,this file was produced from images generously made available by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr4 ,paul ,,gauguin et ,charles ,,morice ,noa ,noa ,thura1 j'inscrirai ton nom d'bne et d'or ,a l'aile du pome1 l'heure de l'essor1 ,car mon dsir sduit par ta belle pense ,a bien souvent tent la longue traverse ,vers toi4 ,voix des ,secrets1 parfum vivant des bois4 ,que les yeux pleins du feu des soleils d'autrefois ,refltent leur clart sur cette heure morose ,dans le rve de vengeresse apothose ,qu'a rv ton coeur sans savoir qu'il l'a rv6 ,et que debout au seuil du temple retrouv1 ,attestant la fort1 la mer et la montagne1 ,et ,hina dont le geste amoureux t'accompagne1 ,et ,taaroa1 ,dieu des ,dieux1 qui t'inspira1 ,tu te dresses devant les tiens1 ,thura ,des jours anciens1 dans leur mmoire illumine1 ,o triste et belle comme fut leur destine6 ,i ,,point ,,de ,,vue 7,lecteur1 sous les yeux de qui l'oeuvre tahitienne de ,paul ,gauguin passa peut-tre inaperue--tant on a peu de temps1 ,paris et ailleurs1 pour penser soi1 son propre dveloppement1 ses plus profitables plaisirs6--elle est l1 je t'y ramne3 le point de vue est en elle1 des songeries que voici47 ,dans ces toiles gonfles encore des souffles lointains qui nous les apportrent1 vivantes d'une vie la fois lmentaire et fastueuse1 c'est la srnit de l'atmosphre qui donne la vision sa profondeur1 c'est la simplification des lignes qui projette les formes dans l'infini1 c'est du mystre que l'intarissable lumire1 en le dsignant1 irradie1 rvlant3 une race4 ,si distante de la ntre1 qu'elle te semble1 dans le genre humain1 une espce diffrente de toutes1 part1 exceptionnelle4 ,dans la nature ternellement en fte qui lui fait un cadre de luxuriance1 avec le frisson glorieux de ses grandeurs anciennes1 avec les marques fatales de sa prsente agonie1 avec sa religion recherche dans ses origines et poursuivie jusque dans les consquences qui l'amnent l'ore du christianisme3 une race1 dite par un esprit1 le mieux fait1 ou l'unique1 pour la comprendre et pour l'aimer1 par les procds artistiques les plus voisins de ce luxe extraordinaire en sa simplicit1 luxe animal et vgtal o le prodige de l'clat n'gale que le prodige de l'ombre installe au fond de cet clat mme4 ,vois1 par exemple4 ,des formes fminines1 nues2 dores1 bronzes1 de colorations la fois sombres et ardentes4 ,le soleil les a brles1 mais il les a pntres aussi4 ,il les habite1 il rayonne d'elles1 et ces formes de tnbres reclent la plus intense des chaleurs lumineuses4 cette clart1 l'me1 d'abord1 te semble transparente de cratures promptes au rire1 au plaisir1 hardies1 agiles1 vigoureuses1 amoureuses1 comme autour d'elles les grandes fleurs aux enlacements audacieux1--de ces filles indolentes et turbulentes1 aimantes et lgres1 enttes et changeantes1 gaies le matin et tout le jour1 attristes1 tremblantes ds la fin du soir et toute la nuit3 or1 la lumire blouit comme elle claire4 ,le soleil dvoile tous les secrets1 except les siens4 ,ces obscurs foyers vivants de rayons1 les ,maories1 sous des dehors de franchise1 d'vidence1 gardent peut-tre aussi1 dans leurs mes1 des secrets4 ,dj1 entre la majest architecturale de leur beaut et la grce purile de leurs gestes1 de leurs allures1 un cart avertit4 ,vois plus loin4 ,i4 ,en effet1 la ,maorie a tt oubli les terreurs de la nuit pour la volupt d'tre1 dans la fracheur brillante du matin1 et d'aller1 et de s'battre1 insoucieuse1 libre dans la caresse de l'air1 de l'herbe1 du bain4 ,sa vie s'veille avec la belle humeur de la terre et du soleil4 ,le plaisir est la grande affaire1 et l'amour n'est que plaisir4 ,puis1 elle danse1 elle se couronne de fleurs1 elle chante1 elle rit1 elle joue1 et puis elle aime encore1 l'ombre des pandanus1 et puis1 elle rit encore1 et tout n'est que plaisir4 ,et la mer est l1 dont elle prfre le blanc rivage aux fourrs de la fort1 la mer jolie avec ses rcifs de coraux1 la mer vivante avec sa voix infinie qui accompagne sourdement l'imn991 la mer reposante qui baise de ses brises les brlures de l'amour et du soleil4 ,et l'amour n'est que plaisir1 et tout n'est que plaisir1 mme le travail3 l'occasion d'une promenade en mer ou sur la montagne1 la gloriole de montrer sa force ou son adresse1 le douceur d'obliger un ami1--le travail1 plaisir des hommes qu'ils partagent avec les femmes et dont la nature a1 d'avance1 fait les frais4 ,et la sagesse1 encore1 est un jeu1 le plaisir des vieillards1 aux veilles--aux veilles o la peur1 aussi1 amuse 7tant1 du moins1 que le soleil n'a pas quitt l'horizon et qu'on est plusieurs71 par des rcits fantastiques1 prludes aux prochains cauchemars et qui relvent d'un peu de religieuse horreur le dlice accompli du jour1--bien que dj1 durant la sieste1 l'aile noire des ,tupapas9999 ait effleur le front des dormeuses4 99 ,ce mot1 mais ainsi orthographi1 appartient la langue maorie1 et signifie3 chant de joie4 9999 ,incubes et succubes1 esprits des morts1 gnies errants4--,les u et les 1 dans les mots de la langue maorie1 se prononcent ou4 ,prs de la case en bois de bourao1 distance du rivage que la matine tropicale maintenant embrase1 la fort commence et de l'ombre frache tombe des premiers manguiers4 ,des hommes1 des femmes1 tans1 vahins1 sont l1 groups1 pars1 debout et affairs1 assis ou couchs et dj reposant4 ,on boit1 on bavarde1 on rit4 ,au loin1 la mer1 gaye de barques indolemment vites1 que des jeunes gens dirigent1 tantt la rame1 tantt par de simples dplacements du corps2 