,l4 ,,becq ,,de ,,fouqui,,res ,l',,art ,,de ,,la ,,mise ,,en ,,sc,,ne ,,essai ,d',,esth,,tique ,,th,,atrale ,,paris ,g4 ,,charpentier ,,et ,cie1 ,,diteurs #ahhd ,,pr,,face ,il n'existe pas d'ouvrage d'ensemble sur la mise en scne2 c'est donc sans fausse modestie que j'ai donn le titre d',essai cette tude4 ,ceux qui1 aprs moi1 s'intresseront ce sujet et voudront le traiter de nouveau auront sans doute combler quelques lacunes1 complter ou rectifier quelques-unes des thories exposes et peut-tre pousser plus loin et en diffrents sens leurs investigations4 ,au premier abord1 le sujet parat simple et trs limit2 mais plus on y rflchit1 plus il apparat tel qu'il est en ralit1 complexe et d'une tendue infinie4 ,pour beaucoup de personnes il se rsume dans une question toute matrielle2 et la mise en scne se rduit au plus ou moins de splendeur apporte la reprsentation d'un ouvrage dramatique1 au plus ou moins de richesse des costumes et une plus ou moins nombreuse figuration4 ,ce ne sont l cependant que les dehors les plus apparents du sujet1 car1 en y regardant bien1 la mise en scne se confond presque avec l'art dramatique1 et c'est dans le cerveau mme du pote qu'il faudrait en commencer l'tude4 ,toutefois1 il y a l une ligne de partage assez nettement trace3 d'un ct1 l'art dramatique1 c'est--dire tout ce qui est l'oeuvre propre du pote2 de l'autre1 la mise en scne1 c'est--dire ce qui est l'oeuvre commune de tous ceux qui1 un degr quelconque1 concourent la reprsentation4 ,sans doute ces deux arts se pntrent rciproquement4 ,quand le pote se proccupe de dispositions scniques1 qui ne se dduisent pas ncessairement des caractres et des passions1 il fait de l'art thtral2 quand un comdien met en relief certains sentiments auxquels l'auteur n'avait pas tout d'abord accord une importance suffisante1 il fait de l'art dramatique4 ,cependant1 comme il est ncessaire que tout sujet soit dlimit1 je maintiendrai la distinction au moins apparente qui spare l'art dramatique de l'art thtral4 ,cette tude commence donc au moment o le pote a termin son oeuvre4 ,ainsi limite1 elle est encore fort complexe2 elle comprend la recherche de l'effet gnral que doit produire la reprsentation et la dtermination des effets particuliers des actes et des tableaux1 dans lesquels se dcomposent la pice4 ,il faut donc arrter le caractre pittoresque de la dcoration1 son plus ou moins de relief et de profondeur1 etc4 ,l'artiste charg d'excuter une dcoration en trace d'abord une vue d'ensemble sur un plan vertical1 qu'il suppose place dans l'encadrement de la scne la place du rideau4 ,ensuite il excute la maquette1 c'est--dire une rduction du dcor tel qu'il doit tre dispos sur le plan gomtral4 ,le public a pu voir dans plusieurs expositions quelques maquettes clbres1 conserves la bibliothque de l',opra4 ,pendant que les peintres prparent et brossent les dcors1 on monte la pice4 ,l'opration prliminaire1 qui est la distribution des rles1 est peut-tre la plus importante1 car le succs dfinitif en dpend4 ,une fois les rles distribus1 chaque acteur apprend le sien4 ,la conception et la composition d'un rle imposent l'acteur qui en est charg un labeur considrable et un grand effort subjectif4 ,quand tous les rles sont sus1 on les assemble2 alors commence le travail long et minutieux des rptitions1 car on se propose d'arriver une harmonie gnrale et un ensemble1 qui souvent1 dfaut d'acteurs de premier ordre1 suffisent assurer le succs4 ,tel rle doit tre teint1 tel autre doit tre au contraire plus accentu4 ,en mme temps1 on tudie les mouvements scniques2 on dtermine les places successives que les personnages doivent occuper les uns par rapport aux autres ou par rapport la dcoration2 on rgle les entres et les sorties1 ce qui exige parfois des remaniements dans le texte de la pice4 ,puis vient la composition de la figuration1 et son instruction orchestrique1 s'il y a lieu4 ,pendant le temps des rptitions1 on confectionne les costumes1 dont les dessins exigent beaucoup de got et demandent souvent de longues recherches4 ,bientt1 aux rptitions partielles succdent les rptitions d'ensemble1 o tous les accessoires jouent le rle qui leur est assign4 ,la rptition gnrale a lieu en costume3 c'est une premire anticipe4 ,enfin arrive le jour de la premire reprsentation1 qui dlivre tout le personnel du thtre de l'anxit finale et libre auteur1 directeur et acteurs d'un labeur o commenaient s'user les meilleures volonts4 ,telle est l'esquisse sommaire du sujet complexe dont j'ai entrepris l'tude4 ,si celle-ci devait tre pousse fond1 elle exigerait plusieurs volumes1 car elle comprendrait3 l'architecture thtrale1 la peinture dcorative1 la science trs complique de la perspective1 la mcanique particulire des machines1 les applications de l'lectricit1 la description des dessous1 du cintre et des coulisses1 le rle de ces diffrentes parties1 la plantation des dcors1 la composition et l'examen des magasins d'accessoires1 puis les sciences de l'optique et de l'acoustique1 et enfin l'art sans limites prcises du comdien1 etc4 ,de tout ce vaste ensemble1 je ne retiendrai que l',,esth,,tique ,,th,,atrale1 c'est--dire l'tude des principes et des lois gnrales ou particulires qui rgissent la reprsentation des oeuvres dramatiques et concourent la production du pathtique et du beau4 ,pour la composition de cet ouvrage1 la division du sujet et la rpartition des matires1 j'avais le choix entre l'ordre historique et l'ordre esthtique4 ,le premier exigeait que je suivisse pas pas le travail de la mise en scne1 partir du moment o l'auteur dpose son manuscrit jusqu'au moment o le rideau se lve pour la premire reprsentation4 ,j'ai prfr le second1 qui va du gnral au particulier et qui1 des principes gnraux1 dduit les lois particulires4 ,le premier aurait t prfrable si cet ouvrage avait d tre anecdotique4 ,quant la mthode de travail qui a prsid l'laboration de cette tude1 je crois devoir en dire ici quelques mots4 ,la mthode rudite consiste suivre chaque jour le mouvement littraire1 noter les faits mesure qu'ils veillent l'attention du public et les discussions critiques auxquelles ils donnent lieu dans les journaux et dans les revues2 extraire des ouvrages spciaux les remarques utiles l'claircissement du sujet2 puis classer les notes innombrables ainsi accumules1 a les rpartir en un certain nombre de chapitres et relier le tout au moyen des ides gnrales qui naissent du groupement des faits4 ,cette mthode implique l'indication de tous les emprunts qu'on a pu faire1 et la citation1 de tous les auteurs dont on reproduit intgralement les ides4 ,il suffira au lecteur de feuilleter cet ouvrage sans notes et sans rfrences pour conclure que je n'ai pas employ cette mthode4 ,il a t crit en effet d'un bout l'autre sans le secours d'aucune note et d'aucun livre1 par la simple mthode spculative4 ,chacune des deux mthodes que j'oppose l'une l'autre a ses vertus et ses dfauts3 ce n'est pas ici le lieu de les comparer entre elles4 ,si j'ai cru devoir indiquer celle que j'ai suivie1 c'est uniquement pour expliquer l'absence absolue de citations et afin qu'on ne l'attribut pas un ddain1 qui ne serait nullement justifi1 pour les travaux de tous ceux qui1 avant moi1 ont tudi en artistes ou en critiques l'art de la mise en scne4 ,pour tre accessible un pareil sentiment1 il faudrait ne pas tre convaincu comme je le suis que l'esprit de l'homme doit la majeure et la meilleure partie de ses crations en apparence les plus originales une collaboration incessante1 quoique souvent insaisissable et secrte4 ,pour moi1 j'prouve le plus vif plaisir avouer ici la double dette de reconnaissance que j'ai contracte4 ,suivant assidment les reprsentations de la ,comdie-,franaise1 j'y puise un enseignement dont le prix augmente chaque jour mes yeux4 ,depuis que mon attention s'est arrte sur la mise en scne1 j'ai pu admirer la science et le got qui prsident la composition artistique des dcorations1 la recherche des effets pittoresques ou grandioses1 au choix tudi des costumes1 la juste somptuosit des ameublements1 l'instruction orchestrique de la figuration et la merveilleuse prcision des jeux de scne4 ,c'est cet art exquis1 joint au labeur consciencieux et l'incomparable talent des comdiens1 qui fait de la ,comdie-,franaise la premire cole dramatique et thtrale de l',europe1 c'est--dire du monde entier4 ,or1 ce got irrprochable et cette science1 qui s'appuie sur une longue exprience1 sont les deux qualits matresses de son administrateur actuel4 ,je suis donc heureux de saluer ici ,m4 mile ,perrin comme un des matres de la mise en scne moderne4 ,si cet ouvrage a quelque mrite1 il lui en est redevable en grande partie1 car c'est devant ses belles conceptions thtrales que j'ai pu apprcier la porte artistique de la mise en scne et le rle important qu'elle est appele jouer dans l'art dramatique moderne4 ,par une rencontre piquante1 c'est prcisment un adversaire de ,m4 ,perrin que je me sens le devoir de payer ma seconde dette de reconnaissance4 ,on se rappelle la discussion rcente qui1 dans un tournoi littraire1 a arm l'un contre l'autre ,m4 ,sarcey et l'administrateur de la ,comdie-,franaise1 tous deux1 au fond1 amoureux du mme objet1 ,tournoi heureusement sans fin1 sans vainqueur ni vaincu1 et dont aprs tout l'art fait son profit1 car1 la lumire qui jaillit du choc de tels esprits1 la vrit trouve mieux son chemin qu'au milieu du silence et de la nuit4 ,mais je ne puis taire que si ,m4 ,sarcey rdige depuis plus de quinze ans le feuilleton dramatique du ,temps1 je le lis assidment depuis le mme nombre d'annes4 ,or1 s'il m'et t impossible de dsigner avec prcision les ides que j'ai pu directement lui emprunter1 j'ai la conscience de beaucoup lui devoir1 et d'avoir souvent1 en le lisant1 senti ma pense s'agiter l'agitation intellectuelle de la sienne4 ,j'ai donc contract vis--vis de lui une dette1 dont je ne saurais mconnatre la valeur2 et il m'est agrable d'avouer hautement l'influence qu'a pu avoir sur mon oeuvre un des matres incontests de la critique contemporaine4 ,je n'ai plus ajouter que quelques mots explicatifs1 pour clore cette prface4 ,ayant senti la ncessit d'appuyer d'un certain nombre d'exemples l'exposition de mes ides1 j'ai cru cependant devoir me restreindre ceux que je pouvais tirer des ouvrages modernes reprsents depuis peu1 ou des oeuvres classiques joues le plus rcemment4 ,il tait ncessaire1 en effet1 que le public et encore prsents la mmoire les faits sur lesquels j'attire son attention4 ,j'ai souvent employ l'expression de metteur en scne2 mais la plupart du temps c'est pour moi une expression complexe qui ne rpond pas une personnalit distincte et une fonction relle4 ,en parlant du travail thtral1 des dcors1 des jeux et des combinaisons scniques1 j'ai d'ailleurs vit de me servir d'expressions techniques peu familires aux lecteurs4 ,par contre1 chaque fois que j'ai d me servir de mots appartenant la langue esthtique ou psychologique1 je me suis efforc d'atteindre la clart par l'exactitude et la proprit des termes4 ,enfin1 dirai-je pour terminer1 j'ai rencontr comme cela tait fatal1 la thorie raliste ou naturaliste4 ,je ne me suis pas drob l'obligation de la soumettre l'analyse critique4 ,je l'ai fait sans ide prconue et sans aucun parti pris d'hostilit4 ,on pourra trouver1 je crois1 que le jugement que je porte sur cette cole1 sans tre complaisant1 n'est ni rigoureux ni injuste4 ,je n'ai eu d'ailleurs examiner ses thories qu'au point de vue particulier du thtre4 ,l',,art ,,de ,,la ,,mise ,,en ,,sc,,ne ,,chapitre ,,premier ,le succs n'est pas la mesure de la valeur intrinsque d'une oeuvre dramatique4--,les variations de l'art correspondent aux variations de l'esprit4 ,j'examinerai tout d'abord la question de la mise en scne dans ses termes les plus gnraux1 ce qui me permettra de formuler des lois gnrales d'o il sera ensuite plus facile de dduire les rgles particulires4 ,je commencerai par rappeler cette vrit universellement admise et accepte couramment comme un lieu commun3 la valeur intrinsque d'une oeuvre dramatique n'a pas toujours pour mesure la valeur que lui attribuent les contemporains4 ,cette proposition ne peut rencontrer beaucoup de contradicteurs4 ,il suffit de rappeler l'engouement peu justifi du public1 toutes les poques1 pour tel pote ou pour telle oeuvre dramatique4 ,les exemples que l'on pourrait citer sont innombrables4 ,si l'on dressait la liste de tous les auteurs ayant joui d'une grande rputation de leur vivant et ayant remport de trs vifs succs au thtre1 on pourrait constater qu'il en est quelques-uns dont les noms ont disparu de la mmoire des hommes1 et que la plupart ne nous sont aujourd'hui connus que par les titres de pices qu'on ne lit plus4 ,comme toute chose ici-bas1 les oeuvres d'art se plient aux caprices passagers de la mode et aux perversions momentanes du got4 ,une lite peu nombreuse porte seule des jugements certains que ratifie l'avenir1 tandis que la foule se complat dans le plaisir qu'elle prouve sentir caresser ses passions et favoriser ses penchants4 ,elle s'admire dans les oeuvres qui flattent ses gots1 comme le fat devant un miroir qui reflte son air la mode4 ,chaque pas du temps fait des hcatombes d'oeuvres dramatiques2 et la grande rputation d'une oeuvre passe n'a souvent d'gal que l'tonnement plein de tristesse et de dsenchantement que nous cause sa reprise4 ,qui ne sait mme1 un point de vue plus gnral encore1 combien nous sommes exposs gter nos plus chers souvenirs1 quand dans l'ge mr nous avons la faiblesse de rouvrir les livres qui nous ont ravi dans notre jeunesse4 ,en pareil cas1 on se console navement en disant que l'oeuvre a vieilli1 tandis que c'est tout le contraire qui est le vrai3 l'oeuvre a gard son ge1 et nous seuls nous avons vieilli4 ,or1 ce qui se passe dans la vie d'un homme se passe dans la vie d'une nation et dans celle de l'humanit4 ,les jugements des hommes sont soumis des transformations perptuelles1 car les lments de leur esprit se combinent de mille manires selon leur nombre et leur nature4 ,il est croire que ces combinaisons donnent lieu1 comme en chimie1 des composs dont les uns sont trs stables et les autres particulirement instables4 ,quand les oeuvres littraires correspondent aux premiers1 ils vivent dans la mme estime aussi longtemps que la combinaison persiste2 quand elles se rapportent aux seconds1 elles ne plaisent qu'un jour1 et tout ce que l'on peut esprer pour elles c'est que la mme combinaison1 venant se reproduire fortuitement1 leur ramne momentanment la fortune4 ,il est1 au contraire1 quelques oeuvres privilgies qui correspondent des combinaisons indissolubles3 elles sont immortelles2 et l'esprit en savourera sans fin la beaut et la vrit ternelle1 de mme que le corps humain puisera la vie1 jusqu' la consommation des temps1 dans l'air immuable qui l'enveloppe4 ,,chapitre ,,ii ,la valeur d'une pice ne dpend pas de son effet reprsentatif4--,ce n'est pas l'effet reprsentatif qui a assur la renomme du thtre des ,grecs1 non plus que des thtres trangers et de notre thtre classique4 ,nous ferons un pas de plus dans la connaissance du sujet en mettant cette seconde proposition3 la valeur intrinsque d'une oeuvre dramatique ne dpend pas de son effet reprsentatif4 ,si nous n'avions en vue que l'effet reprsentatif produit sur des contemporains une poque donne1 il est clair que cette proposition rentrerait dans la prcdente3 ,mais il s'agit ici de l'effet reprsentatif absolu1 et ce titre elle mrite de nous arrter4 ,je remarquerai d'abord1 au sujet des oeuvres appartenant aux littratures anciennes ou trangres1 que si la reprsentation d'une oeuvre dramatique a servi la mettre en lumire1 ce qui n'est pas niable1 elle n'a pas suffi lui assurer la renomme durable qui en a perptu le souvenir dans la postrit4 ,l'effet reprsentatif est dans ce cas sans influence sur le jugement que nous portons de la valeur d'une oeuvre dramatique4 ,en effet1 si nous considrons le thtre des ,grecs1 nous pouvons dire que nous n'avons aucune ide1 ou tout au moins que des ides excessivement confuses1 de ce que pouvait tre la reprsentation des tragdies d',eschyle1 de ,sophocle et d',euripide1 ou celle des comdies d',aristophane4 ,c'est uniquement par leur valeur intrinsque qu'elles s'imposent notre admiration1 et c'est avec raison que nous les considrons comme des modles presque inimitables1 sans que nous ayons besoin de tenir compte d'un effet reprsentatif que nous ne pouvons imaginer qu' grand renfort d'rudition1 sans jamais pouvoir tre sr de l'apprcier sa juste valeur4 ,il en est peu prs de mme du thtre des ,espagnols1 aussi bien que de celui des ,anglais et des ,allemands4 ,bien que les sujets en soient pris dans un monde en tout moins loign du ntre et qui est celui o se meuvent souvent encore nos personnages de thtre1 ce n'est nullement dans leur effet reprsentatif que nous cherchons et que nous trouvons les justes motifs de leur renomme4 ,nous n'en sommes que trs rarement les spectateurs1 et c'est uniquement comme lecteurs que nous apprenons les connatre et que nous les jugeons4 ,c'est bien dans ce cas l'esprit seul qui en gote la posie1 sans que nos yeux soient dupes des sductions de la mise en scne4 ,le thtre franais lui-mme n'chappe pas au mme phnomne4 ,la reprsentation l'amoindrit presque toujours1 en attnue les proportions psychologiques et en rapetisse sensiblement les hros4 ,que serait-ce si nous tenions compte du maigre appareil dont1 jusqu' la fin du ,x,v,i,i,ie sicle1 on entourait la reprsentation de notre thtre classique6 ,l'effet reprsentatif des tragdies de ,corneille et de ,racine n'a donc que peu d'influence sur l'admiration que nous prouvons pour elles4 ,bien au contraire1 la reprsentation nous apporte souvent un dsenchantement en quelque sorte prvu4 ,cette remarque ne tend pas en proscrire la reprsentation1 qu'en rendent1 au contraire1 ncessaire et dsirable d'autres raisons que nous exposerons plus loin4 ,on a souvent voulu transporter les thtres trangers sur la scne franaise1 notamment les drames de ,shakspeare4 ,toujours l'effet a t infrieur celui qu'on en attendait1 ce qui pourtant n'a jamais diminu l'admiration que nous ressentons pour le grand pote anglais4 ,il serait d'ailleurs puril d'en rechercher la cause dans le changement de langue que ncessite la translation de ses oeuvres sur notre thtre1 car c'est par la traduction seule qu'un grand nombre de lecteurs franais connaissent ,shakspeare et apprennent l'aimer et l'apprcier4 ,la traduction d'une oeuvre ancienne ou trangre1 loin de lui nuire1 la rajeunit souvent en attnuant ou en modifiant des ides ou des images qui seraient de nature choquer notre got actuel2 elle tient forcment compte1 rien que par l'emploi de la langue dont elle se sert1 de la diffrence des temps1 des lieux et des transformations de l'esprit4 ,c'est une nouvelle mise au point1 qui dgage ce qu'il y a dans toute oeuvre d'essentiellement humain et d'ternellement beau4 ,d'ailleurs1 un autre point de vue1 il suffit d'un moment de rflexion pour s'apercevoir que l'effet reprsentatif n'est pas la mesure de la valeur intrinsque d'une oeuvre dramatique4 ,si nous comparons entre eux le ,guillaume ,tell et les ,brigands de ,schiller1 l',iphignie et l',egmont de ,goethe1 le ,polyeucte et le ,cid de ,corneille1 le ,misanthrope et le ,tartufe de ,molire1 il est certain que de toutes ces pices les premires ont une valeur intrinsque au moins aussi grande1 si ce n'est plus grande1 que les secondes1 tandis que celles-ci ont un effet reprsentatif beaucoup plus grand4 ,c'est que la valeur reprsentative et la valeur potique d'une oeuvre dramatique ne se composent pas des mmes lments1 et par consquent n'ont pas de commune mesure4 ,si les contemporains se trompent souvent sur la valeur d'une pice1 c'est que dans leurs jugements ils tiennent compte de l'effet reprsentatif qui prcisment s'adapte leur got actuel4 ,la postrit1 au contraire1 fait abstraction de cet effet et souvent n'en a pas mme l'ide2 c'est pourquoi son jugement1 portant uniquement sur la valeur potique de l'oeuvre1 est plus durable4 ,ngligeant ce qui est variable et passager1 elle ne fonde son jugement que sur ce qui est invariable et constant4 ,ce n'est pas1 en rsum1 dans l'effet reprsentatif d'une oeuvre dramatique qu'il faut chercher la raison suprieure de l'apprciation qu'en a porte la postrit4 ,ce n'est donc pas en augmentant1 par la mise en scne1 l'effet reprsentatif d'une oeuvre dramatique que l'on ajoute sa valeur intrinsque4 ,,chapitre ,,iii ,de l'effet reprsentatif idal dans un esprit cultiv4--,imperfections de la mise en scne relle4--,sa ncessit pour les esprits peu cultivs4--,la mise en scne idale est le modle et le point de dpart de la mise en scne relle4 ,l'effet reprsentatif1 on le conoit1 n'est pas cr de toutes pices par la mise en scne4 ,toute oeuvre dramatique possde par elle-mme une valeur potique et une valeur reprsentative4 ,seulement1 dans l'imagination du pote1 elles sont souvent dans une relation inverse de ce qu'elles nous paraissent sur un thtre1 o la mise en scne modifie et parfois renverse la proportion3 on peut dire que la mise en scne est l'panouissement1 rendu visible1 d'un germe idal4 ,c'est ce dont il est facile de se rendre compte4 ,nous ne sommes l'aurore ni de l'humanit1 ni de l'histoire1 ni de la littrature4 ,nous sommes1 bien qu' diffrents degrs1 les produits d'une ducation poursuivie pendant des sicles travers un grand nombre de gnrations4 ,modifis par l'hrdit1 par une somme sans cesse croissante de connaissances transmises ou acquises1 nous avons pass par des tats de conscience inconnus aux hommes que n'a pas visits la civilisation4 ,il est certain qu'un sauvage ne comprendrait rien la lecture d'une tragdie de ,racine ou d'un drame de ,shakspeare1 si mme par impossible il pouvait saisir le sens des mots2 il ne serait nullement dans les conditions ncessaires d'instruction et d'ducation intellectuelles et morales4 ,que se passe-t-il donc en nous quand nous lisons une oeuvre dramatique8 ,il est clair qu'elle ne pntre pas dans un esprit vierge de toute impression similaire4 ,nous avons tous vu des thtres de formes les plus diverses1 les uns ouverts1 les autres ferms1 souvent chez diffrents peuples2 nous avons assist de nombreuses reprsentations dramatiques2 nous possdons dans notre imagination une ample collection1 un peu confuse1 mais trs riche1 de costumes de tous les ges2 nous connaissons plus ou moins les moeurs des nations anciennes et modernes ayant jou un rle important dans l'histoire2 enfin1 nous sommes familiers avec les lgendes hroques1 les mythologies1 souvent mme avec les langues des pays trangers4 ,une foule innombrable d'objets se sont prsents notre esprit et se trouvent enregistrs dans notre mmoire1 o ils restent d'ordinaire l'tat latent4 ,mais aussitt qu'une lecture en ravive le souvenir1 il se fait dans notre esprit une reprsentation subjective de tous les objets dont nous avons conserv les images4 ,et cette reprsentation illustre immdiatement notre lecture et lui sert de mise en scne idale3 mise en scne toujours discrte1 qui parat1 s'efface1 disparat et reparat sans s'imposer notre esprit1 sans le distraire2 dcor mobile o tout reste son plan et qui se rapproche ou s'loigne au gr de notre imagination4 ,dans cette mise en scne idale1 tout se rduit souvent des signes purement idographiques2 c'est un fond toujours un peu effac1 sem d'images confuses1 qui s'vanouissent ds qu'on veut les considrer avec fixit1 mais sur lequel l'oeuvre potique s'enlve en pleine lumire1 comme une belle pice d'orfvrerie se dtache sur une tapisserie use par le temps4 ,ce fond s'harmonise merveilleusement avec le texte potique4 ,des images1 diffuses ou instables1 semblent venir du lointain le plus recul et forment cette mise en scne idale que nous projetons objectivement dans l'espace incertain4 ,c'est sur ce fond propice que se dtachent les hros du drame3 ils ont la stature1 le regard1 le geste1 la voix qu'ils doivent avoir4 ,dans cette jouissance un peu extatique rien ne vient contrarier le pathtique des situations1 rien ne distrait de la beaut des vers1 de la logique de l'action1 de la justesse des penses1 de l'effet motionnel des passions2 et c'est alors que nous ressentons l'motion esthtique1 non la plus forte1 ni la plus profonde1 ni la plus complte1 mais la plus pure de tout alliage1 qu'il nous soit donn d'prouver4 ,combien l'effet reprsentatif rel est violent par rapport cet effet reprsentatif idal6 ,la main souvent brutale du dcorateur ou du metteur en scne immobilise tout ce qui prcisment avait une grce mobile et fugitive2 elle fait une sorte de trompe-l'oeil de ce qui n'tait qu'un jeu de notre imagination4 ,au milieu d'une nature de carton peint1 sous une lumire invraisemblable1 s'accumulent alors des imperfections de toutes sortes1 imperfections de dcors1 de costumes1 de mouvements1 de gestes1 de diction1 qui sont autant d'outrages la beaut potique4 ,ce sont l1 en effet1 les conditions dsastreuses dans lesquelles une oeuvre dramatique parat sur le thtre4 ,mais1 htons-nous de le dire1 il faut s'y rsigner4 ,pour un homme qui a assez de loisir1 de got1 de dlicatesse et d'imagination pour s'abandonner sans rserve ce jeu de l'esprit qu'on appelle l'art1 qui se laisse tout entier attendrir et subjuguer par les accents pathtiques d',iphignie ou par la mlancolique chanson d',ophlie1 combien y a-t-il d'hommes dont le cerveau n'est peupl que des images cruelles de la ralit vivante1 qui n'ont ni l'heur ni le loisir de s'essayer ainsi sur la flte des dieux1 et qui le soir1 las et meurtris d'un labeur avilissant1 ont besoin qu'un coup de baguette magique les transporte dans un monde nouveau1 rveille leur imagination engourdie et les ravisse eux-mmes et la bassesse de leurs travaux journaliers6 ,pour ces hommes1 le plaisir de l'esprit n'est jamais pur2 il s'y mle toujours un plaisir des sens4 ,c'est donc prcisment par ses dfauts mmes que la mise en scne agit plus puissamment sur leur organisme4 ,quoi qu'il en soit1 l'effet reprsentatif idal sera toujours le modle que le metteur en scne devra se proposer de raliser1 en tenant compte des ncessits psychologiques1 intellectuelles et morales que lui impose la composition particulire de la foule des spectateurs laquelle il s'adresse4 ,nous ajouterons1 ce qui rsulte des ides dj exposes et sur lesquelles nous reviendrons1 qu'on doit dans la mise en scne se rapprocher de la sobrit et de la discrtion de la mise en scne idale1 dans la proportion o l'oeuvre reprsente s'approche de la perfection4 ,,chapitre ,,iv ,rapports de la mise en scne avec la valeur d'une oeuvre dramatique4 --,le peu d'appareil des thtres de province favorisait l'art dramatique4--,l'excs de mise en scne lui est nuisible4 ,puisqu'il n'y a pas quation entre l'effet reprsentatif d'une oeuvre dramatique et sa valeur intrinsque1 nous pouvons en conclure qu'en augmentant son effet reprsentatif on n'ajoute rien sa valeur intrinsque1 et que les valeurs relatives de deux oeuvres dramatiques ne sont pas entre elles comme leurs effets reprsentatifs4 ,mais1 dans la gnralit des cas1 le plaisir que l'on cherche procurer au spectateur est un plaisir gnral et total qui se compose de la somme de toutes ses sensations et de toutes ses motions1 de quelque nature qu'elles soient4 ,il suit de l1 premirement1 que la mise en scne pourra tre souvent considre comme un correctif la faiblesse d'une oeuvre dramatique2 deuximement1 que la mise en scne peut par son excs tre un drivatif l'attention que mriterait la valeur intrinsque d'une oeuvre dramatique4 ,c'est peine si la premire proposition mrite que nous nous y arrtions4 ,tout le monde sait qu'un certain nombre des thtres de ,paris ne vivent que par la mise en scne4 ,les ouvrages mdiocres qu'ils montent ne russissent la plupart du temps captiver le public que par le pittoresque des dcors1 la richesse des costumes1 l'ampleur de la figuration1 ou mme par les exhibitions les plus excentriques4 ,l'art dramatique ramen ainsi n'tre que de l'art thtral devient un art tout fait infrieur4 ,toutefois1 si la premire proposition ne demande que quelques mots d'explication1 elle est cependant importante par une des conclusions qu'on en peut tirer et qui nous offre la rsolution d'un problme intressant4 ,jadis1 quand il y avait des thtres en province et des troupes qui s'y tablissaient demeure pour la saison d'hiver1 les directeurs1 n'ayant en gnral leur disposition qu'un trs maigre appareil reprsentatif1 avaient se proccuper dans une certaine mesure de la valeur des pices qu'ils montaient4 ,ces thtres taient ainsi favorables au progrs de l'art dramatique4 ,aujourd'hui1 un autre systme a prvalu4 ,une troupe part de ,paris1 avec armes et bagages1 et s'en va de ville en ville1 montant partout l'unique pice qui compose son rpertoire et pour laquelle elle a pu faire les dpenses d'un appareil reprsentatif1 trs suprieur celui qu'aurait eu sa disposition un directeur de province4 ,or1 la faveur de cet appareil et grce au prestige de quelques acteurs en renom1 on parvient imposer aux applaudissements de la province des pices d'une valeur intrinsque infrieure4 ,c'est ainsi que les nouvelles moeurs thtrales et que ces troupes de voyage sont contraires au progrs de l'art dramatique4 ,ici1 je n'ai pas d'ailleurs examiner cette question dans les dtails infinis qu'elle comporterait3 je l'ai ramene sa plus simple expression4 ,je ne puis cependant rsister au dsir de signaler1 comme la consquence1 la plus grave peut-tre1 du systme actuel1 l'anantissement du rpertoire classique4 ,l'examen de la seconde proposition nous conduira une conclusion identique4 ,l'abus ou l'excs de la mise en scne dtourne le jugement du spectateur de l'objet qui devrait faire sa proccupation principale1 par suite abaisse son got1 et en mme temps pousse les auteurs1 qui peuvent compter sur l'effet d'un puissant appareil reprsentatif1 se contenter d'un succs plus facile obtenir et ngliger la conception de leur oeuvre et la conduite de l'action4 ,l'abus ou l'excs de la mise en scne est donc ainsi contraire aux progrs de l'art dramatique4 ,,chapitre ,v ,recherche d'un principe physiologique auquel puissent se rattacher les lois de la mise eu scne4--,les impressions intellectuelles et les sensations organiques s'annihilent rciproquement4 ,on a pu m'accorder les propositions mises prcdemment et en reconnatre la justesse4 ,en effet1 elles rsultent de la constatation de faits que chacun a pu observer4 ,mais il me parat ncessaire de les rattacher un point fixe et de chercher1 en dehors du thtre1 une mthode de dmonstration4 ,or1 en physiologie1 ou en psychologie1 comme on voudra1 on admet1 en se basant sur des sries d'expriences pour ainsi dire quotidiennes1 et que chacun peut contrler par ses propres observations1 que notre attention1 ordinairement diffuse et mobile1 peut1 en se concentrant sur des impressions reues par notre esprit ou sur des sensations prouves par un de nos organes1 nous rendre insensibles tout ce qui ne se rapporte pas exclusivement soit ces impressions intellectuelles1 soit ces sensations organiques4 ,en d'autres termes1 sous l'influence de proccupations spciales1 un groupe de sensations1 d'images ou d'ides1 s'impose nous l'exclusion de tous les autres qui restent alors inaperus4 ,on pourrait dire1 en quelque sorte1 que la sensibilit nergiquement surexcite d'un de nos organes anesthsie momentanment nos autres organes4 ,les exemples sont nombreux et bien connus4 ,une personne absorbe par une pense regarde fixement sans les voir les autres personnes qui sont devant elle2 ou bien1 captive par un spectacle1 elle n'entendra pas qu'on lui parle4 ,un soldat1 au milieu de la mle1 n'a pas immdiatement conscience d'une blessure qu'il vient de recevoir2 il ne s'en aperoit que lorsque le sang qui coule attire son attention4 ,pascal domptait la douleur par le travail1 et ,archimde1 occup de la rsolution d'un problme1 ne percevait pas le bruit du combat qui se livrait dans les rues de ,syracuse4 ,la vue des images divines1 qui hantaient l'esprit des martyrs1 les absorbait souvent tel point qu'ils ne sentaient ni le fer ni le feu qui torturaient leurs chairs4 ,mais1 pour prendre un exemple moins tragique et d'observation plus aise1 tout le monde sait que1 lorsque nous voulons concentrer notre esprit sur une ide1 nous fermons instinctivement les yeux1 ou bien que nous fixons nos regards sur quelque angle banal et obscur de la chambre2 que l'enfant1 pour apprendre ses leons1 se bouche les oreilles de ses deux mains1 et que le collgien qui regarde les mouches voler ne profite pas beaucoup des dmonstrations du professeur4 ,c'est l'infini qu'on pourrait recueillir des faits semblables4 ,tantt1 c'est la proccupation de l'esprit qui empche nos regards de percevoir les formes et les couleurs ou nos oreilles de percevoir les sons1 tantt ce sont des images optiques ou des sons qui s'opposent toute autre association d'ides4 ,a cette observation d'ordre physiologique on objectera1 qu'en ralit il nous est possible dans le mme moment d'couter1 de regarder et de penser4 ,en effet1 c'est l le cours perptuel de la vie2 mais1 dans ce cas1 les impressions auditives1 optiques et intellectuelles doivent tre assez faibles pour pouvoir tre perues toutes la fois1 car1 si l'quilibre entre ces impressions galement faibles vient se rompre1 la loi physiologique s'impose4 ,nous pouvons donc dire que1 pour tre perues la fois1 des impressions auditives1 optiques et intellectuelles doivent1 premirement1 tre trs faibles ou avoir un rapport commun1 et1 deuximement1 conserver entre elles la proportion d'intensit qui leur a permis de se manifester dans le mme moment4 ,,chapitre ,,vi ,de la fin que se proposent les beaux-arts4--,l'excs de la mise en scne nuit l'intgrit du plaisir de l'esprit4--,la lecture est la pierre de touche des oeuvres dramatiques4--,la mise en scne est tantt une question de got1 tantt une question d'habilet4 ,les arts 7et pour plus de simplicit1 je ne considrerai ici que la posie1 la peinture et la musique71 les arts1 dis-je1 n'ont d'autre but que de nous fournir des impressions auditives1 optiques et intellectuelles4 ,ils se proposent1 pour fin unique3 la posie1 le plaisir de l'esprit2 la peinture1 celui des yeux et la musique celui de l'oreille4 ,tant qu'un de ces trois arts borne son ambition nous procurer1 dans toute son intgrit1 le plaisir particulier pour lequel il a t cr1 il se maintient dans la sphre leve qui lui est propre2 il dchoit ds qu'il empite sur le domaine des deux autres4 ,telles sont la musique descriptive et pittoresque1 et la peinture spirituelle ou philosophique1 genres btards1 auxquels ne se laissent jamais entraner les vritables artistes4 ,le cas de la posie est plus complexe1 parce que rien ne parvient notre esprit que par l'intermdiaire oblig de nos organes2 mais la posie elle-mme dchoit si1 au lieu de considrer le plaisir des yeux et de l'oreille comme subordonn celui de l'esprit1 elle emploie1 pour captiver l'esprit1 le prestige de la peinture ou la sduction de la musique4 ,la posie dramatique1 que sa nature mme placerait dans une sphre infrieure la posie pique et la posie lyrique1 reprend cependant sa place leve lorsque1 dans la lecture1 par exemple1 rien ne vient distraire notre esprit du plaisir idal qu'elle nous procure1 et que notre imagination seule fait tous les frais de la mise en scne4 ,l'art dramatique est donc sur une pente toujours dangereuse1 sur laquelle il lui est malheureusement trop facile de se laisser glisser4 ,dans la reprsentation d'une oeuvre dramatique1 tout ce qu'au del d'une certaine limite un directeur ajoute1 pour le plaisir des yeux ou pour celui de l'oreille1 dtruit l'intgrit d'un plaisir qui n'aurait d tre destin qu' l'esprit4 ,le spectateur1 dont les magnificences de la mise en scne captivent les yeux1 n'est plus dans un tat de conscience susceptible de goter1 soit la beaut littraire de l'oeuvre reprsente1 soit la profondeur et la vrit psychologique des passions qu'elle met en jeu4 ,l'attention est dtourne de son objet principal1 et1 dans ce cas1 le plaisir que nous gotons1 vritable plaisir des sens1 est infrieur celui que nous aurions d ressentir4 ,on peut donc affirmer1 sans crainte de se tromper1 que l'abus et l'excs de la mise en scne tendent la dcadence de l'art dramatique4 ,a un autre point de vue1 il est juste de dire que la ncessit de la mise en scne s'impose d'autant plus que l'oeuvre est plus faible4 ,sans le secours des dcors1 des costumes1 d'une nombreuse figuration1 combien de pices1 prives de ces moyens artificiels de dtourner notre attention1 n'oseraient ou ne pourraient affronter le jugement intgral de notre esprit4 ,sans doute c'est un mrite1 et mme un grand mrite1 d'amuser les spectateurs1 et nous nous plaisons souvent nous laisser duper par de brillantes images2 cela nous vite un effort intellectuel1 et quand nous arrivons fatigus au thtre1 nous sommes reconnaissants envers un auteur de son habilet nous procurer une dlectation facile et mnager la paresse de notre esprit4 ,mais combien souvent le lendemain nous nous vengeons cruellement de cette duperie1 dont cependant nous nous sommes faits les complices2 car1 tout en avouant le plaisir que nous avons got1 nous condamnons la pice en dclarant qu'elle ne supporte pas la lecture4 ,aucun jugement critique ne dpasse celui-l1 en rigueur et en vrit tout la fois1 car il est port par l'esprit1 dgag des sductions de la mise en scne et soustrait aux complaisances faciles de nos organes4 ,la lecture infirme ou confirme donc le jugement port par le spectateur aprs la reprsentation4 ,la plupart des pices dont le comique touche l'extravagance nous paraissent en effet1 ds qu'elles sont imprimes1 d'une telle platitude que nous avons peine comprendre le plaisir que nous avons pu y prendre4 ,au contraire1 la lecture des comdies de ,m4 ,labiche1 mme des plus folles1 ajoute encore leur valeur en mettant en relief la finesse et la justesse d'observation de l'auteur4 ,la lecture est donc la vritable pierre de touche des oeuvres dramatiques4 ,ainsi1 nous revenons1 par un autre chemin et en nous appuyant de l'exprience physiologique et psychologique1 aux propositions que nous avons mises prcdemment4 ,l'art dramatique ne peut se soustraire aux lois qui dominent notre tre tout entier4 ,quand nous sommes sollicits la fois par un plaisir de l'esprit et par un plaisir des sens1 nous ne pouvons nous ddoubler et jouir intgralement et galement de l'un et de l'autre2 nous nous abandonnons1 celui qui s'impose avec le plus de force1 de mme que de deux douleurs1 la plus forte teint la plus faible4 ,il y a donc dans l'art thtral une juste balance tenir1 un tat d'quilibre observer4 ,pour monter telle pice1 c'est faire acte de got que de temprer l'clat de la mise en scne2 pour monter telle autre pice1 c'est faire acte d'habilet que de dtourner l'attention du spectateur en agitant un lambeau de pourpre ses yeux4 ,,chapitre ,,vii ,comptence littraire ncessaire un directeur de thtre4--tablissement thorique des frais gnraux de mise eu scne4--,l'art dramatique exigerait des vues longue porte4 ,nous avons jusqu' prsent insist sur ce fait que l'effet reprsentatif1 obtenu par la mise en scne1 devait tre inversement proportionnel la valeur intrinsque de l'oeuvre dramatique4 ,en un mot1 il faut contre-balancer1 par l'emploi des arts accessoires1 ce que l'effet direct de la posie sur l'esprit du spectateur serait impuissant obtenir4 ,ainsi il arrive assez souvent que dans une pice ayant une valeur intrinsque incontestable1 mais dont les diffrents actes ont une puissance dramatique ingale1 on est oblig de masquer la langueur momentane de l'action par un habile dploiement de mise en scne4 ,ce qui domine donc tout d'abord la mise en scne d'une oeuvre dramatique1 c'est le jugement littraire qu'en porte le directeur charg des soins et de la responsabilit de la reprsentation4 ,un directeur incapable de formuler un jugement sur une pice n'est qu'un entrepreneur de spectacles4 ,en dehors de ce cas1 il est clair que l'intrt mme de l'exploitation est li la sret de jugement du directeur2 car1 s'il parvient tirer quelque profit d'une oeuvre faible au moyen de quelques dpenses de mise en scne1 d'un autre ct1 ce serait une dpense perdue et par l inintelligente que de se rsoudre aux mmes frais pour une pice qui ne l'exigerait pas4 ,chaque fois qu'on met un train de chemin de fer en marche1 le nombre des wagons que la machine doit tirer est calcul sur le nombre prsum des voyageurs2 et le poids du train dtermine la force que doit produire la machine et par suite la dpense qu'occasionnera la traction4 ,que dirait-on du chef d'exploitation qui ferait une grande dpense de combustible pour mettre en marche un train toujours compos d'un mme nombre de wagons1 quel que soit le nombre des voyageurs8 ,que dirait-on d'un mcanicien qui ne saurait pas profiter de la dclivit du sol et de la vitesse dtermine par le seul poids du train pour diminuer la force de traction et par suite la dpense de combustible8 ,on pourrait ainsi rassembler un grand nombre d'exemples ayant tous un rapport plus ou moins prochain avec les devoirs et les proccupations d'un directeur de thtre4 ,tous conduiraient la mme conclusion3 savoir que les frais de mise en scne doivent tre en raison inverse de la valeur propre de l'oeuvre reprsente4 ,l'idal pour un directeur1 serait de n'avoir monter que des pices qu'on pt reprsenter dans un dcor banal4 ,ainsi donc1 la direction d'un thtre exige deux conditions de celui qui assume la responsabilit d'une pareille entreprise4 ,la premire est qu'il soit en tat de porter un jugement sur la valeur intrinsque des oeuvres dramatiques2 la seconde1 qu'il ait la sagesse de faire dpendre les frais de mise en scne du jugement qu'il a port4 ,je ne sais si beaucoup de directeurs remplissent ces deux conditions4 ,en tout cas1 ce qu'on voit frquemment1 ce sont des pices1 que la critique qualifie d'ineptes1 rapporter de grosses sommes d'argent la faveur d'une blouissante mise en scne4 ,on peut donc croire que les directeurs remplissent la seconde condition1 au moins chaque fois qu'il ne s'agit que d'exagrer la mise en scne4 ,la premire condition parat beaucoup plus rare2 elle exige non seulement une comptence spciale1 mais encore un labeur quotidien et persvrant1 sans lequel la direction d'un thtre n'est pas trs diffrente d'une simple partie de baccarat4 ,les directeurs se plaignent de ne pas rencontrer de chefs-d'oeuvre2 mais ont-ils la conscience de faire tout ce qu'il faut pour trouver1 non des chefs-d'oeuvre qui sont toujours choses rares1 mais seulement des pices vritablement estimables8 ,malheureusement1 la direction d'un thtre n'est trop souvent qu'une entreprise financire dont les gains doivent tre immdiats1 ce qui ne se concilie pas avec des vues longue porte4 ,un directeur avis et prvoyant serait celui qui monterait une pice1 mme mdiocre1 s'il devinait dans son auteur un sens dramatique capable de produire un chef-d'oeuvre dans dix ans4 ,faute de cette prvision d'avenir1 que leur interdit la ncessit d'un gain immdiat1 les directeurs forcent les auteurs rester de jeunes auteurs jusqu' soixante ans4 ,c'est ainsi que les directeurs1 qui se plaignent1 contribuent plus que tout autre la dcadence de l'art dramatique et la ruine de ceux qui leur succderont4 ,,chapitre ,,viii ,la mise en scne est conditionne par le nombre probable de spectateurs4--,grossissement par les acteurs des effets reprsentatifs4--,les actrices moins portes exagrer les effets4--,le ,monde o l'on s'ennuie4--,ncessit actuelle de plaire la foule4--,abaissement de l'idal4--,compensation4--,utilit et devoir des thtres subventionns4 ,les deux conditions que nous venons d'numrer ne sont pas les seules que doit remplir un directeur de thtre4 ,une troisime condition indispensable est la connaissance des milieux3 la mme oeuvre qui russit rue ,richelieu ne russira pas boulevard du ,temple4 ,cette question du milieu est connexe celle du nombre4 tant donne une oeuvre dramatique d'une certaine valeur intrinsque1 si une mise en scne judicieuse et modre lui fait produire un effet reprsentatif suffisant pour trente mille personnes1 ce mme effet reprsentatif sera insuffisant pour deux cent mille4 ,la prvision du nombre possible de spectateurs entre donc dans les calculs pralables d'un directeur4 ,une fois la pice lance1 l'ensemble de la mise en scne n'est plus modifiable1 mais il arrive presque toujours que1 lorsqu'une pice reste longtemps sur l'affiche1 les acteurs cdent la tentation d'exagrer l'effet reprsentatif de leurs rles2 et ils y sont encourags par les applaudissements du public1 qui devient moins dlicat1 mesure qu'augmente le nombre des reprsentations4 ,mais tous les rles ne possdant pas un effet reprsentatif susceptible d'un gal grossissement1 et les acteurs cdant ingalement la tentation des applaudissements1 il en rsulte ce fait remarquable que la pice1 mesure que s'accrot le nombre des reprsentations1 perd sa physionomie premire en mme temps que l'quilibre primitif rsultant de l'accord entre sa valeur intrinsque et son effet reprsentatif4 ,c'est1 en un mot1 l'oeuvre reprsente qui perd cette transformation insensible2 et si la direction du thtre y gagne quelque profit actuel1 c'est1 il faut l'avouer1 au dtriment de la direction future et de l'art dramatique lui-mme4 ,en gnral1 les hommes se laissent aller beaucoup plus facilement que les femmes grossir l'effet reprsentatif de leur rle2 cela tient sans doute ce que les femmes possdent un plus haut degr la facult d'imitation et d'assimilation1 tandis que les hommes sont pousss par une puissance d'agir1 difficile contenir1 forcer leurs premiers effets et en essayer de nouveaux4 ,je citerai comme un exemple remarquable le ,monde o l'on s'ennuie1 qui a tenu l'affiche pendant deux cent cinquante reprsentations4 ,les hommes se sont visiblement fatigus2 les premiers acteurs ont t remplacs par d'autres1 qui se sont eux-mmes lasss1 ce dont je suis bien loin de leur faire un crime2 mais les actrices qui avaient cr les rles les ont conservs sans interruption jusqu' la fin1 et non seulement elles ont rsist la tentation de grossir des effets faciles exagrer1 mais encore elles ont eu le mrite peu commun de nous conserver jusque dans les dernires reprsentations la perfection de jeu et de diction qu'elles avaient atteinte ds les premires4 ,un directeur attentif s'aperoit sans doute de la tendance qu'ont les acteurs d'une pice grossir l'effet reprsentatif de leur rle2 mais1 outre qu'il est assez difficile d'enrayer un mouvement qui ne s'acclre qu'insensiblement1 il faut reconnatre que la rsolution prendre dans ces cas-l1 de la part du directeur1 est souvent aussi dlicate que difficile et complexe4 ,d'un ct1 c'est manquer ce que l'on doit au gnie d'un pote que de laisser altrer si peu que ce soit la physionomie de son oeuvre2 d'un autre1 sacrifier l'effet reprsentatif1 c'est augmenter l'attrait et la sduction que peut exercer une pice et attirer la connaissance et l'estime des belles oeuvres un public de plus en plus nombreux4 ,il semble qu'il y ait l une sorte de compensation1 bien difficile ne pas accepter dans l'tat actuel de la socit franaise4 ,la ,rvolution a bris les barrires qui sparaient les classes les unes des autres4 ,la ,france est aujourd'hui une dmocratie4 ,les plus humbles veulent jouir des mmes plaisirs que les plus fortuns2 aussi1 depuis la fin du sicle dernier1 on peut dire que le public qui suit les reprsentations dramatiques a presque centupl4 ,il faut non seulement un plus grand nombre de thtres pour satisfaire tous ses gots2 mais encore une pice qui1 jadis1 et t arrte de la vingt-cinquime la cinquantime reprsentation atteint facilement aujourd'hui la centime1 la deux-centime mme et souvent aprs un nombre pareil de reprsentations n'a puis que momentanment son succs4 ,la ncessit de plaire la foule s'impose donc1 mais impose du mme coup l'art un sacrifice pnible2 car l'idal s'abaisse sensiblement mesure qu'augmente en nombre le public dont on sollicite les applaudissements4 ,il n'y a relativement qu'un petit nombre d'esprits dlicats et cultivs qui soient capables de sentir la beaut svre d'une oeuvre d'art4 ,en revanche1 en attirant la foule1 ft-ce au prix de quelques concessions1 en la sollicitant1 par l'attrait d'un plaisir facile1 goter son tour le charme des belles oeuvres1 on rehausse et on purifie si peu que ce soit son idal4 ,si donc la cime de l'art s'abaisse1 la culture gnrale de l'esprit s'tend1 s'lve mme1 et l encore il y a compensation4 ,or1 dans une socit dmocratique1 c'est une compensation qu'il n'est pas permis de ngliger et qu'on serait mme coupable de ne pas rechercher4 ,mais1 si nous pouvons nous consoler de l'abaissement fatal de l'art par la compensation que nous trouvons dans la culture du plus grand nombre1 c'est la condition que nous ne perdions pas de vue le sommet auquel il s'est lev et vers lequel il doit tendre remonter1 par un autre chemin peut-tre1 afin que nous ayons toujours conscience de l'effort qu'il nous faudrait faire pour l'atteindre4 ,c'est pourquoi1 s'il est pardonnable la plupart des directeurs de sacrifier la moindre culture du plus grand nombre1 il est du devoir de quelques directeurs privilgis de maintenir1 autant que possible1 l'art dans toute son intgrit et de rsister au dsir de trop flatter les instincts