,sophiste#cif1 qui devait tre le matre de ,roscelin1 a commenc former cette cole subtile et peu connue1 destine contraindre la science logique faire sur elle-mme un de ces efforts fconds qui avancent d'un pas l'esprit humain4 ,note #cib3 ,summae philosophiae abbas4 7,hist4 litt41 t4 ,,vii1 p4 #aei et suiv4--,cf4 ,launoy1 p4 #fc474 ,note #cic3 ,c'est le sens de3 ,de rationali et ratione uti1 titre de l'ouvrage de ,gerbert4 7,b4 ,pes1 ,thes4 noviae4 anecd41 t4 ,i1 pars ,,ii1 p4 #adh et seqq47 ,note #cid3 ,moralis philosophia de honesto et utili4 7,ven4 ,hildeb41 ,op41 p4 #iei4 #a vol4 in-fol41 ,paris1 #agjh47 ,note #cie3 ,dialogue de ,grammatico1 7,s4 ,ansel41 ,op41 p4 #adc47 ,note #cif3 ,hist4 litt41 t4 ,,vii1 p4 #acb4 ,on touchait la fin du ,x,ie sicle4 ,paris tait ds longtemps la ville de l'intelligence4 ,on dit que le nombre des tudiants y dpassait celui de la population sdentaire#cig4 ,plus de cent ans avant ,ablard1 des chaires de philosophie s'taient leves2 le caractre de la philosophie sculire tait indiqu2 la scolastique avait commenc4 ,on voit donc qu',ablard1 sous ce rapport1 ne cra pas2 il recueillit seulement une tradition#cih2 mais il lui donna le mouvement et la vie1 en lui prtant sa puissance et sa renomme4 ,note #cig3 ,hist4 litt41 t4 ,,ix1 p4 #fa1 #gh1 etc4 ,note #cih3 ,les recherches de ,m4 ,cousin ont dj fait connatre des manuscrits qui jettent du jour sur les coles de dialectique antrieures au ,x,i,ie sicle 7,append41 p4 #fac-fbc74 ,de nouvelles recherches dans le mme sens conduiraient sans doute renouer sans interruption le fil de l'enseignement scolastique ,paris4 ,car on doit convenir qu'entre ,remi ou le commencement du ,xe sicle1 et ,guillaume de ,champeaux vers la fin du ,x,ie1 il y a une lacune assez obscure2 on voit seulement qu',odon1 ,abbon1 et un certain ,wilram1 professrent1 ,paris1 la philosophie1 mais longtemps avant l'an #ajjj4 7,launoy1 loc4 cit4 et ,hist4 litt4 t4 ,,ix1 p4 #fa47 ,maintenant1 quelle poque faut-il fixer l'avnement d',aristote au gouvernement de l'cole8 ,on sait parfaitement celle o il obtint une influence prdominante et bientt exclusive1 grce au renfort qu'apportrent les ,arabes1 grce la protection de l'empereur ,frdric ,,ii2 c'est aprs ,ablard1 au commencement du ,x,i,i,ie sicle4 ,mais ,aristote1 avant de devenir dictateur1 comme ,bacon l'appelle1 avait t consul4 ,a la fin du ,x,ie sicle1 l'enseignement de la dialectique1 ds longtemps tabli dans l'cole1 s'anime et s'agrandit2 la popularit d',aristote commence et prsage son autorit future#cii4 ,ablard parat1 et soudain il devient le plus puissant promoteur de cette autorit4 ,il illustre et fortifie de son loquence et de sa gloire ce naissant empire de la logique1 qui ne devait s'organiser et se proclamer qu'aprs lui#djj4 ,note #cii3 ,c'est au ,xe ou ,x,ie sicle que ,m4 ,cousin 7,append41 p4 #feh7 rapporte un pome sur les catgories o on lit3 ,doctor ,aristoteles cui nomen ipsa dedit res1 ,ingenio polleus miro1 praecelluit omnes4 ,note #djj3 ,cf4 ,launoy1 ,de var4 ,arist4 in ,acad4 paris1 fort41 c4 ,i et ,,iii4--,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #fgj-fhd4--;,buddaei ,observ4 select41 t4 ,,vi1 ch4 ,,xviii et ,,xx4--,jourdain1 ,rech4 sur les trad4 d',arist41 passim4--,m4 ,rousselot1 ,phil4 dans le moy4 ge1 #are part--,voyez aussi le chap4 suiv4 et le chap4 ,i du l4 ,,iii4 ,nous avons essay de faire connatre le caractre gnral1 les sources1 l'origine1 les dbuts de la scolastique2 il conviendrait prsent de donner une ide plus complte et plus approfondie de la science mme qui s'est appele de ce nom4 ,,chapitre ,,ii4 ,,de ,,la ,,scolastique ,,au ,x,i,ie ,,si,,cle ,,et ,,de ,,la ,,question ,,des ,,universaux4 ,nous recherchons maintenant quelle sorte de science le moyen ge avait faite avec les donnes dont il disposait1 et mise la tte de toutes les connaissances humaines4 ,au ,x,i,ie sicle1 on l'appelait la dialectique4 ,elle avait en effet la forme et le langage de la dialectique1 quelles que fussent les ides qu'elle exprimait4 ,mais ces ides taient1 suivant les temps et les hommes1 des ides platoniciennes ou des ides aristotliques1 beaucoup plus souvent les secondes que les premires2 et chez ceux mme qui rptaient ce qu'on savait de ,platon1 ,aristote encore tenait une grande place3 ,ils enseignent ,platon1 dit un auteur du temps#dja1 et tous professent ,aristote4 ,c'est que la forme gnrale de la science venait de lui4 ,sa dialectique qui aiguise et satisfait si puissamment l'esprit1 tait la seule tudie4 ,quant celle de ,platon1 on la regrettait1 mais on ne la connaissait pas2 et1 par respect pour un nom qui ne perdit jamais sa grandeur1 on recueillait autant que possible quelques ides parses de cet homme divin2 on les conservait prcieusement1 mais en les traduisant dans la langue de son rival4 ,grce cet clectisme d'un genre particulier1 quelques-uns penchaient pour le matre1 la plupart pour le disciple1 quoiqu'aucun n'et os contredire le jugement de l'antiquit1 en mettant le disciple au-dessus du matre4 ,toutefois il arrivait alors ce qui arrive ordinairement3 sur toute question1 toute poque1 il y avait sinon deux coles1 au moins deux opinions ou deux tendances philosophiques2 l'clectisme1 qui tait peu prs dans l'intention de tous1 prenait toujours une des deux nuances1 et l'on a pu1 sans trop d'inexactitude1 reconnatre1 d'un ct l'influence un peu lointaine de l'cole platonique1 et de l'autre la domination plus directe et plus absolue du pripattisme4 ,ce ne fut jamais1 il s'en faut bien1 le pur1 le vrai platonisme1 ce ne fut pas mme le pripattisme vritable4 ,mais si chez les uns1 ,platon tait dfigur1 chez les autres1 ,aristote n'tait qu'incomplet4 ,note #dja3 ,johan4 ,saresb4 ,metal41 l4 ,,ii1 c4 ,,xix4 ,toutes les controverses o se produisit cette distinction1 peuvent se ramener ou du moins se comparer la mmorable controverse sur la question des universaux4 ,aucune ne fut plus clbre1 plus caractristique et plus prolonge4 ,aussi d'excellents juges n'ont-ils pas hsit y concentrer toute la scolastique1 et renfermer toute son histoire dans l'histoire de cette question4 ,elle fut capitale en effet2 elle agita les coles et presque la socit1 elle partagea l'esprit humain depuis ,scot rigne1 jusqu' la rformation1 et ce n'est pas au moment de parler d',ablard que nous pourrions attnuer l'importance de ce dbat plus que sculaire4 ,nous accorderons ,m4 ,cousin qu'en exposant la controverse des universaux1 on donne une ide du reste de la scolastique2 mais ce reste est quelque chose1 beaucoup mme1 et pour juger ou seulement comprendre cette seule question1 il est indispensable de connatre la science au sein de laquelle elle s'est leve4 ,les divers partis1 ralistes1 nominalistes1 conceptualistes1 averrostes1 scotistes1 thomistes1 occamistes1 formalistes1 terministes#djb1 avaient un fonds commun d'ides1 de principes1 de maximes1 de locutions1 qui formaient comme le terrain sur lequel croissait et s'tendait la plante vivace et vigoureuse de la controverse la plus abstraite qui ait agit le monde4 ,les dbats1 en effet1 sur les points les plus ardus de la thologie1 semblent toucher de plus prs la pratique que la question de savoir si les noms des genres sont des abstractions4 ,note #djb3 ,tels sont en partie les noms donns aux sectes qu'engendra la discussion des universaux4 ,au temps d',ablard1 on ne distingue d'ordinaire que les ralistes 7ou raux71 les nominalistes 7ou nominaux71 et les conceptualistes4 ,dans l'impuissance de parcourir ce terrain tout entier1 nous devrions au moins rsumer les ides qui1 au commencement du ,x,i,ie sicle1 taient en quelque sorte les lieux communs de la philosophie et les points d'appui de toute discussion1 de toute recherche1 de toute science4 ,pour prsenter un rsum bien systmatique1 il faudrait donner une analyse exacte de la philosophie d',aristote2 c'est--dire qu'en prenant pour centre la ,logique1 il faudrait par les autres ouvrages1 par la ,physique1 par le ,trait de l'me1 par l'thique ,nicomaque1 mais surtout par la ,mtaphysique1 donner la logique mme1 des fondements et des principes1 et montrer comment elle a pu devenir toute la philosophie1 en prsentant sommairement avec elle les autres parties de la science auxquelles elle se lie4 ,mais c'est l un travail bien considrable1 qui ne serait pas conforme la vrit historique1 et qui risquerait de prter la scolastique plus d'ensemble et plus de mthode qu'elle n'en avait rellement4 ,on la rendrait aussi universelle qu',aristote2 et lui-mme1 elle tait loin de le connatre tout entier4 ,les crateurs et les continuateurs de cette science ne se sont pas sans doute renferms strictement dans la logique1 mais c'est suivant le besoin des questions1 c'est dans l'ordre o elles taient amenes par l'tude de la dialectique1 que se livrant des excursions ncessaires1 ils ont atteint1 hors d'elle1 des principes qui n'taient point de son ressort1 et qu'ils ont rapports dans son domaine1 mlant ainsi la mtaphysique1 c'est--dire les notions d'une science objective et transcendante1 la science subjective du raisonnement et de ses formes4 ,nous ne les convertirons donc pas en pripatticiens complets4 ,seulement il leur est arriv ce qui arriverait encore aujourd'hui celui qui apprendrait sans plus la ,logique d',aristote1 il prouverait incessamment le besoin d'en franchir les limites2 il y trouverait incessamment des allusions et comme des renvois implicites une doctrine du fond des choses2 il y rencontrerait des ides ontologiques1 sur lesquelles la logique proprement dite ne nous fait connatre que la manire d'oprer rgulirement4 ,elle est1 en effet1 la mcanique rationnelle de l'esprit2 mais il y a quelque chose dessous1 quelque chose au del2 et ce quelque chose1 elle ne le donne pas4 ,la logique est un vaste difice qui a des jours sur toute la philosophie4 ,l'introduction elle-mme de l',organon ou le ,trait des ,catgories n'est pas seulement de la logique1 il est d'un ordre suprieur1 ou fait partie d'une science antrieure4 ,en lui-mme1 il ne donne pas entire satisfaction4 ,le lecteur qui l'tudie se demande avec hsitation si1 en numrant les catgories1 ,aristote a donn la nomenclature des parties mtaphysiques du discours1 ou celle des notions les plus ncessaires1 les plus gnrales de l'esprit1 ou celle enfin des conditions essentielles et absolues des choses4 ,les principaux commentateurs ont ressenti cette incertitude2 l',introduction de ,porphyre aux catgories1 c'est--dire l'introduction mme de la ,logique1 est1 malgr la rserve qu'il s'impose sur un point fondamental1 destine complter la ,logique4 ,quant ,boce1 qui avait traduit la ,mtaphysique1 aussi bien que la ,logique entire1 c'est cependant celle-ci qu'il se consacre exclusivement1 au moins dans ceux de ses livres que l',occident connaissait l'poque qui nous occupe4 ,or1 c'est l'aide de ces renseignements1 recueillis par hasard1 que les prdcesseurs et les contemporains d',ablard ont ml la dialectique pure les trois points suivants1 les seuls qui soient tout fait indispensables connatre pour comprendre cet ensemble de logique et d'ontologie qui forme l'essence de la scolastique4 ,nous les prsenterons en puisant aux sources1 ce que faisait rarement le moyen ge qui commentait des commentateurs4 #a ,d'aprs ,aristote1 la philosophie est essentiellement la science de l'tre en tant qu'tre4 ,l'tre s'entend de plusieurs manires4 ,car on dit qu'une chose est ceci ou cela1 et en le disant1 suivant les cas1 on entend ou simplement qu'elle existe1 ou qu'elle a telle forme1 telle qualit1 telle quantit1 tel mode essentiel2 ou enfin1 qu'elle a tel accident qui la modifie secondairement4 ,il suit qu'il y a plus d'une manire d'tre1 et que l'tre signifie tour tour l'existence1 la forme1 la quantit1 la qualit1 et mme toute sorte d'attribut accessoire4 ,on dit galement ,socrate est1 il est quelque chose d'existant2 puis1 ,socrate est homme2 puis1 ,socrate est philosophe1 athnien1 jeune1 malade1 debout1 etc42 tout cela est apparemment de l'tre1 puisque c'est ce que ,socrate est4 ,on peut donc distinguer dans l'tre ce qui est en soi et ce qui est accidentellement4 ,laissant de ct l'tre accidentel1 disons que l'tre essentiel ou en soi est l'tre vritable1 objet minent de la philosophie4 ,or tout ce qui est est la fois quelque chose1 et telle chose et non pas telle autre4 ,on dirait ou l'on pourrait dire aujourd'hui3 tout ce qui a existence est substance et essence4 ,mais ces mots n'avaient pas autrefois prcisment ce sens1 et pour exprimer d'aprs ,aristote1 que tout ce qui est1 ou mieux1 que le sujet de tout tre en soi est une chose1 telle chose1 pas une autre chose1 on employait la formule que tout ce qui est se compose de matire1 de forme et de privation#djc4 ,la matire1 c'est ce dont est l'tre1 ce qui fait qu'il est2 la forme1 c'est sa nature1 ou ce qui fait qu'il est tel4 ,or1 comme ce sont l les conditions primordiales de l'tre1 elles doivent se retrouver dans tout ce qui est en soi#djd4 ,nous appellerons ce principe le principe ontologique4 ,note #djc3 ,arist41 ,phys41 ,i1 ,,vii4--,met41 ,,xii1 ,,ii4 ,note #djd3 ,met41 ,,iv1 ,,ii2 ,v1 ,,vii et ,,viii2 ,,vii1 ,i1 ,,ii et ,,iii2 ,,viii1 ,i1 ,,ii et ,,iii4 #b ,il semble au premier abord que l'tre en soi ou essentiel ne dt tre que la substance4 ,et sans aucun doute1 c'est la substance que s'applique le plus rigoureusement la dfinition de l'tre en soi qui vient d'tre donne4 ,la substance est la fois1 quand elle est relle1 et le dernier sujet1 c'est--dire l'tre indtermin qui n'est l'attribut d'aucun autre et qui n'a pas d'attribut1 ou la matire2 et l'tre dtermin1 pris par abstraction indpendamment du sujet1 ou la forme1 qui n'est proprement parler l'attribut d'aucun sujet1 puisque ce n'est qu'avec elle et par elle que la substance se ralise2 ce double titre1 la substance est proprement l'essence 7au sens aristotlique74 ,mais une essence n'est pas la seule chose dont on puisse jusqu' un certain point prononcer qu'elle est en soi1 c'est--dire indpendamment de tout accident4 ,le nom d'tre se donne galement aux choses autres que l'essence1 c'est--dire aux autres choses que l'tre en soi pourrait tre en combinaison avec ce qu'il est dj4 ,par exemple1 l'tre en soi 7matire et forme7 est ncessairement de telle qualit3 cela est encore de son essence4 ,ces choses que sont les choses1 sont celles qu'on exprime par ce qu',aristote appelle les termes simples4 ,l'entendement1 par la jonction de ces termes1 constitue la proposition qui affirme d'un tre quoi que ce soit4 ,on a dj vu que1 quel que soit un tre1 il est essence1 qualit1 quantit1 etc42 ces attributs fondamentaux ou suprmes qui ne sont pas des attributs proprement dits ou des accidents1 parce qu'ils dsignent ce qu'il est ncessaire que tout tre puisse tre1 ce que tout tre ne peut ne pas tre1 car l'tre ne saurait manquer de qualit1 de quantit1 etc42 ces genres suprmes1 ou les plus gnraux1 ou gnralissimes1 qui ne sont pas non plus proprement des genres1 puisque tous les genres y rentrent1 et puisqu'ils seraient les genres1 non pas de tout ce qui existe1 mais de tout ce qui peut exister1 sont au nombre de dix1 et s'appellent les prdicaments ou catgories4 ,l'tre en soi a autant d'acceptions qu'il y a de catgories1 c'est--dire qu'on ne peut rien affirmer de lui qui ne soit une de ces dix choses3 l'essence1 la quantit1 la qualit1 la relation1 le lieu1 le temps1 la situation1 la possession1 l'action1 la passion#dje4 ,note #dje3 ,voici les noms grecs traduits par la scolastique3 ,grec3 ,ae ,ousia1 usia1 essentia1 substantia2 ,grec3 ,poson1 quantum2 ,grec3 ,poion1 quale2 ,grec3 ,pros ti1 ad aliquid1 relatio2 99,grec3 ,pou1 ubi1 locus2 ,grec3 ,pote1 quando1 tempus2 ,grec3 ,cheisthai1 situm esse1 situs2 ,grec3 ,echtin1 habere1 habitus2 ,grec3 ,poiein1 agere1 facere1 actio2 ,grec3 ,paschein1 pati1 passio4 7,arist41 ,met41 ,v1 ,,vii et ,,viii4--,categ41 ,,iv et seqq4 ,essai sur la ,met4 d',aristote1 par ,m4 ,ravaisson1 t4 ,i1 l4 ,,iii1 c4 i1 p4 #cef4--;,de la ,log4 d',arist41 par ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire1 t4 ,i1 part4 ,,ii1 c4 #a1 p4 #adb47 ,ce sont donc l les termes simples1 ou ce qui est dit sans aucune combinaison1 quae sine omni conjunctione dicuntur#djf4 ,ainsi la logique dfinit les catgories2 ainsi elle en fait les lments du langage4 ,dans ces expressions isoles1 elle est donc ce que nous avons appel terminologique4 ,mais des termes simples sont des ides simples ou lmentaires1 car les mots n'expriment que les modifications de l'esprit#djg4 ,les catgories sont donc tous les attributs en gnral que l'entendement peut affirmer d'un sujet4 ,ceci nous mne jusqu'en idologie1 on mme en psychologie4 ,maintenant1 lisez la ,mtaphysique1 que ne connaissait point ,ablard1 et les catgories deviendront les divers caractres de l'tre1 l'tre lui-mme ou l'tre en tant qu'tre tant en dehors des combinaisons intellectuelles2 et la science sera finalement ontologique#djh4 ,note #djf3 ,grec3 ,ta kata maedemian sumplokaen legomina4 ,categ41 ,,iv4 ,note #djg3 ,de ,interpr41 ,i1 ,i4 ,note #djh3 ,met41 ,,iv1 ,i1 ,,ii1 etc4--,logiq4 d',arist42 ,introd4 par ,m4 ,barthlmy ,saint-,hilaire1 t4 ,i1 p4 ,,lxxi4 #c ,maintenant1 si c'est un principe que tout tre se compose de matire et de forme1 et si l'tre se dit des catgories1 le principe est applicable celles-ci mmes1 et toute catgorie1 tout prdicament se compose de matire et de forme4 ,c'est en effet ce que les dialecticiens ont soutenu4 ,a ne consulter que la logique1 on pourrait l'ignorer4 ,dans la ,logique d',aristote1 les catgories ne sont ou du moins ne paraissent que des termes1 les termes simples ou lmentaires de toute proposition1 c'est--dire ceux sans lesquels ou sans l'un desquels aucune proposition n'est possible4 ,or1 comme la connaissance de l'tre s'exprime et s'acquiert en gnral par la dfinition1 et que la dfinition est une proposition1 les lments ncessaires la proposition sont les lments de la connaissance de l'tre4 ,mais sont-ils en mme temps les lments de l'tre1 ses conditions relles8 ,sont-ils ainsi des choses8 c'est ce que la ,logique laisse incertain4 ,je ne crois pas que le texte littral soit dcisif2 et si l'on consulte l'esprit1 comme le trait des catgories n'est que l'introduction au trait de l'interprtation ou du langage1 je crois que parmi les commentateurs d',aristote1 ceux qui ont dcid qu'il ne s'agit pas des choses dans le livre des catgories1 ont eu raison4 ,ce qui ne veut pas dire qu'on et raison de prtendre que les catgories ne sont ni des choses1 ni dans les choses4 ,ceci est une autre question1 et qui1 selon une observation dj faite1 est plus du ressort de la mtaphysique que de la logique4 ,or1 c'est dans la ,mtaphysique qu'on lit3 ,l'tre en soi a autant d'acceptions qu'il y a de catgories2 car autant on en distingue1 autant ce sont des significations donnes l'tre4 ,or1 parmi les choses qu'embrassent les catgories1 les unes sont des essences1 d'autres des qualits1 d'autres dsignent la quantit1 la relation1 etc4 ,l'tre se prend donc dans le mme sens que chacun de ces modes#dji4 ,de ce passage et d'autres semblables1 des interprtes de la ,logique d',aristote ont conclu1 non-seulement que les catgories avaient quelque chose de rel1 exprimaient des modes effectifs de l'existence1 mais que puisque l'tre en soi est ce qui n'est pas l'tre accidentel1 et que les catgories ne sont pas des accidents1 il fallait les traiter comme des choses et leur appliquer les conditions de l'tre en soi4 ,ainsi de ces choses que dsignent et nomment les prdicaments1 on a dit qu'elles taient aussi un compos de matire et de forme4 ,sans doute1 parce qu'on tait plus l'aise pour le dire du premier de ces prdicaments ou de la substance1 c'est en gnral cette premire catgorie que1 pour appliquer le principe ontologique1 les logiciens prennent en exemple4 ,ainsi1 ils disent3 ,l'essence est corps1 le corps est animal1 l'animal est raisonnable1 le raisonnable est homme1 l'homme est ,socrate4 ,c'est sur ces propositions que nous verrons ternellement rouler les plus subtiles recherches de la scolastique et d',ablard2 mais on verra aussi que1 comme de la substance1 il est dit que le sujet de la qualit ou de la relation ou de telle autre catgorie1 a une matire et une forme4 ,ainsi1 dire qu'un homme est blanc1 c'est assurment lui attribuer une qualit4 ,le blanc est dans la catgorie de la qualit4 ,or1 qu'est-ce que le blanc8 c'est l'union de la matire de la qualit et de la forme de la blancheur4 ,esclave est le nom d'une relation1 celle d'esclave matre4 ,ce qui la constitue1 c'est la matire de la relation et la forme de la servitude#daj4 ,note #dji3 ,met41 ,v1 ,,vii2 et traduction de ,,mm4 ,pierron et ,zvert4 t4 ,i1 p4 #afg4--;,barth4 ,saint-,hil41 loc4 cit4 ,note #daj3 ,voy4 dans ,ablard1 ,dialect41 p4 #djj et #deh1 et les c4 ,v et ,,vi du prsent livre4 ,de quelle existence1 de quelle ralit entendait-on douer1 soit cette matire de la qualit1 soit cette forme de la relation8 on ne s'en explique gure4 ,est-ce d'une existence directe1 substantielle1 comme celle mme de la substance8 ,est-ce seulement par une analogie de la catgorie de la substance1 que l'on traite des autres catgories comme si elles existaient au mme titre8 ,ce qu'on entendait peut se souponner quelquefois1 et le plus souvent reste dans le vague4 ,mais ce qui ne saurait demeurer douteux1 c'est que de l'application relle ou fictive du principe ontologique ces tres dialectiques1 il est provenu de graves consquences logiques1 puis des difficults1 des ambiguts innombrables1 et surtout ce caractre quivoque d'une science qui semble tour tour tomber dans l'extrme ontologie ou dans l'extrme idologie1 puisqu'elle parle souvent des tres de raison comme s'ils existaient1 et des ralits comme si elles n'existaient pas4 ,si l'on s'adressait ,aristote1 la question semblerait mieux rsolue4 ,nous l'avons vu donner l'tre en soi aux catgories2 mais il entendait par l qu'elles taient des manires d'tre essentielles1 en ce sens qu'elles taient ncessaires1 ncessaires en ce qu'elles n'taient pas de simples accidents4 ,car il dit formellement3 ,rien de ce qui se trouve universellement dans les tres n'est une substance1 et aucun des attributs gnraux ne marque l'existence1 mais ils dsignent le mode de l'existence#daa4 ,pour ,aristote1 la qualit est bien un tre1 mais non pas absolument4 ,il s'ensuit que si l'on peut dire qu'elle est1 qu'elle est quelque chose1 et faire d'une catgorie quelconque un sujet de dfinition1 c'est par extension1 par analogie2 c'est1 non pas que les attributs gnraux sont vraiment des tres1 c'est qu'il y a de l'tre en eux2 et que1 bien qu'il n'y ait proprement essence que pour la substance1 il y a quasi-essence pour ce qui n'est pas substance4 ,pour les choses non substances1 il y a essence ou forme essentielle1 mais non pas dans le sens absolu1 ni au mme titre que pour la substance4 ,s'il y a forme de la qualit1 forme de la quantit1 ce n'est pas forme au sens rigoureux du mot4 ,si l'on peut en donner dfinition1 ce n'est pas dfinition premire ou proprement dite1 la dfinition vritable tant l'expression de l'essence et l'essence ne se trouvant que dans les substances#dab4 ,ces distinctions sont exactement spcifies dans ,aristote4 ,la scolastique1 sans les ignorer tout fait1 les nglige presque toujours1 surtout avant le temps o elle eut connaissance de la ,mtaphysique#dac4 ,note #daa3 ,mtaph4 d',aristote1 trad41 ,,vii1 ,,xiii1 t4 ,,ii1 p4 #ej4 ,lisez le chapitre entier4 ,note #dab3 ,mtaph4 d',arist41 l4 ,,vii1 c4 ,,iv et ,v1 p4 #aa1 #ab1 #ac1 et #af du t4 ,,ii de la traduction4 ,note #dac3 ,ce fut au commencement du ,x,i,i,ie sicle que l'on commena1 selon ,rigord1 lire dans les coles de ,paris la ,mtaphysique d',aristote1 nouvellement apporte de ,constantinople4 7,launoy1 ,de var4 ,arist4 fortun41 c4 ,i1 p4 #agd47 ,je crois ce fait acquis l'histoire4 ,il s'agit donc d'une existence modale1 et non vraiment substantielle1 moins que par substantielle l'on n'entende essentielle la substance4 ,or maintenant1 chose assez remarquable1 ce n'est pas sur ce point-l que sont ns les doutes et les controverses du moyen ge4 ,on y a sans explication et sans contestation appliqu le principe ontologique aux prdicaments1 et l'on a trait des attributs gnraux comme s'ils taient des tres2 tres de raison ou tres substantiels1 ce degr de gnralit1 on s'est peu occup de la distinction4 ,je sais bien qu',ablard dit quelque part que c'est une maxime philosophique que parmi les choses1 les unes sont constitues de matire et de forme1 les autres la ressemblance de la matire et de la forme#dad4 ,cette parole1 jete en passant1 est juste et profonde2 elle doit tre toujours prsente celui qui lit soit un ouvrage d',ablard1 soit un livre quelconque de scolastique4 ,mais on s'est peu souci de l'claircir ou de la discuter1 et voici la difficult qui s'est produite1 et qui a embarrass la science quatre cents ans durant4 ,note #dad3 ,theol4 ,chrits41 l4 ,,iv1 p4 #acag4 ,au degr de gnralit1 que l'esprit atteint en s'levant aux catgories1 tout semble se confondre et les distinctions s'vanouir4 ,ainsi les catgories sont des attributs1 leur nom mme l'indique2 et celui de prdicaments annonce aussi qu'elles ont quelque chose de la nature du prdicat ou attribut4 ,cependant la premire de toutes est la substance1 si ce n'est entendue au sens prcis que la science moderne assigne ce mot1 au moins conue comme ce qui ne peut tre attribut#dad;a2 elle est bien catgorie ou prdicament1 c'est--dire au fond attribut1 mais attribut le plus gnral ou fondamental1 et en outre le premier des attributs les plus gnraux ou fondamentaux4 ,comme tant le premier1 elle est l'acception premire de l'tre4 ,l'acception premire de l'tre ou l'tre premier1 c'est ce que l'tre est avant tout4 ,or ce qu'il est avant tout1 c'est l'tre qu'il est1 c'est sa forme dtermine1 distinctive1 ou son essence2 car l'indtermin pur1 s'il est1 n'est que l'tre en puissance2 l'tre en acte1 c'est l'tre dtermin4 ,ainsi le premier attribut de l'tre1 c'est d'tre dtermin1 c'est d'tre avec une forme1 c'est d'tre une certaine essence1 c'est d'tre une substance qui n'est pas un autre 7aliud71 et comme sans tout cela l'on n'est pas1 c'est d'tre4 ,note #dad;a3 ,met41 ,,vii1 ,,iii2 et t4 ,,ii1 p4 #f de la traduction4 ,ainsi nous voyons comment en scolastique1 essence1 substance1 tre1 sont des mots qui peuvent successivement se rduire les uns aux autres1 malgr la nuance qui les distingue1 et comment on peut dire indiffremment qu'ils dsignent ou le premier attribut ou ce qui est antrieur tout attribut4 ,la meilleure manire d'exprimer ce qu'on entend par la premire catgorie1 c'est de dire ce que dit souvent ,aristote1 la premire catgorie1 c'est ,grec3 ,ti esti kai tode ti1 et plus simplement ,grec3 ,ti 7quoddam74 ,mais nous venons de voir que l'on pouvait considrer comme attribut ce qui consiste prcisment tre sujet de tous les attributs4 ,c'est ce qu'exprime positivement cette phrase de forme plus moderne3 ,tout tre a une substance4 ,cette expression vient d'une proprit de l'esprit humain1 qui1 ne percevant rien directement que par les qualits1 qualifie toujours quand il conoit1 et ne peut concevoir la substance sans l'riger1 en quelque sorte1 en prdicat d'elle-mme4 ,or de mme qu'on vient de prendre comme attribut1 ce qui n'est rellement pas attribut1 7car l'attribut suppose un sujet1 et l'attribut dont nous venons de parler1 consiste prcisment tre sujet71 ne peut-il pas se faire que par une extension inverse1 l'esprit prenne substantiellement les autres1 catgories qui ont beaucoup plus sensiblement le caractre d'attribut8 ,elles ont ce caractre2 car ,aristote1 aprs avoir dit3 tre signifie ou bien l'essence1 la forme dtermine1 ou bien la qualit1 la quantit et le reste1 remarque trs propos1 qu'entre le premier sens qui est l'tre premier ou la premire catgorie et les autres choses qui s'expriment aussi par tre1 il y a cette diffrence qui1 si l'on appelle celles-ci tres1 c'est parce qu'elles sont ou qualit de l'tre premier ou quantit de cet tre1 parce qu'elles sont des modes enfin4 ,aucun de ces modes1 ajoute-t-il1 n'a par lui-mme une existence propre1 aucun ne peut tre spar de la substance4444 ,ces choses ne semblent si fort marques du caractre de l'tre que par ce qu'il y a sous chacune d'elles un tre1 un sujet dtermin1 et ce sujet1 c'est la substance1 c'est l'tre particulier qui apparat sous les divers attributs4444 ,il est vident que l'existence de chacun de ces modes dpend de l'existence mme de la substance4 ,d'aprs cela1 la substance sera l'tre premier1 non point tel ou tel mode de l'tre1 mais l'tre pris dans son sens absolu#dae4 ,note #dae3 ,met41 l4 ,,vii1 ,i1 et t4 ,,ii1 p4 #b de la trad4 ,mais ces modes ou attributs existent2 ils sont donc des existences modales2 ,aristote les a nomms des substances secondes4 ,de mme que la substance tait tout l'heure l'attribut primitif1 nous voyons l'attribut devenir la substance secondaire4 ,c'est de l'tre encore1 mais de l'tre subordonn1 accessoire1 et qui1 ds qu'il est conu hors de la substance1 perd la condition de sa ralit4 ,avec cette explication1 l'quivoque qui peut subsister dans les expressions1 ne doit plus subsister dans les ides2 mais rien n'a pu empcher qu'elle n'ait jet beaucoup d'obscurit dans la dialectique1 et produit d'pineuses disputes4 ,en effet rien n'est plus gnral que l'essence2 et l'on donne aux catgories le nom spcial de choses les plus gnrales1 ,grec3 genichotata1 generalissima1 genres suprieurs ou suprmes4 ,ces gnralissimes sont les plus universels des universaux1 et parmi eux1 le plus universel est la substance4 ,la substance est un universel1 un genre1 ,aristote lui-mme le dit#daf4 ,or nous avons vu qu'il refuse la substance1 et par l le premier degr de l'existence tout universel4 ,on verra plus bas qu'il en refuse autant au genre#dag4 ,ainsi la substance serait une de ces choses auxquelles manque la substance8444 ,il faut bien ici quelque erreur de langage4 ,il est vident que la substance est universelle1 en ce sens qu'elle est le nom gnral de la condition premire et absolue de l'tre4 ,mais en tant que relle1 elle est essentiellement dtermine1 puisqu'elle est l'tre en tant que dtermin1 ou la dtermination de l'tre4 ,tout s'explique donc2 des diverses notions universelles1 une seule1 et la plus universelle de toutes1 donne la substance1 et c'est la notion de la substance mme4 ,note #daf3 ,met41 ,,vii1 ,,iii2 et t4 ,,ii1 p4 #f de la trad4 ,note #dag3 ,la substance qu'il refuse au genre1 c'est la substance premire ou proprement dite2 car il appelle les genres et les espces substances secondes1 parce qu'ils expriment des attributs substantiels 7et non accidentels7 de l'individu4 7,categ41 ,v2 voy4 la traduct4 de ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire1 t4 ,i1 p4 #fa1 et son ouvrage sur la ,logique1 t4 ,i1 p4 #adh47 ,la substance existe-t-elle donc d'une existence universelle8 oui1 en ce sens que tout tre est substance2 non1 en ce sens qu'aucun tre n'est la substance universelle3 car ce serait dire que tout dtermin est l'indtermin4 ,tel est1 nous le croyons du moins1 le vrai sens d',aristote4 ,et quant aux autres prdicaments1 ni comme universels1 ni comme attributs1 ils n'ont en eux-mmes la substance1 puisqu'ils ne passent de la puissance l'acte qu'en se dterminant1 et ne se dterminent quo dans la substance4 ,ils sont universels en ce qu'ils conviennent toute substance2 ils n'existent pas d'une existence universelle1 en ce qu'ils dpendent de la substance pour exister1 au moins d'une existence dtermine4 ,aristote appelle les modes les substances secondes2 il et mieux fait peut-tre de les nommer les seconds de la substance4 ,si maintenant on veut sortir de cette gnralit et descendre des generalissima aux simples generalia1 des catgories aux catgories1 permettez-nous ce nom1 des prdicaments aux entits prdicamentales1 cela s'appelle descendre les degrs mtaphysiques4 ,les modernes ont appel cela l'chelle de l'abstraction1 la gnration ou la gnalogie des ides abstraites4 ,soit la catgorie de la substance3 si vous la prenez pour matire et que vous y ajoutiez la forme de corporit 7,condillac aurait dit3 si l'ide de substance vous ajoutez l'ide d'tendue limite71 vous avez une nouvelle essence1 celle de corps4 ,si au corps vous ajoutez la forme de l'animation1 vous avez l'animal4 ,a cette essence1 l'addition d'une forme que les scolastiques appelaient la rationalit1 et qui est tout simplement la raison1 vous donnera l'homme4 ,enfin si l'homme est affect d'une forme individuelle qui ne peut se dsigner que par un nom propre1 pour ,socrate1 la socratit1 pour ,platon1 la platonit1 vous aurez ,socrate ou ,platon#dah4 ,note #dah3 ,porphyr41 ,isag41 ,i1 c4 ,,ii1 #bc1 p4 #h de la trad4 de ,m4 ,barth4 ,saint-,hilaire4--,boeth41 in ,porph4 translat41 l4 ,,ii et ,,iii4 ,cette chelle de l'abstraction est ce qu'on a appel dans l'cole l'arbre de ,porphyre1 dont on peut voir la reprsentation graphique dans ,boce 7p4 #be et #gj de l'dit4 de ,basle2 #a vol4 in-fol41 #aedf74 ,les trois derniers degrs de cette chelle portent les noms de genre1 d'espce1 d'individu4 ,l'animal est un genre1 l'homme une espce1 ,socrate ou ,platon un individu4 ,on a dj vu quelle importante distinction devait tre introduite entre les divers modes ou attributs1 les uns tant ncessaires1 les autres accidentels4 ,le langage commun tient peu de compte de ces distinctions2 il confond assez frquemment tous ces mots d'attributs1 de modes1 de qualits1 etc42 la dialectique tait fort prcise sur ce point4 ,d'abord1 nous avons vu mettre au sommet de l'chelle les attributs ou genres les plus gnraux1 sous le nom de prdicaments4 ,parmi eux1 il en est un spcial qui se nomme la qualit3 une chose est bonne ou mauvaise1 voil la qualit2 une chose est assise ou debout1 ce n'est pas la qualit1 c'est la situation4 ,comment une essence se ralise-t-elle8 par l'adjonction d'une dtermination actuelle la matire en puissance1 et cette dtermination actuelle qui ressemble la qualit1 en ce qu'elle qualifie l'tre1 a cependant un caractre exclusif de cause cratrice ou formatrice qui la distingue de tout autre attribut1 et c'est pourquoi on l'appelle forme4 ,comme cette forme1 en s'adjoignant ce qui lui sert de matire1 convertit la substance et cause la formation d'une essence nouvelle1 on l'appelle forme substantielle1 forme essentielle et quelquefois aussi essence formelle#dai4 ,note #dai3 ,ces expressions sont telles que les ,latins ont prfres pour rendre ce qui est autrement dit dans ,aristote1 et elles sont devenues sacramentelles en scolastique4 ,aristote appelle presque toujours ,grec3 to ti aen sinai ce que le moyen ge nommait forme essentielle ou substantielle1 et les traducteurs de sa ,mtaphysique n'ont pas fait difficult d'employer cette dernire expression4 7,l4 ,i1 c4 ,,ii et l4 ,,vii1 c4 ,,iv et suiv41 t4 ,i1 p4 #ab et t4 ,,ii1 p4 #h47 ,cependant ne dnature-t-elle pas la doctrine d',aristote8 ne lui donne-t-elle pas une apparence exagre de ralisme3 presque de platonisme8 ,buhle a os dire contrairement l'opinion tablie3 ,aristote n'admettait pas les formes substantielles1 qui n'eussent t autre chose que les ides de ,platon4 7,hist4 de la phil41 ,introd41 sect4 #c1 trad4 de ,jourdan1 t4 #a1 p4 #fhg47 ,c'ets aller trop loin4 ,aristote emploie souvent dans le sens d'essence les mots ,grec3 morphae1 eidos1 logos mme 7ce dernier mot pour dfinition comme souvent ratio chez les scolasliques74 ,grec3 ,ho logos taes ousias7,met41 v1 #h74 ,grec3 ,eidos de lego to ti aen einai ekatton kai taen protaen ousian 7,met41 ,,vii1 #g74 ,hae ousia gar esti to eidos1 to enon 7ib4 #ab7 ,grec3 ,hae morphae kai to eidos touto d'estin o logos o taes ekastou ousias 7,de gen4 et corr41 ,,ii1 #h7 ,grec3 ,ti de os to eidos2 to ti aen einai4 7,met41 ,,vii1 #d47 ,on pourrait multiplier les citations4 ,nous comprenons tous ces mots4 ,mais mesure que nous descendons les degrs mtaphysiques1 nous voyons l'tre se transformer par l'addition de nouveaux modes4 ,a chaque degr suprieur est une essence plus ou moins commune qui se particularise au degr infrieur4 ,au premier degr est quelque chose d'universel qu'une addition divise et rend diffrent de soi-mme4 ,aussi cette essence susceptible d'tre ainsi diffrencie1 est-elle dite quelquefois non diffrente1 indiffrente4 ,ce qui vient la modifier1 ce qui1 par exemple1 vient1 dans un genre en gnral introduire un genre plus particulier1 diffrent du premier et qu'on appelle espce1 se nomme la diffrence spcifique 7qui engendre l'espce71 ou simplement la diffrence4 ,la diffrence est une proprit qui engendre l'espce2 elle n'est pas la simple proprit1 qui n'est que l'accident particulier une espce4 ,ainsi la raison et le rire sont particuliers l'espce humaine4 ,mais la raison est la diffrence de l'homme l'animal3 elle constitue et dfinit l'espce4 ,l'homme est un animal qui rit ne serait que l'nonciation d'un attribut propre l'espce humaine et qui ne la constitue pas4 ,un attribut de cette nature est un propre ou une proprit4 ,pour ce que rire est le propre de l'homme1 dit ,rabelais1 qui savait la logique4 ,enfin1 les simples modes qui n'ont rien de caractristique1 rien d'essentiel1 qui peuvent tre ou ne pas tre1 sans que l'essence laquelle ils appartiennent ou manquent1 change de substance1 d'espce ou de degr sont les accidents4 ,socrate est camus1 ,achille est blond2 voil l'accident4 ,ainsi1 dans ce que le langage commun appellerait assez indiffremment modes1 accidents1 qualits1 attributs1 la scolastique introduit des distinctions fondamentales1 et attache un sens technique cinq mots1 le genre1 l'espce1 la diffrence1 le propre et l'accident4 ,on ne peut1 sans les prononcer chaque instant1 traiter des catgories ni de la logique1 et cependant ,aristote avait crit la sienne sans les dfinir pralablement#dbj4 ,c'est pour y suppler que ,porphyre a compos son ,introduction aux ,catgories ou le ,trait des cinq voix#dba1 et cet ouvrage a jou un rle capital dans la scolastique4 ,ceci nous amne enfin la grande difficult ontologique tant annonce4 ,note #dbj3 ,car il les dfinit selon l'occasion1 et notamment au chapitre ,v du livre des ,topiques on trouve presque le fond de l'ouvrage de ,porphyre4 ,note #dba3 ,porphyrii ,isagoga 7,grec3 ,eisagogae7 seu de quinque vocibus4 ,tractatus ,,ii4 ,les cinq voix sont en grec genos1 diaphora1 eidos1 idiov1 sumbibaechos4 7,in ,arist4 ,op41 dit1 de ,duval1 #afed1 t4 ,i1 p4 #a47 ,nous avons vu comment les degrs mtaphysiques taient placs au-dessous des catgories4 ,l'existence1 ,aristote aidant1 a t distribue et mesure celles-ci d'une manire que nous voudrions avoir rendue suffisamment claire4 ,cependant on aura remarqu deux points3--la substance est le nom de l'tre premier2 les neuf autres prdicaments sont de l'tre en second4--,les dix pris ensemble sont1 des titres ingaux1 des choses1 et en un sens1 des universaux4 ,maintenant nous avons vu que la substance est minemment l'tre en soi et qu'elle communique l'tre aux catgories collatrales4 ,si vous descendez de ce premier degr au dernier1 de ces maxima de gnralit aux minima1 ou de la substance en gnral l'individu en particulier1 vous trouvez apparemment que l'individu existe et qu'il est tre1 essence1 substance4 ,l'tre n'a donc pas dpri en descendant du sommet au bas de l'chelle1 il a persist en passant par tous les degrs4 ,ainsi1 existence tous les degrs2 essence1 corps1 animal1 homme1 ,socrate1 tout cela existe4 ,mais quoi6 chaque degr une forme nouvelle est venue constituer une nouvelle essence2 ainsi donc autant d'essences que de degrs1 sans compter qu'au-dessous de chaque genre il y a plus d'une espce1 au-dessous de chaque espce1 plusieurs individus4 ,puisqu' chaque degr une forme distinctive est venue constituer une essence1 les essences1 hirarchiquement subordonnes1 sont distinctes1 diffrentes les unes des autres4 ,ce sont des tres essentiellement et numriquement diffrents4 ,ainsi il y a des corps1 et ce n'est pas l un genre2 il y a des genres 7animal1 etc471 ce ne sont pas des espces2 il y a des espces 7homme1 etc471 ce ne sont pas des individus4 ,que leur manque-t-il chacun1 corps1 animal1 homme1 pour l'existence1 pour tre chacun leur degr une essence dtermine8 n'ont-ils pas la matire et la forme1 la matire donne par le degr suprieur1 la forme dans l'attribut gnrateur qui les constitue8 ,et comme originairement la substance a t le point de dpart1 et qu'elle n'a disparu aucun des degrs1 jusques et y compris celui de l'individu1 ils ont tous et chacun la ralit entire1 la condition de l'tre1 l'tre premier1 une existence substantielle et dtermine4 ,la consquence apparente de tout cela1 c'est que les degrs mtaphysiques sont des degrs ontologiques1 et que notamment les genres et les espces sont des ralits4 ,cette consquence semble invitable1 et cependant qu'on y rflchisse4 ,d'abord que devient le principe d',aristote qu'aucun universel n'est substance#dbb8 ,les genres et les espces sont des universaux1 et voil qu'on leur dcerne l'existence substantielle6 ,il ne s'agit plus cette fois d'un universel part et suprme comme l'est la substance2 il s'agit de toutes les sortes d'universels4 ,a-t-on quelque artifice pour concilier le principe d',aristote avec l'autre principe qui veut que l'existence soit partout o il y a matire et forme8 ,note #dbb3 ,grec3 ,ouden ton katholon uparchonton ousia esti4 7,met41 ,,vii1 ,,xiii4 ,t4 ,,ii et p4 #i dans la trad47 ,puis1 y a-t-on bien pens8 qu'est-ce1 par exemple1 qu'un genre ayant une