et leurs paros99 bleus et blancs1 et leurs poitrines cuivres1 et le jaune rouge du bois des barques1 font avec l'azur du ciel et le vert et l'orange des flots une harmonie large et gaie1 que rythment l'clair blanc des dents aux frquente clats de rire et la frange blanche de la mousse des vagues4 99 ,ceinture3 unique vtement4 ,sur le bord1 malgr la chaleur1 deux soeurs1 qui viennent de se baigner1 s'attardent en de gracieuses attitudes animales de repos1 et parlent amours d'hier1 de demain4 ,une querelle3 un souvenir4 --,eh6 quoi8 tu es jalouse8 ,au fond de l'anse1 un jeune tan1 admirable dans l'quilibre de sa force et la justesse de ses proportions1 tranche coups de hache un tronc d'arbre4 ,sur une barque1 disposant les lments d'une brve traverse1 et se penchant1 genoux1 le dos horizontal1 les bras tendus1 sa vahin nue jusqu'aux hanches1 les seins pendants1 lourds et fermes et frmissants1 garde1 en dpit de la posture1 une incontestable lgance4 ,l bas vers l'intrieur1 dans la maison maorie1 ouverte1 une femme1 assise sur ses jambes1 devant la porte1 le coude au genou1 les lvres enfles de colre1 seule au moins depuis cinq minutes1 au moins pour cinq minutes encore1 boude1 sans que nul ni elle-mme sache pourquoi1 peut-tre pour le plaisir4 ,l'heure de la sieste a pass1 l'heure d'incendie1 l'heure morte4 ,le crpuscule vite tombe1 et de partout sourd une agitation d'immense volire1 dans les demi-tnbres que la lune cisle4 ,on va chanter1 on va danser4 ,les hommes s'accroupissent au pied des arbres4 ,les femmes1 dans l'espace libre1 comme dvtues de blanc1 remuent en cadence leurs jambes solides1 leurs fortes paules1 leurs hanches et leurs seins1 et les dernires lueurs du jour et les premires lueurs de la lune les poursuivent4 ,la voix des hommes--orchestre de ce ballet--est monotone1 grave1 presque triste4 ,il se mle des frmissements de peur aux trmoussements des femmes et leur mimique invitant l'amour1 qui va venir avec la nuit--avec la nuit tragique1 o le dmon des morts veille et rde1 et tout l'heure se dressera1 les lvres blmes et les yeux phosphorescents1 prs de la couche o les fillettes tt nubiles ne dorment point paisibles1 parce que les dfunts reviennent--dfunts amants ou dfunts dieux4 ,,ii4 ,,noa ,,noa3 odorant4 ,la majest silencieuse de la ,fort accueille le plerin en route vers l',arora1 la montagne qui touche le ciel4 ,nulle vie animale1 point d'envols et de chants1 et rien qui bondisse et rien qui rampe4 ,mais quelles harmonies dans les parfums qui grisent l'artiste voyageur6 ,que de beaux bruits dans l'clat polychrome des feuilles1 des fruits1 des fleurs6 ,ses yeux1 o demeure l'blouissement des splendeurs humaines contemples nuits1 journes pleines1 ses yeux1 repus de sensualits si chastes d'tre si naves1 voquent parmi ce triomphe vgtal la ,femme qui serait l'me de la ,fort1 l',eve dore1 aux membres robustes et souples1 aux jambes lisses1 fortes1 rondes1 comme ces lianes1 des cheveux drus1 comme la mousse1 des lvres o fleurit la sve de l'glantier1 deux fruits mrs sur la poitrine1 l',eve dore1 reine enfant et desse sauvage1 sous le dais somptueux des frondaisons1 sur le tapis des herbes1 des feuilles amonceles4 ,dans l'extase de cette vision1 pas lents il traverse les clairires rares1 les hauts fosss1 les ruisseaux1 gravit les pentes roides1 s'aidant des mains1 heureux de l'effort1 aux parois de rochers1 aux branches d'arbres1--jusqu' ce qu'un glissement furtif sollicite non pas sa crainte vers l'anfractuosit profonde o luit le blanc ruban d'une source au del d'un bouquet bas et large1--vers la grotte frache o bruit doucement la ,source--,papemo--la ,source ,mystrieuse3 et c'est1 soudaine1 la prsence relle6 ,un jeune tre1 pench1 perch sur d'imperceptibles degrs taills par le temps dans le mur stratifi de la montagne que la fort habille de pourpre1 un bel tre nu boit dans sa main1 la source mystrieuse1 la source sauvage comme lui4 ,et l'artiste frmit dans son me devant cette apparition qui lui rvle la vie secrte1 le secret vivant de la ,fort1 de la ,montagne1 de l',ile4 ,mais la jeune fille1 avertie par la complicit fraternelle1 autour d'elle1 des choses qui lui dnoncent le tmoin1 se dtourne1 voit1 et d'un essor lger s'efface sur le rideau des feuilles et des ramures qui s'entr'ouvrent sa fuite1 et se referment silencieusement1 impntrablement4 ,la ,source mystrieuse continue sa plainte1 pure comme une voix de femme4 ,parmi les senteurs vives dont est charg l'air1 s'exhale et domine1 enivrant1 l'esprit mme1 l'esprit parfum de l',ile ,heureuse3 ,,noa ,,noa4 ,,iii4 ,matamua6 ,il fut un temps1 il fut1 trs jadis1 un temps de gloire nationale et de fodalit1 d'importance sociale1 de richesse publique et prive1--il fut1 dans la nuit ancienne1 un temps de ,dieux et de hros4 ,matamua6 ,alors la race autochtone rgnait sur les ,iles et les ,eaux rjouies d'adorer les ,atuas99 universels1 et ,taaroa1 leur pre1 et ,tfatou1 le roi de la terre1 et ,hina1 desse de la lune4 ,alors les prtres sanglants prlevaient sur la vie gnreuse la dme essentielle du ,sacrifice4 ,alors les femmes taient honores1 plus d'une ayant t choisie pour le baiser divin1 et maintes traditions attestaient que les mres de la race lui avaient mrit1 au prix d'elles-mmes et de rituels massacres dans le temple ouvert au sommet de l',ile1 l'origine cleste3 au prix de massacres rituels qui ne devaient1 travers les ges1 point cesser1 afin que ne cesst point la ,race4 99 ,les grands dieux ,mais les ges s'coulrent1 