moins dlicats d'un public plus nombreux4 ,or1 s'ils remplissent ce devoir1 c'est la condition de se rsigner une perte de gain possible1 sacrifice qui trouve sa compensation dans les subventions de l'tat4 ,un directeur privilgi et garanti par l'tat contre des pertes trop sensibles a pour devoir de ne pas sacrifier l'art un dsir de gain immodr4 ,il doit s'appliquer mettre en lumire la valeur intrinsque des ouvrages qu'il met en scne2 amener son point de perfection leur effet reprsentatif1 sans permettre qu'il puisse dtourner l'esprit des spectateurs de ce qui doit tre l'objet principal de son attention4 ,il doit1 en outre1 interdire aux comdiens de troubler l'harmonie gnrale de l'oeuvre en grossissant trop sensiblement l'effet reprsentatif de leur rle4 ,il doit1 en un mot1 s'efforcer de mriter les applaudissements du public1 mais se montrer svre sur les moyens de les lui arracher4 ,c'est son honneur et sa gloire de monter parfois des oeuvres qui ne soient susceptibles de plaire qu' un public restreint1 mais dlicat et lettr4 ,car cette lite plus claire1 que toute nation possde en elle-mme1 est destine voir peu peu grossir ses rangs par l'adjonction de ceux qu'lvent jusqu' elle l'instruction et l'ducation de jour en jour plus rpandues4 ,travailler pour cette lite1 c'est donc travailler pour tous1 c'est conspirer contre l'ignorance et le mauvais got1 en veillant les meilleurs instincts de la foule1 en la conviant la jouissance d'un idal suprieur4 ,malheureusement1 le devoir qui incombe un thtre subventionn est rarement bien compris de la foule4 ,un grand nombre de spectateurs s'imaginent qu'une subvention impose au thtre qui la reoit la proccupation constante d'une mise en scne luxueuse4 ,or1 c'est prcisment tout le contraire1 comme nous l'avons fait voir dans ce chapitre4 ,ce qui rend donc difficile la position d'un directeur subventionn1 c'est la ncessit de ragir contre ce prjug de la foule1 sans tre assur que ses intentions seront bien comprises1 et qu'on ne blmera pas tout ce qui1 dans sa conduite1 mriterait prcisment l'loge4 ,,chapitre ,,ix ,la mise en scne ne doit par pcher par dfaut4--,de la contention d'esprit du spectateur4--,la mise en scne ne doit pas proposer l'esprit de coordinations contradictoires4 ,nous avons insist sur l'accord qui devait rgner entre l'effet reprsentatif d'une oeuvre dramatique et sa valeur intrinsque1 et nous avons surtout montr que tout ce qui s'ajoutait inutilement cet effet reprsentatif tait nuisible l'oeuvre elle-mme1 en distrayant l'esprit de ce qui devait tre sa principale et quelquefois son unique proccupation4 ,mais il est vident que1 pour raliser cet accord1 s'il convient de ne rien ajouter la juste mise en scne1 il ne faut pas non plus en rien retrancher4 ,de mme que la mise en scne peut pcher par excs1 elle peut aussi pcher par dfaut4 ,l'esprit est toujours frapp fortement par un contraste4 ,le dcor1 les costumes1 les jeux de scne1 la figuration1 doivent donc convenir au texte potique2 c'est ce que jadis on aurait exprim en disant que la mise en scne doit tre dcente4 ,elle ne le serait pas si1 par exemple1 on jouait le ,misanthrope dans le mme dcor que les ,femmes savantes2 elle ne l'est pas quand l'aspect de la figuration rpugne l'ide avantageuse qu'en fait natre le texte de la pice4 ,pour suivre avec profit une oeuvre dramatique1 forte et bien lie dans toutes ses parties1 il faut une grande contention d'esprit1 dont en gnral on n'apprcie pas assez la puissance4 ,on en aura une ide approximative quand on se sera rendu compte que l'esprit est occup la coordination d'un nombre considrable d'impressions auditives1 visuelles et intellectuelles1 dont les lments changent constamment1 se compliquent1 se croisent1 s'ajoutent ou se retranchent dans un mouvement incessant4 ,il faudrait une longue analyse pour dcomposer ce travail1 dont on aura une mesure bien affaiblie si nous disons que l'esprit coordonne d'abord1 non seulement son tat de conscience prsent1 mais encore ses tats de conscience antrieurs1 avec les lieux1 les costumes et le langage des personnages2 ensuite qu'il coordonne entre eux les mouvements1 les attitudes1 les gestes1 la physionomie1 les regards1 les mots1 les phrases1 la hauteur des sons1 leurs relations1 leur intensit1 le rythme1 et enfin les ides1 qui se drobent sous une foule d'images1 faibles ou vives1 souvent lointaines1 et qu'il calcule encore leurs rapports avec toute la succession des faits couls et des faits possibles1 etc4 ,il faut l'esprit1 pour suffire cette coordination presque incommensurable1 un influx constant de force nerveuse dont rien ne doit venir troubler ou dtourner le cours4 ,on doit donc se garder de soumettre l'esprit des coordinations contradictoires4 ,c'est bien assez qu'il ait rsoudre les contradictions qui rsultent du jeu ou de la diction imparfaite des acteurs1 ou de tant d'autres causes qui proviennent souvent1 du pote lui-mme4 ,il faut viter les contradictions qui pourraient natre de la mise en scne1 telles que les dtails du dcor qui ne rpondraient aucune des circonstances du pome2 les costumes qui ne conviendraient pas la condition des personnages ou leur situation actuelle1 le dsaccord entre la figuration et les exigences du drame4 ,il suffit souvent d'une ngligence de dtail1 telle par exemple que le mouvement intempestif d'un figurant au milieu d'une scne pathtique1 pour dtourner le cours de l'influx nerveux1 que l'esprit emploie immdiatement des coordinations tout fait trangres l'oeuvre reprsente sous nos yeux1 ou pour que cette force nerveuse se dissipe brusquement en se jetant sur les muscles du rire4 ,les contrastes qui ne rsultent ni de l'action ni des pripties du drame sont au nombre des causes les plus puissantes qui dtournent fatalement l'attention du spectateur4 ,nous nous en tiendrons ces considrations gnrales1 en vitant d'entrer dans les dtails d'une analyse qui nous entranerait trop loin1 sans beaucoup de profit4 ,ce que nous avons dit suffit pour dmontrer que la mise en scne ne doit jamais contredire le texte potique ou l'ide qu'on peut se faire des lieux1 de l'poque1 des costumes1 de l'attitude et du langage des personnages4 ,,chapitre ,x ,de la perspective thtrale4--,contradiction du personnage humain avec la perspective des dcors4--,prcautions prendre par le dcorateur et par le metteur en scne4 ,il peut tre utile de comparer l'art de la peinture l'art de la dcoration thtrale1 en se tenant un point de vue gnral et en laissant de ct toute explication mathmatique4 ,la perspective d'un tableau se rapporte un unique plan vertical4 ,il n'en est pas de mme sur un thtre1 o les acteurs se meuvent sur un plan suppos horizontal1 termin par un plan vertical qui forme le dcor du fond4 ,en ralit1 le plan sur lequel marchent les acteurs est inclin et forme approximativement un angle de trois degrs avec le plan horizontal4 ,le but de cette inclinaison est de faire fuir la perspective plus vite que dans la nature et de faire paratre ainsi la scne plus profonde qu'elle ne l'est vritablement4 ,on rapproche ainsi les acteurs de l'avant-scne et on vite que la voix aille se perdre dans le cintre et dans les dessous1 ce qui arriverait invitablement si on jouait sur des scnes profondes4 ,la perspective d'un dcor doit tre considre comme rationnelle1 par rapport du moins une range de spectateurs4 ,quand l'acteur est sur l'avant-scne il est son plan2 mais mesure qu'il s'avance vers le fond de la scne1 il monte1 et1 par consquent1 loin de diminuer dans la proportion exige par la perspective du dcor1 il semble au contraire grandir et n'est plus en rapport avec les objets dont les dimensions sont calcules d'aprs le plan qu'ils occupent dans la perspective fuyante de la scne4 ,c'est un contraste qu'on ne peut entirement viter1 mais qu'il ne faut pas rechercher de parti pris4 ,aussi la mise en scne1 qui se rapproche un peu par l de l'art du bas-relief1 doit autant que possible maintenir les acteurs sur les premiers plans et ne pas laisser les jeux de scne1 surtout ceux auxquels participent les personnages principaux1 se prolonger inutilement le long et prs de la toile du fond4 ,en rsum1 il y a contradiction entre la perspective trompeuse du dcor et la perspective vritable laquelle se soumet naturellement l'acteur4 ,celui-ci1 en parcourant la scne dans le sens de la profondeur1 dtruit donc toujours plus ou moins l'illusion habilement produite par le dcor4 ,dans un tableau1 cette contradiction serait absolument choquante et constituerait une faute grossire4 ,au thtre1 des considrations de premier ordre font passer par-dessus cette anomalie4 ,le spectateur l'accepte1 et quand le personnage en scne captive son attention1 il aperoit vaguement l'incohrence mathmatique qu'il y a entre la dcoration et les personnages1 mais il concentre ses regards sur ceux-ci et n'accorde qu'une importance secondaire au milieu fictif qui les entoure4 ,toutefois1 on conoit que1 dans la mesure du possible1 il soit ncessaire d'attnuer la disproportion qui existe entre les acteurs et les objets figurs4 ,il ressort de l que le dcorateur doit viter dans les derniers plans la reprsentation d'objets dimensions dtermines1 attirant1 d'une manire trop spciale l'oeil du spectateur2 car il peut arriver un moment o cet objet se trouve en ralit sur le mme plan qu'un des acteurs1 bien qu'il soit cens appartenir un plan beaucoup plus loign1 effet de contraste qui soumettrait l'esprit une coordination contradictoire4 ,c'est l d'ailleurs1 empressons-nous de l'ajouter1 un de ces dtails techniques qui ne sont de la comptence ni de la direction1 ni du metteur en scne2 ils rentrent dans l'art spcial du dcorateur1 exerc en gnral par des perspecteurs trs habiles1 qui usent de diffrents procds pour masquer les contacts entre les personnages et les dcors trop lointains4 ,toutefois1 comme cet art prsente des difficults quelquefois insurmontables1 il est ncessaire que le metteur en scne aide le dcorateur viter l'oeil du spectateur la ncessit d'une coordination impossible4 ,dans les cas o cette conjonction de perspectives se produit1 on remarquera combien l'acteur1 tout en se trouvant dmesurment grandi1 perd en importance dramatique4 ,l'illusion qui nous faisait voir en lui un personnage du drame1 faisant corps avec le milieu figur1 cr par le pote et le dcorateur1 s'vanouit en un instant1 et nous n'avons plus devant les yeux qu'une marionnette trop grande1 se promenant dans un thtre d'enfant4 ,tous les spectateurs ont souvent remarqu combien est maigre l'effet reprsentatif d'objets qui1 appartenant censment l'un des plans reprsents en peinture sur la toile de fond1 semblent s'en dtacher et viennent jouer un rle sur le plan horizontal de la scne4 ,je citerai surtout les navires dont les proportions sont toujours ridicules par rapport aux personnages qui s'approchent d'eux4 ,ce sont l de ces contradictions scniques qu'on doit considrer comme absolument mauvaises3 c'est de l'art incohrent4 ,de mme sont les chevaux qui entrent sur la scne en longeant la toile de fond2 ils font l'effet grotesque d'animaux dmesurs4 ,d'ailleurs1 pour d'autres raisons qui tiennent l'essence mme de l'art dramatique1 l'exhibition d'animaux quelconques sur la scne est absolument antiartistique4 ,les conditions scientifiques de la mise en scne et de la dcoration n'admettent donc pas toutes les possibilits relles2 comme tous les arts1 c'est un art qui a ses limites4 ,souvent un thtre se met en grands frais pour retomber dans un art absolument enfantin1 o se coudoient le rel et l'imaginaire4 ,en se plaant un point de vue littraire1 on peut dire que1 ds que le pote1 par ses inventions drgles1 impose une mise en scne inconciliable avec les lois pourtant complaisantes de la perspective thtrale1 il fait oeuvre de pote pique1 pour lequel la distance n'existe pas1 et non de pote dramatique1 qui doit se renfermer dans le lieu immdiat de l'action4 ,,chapitre ,,xi ,la dcoration doit avoir une valeur gnrale et non particulire un moment dtermin4--,modration dans l'emploi des moyens accessoires4 ,la comparaison entre la peinture et la dcoration thtrale peut encore nous suggrer quelques rflexions importantes4 ,un tableau ne reprsente jamais qu'un moment d'une action1 tandis que la mise en scne doit s'adapter des moments successifs4 ,mais1 pour un mme moment1 le peintre et le dcorateur ne peuvent de la mme manire associer la nature des actes humains4 ,le premier peut saisir la nature dans un mouvement qui ne s'achve pas1 tandis que le dcorateur sera oblig d'achever le mouvement1 ce qui est incompatible avec l'immobilit dcorative4 ,ainsi le ,titien1 dans un de ses plus beaux tableaux1 aujourd'hui dtruit par un incendie1 a reprsent un arbre tordu par le vent et aux pieds duquel un dominicain succombe sous le poignard d'un assassin4 ,le peintre a ainsi associ une tourmente de la nature un acte criminel4 ,la reprsentation n'en serait pas possible au thtre par les mmes moyens2 car la nature y est immobile et le vent n'y courbe pas les arbres4 ,c'est par le sifflement du vent et le bruit du tonnerre que le metteur en scne arriverait produire un effet analogue4 ,l'effet obtenu1 qu'augmenterait encore l'assombrissement du jour et le mouvement des nuages sur le disque lunaire1 obtenu par l'lectricit1 dpasserait peut-tre en intensit d'impression l'effet obtenu par le peintre2 mais1 qu'on le remarque1 il serait produit par un appareil tranger la scne4 ,les arbres de la dcoration1 quelque fort que soit le sifflement du vent1 ne resteront pas moins immobiles1 et que ce soit avant1 pendant ou aprs la tempte1 ils seront toujours identiques1 eux-mmes4 ,aussi1 comme la dcoration ne peut varier ses effets selon les moments successifs d'une action1 elle doit tre1 soit dans le mouvement1 soit dans le ton des choses inanimes1 en relation gnrale avec l'action et non en relation spciale avec un des moments particuliers de cette action4 ,un dcorateur qui voudrait associer sa toile avec un instant unique exercerait une impression prventive et dtruirait par avance l'effet qu'il aurait voulu obtenir2 et si l'effet persistait aprs l'achvement de l'acte associ1 il redeviendrait contradictoire comme il l'tait antrieurement au moment choisi4 ,c'est donc une impression gnrale que doit s'attacher produire le dcorateur2 et cette loi n'est pas sans crer des obligations semblables au metteur en scne4 ,celui-ci sans doute peut son gr dchaner le vent et le tonnerre2 il a sous la main1 dans son magasin d'accessoires1 l'outre d'ole et le foudre de ,jupiter2 mais1 pour peu qu'il ait conscience des conditions particulires de son art1 il se gardera bien d'abuser de pareils effets4 ,outre qu'il serait absurde de couvrir la voix de l'acteur1 il sait qu'il ne produira d'illusion que pendant un temps relativement court1 la condition qu'il ne fera que dterminer chez le spectateur une sensation rapide1 destine s'associer l'action1 et qu'il ne dtournera pas l'attention de celui-ci sur ses imitations approximatives des phnomnes de la nature4 ,quand bien mme d'ailleurs celles-ci seraient parfaites1 leur persistance forcerait l'esprit du spectateur une coordination tout fait contradictoire1 l'immobilit de l'air et de la nature peinte s'associant fort mal au grondement perptuel de la foudre et au bruit ininterrompu du vent4 ,il est toujours maladroit de rappeler au spectateur1 quand le pathtique du drame le lui fait oublier1 la contradiction et l'impuissance de la mise en scne4 ,tout est faux dans la nature peinte qui enveloppe les acteurs2 il est donc inutile de faire ressortir ce dfaut inhrent aux reprsentations thtrales1 tandis que tout est vrai1 absolument vrai1 ou doit le paratre1 dans les passions qui animent les personnages du drame4 ,la mise en scne doit donc respecter la vrit dramatique1 la laisser se produire dans toute son intgrit et ne pas maladroitement dtruire le courant sympathique qui va de l'me du spectateur ceux des personnages du drame4 ,l'art du metteur en scne demande beaucoup plus de prcaution que d'audace4 ,il doit mettre tous ses soins ne diriger sur les yeux attentifs des spectateurs que des faisceaux d'impressions visuelles ncessaires1 et surtout teindre ou attnuer les rayons trop brillants4 ,par cette harmonie1 dans laquelle il maintient tout l'appareil objectif de la scne1 il se rapproche du peintre qui n'obtient un effet rellement puissant qu'en sachant se dcider une foule de sacrifices ncessaires4 ,,chapitre ,,xii ,la mise en scne est conditionne par la logique de l'esprit4--,de la dcoration peinte et du matriel figuratif4--,leurs relations avec le drame4--,leur action diffrente sur l'esprit du spectateur4 ,en peinture1 l'art de la composition est en grande partie fond sur l'association des ides et sur la logique de l'esprit4 ,socrate1 assis sur un lit1 s'entretient avec ses disciples2 tout en parlant1 il tend la main vers une coupe que lui prsente le serviteur des ,onze3 ce tableau reprsente la mort de ,socrate4 ,l'esprit du spectateur achve le mouvement commenc de ,socrate2 et le sujet ainsi prsent est beaucoup plus dramatique parce que la mort1 au lieu d'tre un fait accompli1 est instante1 et que l'attente tragique agit ternellement sur l'me du spectateur4 ,il en est de mme de la mort de ,jane ,grey4 ,l'esprit achve le mouvement de la victime1 qui1 les yeux bands tend la main vers le billot1 tandis que le bourreau se tient ct1 appuy sur sa hache4 ,le spectateur souffre de l'angoisse des derniers instants1 plus terribles que la mort elle-mme4 ,la composition de ces tableaux est donc fonde sur la fatalit de l'vnement2 et tous deux1 par suite de la logique rigoureuse de l'esprit1 reprsentent la mort de ,socrate et celle de ,jane ,grey aussi srement que si les cadavres des deux victimes taient tals nos yeux4 ,cette loi1 qui ouvre un champ fcond l'imagination du peintre1 domine l'art de la mise en scne4 ,sous aucun prtexte il n'est permis de s'y soustraire4 ,en peinture1 quand-il ne s'agit pas d'un vnement historique1 et que la ncessit d'une fin ne s'impose pas1 le peintre choisit souvent les attitudes et les gestes de ses personnages pour le charme et le pittoresque de leur mouvement1 et non pour dterminer l'esprit envisager un vnement subsquent1 dont la possibilit n'est pas en cause4 ,la peinture se renferme alors dans une pure actualit2 et l'oeil est ici le seul juge comptent1 car c'est lui procurer un plaisir spcial et sans mlange que le gnie du peintre conspire4 ,dans la mise en scne1 il n'en est pas de mme3 l1 rien n'est suspendu1 tout se prcipite irrvocablement sa fin2 les moments se succdent ncessairement1 et l'esprit1 par le double moyen de la dduction et de l'induction1 devance l'action mme dans la voie o elle s'avance vers un dnouement fatal4 ,tandis que l'oeil du spectateur enveloppe la scne1 interroge tous les objets tmoins de l'action qui va se drouler1 scrute jusqu'au moindre dtail de la dcoration1 suit les personnages dans leurs mouvements1 dans leurs attitudes1 dans leurs gestes1 son oreille est suspendue aux lvres des acteurs1 analyse toutes les impressions sonores qu'elle reoit2 et ces deux organes fournissent incessamment l'esprit les lments qu'il va successivement coordonner avec les faits ainsi qu'avec les caractres et les passions des personnages4 ,l'auteur et le metteur en scne ne doivent jamais oublier que1 depuis le moment o le rideau se lve1 jusqu' celui o il retombe1 ils vont se trouver aux prises avec la logique inexorable de l'esprit4 ,cette ncessit inluctable de ne pas blesser la raison du spectateur1 de ne pas l'induire de faux jugements1 de ne pas l'garer sur de fausses pistes1 a fait imaginer de classer tout ce qui1 en dehors des acteurs1 se rapporte la mise en scne du drame en deux catgories distinctes1 la premire feinte et immobile1 la seconde relle et mobile4 ,tout ce qui doit faire partie de la premire catgorie est peint et fait corps avec les panneaux dcoratifs et avec la toile du fond2 tout ce qui doit tre compris dans la seconde1 prend place en ralit sur la scne et compose le matriel figuratif4 ,les objets de mise en scne de la premire catgorie n'ont qu'un rapport gnral avec l'action1 tandis que ceux de la seconde ont avec elle un rapport particulier1 plus ou moins troit4 ,c'est cette diffrence qui tout d'abord frappe l'esprit du spectateur ds que la toile se lve et avant mme que l'action commence4 ,tout ce que son oeil juge peint et sans ralit n'a qu'une influence gnrale et faible sur son esprit2 il ne lui accorde1 avec raison1 qu'une attention de surface4 ,il n'y a l rien de plus que la constatation du milieu o va se drouler la suite des vnements4 ,tous les objets qui font corps avec la dcoration ne sont que des caractristiques de ce milieu1 et le spectateur n'est pas entran chercher une relation1 qu'il sait devoir tre impossible1 entre ces objets sans ralit et un moment quelconque de l'action4 ,si1 par exemple1 une porte est peinte sur un des panneaux1 le spectateur sait bien que personne ne la poussera4 ,mais1 au contraire1 tout ce que son oeil juge rel et voit dtach de la dcoration veille son attention1 et il devine un rapport particulier entre tel ou tel objet et l'action du drame4 ,ce sera un secrtaire1 une bibliothque1 une table charge de papiers ou un trophe d'armes1 dont la vue dtermine dans l'esprit soit une possibilit1 soit une probabilit4 ,le spectateur se trouve ainsi prpar telle volution du drame1 tel acte tragique d'un personnage1 tel dnouement4 ,le drame commence donc par une entente tacite entre le spectateur et le pote2 celui-ci est certain qu'au moment voulu l'esprit du public prendra telle direction1 appellera et par suite acceptera telle priptie qui1 sans cette sorte de complicit pralable1 aurait peut-tre paru inutile ou contraire la logique1 et qui1 en tout cas1 un moment inopportun1 aurait compliqu l'action d'un lment nouveau et distrait l'attention du public en exigeant de lui une coordination immdiate et inattendue4 ,au surplus1 je ferai remarquer que dans tout ce qui prcde il ne s'agit nullement de conventions esthtiques plus ou moins fondes4 ,la mise en scne est conditionne par la logique de l'esprit1 qui est exactement la mme au thtre que dans la vie relle4 ,supposez1 par exemple1 qu'une violente querelle1 s'lve entre deux hommes irascibles et que vous eu soyez les tmoins1 ne frmirez-vous pas si vous apercevez un couteau plac sur une table porte de ces deux hommes8 ,eh bien1 le spectateur est un tmoin qui calcule les consquences fatales d'un fait2 et que ce soit au thtre ou dans la vie relle1 la vue du couteau dterminera la mme motion1 qui dans les deux cas sera identique1 en qualit sinon en quantit4 ,concluons donc que les conditions de la mise en scne ne sont pas soumises aux vues plus ou moins arbitraires d'une cole1 mais dpendent uniquement des lois mmes de l'esprit humain4 ,,chapitre ,,xiii ,de la fin ncessaire des objets composant le matriel figuratif4--,le ,misanthrope et les ,femmes savantes4--,le hasard n'est pas un ressort dramatique4 ,nous pouvons tirer quelques conclusions des ides exposes dans le chapitre prcdent4 ,puisque le dcor ne doit avoir qu'une influence gnrale sur l'esprit du spectateur1 il est ncessaire qu'il soit trait avec une grande modration de tons et une grande simplicit de dtails2 il ne doit pas trop attirer les yeux1 et1 si ceux-ci s'y reposent1 il ne doit leur prsenter aucun trait susceptible de produire sur l'esprit une excitation spciale4 ,quant aux objets reprsents1 qui par leur nature auraient pu faire partie du matriel figuratif1 il est important qu'ils soient peints largement1 sans aucune recherche du trompe-l'oeil4 ,agir autrement serait une grande faute2 car1 puisqu'on a jug que tel objet1 inutile l'action1 ne devait pas figurer en ralit sur la scne1 il ne faut pas donner cet objet peint la valeur de l'objet rel4 ,il est peine besoin de signaler le cas o un objet figurant rellement doit avoir un pendant similaire3 il est clair que ce pendant doit tre rel et non peint4 ,dans un cabinet de travail1 gauche et droite de la porte du milieu1 sont places deux bibliothques2 il faut de toute vidence qu'elles soient peintes toutes deux1 ou que1 si l'une est utile l'action1 elles soient toutes deux relles4 ,il est inutile d'insister sur d'aussi simples dtails4 ,si les dtails du dcor ne doivent pas affecter outre mesure l'esprit du spectateur1 on conoit combien1 par contraste1 le matriel figuratif prendra d'importance aux yeux du public et s'imposera son attention4 ,ainsi1 par le seul effet de cette double loi1 le pote agit d'une faon certaine sur la direction de nos penses4 ,en faisant apparatre certains objets nos yeux1 il nous prpare tacitement une volution du drame4 ,puisque nous avons dit que le matriel figuratif1 avait un rapport particulier avec l'action1 il suit de l qu'aucun des objets rels qui le composent ne peut tre indiffrent4 ,c'est donc une loi absolue de la mise en scne qu'aucun objet rel1 prdestin par sa nature ou par sa place attirer l'attention du spectateur1 ne peut tre mis sous nos yeux moins qu'il n'ait un rapport certain avec la marche du drame4 ,chacun d'eux joue donc un rle1 plus ou moins important1 et un moment donn aide au dveloppement du drame et souvent concourt une de ses volutions4 ,dans ,tartufe1 la table couverte d'un tapis et sous laquelle se cache ,orgon remplit un rle de premier ordre4 ,la vue d'une table sur la scne est donc loin d'tre indiffrente1 et on peut en dire autant de tout le matriel figuratif4 ,naturellement1 il y a toujours un certain nombre d'objets rels qui peuvent figurer dans la dcoration sans attirer notre attention4 ,par exemple1 si la mise en scne comporte une chemine1 on y joindra une garniture1 pendule1 vases1 flambeaux1 etc41 sans que cela tire consquence1 puisque cela forme pour l'oeil un ensemble auquel il est habitu4 ,d'ailleurs1 il est clair que certains objets sont plus caractristiques que d'autres4 ,il est inutile d'insister3 il y a dans tous les arts des rgles de dtail qui ne relvent que du bon sens4 ,en outre1 l'apparition d'objets1 mme caractristiques1 perd de son importance si elle se rattache une mthode gnrale de mise en scne1 et si l'amplification porte sur tout l'ensemble du matriel figuratif4 ,dans la vie1 les objets n'ont qu'une importance contingente2 dans une oeuvre dramatique1 ils sont lis d'une faon ncessaire l'action qui va se dvelopper sous nos yeux4 ,dans un salon1 par exemple1 o une femme reoit certain jour des visites1 le nombre de siges formant cercle autour de la chemine est invariable et en gnral suprieur au nombre de personnes prsentes4 ,un peintre1 choisissant une scne de visites pour sujet d'un tableau de genre1 sera naturellement vrai en reproduisant la ralit1 et il ne viendra l'esprit d'aucun spectateur du tableau de comparer le nombre des visiteurs celui des siges4 ,c'est qu'en effet la suite de cette scne a la contingence de la vie3 il pourra venir d'autres visiteurs1 comme il pourra n'en pas venir4 ,dans cette oeuvre d'art1 la reprsentation est elle-mme sa propre fin4 ,l'esprit n'est sollicit en rien chercher un rapport entre cette scne et une scne subsquente qui ne viendra jamais4 ,transportons-nous dans le salon de ,climne au deuxime acte du ,misanthrope4 ,lorsque ,basque avance des siges sur l'ordre de sa matresse1 il pourrait lui arriver1 sur le thtre comme dans la vie relle1 d'approcher un nombre de siges suprieur celui des personnages4 ,supposez que cela se produist sur la scne1 et imaginez qu'au milieu d'liante1 de ,philinte1 d',acaste1 de ,clitandre1 d',alceste et de ,climne1 tous assis1 il restt un sige vide3 quelle importance ce dtail ne prendrait-il pas aux yeux des spectateurs6 ,ce sige vide intriguerait le public et distrairait l'esprit d'une des plus belles scnes de l'ouvrage1 car il serait l comme un sige d'attente et semblerait annoncer un nouveau personnage1 et par suite une priptie que notre esprit serait du de ne point voir se produire4 ,cette observation pourra paratre subtile4 ,pour comprendre toute son importance1 il nous suffira de nous reporter la mise en scne des ,femmes savantes4 ,a la seconde scne de l'acte ,,iii1 lorsque le valet approche les siges sur lesquels prennent place ,henriette1 ,philaminte1 ,trissotin1 ,blise et ,armande1 il dispose1 sur le premier plan1 six siges1 dont cinq seulement sont occups par les personnages en scne1 tandis que le sixime reste vide4 ,voil bien ce sige d'attente dont nous parlions2 or1 ici1 il annonce une scne subsquente dont le public est ainsi averti1 qu'il attend1 et qui se produira en effet4 ,pendant tout le temps que dure la scne o ,trissotin lit ses vers1 ce sige vide est un tmoin muet2 sa prsence est dj une protestation contre les mchants vers de ,trissotin1 et le public se dit qu'il annonce ncessairement un autre personnage qui vengera le bon sens outrag4 ,et ce vengeur1 en effet1 c'est un autre pdant1 ,vadius1 qui1 tout pdant qu'il est lui-mme1 fera entendre ,trissotin de dures1 mais justes vrits4 ,on voit par cet exemple comment la mise en scne conspire l'volution de l'action dramatique1 en fondant ses dispositions quelquefois les plus simples sur la logique rigoureuse qui rgit l'esprit du spectateur4 ,il n'est pas jusqu'aux objets non visibles qu'il soit permis de produire sans prparation et sans prcaution4 ,tous les jours1 nous croisons dans la rue des personnes qui portent un revolver sur elles et auxquelles il pourrait arriver d'tre en situation de le tirer de leur poche4 ,sur la scne1 un personnage ne peut impunment tirer l'improviste un revolver de sa poche2 il faut1 ou que le public soit averti de la prsence d'une arme dans la poche de tel personnage1 ou que tout au moins il soit prdispos voir cette arme apparatre4 ,il ne serait pas non plus permis un personnage de parler d'un pistolet qu'il porte sur lui1 l'occasion mme serait-elle naturelle1 si cette arme ne devait point jouer un rle subsquent4 ,mais ces deux derniers exemples ont trait aux fautes de mise en scne qui peuvent tre commises1 non par la direction du thtre1 mais par l'auteur lui-mme4 ,le hasard1 en rsum1 ne peut jamais tre un ressort dramatique1 et la raison en est simple3 le mot hasard et le mot art s'excluent mutuellement1 le premier impliquant une rencontre fortuite1 le second un arrangement pralable4 ,si donc1 par impossible1 le hasard montait sur la scne1 l'art en descendrait4 ,il n'y a pas l une question d'apprciation que des coles opposes puissent rsoudre diffremment4 ,la signification exacte du mot art entrane ncessairement l'ide que nous devons nous faire d'une oeuvre artistique1 dont toutes les parties doivent tre articules1 et dont le moindre objet doit tre un article ncessaire4 ,si des personnes pensaient diffremment1 il faudrait1 au pralable1 qu'elles cherchassent d'autres mots qui correspondissent leurs manires de voir4 ,au thtre1 toute priptie doit avoir t antrieurement l'tat de possibilit1 et dans les dnouements1 par exemple1 le grand art consiste surprendre le spectateur par un trait ou un acte final1 qu'il a la satisfaction de dduire immdiatement ou du caractre du personnage tel qu'il a t expos1 ou d'une situation antrieure1 opration mentale rapide comme l'clair et qui est l'panouissement du plaisir esthtique4 ,,chapitre ,,xiv ,de la sensualit et de l'individualit dans le got actuel4--,drogations aux principes4--,rapports de la mise en scne avec le milieu thtral4--,caractre d'un thtre1 de son rpertoire et du public qui le frquente4 ,les principes que nous venons d'exposer dominent l'art de la mise en scne et ne sont pas impunment viols en ce qu'ils ont d'essentiel4 ,cependant1 on ne peut nier que notre poque n'ait une tendance en attnuer la rigueur4 ,nous inclinons1 ce qu'il semble1 goter les arts par leurs cts sensualistes1 et nous apportons au thtre cette tendance qui nous prdispose tenir un grand compte du plaisir de nos yeux dans le charme qu'exercent sur nous les ouvrages dramatiques4 ,en outre1 dans la vie moderne1 l'individualit des gots suppose un rapport plus troit entre le sujet et les objets qui l'entourent1 et cre en quelque sorte pour chaque homme un milieu individuel dont nous ne pouvons l'abstraire absolument4 ,en peinture1 on se proccupe juste titre de la coloration et de l'intensit des reflets2 il en sera de mme au thtre1 et puisque notre tournure d'esprit elle-mme se reflte sur les objets dont nous meublons notre vie1 l'auteur et le metteur en scne devront s'attacher satisfaire la prdisposition qu'ont les spectateurs modernes chercher dans les objets le reflet des qualits morales ou intellectuelles du sujet4 ,les thtres sont donc amens presque fatalement1 pour ces diverses raisons1 apporter la mise en scne des soins de plus en plus minutieux1 et descendre du gnral au particulier dans la reprsentation de la ralit4 ,en outre1 ils ont d obir la ncessit d'augmenter l'effet reprsentatif des pices qu'ils remontent ou qu'ils exposent pour la premire fois devant les yeux du public4 ,il est donc intressant d'examiner dans quelle mesure les principes peuvent s'inflchir et s'accommoder notre got actuel4 ,aprs avoir tudi les principes de la mise en scne en ce qu'ils ont d'absolu1 il nous faut donc les tudier dans ce qu'ils ont de relatif4 ,nous allons passer en revue le plus rapidement possible les modifications dont est susceptible la mise en scne1 selon qu'on l'tudi dans ses rapports soit avec le milieu thtral1 soit avec le milieu dramatique1 soit avec le milieu social4 ,occupons-nous d'abord du milieu thtral4 ,il est certain que nous n'allons pas la ,comdie-,franaise1 l',ambigu ou au ,chtelet dans les mmes dispositions d'esprit1 et que selon le milieu thtral nous inclinons rechercher tantt un plaisir o l'esprit aura la plus grande part1 tantt un plaisir plus ou moins fortement imprgn de sensualisme4 ,dans le premier cas1 nous serons moins exposs subir l'influence de nos yeux1 et l'attention de notre esprit sera une force subjective trs rsistante toutes les causes objectives de distraction1 tandis que dans le second notre esprit1 mobile et flottant1 ouvert aux impressions du dehors1 sera dispos se laisser sduire par le charme des images optiques4 ,en outre1 le choix mme du thtre a t ordinairement dtermin par le caractre particulier de son rpertoire habituel4 ,nous savons qu'en gnral ici la crise dramatique clatera par suite du conflit probable de passions plus ou moins fortes ou par suite du choc invitable de caractres dissemblables2 tandis que l l'intrt pourra natre du concours des vnements et de l'influence qu'exercera sur eux1 comme dans la vie relle1 la contingence invitable des choses4 ,dans le premier cas1 le monde intrieur de l'me nous enveloppe en quelque sorte tout entier et nous protge contre toute influence trangre2 dans le second1 le monde extrieur nous sollicite avec l'extrme diversit des sensations qui nous attendent de tous les cts4 ,donc1 ici1 la ,comdie-,franaise1 par exemple1 un peu d'excs dans la mise en scne ne modifiera pas sensiblement le caractre gnral qu'elle doit conserver1 et nous ne serons pas tents de scruter les rapports spciaux que le matriel figuratif1 un peu trop amplifi1 pourrait avoir avec la marche du drame1 tandis que l1 au ,chtelet par exemple1 chacun des dtails du matriel figuratif nous attirera par le rapport probable que nous le souponnerons d'avoir avec la suite du drame4 ,ainsi1 la ,comdie-,franaise1 tel meuble1 inutile l'action1 ne sera priori qu'un tmoignage de confortable ou de somptuosit1 tandis qu'au ,chtelet1 nous serons tents1 priori1 de regarder ce mme meuble comme indispensable l'action ou mme comme une bote surprise possible4 ,donc1 suivant le milieu thtral1 des effets de mise en scne1 d'intensit gale1 n'auront pas une porte identique4 ,plus le rpertoire habituel d'un thtre est intellectuellement relev1 moins l'accroissement de l'effet reprsentatif aura d'influence fcheuse1 la condition cependant que tout le matriel figuratif soit soumis la mme proportion d'intensit1 et qu'aucun dtail n'veille en nous une attention particulire4 ,c'est pourquoi1 la ,comdie-,franaise1 on pourra apporter des soins presque excessifs la composition des ameublements sans crainte de jeter l'esprit du spectateur sur de fausses pistes4 ,le got plus dlicat du public habituel en sera satisfait1 et la mise en scne s'associera ainsi aux habitudes sociales du monde auquel appartiennent les spectateurs et les personnages de la plupart des pices qu'on reprsente ce thtre4 ,au ,chtelet1 comme la ,gat ou l',ambigu1 c'est au contraire au dcor peint qu'il faudra uniquement demander un accroissement de mise en scne2 car on ne peut modifier le matriel figuratif sans changer l'effet spcial qu'en attend le spectateur4 ,en rsum1 lorsque pour des raisons suprieures on croira ncessaire d'augmenter l'effet reprsentatif d'une oeuvre dramatique1 la drogation aux principes essentiels de la mise en scne trouvera dans le milieu thtral soit des circonstances attnuantes1 soit des circonstances aggravantes4 ,,chapitre ,,xv ,rapports de la mise en scne avec le milieu dramatique4--,pices o domine l'imagination4--,le thtre de ,scribe4--,le thtre de ,victor ,hugo4--,effet curieux observ dans ,quatre-vingt-treize4 ,le milieu dramatique est trs diffrent du milieu thtral1 puisque le milieu dramatique peut varier dans un mme milieu thtral4 ,nous cartons tout d'abord les oeuvres classiques qui mritent une tude spciale4 ,mais il est encore ncessaire de restreindre notre sujet2 car il ne tendrait rien moins qu' passer en revue tous les genres de la littrature dramatique1 tels que le drame hroque1 historique1 romantique ou bourgeois1 et la comdie d'intrigue1 de caractre ou de sentiment4 ,nous croyons plus profitable de considrer le milieu dramatique dans ses rapports avec l'imagination1 le sentiment et la fantaisie4 ,la nature de l'imagination dpend de la nature de l'esprit2 elle varie suivant l'attrait que l'esprit prouve pour telle qualit1 tel caractre1 telle forme ou telle coloration des images remmores et associes4 ,en se plaant un point de vue trs gnral1 on peut dire qu'il y a deux sortes d'imaginations2 premirement1 celle qui est surtout sduite par les contours et les formes1 les rapports des formes entre elles1 leur agencement1 les qualits extrieures et superficielles des objets2 deuximement1 celle qui se laisse charmer par la couleur1 les effets d'ombre et de lumire1 les rapports de nature entre les objets1 leurs qualits substantielles et leur agencement pittoresque dans les profondeurs de l'espace4 ,quand il s'agit d'oeuvres thtrales1 la mise en scne devra naturellement varier selon la nature particulire de l'imagination du pote4 ,scribe1 on ne peut le nier1 avait une imagination fconde1 mais celle-ci avait un caractre superficiel et tait uniquement thtrale4 ,pour lui1 le monde extrieur n'tait qu'un dcor et les hommes n'taient que des comdiens4 ,il n'y avait en quelque sorte aucun lien sympathique entre son me et l'me des tres et des choses4 ,son regard ne pntre pas plus profondment que sa pense2 l'un et l'autre s'arrtent aux surfaces et son gnie se complat dans les apparences4 ,aussi serait-ce une faute1 quand il s'agit des oeuvres de ,scribe1 de dtacher l'action sur un dcor trop tudi1 trop nature en quelque sorte2 il leur faut une dcoration un peu banale1 qui ne fasse pas trop illusion1 qui soit bien du carton et du papier peints1 et derrire laquelle notre esprit devine la coulisse4 ,de mme1 les acteurs devront craindre de paratre trop humains et de trop se rapprocher de la nature1 car ils se mettraient en contradiction avec le gnie particulier de l'auteur2 ils doivent s'attacher rester comdiens4 ,aux yeux de ,scribe1 l'art est destin nous procurer une dlectation facile1 sans secousse violente2 et dans la reprsentation de ses pices tout doit conserver ce caractre tempr4 ,la dcoration ne doit exercer sur nos yeux qu'une illusion facile s'vaporer1 comme ces brillantes bulles de savon qu'un souffle fait vanouir2 de mme1 l'action et la diction des acteurs1 les pripties tristes ou gaies par lesquelles passent les personnages doivent garder le caractre aimable d'un jeu d'esprit1 comme il sied une socit d'o la belle humeur a proscrit les passions troublantes4 ,en un mot1 rien ne doit avoir la prtention d'affecter trop profondment notre me4 ,c'est pourquoi il ne faut rien de trop riche dans la dcoration1 rien d'inutile dans le matriel figuratif1 rien de trop vrai surtout3 des apparences de tableaux1 des apparences de pendules1 des apparences de meubles2 des costumes sentant le thtre et des accessoires sortant ostensiblement du magasin4 ,c'est l que les fourchettes piquent des morceaux chimriques dans des pts de carton et que les verres ne s'emplissent que du vide des bouteilles4 ,transportons maintenant ces procds de mise en scne dans un autre milieu dramatique1 dans le thtre de ,victor ,hugo1 par exemple1 nous n'obtiendrons souvent par ces mmes moyens que des effets disparates4 ,c'est que toute autre est l'imagination substantielle et pittoresque du pote2 elle est une reprsentation embellie1 agrandie et en quelque sorte outre de la nature1 et l'tre humain s'y montre toujours l'tat hroque1 ou grandiose ou grotesque1 sous une lumire intense qui rend les ombres plus profondes4 ,ce grand effet de clair-obscur1 que le pote projette sur les tres et sur les choses1 leur donne un relief saisissant4 ,lui-mme1 dans les indications de mise en scne qu'il joint son oeuvre1 fouille les dtails1 dcrit les ameublements et les costumes1 sculpte les bahuts et cisle les armes4 ,dans ses vers1 pas plus que dans ses indications scniques1 il ne se contente de l' peu prs thtral3 il touche et faonne les objets du pouce de ,michel-,ange et les revt de la couleur du ,titien4 ,il faut ses personnages des pourpoints de velours et de soie1 des pes brillantes et souples2 il faut ses heureux interprtes un visage majestueux ou farouche1 une parole caressante ou hautaine1 un jeu de proportion hroque1 de faon que1 laissant bien loin d'eux le comdien1 ils dpassent un peu le personnage lui-mme4 ,a ses drames conviennent les dcorations splendides1 les ameublements somptueux1 les foules innombrables de la figuration2 car partout et toujours1 derrire la dcoration1 derrire les personnages1 comme un dieu impalpable derrire un hros de l',iliade1 on devine la grande ombre du pote dont la volont puissante assemble les choses ou pousse et fait mouvoir ses personnages nos yeux4 ,gnie essentiellement lyrique1 bien plutt que dramatique1 qui jamais n'abstrait son oeuvre de lui-mme1 et qui se sent l'troit sur les planches et entre les coulisses d'un thtre4 ,la vritable scne o se meuvent les personnages du drame1 c'est le cerveau mme du pote3 c'est l qu'il faut chercher les mobiles secrets de ses hros1 qui obissent bien plus la volont expresse de leur crateur qu' la logique de leurs propres passions2 et c'est l seulement que peuvent entirement se raliser ses conceptions scniques et dcoratives souvent peu prs irralisables1 comme dans le ,roi s'amuse4 ,dans tous les drames de ,victor ,hugo1 l'imagination est tellement instante et puissante1 tous les moments de l'action1 qu'un jour1 fait inou dans les annales dramatiques1 dans un tableau qui ouvre un des actes de ,quatre-,vingt-,treize1 le pote a soudain supprim dcors et acteurs1 et1 sans autre intermdiaire que l'orchestre et des comparses derrire la toile baisse1 a fait assister toute une salle de thtre un drame sanglant1 faisant ainsi passer directement de son imagination dans celle du spectateur une srie d'images mouvantes1 sans l'interposition ncessaire d'images sensibles et relles4 ,quand je dis toute la salle1 je me trompe1 car tandis qu'une partie de l'orchestre s'associait l'motion esthtique du pote1 des hauteurs du thtre on rclamait grands cris le lever du rideau4 ,l haut1 ils voulaient voir ce qui n'existait pas1 et ils rclamaient la vue directe d'un drame dont leur imagination tait incapable de leur fournir une image subjective6 ,il leur aurait tout au moins fallu le rcit classique que justifie donc1 dans certains cas1 le procd du matre moderne4 ,la mise en scne d'un tel pote sera toujours difficile raliser4 ,elle devra souvent tre d'ordre composite1 associant le faux et le vrai1 poursuivant souvent l'impossible1 dcoupant ou tageant la scne1 tantt talant au premier plan les pauvrets maladroites de ses dcors peints1 tantt se lanant dans le luxe exagr des dcorations d'opra4 ,,chapitre ,,xvi ,des pices o domine le sentiment4--,cas o les causes de l'motion sont subjectives4--,le ,mariage de ,victorine4--,cas o les causes de l'motion sont objectives4--,l',ami ,fritz4 ,dans les pices fondes sur le sentiment1 les ressorts principaux de l'action sont les motions morales1 tendres ou tristes1 dont sont agits les personnages4 ,ce sont des mouvements de l'me qui dterminent le mouvement scnique4 ,l'auteur cherche nous intresser ces motions en veillant sympathiquement notre sensibilit1 c'est--dire notre susceptibilit l'impression des choses morales4 ,ce que nous devons considrer1 c'est la source d'o jaillit l'motion1 c'est--dire la cause d'o nat le sentiment qui agite les personnages et qui de leur me passe sympathiquement dans la ntre4 ,il est donc ncessaire1 dans l'tude des oeuvres dramatiques fondes sur le dveloppement psychologique des sentiments1 de distinguer celles o les motions dcoulent de causes subjectives de celles o elles proviennent de causes objectives4 ,c'est la distinction qui importe et d'o se dduisent les conditions de la mise en scne4 ,pour claircir cette question1 il convient d'examiner ce point de vue deux oeuvres dramatiques dans lesquelles les motions de tristesse ou de joie sont prcisment fondes1 dans l'une1 sur des causes subjectives1 dans l'autre1 sur des causes objectives4 ,dans le ,mariage de ,victorine1 de ,george ,sand1 nous assistons un drame mouvant qui se joue dans le coeur d'un pre et dans celui de sa fille4 ,celle-ci1 sans oser se l'avouer1 aime le fils du matre et du bienfaiteur de son pre4 ,celui-ci1 qui voit natre cette aveugle passion1 veut la combattre en mariant sa fille un des commis de son matre4 ,la grandeur d'me du pre et de la fille1 la puret de leur conscience morale1 leur respect pour les hirarchies sociales1 le soin de leur propre dignit1 l'estime qu'ils ont d'eux-mmes1 la fiert qui relve jusqu' l'hrosme le sentiment de leur devoir1 font un spectacle poignant et douloureux de la lutte gnreuse qui se livre dans le coeur du pre entre son amour paternel et le respect qu'il a pour son bienfaiteur1 dans le coeur de la fille entre son amour et son affection filiale4 ,le drame auquel nous assistons se joue rellement dans ces deux mes1 et la ntre en suit les pripties avec une sympathie douloureuse4 ,nous sentons combien sont intimes et subjectives toutes les causes de leur dtermination1 et combien dans ce drame psychologique sont de peu de prix tous les attraits du monde extrieur4 ,rien aux yeux de ce pre et de cette jeune fille1 comme ceux du spectateur1 n'est digne d'exercer une influence quelconque sur leur rsolution morale1 ni le luxe des appartements1 ni les richesses qui s'entassent dans les coffres de banquier1 ni la beaut des costumes1 rien enfin de ce qui est la marque de la position plus haute laquelle leur position plus humble leur dfend d'aspirer4 ,aussi tout ce qui1 dans la dcoration et dans la mise en scne1 attirerait les regards ce point de vue rendrait presque impossible le dnouement que le public attend et dsire1 et en tous cas en dnaturerait la grandeur morale4 ,la mise en scne doit tre humble1 modeste1 presque efface1 pauvre de dtails1 car rien n'y a d'intrt pour nous2 les costumes simples et un peu austres1 le jeu des acteurs contenu1 leurs gestes et leur diction sans emphase4 ,il faut1 en un mot1 resserrer l'action1 la maintenir et la dnouer dans1 un milieu purement moral1 sans qu'aucun dtail de la mise en scne vienne de sa pointe trop brillante dchirer le voile de larmes que le drame a fait descendre sur les regards des spectateurs4 ,combien seront diffrents les effets que l'on devra se proposer d'obtenir dans la reprsentation de l',ami ,fritz1 de ,,mm4 ,erckmann-,chatrian4 ,dans ce drame2 les causes immdiates sont toutes objectives4 ,fritz est un homme jeune1 bien portant1 goste et heureux4 ,tout lui sourit dans la vie1 et il possde ce qui ses yeux compose le vritable bonheur ici-bas1 une maison bien ensoleille1 des buffets bien garnis d'argenterie et de beau linge1 une gouvernante qui prvient ses moindres dsirs1 et un estomac capable de tenir tte aux amis qu'il rassemble sa table et avec lesquels il sable les vins de la ,moselle et du ,rhin ou savoure1 en fumant1 la bonne bire d',alsace4 ,tout ce qui a sur le caractre de ,fritz une influence si heureuse compose prcisment tous les lments de la mise en scne4 ,ici1 il faut que les regards du spectateur se reposent avec plaisir1 comme ceux de ,fritz1 sur les moindres dtails de l'ameublement1 sur le service de table et sur le linge que la gouvernante tale avec orgueil et complaisance4 ,le repas lui-mme auquel il convie ses amis ne peut avoir la simplicit sommaire des repas de thtres1 car c'est l un des facteurs principaux du seul bonheur qu'il a connu jusqu'ici4 ,quand l'amour s'insinue dans son coeur1 c'est encore par les cts sensuels de sa nature qu'il se laisse sduire3 c'est la bonne odeur de la fenaison1 la voix pure de ,szel1 qui s'unit celles des faucheurs1 les cerises1 toutes glaces de la rose