existence relle et distincte comme genre1 qu'un animal qui n'est aucune espce1 ni homme1 ni quadrupde1 ni oiseau8 ,qu'est-ce qu'une espce existant substantiellement1 avant qu'il y ait des individus8 ,qu'est-ce que l'homme qui n'est encore ni ,socrate1 ni ,platon1 ni aucun autre1 et qui existe cependant substantiellement comme eux8 ,la raison n'admet point cela2 le sens commun se rvolte4 ,si les genres et les espces ou1 pour mieux dire1 les universaux existent autant que les individus1 il faut que ce ne soit pas comme les individus2 il faut que ce soit d'un mode d'existence particulier que nous n'avons encore ni dfini1 ni devin2 mais alors quel mode d'existence8 ,la solution de la question n'est pas notre charge4 ,a l'exprimer seulement1 on en aperoit dans le systme admis toute la difficult1 et l'on voit en mme temps que cette difficult et peut-tre la question mme proviennent des prmisses poses dans les gnralits de la dialectique1 et rsultent des notions ou des locutions qu'elle adopte pour dterminer les conditions absolues de l'tre et la classification mthodique de ses degrs de transformation4 ,c'est ici qu'il y a vraiment un dpart faire entre la science des choses et celle des mots4 ,voil dans sa premire gnralit la question qui a valu l'esprit humain des sicles d'efforts et d'angoisses4 ,la question en elle-mme tait soluble4 ,mais comment n'aurait-elle pas t obscure et douteuse1 du moment qu'elle tait pose dans la langue de la dialectique1 et complique tout la fois par les principes et les expressions qui devaient dans l'esprit du temps servir la rsoudre8 ,en effet1 ,aristote a tabli plusieurs principes1 sinon contradictoires1 au moins difficilement conciliables4 ,c'est assurment un principe fondamental chez lui qu'il n'y a de rel que la substance dtermine2 que toute la ralit est dans le particulier1 l'individuel2 que c'est l la substance premire4 ,et cependant il admet l'tre dans les attributs2 il distribue l'tre aux catgories qui sont les attributs les plus gnraux2 il assigne la forme qui est sans matire et qui n'est qu'une puissance la fois dterminante et gnrale1 la vertu de produire l'tre rel en s'appliquant la matire elle-mme indtermine et universelle2 enfin il dit que les genres sont des notions ou des attributs essentiels1 et classant les genres ainsi que les espces parmi les substances1 il ajoute que les espces sont plus substances que les genres1 quoiqu'il ait donn pour une des proprits fondamentales de la substance celle de n'tre susceptible ni de plus ni de moins#dbc4 ,note #dbc3 ,met3 99 ,v1 ,,vii1 ,,viii et ,,xxviii2 ,,vii1 ,,iv1 ,v et ,,vi4 ,categ41 ,v4 ,topic41 ,i1 ,v4 ,ces divers principes1 dont nous croyons avoir fait comprendre la gnration1 et qui1 bien qu'assez difficiles raccorder dans ,aristote1 s'expliquent par l'invitable diversit des points de vue que traverse ncessairement toute haute mtaphysique1 parvenaient aux penseurs de nos premiers sicles1 non pas tout fait conus dans leur rdaction primitive la fois prcise et large1 ni rapports les uns aux autres1 comme dans le matre1 par l'unit d'un esprit puissant et systmatique1 mais pars1 morcels1 dcousus1 et hormis peut-tre dans une seule version littrale des deux premiers livres de la ,logique1 cits1 rappels1 appliqus incidemment et quelquefois au hasard1 suivant les besoins de leur thse1 par les interprtateurs du pripattisme4 ,sur la foi de ces autorits secondaires1 ces principes1 accepts par de fervents adeptes1 presque sans choix1 avec une confiance1 une dfrence gale1 portaient ncessairement de l'embarras et de la confusion dans les esprits et dans la science2 et l'effort comme le dsespoir de la scolastique fut constamment d'claircir1 de coordonner1 de concilier tous ces principes1 et d'amener la dialectique l'tat de concordance mthodique et dmonstrative1 qu'il semblait qu'elle ne pouvait manquer d'avoir1 soit dans la nature des choses1 soit dans l'esprit infaillible de son crateur4 ,avant la dcouverte de l'idologie1 le langage tait toujours ontologique1 mme lorsqu'il s'appliquait la seule logique4 ,de l une ambigut continuelle qui permet de se servir des mmes mots ceux qui parlent des choses1 et ceux qui ne traitent que des ides1 ceux qui dcrivent les conditions de l'tre1 et ceux qui n'exposent que les lois de l'esprit4 ,la question de la ralit des universaux1 ou du moins une question analogue1 celle de la ralit des objets de nos ides1 aurait donc pu s'lever en quelque sorte sur tous les points que traitait la philosophie du moyen ge4 ,la question a principalement port sur les genres et les espces2 mais elle aurait pu s'appliquer tout le reste1 et ainsi devenir facilement la controverse gnrale1 soit entre la doctrine du subjectif et celle de l'objectif1 soit entre l'empirisme et l'idalisme1 soit entre le scepticisme et le dogmatisme4 ,elle n'a jamais atteint alors ce degr d'tendue et de profondeur1 ne l'oublions point1 sous peine de la dnaturer1 et d'attribuer aux temps passs ce qui appartient l'esprit moderne1 la clairvoyance et la hardiesse dans les consquences2 mais comme ces grandes questions taient l1 toujours voisines de celle des universaux qui les ctoyait pour ainsi dire1 on s'est plus tard laiss quelquefois aller en exposant celle-ci1 la confondre avec celles-l2 et l'on a mtamorphos les dialecticiens du moyen ge en contemporains de ,hume1 de ,kant1 ou d',hegel4 ,s'ils y ont gagn en tendue d'intelligence1 ils y ont perdu en originalit4 ,nous nous attacherons scrupuleusement conserver ces esprits singuliers leurs vrais caractres1 comme aux questions qui les ont occups leurs vritables limites4 ,nous avons essay de montrer comment l'aristotlisme devait naturellement donner naissance1 par la confusion apparente des principes ontologiques et des principes logiques1 la question des universaux4 ,en fait1 il est bon de rappeler de quelle manire elle s'est leve2 de le rappeler seulement1 car cette histoire a dj t suprieurement crite1 et ici nous ne pourrions que rpter ,m4 ,cousin4 ,nous croyons avec lui que cette question1 les scolastiques auraient bien pu ne pas l'apercevoir1 si ,porphyre1 au dbut de son ,introduction aux catgories1 ne les et avertis qu'elle existait4 ,on ne peut1 en effet1 trop le redire3 ,aristote a conquis le monde savant par ses lieutenants1 plus encore que par lui-mme4 ,ses catgories taient le prliminaire de la science4 ,saint ,augustin1 ou plutt l'auteur d'un livre qui porte son nom1 a expliqu les catgories l'cole des ,gaules4 ,l',isagogue de ,porphyre tait le prliminaire des catgories2 ,boce a fait connatre ,aristote et ,porphyre1 et comment l',isagogue1 les ,catgories1 la ,logique4 ,les esprits1 touchs surtout de ce qui les initiait la science1 se sont arrts longtemps1 sont incessamment revenus au point de dpart4 ,par moment1 l'introduction de ,porphyre a sembl le livre unique4 ,il est bon de commencer par l1 dit un spirituel contemporain d',ablard1 mais condition de n'y point consumer son ge1 et que le livre ne soit pas l'entre des tnbres4 ,cinq mots apprendre ne valent pas qu'on y use toute une vie1 et il faut qu'une introduction conduise quelque chose#dbd4 ,note #dbd3 ,johan4 ,saresber4 ,metalog41 l4 ,,ii1 c4 ,,xvi4 ,or1 au dbut mme de cette introduction1 que rencontrait-on8 un problme pos sans solution4 ,en annonant l'objet de son ouvrage1 ,porphyre dit qu'il s'abstiendra des questions plus profondes 7,grec3 ton 99athuteron zaetaematon1 ab altioribus quaestionibus74 ,ainsi je refuserai de dire1--si les genres et les espces subsistent ou consistent seulement en de pures penses2--ni s'ils sont1 au cas o ils subsisteraient1 corporels ou incorporels2--ni enfin s'ils existent spars des choses ou des objets1 ou forment avec eux quelque chose de coexistant#dbe4 ,note #dbe3 ,porphyr4 ,isag4 praefat41 c4 ,i4--,boeth41 in ,porphyr4 a se transl41 p4 #ec4--;,cousin1 ,fragm4 philos41 t4 ,,iii1 p4 #hd4--,ouvrag4 ind4 d',ab41 ,gloss4 in ,porphyr41 p4 #ffh4--,l',introduction de ,porphyre a t traduite pour la premire fois par ,m4 ,barthlmy ,saint-,hilaire1 t4 ,i1 p4 #a de sa traduction de la ,logique4 ,quelle est la recherche que ,porphyre carte8 quelle est la question sur laquelle il s'abstient de s'expliquer8 ,c'est une question qui avait troubl la philosophie antique1 une question que ,porphyre1 platonicien et pripatticien tout ensemble1 devait connatre plus d'un titre et considrer sous plus d'une face2 car elle avait occup l',acadmie1 le ,lyce1 le ,portique4 ,les genres et les espces sont des collections d'individus4 ,mais ces collections en tant qu'espces 7les hommes71 en tant que genres1 7les animaux71 sont-elles autre chose que des ides spciales et gnrales8 ,qu'elles soient des ides1 des manires de concevoir les choses1 cela n'est pas douteux2 mais parce qu'elles sont cela1 ne sont-elles que cela8 sont-elles en tout de pures penses8 ,les ides des genres et des espces sont des ides universelles 7des universaux72 or1 les ides universelles sont diversement considres4 ,selon ,platon1 les ides universelles1 en tant qu'elles se rapportent plusieurs tres1 sont l'unit dans la pluralit1 l'un dans l'infini1 comme dit le ,philbe4 ,elles sont les essences de tous les tres1 l'tre par excellence4 ,les ides1 essences1 types1 formes1 principes1 sont ternelles et immuables#dbf4 ,note #dbf3 ,cette doctrine est partout dans ,platon4 ,il faudrait trop citer pour la justifier2 voyez surtout la ,rpublique1 ,,iii1 ,v1 ,,vii et ,x1 et le ,phdon1 le ,phdre1 le ,cratyle1 le ,thette1 le ,parmnide4 7,cf4 l',essai sur la ,mtaphysique d',aristote1 par ,m4 ,ravaisson1 ,i,i,ie part41 l4 ,,ii1 c4 ,,ii1 t4 ,i1 p4 #bia-cje et l',hist4 de la philosophie1 de ,ritter1 l4 ,,viii1 c4 ,,iii1 t4 ,,ii de la trad41 p4 #baf-bdf47 ,selon ,aristote1 les ides ou notions dont il s'agit1 tant universelles 7et rien d'universel n'tant substance71 ne sont pas substance2 c'est--dire qu'elles n'ont pas l'tre proprement dit4 ,il n'y a de parfaitement rel que l'individuel#dbg4 ,note #dbg3 ,cat41 ,v4--,analyt4 post41 ,,xi et ,,xxiv4--,met41 ,,iii1 ,,vi4 ,selon ,znon et les stociens1 le gnral n'est pas une chose1 et les ides qui l'expriment1 ne dsignant aucune chose quelconque1 pas mme le caractre individuel des choses particulires1 qui seules ont de la vrit1 ne sont que de vaines images produites par nos facults reprsentatives3 elles ne sont rien#dbh4 ,note #dbh3 ,grec3 ,on gar ta eidae oute toia1 ae toia1 touton ta genae toia1 oute toia4 7,sext4 ,emp4 adv4 logic41 ,,vii1 #bdf47 ,grec3 ,ou tina ta koiva4 7,simpl4 in ,cat41 fol4 #bf b4--,cf4 ,diog4 ,laert4 ,,vii1 #fa4--;,hist4 de la phil4 anc41 par ,ritter1 l4 ,,xi1 c4 ,v1 t4 ,,iii de la trad4 p4 #dei et #dfj47 ,on s'accorde au reste rattacher cette partie de la logique stocienne l'cole de ,mgare1 qui parat avoir la premire pos formellement les principes du nominalisme4 7,cf4 ,bayle1 art4 ,stilpon4--,ritter1 l4 ,,vii1 c4 ,v2 t4 ,,ii4 p4 #aba4--,rixner1 ,handbuch der ,gesch4 der ,phil41 t4 ,,ii1 p4 #ahb4--,tennemann1 ,gesch4 der ,phil41 t4 ,,viii1 part4 ,i1 p4 #afb4 ,voy4 ci-aprs c4 ,,viii47 ,or1 soit qu'elles ne subsistent qu'imparfaitement1 comme le veut ,aristote1 soit qu'elles ne subsistent pas du tout1 comme le disent les stociens1 soit mme qu'elles subsistent comme l'entend ,platon1 elles sont ncessairement incorporelles4 ,des notions gnrales en elles-mmes n'ont aucun corps2 des ides ternelles sont des formes immatrielles4 ,et1 dans tous les cas1 selon ,aristote1 puisqu'elles existent comme notions dans l'esprit qui les conoit1 ce titre elles existent spares des choses2 mais comme attributs dont les notions ne sont que la reprsentation1 elles existent dans les choses1 elles coexistent avec elles2 elles sont dans la matire forme1 puisque les ides universelles ne sont que les notions des modes et attributs des choses4 ,les stociens ne leur concdent mme pas cette coexistence avec les choses1 les reprsentations tant plutt relatives la facult reprsentative qu' l'objet reprsent4 ,selon ,platon1 comme ides1 elles existent hors des choses2 elles existent ou du moins elles ont leur principe en ,dieu#dbi4 ,comme formes des choses1 elles existent dans les choses4 ,elles sont ce titre les images des ides1 mais les essences des tres2 et les essences relles participent leur principe et reprsentent1 chacune1 dans le sensible1 leur ide qui est comme leur exemplaire ternel2 ainsi les essences tiennent aux ides par la participation 7,grec3 methexis71 et cependant les ides sont spares 7,grec3 choristai74 ,note #dbi3 ,platon dit bien dans la ,rpublique que ,dieu est le principe des ides 7,rp41 ,x71 et il y a quelque chose de cela dans le ,time4 ,cependant ce sont des interprtes de ,platon1 ,alcinos et ,plutarque1 qui ont nonc plus formellement que les ides taient les penses de ,dieu4 ,il est au moins douteux que telle soit la doctrine platonique4 ,voyez l'argument du ,time par ,m4 ,henri ,martin 7tud4 sur le ,tim41 t4 #a1 p4 #f71 la prface de la traduction de la ,mtaphysique d',aristote1 t4 #a1 p4 #db et cette ,mtaphysique mme1 l4 ,,vii1 c4 ,,xiii et ,,xiv2 l4 ,,xiii1 c4 ,,iv1 ,v1 ,x4 ,cette controverse tait prsente l'esprit de ,porphyre4 ,il dclare qu'il n'y veut pas entrer1 c'est une affaire trop difficile 7,grec3 ,bathutataes pragmateias71 une trop grande recherche 7,grec3 meizonos exetaseos74 ,il la connat bien1 mais il veut1 dit-il1 exposer surtout ce que les pripatticiens ont enseign touchant le genre et l'espce4 ,deux sicles aprs ,porphyre1 ,boce a comment deux fois son ouvrage1 une premire dans la traduction peu littrale de ,victorinus1 une seconde dans la traduction plus exacte qu'il a lui-mme donne#dcj4 ,note #dcj3 ,boeth41 in ,porph4 a ,victorin4 transl41 ,dial4 #a1 p4 #g4--;,in ,porph4 a se transl41 l4 ,i1 p4 #fj4 ,m4 ,cousin s'est montr svre pour ,boce#dca2 nous le serons moins que lui4 ,boce1 dans son premier commentaire1 a eu le tort sans doute de mettre les cinq voix dont a trait ,porphyre sur la mme ligne1 et d'assimiler par consquent aux genres et aux espces1 la diffrence1 le propre et l'accident4 ,se demander ensuite si toutes ces choses existaient1 c'tait s'enqurir uniquement de la vrit de notre manire de considrer les choses1 de la vrit de nos penses2 et1 en effet1 ,boce1 aprs avoir assez bien montr comment des sensations particulires nous nous levons aux ides des divers modes des choses sensibles1 arrive facilement reconnatre que ces ides sont incorporelles1 mais qu'elles sont subsistantes1 en ce sens qu'elles sont vraies1 en ce sens que nous ne pouvons rien sentir ni comprendre sans elles1 et qu'elles correspondent des choses que nous trouvons unies et comme incorpores tous les objets de nos sensations4 ,note #dca3 ,ouvr4 ind4 d',ab41 ,introd41 p4 lxvi4 ,or1 ce n'est point l prcisment la question qui se dbattait entre ,aristote et ,platon1 celle de la ralit des essences universelles4 ,c'est encore moins la question que la scolastique a vue dans le problme cart par ,porphyre4 ,c'est seulement la question voisine1 et pour ainsi contigu1 de savoir d'abord comment de nos sensations nous nous levons aux conceptions des choses1 puis si ces conceptions sont fondes sur rien de rel4 ,or1 relativement ces deux points1 ce que dit ,boce n'est ni complet1 ni profond1 mais nous parat juste et sens4 ,la seconde fois que ,boce s'est occup de la question1 c'est en commentant sa propre traduction de ,porphyre4 ,l'ouvrage est important1 parce que c'est par lui que le moyen ge a d'abord connu ,porphyre4 ,c'est par l'intermdiaire de ,boce que ,porphyre est devenu une autorit4 ,cette fois1 ,boce1 en bon pripatticien1 dcide que les genres et les espces ne peuvent tre en soi4 ,rien de ce qui est commun plusieurs ne peut tre en soi1 puisque la condition de l'tre en soi est au moins d'tre dans un mme temps le mme numriquement 7eodem tempore idem numero71 c'est--dire un et identique4 ,en effet1 si le genre tait en soi1 ce serait d'une existence multiple1 c'est--dire qu'il comprendrait en soi plusieurs existants semblables2 ceux-ci seraient ncessairement compris leur tour dans un genre suprieur1 et ainsi l'infini4 ,il suit que les genres et les espces ne sont pas des tres en soi1 mais des vues de l'intelligence1 des manires de concevoir les vritables tres en soi ou les substances sensibles2 ce sont les conceptions des ressemblances entre les individus4 ,consquemment1 comme conceptions1 ces universaux sont incorporels1 non pas la manire de ,dieu ou de l'me1 mais la manire de la ligne ou du point mathmatique2 c'est--dire qu'ils sont des abstractions4 ,boce se sert du mot#dcb4 ,cependant ce ne sont pas pour cela des conceptions vaines ni fausses2 car elles correspondent aux ressemblances et diffrences relles des tres rels4 ,les genres et les espces sont donc les reprsentations de ressemblances entre les objets4 ,ces ressemblances1 en tant qu'elles sont dans les objets1 sont particulires et sensibles2 en tant qu'abstraites1 elles sont universelles et intelligibles4 ,ainsi une mme chose existe singulirement1 quand elle est sentie1 gnralement1 quand elle est pense4 ,note #dcb3 ,in ,porph4 a se transl41 l4 #a1 p4 #ee4 ,cette solution de ,boce1 trs-clairement expose1 ne mrite certainement aucun ddain2 car elle est purement aristotlique4 ,j'ajoute que ,boce ne parat pas s'en tre content2 car il a soin de remarquer que ,platon croyait que les genres et les espces existaient encore ailleurs que dans notre esprit1 indpendamment des corps individuels4 ,s'il s'abstient de prononcer entre ,aristote et ,platon1 c'est1 dit-il1 qu'une telle dcision serait du ressort d'une plus haute philosophie1 altioris philosophiae2 et s'il a expos la doctrine d',aristote1 ce n'est pas qu'il l'approuve de prfrence1 non quod eam maxime probaremus2 c'est qu'il commente une introduction la ,logique du ,stagirite4 ,nous ne ferons que deux observations sur cet tat de la question telle que l'a laisse ,boce4 ,la premire1 c'est que de son temps mme1 les genres et les espces ont t regards comme des conceptions4 ,intelliguntur praeter sensibilia4--,genera et species cogitantur4--,quadam speculatione concepta4--,hominem specialem 444 sola mente intelligentiaque concipimus#dcc4 ,note #dcc3 ,boeth41 ibid41 p4 #ef4 ,au reste1 cette doctrine vient naturellement la faveur du langage4 ,aristote semble l'autoriser1 lorsqu'il ne voit dans les paroles que les symboles des affections de l'me#dcd2 lorsqu'il nomme la forme ou l'espce du mme nom qui dsigne la conception rationnelle ou mme le discours1 ,grec3 logos4 ,en d'autres termes1 l'habitude de confondre dans le style l'essence avec la dfinition qui n'en est que l'expression1 peut conduire aisment n'admettre que des tres de dfinition ou de raison1 et les penses se mettent au lieu et place des existences#dce4 ,ce n'est pas une nouveaut que le conceptualisme4 ,note #dcd3 ,de lnterp41 ,i1 #a4 ,note #dce3 ,grec3 ,ae morphae kai to eidos to kata ton logon4 ,phys41 ,,ii1 #a4 ,cette tendance est si naturelle que les traducteurs de la ,mtaphysique disent que le genre est la notion fondamentale et essentielle dont les qualits sont les diffrences1 pour rendre ces mots3 ,grec3 ,os en tois logois to proton enupargon1 ho legetai en to ti esti1 touto genos47,v1 ,,xxviii2 et dans la trad41 t4 ,i1 p4 #bjb47 ,suivant de bons juges1 c'est surtout la logique stocienne qui aurait embrouill les ides et entran la scolastique dans les obscures subtilits de la question des universaux4 ,quoique imparfaitement connue1 cette logique1 en effet1 parat captieuse et elle peut bien avoir troubl l'esprit de ,boce2 mais elle n'a exerc qu'une influence trs-indirecte au moyen ge4 ,brucker attribue cette influence l'ouvrage sur les catgories qu'on prte ,saint-,augustin et qu'il trouve crit dans l'esprit des stociens4 7,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #efh1 #fgb1 #gab et #ijf47 ,une seconde observation1 laquelle nous attachons quelque prix1 c'est qu'un certain conceptualisme n'est pas incompatible avec le platonisme4 ,boce1 en effet1 ne dit pas qu'il repousse le platonisme4 ,ce qui est incompatible avec le platonisme1 c'est ce principe3 rien n'existe titre universel4 ,mais on pourrait accepter la gnration que ,boce donne des ides de genres et d'espces2 on pourrait admettre que les genres et les espces sont pour nous de pures conceptions gnrales fondes sur des perceptions particulires1 sans qu'on ft pour cela strictement oblig de rejeter la croyance aux ides ternelles de ,platon4 ,que ces ides existent1 que les objets sensibles n'en soient que les images ou les reflets1 il n'en est pas moins vrai qu'elles se produisent et se reprsentent en nous d'une autre manire1 par les notions que la puissance de notre esprit construit la suite des sensations4 ,l'intelligence humaine place entre le monde du sensible et du particulier et le monde de l'intelligible et de l'universel1 pourrait communiquer avec l'un comme avec l'autre1 et le conceptualisme1 loin d'tre faux dans cette hypothse1 serait l'intermdiaire ncessaire entre l'accidentel et l'universel1 entre le passager et l'ternel4 ,allons plus loin1 la grande difficult de la doctrine des ides de ,platon1 c'est le mode d'existence de ces ides1 essences ternelles4 ,lorsqu'on presse un platonicien sur cet article1 il ne dit rien de plausible1 si ce n'est parfois que les ides sont les penses de ,dieu2 et alors leur ralit n'est plus que celle mme de l'tre des tres4 ,en ce sens1 on pourrait dire que l'idalisme de ,platon est une psychologie dont le sujet est ,dieu4 ,telle est la nature et la puissance de ,dieu que son idologie est par le fait une ontologie3 le platonisme serait alors un conceptualisme divin4 ,cette double observation explique par avance comment la scolastique a d souvent rduire les genres et les espces de simples penses2 et comment toutefois elle a pu aussi1 par quelques-uns de ses organes1 revenir aux ides de ,platon1 sans abandonner la dialectique de ,porphyre et de ,boce4 ,mais la controverse de la scolastique sur les genres et les espces n'a jamais t explicitement la controverse d',aristote et de ,platon1 quoiqu'elle en ft une sorte de ressouvenir travers les sicles4 ,il ne serait pas plus juste d'y voir prcisment la discussion si clbre parmi les modernes de la ralit de nos connaissances4 ,il y a deux idalismes2 l'idalisme de ,platon1 sorte d'ontologie spirituelle1 qui refuse1 ou peu s'en faut1 la ralit aux objets des sens1 pour la rserver tout entire aux essences intelligibles2 l'autre idalisme est l'idalisme sceptique1 ou la doctrine qui ne croit rien de rel que le fait de la prsence en nous de certaines ides1 purs phnomnes qui manifestent un sujet problmatique de problmatiques objets#dcf4 ,note #dcf3 ,l'idalisme qu'on pourrait appeler absolu1 celui de ,schelling et d',hegel1 en formerait un troisime4 ,mais il n'est pas ncessaire d'en tenir compte en ce moment4 ,ce n'est pas la controverse sur l'un ou l'autre idalisme que la scolastique a leve1 lorsqu'elle a ouvert le dbat entre les ralistes et les nominaux4 ,les uns disaient3 les genres et les espces sont des ralits2 les autres3 les genres et les espces sont des mots2 d'autres enfin disaient3 ce sont des penses4 ,or1 si c'tait l un problme ontologique1 ce n'tait pas le problme permanent1 ternel1 fondamental de l'ontologie1 celui de la ralit des choses4 ,ce dernier problme ne s'lve pas entre le ralisme et le nominalisme proprement dits1 mais entre l'idalisme et la doctrine oppose4 ,sans doute1 le nominalisme fait grand usage de la considration du subjectif1 et l'abus de cette considration est la source de l'idalisme2 l'idalisme est donc1 certains gards1 une extension excessive du nominalisme1 un nominalisme universel4 ,par analogie1 le nominalisme peut tre appel un idalisme spcial ou born aux universaux4 ,mais1 enfin1 l'un n'est pas l'autre1 car tout le monde sait que le nominaliste qui nie la ralit des universaux1 croit la ralit des individus1 et mme ne croit qu' celle-l4 ,ce sont les substances universellement admises1 dit ,aristote#dcg4 ,or1 l'idalisme nie tout4 ,de mme1 le ralisme1 qui accorde aux universaux quelque existence1 incorporelle ou autre1 peut1 dans certains cas1 s'allier la ngation de la substance corporelle1 la foi exclusive dans l'intelligible au prjudice du sensible2 et1 sur cette pente1 le platonisme seul chappe l'idalisme sceptique4 ,note #dcg3 ,mtaph41 ,,viii1 #ac4 t4 ,,ii1 p4 #fe de la traduction4 ,ce qui est vrai1 c'est que l'esprit qui conduit au nominalisme peut mener1 mais ne mne pas ncessairement au scepticisme sur l'existence du monde extrieur1 et que l'esprit qui prfre un certain ralisme1 peut trs-bien s'allier avec une forte disposition l'tendre hors des universaux1 et prodiguer assez facilement aux insensibles l'existence substantielle4 ,mais les consquences d'une doctrine ne sont pas cette doctrine mme1 tant qu'elle les ignore4 ,les ralistes ne se savaient point platoniciens2 les nominalistes ne se croyaient pas tous sceptiques2 les conceptualistes enfin n'entendaient nullement se confondre avec les nominalistes4 ,les uns comme les autres n'aspiraient le plus souvent qu' rsoudre la question logique de la nature des genres et des espces1 ou des universaux4 ,l'analyse des ouvrages d',ablard nous donnera plus d'une occasion d'exposer sur ce point tous les systmes4 ,c'est de son temps1 c'est au ,x,i,ie sicle1 que la question fit1 pour ainsi parler1 sa vritable explosion4 ,jusqu'alors1 elle s'tait paisiblement tablie dans la philosophie1 sans la troubler1 sans l'agrandir4 ,la vie d',ablard nous a montr comment avec lui elle tendit devenir presque une des affaires du sicle4 ,quelques mots sur l'histoire de cette question1 depuis l'origine de la scolastique1 nous apprendront dans quelle situation il trouva sur ce point les ides et les coles4 ,a dater d',ablard1 on a pu1 avec raison1 comparer la philosophie scolastique une sorte d'alchimie qui emploie les universaux comme substance et la dialectique comme appareil#dch4 ,note #dch3 ,degerando1 ,hist4 comp4 des syst4 de phil41 t4 ,,iv1 c4 ,,xxvi1 p4 #chf4 ,on ouvre ordinairement la philosophie du moyen ge par ,jean ,scot rigne4 ,il ne traita point expressment la question2 mais il avait foi dans l'existence de ce qui chappe aux sens4 ,au-dessous de la nature incre1 il admet des causes primordiales cres et cratrices qui donnent aux choses contingentes leur individualit4 ,une de ces causes primordiales1 l'essence1 donne l'tre par participation3 ,c'est par participation qu'existe tout ce qui est aprs l'essence4 ,et ailleurs3 ,l'essence du corps n'est point corporelle comme lui #dci4 ,ces penses1 empreintes de platonisme1 auraient1 un peu plus tard1 men probablement au ralisme4 ,raban ,maur1 qui avait crit avant qu'rigne vnt sur le continent1 est plus explicite2 il annonce dj que de son temps les uns pensaient que les cinq objets du livre de ,porphyre taient des choses1 et les autres des mots#ddj4 ,raban parat se prononcer pour la dernire opinion qui1 chez lui1 semble1 il est vrai1 se rduire l'interprtation de la pense de ,porphyre4 ,or1 on pouvait la rigueur soutenir que ,porphyre1 qui crivait une introduction la logique1 n'avait entendu traiter des cinq voix que comme voix1 sans prtendre pour cela que ces cinq voix ou1 parmi elles1 les mots de genre et d'espce ne dsignassent point des ralits4 ,l'opinion de ,raban pouvait tre historique et critique1 mais non philosophique4 ,toutefois1 et pour son compte1 il incline regarder les universaux comme des abstractions4 ,note #dci3 ,scot rigne1 par ,m4 ,saint-,ren ,taillandier2 ,i,i,ie part41 c4 ii1 p4 #baa et passim4 ,note #ddj3 ,ouvr4 ind4 d',ab41 ,introd41 p4 lxxviii4 ,la question tait donc alors connue2 mais on la laissait dans l'ombre2 on tait loin d'en faire1 comme plus tard1 le problme fondamental de la philosophie4 ,les qualifications de ralistes et de nominaux taient inconnues4 ,on lit dans un lettr du ,xe sicle1 ,gunzon de ,novare3 ,aristote dit que le genre1 l'espce1 la dfinition1 le propre1 l'accident ne subsistent pas2 ,platon est persuad du contraire4 ,qui1 d',aristote ou de ,platon1 pensez-vous qu'il vaut mieux en croire8 ,l'autorit de tous deux est grande1 et l'on aurait peine mettre pour le rang l'un au-dessus de l'autre#dda4 ,note #dda3 ,gunzon tait un pur philologue4 ,cette citation est extraite d'une lettre crite aux moines de ,richenon contre un certain ,ekkcher qui lui avait reproch une faute de grammaire4 ,la lettre1 violemment satirique1 annonce une certaine rudition4 7,dur4 et ,mart41 ,ampliss4 ,coll41 t1 ,i1 p4 #cje4--;,hist4 litt41 t4 ,,vi1 p4 #chf47 ,les controverses de la priode suivante furent plus thologiques que dialectiques4 ,la transsubstantiation devint le point litigieux entre ,brenger et ,lanfranc de ,pavie4 ,brenger contrlait par la dialectique le dogme de l'eucharistie1 et1 niant la prsence relle1 il cartait les substances1 pour ne voir que des mots au sens relatif et non direct1 dans les paroles sacramentelles3 hoc est corpus meum4 ,c'tait un nominalisme spcial ou restreint une seule question1 et la condamnation de ,brenger par le concile de ,soissons concourut donner couleur d'hrsie toute doctrine dans laquelle perait l'esprit qui devait changer le conceptualisme en nominalisme4 ,cependant cet esprit anima ,jean le ,sourd1 que suivaient ,arnulfe de ,laon et ,roscelin1 chanoine de ,compigne4 ,c'est celui-ci qui donna au nominalisme et sa forme dernire1 et peut-tre son nom4 ,il eut pour adversaire ,anselme1 abb du ,bec1 puis archevque de ,cantorbery4 ,nous verrons1 dans ,ablard1 combien fut absolu le nominalisme de ,roscelin4 ,il disait que les individus seuls avaient l'existence1 et que par consquent les genres taient des mots2 et non-seulement les genres et les espces1 mais les qualits1 puisqu'il n'y a point de qualit hors de l'individu2 et non-seulement les qualits1 mais les parties1 puisqu'il n'y a point de parties hors des touts individuels1 et que l'individu1 c'est--dire le tout individuel1 est seul en possession de l'existence4 ,cette ide1 toute dialectique1 applique au dogme de la ,trinit1 mne considrer les personnes divines comme des espces1 des qualits ou des parties1 et consquemment comme des voix1 si elles ne sont trois choses individuelles4 ,aussi le nominalisme exposa-t-il ,roscelin l'accusation de trithisme4 ,saint ,anselme1 son puissant adversaire1 se jeta par opposition dans l'excs du ralisme4 ,non-seulement il dfendit le dogme de la ,trinit contre l'atteinte des distinctions dialectiques1 mais il crut trouver l'origine des blasphmes de ,roscelin dans sa doctrine logique1 et il l'accusa tour tour de trithisme et de sabellianisme1 montrant qu'il fallait ou qu'il admt trois dieux diffrents1 ou qu'il nit la distinction des trois personnes4 ,il soutint que celui qui prend les universaux pour des mots1 ne peut distinguer la sagesse et l'homme sage1 la couleur du cheval et le cheval1 et devient ainsi incapable d'tablir une diffrence entre un ,dieu unique et ses proprits diverses4 ,enfin1 il poussa son principe jusqu' prtendre que plusieurs hommes ne sont qu'un homme1 et parvenu ainsi au dogme de l'unit d'essence1 il n'vita pas plus que ,scot rigne le danger de tout confondre et de tout perdre dans une essence universelle et suprme#ddb4 ,note #ddb3 ,s4 ,ans4 ,op41 ,de fid4 ,trinit41 c4 ii et iii1 p4 #db et #dc4 ,cependant il rsulta de cette lutte que le ralisme1 admis principalement en thologie1 obtint encore meilleure rputation d'orthodoxie1 et que le nominalisme1 dj suspect d'incompatibilit avec l'eucharistie1 fut encore accus d'tre inconciliable avec la ,trinit4 ,les choses en taient l2 ,roscelin condamn1 proscrit1 terrass2 et le ralisme1 favoris par l'glise et vainqueur1 dominait du haut de la chaire de ,guillaume de ,champeaux l'cole de ,paris1 c'est--dire la premire cole du monde1 lorsqu',ablard parut4 ,il nous reste maintenant le laisser parler lui-mme4 ,il nous parlera par ses ouvrages4 ,,chapitre ,,iii4 ,,de ,,la ,,logique ,d',,ab,,lard#ddc4--;,dialectica1 ,,premi,,re ,,partie1 ,,ou ,,des ,,cat,,gories ,,et ,,de ,l',,interpr,,tation4 ,la philosophie peut1 en gnral1 tre ramene cinq sciences unies par des liens troits1 la psychologie1 la logique1 la mtaphysique1 la thodice et la morale4 ,les deux premires font connatre l'esprit humain4 ,la troisime est la science des tres2 elle se rattache immdiatement la thodice1 et celle-ci1 ou la philosophie de la religion1 est difficilement sparable de la morale1 qu'elle n'enseigne pas1 mais qu'elle motive et qu'elle consacre4 ,suivant l'esprit des temps1 suivant les progrs des connaissances humaines1 l'tude d'une ou plusieurs de ces parties de la science prvaut sur les autres dans la philosophie1 et il est rare qu'elles soient toutes ensemble galement cultives4 ,cependant il n'est gure de doctrine o l'on ne retrouve1 mls en proportions diffrentes1 ces lments constituants de la philosophie4 ,la scolastique elle-mme les offre tous notre curiosit4 ,note #ddc3 ,la doctrine philosophique d',ablard n'ayant t connue1 jusqu'en #ahcf1 que par de courtes phrases parses dans quelques auteurs1 il n'en faut point chercher une exposition satisfaisante dans les historiens de la philosophie4 ,brucker1 dont le savant ouvrage contient presque tout ce que ses successeurs n'ont fait que remanier1 donne tout ce qu'on pouvait donner de son temps4 7,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #gca-gfd47 ,buhle a compris toute la scolastique dans son introduction1 mais le peu qu'il dit d',ablard est remarquable4 7,trad4 franc41 #ahaj1 t4 ,i1 ,introd41 sect4 ,,iii1 p #fhf-hja47 ,tennemann lui consacre un article intressant et assez tendu1 mais o il ne parle gure que de thologie4 7,gesch4 der ,phil41 t4 ,i1 c4 v1 sect4 ,,ii1 p4 #afg-bjb et dans la trad4 franc4 de son ,manuel1 t4 ,i1 #bfj47 ,tiedemann procde peu prs de mme4 7,gesch4 der ,phil41 t4 ,,iv1 c4 ,,viii1 p4 #bgg-bij47 ,m4 ,degrando a peu ajout ce qu'il avait lu dans ,brucker4 7,hist4 compare1 t4 ,,iv1 c4 ,,xvi1 p4 #cif-djh47 ,rixner donne des indications utiles2 mais lui aussi ne connaissait pas le philosophe 7t4 ,,ii1 ,a41 p4 #bh-ca74 ,hegel et ,schleiermacher disent trs-peu de chose4 7,heg41 t4 ,,iii1 p4 #agj2 t4 ,,xv des ,o,euvr4 compl4--,schleierm41 ,gesch4 der neu4 ,phil41 per4 ,i1 p4 #aij47 ,c'est encore un mmoire de ,meiners sur les ralistes et les nominalistes 7,comment4 ,soc4 ,gott41 vol4 ,,xii1 p4 #bi71 qu'on pourrait le plus utilement consulter de tout ce qui a paru avant la publication de ,m4 ,cousin4 7,ouvr4 ind4 d',ab41 #ahcj47 ,on doit lire aussi l'ouvrage dj cit de ,m4 ,rousselot4 ,ritter1 qui cependant a crit tout rcemment1 ne parle aussi que de thologie4 ,il est vrai que son ouvrage est intitul3 ,histoire de la philosophie chrtienne4 7,allem41 t4 ,,iii1 t4 ,x1 c4 v1 ,hambourg1 #ahdd47 ,sans doute1 la psychologie1 qui depuis ,descartes a jou un si grand rle1 y est relgue une place troite et obscure4 ,elle ne s'y trouve en quelque sorte qu' l'tat rudimentaire1 si l'on continue sparer la psychologie de la logique1 qui1 sous beaucoup de rapports1 est1 comme elle1 une science descriptive de nos facults2 mais la logique1 comme on l'a vu1 occupait alors le premier rang1 et la logique n'allait pas sans une certaine mtaphysique4 ,l'homme ne raisonne que sur des tres rels ou fictifs1 perus par ses sens ou conus par son esprit4 tre est le noeud de tous ses jugements1 et le verbe virtuel de toutes ses propositions4 ,donc1 point de logique qui ne suppose une ontologie4 ,la logique est dmonstrative1 sans pour cela dmontrer l'ontologie1 comme la gomtrie est la science exacte de figures possibles1 sans qu'elle prouve que les figures soient relles4 ,mais comme l'esprit humain croit naturellement l'ontologie1 au moyen ge il la runissait sans hsiter la logique1 qui en devenait pour lui la forme ncessaire et la base scientifique4 ,c'est ce mlange qu'embrassait en fait l'tude de ce qu'on appelait alors la dialectique4 ,la psychologie et la logique conduisent par la mtaphysique la thodice et la morale2 mais comme la thodice et la morale ne sont pas seulement des sciences1 et peuvent se confondre avec la religion1 la scolastique ne les scularisait pas1 et les renvoyait la thologie2 seulement elle pntrait avec elles dans la thologie1 laquelle elle prtait ou imposait ses principes1 ses formes1 son langage1 en recevant d'elle des dogmes et des commandements4 ,tout ce que nous venons de dire de la doctrine scolastique1 nous le disons du scolastique ,ablard4 ,distinguons eu lui le philosophe et le thologien4 ,au premier appartiendront les ouvrages de dialectique1 comprenant tout ce qu'il a su ou pens en psychologie1 en logique1 en mtaphysique2 au second se rapporteront tous les ouvrages sur la thodice et la morale3 dans ceux-ci1 nous le trouverons philosophe encore1 mais s'tudiant concilier rationnellement la science et la foi4 ,la thologie d',ablard sera l'objet du dernier livre de cet ouvrage2 nous ne nous occupons ici que de sa philosophie4 ,il y aurait plusieurs manires de la faire connatre4 ,la plus agrable serait de l'exposer dans ses principes et sous une forme systmatique4 ,on en disposerait mthodiquement les principales ides2 on les dgagerait des dtails oiseux1 des expressions techniques qui les obscurcissent2 on les traduirait dans le langage de l'abstraction moderne1 et l'on rendrait ainsi clair et saisissable l'esprit de cette philosophie4 ,elle irait alors se placer comme d'elle-mme son rang dans l'histoire de la pense humaine4 ,c'est le procd qu'il faudrait suivre si nous crivions cette histoire1 ou s'il ne s'agissait que de donner une vue gnrale du systme et de l'poque4 ,mais notre intention est d'offrir davantage1 ou du moins autre chose4 ,nous voudrions faire un moment renatre une philosophie qui n'est plus1 la ranimer pour ainsi dire en chair et en me1 et montrer exactement quelle tait alors l'allure de l'esprit humain1 comment il parlait1 comment il pensait4 ,nous voudrions enfin tracer le portrait individuel de notre philosophe avec sa physionomie et son costume4 ,cet essai de reproduction1 plus encore que d'analyse1 nous semble une oeuvre plus instructive et plus neuve1 quoique assurment moins attrayante4 ,nous ne changerons donc ni l'ordre ni l'expression des ides d',ablard4 ,ce serait le dfigurer que de lui prter les mthodes modernes et la moderne diction4 ,prenant ses plus importants ouvrages l'un aprs l'autre1 nous les ferons connatre tantt par des extraits1 tantt par des rsums2 ici par des traductions littrales1 plus loin par une dduction critique2 enfin1 par tous les moyens propres remettre en lumire tout ce qui dans ses crits nous parat essentiel1 original ou caractristique2 en telle sorte que l'on puisse bien juger1 aprs avoir lu cet ouvrage1 le penseur1 le professeur et l'crivain4 ,nous ne prenons personne en tratre2 ceci est de la scolastique4 ,nous esprons l'avoir rendue intelligible2 on pourra la trouver curieuse2 on ne la trouvera ni d'une tude facile1 ni d'une lecture agrable4 ,que notre sicle ait de l'indulgence pour ce que le ,x,i,ie admirait4 ,sommes-nous srs que nos admirations nous seront un jour toutes pardonnes8 ,quoique ,ablard ait surtout domin les esprits par l'enseignement1 il n'avait pas une mdiocre ide de ses ouvrages4 ,je me souviens1 crit un de ses disciples#ddd1 de lui avoir entendu dire1 ce que je crois vrai1 qu'il serait facile quelqu'un de notre temps de composer sur l'art philosophique un livre qui ne serait infrieur aucun crit des anciens1 soit pour l'intelligence de la vrit1 soit pour l'lgance de la diction2 mais qu'il serait impossible1 ou bien difficile1 qu'il obtnt le rang et le crdit d'une autorit4 ,cela n'est1 ajoutait-il1 rserv qu'aux anciens4 ,ainsi1 il connaissait tout le poids de l'autorit1 et il sentait le joug en s'y soumettant4 ,en effet1 une dfrence sincre ou apparente1 mais presque toujours absolue dans les termes1 pour les matres du pass1 intimide et obscurcit toute la philosophie de l'poque1 embarrasse et subtilise le raisonnement1 encombre le style1 diminue la chaleur et la spontanit de la conviction4 ,la vrit de la chose ou la sincrit de la pense personnelle ne viennent jamais qu'aprs la citation des textes4 ,cet ,ablard si fameux pour son indpendance1 n'ose tre lui-mme qu'en de rares instants1 et ne se permet de penser qu'avec autorisation4 ,son esprit est plus indpendant que ses crits4 ,note #ddd3 ,johan4 ,saresb41 ,metalog41 l4 ,,iii1 c4 ,,iv4 ,de ses ouvrages philosophiques les seuls publis sont3 ,dialectica2 ,de ,generibus et ,speciebus#dde2 ,de ,intellectibbus#ddf2 ,glossae in ,porphyrium1--in ,categorias1--in librum de ,interpretatione1--in ,topica ,boethii#ddg4 ,note #dde3 ,ouvrages indits1 p4 #agc1 p4 #fje4 ,note #ddf3 ,cousin1 ,fragm4 philos41 t1 ,,iii1 p4 #dja4 ,note #ddg3 ,ouvr4 ind41 p4 #fea-fgg-fie-hjc4--;,comme nous n'crivons point un ouvrage d'rudition1 nous nous contenterons1 une seule exception prs1 de l'examen des crits imprims4 ,il y aurait encore plus d'un manuscrit dcouvrir2 aux ouvrages cits dans ce chapitre nous n'avons joint qu'un manuscrit4 ,voyez ci-aprs chap4 ,x4 ,nous prendrons la ,dialectique pour point de dpart1 en y rattachant les ,gloses sur ,porphyre1 ,aristote et ,boce4 ,ainsi nous nous formerons de la logique d',ablard et des scolastiques une ide gnrale qui nous conduira l'esquisse psychologique contenue dans le de ,intelletibus1 et la question des universaux traite dans le fragment sur les ,genres et les ,espces1 vritable spcimen de la mtaphysique du temps4 ,deux des livres de la ,dialectique contiennent des prambules o l'auteur1 se mettant en