et1 un jour1 l'homme blanc apparut1 l'ennemi des ,dieux4 ,il interdit les sacrifices1 et bientt l'on vit la race forte dgnrer1 s'tioler4 ,et bientt elle ne sera plus4 ,a ses derniers survivant les missionnaires chrtiens s'efforcent de faire une me et une chair chrtiennes2 et les marchands leur enseignent le travail forc1 lucratif1 le ngoce2 et les magistrats leur rcitent le ,code ,napolon2 et les arbitres de l'lgance leur montrent porter des faux-cols1 des gants1 des habits1 des corsets1 des robes4 ,les ,maories coutent1 subissent les nouveaux matres1 et semblent leur obir4 ,mais dans ces yeux rsigns persiste1 invincible1 le rve vers ,matamua1 et chaque jour1 par nombreuses thories nostalgiques1 les ,maories s'en vont la bas o sont les aeux1 dans la main de tnbres des ,dieux renis1 des ,dieux qui se contentaient1 jadis1 de quelques gouttes de sang1 et qui prendront tous1 maintenant qu'on leur refuse tout4 ,car la race entire prira pour avoir transgress le serment des ,mres4 ,non1 les missionnaires n'ont pas conquis au ,christ l'me maorie4 ,ils l'ont seulement1 cette me1 amollie et trouble1 et chez les femmes leur influence1 plus active que sur les hommes1 a eu le singulier effet d'exalter1 aux dpens du rude et bon roi de la ,terre1 leur culte pour la divinit fminine1 ,hina1 la ,lune1 la desse du mensonge et de la piti4 ,c'est ,hina que le plus volontiers elles font les honneurs du pass1 en des ftes au clair de la lune1 clbres par les baisers1 les chants et les danses1 et cette lgende3 ,hina disait ,tfatou3 --,faites revivre l'homme quand il sera mort4 ,le ,dieu de la terre rpondit la ,desse de la lune3 --,non1 je ne le ferai point revivre4 ,l'homme mourra2 la vgtation mourra ainsi que ceux qui s'en nourrissent2 la terre mourra1 la terre finira1 elle finira pour ne plus renatre4 ,hina rpondit3 --,faites comme il vous plaira4 ,moi1 je ferai revivre la lune4 ,et ce que possdait ,hina continua d'tre4 ,ce que possdait ,tfatou prit et l'homme dut mourir4 ,ce got de la piti1 qui n'tait pas dangereux tant qu'il s'quilibrait par la pratique auguste du sacrifice o les hommes apprenaient savourer l'extase de l'hrosme1 elles-mmes les femmes sentent ce qu'il a1 solitaire1 de mortellement quivoque4--,mais rien de plus ne leur reste de ,matamua1 et elles se repaissent de ce vestige4 ,rien de plus1--et leur beaut1 et leur me1 inaltrables4 ,la jeunesse ternelle des lments s'affirme1 avec les caractres de leurs diverses essences1 plus ncessairement en la ,maorie qu'en toute autre femme4 ,la lgret versatile de l'air est dans sa pense1 dans ses sentiments1 dans sa parole4 ,la profondeur agite de l'eau est dans son regard4 ,ses pieds solides tiennent la terre aussi fortement que les racines des arbres4 ,le feu solaire flambe dans ses sens4 ,il en rsulte un tre singulier1 puril et majestueux1 sculptural en ses rares instants d'immobilit1 aux yeux trs candides et trs aigus1 avec un charme unique1 indfinissable1 peut-tre impntrable1 et que les voyageurs s'accordent dsigner1 renonant le dfinir3 le charme maorie4 ,je vois l'artiste1 devant cet tre1 s'efforant de lui drober ses secrets4 ,je le vois contemplant cette enfant nigmatique1 et pourtant nue dans son me comme dans son corps1 malgr1 non pas aucune ruse1 mais l'extrme mobilit de sa fantaisie qui prcipite et brouille perptuellement le kalidoscope de ses penses1 unit nuance d'une succession de contradictoires caprices qu'on croirait simultans1 tant des uns aux autres le passage est rapide4 ,je le vois poursuivant sa passionnante chasse au mystre et faisant parler le silence4 ,il sent peser sur cette jeune vivante l'ombre du vieux pass4 ,il cherche dans ce visage1 o la chaleur du sang permet peine aux souvenirs personnels de s'inscrire1 les traces de cet insondable pass que la fcondit de la terre n'a pas permis aux aeux de ,thura de fixer sur le sol par de durables monuments3 car les vgtaux ont lentement et srement repris la pierre1 dont le domaine est dans la nuit de la terre1 la surface du sol1 qui leur appartient994 ,la ,maorie se laisse possder1 elle ne se livre pas4 ,toujours au bord du dernier mot elle se tait1 au bord du seul mot qui et tout dit1 et son incomprhensible sourire intervient avec le silence1 rservant l'intime vrit hors des prises humaines4 ,et la certitude ne sera jamais4 ,non plus la lassitude3 avec le sourire1 voici que tout l'tre s'est renouvel1 sollicitant de nouvelles tudes1 gaiement1 la curiosit jamais mousse4 99 ,il convient d'ajouter que l'expansion coloniale de l'occident civilisateur a vivement achev l'oeuvre des vgtaux4 ,peu peu1 dans les recherches de l'artiste1 le type d'une ,eve dernire s'informe1 physique et comme vgtale1 le robuste jaillissement d'un jeune arbre dans l'aboutissement puis d'une hrdit longue1 avec la conscration de l'antiquit fabuleuse qui fait le fond de ses regrets et de son orgueil1 avec le sceau de ce vieux1 de cet insondable pass o rvent ses instincts1 ses plaisirs1 ses terreurs4 ,elle a dans ,jadis son orient et rien ne natra d'elle1 idole et prtresse d'un culte dfunt4 ,,iv4 ,parahi t ,mara3 la rside le ,temple4 ,car le ,temple1 lieu ouvert et le sommet de la montagne que touchent les pieds des ,dieux1 est lui-mme un vivant4 ,ici1 lui seul3 son contact meurt la nature1 de terreur ou d'amour1 et les cimes des grands arbres s'inclinent au seuil de l'enceinte aride4 ,lieu de grandeur et d'horreur2 nudit des rites mortuaires2 l coula le sang humain3 et des ttes de morts1 tmoignages sculpts