du matin1 que du haut de l'arbre lui jette en riant la jeune fille1 les beignets succulents qu'elle a confectionns de ses blanches mains1 les oeufs frais dont elle lui donne le dsir1 et les belles truites qu'elle lui permet d'esprer4 ,avec quel soin un directeur ne composera-t-il pas celte mise en scne1 dont chaque dtail est destin produire un effet psychologique6 ,ici1 il ne faut plus que tous les accessoires sentent trop le thtre2 il y faut un certain naturel qui puisse faire quelque illusion l'oeil complaisant du spectateur1 et le sduire lui-mme cette bonne vie matrielle de ,fritz4 ,plus tard1 quand tout ce bonheur se sera abm dans la dtresse de son coeur1 toute cette mise en scne servira encore1 par contraste1 accuser plus fortement la dsesprance de ,fritz4 ,mais j'en ai dit assez1 il me semble2 pour faire saisir la diffrence essentielle qu'il y a entre la mise en scne d'une pice fonde sur un sentiment subjectif et celle d'une oeuvre o domine1 dans les sentiments1 la puissance objective des choses4 ,j'ajouterai1 afin qu'on ne se mprenne pas sur ma pense1 que cette diffrence peut tre considre comme le fondement du jugement littraire4 ,de deux oeuvres1 dissemblables par la nature des sentiments1 un got clair prfrera toujours celle qui aura ncessit un moins grand appareil de mise en scne4 ,un mouvement gnreux de l'me vaut par lui-mme1 et c'est en diminuer le mrite que de le faire dpendre de causes matrielles et accidentelles4 ,nous en revenons ce que nous avons expos dans les premires pages de cet ouvrage1 sur le rapport inverse qu'il y a entre la richesse de la mise en scne et la valeur intrinsque d'une oeuvre dramatique4 ,,chapitre ,,xvii ,des pices o domine la fantaisie4--,caractre de la fantaisie4--,le thtre de ,m4 ,labiche et de ,m4 ,meilhac4--,limites de la fantaisie4--,de la convenance dans la fantaisie4--,lili4--,pices d'ordre composite4--,ma ,camarade4--,les feries4 ,nous examinerons1 dans ce chapitre1 les rapports de la mise en scne avec ce que nous avons appel la fantaisie4 ,une premire difficult se prsente1 c'est de dfinir la fantaisie et de la distinguer de l'imagination4 ,a ne considrer que le sens premier des mots1 il n'y a gure de diffrence entre elles2 cependant on ne peut contester qu'il n'y en ait une notable si nous considrons l'emploi que nous faisons de ces deux mots1 quand nous les appliquons des ouvrages dramatiques4 ,l'imagination est la facult que nous avons d'voquer des images et des sries associes d'images1 auxquelles correspondent des ides et des sries associes d'ides1 et qui toutes sont relies par un lien de contigut srielle1 sinon immdiate1 au moins saisissable et certaine4 ,la fantaisie1 au contraire1 associe entre elles des images qui n'appartiennent pas une mme srie et n'ont par consquent pas entre elles de rapport ncessaire et prochain4 ,le contraste apparent des images associes est donc la premire loi de la fantaisie2 mais la seconde loi est que ces images associes doivent prsenter immdiatement l'esprit un rapport inattendu1 qui1 bien que lointain et inaccoutum1 mette en relation des ides qu'on aurait pu croire absolument disparates4 ,c'est en mme temps l'tranget et la vrit relative de ce rapprochement qui en constitue le piquant et l'originalit4 ,en un mot1 on pourrait dire que la fantaisie1 c'est de l'esprit dans l'imagination4 ,il y a quelque chose de cela dans ce que les ,anglais appellent l'humour4 ,par exemple1 on peut1 je crois1 trouver que dans les oeuvres de ,m4 ,alexandre ,dumas fils il y a plus d'esprit que de fantaisie1 tandis que dans certaines oeuvres d',alfred de ,musset il y a plus de fantaisie que d'esprit4 ,dans les pices de ,m4 ,meilhac et de ,m4 ,labiche1 il y a tantt de l'esprit1 et du plus fin1 tantt de la fantaisie1 et de la plus originale4 ,cette association de l'esprit et de la fantaisie est1 en effet1 le propre des oeuvres comiques1 car les lois de l'esprit et de la fantaisie semblent tre identiques celles de la gaiet et du rire1 et consister dans le rapport soudain que l'auteur nous fait apercevoir entre deux objets les plus disparates d'apparence4 ,a mesure que dcrot le nombre des parties justement associes dans les images mises en prsence1 la fantaisie perd de son prix1 n'est bientt qu'une sorte d'imagination vagabonde et drgle1 devient enfin grossire et tombe dans ce qu'on appelle familirement la btise1 qui n'est autre chose qu'une contradiction irrmdiable entre deux images conjugues4 ,la btise est donc encore susceptible d'exciter le rire par l'inattendu burlesque de la contradiction qu'elle propose l'esprit4 ,si nous avons russi prsenter une ide juste de ce que nous entendons par fantaisie1 on doit comprendre combien les oeuvres dramatiques qui sont des crations de la fantaisie1 telles que la ,cagnotte1 le ,chapeau de paille d',italie1 la ,grande-,duchesse1 la ,cigale1 etc41 s'loignent chaque instant de la ralit des actes et des contingences possibles de la vie4 ,les comdiens qui traduisent sur la scne ces combinaisons originales et fantaisistes doivent s'y sentir dgags du monde rel1 sans quoi ils se trouveraient aussi mal l'aise sur la scne que nous pourrions nous trouver gns de nous voir en habit d',arlequin dans la compagnie de gens graves et srieux4 ,la mise en scne ne doit avoir qu'un but1 c'est de fournir un fond suffisant sur lequel se dtachent en pleine lumire ces crations de la fantaisie4 ,elle doit donc tre sommaire et pourvoir uniquement aux ncessits scniques4 ,les costumes surtout demandent une appropriation heureuse1 aussi loigne de la correction que de l'excentricit banale4 ,il y faut conserver un certain rapport avec la vrit4 ,aussi ce sont les artistes les mieux dous sous le rapport de l'observation qui trouvent les costumes les plus comiques2 car1 en dformant la ralit1 ils ne la perdent cependant pas de vue et font saillir aux yeux des spectateurs des rapprochements aussi piquants qu'inattendus4 ,la diction et les gestes doivent1 eux aussi1 concourir au mme effet gnral1 s'carter de la logique dans les limites du comprhensible1 et prsenter toujours un rapport1 amusant pour l'esprit1 entre la fiction et la ralit4 ,il est encore une limite que ne doit pas dpasser la fantaisie1 c'est celle des convenances4 ,je ne parle pas seulement des convenances banales qui consistent ne pas outrager les bonnes moeurs4 ,mais un exemple fera mieux comprendre la porte de cette observation4 ,quand un auteur veut traduire sur la scne1 pour en tirer des effets comiques1 des personnages de la vie relle1 auxquels nous attachons des ides1 factices peut-tre1 mais trs puissantes1 de dignit1 de fiert morale1 et qui dans notre esprit sont associs des sentiments extrmement dlicats1 il ne peut le faire1 sans nous blesser1 qu'en exagrant ce qui est prcisment chez eux une qualit essentielle4 ,c'est pourquoi dans ,lili1 le rle du ,commandant tait si amusant1 tandis que ceux des autres officiers mls la mme action taient si choquants4 ,c'est qu'en effet c'est une qualit chez un militaire d'tre bref1 nergique1 et d'avoir en mme temps le coeur bon et sensible1 et que par consquent on peut rire des exagrations burlesques de ces mmes qualits4 ,la fantaisie conserve un rapport certain entre les images associes1 et quand nous redescendons de la fantaisie au rel1 nous ne trouvons rien que de respectable dans l'ide veille en nous par l'auteur4 ,notre rire ne se trouve pas en dsaccord formel avec ce qui compose notre sentiment4 ,au contraire1 une sentimentalit de goguette1 la frquentation d'un monde interlope1 la trivialit du got et des habitudes nous choqueront chez un militaire1 auquel nous attachons des ides d'honorabilit1 de rigidit mme1 de droiture et de dignit2 et c'est pourquoi nous n'acceptons pas sur la scne1 quand il s'agit de militaires1 la reprsentation de ces dfauts bien qu'ils soient humains4 ,la fantaisie ne fera qu'exagrer notre rpugnance1 car il y aura une contradiction choquante entre l'image qu'on nous prsente et l'image relle que nous voquons en nous3 et nous nous sentirons d'autant plus blesss que l'image qui nous est chre repose sur une ide acquise1 laborieusement fonde par ncessit sociale et soigneusement entretenue par amour-propre national4 ,pour en revenir la mise en scne1 si l'on faisait une tude comparative des pices d'observation pure et des pices qui sont fondes sur la fantaisie1 on remarquerait que les premires demandent plus de vrit que les secondes dans l'effet reprsentatif1 et surtout plus de soin dans la composition du matriel figuratif4 ,dans une pice o un acte d'observation se mlerait plusieurs actes de fantaisie1 on verrait de mme la ncessit de modifier les conditions de la mise en scne1 et tandis que dans celui-l elle serait d'une grande exactitude jusque dans les moindres dtails1 dans ceux-ci au contraire elle devrait rester sommaire et restreinte aux ncessits scniques4 ,on en a un exemple frappant dans ,ma ,camarade1 o un acte d'observation et de fine comdie s'intercale entre deux actes de pure fantaisie4 ,tandis que dans ceux-ci la mise en scne reste sommaire et tout fait approximative1 elle est traite dans celui-l avec les plus grands soins1 tant dans l'ensemble de la dcoration que dans tous les dtails du matriel figuratif4 ,est-il besoin qu'en terminant ce chapitre j'aborde la mise en scne des feries8 ,je ne le crois pas3 il n'y a pas de conditions dans le domaine de l'impossible4 ,cependant il est mme une limite l'blouissement des yeux et l'effet produit sur nous par le nombre et par un mouvement mme vertigineux4 ,ce n'est donc ni dans l'intensit croissante de la lumire ni dans l'exagration du nombre et du mouvement qu'on trouvera des effets nouveaux et amusants1 mais en cherchant dans des sries d'images de plus en plus loignes quelque rapport apparent entre le possible et l'impossible4 ,la ferie est de la fantaisie hyperbolique2 mais1 comme telle1 elle ne doit pas violer trop ouvertement les lois de la fantaisie4 ,,chapitre ,,xviii ,rapports de la mise en scne avec le milieu social4--,la mise en scne se modifie comme la socit4--,types gnraux de l'ancienne comdie4--,le ,tartufe4--,complexit et htrognit de la socit actuelle4--,plasticit ncessaire de la mise en scne4--,vieillissement rapide du thtre moderne4 ,les rapports de la mise en scne avec le milieu social sont trs importants1 eu gard nos ides actuelles4 ,mais1 pour plus de clart et ne pouvant tout dire la fois1 nous nous rservons d'examiner plus loin tout ce que le temps et la distance amnent de modifications dans ces rapports4 ,nous poserons ce principe1 qui n'a pas1 il semble1 besoin de dmonstration3 l'a mise en scne doit correspondre exactement au milieu social1 c'est--dire doit convenir l'tat social des personnages mis en scne et s'adapter leurs moeurs et leurs usages4 ,toutefois1 et c'est ici le point intressant1 ce n'est qu' une poque relativement rcente que la mise en scne a conquis un rle de plus en plus prpondrant4 ,autrefois1 on aurait pu concevoir uniquement trois dcorations1 autrement dit trois milieux1 un milieu grand seigneur1 un milieu bourgeois et un milieu populaire4 ,et encore c'est thoriquement que je compte ce dernier qui en fait n'existait pas et dont par consquent la dcoration correspondante serait reste d'une parfaite inutilit4 ,ce qui en tenait lieu1 c'tait le milieu villageois ou autrement dit le milieu pastoral4 ,jadis les classes taient nettement spares les unes des autres et ne se confondaient jamais4 ,le ,bourgeois gentilhomme est l pour nous montrer combien tait ridicule un bourgeois voulant trancher du grand seigneur4 ,en fait1 un grand seigneur1 riche ou pauvre1 tait toujours un grand seigneur1 tandis qu'un bourgeois1 riche ou pauvre1 n'tait jamais qu'un bourgeois4 ,c'tait la naissance seule qui importait2 on s'inquitait fort peu de la fonction et du mrite social4 ,aujourd'hui1 malgr tout ce qui peut subsister de notre ancienne division sociale1 nous ne sommes plus rpartis selon les rgles troites d'une hirarchie immuable4 ,les rangs sont confondus4 ,c'est en gnral le talent et l'argent qui1 bien plus que la naissance1 assurent une haute position sociale4 ,c'est pourquoi1 au thtre1 l'ancienne unit dcorative ne correspondrait plus en rien nos ides actuelles4 ,tandis qu'il n'y avait jadis qu'un petit nombre de divisions gnrales1 il y en a aujourd'hui une infinit1 et nous assimilons nos fonctions1 nos gots1 nos moeurs1 tout ce qui nous entoure et participe notre existence4 ,en un mot1 ainsi que nous l'avons dj dit plus haut1 notre personnalit morale se reflte autour de nous jusque sur les moindres objets4 ,de l le rle de la mise en scne dans les pices modernes1 ou du moins dans celles qui s'ingnient traduire sur le thtre la socit franaise actuelle1 et la ncessit d'en accorder tous les lments avec la personnalit morale des personnages reprsents4 ,c'est donc par une consquence logique que le dcorateur et le metteur en scne se sont faits tapissiers et en quelque sorte bibelotiers1 et qu'ils ont d chercher donner au matriel figuratif cette physionomie personnelle qui est la caractristique de la mise en scne moderne4 ,l'intrieur d'un jeune homme riche variera selon le monde au milieu duquel il vit1 monde de cheval ou de galanterie4 ,le cabinet d'un financier ne sera pas celui d'un diplomate4 ,le salon d'une femme du monde n'aura pas le mme aspect que celui d'une demi-mondaine1 et celui-ci ne ressemblera pas celui d'une femme galante4 ,dans l'effet gnral1 qui est celui que doivent produire la dcoration et la mise en scne1 l'esthtique moderne a introduit une foule de spcialisations ncessaires4 ,nos pices actuelles exigent une adaptation perptuellement nouvelle de la mise en scne2 c'est peut-tre ce qui les fera vieillir assez vite1 et1 au bout d'un certain nombre d'annes1 rendra leur reprise trs difficile4 ,mais la mise en scne est bien oblige de suivre en cela l'esthtique1 qui ne se contente plus des types gnraux de l'humanit4 ,dans les comdies de ,molire1 les personnages sont le moins possible de leur temps1 ou du moins ils ne le sont que dans la mesure ncessaire2 c'est l'homme que peint ,molire plutt que tel ou tel homme4 ,dans les pices modernes1 au contraire1 dans les pices de ,m4 ,emile ,augier ou de ,m4 ,alexandre ,dumas fils1 par exemple1 les personnages sont le plus possible de leur temps2 et ce n'est plus l'homme en gnral qu'ils s'ingnient nous peindre1 mais l'homme plastiquement et moralement conform ou dform1 selon le milieu social particulier o s'exerce son caractre et o s'agitent ses passions4 ,dans ,tartufe1 par exemple1 il nous serait tout fait impossible de deviner quelle est la fonction sociale de chaque personnage1 et1 ce point de vue1 ,tartufe lui-mme est un grand embarras pour notre manire de voir toute moderne4 ,c'est un dvot1 mais ce n'est l que sa fonction psychologique4 ,qu'est-il1 socialement parlant8 ,appartient-il ou non un ordre1 une confrrie8 ,a-t-il une fonction religieuse8 ,quelle est sa position dans la socit8 ,quels sont ses antcdents8 ,ces questions ne recevront jamais de rponse2 de telle sorte qu'aujourd'hui le costume de ,tartufe est un problme insoluble4 ,dans une pice moderne1 au contraire1 ce qu'on tablit tout d'abord1 c'est la fonction sociale des personnages1 leur position dans le monde3 l'un est dput1 l'autre banquier1 celui-ci est militaire1 celui-l est avocat1 procureur gnral1 magistrat1 etc4 ,nos auteurs modernes partent d'une ide1 qui n'est assurment pas fausse1 et qui est en tout cas fconde3 c'est que l'expression de nos passions varie suivant le milieu o nous vivons et suivant les ides transmises ou acquises1 dont chacun de nous est en quelque sorte un recueil diffrent4 ,ils s'intressent l'humanit en dtail et tiennent compte d'une foule de diffrenciations1 dont autrefois on ne s'inquitait nullement1 parce qu'en somme elles taient moins visibles4 ,cette rvolution esthtique s'accorde d'ailleurs avec nos ides mtaphysiques1 psychologiques et physiologiques actuelles4 ,comme le monde1 comme les socits1 comme toutes les sciences1 l'esthtique a cr en complexit et en htrognit1 et nous ne sommes pas sans doute encore au bout des transformations que l'avenir lui imposera4 ,la mise en scne ne peut pas s'isoler et se sparer de l'esthtique1 dont elle n'est qu'une partie subordonne2 elle ne doit pas obir des principes diffrents4 ,c'est pourquoi l'volution de la mise en scne n'est pas le rsultat d'un parti pris1 mais au contraire rsulte d'une transformation insensible de l'esthtique dramatique et de la socit moderne4 ,la mise en scne a ainsi acquis une plasticit qu'elle n'avait pas autrefois1 et sur ce point semble se soumettre ou tout au moins se prter aux thories de l'cole raliste ou naturaliste1 dont le plus grand tort est de vouloir prcipiter une volution1 qui1 ainsi que nous le verrons plus loin1 amnerait fatalement une dchance de l'art1 si elle n'tait modifie et retarde par une lente diffusion de la culture gnrale de l'esprit et par un relvement graduel de l'idal artistique4 ,toutefois1 cette physionomie particulire de la mise en scne pourrait tre un obstacle la reprise future de nos pices modernes2 car ce qui nous parait aujourd'hui un trait de jeunesse sera un jour une ride d'autant plus marque que le trait aura t plus prcis4 ,toutefois1 une rflexion s'impose1 qui nous permet de ne pas tenir grand compte de ce vieillissement certain3 c'est que1 dans une oeuvre dramatique1 la mise en scne est la partie essentiellement destructible4 ,au bout d'un petit nombre d'annes1 les dcorations d'une pice et son matriel figuratif n'existent plus4 ,par consquent1 une reprise ncessite une mise en oeuvre nouvelle1 qui devra tre sensiblement diffrente de la mise en oeuvre primitive1 ainsi que nous le ferons voir plus loin4 ,ici1 il nous suffira de dire que l'appareil dcoratif et figuratif1 mis de nouveau en concordance1 d'une part avec la pice1 et d'autre part avec le got actuel1 n'aura ncessairement que les rides que lui infligera l'oeuvre dramatique elle-mme4 ,malheureusement1 elles seront nombreuses si l'art continue1 comme la socit1 crotre en complexit et en htrognit4 ,,chapitre ,,xix ,lois restrictives de la mise en scne4--,de la loi de proportion--,plans d'importance scnique4--,l',ami ,fritz4--,des repas de thtre4--,application de la loi au matriel figuratif4 ,aprs avoir tabli les lois gnrales de la mise en scne1 nous avons1 dans les chapitres prcdents1 examin les causes diverses qui peuvent les inflchir4 ,nous avons vu que toutes ces dviations1 quelle qu'en ft l'importance1 drivaient de principes esthtiques1 et qu'elles taient en ralit comme les rsultantes de plusieurs forces composes4 ,pour les lgitimer1 on ne peut jamais invoquer le caprice et le got de l'art pour l'art4 ,la mise en scne n'a pas sa fin en elle-mme2 la cause finale du drame est la cause formelle de la mise en scne4 ,en partant du texte d'une oeuvre dramatique1 on arrive aisment tablir le minimum de mise en scne ncessaire4 ,mais1 quand on veut tenir compte de toutes les conditions de nature1 de genre1 d'poque et de milieu1 qui peuvent entraner de larges accroissements de mise en scne1 tant sous le rapport du personnel que sous celui du matriel figuratif1 on peut lgitimement se demander s'il n'y a pas des lois qui imposent une limite cette extension2 si1 en d'autres termes1 il n'y a pas1 dans chaque cas1 un maximum de mise en scne qu'il n'est pas permis artistiquement de dpasser4 ,on sent combien serait salutaire l'application de telles lois somptuaires1 une poque o le luxe de la mise en scne atteint des proportions vritablement ruineuses4 ,or1 ces lois semblent en effet exister4 ,il en est deux surtout qu'il parat facile d'tablir thoriquement et qu'observent d'ailleurs1 par une intuition trs sre1 les thtres encore soucieux de la question artistique4 ,ces deux lois essentielles sont3 la premire1 la loi de proportion1 que nous tudierons dans le prsent chapitre2 la seconde1 la loi d'apparence1 dont nous rservons l'examen au chapitre suivant4 ,si nous regardons d'abord avec attention un paysage1 nous nous apercevrons que la distance a pour effet1 dans la nature1 de rendre de moins en moins visibles les nombreux dtails de chaque objet et d'teindre de plus eu plus l'clat de leurs couleurs par l'paississement progressif de la couche d'atmosphre2 si ensuite nous examinons un tableau1 nous verrons que les peintres produisent l'illusion de l'loignement1 d'une part1 par l'effacement des traits particuliers1 et1 d'autre part1 par la dgradation des tons4 ,mais1 si nous transportions cette loi telle quelle dans la mise en scne1 elle ne s'appliquerait qu'aux dcorations1 o elle est en effet trs habilement observe par les peintres qui cultivent cette branche de l'art4 ,pour en faire utilement l'application la mise en scne1 il est ncessaire de la transformer4 ,nous ne considrerons plus1 comme dans la peinture1 des plans de distance1 mais des plans d'importance scnique4 ,et nous dirons que1 dans la mise en scne1 le fini et la perfection d'imitation des objets qui composent le matriel figuratif doivent tre proportionnels leur importance hirarchique4 ,je prendrai un exemple dans l',ami ,fritz4 ,le repas que l'on sert au premier acte ncessite un grand nombre d'accessoires1 qui ont chacun une certaine importance1 les uns parce qu'ils ont un rapport avec le texte1 les autres parce qu'ils servent des combinaisons scniques4 ,il faut donc observer la loi de proportion4 ,la nappe1 sur laquelle l'attention des spectateurs est formellement appele1 doit tre d'une imitation beaucoup plus parfaite que les autres parties du service4 ,les dtails du repas ne doivent pas tre traits tous avec le mme soin1 ni atteindre le mme degr de fini1 car ils ne sont pas tous destins faire galement illusion4 ,la fume qui s'chappe de la soupire rpond par la perfection d'imitation au jeu de scne qui ouvre le repas et sur lequel l'attention du spectateur est appele et maintenue pendant un certain temps4 ,mais1 aprs la soupe1 toute la suite du repas est compose d'accessoires de thtre1 qui sont bientt relgus au deuxime et troisime plan d'importance par la marche de l'action thtrale4 ,si nous nous transportons dans un autre thtre1 la ,gat1 par exemple1 nous verrons qu'au premier tableau de la ,charbonnire1 pice dans laquelle la mise en scne occupait le premier rang1 la loi de proportion tait cependant observe et exactement de la mme faon1 dans la disposition du banquet des fianailles4 ,la rgle est gnrale et on en trouvera l'application dans toute mise en scne bien conue4 ,c'est ainsi que sont rgls le repas de don ,csar au quatrime acte de ,ruy ,blas1 celui d',annibal et de ,fabrice dans l',aventurire1 et celui de l'oncle et du neveu dans ,il ne faut jurer de rien4 ,si j'ai choisi comme exemple un repas de thtre1 c'est que la mise en scne en est toujours prilleuse4 ,il ne faut insister que sur les dtails qui ont un lien troit avec l'action2 ds que l'attention du public se dtourne vers quelque autre objet1 il faut que le repas s'efface et prenne fin4 ,d'ailleurs l'observation du temps exact n'est jamais ncessaire au thtre4 ,comme dans la vie relle1 le spectateur perd la notion du temps ds que son attention est dtourne2 il perd alors de vue ce concept abstrait pour lequel il ne possde pas d'unit de mesure absolue4 ,c'est cette loi de proportion qui permet de simplifier le matriel figuratif1 en ne se proccupant que des principaux objets qui le composent et en traitant les autres beaucoup plus sommairement et mme en les relguant parmi la partie dcorative4 ,ainsi1 si quelques livres d'une bibliothque sont destins jouer un rle spcial1 tre dplacs et replacs1 ils devront rellement figurer sur un rayon1 mais il ne sera pas ncessaire que les autres parties de la bibliothque soient composes de livres vritables4 ,des dos de volumes peints sur des rayons galement peints constitueront une imitation suffisante4 ,c'est ce que beaucoup de spectateurs ont pu observer au second acte du ,marquis de ,villemer4 ,dans un trophe d'armes1 toutes n'auront pas besoin d'tre relles1 si toutes ne doivent pas veiller une gale attention dans l'esprit du public4 ,cette loi de proportion est souvent difficile appliquer avec sagacit et montre avec quel soin pralable il faut faire le dpart de tout ce que doit comprendre la partie dcorative et de tous les objets qui doivent composer le matriel figuratif4 ,cette loi empche la mise en scne de dgnrer en une exhibition inutile ou encombrante et maintient les yeux du spectateur sur les objets qui ont une relle importance4 ,un habile directeur de thtre arrive ainsi produire une illusion parfaite en ne cherchant la perfection d'imitation que pour les objets qui doivent fixer l'attention du spectateur4 ,quand1 par exemple1 on examine ce point de vue la dcoration du premier acte des ,rantzau1 on remarque tout d'abord une grande abondance dans l'ensemble dcoratif4 ,l'impression de l'intrieur du vieil instituteur alsacien est trs vive2 rien n'y manque de ce qui peut nous raconter l'histoire de sa vie de famille et de travail1 depuis le berceau jusqu' la bibliothque et aux collections de papillons4 ,mais ce n'est l qu'une impression gnrale due au premier aspect4 ,sitt que l'oeil examine la mise en scne pour en tirer une induction sur le dveloppement de l'action1 tout rentre dans la dcoration peinte2 et le matriel figuratif ne se trouve en ralit compos que d'un trs petit nombre d'objets4 ,l'excution des dcorations est donc prcde d'un travail trs dlicat o le got et la science de composition ont galement leur part4 ,,chapitre ,,xx ,de la loi d'apparence4--,de l'usage des lorgnettes4--,au thtre1 le sens du toucher ne s'exerce jamais4--,seules les sensations optiques sont directes4--,le thtre ne nous doit que des apparences4--,des costumes et des toilettes des actrices4 ,la loi d'apparence est d'un genre diffrent et a une porte tout autre4 ,elle est base sur ce fait important que1 dans les beaux-arts1 sur les cinq sens que nous possdons1 deux ne sont jamais exercs1 ce sont le got et l'odorat1 et qu'au thtre sur les trois sens artistiques1 la vue1 l'oue et le toucher1 deux seulement sont appels jouer un rle4 ,les sensations tactiles ne figurent que comme des sensations ordinairement associes des sensations optiques1 et la sret de nos apprciations est au thtre constamment mise en dfaut par la distance4 ,sans doute la plupart des spectateurs sont arms de lorgnettes qui comblent en partie cette distance1 mais il n'y a pas s'arrter cette objection2 car1 s'il y a un fait certain1 c'est que la lorgnette est destructive du plaisir thtral1 puisqu'elle a pour effet de rompre l'illusion que l'on a eu quelquefois tant de peine produire4 ,la lorgnette est ncessaire pour corriger une infirmit de la vue et mme de l'oue2 pour satisfaire un got plastique1 s'il s'agit de la beaut des actrices1 ou1 un point de vue plus spcial1 pour tudier les jeux de physionomie d'un acteur4 ,en dehors de ces quelques cas1 je considre la lorgnette comme essentiellement contraire au plaisir purement artistique que nous allons chercher au thtre4 ,ce point cart1 je reviens la loi d'apparence4 ,si nous talons devant nos yeux1 une distance assez faible pour que nous puissions saisir les dtails des objets1 un morceau de marbre1 de pierre1 d'ivoire1 de bois1 de carton ou de toile1 de soie1 de velours1 nous remarquerons que la vue de ces diffrents objets veille en nous une foule de sensations tactiles qui1 mme sans que nous les prouvions directement1 nous sont absolument indispensables pour formuler un jugement sur la nature relle des objets4 ,il semble que nous les touchions1 et si nous les touchions rellement les sensations prouves seraient plus fortes1 mais nullement diffrentes de celles que la vue avait suffi dterminer en nous4 ,or1 au thtre1 le tact ne peut pas s'exercer1 et la distance est toujours assez grande pour que les sensations tactiles associes aux sensations optiques soient excessivement faibles1 car ce ne sont que des rminiscences4 ,la distance1 en effet1 ne nous permet pas d'apprcier le poli du marbre1 la transparence de l'ivoire1 la qualit fibreuse du bois1 la trame soyeuse des toffes1 non plus que l'habilet du tissage ou du brochage4 ,nos sensations optiques se rduisent au coloris des objets1 aux relations de tons entre les ombres et les lumires et la nature plus ou moins brillante ou mate des reflets4 ,nous ne jugeons donc1 au thtre1 des objets que par leur aspect extrieur4 ,par consquent1 pour que notre illusion soit suffisante1 le thtre ne nous doit que des apparences4 ,a quoi servirait-il de nous montrer une colonne de marbre1 si une colonne de carton peint nous produit l'effet du marbre8 ,a quoi bon recouvrir des meubles d'une toffe coteuse1 si une toffe plus grossire produit un effet analogue8 ,du bois blanc habilement peint ne suffira-t-il pas reprsenter nos yeux le meuble le plus prcieux8 ,qu'on le remarque1 ce n'est pas l le rsultat d'une convention pralable1 conclue entre le dcorateur et le public4 ,le thtre nous donne absolument tout ce qu'il nous doit1 des sensations optiques exactes2 et comme nous ne pouvons contrler ces sensations par le toucher1 il n'a pas se proccuper d'une ventualit qui ne se produira pas4 ,un directeur inintelligent pourrait seul avoir la fantaisie de satisfaire un sens qui au thtre ne s'exerce jamais4 ,on en a vu des exemples1 et jamais l'effet n'a rpondu l'attente4 ,seule1 la ruine est au bout de ces essais aussi inutiles qu'extravagants4 ,d'ailleurs1 c'est prcisment parce que la mise en scne est une fiction qu'elle est un art4 ,les costumes1 eux aussi1 devraient obir la loi d'apparence4 ,on en tient compte1 sans doute1 dans une certaine mesure1 les hommes surtout1 car les femmes y rsistent ou plutt se rvoltent contre elle4 ,mais est-ce bien aux actrices qu'il faut reprocher leurs excs de toilette8 ,n'y a-t-il pas de la faute du public8 ,voyez dans une salle de spectacle toutes les lorgnettes se diriger sur l'actrice qui entre en scne1 l'environner1 la dvisager1 la passer en revue dans toutes les parties de sa personne1 examiner les mille dtails de sa toilette1 signer sa robe du nom du plus habile faiseur1 faire l'inventaire et l'estimation de ses diamants et de ses dentelles4 ,du moment que le spectateur modifie les conditions de l'optique thtral1 l'actrice est-elle bien coupable de violer la loi d'apparence8 ,notez que ces superbes toilettes1 si vritablement belles et luxueuses quand on les dtaille au grossissement de la lorgnette1 sont trs souvent d'un trs mdiocre effet quand on les regarde l'oeil nu1 c'est--dire quand on les replace dans les conditions optiques qui conviennent au thtre4 ,c'est que l'art de la toilette la ville obit de tout autres lois que l'art de la toilette la scne4 ,la toilette de ville est soumise de trs prs la vue et la possibilit du toucher2 la toilette de thtre n'est faite que pour nous procurer une satisfaction du sens de la vue1 affaibli par la distance4 ,en sculpture et en peinture1 une oeuvre destine tre regarde une distance de trente mtres est d'un travail absolument diffrent de celle qui doit tre vue une distance de trois ou quatre mtres4 ,il en est de mme de la toilette des actrices3 un costume de thtre doit1 pour produire le mme effet qu'un costume de ville1 tre trait diffremment et exige des toffes diffrentes qui fassent des plis plus larges et plus amples1 et qui par consquent soient d'une autre qualit4 ,en outre1 les tons doivent tre plus francs et choisis en vue de l'clairage spcial des thtres2 les ornements doivent tre d'un dessin plus simple et d'une plus grande sobrit de dtails4 ,c'est souvent par des moyens contraires qu'on obtient des effets analogues4 ,la mme toilette ne peut galement plaire le jour dans le monde et le soir au thtre2 elle ne peut non plus satisfaire galement deux spectateurs dont l'un la dtaille l'aide de la lorgnette et l'isole ainsi de l'ensemble de la mise en scne1 et dont l'autre se contente de la regarder dans la perspective thtrale4 ,une actrice intelligente ne saurait hsiter4 ,mais le moyen le plus sr de soumettre les actrices aux conditions esthtiques de l'art de la mise en scne serait de ne pas leur faire supporter les frais de leur toilette4 ,elles y gagneraient assurment1 ainsi que les convenances artistiques4 ,la diffrence que l'on a tablie entre ce qu'on appelle le costume de thtre et la toilette de ville est absurde et contraire la vrit artistique4 ,au thtre1 il n'y a pas de toilettes de ville1 il n'y a que des costumes de thtre4 ,si la direction ne consent pas payer tous les costumes1 au mme titre qu'elle fait les frais des dcors et des accessoires1 c'est elle qui est en partie responsable des fantaisies ruineuses que se permettent les actrices4 ,toutefois1 parmi les causes de ce luxe exagr1 une des plus difficiles dtruire est prcisment le got de la socit actuelle1 je ne dirai pas pour la toilette1 ce qui a exist de tout temps1 mais pour la diversit de la toilette4 ,dans chaque mode gnrale chaque femme se taille une mode particulire2 et les femmes de thtre1 dans la position en vue qu'elles occupent1 sont excusables de chercher faire preuve d'un got personnel dont les spectatrices cherchent dcouvrir la caractristique1 souvent dans un but avou d'imitation4 ,,chapitre ,,xxi ,rapports de la mise en scne avec l'espace et le temps1--,les ,danicheff et l',oncle ,sam4--,du vrai et du vraisemblable4--,de la couleur locale4--,prdominance des traits gnraux4--,les romantiques4--,le ,cid et ,bajazet4--,le thtre de ,victor ,hugo4 ,l'esprit est relativement au temps dans les mmes conditions que la vue relativement la distance4 ,l'espace et le temps sont d'ailleurs deux concepts corrlatifs qui ne peuvent s'expliquer l'un sans l'autre4 ,on peut donc dire qu'une pice dont l'action se droule dans un milieu trs loign de celui o nous vivons1 prsente les mmes difficults de reprsentation qu'une pice dont l'action a t place une poque de beaucoup antrieure la ntre4 ,nanmoins1 il ne serait pas juste de dire simplement que dans ces deux cas la difficult est multiplie par la distance ou par le temps4 ,il est1 en effet1 ncessaire de tenir compte de la connaissance que nous avons de ce milieu ou de cette poque1 et des rapports que les ides1 les moeurs1 les costumes peuvent avoir avec les ntres4 ,les tats-,unis1 par exemple1 quoique plus distants de nous que certains pays des bords du ,danube1 nous offriraient des difficults de mise en scne beaucoup moins grandes4 ,de mme l'histoire1 les ides1 les moeurs de l',athnes de ,pricls nous sont plus familires que celles des premiers sicles de notre re1 et mme que celles de nos anctres directs4 ,il n'y a donc rien d'absolu dans les difficults que le temps ou la distance offre la mise en scne4 ,c'est le plus ou moins d'instruction du spectateur1 l'tendue de son savoir et l'ampleur de ses informations qui indiquent le point de vraisemblance auquel nous devons nous efforcer d'atteindre4 ,depuis un certain nombre d'annes1 les oeuvres traduites des romanciers russes nous ont fait connatre dans leurs dtails les moeurs de la ,russie1 et nous ont initis des ides assez diffrentes des ntres2 aussi a-t-on pu1 dans les ,danicheff1 intresser le public franais un drame dont l'action n'aurait pu se drouler dans le milieu o nous sommes habitus de vivre1 et l'on a pu arriver une reprsentation suffisamment exacte de moeurs1 d'ides et de sentiments dans lesquels nous ne serions pas entrs il y a cinquante ans4 ,dans l',oncle ,sam1 c'est la vie et1 disons le mot1 l'excentricit amricaine qui ont t produites sur le thtre1 et la mise en scne a pu se rapprocher de la vrit relative par la connaissance que possde ou que croit possder le public franais de ce caractre amricain qui est celui d'un type nouveau dans l'humanit moderne4 ,mais qu'il s'agisse de monter un drame dont l'action se droulerait en ,turquie1 on prouvera des difficults presque insurmontables4 ,ce qu'on appelle la couleur locale serait dans ce cas-l beaucoup plus nuisible qu'utile1 car elle serait sans doute en opposition avec l'ide que le public en gnral se forme des moeurs turques et du mystre qui entoure la vie prive des femmes4 ,tout le travail d'approximation que serait tent de faire l'auteur laisserait le public froid et incrdule4 ,ce que nous cherchons dans le thtre1 en dpit de l'cole raliste1 qui a absolument tort sur ce point1 c'est une image des ides acquises et enregistres par notre esprit2 c'est le spectacle de passions analogues celles qui pourraient nous agiter4 ,le thtre est donc en quelque sorte fond sur le transport de nos propres tats de conscience dans les personnages du drame4 ,tout ce qui n'est pas concevable pour nous-mmes n'est ni vrai ni vraisemblable nos yeux4 ,tout le monde sait combien il nous est difficile1 pour ne pas dire impossible1 de concevoir des tres ayant un sixime1 un septime1 un huitime sens1 ou des corps ayant moins ou plus de trois dimensions4 ,il en est de mme des ides3 il nous est impossible de concevoir chez un autre des ides que nous ne concevons pas en nous4 ,on peut en donner un exemple historique frappant4 ,supposons qu'un pote nous reprsente ,pricls pleurant sur le tombeau du dernier de ses fils4 ,certes ce sera un spectacle touchant si nous ne voyons en lui qu'un pre1 en tout semblable nous1 se lamentant sur la perte d'un fils bien-aim4 ,mais si l'auteur s'avise de faire de l'archologie morale et veut nous intresser au chagrin particulier qu'a ressenti ,pricls la pense que son tombeau et ceux de tous les ,alcmonides seraient dsormais privs des honneurs et des rites hrditaires1 il est certain que le chagrin de ce grand homme1 dmesurment grossi d'un trouble superstitieux que nous ne concevons plus1 nous paratra purement oratoire et ne nous inspirera aucune sympathie1 par la raison bien simple que ce sont des sentiments qui se sont teints en se transformant et qui n'ont aujourd'hui aucune prise sur notre coeur4 ,ce que nous venons de dire des sentiments et des ides exprimes par le drame est galement vrai de la mise en scne4 ,oserait-on1 par exemple1 dans la reprsentation d'un drame oriental1 taler nos yeux cet amalgame trange d'objets europens et d'objets asiatiques qui dpare la vie des plus grands seigneurs1 ce mlange bizarre des modes sculaires de ,constantinople et des modes les plus vulgaires de ,paris8 ,de pareilles disparates1 qui sont frquentes dans la vie orientale telle que l'a faite le cosmopolitisme moderne1 nous choqueraient ce point que nous ne pourrions en supporter la vue4 ,elles seraient1 en effet1 en contradiction avec la reprsentation que notre imagination nous fait de la vie orientale1 et c'est cette reprsentation-l que nous doit le metteur en scne4 ,la couleur locale n'a de prix que lorsque c'est celle-l mme que peut imaginer le spectateur4 ,si on s'ingniait monter un drame chinois1 se droulant par exemple ,pkin1 il est clair que ce qu'il y aurait de plus simple serait de nous montrer des kiosques1 des arbres1 des ,chinois et des ,chinoises de paravent1 car ce sont ceux-l seulement que nous connaissons et qui ont nos yeux le plus pur caractre chinois4 ,or1 tout ce qui nous est tranger est1 un degr quelconque1 un peu chinois pour nous4 ,si donc on se demande quelle est la rgle gnrale qui doit prsider la mise en scne d'une pice dont la difficult de reprsentation provient de la distance ou du temps1 nous dirons que cette rgle consiste dans la prdominance des traits gnraux sur les traits particuliers1 aussi bien dans les ides et dans le langage1 ce qui est du domaine du pote1 que dans la dcoration1 dans le matriel figuratif et dans les costumes1 ce qui rentre dans le domaine du metteur en scne4 ,quelle que soit la distance ou quel que soit le temps1 d'ailleurs1 on descend du gnral au particulier en proportion de la connaissance que nous possdons du milieu reprsent4 ,en tout cas1 il faut avoir le courage de rpudier toute manifestation inutile et par consquent inopportune de la couleur locale4 ,le romantisme en a singulirement abus1 et c'est prcisment cet abus qui est cause que les pices d'il y a cinquante ans ont si vite vieilli et sont aujourd'hui singulirement dmodes4 ,c'est que prcisment ce qu'on appelle la couleur locale est plus qu'on ne pense une question de point de vue4 ,nous n'avons jamais qu'une notion imparfaite de ce qui est loign de nous par le temps ou par la distance1 et ce que nous croyons tre une vrit absolue n'est jamais qu'une vrit relative1 fonde prcisment sur nos gots1 sur nos ides1 sur nos vues actuelles4 ,on a abus un certain moment du moyen ge et de la chevalerie2 or1 ce qu'en #ahcj on croyait tre1 soit le langage1 soit l'esprit du moyen ge1 n'est aujourd'hui nos yeux que le langage et l'esprit de #ahcj4 ,nous voyons le pass sous un angle diffrent4 ,si donc1 cette poque1 on s'tait content de marquer le moyen ge de traits gnraux1 ceux-ci auraient conserv le privilge de nous le rendre peu prs tel que nous pouvons encore le concevoir aujourd'hui2 mais ce sont les traits particuliers qui ont gt le portrait et lui donnent maintenant un certain air de caricature4 ,n'est-ce pas1 en effet1 ce dfaut1 joint l'abus du pittoresque et de l'antithse1 qui dj1 du vivant mme de ,victor ,hugo1 nuit l'oeuvre dramatique du pote1 en dpit de l'imagination potique qu'on admire dans ,hernani1 cette oeuvre rayonnante de jeunesse et de passion1 en dpit de la perfection littraire laquelle atteint le style de ,ruy ,blas4 ,au contraire1 le ,cid et ,bajazet ont-ils vieilli8 ,ils n'ont pas aujourd'hui une ride de plus qu'au jour o ils ont paru sur la scne4 ,le ,cid a par lui-mme un effet reprsentatif considrable1 mais ,corneille ne s'est pas abandonn la couleur locale2 ses hros sont marqus de traits humains plus que particulirement espagnols1 sauf en ce qui concerne l'honneur4 ,sans doute l'enflure du style cornlien ne correspond plus notre got actuel1 mais elle est corrige par la franchise de l'accent et par la beaut morale des situations1 sur laquelle la recherche du pittoresque n'empite jamais4 ,quant ,bajazet1 qui ne devrait jamais quitter pour longtemps le rpertoire de la ,comdie-,franaise1 et que je ne puis jamais relire sans une profonde motion esthtique1 il devra son ternelle jeunesse la prdominance des traits gnraux sur les traits particuliers1 ce qui est remarquable dans un sujet qui aurait comport facilement un abus d'effets reprsentatifs1 tirs de la vie orientale et des mystres qui planent sur les drames des harems1 abus dans lequel ne manquerait peut-tre pas de tomber un auteur moderne4 ,quelle que soit la prdilection que j'prouve personnellement pour ,racine1 je ne crois cependant pas que l'on puisse dire que ,corneille et ,racine aient t de plus grands potes que ,victor ,hugo4 ,si donc ce n'est pas dans l'ingalit de leur gnie potique que gt la diffrence de vitalit de leurs oeuvres dramatiques1 il faut en faire remonter la cause un excs de richesse dans l'imagination de ,victor ,hugo1 qui l'a entran un abus perptuel d'effets uniquement reprsentatifs et une recherche purement pique du pittoresque et de la couleur locale4 ,dans les prfaces ou les notes qui accompagnent ses pices imprimes1 ,victor ,hugo se fait un mrite d'avoir puis une foule de traits particuliers1 peu connus1 dans tel ou tel auteur espagnol ou anglais2 ce serait1 en effet1 un mrite pour un historien1 mais ce n'en est pas un pour un pote dramatique4 ,ce que celui-ci doit au public1 ce sont des tres purement humains1 uniquement revtus1 s'ils sont trangers1 de traits gnraux suffisants les faire reconnatre pour tels4 ,ajoutons d'ailleurs1 pour tre juste1 qu'une aussi vaste imagination1 nuisible au pote dramatique1 est l'essence mme du gnie du pote pique2 et ,victor ,hugo en est encore ici un illustre exemple1 car le livre de la ,lgende des sicles est un chef-d'oeuvre1 auquel rien ne peut tre compar dans la littrature franaise non plus que dans les littratures trangres4 ,si donc1 pour en revenir l'objet de ce chapitre1 il s'agit de reprsenter un milieu loign du ntre par la distance ou le temps1 il sera toujours sage de se renfermer dans une mise en scne sobre et trs simple1 de se contenter d'une couleur locale discrte et modre1 d'viter la recherche des effets trop spciaux au milieu reprsent1 enfin de ne marquer l'oeuvre que des traits particuliers ncessits formellement par le texte lui-mme4 ,les costumes doivent produire un effet d'ensemble1 avoir ce caractre commun que nous attribuons soit un pays1 soit une poque1 ne pas prsenter de recherches inutiles d'originalit2 car le public n'entre que trs difficilement dans les raisons des modes des anciens ou des trangers1 puisque ses gots sont aujourd'hui totalement diffrents4 ,mais nous touchons l un autre ordre d'ides qui a besoin de quelques dveloppements4 ,,chapitre ,,xxii ,vanit de toute recherche archologique4--,des diffrents styles4--,les costumes du ,misanthrope4--,le temps efface les traits particuliers4--,formation des types artistiques4--,destructibilit de la mise en scne4--,ncessit de dmonter les oeuvres classiques4--,des reprises4--,antony4--,la mise en scne est une cration artistique4--,erreur de l'cole raliste4 ,tout ce qu'il y a de spcial et de circonstanciel dans les milieux diffrents de celui o nous vivons nous chappe peu prs compltement4 ,si1 pour prendre un exemple frappant1 nous revenons un instant la ,chine1 qui est par excellence un pays excentrique par rapport l',europe1 on peut affirmer que nos yeux ne sont pas forms remarquer les diffrences d'usages1 de moeurs et de costumes qui caractrisent les diverses poques de son histoire4 ,de telle sorte que1 sur un million de spectateurs1 il n'y en aurait probablement pas un qui ft susceptible de saisir1 mille ans prs1 des diffrences dans les modes chinoises4 ,un tel exemple est de nature1 il semble1 nous rendre lgrement sceptiques relativement la valeur de la couleur locale4 ,et1 en y rflchissant1 on peut se demander si nos connaissances sont beaucoup plus tendues en ce qui concerne toute l',asie1 l',afrique1 l'gypte1 la ,grce elle-mme1 ainsi que ,rome et surtout les premiers sicles de notre propre histoire4 ,tout ce qui s'loigne de notre exprience actuelle perd peu peu toute prcision1 et mme de sa vraisemblance1 tellement que si on faisait passer devant les yeux d'un homme de soixante ans une suite chronologique de gravures reprsentant les modes qu'ont depuis sa naissance successivement adoptes ses contemporains1 il ne les reconnatrait pas pour la plupart et en regarderait quelques-unes comme imagines aprs coup et tout fait invraisemblables4 ,c'est pourquoi1 dans la mise en scne d'une pice dont l'action se droule dans un autre temps1 toute recherche trop prcise d'archologie1 c'est--dire portant sur un trop grand nombre de dtails1 est non seulement inutile1 mais contraire la vraisemblance1 et n'a pas par consquent un caractre incontestable de vrit4 ,sans doute1 s'il s'agit du pass de notre propre race1 nous possderons un ensemble de connaissances plus certaines que s'il s'agissait d'un peuple tranger1 mme contemporain4 ,un grand nombre de spectateurs sont aptes distinguer entre eux1 tant sous le rapport de la dcoration et de l'ameublement que sous celui des costumes1 les styles ,louis ,,xiii1 ,louis ,,xiv1 ,louis ,,xv et ,louis ,,xvi2 mais combien peu sauraient tablir des diffrences dans les modes diverses qui ont pu rgner pendant le cours de ces grandes poques4 ,le public ne se choque pas de diffrences qui1 pour des contemporains1 eussent t monstrueuses4 ,c'est ainsi qu'en #ahgh1 la ,comdie-,franaise1 on a repris le ,misanthrope avec les costumes faits en #ahcg pour une reprsentation de gala ,versailles et qui sont la mode de la minorit de ,louis ,,xiv1 bien que le ,misanthrope1 qui date de #afff1 et toujours t jou jusqu'alors en habits carrs de la seconde moiti du sicle4 ,nous1 hommes du ,x,i,xe sicle1 qui nous piquons d'exactitude1 souvent plus que de raison1 en sommes-nous choqus8 ,et d'ailleurs1 combien de spectateurs songent comparer la date des costumes avec celle de la pice8 ,la plupart ignorent sans doute que les costumes du ,misanthrope peuvent faire question4 ,mais bien mieux1 pendant qu' la ,comdie-,franaise1 on joue le ,misanthrope en manteaux courts1 on continue le jouer l',odon en habits carrs4 ,toutefois1 comme l'exemple est contagieux1 un des acteurs a eu l'ide de jouer le rle d',acaste en manteau1 comme rue de ,richelieu1 tandis que tous les autres personnages conservent l'habit carr4 ,or1 bien peu de spectateurs s'aperoivent de ce qu'il y a de disparate dans ce mlange de modes qui ne sont point de la mme poque4 ,cependant1 nous serions choqus si on introduisait dans une comdie contemporaine en habits noirs un personnage habill la mode de #ahcj4 ,c'est qu'avec le temps1 on ne s'attache qu'aux caractres gnraux et qu'on nglige les diffrences1 pourtant considrables1 qui naissent de la comparaison des traits particuliers4 ,il va de soi que l'ide qui se forme en nous des costumes d'une poque est d'autant plus gnrale qu'elle repose sur un plus grand nombre d'exemplaires pris1 soit dans un mme temps1 soit dans des temps successifs4 ,cette ide1 d'ailleurs1 nat en nous1 comme toute ide1 par la runion des caractres communs qui nous frappent dans ce grand nombre d'exemplaires4 ,il suit de l que l'ide que nous avons du style d'une poque1 que nous avons traverse1 est gnrale et non particulire1 et que1 lorsqu'il s'agit de mise en scne1 nous devons raliser dans la dcoration1 dans l'ameublement et dans les costumes cette