scne1 donne ce spectacle que1 de longtemps1 ne cesseront pas d'offrir les philosophes1 celui d'une conviction savante et fire aux prises avec la malveillance qui l'attaque1 ou l'ignorance qui la mconnat4 ,traduisons ces deux morceaux qui seront comme le prologue de l'ouvrage4 ,mes rivaux ont imagin la calomnie d'une accusation nouvelle contre moi1 parce que j'cris beaucoup sur l'art dialectique2 ils prtendent qu'il n'est pas permis un chrtien de traiter des choses qui n'appartiennent point la foi4 ,or1 disent-ils1 non-seulement la dialectique est une science qui ne nous instruit point pour la foi1 mais elle dtruit la foi mme1 par les complications de ses arguments4 ,vraiment il est admirable qu'il ne me soit pas loisible de traiter ce qu'il leur est permis de lire1 ou que ce soit mal d'crire ce dont la lecture est permise4 ,cette intuition mme de la foi dont ils parlent ne serait pas obtenue1 si l'usage de la lecture tait interdit4 ,retranchez la lecture1 la connaissance de la science s'anantise4 ,si l'on accorde que l'art#ddh combat la foi1 on avoue videmment que la foi n'est pas une science4 ,or une science est la comprhension de la vrit des choses1 et c'est une science que la sagesse dans laquelle consiste la foi4 ,elle est le discernement de l'honnte ou de l'utile4 ,la vrit n'est pas contraire la vrit2 car si l'on peut bien trouver un faux oppos au faux1 un mal oppos au mal1 le vrai ne peut combattre le vrai ou le bien le bien2 toutes les bonnes choses se conviennent et sont ensemble en harmonie4 ,or toute science est bonne1 mme celle du mal1 car le juste ne peut s'en passer4 ,pour que le juste se garde du mal1 il faut en effet qu'il connaisse pralablement le mal2 sans cette connaissance1 il ne l'viterait pas4 ,de ce qui est mauvais comme action1 la connaissance peut donc tre bonne1 et s'il est mal de pcher1 il est bon cependant de connatre le pch1 qu'autrement nous ne pouvons viter4 ,cette science elle-mme1 dont l'exercice est odieux 7nefarium71 et qui se nomme la mathmatique1 ne doit pas tre rpute mauvaise#ddi2 car il n'y a pas de crime savoir au prix de quels hommages et de quelles immolations les dmons accomplissent nos voeux2 le crime est d'y recourir4 ,si en effet savoir cela est mal1 comment ,dieu lui-mme peut-il tre absous de toute malice8 ,lui qui contient toutes les sciences qu'il a cres1 et qui seul pntre les voeux de tous et toutes les penses1 il sait ncessairement et ce que dsire le diable1 et par quels actes on peut se le rendre favorable4 ,ainsi donc savoir n'est pas mal1 mais faire2 et la malice ne doit pas tre rapporte la science1 mais l'acte4 ,nous concluons que toute science1 puisqu'elle1 provient de ,dieu seul et qu'elle est un de ses dons1 est bonne4 ,de l suit qu'on doit accorder que l'tude de toute science est bonne1 tant un moyen d'acqurir ce qui est bon4 ,or1 l'tude laquelle il faut principalement s'attacher1 est celle de la doctrine qui enseigne le mieux connatre la vrit4 ,cette science est la dialectique4 ,d'elle vient le discernement de toute vrit et de toute fausset2 elle tient le premier rang dans la philosophie2 elle guide et gouverne toute science4 ,de plus1 on peut montrer qu'elle est tellement ncessaire la foi catholique1 que nul1 s'il n'est prmuni par elle1 ne saurait rsister aux sophistiques raisonnements des schismatiques4 ,note #ddh3 ,l'art par excellence1 la dialectique4 ,voy4 ci-dessus1 l4 ,i1 p4 #d4 ,note #ddi3 ,la mathmatique comprenait alors la magie4 ,c'tait sous quelques rapports une cabalistique4 ,cependant le mme nom dsignait aussi les sciences du calcul4 7,johan4 ,saresb4 ,policrat41 l4 ,,ii1 c4 ,,xviii et ,,xix4 ,voy4 aussi ci-dessus l4 ,i1 p4 #ab47 ,si ,ambroise1 vque de ,milan1 homme catholique1 avait t prmuni par la dialectique1 ,augustin1 encore philosophe paen1 encore ennemi du nom chrtien1 ne l'aurait pas embarrass au sujet de l'unit de ,dieu1 que ce pieux vque confessait avec raison dans les trois personnes4 ,le vnrable prlat lui avait par ignorance concd d'une manire absolue cette rgle que dans toute numration1 si le singulier tait nonc sparment comme attribut de plusieurs noms1 le pluriel l'tait ncessairement et collectivement des mmes noms1 laquelle rgle est fausse pour les noms qui dsignent une substance unique et une mme essence2 la saine croyance tant que le ,pre est ,dieu1 que le ,fils est ,dieu1 que le ,saint-,esprit est ,dieu1 et que cependant1 il ne faut pas reconnatre trois ,dieux1 puisque ce sont trois noms qui dsignent une mme substance divine#dej4 ,semblablement1 quand on dit de ,tullius qu'il est appel un homme1 et qu'on dit la mme chose de ,cicron et de ,marcus1 ,marcus1 et ,tullius1 et ,cicron ne sont pas des hommes divers2 puisque ces mots dsignent une mme substance1 et qu'il n'y a plusieurs tres que pour la voix1 non pour le sens4 ,si d'ailleurs cette comparaison n'est pas rationnellement satisfaisante1 parce qu'en ,dieu il n'y a pas qu'une seule personne comme en ,marcus1 cependant elle peut suffire pour renverser la rgle prcite4 ,note #dej3 ,c'est sous une forme grammaticale1 la rgle mathmatique si ax1 si bx1 si cx1 abc#cx1 dont les ennemis du christianisme se sont tant servis contre le dogme de la ,trinit4 ,je n'ai pas su trouver dans saint ,augustin l'anecdote qu',ablard raconte ici4 ,mais ils sont en petit nombre ceux qui la grce divine daigne rvler le secret de cette science1 ou plutt le trsor d'une sagesse difficile par sa subtilit mme4 ,plus elle est difficile1 plus elle est rare2 sa raret mesure son prix1 et plus elle est prcieuse1 plus c'est un exercice digne d'tude4 ,mais comme le long travail de cette science veut une lecture assidue qui fatigue bien des lecteurs1 comme son excessive subtilit consume vainement leurs efforts et leurs annes1 beaucoup1 se dfiant de la science1 et non sans raison1 n'osent approcher de ses portes les plus troites4 ,la plupart1 troubls par sa subtilit1 reculent ds le seuil4 ,a peine ont-ils got d'une saveur inconnue1 ils la rejettent2 et comme en gotant ils ne peuvent distinguer la qualit de cette saveur1 ils tournent en accusation ce mrite de subtilit1 et justifient la faiblesse relle de leur esprit par une condamnation mensongre de la science4 ,et comme le regret finit par allumer en eux l'envie1 ils ne rougissent pas de se faire les dtracteurs de ceux qu'ils voient s'lever l'habilet dans cet art4 ,seul1 cet art dans son excellence possde ce privilge que ce n'est pas l'exercice mais le gnie qui le donne4 ,quelque temps que vous ayez pniblement us dans cette tude1 vous consumez vainement votre peine1 si le don de la grce cleste n'a pas fait natre dans votre esprit l'aptitude ce grand mystre du savoir4 ,le travail prolong peut livrer les autres sciences toutes sortes d'esprits2 mais celle-l1 on ne la tient que de la grce divine2 si la grce n'y a pas intrieurement prdispos votre esprit1 en vain celui qui l'enseigne battra l'air qui vous entoure4 ,mais plus celui qui vous administre cet art est illustre1 plus l'art qu'il administre a de prix4 ,il suffit de cette rponse aux attaques de mes rivaux3 maintenant venons notre dessein#dea4 ,note #dea3 ,dialect41 pars ,,iv1 p4 #dca-dcg4 ,la foi du philosophe et l'orgueil de l'homme respirent dans ce morceau4 ,c'est un des passages o l'on voit ,ablard1 dposant l'humilit timide et force du moine et du thologien1 secouer le joug de son temps et de son habit1 pour parler au nom de son gnie et prendre en lui-mme son autorit4 ,la ,dialectique est un ouvrage trs-considrable4 ,les diverses parties n'en paraissent pas crites la mme date4 ,a mesure qu'elles furent connues1 elles donnrent naissance diverses attaques contre lesquelles l'auteur se dfendit en avanant2 ou1 composes diffrentes poques de sa vie1 elles contiennent incidemment des allusions et des rponses aux accusations dont souffraient sa gloire et son repos4 ,le prambule qu'on vient de lire se trouve au commencement de la quatrime partie1 et tmoigne des circonstances qui proccupaient ,ablard au moment o elle a t crite ou publie4 ,dj1 au dbut de la seconde partie#deb1 il avait retrac les succs de ses ennemis1 la perscution qui l'opprimait1 les esprances qui le soutenaient3 ,et les dtractions de nos rivaux1 les attaques dtournes des jaloux ne nous ont pas dtermin nous carter de notre plan#dec1 non plus qu' renoncer l'tude accoutume de la science4 ,car bien que l'envie ferme nos crits la voie de l'enseignement pour le temps de notre vie et ne permette pas chez nous les studieux exercices1 je n'en perds pas l'esprance1 les rnes seront un jour rendues la science1 alors que le moment suprme aura mis un terme l'envie comme notre existence1 et chacun trouvera dans cet crit ce qui est ncessaire l'enseignement4 ,en effet quelque le prince des pripatticiens1 ,aristote1 ait touch les formes et les modes des syllogismes catgoriques1 mais brivement et obscurment1 comme un homme habitu crire pour des lecteurs dj avancs2 quoique ,boce ait donn en langue latine le dveloppement des hypothtiques1 prenant un milieu entre les ouvrages grecs de ,thophraste et ceux d',eudme1 qui l'un et l'autre en crivant sur ces syllogismes1 avaient1 dit-il1 mconnu la juste mesure de l'enseignement1 l'un troublant son lecteur par la brivet1 l'autre par la diffusion#ded2 je sais cependant qu'aprs eux il reste dans ces deux parties de la science une place nos tudes pour constituer une doctrine complte4 ,les choses donc sommairement traites ou tout--fait omises par eux1 nous esprons dans ce travail les mettre en lumire1 corriger a et l les erreurs de quelques-uns1 concilier les dissidences schismatiques de nos contemporains et rsoudre les difficults qui divisent les modernes1 si j'ose me promettre une si grande oeuvre4 ,j'ai la confiance1 grce ces ressources d'esprit qui abondent en moi et avec le secours du dispensateur des sciences1 d'achever des monuments de la parole pripatticienne qui ne seront ni moins nombreux ni moindres que ceux des ,latins clbres par l'tude et la doctrine1 au jugement de qui saura comparer nos crits avec les leurs et reconnatre quitablement en quoi nous les aurons atteints ou dpasss1 comment nous aurons dvelopp leurs penses1 l o eux-mmes ne l'avaient pas fait4 ,car je ne crois pas qu'il y ait moins d'utilit et de travail bien exposer par la parole qu' bien inventer les penses4 ,note #deb3 ,dialect41 pars ,,ii1 p4 #bbg4 ,note #dec3 ,peut-tre faudrait-il traduire3 suivre notre dessein2 il y a dans le texte3 nostro proposito cedendum4 ,note #ded3 ,c'est ,boce qui met ainsi ,ablard en mesure de juger si pertinemment ,thophraste et ,eudme1 disciples d',aristote1 les premiers en date de ses commentateurs1 et dont nous n'avons pas conserv les ouvrages4 7,boeth4 ,op41 ,de ,syll4 ,hyp4 #a4 ,i1 p4 #fjj4--;,de la ,logique d',arist41 par ,m4 ,barthlmy ,saint-,hilaire1 t4 ,,ii1 p4 #acj47 ,or il sont trois dont les sept manuscrits sont tout l'arsenal de la science latine en matire de dialectique4 ,d',aristote1 en effet1 deux ouvrages seulement ont t jusqu'ici mis l'usage des ,latins1 savoir1 les livres des ,prdicaments et ,periermenias 7sic72 de ,porphyre un seul1 c'est le ,trait des cinq voix1 celui o1 en tudiant le genre1 l'espce1 la diffrence1 le propre et l'accident1 il donne une introduction aux ,prdicaments mmes4 ,quant ,boce1 nous avons introduit dans l'usage quatre livres de lui seulement1 savoir3 les ,divisions et les ,topiques1 avec les ,syllogismes tant catgoriques qu'hypothtiques2 c'est la somme de tous ces ouvrages que le texte de notre ,dialectique renfermera compltement et mettra en lumire1 ainsi qu' la porte des lecteurs1 si le crateur de notre vie nous accorde un peu de temps1 et si la jalousie lche un peu le frein l'essor de nos crits#dee4 ,note #dee3 ,si nostrae creator vitae tempora pauca concesserit et nostris livor operibus frena quandoque laxaverit4 7,p4 #bbi47 ,en vrit quand je parcoure dans l'imagination de l'me la grandeur du volume1 quand je regarde derrire moi ce qui est fait1 et pse ce qui reste faire1 je me rpons1 frre ,dagobert1 d'avoir cd tes prires1 et d'avoir entrepris une si grande tche4 ,mais lorsque dj fatigu d'crire1 la mmoire de ton affection et le dsir d'instruire nos neveux renaissent en moi1 soudain la contemplation de votre image1 toute langueur s'loigne de mon me1 mon courage accabl par le travail se ranime par l'amour2 la charit replace en quelque sorte sur mes paules le fardeau dj presque rejet1 et la passion ramne la force l o le dgot avait produit la langueur4 ,ce fragment donne quelques lumires sur deux questions importantes3 #a quelles sources ,ablard puisait-il la science8 #b quelles poques et dans quel esprit composa-t-il sa ,dialectique8 ,on voit d'abord qu'il connaissait les deux premires parties de l',organon1 les ,catgories et l',hermneia1 parce qu'elles sont effectivement traduites en entier dans le commentaire de ,boce2 mais il semble ignorer la traduction qu'on y trouve des ,analytiques premires et secondes et des autres parties de la ,logique#def4 ,toutefois il se sert des traits originaux du mme crivain sur la division1 la dfinition1 le syllogisme catgorique et l'hypothtique4 ,quand il nomme les ,topiques de ,boce1 il peut dsigner trois crits3 la version des ,topiques d',aristote1 les ,commentaires sur ceux de ,cicron1 le ,trait des ,diffrences topiques4 ,il s'agit1 je crois1 du dernier ouvrage2 c'est celui qu'il parat avoir suivi en composant ce qu'il appelle aussi ses ,topiques4 ,mais quelques passages prouvent que ceux de ,cicron ne lui taient pas inconnus4 ,note #def3 ,a plus forte raison1 ne connat-il pas la traduction d'une plus grande partie de l',organon qu'aurait faite1 dit-on1 ,jacques de ,venise en #aabh4 7,jourdain1 ,recherches1 etc41 p4 #eh47 ,ce catalogue1 qu'il nous donne lui-mme1 confirme bien ce que des investigateurs exacts1 et notamment ,jourdain1 pensaient de l'exigut de la bibliothque scientifique de cette poque4 ,il faut y ajouter le ,time de ,platon dans la version de ,chalcidius et les ,catgories dites de saint ,augustin#deg4 ,note #deg3 ,ab4 ,op41 ,introd4 ad4 theol41 p4 #ajjg4--,ouvr4 ,ind41 ,dial41 p4 #aic4--,m4 ,cousin a bien trouv1 dans un manuscrit du ,x,i,ie ou ,x,i,i,ie sicle1 une traduction indite du ,phdon2 mais rien n'annonce qu'elle ft connue du temps d',ablard1 et d'autres faits indiquent que c'est prcisment dans les dernires annes de sa vie et aprs lui qu'un plus grand nombre d'crits d',aristote et de ,platon commencrent tre rpandus4 7,fragm4 phil41 t4 ,,iii1 ,append4 ,,vi4--,cf4 ,johan4 ,saresb41 passim47 ,voil les monuments de la philosophie ancienne dans la premire moiti du ,x,i,ie sicle2 car on doit croire qu',ablard connaissait tous les ouvrages qui taient en circulation dans les ,gaules1 la ,grande-,bretagne1 la partie lettre de la ,germanie1 et peut-tre mme l',italie4 ,sans doute les choses changrent bientt1 et ,jean de ,salisbury1 par exemple1 avait dj dans les mains un plus grand nombre d'crits de ,platon et d',aristote4 ,de mme aussi1 longtemps avant ,ablard on avait pu connatre d'autres livres retombs plus tard dans l'oubli2 car enfin les manuscrits en existaient quelque part4 ,ainsi ,bde1 au ,v,i,i,ie sicle1 citait de nombreux passages des principaux crits d',aristote4 ,au ,x,ie1 ,scot ,erigne peut1 comme on le dit1 avoir comment sa ,morale2 mais deux cents ans aprs lui1 l'original et le commentaire taient comme ignors4 ,on a parl des commentaires de ,mannon ou ,nannon de ,frise1 sur l'thique1 le de ,coelo1 le de ,mundo1 sur les ,lois et la ,rpublique de ,platon2 mais on prtend seulement qu'ils existaient dans les bibliothques de la ,hollande1 et non pas qu'ils aient jamais t fort rpandus4 ,on voit dans ,gunzon1 qui n'tait pas un rudit mdiocre pour le ,xe sicle1 qu'il connaissait l',hermneia1 le ,time1 les ,topiques de ,cicron et ,porphyre2 mais tout cela tait galement connu d',ablard4 ,le tmoignage du dernier est donc trs-prcieux recueillir1 et l'on peut hardiment en gnraliser les consquences et l'tendre aux coles contemporaines#deh4 ,note #deh3 ,cf4 ,jourdain1 ,rech4 sur les trad4 d',arist4--,cousin1 ,introd4 aux ouvr4 d',ab41 p4 #di4--,l',hist4 litt41 t4 ,,iv1 p4 #bbe et #bdf1 t4 ,v1 p4 #dbh et #feg4--,ven4 ,bd4 ,op41 t4 ,,ii1 ,sentent4 seu axiom4 phil41 passim4--,johan4 ,saresb41 ,entheticus1 in comm41 p4 #hb et #aji4--,scot ,erigne1 par ,m4 ,saint-,ren ,taillandier1 p4 #gi4--;,brucker1 ,hist4 crit4 phil41 t4 ,,iii1 p4 #fcb1 #fdd1 et #feg4--,martene1 ,ampliss4 ,coll41 t4 ,i1 p4 #bii1 #cjd et #caj4 ,quant l'ouvrage o ce tmoignage est consign1 il est difficile de dterminer l'poque o ,ablard l'crivait4 ,les morceaux qu'on vient de lire ont t composs dans un moment o son enseignement tait interdit4 ,je n'en conclurai pas que toute la ,dialectique soit de la mme date4 ,l'existence mme de ces prambules1 jets dans le cours du l'ouvrage1 indique le contraire1 en attestant des proccupations accidentelles4 ,un prologue gnral devait se trouver au commencement du premier livre sur les catgories1 ou plutt d'un livre prliminaire qui nous manque1 et qui pouvait tre la ,dialectique ce que l',introduction de ,porphyre est la ,logique d',aristote#dei4 ,mais cette ,dialectique1 grand ouvrage en cinq parties1 qui embrassait dans la pense de l'auteur toute la matire de l',organon1 me parat une compilation ou une refonte des divers traits1 opuscules1 gloses1 qu' diffrentes poques il devait avoir crits l'usage de ses lves1 l'appui de son enseignement4 ,l'exemple de ,boce#dfj devait encourager ses imitateurs refaire plusieurs fois les mmes ouvrages1 et ne se pas contenter d'une seule dition de leur pense4 ,note #dei3 ,dial41 p4 #bbf4 ,note #dfj3 ,on sait que ,boce a donn deux commentaires de l',introduction de ,porphyre1 deux ditions de son commentaire sur l',hermneia 7lesquelles ditions sont deux crits diffrents72 enfin trois ouvrages sur les topiques4 ,c'tait au reste une tradition parmi les disciples d',aristote que de soutenir ses ides1 soit en commentant ses ouvrages1 soit en retraitant les mmes matires dans le mme ordre1 avec les mmes divisions1 sous les mmes titres4 ,l'usage remontait ,thophraste4 7,de la ,log4 d',arist41 t4 ,i1 p4 #cf47 ,cependant le livre1 dans son ordonnance imparfaite1 tmoigne d'une pense gnrale et mme d'une constante disposition d'esprit4 ,l'auteur s'y prsente comme tranger dsormais aux luttes de l'cole2 il veut suppler par la composition l'enseignement oral1 qu'on lui dfend4 ,on a donc pu croire qu'il crivait au couvent de ,saint-,denis1 soit aprs la dcision du concile de ,soissons1 soit dans le fort de ses dmls avec son abb4 ,le frre ,dagobert1 qui il s'adresse1 serait alors un de ces moines dont il avait commenc1 ,maisoncelle1 l'ducation philosophique et qui tenaient secrtement pour lui4 ,peut-tre aussi crivait-il dans une de ces priodes de demi-perscution o1 suspect et contraint1 irrit et intimid1 il se croyait rduit au silence2 par exemple1 vers la fin de ses leons au ,paraclet1 ou lorsqu' ,saint-,gildas il s'tait fait abb1 ne pouvant plus tre professeur4 ,enfin1 nous admettrions1 avec ,m4 ,cousin1 qu'il a pu faire ou plutt refaire sa ,dialectique dons sa retraite de ,cluni4 ,on sait qu'il y crivait sans cesse1 et1 dans l'ouvrage1 il parle des controverses spculatives comme de choses bien loignes1 et des leons de ,roscelin et de ,guillaume de ,champeaux comme de souvenirs dj bien vieux4 ,de plus1 il parat viter les hardiesses qui touchent le dogme1 il combat mme une opinion sur le ,saint-,esprit qu'il avait soutenue dans sa ,thologie#dfa2 enfin il veille se montrer orthodoxe1 bien qu'on ait pu juger tout l'heure du progrs rel que l'esprit d'humilit et de pnitence avait fait en lui4 ,ce moine faible et souffrant1 qu'on croyait soumis1 se plaint de l'envie qui l'a condamn pour toujours au silence1 et en appelle l'avenir1 qui rendra l'honneur sa mmoire et la science la libert4 ,note #dfa3 ,dialec41 p4 #dge4 ,dans cette hypothse1 le frre ,dagobert serait un moine de ,cluni1 son confident1 moins que ce ne ft son propre frre1 comme l'indiquerait la tendresse avec laquelle il parle de lui et de ses neveux#dfb4 ,la seule difficult1 c'est que les ouvrages thologiques contiennent des allusions et des renvois la ,dialectique1 et dans celle-ci les passages correspondants se retrouvent#dfc4 ,mais rptons que ce peut tre un compos de traits d'poques diffrentes1 et1 dans les dernires annes de sa vie1 ,ablard peut avoir revu et rassembl en corps d'ouvrage toute sa philosophie4 ,cette rdaction acheve et arrte ,cluni serait notre ,dialectique4 ,note #dfb3 ,c'est l'opinion de ,m4 ,cousin1 qui pense qu',ablard rdigea sa ,dialectique pour l'instruction de ses neveux1 nepotum disciplinae desiderium4 ,on peut croire aussi que ces neveux sont la postrit4 ,mais cependant ces mots3 ,vestri contemplatione mihi blandiente1 languor discedit1 etc41 semblent indiquer qu'il s'adresse son frre et aux enfants de son frre1 en leur disant3 ,votre image me rend la force4 7,ouvr4 ind41 ,introd41 p4 ,,xxxi et suiv4--,dial41 p4 #bbi47 ,note #dfc3 ,intr4 ad4 theol41 p4 #aabe4--,theol4 christ41 p4 #acda4 ,mais une chose plus positive que nos conjectures1 c'est que nous avons ici un monument peu prs complet de l'enseignement du vrai fondateur de l'cole philosophique de ,paris4 ,il serait infini d'analyser dans son entier un si grand ouvrage4 ,il suffit d'exposer avec exactitude quelques parties fondamentales1 dont la connaissance sera la cl de tout le reste2 des citations textuelles donneront une ide de la manire de l'auteur4 ,nous craignons bien qu'on ne trouve encore ces extraits trop nombreux et trop tendus4 ,qu'on se rappelle pourtant que toute cette scolastique n'effrayait pas ,hlose4 ,la premire section de la ,dialectique1 sous ce titre3 ,des parties d'oraison#dfd1 tait divise en trois livres1 rpondant l',introduction de ,porphyre1 aux ,catgories et l',interprtation d',aristote4 ,le premier livre manque3 c'tait1 je crois1 proprement le ,livre des parties2 le second1 dont les premires pages sont perdues1 traite des catgories ou prdicaments4 ,note #dfd3 ,liber ,partium 7on supple orationis74 ,en donnant ce nom un trait sur les prliminaires de la logique1 ,ablard tendait un peu le sens du mot partes2 il faisait comme ceux qui intituleraient grammaire les lments de la philosophie4 ,car on appelait ordinairement partes ce qu'il fallait apprendre avant d'tudier artes2 c'tait la grammaire d'aprs ,priscien1 ,donat1 etc41 et mle d'un peu de logique 7aujourd'hui1 analyse logique74 ,voyez ces vers d',alan de l',ile3 ,si quis sublimes tendit ad artes1 ,principio partes corde necesse sciat2 ,artes post partes veteres didicere magistri4 7,budd41 ,observ4 ,select41 ,,xix1 t4 ,,vi1 p4 #adi47 ,la substance est la premire des catgories1 et le fond de toutes les autres4 ,elle tient donc le premier rang dans la logique1 que l'on accuse d'tre une science purement verbale4 ,la substance est aussi l'ide ncessaire et fondamentale de toute science ontologique2 cartez cette ide1 le monde objectif devient une fantasmagorie vaine4 ,m4 ,royer ,collard a dit quelque part qu'on peut juger une philosophie sur l'ide qu'elle donne de la substance2 c'est rectifier cette ide que ,leibnitz a mis son tude1 pensant rgnrer avec elle toute la philosophie1 et l'idologie a regard comme sa premire rforme la proscription mme du mot substance4 ,commenons l'examen de la doctrine d',ablard par la thorie de la substance1 non qu'elle soit originale 7il y a bien peu de parties originales dans la logique de ce temps-l72 mais elle est importante1 et peut nous apprendre saisir et parler la langue de la ,dialectique4 ,on connat la dfinition logique de la substance3 ,elle n'est dite d'aucun sujet1 elle n'est dans aucun sujet4 ,a cette proprit fondamentale il faut joindre celle-ci3 ,en restant elle-mme1 elle peut recevoir les contraires4 ,les substances premires sont les individus1 les substances secondes sont les genres et les espces4 ,ainsi parle ,aristote#dfe4 ,note #dfe3 ,voyez le chapitre prcdent et ,arist41 ,categ41 ,,ii4 ,toutes les substances1 dit ,ablard aprs lui#dff1 ont cela de commun de n'tre pas dans un sujet1 c'est--dire un simple attribut d'un sujet 7in subjecto non esse74 ,car aucune substance1 ou premire ou seconde1 n'a d'autre fondement qu'elle-mme4 ,au reste1 la diffrence est dans le mme cas3 comme elle constitue l'espce1 elle n'est pas un simple accident1 elle n'est point fonde dans le sujet titre d'accident1 non inest in fundamento per accidens2 elle entre dans la substance mme de l'espce4 ,si l'on dit l'homme est un animal mortel rationnel#dfg 7ou raisonnable71 la diffrence raisonnable1 qui fait de l'animal l'espce homme1 n'en est pas sparable comme un simple accident1 car l'espce disparatrait aussitt4 ,les substances secondes sont affirmes des premires1 quand on nomme celles-ci et qu'on les dfinit4 ,il en est de mme de la diffrence2 elle entre dans la dfinition4 ,l'accident1 au contraire1 ne constituant rien dans la substance1 lui appartient extrieurement1 et ne saurait tre nonc dans la dfinition des substances4 ,note #dff3 ,dial41 pars ,i1 p4 #agd et seq4 ,note #dfg3 ,il faut s'habituer cette dfinition ,grec3 zoon logikon thnaeton1 qui est fondamentale1 et qui reviendra sans cesse4 ,cependant ,aristote avait blm ,platon d'avoir introduit le mortel dans la dfinition de l'animal 7,topic41 ,,vi1 ,x72 aussi l'attribut mortel est-il souvent nglig ou cart1 notamment dans ,porphyr4 ,isag41 ,i1 ,,ii2 et ,boeth41 in ,porph41 p4 #c et #fa4 ,mais il se retrouve ailleurs4 7,voyez le mme1 in ,top4 ,cic41 p4 #hjd et de ,consol41 l4 ,i1 p4 #hih47 ,mortel parat avoir t admis dans la dfinition pour distinguer l'homme de ,dieu4 ,cette dfinition est explique et tablie dans ,porphyre1 ,isag41 ,,iii1 p4 #af et #ag de la traduction4 ,autre proprit des substances3 en elles rien de contraire2 ce qui veut dire qu'elles ne sont point contraires les unes aux autres4 ,premires ou secondes1 elles admettent les contraires1 mais titre d'accident2 l'homme peut tre noir ou blanc2 c'est en ce sens qu'elles ont ce qu'on appelle la susceptibilit des contraires4 ,si parfois on dit qu'une substance est contraire une autre1 c'est qu'elle a des accidents contraires4 ,mais aucune substance n'est en soi dite contraire une autre substance1 si ce n'est par une autre substance4 ,en effet1 d'un ct on ne peut dire que l'homme soit le contraire d'animal1 de pierre1 d'arbre2 mais il a des accidents contraires ceux de l'animal1 de la pierre1 de l'arbre2 de l'autre1 il peut tre contraire par une autre substance1 c'est--dire que par la substance animal qu'il a1 l'homme est contraire la pierre1 qui ne l'a pas4 ,au reste1 ce caractre est commun aux catgories de quantit et de relation4 ,les substances ne peuvent tre compares2 car la comparaison se fait adjectivement 7per adjacentiam71 non substantivement 7per substantiam71 on n'est pas plus ou moins homme1 comme on est plus on moins blanc4 ,cette proprit se retrouve dans la quantit et ailleurs4 ,quel est donc exclusivement le propre de la substance8 ,c'est qu'tant seule et mme en nombre 7un mme numriquement1 idem numero71 elle peut recevoir les contraires4 ,cela provient de ce qu'elle est susceptible d'accidents2 elle en est le fondement ou le soutien4 ,elle ne reoit pas les contraires en formation 7in formatione71 comme une forme qui la constitue1 qui la diffrencie1 qui dtermine son essence4 ,car la susceptibilit des contraires n'appartiendrait plus la substance seule4 ,la blancheur1 par exemple1 simple qualit1 admet les formes contraires de la clart ou de l'obscurit1 et ne cesse pas d'tre la blancheur4 ,la substance homme qui recevrait la rationnalit et son contraire cesserait d'tre la mme substance2 mais elle peut persister en recevant des accidents contraires4 ,tous les accidents sont en sujet 7in subjecto71 c'est--dire peuvent tre attribus un sujet4 ,aristote dit que la substance est susceptible des contraires1 en vertu d'un changement en elle-mme1 c'est--dire moyennant un changement dans le temps2 ainsi le froid devient chaud#dfh4 ,l'addition de cette dtermination parat superflue4 ,elle avait apparemment pour but d'exclure la pense et l'oraison1 qui semblent admettre les contraires1 pouvant tre vraies ou fausses en des temps divers1 sans cependant changer en elles-mmes4 ,socrate est assis2 vous le pensez et vous le dites3 pense et proposition vraies qui peuvent1 en restant les mmes1 devenir fausses si ,socrate se lve4 ,mais ce n'est pas l l'effet d'un changement de soi1 c'est--dire d'un changement intrinsque de la pense ou de la proposition4 ,aristote n'aura invent sa restriction que pour se dlivrer des objections d'un adversaire importun4 ,en effet1 la proposition ,socrate est assis1 vraie pendant que ,socrate est assis1 n'est plus la mme quand il est lev4 ,ce qui est dit ensemble1 c'est--dire avec autre chose1 ne peut1 tant seul1 tre appel intgralement la mme chose2 car ce qui est avec ce qui n'est pas ne forme pas une essence4 ,la proposition ,socrate est assis dite de ,socrate assis n'est pas le mme tout que la mme proposition dite de ,socrate debout3 elle a donc chang4 ,si cependant l'on veut ne voir l'essence de la proposition que dans ses termes1 ce qui est plus usit1 la proposition est la mme1 elle n'a point chang1 mais aussi elle n'a point admis de contraires4 ,le fait que ,socrate est rellement assis ou lev ne touche point l'essence de la proposition2 c'est ce qu'on appelle une apposition ou circonstance externe4 ,dans ce sens-l1 bien d'autres choses que les substances admettraient les contraires1 mais des contraires qui ne leur appartiendraient pas proprement4 ,les substances aussi en ont de ce genre qu'elles ne reoivent pas d'elles-mmes1 mais de ce qui est autre qu'elles1 et qui proviennent du changement des faits extrieurs et des objets trangers4 ,par exemple1 il y en a qui disent que l'oraison n'est que l'air faisant du bruit 7,roscelin72 alors dans l'espce1 suivant que ,socrate serait assis ou lev1 l'air serait vrai ou faux4 ,la substance de l'air aurait-elle donc t modifie1 aurait-elle vraiment reu des contraires8 non1 sans doute4 ,la proposition n'est pas modifie davantage dans les accidents de son essence1 quelle qu'elle soit1 et l'objection est sans valeur4 ,note #dfh3 ,categ41 ,v1 ,,xxi-,,xxv4 ,on a soutenu cependant que les substances taient changes en soi par les contraires1 et par les contraires seulement1 parce que1 pouvant tre sujets de tout1 recevoir toutes sortes d'accidents1 elles sont mobiles et instables dans leurs formes4 ,mais les formes qui ont besoin pour subsister d'adhrer aux substances1 ne sont jamais mues ou changes en elles-mmes dans ces substances2 elles le sont par la mobilit des substances mmes1 dont la nature est d'tre galement sujettes diffrentes formes1 et de ne point prir quand les formes changent4 ,prenez la blancheur1 elle peut recevoir la clart et l'obscurit1 parce que telle est la nature de la substance1 sujet de la qualit de blancheur1 mais comme blancheur elle ne change pas4 ,ainsi les substances peuvent tre changes en soi1 et non dans leurs formes2 car lorsque les formes reoivent des contraires1 c'est que la substance qui les soutient change et passe par les contraires4 ,aprs la substance vient la quantit#dfi4 ,on ne peut penser une substance sans concevoir une quantit1 car toute substance est ncessairement une ou plusieurs4 ,comme l'on considre souvent la matire sans ses qualits1 la quantit a t mise avant la qualit4 ,cependant il y a des qualits tellement substantielles qu'elles sont insparables des substances1 ce sont les diffrences4 ,mais enfin tel est l'ordre tabli par l'autorit#dgj4 ,la quantit d'ailleurs offre cette analogie avec la substance que1 comme elle1 elle n'admet en soi ni contrarit ni comparaison4 ,note #dfi3 ,dial4 pars ,i1 p4 #agh4 ,note #dgj3 ,cet ordre n'est pas invariable dans ,aristote4 ,voy4 ,categ41 ,,iv1 et ,analyt4 post41 ,i1 ,,xxii4 ,la quantit est la chose suivant laquelle le sujet est mesur3 on pourrait donc lui donner le nom plus connu de mesure4 ,elle est simple comme le point1 l'unit1 l'instant ou moment indivisible1 l'lment1 la voix indivisible et le lieu simple2 ou bien elle est compose1 comme la ligne1 la superficie1 le corps1 le temps1 le lieu compos1 l'oraison et le nombre4 ,les quantits simples ou indivisibles n'tant pas accessibles aux sens1 ne servent pas la mesure2 c'est l'office des quantits composes qui sont ou discrtes1 ou continues4 ,guillaume de ,champeaux appelait les quantits simples1 des natures spciales1 parce qu'elles sont les seules qui naturellement manquent de parties1 et les composes1 des composs individuels ou individus composs1 lesquels ne sont pas uns naturellement2 exemple1 un troupeau ou un peuple4 ,il ajoutait que les noms de ligne1 superficie1 etc41 sont plutt pris 7sumpta1 abstraits7 de certaines collections ou combinaisons qu'ils ne sont vraiment substantifs ou noms de substances4 ,ici ,ablard traite du point1 et il donne sur le point et les quantits qu'il engendre les notions prliminaires de la gomtrie4 ,il n'est arrt que par une objection de ,boce1 qui ne veut pas que le point ajout lui-mme constitue la ligne1 parce que rien ajout rien ne produit rien4 ,il avoue qu'il ne connat pas la solution de cette difficult1 quoiqu'il en ait entendu bon nombre de la bouche des arithmticiens1 tant lui-mme tout fait ignorant de cette science4 ,il donne cependant la solution de son matre1 c'est--dire de ,guillaume de ,champeaux4 ,en quelque lieu qu'une ligne soit coupe1 l'extrmit de chacune de ses sections apparaissent des points1 qui taient auparavant en contact2 donc1 sur toute la ligne1 il y a des points4 ,ces points sont de l'essence de la ligne1 sinon les parties de la ligne ne seraient pas continues1 puisque ce sont les points qui se touchent4 ,ceux-ci seraient alors interposs et briseraient la continuit de la ligne#dga4 ,note #dga3 ,l4c41 p4 #ahb4--;,arist41 ,cat41 ,,vi4--,boeth4 in ,praed41 p4 #adh4 ,parmi les quantits composes se distingue le temps2 c'est une quantit continue1 car ses parties se succdent sans intervalle4 ,on objecte que ces parties1 toujours en transition1 toujours instables1 ne sont pas plus continues que celles d'une oraison1 lesquelles se succdent sans continuit4 ,mais la succession de celles-ci est notre oeuvre1 et la succession des parties du temps est naturelle2 nous ne pouvons1 nous1 produire une continuit telle qu'il n'y ait quelque distance entre ses lments4 ,les parties du temps sont les unes simples1 ce sont les instants1 et les autres composes1 ce sont les composs de ces moments indivisibles4 ,le temps est donc une quantit continue dans le sujet par la succession des parties4 ,c'est par le temps que tout se mesure3 toutes les choses ont donc en soi leurs temps1 qui sont comme leurs mesures4 ,ainsi l'on ne doit pas concevoir la continuit d'un temps compos dans des choses diffrentes1 quoiqu'on puisse percevoir en elles des parties coexistantes2 mais il faut admettre dans un mme sujet des moments qui se succdent comme une eau qui coule4 ,les choses se mesurent1 quant leurs temps1 l'aide d'une action horaire1 diurne1 ayant enfin une certaine dure1 et dont les parties ne sont pas permanentes1 mais passent avec celles du temps4 ,toutes les choses ayant leurs temps1 c'est--dire1 leurs heures1 jours1 mois1 etc41 de dure1 tous ces temps runis forment un seul jour1 un seul mois1 etc41 enfin un seul temps4 ,le temps est un tout qui diffre de tous les autres4 ,dans ceux-ci1 posez le tout1 vous posez la partie1 et la destruction de la partie dtruit en partie le tout2 mais vous pouvez dtruire le tout sans dtruire la partie1 et en posant la partie1 vous ne posez pas le tout4 ,c'est l'inverse pour le temps4 ,ainsi1 s'il y a maison il y a muraille1 sans conversion1 c'est--dire1 sans rciprocit2 car on ne peut dire s'il y a muraille1 il y a maison4 ,au contraire1 s'il y a la premire heure du jour1 il y a jour1 et la proposition inverse n'est pas vraie4 ,ablard accepte ces distinctions1 qui sont de tradition2 toutefois il observe que sous le nom de jour on entend douze heures prises ensemble1 et dont aucune ne peut exister1 si une seule n'existe pas4 ,on en conclut que cette proposition3 ,le jour existe1 ne peut jamais tre vraie1 les douze heures ne pouvant jamais exister ensemble2 cela est exact2 mais parlant figurativement1 nous disons1 comme le jour existe par partie1 qu'une partie est une partie du jour4 ,proprement1 on ne peut appeler un tout1 ce dont il n'existe jamais qu'une partie2 mais souvent nous prenons comme un entier ce qui n'en est pas un vritablement1 et nous adaptons des noms des choses comme si elles existaient1 quand nous voulons en faire comprendre quoi que ce soit4 ,tels sont les noms de pass et de futur1 que nous employons1 lorsque nous voulons en donner quelque ide ou mesurer quelque chose par leur moyen1 quoiqu'ils ne soient pas mme des temps4 ,car ils ne sont point des quantits1 n'tant dans aucun sujet1 et ils ne sont dans aucun sujet1 puisqu'ils ne sont pas4 ,le temps qui fut ou qui n'est pas encore ne devrait pas plus tre appel temps que le cadavre humain ne doit tre appel homme4 ,seulement une chose passe a prcd la prsente1 comme la prsente prcde la chose venir4 ,des temps de chaque chose nous composons le temps1 et le temps prsent est le terme commun du pass et de l'avenir4 ,le nombre a pour origine l'unit1 il est une collection d'units4 ,deux units font le binaire1 trois le ternaire1 etc4 ,tous ces nombres1 suivant ,guillaume de ,champeaux1 n'taient pas des espces du nombre1 n'avaient pas le nombre pour genre1 puisqu'un nombre ne pouvait tre une chose une1 une essence4 ,un habitant de ,rome et un habitant d',antioche font le binaire ou le nombre deux4 ,est-ce donc une chose que ce qui se compose de deux choses si distinctes et si distantes8 ,ainsi1 disait-il1 tout nom de nombre1 le binaire1 le ternaire1 sont des noms pris des collections d'unit1 noms pris1 sumpta1 ou1 si l'on veut1 abstraits4 ,ablard voit cela quelque difficult et trouve plus propos de dire que le nombre est un nom substantif et particulier de l'unit1 qui signifie galement unit au singulier et au pluriel4 ,binaire1 ternaire et les autres nombres1 seront des noms du pluriel4 ,ceux qui croient que dans les noms d'espces ou de genres1 sont contenues non-seulement les choses unes de nature 7les individus71 mais encore celles qui sont substantiellement 7mieux1 substantivement7 dsignes par ces noms1 pourront appeler peut-tre les noms de nombre des espces1 attendu qu'ils suivent plus la logique dans le choix1 des noms que la physique dans la recherche de la nature des choses4 ,ceci s'adresse1 comme on le voit1 aux ralistes4 ,comme le nombre1 l'oraison est une quantit4 ,aristote appelle oraison les sons1 ou1 si l'on veut1 les voix significatives1 lorsqu'elles sont profres en combinaison avec l'air lui-mme4 ,cependant1 dit ,ablard1 le systme de notre matre voulait1 je m'en souviens1 que l'air seul1 proprement parler1 ft entendu1 rsonnt et signifit1 tant seul frapp1 et qu'on ne dt de ces sons qu'ils sont entendus ou significatifs qu'en tant qu'ils sont adjacents l'air ou plutt aux parties d'air entendues ou significatives4 ,mais1 ce sens1 on pourrait soutenir que toute forme de l'air1 ft-ce sa couleur1 est entendue et signifie4 ,proprement1 le son n'est entendu et ne signifie qu'autant que par le battement de l'air il est produit dans l'air et rendu par ce mme air sensible aux oreilles4 ,par les sens nous percevons les formes des substances1 par l'oue nous recevons et sentons le son profr4 ,on demande quand cette oraison ou proposition3 ,l'homme est un animal1 laquelle n'a point de parties permanentes1 devient significative2 est-ce au commencement1 au milieu1 la fin8 ,la signification n'est accomplie qu'au dernier point du prononc4 ,en vain dit-on qu'il faut alors que les parties qui ne sont plus signifient1 parce qu'autrement il n'y aurait que la dernire lettre de significative4 ,ce n'est qu'aprs que la proposition est toute prononce que nous en tirons une pense2 nous la comprenons en rappelant la mmoire les parties profres immdiatement auparavant4 ,c'est par l'intelligence et la mmoire que nous constatons une signification4 ,dire que l'oraison profre signifie1 ce n'est pas lui attribuer une forme essentielle1 qui serait la signification2 mais c'est reconnatre l'me de l'auditeur une comprhension opre la suite de l'oraison prononce4 ,quand nous disons3 ,socrate court1 le sens ou la signification parat n'tre que la conception produite1 aprs la prononciation1 dans l'me d'un auditeur4 ,ainsi la proposition3 ,la chimre est concevable#dgb1 se comprend figurativement1 non qu'elle attribue aucune chose la forme de la chimre ou ce qui n'est pas1 mais parce qu'elle produit une certaine pense dans l'me de celui qui pense la chimre4 ,si donc1 par la signification d'un nom1 nous n'entendons point une forme essentielle1 mais seulement ce qui engendre un concept1 l'oraison significative sera celle qui fait natre une ide dans l'intelligence4 ,le nom de signifiant ou significatif est pris de la cause plutt que d'une proprit2 il convient ce qui est cause qu'un concept se produise dans l'esprit de quelqu'un4 ,note #dgb3 ,chimaera est opinabilis 7p4 #aib74 ,opinabilis vaut mieux que concevable1 l'opinatio 7,grec3 doxa7 tant prcisment la pense son moindre degr1 la pense de ce qui n'est pas4 7,arist41 ,hermen41 ,,xi2 ,boet41 ,de ,interp41 p4 #dbc47 ,au reste cet exemple de la chimre1 la question de savoir comment on pouvait