sur la barrire qui cerne le ,temple1 prcisent4 ,vue de ce sommet1 la vie--en bas1 dans les jardins du rivage1 si gaie1 tout le jour--n'apparat plus vraie qu'en ses heures nocturnes1 alors que les rieurs de midi se taisent et frissonnent4 ,est-ce du ,temple qu'ils descendent avec la nuit1 les ,tupapas1 les esprits malfaisants1 et qu'ils s'en vont1 quand les pouvantements de l'ombre les raniment1 chuchoter d'tranges paroles aux oreilles des jeunes filles8 ,est-ce l'hrditaire effroi des crimes sacrs1 est-ce la mort des ,dieux eux-mmes1 qui marque de tant d'pre tristesse le lieu o fut leur ,temple8 ,qui sait8 ,mais l rgne la mort et de l elle rayonne sur l',ile4 ,est-ce le remords des meurtres ou le regret des ,dieux1 est-ce le regret des ,dieux ou la peur de les suivre dans la tombe noire o l'oubli les relgue1 est-ce le danger d'hier ou celui de demain qui livre aux larves du mal les douces nuits de l',ile ,heureuse8 ,est-ce sur le sommet o rside le ,temple que ,tfatou rpondit aux insidieux conseils d',hina3 --,l'homme mourra6 99 99 99 99 99 ,deux jeunes femmes1 deux ,tahitiennes aux beaux visages graves et nafs1 contemplent une ,autre femme1 de stature doucement surhumaine et portant l'paule un ,enfant qui1 d'un geste clin1 repose sa tte sur la tte de sa mre4 ,autour des deux ttes la divine aurole4 ,derrire les spectatrices aux mains jointes1 se tient un ange parmi les fleurs1 riche1 calme1 lui-mme une royale fleur4 --la orana1 ,maria1 disent-elles3 ,je vous salue1 ,marie4 ,et la nature est1 toute1 une prire1 de suavit1 de luxuriance1 qui reflte le sourire de la ,vierge1 un sourire o s'panouissent ensemble le plaisir et la pit1--le majestueux et le mutin de la ,desse et de la femme1 telles que ces mes naturelles peuvent travers celle-ci concevoir celle-l1 telles qu'elles les adoraient1 jadis1 toutes deux1 dans la tendre ,hina3 --la orana1 ,hina4 99 99 99 99 99 ,ainsi1 par la souple arabesque qui va des premiers tonnements la comprhension1 et qui comporte un tat spirituel de ferveur docile et lucide1 tu vois que cette oeuvre1 et1 en elle devin1 son objet1 sont1 l'une1 un rite de joie rythm de tremblement1 comme1 l'autre1 l'occasion d'tre heureux sans esprance4 ,lecteur1 c'est le point de vue--il fallait le dire--de ce livre2 l'objet de l'oeuvre crite est celui de l'oeuvre peinte1 en l'oeuvre peinte peru1 puis littrairement 7selon1 toutefois1 et comme le prescrivait le fait de la collaboration1 des procds dj vrifis par l'exprience de maints auteurs99 et sans prtentions de la nouveaut7 dsign4 99 ,toutefois1 je dois noter que la simple alternance de la prose et des vers a suffi pour rebuter plusieurs diteurs2 ils affirment qu'il n'y a pas de lecteurs pour ce genre d'crire4 ,je conserve les autographes o ces commerants ont consign leur unanime opinion1--documents1 dont je ne m'exagre pas la valeur1 pour l'histoire littraire de mon temps4 ,le hros1 humain1 des passions1 reste le peintre4 --,mais ne nous ment-il pas8 et pourquoi le croire8 ,qui nous donnera la certitude qu'elle soit vraiment1 l'le lointaine o nous ne sommes pas alls1 cette terre dlicieuse et condamne8 ,dans le mme dcor un autre1 sans doute1 et entendu d'autres paroles4444 --,par quelle fausse indpendance d'esprit1 au lieu d'couter la seule voix qui s'lve1 quterais-tu en des rsonances qui n'ont pas vibr les termes absents d'une comparaison vaine8 --444 ,un autre et teint aux premiers plans l'incendie tropical pour en rserver les flammes l'illumination des fonds1 laissant sur ce rideau clair cette humanit fauve s'agiter1 fantomale1 ou s'immobiliser dans la majest de son ample statuaire1 morte3 morte1 en effet1 ou qui bientt--vous le dites--le sera1 grande race puise par l'antiquit de son sang et les mollesses d'un climat trop clment1 ou atteinte1 peut-tre1 aux sources de sa vie par le poison latin4444 ,un autre1 fidle la gloire du type occidental de la beaut1 nous et cach le charme dangereux de la ,vnus dore1 si robuste 7ou si grossire87 et qui viole nos habitudes prises de faiblesse gracieuse1 d'lgance maladive1 de noblesse affilie4444 ,un autre1 curieux seulement de vrit4444 --,et1 chacun selon sa loi propre1 tous mentiraient galement ton dsir1 si tu prtends usurper leur rle au service de cette ,vrit1 qui n'est pas1 en soi1 qui n'a lieu que dans nos mes1 et qui varie avec elles4 --,soit1 et je sais que deux paires d'yeux ne virent jamais identique la mme ralit4 ,encore est-il des limites l'interprtation de l'art4 ,ici1 je sens qu'elles sont franchies4 ,il y a plus d'invention que d'imitation1 plus d'arbitraire despotisme que de fidlit1 et j'ai1 ds lors1 le droit de discuter le caprice qui groupe des fantasmagories de songes sous cette tiquette3 ,tahiti6 --,non4 ,l'interprtation artistique n'a d'autres limites que les lois de l'harmonie4 ,si1 les regards sur l'objet qui suscite son motion1 l'artiste produit une oeuvre harmonique en chacune de ses diverses parties comme en son ensemble1 cette oeuvre est l'expression trs fidle et trs vraie de cet objet par cet artiste1 si vaste qu'entre le modle et la copie tu constates l'cart4 ,l'cart peut tre plus ou moins vident1 mais il est toujours4 ,car il n'y a pas art s'il n'y a pas transposition4 ,mme celui qui croit copier1 s'il est un artiste1 transpose1 puisque c'est colores par sa vision personnelle que nous apparaissent les choses par lui copies1--et tu avoues qu'un autre1 son gal en mrite et avec le mme scrupule d'exactitude1 nous les montrerait autrement colores4 ,il arrive que l'interprtation la plus lointaine soit la plus vraie3 dfie-toi de tes yeux1 passant1 et songe que l'artiste a fait un long effort pour tcher de pntrer au secret profond des choses4 ,on n'a jamais rien pris la nature avec les mains1 que pour combler les cuisines et les herbiers1 les mnageries et les muses d'histoire naturelle4 ,les choses ainsi drobes la nature--seules ralits objectives1 pourtant1 sur lesquelles tous les tmoins soient d'accord--entre nos mains s'altrent1 se transforment vite et nous font peu d'honneur4 ,quel ,diogne a dit des lions vols au dsert que nous sommes leurs domestiquer et non pas leurs propritaires8 et la mort ne tarde pas nous les reprendre4 ,elle ne les reprendra pas au peintre qui sut les peindre1 c'est lui le seul dompteur4 ,la ,nature ne nous livre que des ,symboles3 le sens qu'elle prend en nous1 la sensation1 le sentiment1 l'ide que nous avons d'elle4 ,nous ne la possdons que par ce dtour et c'est de ces fictions qu'est faite notre ralit4 ,mais le substrat1 le prtexte de ces fictions1 est inpuisable1 eucharistique3 nous pouvons communier tous sa richesse infinie2 pour tous diversement1 pour chacun pleinement1 la ,nature est toujours significative4 ,or1 l',art--qui est dans la ,nature--participe ce divin caractre ,comme elle1 contempl1 il rayonne4 ,selon la varit des esprits il se multiplie4 ,le musicien peut susciter le peintre1 comme les murmures de la fort ont suscit le musicien4 ,l',art ralis peut tre pour moi la ,nature3 elle a1 seulement1 dj pris dans une me conscience de soi4 ,de ,tahiti son peintre rapporte des feuilles de tamaris o se seraient fltries les belles syllabes de ce mot8 une poigne de sable8 une femme vivante8 le soleil8 le rve qu'il en eut1 avec ses yeux1 avec son esprit1 avec son coeur3 ,tahiti recre par son intelligence et sa sensibilit1 telle qu'au cours de deux annes de travail heureux il parvint la comprendre1 puis la transcrire dans un art rigoureusement harmonique1 riche de rappels1 d'chos1 d'analogies1 de correspondances4 ,ce paysage te garantit l'authenticit de ce visage et ce rocher te jure que voici bien la mer4 ,l'invention1 dont tu te dfies1 c'est l'me de l'oeuvre1 le souffle de sa vie1 le mouvement qui fait l'unit suprieure de ses lments1 la chaleur fluide qui manquerait aux feuilles coupes4 ,cette invention1 qui procde l' imitation de la ,nature1 la grande inventrice6 fut influe d'elle dans l'esprit de l'artiste4 ,voici de l'eau qui ne tarira pas1 voici des feuilles qui seront toujours vertes4 ,voici ,tahiti1 dlicieuse et condamne1 comme elle est4 ,voici ,tahiti ,,vraie1 c'est dire3 ,,fid,,lement ,,imagin,e4 ,une querelle encore1 je la devine1 et pour en finir avec ces prliminaires 7qui touchent parfois au fond73 --,aprs le droit de transposition il faudrait lgitimer1 plus dlicat1 le droit de parti-pris4 ,on ne contesterait que1 dans cette rencontre de deux--dirai-je8-- socits 1 la ntre et celle de ,tahiti1 le peintre donne la sauvagerie tahitienne ses prfrences et le suffrage1 solennellement1 de son admiration4 ,de quoi1 permettez1 rire1 sans plus davantage s'attarder ce jeu d'un got rare4 --,au prix seulement d'une intime et entire familiarit avec l'objet de son oeuvre l'artiste peut faire sa rvlation3 point de telle union sans sympathie profonde4 ,et1 cet objet1 sans l'lan d'une sympathie premire ou quelque pressentiment1 l'artiste ft-il jamais venu8 ,sympathies1 admirations1 mme prfrences1 pour la beaut du dcor1 au moins1 enchant3 tu les comprends4 ,que sur cette scne merveilleuse1 et parce que le visage des acteurs est moins ple que le tien1 banal ou vil soit le drame jou1 tu le dcides8 ,hsite6 ,souffre qu'un autre ait d'autres penses1 fondes en tudes et en mditations4 ,cet autre-ci1 las de dcadence occidentale1 s'est pris des grandes floraisons vgtales et humaines de l bas2 il a donn son respect aux splendeurs d'autrefois1 sa pit l'agonie prsente4 ,je ne le dfends pas4 ,je sens1 par lui peut-tre et par son oeuvre1 comme lui4 ,et rverais-je devant cette occasion d'tre heureux sans esprance--le thme--d'enchaner l'opration d'un art celle d'un autre art et une seconde la premire piphanie1 si je n'tais1 moi aussi1 pris de cette sauvagerie fastueuse et de toute cette beaut vivante dans la symphonie peinte--et vivante dans ma pense8 ,mais6444 ,est-il1 autrement que par les lignes colores1 communicable1 ce paradis8 ,par de l l'abord si facile des tres1 l'nigme rfugie au fond des yeux6 ,et ce sourire3 comme le ddain de mentir pour cacher un ,secret qui1 mme profr1 ne saurait perdre son caractre fatal de ,secret6 ,ainsi la ,fort tahitienne1 elle aussi1 nglige de se garder3 ni serpents ni fauves et sa splendeur invite1 mais c'est sa splendeur mme1 c'est sa miraculeuse splendeur qui la dfend1 polychrome et multiforme blouissement qui voile d'clat le mystre des fonds4444 --,attends6 intervient le ,peintre3 je t'aiderai deviner4 ,je tcherai que les tableaux te content leur histoire1 la mienne1 l bas1 sans que les rcits l'oeuvre prtendent ajouter rien1 que3 soulever les franges d'infini qui relient entre eux les pisodes du pome1 afin de te conduire1 par le corridor de l'espace et du temps1 travers les souvenirs o se dcompose en circonstances le rve total4 ,ecoute donc4 ,mais n'oublie pas que tout artiste sincre est l'lve de son modle4 ,ainsi ai-je voulu faire1 moi-mme3 je tenais le pinceau1 les ,dieux ,maories dirigeaient ma main4 ,et prends garde3 l'abord n'est pas si facile6 ,elle est paisse1 