ide gnrale qui est seule intelligible pour notre esprit et qui1 seule1 est pour nous la vrit4 ,en outre1 on peut remarquer que les ides particulires des contemporains1 se changeant peu peu en ides de plus en plus gnrales mesure que leur point de dpart s'enfonce dans les brumes du pass1 il arrive un moment o elles se fixent dans des types gnraux dsormais invariables1 au moins dans les prvisions actuelles1 et auxquels nous devons rapporter tout ce que nous crons aujourd'hui dans le but de reprsenter telle ou telle poque passe4 ,ce sont donc1 dans ce cas1 ces types gnraux et invariablement fixs dont le thtre nous doit la reprsentation fidle1 puisque eux seuls rpondent aux formes que le temps a imposes nos ides4 ,il y a donc un degr d'exactitude au del duquel la mise en scne deviendrait non seulement antithtrale1 mais mme antiartistique4 ,une pice qu'on exhumerait au bout de cinquante ans1 dans les mmes dcorations et avec les mmes costumes qu' sa premire reprsentation1 nous ferait l'effet d'une vritable caricature2 car1 en bien des points1 elle pourrait se trouver en contradiction avec les types que le temps aurait forms dans notre esprit4 ,ce qui prcde nous amne donc deux consquences importantes4 ,la premire est que1 lorsqu'une pice a fourni sa carrire et qu'on n'en peut prvoir une reprise prochaine1 il est dsirable de dtruire la mise en scne4 ,c'est d'ailleurs1 lorsqu'une pice quitte l'affiche aprs avoir puis son succs1 l'effet de l'usure naturelle des choses4 ,on ne peut emmagasiner l'infini des dcors dont on ne prvoit pas l'utilit prochaine1 et dont quelques-uns peuvent tre fatigus et dtriors par l'usage4 ,il en est de mme des costumes4 ,la mise en scne se trouve donc dtruite ipso facto4 ,la seconde consquence est que1 lorsqu'on reprend une pice depuis longtemps disparue de l'affiche1 il n'y a pas lieu de reproduire identiquement la mise en scne primitive4 ,sur le premier point1 on pourrait s'imaginer que la rgle ne s'impose point au rpertoire classique1 tragdies et comdies1 que la mise en scne en est immuable et si bien tablie qu'on n'y puisse esprer faire aucun changement4 ,ce serait une erreur de penser ainsi d'autant que1 par suite de la rvolution qui1 vers la fin du sicle dernier1 a modifi l'art des dcorations et des costumes1 la mise en scne de nos chefs-d'oeuvre classiques est toute moderne4 ,elle a pu varier et1 en effet1 elle a souvent vari et variera encore4 ,s'il s'agit de pices grecques ou romaines1 il est d'ailleurs vident que le point de vue d'o on a successivement jug l'antiquit s'est frquemment dplac1 et que la mme reprsentation ne pourrait satisfaire les spectateurs actuels1 aprs avoir satisfait ceux des deux derniers sicles4 ,si donc il y a des traditions en ce qui concerne le jeu et la diction des acteurs1 il n'en saurait tre de mme des dcorations et des costumes4 ,en outre1 les changements d'acteurs finissent par ncessiter une nouvelle mise au point4 ,le got du public1 variable d'une gnration l'autre1 se lasse peu peu du mme spectacle1 et il lui semble1 tort ou raison1 qu'en introduisant quelque varit dans l'appareil thtral1 on pourra se rapprocher d'un idal qu'en fait on n'atteint jamais4 ,ces diverses raisons font donc une loi de ne pas laisser les oeuvres classiques s'terniser dans le mme tat reprsentatif4 ,aprs les avoir fait figurer un an ou deux au rpertoire courant1 il est bon de les dmonter compltement pour la plupart1 et d'attendre quelque temps avant d'en faire une reprise4 ,d'ailleurs le procd qui consiste renouveler1 les rles un un1 soit par le moyen de doublures1 soit en utilisant les nouvelles acquisitions du thtre1 est utile s'il ne s'agit que de remdier un accident imprvu ou de favoriser les dbuts d'un acteur2 mais en soi il est mauvais1 parce qu'il porte le trouble dans un ensemble habilement combin1 et parce qu'il ne permet pas de plus larges corrections qu'autorise seule une nouvelle mise en scne4 ,c'est ainsi qu' l'heure actuelle il me parat ncessaire de retirer ,phdre du rpertoire de la ,comdie-,franaise 7nous en verrons plus loin les raisons71 et d'attendre un certain temps avant d'en faire une reprise tudie4 ,s'il s'agit1 non plus de pices grecques ou romaines1 mais d'une oeuvre dramatique dont le sujet a t pris dans le monde contemporain de l'poque o elle a paru pour la premire fois la scne1 il faut distinguer si l'oeuvre est ancienne ou moderne4 ,les pices qui datent d'une poque de l'histoire pour laquelle le temps a fait son office1 en crant des types gnraux qui sont aujourd'hui peu prs fixes1 sont plus faciles monter parce que dj ces types ont t raliss sur la scne et que d'autres arts1 la peinture1 la gravure et la sculpture1 en ont en quelque sorte vulgaris la connaissance4 ,on a vu cependant1 par l'exemple que nous avons cit du ,misanthrope1 qu'il y a place1 mme dans ces cas-l1 pour des carts considrables4 ,la difficult est quelquefois plus grande pour des oeuvres modernes1 dans lesquelles il faut prcisment raliser pour la premire fois des types qui commencent se former dans notre esprit1 et dans lesquels il y a encore prdominance de traits particuliers1 variables dans la mmoire de chacun de nous4 ,cette question a t justement agite1 rcemment propos de la reprise d',antony4 ,c'est le cas de remarquer combien il est heureux que toute mise en scne soit de sa nature destructible2 car si par impossible on avait conserv celle d',antony et qu'on nous l'et remise aujourd'hui sous les yeux1 on aurait pu sans doute esprer piquer jusqu' un certain point la curiosit d'une partie du public1 mais trs certainement elle aurait produit un effet dfinitif dsastreux et aurait t contre le but qu'on s'tait propos et qui ne pouvait tre que celui de nous toucher et de nous mouvoir4 ,il nous aurait t impossible de prendre au srieux une gravure de mode suranne2 et le ridicule du spectacle aurait t en nous un obstacle insurmontable l'panouissement de la sympathie4 ,mais en fait la mise en scne d',antony n'existait plus et il a fallu la recrer de toutes pices4 ,la difficult tait prcisment dans le grand nombre de traits prcis et particuliers dont1 relativement cette poque peu loigne de nous1 notre imagination est encore encombre4 ,il fallait1 pour le costume d',antony1 viter le ridicule auquel il ne prtait pas jadis et auquel il ne devait pas non plus prter aujourd'hui4 ,il fallait crer1 comme cela s'est fait1 de soi-mme et insensiblement1 pour des poques plus anciennes1 un type gnral qui et le caractre du temps sans tre le personnage la mode de telle ou telle anne4 ,on devait donc avoir grand soin de ne pas feuilleter les gravures de modes1 les journaux illustrs1 mais de s'inspirer de portraits1 de bustes1 de gravures1 c'est--dire1 en un mot1 d'oeuvres d'art4 ,leur examen collectif devait offrir un certain nombre de caractres communs et fournir les traits gnraux du type raliser4 ,en tout cas1 ce dont il fallait bien se pntrer1 c'est que le costume d',antony ne devait tre ni une copie ni une rminiscence1 mais une cration au sens artistique du mot4 ,a l',odon1 on n'a pas fait une tude suffisamment artistique de la mise en scne4 ,on a tout simplement modernis le costume d',antony en modifiant la forme de ses collets1 de ses cols et de sa cravate2 on a t jusqu' lui permettre le gant ,derby2 on a de mme modernis la coiffure des femmes et trop allong leurs robes4 ,toutefois1 je reconnais qu'on a russi viter le ridicule que n'et pas manqu d'exciter une rsurrection exacte des costumes de #ahcj4 ,seulement on n'a pas russi1 ce qui demandait un effort artistique1 constituer le type thtral d',antony4 ,ajoutons d'ailleurs que pour cette pice tous les dtails de mise en scne n'ont qu'une importance trs secondaire1 par la raison qu',antony est un chef-d'oeuvre1 qui restera tel au milieu des transformations scniques que lui imposera le got des gnrations successives4 ,la postrit commence seulement pour cette oeuvre extraordinaire1 qui est destine tt ou tard faire partie du rpertoire courant de la ,comdie-,franaise4 ,les types et les costumes se fixeront d'eux-mmes1 sans qu'il soit besoin d'un travail critique rflchi4 ,ce drame1 pathtique et humain1 rajeunira de lui-mme mesure que la socit franaise vieillira4 ,en rsum1 la mise en scne est un art qui n'chappe pas aux conditions auxquelles sont soumis les autres arts4 ,c'est une imitation visible et non dguise de la nature1 mais libre et synthtique1 et partant cratrice1 et qui est1 par rapport aux choses et aux tres pris comme modles1 ce que sont toutes nos ides par rapport aux objets ou aux phnomnes souvent innombrables qui ont contribu les former en nous4 ,faire de la mise en scne une copie servile de la ralit serait d'abord une impossibilit matrielle1 et ensuite1 quand le temps est un des facteurs de la question1 un non-sens artistique1 puisqu'elle serait en perptuelle contradiction avec les lentes1 mais inluctables transformations que les lois de l'esprit imposent toutes nos ides4 ,enfin il faudrait que chaque objet du monde extrieur et une reprsentation identique dans chaque cerveau humain4 ,quelques auteurs modernes qui se piquent d'une exactitude scrupuleuse se leurrent eux-mmes1 parce qu'ils ne se rendent pas compte que ce qu'ils prennent pour la ralit n'est qu'une image et qu'une interprtation de la nature1 modifiable suivant le temprament1 la constitution physique et l'adaptation physiologique de chacun de nous4 ,il faut reconnatre que la ralit est en soi quelque chose qui chappe la certitude humaine1 et que pour un mme objet il y a autant d'images diffrentes de cet objet que d'observateurs4 ,et1 en effet1 ce que nous appelons ralit n'est en fait qu'une oeuvre d'art qui a pour auteur l'artiste que la nature a cach au fond de chacun de nous4 ,la prtention qu'a l'cole raliste d'tre plus vraie que l'cole idaliste n'est1 chez beaucoup de ses adeptes1 qu'une infirmit intellectuelle qui consiste croire les images qui se forment dans notre oeil plus ressemblantes que celles qui se forment dans l'oeil de nos semblables4 ,o la thorie raliste ou naturaliste reprend de sa valeur et de son importance1 c'est lorsqu'elle nous fait une loi de substituer la vue directe et immdiate des objets leur vue indirecte et mdiate1 c'est--dire de repousser l'interposition1 entre la nature et nous1 de tempraments artistiques diffrents de notre propre temprament4 ,ajoutons que beaucoup de personnes restreignent la vrit la particularit4 ,or une ide gnrale n'est pas moins vraie qu'une ide particulire2 l'une s'applique un plus grand nombre d'objets1 l'autre un plus petit nombre1 voil tout4 ,un dcor reprsentant un paysage ne sera pas en contradiction avec la vrit parce qu'il laissera de ct un nombre plus ou moins grand de dtails particuliers faciles constater dans tel ou tel paysage rel4 ,seulement1 il est une oeuvre artistique et correspond exactement1 par son degr de gnralit1 ce qu'est une ide dans l'ordre intellectuel4 ,de mme un costume de thtre doit tre une oeuvre d'art et nous donner l'ide du costume d'une poque1 ce quoi il parviendra sans tre tel ou tel costume particulier de cette poque4 ,c'est d'ailleurs l un sujet que des pages ajoutes des pages n'puiseraient pas4 ,en ces matires1 il est inutile de chercher convaincre ceux qui ne se sont pas rendu compte de la manire synthtique dont se forment les ides dans leur esprit4 ,nous y reviendrons au surplus dans la suite1 quand nous nous occuperons plus particulirement de la mise en scne des personnages de thtre4 ,,chapitre ,,xxiii ,de la reprsentation des oeuvres classiques4--,du plaisir thtral4--,de la sensation du beau4--,analyse de cette sensation4 ,j'aborde un sujet dont l'intrt ne le cde pas l'importance3 la mise en scne des chefs-d'oeuvre classiques de la littrature franaise4 ,sujet vaste1 qu'il faut s'empresser de limiter1 en cartant autant que possible tout ce qui dans l'tude esthtique de ces oeuvres dramatiques ne se rapporte pas la mise en scne4 ,ds les premires pages de ce volume1 nous avons dit l'intrt suprieur qui s'attache la reprsentation des oeuvres classiques4 ,elles marquent le niveau suprieur o s'est lev le gnie franais1 ou mieux le point culminant qu'a pu atteindre en ,france l'art dramatique1 sous sa forme la plus simple et la plus svre4 ,pour les potes1 c'est un exemple toujours prsent1 qui domine leurs efforts1 ne les laisse jamais satisfaits de leurs propres ouvrages et les pousse dans la voie indfinie du progrs4 ,corneille1 ,racine et ,molire servent de conscience1 soyons-en srs1 ceux-l mmes qu'enivre la popularit1 et que semble aveugler le contentement de soi-mme4 ,ces reprsentations ne sont pas moins salutaires au public2 et n'auraient-elles que le mrite de former et de purifier son got1 d'lever et d'agrandir son esprit1 qu'elles contribueraient ainsi la culture gnrale des lettres1 au maintien des bonnes moeurs et aux insensibles progrs de la civilisation4 ,c'est surtout en se demandant comment les reprsentations classiques forment et purent le got qu'on met en vidence l'attrait qu'elles ont seules le privilge d'exercer et la raison secrte de l'empire qu'elles prennent sur ceux qui ont une fois senti le plaisir particulier qu'elles procurent4 ,depuis plusieurs annes j'ai assist un trs grand nombre de ces reprsentations1 et c'est un point que je me suis efforc d'claircir1 en analysant mes propres impressions et en les comparant avec celles que me semblait prouver la salle tout entire4 ,il est certain que les hommes ne vont chercher au thtre que des sensations1 ce qu'en un mot nous appelons du plaisir4 ,personne n'entre la ,comdie-,franaise avec la prtention de se rendre meilleur1 de former son got1 d'lever son esprit4 ,a cet gard notre amour-propre1 qui souvent se contente de peu1 nous fait juger notre esprit assez lev1 notre got suffisamment dlicat et nous entretient dans l'estime de nous-mmes4 ,les salles de thtre seraient vides si elles ne devaient se remplir que de personnes qu'y amneraient des motifs aussi louables4 ,non1 le mobile qui nous pousse au thtre n'est pas aussi dsintress qu'on le pense2 nous voulons y goter du plaisir dans toute la force du terme et y prouver des sensations relles1 qui mettent en moi notre organisme tout entier4 ,on se tromperait d'ailleurs si on croyait que nous sommes ici en contradiction avec ce que nous avons dit dans le commencement de cet ouvrage1 car il y a un ordre de sensations auxquelles on ne parvient que par un effort constant et une puissante application de l'esprit1 et que par consquent la moindre distraction empcherait de natre en nous4 ,tous les jours il peut nous arriver d'assister des comdies plus spirituelles ou plus amusantes que les comdies de ,molire1 des drames plus intressants ou plus poignants que les tragdies de ,corneille et de ,racine4 ,on outrepasserait la vrit en voulant prouver que toutes les pices le cdent en gaiet ou en force dramatique aux oeuvres classiques3 ce n'est pas vrai4 ,pour moi1 j'avoue trs humblement1 m'tre souvent beaucoup plus amus certaines pices du ,palais-,royal1 du ,vaudeville ou des ,varits qu' la reprsentation des ,femmes savantes ou du ,misanthrope2 et en dpit d'une rhtorique froide et gourme il faut reconnatre que le rire1 le fou rire mme1 est un plaisir que nous recherchons et dont il ne faut pas rabaisser la valeur4 ,de mme1 des drames de l',ambigu ou de la ,porte-,saint-,martin1 j'ai prouv des sensations de piti1 de terreur ou d'anxit beaucoup plus fortes que celles que m'ont jamais causes les hros ou les hrones des plus belles tragdies2 et ces impressions ont pour nous des volupts auxquelles nous gotons avidement et qui nous arrachent des applaudissements et des cris4 ,or ce qu'il faut bien comprendre1 c'est que les sensations que nous font prouver les oeuvres classiques sont tout aussi relles1 mais qu'elles sont d'un autre ordre1 et d'un ordre suprieur4 ,c'est donc prcisment leur ralit qu'il faut mettre en vidence1 car c'est par leur ralit que ces jouissances artistiques ont du prix pour les hommes1 les attirent et les sollicitent avec une force qu'elles n'auraient pas si elles n'avaient leur offrir qu'un semblant de plaisir idal et platonique4 ,or1 l'gard de cette ralit1 il n'y a pas de doute avoir4 ,quand commence une reprsentation tragique les spectateurs sont d'abord simplement attentifs1 les uns parce qu'ils se disposent un plaisir ineffable qu'ils connaissent1 les autres par l'intuition qu'ils ont de ce plaisir1 un certain nombre enfin par respect1 par convenance ou mme seulement par imitation4 ,la plupart n'entrent que trs peu dans les raisons longuement dduites de l'exposition et ne s'attachent que mdiocrement aux prliminaires de l'action4 ,mais peu peu l'intrt s'accrot1 mesure que la passion se dgage et que sous le personnage historique ou lgendaire apparat le type humain cr et mis en scne par le pote1 c'est--dire mesure que l'art se manifeste et que le gnie du pote1 s'essayant un jeu divin1 infuse dans les fantmes qu'il voque nos yeux la vie et toutes les passions qui en font le charme ou l'horreur4 ,alors1 pour peu que la dcoration soit dcente1 que le jeu et la dclamation des acteurs s'accordent avec le texte potique1 il arrive un moment1 une scne1 une situation o l'art se manifeste sous sa plus parfaite expression1 o tous les moyens si patiemment combins1 o tous les efforts si longuement accumuls aboutissent enfin1 et o l'ide1 arrache de l'esprit1 de l'me et des entrailles du pote1 se dgage de ses langes et se dresse nos yeux1 clatante de vrit et toute palpitante de vie1 belle dans sa nudit sans dfauts comme l',anadyomne antique4 ,a ce moment un trouble profond et dlicieux envahit notre tre tout entier1 une angoisse inquite1 haletante nous treint1 pareille l'motion de l'amant qui surprend un signe ador2 un besoin d'air et d'espace infini semble nous soulever1 comme ces rves qui nous donnent des ailes2 puis cette volupt trange et rapide succde un attendrissement qui se rsout en larmes1 et bientt la lassitude qui suit ce moment de plaisir suprme nous permet de mesurer la puissance de la commotion dont tout notre tre a t branl4 ,or cette sensation1 ce n'est pas la piti que nous inspire ,iphignie qui nous la donne1 ni la double anxit de ,chimne1 ni l'enthousiasme contagieux de ,pauline1 ni la rage d',hermione2 non1 cette sensation1 dont le dieu nous secoue aprs avoir secou le pote1 n'est autre chose que la sensation du beau1 c'est--dire ce trouble presque superstitieux de stupfaction et d'admiration qui s'empare de nous1 lorsque nous voyons une bauche faite de main d'homme se revtir soudain des signes suprieurs de la vie dont la volont divine a marqu le front de ses cratures4 ,cela est si vrai que cette sensation pourtant si forte peut tre prouve1 identique dans tous ses effets1 aussi bien la reprsentation d'une comdie de ,molire qu' la reprsentation d'une tragdie de ,corneille ou de ,racine1 ce qui ne se concevrait pas si on devait en chercher la source dans le pathtique des situations1 au lieu d'y voir un effet de la puissance de la posie et du jaillissement de la vie1 en un mot une manifestation du beau idal1 c'est--dire du beau conu par l'esprit et enferm par l'artiste dans un simulacre humain4 ,c'est donc en rsum cette sensation relle et tout organique qui constitue le plaisir particulier que nous allons demander aux oeuvres classiques4 ,si elle parat plus intense la reprsentation des oeuvres tragiques1 c'est que celles-ci exaltent notre sensibilit1 et1 comme d'une corde plus tendue1 nous arrachent des tressaillements plus aigus4 ,cette sensation ne se produit pas toujours1 soit par suite de nos dispositions personnelles1 soit par suite de celles des comdiens4 ,mais quand une fois on l'a ressentie1 on en conserve un souvenir imprissable2 on constate en soi ce got des grandes oeuvres dont nombre de personnes parlent sans le connatre1 et on se sent en possession d'un plaisir ineffable qui surpasse de beaucoup celui que pourraient nous procurer les situations dramatiques les plus mouvantes4 ,quand on s'efforce d'lever et de purifier le got des jeunes gens1 de leur ouvrir l'esprit1 de leur faciliter l'accs des oeuvres immortelles qui sont la gloire de l'esprit humain1 on travaille en dfinitive 7que n'en sont-ils persuads67 leur procurer des plaisirs rels1 des motions aussi vraies1 moralement et physiquement1 que toutes celles auxquelles ils aspirent et enfin cette sensation du beau1 qui est la jouissance suprme de l'tre humain et la raison dernire de l'art4 ,mais les hommes1 ai-je besoin de l'ajouter1 sont de complexion diffrente4 ,aux uns1 c'est la posie qui procure seule cette sensation du beau2 aux autres1 c'est la peinture1 ceux-ci c'est la musique1 ceux-l c'est la nature4 ,dans le domaine littraire1 on peut la ressentir l'audition ou la lecture des oeuvres les plus diverses1 et elle est d'ailleurs variable d'intensit4 ,si je n'ai parl que des chefs-d'oeuvre classiques1 c'est d'abord qu'eux seuls nous font prouver cette sensation dans toute son intgrit et qu'ensuite je n'ai pas la prtention de juger sommairement les crivains et les potes de mon poque4 ,il me sera permis toutefois d'ajouter que j'ai prouv cette sensation du beau la reprsentation 7pour m'en tenir au thtre7 de la plupart des oeuvres d',alfred de ,musset1 dont le gnie sait dcouvrir et ouvrir cette source de vie dont le jaillissement inonde notre me4 ,pour conclure1 je dirai que c'est cette sensation du beau qui est la raison des reprsentations classiques1 et la justification des subventions que l'tat accorde l',odon et la ,comdie-,franaise4 ,est-il un but plus noble que celui de convier un plaisir aussi parfait et aussi pur un peuple rcemment affranchi1 mais libre1 hlas6 pour le mal comme pour le bien1 chapp la discipline avant la fin de son ducation intellectuelle et morale1 et port naturellement toutes les satisfactions des sens8 ,n'est-il pas esprer que parmi ce peuple1 ceux qui auront une fois got et apprci un plaisir si dlicat se sentiront moins entrans vers des plaisirs grossiers8 ,c'est l qu'est la moralit de l'art et la raison de son influence sur la destine humaine et sur la marche de la civilisation4 ,,chapitre ,,xxiv ,de la mise en scne tragique4--,ce qu'elle tait jadis en ,france4--,ce qu'elle tait chez les ,grecs4--,notre imagination seule cre la mise en scne tragique4--,du caractre gnral de la dcoration et des costumes4--,la mise en scne n'est pas immuable4 ,nous savons maintenant quoi tendent les reprsentations classiques1 le but qu'elles poursuivent et la sensation suprme qu'elles s'efforcent de faire prouver tous les spectateurs4 ,sans doute1 tous ne sentent pas le beau avec une force gale1 et ne sont pas d'ailleurs disposs ou prpars subir le joug du pote2 mais par l'effet physiologique de la contagion1 qui se produit dans toute foule humaine1 les plus indcis et les plus tides sont branls par le spectacle de l'motion que leur donnent les plus ardents1 et bientt il s'tablit1 entre ces spectateurs de tout ge et de toute condition1 une sorte de communion motionnelle1 qui fait qu'une salle tout entire fond en larmes au mme instant ou clate en applaudissements4 ,il y a dans toute oeuvre dramatique un ou plusieurs moments psychologiques o doit se produire cette commotion1 qu'il ne faut pas confondre avec celle qui est due au pathtique des situations4 ,elle se fait souvent sentir ds le second acte1 et il suffit d'une ide1 d'un vers1 d'un mot1 d'un geste1 d'un regard1 pour dterminer ce jaillissement de vrit et de vie qui nous atteint en pleine me4 ,mais1 dans les belles oeuvres1 ces deux commotions du pathtique et du beau se rsolvent enfin en une seule1 qui se fait sentir1 en gnral1 au quatrime acte1 aprs lequel il ne reste plus au pote qu' apaiser l'motion souleve dans l'me du spectateur1 ramener l'quilibre dans son esprit1 et lui laisser du spectacle tragique une impression complte en soi1 dont le souvenir est destin s'associer avec une ide de plaisir organique et de joie morale4 ,ce double souvenir1 qui retentit longtemps au fond de nous-mmes1 nous dispose venir de nouveau savourer cette sensation exquise2 et cette disposition est prcisment la marque d'un got qui s'aiguise au souvenir et l'espoir d'un plaisir1 dans lequel se combinent galement l'intelligence et la sensibilit4 ,les moments psychologiques dtermins1 et ils ne le sont gure d'une faon certaine qu'aprs une suite de reprsentations1 moins que des reprises antrieures ne les aient traditionnellement fixs1 tout doit concourir faire produire au drame son plein et entier effet4 ,il arrive assez souvent que les effets attendus et prvus ne se manifestent pas1 soit par suite de la dfaillance d'un ou de plusieurs acteurs1 soit par suite des dispositions du public ou de la composition de la salle4 ,d'autres fois1 il y a dplacement dans les points de plus grande intensit1 par suite de la prpondrance inattendue que le jeu d'un acteur donne l'un des personnages4 ,en dehors du succs personnel que recueille cet acteur1 il n'y a pas gnralement lieu de s'en fliciter2 car1 si on admettait de pareilles transpositions1 le succs des reprsentations serait abandonn au hasard4 ,le thtre ne peut vritablement s'applaudir que lorsqu'aux moments prcis les effets attendus se manifestent dans toute leur intgrit4 ,dans ce cas1 assez frquent d'ailleurs dans une troupe d'lite comme celle de la ,comdie-,franaise1 on sent longtemps d'avance se dessiner le succs2 il suffit au commencement de la reprsentation d'une intonation particulirement juste1 d'un geste d'une saisissante prcision1 pour tablir entre la scne et la salle ce courant sympathique qui lectrise en mme temps les acteurs et les spectateurs4 ,le jeu des acteurs s'assure et s'harmonise1 leur voix prend des intonations chaudes et puissantes2 ils semblent possds du gnie du pote dont les penses et les vers franchissent incessamment la rampe2 les spectateurs1 de leur ct1 sentent leur esprit se tendre sans fatigue1 leurs sens devenir plus subtils1 et leur coeur prt battre plus rapidement sous l'treinte du pote4 ,a mesure que la sensibilit des spectateurs s'accentue1 les acteurs1 tout en sentant leur tre vibrer avec plus d'intensit1 deviennent plus srs et plus matres d'eux-mmes2 ils se possdent d'autant mieux que le public se possde moins2 et1 dans ces moments dcisifs1 quand les spectateurs sont en quelque sorte emports hors d'eux-mmes1 c'est la puissance sur soi-mme que se reconnaissent prcisment les grands acteurs4 ,mais on conoit que pour faire produire la reprsentation d'une oeuvre classique tout ce qu'elle doit donner1 il faut une savante et minutieuse prparation4 ,or existe-t-il ou a-t-il exist quelque part un modle que nous devions nous efforcer de reproduire dans la mise en scne tragique8 ,voil1 il semble1 la question dont la rponse dterminera la direction de nos efforts dans la prparation d'une reprsentation thtrale4 ,eh bien1 on peut affirmer que ce modle n'existe et n'a jamais exist que dans notre imagination4 ,tout d'abord1 si nous remontons le cours de notre propre histoire littraire1 nous verrons comment ce modle imagin a t long se former en nous4 ,la mise en scne s'est bien lentement perfectionne et nos ides sur le costume datent peu prs de la fin du sicle dernier4 ,le costume tragique tait jadis de pure fantaisie1 un mlange d'lments modernes et anciens1 un compos de plumes1 de velours1 de soie1 le tout s'agenant en forme de tunique l'antique1 retombant sur des cnmides resplendissantes4 ,quant la dcoration et la mise en scne1 elles taient ce qu'elles pouvaient au milieu des spectateurs privilgis qui encombraient la scne4 ,ce n'est donc pas sur notre propre thtre que nous pourrions trouver le modle que nous cherchons4 ,pouvons-nous esprer1 en remontant le cours du temps1 le rencontrer sur la scne tragique elle-mme o furent reprsents les drames de ,sophocle et d',euripide8 ,nos recherches ne seraient pas couronnes de ce ct de plus de succs4 ,nous n'avons que des ides assez confuses sur l'organisation des thtres antiques2 et le peu que nous en savons suffit pour nous dmontrer que dans l'antiquit la dcoration et le costume des acteurs taient en partie fantaisistes et en partie hiratiques4 ,quant ce que nous appelons la couleur locale et la vrit historique1 les anciens ne s'en proccupaient nullement4 ,d'ailleurs leurs personnages tragiques appartenaient un pass purement lgendaire et pique1 et taient en ralit des crations de leur imagination4 ,en pouvait-il tre autrement8 ,c'est prcisment le caractre de l'art d'tre un jeu1 et c'est par l qu'il mrite de charmer et d'embellir la vie4 ,comment donc ces mmes personnages1 qui composent encore aujourd'hui notre personnel tragique1 prendraient-ils nos yeux une consistance historique qu'ils n'ont jamais eue8 ,ce qui nous trompe1 et ce qui en cela fait le plus grand honneur l'art1 c'est la vrit et la puissance des passions auxquelles les acteurs prtent l'apparence matrielle de leurs corps4 ,il ne faut donc pas s'y mprendre3 il n'y a pas et il n'y a jamais eu de milieu historique concordant expressment avec ces figures tragiques4 ,la mise en scne doit se composer non pas avec ce qui a t ou ce qui a pu tre1 mais avec les images qui1 dans notre imagination1 forment et composent le monde antique4 ,quelque parti que nous prenions1 quelles que soient les recherches savantes et archologiques dont nous nous fassions guider1 jamais notre scne1 avec ses personnages de cration toute potique1 ne nous offrira un tableau vritable de la vie antique2 pas plus d'ailleurs que les personnages hroques qu'ont peints ,homre et ,eschyle n'ont jamais ressembl aux tres historiques dont un savant moderne1 dans sa foi ardente1 exhume les restes ,mycnes et ,troie4 ,les ,grecs contemporains de ,sophocle ne reconnatraient certainement pas la tragdie du plus grand de leur pote dans l',oedipe roi qu'on joue actuellement la ,comdie-,franaise4 ,elle est pourtant une traduction aussi fidle que possible1 et la mise en scne en a t rgle avec un got parfait4 ,ils seraient choqus de voir les hros et les rois descendus de leurs cothurnes et ramens la taille des marchands d',athnes1 et de les entendre parler sans masques d'une faon aussi simple et aussi peu mlodique4 ,quant aux choeurs1 ils se demanderaient par quelle aberration du got on ose leur faire dclamer des strophes sur une musique qui ne s'y adapte pas mtriquement4 ,c'est que les ,grecs concevaient de leur propre antiquit une image toute diffrente de celle que nous nous en formons1 et avaient sur l'art tragique des ides trs diffrentes des ntres4 ,maintenant qu'ils sont devenus eux-mmes l'antiquit1 ce sont eux qui nous intressent1 et1 la distance o nous sommes d'eux1 nous les confondons volontiers avec leurs hros et avec leurs dieux mmes1 ce qui prouve bien que ce monde mythologique1 hroque et historique n'existe l'tat dcoratif que dans notre propre imagination4 ,cela n'empche pas d'ailleurs que la tragdie grecque et la tragdie franaise n'obissent au mme principe essentiel1 qui est la caractristique du thtre grec et du thtre franais1 savoir la prdominance constante de l'ide sur le fait et du dveloppement moral sur l'acte matriel4 ,dans la mise en scne d'une oeuvre tragique1 il est donc sage d'abandonner toute prtention une restauration antique1 inutile et impossible4 ,on se perdrait immanquablement dans des essais aussi vains que purils4 ,ce que l'on prend d'ailleurs souvent pour des restaurations ne sont que des caricatures dcoratives3 c'est ainsi qu'il y a quelques annes on avait une tendance gnrale jouer dans des dcors de style pompien les tragdies dont l'action nous reporte au del des temps historiques de la ,grce4 ,il faut donc s'efforcer d'effacer les traits particuliers et s'en tenir aux grandes lignes gnrales1 se contenter d'une architecture simple et grande tout la fois1 de hauts et svres portiques1 peu surchargs d'ornements4 ,le vaste espace est de tous les milieux celui qui convient le mieux la grandeur tragique4 ,quant aux costumes1 il faut non sans doute s'en tenir ceux dont se contente la statuaire1 qui est l'art du nu par excellence1 mais ne pas s'en carter de parti pris1 et s'en inspirer1 dans le choix des tissus1 auxquels on doit demander de beaux plis sculpturals4 ,tout en vitant la monotonie dans les couleurs et la constante uniformit des vtements blancs1 on ne doit pas rechercher des contrastes trop accentus1 ni ce bariolage de tons crus auxquels il faut la brillante lumire de l'implacable soleil4 ,l'clairage plus que mdiocre de nos scnes modernes n'admet pas l'abus du style polychrome4 ,en un mot1 c'est nous1 hommes du ,x,i,xe sicle1 qui crons tout cet appareil thtral par la puissance de notre imagination2 nous projetons au dehors de nous et nous objectivons les images du monde antique qui se sont formes lentement en nous par la contemplation des statues1 des vases1 des mdailles1 des oeuvres des peintres de toutes les coles et de tous les temps1 par le souvenir de tout ce qui nous a t fourni par l'enseignement et par la lecture4 ,l'ide du monde antique est en nous le rsultat d'une synthse qui a combin en types gnraux tous les lments divers qui se sont tour tour enregistrs en nous4 ,mais1 puisque tout cet appareil thtral n'est que le produit de notre imagination actuelle1 il en rsulte que la mise en scne de nos oeuvres classiques n'est pas en soi immuable1 et qu'elle est susceptible de changer comme change de gnration en gnration l'image que les hommes se font du monde antique4 ,chacune de ces oeuvres doit donc1 aprs un certain temps1 tre retire du rpertoire1 pour y reparatre plus tard dans un nouvel tat1 plus conforme aux ides nouvelles4 ,nous dirons de plus1 au sujet des costumes1 que1 quelle que soit la vrit prsume de ceux que l'on choisit1 ils ne peuvent tre jugs et considrs part de la personne mme de l'acteur ou de l'actrice4 ,il est1 en effet1 penser qu'une modification du costume sera ncessaire chaque fois que le rle changera de titulaire2 car la premire loi du costume de thtre1 c'est d'tre en rapport avec l'ge1 la stature et l'air de la personne qui doit le porter4 ,pour produire un effet d'une puissance gale1 il est ncessaire que le costume change suivant l'apparence de l'acteur4 ,le point fixe1 immuable1 c'est l'effet produire2 ce qui est mobile et changeant1 c'est le moyen de produire cet effet4 ,n'est-ce pas d'ailleurs la loi naturelle8 ,les femmes qui veulent plaire n'ajustent-elles pas leurs toilettes l'air de leur visage8 ,les acteurs et les actrices sont soumis la mme loi4 ,la premire condition de tel costume est de donner celui qui le porte un air majestueux1 et non d'tre priori de telle forme et de telle couleur4 ,d'ailleurs1 au thtre1 un acteur ne se substitue pas un autre1 il lui succde2 et il y a toujours au moins dans l'ajustement du costume quelque dtail modifier4 ,je ne parle bien entendu que des rles importants1 et je ne tiens pas compte des cas fortuits ou de force majeure4 ,mais je me hte d'abandonner les gnralits1 car je crois plus profitable de prendre un exemple particulier1 qui me fournira l'occasion d'agiter plusieurs questions intressantes et importantes pour l'art de la mise en scne4 ,je vais donc passer en revue la mise en scne de la ,phdre de ,racine1 telle qu'elle est rgle actuellement la ,comdie-,franaise4 ,,chapitre ,,xxv tude de la mise en scne de ,phdre4--,le dcor4--,comparaison avec les thtres des anciens4--,de l'ornementation4--,du matriel figuratif4--,son influence sur la composition du rle de ,thse4 ,si j'ai choisi ,phdre1 ce n'est pas que cette tragdie offre une occasion exceptionnelle d'tude et fournisse une plus riche moisson d'exemples que toute autre2 c'est uniquement qu'au moment mme o je m'occupais de la mise en scne j'ai pu assister plusieurs reprsentations de cette tragdie4 ,si toute autre1 au lieu de ,phdre1 et fait partie du rpertoire courant c'est celle-l que j'eusse choisie4 ,j'en profiterai pour agiter quelques questions gnrales mesure qu'elles se prsenteront4 ,pour mettre un certain ordre dans l'ensemble des faits que nous devons passer en revue1 j'examinerai successivement le dcor1 le matriel figuratif1 les costumes et les dispositions scniques2 et ce que je chercherai surtout mettre en lumire1 c'est le rapport direct qu'a la mise en scne avec l'interprtation du drame1 c'est--dire son influence sur le jeu et la diction des acteurs1 et par consquent sur le rsultat final et total de la reprsentation4 ,nous commencerons par examiner la dcoration4 ,la scne est ,trzne1 ville du ,ploponse4 ,telle est la seule indication porte par ,racine en tte de ,phdre4 ,le thtre reprsente le pristyle du palais de ,thse1 entour d'un portique colonnes leves4 ,l'aspect du dcor a de la grandeur et convient l'action hroque du drame4 ,a travers la colonnade du fond1 on aperoit une haute colline que couronnent trois temples4 ,comme nous n'avons que des ides fort confuses sur ce que pouvait tre la demeure d'un ,thse1 je ne ferai aucune difficult d'accepter l'architecture du dcor1 bien qu'elle pt convenir toute autre tragdie grecque et mme une tragdie romaine4 ,mais je fais peu de cas d'une exactitude archologique qui n'est pas vrifiable2 et si l'on joue d'autres tragdies dans ce mme dcor1 je n'y trouve rien blmer4 ,les ,grecs1 qui taient des artistes1 jouaient en gnral leurs drames devant la faade d'un palais trois portes1 dcor banal et toujours le mme2 la porte du milieu donnait accs dans l'appartement du roi ou du matre du palais1 celle de droite dans l'appartement consacr aux htes et aux trangers1 celle de gauche dans la partie du palais rserve aux femmes4 ,cette disposition clairait immdiatement le public sur le rang et le rle du personnage qui paraissait4 ,nos dcorations ont perdu cet avantage4 ,dans ,phdre1 les portes de gauche et de droite donnent accs dans les appartements4 ,celui de ,phdre est gauche et celui d',aricie droite4 ,je ne ferai cela aucune chicane archologique1 bien que dans les maisons antiques l'appartement rserv aux femmes ait d tre dans une mme partie de la maison4 ,si l'architecture me parat heureusement approprie1 je ne saurais en dire autant de la toile du fond1 qui1 en dfinitive1 reprsente l'acropole d',athnes1 ou une colline sainte qui lui ressemble s'y mprendre4 ,trzne1 comme toutes les villes grecques1 avait son acropole btie sur une minence qui dominait la ville4 ,le dcor n'est donc pas fautif en soi1 mais il peut drouter le spectateur en veillant dans son imagination le souvenir de l'acropole par excellence1 qui est celle d',athnes4 ,sans doute le lieu de l'action est clairement indiqu ds le dbut de la tragdie3 ,le dessein en est pris3 je pars1 cher ,thramne1 ,et quitte le sjour de l'aimable ,trzne1 dit ,hippolyte en entrant4 ,mais prcisment ces deux vers et la toile du fond offrent au spectateur des associations d'ides contradictoires4 ,il y a donc l une modification ncessaire faire1 d'autant plus que dans la pice on parle d',athnes diffrentes reprises1 et que par suite cette toile de fond doit lgrement brouiller les ides d'un certain nombre de personnes4 ,l'ornementation du dcor consiste principalement en statues dont une seule serait utile1 celle de ,neptune4 ,comme grandeur elle est1 il est vrai1 la principale2 malheureusement elle est mal place1 relgue qu'elle est au fond droite1 sur un plan recul4 ,il serait donc dsirable qu'on la changet de place1 et qu'on la mt1 par exemple1 au premier plan1 droite4 ,de la sorte1 lorsque ,thse invoque ,neptune1 l'acteur pourrait s'adresser directement au simulacre du dieu1 et ne serait pas contraint de lui tourner le dos1 comme cela a lieu actuellement1 tant admis qu'il est plus poli de tourner le dos un dieu qu'au public4 ,ce dplacement aurait en outre l'avantage de forcer l'enlvement d'un hmicycle dont nous parlerons plus loin4 ,dans nos pices modernes1 chaque fois qu'un personnage s'adresse la divinit1 il se tourne vers son image1 si celle-ci figure dans la dcoration4 ,il n'y a qu'un cas o l'acteur peut tourner le dos celui qu'il voque ou qu'il invoque1 c'est lorsque celui-ci est un fantme qui n'a de ralit que dans l'imagination du personnage4 ,c'est alors pour le public qu'on objective une apparition qui est entirement subjective pour le personnage4 ,mais chaque cas doit d'ailleurs tre tudi en lui-mme4 ,je ne ferai pas d'autre observation en ce qui concerne la dcoration et je passe au matriel figuratif4 ,on sait ce qu'un homme d'esprit disait d'un distique qu'on venait de lui lire3 il est fort joli1 mais il y a des longueurs6 ,eh bien1 le matriel figuratif consiste en trois siges et l'on peut dire qu'il est excessif4 ,a gauche on a plac un fauteuil1 droite un tabouret et un banc en forme d'hmicycle4 ,le premier sige est indispensable1 car c'est lui que les suivantes de ,phdre approchent de leur matresse1 lorsque1 son entre1 au premier acte1 elle est prs de dfaillir4 ,le second peut tre admis2 et c'est lui qui servira ,thse1 si l'on croit1 ce qui est pour moi un point douteux1 qu'il soit ncessaire celui-ci de s'asseoir4 ,mais c'est1 mon avis1 une faute de mise en scne que d'avoir install droite1 au premier plan1 un banc en forme d'hmicycle4 ,on pourrait tout d'abord insister sur le peu de convenance architecturale de cet hmicycle1 attendu qu'il n'est pas ncessit par une forme particulire du mur du pristyle4 ,il n'est pas probable qu'un hmicycle ait jamais t plac de la sorte sous un portique4 ,mais toutes les raisons qu'on pourrait faire valoir dans cet ordre d'ides ne seraient que des raisons d'architecte ou d'archologue1 et par consquent seraient les plus vaines du monde1 si cet hmicycle tait impos par la mise en scne et favorisait1 soit le dveloppement de l'action1 soit le jeu des acteurs4 ,or1 et c'est l la seule raison valable en fait de mise en scne1 cet hmicycle1 non seulement est inutile au dveloppement de l'action1 mais encore nuit au jeu des acteurs et a la plus funeste influence sur l'attitude de ,thse4 ,l'acteur1 en effet1 supposant qu'un sige est fait pour s'en servir1 a la malencontreuse ide de s'asseoir sur cet hmicycle4 ,malheureusement la forme semi-circulaire n'est pas favorable la svrit de l'attitude et favorise au contraire une certaine1 nonchalance qui manque de grandeur au thtre et nuit au caractre majestueux que doit conserver ,thse aux yeux des spectateurs4 ,en outre1 en offrant ainsi au hros un sige aussi dfavorable1 le metteur en scne devient en partie responsable de l'interprtation dfectueuse du rle4 ,en dehors du cinquime acte1 o ,thse coute le rcit de ,thramne1 accabl et par consquent assis1 il n'y a qu'un moment dans la tragdie o l'on puisse supposer que ,thse prenne un sige2 c'est au commencement du quatrime acte4 ,quand la toile se lve1 ,thse est assis 7pour cela le sige sans bras suffit72 et cette attitude rsulte du sentiment qu'prouve le hros4 ,il vient d'entendre l'accusation porte par ,oenone1 et il interroge celle-ci1 mditant sur la cruaut de ce coup du destin qui l'attendait son retour dans son palais4 ,toute cette premire partie de l'acte a un caractre dlibratif qui permet ,thse d'tre assis4 ,l'agitation du hros est interne et ne deviendra en quelque sorte externe que lorsque le sentiment qui l'anime1 de dlibratif qu'il tait1 deviendra rsolutif4 ,or1 le discours de ,thse prend dcidment le caractre actif et rsolutif aux premiers mots que lui adresse ,hippolyte4 ,le hros se dresse alors et jette son fils ce vers qui l'accable3 ,perfide6 oses-tu bien te montrer devant moi8 ,a partir de ce moment1 jusqu' celui o ,thse tombe sur son sige en apprenant la mort de son fils1 jamais il ne doit plus s'asseoir4 ,le courroux aveugle qui s'est empar de lui1 l'exaspration nerveuse qui l'agite et qui s'chappe au dehors1 comme une flamme d'une fournaise ardente1 a pour premier effet une trs forte tension musculaire qui s'oppose au flchissement ncessaire l'action de s'asseoir4 ,prendre un sige c'est1 pour l'acteur qui joue le rle de ,thse1 mettre son tat physique en contradiction avec l'tat moral du personnage1 car ce serait l'indice d'une dtente dans la colre du hros4 ,si ,thse s'asseyait1 c'est qu'il rflchirait2 et s'il rflchissait1 il suspendrait les imprcations qu'il lance contre ,hippolyte4 ,si au quatrime acte il ne s'assied point1 c'est qu' la colre a succd l'inquitude1 nouveau sentiment qui maintient son agitation et appelle encore de nouvelles dcharges nerveuses sur le systme musculaire4 ,au lieu de ce jeu naturel1 dict par l'tat physiologique de ,thse1 l'acteur qui remplit ce rle a le tort1 pendant une partie de la scne avec ,hippolyte1 tantt de s'asseoir sur l'hmicycle1 qui le force une attitude abandonne1 absolument contradictoire1 tantt de jouer debout sur la marche de l'hmicycle3 or ,thse1 dans l'tat d'agitation o il se trouve1 ne pourrait supporter d'tre ainsi riv un aussi troit espace4 ,concluons donc que si on avait pens que cet hmicycle ne pt servir on ne l'aurait pas plac au premier plan2 il dnote1 par consquent1 une fausse conception du rle de ,thse1 et c'est ainsi que la mise en scne pousse un acteur une fcheuse interprtation de son rle4 ,cet exemple est de nature1 il me semble1 faire saisir toute l'importance de la mise en scne4 ,un objet1 insignifiant premire vue1 prend souvent une valeur considrable et agit alors fatalement sur le jeu des acteurs et sur l'effet gnral du drame4 ,les quelques rflexions que nous inspirera l'examen des costumes nous conduira la mme conclusion4 ,,chapitre ,,xxvi ,du costume tragique4--,accord du costume avec les pripties du drame4--,du costume de ,thramne4--,l'uniformit de costume concorde avec l'unit passionnelle d'un rle4--,du costume de ,thse4--,les accessoires doivent convenir au texte et l'action4--,du costume d',hippolyte4 ,la rforme du costume tragique commence par ,lekain et ,mlle ,clairon a t acheve par ,talma4 ,aujourd'hui1 toute tragdie est joue avec des costumes qui sont censs reproduire ceux de l'poque laquelle se passe l'action4 ,il ne faut pas toutefois1 ainsi que nous l'avons dj dit1 s'exagrer la vrit de ces costumes1 qui n'est jamais que relative4 ,on atteint une vraisemblance et une exactitude suffisantes quand les images que l'on produit aux yeux des spectateurs s'accordent avec les types qui se sont forms dans l'imagination de la plupart des hommes de notre temps4 ,toute recherche d'archologie est vaine si elle contrarie l'ide que nous avons des costumes de telle ou telle poque4 ,les documents sur lesquels on peut s'appuyer1 tels que statues1 vases1 cames1 mdailles1 bas-reliefs1 peintures1 etc41 sont dj des oeuvres d'art1 c'est--dire qu'ils ne nous offrent qu'une vrit idale et des combinaisons purement imaginatives4 ,si par impossible on pouvait arriver une vrit absolue et nous reprsenter nos tragdies dans les vritables costumes des contemporains de ,thse ou de ,pricls1 de ,tarquin ou d',auguste1 nous ne les trouverions nullement ressemblants ceux que nous propose notre imagination1 et l'artiste en nous rclamerait avec raison contre ce mpris et cet oubli de l'idal4 ,qu'on ait encore et toujours faire quelques progrs dans la composition et dans le port de ces costumes de thtre1 cela se conoit1 surtout si on ne perd pas de vue l'essentiel1 c'est--dire l'harmonie gnrale4 ,on peut dire toutefois qu' notre poque l'art du costume a atteint un trs haut degr de perfection1 et que s'il se commet quelques fautes de got ce n'est jamais que dans des cas isols4 ,ce ne sont donc pas les costumes en eux-mmes qui nous offrent un sujet d'tude intressant1 mais le rapport du costume l'action et la situation des personnages et son influence sur le jeu des acteurs4 ,en se plaant ce point de vue1 on s'aperoit bien vite que l'art du costume tragique a encore un progrs ncessaire faire pour que la rforme soit complte et que la mise en scne s'accorde avec les conceptions dramatiques4 ,c'est prcisment ce que nous allons voir en examinant les costumes de ,phdre4 ,il est admis que les costumes de confidents sont faits d'toffes de couleur1 et gnralement de tons bruns ou jaunes4 ,le blanc sied aux grands rles et la pourpre est particulirement rserve aux rois4 ,dans ,phdre1 ,oenone et ,thramne ont des costumes appropris leurs conditions4 ,toutefois celui de ,thramne a un aspect un peu biblique1 qui conviendrait mieux un aptre qu'au gouverneur d'un prince grec4 ,thramne parat descendre d'une toile de ,poussin4 ,mais ce n'est l qu'une critique peu importante4 ,le point plus intressant sur lequel je crois devoir appeler l'attention1 c'est sur la modification de costume qui s'impose ,thramne au cinquime acte4 ,est-ce vraiment dans cet accoutrement flottant1 sans chapeau et sans armes1 que ,thramne accompagnait ,hippolyte8 ,il semble qu'il vienne de faire une promenade idyllique autour du lac de ,gnsareth4 ,si on ne croit pas devoir adjoindre son costume un chapeau de voyage et des armes1 il est au moins essentiel que1 lorsque boulevers et atterr il reparat aux yeux de ,thse1 il porte son long et ample vtement de dessus relev et serr la ceinture4 ,cette modification de costume 7celle que j'indique ou toute autre produisant un effet analogue7 concorderait avec la srie des actes accomplis par ,thramne2 et1 lorsqu'il se prsente devant les spectateurs1 son aspect seul indiquerait qu'il n'est pas demeur dans le palais1 et que1 parti avec ,hippolyte1 il a prcipit son retour pour apprendre ,thse la mort de son malheureux fils4 ,voil donc une modification de costume qui rsulte des pripties de la pice2 car il est ncessaire que ,thramne porte et conserve ainsi la trace de l'vnement tragique