concevoir ou nommer le chimrique1 le centaure1 l'hirco-cervus 7,grec3 ,tragelaphos4 ,hermen41 ,i1 #a71 occupait beaucoup les scolastiques4 ,voyez sur chimaera intelligitur le c4 ,,vii4 ,aprs la quantit1 on prvoit qu',ablard passe aux autres catgories2 seulement il change l'ordre d',aristote1 et arrive immdiatement celles qu'on appelle quand et o4 ,sur l'une et l'autre il se fait cette question3 ,les catgories ou prdicaments sont ce qu'on a nomm les genres ou gnralits par excellence1 les genres les plus gnraux1 ce qu'il y a de plus gnral1 generalissima4 ,or1 o et quand ne semblent pas tels1 puisqu'ils ne paraissent pas tre des premiers principes2 o nat du lieu1 quand vient du temps4 ,mais les principes premiers ne sont premiers que par la matire et non par la cause4 ,car si par principe on entend cause1 la substance sera le principe des autres prdicaments1 puisque c'est en elle que tous se ralisent1 et qu'tant soutenus par elle1 c'est d'elle1 sans nul doute1 qu'ils tiennent l'tre#dgc4 ,note #dgc3 ,dial41 pars ,i1 p4 #aii4 ,cette observation est importante1 mais ,ablard ne la pousse pas plus loin4 ,elle le met cependant sur la voie de la distinction faire entre la dialectique et l'ontologie1 qu'il appelle la logique et la physique1 c'est--dire entre la science des conceptions de l'tre et celle de la nature des tres4 ,l'une est au vrai sens du mot une idologie1 et1 jusqu' un certain point1 une hypothse2 l'autre est la connaissance de la ralit1 ou cet empirisme transcendant qui donne les choses et non des abstractions4 ,cette distinction est souvent entrevue par les scolastiques2 ils y font1 en passant1 allusion2 et s'ils n'insistent pas1 peut-tre pensaient-ils qu'elle allait sans dire4 ,mais plus souvent encore ils ont l'air de l'oublier ou de la mconnatre2 et prenant au srieux toute leur gomtrie intellectuelle1 toute cette science de convention1 ils semblent mettre une ontologie factice la place de la vritable1 raliser les abstractions1 matrialiser les tres de raison et faire vivre l'esprit dans un monde compos d'apparences et peupl de fantmes4 ,c'est cette ontologie qui a dcri la scolastique et compromis le nom mme d'ontologie1 au point que dans un grand nombre d'esprits cette science est devenue le synonyme de l'hypothse et de la chimre4 ,ablard1 quoiqu'il passe en revue les dix catgories1 n'puise pas la matire4 ,il donne pour raison que l'autorit n'a laiss de la plupart des prdicaments qu'une numration4 ,aristote1 en effet1 ne parle avec dtail que des quatre premiers4 ,aristote1 ajoute-t-il1 au tmoignage de ,boce1 a trait avec plus de profondeur et de subtilit des prdicaments ubi et quando dans ses ,physiques1 et de tous dans ceux de ses livres qu'il appelle les ,mtaphysiques4 ,mais ces ouvrages1 aucun traducteur ne les a encore appropris la langue latine1 et voil pourquoi la nature de ces choses nous est moins connue#dgd4 ,note #dgd3 ,dial41 p4 #bjj4 ,la ,physique et la ,mtaphysique n'taient donc pas traduites ni tudies4 ,les manuscrits grecs1 dont on pouvait connatre l'existence1 taient comme non avenus4 ,boce nomme ces ouvrages dans son commentaire sur les catgories 7p4 #aij71 mais il cite aussi au mme endroit le trait d',aristote sur la gnration et la corruption1 et comme il en cite le titre en grec1 ,ablard l'omet4 ,on voit ce qu'tait ds lors ,aristote4 ,la science se mesurait la portion connue de ses ouvrages4 ,cependant il est remarquable qu',ablard montrait pour ,platon1 qu'il connaissait si peu1 plus de dfrence encore et de penchant4 ,a propos de la relation1 il rappelle1 sur la foi de ,boce1 que ,platon avait donn une dfinition reue1 puis critique et rforme par ,aristote4 ,cette dfinition portait que les relatifs sont les choses qui peuvent tre assignes les unes aux autres d'une faon quelconque par leurs propres1 comme un nom assign un autre par le gnitif4 ,mais ,aristote1 en examinant mieux cette dfinition1 la trouva trop large4 ,il osa corriger l'erreur de son matre1 et se fit le matre de celui dont il se reconnaissait le disciple4 ,il donna donc cette dfinition3 ,il y a relation quand une chose n'est que par rapport une autre2 c'est--dire quand une chose n'existe que par une autre#dge4 ,beaucoup de choses peuvent tre rapportes d'autres sans que l'tre des unes dpende de l'tre des autres4 ,le boeuf de cet homme n'exprime pas un rapport pareil celui qui est exprim par l'aile de l'ail1 car sans aile il n'y a plus d'ail1 et l'homme existe sans le boeuf4 ,si la dfinition de ,platon1 convenant tous les rapports1 est trop large1 on a trouv celle d',aristote trop troite1 et l'on a dit qu'elle n'embrassait point la relation dans sa plus grande gnralit4 ,mais1 observe ,ablard1 si nous nous hasardons blmer ,aristote le prince des pripatticiens1 quel autre adopterons-nous donc8 et il s'applique justifier le matre qui lui reste4 ,note #dge3 ,je traduis ici les deux dfinitions sur le texte d',ablard 7,dial41 p4 #bja71 l'une3 ,omnia illa ad aliquid quaecumque ad se invicem assignari per propria quoque modo possent4 7,platon87 ,sunt ea ad aliquid quibus est hoc ipsum esse ad aliud se habere4 7,aristote47 ,boce1 qui nous apprend qu'on croyait la premire dfinition de ,platon1 les donne toutes deux plus clairement et plus correctement3--#a ,ad aliquid dicuntur quaecumque hoc ipsum quod sunt aliurum esse dicuntur1 vel quomodo libet aliter ad aliud4--#b ,sunt ad aliquid quibus hoc ipsum esse est ad aliquid quodam modo se habere4 7,in ,praed41 p4 #aee et #afi47 ,m4,b4 ,saint-,hilaire traduit d'une manire plus conforme au texte d',aristote en disant3 #a ,on appelle relatives les choses qui sont dites1 quelles qu'elles soient1 les choses d'autres choses1 ou qui se rapportent une autre chose1 de quelque faon diffrente que ce soit4--#b ,les relatifs sont les choses dont l'existence se confond avec leur rapport quelconque une autre chose4 7,t4 ,i1 ,catg41 c4 vii1 p4 #ha et #ia47 ,voici l'original3 #a ,grec3 ,pros ti de ta toiauta legetai1 osa auta aper estin1 heteron einai legetai1 ae hoposoun allos pros heteron4--#b ,grec3 ,esti ta pros ti1 ois to einai tauton esti to pros ti pos echein4 7,cat41 ,,vii1 vii1 #a et #bd47 ,nous avons1 dit-il en terminant1 dans tout ce que nous venons d'enseigner sur la relation1 suivi principalement ,aristote1 parce que la langue latine s'est particulirement arme de ses ouvrages et que nos devanciers ont traduit ses crits du grec en cette langue4 ,et nous peut-tre1 si nous avions connu les crits de son matre ,platon sur notre art1 nous les adopterions aussi1 et peut-tre la critique du disciple touchant la dfinition du matre paratrait-elle moins juste4 ,nous savons en effet qu',aristote lui-mme dans beaucoup d'autres endroits1 excit peut-tre par l'envie1 par le dsir de la renomme1 ou pour faire montre de science1 s'est insurg contre son matre1 ce premier chef de toute la philosophie1 et que1 s'acharnant contre ses opinions1 il les a combattues par certaines argumentations et mme par des argumentations sophistiques2 comme dans ce que nous rapporte ,macrobe au sujet du mouvement de l'me#dgf4 ,de mme1 ici peut-tre s'est-il gliss quelque malveillance1 soit qu',aristote n'ait pas t juste dans sa manire de prendre la doctrine de ,platon sur la relation1 soit qu'il expose mal le sens de la dfinition et y ajoute de son fonds des exemples mal choisis1 afin de trouver quelque chose corriger4 ,mais puisque notre latinit n'a pas encore connu les ouvrages de ,platon sur cet art1 nous ne nous ingrons pas de le dfendre en choses que nous ignorons4 ,nous pouvons cependant faire un aveu1 c'est qu' considrer plus attentivement les termes de la dfinition platonique1 elle ne s'carte pas de la pense d',aristote4 ,lorsqu'il a dit3 ,les relatifs sont des relatifs en ce qu'ils sont choses des autres choses1 il a regard moins la construction des mots1 qu' la relation naturelle des choses4 ,il ne s'agit pas1 en effet1 d'une attribution quelconque1 verbale1 accidentelle1 mais substantielle4 ,ce qui est assign par possession n'est pas relatif dans le sens technique1 car ce n'est pas ce qui accompagne naturellement le sujet1 ce qui en dpend substantiellement4 ,le boeuf d'un homme1 n'est que le boeuf possd par un homme4 ,une chose est relative une autre1 elle est ad aliquid1 lorsqu'elle est d'une autre1 en ce sens qu'elle en dpend1 comme la paternit et la filiation dpendent mutuellement l'une de l'autre4 ,sans doute cette relation est exprime par le gnitif1 ce qui est d'un autre1 quod est aliorum2 mais le gnitif n'exprime pas uniquement la simple assignation de ce qui est possd ce qui possde1 il nonce aussi la relation de dpendance essentielle1 comme lorsqu'on dit3 ,le pre est le pre du fils4 ,dans cette proposition1 on peut entendre galement et que la substance du pre est dans un certain rapport avec le fils ou que les deux substances se concernent1 et qu'il y a du pre au fils une relation ncessaire qui fait que l'un ne peut tre sans l'autre4 ,note #dgf3 ,dial41 p4 #bjf4 ,a la manire dont parle ,ablard1 il parat avoir connu le texte mme de ,macrobe4 7,in somn4 ,scip41 l4 ,,ii1 ,c4 ,,xiv47 ,l'tude des autres catgories1 mme celle de qualit1 nous apprendrait peu de chose1 et nous passons au livre ,,iii4 ,la seconde partie de l',organon est le trait super periermenias1 comme l'appelle ,ablard1 qui n'tait pas le seul prendre ce titre pour un seul mot3 ,grec3 ,ermaeneia1 ,hermeneia2 de ,interpretatione1 comme disent les premiers traducteurs2 du langage ou de la proposition1 comme dit le dernier traducteur de la ,logique4 ,dans la ,dialectique d',ablard1 qui est son ,organon1 la premire partie est termine par un livre de ,interpretatione1 qui succde aux ,prdicaments1 et ce livre ,,iii est1 beaucoup d'gards1 comme dans ,aristote1 une grammaire gnrale#dgg4 ,l sont vritablement traites les parties du discours1 et notamment le nom et le verbe4 ,cependant on y remarque quelque dissidence sur les questions communes entre les dialecticiens et les grammairiens1 et ,ablard se prononce en gnral pour les premiers4 ,il serait impossible de le suivre dans le dtail de ses recherches sur les mots1 et nous marcherons ici rapidement4 ,note #dgg3 ,dial41 pars ,i1 l4 ,,iii1 p4 #bji1 #bbf4--;,de la ,log4 d',arist41 t4 ,i1 p4 #ahc4--,log4 d',arist41 trad4 par le mme1 t4 ,i1 p4 #adg4 ,guillaume de ,champeaux est souvent cit4 ,il parat vident qu'il avait touch toutes les parties de la dialectique1 et produit1 sur maintes questions1 des vues nouvelles qui ne manquent pas de subtilit4 ,de ces questions1 celle qui semble le plus occuper ,ablard1 est la question de savoir ce que c'est que la signification des mots4 ,on a dj vu tout l'heure qu'il entend par signifier produire une ide4 ,c'est une consquence que pour juger de la signification des mots1 il faut moins regarder aux mots qu' l'intelligence de l'auditeur4 ,soit donc pose la question3 ,un nom signifie-t-il tout ce qui est dans la chose laquelle le nom a t impos1 ou bien seulement ce que le mot mme dnote et ce qui est contenu dans l'ide qu'il exprime8 ,ablard se dcide pour cette dernire opinion1 qui tait celle d'un certain ,garmond#dgh contre ,guillaume de ,champeaux2 le premier s'appuyant sur la raison1 tandis que le second semblait appuy par l'autorit4 ,ainsi l'on ne peut accorder au dernier que le nom d'un genre signifie l'espce1 quoique l'espce soit dans le genre1 ni que le nom abstrait dsigne le sujet de l'accident qu'il exprime1 quoique l'accident soit dans le sujet et n'en puisse tre spar4 ,chacun de ces noms ne signifie que l'ide qu'il excite dans l'esprit2 ainsi quoique les hommes soient des animaux1 le nom d'animal ne signifie point homme1 parce qu'il ne produit pas l'ide d'homme4 ,encore moins de ce que l'homme est blanc1 suit-il que blanc dsigne l'homme4 ,il y a dans cette opinion de ,garmond1 adopte par ,ablard1 contre le sens apparent de quelques mots d',aristote et de ,boce1 une tendance louable subordonner la dialectique la psychologie4 ,note #dgh3 ,dial41 p4 #baj4 ,ce ,garmond est inconnu4 ,nous ne dirons rien de plus sur cette premire partie4 ,elle ne contient pas de grandes nouveauts2 mais ce que nous en avons extrait donne une certaine ide de la manire d',ablard1 ainsi que de l'ouvrage qu'il nous a laiss et de la science qu'il professait4 ,il refait la logique aprs ,aristote et d'aprs ce qu'il sait d',aristote4 ,il explique1 commente1 dveloppe les ides de l'autorit1 et quelquefois expose et discute les objections et les nouveauts qui se sont postrieurement produites3 c'est alors qu'il donne du sien4 ,encore est-il difficile de distinguer ce qui peut se rencontrer d'original dans ce qu'il n'emprunte pas ,porphyre et ,boce4 ,on ne saurait avec certitude attribuer de la nouveaut qu'aux opinions qu'il prsente comme celles de son matre1 c'est--dire de ,guillaume de ,champeaux1 et de l'originalit qu' celles qu'il exprime1 quand il rfute et remplace ces opinions4 ,somme toute1 ce qui est lui1 c'est moins le fond des doctrines que la discussion4 ,,chapitre ,,iv4 ,,suite ,,de ,,la ,,logique ,d',,ab,,lard4--,dialectica1 ,,deuxi,,me ,,partie1 ,,ou ,,les ,,premiers ,,analytiques4--,,des ,,futurs ,,contingents4 ,la thorie de la proposition et du syllogisme catgorique est la base de la logique proprement dite2 et l'on ne s'tonnera pas que dans la seconde partie de son ouvrage#dgi1 ,ablard l'ait expose avec tendue4 ,ici les ides originales1 les opinions caractristiques continuent d'tre fort rares4 ,il est difficile d'innover dans cette mathmatique immuable qu',aristote a probablement cre et certainement fixe pour jamais4 ,encore aujourd'hui1 quiconque traite de la proposition ou du syllogisme1 rpte ,aristote4 ,sous ce rapport1 il est encore et il demeurera l'autorit4 ,en exposant avec beaucoup de dtails des ides pour la plupart communes tous les dialecticiens du moyen ge1 en n'y apportant de particulier qu'une subtilit minutieuse et toujours beaucoup d'esprit1 ,ablard s'efface et se laisse oublier4 ,je me trompe cependant2 voulant quelque part montrer1 par un exemple1 qu'il y a des termes qui ont un sens arbitraire et des noms qui ne rendent que l'intention de celui qui les a donns1 il a dit ces mots3 ,le nom d',ablard ne m'a t donn qu'afin d'indiquer qu'il s'agit de ma substance#dhj4 ,ailleurs1 peut-tre1 il ne se dsigne pas moins1 ou plutt il se trahit1 lorsque1 voulant numrer les diverses classes d'oraisons1 il donne pour exemple de l'imprative cet ordre d'un matre3 ,prends ce livre2 pour exemple de la dprcative3 ,que mon amie s'empresse2 pour exemple enfin de la dsidrative1 ces mots que nous ne traduisons pas3 ,osculetur me amica#dha4 ,est-ce ,cluni qu'il crivit ces mots8 ,note #dgi3 ,dial41 pars ,,ii1 in ,,iii l41 p4 #bbg-cbc4--;,ablard appelle cette partie ,analytica priora1 titre de la troisime partie de l',organon4 ,seulement dans ,aristote1 cette troisime partie ne traite point de l'oraison ni de la proposition1 ni par consquent de l'affirmation et de la ngation1 etc41 tout cela ayant trouv en place dans l',hermeneia4 ,les ,analytiques premiers ou premires roulent exclusivement sur l'analyse du syllogisme2 et ,ablard1 en conservant le titre1 aurait d conserver la division4 ,au reste1 il n'avait pas sous les yeux les ,analytiques d',aristote1 et il tait principalement guid par le trait de ,boce sur le syllogisme catgorique2 c'est cet ouvrage qui1 soit par son introduction 7,boeth4 ,op41 p4 #eeh71 soit par son premier livre 7id41 p4 #ehj71 lui a donn l'exemple de joindre la thorie du syllogisme tout ce qui concerne l'oraison et la proposition4 ,note #dhj3 ,dial41 pars ,i1 l4 ,,iii1 p4 #bab4 ,note #dha3 ,dial41 pars ,,ii1 p4 #bcd et #bcf4--;,accipe codicem4--,festinet amica4 ,c'est dans cette partie de la philosophie que la science parat le plus abstraite1 le plus trangre aux ralits1 et ce sont surtout les opinions d',ablard sur le fond des choses qui excitent notre curiosit4 ,nous avons dit et nous verrons mieux encore par la suite que ce fond des choses n'est pas toujours aussi tranger qu'il le semble la pense du philosophe et mme du dialecticien4 ,mais il est un point de la thorie de la proposition o ,ablard fait cesser jusqu' cette apparence1 et dans une digression heureuse1 donne un des plus remarquables exemples de l'application de la dialectique la mtaphysique4 ,c'est l un procd de la science comparable1 sous plusieurs rapports1 l'application de l'algbre la gomtrie2 et comme il s'agit d'une question importante1 sur laquelle ,ablard s'est fait une renomme1 de la question du libre arbitre1 nous reproduirons ses ides avec un peu de dveloppement4 ,pour bien comprendre la question1 il faut remonter la thorie de la proposition4 ,elle se dfinit3 une oraison qui signifie le vrai ou le faux4 ,la signification de la proposition est susceptible de fausset ou de vrit1 tant par rapport aux conceptions que par rapport aux choses4 ,dans la proposition3 ,socrate court1 ce ne sont pas les conceptions de ,socrate et de course que nous entendons combiner2 c'est la chose course que nous voulons combiner la chose ,socrate1 et la conception que nous provoquons dans l'esprit de celui qui nous coute est une conception de ralit4 ,la proposition1 en tant qu'elle porte sur les conceptions1 n'a presque aucune consquence ncessaire1 elle en a de nombreuses1 en tant qu'elle porte sur les choses mmes4 ,en prononant une proposition1 on a ou l'on n'a pas de certaines conceptions1 et toutes celles que la logique tirerait des termes de la proposition1 ne nous sont pas ncessairement prsentes l'esprit4 ,de la chose mme nonce par la proposition1 nat au contraire plus d'une consquence oblige4 ,si je pense que tout homme est un animal1 je ne pense pas ncessairement que l'homme est un corps2 mais du fait que tout homme est un animal1 rsulte ncessairement le fait que l'homme est un corps2 d'o cette rgle1 vraie pour les choses1 fausse pour les ides3 ,si l'antcdent existe dans la ralit1 il est ncessaire que le consquent existe dans la ralit#dhb4 ,note #dhb3 ,dial41 pars ,,ii1 p4 #bcg et seqq4--,la liaison de l'antcdent et du consquent joue un grand rle dans la thorie du syllogisme hypothtique1 et les ides d',ablard sur ce point avaient de la clbrit4 7,voy4 ,johan4 ,saresb4 ,pollcrat41 l4 ,,ii1 c4 ,,xxii1 et ,metalog41 l4 ,,iii1 c4 ,,vi47 ,vraie ou fausse1 la proposition est affirmative ou ngative4 ,l'affirmation et la ngation d'un mme sont contradictoires2 ce qui s'exprime en disant3 ,l'affirmation et la ngation divisent2 ce qui revient dire que tout ce qui n'est pas dans l'une est ncessairement dans l'autre4 ,cela est vident pour les propositions relatives au prsent2 mais il est des propositions qui ne se renferment pas dans le temps prsent4 ,des affirmations ou ngations vraies ou fausses peuvent se dire au pass ou au futur4 ,de celles-ci1 et particulirement des dernires1 on a dout que l'affirmation ou la ngation fussent divisoires 7dividentes71 c'est--dire que la vrit de la ngation y dt exclure celle de l'affirmation1 et rciproquement2 car aucune proposition au futur1 c'est--dire prononant sur un vnement contingent1 ne saurait tre vraie d'une vrit ncessaire4 ,on prvoit comment le libre arbitre a pu se trouver intress dans cette question4 ,dans l'avenir1 en effet1 l'vnement n'est jamais dtermin4 ,la proposition n'est vraie1 comme elle n'est fausse1 qu' la condition de la dtermination4 ,or1 la dtermination n'est possible que pour le pass1 le prsent1 ou bien encore le futur ncessaire ou naturel1 parce que dans ces cas les propositions noncent des vnements dtermins4 ,nous appelons dtermins les vnements qui peuvent tre connus dans leur existence1 comme les vnements prsents ou passs1 ou qui sont certaine par la nature de la chose1 comme les vnements futurs ncessaires ou naturels4 ,dieu sera immortel1 est un futur ncessaire2 un homme mourra1 c'est un futur naturel4 ,ce dernier vnement n'est pas un futur ncessaire1 car il n'est pas ncessaire qu'un homme meure2 mais un futur ncessaire est naturel1 il rsulte de la nature de l'tre4 ,on peut donc distinguer deux futurs1 le naturel et le contingent4 ,ce dernier seul est celui qui se prte l'alternative1 c'est--dire qui se conoit aussi bien avec le non-tre qu'avec l'tre4 ,je lirai aujourd'hui1 est de cette espce2 car il peut galement arriver que je lise ou que je ne lise pas4 ,l'vnement d'un futur contingent tant indtermin1 les propositions qui noncent un tel vnement sont vraies ou fausses indterminment ou1 pour mieux dire1 d'une vrit ou d'une fausset indtermine4 ,mais cette indtermination n'est relative qu' l'vnement qu'elles noncent4 ,dans l'avenir1 c'est--dire dans un prsent qui n'est pas encore1 de l'affirmation ou de la ngation de l'vnement1 l'une sera vraie et l'autre fausse2 voil qui est dtermin et certain4 ,rien ne l'est que cela avant l'vnement4 ,au prsent mme l'vnement peut tre dtermin1 et la vrit de la proposition rester indtermine4 ,par exemple1 pour la science humaine1 le nombre des astres est inconnu2 on ne sait s'il est pair ou impair2 cependant c'est chose dj dtermine dans la nature4 ,il faut donc distinguer la certitude de la vrit4 ,il n'y a de dtermin1 quant la certitude1 que ce qui peut se connatre de soi4 ,si l'on objecte que1 bien que de la vrit d'une proposition l'vnement rel ne paraisse pas pouvoir tre infr1 cependant la certitude de l'une engendre celle de l'autre1 parce que si l'antcdent est certain1 certain est le consquent2 cela peut tre vrai quant la certitude1 mais non quant la dtermination4 ,des futurs contingents peuvent tre certains1 mais non dtermins4 ,or ce sont les seuls futurs dont parle ,aristote1 car lorsqu'un futur est dtermin par la nature de la chose1 il assimile la proposition une proposition au prsent4 ,on peut appeler futur ce qui est ncessaire2 car le ncessairement futur sera toujours futur ou ne sera jamais prsent1 et ce qui ne sera jamais prsent n'est point futur4 ,tout futur sera prsent un jour4 ,il n'est pas mme vrai que tout ce qui sera toujours futur ne sera jamais prsent2 car le mme peut tre galement futur et prsent1 quant la mme chose3 comme l'est1 quant au fait d'tre assis1 celui qui s'est dj assis et qui s'asseoira2 comme le ciel1 qui doit toujours tourner et qui tourne toujours2 comme ,dieu1 qui toujours fut1 est et sera4 ,or1 quoique aucune proposition au futur contingent ne soit vraie ou fausse dterminment1 cependant ce qui est dtermin et ncessaire1 c'est que de toutes les divisions de la proposition une soit vraie et une autre fausse3 ,socrate lira1 ,socrate ne lira pas4 ,aucune1 dit-on1 n'est vraie1 aucune n'est fausse4 ,dites qu'on ne peut le savoir1 mais rien de plus4 ,nous ne savons pas si le nombre des astres est pair2 mais s'il est pair1 la proposition3 ,les astres sont en nombre pair1 est vraie4 ,de mme pour le futur4 ,si l'avenir est tel que l'annonce la proposition1 elle est vraie2 sinon1 elle est fausse4 ,ce que sera le futur est incertain1 mais il sera comme la proposition l'affirme ou comme elle le nie2 cela est certain1 c'est--dire qu'il est certain que si l'une des propositions est vraie1 l'autre est fausse4 ,qu'on ne dise point qu'une proposition qui dit ce qui n'est pas1 ne saurait tre vraie4 ,elle ne serait pas vraie1 si elle disait que ce qui n'est pas est1 mais non quand elle dit que ce qui n'est pas sera4 ,ce qu'elle dit alors n'est pas1 mais peut tre2 ainsi la proposition peut tre vraie4 ,mais on a contest cette application du principe de contradiction en vertu de la division1 comme parle la logique4 ,on a dit3 ,si de toute affirmation ou ngation divisoire il est ncessaire que l'une soit vraie et l'autre fausse1 il en est de mme de ce qu'elles noncent2 alors ncessairement ce qu'nonce la vraie est ncessairement1 et ce que dit la fausse ncessairement n'est pas4 ,ainsi des futurs contingents1 l'un est et l'autre n'est pas2 il est donc ncessaire que l'un soit un jour et l'autre non4 ,la consquence est que tout arrive ncessairement1 et que le conseil et l'effort sont choses vaines4 ,or1 l'exprience prouve qu'il est bon d'tre prudent et de prendre de la peine1 et qu'on influe ainsi sur les vnements2 on en conclut la destruction de la consquence4 ,le consquent dtruit1 on remonte la destruction de l'antcdent4 ,de ce qu'il n'est pas ncessaire que de toutes les choses que disent les propositions par division1 l'une soit et l'autre ne soit pas1 on infre qu'il n'est pas ncessaire non plus que de toutes ces propositions l'une soit vraie et l'autre soit fausse4 ,on s'appuie pour cela sur ce fait1 que beaucoup de choses futures se prtent l'alternative1 c'est--dire peuvent galement se faire ou ne se pas faire2 par exemple1 cet habit1 il est galement possible qu'il soit coup ou ne soit pas coup4 ,soit1 mais pour bien rsoudre la difficult1 il faut savoir trois choses3 ce que c'est que le hasard1 le libre arbitre1 la facilit de la nature2 ce sont les expressions de ,boce#dhc4 ,note #dhc3 ,boeth41 ,de ,interp41 ed4 sec41 p4 #cfd4 ,le hasard est l'vnement inopin qui rsulte de causes qui y concourent1 malgr une tendance intentionnelle tout autre4 ,un homme qui trouve un trsor dans un champ1 le trouve par hasard2 pourquoi8 parce qu'il ne le cherchait pas1 et que celui qui l'y a enfoui1 ne l'avait pas enfoui pour qu'il le trouvt4 ,deux intentions qui visaient autre chose ont amen par leur concours ce rsultat1 et l'on dit que c'est un hasard#dhd4 ,note #dhd3 ,dial4 pars ,,ii1 p4 #bhj-bij4 ,le libre arbitre est un jugement libre quant la volont1 liberum de voluntate judicium4 ,par lui nous arrivons faire une chose aprs en avoir dlibr1 sans aucune violence externe qui force ou empche de la faire4 ,quand les imaginations#dhe viennent l'esprit et provoquent la volont1 la raison les pse et juge ce qui lui parat le meilleur1 puis elle agit4 ,c'est ainsi que souvent nous ddaignons ce qui nous est doux ou nous semble utile1 tandis que nous supportons avec courage et contre notre volont1 en quelque sorte1 de rudes preuves4 ,si le libre arbitre n'tait que la volont1 on pourrait dire aussi que les animaux ont le libre arbitre4 ,note #dhe3 ,les imaginations sont les ides sensibles1 ,grec3 phantasmata1 imaginationes4 ,tout ceci est emprunt ,boce4 ,de ,interp41 l4 ,,iii1 p4 #cfj4 ,enfin1 la facilit naturelle est celle qui ne dpend ni du hasard1 ni du libre arbitre1 mais de la nature des choses4 ,suivant celle-ci1 en effet1 il est ou n'est pas facile 7faisable7 qu'un vnement ait lieu4 ,c'est ainsi qu'il est possible que cette plume soit brise2 cela est facile naturellement4 ,en cette matire1 il y a grande dissidence entre les stociens et les pripatticiens4 ,les uns ont tout soumis au destin1 c'est--dire la ncessit4 ,tout tant ternellement prvu1 rien ne peut ne pas arriver1 et il n'y a de hasard que pour notre ignorance2 l'incertitude n'est qu'en nous4 ,les pripatticiens rpondent que notre ignorance s'applique surtout aux choses qui n'ont naturellement en elles-mmes aucune ncessit constante4 ,le libre arbitre est1 pour les premiers1 cette volont ncessaire laquelle l'me est dtermine par sa nature1 en sorte que la ncessit providentielle contraint la volont mme4 ,cette volont est en nous1 voil tout le libre arbitre qu'ils nous laissent2 mais on a vu qu'auprs de la volont il faut encore le jugement de la raison4 ,quant la possibilit et l'impossibilit1 les stociens la rapportent nous1 non aux choses1 notre puissance1 non la nature4 ,mais qui ne sait qu'il y a des choses possibles et d'autres impossibles par nature8 ,qui doute que la libre volont ne soit une chose1 et la possibilit une autre2 que le nom de hasard ou cas fortuit1 enfin1 ne se donne un vnement inopin1 et que l'inopin ne soit1 en effet1 ce qui ne rsulte ni de notre volont1 ni de notre connaissance1 ni de la nature mme d'aucune chose8 ,il est vrai qu'alors il faut s'tonner qu'on nous dise que l'astronomie donne la prescience des vnements futurs2 car si les hasards sont indpendants de la nature1 inconnus mme la nature1 comment peut-on les connatre par un art naturel8 ,on objecte aussi les inductions ncessaires la physique2 mais il n'y a l que des futurs entirement dpourvus de ncessit4 ,les sectateurs de cet art prtendent qu'il leur donne les moyens de prvoir ces sortes de futurs et de prdire avec vrit qu'un tel homme mourra le lendemain1 ce qui est un futur contingent1 et non qu'il est mort l'heure qu'il est1 ce qui est toujours dtermin4 ,mais abandonnons ce sujet1 qui nous est inconnu1 plutt que de nous exposer en disserter tmrairement4 ,le premier point tudier est cette ncessit prtendue de tous les vnements1 ou plutt ce destin qui en est la cause1 disons la divine providence4 ,comme ,dieu a ternellement prvu tous les vnements futurs tels qu'ils seront1 et comme il ne peut s'tre tromp dans les dispositions de sa providence1 on veut que tout arrive ncessairement ainsi qu'il l'a prvu2 autrement1 il serait possible qu'il se ft tromp4 ,cette consquence rpugne1 elle est mme abominable4 ,or1 quand le consquent est impossible1 l'antcdent l'est aussi4 ,la providence de ,dieu nous obligerait donc croire la ncessit universelle1 et il n'arriverait plus rien par notre conseil et nos efforts4 ,mais1 parce que ,dieu a prvu ternellement l'avenir1 d'o vient qu'il aurait impos aux choses aucune ncessit8 ,s'il prvoit que les choses futures arriveront1 il les prvoit aussi comme pouvant ne pas arriver1 et non comme des consquences forces de la ncessit2 autrement1 il ne les verrait pas dans sa prescience comme elles arriveront dans la ralit2 car elles arrivent en pouvant ne pas arriver4 ,sa providence embrasse tout2 il prvoit et que les choses arriveront et qu'elles pourront ne pas arriver4 ,ainsi1 pour sa providence1 les vnements sont plutt soumis l'alternative qu' la ncessit4 ,c'est un principe inbranlable dans l'esprit de tous les fidles1 que ,dieu ne peut se tromper1 lui pour qui seul vouloir est faire4 ,cependant il est possible que les choses arrivent autrement qu'elles n'arrivent1 et qu'elles arrivent autrement que sa providence ne les a prvues1 et que cependant il n'en rsulte pas qu'elle puisse tre trompe4 ,car si les choses avaient d arriver autrement1 autre et t la providence de ,dieu4 ,ce mme vnement s'y conformerait2 ,dieu n'aurait pas cette providence1 mais une autre qui concorderait avec un autre vnement4 ,suivant que la rgle de la solidarit du consquent avec l'antcdent est entendue d'une faon ou d'une autre1 elle est vraie quand l'antcdent lui-mme est vrai1 elle est fausse quand il est faux4 ,ainsi1 il y a vrit si l'on entend que ces mots3 autrement que ,dieu ne l'a prvu1 sont la dtermination du prdicat est possible1 en ce sens qu'une chose qui arrive est possible autrement que ,dieu ne l'a prvu4 ,car ,dieu aurait toujours la puissance de prvoir autrement l'vnement4 ,mais il y a fausset si1 au contraire1 ces mots sont la dtermination du sujet une chose qui arrive1 et si l'on dit qu'une chose qui arrive autrement que ,dieu ne l'a prvu est possible2 car c'est une proposition qui affirme l'impossible4 ,la chose qui arrive autrement que ,dieu ne l'a prvu1 voil le sujet dans son entier2 est possible1 voil le prdicat4 ,c'est dire3 ,il est possible qu'une chose arrive autrement qu'elle n'arrive4 ,la thorie de la proposition modale enseigne de quelle importance c'est pour le sens d'une proposition que les dterminations appartiennent aux prdicats ou appartiennent aux sujets4 ,mais revenons l'argument fondamental1 c'est--dire l'application du principe de contradiction aux propositions futures4 ,si de toutes les affirmations et ngations il est ncessaire que l'une soit vraie1 l'autre fausse1 il est ncessaire que des deux choses qu'elles disent l'une soit et l'autre ne soit pas4--,entendez-vous qu' une seule et mme proposition le vrai appartienne toujours8 cela ne peut se dire1 car aucune ne conserve la vrit par prfrence3 tantt l'une1 tantt l'autre est vraie1 ce qui est dire que la mme est tantt vraie1 tantt fausse4 ,mais si vous ne vous attachez pas exclusivement une seule1 si vous les prenez toutes deux indiffremment1 et que ce soit rellement l'une ou l'autre qui soit la vraie ou qui soit la fausse1 l'argument est juste4 ,ainsi l'entend ,aristote4 ,il est ncessaire que l'une soit vraie1 que l'autre soit fausse1 ne veut pas dire3 l'une est ncessairement vraie1 l'autre ncessairement fausse2 mais il est ncessaire que l'une ou l'autre soit vraie1 ou bien que l'une ou l'autre soit fausse4 ,si une quelconque est vraie1 il est ncessaire que l'autre soit fausse1 et rciproquement4 ,il est ncessaire1 dit ,aristote#dhf1 que ce qui est soit quand il est1 et que ce qui n'est pas ne soit pas quand il n'est pas4 ,mais il n'est pas ncessaire que tout ce qui est soit1 ni que tout ce qui n'est pas ne soit pas4 ,ce n'est pas la mme chose que de dire3 tout ce qui est1 ds qu'il est1 est ncessairement2 ou de dire absolument3 tout ce qui est est ncessairement2 et de mme pour ce qui n'est pas4 ,note #dhf3 ,hermen41 ,,ix1 et ,boeth41 ,de ,interp41 edit4 sec41 p4 #cgf4 ,je dis3 ,ncessairement1 un combat naval aura lieu ou non demain4 ,mais je ne dis pas3 ,demain un combat naval aura lieu on n'aura pas lieu ncessairement2 ce qui serait dire que ce qui sera et ce qui ne sera pas est ncessaire4 ,or1 comme les oraisons ont la mme vrit que les choses1 c'est--dire ne sont vraies qu'autant que les choses sont vraies1 il est vident que1 les choses se prtant l'alternative et leurs contraires pouvant arriver1 les propositions doivent ncessairement se comporter de mme par rapport au principe de contradiction4 ,aristote nous enseigne ainsi que les affirmations et les ngations suivent1 quant leur vrit ou leur fausset1 les vnements des choses qu'elles noncent2 par l seulement elles sont vraies ou fausses4 ,en effet1 de mme qu'une chose quelconque ncessairement est quand elle est1 et n'est pas quand elle n'est pas1 ainsi une proposition quelconque vraie est ncessairement vraie quand elle est vraie1 et une non vraie est ncessairement non vraie quand elle est non vraie4 ,mais il ne s'ensuit pas qu'on puisse dire purement et simplement que toute proposition vraie est vraie ncessairement et que toute non vraie est ncessairement non vraie4 ,car ce qui est ncessairement ne peut tre autrement qu'il est4 ,maintenant si l'on soutient que de toutes les choses que dit l'affirmation ou la ngation1 l'une est ncessairement1 l'autre ncessairement n'est pas1 que ceci ou cela est ncessairement ou n'est pas de mme1 on n'en pourra infrer l'anantissement de l'alternative dans les choses1 non plus que du conseil et de l'effort1 comme le voulait la dernire consquence de l'argument4 ,si au contraire on raisonne autrement qu',aristote n'a raisonn et qu'on entende la rgle autrement que lui et que la vrit1 la consquence en question pourra tre vraie2 mais qu'en rsultera-t-il contre le principe d',aristote8 ,en effet si des choses futures l'une arrivait ncessairement et l'autre ncessairement n'arrivait pas1 c'en serait fait de toute alternative1 comme de toute prudence humaine et de tout dessein4 ,a moins qu'on ne dise que cela mme ne serait pas un rsultat ncessaire4 ,il se pourrait que les choses ncessaires arrivassent par conseil ou savoir-faire1 que le conseil et le travail fussent eux-mmes ncessaires1 et tout irait de mme4 ,aristote ne le nie pas2 mais il dit que ce sont des causes efficaces de choses futures4 ,nous voyons1 dit-il1 que les choses futures ont un principe1 et la preuve en est dans notre dlibration et notre action#dhg4 ,c'est ce qui n'arriverait pas si l'vnement tait ncessaire4 ,note #dhg3 ,hermen41 ,,ix1 #aj4 ,en dfinitive1 voici comment le second consquent peut tre montr faux4 ,si parce que ceci arrivera de ncessit1 ceci ne doit pas arriver par conseil et entreprise1 et si parce que la chose arrivera ncessairement par ces moyens1 elle ne doit rellement pas arriver par ces mmes moyens1 il suit que si elle arrive ncessairement par ces moyens1 elle n'arrivera pas ncessairement par ces moyens1 proposition videmment absurde4 ,en d'autres termes1 dire qu'une chose laquelle la dlibration et le dessein ont prsid arrivera ncessairement1 c'est dire que la dlibration et le dessein n'y seront pour rien2 mais c'est dire en mme temps qu'elle arrivera ncessairement par dlibration et par dessein2 ce qui est dire qu'elle n'arrivera point par dlibration et par dessein2 ce qui est nier et affirmer en mme temps#dhh4 ,note #dhh3 ,dial4 para ,,ii1 p4 #bhj-bid4 ,remarquons dans cette longue digression deux choses1 la pense et la mthode4 ,l'une est juste1 l'autre singulire4 ,en effet1 ce que l'auteur dfend1 c'est la cause du libre arbitre1 et il la dfend par les arguments de fait1 les meilleurs de tous4 ,le conseil1 la prudence sont utiles1 sont estims2 la dlibration est naturelle2 la volont libre ne va pas sans un jugement2 elle est vraiment libre1 parce que c'est une force subordonne la raison4 ,cependant ,dieu sait tout1 il prvoit tout4 ,sa prescience accompagne et devance tous les actes de notre libert4 ,nous ne sommes donc pas libres2 car nous ne pouvons agir autrement qu'il ne l'a prvu sans lui faire perdre son infaillibilit4 ,objection embarrassante rfuter logiquement1 quoiqu'elle n'ait jamais caus qui que ce soit une perplexit vritable4 ,ablard fait la rponse ordinaire tant rpte aprs lui3 ,dieu a prvu tout1 donc il a prvu que nous nous dciderions librement1 il sait comment nous userons de notre libert4 ,en quoi cette connaissance anticipe peut-elle nuire cette libert mme8 ,tout cela est sens2 mais ce qui est curieux1 c'est la mthode philosophique qui conduit ces questions4 ,la thorie de la proposition enseigne que la ngation est le contraire de l'affirmation1 et que par consquent si l'une est vraie1 l'autre est fausse ncessairement4 ,or1 il y a des propositions o le verbe est au futur4 ,le contraire de ces propositions est-il ncessairement faux1 si elles sont vraies8 ,alors l'avenir est ncessaire2 il n'y a plus de futur contingent1 la libert disparat4 ,donc si la dfinition gnrale de la proposition est vraie de toute proposition1 c'en est fait du libre arbitre4 ,cette difficult inattendue se rsout l'aide d'une distinction juste4 ,il n'y a de propositions ncessaires que par l'une de ces rgles3--,l'antcdent pos1 le consquent suit1--ou--l'affirmation et la ngation sont rciproquement opposes4 ,et ces rgles n'existent elles-mmes qu'en vertu du principe de contradiction4 ,or ce principe1 c'est1 dans les choses1 que toute chose qui est1 ds qu'elle est1 est ncessairement2 ce qui ne veut pas dire que toute chose soit ncessairement4 ,ce qui est ncessaire1 c'est qu'une chose soit ou ne soit pas4 ,entre deux choses qui s'excluent1 l'alternative est ncessaire2 mais ni l'une ni l'autre n'est ncessaire4 ,ainsi le principe de contradiction1 ncessaire en lui-mme1 n'est que d'une ncessit conditionnelle dans les choses4 ,la ncessit nat dans les choses1 la condition une fois remplie4 ,ncessairement1 il y aura demain ou il n'y aura pas de combat naval2 cela ne veut pas dire qu'il y aura ncessairement demain un combat naval1 et que ncessairement il n'y en aura pas4 ,cela ne veut pas dire que soit qu'il y en ait1 soit qu'il n'y en ait pas1 ce qui arrivera sera ncessaire2 ce qui est ncessaire1 c'est qu'il y ait ou ceci ou cela1 c'est l'alternative4 ,et pourquoi8 parce que1 s'il y a un combat naval1 ncessairement il n'est pas vrai qu'il n'y en ait pas1 et rciproquement4 ,cette ncessit ainsi entendue respecte l'existence des futurs contingents4 ,or1 ce qui vient d'tre dit des faits s'applique aux propositions4 ,une proposition au futur comme au prsent est ncessairement vraie ou fausse2 mais elle n'est pas pour cela d'une vrit ncessaire ou d'une fausset ncessaire2 et quant la vrit de fait d'une proposition1 elle ne commence tre ncessaire qu'alors qu'elle a acquis la vrit relle4 ,un homme mourra1 et s'il meurt1 ncessairement il ne sera pas non mort2 c'est une ncessit conditionnelle4 ,dans les choses1 si l'vnement arrive1 le non-vnement sera ncessairement faux4 ,dans la proposition1 si elle est vraie1 la ngation de la proposition sera ncessairement fausse4 ,mais ni la ralit de l'vnement1 ni la vrit de la proposition n'est ncessaire4 ,la thorie logique ne porte donc aucune atteinte l'existence des futurs contingents1 non plus qu' celle du libre arbitre4 ,dieu sait bien si l'vnement arrivera1 si la proposition est vraie2 mais il n'a pas mis l'avenir sous la loi de la ncessit2 et la condition du libre arbitre est ct de la prescience4 ,non omnis res1 dit saint ,anselme1 est neceasitate futura1 sed omnis res futura est necessitate futura4444 has necessitates facit volontatis libertas#dhi4 ,note #dhi3 ,s4 ,ans4 ,op41 ,de ,concord4 praescient4 cum lib4 arb4 ,qu4 ,i1 c4 ,,iii1 p4 #abd4 ,la discussion laquelle se livre ,ablard est donc bonne et concluante1 encore que technique et subtile4 ,nous verrons qu'elle avait pour lui une grande importance1 et qu'il y revient avec une nouvelle sollicitude dans sa thologie4 ,l1 en effet1 est une grave question de thodice4 ,on remarquera seulement qu'ainsi que nous l'avons annonc1 la logique offre dans son cours des questions qui la dpassent et qui intressent les parties les plus leves de la philosophie4 ,tout n'est donc pas science de mots dans la dialectique4 ,au reste1 nous recueillons ici une des premires expressions de cette thorie des futurs contingents1 un des points les plus clbres et les plus importants de la scolastique4 ,le germe de la doctrine d',ablard est dans ,aristote4 ,les dtails sont pour la plupart emprunts ,boce1 qui a longuement trait la question sans toujours l'claircir2 mais la discussion1 