l'ombre qui tombe du grand arbre1 et l'antre est formidable1 qu'il masque4 ,elle est bien subtile et trs fugace1 bien fire et trs savante1 l',eve dore1 et je n'ai pas invent le mlange d'horreur et de joie qui fait le charme maorie4--,mais sais-tu1 sans incertitude1 sans regrets de jadis et terreurs de futur1 sais-tu si la joie serait8 --,dites1 qu'avez-vous vu8 ,,ii ,,le ,,conteur ,,parle ,dites1 qu'avez-vous vu8 ,,charles ,,baudelaire ,le #h juin1 dans la nuit1 aprs soixante-trois jours de traverse1 soixante-trois jours de fivreuse attente1 nous apermes des feux bizarres qui voluaient en zigzags sur la mer4 ,sur un ciel sombre se dtachait un cne noir dentelures4 ,nous tournions ,mora pour dcouvrir ,tahiti4 ,quelques heures aprs1 le petit jour s'annonait1 et1 nous approchant avec lenteur des rcifs1 nous entrions dans la passe et nous mouillions sans avaries dans la rade4 ,le premier aspect de cette partie de l',ile n'a rien d'extraordinaire1 rien1 par exemple1 que se puisse comparer la magnifique baie de ,rio de ,janeiro4 ,c'est le sommet d'une montagne submerge aux jours anciens des dluges4 ,l'extrme pointe seule dominait les eaux3 une famille s'y rfugia1 y fit souche1--et les coraux aussi grimprent1 entourant le pic1 dveloppant avec les sicles une terre nouvelle4 ,elle continue s'tendre1 mais elle garde de ses origines un caractre de solitude et de rduction que la mer accentue de son immensit4 ,a dix heures du matin1 je me prsentai chez le gouverneur1 le ngre ,lacascade1 qui me reut comme un homme d'importance4 ,je devais cette honneur la mission que m'avait confie-je ne sais trop pourquoi--le gouvernement franais4 ,mission artistique1 il est vrai2 mais ce mot1 dans l'esprit du ngre1 n'tait que le synonyme officiel d'espionnage1 et je fis de vains efforts pour le dtromper4 ,tout le monde1 autour de lui1 partagea son erreur1 et1 quand je dis que ma mission tait gratuite1 personne ne voulut me croire4 ,la vie1 ,papeete1 me devint bien vite charge4 ,c'tait l',europe--l',europe dont j'avais cru m'affranchir6 --sous les espces aggravantes encore du snobisme colonial1 l'imitation1 grotesque jusqu' la caricature1 de nos moeurs1 modes1 vices et ridicules civiliss4 ,avoir fait tant de chemin pour trouver cela1 cela mme que je fuyais6 ,pourtant1 un vnement public m'intressa4 ,en ce temps-l1 le roi ,pomar tait mortellement malade1 et1 chaque jour1 on s'attendait la catastrophe4 ,peu peu1 la ville avait pris un aspect singulier4 ,tous les ,europens1 commerants1 fonctionnaires1 officiers et soldats1 continuaient rire et chanter dans les rues1 tandis que les naturels1 avec des airs graves1 s'entretenaient voix basse autour du palais4 ,dans la rade1 un mouvement anormal de voiles oranges sur la mer bleue1 avec le frquent et brusque tincellement argent1 sous le soleil1 de la ligne des rcifs3 c'taient les habitants des les voisines1 qui accouraient pour assister aux derniers moments de leur roi1-- la prise de possession dfinitive de leur empire par la ,france4 ,des signes d'en haut les avaient avertis3 car1 chaque fois qu'un roi doit mourir1 les montagnes se tachent de plaques sombres sur certains versants1 au coucher du soleil4 ,le roi mourut1 et fut1 dans son palais1 en grand costume d'amiral1 expos aux yeux de tous4 ,l je vis la reine4 ,mara1 tel tait son nom1 ornait de fleurs et d'toffes le salon royal4--,comme le directeur des travaux publics me demandait un conseil pour ordonner artistement le dcor funraire1 je lui indiquai la reine qui1 avec le bel instinct de sa race1 rpandait la grce autour d'elle et faisait un objet d'art de tout ce qu'elle touchait4 ,mais je ne la compris qu'imparfaitement1 cette premire entrevue4 ,du par des tres et des choses si diffrents de ce que j'avais dsir1 coeur par toute cette trivialit europenne1 trop rcemment dbarqu pour avoir pu dmler ce qui persiste de national dans cette race vaincue1 de ralit foncire et de beaut primitive sous le factice et dsobligeant placage de nos importations1 j'tais en quelque sorte aveugle4 ,aussi ne vis-je en cette reine1 d'un ge dj mr1 qu'une femme ordinaire1 paisse1 avec de nobles restes4 ,quand je la revis1 plus tard1 je rectifiai mon premier jugement1 je subis l'ascendant de son charme maorie4 ,en dpit de tous mlanges1 le type tahitien tait1 chez elle1 trs pur4 ,et puis1 le souvenir de l'aeul1 le grand chef ,tati1 lui donnait1 comme son frre1 comme toute sa famille1 des dehors de grandeur vraiment imposants4 ,elle avait cette majestueuse forme sculpturale de l bas1 ample la fois et gracieuse1 avec ces bras qui sont les deux colonnes d'un temple1 simples1 droits1 la ligne horizontale et longue des paules1 et le haut vaste se terminant en pointe1--construction corporelle qui voque invinciblement dans ma pense le ,triangle de la ,trinit4--,dans ses yeux brillait parfois comme un pressentiment vague des passions qui s'allument brusquement et embrasent aussitt la vie alentour1--et c'est ainsi peut tre1 que l',ile elle-mme a surgi de l',ocan et que les plantes y ont fleuri au rayon du premier soleil4444 ,tous les ,tahitiens se vtirent de noir1 et1 deux jours durant1 on chanta des imns de deuil1 des chants de mort4 ,je croyais entendre la ,sonate ,pathtique4 ,vint le jour de l'enterrement4 ,a dix heures du matin1 on partit du palais4 ,la troupe et les autorits1 casques blancs1 habits noirs1 et les naturels dans leur costume attrist4 ,tous les districts marchaient en ordre1 et le chef de chacun d'eux portait le pavillon