auquel il a t ml directement4 ,si nous passons l'examen du costume de ,thse1 nous verrons la marche de l'action exiger1 au contraire1 une uniformit absolue1 sans modification aucune4 ,en soi1 ce costume ne me parat appropri ni la situation ni au caractre du hros grec4 ,quand il entre en scne1 on est frapp de l'aspect magnifique de son costume1 surtout de ses cnmides brillantes et de son casque cimier que surmonte un panache clatant4 ,l'aspect n'est pas tel qu'il devrait tre4 ,si on nous reprsentait ,thse au cours d'un de ses exploits amoureux1 il ne saurait tre trop magnifiquement vtu2 mais ici il nous apparat comme un mule d',hercule1 un coureur d'aventures hroques1 un rude guerrier1 peine chapp des prisons d'pire4 ,l'aspect de ,thse doit tre fruste et farouche1 et ne pas veiller en nous l'ide d'un ,agamemnon majestueux et glorieux2 il ne nous apparat pas au milieu d'un camp1 entour de son peuple et escort de hros1 mais accompagn de quelques compagnons rudes comme lui1 portant la trace des revers qu'il vient d'essuyer4 ,rien dans son costume ne doit sentir la parade4 ,son casque doit tre sans panache ni cimier2 ses armes1 ses cnmides1 fortes1 d'un aspect plus solide que brillant4 ,par-dessus sa tunique1 j'aimerais lui voir une casaque de guerre1 sur laquelle pourrait alors flotter le royal manteau de pourpre4 ,surtout ce manteau devrait tre taill dans un tissu un peu pais1 afin d'avoir l'aspect d'un vtement de campement1 propre aux embuscades et aux nuits passes dans les gorges sauvages des montagnes4 ,mais tel qu'il apparat au dbut de la pice1 tel il doit rester jusqu'au dnouement4 ,une tragdie domestique l'attend au seuil de son palais2 et l'inceste se dresse devant lui1 sans lui laisser le temps de la rflexion4 ,son aspect farouche doit d'ailleurs imprimer dans l'esprit des spectateurs une ide de rudesse inexorable2 or modifier quoi que ce soit dans le costume sous lequel il nous apparat1 substituer ce vtement de soldat un plus riche costume de roi1 ce serait en quelque sorte laisser planer l'espoir d'une magnanimit qui n'est pas dans son caractre entier et violent4 ,la marche de l'action exige donc l'uniformit dans le costume de ,thse1 ce qui est admis d'ailleurs1 mais rclame qu'on en teigne tous les clats4 ,le costume d',hippolyte ne me parat pas prter la critique2 il est ce qu'il doit tre1 jeune et lgant dans sa simplicit4 ,il consiste uniquement dans une tunique de laine blanche4 ,mais il est un dtail sur lequel j'appellerai l'attention de l'acteur charg de ce rle1 et dont je dois parler1 puisqu'il se rapporte prcisment la mise en scne4 ,hippolyte parat deux fois1 son arc la main1 notamment dans la premire scne1 lorsqu'il ouvre la tragdie avec ce vers3 ,le dessein en est pris1 je pars1 cher ,thramne4 ,c'est mme sans doute ce vers qui est cause de l'erreur4 ,hippolyte fait part ,thramne du dessein qu'il a form de partir la recherche de son pre1 et de partir sans dlai1 voulant se soustraire aux charmes de la jeune ,aricie2 mais son char n'est pas dispos1 ses chevaux ne sont point attels1 ses gardes ne sont point prts l'accompagner3 tous ces soins regarderaient prcisment ,thramne1 son gouverneur4 ,d'ailleurs ,hippolyte n'a point revtu le costume de voyage4 ,pourquoi ds lors tient-il son arc la main1 ses armes tant la dernire chose qu'il ceindra ou qu'il prendra avant de monter sur son char8 ,j'ajouterai que cet arc est plutt une arme de chasse qu'une arme de guerre et se trouve par suite en contradiction avec ce vers de la tragdie3 ,mon arc1 mes javelots1 mon char1 tout m'importune4 ,c'est donc une faute de mise en scne que de faire paratre ,hippolyle un arc la main4 ,si on voulait nous le montrer en tenue de dpart 7ce qui est contraire la situation71 il aurait fallu lui mettre la main une de ces lances que les vases grecs donnent aux hros1 aux ,ajax et aux ,diomde4 ,,chapitre ,,xxvii ,rapport du costume avec la personnalit4--,le costume doit s'accorder avec les tats psychologiques d'un personnage4--,du costume de ,phdre4--,influence du costume sur le jeu et sur la diction4--,les costumes d',iphignie4 ,nous arrivons l'examen du costume le plus important de la tragdie1 celui de ,phdre elle-mme4 ,nous avons vu1 propos du rle de ,thramne et de celui de ,thse1 que la varit ou l'uniformit de costume dpend d'une loi qui a sa raison d'tre dans le dveloppement de l'action dramatique4 ,le rle de ,phdre nous montrera1 avec bien plus de force encore1 la ncessit d'achever la rforme du costume tragique1 en l'associant en quelque sorte plus troitement aux mouvements des passions4 ,dans le monde1 aussi bien que sur le thtre1 le costume est une partie visible de nous-mme2 c'est lui qui1 avec notre figure et nos mains1 compose notre aspect extrieur4 ,c'est ainsi1 les mains et la figure nues1 mais couverts de leurs vtements habituels ou de costumes de circonstance1 que se fixent dans notre souvenir toutes les personnes qui appartiennent notre vie intime1 celle de notre me4 ,nous ne les voyons jamais dans leur nudit sculpturale2 le nu est un tat sous lequel nous ne les connaissons pour ainsi dire jamais et sous lequel1 le cas chant1 nous ne les reconnatrions pas4 ,chez tous les peuples civiliss1 qui ne vivent point sous des climats brlants1 le costume s'est superpos au corps1 nous en voile les formes1 un grand nombre de mouvements1 et se substitue lui dans les images qui se forment d'une faon durable dans notre esprit4 ,il est donc impossible que le costume n'ait point part toutes les modifications physiques et morales auxquelles nous sommes soumis incessamment4 ,et de fait il en est ainsi4 ,un homme vif1 actif1 ne s'habille pas ou ne porte pas ses vtements comme un homme lent et paresseux4 ,une femme pare de sa dignit mondaine n'a pas le mme aspect extrieur que la mme femme1 sous les mmes vtements1 prte s'abandonner dans l'intimit l'entranement de son coeur4 ,son corps1 auquel sa fiert donnait une sorte de rigidit1 ploie et assouplit ces mmes vtements sous l'effort du mouvement passionn qui l'agite4 ,voici un homme1 il y a quelques heures correct dans sa tenue d'homme du monde1 dont une nuit de jeu a pli et boulevers les traits3 est-ce que ses vtements ne porteront pas la trace de son anxit fivreuse et ne prendront pas1 comme son visage1 un aspect dvast8 ,a plus forte raison la femme languissante et malade ne s'habillera pas comme la femme qui recherche l'admiration des hommes et brave la jalousie des autres femmes4 ,il est inutile d'insister1 car ce sont l en quelque sorte des lieux communs4 ,il me reste faire remarquer que1 prcisment1 notre thtre contemporain tient grand compte1 mme parfois avec excs1 de ces nuances psychologiques de costume4 ,a la scne1 les comdiens modifient leur costume selon les diffrents actes de la vie2 et les femmes1 soit qu'elles recherchent un effet de similitude ou de contraste1 ajustent les couleurs de leurs robes celles de leurs penses4 ,aussi les personnages y prennent un caractre remarquable de vrit et de naturel4 ,comment se fait-il que dans la tragdie on n'ait pas davantage senti la ncessit d'ajuster l'aspect des personnages aux divers tats psychologiques qu'ils traversent8 ,sans doute1 il faut le faire avec une grande sobrit et ne pas se laisser entraner l'unique reprsentation de faits matriels qui jouent un rle trs restreint dans la tragdie2 mais quand un tat moral est de nature agir sur tout l'tre1 l'unit absolue de costume peut tre parfois un contresens et avoir une influence funeste sur la composition d'un rle4 ,dans la tragdie de ,racine1 telle qu'on la reprsente1 ,phdre est vtue d'une simple tunique rattache sur l'paule par des agrafes1 serre la taille par une ceinture et tombant jusqu'aux talons4 ,phdre est demi dcollete et ses bras sont nus jusqu'aux paules4 ,au premier acte1 un simple voile de gaze est fix sur sa tte4 ,sauf le voile1 c'est le vtement qu'elle conserve pendant tout le cours de la reprsentation4 ,en soi1 le costume est heureusement combin1 gracieux et en mme temps d'une lgante svrit4 ,mais1 nanmoins1 l'aspect de ,phdre1 lorsqu'elle parat sur la scne1 n'est pas tel qu'il devrait tre4 ,lorsque son chagrin inquiet l'arrache de son lit1 est-ce bien l le costume d'une femme mourante et qui cherche mourir8 ,phdre1 surexcite par la pense qui l'obsde sans trve1 agite par la fivre qui la dvore1 a voulu quitter sa couche1 revoir la lumire du jour1 peut-tre retrouver quelques traces fatales de cet ,hippolyte dont le fantme habite sa pense4 ,ses femmes obissent ce caprice imprieux d'une malade2 elles la lvent1 rattachent ses cheveux avec des pingles d'or1 lui passent une large et chaude tunique qui couvre son cou1 ses paules et ses bras1 et elles l'enveloppent d'une toffe de laine ample et moelleuse qui la couvre entirement4 ,c'est mme cette pice d'toffe qui devrait remplacer le voile1 et que ,phdre devrait avoir ramen sur son front4 ,cette ample pice d'toffe1 d'un caractre bien antique1 ne joue pas1 dans la mise en scne de nos tragdies1 le rle qui devrait lui appartenir4 ,les actrices trouveraient1 dans le maniement de cette draperie toujours libre1 flottante ou serre leur gr1 l'occasion de beaux plis ou de gracieux enveloppements4 ,mais il faudrait apprendre s'en servir et faire du port du costume antique une tude attentive4 ,pour en revenir ,phdre1 c'est ainsi qu'elle doit sortir de son appartement1 ple et enveloppe de la tte aux pieds1 succombant dans sa faiblesse sous le poids de sa coiffure et de ses vtements4 ,l'importance de ce costume de ,phdre est beaucoup plus grande qu'un examen superficiel ne permettrait de le croire4 ,dans un autre ouvrage1 dans le ,trait de ,diction que j'ai publi il y a deux ans1 j'ai insist sur la ncessit pour un acteur de se composer un extrieur physique en rapport avec le sentiment moral du personnage qu'il reprsente4 ,or1 nous avons dit que le costume fait partie de notre aspect extrieur2 il faut donc le composer de manire qu'il ragisse1 comme les traits du visage1 sur la diction et sur le jeu qui conviennent au personnage4 ,dans son costume actuel1 ,phdre nous apparat1 sous ses couleurs naturelles1 le cou et les bras nus1 vtue d'une tunique lgre qui ne pse d'aucun poids sur ses paules3 or1 il est certain que l'actrice qui remplit ce rle ne se sentira gne ou retenue dans ses mouvements par aucun obstacle1 et que cet affranchissement de toute entrave matrielle laissera sa personne1 et par suite ses gestes et sa voix1 une libert qui formera contraste avec la triste ralit de la situation dcrite par le pote4 ,si1 au contraire1 l'actrice sent le poids de sa coiffure1 si ses bras ont quelque peine soulever les plis du pallium qui l'enveloppe1 relev sur le sommet de la tte comme un voile2 si ses pas tranent avec un certain effort la longue tunique qui descend jusqu' ses pieds1 alors elle laissera naturellement retomber sa tte2 sa dmarche trahira la lassitude qui l'accable2 ses bras appesantis chercheront un appui sur les femmes qui l'accompagnent2 ses gestes seront lents et languissants1 et sa voix1 sa diction prendront le caractre corrlatif de cet tat physique qu'elle aura inclin vers celui qui convient au personnage de ,phdre4 ,avec un costume mieux appropri la situation1 l'actrice jouera plus facilement son rle et le jouera mieux4 ,ses gestes seront plus rares1 car le petit effort qu'il lui faudra faire sera un obstacle suffisant la plupart de ceux qui ne sont pas le fait d'une volont dtermine1 et ceux qu'elle aura la rsolution d'achever seront d'un effet beaucoup plus saisissant1 parce qu'ils trahiront l'effort4 ,dans tout le premier acte1 ,phdre est sous l'empire du mal qui la tue1 et l'actrice en exprimera facilement tous les sentiments1 si elle a en quelque sorte revtu l'aspect extrieur du personnage4 ,mais la fin du premier acte1 combien change la situation6 ,en apprenant la mort de ,thse1 ,phdre reste saisie1 immobile1 silencieuse1 ouvrant l'oreille aux perfides conseils d',oenone1 qui ne vont que trop au-devant du coupable espoir qui lui fait horreur4 ,au second acte1 elle n'est plus la femme mourante1 qui1 tout l'heure1 se tranait sur le seuil de son appartement4 ,l'animation de la vie a de nouveau color ses joues4 ,sa tte ne ploie plus sous les tresses savantes d'une chevelure que serre une bandelette d'or4 ,elle a quitt le pallium qui l'enveloppait et elle parat sur la scne couverte seulement de cette tunique lgre qui laisse voir son cou et ses bras1 nus jusqu'aux paules4 ,ici1 le costume de ,phdre1 tel qu'il est compos la ,comdie-,franaise1 a bien le caractre qui lui convient4 ,il dcle1 chez la femme1 l'espoir inavou de toucher peut-tre le farouche ,hippolyte4 ,le contraste entre ce costume et celui du premier acte prpare la scne entre ,phdre et ,hippolyte1 et le jeu comme la diction de l'actrice en reoivent une animation immdiate4 ,en revtant ce nouvel aspect1 elle en prend le caractre4 ,ses gestes ne sont plus dsormais emprisonns dans ses voiles1 et c'est avec toute la furie d'une femme embrase des feux de ,vnus1 qu'aprs avoir fait au fils de son poux l'aveu de sa coupable passion1 ramene l'horrible ralit1 elle saisira le glaive d',hippolyte pour le tourner contre elle-mme4 ,il est tonnant qu'on n'ait pas ds longtemps senti la ncessit des modifications qui s'imposent dans le costume de ,phdre1 au premier et au second acte4 ,la raison en est certainement dans une fausse conception du costume tragique4 ,en voulant pousser trop loin l'unit de costume1 on cre1 comme plaisir1 des contradictions entre l'aspect extrieur des personnages et les sentiments qui les font agir4 ,or1 au point de vue thtral1 de telles contradictions entranent une diction dfectueuse et des gestes qui ne sont pas en situation4 ,entre l'aspect et le moral d'un personnage1 il y a un lien qu'il n'est pas permis de briser2 car1 au thtre1 prendre l'aspect physique d'un tre humain c'est1 pour un acteur1 disposer son me avoir le sentiment de l'tat moral du personnage et se rendre capable d'exprimer les passions qui l'agitent4 ,si nous nous sommes tendu sur ,phdre1 cette tragdie n'est cependant qu'un exemple entre beaucoup d'autres1 qui nous a permis de mettre en lumire une loi gnrale de la mise en scne1 relative au costume4 ,iphignie en ,aulide se ft aisment prte des remarques non moins importantes4 ,la mise en scne de cette tragdie1 telle qu'elle est actuellement rgle la ,comdie-,franaise1 exigerait de nombreuses corrections4 ,laissant de ct les dispositions scniques1 qui ne sont pas toujours irrprochables1 je ne dirai que quelques mots des costumes1 qu'on a tort de ne pas mettre d'accord avec la marche de l'action et avec la situation des personnages4 ,au second acte1 ,clytemnestre et ,iphignie doivent porter des costumes simples2 mais1 si ,clytemnestre1 qui ne quitte pas la tente d',agamemnon1 conserve jusqu' la fin le mme vtement1 il ne doit pas en tre de mme d',iphignie1 qui au troisime acte doit paratre le front couronn de fleurs et enveloppe jusqu'aux pieds d'un voile d'une blouissante blancheur1 dont au cinquime acte1 en s'abandonnant aux mains des soldats1 elle se couvrira le visage4 ,plus importantes encore sont les modifications qu'exigerait le costume d',agamemnon4 ,on peut1 au premier acte1 admettre et conserver celui qu'il porte actuellement4 ,c'est la nuit1 tout dort dans le camp des ,grecs4 ,seul1 ,agamemnon veille dans sa tente1 en proie l'insomnie2 il a dboucl sa cuirasse et dpos son casque et ses armes4 ,loin des yeux des soldats1 il est redevenu pre1 et s'abandonne aux mouvements gnreux de son me4 ,mais1 au second acte1 le jour s'est lev2 ,agamemnon va paratre aux regards de l'arme1 et il ne le fera que sous l'appareil imposant qui convient celui que les ,grecs ont nomm le roi des rois4 ,autour de ses jambes sont attaches de riches cnmides que maintiennent des agrafes d'argent4 ,sa poitrine est couverte d'une cuirasse1 forme de bandes de mtal1 alternativement d'or et d'acier bruni4 ,trois dragons d'azur rayonnent jusqu'au col4 ,son glaive1 brillant de clous d'or1 est renferm dans un fourreau d'argent1 que soutient un baudrier tissu d'or4 ,sur son front se pose un casque tincelant3 d'abondantes crinires s'chappent des quatre cimiers1 et l'aigrette qui le surmonte s'agite en ondulations terribles4 ,sur ses paules flotte la pourpre des rois4 ,voil le costume homrique sous lequel doit apparatre aux spectateurs le chef suprme des ,grecs4 ,ce costume1 splendide et majestueux1 amortirait heureusement le trop juvnile clat de celui d',achille4 ,dans la superbe scne du quatrime acte1 o les deux hros se mesurent1 on aurait devant les yeux une scne digne de l',iliade4 ,sous les dehors trompeurs d'une querelle de famille1 on verrait apparatre une rivalit guerrire1 prlude des longues dissensions des ,grecs sous les murs de ,troie4 ,cet appareil formidable hausserait le gnie tragique de l'acteur2 et le spectateur aurait alors la sensation ncessaire de l'ambition dmesure et de l'indomptable orgueil d',agamemnon4 ,aprs cette courte digression1 je reviens ,phdre1 dont il me reste examiner quelques-unes des dispositions scniques1 en les rattachant une tude gnrale4 ,,chapitre ,,xxviii ,des salles de spectacle4--,de la scne4--,des zones invisibles4--,de la ligne optique4--,du lieu optique4--lments de statique thtrale4--,exemples4--,des mouvements scniques dans ,phdre4 ,nos salles de spectacle sont extrmement dfectueuses4 ,les thtres des anciens leur taient sans doute infrieurs sous le rapport de l'acoustique1 mais ils taient construits dans des conditions optiques trs suprieures1 attendu que le centre de convergence optique concidait presque avec le centre de figure4 ,dans nos thtres1 si tous les spectateurs taient assis et dirigeaient leurs regards1 comme cela serait dsirable1 normalement aux courbes parallles des galeries et des loges1 il y aurait un grand nombre d'entre eux qui n'apercevraient mme pas la scne4 ,si l'on suppose une ligne horizontale1 perpendiculaire la rampe et passant par le trou du souffleur1 et si l'on mne1 par supposition1 un plan vertical passant par ce grand axe du thtre1 ce plan sera dit le plan de symtrie optique4 ,c'est sur ce plan que se trouveront les points d'intersection des regards des spectateurs de droite et de gauche1 tandis que les regards des spectateurs faisant face la scne lui seront parallles4 ,mais en fait une partie des spectateurs prend une position oblique et tous ceux qui occupent le second rang des loges sont obligs de se lever et de se pencher d'une faon trs sensible et trs fatigante4 ,il est impossible que la mise en scne ne tienne pas compte de la disposition de nos salles de thtre et des conditions optiques dfectueuses dans lesquelles sont placs les spectateurs4 ,la scne est un trapze peu prs invariable dans le sens de la largeur1 mais trs variable dans le sens de la hauteur et de la profondeur4 ,a gauche et droite sont deux zones1 qui sont plus ou moins invisibles1 celle de gauche un certain nombre de spectateurs placs du ct gauche1 celle de droite un certain nombre de spectateurs placs du ct droit4 ,ce qui diminue toutefois un peu l'tendue de ces zones1 c'est l'obliquit qu'on donne aux dcors et le frquent usage des pans coups4 ,le point de l'axe du thtre situ devant le trou du souffleur est par excellence le point de convergence optique4 ,quant aux spectateurs placs de face1 ils chappent aux conditions mdiocres ou mauvaises dont se plaignent ceux de gauche ou de droite4 ,pour eux toutefois le point de convergence optique reprsente encore une moyenne de distance et d'obliquit4 ,ces dispositions tant reconnues1 supposons qu'un acteur1 plac au point de convergence optique1 s'loigne dans le sens de l'axe du thtre3 chaque pas l'loignera des spectateurs et le soustraira de plus en plus la lumire de la rampe2 si1 au contraire1 il marche1 soit gauche1 soit droite1 paralllement la rampe1 mesure qu'il s'avancera il se soustraira aux regards d'un nombre toujours croissant de spectateurs1 selon qu'il se rapprochera de la zone invisible de gauche ou de droite2 s'il s'loigne obliquement1 les deux effets se composeront4 ,tous les jeux de scne qui auront lieu sur un mme plan parallle la rampe seront pareillement clairs1 tandis que ceux qui auront lieu sur des plans de plus en plus reculs recevront une lumire proportionnellement dgrade1 ou passeront de la lumire de la rampe1 qui les claire de bas en haut1 sous une gerbe de lumire tombant du cintre sous un angle de #de degrs4 ,il rsulte donc des dispositions de la scne et des effets qui en sont la consquence que la mise en scne doit tablir un rapport de valeur entre l'importance d'un jeu de scne et l'endroit du thtre o il faut l'excuter1 et que dans une scne1 et par suite dans un acte1 les positions relatives des personnages sont lies l'importance qu'ils prennent alternativement dans le dveloppement de l'action4 ,dans la plupart des cas1 l'intuition1 le got1 l'habitude suffisent pour dcider si telle ou telle disposition fait bien ou mal2 mais souvent la question mriterait d'tre tudie et soumise au raisonnement4 ,pour abrger1 je donnerai la ligne de convergence optique le nom plus court de ligne optique4 ,quant au point de convergence optique1 c'est un point mathmatique situ l'intersection de l'axe du thtre et d'une ligne perpendiculaire cet axe1 passant devant le trou du souffleur4 ,ce point est le centre d'un cercle1 auquel je donnerai le nom de lieu optique1 qui a peu prs pour diamtre le tiers de la largeur de la scne1 et dont tous les points galement clairs sont facilement accessibles aux regards de tous les spectateurs4 ,c'est le lieu scnique par excellence1 d'o l'acteur tient le public sous son empire et d'o sa voix porte sans effort jusque dans les profondeurs de la salle4 ,posons maintenant quelques principes gnraux de statique thtrale4 ,dans toute priptie ou dans tout dnouement1 le personnage en qui se rsume l'intrt doit tre plac dans le lieu optique1 le plus prs possible du centre optique1 ou tout au moins sur la ligne optique si l'action l'exige4 ,ainsi1 dans le dnouement de l',aventurire1 ,clorinde est sur la ligne optique1 tandis que les autres personnages sont placs droite et gauche de la porte par laquelle elle va sortir4 ,au deuxime acte du ,misanthrope1 dans la scne des portraits1 ,climne occupe le centre optique2 mais au dnouement1 au cinquime acte1 c'est ,alceste qui prend cette place1 tandis que ,climne est gauche1 correspondant au groupe de ,philinte et d',eliante qui occupe la droite4 ,dans l',ami ,fritz1 c'est sur la ligne optique que ,szel vient se jeter dans les bras de ,fritz4 ,dans les ,rantzau1 les deux frres vont au-devant l'un de l'autre et s'embrassent au centre optique4 ,c'est encore sur la ligne optique que les soldats dposent le lit de ,mithridate mourant1 etc4 ,quand il y a dualit de personnages1 les deux personnages ou les deux groupes s'quilibrent1 placs peu prs la mme distance de la ligne optique4 ,au troisime acte du ,marquis de ,villemer1 celui-ci est droite vanoui sur le canap1 et ,mlle de ,saint-,geneix est gauche devant la table de travail et le regarde4 ,la toile tombe sur ce tableau qui est ainsi trs bien pondr4 ,dans ces cas de dualit1 il y a quelques prcautions prendre4 ,ainsi1 si l'on voulait reprsenter la mort du duc de ,guise1 et que l'on s'appliqut reproduire le tableau de ,paul ,delaroche1 la mise en scne serait trs dfectueuse par la raison que le corps du duc de ,guise droite1 et surtout le roi qui soulve la tapisserie gauche seraient dans les zones invisibles4 ,au thtre1 on serait oblig de disposer la scne autrement1 soit qu'on rapprocht les deux groupes de la ligne optique1 soit qu'on obliqut la scne en plaant dans un pan coup la porte dont le roi soulverait la portire4 ,en rsum1 il y a toujours une raison esthtique qui dans les dnouements rapproche ou carte plus ou moins les personnages de la ligne ou du centre optique4 ,il en est de mme dans les scnes successives2 car chacune d'elles a en quelque sorte ses pripties et son dnouement4 ,on voit ainsi que le rythme scnique suit dans tous ses mouvements le rythme esthtique1 et que les dplacements des personnages ne sont pas arbitraires4 ,il faut naturellement tenir compte des rapports qui enchanent les personnages des objets fixes1 placs droite ou gauche1 tels qu'un bosquet1 une table1 un canap1 un autel1 etc4 ,toutefois1 dans ces cas-l1 il faut user d'artifice autant que possible dans la disposition et dans la plantation du dcor4 ,dans ,il ne faut jurer de rien1 la scne charmante du dernier acte entre ,valentin et ,ccile se passe sur un banc1 au pied d'une charmille place malheureusement un peu trop prs de la zone invisible de gauche4 ,il serait dsirable que l'on pt tant soit peu rapprocher la charmille du lieu optique4 ,dans le dernier acte du ,monde o l'on s'ennuie1 trs habilement mis en scne1 les deux bosquets de droite et de gauche sont le lieu de scnes pisodiques qui s'quilibrent2 mais la scne entre ,roger et ,suzanne se noue et se dnoue dans le lieu optique4 ,il y a l une heureuse hirarchie dans les effets4 ,je ne puis1 on le comprendra1 qu'effleurer un sujet trs complexe dans lequel chaque cas demanderait tre tudi en lui-mme1 ce qui serait d'un dtail infini4 ,mais le peu que j'ai pu dire suffit montrer que le mouvement scnique1 la disposition et le balancement des groupes1 les modifications successives des plans qu'occupent les personnages constituent un art qui s'appuie sur la connaissance psychologique du sujet4 ,il arrive souvent qu'une disposition scnique se trouve en contradiction avec la valeur relative des personnages3 dans ce cas1 l'effet sur lequel on comptait ne se produit pas1 parce que la mise en scne a contrari et amoindri l'effet dramatique4 ,c'est pourquoi le sens particulier que les potes ont de leur oeuvre leur donne une autorit dont il ne faut pas s'affranchir lgrement quand il s'agit de rgler la mise en scne2 et c'est pourquoi l'instinct dramatique est de toutes les qualits celle qui est la plus prcieuse dans un metteur en scne4 ,je reviens maintenant1 avant de clore ce chapitre1 la mise en scne de ,phdre1 qui me fournira l'occasion de prsenter une application des principes de statique thtrale4 ,la disposition scnique du premier acte ne me parat pas heureusement conue4 ,la place qu'occupe ,phdre1 gauche de la scne et non loin de la zone invisible1 n'est nullement en rapport avec l'importance psychologique et dramatique du personnage dans cet acte4 ,c'est d'ailleurs une faute1 mon sens1 que de faire entrer ,phdre par la gauche et de la faire asseoir du mme ct1 de telle sorte que l'acte s'achve sans que le personnage principal1 non seulement de cet acte1 mais encore du drame tout entier1 ait mis le pied sur le centre optique4 ,cette place gauche est celle qui lui conviendra au cinquime acte1 lorsqu'elle sort mourante de ses appartements4 ,les moments lui sont prcieux1 c'est pourquoi ,phdre1 soutenue par ses femmes1 s'affaisse sur le premier sige gauche qui se trouve sa porte4 ,au surplus ce moment1 et par le fait seul qu'elle meurt et que1 sinon son corps1 son me et son esprit du moins quittent la scne1 tout le poids du drame retombe sur ,thse qui alors occupe justement le centre optique4 ,mais la situation est absolument diffrente au premier acte4 ,si d'ailleurs mes souvenirs me servent bien1 il me semble que jadis ,rachel venait occuper prcisment le centre1 optique1 qui est la place psychologique de ,phdre1 et celle qui s'offre elle le plus naturellement4 ,en effet1 ,phdre sort de ses appartements et veut revoir la lumire du jour2 mais peine a-t-elle fait quelques pas1 soutenue par ses femmes1 que ses forces l'abandonnent4 ,c'est sur la ligne optique1 qu'puise et ne se soutenant plus1 elle s'arrte soudain et refuse d'aller plus loin4 ,ds lors1 il est inadmissible que ses femmes la tranent jusqu' ce sige qui est gauche1 lorsqu'il leur est si facile et si naturel de l'approcher4 ,alors ,phdre se laisse aller sur ce sige vers lequel elle n'aurait pas eu la force de marcher2 et c'est ainsi1 par le jeu de scne le plus simple1 que ,phdre se trouve assise au centre optique1 concentrant sur elle tous les regards des spectateurs de mme qu'elle concentre sur elle tout l'intrt du drame4 ,comme on a pu s'en rendre compte1 une grande partie de la science de la mise en scne consiste dans l'oscillation des jeux de scne autour du centre optique ou droite et gauche de la ligne optique4 ,c'est une science comparable celle qui prside la composition et la disposition d'un tableau4 ,quand il s'agit d'une scne complexe plusieurs personnages1 auxquels s'ajoute une figuration nombreuse1 il faut dterminer le centre de gravit de la scne1 si je puis me servir de cette expression1 de faon qu'il se trouve le plus rapproch possible du centre optique4 ,on sent bien d'ailleurs qu'il ne s'agit point ici d'quilibre entre des nombres1 non plus que d'une sorte d'quilibre visuel1 mais d'un quilibre moral et dramatique4 ,la mise en scne1 considre ce point de vue1 est non seulement un art1 mais une science dont le fondement est pour ainsi dire mathmatique4 ,tous les arts se rejoignent et ont pour point de dpart commun les lois mmes de la nature4 ,un metteur en scne et un directeur de thtre doivent donc possder une connaissance tendue des principes des arts et surtout de leurs fondements scientifiques1 car ceux-ci sont dans l'art thtral et particulirement dans la mise en scne d'une application constante4 ,pour terminer par un exemple qui illustre la thorie1 je ferai observer que la ,comdie-,franaise doit certainement la comptence artistique de son administrateur actuel la perfection de mise en scne qui depuis plusieurs annes fait l'admiration du public4 ,,chapitre ,,xxix ,de la figuration4--,de son rle actif4--,athalie4--,de son rle passif4--,oedipe roi4--,des mouvements orchestriques4--,des figurants de tragdie4--,rgles observer4 ,a un point de vue gnral1 la figuration est soumise aux lois qui rglent la disposition hirarchique des personnages sur la scne4 ,elle entre dans le rythme scnique et concourt la composition du tableau dont presque toujours elle occupe les derniers plans4 ,il faut donc la traiter comme un peintre traite les masses1 c'est--dire sacrifier le dtail particulier l'ensemble4 ,si le metteur en scne se proccupe juste titre des places relatives que doivent occuper individuellement les personnages du drame1 il a aussi s'occuper de grouper la figuration1 de la diviser en parties harmoniques1 de telle sorte qu'elle produise un effet gnral o s'efface toute individualit4 ,sur la scne de l',opra1 ce qui rgit la composition des groupes1 c'est la rpartition des voix2 mais1 dans une oeuvre dramatique1 il y a lieu de se proccuper de l'effet optique1 de l'importance des groupes par rapport la situation et la marche de l'action1 et surtout du rle qui est dvolu la figuration laquelle je donnerai souvent le nom de choeur1 qu'elle avait chez les anciens4 ,le rle du choeur1 en effet1 est tantt actif1 tantt passif4 ,il est actif quand la prsence du choeur est un lment de l'action dramatique1 quand il agit sur les personnages du drame et qu'il impose une direction aux sentiments moraux et aux passions qui les agitent4 ,dans ce cas1 il faut obtenir de la figuration une grande sobrit de mouvements1 de gestes et d'attitudes2 car pour le public l'intrt n'est pas dans le choeur lui-mme1 mais dans le personnage et dans son volution morale laquelle nous assistons et laquelle nous participons4 ,on peut citer comme exemple le rle de la figuration au cinquime acte d',athalie4 ,au moment o ,joad s'crie3 ,soldats du ,dieu vivant1 dfendez votre roi1 le fond du thtre s'ouvre4 ,on aperoit l'intrieur du temple et les lvites arms s'avancent sur la scne4 ,on a tort1 la ,comdie-,franaise1 de ne pas excuter entirement cette mise en scne4 ,le fond du thtre devrait s'ouvrir derrire le trne o est plac ,joas2 et le public devrait apercevoir1 jusque dans les derniers plans du thtre1 les masses nombreuses des lvites arms4 ,au lieu de cela1 on voit simplement entrer par les cts un certain nombre de lvites tenant un glaive la main4 ,cette figuration manque de grandeur et n'est pas de nature faire sentir au public le poids dont la sainte arme devrait peser sur l'orgueil et sur la colre d',athalie4 ,et ici ce sont bien les sentiments par lesquels passe ,athalie qu'il faut nous faire comprendre et partager4 ,un glaive la main des lvites ne suffit pas2 il faudrait un appareil plus formidable1 et surtout viter l'entre successive des lvites par les bas cts4 ,au moment o le fond du thtre s'ouvre et o l'on aperoit les rangs presss des lvites hrisss d'armes1 le mouvement orchestrique devrait consister en une marche d'ensemble1 de deux ou trois pas seulement1 de toute cette troupe arme1 divise en deux groupes1 l'un gauche1 l'autre droite du trne4 ,cette double pousse imposante agirait avec une puissance que doublerait l'ensemble du mouvement2 et nous participerions au sentiment de surprise et d'effroi qui s'empare de l'esprit d',athalie4 ,on peut d'ailleurs juger de la puissance d'effet que possde un mouvement d'ensemble par les ballets italiens dont c'est peu prs le seul mrite4 ,quand le choeur est appel jouer un rle passif1 ce qui avait lieu en gnral chez les anciens1 la mise en scne demande plus de soins encore et plus de science2 car1 dans ce cas1 c'est le choeur lui-mme qui devient le personnage complexe auquel nous nous intressons et avec lequel nous sympathisons4 ,il exprime alors les sentiments divers qui doivent passer dans notre me et nous agiter comme lui-mme4 ,tout le public participe la situation du choeur1 et le triomphe du pote est de russir troubler l'me du spectateur des mmes motions qui sont censes troubler l'me des personnages qui composent la figuration4 ,on en a un exemple saisissant dans l',oedipe roi1 tel qu'on le joue la ,comdie-,franaise o il est admirablement mis en scne4 ,au lever du rideau1 le peuple est genoux1 tendant ses mains suppliantes vers le palais d',oedipe4 ,les sentiments qu'il exprime et qui l'agitent sont ceux-l mmes qui doivent pntrer dans notre me4 ,c'est donc de l'attitude de la figuration que dpend l'impression que recevra le public4 ,cela demande une prparation savante1 et une trs grande svrit de discipline4 ,la difficult est d'ailleurs moins grande quand le choeur est en majorit compos de femmes2 car la femme a une facult d'assimilation et d'imitation trs suprieure celle de l'homme4 ,le premier soin est de dterminer l'attitude du corps1 le mouvement des bras1 des mains1 et d'exiger que les regards ne quittent pas le point fixe sur lequel ils sont dirigs4 ,on obtient de la sorte l'attitude suppliante1 qui dtermine chez les femmes agenouilles une disposition morale conforme leur aspect physique4 ,a son tour1 cette disposition morale se rflchit et donne leur attitude celle ressemblance frappante avec la nature qui agit sur nous par une sorte d'influence identique4 ,il s'tablit ainsi1 chez les femmes agenouilles1 un double courant qui va du physique au moral et qui retourne du moral au physique1 double courant dont il ne faut qu'aucune distraction vienne interrompre le circuit4 ,le public subit1 comme nous l'avons dit1 l'influence du tableau qu'on compose pour ses yeux1 et ses dispositions morales se conforment celles que les figurantes doivent leur propre attitude4 ,on voit que la science de la mise en scne a l un point de contact remarquable avec la physiologie4 ,au dernier acte d',oedipe roi1 le rle du choeur est plus important encore4 ,il est rgl la ,comdie-,franaise d'une manire tout fait remarquable1 et les mouvements de la figuration peuvent s'y comparer aux volutions savantes et mesures des choeurs antiques4 ,le peuple de ,thbes est group au fond du thtre1 devant le palais d',oedipe4 ,il vient d'apprendre la mort violente de ,jocaste et d'entendre le rcit lamentable de l'attentat d',oedipe sur lui-mme4 ,le misrable1 en effet1 s'est enfonc dans les yeux une pingle d'or arrache au cadavre de la reine4 ,mais l'infortun s'approche4 ,alors le choeur s'branle1 entran par ce mouvement de poignante curiosit qui pousse les foules au-devant des spectacles tragiques4 ,dans une suite de mouvements successifs1 en quelque sorte musicalement mesurs1 le choeur monte et envahit les marches du palais4 ,soudain l'effroi s'empare de cette foule ds qu'elle aperoit le malheureux que le public ne voit point encore1 et un mouvement de recul se dessine1 harmonieusement mesur4 ,le peuple alors1 marche marche et en des temps gaux1 redescend les degrs du palais1 s'cartant devant un spectacle horrible2 et c'est lorsque le public a particip ce double sentiment de curiosit anxieuse et d'effroi qu'apparat le spectre aux yeux sanglants4 ,spectacle vritablement tragique1 mais qui n'est si grand que parce que notre douloureuse sympathie a t pralablement veille par les angoisses du choeur qui se sont rpercutes dans notre me4 ,voil de la vritable science de mise en scne4 leve ce degr1 la mise en scne est un art qui n'a rien envier l'orchestrique des anciens1 et la ,comdie-,franaise est en cela gale1 si ce n'est suprieure1 aux thtres d',athnes4 ,chez les anciens1 le rle du choeur tait bien plus considrable que ne l'est jamais chez les modernes la figuration4 ,le choeur fut d'abord le personnage principal et pour ainsi dire unique du drame2 aprs ,eschyle1 l'poque de ,sophocle1 d',euripide et d',aristophane1 il conserva encore1 sinon sa prpondrance dramatique1 au moins toute sa magnificence et toute sa puissance potique4 ,ce fut en lui que se rsuma toujours la beaut du spectacle1 qui en fit l'attrait et qui constituait la difficult de la reprsentation4 ,c'tait1 en effet1 dans les volutions du choeur que consistait presque toute la mise en scne4 crites suivant les lois et les mtres de la posie lyrique1 les strophes taient danses1 mimes et chantes2 ou du moins1 pour tre plus exact1 tandis qu'on les rcitait sur un rythme musical1 on marchait en mesure en appuyant le rcit lyrique de gestes appropris4 ,on conoit que la formation d'un choeur1 son instruction musicale et orchestrique exigeaient de longues tudes et de nombreuses rptitions4 ,aujourd'hui1 c'est tout le contraire2 le choeur n'est qu'un accessoire1 et parfois mme on le supprime sans beaucoup de faons4 ,c'est ainsi que dernirement1 l',odon1 une reprsentation d',andromaque1 j'ai vu supprimer la figuration dans la dernire scne du cinquime acte1 ce qui est absolument contraire au texte de ,racine1 ce qui nuit l'effet reprsentatif de cette suprme scne et ce qui en outre entrane la suppression des quatre derniers vers de la tragdie4 ,c'est1 en gnral1 quand la pice est sue et prte tre joue que l'on forme et que l'on faonne la figuration4 ,les figurants1 il est vrai1 n'ont plus rciter les choeurs de ,sophocle1 d',euripide et d',aristophane1 qui comptent parmi les plus beaux morceaux que nous ait laisss la posie lyrique4 ,aussi le dommage est-il moindre4 ,cependant pendant longtemps les figurants ont dpar la tragdie franaise4 ,jadis1 on faisait gnralement avancer les soldats1 grecs et les licteurs romains en une sorte de file indienne2 puis ils faisaient front1 face au public1 comme nos conscrits sur le terrain d'exercice4 ,or une marche de flanc est aussi dangereuse au thtre qu' la guerre1 car le ridicule tue aussi bien et aussi srement qu'un boulet de canon4 ,et de fait1 le public accueillait presque toujours ces pauvres licteurs d'un rire moqueur qui avait pour premier inconvnient de dtruire son propre plaisir4 ,aujourd'hui1 la tragdie est dans son ensemble beaucoup mieux joue qu'autrefois1 mme que du temps de ,rachel1 que nous n'avons plus1 hlas6 ,la raison en est dans le soin que l'on prend de ne confier les rles secondaires qu' des acteurs capables de les tenir dignement et aux prcautions qu'on prend pour viter aux figurants leur antique msaventure4 ,voici ce sujet les deux prescriptions les plus importantes4 ,dans la tragdie1 premirement1 les soldats1 les gardes1 les licteurs doivent se prsenter sur la scne en groupe irrgulirement serr1 en ayant soin d'viter toute disposition pouvant prsenter l'apparence de files ou de rangs2 deuximement1 ils ne doivent jamais excuter un mouvement ayant une apparence de manoeuvre4 ,au surplus1 on n'aurait eu1 pour dcouvrir cette rgle bien simple1 qu' regarder les mdailles antiques1 qui sont des objets d'art1 et comme tels en laissent apercevoir les procds4 ,or toujours1 ds qu'il y est figur des soldats pied ou cheval1 que ce soient des licteurs1 des porte-tendards1 des archers ou autres1 ils sont forms en groupes irrguliers1 prsentant une disposition artistique bien plus que militaire4 ,c'est l ce qu'il fallait imiter1 et ce qu'on s'est dcid faire par intuition peut-tre plutt que conduit par le raisonnement4 ,quand un groupe de figurants1 soldats ou licteurs1 arrive sur la scne1 il doit se prsenter vivement1 en ayant l'attention de ne pas prendre l'allure cadence du pas militaire1 et s'arrter franchement sans se proccuper de la rgularisation des rangs2 s'il entre par le fond et s'il doit faire face au public1 il faut que le mouvement soit un et jamais dcompos en deux mouvements4 ,si le choeur a dfil de flanc sous les yeux des spectateurs1 il doit1 en s'arrtant1 conserver1 si c'est possible1 cette position et ne pas excuter le mouvement de front4 ,si l'on ne peut viter ce mouvement1 il faut qu'il soit accompli librement et vivement par chaque figurant1 sans que son allure semble lie celle de son voisin4 ,moyennant ces quelques prcautions1 on vitera ce que jadis l'entre de ces figurants avait toujours de ridicule4 ,il restera encore de grandes difficults faire manoeuvrer un personnel nombreux1 surtout prsenter dcemment au public une image de ce qu'on appelle le monde1 et figurer par exemple une soire ou un bal4 ,on se heurte en quelque sorte des impossibilits1 car on n'a pas la facult de donner ses figurants la jeunesse1 la beaut et la distinction des manires4 ,on relgue bien la figuration dans les derniers plans2 on en masque autant que possible la vue1 en ne la montrant que par chappes2 mais il faut que le texte se prte ces subterfuges4 ,on peut donc dsirer que les potes n'abusent pas de ces reprsentations qui sont de nature nuire leurs oeuvres4 ,dans les thtres comiques1 on prend rsolument le taureau par les cornes1 et l'on figure le bal le plus lgant au moyen de six ou huit figurants pitrement habills4 ,le public se contente ici d'un signe abrg1 ce qui est possible dans un genre o l'on ne recherche la vrit que dans l'humour et dans l'esprit du dialogue4 ,,chapitre ,,xxx ,des actes et des tableaux4--,confusion frquente4--,unit dramatique des actes4--,du thtre espagnol1 anglais1 allemand4--,les changements de tableaux impliquent des changements vue4 ,dans les cinquante dernires annes1 l'esthtique dramatique s'est modifie4 ,jadis l'action devait tre une1 se drouler dans le mme lieu pendant l'unit de temps qui est le jour de vingt-quatre heures4 ,l'action se divisait en gnral en cinq actes qui reprsentaient cinq moments successifs4 ,toutefois1 la rgle des trois units1 qui a fait couler des flots d'encre1 n'a jamais t respecte que chez les ,franais4 ,chez les ,espagnols1 chez les ,anglais1 et enfin chez les ,allemands1 les potes ne s'en sont jamais proccups4 ,entrans par leur exemple1 les ,franais leur tour ont bris cette triple entrave1 ou plutt ils n'en ont conserv qu'une seule1 l'unit d'action4 ,on a si bien transgress l'unit de temps que parfois1 en dpit de ,boileau qui le reprochait au thtre tranger1 un personnage1 enfant au premier acte1 est barbon au dernier4 ,quant l'unit de lieu1 non seulement le lieu a pu changer d'acte en acte1 mais encore1 l'exemple1 de ce qui a lieu dans ,shakspeare1 les diffrentes scnes d'un acte se passent la plupart du temps dans des lieux diffrents4 ,je ne m'arrterai pas discuter les lois de cette esthtique nouvelle et en peser les avantages et le mrite3 cela est compltement en dehors du sujet que je traite4 ,je n'ai m'occuper que de la mise en scne1 et en particulier de la reprsentation des drames emprunts au thtre des ,anglais1 des ,espagnols et des ,allemands4 ,sur nos affiches1 nous voyons chaque instant annonc un drame en cinq actes et douze tableaux4 ,je dis douze pour prendre un exemple quelconque4 ,conformment aux principes de l'esthtique1 les douze tableaux devraient se rpartir dans les cinq actes1 de telle sorte que la reprsentation mt en lumire et impost l'esprit des spectateurs les rapports que doivent avoir entre eux les tableaux renferms dans un mme acte4 ,or1 en gnral1 il n'en est absolument rien1 et il est facile de constater que si les spectateurs savent tout instant quel tableau en est la pice1 ils perdent rapidement la notion des actes et sont dans l'impossibilit de dire quel acte appartient tel ou tel tableau4 ,cela tient ce que les tableaux sont presque toujours spars les uns des autres par des entr'actes1 absolument comme s'ils taient des actes4 ,il n'y a que demi-mal quand il s'agit de pices modernes1 o le mot acte et le mot tableau sont si frquemment confondus1 et o l'expression de cinq actes n'est qu'une phrasologie de convention4 ,dans ce cas1 il faudrait mieux indiquer simplement le nombre des tableaux1 comme dans ,nana ,sahib1 qui tait dnomm par son auteur drame en sept tableaux4 ,mais1 alors1 pourquoi pas drame en sept actes8 ,c'est un hommage tacite rendu l'antique division dramatique4 ,ainsi nous constatons une confusion constante entre les actes et les tableaux1 et il est manifeste que parfois on emploie le mot tableau uniquement parce que la dure parat un peu petite pour un acte1 ce qui est une trs mauvaise raison1 un acte n'ayant pas en soi de dure dtermine4 ,d'un autre ct1 la mme confusion clate quand il s'agit de la reprsentation des chefs-d'oeuvre trangers4 ,hamlet est un drame en cinq actes et vingt tableaux2 ,othello1 un drame en cinq actes et quinze tableaux4 ,or1 pour les adapter la scne franaise1 ou modifie la physionomie de ces oeuvres par la proccupation qu'on a de diminuer le nombre des tableaux et d'viter ainsi des frais et des difficults de mise en scne4 ,c'est ainsi que l',othello de ,m4 de ,gramont1 reprsent il y a deux ans l',odon1 est dnomm drame en cinq actes1 huit tableaux4 ,on a fait une conomie de sept tableaux1 qui sont1 il est vrai1 les moins importants2 mais1 ce qui est plus grave1 c'est que l'on a modifi la division de l'action dramatique1 de telle sorte l',othello est devenu une pice en huit actes4 ,il est clair ici que je ne m'en prends pas l'auteur qui n'a fait en somme que se plier aux exigences thtrales4 ,c'est donc la mise en scne que j'en ai4 ,un acte est une division dramatique qui doit avoir un commencement et une fin1 dont toutes les parties sont indissolubles1 et dont par consquent la reprsentation ne doit pas offrir de solution de continuit pour les yeux1 puisqu'elle n'en offre pas pour l'esprit4 ,dans un entr'acte1 si court qu'il soit1 un pote peut faire tenir un temps quelconque si grand qu'il soit4 ,en gnralisant le phnomne1 on peut dire que dans un temps rel infiniment petit nous pouvons faire tenir un temps imaginaire infiniment grand4 ,on en a une preuve dans ce fait que dans une seconde de sommeil le rve fait entrer une suite considrable d'vnements4 ,la dure des entr'actes est donc sans rapports avec le temps suppos coul par le pote et avec le nombre d'vnements qu'il imagine s'tre passs entre deux actes4 ,donc1 en allongeant un entr'acte1 nous ne rendons nullement plus plausible l'intervalle plus ou moins grand de temps1 suppos coul entre les deux moments de l'action au milieu desquels il s'intercale4 ,la dure d'un entr'acte n'est pas proportionnelle l'accroissement du temps4 ,voil une des faces du phnomne2 examinons l'autre4 ,quand le rideau tombe1 l'esprit du spectateur1 dgag de l'treinte du pote1 redevient immdiatement libre4 ,il y a dans cette chute du rideau1 dans cette disparition absolue du spectacle1 un signe manifeste de l'interruption de l'action dramatique4 ,une partie de cette action est ds lors accomplie1 et l'esprit du spectateur est prt franchir l'espace de temps que voudra le pote1 mais non accepter1 quand le rideau se relvera1 une contigut entre les deux tableaux1 et une continuation1 aprs interruption1 du moment prcdent de l'action4 ,un acte reprsente une suite de sensations troitement associes2 si donc1 entre deux tableaux appartenant un mme acte1 on intercale un entr'acte1 on brise un anneau de la chane des sensations1 qui doivent se succder sans interruption pour se fondre dans une sensation gnrale et totale4 ,l'esprit du spectateur est donc oblig de reconstruire rtrospectivement la suite interrompue de ses sensations1 de revenir de lui-mme sur l'ide de fin qui s'tait forme en lui3 au lieu d'un mouvement en avant1 il prouve donc1 non seulement un temps d'arrt1 mais encore un mouvement de recul4 ,l'action du drame1 au lieu d'avancer1 rtrograde1 et l'impression de ralentissement se fait sentir notre esprit1 bien qu'elle ne rsulte pas des dispositions imagines par le pote4 ,c'est par consquent1 dans ce cas1 la mise en scne qui est responsable de ce sentiment de lenteur qui nous fait juger sous un jour faux l'action ininterrompue trace par le pote4 ,c'est une impression que1 sans pouvoir l'expliquer1 j'avais souvent prouve1 quand de temps autre on remontait sur une scne franaise un des drames de ,shakspeare4 ,il me semblait que par moments l'action ne marchait pas et je n'tais pas loin d'en accuser le