bien que peu originale1 est forte et subtile1 et l'on doit maintenant comprendre comment une question qui intresse le libre arbitre1 et par consquent la morale2 la providence divine1 et par consquent la thodice2 l'action de ,dieu sur l'homme1 et par consquent la religion2 la grce et la volont1 et par consquent le christianisme1 a pu se trouver tout entire dans cette simple question logique3 ,dans les jugements particuliers et futurs1 l'affirmation et la ngation sont-elles ncessairement vraies ou fausses8 ,qui dirait que cette question est au fond celle-ci3 ,est-il un ,dieu#dij8 ,note #dij3 ,cf4 ,arist4 ,hermen41 ,,ix1 ,,xiii4--,boeth41 in lib4 de ,interpret41 edit4 sec41 ,i4 ,,iii1 p4 #cfg-cgj4--,s4 ,anselm1 ,op41 ,de concord41 etc41 p4 #abc4--,s4 ,thom4 ,summ4 theol41 l pars1 quiest1 ,,xiv4 art4 #a1 #b1 etc4--,voyez aussi dans la troisime partie de cet ouvrage les c4 ,,ii1 ,,iii1 ,v1 et surtout le c4 ,,vii4 ,ablard termine par l'exposition du syllogisme ses ,analytiques premiers4 ,c'est1 en effet1 l'objet fondamental du trait qui porte ce titre dans l',organon1 et qu'il n'avait pas sous les yeux4 ,la traduction qu'en a donne ,boce lui tait inconnue1 et ce sont les traits du consulaire romain sur le syllogisme catgorique et le syllogisme hypothtique qui l'ont videmment initi cette thorie vitale de la logique4 ,chose trange6 ,enseigner le syllogisme et ne l'avoir pas tudi dans ,aristote6 ,nous croyons que cet exemple n'est pas le seul4 ,les traits lmentaires sur le syllogisme1 les commentaires sur les ,analytiques ont abond pendant plusieurs sicles1 et ils ont d souvent tenir lieu de l'expos concis1 serr1 algbrique1 dans lequel ,aristote a si svrement condens l'invincible thorie du syllogisme4 ,la manire de ,boce devait convenir bien mieux l'esprit d'rudition1 toujours explicateur et diffus1 qui tait le propre des philosophes du moyen ge4 ,mais nous ne les imiterons pas en rattachant un commentaire au commentaire d',ablard1 et une analyse sommaire serait illisible4 ,d'ailleurs notre philosophe ne nous parat avoir rien ajout au syllogisme1 et1 dire vrai1 il n'est pas ais d'ajouter quelque chose la dcouverte d',aristote#dia4 ,note #dia3 ,dial4 part4 ,,ii1 p4 #cje-cbc4--;,ablard a trail assez succinctement du syllogisme1 et cette fois il est plus bref qu',aristote4 ,on a dj vu qu'il ne connaissait que de nom les ,analytiques premiers2 cependant quand il donne la dfinition du syllogisme1 il transerit celle que contient cet currage dans des termes diffrents de ceux qu'emploie ,boce dans sa traduction4 7,arist41 ,analyt4 prior41 ,i1 #a4--;,boeth41 ,prior ,analyl4 ,interp4 ,i1 #a1 p4 #dfh47 ,celle-ci d'ailleurs lui tait inconnus4 ,o donc a-t-il pris te teste8 car pour le sens1 cette dfinition est partout4 ,il faut que celle du #h du chapitre2 des ,analytiques ,i1 et t cite littralement dans quelque commentateur1 et c'est de l qu'il l'aura tire4 ,elle se retrouve identique pour le fond1 mais diverse pour les termes1 dans ,boce4 7,de ,syll4 cat41 l4 ,,ii1 p4 #eii1 et ,in ,topic4 ,arist41 p4 #ffb47 ,,chapitre ,v4 ,,suite ,,de ,,la ,,logique ,d',,ab,,lard4--,dialectica1 ,,troisi,,me ,,partie1 ,,ou ,,les ,,topiques4--,,de ,,la ,,substance ,,et ,,de ,,la ,,cause4 ,dans sa ,logique1 ,aristote passe des ,premiers ,analytiques aux seconds1 ou du syllogisme la dmonstration4 ,nous ne trouvons point dans ,ablard le sujet des ,seconds ,analytiques trait d'une manire complte4 ,tout annonce qu'ici l'autorit lui manquait4 ,aussi la partie de son ouvrage laquelle il donne ce nom1 est-elle la quatrime2 il la fait prcder par les ,topiques1 titre de la cinquime partie de l',organon2 et ses topiques ne rpondent pas tout fait ceux d',aristote1 qu'il n'avait pas4 ,les ,topiques d',aristote traitent des lieux de la dialectique4 ,le syllogisme dialectique est celui qui s'appuie sur des propositions probables ou convenues entre les interlocuteurs4 ,l'art de discuter ou d'employer le syllogisme dialectique est l'objet des ,topiques4 ,l'ouvrage que ,cicron a intitul de mme1 concerne le mme sujet considr du point de vue de l'orateur4 ,la dialectique est ncessaire la rhtorique2 mais la discussion oratoire diffre de la discussion purement logique4 ,la topique1 depuis ,cicron1 est toutefois devenue une science du ressort des rhteurs plutt que des philosophes4 ,boce a traduit les ,topiques d',aristote et comment ceux de ,cicron2 puis il a compos1 d'aprs ce dernier et d'aprs ,thmiste1 un ouvrage intitul des ,diffrences topiques qui a servi de thme celui d',ablard4#dib ,note #dib3 ,boeth41 ,in ,topic4 ,arist41 #a4 ,,viii1 p4 #ffb4--;,in ,top4 ,cic41 #a4 ,,vi1 p4 #gfg4--;,de ,diff4 top41 #a4 ,,iv1 p4 #hfg4 ,le sujet d'un ouvrage sur les topiques est de sa nature presque illimit4 ,il s'agit en effet de toutes les formes que peut prendre la discussion1 de toutes les sources o elle peut puiser ses arguments4 ,une classification est difficile introduire entre les lieux de la dialectique4 ,cicron a propos une division1 ,thmiste une autre1 et c'est celle-ci que ,boce a ramen la premire4 ,ablard suit ,boce2 mais tout ce travail a pour nous peu de prix1 et la topique a presque disparu de la science4 ,ce n'est que dans le dtail qu'il est possible de rencontrer et l des vues intressantes ou des ides qui mritent d'tre recueillies4 ,nous nous bornerons deux exemples4 ,il n'y a rien de plus important en mtaphysique que ces deux ides1 la substance et la cause4 ,les scolastiques ont amplement dissert sur la substance1 et au milieu de beaucoup de subtilits1 d'quivoques1 d'erreurs1 ils ont vu ou du moins entrevu tout2 sons le voile de leur diction1 les questions se retrouvent la mme profondeur o le gnie moderne a pu pntrer4 ,mais il n'en est pas de mme de la cause4 ,cette notion a t peu prs mconnue1 et constamment nglige jusqu' la renaissance de la philosophie1 et je ne crois mme pas qu'avant ,leibnitz on lui ait assign son vritable rang4 ,lorsque dans l'numration des lieux dialectiques1 ,ablard rencontrera la substance et la cause1 notre attention devra donc s'veiller1 et nous nous arrterons cette page4 ,la substance1 considre au point de vue des topiques1 ou le lieu de la substance1 c'est la recherche de la manire dont la substance doit tre tablie 7elle l'est par la description on la dfinition71 et dont peut tre attaque la dfinition ou la description qui l'tablit4 ,aussi ,aristote n'a-t-il pas distingu un lieu de la substance1 lui qui a distingu un lieu de l'accident1 du genre1 du propre1 etc42 mais il a amplement trait des lieux des dfinitions1 et c'est l qu'il faut chercher l'quivalent de ce qu',ablard a1 d'aprs ,thmiste et ,boce1 nomm le lieu de la substance1 locus a substantia#dic4 ,il n'y a dans tout cela que des rgles pratiques de dialectique2 mais c'est en dveloppant complaisamment ces rgles1 qu',ablard1 selon son usage1 vient rencontrer des difficults de logique qui le forcent regarder au fond d'une question1 et rentrer par une digression dans la sphre de la philosophie relle4 ,c'est ainsi qu'en donnant les rgles de l'opposition1 il rencontre les contraires1 et qu'il est conduit se demander quelle sorte d'opposition est la contrarit1 et voici comment cet examen le mne sur le terrain de la question des universaux4 ,note #dic3 ,dial41 p4 #cfh--;,boeth41 de ,different4 topic41 t4 ,,iii1 p4 #hgf4 ,il rappelle que tous les contraires1 suivant ,aristote1 sont dans les mmes genres ou dans des genres contraires1 moins qu'ils ne soient genres eux-mmes4 ,ainsi le noir et le blanc sont dans le mme genre1 la couleur2 la justice et l'injustice sont de deux genres contraires1 la vertu et le vice2 enfin le bien et le mal sont eux-mmes des genres4 ,sur ce dernier exemple1 il faut remarquer que le bien et le mal appartiennent au mme prdicament1 la qualit1 et l'on peut gnraliser cette remarque en disant que les contraires ne sont pas contenus dans des prdicaments diffrents4 ,si des contraires l'un est de la qualit1 les autres en seront aussi#did4 ,note #did3 ,aristot4 ,categ41 ,,viii et ,,xi1 et ,boeth41 ,in ,praed41 ,i4 ,,iv1 p4 #ahe et #bjj4 ,on pourrait trouver des espces contraires qui ne sont ni dans le mme genre1 ni dans des genres contraires4 ,ainsi certaines actions sont contraires certaines passions1 sans appartenir des genres contraires1 comme se rjouir et s'attrister1 qu',aristote lui-mme regarde comme deux contraires du genre agir4 ,ce qu'il en faut conclure1 c'est que bien que la tristesse soit en gnral passive1 s'attrister peut tre pris activement1 s'apaiser et s'irriter sont bien actifs4 ,alors s'attrister devient une action comme se rjouir1 et la contrarit n'est plus admise qu'entre actions ou entre passions4 ,ne ngligeons pas de remarquer sous quels prdicaments tombent les contraires1 et quels sont les prdicaments qui excluent la contrarit4 ,d'abord1 il est certain1 de l'autorit d',aristote1 que rien de contraire ne peut se trouver dans la substance1 ni dans la quantit1 ni dans la relation4444 ,il nous enseigne que trois autres admettent les contraires1 savoir3 la qualit1 l'action et la passion4 ,dans le texte des ,catgories que nous avons1 il n'a rien dcid touchant la contrarit par rapport aux quatre prdicaments1 le temps1 le lieu1 la situation1 l'avoir4 ,et nous1 ce que l'autorit a laiss indcis1 nous n'osons le dcider1 de peur de nous trouver par aventure opposs d'autres de ses ouvrages que n'a pas connus la langue latine1 quae latina non novit eloquentia4 ,cependant le lieu et le temps1 ces prdicaments qui naissent de la quantit1 paraissent comme elle inaccessibles aux contraires4 ,quoi qu'il en soit1 remarquez que les contraires sont minemment adverses l'un l'autre2 et ceci porte atteinte la doctrine qui met dans toutes les espces une matire gnrique d'essence identique1 en sorte que la mme matire gnrique1 l'animal1 soit en essence dans l'ne et dans l'homme1 mais diversifie dans l'un et l'autre par la forme4 ,il faut1 dans cette hypothse1 que le blanc et le noir1 et les autres contraires qui sont des espces du mme genre1 aient la mme matire essentielle4 ,or1 alors 444 comment le blanc et le noir pourront-ils tre adverses l'un l'autre1 de mme que les choses qui diffrent en matire aussi bien qu'en forme1 et qui appartiennent des prdicaments diffrents1 comme1 par exemple1 la blancheur et l'homme8 ,s'il est1 en effet1 des formes relles qui constituent la substance de la blancheur1 elles ne peuvent faire la substance de l'homme1 puisque les espces1 quand les genres sont divers et non subordonns les uns aux autres1 sont diverses aussi bien que les diffrences 7,aristote74 ,ma doctrine est donc que les espces seules de la substance sont constitues par les diffrences1 et que les autres espces ne subsistent que par la matire#die4 ,mais si la matire est la mme1 quelle diversit leur reste-t-il8 celle qui peut se concilier avec la ressemblance substantielle1 celle de l'essence1 ds qu'elle cesse d'tre indtermine4 ,car la qualit qui est essence du blanc n'est pas l'essence du noir1 ou bien le blanc serait le noir2 mais elles sont semblables en ce qui concerne la nature du genre suprieur qui leur est commun4 ,la ressemblance de substance ou de forme n'exclut pas la contrarit#dif4 ,note #die3 ,il ajoute ici3 ,comme nous l'avons montr dans le ,liber ,partium4 ,on suppose que c'est sa paraphrase de l',introduction de ,porphyre4 ,voyez ci-dessus1 c4 #a4 ,note #dif3 ,dial41 p4 #cig-djj4 ,cette doctrine est ici sommairement nonce4 ,il parat qu'elle tait tablie dans une portion de la premire partie qui nous manque2 mais elle est dirige contre la doctrine raliste1 qui plaait dans toutes les espces le genre titre de matire essentielle et identique1 uniquement diversifie par les formes accidentelles4 ,ablard n'admet quelque chose de tel que pour les espces de la substance4 ,celles-ci seules1 identiques dans leur matire1 sont constitues espces par les diffrences2 mais les autres espces1 celles de la quantit1 de la relation1 etc41 ne subsistent que par leur matire1 et consquemment1 elles n'ont point une matire essentielle et identique1 quoiqu'elles puissent tre contenues dans un genre semblable4 ,en un mot1 dans les espces de la substance1 la substance ne peut jamais tre autre que la substance1 et il lui faut la forme pour la diffrencier4 ,dans les autres espces1 il peut y avoir ressemblance et communaut de genre2 mais quoique le blanc et le noir soient de mme genre1 le blanc et le noir n'ont pas en eux-mmes une essence identique2 il n'existe pas une mme matire essentielle qui soit la couleur2 une simple similitude de genre unit le blanc et le noir4 ,ceci1 rendu et clarifi en langage moderne1 signifierait que l'ide de substance est l'ide de quelque chose de stable1 d'immuable en soi1 et qui ne peut tre diversifi que par les attributs qui lui dterminent une essence1 tandis que dans ces attributs mmes la substance est nulle2 il n'y a que communaut ou ressemblance dans la conception gnrique que nous en formons2 d'o il suit que des attributs sont du mme genre1 mais sont1 en eux-mmes et en tout ce qu'ils sont1 rellement des choses diffrentes4 ,il n'y a pas de couleur1 en un mot2 il y a le noir1 il y a le blanc4 ,ce qu',ablard dit de la cause touche de bien moins prs encore ce que nous voudrions apprendre de lui4 ,il y a en dialectique des lieux communs des causes2 ils sont classs parmi les lieux des consquents de la substance1 ex consequentibus substantiam1 et pour savoir comment peut se discuter tout raisonnement qui roule sur les causes1 il faut connatre quelles sont les causes#dig4 ,ablard tablit une division des causes que ,boce donne assez confusment1 en suivant la ,mtaphysique ou la ,physique plutt que la ,logique d',aristote#dih1 et il commente cette division avec dveloppement4 ,il est remarquable que chez lui et mme chez ,aristote1 la cause est tudie dans ses modes plus que dans son principe4 ,la causalit n'a t bien comprise que des modernes1 et peut-tre encore reste-t-il faire de nouvelles dcouvertes dans le sein de cette ide primitive et ncessaire4 ,note #dig3 ,dial41 part4 ,,iii4 p4 #daj-dad4 ,note #dih3 ,arist4 ,analyt4 prior41 ,,ii1 ,,xi4--,met41 ,,iv1 ,,ii1 et ,phys41 ,,ii1 ,,iii4--,boeth41 ,de ,interp41 ed4 sec41 p4#dec4--;,in ,top4 ,cic41 l4 ,,ii1 p4 #ggh et #ghd2 l4 ,v1 p4 #hcd4--;,de ,differ4 topic41 l4 ,,ii1 p4 #hji4 ,il y a1 dit ,ablard1 quatre sortes de causes1 la cause efficiente1 la cause matrielle1 la cause formelle1 la cause finale4 ,dans l'ordre1 la premire est celle qui meut1 celle qui opre1 celle enfin qui produit l'effet1 comme le forgeron fabrique l'pe1 en causant le mouvement qui change le fer en lame2 mais l'action et la nature de cette cause seront mieux comprises aprs que nous aurons parl des trois autres4 ,la cause matrielle est ce dont la chose est faite1 non ce qui sert la faire2 c'est le fer1 et non l'enclume ni le marteau4 ,la matire est l'lment immdiat de la substance4 ,ainsi la farine ne doit pas tre appele la matire du pain1 puisqu'elle ne s'y trouve point l'tat de farine2 la matire du pain1 c'est la pte1 ou plutt mme les mies de pain 7micae74 ,seulement1 parmi les composs1 les uns ont eu une matire prexistante1 comme le vaisseau ou le toit1 qui ont t bois avant d'tre vaisseau ou toit2 les autres sont ns avec leur matire1 comme les quatre lments1 crs les premiers pour devenir la matire des corps4 ,les composs de cette nature1 aucune matire prexistante ne les a prcds2 tels les accidents naissent avec la matire laquelle ils appartiennent4 ,mais soit que la matire ait ou non prcd le matriel1 proprement le materi#dii1 elle le cre matriellement1 elle le fait tre2 elle constitue l'essence matrielle4 ,ainsi l'animal qui constitue matriellement l'homme1 ou ce qui reoit la forme de rationnalit et de mortalit1 n'est pas une chose autre que l'homme mme2 les pierres et les bois qui sont constitus sous forme de maison ne sont pas une chose autre que la maison mme4 ,les parties de l'essence1 prises ensemble1 sont la mme chose que le tout4 ,note #dii3 ,materiatum4 ,dans la terminologie de la science1 le matri est une combinaison de la forme unie la matire ou une forme matrialise1 c'est--dire une ralisation produite par l'union de la matire et de la forme4 ,la forme n'est pas proprement composante dans l'essence1 mais1 en survenant la substance1 elle complte l'effet1 elle achve la production1 et c'est l la cause formelle4 ,aucune substance ne peut tre compose sans matire ni se constituer sans forme4 ,cependant on ne doit admettre au titre de cause que la forme ncessaire la cration d'une nouvelle substance1 et sans laquelle il n'y a point d'effet accompli1 point de chose effective produite4 ,ainsi les formes accidentelles1 comme la blancheur dans ,socrate1 ne peuvent tre appeles causes2 elles dpendent du sujet1 elles lui sont postrieures1 elles n'existent que par lui2 c'est le caractre de tout accident4 ,la cause finale est le but2 percer est la cause finale de l'pe4 ,postrieure dans le temps1 cette cause prcde en tant que cause2 car elle est la fin laquelle tend l'opration4 ,la victoire est la cause de la guerre2 et cependant la guerre doit prcder la victoire4 ,revenons la cause efficiente1 ,c'est celle qui1 oprant sur une matire donne1 imprime par cette opration sa forme la chose former1 comme le forgeron l'pe et la nature l'homme4 ,car le pre n'est pas1 proprement parler1 la cause efficiente de l'homme1 la mre le serait autant que lui2 c'est le crateur4 ,le soleil n'est pas non plus la cause efficiente du jour1 car il n'y a pas une matire sur laquelle il opre pour faire le jour4 ,l'opration cratrice n'appartient rigoureusement qu' ,dieu4 ,crer1 c'est faire la substance1 ce qui ne convient qu' l'artisan suprme4 ,quant aux crations des hommes1 ce ne sont que des combinaisons de substances dj cres4 ,c'est dans cette limite que les hommes sont efficients2 c'est une cration improprement dite4 ,plus exactement1 ,dieu cre1 l'homme joint4 ,l'homme ne cre pas mme la forme1 il adapte la matire pour la recevoir1 et il n'opre qu'en adaptant4 ,c'est ,dieu qui cre par l'intermdiaire de l'opration humaine1 et qui produit ce que l'homme a prpar4 ,cependant l'un et l'autre tant cause efficiente1 seulement dans une mesure diffrente1 l'un et l'autre meut1 c'est--dire fournit le mouvement ncessaire l'effet4 ,de ,dieu vient le mouvement de gnration2 de l'homme le mouvement d'altration4 ,ceci conduit l'examen des diverses espces de mouvements1 parmi lesquelles il faut distinguer seulement le mouvement de substance et le mouvement de quantit#ejj4 ,note #ejj3 ,dial41 p4 #dad-dbb4 ,le premier s'opre tontes les fois qu'une chose est engendre ou corrompue1 ou plutt produite ou dissoute substantiellement4 ,elle est engendre1 lorsqu'elle prend l'tre substantiel2 par exemple1 lorsqu'un corps devient vivant1 ou prend la substance de corps anim1 soit animal1 soit homme4 ,elle se corrompt1 lorsqu'elle quitte cette mme nature substantielle1 comme lorsque le corps vivant meurt ou devient inanim4 ,ainsi le mouvement de substance se partage en gnration et en corruption1 l'une l'entre en substance1 l'autre la sortie de la substance4 ,le premier mouvement ne dpend que du crateur2 le second parat dpendre de nous1 puisque nous pouvons mettre un homme mort1 rduire le bois en cendre ou le foin en verre4 ,mais1 ce point de vue1 la gnration nous serait galement soumise2 car1 en dissolvant une substance1 nous en produisons une autre1 et toute corruption engendre2 la mort est la cration de l'inanim4 ,ainsi nous semblons la fois corrompre et engendrer1 dtruire et produire4 ,peut-tre cela n'est-il pas contestable en ce qui touche les gnrations qui ne sont pas premires4 ,car pour les crations premires des choses1 dans lesquelles non-seulement les formes1 mais les substances ont t cres de ,dieu1 comme1 par exemple1 lorsque l'tre a t donn pour la premire fois aux corps eux-mmes1 elles ne peuvent tre attribues qu'au ,tout-,puissant1 ainsi que les dissolutions correspondantes4 ,aucun acte humain ne peut en effet anantir la substance d'un corps4 ,les crations sont celles par lesquelles les matires des choses ont commenc d'exister sans matire prexistante4 ,c'est dans ce sens que la ,gense dit3 ,dieu cra le ciel et la terre4 ,il y enferma la matire de tous les corps1 ou mieux les lments qui sont la matire de tous les corps4 ,car il ne cra point les lments purs et distincts2 il ne posa point chacun part le feu1 la terre1 l'air et l'eau1 mais il mla tout dans chaque chose1 et les lments distincts tirrent leur nom des principes lmentaires qui dominrent en chacun d'eux2 ainsi l'air vint de la lgret et de l'humidit de l'lment arien1 le feu de la lgret et de la scheresse de l'lment ign1 l'eau de l'humidit et de la mollesse de l'lment aquatique1 et la terre de la pesanteur1 de la duret de l'lment terrestre4 ,les crations secondes ont lieu1 lorsque ,dieu1 par l'addition d'une forme substantielle1 fait passer dans un nouvel tre une matire dj cre1 comme lorsqu'il cra l'homme avec le limon de la terre4 ,ici point de matire nouvelle2 il n'apparat qu'une diffrence de forme1 et ce n'est que dans la forme substantielle que semble changer la nature de la substance2 ces crations postrieures paraissent soumises la gnration et la corruption4 ,mose dit avec raison3 le ,seigneur forma l'homme1 et non pas cra1 pour montrer clairement qu'il s'agit d'une cration par la forme et non d'une cration premire#eja4 ,dans cette seconde cration1 la matire de la terre1 dj existante1 pouvait avoir le mouvement de gnration1 en ce que ,dieu lui donnait les formes de l'animation1 de la sensibilit1 de la rationnalit1 et le reste1 ou le mouvement de l'altration 7corruption71 en ce qu'elle quittait l'inanim4 ,mais les crations mme du second ordre ne sont pas en notre pouvoir1 et doivent1 comme toutes les autres1 tre attribues ,dieu4 ,lorsque la cendre du foin est place dans la fournaise pour tre convertie en verre1 notre action n'est pour rien dans la cration du verre2 c'est ,dieu mme qui agit secrtement sur la nature des choses par nous prpares1 et pendant que nous ignorons la physique1 il fait une nouvelle substance4 ,mais ds que le verre a t divinement cr1 c'est par notre opration qu'il est form en vases divers2 de mme que nous construisons une maison avec des pierres et des bois dj crs1 ne crant jamais1 mais unissant des choses cres4 ,aucune cration ne nous est donc permise2 un pre lui-mme n'est le crateur de son fils1 qu'en ce sens qu'une partie de sa substance est1 par l'opration divine1 amene produire une nature humaine4 ,la corruption seule ou altration peut paratre dpendre de nous1 car il est en tout plus facile de dtruire que de composer1 nous pouvons plus aisment nuire que servir1 et nous sommes plus prompts faire le mal que le bien4 ,ainsi ne pouvant former un homme1 nous le pouvons dtruire1 et sous ce rapport1 la gnration de l'inanimation semble dpendre de nous4 ,cependant il n'y a l qu'un retranchement1 ce qui est du ressort de la corruption2 rien n'est donn en substance1 ce qui serait oeuvre de gnration4 ,nous faisons le non-anim1 mais l'inanimation1 ,dieu seul la cre4 ,autre en effet est le non-anim1 autre l'inanim4 ,la ngation n'est pas l privation4 ,la ngation rsulte de la corruption2 la forme de la privation rsulte de la gnration1 et celle-ci ne peut venir que de ,dieu4 ,car lors mme que nous ne ferions rien la substance1 ,dieu ne l'en convertirait pas moins un jour l'animation o l'inanimation2 seulement1 il est possible que ce que nous faisons l'y amne un peu plus vite4 ,note #eja3 ,je crois cette distinction peu solide4 ,j'ignore la valeur des mots hbreux du commencement de la ,gense4 ,mais s'il y a dans le texte latin au titre3 ,de creatione mundi et hominis formatione1 il y a au verset #bf3 ,faciamus hominem1 et au verset #bg3 ,creavit ,deus hominem4 ,c'est pour la femme que le mot de cration n'est pas employ4 ,au reste1 tout ce qui est dit ici de la cration peut se comparer au tableau trac dans l',hexameron4 ,voy4 au l4 ,,iii du prsent ouvrage4 ,ainsi donc le mouvement de substance que nous appelons gnration1 ne doit tre attribu qu' ,dieu1 tant dans les crations premires que dans les crations dernires4 ,dans les crations de la nature se placent les substances gnrales et spciales4 ,ce n'est pas un changement de la forme1 c'est une cration de substance nouvelle qui fait la diversit de genre et d'espce4 ,de quelque faon que varient les formes1 si l'identit demeure1 l'essence gnrale ou spciale n'en est point touche4 ,mais l o il n'y a point diversit de formes1 il peut y avoir diversit de genres2 c'est ce qui arrive aux genres les plus gnraux1 ce qu'il y a de plus gnral1 aux prdicaments pris en eux-mmes1 et peut-tre aussi certaines espces1 comme nous l'accordons pour les espces des accidents1 afin d'viter une multiplication l'infini4 ,mais aussi longtemps que l'essence matrielle ou la nature de la chose sera diverse1 il y aura diversit de genres ou d'espces2 c'est donc la diversit de substance1 non le changement de la forme1 qui fait la diversit des genres et des espces4 ,car1 bien que dans les espces de la substance1 la cause de la diversit des espces soit la diffrence1 celle-ci vient de la diversit de substance des choses elles-mmes4 ,aussi a-t-on nomm ces sortes de diffrences1 diffrences substantielles4 ,ainsi nous ne devons comprendre au rang des genres et des espces que les choses que l'opration divine a composes en nature de substance#ejb4 ,note #ejb3 ,dial41 p4 #dah4 ,le mouvement de quantit est de deux sortes1 mouvement d'augmentation1 mouvement de diminution4 ,l'augmentation et la diminution rsultent d'une jonction de parties1 et la comparaison seule manifeste l'une ou l'autre4 ,or l'accident est seul sujet la comparaison1 et celle-ci porte sur la longueur1 la largeur1 l'paisseur et le nombre4 ,ce n'est que par rapport au nombre que le mouvement de quantit dpend de l'action de l'homme4 ,en effet l'opration humaine n'unit jamais les corps au point qu'il n'y ait entre eux aucune distance4 ,la longueur de la ligne1 la largeur de la surface1 l'paisseur du solide1 qui sont autant de continus1 ne sont donc pas soumises notre action1 et nous ne pouvons rien que multiplier le nombre par l'accumulation dans le mme lieu2 ainsi nous ajoutons une pierre des pierres1 des bois des bois pour une construction4 ,notre cration n'est jamais que de la composition4 ,les choses ainsi composes sont dites unes ou plutt unies par notre oeuvre1 non par cration naturelle4 ,cependant il ne faut pas considrer les noms de ces sortes d'assemblages ou d'units factices1 comme des noms collectifs1 tels que ceux de peuple1 de troupeau1 etc4 ,en effet il faut l'union des parties de la maison pour qu'il y ait maison ou vaisseau2 tandis que1 mme spares1 les units des collections conservent leur proprit de former une collection4 ,l'unit d'un homme qui rside ,paris et celle d'un homme qui demeure ,rome forment un binaire4 ,la pluralit des units suffit pour faire un nombre1 une runion d'hommes1 pour faire un peuple1 sans qu'il y ait besoin de l'union de combinaison4 ,celle-ci1 au contraire1 est ncessaire pour former la maison et le navire1 et mme cette combinaison n'est pas indiffrente2 il n'y en a qu'une qui constitue le navire ou la maison4 ,ces extraits nous ont fait sortir de la dialectique pour entrer dans l'ontologie et mme dans la physique4 ,ablard ne se contente plus de discuter logiquement des ides2 il s'efforce de retracer la gnration des choses4 ,pour le fond2 il emprunte encore son matre4 ,il suit la ,physique d',aristote1 qu'il ne connaissait pas1 mais dont les principes se trouvent rappels et l dans la ,logique et dans les commentaires de ,boce4 ,seulement1 il porte dans son exposition une clart et une mthode qui sont bien lui1 et c'est avec des citations parses qu'il a recompos le systme4 ,ce qui donne ces passages un intrt particulier1 c'est qu'ils sont en contradiction avec les opinions communment attribues notre auteur touchant les universaux4 ,il nous y donne la gnration relle des genres et des espces4 ,ici point de trace de conceptualisme1 ni de nominalisme4 ,les genres et les espces ne sont admis que pour les choses qui1 ayant une substance naturelle1 procdent de l'opration divine3 ainsi les animaux1 les mtaux1 les arbres1 et non pas les armes1 les tribunaux1 les nobles1 etc4 ,la distinction des genres et des espces repose ainsi sur des causes physiques4 ,elle est produite par ce mouvement de la substance qui interrompt l'identit et fait succder une nature essentielle une autre4 ,du genre l'espce1 ce mouvement se rsout dans la survenance de la diffrence2 mais la diffrence est substantielle1 et dans toutes les transitions d'un degr ontologique un autre1 c'est une forme substantielle qui survient et qui agit comme cause altrante et productrice4 ,il me semble que nous avons ici la physique des genres et des espces2 c'est1 je crois1 l du ralisme4 ,on pourrait dire que tout ce ralisme provient d'une seule ide qu',ablard ajoute la thorie de la cause et du mouvement1 dont il prend le fond dans ,aristote3 c'est l'ide de la cration4 ,,chapitre ,,vi4 ,,suite ,,de ,,la ,,logique ,d',,ab,,lard4--,dialectica1 ,,quatri,,me ,,et ,,cinqui,,me ,,parties1 ,,ou ,,les ,,seconds ,,analytiques ,,et ,,le ,,livre ,,de ,,la ,,division ,,et ,,de ,,la ,d,,finition4 ,nous avons dit qu',ablard ne connaissait pas les ,seconds ,analytiques d',aristote4 ,lors donc que pour copier en tout son matre1 il a voulu donner le mme titre la quatrime partie de sa ,dialectique1 il n'a pu traiter le mme sujet1 et au lieu d'crire sur la dmonstration1 il s'est surtout occup des matires comprises dans le livre de ,boce sur le syllogisme hypothtique#ejc4 ,rien de bien essentiel n'est remarquer dans cette partie2 passons immdiatement la cinquime1 ou au ,livre des divisions et des dfinitions4 ,ce livre correspond aux deux ouvrages de ,boce sur les mmes matires1 et dans la ,dialectique d',ablard il tient la place des ,arguments sophistiques1 cette dernire partie de l',organon#ejd4 ,note #ejc3 ,dial41 pars ,,iv1 ,de ,propos4 et ,syll4 hypoth4 seu ,anal4 post41 p4 #dcd-ddi4--;,boeth4 ,op41 ,de ,syll4 hyp41 lib4 ,,ii1 p4 #fjf4 ,note #ejd3 ,dial41 pars ,v1 liber ,divisionum et ,definitionum1 p4 #dej-dig4--;,boeth41 ,de ,divis41 p4 #fch4 ,de ,diffin41 p4 #fdh4 ,le talent de diviser ou dfinir est non-seulement recommand par la ncessit mme de la science1 mais encore enseign soigneusement par plus d'une autorit4 mule reconnaissant de nos matres1 suivons religieusement leurs traces2 nous sommes excit travailler sur le mme sujet1 pour ton intrt1 frre1 ou plutt pour l'utilit commune4 ,la perfection des crits antiques n'a pas t si grande en effet que la science n'ait nul besoin de notre travail4 ,la science ne peut s'accrotre chez nous autres mortels au point de n'avoir plus de progrs faire4 ,or comme les divisions viennent naturellement avant les dfinitions1 puisque celles-ci tirent de celles-l leur origine constitutive1 les divisions auront la premire place dans ce trait1 les dfinitions la seconde#eje4 ,ainsi la division est une analyse dont la dfinition est comme la synthse4 ,c'est une ide de ,boce1 qui se spare en cela d',aristote1 peu favorable la division1 peut-tre parce que ,platon l'employait volontiers#ejf4 ,aristote ne trouve rien de syllogistique1 ni par consquent de dmonstratif1 dans cette numration des parties1 des modes1 des espces ou des cas1 qu'on appelle la division1 et qui lui parat se rduire souvent l'assertion gratuite4 ,mais si la division est bonne1 la dfinition est valable1 et rciproquement1 et elles peuvent se servir mutuellement de moyen de contrle et de garantie4 ,note #eje3 ,dial41 p4 #dej4 ,note #ejf3 ,analyt4 prior41 ,i1 ,,xxxi4--,analyt4 post41 ,,ii1 ,v4 ,on entend donc ici par la division celle dont ,boce a prouv que les termes sont les mmes que ceux de la dfinition#ejg4 ,nous entreprenons de traiter des divisions telles que l'autorit de ,boce les a dj caractrises1 et si nous donnons du ntre dans ces leons1 qu'on ne le regrette pas 7non pigeat74 ,note #ejg3 ,de ,div41 p4 #fdc4 ,la division substantielle1 ou secundum se1 est la division du genre en espces1 du mot en significations1 ou du tout en parties4 ,la division selon l'accident est celle du sujet en ses accidents1 de l'accident en ses sujets1 ou la division de l'accident par le coaccident4 ,la premire division substantielle1 celle du genre en espces1 est comme celles-ci3 ,la substance est ou corps1 ou esprit2 le corps est ou le corps anim ou le corps inanim4 ,la division du mot est celle qui dcouvre les diverses significations d'un mot1 ou qui montre qu'un mot signifiant une mme chose a diverses applications4 ,dans le premier cas1 elle explique l'quivoque d'un nom3 ,le chien est le nom d'un animal qui aboie1 d'une bte marine 7chien de mer71 et d'un signe cleste4 ,dans le second1 on divise un mot selon ses modes ou ses applications modales3 ,infini se dit ou du temps1 ou du nombre1 ou de la mesure4 ,la division du tout a lieu1 quand le tout est divis en ses propres parties soit constitutives1 soit divisives4 ,que nous disions3 ,la maison est en partie murs1 en partie toit1 en partie fondation1 ou bien3 ,l'homme est ou ,socrate1 ou ,platon1 ou etc41 nous faisons une division du tout ou par le tout 7totius ou a toto72 mais l'une est celle de l'entier1 l'autre celle de l'universel2 l'une se fait en parties constitutives1 l'autre en parties divisives4 ,commenons par la division du genre en ses espces les plus prochaines#ejh4 ,celle-ci peut tre aisment confondue avec la division par diffrence2 mais dans la division en espces par les diffrences1 il ne s'agit pas des espces elles-mmes1 mais des formes des espces4 ,ainsi l'animal est ou homme1 ou quadrupde1 ou oiseau1 etc41 est une division du genre en espces2 l'animal est ou homme ou non-homme1 est une division par opposition2 l'animal est ou rationnel ou non rationnel1 une dfinition par diffrence4 ,note #ejh3 ,dial41 p4 #dfd4 ,ablard n'ajoute ici ,boce qu'un seul point4 ,par diffrences faut-il entendre les formes des espces1 ou seulement de simples noms de diffrences1 qui1 suivant quelques-uns1 suppleraient les noms spciaux pour dsigner les espces1 en sorte que rationnel quivaudrait animal rationnel1 anim corps anim8 ,les noms des diffrences contiendraient ainsi1 non-seulement la forme1 mais la matire1 c'est--dire la chose tout entire3 ,opinion1 dit ,ablard1 qui a paru prfrable mon matre ,guillaume4 ,celui-ci voulait en effet1 je m'en souviens1 pousser ce point l'abus des mots1 que lorsque le nom de la diffrence tenait lieu de l'espce dans une division du genre1 il ne ft pas le nom abstrait de la diffrence1 mais ft pos comme le nom substantif de l'espce4 ,autrement1 suivant lui1 on aurait pu appeler cela division du sujet en accidents1 les diffrences ne lui paraissant plus alors appartenir au genre qu' titre d'accidents4 ,c'est pourquoi il voulait1 par le nom de la diffrence1 entendre l'espce elle-mme1 fond sur ce mot de ,porphyre3 ,par les diffrences nous divisons le genre en espces#eji4 ,note #eji3 ,porphyr4 ,isag41 ,,iii4--,boeth41 ,in ,porph4 a se transl41 l4 ,,iv1 p4 #ha4 ,par un plus grand abus1 il employait le nom infini 7indtermin7 pour dsigner l'espce oppose4 ,ainsi1 il disait3 ,la substance est ou le corps ou le non-corps4 ,non-corps pour lui ne dsignait que l'espce oppose corps2 ce terme infini par signification n'tait plus qu'un nom substantif et spcial#eaj4 ,mais si1 par une nouveaut de langage1 on prend les noms des diffrences ou les noms infinis pour ceux mme des espces1 la lettre n'a plus aucun poids1 c'est--dire les textes sont sans autorit4 ,que devient le soin particulier et le rle part que ,boce accorde aux diffrences8 ,il ne voulait pas non plus que la simple ngation contnt l'ide de l'espce1 lorsqu'il disait3 ,la ngation par elle-mme ne constitue point une vritable espce4 ,le non-homme1 le non-corps n'est pas une espce4 ,les noms ngatifs ne remplacent les noms d'espces que lorsque ceux-ci manquent4 ,quant aux noms des diffrences1 ils ne sont pas substantifs au sens des noms de substances1 mais ce sont des noms pris des diffrences1 c'est--dire les diffrences prises substantivement2 car ce que la scolastique appelle des noms pris revient aux noms abstraits des modernes1 quand ces noms ne sont pas des noms de genres ou d'espces4 ,aussi1 de la division du genre par diffrence1 ,boce tire-t-il la dfinition des espces1 par la jonction du nom divisant de la diffrence au nom divis du genre#eaa4 ,cela veut dire que si l'on divise le genre animal en rationnel et irrationnel1 ce qui est le diviser par diffrence1 la jonction du genre animal et de la diffrence rationnel1 ou l'expression l'animal rationnel1 sera la dfinition de l'espce homme2 en sorte que c'est un axiome dialectique1 que ce qui convient la division du genre convient la dfinition de l'espce4 ,or1 cela ne se peut dire que de la division du genre par les diffrences4 ,si diffrence quivalait espce1 cela signifierait que la division du genre en espces dfinit l'espce1 ce qui n'a aucun sens4 ,c'est pour cela que ,porphyre1 d'accord avec ,boce1 dit que les diffrences qui divisent le genre sont toutes appeles diffrences spcifiques#eab4 ,note #eaj3 ,le nom infini est le nom indfini ou indtermin qui s'applique des choses diverses de genre1 d'espce1 ou de degr ontologique1 tandis que les noms universels sont dtermins certains genres1 certaines espces2 par exemple1 le non-animal est un nom infini1 car il s'applique la substance1 au mtal1 au fer1 l'pe1 l'pe d',alexandre1 etc42 il y a1 comme on voit1 du rapport entre l'infini dans ce sens et le ngatif4 ,kant entend ainsi l'infini1 lorsqu'il traite du jugement1 qu'il appelle unendlich4 7,crit4 de la rais4 pure1 ,analyt4 trans41 l4 ,i1 c4 ,i1 sect4 ,,ii47 ,note #eaa3 ,de ,div41 p4 #fdb4 ,note #eab3 ,grec3 ,eidopoioi1 ,porph4 ,isag41 ,,iii4--,boeth41 ,in ,porph41 l4 ,,iv1 p4 #hf4 ,la division en diffrences ou en espces doit porter sur les plus prochaines2 car les plus prochaines sont naturellement les plus analogues1 et les plus propres faire connatre le genre4 ,si la division du genre se faisait toujours par les diffrences ou par les espces les plus prochaines1 toute division serait deux membres4 ,c'est du moins une opinion de ,boce que tout genre a1 dans la nature des choses1 deux espces les plus prochaines2 et si nous en avions toujours les noms1 toute division pourrait s'oprer en deux espces2 si cela ne se peut toujours faire1 c'est disette de noms4 ,mais cette opinion qui se rattache la doctrine philosophique qui soutient que les genres et les espces sont les choses mmes et non simplement des voix1 je me souviens que j'avais une objection tire de la relation4 ,si tout genre est contenu en deux espces les plus prochaines1 la relation 7ad aliquid7 est dans ce cas3 deux espces les plus prochaines de relatifs en forment la division suffisante 7complte74 ,car bien que nous n'en ayons pas les noms1 elles n'en doivent pas moins subsister dans la nature des choses4 ,or elles no peuvent tre unies de relation au genre suprme4 ,en effet ce qui est antrieur a tous les relatifs 7le genre suprme7 est le genre de tous1 leur genre universel4 ,il n'est donc pas ensemble avec eux2 il ne leur est donc pas relatif2 car ,aristote nous enseigne dans ses ,prdicaments que dans la nature tous les relatifs sont ensemble 7ou simultans7#eac4 ,par la mme raison1 les deux espces prochaines qui divisent le genre de la relation ne peuvent tre relatives ce genre1 parce que deux choses diverses d'un mme n'y peuvent tre relatives1 comme un mme ne peut avoir plusieurs contraires1 plusieurs privations ou possessions d'un mme1 plusieurs affirmations propres ou ngations1 d'aprs la rgle une seule ngation pour une seule affirmation#ead4 ,note #eac3 ,arist4 ,categ4--,aristote ne pose pas le principe d'une manire absolue4 ,grec3 ,dokei de ta pros ti hama tae physei einai kai epi men ton pleiston alaethis estin4 ,il parat que les relatifs sont simultans dans la nature2 et cela est vrai de la plupart4 ,note #ead3 ,grec3 ,mia apiphasis mias kataphaseos esti4 ,arist41 ,de ,int41 ,,vii4--,boeth41 ,de ,int41 ed4 sec41 p4 #ceb4 ,ces deux espces ne peuvent non plus tre relatives aux espces subordonnes2 car si une d'elles est en relation 7et par consquent simultane7 avec les espces infrieures1 c'est avec celle qui lui est subordonne1 ou avec celle qui est subordonne l'autre4 ,or ce ne peut tre avec celle qui vient aprs elle1 puisqu'elle est antrieure celle-ci dans la nature1 comme tant un genre4 ,si c'est avec celle qui est subordonne l'autre et si elles changent ainsi leurs espces subordonnes1 il suit que dans la nature chacune est antrieure et postrieure l'autre1 car ce qui est antrieur ou postrieur l'une de deux choses simultanes dans la nature est ncessairement aussi antrieur ou postrieur l'autre4 ,or des deux espces1 celle-l1 tant comme le genre du relatif une espce contemporaine#eae1 est l'antrieur de ce relatif1 et devient en mme temps l'antrieur de l'espce contemporaine4 ,pareillement1 celle-ci est antrieure celle-l1 en sorte que chacune des deux est1 dans la nature1 antrieure et postrieure l'autre et soi-mme4 ,c'est ce qui deviendra plus clair1 si nous dsignons par des lettres l'ensemble du prdicament4 ,reprsentons l'ordre par celte figure3 ,relation ,b4 ,c4 ,d4 ,f4 ,g4 ,l4 ,note #eae3 ,conquaero1 qui n'est ni antrieure ni postrieure4 ,si d'un ct ,c et ,d1 de l'autre ,b et ,l sont rciproquement relatifs 7,b et ,c tant les deux espces prochaines du genre