franais4 ,au bourg d',aru1 on s'arrta4 ,l se dressait un monument indescriptible1 qui formait avec le dcor vgtal et l'atmosphre le plus pnible contraste3 amas informe de pierres de corail relies par du ciment4 ,lacascade pronona un discours1 clich connu1 qu'un interprte traduisit ensuite pour l'assistance franaise4 ,puis1 le pasteur protestant fit un prche4 ,enfin1 ,tati1 frre de la reine1 rpondit1--et ce fut tout3 on partait2 les fonctionnaires s'entassaient dans des carrioles2 cela rappelait quelque retour de courses4 ,sur la route1 la dbandade1 l'indiffrence des ,franais donnant le ton1 tout ce peuple1 si grave depuis plusieurs jours1 recommenait rire4 ,les vahins reprenaient le bras de leur tans1 parlaient haut1 dodelinaient des fesses1 tandis que leurs larges pieds nus foulaient lourdement la poussire du chemin4 ,prs de la rivire de la ,fata1 parpillement gnral4 ,de place en place1 caches entre les cailloux1 les femmes s'accroupissaient dans l'eau1 leurs jupes souleves jusqu' la ceinture1 rafrachissant leurs hanches et leurs jambes irrites par la marche et la chaleur4 ,ainsi purifies1 elles reprenaient le chemin de ,papeete1 la poitrine en avant1 les deux coquillages qui terminent le sein pointant sous la mousseline du corsage1 avec la grce et l'lasticit de jeunes btes bien portantes4 ,un parfum mlang1 animal1 vgtal1 manait d'elles1 le parfum de leur sang1 et le parfum de la fleur de gardnia--tiar--qu'elles portaient toutes dans les cheveux4 --,tn mrahi noa noa 7maintenant bien odorant71 disaient-elles4 444 ,la princesse entrait dans ma chambre1 et j'tais sur mon lit1 souffrant1 vtu seulement d'un paro4 ,quelle tenue pour recevoir une femme de qualit6 ,ia orana1 ,gauguin1 me dit-elle4 ,tu es malade1 je viens te voir4 --,et tu te nommes8 --,vata4 ,vata tait une vraie princesse1 si toutefois il en est encore depuis que les ,europens ont dans ce pays rabaiss tout leur niveau4 ,le fait est1 pourtant1 qu'elle arrivait l en trs simple mortelle1 pieds nus1 une fleur odorante l'oreille1 en robe noire4 ,elle portait le deuil du roi ,pomar1 de qui elle tait la nice4 ,son pre1 ,tamatoa1 malgr les invitables contacts avec les officiers1 les fonctionnaires1 malgr les rceptions chez l'amiral1 n'avait jamais voulu tre qu'un royal ,maorie1 gigantesque batteur d'hommes dans ses moments de colre1 et1 aux soirs d'orgie1 clbre minotaure4 ,il tait mort4 ,vata1 prtendait-on1 lui ressemblait beaucoup4 ,avec l'insolence de tout ,europen qui vient de dbarquer1 casqu de blanc1 dans l',ile1 je regardais1 un sourire sceptique aux lvres1 cette princesse dchue4 ,mais je voulus tre poli4 --,c'est aimable toi d'tre venue1 ,vata4 ,veux-tu que nous prenions ensemble l'absinthe8 ,et du doigt je lui montrais1 par terre1 dans un coin de la chambre1 une bouteille que prcisment je venais d'acheter4 ,simplement1 sans manifester ni ennui ni satisfaction1 elle s'avana vers l'endroit dsign et se baissa pour prendre la bouteille4 ,sa lgre robe transparente se tendit1 dans ce mouvements1 sur ses reins1--des reins porter un monde6 ,oh1 certes1 c'tait bien une princesse6 ,ses aeux8 des gants fiers et braves4 ,sur ses larges paules la tte tait fortement plante1 dure1 orgueilleuse1 froce4 ,je ne vis d'abord que ses mchoires d'anthropophage1 ses dents prtes dchirer1 son regard oblique d'animal cruel et rus1 et1 malgr un trs beau et noble front1 je la trouvai tout fait laide4 --,pourvu qu'elle ne vienne pas s'asseoir sur mon lit6 ,jamais une si faible menuiserie ne nous supporterait tous deux4444 ,c'est justement ce quelle fit4 ,le lit craqua1 mais rsista4 ,tout en buvant1 nous changions quelques mots4 ,la conservation1 toutefois1 ne parvenait pas s'animer4 ,elle finit par languir1 et le silence s'tablit4 ,j'observais la princesse la drobe1 elle me regardait du coin de l'oeil1 et le temps passait1 et la bouteille filait4 ,vata buvait bravement4 ,elle fit une cigarette tahitienne et s'allongea sur le lit pour fumer4 ,ses pieds caressaient d'un geste machinal1 continu1 le bois d'extrmit2 sa physionomie s'adoucissait1 s'attendrissait sensiblement1 ses yeux brillaient1 un sifflement rgulier s'chappait de ses lvres--et j'imaginais1 l'couter1 le flin qui ronronne en mditant quelque sanglante sensualit4 ,comme je suis changeant1 je la trouvais maintenant tout fait belle1 et quand elle me dit1 de la saccade dans la voix3 ,tu es gentil1 un grand trouble m'envahit4 ,dcidment la princesse tait dlicieuse4444 ,elle se mit rciter une fable1 sans doute pour me faire plaisir1 une fable de la ,fontaine--souvenir de son enfance1 chez les soeurs qui l'avaient instruite3 ,la ,cigale et la ,fourmi4 ,la cigarette tait toute partie en fume4 --,tu sais1 ,gauguin1 fit la princesse en se levant1 je n'aime pas ton ,la ,fontaine4 --,comment8 ,notre bon ,la ,fontaine6 --,peut tre est il bon1 mais ses morales sont laides4 ,les fourmis4444 7et sa bouche exprimait le dgot74 ,ah6 les cigales1 oui6 ,chanter1 chanter1 toujours chanter6 ,et firement elle ajouta1 sans me regarder1 les yeux enflamms et s'adressant loin3 --,quel beau royaume tait le ntre1 quand on n'y vendait rien6 ,toute l'anne on chantait444 ,chanter1 toujours6 ,donner1 toujours6444 ,et elle s'en alla4 ,je remis la tte sur l'oreiller1 et longtemps je caressai du souvenir ces syllabes3 --,ia orana1 ,gauguin4 ,cet pisode1 que je retrouve dans ma mmoire avec la mort de ,pomar1 y a laiss plus de traces que l'vnement et le crmonial publics4 ,eux-mmes1 les habitants de ,papeete1 tant