gnie dramatique du pote4 ,cependant la lecture me donnait une impression tout autre4 ,mais1 ds que mon attention se porta sur la mise en scne1 je ne fus pas long dcouvrir que l'ennui1 provenant d'une action qui semblait trop lente ou stagnante1 avait pour vritable cause les procds de notre mise en scne appliqus aux drames de ,shakspeare4 ,le rythme et la mesure de l'oeuvre se trouvaient altrs1 absolument comme si dans une phrase musicale on et intercal mal propos un temps de silence4 ,je n'ignore pas que la division en actes des drames de ,shakspeare est postrieure au pote4 ,a cela on peut toutefois rpondre que la reprsentation devait forcment oprer la division des tableaux1 dont la rpartition en cinq actes a t le rsultat d'un travail critique rflchi1 peu de temps aprs la mort de ,shakspeare1 et laquelle il est assez raisonnable de nous tenir4 ,en tout cas1 il ne peut y avoir plusieurs manires galement bonnes d'oprer cette division4 ,au surplus1 dfaut de l'exemple de ,shakspeare1 il resterait celui de ,goethe et de ,schiller1 et celui de ,sheridan dans le thtre anglais4 ,pour conclure1 je crois que l'on pourrait procurer un plaisir dramatique trs vif aux spectateurs franais1 en montant sur nos scnes les plus belles oeuvres des thtres trangers1 espagnols1 anglais et allemands1 la condition qu'on respectt la division gnrale et qu'on n'altrt pas l'intgrit de chaque acte par l'introduction d'entr'actes entre les divers tableaux qui le composent4 ,il faudrait dans ce but prendre le parti d'une mise en scne spciale et sommaire qui permt de faire vue1 entre les tableaux d'un mme acte1 tous les changements de dcorations ncessits par les changements de lieux4 ,grce la continuit du spectacle1 ces drames conserveraient leur physionomie propre1 l'action son allure relle et les diffrents moments de cette action leur marche ininterrompue4 ,dans ce systme1 il faudrait renoncer toute somptuosit de mise en scne1 autre que celle qui rsulterait des dcorations peintes4 ,je ne vois pas o serait l'inconvnient1 ces drames ayant presque tous par eux-mmes une puissance reprsentative trs grande4 ,quant nos pices modernes1 il me parat ncessaire que les auteurs mettent un terme la confusion qui dure depuis trop longtemps entre les actes et les tableaux1 et qu'ils rservent le nom d'acte toute suite de scnes formant un tout dramatique partiel1 termin par cette interruption du spectacle qu'on appelle un entr'acte4 ,dans ce systme1 qui est le seul logique1 il faudrait faire abngation de toute mise en scne exigeant entre les tableaux un entr'acte pour la plantation du dcor4 ,la vrit dramatique et la logique de l'action opposent donc des bornes naturelles l'exagration de la mise en scne4 ,c'est un fait important constater1 puisqu'il nous montre que les progrs de l'art dramatique sont loin d'exiger un luxe disproportionn de mise en scne1 et que souvent c'est en s'effaant modestement que la mise en scne mrite le nom d'art4 ,ce qui entrane souvent les potes1 c'est que les changements les plus compliqus n'exigent d'eux qu'un trait de plume2 et que leur imagination lve ou renverse des palais avec une rapidit telle qu'elle n'altre en rien la contigut des diffrents moments d'une action partielle qui pour leur esprit reste une et indissoluble4 ,l'art pour eux n'est qu'un jeu de leur imagination2 et de mme qu'ils ne nous doivent que l'apparence des tres1 de mme ils ne nous doivent que l'apparence des choses4 ,mais alors il ne faut pas que la mise en scne s'attarde remuer d'normes machines2 il faut qu'elle se fasse alerte et quelque peu ferique pour rpondre aux coups d'aile de l'imagination potique4 ,j'ajouterai une remarque gnrale pour clore ce chapitre4 ,les directeurs ont le dfaut de faire les entr'actes trop longs4 ,la plupart du temps sans doute le spectateur n'prouve qu'un ennui que dissipe le lever du rideau2 mais quelquefois la longueur de l'entr'acte nuit l'effet dramatique4 ,je citerai comme exemple le drame d',antony4 ,si1 entre le second et le troisime acte1 ainsi qu'entre le quatrime et le cinquime1 on n'intercalait qu'un entr'acte d'une ou deux minutes1 juste le temps de changer les dcors par des procds rapides1 on doublerait la puissance du drame en ne laissant pas au spectateur le temps de recouvrer son sang-froid et de se dgager de l'treinte du pote4 ,mais1 objectera-t-on1 au lieu de finir minuit le spectacle finirait onze heures3 on me permettra1 je pense1 de mpriser absolument cette objection4 ,au surplus1 quand je dis qu'entre deux actes1 lis par le pathtique d'une mme situation1 l'entr'acte doit tre rduit la plus petite dure possible1 ce n'est pas un conseil discutable que je donne1 mais une rgle indiscutable que j'nonce et qui s'impose au nom de principes artistiques qui ne souffrent pas d'objections4 ,,chapitre ,,xxxi ,de l'imitation de la nature4--,de la prsentation et de la reprsentation d'un phnomne4--,de la reprsentation de la mort4--,toute reprsentation est conditionne par l'imagination du spectateur4--,le jugement du public est subordonn l'ide qu'il se fait de la ralit4 ,l'auteur1 dans la mise en scne qu'il imagine1 le dcorateur et le metteur en scne1 dans celle qu'ils ralisent1 les comdiens dans leur diction et dans leur jeu ainsi que dans leurs costumes1 ont ncessairement pour lgitime ambition d'arriver une ressemblance frappante avec la nature qui est leur modle4 ,tout le monde en convient2 mais alors ne semble-t-il pas que cette direction imprime tant d'efforts divers soit contradictoire avec le jugement dfavorable que l'on se croit en droit de porter sur la thorie raliste8 ,ou bien y aurait-il un degr d'approximation que l'art ne doive pas franchir8 ,nous touchons l l'ternelle question sur la nature et sur le but de l'art1 question que je crois fort inutile de relever dans ce petit ouvrage o elle ne pourrait occuper qu'une place incidente4 ,je la ramnerai des proportions plus modestes1 et je la limiterai au sujet spcial que je traite4 ,je vais donc m'occuper de rechercher jusqu' quel point le metteur en scne et l'acteur peuvent pousser la perfection de l'imitation1 et si1 dans les efforts qu'ils font pour y atteindre1 ils ne doivent pas tre dirigs par une mthode gnrale et un ensemble de rgles suffisamment prcises4 ,ce problme est domin par un mot dont il faut bien comprendre le sens et la porte2 c'est le mot reprsentation4 ,tous les faits quelconques dont nous sommes chaque jour les tmoins oculaires se prsentent nous2 tandis que1 lorsque le souvenir de ces mmes faits nous revient la mmoire1 ceux-ci se reprsentent notre esprit4 ,or1 entre la prsentation et la reprsentation d'un fait1 il existe une diffrence qui consiste en ce qu'un nombre variable de dtails d'importance diverse1 plus ou moins bien observs dans la prsentation1 ne se retrouvent plus dans la reprsentation4 ,en outre1 si un mme fait se prsente nous diffrentes reprises1 offrant chaque fois quelque varit dans l'ordre ou l'intensit des phnomnes1 il est clair que les reprsentations successives que nous aurons eues de ces faits semblables varieront dans leurs caractres particuliers1 mais se ressembleront dans leurs caractres gnraux4 ,par suite1 la synthse de ces diverses reprsentations offrira donc notre esprit une nouvelle reprsentation1 rassemblant et fixant les caractres communs de toutes les reprsentations antrieures et laissant dans le vague une masse flottante1 indcise de traits particuliers4 ,cette nouvelle reprsentation n'est autre chose que l'ide que nous avons acquise d'un certain ordre de faits4 ,prenons pour exemple la reprsentation de la mort1 qui est le phnomne naturel dont le thtre nous offre le plus frquemment la reprsentation4 ,il est peu de personnes qui n'aient assist la mort d'un tre quelconque3 l'un a vu mourir un vieillard1 l'autre un enfant ou une femme2 celui-ci a vu tomber des soldats sur le champ de bataille1 celui-l a assist l'agonie de malades dans un hpital2 les uns ont observ la mort lente ou violente d'animaux1 les autres la leur ont cause volontairement2 tous enfin ont vu les mmes phnomnes gnraux se reproduire dans des conditions extrmement variables4 ,si l'on ajoute ce nombre plus ou moins grand d'expriences personnelles la description si souvent faite de ce mme phnomne1 on comprendra comment il s'est form dans l'esprit de chacun de nous une ide de la mort1 ide qui se compose des caractres communs toutes les prsentations de ce phnomne suprme1 et qui pour chacun de nous est la mme dans ses traits gnraux et ne peut diffrer que par un certain nombre de traits particuliers d'importance secondaire4 ,or1 c'est uniquement cette ide1 ou cette image 7ce qui revient au mme71 qui est seule artistiquement reprsentable4 ,transportons-nous dans une salle de thtre o nous assisterons un drame dans lequel un acteur ou une actrice doit nous donner le spectacle de la mort1 et examinons bien les conditions du problme scnique rsoudre4 ,l'acteur doit produire l'apparence de la mort1 et son art consiste atteindre un degr frappant de ressemblance4 ,mais de ressemblance avec quoi8 ,avec la mort d'un parent laquelle il aura assist dans sa famille ou d'un moribond d'hpital dont il aura par scrupule t tudier l'agonie8 ,nullement2 mais de ressemblance avec l'ide de la mort que possdent les quinze cents spectateurs qu'il a devant lui4 ,si l'image qu'il voque devant toute une salle est semblable dans ses caractres gnraux l'ide que chacun se fait de la mort1 les quinze cents spectateurs dclareront l'unanimit que le jeu de cet acteur est admirable de vrit1 ce qui sera exact puisque l'art de l'acteur consiste prcisment objectiver devant les yeux du spectateur l'image ou l'ide que celui-ci a dans l'esprit4 ,et son jeu1 qu'on le remarque1 sera d'autant plus vrai qu'il sera moins rel1 c'est--dire moins compliqu de dtails particuliers et spciaux1 non observs par la majorit des spectateurs4 ,si1 en effet1 un acteur s'ingniait reproduire trait pour trait telle faon extraordinaire de mourir1 observe par lui-mme1 il s'exposerait1 tout en tant plus rel1 paratre moins vrai1 car l'image qu'il offrirait serait dissemblable celle qu'ont dans l'esprit la plupart des quinze cents spectateurs4 ,nous pouvons donc conclure que1 si le rel est le vrai dans la prsentation des phnomnes1 il n'est pas toujours le vrai dans la reprsentation de ces mmes phnomnes4 ,or comme au thtre il ne s'agit jamais que de la reprsentation de la vie et de tous les actes qui la composent1 ni l'auteur1 ni le metteur en scne1 ni les acteurs ne doivent s'attacher reproduire la ralit1 mais seulement l'image qui est la reprsentation idale du rel4 ,un acteur doit donc tre un observateur de la nature1 non pour transporter servilement ses observations sur la scne1 mais pour enregistrer en lui tous les traits communs dont se compose synthtiquement l'ide ou l'image qu'il s'efforcera de reproduire4 ,c'est pour cela que dans la carrire du comdien l'intuition lui est d'un si grand secours2 car1 aprs le travail inconscient de gnralisation qui se produit en lui1 cette facult d'introspection lui permet d'avoir une vue trs nette de l'image intrieure qui s'est forme dans son esprit2 et c'est prcisment cette vue trs claire des ides qui fait les grands comdiens4 ,si l'un d'eux doit reprsenter une scne de folie1 ira-t-il ,bictre tudier un fou particulier dont il s'efforcera de reproduire identiquement les airs1 les gestes et toutes les manies8 ,non pas2 mais il cherchera dans une visite gnrale rassembler dans sa mmoire les traits communs qui se retrouvent dans tous les fous d'une mme catgorie2 surtout il s'efforcera1 par une attention toute subjective1 de tirer des tnbres de son esprit l'ide qu'il se fait d'un fou et de bien se pntrer1 pour les reproduire1 des traits qui composent cette image idale4 ,c'est prcisment dans la fixation de cette image subjective et dans la difficult de la transformer en une image objective que les comdiens ont toujours quelques progrs faire4 ,c'est cette image qui est le modle dont le thtre nous doit la plus frappante copie4 ,autrement1 s'il s'agissait au thtre de ralit1 comment le public serait-il apte juger de la vrit1 lui qui la plupart du temps n'a pas directement observ cette ralit8 ,au contraire1 transportez-le au milieu de civilisations teintes ou trangres1 dans un milieu populaire1 bourgeois ou aristocratique1 talez devant ses yeux les crimes les plus monstrueux1 les actes vertueux les plus rares1 il s'criera ingnument3 comme c'est nature6 comme c'est vrai6 et vous1 potes et comdiens1 vous savourerez cette manifestation de son admiration1 et c'est pour mriter cet loge que vous donnez toutes vos forces un travail qui souvent vous tue4 ,or1 d'o le public tiendrait-il cette comptence que vous lui reconnaissez1 s'il ne devait formuler son jugement que d'aprs l'observation personnelle et directe du phnomne8 ,s'il a le droit de porter ainsi l'loge ou le blme sur vos travaux1 sur vos conceptions et sur les rsultats de vos longues et pnibles tudes1 c'est qu'il rapporte la reprsentation que vous lui offrez l'ide qu'il se fait du phnomne et l'image qu'il possde en lui-mme2 et ce qu'il applaudit1 ce n'est pas la reproduction d'une ralit qu'il ne lui a pas t donn d'observer directement1 mais le degr de ressemblance de l'image que vous dessinez ses yeux avec l'ide qu'il s'est forme du fait reprsent4 ,,chapitre ,,xxxii ,de l'acteur4--,de la formation subjective des images4--,rapport de la cration de l'acteur avec l'idal du public4--,toute volution idale implique une modification dans l'image reprsente4--,c'est la gnralit d'un phnomne qui justifie sa reprsentation4--,smilis4--,l'acteur doit viter l'accidentel4 ,le metteur en scne et l'acteur doivent donc s'attacher bien dterminer les traits gnraux des tres dont ils doivent exposer aux yeux du public la reprsentation thtrale1 et les caractres communs de tous les phnomnes particuliers qui composent l'ide qu'ils veulent rendre sensible et visible4 ,dans toute nouvelle cration1 leur mrite consiste1 surtout pour l'acteur1 dont l'art est plus fcond et plus personnel1 amener la reprsentation scnique son point de perfection1 c'est--dire dterminer jusqu'o ils peuvent pousser la ralisation de l'ide dont ils possdent en eux l'image subjective4 ,a mesure que le temps s'coule1 que les gnrations se succdent1 il y a des images qui s'affaiblissent et d'autres qui1 au contraire1 s'claircissent et se prcisent4 ,les ides qui flottent dans l'imagination des hommes sont semblables aux images que nous tenons dans le champ de notre lorgnette et qui1 selon les dispositions relatives que nous donnons aux foyers des lentilles1 se rapprochent et se prcisent ou s'loignent en se diffusant4 ,le comdien doit donc s'efforcer de bien discerner les traits dont se composent les ides des spectateurs2 et son ambition constante est de dcouvrir quelques-uns des caractres communs1 si faibles qu'ils soient1 que ses prdcesseurs ont nglig de mettre en vidence2 enfin de se rendre compte des modifications que le temps ou des circonstances particulires ont apport ces ides4 ,c'est en ce sens que le comdien doit toujours tudier la nature2 car il est ncessaire qu'il compare1 le plus souvent possible1 la prsentation et la reprsentation des phnomnes1 afin de discerner si les traits dont il revt ses imitations ont bien tous le caractre gnral qui sera pour tous les spectateurs la marque de la vrit1 et de dcouvrir peut-tre quelque trait nouveau qui soit de nature rendre la ressemblance plus parfaite4 ,si1 par suite de circonstances fortuites1 les hommes d'une gnration ont t mme d'observer plus souvent ou mieux que ceux qui les ont prcds un certain ordre de faits1 l'ide qu'ils en conoivent sera sensiblement diffrente de celle qu'en possdaient les gnrations antrieures2 et le comdien1 s'il a de l'intuition et de la pntration1 ne se contentera plus pour les reprsenter des traditions de mtier1 mais modifiera son jeu de manire reproduire l'image actuelle et trouver sa ressemblance exacte4 ,supposons qu'une actrice1 ayant cr il y a vingt ans le rle d'une convulsionnaire1 dt de nouveau en crer un semblable aujourd'hui1 devrait-elle se contenter de reproduire identiquement le jeu de scne qui lui a valu jadis un succs8 ,nullement1 car les ides que nous avons aujourd'hui sur les nvroses sont sensiblement diffrentes de celles que nous avions il y a vingt ans4 ,on s'est beaucoup occup de cette question2 les journaux l'ont agite1 ont rendu compte avec force dtails des nombreuses expriences faites avec clat sur l'hystrie2 et l'ide que nous nous faisons actuellement d'une convulsionnaire a des formes plus nettes et plus accuses4 ,l'actrice devra donc procder une nouvelle mise au point1 ajouter son jeu d'autrefois et le mettre en harmonie avec l'ide actuelle des spectateurs1 avec discernement1 d'ailleurs1 et sans exagration1 car les ides humaines n'ont que de lentes volutions4 ,mais enfin tel trait qui1 dans son jeu1 et paru extravagant il y a vingt ans1 paratrait aujourd'hui vrai et naturel4 ,ce n'est pas la ralit cependant qui a chang1 mais l'image idale qu'en possde l'esprit des spectateurs4 ,on voit en quels sens divers le talent d'un comdien peut toujours progresser par l'observation2 c'est un art qui n'est jamais immobile1 mais qui se renouvelle constamment et qui1 dans son volution1 suit les volutions des ides humaines4 ,la mthode de travail du comdien se rsume donc en deux points3 premirement1 dtermination des traits gnraux de l'image qui est la synthse idale d'un ensemble de phnomnes particuliers et rels2 deuximement1 retour frquent l'observation de la nature1 afin de dcouvrir si l'examen compar des phnomnes ne lui fournira pas quelque caractre commun jusqu'ici nglig ou inaperu1 ou si1 dans les prsentations fortuitement frquentes d'un phnomne1 la rapparition d'un trait particulier ne l'lve pas l'importance d'un trait gnral4 ,ce deuxime point est extrmement dlicat1 car il est toujours tentant d'ajouter quelque chose au jeu de ses prdcesseurs ou de ses mules2 et c'est presque toujours par excs que pchent les comdiens1 par suite de l'attention que plus que tout autre ils apportent l'observation des phnomnes4 ,quand1 dans le jeu d'un comdien1 un trait parat contraire la nature1 on peut presque toujours tre certain que ce trait a cependant t observ et pris sur la nature par le comdien1 dont l'erreur a uniquement consist lui attribuer un caractre gnral qu'il n'avait pas1 et par consquent voquer aux yeux des spectateurs une image diffrant par excs de l'ide qui a pu se former dans l'esprit du plus grand nombre d'entre eux4 ,voici entre autres un exemple4 ,dans un drame intitul ,smilis1 jou rcemment la ,comdie-,franaise1 on voyait1 au premier acte1 deux vieux amis1 l'un amiral1 l'autre commandant1 se retrouvant aprs une longue sparation1 tomber dans les bras l'un de l'autre4 ,or les acteurs avaient cru devoir ajouter le baiser l'accolade1 baiser franchement donn et reu1 et entendu de tous les spectateurs qui ne pouvaient rprimer un sourire1 tmoignage instinctif de leur tonnement4 ,c'est qu'en effet c'tait une faute de mise en scne de la part des deux excellents comdiens1 provenant prcisment d'une judicieuse et relle observation3 beaucoup de personnes savent que les militaires et les marins ont l'inoffensive habitude de s'embrasser fraternellement quand ils se retrouvent dans leur carrire aventureuse4 ,mais les comdiens avaient eu le tort de relever un trait particulier ne s'accordant pas avec l'ide gnrale que se forme le public de deux hommes qui se jettent dans les bras l'un de l'autre4 ,l'embrassade1 en effet1 n'admet1 dans la vie relle1 que le simulacre du baiser1 qui aux yeux de la plupart des hommes est un acte entach d'un peu de ridicule4 ,voil donc une lgre faute de mise en scne qui a prcisment pour cause l'observation exacte de la nature dans certains cas particuliers2 et la faute a consist dans la substitution d'une image particulire l'image gnrale qui seule rpondait l'ide que se faisaient du fait reprsent les dix-huit cents spectateurs4 ,a un autre point de vue1 d'ailleurs1 on peut dire qu'au thtre1 en dehors de certains cas particuliers1 comme par exemple dans l'expression du sentiment filial1 le baiser n'est tolr que s'il est donn ou reu par une femme4 ,en gnral1 les acteurs n'en doivent jamais faire que le simulacre4 ,le ,mariage de ,figaro nous facilite la dtermination de la limite au del de laquelle on choquerait la biensance4 ,au cinquime acte1 lorsque ,chrubin1 croyant embrasser ,suzanne1 embrasse le comte ,almaviva1 tout spectateur attentif ses propres impressions s'apercevra que la ralit du baiser serait choquante si le rle de ,chrubin tait rempli par un homme1 et que si elle ne l'est pas1 c'est qu'il sait que sous les traits et sous le costume du page c'est une femme qui donne ce baiser l'acteur qui joue le rle du comte4 ,la loi que nous avons cherch lucider sur la reprsentation des ides nous permet d'expliquer certains jeux de scne dont la porte soi-disant conventionnelle dpasse de beaucoup la porte absolue4 ,le mot de convention1 dans ces cas-l1 ne me parat cependant juste que si on lui donne uniquement sa signification vritable1 qui est celle d'accord entre les manires de voir1 et que si on n'y attache pas une ide d'arbitraire4 ,or1 l'accord entre les manires de voir n'est autre chose que la possession commune d'une image gnrale identique4 ,dans le code du monde1 par exemple1 un homme est considr comme outrag si un adversaire ou un ennemi ose lever la main sur lui et il se battra pour venger son honneur4 ,voil l'ide gnrale4 ,cependant il y aura des hommes qui ne se sentiront outrags et qui ne se battront que s'ils ont reu rellement le soufflet4 ,voil l'ide particulire4 ,or le thtre ne peut en toute sret aborder que la reprsentation de l'ide gnrale1 de telle sorte que1 si le cas particulier devait tre reprsent1 il faudrait de la part de l'auteur beaucoup d'habilet et de prparation pour le faire admettre par le public4 ,quand nous apprenons qu'un mari a trouv un homme aux pieds de sa femme1 ou qu'au moment o il est entr il a surpris cet homme embrassant la main de sa femme1 nous concluons avec certitude que cette femme trahissait son mari1 le plus ou le moins tant sans valeur relativement la conclusion morale4 ,on se sert souvent1 dans ce cas1 du mot assez curieux de conversation criminelle1 euphmisme qui n'est en somme qu'une ide gnrale1 trs suffisante dans l'espce1 et qui rpond par consquent l'image gnrale1 la seule dont le thtre nous doive la reprsentation4 ,dans la ralit1 au moment o le mari apparat1 l'amant a pu tre surpris se livrant tels ou tels actes plus ou moins caractristiques2 mais ce sont l des cas particuliers et des circonstances accidentelles qui n'ajoutent rien au fait fondamental1 qui est la trahison de la femme4 ,ce n'est donc pas sans y avoir profondment rflchi qu'un acteur pourra se croire permis d'ajouter quelque trait particulier l'acte simple qui est la reprsentation de l'ide gnrale4 ,on pourrait citer un plus grand nombre d'exemples4 ,ainsi1 dans la comdie1 quand une jeune fille pleure elle porte son mouchoir ses yeux1 et son air ainsi que le mouvement de sa poitrine suffisent dessiner l'image du chagrin1 parce que ces diffrents traits sont gnraux et se retrouvent peu prs dans l'expression de toutes les douleurs de l'me4 ,dans la ralit cependant que de traits particuliers et variables viennent s'y joindre1 selon la nature de chacun1 l'abondance des sanglots et des pleurs1 les cris de timbres diffrents1 les mouvements souvent dsordonns1 l'abandon de soi-mme1 etc4 ,on ferait galement de semblables remarques au sujet de l'expression de la joie1 o l'image gnrale suffit1 sans qu'on y ajoute les images disgracieuses qui dparent souvent les plus jolis visages4 ,mais il est inutile de multiplier ces exemples2 les deux que nous avons choisis plus haut suffisent4 ,il faut mieux donner rflchir que de tout dire4 ,il est juste d'ajouter que1 dans beaucoup de cas1 la dignit personnelle du comdien doit entrer en ligne de compte2 mais c'est l une raison de sentiment qui me semble secondaire4 ,les raisons que nous avons prsentes sont artistiques et comme telles de plus grande valeur4 ,,chapitre ,,xxxiii ,de la composition d'un rle4--,des traditions4--,de l'intuition et de l'introspection4--,dveloppement des images initiales4--,rapport ou contraste entre les images initiales de diffrents rles4--,le ,demi-,monde4--,le ,gendre de ,m4 ,poirier4--,mademoiselle de ,belle-,isle4 ,dans les chapitres prcdents1 nous avons parl du jeu de scne1 en le considrant comme un acte isol1 dtach d'un ensemble dramatique ou comique4 ,nous avons pris l'action dans un moment particulier4 ,nous devons maintenant examiner1 au moins succinctement1 la mise en scne d'un rle et son rapport avec le dveloppement de l'action1 mais en nous proccupant exclusivement de l'aspect du rle et en laissant de ct tout ce qui touche la dclamation4 ,il n'y a1 dans les arts1 qu'un petit nombre de principes2 nous ne devons donc pas ici rechercher et rencontrer de lois esthtiques diffrentes de celles que nous avons dj mises en lumire4 ,ce qui1 d'ailleurs1 fait l'excellence d'une rgle1 c'est de ne pas tre restreinte un fait spcial3 l'exigut du cercle o se meut une rgle est un signe certain d'empirisme2 et1 dans ce cas1 la rgle prend le nom de procd4 ,les procds1 je l'accorde1 ont leur utilit et mme leur prix1 surtout lorsqu'ils portent ce beau nom de traditions1 usit la ,comdie-,franaise4 ,ds qu'une pice a fourni une longue carrire1 et lorsque des acteurs ont particulirement brill dans certains rles1 il est trs comprhensible que les nouveaux venus1 qui plus tard sont chargs de reprendre ces rles1 s'ingnient reproduire les effets qui ont si bien russi leurs prdcesseurs4 ,la faon de dire ces rles et d'excuter tel ou tel jeu de scne1 de faire tel geste1 de prendre telle attitude1 de faire mme telle correction au texte1 etc41 donne donc lieu ce qu'on appelle des traditions1 soit que ces procds aient t scrupuleusement nots1 soit que le nouveau venu ait pu se rendre compte par lui-mme du jeu de son prdcesseur1 soit qu'ils se soient uniquement transmis de mmoire4 ,il y a1 la ,comdie-,franaise1 un assez grand nombre de jeux de scne qui n'ont pas d'autre raison d'tre1 et dont on se contente de dire pour les justifier qu'ils sont de tradition4 ,en rsum1 la tradition est une exprience accumule dont il faut tenir grand compte4 ,il y a certaines faons exquises de dire1 certains gestes empreints d'une loquente grandeur1 qui sont tout ce qui nous reste des grands artistes du pass4 ,toutefois1 il ne faut pas que la tradition soit un esclavage1 car nous avons vu prcisment que quelques rles peuvent changer d'aspect avec le temps dans la mesure o les ides elles-mmes des spectateurs se modifient sous l'influence de circonstances fatales ou fortuites4 ,il faut donc maintenir la tradition au-dessous de la rgle1 et se dgager du procd ds qu'on vient s'apercevoir qu'il est en contradiction avec l'ide actuelle4 ,c'est donc ici la rgle qui nous importe1 et ce sont uniquement les principes qui doivent nous arrter4 ,un ouvrage spcial sur les traditions conserves la ,comdie-,franaise serait d'un trs grand intrt2 mais il ne pourrait tre entrepris que par quelque esprit attentif1 appartenant depuis longtemps la maison de ,molire4 ,on pourrait y joindre un assez grand nombre de faits extraits de mmoires ou conservs dans les ouvrages qui concernent l'art dramatique4 ,je serais1 quant moi1 absolument incomptent en pareille matire4 ,c'est donc l un sujet que je dois carter de ma route2 et je reviens l'examen des principes1 auquel d'ailleurs doit seul s'attacher un ouvrage thorique4 ,si nous passons d'un jeu de scne particulier au rle qui le contient1 nous ne faisons que remonter de l'examen de la partie celui du tout1 et un moment de rflexion suffit pour conclure que tous les jeux de scne1 toutes les attitudes1 tous les gestes1 toutes les inflexions doivent tre dans le caractre du rle4 ,a cinquante ans1 on n'aime pas comme vingt-cinq1 ou1 si on est affect de la mme complexion amoureuse1 on est qualifi diffremment4 ,il y a telle occurrence o un magistrat ne se conduira pas comme un militaire4 ,l'ducation1 l'instruction1 le commerce avec nos semblables nous inculquent certaines faons de penser1 de dire1 d'agir1 qui varient suivant le milieu o nous avons vcu4 ,il y a donc dans tout rle un aspect permanent et persistant dont le comdien doit se pntrer4 ,c'est ici que l'intuition1 au sens exact et tymologique du mot1 prend une importance de premier ordre4 ,si le comdien est bien dou1 il possde en lui-mme une riche collection d'observations1 souvent inconscientes1 suites et sries d'images qui peuplent son imagination4 ,a la premire connaissance qu'il prend du rle1 il obit un mouvement naturel tout subjectif3 il regarde en lui-mme1 et de cet examen intuitif rsulte une image initiale1 sur laquelle il concentre alors son esprit de toute la force de son attention4 ,c'est l son modle2 il s'efforce d'en bien concevoir les formes lumineuses1 qui se dessineront dans la chambre noire de sa pense4 ,de la clart de l'image dpendent la nettet et la srnit du jeu4 ,quelquefois l'image est lente se former1 surtout se complter1 et quelques acteurs ont en quelque sorte besoin de l'objectiver2 il leur faut plusieurs rptitions pour en porter la reprsentation au point de perfection qu'ils sont capables d'atteindre4 ,quelquefois1 au contraire1 elle jaillit du cerveau sans effort1 et1 dans ce cas1 l'artiste se sent ds le premier jour absolument matre de son rle4 ,mais cette premire phase intuitive d'un rle est suivie d'une seconde phase plus laborieuse2 car l'image apparue l'esprit de l'artiste n'est1 si je puis m'exprimer ainsi1 qu'une image centrale1 autour de laquelle oscillent un certain nombre d'images similaires1 correspondant aux diffrents moments de l'action4 ,c'est la varit qu'il s'agit ds lors d'introduire dans le rle sans en dtruire l'unit4 ,tous les jeux de scne1 toutes les attitudes1 tous les gestes1 toutes les inflexions de voix ne sont et ne doivent tre que des ides secondaires1 drives de l'ide premire1 ou autrement des images en rapport de ressemblance avec l'image initiale4 ,tout cela1 bien que ne prsentant aucune difficult1 se comprendra mieux encore au moyen d'un exemple4 ,dans le ,demi-,monde1 si nous mlions en regard le rle d',olivier de ,jalin et celui de ,raymond1 l'un homme du monde1 l'autre militaire1 il est clair que les comdiens chargs de ces deux rles ont immdiatement vu surgir leurs yeux1 des profondeurs de leur esprit1 les images initiales de ces deux personnages4 ,c'est alors que pour tous deux a commenc un travail de dtail trs difficile et trs minutieux1 consistant dduire de cette image intuitive toute une srie d'images secondaires reproduisant toujours la mme personnalit4 ,ils n'auront jamais une attitude identique1 ,olivier s'abandonnant sans effort une aisance familire1 ,raymond gardant toujours une certaine rectitude de maintien2 ils ne feront pas un geste semblable1 ni dans le mme mouvement2 ils ne s'assoiront pas1 ne se lveront pas1 ne marcheront pas de mme1 et ils ne parleront pas sur des rythmes similaires4 ,dans toutes les pices1 tous les rles ont ainsi leur physionomie propre que l'acteur ne doit jamais perdre de vue4 ,cela parat tout simple au spectateur qui ne parat nullement s'en tonner1 et qui n'y voit probablement aucune difficult4 ,sans doute1 la composition du rle est relativement facile quand la personnalit des personnages est nettement dtermine1 comme dans l'exemple que j'ai choisi2 mais que le lendemain les deux mmes comdiens aient remplir les rles de ,montmeyran et du marquis de ,presle1 dans le ,gendre de ,m4 ,poirier1 la transition1 pour ne pas tre brusque1 n'en sera que plus dlicate2 et le spectateur1 s'il y pense1 pourra commencer s'apercevoir de toute la difficult qui prside la mise en scne d'un rle4 ,montmeyran est un militaire comme ,raymond2 mais le second a fourni une image initiale aux contours un peu secs et tranchants1 tandis que le premier se rvle sous les traits d'une image aux angles adoucis4 ,la ressemblance entre les deux sera surtout dans une certaine rectitude morale4 ,le marquis de ,presle est un homme du monde comme ,olivier de ,jalin1 mais avec un peu plus de morgue et de hauteur2 il s'est moins us tous les contacts de la vie1 et il a gard la part de prjugs qu',olivier a1 ds longtemps1 changs contre une aimable philosophie4 ,eh bien1 ces nuances qui diffrencient les images initiales de ces rles1 il faut ne pas les laisser perdre2 elles doivent se retrouver tous les moments de l'action1 dans toutes les attitudes1 dans les moindres gestes1 dans la faon d'entrer et de sortir4 ,que le surlendemain les deux mmes acteurs reparaissent dans ,mademoiselle de ,belle-,isle1 sous les traits du duc de ,richelieu et du chevalier d',aubigny1 voil encore des images initiales qui sont dans un certain rapport1 d'une part1 avec le marquis de ,presle et ,olivier de ,jalin1 d'autre part1 avec ,montmeyran et ,raymond1 mais qui se distinguent cependant par des nuances multiples d'une grande importance1 auxquelles s'ajoute la diffrence des poques1 des costumes1 des milieux1 des caractres historiques1 etc4 ,on comprendra1 ds lors1 que si l'intuition fournit aisment aux comdiens les images initiales de chacun de ces rles1 la rflexion1 l'tude1 la comparaison leur seront ncessaires pour arriver laborieusement fixer toutes les images drives1 dans lesquelles le spectateur doit toujours retrouver l'image initiale4 ,il semble rsulter de ce que nous venons de dire1 sur la faon dont on procde la composition d'un rle1 que la premire qualit pour un comdien est l'imagination2 accompagne de cette facult d'introspection qui lui permet d'apercevoir et de dgager les images subjectives inconsciemment accumules dans son esprit4 ,viennent ensuite l'intelligence et le travail1 au moyen desquels il pousse la reprsentation de ces images au degr dsirable de fini et de ressemblance4 ,un jeune homme ou une jeune fille peuvent avoir en partage un physique heureux1 une voix enchanteresse1 une intelligence trs fine1 et faire prsager un comdien ou une comdienne de talent2 mais ils ne possderont pas de vritable gnie dramatique s'ils n'ont pas d'imagination et si par consquent ils ne possdent pas cette facult d'intuition qui en dcoule4 ,c'est pourquoi les dbuts sont si souvent trompeurs2 on y fait montre de qualits charmantes et mme suprieures1 mais le vritable comdien ne se rvle que le jour o1 abandonn de ses matres1 seul vis--vis de lui-mme1 il aborde la cration d'un rle4 ,c'est l que la facult matresse se dvoile ou se montre dcidment absente4 ,on ne serait pas embarrass de citer grand nombre d'acteurs qui ont parcouru une carrire honorable1 qui se sont mme distingus dans leur emploi1 mais qui en ralit n'taient pas fatalement destins tre comdiens1 et qui n'ont russi que grce la mise en oeuvre de qualits trs estimables1 mais secondaires au point de vue de l'art et qui auraient pu trouver leur emploi dans toute autre carrire4 ,ces acteurs tiennent cependant une grande place et une place mrite dans l'histoire dramatique2 car instruits1 attentifs1 scrupuleux et toujours gaux eux-mmes1 ils sont les gardiens les plus fidles des traditions et forment ensuite les meilleurs professeurs4 ,,chapitre ,,xxxiv ,aptitude jouer certains rles4--,de la personnalit scnique de l'acteur4--,complexit et htrognit des rles modernes4--,leur influence sur l'art dramatique et sur l'art thtral4--,dformation du talent de l'acteur4 ,si on examine un certain nombre de rles avec quelque attention1 on s'apercevra que les uns et les autres sont quelque degr semblables ou dissemblables entre eux1 et qu'ils peuvent se rpartir en diverses classes plus ou moins spares les unes des autres4 ,ainsi1 si nous revenons aux exemples que nous avons cits dans le chapitre prcdent1 nous trouverons que les rles d',olivier de ,jalin1 de ,gaston de ,presle et du duc de ,richelieu forment une certaine classe et que ceux de ,raymond de ,nanjac1 de ,montmeyran et du chevalier d',aubigny en forment une autre4 ,dans chaque classe1 les rles ont entre eux quelque analogie1 quelque rapport plus ou moins proche1 quelque affinit secrte1 tandis que d'une classe l'autre ce sont des dissemblances qui s'affirmeront1 des oppositions plus ou moins fortes et plus ou moins saillantes4 ,par consquent1 toutes les images initiales1 qui sont les points de dpart des rles d'une mme classe ayant quelques caractres communs1 driveront toutes d'une mme image plus lointaine1 plus gnrale1 hirarchie d'images absolument semblable la hirarchie des ides4 ,ces images gnrales constituent en quelque sorte des personnalits complexes4 ,de mme on pourrait diviser une agglomration d'hommes en groupes plus ou moins nombreux1 constituant des personnalits complexes1 et dont tous les membres auraient entre eux un certain air de parentage4 ,eu faisant encore un pas1 on pourrait ds lors tablir une correspondance entre ces groupes d'tres humains et ces classes dans lesquelles nous avons dit que se rpartissaient tous les rles2 et l'on verrait que le comdien1 en tant qu'homme1 appartenant quelque groupe1 porte en lui l'air de cette personnalit complexe laquelle se rattache la sienne propre1 et que par consquent son aspect1 son image a quelque rapport avec l'image gnrale de laquelle se dduisent les images initiales d'une srie plus ou moins nombreuse de personnages de thtre4 ,un acteur possde donc par lui-mme une aptitude particulire remplir certains rles4 ,c'est cette aptitude1 cette conformit naturelle que consultent surtout les auteurs et les directeurs de thtre quand il s'agit de distribuer les rles d'une pice2 et l'importance en est tellement grande pour le rsultat final1 qu'il arrive chaque instant aux auteurs1 en concevant et en crivant leurs pices1 de se composer une troupe idale de comdiens connus1 et1 bien mieux encore1 de conformer l'image du rle qu'ils dessinent l'image personnelle de tel ou tel artiste4 ,bien entendu il ne faudrait pas restreindre cette concordance entre un artiste et un groupe de rles de simples similitudes physiques4 ,sans doute le physique n'est pas sans importance1 mais en tout cas il ne peut s'agir que du physique tel qu'il est modifi par les conditions scniques1 et vu la lumire de la rampe1 dans la perspective du dcor4 ,il est des acteurs que la scne grandit1 d'autres qu'elle rapetisse2 mais c'est surtout la physionomie que l'optique thtrale modifie profondment1 ce qui se conoit aisment1 puisque la lumire du jour et celle de la rampe avivent les mmes traits en sens inverse4 ,mais cette concordance tient1 en outre1 la prdisposition nerveuse qui est la source de la sensibilit1 l'inclination morale1 la qualit et au timbre de la voix1 l'expression du regard et la plasticit gnrale4 ,dans la mise en scne1 la distribution des rles est donc d'une importance capitale4 ,une faute dans cette distribution est en tout point semblable celle que commettrait un musicien qui se tromperait sur le caractre physiologique des instruments et ferait exprimer par les hautbois ce qui ne peut l'tre que par les trompettes1 ou voudrait forcer les clarinettes nous faire prouver les mmes sentiments que les violoncelles4 ,c'est cette mme concordance entre la personnalit scnique d'un acteur et les rles du rpertoire qu'il est si important de dcouvrir quand il s'agit d'un dbut4 ,on se trompe souvent1 soit que l'acteur ne donne pas tout ce qu'il promettait1 soit que la scne modifie compltement son image thtrale4 ,quand il s'agit de discerner le meilleur emploi qu'il sera possible de faire de qualits moyennes et tempres1 il vaut mieux choisir de modestes rles de dbut1 afin de laisser le temprament de l'artiste se rvler et s'affirmer peu peu4 ,quand on croit avoir affaire un temprament personnel d'une certaine valeur1 il est prfrable de mettre l'artiste aux prises avec un grand rle1 dt ce premier essai ne pas tre couronn de succs1 car le contraste mme1 entre le rle qu'il remplit et sa personnalit scnique1 mettra celle-ci en pleine lumire et lui permettra de s'affirmer au grand jour de la rampe4 ,dans ce cas1 mme aprs un dbut malheureux1 un directeur avis aura la certitude d'avoir mis la main sur un artiste hors ligne et il aura du mme coup dtermin vers quels rles l'incline son temprament4 ,une troupe1 quelque nombreuse qu'elle soit1 prsente toujours des lacunes1 ce qu'on comprendra aisment aprs les explications qui prcdent4 ,c'est pourquoi il se prsente dans l'histoire d'un thtre des priodes pendant lesquelles telle pice ne produit pas tout l'effet qu'on en devrait attendre et quelquefois ne peut absolument pas tre reprise4 ,souvent il se passe dix ans1 vingt ans mme1 pendant lesquels un groupe de pices ne peut tre remont avec succs1 par suite du manque d'un acteur d'un certain temprament4 ,cela se fait surtout sentir dans les pices modernes1 et cela tient l'htrognit des rles qui tend et tendra s'accuser de plus en plus4 ,l'art dramatique suit en cela l'volution de la vie moderne1 et de mme que dans le monde chacun prend une personnalit de plus en plus distincte1 de mme dans le thtre qui reflte le monde les rles augmentent en nombre mesure qu'ils se diffrencient les uns des autres4 ,et mme1 c'est par une sorte de tendance philosophique instinctive que les auteurs se laissent si facilement aller composer des pices entires pour tel acteur ou pour telle actrice4 ,ils profitent habilement d'une personnalit distincte et trs particulire que leur offre bnvolement la nature1 qu'ils s'ingnient dvelopper et pousser dans ses diffrents sens1 et ils composent toutes leurs pices en vue d'une personnalit thtrale que le hasard probablement ne leur offrira pas une seconde fois4 ,c'est surtout dans les thtres de genre que ce systme tend prvaloir1 et on arrive rellement produire sur le public des impressions piquantes et originales2 mais le danger est dans la rptition trop souvent renouvele du mme procd4 ,pour arriver satisfaire le public et pour prvenir en lui la satit1 il faudrait un peu plus souvent casser et remplacer le joujou dont on l'amuse4 ,cette htrognit de l'art a pour consquence une diffrenciation de plus en plus grande entre les images initiales des personnages du thtre moderne2 et1 par suite1 un acteur devient de moins en moins apte remplir avec succs un grand nombre de rles3 son image s'associe avec des groupes de rles de plus en plus restreints4 ,d'o rsulterait la ncessit d'accrotre indfiniment le nombre d'acteurs composant une troupe de thtre4 ,cette ncessit a pour consquence immdiate3 premirement1 la disparition des troupes de province2 deuximement1 la fusion en une seule de toutes les troupes existant ,paris2 troisimement1 l'exploitation des thtres de province par les troupes de ,paris4 ,la premire consquence s'est aujourd'hui entirement ralise3 les quelques troupes qui rsistent encore se ruinent ou se ruineront4 ,le moment approche o il n'y aura plus un seul thtre de province vivant de sa vie propre4 ,la seconde consquence se fait dj sentir4 ,les acteurs1 pour la plupart1 ne contractent plus que des engagements temporaires1 qui se restreignent souvent l'exploitation d'une pice4 ,les acteurs passent d'un thtre l'autre sans se fixer dfinitivement4 ,les directeurs font des emprunts quotidiens aux troupes de leurs confrres3 d'o nat une tendance naturelle mettre en commun leurs ressources1 c'est--dire leurs thtres1 leurs capitaux1 leurs acteurs1 leurs dcors et leur matriel4 ,la troisime consquence a port tous ses fruits3 troupes d'hiver1 troupes d't1 troupes de villes d'eau ou de villes de jeu1 toutes s'organisent ,paris au moyen des disponibilits existantes en personnel et en matriel4 ,quelles sont maintenant les consquences de cette htrognit sur l'art thtral4 ,produit de l'analyse1 elle pousse les artistes dans la voie de l'analyse4 ,les images ou ides1 de gnrales qu'elles taient1 se dcomposent en images ou ides particulires2 celles-ci se diffrencient les unes des autres par des caractres qui1 ngligs jadis ou habilement fondus dans l'ensemble1 s'accusent et prennent un relief inattendu4 ,de l un travail incessant des comdiens pour mettre en saillie ces traits particuliers et spciaux2 de l1 la recherche du dtail et par suite l'introduction de plus en plus frquente du rel4 ,dans la comdie de ,molire1 pour prendre un exemple1 l'argent ne s'est pas encore incarn dans un personnage spcial2 mais au ,x,v,i,i,ie sicle nous voyons se dessiner l'image du financier4 ,aujourd'hui cette image1 beaucoup trop gnrale pour nous1 s'est dcompose et nous fournit les images du banquier1 de l'agent de change1 du quart d'agent de change1 du boursier1 du coulissier1 etc4 ,ce qui distingue ces personnalits1 issues d'une personnalit plus gnrale1 ce sont1 non des diffrences essentielles1 mais des diffrences de surface1 des dtails pris sur le vif de la socit actuelle1 des traits de moeurs particulires4 ,l'esprit d'analyse du comdien est oblig de s'affiner2 il creuse ses personnages1 se met en observation1 l'afft des types particuliers qui se croisent sous ses yeux2 et1 quand il monte sur la scne1 il ressemble souvent tel que nous venons de coudoyer une heure avant d'entrer au thtre4 ,ce n'est plus le portrait l'huile1 peint largement1 qui doit la flamme de la vie au temprament de l'artiste3 c'est l'implacable photographie qui fouille les rides1 exagre les dfauts et grossit les plus charmants dtails4 ,de l1 pour le comdien1 nat une certaine tendance devenir caricaturiste1 tendance qui s'affirme surtout dans les thtres de genre4 ,en outre1 comme le nombre de reprsentations des pices succs a dcupl1 et que telle qu'on aurait joue autrefois une cinquantaine de fois arrive souvent aujourd'hui la trois-centime reprsentation1 il s'ensuit que cette rptition force des mmes rles tend dformer le talent de l'artiste et transformer en traits permanents des traits qui ne devraient tre que passagers4 ,le comdien1 malgr lui1 sans d'ailleurs qu'il en ait conscience1 est la proie d'une personnalit qu'il revt trop souvent et dont la nature compose se substitue peu peu par l'habitude sa propre nature4 ,il arrive mme un moment o l'acteur a perdu toute facult de cration nouvelle1 et semble absorb dans un rle unique dont il ne pourra dsormais se dbarrasser1 car il en a pris dfinitivement la ressemblance1 la voix1 le port1 les allures1 les manires et jusqu'aux tics particuliers4 ,c'est la vengeance de l'art4 ,,chapitre ,,xxxv ,complexit de la mise en scne moderne4--,l',avocat ,patelin2 ,bertrand et ,raton2 ,pot-,bouille2 la ,charbonnire4--,invasion du rel4--,du procd4--,retour ncessaire au rpertoire classique4--,son influence sur le talent des acteurs4--,ncessit des thtres subventionns4 ,l'htrognit1 il faut en faire l'aveu1 conspire en faveur de l'cole raliste4 ,je ne sais si celle-ci se rend bien compte de l'arme puissante que les rvolutions de l'esprit remettent entre ses mains4 ,on peut le croire1 car elle pousse furieusement l'envahissement de la scne par le rel1 et elle n'y russit que trop bien4 ,cette anne1 on a remont la ,comdie-,franaise ,bertrand et ,raton1 dont un des actes se passe dans le modeste magasin de soieries de ,raton ,burgenstaf4 ,une dcoration peinte suffit l'amoncellement modr des toffes1 un comptoir de chne s'tale sans orgueil1 un escalier de bois conduit au logement du gros marchand de la ,cour1 et dans la boutique mme s'ouvre la porte de la cave3 mise en scne trs justement approprie au thtre de ,scribe4 ,que nous sommes dj loin cependant des trteaux sur lesquels1 dans l',avocat ,patelin1 matre ,guillaume vient taler ses pices de draps6 ,or la veille du jour o vous avez vu ,bertrand et ,raton1 vous aviez pu voir ,pot-,bouille l',ambigu et admirer le magasin des ,vabre avec son lgant escalier en spirale1 avec ses commis1 ses acheteuses qu'un quipage rel attend la porte2 et le lendemain vous avez peut-tre vu la ,charbonnire la ,gat4 ,l se trouvait transplant et formant dcor l'escalier monumental d'un des plus grands magasins de ,paris1 spectacle extraordinaire pour les yeux1 prsentant l'encombrement et l'affolement d'un grand jour de vente1 la presse des acheteurs1 la foule des commis1 un talage savamment fait dans les rgles du genre1 les comptoirs1 les caisses1 et1 dans l'angle de la dcoration1 un ascenseur1 inutile l'action1 mais montant et descendant alternativement dans sa lente majest1 et semblant tre l'organe respiratoire de ce mastodonte industriel4 ,on se demande1 non sans inquitude1 o s'arrtera la mise en scne8 ,sans doute1 il y a des limites qu'elle ne pourra franchir1 mais elle continuera empiter de plus en plus sur le domaine littraire et dj l'action qui relie tous les tableaux d'un drame est tnue et bien fugitive4 ,un obstacle qu'il lui faudra tourner est prcisment la grandeur de la scne4 ,en faisant monter les humbles et les dshrits sur le thtre1 en talant nos yeux les misres physiques et morales des dernires classes de la socit1 elle ne pourra rapetisser la scne la taille d'une mansarde ou d'un bouge4 ,quoi qu'elle fasse1 la chambrette de ,jenny ou la hutte du chiffonnier sera toujours plus grande que le salon d'un ministre4 ,toutefois la complaisance du public est admirable1 et son imagination1 dont l'cole raliste sera force d'accepter le secours1 consentira ramener la grandeur de la scne aux proportions que dsirera l'auteur3 l'espace et le temps resteront toujours au thtre forcment conventionnels4 ,mais l'htrognit des rles continuera s'accentuer1 et c'est l qu'est le danger croissant de l'art dramatique2 car1 si l'on veut appliquer sa pense suivre cette progression ininterrompue1 on verra peu peu l'art descendre des hauteurs morales o rgnent les ides gnrales1 s'abaisser de plus en plus mesure que les images se revtiront de caractres plus particuliers1 s'tendre toutes les ralits1 s'manciper de toutes les conditions de rgle1 de choix1 d'lection1 et aller finalement s'absorber et disparatre dans la vie elle-mme4 ,c'est qu'en effet la croissance constante de l'htrognit a pour limite extrme l'anantissement de l'art4 ,d'autres plus complaisants diront que ce sera la vie qui1 en absorbant l'art1 en recevra une beaut nouvelle4 ,c'est bien loin pour dcider4 ,mais d'ici l1 quoi qu'il arrive1 l'art dramatique aura ses jours d'preuve4 ,en ressortira-t-il rajeuni8 ,c'est une grave question que nous examinerons dans les derniers chapitres de cet ouvrage4 ,nous entrons peine dans la voie fatale1 et c'est d'hier que l'antique homognit se dsagrge3 elle n'est pas encore rduite l'tat de poussire dramatique4 ,d'ailleurs1 si l'art nouveau est plein de dangers1 il n'est pas toujours sans charmes1 et nous nous laissons volontiers sduire de plus en plus par tous les traits1 si exigus qu'ils soient1 qui portent l'empreinte de la vrit4 ,nous-mme1 nous nous apercevons que notre esprit est moins homogne que celui de nos pres et qu'il est en proie l'esprit d'analyse4 ,nous gotons donc un art que nos pres n'auraient pas apprci1 et1 en dpit de son infriorit1 nous prouvons des charmes secrets pntrer dans les replis des tres et des choses4 ,malheureusement l'apparent et le matriel nous distraient de l'me humaine3 trop partager son coeur1 on abaisse l'ide que l'on se faisait de l'amiti4 ,au thtre1 l'artiste vise un but moins lev2 il a mis l'idal sa porte4 ,ml la foule1 il imite ,malherbe qui allait tudier sa langue au port au foin1 et1 la poursuite du rel1 il saisit la vrit partout o il la rencontre1 dans les assommoirs aussi bien que dans les alcves des femmes perdues4 ,certes il y fait des trouvailles originales2 et il met en saillie les caractristiques de tous ces personnages nouveaux dans le monde de l'art et jusqu' celles mme des mtiers les moins avouables4 ,je ne mprise nullement l'effort de l'artiste en quelque sens qu'il s'exerce2 cet effort n'est ni vain ni puril1 mais c'est l'histoire des chercheurs d'or3 aprs avoir puis les mines aux filons blouissants1 ils tamisent la poussire d'or mle au limon que charrient les fleuves4 ,peu peu le mtier dramatique s'encombre de formules qui vont en se compliquant de plus en plus1 et les rgles d'autrefois se rduisent une foule sans cesse grossissante de procds4 ,c'est l qu'est le danger immdiat2 car l'homme est l'esclave des choses plus qu'il ne le croit4 ,son physique et jusqu' son moral1 jusqu' son intelligence1 sont des matires plastiques qui prennent aisment la forme des moules o il les enferme4 ,le rel des pices modernes disloque le talent des comdiens2 et quelques-uns gardent perptuit une souplesse d'acrobate4 ,dans l'intrt de l'art moderne1 dans l'intrt mme des plaisirs du spectateur1 il est ncessaire de mettre un frein cette poursuite aveugle du rel1 et surtout son influence sur le thtre4 ,or il y a un remde efficace la dgnrescence thtrale qui nous menace2 et ce remde c'est le retour frquent au rpertoire classique4 ,nous avons parl plus haut de son influence sur le got public1 de son importance au point de vue du plaisir le plus pur qu'il nous soit donn d'prouver au thtre4 ,nous n'y reviendrons pas2 mais il nous reste dire un mot de son influence sur le talent des comdiens et de son importance au point de vue du mtier dramatique4 ,si le lecteur a suivi avec quelque attention ce que nous avons dit sur la manire dont l'acteur procde la composition d'un rle1 sur l'image initiale qui se dresse dans son esprit et sur toute la srie d'images associes1 il se rappellera que ces images seront d'autant plus marques de traits particuliers que le personnage dont il revt la personnalit est un type moins gnral4 ,en suivant le dveloppement historique du thtre1 qui se conforme aux rvolutions sociales1 on voit les types de thtre se multiplier et se compliquer mesure qu'on s'approche de l'poque actuelle1 et au contraire diminuer et se simplifier mesure qu'on remonte dans le pass4 ,plus les types sont gnraux1 et c'est le cas de la tragdie et de l'ancienne comdie1 plus les images initiales sont gnrales4 ,pour traduire sur la scne les personnages classiques1 le comdien doit donc viter de marquer son attitude1 son jeu1 sa diction de trop de dtails particuliers et caractristiques1 car il n'a que fort rarement tenir compte des rapports du physique ou du moral avec une fonction sociale1 une profession dtermine1 une manire particulire de vivre4 ,tout le matriel1 tout l'accidentel et le circonstanciel de la vie relle n'entrent que pour fort peu de chose dans la reprsentation des personnages classiques4 ,ce sont surtout des passions hroques ou criminelles et de grandes infortunes dans la tragdie1 des vices et des travers gnraux dans la comdie1 qui demandent tre traites synthtiquement1 tandis que le thtre moderne exige du comdien un esprit d'analyse toujours en veil4 ,la tragdie de ,corneille et de ,racine et la comdie de ,molire commandent donc1 sans appuyer ici sur l'tude psychologique des rles1 une grande largeur de diction1 une locution trs nette dgage des peu prs de la conversation courante1 une science du geste d'autant plus grande qu'il est plus rare et qu'il a un rapport plus troit avec le texte potique1 une attitude qui n'a jamais le droit d'tre vulgaire ou qui1 dans l'emportement mme des passions1 ne doit jamais manquer de dignit4 ,les acteurs qui abordent ces rles sont obligs d'exercer sur eux une contrainte svre1 de matriser tout mouvement qui pourrait trahir leur personnalit moderne1 de tenir enfin leur tre tout entier sous la dpendance de la passion dont ils prennent le langage ou du caractre gnral aux impulsions duquel se plie l'action dramatique4 ,largeur1 simplicit1 sobrit1 mais prcision dans les effets1 telle est la loi de composition de tous les rles classiques4 ,il n'y a pas de meilleure cole pour les comdiens2 et c'est l'influence permanente de l'ancien rpertoire qui fait la supriorit incontestable de la ,comdie-,franaise sur tous les autres thtres4 ,tour tour1 entre les reprsentations d'une pice moderne qui doit garder l'affiche pendant trois ou quatre mois1 chaque socitaire reprend la tunique d',hippolyte ou les rubans verts d',alceste1 reforme son corps1 son attitude1 sa dmarche1 ses gestes la svrit sculpturale de l'antique ou l'aisance aristocratique du grand sicle1 et accorde de nouveau son oreille aux harmonies du vers de ,racine ou aux larges mouvements aisment cadencs de la prose de ,molire4 ,les comdiens qui passent par ces preuves se corrigent ainsi incessamment du manir1 du cherch1 des gestes inconscients et des dfauts de diction inhrents la conversation courante4 ,quand ils abordent les rles du thtre moderne1 ils en largissent les effets1 les haussent en quelque sorte d'un ton1 et ne sont pas sans influence sur les auteurs qui crivent pour eux et qui par suite lvent leur idal et celui mme de la foule qui les applaudit4 ,c'est par le commerce qu'elle entretient avec les grands crivains du ,x,v,i,ie sicle que la ,comdie-,franaise maintient dans sa troupe d'lite les belles traditions et les principes les plus levs de l'art dramatique1 qu'elle agit son tour sur les productions de l'esprit1 et qu'elle exerce une influence intellectuelle et morale1 non seulement sur la socit franaise1 mais encore sur l',europe entire et sur tout le monde civilis4 ,c'est presque toujours son cole1 au moins indirectement1 que se sont forms les comdiens qui vont secouer le rire sur notre triste univers1 et prouver par leur prsence sur tous les points du globe l'universalit de la langue franaise et le charme encore triomphant de l'esprit franais4 ,concluons donc que dans notre socit dmocratique1 o le nombre tuera l'idal1 s'il n'est conquis par lui1 le maintien du rpertoire classique l',odon et la ,comdie-,franaise 7joint une rformation urgente de l'enseignement du ,conservatoire7 est en quelque sorte une mesure de rnovation sociale1 de relvement intellectuel et moral et de salut artistique4 ,mais ce n'est que par de larges subventions qu'on peut leur imposer le maintien de ce rpertoire1 qui exige des sacrifices permanents et d'incessants labeurs4 ,le jour o le ,corps lgislatif1 dans un esprit d'ignorance ou d'aveuglement1 supprimerait ou diminuerait seulement ces subventions1 il porterait du mme vote un coup funeste l'art franais2 il assurerait bref dlai l'envahissement de tous les thtres par les adeptes les moins scrupuleux de l'cole1 raliste et tarirait l'avance dans les yeux de nos enfants la source des plus douces larmes qui se puissent verser ici-bas4 ,abandonnons cette perspective heureusement lointaine et reprenons pied sur la scne4 ,rappelons que1 parmi les acteurs qui1 en dehors de la ,comdie-,franaise1 forcent l'admiration du public1 les meilleurs sont ceux qui1 au ,conservatoire ou l',odon1 ont eu le bonheur de traverser le rpertoire classique4 ,que ne peuvent-ils aller de temps autre s'y retremper librement1 y refaire leurs forces1 s'y perfectionner dans l'art de bien dire2 et1 aprs avoir trop longtemps jou un personnage laid et vulgaire1 que ne peuvent-ils1 comme ,mercure1 s'en aller au ciel1 avec de l'ambroisie1 s'en dbarbouiller tout fait6 ,,chapitre ,,xxxvi ,du rle de la musique au thtre4--,la puissance musicale4--,le mlodrame4--,le vaudeville4--volution de l'art dramatique4--,la musique devenue un personnage dramatique4 ,dans ce chapitre et le suivant je voudrais1 au point de vue de l'esthtique et de la mise en scne1 dire quelques mots du rle de la musique dans les reprsentations thtrales4 ,la musique est en soi un art complet1 absolu1 comme la posie et comme la peinture1 et ce n'est pas naturellement de cet art1 considr dans son ensemble1 dont je puis avoir m'occuper ici1 non plus que des productions de cet art qui sont fondes sur le plaisir propre de l'oreille4 ,mais la musique tient dans son empire l'expression des sentiments1 et en dehors du charme qu'elle exerce sur l'oreille1 ou conjointement avec lui1 elle provoque dans tout notre tre1 toujours par l'intermdiaire de l'oreille1 un branlement qui se propage dans tout le systme nerveux1 et qui dtermine en nous des tats gnraux identiques ceux que nous prouvons dans la tristesse1 dans la joie1 dans l'enthousiasme1 dans la langueur1 dans l'attendrissement1 etc4 ,associe en nous-mmes avec tous les sentiments que notre me est capable d'prouver1 elle a le merveilleux pouvoir1 en nous replaant dans les mmes conditions d'branlement nerveux1 de les rappeler1 de les faire renatre en nous1 de troubler et de bouleverser tout notre tre par le mouvement qu'elle imprime aux ondes nerveuses qui le parcourent4 ,bien des conditions contribuent l'effet que produit sur nous la musique3 la qualit des sons1 leur hauteur1 leur timbre1 les rapports mlodiques des sons successifs1 les rapports harmoniques des sons simultans1 le mouvement1 le rythme1 etc4 ,mais ne considrons ici que la hauteur des sons2 le reste s'y ajoute naturellement et multiplie ou affaiblit1 en tout cas modifie profondment l'effet produit par la hauteur4 ,quand nous parlons1 les syllabes successives que nous prononons sont des hauteurs diverses2 pour y monter ou pour en descendre1 notre voix se trane rapidement de l'une l'autre1 et1 ne franchissant pas d'un bond les intervalles qui les sparent1 ne se fixant d'ailleurs aucune des hauteurs qu'elle effleure1 ne nous fait prouver que des sensations sonores1 mais non musicales1 aucun des sons mis ne pouvant se rapporter exactement une gamme quelconque4 ,sans doute certaines voix nous semblent et sont en effet plus musicales que d'autres2 sans doute dans le langage d'un acteur1 et surtout d'une actrice1 il passe instantanment des syllabes qui ont une relle puissance musicale et nous font tressaillir comme un coup d'archet2 mais nous devons voir ici le phnomne dans sa gnralit et nous sommes fonds dire que1 dans le langage parl1 les sons1 en dehors des ides qu'ils expriment1 ne nous causent que des sensations musicales trs lgres1 et par consquent ne dterminent en nous que des sentiments trs fugitifs4 ,au contraire1 dans le chant1 l'effort que fait le chanteur pour tenir le son une hauteur exactement musicale dtermine en nous un branlement nerveux identique et correspondant et fait vibrer notre tre l'unisson de celui du chanteur4 ,ainsi quand la voix passe du langage parl au chant1 l'auditeur passe d'tats non persistants et trs lgrement sentis des tats persistants et profondment sentis4 ,cela tant bien compris1 voyons quel tait jadis le rle de la musique dans les reprsentations dramatiques4 ,deux genres faisaient alors un emploi constant de la musique1 c'tait le mlodrame et le vaudeville4 ,le mlodrame est un drame dont les situations pathtiques sont annonces1 soutenues et renforces par la musique4 ,c'est l'orchestre seul qui fait ici l'office de multiplicateur4 ,quand la situation est de nature faire prouver au spectateur un sentiment quelconque1 l'orchestre s'en empare1 ajoute la sensation prouve toute la puissance musicale1 dtermine dans l'tre du spectateur un branlement nerveux1 jette l'me dans un trouble profond et la tient sous l'empire d'un sentiment assez intense pour qu'elle ne puisse se soulager que par les larmes du poids qui l'oppresse4 ,telle est l'esthtique du mlodrame4 ,la musique y vient donc en aide au pathtique2 mais1 point important noter1 elle reste compltement en dehors de l'action4 ,c'est un moyen d'agir sur le systme nerveux du spectateur1 qui ne fait pas partie intgrante du drame2 et si1 par impossible1 on pouvait concevoir un rapport entre un courant lectrique et les ondulations nerveuses corrlatives de nos sentiments1 on pourrait parfaitement dans les mlodrames remplacer l'orchestre par une pile lectrique4 ,dans le vaudeville1 l'union de la musique et de l'action est plus intime4 ,un vaudeville1 est une comdie mle de couplets4 ,la musique y fait encore1 comme dans le mlodrame1 office de multiplicateur et d'amplificateur4 ,l'orchestre souligne les situations qui tournent au sentiment1 facilite aux acteurs le passage du langage parl au chant1 et en les accompagnant renforce leur puissance d'action sur l'me du spectateur4 ,quant aux personnages1 lorsque la situation dtermine en eux l'apparition d'un sentiment de tristesse ou de joie1 le chant qui succde chez eux au langage parl donne leur voix une qualit musicale corrlative de nos sentiments1 et ajoute la valeur de l'ide1 exprime par le couplet1 l'expression intense qu'un genre aussi lger ne comporterait pas et que la musique ajoute sans transition1 sans effort1 par l'effet seul de sa puissance propre4 ,dans le vaudeville1 la musique est donc un multiplicateur du sentiment qu'prouvent ou qu'expriment les personnages4 ,mais1 qu'on le remarque1 elle n'a aucun pouvoir sur eux-mmes2 c'est un procd accessoire d'expression qu'emploie l'auteur1 aid du musicien1 pour donner ses personnages plus d'action sur l'me des spectateurs4 ,si la musique n'est plus ici1 comme dans le mlodrame1 en dehors du spectacle1 elle n'en reste pas moins en dehors de l'action dramatique4 ,l'ancien vaudeville tait presque toujours une pice gaie1 aimable1 dans laquelle et l une pointe de sentiment1 ne de l'action1 tait habilement saisie par l'auteur1 qui fixait ce sentiment dans un couplet et au moyen de la musique en multipliait l'effet4 ,puis le dialogue vif1 alerte reprenait1 et le vaudeville continuait sans grande ambition littraire1 veillant ainsi de temps autre la sensibilit du public4 ,spectacle aimable1 sans fatigue1 plaisir ml d'un attendrissement dlicat et modr1 comme il sied un public qui n'a pas besoin d'tre violemment secou4 ,la vie tait alors plus facile et plus unie2 le spectacle tait une rcration qu'on gotait innocemment1 un jeu dont on connaissait l'artifice et auquel on s'abandonnait sans arrire-pense1 pour le plaisir du jeu lui-mme4 ,tous les hommes qui sont au dclin de leur vie ont connu le vaudeville dans toute sa gloire1 surtout s'ils ont commenc de bonne heure aller au thtre1 et ont conserv un souvenir ineffaable des douces motions qu'il leur a fait prouver4 ,et cependant sa gloire aussi a pass4 ,aujourd'hui1 le vaudeville est mort jamais1 et ses quelques soubresauts sont ceux d'une agonie qui se prolonge4 ,les hommes de ma gnration le regrettent1 mais c'est en vain qu'ils esprent pour lui un retour de fortune4 ,ce ne pourrait tre que le rsultat d'une mode passagre4 ,le vaudeville a vcu2 et il ne ressuscitera pas plus que le gnie dramatique de ,scribe4 ,mais d'o vient la disparition de ce genre particulier de la littrature dramatique8 ,est-elle due au hasard8 ,est-elle le fait de la volont dtermine de quelques auteurs8 ,est-ce par caprice ou par ennui que le public s'en est dtourn8 ,je crois peu au hasard dans la destine des choses et trs peu l'influence des hommes sur l'volution de leurs ides et les modifications de leur got4 ,nous nous dveloppons sous l'empire de causes et de lois qui nous chappent1 et nous savons aujourd'hui1 par exemple1 que nos langues1 quels que soient les efforts souvent contraires des savants1 naissent1 se dveloppent1 s'panouissent et meurent suivant des lois inluctables4 ,c'est dans ce cas l'ignorant qui est l'instrument inconscient de la nature1 et tout ce que nous pouvons savoir ou deviner1 c'est que les races humaines1 leurs ides1 leurs langues et leurs arts obissent comme tous les tres1 comme les plantes elles-mmes1 dans leur lente volution1 aux mmes causes premires et prsentent aussi leur poque de germination1 de croissance1 de floraison et de mort4 ,mais nulle part ici-bas la mort n'est un anantissement dans le sens exact du mot2 c'est une dissolution de parties1 une dsagrgation suivie d'une redistribution des lments suivant de nouvelles combinaisons1 en un mot1 une transformation de matire et un transport de forces4 ,si donc le vaudeville a disparu1 il faut y voir non une perte absolue1 dfinitive1 mais une transformation dans la matire plastique du drame et un transport ainsi qu'une redistribution nouvelle de la force motionnelle4 ,et en effet1 le vaudeville a disparu dans une volution de l'art dramatique moderne1 volution qui a consist en ce que la musique1 d'extrieure et d'trangre qu'elle tait1 est monte son tour sur la scne et est devenue un personnage du drame4 ,jadis la musique tait une puissance que le pote conservait dans la main1 qu'il dchanait directement sur le spectateur1 renforant ainsi les moyens dramatiques1 et qu'il employait comme un rsonateur destin amplifier et multiplier le pathtique4 ,c'tait toujours par rapport au drame une puissance objective4 ,aujourd'hui1 la musique est devenue une puissance subjective2 elle fait partie intgrante de l'action dramatique1 et le point o s'applique directement cette force motionnelle n'est plus dans l'me du spectateur1 mais dans l'me mme des personnages du drame4 ,art plus profond et plus lev1 puisque l'motion que provoque en nous la musique n'est plus trangre l'action1 mais au contraire nat en nous sympathiquement du trouble qu'prouve l'tre mme du personnage et de l'tat psychologique de son me4 ,il y a sans doute cette rvolution de l'art une cause profonde1 qui semble tre la ncessit d'une imitation plus transcendante de la vie et de l'tre humain1 au sein duquel s'opre la fusion de toutes les forces physiques1 intellectuelles et morales4 ,l'art dramatique avait jusqu'alors soustrait ses personnages toutes les forces naturelles qui assigent l'homme et les avait uniquement soumis l'empire des ides4 ,la musique les soumet l'empire des sensations4 ,la rvolution qui s'est opre insensiblement et qui a fait pntrer la puissance motionnelle des sons dans le drame littraire semble de mme ordre que celle qui a fait pntrer la puissance imaginative des ides dans le drame musical4 ,de telles rvolutions sont lentes et ne se font pas par de brusques changements vue4 ,dans la nature1 il en est de mme3 chaque goutte d'eau qui tombe ne laisse pas de trace visible1 mais au bout d'un certain temps on s'aperoit que le roc le plus dur s'est creus sous l'effort incessant des gouttes d'eau4 ,dans l'art1 on ne peut suivre pas pas les progrs d'une volution1 mais on peut priodiquement mesurer le chemin parcouru4 ,aujourd'hui1 on en sera frapp pour peu que l'on porte son attention sur ce point1 il est incontestable que la musique joue un rle considrable dans nos pices de thtre1 et qu'elle y apparat avec sa puissance propre4 ,tantt elle agit directement sur l'esprit d'un personnage1 tantt elle prte sa voix son me mue et muette2 quelquefois1 acteur elle-mme dans le drame1 elle voque et dessine nos yeux une image avec une puissance et une prcision vritablement magiques et que n'atteindrait pas un rcit littraire4 ,en un mot1 la musique est devenue une puissance dramatique2 et1 comme telle1 elle s'associe l'action1 y contribue par l'motion qu'elle dveloppe dans le hros du drame1 et transporte2 en nous l'motion laquelle il est en proie et que sa voix serait lente ou impuissante exprimer4 ,mais toujours elle fait partie intgrante du sujet2 elle en est en quelque sorte un personnage impalpable et invisible4 ,c'est donc la faon dont les auteurs modernes comprennent la mise en scne de ce nouveau et potique personnage qu'il nous faut claircir autant que possible par des exemples4 ,,chapitre ,,xxxvii ,de l'excution musicale4--,des rapports de la musique avec l'action dramatique4--,le ,monde o l'on s'ennuie4--,le thtre de ,victor ,hugo4--,lucrce ,borgia4--,ruy ,blas4--,l',ami ,fritz4--,transport d'effet3 les ,rantzau4--,les ,rois en exil4 ,le premier rsultat de cette rvolution esthtique a t de proscrire l'orchestre des thtres4 ,aujourd'hui1 il a compltement disparu de la ,comdie-,franaise1 de l',odon1 du ,vaudeville et du ,gymnase4 ,il n'a gard sa place que dans les thtres vous encore au mlodrame et dans ceux o l'on cultive les genres mixtes qui tiennent de l'oprette et de l'ancien vaudeville4 ,la disparition de l'orchestre entrane cette consquence que1 lorsque la musique doit jouer un rle dans une pice1 ce sont les personnages eux-mmes qui sont les excutants1 soit qu'ils chantent avec ou sans accompagnement1 soit qu'ils jouent d'un ou de plusieurs instruments4 ,quand je dis que les personnages sont les excutants1 il faut ajouter que souvent ils ne sont que les excutants apparents1 ce qui suffit naturellement si l'acteur1 qui est cens chanter ou jouer1 n'est pas sur la scne1 mais ce qui aujourd'hui ne serait gure admis quand l'acteur est en scne4 ,on le tolre encore quand il s'agit d'un instrument cordes1 lorsque1 par exemple1 dans le ,mariage de ,figaro1 ,suzanne accompagne sur la guitare la romance que chante le page2 mais une actrice qui ne serait pas musicienne ne saurait en gnral prendre un rle comportant l'excution d'un morceau de piano1 tel que celui de ,mlle de ,saint-,geneix dans le ,marquis de ,villemer4 ,dans ,barberine1 le rle peut tre tenu par une actrice n'ayant pas de voix1 puisque ,barberine chante hors de la scne et peut tre remplace par une cantatrice4 ,il en est peu prs de mme du rle de ,franois ,ier dans le ,roi s'amuse4 ,le rle de la musique dans l'action dramatique est multiple1 mais tend toujours produire un effet d'accord ou de contraste1 et mettre en vidence les sentiments les plus secrets et les plus profonds de l'me humaine4 ,nous allons passer en revue quelques exemples qui feront ressortir clairement l'emploi que les auteurs modernes ont fait de la musique1 soit dans le drame1 soit dans la comdie4 ,prenons les effets les plus simples1 d'abord1 ceux qui rsultent uniquement du caractre de la musique1 et de son rapport avec le sentiment d'un personnage4 ,au premier acte du ,monde o l'on s'ennuie1 lorsque le sous-prfet et sa femme sont introduits et se trouvent seuls dans le salon de la duchesse de ,rville1 la jeune sous-prfte s'approche du piano ouvert et se met jouer un air d'oprette4 ,cet air est reprsentatif1 par son caractre1 de l'humeur enjoue de la jeune femme et de la gaiet du nouveau mnage4 ,survient un domestique3 au moment d'tre surprise1 la sous-prfte passe habilement de ce motif lger un thme de musique classique1 qui est1 lui1 reprsentatif du srieux affect que tous deux croient devoir garder dans le monde o ils font leur entre4 ,voil donc immdiatement les deux personnages connus du public pour ce qu'ils sont et pour ce qu'ils veulent paratre1 en mme temps qu'est parfaitement dtermin le caractre du monde o va se nouer et se dnouer l'intrigue de la comdie4 ,la musique est donc ici charge de l'exposition dramatique et leve au rang de confident4 ,elle facilite singulirement l'auteur la mise en marche de l'action1 et vite aux personnages l'ennui de faire et au public celui d'entendre l'expos de leurs sentiments les plus intimes4 ,c'est d'ailleurs l un des rles les plus frquents et des moins complexes de la musique4 ,dans la mme pice1 la jeune fille1 jalouse et nerveuse1 raye le piano d'un geste sec et fivreux2 et les sentiments qui l'agitent se dvoilent instantanment4 ,ici l'intervention musicale passe au rle d'excitateur dramatique1 puisque c'est elle qui dvoile aux autres personnages le trouble profond de la jeune fille4 ,si nous nous transportons au cinquime acte d',hernani1 au moment o doa ,sol voudrait entendre s'lever le chant du rossignol au milieu de cette belle nuit nuptiale1 c'est le son inattendu du cor qui rsonne au milieu de la solitude de la nuit et vient rappeler ,hernani qu'il est l'heure de mourir4 ,ici le cor a une signification exacte et dtermine3 c'est la voix mme de ,ruy ,gomez1 dont il voque l'image menaante aux yeux des spectateurs4 ,c'est le cor qui dchane la mort dans cette nuit promise l'amour et qui prcipite le dnouement tragique4 ,mais on peut peine dire que dans ce dernier cas il s'agisse d'une intervention musicale1 car celle-ci est rduite un son4 ,les cas prcdents sont beaucoup plus nombreux au thtre1 et se ramnent tous une jeune fille ou une jeune femme rvlant au public l'tat de son me par le choix de la musique qu'elle joue ou de la romance qu'elle chante4 ,les exemples que l'on pourrait citer sont innombrables4 ,dans tous les cas1 la musique n'a pas d'influence directe sur le spectateur2 elle puise sa puissance motionnelle dans l'me du personnage qu'elle traverse avant d'arriver celle du spectateur4 ,victor ,hugo a eu ds longtemps l'intuition du rle nouveau qu'est appele jouer la musique au thtre et l'a souvent introduite dans ses oeuvres dramatiques4 ,qui ne se souvient de l'effet saisissant du ,de profundis qui glace d'effroi ,gennaro et ses compagnons1 la fin du festin o ,lucrce ,borgia vient de leur faire verser du poison8 ,au premier et au second acte de ,marie ,tudor1 la mme romance chante par ,fabiani1 qui s'accompagne sur une guitare1 est employe comme une potique formule d'amour4 ,la musique est ici la caractristique de la passion qui a jet ,fabiani aux pieds de la reine4 ,mais dans cet exemple la romance de ,fabiani1 quoiqu'elle rsulte physiologiquement de l'tat d'un coeur qui prouve le besoin1 d'pancher son bonheur1 ne joue que le rle d'un apart musical et n'est en quelque sorte qu'une confidence faite directement au public4 ,dans ,lucrce ,borgia1 au contraire1 le ,de profundis ne nous meut si profondment que parce qu'il terrifie les personnages du drame4 ,voil le vritable emploi de la musique au thtre4 ,nous prouvons sympathiquement l'effroi de ,gennaro1 mais c'est sur lui que tombe directement la sensation musicale3 c'est dans son me que se joue le drame affreux dont nous attendons1 haletants1 la priptie suprme2 et c'est1 les yeux fixs sur lui et participant toutes les poignantes motions qui le traversent1 que nous suivons d'une oreille attentive les versets du chant lugubre qui se rapproche4 ,ruy ,blas1 au second acte1 nous offre encore un bel exemple d'intervention musicale4 ,au moment o la reine1 mue d'un amour inconnu qu'elle sent monter jusqu' elle1 exhale en tristes plaintes l'ennui que lui causent sa solitude et son royal esclavage1 des lavandires passent en chantant dans les bruyres et leurs voix qui meurent en s'loignant jettent dans son me des paroles enflammes d'amour4 ,considr en dehors de l'action dramatique1 le chant des lavandires n'aurait pour le public que le charme d'une posie pleine de dlicatesse et de fracheur et ne lui apporterait qu'un plaisir purement potique et musical1 mais il devient d'une ineffable tristesse en passant par l'me de la reine4 ,c'est sa propre motion1 croissant pendant tout le temps que dure la chanson des lavandires1 qui se communique nous sympathiquement4 ,ce n'est pas la musique qui fait couler nos larmes1 ce sont celles qui tombent goutte goutte des yeux et du coeur de la reine4 ,nous pouvons dj remarquer que la meilleure manire de mettre en scne la musique1 c'est d'en masquer l'excution et de soustraire les excutants aux yeux du public4 ,il ne faut pas1 en effet1 que l'excution musicale puisse nous distraire de l'motion que la puissance des sons musicaux n'est que mdiatement destine faire natre en nous4 ,et cela se conoit1 puisque l'intrt n'est pas1 en ce cas1 dans le personnage qui chante1 mais dans le personnage dont les sentiments s'panouissent au contact de la sensation musicale4 ,l',ami ,fritz nous offrira encore un exemple remarquable de l'emploi de la musique au thtre1 emploi trois fois renouvel et chaque fois d'une manire diffrente4 ,au commencement du deuxime acte1 au moment du dpart des moissonneurs pour les champs1 se place la chanson de ,szel1 dont le choeur reprend le dernier vers3 ,ils ne se verront plus6 ,le chant de ,szel se trouve amen naturellement dans la pice1 et cependant1 en dehors de l'effet touchant qu'il prpare pour la fin de l'acte1 il n'offre gure que l'intrt de l'excution musicale1 puisque ,szel est en scne2 et la ,comdie-,franaise cet intrt est1 il est vrai1 trs vif parce que l'actrice qui remplit ce rle a une remarquable diction1 aussi large et aussi pure quand elle chante1 mme sans accompagnement1 que lorsqu'elle parle4 ,nanmoins1 cette premire scne de l'acte prpare surtout la dernire4 ,en effet1 quand ,szel aperoit de loin la voiture qui emporte ,fritz1 ,fritz qui fuit perdu1 croyant gurir ainsi son ingurissable blessure1 elle tombe anantie sur un banc1 et au mme moment le choeur des moissonneurs1 qui regagnent lentement la ferme1 fait entendre de nouveau le dernier vers de la chanson de ,szel1 qui est ici d'une indicible mlancolie3 ,ils ne se verront plus6 ,ce choeur entendu dans le lointain semble le gmissement de la nature entire1 qui pleure le coeur bris de la pauvre fille et son bonheur dtruit4 ,que pourrait dire ,szel et quelles paroles vaudraient l'loquence de cette phrase musicale1 qui arrive au public grossie de tous les sanglots qui gonflent le coeur de l'abandonne8 ,c'est l une belle fin dramatique1 o1 il est vrai1 le sentiment l'emporte sur l'ide1 mais qui est conforme l'esthtique du drame moderne4 ,le premier acte de l',ami ,fritz prsente un emploi de la musique plus remarquable encore1 parce qu'il est plus rare3 il s'agit de l'motion produite uniquement par un morceau de musique instrumentale4 ,aprs une minutieuse exposition1 dont tous les dtails font ressortir l'picurisme de ,fritz et son gosme de vieux garon1 on s'est mis table1 et ce repas de gourmand1 digne couronnement de toute cette exposition1 un instant interrompu par l'arrive de ,szel1 se continue1 les vins les plus fumeux succdant aux plats les plus succulents1 lorsque soudain rsonne un coup d'archet3 c'est le violon du bohmien ,joseph1 qui tous les ans1 le jour de la fte de ,fritz1 vient avec quelques-uns de ses compagnons excuter un morceau sous les fentres de son ami4 ,les trois convives s'arrtent1 lvent la tte et prtent l'oreille la voix vibrante des instruments cordes4 ,a ce moment1 les dix-huit cents spectateurs qui emplissent la salle sentent l'me de ,fritz s'ouvrir aux accents pathtiques des instruments voix humaine1 et tout ce qu'il a fait de bien1 de bon1 de juste dans sa vie remonter son coeur1 et le rparer de sa beaut morale au milieu de cette scne de vulgaire sensualit4 ,en mme temps1 l'me de ,fritz1 soustraite soudain aux liens matriels de son existence1 s'lve et s'unit1 dans une commune motion1 avec celle de ,szel que la belle musique fait toujours pleurer4 ,l'attendrissement qu'prouve le public ne lui vient pas directement des instruments1 mais de la profonde motion dont ceux-ci troublent l'me de ,fritz et celle de ,szel4 ,c'est l un trs bel exemple du rle pathtique que peuvent remplir des instruments cordes dans le drame ou dans la comdie4 ,une autre pice des mmes auteurs1 les ,rantzau1 prsente un curieux exemple de la musique employe comme ressort dramatique2 mais cette fois l'exemple est bizarre1 plus peut-tre qu'il n'est heureux4 ,la musique1 en effet1 y joue un rle ingrat et n'a d'autre mrite1 aux yeux de ,jean ,rantzau chez qui se donne un petit concert improvis1 que celui d'tre un bruit dsagrable et agaant pour ,jacques ,rantzau4 ,jean insiste sur le but qu'il se propose et qu'il atteint1 car soudain la colre de ,jacques se traduit par le vacarme de sa batteuse qu'il fait mettre en mouvement4 ,les auteurs se sont tromps sur la mise en oeuvre du ressort musical4 ,sans me proccuper de l'action du drame1 je dirai que c'est le tableau contraire qu'ils auraient d prsenter4 ,l'intrt dramatique de la scne aurait d tre dans la colre de ,jacques ,rantzau1 et c'est le concert que lui donne son frre ,jean qui aurait d tre plac hors de la scne4 ,il y a eu transposition d'effets4 ,c'est l'agacement progressif de ,jacques que le public aurait d participer1 et non pas au concert qui n'a par lui-mme aucun charme musical et qui n'est qu'un ressort ayant prcisment le dfaut d'tre trop apparent4 ,ce qui doit toujours tre mis au premier rang1 sous les regards des spectateurs1 c'est le personnage sur qui doit s'exercer l'action musicale4 ,je ne puis rsister au dsir de citer un bel et dernier exemple1 tir d'une pice toute moderne et essentiellement parisienne1 les ,rois en exil1 que des susceptibilits politiques ont arrte trop tt pour le plaisir de ceux qui sentent l'intrt artistique qu'offrent tous les ouvrages de ,m4 ,daudet4 ,c'est jour de grande soire chez la reine d',illyrie2 sous l'apparence d'un bal1 il s'agit d'une runion politique o vont se prendre des rsolutions viriles4 ,on attend le roi1 celui en qui se rsume les esprances de tout un parti4 ,soudain sur l'escalier d'honneur1 suppos en dehors de la scne1 clate la marche nationale illyrienne4 ,au son de cette musique guerrire1 tous les courages s'affermissent2 les coeurs se haussent et volent au-devant de ce roi qui s'apprte tirer l'pe pour ressaisir sa couronne4 ,c'est l'entre triomphale d'un hros1 d'un conqurant1 du reprsentant et du sauveur de la monarchie4 ,tout ce que les accents de cet hymne national remuent chez la reine et chez ses fidles de beau1 de patriotique1 de chevaleresque voque dans l'imagination des spectateurs une figure noble et sans tache1 une sorte d'archange royal prt couper les sept ttes de la ,rvolution de son pe flamboyante4 ,c'est aprs quelques instants remplis d'une ardente esprance1 sous tous les regards du public et sous ceux de la reine dj anxieuse1 que parat enfin le roi4 ,l'effet est foudroyant1 implacable4 ,christian1 le regard terne1 la dmarche lgrement avine1 entre1 inconscient de l'croulement dfinitif de sa fortune royale1 hbt au milieu d'un dsastre que rien ne peut plus conjurer4 ,l'effet de contraste est irrsistible1 entre ce viveur fatigu1 ce protecteur de filles1 protg lui-mme par des usuriers1 et la figure de roi que la marche nationale illyrienne avait annonce et pare d'avance d'une hroque majest4 ,aprs ce dernier exemple1 il ne nous reste plus qu' ajouter quelques mots de conclusion sur ce sujet4 ,il ne serait pas impossible que l'introduction de la puissance musicale dans le drame moderne et pour cause initiale une influence germanique4 ,mais1 en juger d'aprs l',egmont de ,goethe1 le gnie allemand accorde la musique une puissance idale et imaginative qu'elle ne peut avoir que dans l'opra o le pote y ajoute un sens littraire4 ,le gnie franais1 fait essentiellement de clart1 n'a pas suivi le gnie allemand qui lui avait peut-tre suggr cette tentative1 et pour lui la puissance dramatique de la musique ne rside que dans la proprit qu'elle possde d'veiller1 de propager et d'exalter les sentiments4 ,,chapitre ,,xxxviii ,dcadence de l'art dramatique4--,des conventions dans l'art classique4--,grandeur de l'art idal4--,de l'volution dmocratique4--,caractre de la sensibilit du public4--,son jugement artistique4--,de l'cole raliste4--,de l'esprit moderne4--,de l'individuel et de l'exceptionnel4--,causes d'avortement4 ,j'ai parcouru les diffrentes phases du sujet que je m'tais propos4 ,sans doute j'ai laiss beaucoup dire et je suis loin d'avoir puis une matire qui est de sa nature inpuisable4 ,cependant j'aurai peut-tre atteint le but si j'ai pu faire comprendre le sens assez marqu de l'volution de l'art dramatique et de l'art thtral4 ,tous les arts modernes1 ainsi que toutes les sciences1 ne cessent de crotre en complexit et en htrognit4 ,la mise en scne ne peut que suivre ce mouvement1 malgr les vaines rclamations d'une rhtorique1 suranne1 dit-on1 avec laquelle je ne me sens moi-mme que trop de liens4 ,par une habitude d'esprit1 ne de l'ducation et de l'instruction1 nous accordons la tradition un empire et un prestige que ne lui reconnaissent pas ceux qui ne l'ont pas reue toute forme des leons d'un matre1 ou ne l'ont pas puise dans l'tude des chefs-d'oeuvre des sicles passs4 ,il n'y a pas d'entente artistique possible entre un homme qui prouve des motions profondes la lecture d',homre ou de ,sophocle et un homme qui n'a jamais connu leurs oeuvres que par ou-dire1 ce qui cependant est dj un progrs sur l'ignorance absolue4 ,nous assistons donc la dcadence certaine de l'art1 dans la forme du moins que nous avons t habitus lui reconnatre et sous laquelle nous l'avons aim1 respect et cultiv4 ,cet art tait le privilge d'une lite peu nombreuse qui1 ddaigneuse des spectacles vulgaires et ne recherchant que les sensations exquises1 n'en respirait que la fleur et laissait tomber le reste en poussire4 ,tout drame ou toute comdie tait un conflit psychologique et moral et mettait en prsence des tres qui1 sous des apparences relles1 n'taient qu'idalement vrais4 ,sous les traits individuels que leur prtaient les acteurs1 les personnages de thtre taient des types gnraux que la nature ne nous offre jamais et que l'esprit peut seul concevoir et se reprsenter4 ,aussi le point de dpart essentiel de cet art transcendant tait la convention4 ,ce qui1 dans tout drame et dans toute comdie1 tait idalement vrai1 c'taient les vertus1 les vices1 les caractres ou les passions4 ,c'tait l que portait tout l'effort de la cration artistique1 de l'observation philosophique et de l'imagination potique2 et ces tres1 en quelque sorte abstraits1 prenaient alors une intensit de vie morale d'une puissance extraordinaire et vritablement surhumaine4 ,compars aux personnages de thtre1 les tres rels n'en paraissaient que des extraits incomplets et inachevs1 peine bauchs4 ,jamais1 en effet1 l'humanit n'aurait pu les raliser en entier4 ,seule la posie pouvait crer de toutes pices ces tres dont la nature avait parpill tous les traits sur des milliers d'exemplaires humains4 ,mais quelle tait alors la grandeur tragique ou la profondeur comique du spectacle qu'offraient aux esprits1 longuement prpars le comprendre et le goter1 la rencontre et le conflit de ces personnages plus vrais que la ralit elle-mme6 ,l'intrt de ce jeu potique tait si puissant1 que le reste tait de peu d'importance3 ce n'tait qu'une affaire de convention dfinitivement et pralablement rgle entre le pote et le spectateur4 ,qu'importe d'o viennent et o vont ,scapin1 ,lisette1 ,gronte1 raste et ,isabelle1 runis par le caprice du pote dans un mme enchevtrement d'vnements1 pourvu que nous riions des fourberies de l'un1 de la malice de l'autre1 de la sottise de celui-ci1 et que nous assistions au triomphe final des amants6 ,qu'importe qu'ils se rencontrent ici ou l1 dans un dcor reprsentant un appartement ou une place publique6 ,c'est par pure bont d'me que le pote daigne parfois nous apprendre que la scne se passe ,naples ou ,paris3 nous n'avons que faire de le savoir1 puisque ce sont les mmes personnages1 qu'il transporte son gr aux quatre coins du monde4 ,qui songe reprocher ces personnages de s'asseoir et de discourir au beau milieu d'une place publique8 ,qu'importe1 pourvu que ces personnages nous blouissent des tincelles de leur esprit1 que la vrit psychologique et que l'observation morale naissent du choc de leurs caractres et du conflit o les engagent leurs passions6 ,ce spectacle a le pouvoir magique d'offrir nos mditations l'tre humain1 dgag de toutes les ralits qui l'encombrent et le masquent4 ,mais1 pour s'y plaire1 il faut que l'esprit soit ds longtemps form l'abstraction et la synthse1 et qu'il accorde au fait moral une supriorit constante sur le fait matriel4 ,en un mot1 il lui faut la foi1 une foi en quelque sorte inne1 pour croire la vrit dgage du rel1 pour tre convaincu que la peinture de l'idal est l'unique raison d'tre de l'art4 ,les foules qui montent des tnbres la lumire et qui des bas-fonds de l'humanit s'lvent toutes les jouissances d'une vie sociale suprieure ne sont pas prdisposes par l'ducation1 par l'instruction1 par l'influence hrditaire que les gnrations exercent les unes sur les autres1 jouir d'un art qui s'est dgag de la ralit1 c'est--dire de ce qui leur semble tre toute la vrit4 ,elles ne savent pas voir par les yeux seuls de l'esprit et sont domines par les sensations directement perues par les organes de l'oue1 de la vue et du toucher4 ,toujours en contact avec la ralit1 elles n'apprcient les objets qu'un un1 les estiment pour leur qualit visible ou tangible1 et1 ne s'levant pas aux classifications gnrales1 ne s'intressent aux tres et aux objets que par leurs traits individuels et particuliers4 ,comme cependant elles ont une sensibilit trs vive1 d'autant plus vive qu'elle n'a pas t mousse ou affine par de frquentes motions esthtiques1 elles prennent souvent plaisir aux spectacles tragiques ou comiques de l'art classique1 mais dans des conditions intellectuelles et morales toutes particulires4 ,elles ne sparent pas l'action tragique ou comique de la possibilit relle1 ramnent les hros de la tragdie et les personnages de la comdie dans le cercle troit de leur vue immdiate1 et leur esprit en change singulirement les proportions1 en appliquant ces crations idales une sorte de compas de rduction4 ,elles s'intressent non au dveloppement potique et moral des personnages1 mais l'acte qu'ils accomplissent2 non la vrit gnrale qu'ils reprsentent1 mais aux traits particuliers sous lesquels la vrit se manifeste et au fait qui en est l'occasion4 ,leur motion au thtre n'est jamais ou n'est que trs rarement esthtique3 c'est pourquoi elles ne pleurent pas exactement aux mmes endroits ni pour les mmes causes1 et quelquefois1 dans la comdie1 rient franchement d'un trait qui nous serre le coeur4 ,en un mot1 elles sont frappes de l'action tragique et en sont impressionnes comme elles le seraient d'un drame de cour d'assises4 ,une telle manire de comprendre et de juger les oeuvres dramatiques et d'en apprcier la moralit n'est sans doute pas trs leve2 cependant elle n'est ni fausse ni injuste3 on peut mme affirmer qu'elle est exacte et rigoureuse4 ,mais la vrit1 ainsi vue sous un angle troit1 n'est plus la vrit idale3 c'est en quelque sorte une vrit tangible et mesurable1 ne de l'observation directe des faits1 de l'examen des objets et de la confrontation des tres particuliers qu'a runis un mme acte criminel ou une mme situation comique4 ,ce nouveau public1 vierge d'motions esthtiques1 auquel s'adressent aujourd'hui les potes dramatiques1 n'est pas form juger une passion ou un caractre en soi1 indpendamment du circonstanciel des faits2 mais il rapporte cette passion et ce caractre son exprience personnelle et actuelle1 et pour apprcier ce que l'une a d'horrible et l'autre de ridicule n'a d'autre talon que la ralit4 ,ce n'est donc qu'en multipliant les traits particuliers1 d'observation courante et journalire1 qu'on lui procure la sensation de la vrit et de la vie4 ,il est bien heureux que ,don ,juan1 ,tartufe et le ,misanthrope soient crits1 car un nouveau ,molire ne saurait concevoir aujourd'hui sous la mme forme ces comdies idalement humaines et vraies1 mais dont les personnages sont des types gnraux tout fait en dehors de notre exprience personnelle et de nos observations quotidiennes4 ,le public actuel s'intresse donc moins l'homme en gnral qu'aux hommes en particulier1 et ne conoit pas plus ceux-ci soustraits toutes les conditions de climat1 de race1 de temprament et de milieu social1 qu'il ne les conoit dgags des influences extrieures1 des circonstances et des faits4 ,c'est satisfaire ce nouveau besoin intellectuel que s'ingnie l'cole raliste ou naturaliste4 ,nous sommes encore au fort de la bataille que cette cole livre aux classiques et aux romantiques et dont les injures sont des deux cts les projectiles ordinaires4 ,nous n'y ajouterons pas les ntres1 bien que l'cole raliste ait souvent mrit les svrits de la critique en flattant les instincts les moins nobles de l'humanit et en prenant le succs d'une oeuvre d'art pour la mesure de sa moralit4 ,mais les adeptes d'une cole quelconque sont des hommes1 c'est--dire des tres essentiellement faillibles1 dont la vue est courte et le jugement born4 ,bien que la plupart aient fait un emploi dplorable et parfois peu recommandable de leur facult d'observation1 il est intressant de dgager et de mettre en lumire l'ide qui les meut et laquelle ils ont obi inconsciemment1 et de dterminer la force gnratrice dont ils ne sont que des rouages de transmission4 ,or1 on peut aisment reconnatre que l'cole raliste1 ses excs mis part1 obit1 mais aveuglment et sans conscience du but final de l'art1 l'esprit qui gouverne le monde moderne4 ,la science s'est d'abord lance la conqute de l'infiniment grand2 aujourd'hui1 elle pntre dans l'infiniment petit4 ,aprs la synthse audacieuse est venue l'analyse patiente2 et nous sommes l're des sciences et des arts microscopiques1 qui poursuivent la vie jusque dans ses retraites les plus secrtes et les plus ignores4 ,l'auteur dramatique ne fait donc qu'obir la tendance gnrale quand il fouille les plis les plus cachs de l'me humaine et soumet son tude les ferments de sa dsorganisation morale4 ,en mme temps1 les couches humaines les plus profondes1 entranes par le grand mouvement des rvolutions s'lvent comme une cume la surface des socits et viennent d'elles-mmes se placer dans le champ de ses observations4 ,son oeil patient dcompose ces masses et s'attache aux caractres particuliers qui diffrencient ces millions d'individualits4 ,chacune d'elles est un nouveau monde1 complexe et complet en soi1 qui obit ses lois propres et relatives1 drives des lois gnrales et absolues4 ,par suite1 le problme dramatique semble tre aujourd'hui de mettre en relief1 non les caractres communs et collectifs que ces individualits offrent un observateur attentif1 mais les caractres particuliers qui de chacune font un tre distinct4 ,l'art raliste vise donc l'individuel et partant l'exceptionnel1 d'o l'extrme difficult d'en obtenir une reprsentation1 toute reprsentation tant toujours le rsultat d'un travail idal et d'une gnralisation4 ,c'est pourquoi la nouvelle cole voudrait ramener l'art la prsentation du rel1 sans se rendre compte de ce que cette ambition a prcisment de chimrique4 ,toute oeuvre d'art ne peut tre qu'une reprsentation du rel et partant est une cration idale3 il suffit pour arriver cette conclusion de ne pas raisonner par peu prs et de prendre les mots avec leur sens exact4 ,une oeuvre dramatique1 conue selon les vises ralistes1 est uniquement une oeuvre dont l'idal est moins gnral et moins lev1 et que son infriorit seule rapproche des donnes de la ralit courante et journalire4 ,ce but1 quoique plus humble1 est cependant celui qui seul justifie les prtentions de l'cole raliste4 tant donnes des passions humaines1 qui sont de tous les temps1 il s'agit de leur chercher des motifs dans notre monde actuel et de les dvelopper selon des raisons dduites des lois complexes des socits modernes4 ,ramene ainsi dans ces limites plus troites1 l'cole raliste peut se dfendre et se justifier4 ,dans ses fouilles au fond de l'homme moderne1 et dans son tude directe de toutes les choses de la nature1 le ralisme trouvera la vie1 une vie intense mle un mouvement vertigineux4 ,les limites superficielles de l'art se trouveront ainsi recules2 et l'exploration mettra le pied sur quelques-unes des terres encore peu foules de l'humanit et de la vie4 ,le nombre des personnages de thtre s'accrotra considrablement1 et chacun d'eux ne nous apparatra plus qu'avec son idal particulier1 c'est--dire un idal ramen la mesure de son intelligence1 de son