le plus gnral relation1 ,d et ,l des espces1 l'un de ,b1 et l'autre de ,c71 ,b sera antrieur ,d comme son espce2 ,d tant ensemble ou simultan avec ,c comme avec son relatif1 ,b prcdera ,c4 ,ainsi ,b prcdera son espce ,d et ,c le relatif de ,d1 et par consquent soi-mme 7puisqu'il est simultan avec ,c son codivisant74 ,en outre1 il est vident que dans cette relation1 une des espces infrieures dtruite anantit tout le prdicament2 si ,d est dtruit1 tant ,b que ,c prit ncessairement1 puisqu'ils comprennent le genre le plus gnral4 ,car ,d1 tant relatif ,c1 le dtruit par sa propre destruction2 mais ,c1 tant le genre de ,l1 emporte ,l relatif de ,b1 et ainsi ,b prit aussi4 ,c'est pourquoi ,d une fois dtruit1 tant ,b que ,c est dtruit1 et la relation avec eux4 ,mais plutt1 disons ,b et ,c mutuellement relatifs1 ce qui est plus vrai1 et que toutes les autres espces contemporaines sous leurs genres1 soient relatives l'une a l'autre1 comme ,d et ,f entre eux1 comme aussi ,g et ,l1 et ainsi des autres1 tant qu'il y a d'espces contemporaines4 ,si une seule des espces en relation existe1 toutes doivent forcment exister1 de sorte que comme ,d existe1 ,b son genre existe ncessairement2 et ,b existant1 ,c son relatif existe ncessairement aussi4 ,mais si ,b existe1 il faut ncessairement que son relatif ,c coexiste4 ,or ,c no coexistera que par quelqu'une de ses espces qui1 tant relative une autre1 ne peut exister par soi seule1 et il faut que celte autre existe ncessairement4 ,donc1 une des espces relatives existant1 il arrivera que toutes existent2 ce qui est trs-videmment faux1 car une des espces n'exige l'existence d'aucune autre espce que de celle avec laquelle elle est ensemble ou simultane1 et laquelle elle est relative4 ,le pre n'exige pas l'esclave ou le disciple1 mais seulement le fils4 ,si1 en descendant des espces prochaines de relatifs1 par les genres secondaires et les sous-espces1 aux individus1 nous trouvons que les espces1 contemporaines d'un mme genre1 ne sont pas relatives entre elles1 mais que ce sont les espces de l'un des genres divisant qui sont relatives aux espces d'un autre1 sous le mme genre suprme 7comme le sont les espces de l'anim et de l'inanim entre elles71 deux espces existant entranent ncessairement l'existence de toutes les autres4 ,si au contraire les espces d'une espce la plus prochaine sont relatives ans espces d'une autre espce la plus prochaine 7comme les espces du corps aux espces de l'esprit71 cette ncessit n'existe pas4 ,notez bien que le genre le plus gnral du prdicament o cette condition se ralise est contenu dans deux espces2 mais aussi1 ou nous sommes en ceci plus subtil qu'il ne faut1 ou1 pour conserver l'autorit sauve1 il faut dire qu'elle n'a pas regard aux genres de tous les prdicaments4 ,c'est ainsi qu'il#eaf soutient dans beaucoup de ses ouvrages que toute espce est constitue de la matire du genre par la forme de la diffrence2 ce qui ne peut1 cause de l'infinit des espces1 tre maintenu pour toutes2 cette rgle ne doit donc tre rapporte qu'au prdicament de la substance4 ,il en est de mme peut-tre de l'autre rgle#eag4 ,note #eaf3 ,boce4 ,note #eag3 ,dial41 p4 #deh-dfj4 ,on aura remarqu cette argumentation qui peut tre prise comme un spcimen du raisonnement scolastique4 ,la singularit en sera plus frappante si nous empruntons un langage plus familier aux lecteurs de notre temps4 ,la division est l'origine et comme le fond de la dfinition4 ,soit par exemple cette dfinition de l'homme1 l'homme est un animal raisonnable1 elle suppose cette division1 l'animal est ou raisonnable ou non raisonnable4 ,c'est une division1 c'est--dire une proposition dans laquelle le sujet est divis en deux classes par deux attributs2 et c'est une division par diffrences1 en ce que ces attributs sont diffrentiels1 c'est--dire constitutifs d'espces proprement dites1 non de simples distinctions modales1 mais des diffrences spcifiques3 c'est l'expression de la science4 ,la division par diffrences doit se faire par les diffrences les plus prochaines4 ,admettez plusieurs espces d'hommes1 les uns ayant douze sens1 et les autres cinq2 le genre animal ne devrait pas tre divis par ces diffrences2 car elles sont loignes1 elles constituent des sous-espces1 et non les espces du genre animal2 la diffrence prochaine ou la plus prochaine1 ici c'est la raison4 ,la diffrence prochaine1 celle qui divise immdiatement le genre1 est celle qui le fait le mieux connatre1 celle qui touche de plus prs la nature2 c'est donc la plus relle4 ,boce dit que tout genre a deux espces prochaines#eah1 parce qu'il veut que toute division soit deux membres1 toute division triple ou quadruple pouvant se ramener la division par deux4 ,si la division ne parat pas toujours pouvoir se faire en deux membres1 c'est que les langues n'offrent pas toujours les deux noms des divisants et surtout des deux diffrences spcifiques d'un mme genre4 ,dans l'exemple1 la raison est une des diffrences spcifiques2 nous serions embarrasss pour nommer l'autre en franais4 ,le latin assez barbare des scolastiques dit rationale1 irrationale2 le substantif abstrait rpondant irrationale ce serait la non-raison4 ,il serait facile de trouver des exemples pour lesquels la langue nous ferait encore plus dfaut2 mais si la division du genre en deux espces prochaines est toujours possible1 sans toujours tre exprimable1 il suit que les espces existent indpendamment d'un nom qui les dsigne4 ,elles existent sans les mots qui les nomment4 ,que devient alors la doctrine qui veut que les espces ne soient que des mots8 ,voil l'argument qu',ablard dirige en passant contre ,roscelin4 ,note #eah3 ,de ,div41 p4 #fdc4 ,les modernes rpondraient que les espces peuvent exister dans l'esprit sans tre nommes1 que toutes les ides n'ont pas ncessairement leurs noms1 et qu'ainsi le principe de ,boce peut tre vrai comme principe idologique1 sans qu'il en rsulte aucun prjug en faveur de la ralit objective des espces4 ,que dit en effet le nominalisme raisonnable8 ,les individus seuls sont rels4 ,ces individus semblables ou dissemblables1 spars ou rapprochs par des diffrences ou ressemblances essentielles ou accidentelles1 sont compars et classs par l'intelligence1 en sorte que les genres et les espces sont des vues de l'esprit fondes seulement sur les diffrences et les ressemblances des individus1 seules ralits4 ,toute classe1 genre ou espce1 se rsout rellement en individus4 ,il n'y a point de ralit autre qui corresponde au nom ou l'ide de la classe2 il n'y a point l'homme1 l'animal2 il y a des animaux1 des hommes4 ,les genres et les espces ne sont donc que des ides1 et comme les ides en gnral ne se constatent et ne se fixent que par leurs signes1 comme la langue s'unit indissolublement l'intelligence1 on peut regarder les espces comme des noms1 ne correspondant aucune ralit substantielle qui soit l'espce1 si elle n'est la runion des individus2 et en ce sens on peut aller jusqu' dire que les espces ne sont que des noms4 ,tel est le nominalisme soutenable1 ou le conceptualisme clair4 ,a ce compte1 le principe de ,boce pourrait rester vrai1 tout genre se diviserait en deux espces1 ne fussent-elles dsignes par aucun nom spcial1 sans que le ralisme ft justifi1 c'est--dire sans qu'il en fallt conclure que les espces hors des individus soient autre chose que des abstractions4 ,mais ,ablard ne procde pas ainsi2 il attaque le principe de ,boce dans sa gnralit1 et sans s'inquiter de l'induction que ce principe fournit en faveur du ralisme2 voici par quel argument de mtier il pense le dtruire4 ,si deux espces prochaines puisent la division de tout genre1 la rgle est applicable au genre relation4 ,la relation est un genre suprieur1 de ceux qu',aristote appelle generalissima1 car c'est le troisime prdicament4 ,or1 quelles sont les deux diffrences prochaines qui divisent le genre relation8 ,la difficult de le dire peut prouver seulement que les noms des deux espces prochaines du genre relation manquent1 et ne prouve pas qu'elles n'existent point dans les choses1 faute d'exister dans les noms2 elles peuvent tre dans la nature et manquer dans le langage4 ,mais c'est une rgle de logique que tous les relatifs sont ensemble dans la nature1 tous les ad aliquid sont simul1 ,grec3 pros ti hama tae physei einai1 ce qui signifie qu'ils coexistent naturellement1 en ce sens que si une chose est relative une autre1 il faut bien que celle-ci le soit la premire4 ,elles sont donc ncessairement corrlatives et simultanes4 ,l'un des relatifs ne peut disparatre que la relation ne disparaisse et n'entrane avec elle la disparition de l'autre4 ,cette rgle admise1 il faut bien que les deux espces prochaines qui divisent compltement le genre relation1 tant les deux espces fondamentales de relatifs1 soient simultanes4 ,or le seront-elles avec la relation1 leur genre suprme8 ,mais c'est un principe que le genre suprme est antrieur aux espces1 qu'il a la priorit sur elles2 et si la relation1 genre suprme des deux espces prochaines de relatifs1 leur est antrieure1 comment ceux-ci pourraient-ils tre simultans avec elle8 ,cela rpugne4 ,maintenant les deux espces prochaines de relatifs peuvent-elles tre simultanes avec celles qui ne sont pas prochaines8 ,non1 car ou celles-ci leur sont subordonnes1 ou elles ne le sont pas4 ,si elles leur sont subordonnes1 elles viennent aprs les premires1 qui ne peuvent tre simultanes avec celles qui leur sont postrieures4 ,s'il s'agit d'espces qui ne leur sont pas subordonnes2 si1 par exemple1 l'espce prochaine ,a est simultane avec l'espce ,d subordonne l'espce prochaine ,b1 tandis que celle-ci est simultane avec l'espce ,c subordonne l'espce prochaine ,a1 il arrive que ,a simultan avec ,b antrieur ,d1 est simultan avec ,d postrieur ,b1 et par consquent ,a est antrieur ,d comme ,b1 et postrieur ,b comme ,d4 ,et de mme1 ,b est tout la fois antrieur ,c comme ,a et postrieur ,a comme ,c4 ,sans plus de dveloppement1 la contradiction apparat4 ,enfin1 les deux espces prochaines du genre suprme relation sont-elles simultanes l'une avec l'autre8 ,soit2 mais alors il en est de mme forcment des deux genres qui divisent chacune d'elles1 et des espces subordonnes qui divisent chacun de ces genres2 car toutes ces divisions sont des divisions en deux relatifs4 ,et comme il y a solidarit entre eux tous les degrs1 et qu'en outre les deux divisants supposent le divis1 un seul relatif un degr quelconque de l'chelle1 suppose tous les autres2 et consquemment1 il pourrait arriver1 par exemple1 que l'existence de la relation de roi sujet entrant ncessairement l'existence de la relation de matre disciple1 ou de cause effet2 ce qui est videmment absurde#eai4 ,note #eai3 ,supposez que le prdicament relation ait pour espces les plus prochaines une ,x et une ,y1 dont la premire sera un relatif que nous nommerons celui de qui on dpend1 et la seconde1 celui qui dpend4 ,elles seront corrlatives et simultanes2 soit4 ,mais la premire aura1 je suppose1 pour genres qui la divisent la cause et le suprieur1 la seconde1 l'effet et l'infrieur4 ,cause et suprieur ne sont pas relatifs entre eux1 mais ils ont le mme genre qu'ils divisent4 ,effet et infrieur ne le sont pas davantage2 mais ils divisent un mme genre4 ,ces espces se sous-divisent leur tour2 par exemple suprieur en pre et en matre1 infrieur en fils et en esclave4 ,or suprieur1 quoique de genre diffrent1 sera relatif infrieur et simultan avec lui1 et rciproquement4 ,pre1 espce appartenant un autre genre que fils1 sera relatif et simultan avec fils1 comme matre avec esclave1 bien qu'appartenant des espces de genres divers4 ,or1 si pre est relatif fils1 ils sont ncessaires l'un l'autre1 et ces deux sous-espces existant rendent ncessaire l'existence de toutes les autres4 ,car fils tant rendu ncessaire par pre1 rend ncessaire infrieur1 l'espce de laquelle il dpend1 et celle-ci1 son autre sous-espce esclave1 puisque 7c'est la supposition7 ces deux sous-espces fils et esclave divisent exactement leur espce infrieur4 ,j'en dis autant de pre et de matre par rapport suprieur4 ,mais suprieur et infrieur leur tour appartiennent deux genres diffrents1 dont l'un est divis par suprieur et par cause1 l'autre par infrieur et par effet1 et comme infrieur et suprieur sont ncessaires l'un l'autre1 l'existence de l'un et de l'autre entrane celle des deux autres espces avec chacune desquelles chacun d'eux divise exactement son genre respectif2 et ces genres respectifs1 tous deux runis et opposs1 corrlatifs simultans1 sont les espces les plus prochaines du genre le plus gnral1 la relation4 ,ainsi les rapports dialectiques de toutes ces branches de la relation tablissent une liaison ou solidarit entre des choses qui en ralit n'en ont aucune1 puisque l'existence du fils ne fait rien celle de l'esclave1 celle du pre rien celle du matre1 celle du suprieur rien celle de la cause4 ,que faut-il donc penser de l'autorit8 ,que devient la rgle de ,boce8 ,il faut croire1 dit ,ablard1 qu'il n'a pas entendu parler des genres de tous les prdicaments2 et la rgle ne doit tre applique qu'au prdicament de la substance2 c'est ainsi que son autre rgle3 toute espce est constitue de la matire du genre par la forme de la diffrence1 n'est vraie que des espces de la substance4 ,on peut ici juger ,ablard et la scolastique4 ,il s'agit d'un argument qui1 au fond1 atteint le ralisme4 ,quelle en est la difficult8 c'est qu'il est dirig contre l'autorit1 contre une rgle de ,boce4 ,quelle en est la force8 c'est qu'il est appuy sur l'autorit1 sur une rgle d',aristote4 ,il se rduit ceci3 la rgle tout genre se divise en deux espces prochaines est inconciliable avec cette autre rgle les relatifs sont simultans4 ,voil comme le raisonnement scolastique se fonde toujours sur l'autorit1 mme quand il attaque l'autorit4 ,en admettant que le genre substance se divise en deux espces prochaines1 ,ablard examine s'il en est de mme du genre relation2 il traite hypothtiquement la relation comme la substance2 et attendu que la maxime de ,boce1 au cas o elle serait vraie1 suppose que les espces sont des choses et non des mots1 puisqu'elle les admet comme existantes1 encore mme qu'il n'y ait pas de mots pour les nommer1 il suit que1 si elle est vraie pour la relation comme pour la substance1 les espces de la relation sont des choses comme celles de la substance4 ,mais1 en vrit1 comment des espces de relations peuvent-elles tre des choses8 ,quelle valeur peut avoir un argument qui donne aux relations la mme ralit qu'aux substances8 ,n'y a-t-il pas l une tendance raliser indment des abstractions8 ,on voit comment la scolastique1 si peu ontologique dans ses bases1 en ce sens qu'elle s'appuie si peu sur l'observation de la ralit1 tombe facilement dans une ontologie artificielle et gratuite qui remplit et abuse l'intelligence4 ,il serait facile d'attaquer l'argumentation d',ablard en elle-mme4 ,attaquons-la jusque dans ses principes4 ,le premier est d',aristote3 les relatifs sont ensemble dans la nature2 c'est--dire1 comme il l'explique1 simultans et solidaires dans la ralit4 ,ce principe est-il donc si clair et si juste8 ,sans doute il y a moiti1 s'il y a double2 s'il y a disciple1 il y a matre2 mais la science est relative son objet1 et l'objet de la science peut exister sans qu'effectivement la science existe4 ,de mme1 l'objet senti est antrieur la sensation4 ,le principe n'est vrai tout au plus que si on l'applique la relation en acte1 non la relation en puissance4 ,la relation actuelle exige la simultanit des relatifs4 ,mais quelle espce de relatifs sont les deux espces prochaines du genre relation8 ,le rapport des espces prochaines aux genres1 des espces entre elles1 des espces d'autres espces1 est-il la relation proprement dite1 aristotlique1 catgorique8 cela ne conduirait-il pas cette ide outre que tout rapport est un rapport ncessaire8 ,la catgorie de relation est le rapport ncessaire2 mais le rapport ncessaire n'est pas ncessairement le rapport de simultanit4 ,de ,a ,b il peut y avoir un rapport ncessaire1 ds que ,b existe2 mais avant que ,b existe1 il peut n'y avoir de ,a ,b qu'un rapport possible2 si ,a est naturellement antrieur ,b1 on ne peut pas dire que ,a et ,b soient ensemble ou simultans1 quoique ,a tant donn1 il en rsulte ncessairement un rapport possible avec ,b1 au cas que ,b devienne rel2 et quoique ,b tant donn1 il en rsulte ncessairement un rapport ncessaire et actuel avec ,a1 qui ne peut pas exister1 ds que ,b existe4 ,ainsi ,a et ,b sont relatifs et ne sont pas simultans4 ,mais si tous les relatifs ne sont pas simultans1 est-il vrai que cette rgle vraie ou fausse doive s'appliquer aux choses unies par le rapport d'espces genre1 ou d'espces du mme genre entre elles1 ou de celles-ci avec d'autres espces8 ,nullement2 la dfinition de la relation ne s'applique pas ces relations-l4 ,le genre est logiquement antrieur aux espces1 et1 bien que les espces le supposent1 il ne les suppose pas1 il ne suppose que des espces possibles4 ,il n'y aurait pas d'hommes qu'il y aurait encore des animaux4 ,de mme1 point de relation ncessaire entre l'espce homme et les espces des plantes1 ou les sous-espces des oiseaux ou des poissons1 ou mme les sous-espces des ngres ou des blancs4 ,l'une ne suppose pas les autres4 ,ce qui est vrai1 c'est que si un genre est compltement divis par deux espces prochaines1 poser l'une comme espce1 c'est supposer l'autre4 ,on ne peut dire3 ,il y a dans le genre animal une espce raisonnable1 sans dire implicitement qu'il y a une espce non raisonnable4 ,s'il n'y avait que l'espce raisonnable1 il n'y aurait pas de diffrence entre le genre animal et l'espce homme4 ,l'un se confondrait dans l'autre1 l'animal ne serait qu'un genre sans espce4 ,bien plus1 si l'homme a t cr aprs les autres animaux1 le genre animal1 avant la naissance d',adam1 n'tait ni genre ni espce qu'en puissance1 et non pas en acte2 et quoique la race humaine ne pt natre sans que la division possible du genre devnt ncessairement actuelle entre elle et les autres races1 c'est--dire sans qu'aussitt le genre et les deux espces fussent raliss1 il n'y avait pas eu simultanit entre l'espce humaine et le reste des animaux1 en dpit du rapport ncessaire entre les deux espces4 ,tous les animaux ne coexistent pas ncessairement dans la nature4 ,il faut donc modifier le principe d',aristote1 ou ne pas regarder les deux espces prochaines d'un genre comme de vritables relatifs4 ,au reste1 la question n'est pas si un genre se divise en deux relatifs1 mais s'il se divise ncessairement en deux espces4 ,nous touchons ici la seconde rgle et l'autre autorit4 ,le genre se divise-t-il exactement en deux espces prochaines1 oui ou non8 ,si l'on parle d'une division verbale1 soit4 ,posez une espce du genre1 vous aurez certainement en regard de cette espce tout ce qui1 dans le mme genre1 n'offre pas la diffrence spcifique4 ,on peut toujours dire que le genre se divise en ce qui a telle diffrence et ce qui ne l'a pas2 mais le second membre de la division n'est pas ncessairement une espce proprement dite4 ,ce peut tre la collection forme momentanment par l'esprit de tous les tres qui n'ont pas la diffrence2 ce n'est alors que la ngation en regard de l'affirmation4 ,par exemple1 les animaux sans raison constituent-ils ncessairement une espce proprement dite1 et ne pourraient-ils pas offrir d'ailleurs de telles diversits1 qu'ils ne formeraient une classe une et spciale que par opposition l'espce raisonnable8 ,toute importante qu'est la division par l'affirmation et la ngation1 elle n'est pas assez instructive1 assez significative2 c'est plutt une limination1 une abstraction1 comme parle la logique moderne1 qu'une division scientifique4 ,par exemple1 si l'on disait3 ,tout tre est crateur1 incr ou cr1 on ferait une division trois membres et qui pourrait avoir une vritable valeur4 ,sans doute on peut toujours rduire une division par espces deux membres2 il suffit pour cela d'affirmer une diffrence1 et puis de la nier4 ,mais il ne suit pas que l'on constituera toujours par l deux espces relles4 ,si l'on divise l'tre en crateur et cr1 on aura d'un ct ,dieu1 et de l'autre la matire1 l'me1 l'ange1 l'homme1 la brute2 le cr ne sera pas une espce proprement dite4 ,on aura cependant une division deux membres1 et qui comprendra tout le genre4 ,j'avoue toutefois que si l'on veut restreindre la division aux espces proprement dites1 aux diffrences proprement dites1 et non l'appliquer toutes les espces transitoires et successives qu'enfante l'esprit humain1 la rgle de ,boce reprendra plus de valeur4 ,admettez qu'il y ait en effet des espces et diffrences proprement dites1 c'est--dire qu' tel degr dtermin de l'chelle de l'tre soit le genre1 et au degr qui suit immdiatement1 l'espce1 il sera vrai que vous ne passerez jamais de l'un l'autre que par la division deux membres4 ,l'animal tant le genre1 l'espce humaine est bien certainement animal par la diffrence raison2 et l'autre portion du genre animal moins la raison1 peut tre dite constitue du genre animal par la diffrence non-raison1 ce qui donne forcment une seconde espce4 ,mais on conviendra qu'il y a un peu de symtrie artificielle dans tout cela1 et qu'il est difficile d'admettre rellement la non-raison comme une forme essentielle4 ,de cette manire de procder1 il peut rsulter une cration illimite d'tres de raison rigs tt ou tard en tre rels4 ,ainsi1 les nominalistes eux-mmes sont tt ou tard ontologistes4 ,je n'ai raisonn que sur le genre substance2 que serait-ce si je m'occupais des genres des autres prdicaments6 c'est alors que tout paratrait fictif1 et l'abus de l'ontologie dialectique claterait4 ,il est tel qu'on ne peut supposer que les scolastiques habiles en fussent les dupes1 et certainement au fond ,ablard savait bien que ce ne pouvait tre que par une assimilation fictive que l'on traitt la relation ou la situation comme la substance2 il laisse entrevoir1 quoique trop rarement1 qu'il n'ignore pas que la nature1 c'est ainsi qu'il nomme la ralit1 est autre chose que l'art1 c'est ainsi qu'il nomme la dialectique4 ,mais d'abord pourquoi ne le pas dire mieux8 puis1 pourquoi ne pas tudier1 pour la dcrire et la circonscrire1 cette disposition ou cette facult qui est en nous de convertir tout en tre1 et de raisonner des rapports et des modes comme si c'taient des substances8 ,il est vrai que c'et t l de la psychologie4 ,remarquons cependant une distinction importante et qui prouve que ce rare esprit ne mconnaissait pas la diffrence profonde qui doit sparer l'ontologie naturelle de l'ontologie dialectique4 ,il revient ici l'ide qu'il a dj exprime1 c'est que les rgles qui sont bonnes pour la catgorie de la substance ne sont pas absolument et de plein droit vraies des autres catgories4 ,suivant lui1 la division du genre s'opre exactement par deux espces prochaines1 mais seulement quand ce genre est de la catgorie de la substance4 ,la division du genre par les diffrences quivaut la division par les espces1 mais seulement quand il s'agit du genre de la substance4 ,tout cela n'est qu'une suite d'un principe antrieurement pos2 c'est que toute espce est constitue de la matire du genre par la forme de la diffrence1 seulement quand il s'agit de genres ou d'espces du ressort de la substance4 ,je ne vois pas que cette distinction fondamentale ait t jusqu'ici remarque2 elle fait honneur celui qui l'a aperue et rpond d'avance plus d'une censure dirige contre lui#ebj2 mais passons la seconde espce de division substantielle4 ,note #ebj3 ,voyez ,dial41 pars ,,iii1 p4 #djj2 et ci-dessus c4 ,v1 et ci-aprs c4 ,,vi1 ,,vii et ,,ix4 ,aprs la division du genre en espces vient celle du tout en parties#eba4 ,le tout est quant la substance1 ou quant la forme1 ou quant l'une et l'autre4 ,le tout quant la substance est tel quant la comprhension de la quantit1 c'est l'entier1 ou quant la distribution de l'essence commune1 c'est l'universel4 ,telle est par exemple l'espce distribue entre tous ses individus4 ,l'espce peut bien tre appele le tout quant la substance des individus1 puisqu'elle est la substance totale des individus4 ,mais il n'en est pas de mme des genres2 car il y a1 outre le genre1 la diffrence dans la substance de l'espce1 tandis qu'au del de l'espce rien de nouveau n'entre dans la substance de l'individu4 ,les individus sont des parties de l'espce1 non des espces 7,porphyre72 ce tout est un universel1 parce qu'il se dit de toutes les parties individuelles1 mais il n'est pas un entier1 c'est--dire un tout qui rsulte de l'assemblage de toutes les parties combines1 comme la maison1 qui est compose du toit1 des murs1 etc4 ,l'entier ne peut tre l'universel1 parce que l'universalit n'a point ses parties dans sa quantit1 mais en distribution dans la diffusion de la communaut1 c'est--dire divises entre plusieurs qui elle est commune4 ,l'entier a une prdication 7attribution7 qui lui est particulire2 ,socrate est compos des membres que voici4 ,note #eba3 ,dial41 pars ,v1 ,p4 #dfj-dgj4 ,quand ,platon a dit1 au rapport de ,porphyre#ebb1 que la division doit s'arrter aux dernires espces pour ne pas s'tendre jusqu'aux individus1 il a considr non la nature des choses1 mais la multiplicit et le changement des individus4 ,leur existence est soumise la gnration et la corruption1 elle n'a pas la permanence que possdent les universels1 dont l'existence est ncessaire1 ds qu'il existe un quelconque des individus en lesquels ils sont distribus4 ,cette infinit#ebc1 qui n'est point l'oeuvre de la nature1 mais de notre ignorance et de la mobilit de l'existence1 laquelle ne saurait longtemps persister dans ces individus comme dans les premiers sujets des animaux1 ou dans des individus accidents immobiles1 empche la division actuelle1 mais n'empche pas qu'elle existe dans la nature3 la nature pourrait trs-bien souffrir que les individus dont l'existence aurait t permise1 attendissent notre division et tombassent sous notre connaissance4444 ,note #ebb3 ,porphyr4 ,isag41 ,,ii4--,boeth41 ,in ,porph41 l4 ,,iii1 p4 #ge4 ,note #ebc3 ,l'impossibilit de dterminer le nombre des individus4 ,de ces touts qu'on appelle entiers ou constitutifs1 les uns sont continus1 comme la ligne1 qui a ses parties continues1 et les autres non1 comme le peuple1 dont les parties sont dsagrges4 ,la division de ces touts ne s'nonce pas au mme cas que celle de l'universel1 c'est--dire au nominatif1 elle se fait au gnitif4444 ,de cette ligne1 une partie est cette petite ligne1 une autre partie1 cette autre petite ligne2 de ce peuple1 une partie est cet homme1 une autre partie1 cet autre homme4441 tandis qu'on ne dit pas que ,caton1 ,virgile 444 sont des parties de l'homme 7espce71 mais ,caton1 ,virgile est homme4444 ,mais il faut regarder au sens plutt qu'aux paroles4444 ,comme la division rgulire du genre ne se fait point par ses espces quelconques1 mais par ses espces les plus prochaines1 de mme1 la division du tout ne doit pas se faire par les parties qu'on voudra1 mais par les parties principales4 ,on blmerait celui qui diviserait l'oraison par syllabes ou par lettres1 qui sont les parties des parties2 l'ordre naturel est que la division se fasse en ces parties1 dont l'union constitue immdiatement le tout1 et que l'on dcompose l'oraison en expressions et celles-ci en syllabes4 ,mais quelles parties convient-il d'appeler principales1 et quelles1 secondaires8 ,regardez-vous comment le tout se constitue1 les principales sont parties1 non des parties1 mais du tout1 comme dans l'homme l'me et le corps4 ,regardez-vous comment le tout se dtruit1 les parties principales sont celles dont la suppression dtruit la substance du tout1 comme la tte dans l'homme4 ,la premire classification est arbitraire4 ,elle veut1 par exemple1 que les parties principales de la maison soient les murs1 le toit et les fondements4 ,mais s'il convient de diviser la maison en deux1 mettant d'un ct les murs avec leurs fondements1 et de l'autre le toit1 les fondements ne seront plus partie principale1 mais partie de partie4 ,on peut volont dans un compos quelconque rendre secondaire une partie principale1 et rciproquement4 ,dans l'autre opinion1 on n'hsite pas admettre comme principales des parties de parties1 dans l'homme1 par exemple1 la tte1 laquelle est une partie du corps qui est une partie de l'homme1 dont l'autre partie est l'me2 on regarde seulement quelles sont les parties qui1 en se dtruisant1 dtruisent la substance du tout4 ,mais si vous dtruisez une petite pierre de la muraille d'une maison1 comme cette pierre est un des lments de sa substance1 cette substance est atteinte1 le tout cesse d'exister1 la maison est dtruite2 ou ce qui reste est un autre tout1 une autre maison2 ce n'est qu'une partie de la premire4 ,en vain diriez-vous que la petite pierre de la maison existe sparment1 la maison existait comme compos1 et il ne suffit pas pour son existence que sa matire subsiste4 ,autrement1 comme elle se compose de bois et de pierres1 on dirait que lorsqu'on a le bois et les pierres1 on a la maison4 ,donc1 du point de vue de la destruction1 toutes les parties sont principales4 ,a cette argumentation1 qu',ablard dit toute neuve1 novissimae1 voici comme on a tent de rpondre4 ,vous dites que si cette petite pierre cesse d'tre1 le tout dont elle fait partie n'est plus2 soit1 pourvu que la pierre soit vraiment partie principale1 comme dans un tout de deux pierres4 ,mais pour appliquer cette conclusion un tout qui est le tout des parties1 mais qui est autre chose que ses parties1 il faut ajouter au raisonnement cette constante3 ,les parties tant parties et parties principales4 ,en effet1 dans le consquent1 elles sont prises comme tout1 dans l'antcdent comme parties4 ,or une partie n'est pas le tout1 ou la substance se multiplierait l'infini4 ,il faut donc rtablir l'unit du raisonnement qui manque d'une condition essentielle en logique1 la constance1 d'aprs la rgle3 ,o la constance n'est pas conserve dans l'enchanement1 la conjonction des extrmes ne suit pas#ebd4--,mais alors comment accordez-vous que dans ces consquences fort connues3 ,si l'homme existe1 l'animal existe1 et si l'animal1 la substance1 la conjonction des extrmes s'accomplisse8 ,car dans la premire consquence1 animal suit comme genre1 et dans la seconde1 il prcde comme espce4 ,faut-il donc1 pour rtablir la constance1 faire l'insertion suivante3 ,si l'homme existe1 l'animal existe2 et1 si l'animal existe1 comme animal est l'espce de la substance1 la substance existe4 ,en vrit1 cela est inutile1 le moyen terme peut galement tre consquent pour le premier membre et antcdent pour le second4 ,il est donc vrai qu'une partie quelconque dtruite dtruit ncessairement le tout1 et que1 du point de vue de la destruction de la substance1 toutes les parties sont principales4 ,note #ebd3 ,ubi constantia non interseritur1 conjunctio non procedit4 ,c'est ainsi qu',ablard donne cette rgle du syllogisme3 ,les extrmes et les moyens doivent ncessairement tre homognes4 7,analyt4 post41 #a1 vii47 ,il n'avait pat sous les yeux le texte des ,seconds ,analytiques4 ,mais si vous enlevez un ongle ,socrate1 est-ce que toute la substance de ,socrate prit8 non1 parce que l'homme ne consiste pas dans ses parties4 ,autrement1 en des temps divers1 le mme homme vivant ne subsisterait pas2 car sa substance augmente ou diminue sans cesse4 ,il faut donc chercher quelle est la partie1 faute de laquelle l'homme ne se retrouve plus2 les uns diront que c'est la main1 les autres que c'est la langue2 mais la destruction de l'une ni de l'autre n'est l'homicide2 et nous tenons pour principales les parties qui sont telles1 que leur mutuelle conjonction produise immdiatement la perfection du tout4 ,la conjonction du toit1 des murs et des fondements1 et non pas la composition de leurs parties entre elles1 produit la maison4 ,il est des touts dont la nature parat contraire1 quoique ce soient aussi des entiers3 tels sont les touts temporels1 comme le jour compos de douze heures1 et qui est pour elles un tout constitutif4 ,ces touts n'ayant point de parties permanentes1 la simultanit ne leur est pas applicable2 leurs parties sont successives1 comme celles du temps1 celles de l'oraison1 et l'existence actuelle de ces parties est la seule mesure de l'tre de ces touts4 ,a prendre rigoureusement la signification du jour ou de l'oraison1 jamais l'oraison ou le jour n'existe1 puisque jamais ni les douze heures1 ni les mois dont se compose l'oraison1 ne coexistent4 ,aristote admet dans le temps la continuation sans la permanence#ebe1 mais ni l'une ni l'autre dans l'oraison4 ,il faudrait plutt dire que les parties du temps ont la permanence et non la continuation2 car les sujets tant discontinus1 les accidents doivent l'tre aussi4 ,on trouverait galement une sorte de permanence dans les parties de l'oraison1 en faisant prononcer en mme temps par divers les lettres qui en sonnant ensemble composeraient les mots et l'oraison avec les mots4 ,mais dire le vrai1 ni le temps1 ni l'oraison1 ne sont des composs de parties4 ,un compos ne peut tre contenu dans une seule partie1 et ce n'est pas une partie que ce que la quantit du tout ne surpasse point4 ,l o il n'y a qu'une partie1 elle est le tout4 ,or les parties dans le temps ne sont jamais plusieurs1 puisque la simultanit leur est interdite2 il n'en existe jamais qu'une4 ,co n'est donc que par figure qu'on peut dire que le jour existe1 et ce qui en existe et qu'on appelle partie n'en est pas une1 elle est rellement un tout4 ,note #ebe3 ,arist4 ,categ41 ,,vi4 ,je me souviens1 ajoute ,ablard#ebf1 que mon matre ,roscelin avait cette ide insense de prtendre qu'aucune chose ne rsultt de parties1 et1 comme les espces1 il rduisait les parties des mots4 ,si on lui disait que cette chose1 qui est une maison1 rsulte d'autres choses1 savoir1 le mur1 le toit et le fondement1 voici par quelle argumentation il attaquait cela4 ,note #ebf3 ,dial41 p4 #dga4 ,si cette chose qui est la muraille est une partie de cette chose qui est la maison1 comme la maison elle-mme n'est pas autre chose que le mur1 le toit et le fondement1 le mur est partie de lui-mme et du reste4 ,mais comment sera-t-il partie de lui-mme8 ,toute partie est naturellement antrieure au tout2 or1 comment le mur serait-il antrieur soi et aux autres1 lorsque l'antriorit soi-mme est impossible8 ,la faiblesse de cette argumentation consiste en ceci1 que quand on parle du mur1 et qu'on accorde qu'il est partie de lui-mme et du reste1 on entend de lui-mme et du reste pris et joints ensemble1 ou d'un compos dans lequel il est avec le toit et le fondement1 en sorte que la maison est comme trois choses1 mais non prises sparment1 combines au contraire1 et ainsi il n'est plus vrai qu'elle soit le mur ni le reste1 mais elle est les trois ensemble4 ,de la sorte1 le mur n'est partie que de lui-mme et du reste combins1 ou de toute la maison1 et non pas de lui-mme pris en soi3 il est antrieur1 non soi-mme pris en soi1 mais a la combinaison de soi-mme et du reste4 ,en effet1 le mur a exist avant que toutes ces choses eussent t jointes1 et chacune des parties doit exister naturellement avant de produire l'assemblage dans lequel elles sont comprises4 ,ce long examen de la division du tout vient de nous conduire au milieu de la grande question du ralisme et du nominalisme4 ,ablard y a touch en s'occupant de la diffrence2 il y est revenu en traitant de la division de la substance par les espces4 ,il la retrouve ici sous deux formes1 en tudiant la division du tout universel et du tout intgral4 ,le tout universel est un des universaux2 il est la collection soit des genres1 soit des espces1 soit des individus1 qui en sont comme les parties2 en tant que collection des individus1 le tout espce peut tre appel leur substance1 puisqu'il est la totalit de la substance rpartie en eux2 mais le genre n'est pas la substance totale des espces1 puisqu'il y a dans l'espce un lment qui n'est pas dans le genre1 la diffrence4 ,cette doctrine1 qui admet bien une certaine ralit dans les lments des espces et des genres1 les prsente cependant comme des touts de convention2 et il est vrai qu'en tant qu'on les considre comme des touts1 ce ne sont pas des touts naturels1 si la condition du tout naturel est l'unit numrique de substance2 mais ils sont des touts naturels1 lorsqu'ils sont la totalit de genres et d'espces vritables1 ou forms raison de ressemblances et de diffrences essentielles et permanentes4 ,les genres et les espces de convention1 oeuvres d'une classification arbitraire et momentane1 sont les seuls qui ne donnent naissance qu' des touts conventionnels4 ,quant la division du tout intgral ou constitutif en ses parties1 elle serait indiffrente la question du ralisme1 si ,roscelin n'avait eu la hardiesse de l'y rattacher4 ,n'admettant de ralit que la ralit individuelle1 il se croyait oblig de nier la ralit des lments de l'individu1 et comme l'individu est un tout1 de nier les parties du tout4 ,par quel subtil argument1 on l'a vu4 ,la rponse d',ablard est bonne1 et rsout la difficult de dialectique que ,roscelin avait invente4 ,le bon sens n'en pouvait tre embarrass un moment2 mais le bon sens n'est pas la logique4 ,la division du tout selon la forme est1 par exemple1 celle qui partage l'me en trois puissances ou facults1 celle de vgter1 celle de sentir1 celle de juger#ebg4 ,l'me en exerce une dans les plantes1 deux dans les animaux2 dans l'homme1 elle les contient tontes trois3 elle a le conseil ou le jugement avec la vgtabilil et la sensibilit1 c'est ce qu'on appelle la rationnant ou la raison4 ,note #ebg3 ,dial41 p4 #daa-dgf4 ,voici donc une division rgulire3 la puissance de l'me est ou de vgter1 ou de sentir1 ou de juger4 ,mais cette division est-elle applicable l'me universelle ou me du monde1 que ,platon croit unique et singulire#ebh1 que d'autres appellent une espce contenue dans un seul individu1 comme le phnix8 ,boce parat avoir appliqu cette division l'me en gnral1 quand il dit3 ,l'me se composant de ces sortes de parties1 en ce sens non pas que toute me soit compose de toutes1 mais une me des unes1 une autre me des autres1 c'est une chose qu'il faut rapporter la nature du tout4 ,ces mots indiquent qu'il croit que le nom d'me1 tel qu'il est dfini par la division1 convient toutes les mes1 ou1 ce qui revient an mme1 qu'il dsigne un universel4444 ,on donne donc aussi le nom de tout ce qui consiste en de certaines vertus ou facults1 comme l'me en ses trois puissances#ebi4 ,note #ebh3 ,cette division triple de l'me est comme dans toute l'antiquit4 ,ablard l'avait rencontre dans ,boce4 7,in ,porph41 p4 #df47 ,quant la question de savoir si cette triplicit s'appliquait a l'me du monde1 il aurait pu s'en assurer en relisant le ,time1 si1 comme on le croit1 il en avait une version sous les yeux4 ,l1 ,platon dit que ,dieu forma l'me du monde d'une essence divisible1 d'une essence indivisible1 et d'une essence intermdiaire1 produit de l'union de l'une et de l'autre4 ,ces trois principes1 le premier1 qui est l'tre1 le second l'intelligence1 le troisime qui participe des deux autres1 pourraient bien rpondre la division dont il s'agit1 quoique dans le ,time elle soit conue d'une manire plus transcendante et qui a t tout autrement dveloppe et interprte par les alexandrins4 ,voyez dans les tudes sur le ,time1 de ,m4 ,henri ,martin1 le texte1 p4 #hh1 #id et #ih1 et la note #bb4 t4 #a4 p4 #caf-chc4 ,note #ebi3 ,les citations1 comme le fond des ides1 sont prises de ,boce 7,de ,div41 p4 #fdf71 et nous voyons comment s'est introduite ou plutt maintenue dans la philosophie du moyen ge cette ancienne division de l'me en vgtative1 sensitive et intelligente 7ou rationnelle74 ,seule1 en effet1 l'me fait vgter le corps1 et elle donne seule au corps le mouvement de croissance2 seule elle discerne1 c'est--dire a la notion du bien et du mal2 mais il semble qu'elle ne sente pas seule1 on croit mme qu'elle ne peut sentir1 car on ne dit pas les sens de l'me1 mais du corps4 ,aristote attribue les sens au corps#ecj2 c'est que les sens1 c'est que les instruments par lesquels l'me exerce ses sens1 sont fixs dans le corps et font connatre les corps qui1 par leur intermdiaire1 arrivent l'tat de concepts1 d'o l'on pourrait induire qu'il y a une facult de sentir dans l'me1 une autre dans le corps4 ,l'une et l'autre1 en effet1 sont dits sensibles 7sensibile72 mais la vraie et premire facult de sentir est dans l'me1 quoique le corps contienne les divers organes des sens444441 ou plutt quoique tous ses membres soient pourvus du tact qui parat tre le seul commun tout animal1 car il est certains animaux qui manquent de tous les autres instruments1 comme les hutres et les coquilles1 qui sont sans tte1 ainsi que ,boce le rappelle dans le premier ,commentaire des ,prdicaments#eca4 ,note #ecj3 ,categ41 ,,vii4--,boeth41 ,in ,proedic41 p #ajj4 ,note #eca3 ,il n'y a point ou il n'y a plus deux ,commentaires des ,prdicaments1 ni par consquent de premier4 ,c'est dans le livre ,,ii de son unique commentaire sur les catgories que ,boce parle des hutres et des coquilles 7p4 #aja74 ,quant cette sensibilit attribue au corps de l'animal1 comme si elle tait sa diffrence1 elle parat descendre et natre de celle qui est dans l'me1 et l'animal ne parat sensible qu'en tant qu'il contient une me capable d'exercer en lui la facult de sentir4 ,le corps n'est dit sensible que parce que l'me est avec lui1 que parce qu'il a une me2 l'me1 au contraire1 est sensible1 non par l'effet du prdicament de l'avoir1 mais en vertu d'une puissance qui lui est propre4 ,objectera-t-on que sensible1 tant la diffrence substantielle d'animal1 est une qualit1 apparemment parce que toute diffrence est qualit1 mais qu'avoir une me n'est pas une qualit1 tant au contraire de la catgorie de l'avoir8 ,il faudrait alors entendre par la qualit la forme1 ou par le mot sensible dsigner dans le corps de l'animal une certaine facult qui serait ncessairement du ressort de la qualit1 puisque l'autorit a soumis toutes les puissances ou impuissances au genre suprme de la qualit#ecb4 ,cela revient dire que l'animal nat dj apte l'exercice des facults de l'me1 grce une qualit des sens par lesquels l'me1 comme par des instruments1 s'acquitte des fonctions de la puissance qui lui est propre4 ,note #ecb3 ,arist4 ,categ41 ,,viii4--,boeth41 ,in ,proed41 l4 ,,iii1 p4 #agj4 ,toute cette psychologie d'ailleurs ne vient point d',aristote2 on trouverait plutt quelque chose d'analogue dans ,boce 7,de interp41 ed4 sec41 p4 #bih7 ,il faut qu'il y ait diffrentes sensibilits de l'me et du corps1 comme il y a diffrentes rationnalits1 car c'est une rgle que les genres qui ne sont point subordonns entre eux1 n'ont pas les mmes espces ou les mmes diffrences2 or1 tels sont le corps et l'me1 dont l'on ne reoit aucune attribution de l'autre#ecc4 ,note #ecc3 ,c'est dire1 en dialectique1 que la sensibilit de l'me ne peut tre celle du corps ou que la sensation n'est pas l'affection organique2 nouvelle preuve que le raisonnement1 avec ses formes d'cole1 remplace et quelquefois vaut les notions puises dans l'observation des faits de conscience4 ,l'quivoque qui se trouve dans les noms des diffrences de l'me et du corps s'tend aussi aux noms de leurs accidents4 ,il nat de certaines choses qui sont dans l'me certaines proprits pour le corps4 ,ainsi le fondement propre des sciences ou des vertus1 c'est l'me4 ,cependant l'homme est un corps1 et l'on dit de lui qu'il est savant ou studieux1 non qu'on entende par l une qualit de la science ou de la vertu1 car elles ne sont pas en lui1 mais un avoir de l'me1 qui a les sciences et les vertus4 ,l'homme est dit dialecticien ou grammairien1 joyeux ou triste1 rassur ou effray1 et mille autres choses1 raison de toutes les qualits de l'me1 dont l'exercice ne peut apparatre ou mme avoir lieu sans la prsence du corps4 ,les corps eux-mmes reoivent des noms1 et il leur nat des proprits qui ont le mme caractre3 par exemple1 ,aristote dit qu'avec l'animal meurt la science#ecd4 ,il parle de la science par rapport au corps1 car la suppression de l'animal n'entranerait point celle de la science1 puisque l'me1 une fois dgage de la tnbreuse prison du corps1 acquiert de plus vastes connaissances2 il ne veut parler que de cet exercice de la science qui se manifeste seulement grce la prsence du corps#ece4 ,note #ecd3 ,categ41 ,,vii4--,boeth41 ,in ,proed41 p4 #aff4 ,note #ece3 ,la division du tout par facults a1 suivant ,boce1 quelque chose de commun avec celle du genre ou de l'entier4 ,ainsi la prdication de l'me suit de ses facults1 ce qui signifie que l'nonciation des facults de l'me donne l'me comme consquence4 ,exemple2 ,s'il y a vgtalble1 il y a me4 ,et cela revient la division du genre lequel suit de ses espces3 ,s'il y a homme1 il y a animal4 ,l'me est compose de ses facults autrement que l'entier l'est de ses parties4 ,la composition de l'entier est matrielle ou relative la quantit de son essence1 tandis que la composition de l'me rsulte de l'addition d'une diffrence formatrice4 ,la qualit n'entre pas dans la quantit de la substance1 et ce qui est le mme en nature ne peut tre matriellement compos de choses de prdicaments diffrents4 ,c'est--dire qu'une quantit matrielle ou une nature quantitative1 comme un entier1 ne peut tre compose d'lments d'une nature qualitative1 comme des facults4 7,dial41 p4 #dgd-dge7 ,quelques-uns appliquent celle division du tout virtuel ou du compos de puissances1 non l'me en gnral1 mais cette me singulire que ,platon appelle l'me du monde1 qu'il a donne la nature comme issue du ,noy ou de l'esprit divin1 et qu'il s'imagine retrouver dans tous les corps4 ,cependant il n'anime pas tout par elle1 mais seulement les tres qui ont une nature plus molle et ainsi plus accessible l'animation2 car bien que cette mme me soit la fois dans la pierre et dans l'animal1 la duret de la premire l'empche d'exercer ses facults1 et toute la vertu de l'me est suspendue dans la pierre4 ,enfin1 quelques catholiques1 s'attachant trop a l'allgorie1 s'efforcent d'attribuer ,platon la foi de la sainte ,trinit1 grce cette doctrine o ils voient le ,noy venir du ,dieu suprme1 qu'on appelle ,tagaton1 comme le ,fils engendr du ,pre1 et l'me du monde1 procder du ,noy comme du ,fils le ,saint-,esprit4 ,ce ,saint-,esprit en effet1 qui1 partout rpandu tout entier1 contient tout1 verse aux coeurs de quelques chrtiens1 par la grce qui y rside1 ses dons qu'il est dit vivifier en suscitant en eux les vertus#ecf2 mais dans quelques-uns1 ses dons semblent absents1 il ne les trouve pas dignes qu'il habite en eux1 quoique sa prsence ne leur manque pas1 il ne leur manque que l'exercice des vertus4 ,mais cette foi platonique est convaincue d'tre errone en ce que cette me du monde1 comme elle l'appelle1 elle ne la dit pas coternelle ,dieu1 mais originaire de ,dieu la manire des cratures4 ,or le ,saint-,esprit est tellement essentiel la perfection de la ,trinit divine1 qu'aucun fidle n'hsite le croire consubstantiel1 gal et coternel tant au ,pre qu'au ,fils4 ,ainsi ce qui a paru ,platon assur touchant l'me du monde1 ne peut en aucune manire tre rapport la teneur de la foi catholique#ecg4 ,note #ecf3 ,fidelium cordibus per inhabitantem gratiam sua largitur charismata quae vivificare dicitur suscitando in eis virtutes4 7,dial41 p4 #dge47 ,cette gnration de l'me du monde emane du ,noy 7pour ,grec3 nous1 l'intelligence7 est un dogme no-platonique qu',ablard tenait de ,macrobe plutt que du ,time4 7,in ,somn4 ,scip41 ,i1 ii4 xiii1 xiv1 etc47 ,note #ecg3 ,ablard1 comme on le verra plus bas1 n'a pas toujours repouss avec une aussi grande svrit d'orthodoxie le dogme platonique de l'me du monde4 ,mais ce passage est un de ceux que l'on cite peur prouver qu'il crivit sa ,dialectique aprs sa condamnation4 ,il est trs-probable en effet qu'il aura insr dessein dans ce passage la rtractation d'une opinion1 qui1 bien que trs-formellement exprime dans sa thologie1 n'en fait point une partie essentielle2 tandis qu'on ne peut admettre qu'aprs l'avoir positivement condamne1 il l'ait reprise plus tard et dveloppe1 le thologien se montrant ainsi moins correct en sa foi que le philosophe4 7,voyez l4 ,,iii1 c4 ,,ii et ,,iii1 et dans ,ablard1 le l4 ,,ii de l',introduction1 c4 xvii1 et le l4 ,i de la ,thologie chrtienne1 c4 v47 ,mais une fiction de ce genre parat loigne de toute vrit1 car elle placerait deux mes dans chaque homme4 ,platon imagine et veut que les mes de chacun1 cres au commencement dans les toiles correspondantes 7in camparibus stellis71 viennent prendre appui en des corps humains pour la cration de chaque homme en particulier1 et que les corps soient anims par celles-l seules1 dont la prsence est partout suivie et accompagne de l'animation1 et nos par celle dont une opinion philosophique admet l'existence galement1 soit avant que le corps soit anim1 soit aprs qu'il est dissous et jusque dans le cadavre#ech4 ,note #ech3 ,cette phrase se rapporte la distinction tablie dans le ,time entre l'me du monde et l'me ou les trois mes de l'homme1 l'une immortelle1 qui est l'me intelligente ou connaissante1 et les deux autres mortelles1 savoir3 l'une mle et l'autre femelle2 l'une1 celle des volonts passionnes1 l'autre1 cette des impressions et affections sensibles2 l'une qui rside dans le coeur et l'autre dans le foie4 7,voyez dans les tudes sur le ,time1 le t4 ,i1 pv #if et suiv41 #ahg et suiv41 not4 #bb et le t4 ,,ii1 not4 #acf1 #aci et #adj47 ,ne nous occupons point de celle me que la foi ne rclame point1 qu'aucune analogie relle ne recommande1 et revenons l'application de la division de l'me gnrale 7du genre me74 ,il est demeur en question pourquoi on a admis tes facults dans ce tout qui est me plutt que dans les autres touts1 ou pourquoi on a spar cette division par facults des autres divisions des genres par diffrences4 ,pour ceux qui par l'me gnrale entendent cette me du monde invente par les platoniciens1 ils la mettent videmment en dehors de toutes les autres divisions1 puisque dans cette seule et mme me ils admettent substantiellement toutes les facults diffrentielles1 la substance de cette me les contenant galement partout1 quoique partout elle ne les exerce pas4 ,ceux au contraire qui entendent par l'me gnrale l'universel me 7ou l'me en gnral71 ce qui est plus raisonnable1 ils n'ont pas de raison d'admettre au nombre des divisions par la forme cette division de l'me1 plutt que celle des autres touts par puissances ou par impuissances1 telles que rationnalit et irrationnalit1 ou toute autre forme de la substance2 mais peut-tre la citent-ils de prfrence pour exemple1 parce que ses diffrences sont plus connues d'avance4 ,la dernire division est celle par la matire et par la forme4 ,en voici une3 ,l'homme est en partie substance animale1 en partie forme de la rationnalit ou de la mortalit4 ,l'animal compose l'homme matriellement1 la rationnalit et la mortalit formellement3 car celles-ci tant des qualits ne pouvent se convertir en l'essence de l'homme qui est substance2 mais la substance d'animal est la seule qui constitue l'homme par l'information de ses diffrences substantielles4 ,les diffrences substantielles sont celles qui spcifient ou changent en espces les genre diviss put elles 7,porphyre7#eci4 ,la rationalit en effet et la mortalit1 advenant la substance d'animal1 en font une espce qui est l'homme4 ,mais en convertissant en espce la substance du genre1 elles ne passent pas elles-mmes ensemble avec elle dans l'essence de l'espce2 ce sont les genres seuls qui deviennent espces1 sans rester toutefois spars des diffrences2 sans la survenance des diffrences1 l'espce diffrencie ne serait pas produite2 c'est par et non avec les diffrences que cette transformation a lieu4 ,si les diffrences taient avec le genres transportes dans l'espce1 nous ne nous rendrions pas la doctrine de ceux qui veulent quo l'homme soit un autre plus la rationnalit et la mortalit1 non pas seulement un autre inform par ces deux diffrences1 mais un animal et ces deux choses2 dans le premier cas trois font un1 dans le second les trois sont trois1 et l'homme uni la muraille n'est pas la mme chose que l'homme et la muraille4 ,mais assurment nous serions forcs d'admettre que ces mmes diffrences ensemble avec le genre viennent la fois et se runissent de mme faon dans l'essence de l'espce2 d'o il rsulterait qu'elles sont de la substance de la chose et qu'elles entrent comme partie dans la matire4 ,car rien no reoit l'attribution de substance compose que la matire1 parce que rien ne doit tre pris matriellement que la matire dj actuellement combine a la forme2 par la statua on no peut entendre que l'airain figur1 et non l'airain et la figure1 puisque la composition de la forme n'est pas de l'essence de la statue4 ,la statue1 dit ,boce#edj1 consiste dans ses parties 7c'est--dire dans les parties spares d'airain qui1 runies1 constituent la quantit de son essence comme matire7 autrement que dans l'airain et l'espce 7c'est--dire dans la composition de la forme74 ,cette composition n'advient pas n la matire pour y tre de l'essence de la chose1 mais pour que la substance de l'airain devienne ainsi une statue4 ,la matire actuellement jointe aux formes n'est que ce qu'on appelle le matir1 comme l'anneau d'or n'est que l'or tir en cercle1 comme la maison n'est que le bois et les pierres augmentes de la construction4 ,note #eci3 ,isag41 ,,iii4--,boeth41 ,in ,porph41 l4 ,,iv1 p4 #hi4 ,note #edj3 ,de ,div41 p4 #fdj4 ,la division dont nous traitons comprend avec la forme substantielle la forme accidentelle2 car la composition de la statue ne parat point substantielle1 puisqu'elle ne cre pas une substance spcifique4 ,la statue ne semble pas en effet une espce1 car elle n'est pas une unit naturelle1 mais fabrique par les hommes1 ni un nom de substance1 mais d'accident1 le nom de statue tant pris de quelque fait de composition4 ,en effet1 de quelque substance que soit le simulacre1 airain1 fer ou bois1 ds qu'il offre l'image d'un tre anim1 c'est une statue4 ,le mot de statue parat donc appartenir plus l'adjacence#eda qu' l'essence2 mais quoique la formation de la statue ne donne pas une substance spcifique1 la composition est substantiellement inhrente la statue 7elle y est comme dans son sujet d'inhrence71 de la mme faon que la justice au juste4 ,le juste ne peut tre sans la justice1 la statue sans sa composition2 non1 il est vrai1 par une nature substantielle1 mais par une proprit formelle1 qui fait qu'on dit le juste et la statue4 ,boce a dit que les diffrences substantielles du tyran au roi taient de prendre l'empire sur les lois et d'opprimer le peuple sous une domination violente#edb2 cependant roi et tyran ne dsignent pas des espces1 mais des accidents2 l'homme est ce qu'il y a de plus spcial2 point d'espces aprs lui4 ,le mot de ,boce signifie donc que nul ne peut tre investi de la proprit de roi ou de tyran1 s'il n'a fait ce qui vient d'tre dit4 ,note #eda3 ,ad adjacentiam1 nous francisons ce mot1 parce qu'il est expliqu par son antithse avec essence4 ,note #edb3 ,de ,differ4 topic41 l4 ,,iii1 p4 #hgc4 ,la troisime division est celle de la voix ou du mot4 ,elle divise le mot en significations ou en modes de significations#edc4 ,note #edc3 ,dial41 p4 #dgi-dhd4 ,les significations des mots dpendent de la notion qu'ils produisent dans l'esprit de l'auditeur1 et en gnral du sens qui leur a t impos2 mais ces recherches ne tiennent pas l'essence de la philosophie4 ,une mme signification peut avoir plusieurs modes1 c'est--dire qu'un mot peut s'appliquer diversement4 ,de l une division nouvelle4 ,le mot d'infini1 par exemple1 est divis par ,boce en infini de mesure1 en infini de multitude1 en infini de temps#edd4 ,dans les termes vraiment quivoques1 il y a pour un mme mot plusieurs dfinitions4 ,ici1 au contraire1 o il ne s'agit que des modes de la signification1 la dfinition ne change pas2 l'infini demeure toujours ce dont le terme ne peut tre trouv1 mais l'infini est un mot qui s'emploie de diffrentes manires4 ,c'est la recherche et rmunration de ces manires ou modes qu'on appelle la division du mot par les modes4 ,ablard va plus loin1 et croit que l'infini ne dsigne point une seule et mme proprit1 commune1 par exemple1 au monde1 au sable1 ,dieu4 ,chacun a sa manire d'tre infini1 et il penche croire qu'il faudrait ici une dfinition plutt relle que verbale4 ,les membres de la division que ,boce donne de l'infini1 ne supposent point ncessairement une opposition1 une mme chose pouvant tre infinie de diverses manires4 ,dieu est infini quant au temps et par la quantit de la substance2 car il ne saurait tre renferm dans aucun lieu4 ,est-il sage d'ailleurs d'employer le mot d'infini pour ,dieu et pour la crature8 ne risque-t-on pas de tomber ainsi dans l'quivoque proprement dite1 et n'y aurait-il pas lieu des dfinitions diffrentes8 ,on dit que l'infini est ce dont le terme ne peut tre trouv2 mais ,dieu est infini1 en ce sens que sa nature ne permet pas que l'on trouve le terme d'un tre que rien ne limite4 ,il est infini par essence4 ,les cratures1 au contraire1 ne peuvent tre dites infinies que relativement notre connaissance1 et non pas leur nature4 ,toutes1 en effet1 connaissent leurs limites1 quand mme notre science ne les atteint pas2 et admettre l'infinit1 relle ou naturelle1 dans les cratures1 fut une erreur chez les gentils et serait une hrsie chez les catholiques2 car ce serait assimiler son crateur la crature comme excdant toutes limites2 or le crateur lui-mme ne connat pas ses limites1 puisqu'elles n'ont jamais t4 ,note #edd3 ,de ,div41 p4 #fdj4 ,cette analyse des diverses sortes de divisions ne serait pas suffisamment instructive1 si l'on ne les comparait entre elles pour faire ressortir leurs diffrences#ede4 ,note #ede3 ,dial41 p4 #dhd-dhi4 ,si vous comparez la division du tout la distribution du genre1 vous trouvez qu'elles diffrent en ce que la premire se fait suivant la quantit1 la seconde suivant la qualit4 ,en effet1 lorsqu'on distribue un universel1 on n'entend point le prendre dans son intgrit1 mais en montrer la diffusion entre tout ce qui y participe4 ,s'agit-il1 au contraire1 d'un tout intgral1 ses parties en divisent la substance1 indpendamment de toutes qualits et quand mme elles en seraient dpourvues4 ,toujours un genre est antrieur ses espces1 un tout postrieur ses parties2 car les parties sont la matire du tout1 comme le genre est la matire des espces4 ,aussi1 comme la destruction du genre supprime l'espce1 quoique la destruction de l'espce laisse subsister le genre1 la destruction de la partie dtruit le tout1 quoique le tout en se dtruisant n'entrane pas la perte des parties1 au moins comme substance1 si ce n'est comme parties4 ,chaque espce reoit le genre pour prdicat2 on ne peut dire la mme chose du tout pour chaque partie4 ,il les faut toutes prises ensemble1 pour qu'elles soient le sujet du tout4 ,l'homme est animal1 mais la muraille n'est pas la maison2 il y faut la muraille1 le toit1 etc41 tout pris ensemble1 il n'y a d'exception que pour les touts factices1 comme une baguette d'airain1 dont le tout divis en deux donnera deux baguettes d'airain4 ,mais aussi1 comme tant un tout factice1 on devrait peut-tre la classer parmi les substances universelles4 ,comparez maintenant la division du mot celle du genre4 ,elles diffrent en ce que le mot se partage en significations propres1 le genre en certaines crations tires de lui-mme4 ,car le genre cre matriellement l'espce2 l'essence gnrale est transfre dans la substance de l'espce1 au lieu que la substance du mot n'est point transporte dans la constitution de la chose qu'il signifie4 ,le genre est plus universel dans la nature que l'espce1 son sujet2 l'quivocation est dans sa signification plus comprhensive que le mot unique4 ,c'est que le mot n'est pas un tout naturel2 il n'appartient naturellement aucune chose signifie2 c'est un nom impos par les hommes4 ,car le suprme artisan des choses nous a confi l'imposition des noms1 mais il a rserv la nature des choses sa propre disposition4 ,aussi le mot est-il postrieur la chose qu'il signifie1 et le genre antrieur l'espce4 ,par suite1 les choses qui sont runies dans la nature du genre1 reoivent son nom et sa dfinition2 tout ce qui se dit du sujet en est prdicat de nom et de dfinition 7,aristote74 ,les significations1 an contraire1 ne se partagent que le nom de l'quivocation#edf4 ,note #edf3 ,categ41 ,v4--,boeth41 ,in ,proed41 l4 ,i1 p4 #acj4 ,pour bien comprendre ceci1 il faut se rappeler que l'quivocation 7homonymie7 est la proprit des choses quivoques 7homonymes71 c'est--dire qui sous un mme nom n'ont pas mme substance4 ,nomem commune1 substantiae ratio diversa4 ,on peut dire d'un homme vivant et d'un portrait1 c'est un homme4 7,boeth41 ,in ,proed41 p4 #aae47 ,il y a dans le texte d',ablard1 la dernire phrase1 non participant1 je crois que la ngation doit tre retranche 7p4 #dhg74 ,la division du genre exprime une nature qui est la mme partout1 la division du mot un usage ou convention qui peut varier4 ,comparez enfin la division du mot et celle du tout2 le tout consiste dans ses parties1 qui le divisent1 mais les significations qui divisent le mot ne le constituent pas en lui-mme4 ,aussi1 pendant qu'une partie du tout en entrane la destruction par la sienne propre1 le mot qui signifie diverses choses peut perdre une de ces choses1 sans que l'anantissement de cette chose anantisse le mot1 soit en substance1 soit titre de signification4 ,ces diffrences1 ainsi rsumes1 ne sont paa sans intrt2 elles accusent dans celui qui les a recueillies une tendance au nominalisme2 mais c'est une consquence qu'il suffit d'indiquer#edg4 ,note #edg3 ,et cependant on y rencontre cette expression toute raliste1 essentia generalis 7ibid474 ,il faudrait donner un trait de dialectique ou commenter tout ,boce1 pour complter l'analyse du trait d',ablard sur la division4 ,il n'a pas mme t publi tout entier1 et aprs la division substantielle1 le tableau des divisions accidentelles n'aurait qu'un intrt mdiocre4 ,cependant cette partie si importante de la dialectique resterait trop incomplte1 si nous nous taisions sur ce qui fait en dernire analyse la valeur de la division1 sur la dfinition4 ,on a d voir comment la division rend possible la dfinition1 et la dfinition dont le crdit a un peu baiss dans la philosophie1 tait au premier rang dans celle du moyen ge4 ,mais avant de lui assigner son rle philosophique1 disons1 d'aprs ,ablard1 ce que c'est que la dfinition#edh4 ,note #edh3 ,dial41 pars ,v1 p4 #dij-dig4 ,ce mot aussi a plusieurs acceptions4 ,proprement1 la dfinition est constitue seulement par le genre et les diffrences#edi1 comme cette dfinition de l'homme1 animal rationnel mortel1 ou de l'animal1 substance anime sensible1 ou des corps1 substance corporelle4 ,ainsi1 comme le dit ,cicron1 la dfinition explique ce que 7quid7 est le dfini4 ,cependant on a souvent1 avec ,thmiste1 entendu la dfinition dans un sens large1 et compris sous ce nom toute oraison qui1 par une quation entre la prdication et une voix 7l'univoque71 en dclare de quelque manire la signification4 ,dans la prdication1 on dit que l'oraison fait quation au mot qu'elle dfinit1 ou que la dfinition est adquate1 lorsque dans un sujet quelconque il se trouve que ni le nom n'excde l'oraison1 ni l'oraison le nom4 ,ainsi1 tout ce qui est homme est animal rationnel mortel1 et rciproquement4 ,note #edi3 ,ablard suit ici ,boce1 dont les ides sur la dfinition ont prvalu dans l'cole4 ,la dfinition que donne ,cicron de la dfinition mme est dans ses ,topiques1 et ,boce1 pres l'avoir commente1 la rappelle dans son ,trait de la dfinition 7p4 #fdi71 et c'est l qu',ablard la reprond4 ,au reste1 cette dfinition ne diffre pas de l'ideo gnrale qu',aristote donne de la dfinition1 ,grec3 lomos ton ti isti1 7,analyt4 post41 ,,ii1 x72 mais ,boce1 ,ablard et en gnral les scolastiques sont loin d'avoir jug la dfinition avec une svrit aussi clairvoyante que l'a fait ,aristote4 7,anal4 post41 ,,ii1 ,,iii ,,xiii4--,topic41 ,,vi4--,met41 ,,vii1 ,,xii47 ,on distingue la dfinition de nom et la dfinition de chose4 ,la premire est l'interprtation qui explique un mot d'une langue dans une autre1 surtout en le dcomposant1 comme lorsqu'on explique que philosophie signifie amour de la sagesse4 ,l'interprtation rentre souvent dans l'tymologie2 mais l'une et l'autre1 en expliquant le nom1 donnent connaissance de la chose2 autrement1 le mot ne se comprendrait pas4 ,la dfinition fait la dmonstration de la chose1 quand non-seulement elle en donne la substance1 mais qu'elle la dpeint par quelques-unes de ses proprits4 ,le mot montre la chose enveloppe1 la dfinition la dveloppe1 en dcomposant la matire ou la forme4 ,dans la dfinition de l'homme1 animal indique la substance1 mortel et rationnel les formes2 homme signifiait tout cela confusment4 ,le nom de la substance gnrique ou spcifique dtermine1 assigne la qualit la substance1 en dsignant la substance1 en tant qu'informe par les qualits2 mais il ne donne pas une pleine connaissance comme la dfinition qui dcompose4 ,l'interprtation s'applique au nom2 elle est ncessaire1 notamment quand le doute porte sur la substance nomme1 et que l'on ne sait quelle substance le nom est impos4 ,puis on y ajoute la dfinition1 lorsque la proprit formelle est ignore4 ,la dfinition doit toujours tre convertible avec le dfini2 mais l'interprtation excde gnralement l'interprt4 ,ainsi nous n'appelons pas philosophes tous ceux qui aiment la sagesse1 mais seulement ceux qui ont bien saisi la doctrine de l'art 7la connaissance de la dialectique71 tandis qu'on interprte le mot philosophe par amateur de la sagesse1 c'est la composition et le son du mot qui semblent le vouloir ainsi4 ,aussi cet exemple nous donne-t-il la diffrence de la dfinition de nom celle de chose4 ,la dfinition de chose1 comme la division1 est ou selon la substance1 et c'est la dfinition propre1 ou selon l'accident1 et elle doit s'appeler alors description4 ,la dfinition substantielle est celle qui comprend en ses parties la matire et la forme substantielle qui font la substance de la chose1 comme par exemple1 le genre et les diffrences substantielles4 ,les espces seules peuvent donc tre dfinies substantiellement1 car seules elles ont le genre et les diffrences substantielles4 ,quant aux genres les plus gnraux ou prdicaments1 ils ne peuvent admettre la dfinition1 car ils n'ont ni genres1 ni diffrences constitutives1 puisqu'ils ne tirent point d'ailleurs leur constitution1 et qu'ils sont suprmes principes des choses4 ,de mme les individus sont indfinissables1 parce qu'ils manquent de diffrences spcifiques1 n'ayant point par soi les diffrences auxquelles ils ne participent que parce qu'ils font partie de l'espce4 ,les individus d'une mme espce ne se distinguent entre eux que par les accidents de la forme1 qui altrent#eej seulement la substance et ne crent point d'essence4 ,les accidents cesseraient d'tre accidents1 si l'accs et le retrait en enlevait quelque chose la substance2 c'est l l'effet des formes substantielles des espces2 d'elles dpend la gnration et la corruption de la substance1 c'est--dire que seules elles peuvent produire les substances nouvelles et en changer la composition4 ,note #eej3 ,altrer est ici pris dans le sens primitif1 et signifie que les accidents font qu'un individu est autre 7alter non alius7 qu'un autre individu de mme espce4 ,ainsi1 les accidents individuels altrent la substance1 sans la changer en tant que substance spcifique4 ,sous ce rapport1 il faut se garder de confondre altration avec corruption4 ,les formes substantielles corrompent la substance1 en changent la nature 7cum rumpere1 composer autrement71 et ne se bornent pas l'altrer 7 l'individualiser74 ,il ne peut donc tomber sous la dfinition que les intermdiaires entre les prdicaments et les individus1 mais les uns et les autres ne se refusent pas la description1 qui est la dfinition selon l'accident ou improprement dite4 ,ainsi l'on dit que la substance est ce qui peut tre sujet de tous les accidents1 et que ,socrate est un homme blanc1 crpu1 musicien1 fils de ,sophronisque4 ,ce sont des dfinitions incompltes ou descriptions qui n'admettent que les seules diffrences1 ou qui posent le genre sans les diffrences1 ou l'espce avec les accidents2 elles diffrent des vraies dfinitions1 qui ne comprennent que la matire et la forme4 ,parmi les noms soumis la dfinition1 on distingue les noms substantifs proprement dits1 qui sont donns aux choses en ce qu'elles sont1 et les autres noms qu'on appelle noms pris1 nomma sumpta 7noms abstraits71 et qui sont imposs aux choses raison de la susception de quelque forme4 ,d'o l'on distingue la dfinition quant la substance de la chose1 et la dfinition quant l'adhrence de la forme4 ,les dfinitions des genres et espces sont donnes quant la substance ou substantivement2 les dfinitions des noms pris1 comme l'homme1 le rationnel1 le blanc1 sont donnes adjectivement4 ,a propos de ces dernires1 une grande question est leve par ceux qui placent les universaux au premier rang parmi les choses1 c'est celle de savoir quelles sont les choses signifies que les dfinitions de noms dfinissent4 ,en effet1 la signification des noms abstraits est double1 la principale est relative la forme1 la secondaire relative au form4 ,ainsi blanc signifie en premier lieu la blancheur qui sert dterminer le corps sujet de la blancheur2 en second lieu1 le sujet mme dont blanc est le nom4 ,or nous dfinissons le blanc le form par la blancheur 7ce qui a la forme de la blancheur74 ,maintenant on est dans l'usage de demander si c'est seulement la dfinition du mot ou de quelque chose que le mot signifie4 ,mais d'abord1 comme nous dfinissons les mots1 non selon leur essence1 mais selon leur signification1 cette dfinition parat tre en premier lieu celle de la signification2 il reste donc chercher de quelle signification4 ,est-ce la premire1 c'est--dire la blancheur1 ou la seconde1 c'est--dire le sujet de la blancheur8 ,si c'est la dfinition de la blancheur1 elle est prdite d'elle-mme 7car c'est dire que la blancheur est forme du form par la blancheur72 blancheur se dit de toute chose blanche1 et la dfinition se sert elle-mme de prdicat2 or qui accorderait que blancheur ou cette blancheur ft forme de blancheur8 tout ce qui est form de blancheur ou blanc est corps4 ,mais si la dfinition ci-dessus est celle de la chose qu'on nomme le blanc1 c'est--dire qui est le sujet de la blancheur1 on demande si elle est la dfinition de chaque sujet qui reoit la blancheur ou de tous pris ensemble4 ,dans le premier cas1 elle est aussi celle de la perle1 qui est blanche2 alors1 d'aprs la rgle ,de quocumque diffinitio dicitur 7la dfinition se dit de tout ce dont se dit le terme dfini#eea71 celle-ci donne le prdicat de la perle1 ce qui est absolument faux4 ,si au contraire on veut qu'elle soit la dfinition de tous les sujets pris ensemble1 il faudra1 d'aprs la mme rgle1 que tous les sujets1 quelque divers qu'ils puissent tre1 soient dfinis ensemble 7c'est--dire par le mme prdicat dans la mme proposition71 ce qui est encore faux4 ,note #eea3 ,je crois que cette rgle est celle que donne ,aristote en ces termes3 ,toute dfinition est toujours universelle4 7,anal4 post41 ,,ii1 xiii47 ,l-dessus1 je m'en souviens1 voici quelles taient les solutions qui pouvaient lever toutes les objections prcdentes4 ,supposons que l'on dise que cette dfinition est celle de la blancheur1 entendue non selon son essence1 mais selon l'adjacence 7non substantivement1 mais adjectivement71 c'est une consquence qu'elle soit aussi dite comme prdicat #a de la blancheur adjectivement1 en ce sens que tout blanc est form par la blancheur2 #b et aussi de toutes les choses dont elle est le prdicat adjectif4 7,ainsi toutes les choses blanches sont formes de la blancheur47 ,on peut dire aussi qu'elle convient tout sujet quelconque de la blancheur2 mais ce n'est pas une consquence ncessaire qu'elle dfinisse tout ce qui a cette mme dfinition pour prdicat2 car cette rgle la dfinition se dit d'un quelconque1 ne regarde que les dfinitions selon la substance#eeb2 or celle dont il s'agit est assigne la substance sujet de la blancheur1 non quant ce qu'elle est en elle-mme1 mais quant une de ses formes4 ,note #eeb3 ,j'ai supprim dans le texte de cette phrase deux mots1 et definitum1 qui me paraissaient en troubler le sens 7p4 #dif74 ,cette solution me parat aussi tirer d'affaire tous ceux qui veulent que la dfinition embrasse tous les sujets de la blancheur pris ensemble1 quand mme on concderait qu'ils sont tous prdits en disjonction1 c'est--dire que ce qui a la dfinition pour prdicat est ou perle1 ou cygne1 ou tout autre de ces sujets4 ,on peut encore dire que la dfinition est celle de ce nom1 le blanc1 non quant son essence1 mais quant sa signification1 et alors elle ne risquera plus de lui servir de prdicat quant son essence3 on ne dira pas que ce mot blanc est le form de la blancheur1 mais que c'est ce qu'il signifie2 c'est comme si l'on disait que la chose qui est appele blanche1 est forme de la blancheur4 ,dfinir le mot1 c'est ouvrir sa signification par la dfinition2 dfinir la chose1 c'est montrer la chose mme4 ,ainsi1 que la dfinition ft une dfinition de mot ou qu'elle ft celle d'une signification quelconque1 la question pouvait tre rsolue3 on ne dfinit rien sans dclarer en mme temps la signification d'un mot1 et nous n'accordons pas qu'aucune chose relle puisse tre dite de plusieurs1 c'est le nom seulement qui est dans ce cas4 ,comme toute dfinition doit claircir le mot qui exprime ce qu'elle dfinit1 il faut qu'elle soit toujours compose de noms dont la signification reue soit connue1 car nous ne pouvons claircir l'inconnu par des inconnus4 ,la dfinition est ce qui donne la plus grande dmonstration possible de la chose que contient le nom dfini1 car il y a cette diffrence entre la dfinition et le dfini que1 bien que l'une et l'autre aient la mme chose pour sujet1 leur manire de le signifier diffre 7,boce#eec74 ,la dfinition qui distingue en parties spares chacune des proprits de la chose1 la montre plus expressment et plus explicitement1 tandis que le mot dfini ne distingue pas ces divers lments par parties1 mais pose le tout confusment4 ,et quoique les mots dfinis contiennent souvent plus de proprits de la chose que la dfinition n'en nonce1 l o l'on a le mot et la dfinition1 la dfinition est plus dmonstrative que le nom4 ,quant aux choses mmes1 la dfinition fait plus que le nom pour la signification1 quand elle est substitue la chose mme qui est ignore et qu'elle dtermine distinctement dans toutes ses parties#eed4 ,note #eec3 ,de ,div41 p4 #ffe4 ,note #eed3 ,dial41 p4 #die-dig4 ,cette dernire partie de la discussion1 donne textuellement1 aurait besoin peut-tre1 pour se faire comprendre1 d'une paraphrase nouvelle4 ,mais dans les deux chapitres suivants on reviendra au sujet qu'elle traite1 et tout sera peut-tre clairci4 ,ici finissent les extraits que nous voulions donner de la ,dialectique1 et aucune de ses parties1 plus que ce dernier livre1 n'aura prouv combien cette science consacre l'lude des procds logiques de l'esprit1 est forcment et frquemment entrane l'examen des questions de mtaphysique4 ,on ne saurait trouver trange que cette ncessit se fasse sentir surtout dans les recherches sur la dfinition4 ,qu'est-ce en effet que dfinir8 c'est dire ce qu'est une chose4 ,la science de la dfinition est donc l'art de dire ce que sont les choses1 et comme l'art de le dire est celui de l'enseigner1 c'est apparemment aussi celui de le savoir4 ,apprendre dfinir1 c'est donc finalement apprendre connatre les choses2 et cette partie de la logique est l'introduction l'ontologie4 ,s'il y a une mthode sre pour bien dfinir1 il y a un procd certain pour connatre la vrit des choses4 ,d'o venait cette prfrence pour la dfinition comme moyen de connatre8 de l'emploi presque exclusif du raisonnement dialectique4 ,ce raisonnement n'est au fond que le syllogisme2 or le syllogisme n'est1 le bien prendre1 que le moyen de tirer de la dfinition d'une chose la dfinition d'une autre4 ,les propositions qui le composent sont des dfinitions partielles ou totales1 provisoires ou finales4 ,quand il est gnral et dfinitif1 il est 7ce mot de dfinitif semble lui-mme l'indiquer7 un procd de dfinition4 ,si l'on remonte aux syllogismes antrieurs1 on arrive toujours quelque proposition universelle qui exprime qu'une chose convient une autre1 toute cette autre1 rien que cette autre1 omni et soli4 ,c'est donc une dfinition4 ,et1 comme la scolastique recourait peu l'observation soit interne1 soit externe1 il est tout simple que1 suivant son procd habituel1 elle se soit attache rechercher et tablir plutt les conditions logiques de la dfinition1 que les mthodes les plus sres de dcouvrir et de constater la vrit1 persuade qu'elle tait qu'une fois ces conditions connues1 elle n'aurait plus qu' les appliquer1 sans investigations lointaines1 sans expriences prolonges1 pour faire de bonnes dfinitions ou pour contrler celles qui lui seraient prsentes4 ,qu'tait-ce pour elle1 en effet1 qu'tudier une chose8 c'tait en chercher la place dans les cadres de la dialectique2 c'tait dterminer quelle catgorie elle appartenait1 si elle tait genre le plus gnral ou prdicament1 genre1 espce1 sous-genre1 sous-espce1 espce la plus spciale ou individu1 si elle tait mode ou nature1 propre ou accident2 et cela1 moins en retraant les caractres effectifs de la chose dans la ralit1 qu'en rappelant les propositions d',aristote1 de ,porphyre1 ou de ,boce1 o elle avait figur1 pour faire concorder l'exposition logique de la chose avec les assertions antrieures de l'autorit4 ,la recherche de la vrit dans un tel systme aurait d1 pour atteindre parfaitement son but1 aboutir un tableau dialectiquement encyclopdique de tous les objets nomms par le langage2 et ce tableau n'et t qu'une collection mthodique de dfinitions4 ,si la dfinition a t depuis moins pratique et moins prne1 c'est qu'on a reconnu combien tait artificielle et hypothtique soit cette manire de la trouver1 soit la science dont elle devenait le fondement4 ,on a remarqu que la dfinition n'tait jamais que relative la connaissance acquise1 et ne contenait de vrit qu'en proportion de ce qu'on en savait4 ,la dfinition ne donne pas la science2 elle la rsume ou la rappelle1 elle ne la produit pas4 ,sans donc y renoncer1 il vaut mieux s'enqurir1 par l'tude du raisonnement comme par l'exprience externe1 par l'examen du langage comme par la recherche des citations1 par l'analyse directe de tous les caractres de l'objet connatre comme par la dcomposition de toutes les ides qui en constituent la notion1 s'enqurir1 dis-je1 par tout moyen1 de la vrit des choses1 sauf ensuite rgulariser et1 jusqu' un certain point1 contrler les connaissances acquises par l'application des formes de la dialectique4 ,au nombre de ces formes est sans contredit la dfinition1 qui n'est elle-mme que la division retourne4 ,la dfinition est la synthse dont la division est l'analyse4 ,quoi qu'il en soit1 rien de moins surprenant que la varit et l'importance des objets et des questions auxquelles touche l'tude de la dfinition4 ,ce qu'on vient de dire prouve que par la nature mme des choses cette tude tait infinie1 puisqu'elle n'tait rien moins que la clef de la science universelle4 ,aussi1 travers beaucoup de subtilits oiseuses1 avons-nous vu1 sous la main d',ablard1 l'tude de la division et de la dfinition amener dans son cours une thorie ontologique de la nature de l'me1 une thorie psychologique de ses facults1 des vues sur la nature de ,dieu1 sur celle de l'homme1 sur le langage en gnral et sur les langues1 des recherches sur la vraie nature des accidents1 et avant tout et sans cesse sur la substance et les modes1 consquemment sur le problme continuel et capital des universaux4 ,par les lumires que l'analyse de cette cinquime partie de la ,dialectique a jetes sur ces diverses questions1 elle peut tre vraiment considre comme la transition aux ouvrages qu'il nous reste faire connatre4 ,elle nous conduit l'examen plus direct des opinions psychologiques et ontologiques de notre auteur2 et elle nous montre en mme temps comment la dialectique1 science purement abstraite1 devient une science d'application4 ,,chapitre ,,vii4 ,,de ,,la ,,psychologie ,d',,ab,,lard4--,de ,intellectibis4 ,lorsque l'on compare la philosophie du moyen ge et la philosophie moderne1 une premire diffrence frappe les regards4 ,l'une parat presque trangre l'tude des facults de l'me1 laquelle l'autre semble consacre4 ,en d'autres termes1 la psychologie passe pour une dcouverte des derniers sicles4 ,c'est en effet une vrit incontestable que depuis deux cents ans l'tude de l'esprit humain est devenue la condition pralable1 la base1 le flambeau1 le premier pas de la science2 toutes ces mtaphores sont justes4 ,mais c'est surtout cette importance1 c'est ce rle de la psychologie dans la philosophie qui peut s'appeler une dcouverte moderne2 et l'on ne saurait prtendre d'une manire absolue qu' aucune poque l'homme ait entirement renonc s'observer lui-mme1 ou du moins se faire un systme quelconque sur sa nature intrieure et sur ses moyens de connatre4 #aa y a donc eu toujours une certaine psychologie4 ,mais on en faisait peu d'usage2 et l'on est rest longtemps sans deviner qu'une grande partie des vrits philosophiques ne sont accessibles que par l'observation de la conscience4 ,les disputes du moyen ge1 ces controverses fameuses dont le bruit retentit dans l'histoire1 roulaient sur des questions de dialectique ou de mtaphysique1 et non sur la science directe de l'esprit humain4 ,aussi trouvions-nous peine dans les ouvrages dj imprims d',ablard quelques vues isoles sur les facults de l'homme1 et ne pouvions-nous obtenir que par des inductions conjecturales et vagues une ide de sa psychologie1 jusqu'au jour o parut un petit trait qu'il nous reste faire connatre4 ,le titre seul est singulier1 ,tractalus de ,intellectibus#eee4 ,il ne serait pas ais de le traduire du premier mot2 car bien que l'ouvrage roule sur l'intelligence humaine1 cette expression de intellectibus dsigne plutt certains produits ou certaines oprations de l'intelligence que la facult qui les ralise4 ,m4 ,cousin a raison d'appeler l'ouvrage un recueil de remarques sur l'entendement2 mais il s'y agit surtout de ces actes de l'entendement dsigns sous le nom de concepts1 et qu'on n'et pas1 il y a un demi-sicle1 hsit nommer des ides4 ,nous n'intitulerons pourtant pas l'ouvrage ,trait des ides2 ce titre est trop moderne2 on comprendra mieux notre scrupule1 lorsqu'on aura lu les premiers mots de l'ouvrage4 ,ils seront le meilleur prambule de notre analyse4 ,note #eee3 ,p4 ,abaelardi tractalus de ,intellectibus2 c'est le titre du manuscrit qui provient de la bibliothque du ,mont-,saint-,michel4 ,m4 ,cousin l'a publi dans la #d';e dition de ses ,frag4 phil41 t4 ,,iii1 ,append41 ,,xi1 p4 #ddh et suiv4 ,voulant traiter des spculations1 c'est--dire des concepts1 nous nous proposons1 pour en faire une tude plus exacte1 d'abord de les distinguer des autres passions ou affections de l'me1 de celles du moins qui paraissent le plus se rapprocher de leur nature2 puis de les distinguer les uns des autres par leurs diffrences propres1 autant que nous le jugerons ncessaire pour la science du discours4 ,il y a cinq choses dont il convient de les isoler soigneusement3 le sens1 l'imagination1 l'estimation1 la science1 la raison#eef4 ,note #eef3 ,sensus1 ,imaginatio1 existimatio1 scientia1 ratio4 ,cette distribution des principales facults de l'esprit humain ne se trouve nulle part nonce en termes exprs dans ,boce2 du moins je ne l'y ai pas dcouverte4 ,il est impossible cependant d'en rapporter tout l'honneur ,ablard1 d'autant que c'est peu prs la division de l'me que l'on trouve expose d'une manire si remarquable dans le l4 ,,iii du de ,anima d',aristote1 ,grec3 ,listhaesis1 phantasia1 doxa1 epistaemae1 nous4 ,il serait curieux de rechercher comment et par qui cette division avait pass dans le commerce philosophique4 ,car tout semble prouver qu',ablard ne connaissait point le de ,anima4 #a ,sens4--,l'intellect ou facult de concevoir est li avec le sens tant par l'origine que par le nom4 ,par l'origine1 car ds qu'un des cinq sens atteint une chose1 il nous en suggre aussitt une certaine conception4 ,en voyant en effet quelque chose1 en flairant1 entendant1 gotant ou touchant1 nous concevons aussitt ce que nous sentons2 et il est si vrai que la faiblesse humaine est provoque par le sens s'lever l'intelligence1 que nous avons peine donner aucune chose la forme de la conception1 si ce n'est la ressemblance des choses corporelles que l'exprience des sens nous fait connatre4 ,quant au langage1 nous abusons souvent du mot de sens pour exprimer l'intelligence2 par exemple nous disons le sens des mots1 au lieu de dire le concept des mots4 ,la vision aussi est prise souvent pour l'intelligence tant par ,aristote que par la plupart des autres#eeg1 peut-tre parce que le sens nous parat ressembler davantage l'intelligence4 ,en effet1 l'esprit se reprsente la chose qu'il conoit1 d'une manire analogue celle dont nous contemplons1 comme place devant nous1 une chose prochaine ou loigne4 ,note #eeg3 ,je ne vois que les reprsentations mentales1 les fantaisies des ,grecs1 que ,boce propose d'appeler visa4 7,in ,porph4 a ,victor41 ,dial41 ,i1 p4 #h47 ,le sens et l'intellect tant donc runis par l'origine et le nom1 il m'a paru ncessaire d'assigner leur diffrence1 vu qu'ils oprent ensemble dans l'me#eeh4 ,note #eeh3 ,de ,intell41 p4 #dfa-dfb4 ,la diffrence1 c'est que la perception d'une chose corporelle par le sens a besoin d'un instrument corporel1 c'est--dire que l'me doit tre applique un objet par un intermdiaire physique1 comme l'oeil ou l'oreille1 tandis que l'intellect qui conoit1 c'est--dire la pense mme de l'me1 n'a besoin ni de l'instrument corporel1 ni mme de l'effet d'une chose relle concevoir1 puisque l'intelligence se pose des choses existantes ou non1 corporelles ou non1 soit en se rappelant le pass1 soit en prvoyant l'avenir1 soit mme en se figurant ce qui n'exista jamais4 ,la seconde diffrence1 c'est que le sens n'a aucune facult de juger d'une chose1 c'est--dire d'en concevoir la nature ou la proprit2 aussi est-il commun aux animaux sans raison et aux animaux raisonnables4 ,l'intelligence1 au contraire1 n'opre que par la conception rationnelle de la nature ou de la proprit des choses1 mme quand elle conoit faux4 ,aussi point d'entendement sans la raison1 ou sans la facult par laquelle un esprit capable de discernement parvient distinguer et juger les natures des choses4 #b ,raison4--,les animaux qui ont la raison ont1 en langage scolastique1 la rationnalit4 ,la science ne met entre ces deux choses qu'une diffrence de degr4 ,la seconde appartient tous les esprits1 tant des hommes que des anges2 la premire1 seulement ceux qui sont capables de discernement 7discretis1 aux personnes discrtes72 quiconque peut juger les proprits des choses possde la rationnalit4 ,celui dont le jugement1 exempt des atteintes de l'ge ou des troubles de l'organisation1 s'exerce avec facilit1 a seul la raison4 ,or la raison est en essence la mme chose que l'esprit 7animus74 ,la conception1 ou l'acte de l'intelligence en tant qu'elle conoit1 distincte des sens comme de la raison1 descend ou provient de celle-ci dont elle est comme l'effet perptuel2 elle n'est donc pas la raison1 quoiqu'il n'y ait pas conception l o manque la raison4 #c ,imagination4--,la conception diffre aussi de l'imagination1 qui n'est qu'un souvenir du sens1 ou la facult par laquelle l'esprit retient l'affection du sens1 en l'absence de la chose qui l'avait produite4 ,ce n'est pas qu'il ne puisse y avoir en mme temps dans l'me imagination et conception1 aussi bien que conception et sens1 et dans les deux cas il y a quelque jugement2 mais c'est un acte de l'intelligence1 et non pas de l'imagination et du sens4 ,l'une se rapporte aux choses absentes1 l'autre aux choses prsentes2 la conception se produit pour les choses absentes comme pour les choses prsentes4 ,mais nous pouvons sentir les choses sans les concevoir1 autrement nous penserions toujours au ciel et la terre1 que nous voyons toujours4 ,quand le sens agit1 l'imagination ne peut agir avec lui et en lui2 mais ds qu'il cesse1 elle le supple4 ,c'est une confuse perception de l'me aussi bien que le sens4 ,ce qui est capable de sens est capable d'imagination4 ,les btes elles-mmes n'en sont pas dpourvues1 suivant ,boce#eei4 ,mais n'y a-t-il imagination qu' la condition du sens8 ,ablard penche pour l'affirmative2 il veut que non-seulement les objets insensibles et incorporels ne soient que des concepts intellectuels1 mais qu'il en soit1 de mme des objets corporels que l'intelligence conoit sans les avoir prsents par les sens4 ,si ,aristote a dit que nos conceptions n'ont jamais lieu sans imagination#efj1 cela signifie1 selon lui1 que lorsque nous tchons d'atteindre et de juger la nature ou la proprit d'une chose par la seule intelligence1 l'habitude du sens1 d'o nat toute connaissance humaine1 sensus consuetudo a quo omnis humana surgit notitia1 suggre l'esprit par l'imagination de certaines choses auxquelles nous n'entendons nullement penser4 ,voulons-nous1 par exemple1 ne concevoir dans l'homme que ce qui appartient la nature de l'humanit1 c'est--dire le concevoir comme animal rationnel mortel2 beaucoup de choses que nous avons eu l'intention d'carter se prsentent l'me malgr elle par l'effet de l'imagination1 comme la couleur1 la longueur1 la disposition des membres1 et les autres formes accidentelles du corps2 en sorte que par un effet singulier1 quod mirabile est1 lorsque je cherche penser quelque chose d'incorporel1 l'habitude de sentir me force l'imaginer corporel2 ce que je conois comme incolore1 je l'imagine ncessairement color4 ,c'est que les sens sont en nous ce qui s'veille d'abord2 leurs oprations se renouvellent sans cesse2 ensuite l'esprit s'lve l'imagination1 puis la conception de l'intelligence4 ,note #eei3 ,de ,consolat4 phil41 ,v1 p4 #idd4 ,note #efj3 ,aristote dit cela dans le ,trait de l'me et dans celui de la ,mmoire4 7,de ,anim41 ,,iii1 ,,viii4--,de ,mem4 et ,remin41 ,i47 ,ablard ne les connaissait pas2 mais ,boce cite textuellement un passage du de ,anima1 et c'est l qu',ablard s'est instruit4 7,boeth41 ,de ,interp41 ed4 sec41 p4 #bih47 ,toutefois1 ,boce dit qu'il est une intelligence qui appartient bien peu d'hommes1 et ,dieu seul1 laquelle dpasse tellement et le sens et l'imagination qu'elle agit sans l'un et sans l'autre#efa2 par elle1 rien ne s'offre l'esprit que ce qui se pense et se comprend2 pour elle1 point de perception confuse4 videmment ,dieu ne saurait avoir ni sens ni imagination2 son intelligence atteint et contient tout2 car comprendre1 c'est savoir4 ,cette intelligence-l que ,boce accorde un petit nombre d'hommes1 croyons1 avec ,aristote1 qu'elle ne peut se rencontrer dans cette vie1 si ce n'est chez l'homme que l'excs de la contemplation lve la rvlation divine4 ,et cet essor de l'me1 il faut l'appeler science plutt que simple intelligence1 et le rapporter l'esprit divin plutt qu' l'esprit humain4 ,l'me qui vient de ,dieu se pntre de ,dieu1 pour ainsi dire1 et dans l'homme qui s'vanouit et meurt en quelque sorte1 ,dieu parat#efb4 ,note #efa3 ,boeth41 ,de ,interp41 ed4 sec41 p4 #bif4 ,note #efb3 ,de ,intell41 p4 #dfg4 ,ceci semble un souvenir du ,time plutt que du de ,anima4 ,voyez pourtant ,,iii1 ,v4 #d ,estimation4--,distinguons encore l'entendement ou l'intelligence de l'estimation et de la science4 ,on confond quelquefois l'estimation avec l'intelligence2 car on doit estimer pour comprendre1 et le mot de pense 7opinio71 synonyme de celui d'estimation1 est quelquefois transport la conception4 ,mais estimer1 c'est croire2 l'estimation est la mme chose que la crance ou la foi#efc4 ,comprendre1 c'est apercevoir 7speculari7 par la raison1 soit que nous croyions ou non ce que nous apercevons4 ,je comprends cette proposition3 l'homme est de bois1 et je ne la crois pas4 ,ainsi tout ce qu'on estime ou croit1 on le comprend2 mais l'inverse n'est pas vraie4 ,d'ailleurs il n'y a estimation que de ce dont il y a proposition1 c'est--dire conjonction ou division4 ,note #efc3 ,ce passage serait au besoin la preuve que cet ouvrage est d',ablard4 ,celle analogie de l'estimation avec la foi qu'il dfinit l'une par l'autre1 est une opinion qu'il avait emprunte au de ,anima 7,,iii1 iii71 et que saint ,bernard lui a reproche4 ,voyez dans cet ouvrage le ,i4 ,,iii1 c4 iv1 et ,ab4 ,op41 ,introd41 ,i4 ,i1 p4 #igg4 #e ,science4--,la science est cette certitude de l'esprit qui se soutient indpendamment de toute estimation ou conception4 ,aussi la science persiste-t-elle dans le sommeil1 et ,aristote place-t-il les sciences et les vertus1 raison de leur dure1 parmi les habitudes1 habitus#efd1 plutt que parmi les dispositions de l'esprit4 ,note #efd3 ,l'habitude1 n'est pas l'accoutumance1 mais ce que l'on a en propre comme une facult naturelle1 une capacit1 suivant la traduction de ,m4 ,barthlemy ,saint-,hilaire4 ,la disposition ou diathse1 ,grec3 ti,ottni1 n'est qu'une affection peu durable4 7,categ4 ,,viii4--,de la ,logique d',arist41 t4 #a1 p4 #afg47 ,maintenant1 tout ce qui appartient proprement l'intelligence1 entendement ou facult de concevoir1 ayant t spar de tout le reste1 il faut distinguer les diffrents concepts entre eux4 ,ils sont simples ou composs1 uns ou multiples1 bons 7sani7 ou mauvais 7cassi71 vrais ou faux2 en outre1 il y a une distinction faire entre le concept du composant et celui des composs1 entre le concept du divisant et celui des diviss1 ou entre la division et l'abstraction4 ,les concepts sont simples1 lorsque1 ainsi que les actions ou les temps simples1 ils ne se constituent pas de parties successives2 les composs sont l'inverse4 ,il en est de la conception comme du discours qui la suscite1 lequel est simple ou compos4 ,dire ou entendre3 l'homme se promne1 c'est passer par une suite d'nonciations significatives1 celle d'homme1 celle de se promener1 et joindre l'une l'autre4 ,il y a l des parties successives2 car une nonciation1 ainsi qu'une conception1 peut rester simple et avoir des parties1 si elles ne sont pas successives4 ,exemples3 deux1 trois1 troupeau1 amas1 maison4 ,la combinaison qui rsulte de la matire et de la forme1 ou bien de parties agrges ensemble1 n'exclut pas la simplicit4 ,exemple3 le nom d'homme1 qui dsigne en mme temps la matire1 animal1 et la forme de la rationnalit et de la mortalit4 ,les mmes choses peuvent tre conues et par une conception simple et par une conception successive4 ,je puis voir tantt d'une seule et mme intuition1 tantt par succession et en plusieurs regards1 trois pierres places devant moi4 ,ce que fait ici le sens1 l'entendement le peut faire4 ,l est la diffrence des conceptions exprimes par le mot 7intellectus dictionis7 ou par l'oraison 7intellectus orationis71 qui dsignent d'ailleurs la mme chose4 ,ainsi le nom animal et sa dfinition corps anim sensible suggrent la mme pense2 toute la diffrence1 c'est que l'un donne la fois trois choses1 et l'autre les donne successivement4 ,ainsi la conception donne les choses comme jointes1 ou joint les choses pour les donner4 ,elle est ainsi ou simultane ou successive4 ,la diffrence entre les concepts de mot et les concepts d'oraison s'applique aux concepts qui donnent les choses comme spares ou qui en oprent la sparation1 et qu',ablard appelle concept des diviss et concept divisant4 ,animal donne un concept de choses jointes2 non-animal est un nom infini ou indtermin2 il signifie la chose qui n'est pas animal1 laquelle donne un concept de choses divises 7intellectus divisorum72 et comme la dfinition de l'animal donne un concept de jonction1 la description du non-animal donne un concept de division1 proprement un concept divisant 7intellectus dividens7#efe4 ,note #efe3 ,de ,intell41 p4 #dfh-dgc4--,tout ceci concorde avec ce qui a t dit au chapitre prcdent sur la division1 la description1 etc4 ,les concepts simples ou composs sont uns1 s'ils consistent dans une seule jonction1 ou dans une seule division ou disjonction2 autrement ils sont multiples4 ,la jonction1 comme la division ou disjonction1 est une1 lorsque l'esprit marche continment d'un seul et mme lan1 et n'a qu'une intention mentale1 par laquelle il accomplit sans interruption le cours une fois commenc d'un premier concept4 ,ce langage un peu figur signifie qu'il y a unit dans un concept1 ft-il compos de parties et de parties successives1 lorsque l'esprit le forme par un seul et mme acte1 lorsqu'il n'y a du moins rien de successif dans l'opration intellectuelle4 ,en effet1 quand mme vous prendriez des choses successives1 si vous les combinez de telle sorte qu'en les parcourant discursivement 7discurrendo71 vous posiez une seule essence2 ou bien quand1 par la force d'une seule affirmation1 voua assemblez et rendez rciproquement unis des lments divers par le lien de l'attribution1 par celui de la condition ou du temps1 ou par tout autre mode2 pourvu qu'il y ait impulsion mentale unique1 il y a unit de concept4 ,quand je prononce continment animal raisonnable1 l'auditeur conoit animal et rationnalit comme une seule chose1 il en fait un tout2 et semblablement1 quand je dis animal non-raisonnable4 ,peu importe d'ailleurs que la chose soit rellement ou non comme elle est conue2 le concept n'en existe pas moins4 ,caillou raisonnable et chimre blanche sont des concepts uns1 comme animal raisonnable et homme blanc4 ,cette unit se trouve mme dans les propositions transitives1 et dans celles dont les termes sont lis par le cas oblique4 ,dans le concept1 la maison de ,socrate1 il y a unit comme dans celui-ci1 maison socratique4 ,dans un seul concept peuvent se faire plusieurs jonctions1 plusieurs divisions4 ,mais l'unit de concept disparat avec la continuit de l'acte4 ,les concepts sont bons 7sani71 lorsque par eux nous entendons les choses comme elles sont2 autrement1 ils sont mauvais 7cassi71 et on les appelle opinions plutt que concepts4 ,l'opinion1 dit ,aristote1 est la pense de ce qui n'est pas1 plutt que de ce qui est4#eff ,suivant lui1 les concepts sont bons1 lorsqu'ils ressemblent aux choses4 ,le concept d'homme serait1 comme le concept de la chimre1 un concept vain et mauvais1 s'il n'y avait pas d'homme du tout4 ,note #eff3 ,ablard altre un peu la pense d',aristote et la transforme en proposition gnrale4 ,aristote dit seulement que1 bien que ce qui n'est pas puisse tre pens 7opinabile71 il n'en faut pas conclure que ce qui n'est pas soit quelque chose1 puisque cette pense ou opination1 opinatio1 est1 non qu'il est1 mais qu'il n'est pas4 ,tel est le sens de la version do ,boce qu',ablard avait apparemment sous les yeux 7,de ,interp41 ed4 sec41 ,i4 ,v1 p4 #dbc74 ,dans le texte grec1 il y a littralement3 ,le non-tre1 parce qu'il est pensable 7opinabile71 n'est pas pour cela dit avec vrit tre quelque chose de rel1 ens quiddam1 puisque nous ne pensons pas qu'il soit1 mais qu'il n'est pas4 7,hermen41 ,,xi47 ,au reste1 si l'on voulait approfondir toute cette partie de la logique d',ablard1 il faudrait se reporter sa ,dialectique2 l1 l'occasion de la proposition et du prdicat1 il expose sous une autre forme une partie des ides que nous retrouvons ici4 7,dial41 p4 #bcg-bea47 ,la vrit et la fausset n s'appliquent qu'aux concepts composs1 soit qu'ils joignent1 soit qu'ils divisent1 c'est--dire soit affirmatifs1 soit ngatifs4 ,car il faut qu'il y ait possibilit de dlibration ou de jugement1 pour que les concepts soient vrais ou faux4 ,on juge suivant le concept ou par le concept2 et le concept par lequel on juge n'est pas la mme chose que le concept suivant lequel on juge2 le concept par lequel on juge1 c'est--dire la conception du jugement1 n'est que l'opration par laquelle nous concevons une jonction ou une division d'o rsulte un jugement4 ,le concept suivant lequel 7secundum quem7 on juge1 c'est--dire le concept qui est la base du jugement1 est cette partie du concept total du jugement dans laquelle rside toute la force du jugement2 tels sont les concepts des prdicats4 ,le sujet n'est pos que pour recevoir la chose que nous voulons lui assigner par jugement2 mais le prdicat est pos pour dnoter l'tat auquel nous voulons que la chose soit rapporte par jugement#efg2 c'est--dire1 en langage moins technique1 pour assigner une chose une autre en vertu d'un certain rapport4 ,le sujet est le terme pos en premier concept1 et auquel est substitue la chose que le jugement y joint ou en spare2 le prdicat est dit du sujet1 non le sujet du prdicat4 ,la force de la proposition tant dans ce qui est dit1 toute la vertu de l'acte intellectuel qui juge ou de la conception de jugement est dans le concept du terme qui est dit ou du prdicat4 ,note #efg3 ,ad denotandum statum secundum quem eam deliberari volumus4 7p4 #dgg47 ,le concept divisant est le concept de ngation4 ,il spare quelque chose de quelque chose3 un homme n'est pas un cheval1 celui qui est debout n'est pas assis4 ,le concept de disjonction est un concept d'affirmation2 il ne spare pas les choses2 mais de plusieurs conceptions de l'esprit1 il en constitue une3 quelque chose est homme ou cheval1 sain ou malade1 etc4 ,les propositions disjonctives hypothtiques sont des concepts de disjonction4 ,tout concept qui donne la chose comme elle est1 est-il bon8 ,tout concept qui donne la chose comme elle n'est pas1 est-il mauvais8 ,l'affirmative parat vraie2 cependant tout concept obtenu par abstraction1 omnis per abstractionem habitus intellectus1 donne la chose autrement qu'elle n'est4 ,a peine existe-t-il un concept d'une chose non sujette aux sens1 qui ne la donne pas quelques gards autrement qu'elle n'est4 ,les concepts par abstraction sont ceux dans lesquels une nature d'une certaine forme1 est prise indpendamment de la matire qui lui sert de sujet1 ou bien dans lesquels une nature quelconque est pense indiffremment1 sans distinction d'aucun des individus auxquels elle appartient4 ,par exemple1 je prends la couleur d'un corps ou la science d'une me dans ce qu'elle a de propre1 c'est--dire en tant que qualit2 j'abstrais en quelque sorte les formes des sujets substantiels1 pour les considrer en elles-mmes1 en leur propre nature1 et sans faire attention aux sujets qui leur sont unis4 ,si je considre ainsi indiffremment la nature humaine qui est en chaque homme1 sans faire attention la distinction personnelle d'aucun homme en particulier1 je conois simplement l'homme en tant qu'homme1 c'est--dire comme animal rationnel mortel1 et non comme tel ou tel homme1 et j'abstrais l'universel des sujets individuels4 ,l'abstraction consiste donc isoler les suprieurs des infrieurs1 les universaux des individuels1 leurs sujets de prdication1 et les formes des matires1 leurs sujets de fondation4 ,la soustraction 7subtractio7 sera le contraire4 ,elle a lieu1 quand l'intelligence soustrait le sujet de ce qui lui est attribu1 et le considre en lui-mme2 par exemple1 lorsqu'elle s'efforce de concevoir1 indpendamment d'aucune forme1 la nature d'un sujet essentiel4 ,dans les deux cas1 le concept qui abstrait ou soustrait1 donne la chose autrement qu'elle n'est1 puisque la chose qui n'existe que runie y est conue sparment4 ,or comme personne1 en voulant penser une chose1 n'est capable de la penser dans toutes ses essences ou proprits1 mais seulement en quelques-unes d'entre elles1 l'esprit est forc de concevoir la chose autrement qu'elle n'est4 ,ainsi ce corps est corps1 homme1 blanc1 chaud1 et mille autres choses4 ,cependant1 considr en tant que corps1 il est conu sparment de toutes ces choses1 c'est--dire autre qu'il n'est en effet4 ,le concept de corps1 indpendamment de toute forme ou qualit1 est celui d'une nature quelconque prise comme universelle1 c'est--dire indiffremment ou sans application aucun individu4 ,or ce corps pur n'existe nulle part ainsi2 rien dans la nature n'existe indiffremment1 d'une manire indtermine4 ,toute chose est individuellement distincte1 une numriquement4 ,la substance corporelle dans ce corps1 qu'est-elle autre chose que ce corps lui-mme8 ,la nature humaine dans cet homme1 dans ,socrate1 qu'est-elle autre chose que ,socrate mme8 ,quant aux choses absentes1 insensibles1 incorporelles1 qui peut les connatre comme elles sont8 ,qui ne les conoit autrement qu'elles ne sont8 ,reprsentez-vous1 quand elle est absente1 la chose que vous avez vue2 plus tard1 vous la trouverez tout autre sous plus d'un rapport que vous ne vous l'tes reprsente4 ,qui ne conoit les choses incorporelles l'image des corporelles1 et qui1 pensant ,dieu ou l'esprit1 n'imagine pas l'un ou l'autre avec quelque forme1 ou quelque habitude corporelle1 quoique ,dieu ni l'esprit n'en ait aucune8 ,qui ne conoit les esprits comme circonscrits localement1 composs1 colors1 investis de modes propres aux corps1 et cela1 parce que toute la connaissance humaine vient des sens8 ,or1 si l'exprience des sens nous pousse figurer ainsi nos ides1 et si tout concept d'une chose dans un autre tat que son tat rel1 doit tre tenu pour vain et mauvais1 quelle conception humaine ne doit pas tre condamne8 ,passons l'autre partie de la question4 ,tout concept qui donne la chose comme elle est1 doit-il tre tenu pour bon8 cela ne parat pas contestable4 ,cependant1 concevoir qu'un homme est un ne1 n'est pas un concept faux1 si l'on entend1 par exemple1 que l'homme est un animal comme l'ne4 ,qu'est-ce donc que ce concept faux1 qui donne la chose comme elle est8 ,comment admettre que la vrit et la fausset1 formes contradictoires des concepts1 se runissent dans le mme concept1 ou soient combines dans le mme acte d'un mme esprit indivisible8 ,en dfinitive1 concevoir une chose autrement qu'elle n'est1 peut vouloir dire--ou que le mode de conception diffre du mode d'existence1 par exemple qu'on la conoit spare1 quoiqu'elle ne le soit pas1 pure1 quoiqu'elle soit mixte2--ou bien que la chose est conue comme existant dans un tat1 avec un mode autre que l'tat ou le mode rel4--,dans le premier cas1 autrement se rapporte concevoir2 dans le second1 il se rapporte au verbe exprim ou sous-entendu dans la conception4 ,dans le premier cas1 la chose est autrement conue qu'elle n'est dans la ralit1 et la conception n'est pas vaine pour cela4 ,dans le second1 la chose est conue comme tant autrement qu'elle n'est1 et c'est une vaine conception4 ,de mme1 cette proposition3 ,le concept est juste et valable1 quand la chose est conue comme elle est1 n'est une proposition vraie1 que si l'on ajoute comme elle est dans le sens o elle est conue4 ,tout dpend de ce que l'esprit entend1 quand il conoit4 ,suivant le sens qu'il attache ce qu'il affirme1 un mme concept peut tre vrai et faux en mme temps4 ,c'est le cas de tout concept qui peut tre ramen la forme d'une proposition hypothtique4 ,par exemple1 l'homme est un ne1 peut tre ramen cette forme3 ,si l'on entend que l'homme est un animal comme l'ne1 l'homme est un ne4 ,tel est l'exemple fameux3 ,si ,socrate est une pierre4 ,socrate est une perle#efh4 ,note #efh3 ,toutes ces distinctions1 ainsi que tout ce qui1 dans le de ,intellectibus1 appartient plus la logique qu' la psychologie1 ont t traites plus compltement dans la ,dialectique4 7,part4 ,,ii1 p4 #bcg-bea47 ,la conception d'une proposition n'est pas le simple acte intellectuel qu'on nomme concept1 mais celui dans lequel une vue de l'esprit et une notion qui la dveloppe et l'explique s'unissent et forment un tout4 ,ce qu',ablard appelle intellectus1 est proprement l'ide1 selon la plupart des philosophes modernes4 ,seulement1 il ne rduit pas l'ide la simple perception2 le concept n'est pas uniquement la chose en tant que pense2 c'est la pense qui en donne une connaissance dtermine4 ,constituer un concept revient au mme que signifier ou noncer qu'une chose est4 ,cependant il ne faudrait pas en conclure que le fait de signifier une chose constitue un concept de la chose4 ,car chaque mot en particulier signifie et le concept et la chose1 ce qui ne veut pas dire qu'il signifie une signification ni qu'un concept constitue un autre concept4 ,la signification rend le concept qu'elle suppose#efi4 ,note #efi3 ,de ,intell41 p4 #dge-dig4 ,a part les formes de la dialectique1 on doit reconnatre ici la thorie tant rpte de la formation des ides4 ,la sensation1 l'imagination1 le concept 7tant simple que compos1 tant un que multiple71 le jugement1 le concept exprim ou le terme1 le jugement exprim ou la proposition1 la vrit ou la fausset des concepts et des jugements1 c'est bien l le sujet et l'ordre habituel des psychologies lmentaires4 ,il ne faut pas s'tonner de retrouver ici des notions si familires aux modernes2 ce n'est pas qu',ablard les ait devancs1 c'est qu'il a puis la mme source2 le fond de tout cela est dans ,aristote#egj4 ,note #egj3 ,toutefois ce n'est pas ,aristote mme qu'il a consult4 ,il a suivi ,boce1 et il l'a rendu plus rigoureux et plus mthodique4 7,in ,porph41 ,i1 p4 #ed4 et ,de ,interp41 ed4 sec41 passim47 ,quelle est la signification ou quel est le concept des mots universels8 quelles choses signifient-ils1 ou quelles choses sont comprises en eux8 ,lorsque j'entends le nom homme1 nom commun plusieurs choses auxquelles il convient galement1 quelle chose entend mon esprit8 c'est l'homme en lui-mme1 doit-on rpondre4 ,mais tout homme est celui-ci1 celui-l ou tout autre4 ,la sensation1 nous dit-on1 ne donne jamais que tel homme dtermin1 et raisonnant de l'entendement comme du sens1 on affirme que le concept d'homme ne peut tre que le concept d'un homme dtermin3 homme quivaut un certain homme4 ,il faut rpondre que concevoir l'homme1 c'est concevoir la nature humaine1 c'est--dire un animal de telle qualit4 ,lors donc qu'on objecte que tout homme tant celui-ci ou celui-l1 concevoir l'homme1 c'est concevoir celui-ci ou tel autre1 le syllogisme n'est pas rgulier4 ,il faudrait dire que tout concept de l'homme est le concept de celui-ci ou de celui-l2 alors le moyen terme serait mieux maintenu1 et la conjonction des extrmes se ferait en rgle2 mais l'assomption serait fausse4 ,quand je dis une cape#ega est dsire par moi1 ce qui revient dire je dsire une cape2 quoique toute cape soit celle-ci ou celle-l1 il ne s'ensuit pas que je dsire celle-ci ou celle-l4 ,mais si je disais3 ,je dsire une cape1 et quiconque dsire une cape dsire celle-ci ou celle-l1 l'argumentation serait juste et la conclusion lgitime4 ,de mme1 on peut dire3 ,si j'ai la sensation d'un homme1 tout homme tant tel ou tel homme1 j'ai la sensation de tel ou tel homme2 mais il ne s'ensuit nullement ce qu'on en veut conclure4 ,qu'il soit de la nature du sens de ne pouvoir s'exercer que sur une chose existante dtermine1 qu'en consquence la sensation d'homme ne puisse tre que la sensation cause par cet homme-ci ou cet homme-l1 accordez-le2 mais l'entendement n'a pas1 comme le sens1 besoin pour agir d'une chose relle1 puisqu'il s'applique aux choses passes1 futures1 qui n'ont jamais t1 qui ne seront jamais4 ,pour penser l'homme1 pour avoir un concept dans lequel entre l'ide de la nature humaine1 il n'est donc pas ncessaire d'avoir prsent l'esprit tel ou tel homme dtermin4 ,la nature humaine peut tre l'objet de concepts innombrables1 comme ce concept simple du nom spcial d'homme ou de l'homme pris comme espce1 aussi bien que de l'homme blanc1 de l'homme assis1 que sais-je8 de l'homme cornu1 qui n'existe pas2 en un mot1 comme toutes les conceptions dans lesquelles entre la nature humaine1 soit avec la distinction d'une personne dtermine comme ,socrate1 soit indiffremment ou sans aucune dtermination personnelle4 ,note #ega3 ,capa1 espce de capuchon1 bardocucullus4 ,ablard nonce ici brivement certaines objections1 mais peine indique-t-il quoi elles tendent1 et pourquoi il est intressant de les lever4 ,sous leur forme technique1 leur importance chappe1 et le texte de cet ouvrage ressemble un sommaire de principes et d'arguments1 applicables des controverses usuelles1 des questions connues1 et que devaient claircir ou dvelopper1 soit l'interprtation orale1 soit au moins l'intelligence du lecteur1 dj familiaris avec ce dont il s'agissait#egb4 ,essayons de suppler l'une et l'autre4 ,note #egb3 ,de ,intel41 p4 #dhg-dib4 ,il s'agit de savoir ce que signifient les noms des universaux1 ou quels sont les objets des conceptions gnrales ou spciales4 ,ablard vient de dire que ces noms dsignent des conceptions universelles1 et que celles-ci1 pour tre valables et vraies1 n'ont pas besoin de se rapporter des objets sensibles et dtermins1 parce qu'elles sont l'oeuvre de l'intelligence et non de la sensibilit4 ,c'est la sensibilit qui veut des objets certains1 rels1 individuels2 l'intelligence procde autrement1 puisqu'elle conoit ce qui est absent1 insensible1 indtermin1 ce qui n'est pas4 ,les conceptions gnrales ne sont donc pas ncessairement de purs mots1 mais peuvent tre de vraies conceptions1 quoiqu'elles ne se rapportent pas des objets individuels4 ,a cela on aura trouv une forte objection1 si l'on dmontre qu'il y a des mots1 ressemblant des noms de conceptions1 qui ne dsignent ni des conceptions relles1 ni des conceptions possibles2 ce ne seront que des semblants de conceptions2 ces conceptions n'en auront que le nom2 il faudra bien reconnatre que tout nom ne suppose pas un concept1 et le nominalisme aura gagn un premier point fort important4 ,ainsi1 par exemple1 je dis tout homme1 et cependant je ne conois pas actuellement tout homme1 car il faudrait concevoir tous les hommes1 et cela est impossible2 on peut donc nommer une conception sans l'avoir4 ,semblablement1 de deux je dis que l'un court1 et comme je ne sais lequel1 ni peut-tre mme de quel tre il s'agit1 je n'ai point la conception de ce que je dis4 ,a plus forte raison1 ne puis-je avoir la conception de la chimre blanche ou simplement de la chimre1 ni du non-intelligible ou non-concevable4 ,puis donc que je prononce ces mots comme des conceptions et que j'en raisonne1 et qu'en ralit je ne les comprends pas1 il suit que ce ne sont que des mots4 ,qu'est-ce que des concepts qui ne sont pas conus1 des produits de l'entendement qui ne sont pas entendus1 de l'intellectuel sans intelligence8 ,ainsi les concepts1 autres que ceux qui correspondent des choses individuelles1 ne sont pas mme des ides1 ce ne sont que des noms4 ,ablard rpond en expliquant dans quel sens on conoit les diverses propositions opposes comme des difficults4 ,concevoir tout homme1 c'est1 selon lui1 concevoir1 non-seulement l'oraison tout homme1 mais un homme quelconque1 ou quiconque a la nature humaine4 ,ce n'est pas tel ou tel homme1 ,socrate ou ,platon1 quoique tel ou tel homme1 ,socrate ou ,platon1 soit compris sous le concept de tout homme4 ,c'est la conception de la nature humaine1 sans dtermination individuelle2 et cette conception comprend tous les individus1 quoique aucune intelligence ne suffise les considrer tous individuellement et en mme temps4 ,dire l'un de ces deux court1 c'est concevoir l'une ou l'autre de ces deux choses vraies1 savoir ou qu'il y en a un qui court1 ou que c'est celui-ci et non celui-l qui court1 et l'on ne peut dire que ce concept ne se rapporte rien de rel4 ,quant la chimre1 elle n'est pas relle1 et elle est conue comme n'tant pas relle4 ,ce qui n'empche pas de concevoir que1 si elle tait relle et qu'elle ft blanche1 elle serait blanche2 et dans ce cas1 il y aurait lieu cette proposition1 elle est blanche4 ,quant au non-intelligible1 c'est un attribut gnral qui1 en tant que gnral1 peut tre conu1 quoique une chose particulire non-intelligible ft prcisment ce qui ne peut tre conu4 ,autre est de concevoir qu'une chose est inconcevable1 autre de concevoir une chose inconcevable4 ,ainsi les exemples cits ne prouvent pas que certains mots1 dsignant des ides qui ne reprsentent rien de sensible ou de dtermin1 ne soient que des mots1 et ne signifient ni choses ni ides1 c'est--dire ne signifient rien4 ,ils ne prouvent pas davantage que1 pour ne reprsenter directement rien de dtermin ni de sensible1 des ides soient vaines et fausses1 et par consquent1 on ne peut conclure des exemples cits1 la vanit1 la fausset1 la nullit des conceptions gnrales quelconques4 ,nous avons videmment ici l'argumentation et la rfutation du nominalisme4 ,ablard ne le dit pas en termes exprs1 mais il le fait comprendre1 et en posant les exemples ci-dessus comme des difficults1 il nous fait connatre1 sans aucun doute1 quelques-unes des objections de ,roscelin ou de ses partisans4 ,nous apprenons ainsi quel point le nominalisme diffrait du conceptualisme4 ,le premier ne niait pas seulement les essences gnrales1 mais les conceptions gnrales et abstraites2 il ne laissait aux genres1 aux espces1 aux tres de raison1 pas mme une place dans l'esprit4 ,il tait absolu4 ,cela nous explique comment le conceptualisme1 qu'on est souvent port confondre avec le nominalisme1 s'levait alors l'importance d'une doctrine positive1 distincte1 dtermine4 ,c'tait un intermdiaire rel entre le ralisme et le nominalisme4 ,le premier disait que les universaux taient non-seulement des ides et des mots1 mais des ralits2 le conceptualisme1 qu'ils n'taient pas des ralits1 mais des ides et des mots2 le nominalisme1 qu'ils n'taient ni des ralits1 ni des ides1 mais des noms4 ,le fond du nominalisme tait donc que nous n'avons d'ides que des objets sensibles4 ,la psychologie se rduisait donc la sensation et la mmoire1 pour toutes facults fondamentales4 ,l'intelligence1 purement passive1 facult la suite de la sensation et de la mmoire1 se bornait concevoir leurs objets1 c'est--dire la simple reprsentation4 ,il ne lui restait en propre que je ne sais quelle activit vaine qui se produisait dans le langage1 lequel dbordait ncessairement la ralit et la pense4 ,les langues taient pleines de fictions gratuites4 ,on voit comment le nominalisme se ramenait un troit sensualisme4 ,ablard1 quoiqu'il ft de l'cole d',aristote1 et qu'il adoptt par consquent quelques-uns des principes du sensualisme1 entendait les choses plus largement1 et s'il ne s'affranchissait pas de quelques-unes des consquences de ces principes avec la mme hardiesse que son matre1 cependant il ne peut tre confondu avec les sectateurs de cette troite doctrine4 ,il disait bien que toute connaissance surgit des sens#egc4 ,il admettait bien qu'il n'y a dans la nature que des choses dtermines1 que les ralits sont toutes individuelles2 il croyait donc que les genres et les espces ne sont pas rels en eux-mmes4 ,mais si l'intelligence est instruite1 excite par les sens1 si les sensations suscitent des concepts#egd1 cependant l'intelligence est distincte des sens2 elle en est profondment diffrente2 elle l'est mme de l'imagination1 qui n'est que la facult de se reprsenter les choses sensibles4 ,la sensation1 l'imagination1 tout cela n'est que perception confuse4 ,l'intelligence a des perceptions plus distinctes ou plutt des conceptions 7concepts1 intellects1 ides71 qui sont de plus en plus indpendantes1 de plus en plus dgages des perceptions sensibles et imaginatives2 et elle peut mme arriver trs-prs de l'tat d'une intelligence pure1 qui comprend par elle-mme et directement1 la manire de l'intelligence divine4 ,or1 elle a cette puissance deux conditions1 c'est non-seulement de changer en ides les perceptions sensibles1 mais de se faire des ides1 dont l'objet n'a pas t senti1 dont l'objet ne peut l'tre1 dont l'objet mme n'existe pas4 ,en d'autres termes1 l'intelligence a des ides sensibles ou de reprsentation1 et des ides purement intelligibles ou intellectuelles1 savoir celles des choses invisibles1 celles des choses inconnues1 celles des choses universelles1 celles des choses abstraites4 ,ainsi1 l'homme est non-seulement en communication avec la nature physique1 mais il l'excde2 il est naturellement mtaphysicien2 voil l'homme d',ablard et d',aristote4 ,note #egc3 ,de ,intell41 p4 #dff et #dhb4 ,note #egd3 ,id41 p4 #dfb4 ,on voit que le conceptualisme1 quoique venu l'occasion d'une question logique1 est une psychologie4 ,cette psychologie est sommaire1 succincte1 incomplte1 je le veux2 elle n'est pas inattaquable1 j'en conviens encore4 ,mais elle ne donne pas une trop mesquine ide de l'esprit humain2 elle est loin de limiter trop troitement sa porte ni ses forces4 ,on peut la trouver hsitante1 obscure1 fautive sur la question ontologique2 elle ne jette sur la ralit qu'un regard de passage1 et peut-tre ignore-t-elle les rapports mystrieux et certains qui unissent le monde des ides avec le monde des choses4 ,mais les philosophies qui peuvent lui en faire un reproche1 ne sont pas fort nombreuses4 ,platon n'avait pas russi persuader ,aristote1 et le no-platonisme n'a rien fond4 ,chez les modernes1 ,locke et ,reid n'en savent pas beaucoup plus qu',ablard2 ,kant en sait plus1 mais il doute davantage4 ,quelques mots de ,descartes et de ,leibnitz composent tout ce que nous avons gagn sur l'antiquit4 ,aucune doctrine formelle1 compltement dveloppe1 dfinitivement reconnue1 n'a encore ralis le modle difficile d'une ontologie philosophique4 ,spinoza n'a laiss qu'un exemple redout4 ,peut-tre ,hegel n'a-t-il rien fait de plus4 ,l'avenir jugera la tentative cratrice de ,schelling4 ,rien de lui n'est encore assur que la gloire de son nom4 ,quoi qu'il en soit1 vous venez de voir ici par l'exemple le plus clatant1 comment une simple question de dialectique contenait ou engendrait les plus hautes questions de mtaphysique1 et comment les scolastiques pouvaient tre conduits par la spcialit de leur art aux grandes gnralits de la science4 ,l'art des scolastiques est celui de dcomposer le langage et le raisonnement4 ,l'analyse des lments de la proposition les mne ou plutt les oblige rechercher quelles sont nos diverses ides1 comment nous les formons1 quels sont les divers rapports des tres1 leurs modes1 leurs natures1 leurs essences4 ,qu'y a-t-il au del8 o sont de plus grandes1 de plus fondamentales questions8 ,mais la manire de les traiter est singulire2 elle ne va pas droit au fond des choses2 elle les aborde obliquement1 d'une faon dtourne1 incidente1 et propos des questions logiques4 ,la logique donne une certaine dfinition de la substance1 une certaine numration des catgories2 comme introduction cette double connaissance1 on doit connatre la dfinition de certains attributs des choses1 qui constituent entre autres les genres et les espces2 comment cette dfinition1 une fois donne1 concorde-t-elle avec celles de la substance et des diverses catgories8 ,de l plusieurs difficults4 ,quelles sont ces difficults8 elles portent toutes sur l'application de certaines rgles logiques certaines propositions4 ,et comment cherche-t-on les rsoudre8 par des distinctions destines mieux fixer le sens de ces rgles et celui de ces propositions1 en un mot1 par de nouvelles recherches logiques4 ,et c'est ainsi1 c'est indirectement1 artificiellement pour ainsi dire1 qu'en russissant claircir et raccorder les diffrents principes de la dialectique1 on aborde et l'on rsout les problmes tant de la formation des ides que de la constitution des tres4 ,ainsi se manifeste l'importance gnrale et la singularit particulire de la controverse des universaux4 ,nous en jugerons mieux en tudiant avec dtail l'ouvrage qu',ablard lui a spcialement consacr4 ,,fin ,,du ,,tome ,,premier4 ,,table4 99 99 99 99 99 ,,pr,,face ,,preuves ,,et ,,autorit,s ,,de ,l',,histoire ,d',,ab,,lard ,,livre #a;er4--,,vie ,d',,ab,,lard ,,livre ,,ii4--,,de ,,la ,,philosophie ,d',,ab,,lard ,,chapitre #a;er4--,de la ,philosophie scolastique en gnral ,,chap4 ,,ii4--,de la ,scolastique aux ,x,i,ie sicle1 et de la question des universaux4 ,,chap4 ,,iii4--,de la logique d',ablard4--,dialectica1 premire partie1 ou des catgories et de l'interprtation4 ,,chap4 ,,iv4--,suite de la logique d',ablard4--,dialectica1 deuxime partie1 ou les premiers analytiques4--,des futurs contingents4 ,,chap4 ,v4--,suite de la logique d',ablard4--,dialectica1 troisime partie1 ou les ,topiques4--,de la substance et de la cause4 ,,chap4 ,,vi4--,suite de la logique d',ablard4--,dialectica1 quatrime et cinquime parties1 ou les seconds analytiques et le livre de la division et de la dfinition4 ,,chap4 ,,vii4--,de la psychologie d',ablard4--,de ,intellectibus4 ,,fin ,,de ,,la ,,table ,,du ,,premier ,,volume4