dveloppement moral et de sa fonction sociale4 ,d'o la diversit extraordinaire du spectacle1 ce qui est une sduction pour l'esprit moins gnralisateur du public actuel4 ,aussi l'avenir immdiat semble appartenir l'art nouveau4 ,il tait d'ailleurs fatal que l'apparition de l'cole raliste ou naturaliste ft synchronique l'panouissement de l'esprit dmocratique dans les socits modernes4 ,mais toute la pousse furieuse de cette cole n'aboutira qu' un avortement1 si elle s'enfonce de plus en plus dans l'analyse de matires au sein desquelles la vie n'a jamais t et ne sera jamais4 ,ce sont les manifestations seules de la vie qui doivent faire l'objet de ce que l'cole appelle ambitieusement ses expriences4 ,la nature ne doit y entrer que par ses rapports avec la vie1 et par le rle passif qu'elle joue dans le dveloppement de l'activit humaine4 ,l'tude de la nature inerte1 de la matire en soi1 est donc une premire cause d'avortement que devra viter l'cole raliste4 ,une autre cause est le manque de contrle1 partant le manque d'intrt et de sympathie qu'offre toute manifestation individuelle et exceptionnelle de la vie4 ,c'est pourquoi1 mesure que l'analyse descendra dans l'infiniment petit1 l'intrt du spectateur dcrotra dans la mme proportion4 ,une troisime cause1 parmi beaucoup d'autres que nous pourrions encore citer1 est le ddain irrflchi de l'cole pour la psychologie et pour la morale4 ,il est particulirement un point important sur lequel elle se trompe trangement4 ,l'intrt qu'elle parat porter aux classes populaires part d'un bon naturel1 je veux le croire1 mais l'entrane nous reprsenter trop souvent comme contradictoires l'lvation morale et l'lvation sociale1 tandis que ce sont1 en dfinitive1 les exceptions mises part1 les deux colonnes gales et parallles qui supportent tout l'difice de la socit et de la civilisation4 ,a ce ddain de la psychologie se joint un amour immodr pour la physiologie4 ,tout le monde sait que le physique ragit sur le moral2 c'est un sujet que ,cabanis1 au point de vue descriptif1 me semble avoir puis du premier coup4 ,malheureusement1 le naturalisme tend remplacer l'tude psychologique par la description du phnomne physiologique qui en est l'antcdent4 ,or ce qu'on peut reprocher ce procd c'est-d'tre absolument puril4 ,tous ceux qui ont un instant rflchi sur les conditions de la production artistique savent que la description physiologique est ce qu'il y a au monde de plus facile et de plus banal4 ,la difficult et l'intrt ne commencent que lorsque l'artiste entreprend l'tude du moral4 ,dans l'tat de la question1 il est ncessaire que l'cole aborde le thtre3 elle y trouvera peut-tre le salut1 car c'est le thtre seul qui la forcera d'abandonner ses vaines prtentions physiologiques et qui l'amnera relever son idal1 en lui imposant des gnralisations ncessaires4 ,en effet1 l'cole raliste trouvera dans l'observation des ralits vivantes plus d'lments de drames et de comdies1 que de drames tout composs et de comdies toutes faites4 ,pour construire un drame ou une comdie1 il faut rassembler ces lments pars1 les faire concourir une mme action1 et par une logique svre1 qui ne rside que rarement dans l'esprit des tres rels1 mener cette action d'un commencement une fin4 ,cette ncessit thtrale sera pour l'cole raliste un retour forc l'idal4 ,si celle-ci est assez sense pour joindre l'observation raliste la mthode classique1 toute psychologique1 elle assurera le salut de l'art moderne1 en lui infusant une vie nouvelle2 mais1 si elle rejette tout compromis1 par mpris irraisonn de l'idal1 elle usera ses forces des besognes minuscules1 et l'art dsagrg se dispersera en poussire4 ,jusqu' prsent1 l'cole hsite aborder le thtre par le pressentiment qu'elle a d'chouer ou d'tre oblige d'abandonner ce que ses thories ont d'absolu4 ,toutefois je crois des tentatives prochaines1 car laisser le thtre en dehors de sa sphre d'action serait pour l'cole un aveu d'impuissance4 ,aprs avoir bataill sur les ouvrages avancs1 il lui faut donner l'assaut au corps de place4 ,si l'exprience choue1 elle sera courte1 mais laissera pendant assez longtemps l'art dans une trs grande confusion2 si elle russit1 elle renouvellera le thtre1 en agrandissant en quelque sorte la superficie dramatique2 et l'art1 bien qu'abaiss en dignit1 puisque son idal sera moins lev1 entrera cependant dans une priode de fcondit extraordinaire1 car tous les sujets traits depuis deux mille ans1 et quelques-uns satit1 reprendront une vie nouvelle par suite de cette transfusion de sang moderne4 ,,chapitre ,,xxxix ,rle actuel de la mise en scne4--,la loi de concentration4--,du naturalisme moderne4--,de la puissance psychologique de la nature4--,la ralit est une cause formelle et non finale d'une volution dramatique4--,l',ami ,fritz4--,rapports de la mise en scne avec la conception potique4--,il ne faut jurer de rien4--,de l'imitation thtrale4 ,quel rle particulier est appele jouer la mise en scne dans cette volution de l'art dramatique8 ,c'est un point qu'il me reste examiner4 ,jusqu' prsent1 il parat y avoir beaucoup de confusion dans les ides de ceux qui se rclament de l'cole raliste4 ,les thtres semblent obir une tendance dangereuse qui ne peut aboutir qu' leur ruine sans profit pour l'art4 ,cette tendance consiste transformer la reprsentation du rel en une sorte de prsentation directe1 de telle sorte qu'ils cherchent s'affranchir du procd artistique de l'imitation et mettent leur ambition nous intresser la vue des objets eux-mmes4 ,ainsi compris1 l'art de la mise en scne aurait sa fin en lui-mme1 ce qui serait1 pour qui rflchit1 son anantissement1 car il deviendrait1 ici1 l'art du peintre1 l1 l'art de l'architecte1 l1 l'art du sculpteur1 l1 l'art du tapissier1 etc41 mais il ne serait plus un art synthtique obissant ses lois propres4 ,d'ailleurs1 dans cette direction1 les efforts seraient hors de toute proportion avec le peu d'intrt qu'offrirait l'atteinte du but4 ,la mise en scne1 en effet1 subit fatalement la loi de concentration1 en vertu de laquelle l'attention du spectateur est ramene et se fixe sur le personnage humain4 ,ds que l'action dramatique veille en nous la sympathie que nous ressentons pour toute douleur ou toute joie1 le dcor chappe rapidement notre attention1 et la mise en scne disparat nos yeux4 ,elle n'est plus ds lors qu'un danger2 car la moindre discordance1 comme un coup de baguette magique1 anantirait en un clin d'oeil tout le charme dramatique4 ,aussi arrive-t-il1 quand nous avons assist la reprsentation d'une pice ayant agi avec quelque force sur notre me1 que nous ne gardons qu'un souvenir vague de la mise en scne1 ou que du moins elle ne nous laisse qu'une impression d'autant plus gnrale que la figure du personnage humain prend plus d'importance et de prcision dans notre souvenir4 ,c'est en somme le triomphe de l'tre humain sur la nature1 de l'intelligence sur la matire4 ,par consquent1 l'art de la mise en scne ne peut avoir la prtention de prendre le pas sur l'art dramatique4 ,il ne le pourrait qu'en annihilant celui-ci1 ce qui serait contraire sa propre destination4 ,il doit donc lui rester subordonn1 tout en le suivant forcment et en se proccupant1 son exemple1 du caractre individuel et particulier des objets qu'il voque nos yeux4 ,nous avons d'ailleurs insist dj dans le courant de cet ouvrage sur la ncessit pour la mise en scne d'adapter les milieux aux types particuliers que recherche l'art moderne4 ,c'est une des conditions actuelles de la mise en scne4 ,mais la mise en scne peut-elle aspirer jouer un rle personnel et actif dans l'volution du drame8 ,et1 s'il lui est permis d'envisager une telle perspective1 quelles sont les limites infranchissables imposes son ambition8 ,on est conduit envisager ce rle de la mise en scne en reconnaissant la valeur1 en quelque sorte psychologique et morale1 qu'a prise la nature dans la littrature moderne4 ,toute notre littrature drive en grande partie de celles des peuples grecs et des peuples latins3 elle a une origine toute mridionale4 ,or1 dans les pays dvors par une lumire ardente1 la nature n'agit pas sur l'homme avec le charme pntrant qu'elle a dans les pays du nord4 ,la transparence de l'atmosphre1 la nettet des lignes1 l'galit des effets1 la coloration puissante des tons1 ne semblent pas s'associer la mlancolie humaine comme les paysages humides et crpusculaires du nord4 ,aussi tous les artistes1 tous les potes ont nglig ou n'ont que lgrement indiqu cette association de l'homme et de la nature4 ,au ,x,v,i,ie sicle1 la nature artistique est factice3 ce ne sont que des paysages baigns dans la transparente lumire de l',attique4 ,ce n'est que vers la fin du ,x,v,i,i,ie sicle que l'homme a laiss son me s'ouvrir aux impressions profondes de la nature et qu'il a associ celle-ci ses tats psychologiques4 ,mais aujourd'hui toute notre littrature est fortement empreinte de naturalisme4 ,il n'est donc pas tonnant que la dcoration thtrale et que la mise en scne aient eu l'ambition de se parer de ce charme pittoresque qui a sur nous tant d'empire4 ,toutefois1 cette ambition n'avait pas eu jusqu'alors de vise plus haute que celle de plaire directement aux spectateurs1 et de renforcer la puissance dramatique en dirigeant sur nos yeux ses effets les plus romantiques4 ,comme la musique dans le mlodrame et dans le vaudeville1 la mise en scne n'avait eu jusqu'alors qu'un rle1 celui d'environner le spectateur d'une sorte d'atmosphre passionnelle1 et de crer un milieu adapt l'motion ne du dveloppement de l'action dramatique4 ,la mise en scne a donc t jusqu' prsent une force motionnelle destine agir directement sur le spectateur1 absolument comme dans le mlodrame une longue phrase chante sur le violoncelle agit sur son systme nerveux et le dispose l'attendrissement4 ,eh bien6 sans renoncer cette puissance du pittoresque que le dcorateur continuera exercer directement sur les spectateurs et qui est en effet sa destination1 la mise en scne peut-elle prtendre jouer sur le thtre le rle que la nature joue dans notre vie actuelle8 ,comme la musique1 va-t-elle son tour venir se mler au drame1 en devenir aussi un des personnages et concourir au dveloppement de l'action elle-mme8 ,sans doute on ne peut comparer la nature1 agissant directement sur nous1 l'imitation de la nature qui nous intresse ses procds artistiques plus qu'aux phnomnes eux-mmes qu'elle reproduit nos yeux4 ,on ne peut non plus comparer la mise en scne1 o tout est factice1 la musique dont le thtre ne modifie en rien les conditions et qui1 au thtre comme dans la vie1 doit au charme mystrieux des sons rels l'empire qu'elle exerce sur notre sensibilit4 ,cependant la littrature1 mme avant qu'elle ft en proie au naturalisme1 tenait compte dans une certaine mesure de l'influence des forces de la nature sur la dcision humaine et partant sur l'volution du drame4 ,et dans ce cas la mise en scne s'levait au rle d'une puissance mystrieuse1 suprieure la volont humaine3 elle nouait ou dnouait le drame comme la fatalit antique4 ,le thtre en prsente de nombreux exemples4 ,ainsi le voyageur1 au moment de quitter l'auberge o il s'est mis l'abri1 est assailli par la tempte3 le tonnerre se mle au bruit de la grle ou de la pluie2 le vent repousse la porte avec violence2 le voyageur1 fortement impressionn1 recule1 reste et est assassin4 ,certes1 c'est un art infrieur que celui qui met une volution1 qui ne devrait tre que passionnelle1 sous la dpendance de phnomnes contingents4 ,cependant l'intervention des forces mystrieuses de la nature est dans ce cas tout fait remarquable1 en ce que l'illusion thtrale agit directement sur le personnage du drame1 l'motion duquel s'associe le spectateur4 ,l'impression cause par la mise en scne est donc en mme temps ressentie par le personnage et par le spectateur1 et celui-ci ne comprendrait pas que celui-l y restt insensible4 ,cela tient sans doute ce que la nature nous impose sa puissance en la transformant en mouvement et en bruit1 double phnomne dont la reprsentation ne change pas le mode d'action4 ,quelle qu'en soit la raison d'ailleurs1 nous sommes amens constater que1 dans ce cas1 l'volution du drame est due une cause naturelle objective4 ,mais l'cole moderne a fait un pas de plus1 en cherchant donner l'volution dramatique une cause naturelle objective1 qui s'adresst celui de nos sens qui est le plus artistique1 celui de la vue4 ,c'est l1 en ralit1 que commencent les difficults4 ,nous allons citer un exemple o l'intention raliste de l'auteur est pleinement justifie1 ce qui nous permettra de dduire les conditions esthtiques dans lesquelles le problme peut en gnral tre rsolu4 ,je prendrai cet exemple dans le second acte de l',ami ,fritz1 et je rappellerai aux lecteurs1 qui tous connaissent la pice1 la fontaine o ,szel vient puiser de l'eau1 eau vritable que le public voit couler4 ,quelques-uns ont critiqu1 tort1 mon sens1 cette recherche d'un effet rel4 ,c'est la vue de l'eau qui veille chez ,sichel le dsir de boire1 et c'est l'action de boire la cruche que penche la jeune fille qui ramne la mmoire du rabbin l'histoire touchante de ,rbecca et d',elizer4 ,ici1 c'est trs justement que l'art thtral s'associe activement une situation vritablement dramatique2 et si on tudie attentivement l'enchanement de cette cause toute objective l'effet dramatique qui en dcoule1 on verra que la prsentation relle de l'eau dtermine une reprsentation idale1 dans l'imagination de ,sichel et lui fournit la forme particulire dont va se revtir sa pense4 ,ce n'est pas l'eau qui suggre au rabbin l'ide de sonder le coeur de la jeune fille2 elle ne lui offre que le moyen immdiat d'y parvenir4 ,la fontaine1 qui procure nos yeux l'illusion de la ralit1 n'est donc pas la cause finale de la scne entre ,sichel et ,szel2 elle n'en est que la cause formelle4 ,sous ce rapport1 cet emploi remarquablement habile de l'illusion thtrale est un modle puisqu'il nous permet d'en dduire une loi importante de l'esthtique thtrale et dramatique1 que l'on peut formuler ainsi3 ,la ralit contingente ne peut jamais tre une des causes finales du drame2 elle ne peut en tre qu'une des causes formelles4 ,on ne peut nier que la ralit1 en montant sur la scne et en venant y jouer le rle qui lui est propre et y exercer une influence contingente1 ne contribue1 absolument comme cela se passe dans la vie1 modifier1 diversifier et1 par suite1 enrichir la pense potique en lui fournissant des formes nouvelles et imprvues4 ,deux mes mises et maintenues en prsence1 en dehors de toute influence objective1 ne peuvent changer que des ides purement psychologiques4 ,ces deux mes rentreront dans les donnes plus exactes de la vie1 si elles puisent dans la ralit ambiante une forme plus varie de raisonnement et les lments plus prochains de leur loquence4 ,toutefois1 il est peine besoin de faire remarquer que l'intervention d'une cause objective ne peut tre admise1 que lorsqu'elle drive d'une possibilit antrieure4 ,elle ne doit tre1 en effet1 qu'une cause seconde2 c'est ainsi que l'acte de venir puiser de l'eau la fontaine1 dans l'exemple pris de l',ami ,fritz1 n'est qu'une consquence de la condition de ,szel et du milieu o se dveloppe l'action2 il se rattache donc logiquement aux donnes mmes du pome dramatique4 ,bien diffrente et moins justifiable serait l'intervention d'une cause objective1 si celle-ci tait une cause premire1 si1 par exemple1 le caractre de la dcoration devait peser sur la rsolution du personnage dramatique4 ,cela ne pourrait se tenter qu'en rentrant habilement dans les lois les plus certaines de la mise en scne1 c'est--dire en agissant pralablement sur le spectateur1 en concevant une dcoration capable1 par la grandeur1 la hauteur et la profondeur de la scne1 ainsi que par des effets d'ombre ou de lumire1 de faire natre une impression morale1 que le spectateur transporterait alors dans le personnage4 ,un pareil effet est toujours alatoire1 puisqu'il dpend des dispositions du public et de l'imagination des spectateurs4 ,c'est sur la scne de l',opra qu'on pourrait et qu'on a pu employer ce procd avec quelque scurit1 parce que l1 la puissance de la musique sur l'inclination morale du spectateur vient en aide la puissance pittoresque de la dcoration4 ,ce serait donc s'exposer de graves mcomptes que de vouloir lever le pittoresque de la dcoration l'tat de ressort dramatique1 ou autrement1 de regarder le pittoresque comme une cause finale suffisante de l'volution dramatique4 ,il ne peut en tre qu'une des causes formelles4 ,nous aboutissons donc1 pour l'ensemble dcoratif1 la mme loi que pour tout objet considr dans son influence ventuelle sur la marche du drame4 ,il est certain que1 dans toute conception potique1 le monde extrieur1 rduit au milieu immdiat o s'agitent les personnages1 fournit ou peut fournir incessamment ceux-ci les causes formelles de leur langage4 ,la mise en scne peut-elle nourrir l'ambition raliste de rendre visible au spectateur tout ce qui1 dans le milieu objectif1 joue le rle d'une cause formelle8 ,c'est le dernier refuge de l'cole nouvelle4 ,pour claircir cette question1 prenons un exemple4 ,au troisime acte de ,il ne faut jurer de rien1 le dcor1 la ,comdie-,franaise1 reprsente un bois sombre et sauvage4 ,les arbres qui montent jusqu'aux frises drobent au spectateur la vue du ciel4 ,c'est une belle solitude nocturne4 ,voyons maintenant la mise en scne imagine par le pote4 ,c'est un soir d't4 ,aprs une chaude journe1 l'orage clat4 ,quand ,van ,buck et son neveu arrivent prs du lieu o doit se rendre ,ccile1 ,valentin1 en quelques mots1 esquisse la mise en scne3 ,la lune se lve et l'orage passe4 ,voyez ces perles sur les feuilles1 comme ce vent tide les fait rouler4 ,enfin1 dans la clairire o se rencontrent ,valentin et ,ccile1 la mise en scne est conditionne par le texte3 ,venez l1 o la lune claire444--,non1 venez l1 o il fait sombre2 l1 sous l'ombre de ces bouleaux444 ,y a-t-il longtemps que vous m'attendez8--,depuis que la lune est dans le ciel444 ,viens sur mon coeur2 que le tien le sente battre1 et que ce beau ciel les emporte ,dieu444 ,voyons1 savez-vous ce que c'est que cela8--,quoi8 cette toile droite de cet arbre8--,non1 celle-l qui se montre peine et qui brille comme une larme444 ,toute cette scne1 comme on le voit1 est fortement empreinte d'un naturalisme plein de mlancolie4 ,aujourd'hui1 au thtre1 avec l'aide de la lumire lectrique1 la mise en scne pourrait raliser le paysage nocturne dcrit par le pote4 ,au commencement de l'acte1 de lourds nuages sombres passeraient sur le ciel toil et sur la lune qu'ils obscurciraient4 ,enfin les nuages1 en fuyant1 laisseraient voir dans toute sa puret un ciel profond et toil1 au milieu duquel brillerait le disque lunaire4 ,les arbres1 des bouleaux au feuillage lger1 aux troncs clairs1 disposs par bouquets1 laisseraient le regard du spectateur se perdre dans l'ocan des nuits4 ,le public participerait ainsi1 comme les personnages du drame1 la vue de ces beaux effets de la nature1 qui sont1 en plus d'un endroit1 pour ,valentin et ,ccile1 les causes formelles de leurs penses4 ,cependant1 c'est par un motif de premier ordre que la ,comdie-,franaise n'a pas d chercher raliser cette potique mise en scne1 en admettant1 pour un moment1 qu'elle et pu avoir la pense de le faire4 ,c'est qu'en effet1 ce dont on peut juger par certains dtails du dialogue 7je t'aime6 voil ce que je sais1 ma chre2 voil ce que cette fleur te dira1 etc471 qui sont incompatibles avec un dcor nocturne1 c'est qu'en effet1 dis-je1 la nature voque par le pote est purement idale1 c'est--dire conue par son esprit1 et que la mise en scne dcrite par lui n'est pas la peinture relle d'un effet vu et observ par ses yeux4 ,dans la conception de cette scne1 ce n'est pas la vue d'un phnomne qui a dtermin l'ide1 mais1 au contraire1 l'ide qui a ramen dans l'imagination du pote la reprsentation d'un phnomne4 ,la ,comdie-,franaise a donc d chercher l'ide gnrale du dcor au del des causes formelles de la pense du pote2 et elle a plac ,valentin et ,ccile au milieu d'une solitude profonde1 qui rendt possible au sducteur toute tentative de profanation et ft resplendir l'anglique puret de cette jeune fille qui1 seule1 la nuit1 vient1 sereine et candide1 poser son front sur la poitrine de celui qu'elle aime4 ,le vritable orage qui s'apaise1 c'est celui qui s'tait soulev dans le coeur de ,valentin1 et la vritable toile1 ce n'est pas celle que pourrait allumer le metteur en scne dans le ciel de son dcor1 c'est celle de l'amour qui se lve dans l'me purifie de ,valentin4 ,on voit donc combien l'effet gnral du dcor rpond mieux l'ide potique que les effets particuliers d'une mise en scne plus naturaliste4 ,cet exemple montre qu'il faut lire avec la plus grande attention l'oeuvre que l'on doit mettre en scne et dterminer la nature de l'inspiration de l'auteur4 ,s'il est sensible que le pote a remont de l'ide au phnomne1 comme c'est le cas dans l'exemple prcdent1 il ne faut pas prsenter un ordre inverse au spectateur1 et1 par consquent1 la mise en scne doit laisser l'ide seule se manifester et veiller le phnomne dans l'imagination du spectateur1 comme cela a eu lieu dans celle du pote4 ,si1 au contraire1 il est sensible que l'auteur a voulu subordonner la reprsentation de l'ide la prsentation du phnomne1 il faut s'efforcer de raliser la mise en scne dcrite par lui4 ,il est clair que dans l',ami ,fritz1 sans l'eau qui coule de la fontaine1 la lgende de ,rbecca n'a aucune raison de se reprsenter la mmoire de ,sichel4 ,les cas o une mise en scne raliste s'imposera ne sont pas aussi frquents ni aussi nombreux qu'on pourrait le croire au premier abord4 ,le plus souvent1 il sera prudent de s'en tenir l'ancienne conception dcorative qui ne recherche qu'un effet simple et gnral4 ,et cela pour deux raisons d'ordre suprieur4 ,la premire1 c'est que l'impression que nous cause la nature se ramne toujours dans la ralit quelques sensations trs simples1 telles que la prsence ou l'absence de la lumire1 le mouvement ou le repos des objets1 le bruit ou le silence1 le plus ou le moins de vapeur humide dans l'atmosphre1 le plus ou le moins de grandeur ou de profondeur1 etc4 ,tout le surplus de nos impressions1 souvent trs complexes1 nat du rapport que ces sensations simples ont avec l'tat moral de notre me4 ,il faut1 par consquent1 dans la reprsentation des effets de la nature ne pas tenir compte de ce que1 prcisment1 y mettra le spectateur1 pour peu que l'action dramatique ait inclin son me vers tel ou tel tat psychologique4 ,c'est l une raison toute philosophique4 ,la seconde raison a une porte esthtique laquelle j'ai dj fait allusion ci-dessus1 et sur laquelle j'appelle l'attention des personnes qui se laissent trop facilement sduire par les promesses de l'cole raliste ou naturaliste4 ,quand on transporte le monde extrieur1 objets ou phnomnes1 sur la scne1 on n'en donne naturellement qu'une copie1 qu'une imitation4 ,sur la scne1 on ne btit pas de vraies maisons1 on ne plante pas de vrais arbres1 on ne droule pas de vritables flots1 on ne pousse pas dans le ciel de vrais nuages1 etc42 on ne nous donne de toutes ces choses que des imitations4 ,or1 du moment que l'on ne prsente pas au spectateur les objets rels qui1 selon le pote1 devraient avoir une influence psychologique sur les personnages du drame1 on ne peut pas compter que les objets imits auront la mme porte1 attendu que l'attention du spectateur est1 non pas attire par la contemplation du phnomne naturel1 mais proccupe uniquement du phnomne artistique de l'imitation4 ,plus l'on compliquera la mise en scne1 plus on cherchera reproduire avec exactitude les impressions de la nature1 plus l'on comptera sur la perfection dcorative pour agir sur l'inclination morale des spectateurs1 et plus l'cole raliste s'loignera du but qu'elle poursuit2 car l'esprit du spectateur1 sollicit1 par des impressions optiques1 et sensible toute cration artistique1 s'attachera obstinment ce qui lui offrira un intrt immdiat1 c'est--dire l'art particulier de la mise en scne1 aux procds scientifiques ou autres de l'imitation1 et ne subira par consquent pas l'influence psychologique qu'on aura eu la prtention d'exercer sur lui4 ,dans ce cas1 c'est tout simplement un art d'ordre infrieur qui prend le pas sur un art d'ordre suprieur4 ,,chapitre ,,xl ,l'cole naturaliste au thtre4--,la thorie des milieux4--,des milieux gnrateurs4--,des milieux contingents4--,conjonction de l'idal et du rel4--,la ,charbonnire4--,du rel dans la perspective thtrale4--,le ,pav de ,paris4--,le naturalisme imposerait des conditions nouvelles l'architecture thtrale4--,l'cole raliste devra tendre redevenir une cole idaliste4 ,a la vrit1 l'cole qui s'intitule naturaliste parat avoir une grande prdilection pour la forme du roman4 ,cela se conoit2 car c'est l seulement que1 lorsque les personnages n'agissent pas ou ne prennent pas la parole1 un acteur1 et le principal1 reparaissant en scne1 dcrit les beauts svres ou riantes de la nature1 la mlancolie des bois ombreux1 l'immobile majest des monts1 la pesante solitude des espaces dserts2 la mystrieuse circulation de la vie1 ses ardeurs et ses puisements1 et en mme temps cherche montrer le lien sympathique qui rattache les tats psychologiques de l'tre humain tous ces aspects de la nature4 ,cet acteur1 c'est le pote lui-mme1 dont l'me anime la nature inanime4 ,mais1 au thtre1 les personnages seuls ont le droit de s'adresser au public1 et le pote1 c'est--dire le dmonstrateur psychologique1 est rduit au silence4 ,la nature n'agit donc dans la mise en scne que par ses effets simples et gnraux1 n'engendrant chez les spectateurs que des sensations initiales1 simples et gnrales4 ,nous arrivons ainsi1 par un autre chemin1 la mme conclusion que dans le chapitre prcdent4 ,au thtre1 le pote1 prsent mais silencieux1 n'y peut plus animer la nature et lui insuffler1 comme dans le roman1 une sorte de force passionnelle active4 ,c'est pourquoi1 en abordant la scne1 l'cole naturaliste est contrainte d'abandonner toute sa puissance descriptive1 et de sacrifier la nature pour s'attacher aux effets humains et sociaux de la vie4 ,quelle est1 sous ce rapport et en quelques mots1 l'esthtique de l'cole8 ,si je vois juste1 la voici1 dgage des thories secondaires qui l'encombrent et prsente sans dnigrement avec toute l'impartialit dont je suis capable4 ,on peut dire1 sans exagration1 qu'elle est tout entire contenue dans la thorie des milieux4 ,premirement1 les tres humains ne peuvent s'abstraire des milieux o ils sont ns1 o ils se sont dvelopps et qui dterminent leur mode de sentir1 leur mode de penser et leur mode d'agir4 ,deuximement1 nulle action dramatique1 ne du conflit de passions humaines1 ne peut s'isoler des milieux o elle se noue1 se dveloppe et tend sa fin4 ,l'cole ne considre plus une passion en soi1 mais l'envisage dans ses diffrents modes et met son ambition traduire sur la scne1 dans toute leur ralit complexe et relative1 les tats psychologiques et pathologiques des tres1 individuellement dtermins1 qui agissent sous l'empire d'une passion4 ,ce qu'elle cherche1 c'est donc une vrit plutt relative qu'absolue4 ,c'est pour cela que nous avons dit plus haut que l'cole agrandissait la superficie de l'art1 en abaissant sensiblement l'idal4 ,on peut1 en effet1 accorder au ralisme le droit qu'il rclame de diffrencier1 par exemple1 le mode d'aimer de l'homme du peuple de celui de l'homme du monde2 mais ds que la jalousie armera d'un couteau la main de l'un et de l'autre1 elle devrait son tour reconnatre que toutes les distinctions sociales s'anantissent devant un fait pathologique purement humain4 ,l'art1 parti du particulier et du relatif1 doit donc aboutir au gnral et l'absolu2 et par suite le pote1 aprs avoir soigneusement pris ses types dans la ralit1 doit tendre l'idal1 c'est--dire dgager l'tre humain de toute contrainte sociale et dbarrasser les passions des masques sous lesquels cette contrainte les force se cacher et se drober aux regards4 ,c'est le transport du relatif au thtre qui fait la richesse de l'art moderne2 mais c'est seulement en dgageant l'absolu de ses donnes relatives que celui-ci assurera ses productions une valeur gnrale et une porte psychologique universelle1 et leur donnera l'esprance de vivre au del du temps prsent4 ,en cela1 l'esthtique thtrale devra suivre l'esthtique dramatique4 ,si le pote a conduit rationnellement son oeuvre du relatif l'absolu1 la mise en scne devra s'efforcer de ne pas contrarier cette volution ascendante4 ,on peut donc1 conclure que1 dans une oeuvre dramatique moderne1 la mise en scne devra raliser avec le plus de soin possible tous les tableaux d'exposition1 ceux o s'accusent le relatif des ides et des faits ainsi que l'influence des milieux sur les caractres et sur les passions2 mais1 mesure que l'action s'approchera du dnouement1 elle devra de plus en plus sacrifier1 soit dans les dcors1 soit dans les costumes1 soit dans la figuration1 les traits particuliers qui faisaient la richesse des premiers tableaux1 et peu peu revtir un aspect gnral qui puisse s'harmoniser avec ce qu'a d'absolu et de purement humain l'explosion psychologique et pathologique des passions4 ,la seconde loi se rapporte1 comme nous l'avons dit1 l'influence contingente des milieux4 ,c'est l'aspect multiple et complexe de la vie que l'cole cherche raliser par l'observation de cette loi4 ,poussez la porte d'un tablissement public quelconque1 et dans la foule des tres humains qui y sont runis1 que de drames et de comdies6 ,ici un beau drame d'amour va natre1 tandis que l une folle comdie se dnoue2 dans le groupe prochain un march honteux se conclut2 dans celui-ci un crime horrible se prpare1 tandis que dans celui-l s'panouissent la jeunesse et le bonheur4 ,une action tragique ou comique ne se dveloppe pas dans le vide1 mais elle se meut en traversant des milieux successifs1 qui souvent dterminent une modification dans la direction de sa trajectoire4 ,tous ces tableaux nous reprsentent la vie dans sa complexit et dans son htrognit actuelles2 ils forment le fond pittoresque sur lequel s'enlvent en vigueur les personnages de premier plan4 ,si ce sont les personnages qui disparaissent1 il n'y a plus d'action dramatique2 mais si ce sont les tableaux qu'on soustrait la vue1 on enlve au drame ce qui prcisment lui donnait l'aspect saisissant de la vie4 ,en un mot1 un drame ne se profile jamais ici-bas sur un fond neutre1 semblable ces fonds gris sur lesquels les peintres enlvent vigoureusement un portrait1 mais sur des tableaux anims eux-mmes1 sur des lambeaux d'histoire humaine et sociale qui sont souvent le commentaire le plus loquent du drame1 soit qu'ils expliquent la fatalit d'un acte par l'influence du milieu travers1 soit que par contraste ils en accusent plus fortement l'horreur4 ,de l se dduisent la composition et la construction d'une pice naturaliste4 ,il s'agit de peindre les diffrents moments de l'action au milieu des tableaux anims o celle-ci s'est successivement transporte4 ,d'o la ncessit d'une mise en scne toujours changeante et varie4 ,c'est une succession de tableaux de genre1 faits d'aprs nature1 tous les degrs de la vie sociale1 depuis ses bas-fonds jusqu'aux couches suprieures4 videmment1 cette suite d'exhibitions1 souvent pleines de mouvement et d'expression1 o le pittoresque atteint une grande intensit1 constitue pour les yeux et mme pour l'esprit un amusement parfois trs vif4 ,on arrive ainsi renouveler et diversifier1 jusqu' les rendre mconnaissables au premier abord1 des drames peu prs aussi vieux que l'esprit humain4 ,prenez l',andromaque de ,racine1 vous en pourrez transporter l'action dans tous les mondes1 depuis le plus raffin jusqu'au plus abject1 et vous pourrez diversifier l'infini votre drame en faisant traverser vos personnages les milieux les plus tranges4 ,sans doute1 c'est prcisment cette possibilit qui constitue la critique du systme4 ,mais ici1 je ne critique pas1 j'analyse et j'expose les thories d'une cole1 en cherchant au contraire les montrer dans leur jour le plus favorable4 ,or1 ce que l'cole recherche par-dessus tout1 c'est l'exactitude des tableaux1 destine procurer au spectateur1 une sensation trs intense de la vie4 ,c'est donc ici qu'apparat la mise en scne1 dont les lois imposent une limite aux prtentions de l'cole4 ,ce qui nous reste donc examiner1 c'est jusqu'o la mise en scne peut se prter toutes les exigences naturalistes4 ,je le ferai trs brivement1 attendu que le lecteur1 arriv au dernier chapitre de cet ouvrage1 a son jugement form sur les points principaux qu'il nous faut examiner4 ,or1 en abordant la scne1 l'cole naturaliste rencontrera1 sans pouvoir la rsoudre1 une double difficult dramatique et thtrale1 qui ne drive nullement de lois arbitraires ou de thories plus o moins contestables1 comme celle des trois units1 mais qui tient uniquement la structure de l'esprit et de l'oeil du spectateur4 ,cette difficult consiste1 au point de vue dramatique1 dans la juxtaposition1 incohrente pour l'esprit1 de l'idal et du rel1 et1 au point de vue thtral1 dans la juxtaposition incohrente pour l'oeil1 du vrai et du faux4 ,ainsi1 d'une part1 toute reprsentation idale dtruira l'impression trs vive que nous aurait cause la prsentation du rel1 ou rciproquement l'effet de la premire sera dtruit par celui que produira la seconde2 d'autre part1 toute opposition entre la ralit et la perspective thtrale1 qui met en prsence le vrai et le faux1 anantira immdiatement l'illusion et rduira le rel l'imaginaire4 ,on peut aisment fournir des exemples qui mettront en relief cette double contradiction4 ,dans la ,charbonnire1 un tableau reprsentait une salle d'hpital4 ,l'aspect de cette salle nue1 blanchie la chaux1 que garnissaient deux ranges de lits entours de leurs rideaux blancs1 tait d'un ralisme vraiment saisissant4 ,au pied du premier lit1 droite1 une soeur1 veillait2 dans le lit tait tendue une moribonde1 dont le visage demi fracass tait recouvert d'un voile de gaze4 ,le tableau1 dans sa simplicit tragique1 causait une double impression de piti et de terreur2 et cette impression ne se ft pas efface si le drame n'et amen dans ce tableau une reprsentation de la mort et ensuite une reprsentation de la folie4 ,ces deux reprsentations ne peuvent jamais tre qu'idales1 c'est--dire conues et rendues idalement par la rduction force du temps ncessaire la succession des phnomnes morbides1 par la prdominance des effets gnraux et par l'effacement des traits particuliers4 ,or1 ds que l'idal surgissait au milieu du rel1 l'impression premire se dissipait immdiatement1 et l'esprit du spectateur1 dbarrass de toute angoisse1 s'intressait l'imitation artistique de la mort et de la folie4 ,dans ce tableau1 la mort et la folie taient1 contre le voeu de l'auteur moins poignantes que le dcor2 et par consquent la ralit tragique de celui-ci avait dtruit d'avance l'effet que l'auteur devait attendre de ce double dnouement4 ,en outre1 la recherche de l'impression relle avait d'avance annihil tout l'effort artistique des comdiens4 ,la juxtaposition de la ralit empche donc l'illusion de se produire au mme degr que si le dnouement se profilait sur un dcor de carton4 ,l'ide de juxtaposer l'art et la ralit est contradictoire et constitue pour l'cole naturaliste un obstacle insurmontable4 ,celle-ci doit donc1 si elle veut rester fidle ses thories1 ne jamais introduire de reprsentation idale au milieu de tableaux fonds sur la prsentation du rel4 ,par consquent1 l'cole est condamne n'introduire dans ses tableaux qu'un minimum d'action dramatique1 et c'est cela1 en effet1 qu'elle tend de plus en plus4 ,les pices tournent chaque jour davantage des exhibitions de tableaux vivants et anims1 art infrieur1 sensualiste et matrialiste1 mais surtout trs born et qui ne peut fournir une longue carrire4 ,dans le ,pav de ,paris1 jou la ,porte-,saint-,martin1 un tableau reprsentait l'intrieur d'un tunnel4 ,a un moment donn1 un train de chemin de fer traversait la scne l'arrire-plan4 ,je ne me souviens pas bien au juste de la fable dramatique2 en tous cas1 l'arrive du train1 en tte duquel s'avanait la locomotive1 arme de ses feux rouges comme de deux yeux sinistres1 la dception du spectateur tait complte1 et ce chemin de fer de carton frisait le ridicule4 ,c'est qu'en effet ce n'tait qu'un joujou4 ,la locomotive et les voitures du train n'avaient que les dimensions que leur imposait la perspective thtrale1 et par consquent elles taient trop petites pour la distance relle4 ,dans la ,jeunesse du roi ,henri1 un des dcors reprsentait un carrefour dans une fort1 et la perspective habile donnait cette fort de vastes proportions4 ,soudain1 deux ou trois cavaliers dbouchent du fond1 suivis d'une meute de vrais chiens3 immdiatement la fort devient un joujou4 ,c'est ,gulliver s'battant maladroitement dans un paysage de l'le de ,lilliput4 ,cette contradiction optique provient1 on le sait1 de ce que la profondeur de la scne est en grande partie fictive4 ,voil encore un obstacle que ne pourra surmonter l'cole naturaliste4 ,il lui est donc interdit de composer des tableaux o doit clater la contradiction qui rsulte de la juxtaposition d'tres soumis la perspective relle de la nature et d'objets soumis la perspective fictive des thtres4 ,pour aborder certaines reprsentations1 l'cole1 pour tre consquente avec elle-mme et pour raliser quelques-uns de ses principes les plus chers1 devra se rsoudre faire construire des thtres spciaux1 scnes rectangulaires trs profondes1 dans lesquels le plancher de l'orchestre et du parterre sera sensiblement lev1 et le plancher de la scne ramen l'horizontalit4 ,alors1 c'est1 l'oeil seul du spectateur qui inclinera toutes les lignes des dcors au point de fuite1 et les acteurs1 en s'enfonant dans les profondeurs de la scne1 seront partout leur place et n'auront que les dimensions qu'ils doivent avoir4 ,mais ce sera en mme temps la fin du thtre parl et le retour aux drames mims4 ,en rsum et pour conclure1 l'cole naturaliste1 en abordant le thtre1 se verra enferme dans un cercle trs troit1 dont il lui sera artistiquement et scientifiquement impossible de franchir les limites4 ,c'est pourquoi nous ne verrons jamais se produire une pice naturaliste1 telle que les adeptes de l'cole l'imaginent dans leur navet esthtique4 ,est-ce dire que les efforts de l'cole seront vains et inutiles8 ,une telle conclusion serait injuste et contraire la vrit4 ,par la prsentation du rel1 chaque fois qu'elle pourra viter la double contradiction que nous lui signalons dans ce chapitre1 l'cole raliste pourra agrandir l'tendue superficielle de l'art thtral1 de mme qu'elle pourra agrandir l'tendue superficielle de l'art dramatique en s'attachant la peinture des traits particuliers et des caractres individuels4 ,ce sera un rsultat qui n'est pas ddaigner et auquel elle serait sage de borner son ambition4 ,si elle vise un but plus lev1 elle devra alors modifier ses principes2 et1 de mme que les sciences1 dans leur priode d'analyse patiente1 nourrissent le long espoir d'une synthse future1 de mme l'cole raliste ne devra chercher dans ses expriences actuelles1 dans l'tude des faits et des phnomnes1 que les lments d'une idalisation future4 ,aprs la priode actuelle d'apprentissage artistique1 qui n'tait pas inutile pour corriger les visibles dviations d'un art depuis trop longtemps traditionnel et conventionnel1 elle redeviendra son tour une cole idaliste1 et c'est seulement alors qu'on pourra dcider si le nouvel idal de nos petits-neveux sera d'un degr suprieur ou infrieur celui de l'cole classique1 et si la route douteuse1 o nous sommes aujourd'hui engags1 aura conduit l'esprit franais un nouveau progrs ou une dcadence dfinitive4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,pr,,face ,,chapitre ,,premier ,le succs n'est pas la mesure de la valeur intrinsque d'une oeuvre dramatique4--,les variations de l'art correspondent aux variations de l'esprit4 ,,chapitre ,,ii ,la valeur d'une pice ne dpend pas de son effet reprsentatif4--,ce n'est pas l'effet reprsentatif qui a assur la renomme du thtre des ,grecs1 non plus que des thtres trangers et de notre thtre classique4 ,,chapitre ,,iii ,de l'effet reprsentatif idal dans un esprit cultiv4--,imperfections de la mise en scne relle4--,sa ncessit pour les esprits peu cultivs4--,la mise en scne idale est le modle et le point de dpart de la mise en scne relle4 ,,chapitre ,,iv ,rapports de la mise en scne avec la valeur d'une oeuvre dramatique4--,le peu d'appareil des thtres de province favorisait l'art dramatique4--,l'excs de mise en scne lui est nuisible4 ,,chapitre ,v ,recherches d'un principe physiologique auquel puissent se rattacher les lois de la mise en scne4--,les impressions intellectuelles et les sensations organiques s'annihilent rciproquement4 ,,chapitre ,,vi ,de la fin que se proposent les beaux-arts4--,l'excs de la mise en scne nuit l'intgrit du plaisir de l'esprit4--,la lecture est la pierre de touche des oeuvres dramatiques4--,la mise en scne est tantt une question de got1 tantt une question d'habilet4 ,,chapitre ,,vii ,comptence littraire ncessaire un directeur de thtre4--tablissement thorique des frais gnraux de mise en scne4--,l'art dramatique exigerait des vues longue porte4 ,,chapitre ,,viii ,la mise en scne est conditionne par le nombre probable de spectateurs4--,grossissement par les acteurs des effets reprsentatifs4--,les actrices moins portes exagrer les effets4--,le ,monde o l'on s'ennuie4--,ncessit actuelle de plaire la foule4--,abaissement de l'idal4--,compensation4--,utilit et devoir des thtres subventionns4 ,,chapitre ,,ix ,la mise en scne ne doit pas pcher par dfaut4--,de la contention d'esprit du spectateur4--,la mise en scne ne doit pas proposer l'esprit de coordinations contradictoires4 ,,chapitre ,x ,de la perspective thtrale4--,contradiction du personnage humain avec la perspective des dcors4--,prcautions prendre par le dcorateur et par le metteur en scne4 ,,chapitre ,,xi ,la dcoration doit avoir une valeur gnrale et non particulire un moment dtermin4--,modration dans l'emploi des moyens accessoires4 ,,chapitre ,,xii ,la mise en scne est conditionne par la logique de l'esprit4--,de la dcoration peinte et du matriel figuratif4--,leurs relations avec le drame4--,leur action diffrente sur l'esprit du spectateur4 ,,chapitre ,,xiii ,de la fin ncessaire des objets composant le matriel figuratif4--,le ,misanthrope et les ,femmes savantes4--,le hasard n'est pas un ressort dramatique4 ,,chapitre ,,xiv ,de la sensualit et de l'individualit dans le got actuel4--,drogations aux principes4--,rapports de la mise en scne avec le milieu thtral4--,caractre d'un thtre1 de son rpertoire et du public qui le frquente4 ,,chapitre ,,xv ,rapports de la mise en scne avec le milieu dramatique4--,pices o domine l'imagination4--,le thtre de ,scribe4--,le thtre de ,victor ,hugo4--,effet curieux observ dans ,quatre-vingt-treize4 ,,chapitre ,,xvi ,des pices o domine le sentiment4--,cas o les causes de l'motion sont subjectives4--,le ,mariage de ,victorine4--,cas o les causes de l'motion sont objectives4--,l',ami ,fritz4 ,,chapitre ,,xvii ,des pices o domine la fantaisie4--,caractre de la fantaisie4--,le thtre de ,m4 ,labiche et de ,m4 ,meilhac4--,limites de la fantaisie4--,de la convenance dans la fantaisie4--,lili4--,pices d'ordre composite4--,ma ,camarade4--,les feries4 ,,chapitre ,,xviii ,rapports de la mise en scne avec le milieu social4--,la mise en scne se modifie comme la socit4--,types gnraux de l'ancienne comdie4--,le ,tartufe4--,complexit et htrognit de la socit actuelle4--,plasticit ncessaire de la mise en scne4--,vieillissement rapide du thtre moderne4 ,,chapitre ,,xix ,lois restrictives de la mise en scne4--,de la loi de proportion4--,plans d'importance scnique4--,l',ami ,fritz4--,des repas de thtre4--,application de la loi au matriel figuratif4 ,,chapitre ,,xx ,de la loi d'apparence4--,de l'usage des lorgnettes4--,au thtre le sens du toucher ne s'exerce jamais4--,seules les sensations optiques sont directes4--,le thtre ne nous doit que des apparences4--,des costumes et des toilettes des actrices4 ,,chapitre ,,xxi ,rapports de la mise en scne avec l'espace et le temps4--,les ,danicheff et l',oncle ,sam4--,du vrai et du vraisemblable4--,de la couleur locale4--,prdominance des traits gnraux4--,les romantiques4--,le ,cid et ,bajazet4--,le thtre de ,victor ,hugo4 ,,chapitre ,,xxii ,vanit de toute recherche archologique4--,des diffrents styles4--,les costumes du ,misanthrope4--,le temps efface les traits particuliers4--,formation des types artistiques4--,destruction de la mise en scne4--,ncessit de dmonter les oeuvres classiques4--,des reprises4--,antony4--,la mise en scne est une cration artistique4--,erreur de l'cole raliste4 ,,chapitre ,,xxiii ,de la reprsentation des oeuvres classiques4--,du plaisir thtral4--,de la sensation du beau4--,analyse de cette sensation4 ,,chapitre ,,xxiv ,de la mise en scne tragique4--,ce qu'elle tait jadis en ,france4 ,ce qu'elle tait chez les ,grecs4--,notre imagination seule cre la mise en scne tragique4--,du caractre gnral de la dcoration et des costumes4--,la mise en scne n'est pas immuable4 ,,chapitre ,,xxv tude de la mise en scne de ,phdre4--,le dcor4--,comparaison avec les thtres des anciens4--,de l'ornementation4--,du matriel figuratif4--,son influence sur la composition du rle de ,thse4 ,,chapitre ,,xxvi ,du costume tragique4--,accord du costume avec les pripties du drame4--,du costume de ,thramne4--,l'uniformit de costume concorde avec l'unit passionnelle d'un rle4--,du costume de ,thse4--,les accessoires doivent convenir au texte et l'action4--,du costume d',hippolyte4 ,,chapitre ,,xxvii ,rapport du costume avec la personnalit4--,le costume doit s'accorder avec les tats psychologiques d'un personnage4--,du costume de ,phdre4--,influence du costume sur le jeu et sur la diction4--,les costumes d',iphignie4 ,,chapitre ,,xxviii ,des salles de spectacle4--,de la scne4--,des zones invisibles4--,de la ligne opaque4--,du lieu optique4--lments de statique thtrale4--,exemples4--,des mouvements scniques dans ,phdre4 ,,chapitre ,,xxix ,de la figuration4--,de son rle actif4--,athalie4--,de son rle passif4--,oedipe roi4--,des mouvements orchestriques4--,des figurants de tragdie4--,rgles observer4 ,,chapitre ,,xxx ,des actes et des tableaux4--,confusion frquente4--,unit dramatique des actes4--,du thtre espagnol1 anglais1 allemand4--,les changements de tableaux impliquent des changements vue4 ,,chapitre ,,xxxi ,de l'imitation de la nature4--,de la prsentation et de la reprsentation d'un phnomne4--,de la reprsentation de la mort4--,toute reprsentation est conditionne par l'imagination du spectateur4--,le jugement du public est subordonn l'ide qu'il se fait de la ralit4 ,,chapitre ,,xxxii ,de l'acteur4--,de la formation subjective des images4--,rapport de la cration de l'acteur avec l'idal du public4--,toute volution idale implique une modification dans l'image reprsente4--,c'est la gnralit d'un phnomne qui justifie sa reprsentation4--,smilis4--,l'acteur doit viter l'accidentel4 ,,chapitre ,,xxxiii ,de la composition d'un rle4--,des traditions4--,de l'intuition et de l'introspection4--,dveloppement des images initiales4--,rapport ou contraste entre les images initiales de diffrents rles4--,le ,demi-,monde4--,le ,gendre de ,m4 ,poirier4--,mademoiselle de ,belle-,isle4 ,,chapitre ,,xxxiv ,aptitude jouer certains rles4--,de la personnalit scnique de l'acteur4--,complexit et htrognit des rles modernes4--,leur influence sur l'art dramatique et sur l'art thtral4--,dformation du talent de l'acteur4 ,,chapitre ,,xxxv ,complexit de la mise en scne moderne4--,l',avocat ,patelin2 ,bertrand et ,raton2 ,pot-,bouille2 la ,charbonnire4--,invasion du rel4--,du procd4--,retour ncessaire au rpertoire classique4--,son influence sur le talent des acteurs4--,ncessit des thtres subventionns4 ,,chapitre ,,xxxvi ,du rle de la musique au thtre4--,la puissance musicale4--,le mlodrame4--,le vaudeville4--volution de l'art dramatique4--,la musique devenue un personnage dramatique4 ,,chapitre ,,xxxvii ,de l'excution musicale4--,des rapports de la musique avec l'action dramatique4--,le ,monde o l'on s'ennuie4--,le thtre de ,victor ,hugo4--,lucrce ,borgia4--,ruy ,blas4--,l',ami ,fritz4--,transport d'effet3 les ,rantzau4--,les rois en exil4 ,,chapitre ,,xxxviii ,dcadence de l'art dramatique4--,des conventions dans l'art classique4--,grandeur de l'art idal4--,de l'volution dmocratique4--,caractre de la sensibilit du public4--,son jugement artistique4--,de l'cole raliste4--,de l'esprit moderne4--,de l'individuel et de l'exceptionnel4--,causes d'avortement4 ,,chapitre ,,xxxix ,rle actuel de la mise en scne4--,la loi de concentration4--,du naturalisme moderne4--,de la puissance psychologique de la nature4--,la ralit est une cause formelle et non finale d'une volution dramatique4--,l',ami ,fritz4--,rapports de la mise en scne avec la conception potique4--,il ne faut jurer de rien4--,de l'imitation thtrale4 ,,chapitre ,,xl ,l'cole naturaliste au thtre4--,la thorie des milieux4--,des milieux gnrateurs4--,des milieux contingents4--,conjonction de l'idal et du rel4--,la ,charbonnire4--,du rel dans la perspective thtrale4--,le ,pav de ,paris4--,le naturalisme imposerait des conditions nouvelles l'architecture thtrale4--,l'cole raliste devra tendre redevenir une cole idaliste4