les naturels que les blancs1 ne tardrent pas oublier le dfunt4 ,ceux qui taient venus des les voisines pour assister aux royales obsques partirent1 encore une fois la mer bleue se sillonna de mille voiles oranges1 et tout rentra dans l'ordre habituel4 ,il n'y avait qu'un roi de moins4 ,avec lui disparaissaient les derniers vestiges des traditions anciennes4 ,avec lui se fermait l'histoire maorie4 ,c'tait bien fini4 ,la civilisation1 hlas6--soldatesque1 ngoce et fonctionnarisme--triomphait4 ,une tristesse profonde s'empara de moi4 ,le rve qui m'avait amen ,tahiti recevait des faits un dmenti brutal4 ,c'tait la ,tahiti d'autrefois que j'aimais4 ,celle du prsent me faisait horreur4 ,a voir1 pourtant1 le persistante beaut physique de la race1 je ne pouvais me persuader qu'elle n'et rien1 nulle part1 sauvegard de sa grandeur antique1 de ses moeurs personnelles et naturelles1 de ses croyances1 de ses lgendes4 ,mais1 les traces de ce pass1 s'il a laiss des traces1 comment les dcouvrir1 tout seul8 les reconnatre1 sans indication8 ,ranimer le feu dont les cendres mmes sont disperses8 ,si fort que je sois abattu1 je n'ai pas coutume de quitter la partie sans avoir tout tent1 et l'impossible1 pour vaincre4 ,ma rsolution bientt fut prise3 je partirais de ,papeete1 je m'loignerais du centre europen4 ,je pressentais qu'en vivant tout fait de la vie des naturels1 avec eux1 dans la brousse1 je parviendrais1 force de patience1 capter la confiance des ,maories--et que je ,saurais4 ,et1 un matin1 je m'en allai1 dans la voiture qu'un officier avait gracieusement mise ma disposition1 la recherche de ma case4 ,ma vahin m'accompagnait3 ,titi elle se nommait4 ,sang ml d'anglais et de tahitien1 elle parlait un peu le franais4 ,elle avait mis1 pour cette promenade1 sa plus belle robe2 le tiar l'oreille1 son chapeau1 en fils de canne1 orn1 au dessus du ruban1 de fleurs en paille et d'une garniture de coquillages orangs1 ses cheveux noirs et longs drouls sur ses paules1 fire d'tre en voiture1 fire d'tre lgante1 fire d'tre la vahin d'un homme qu'elle croyait important et riche1 elle tait ainsi vraiment jolie1 et toute sa fiert n'avait rien de ridicule1 tant l'air majestueux sied cette race4 ,elle garde1 d'une longue histoire fodale et d'une interminable ligne de grands chefs1 le pli superbe de l'orgueil4--,je savais bien que son amour1 trs intress1 n'et gure pes plus lourd1 dans des esprits parisiens1 que la complaisance vnale d'une fille4 ,mais il y a autre chose dans la folie amoureuse d'une courtisane maorie que dans la passivit d'une courtisane parisienne--autre chose6 ,il y a l'ardeur du sang1 qui appelle l'amour comme son aliment essentiel et qui l'exhale comme son parfum fatal4 ,ces yeux-l et cette bouche ne pouvaient mentir3 dsintresss ou non1 c'est bien d'amour qu'ils parlaient444 ,la route fut assez vite parcourue4 ,quelques causeries insignifiantes4 ,paysage riche et monotone4 ,toujours1 sur la droite1 la mer1 les rcifs de corail et les nappes d'eau qui parfois s'levaient en fume1 quand se faisait trop brusque la rencontre de la lame et du roc4 ,a gauche1 la brousse avec une perspective de grands bois4 ,a midi1 nous achevions notre quarante cinquime kilomtre et nous atteignions le district de ,mataa4 ,je visitai le district et je finis par trouver une assez belle case1 que son propritaire me cda en location4 ,il s'en construisait une autre1 ct1 pour l'habiter4 ,le lendemain soir1 comme nous revenions ,papeete1 ,titi me demanda si je voulais bien la prendre avec moi3 --,plus tard1 dans quelques jours1 quand je serai install4 ,titi avait ,papeete une terrible rputation1 ayant successivement enterr plusieurs amants4 ,ce n'est pas l ce qui m'et loign d'elle4 ,mais1 demi-blanche1 et malgr les traces de profondes caractristiques originelles et trs maories1 elle avait de nombreux contacts beaucoup perdu de ses diffrences de race4 ,je sentais qu'elle ne pouvait rien m'apprendre de ce que je dsirais savoir1 rien me donner du bonheur particulier que je voulais4 --,et puis1 me disais-je1 la campagne1 je trouverai ce que je cherche et je n'aurai que la peine de choisir4 ,d'un ct1 la mer2 de l'autre1 la montagne1 la montagne bante3 crevasse norme que bouche1 adoss au roc1 un vaste manguier4 ,entre la montagne et la mer s'lve ma case1 en bois de bourao4 ,prs de la case que j'habite1 il y en a une autre3 far amu 7maison pour manger74 ,matin4 ,sur la mer1 contre le bord1 je vois une pirogue1 et dans la pirogue une femme demi-nue4 ,sur le bord1 un homme1 dvtu de mme4 ,a ct de l'homme1 un cocotier malade1 aux feuilles recroquevilles1 semble un immense perroquet dont la queue dore retombe et qui tient dans ses serres une grosse grappe de cocos4 ,l'homme lve de ses deux mains1 dans un geste harmonieux1 une hache pesante qui laisse1 en haut son empreinte bleue sur le ciel argent1 en bas son incision rose sur l'arbre mort o vont revivre1 en un instant de flammes1 les chaleurs sculaires jour jour thsaurises4 ,sur le sol pourpre1 de longues feuilles serpentines d'un jaune mtallique me semblaient les traits d'une criture secrte1 religieuse1 d'un vieil orient4 ,elles formaient sensiblement ce mot sacr1 d'origine ocanienne1 ,a ,t ,u ,a--,dieu--de ,tata ou ,takata ou ,tathagata qui1 travers l',inde1 rayonna partout4 ,et je me remmorais1 comme un conseil de mysticisme opportun dans ma belle solitude et dans ma belle pauvret1 ces paroles du ,sage3 ,aux yeux de ,tathagata1 les plus splendides magnificences des rois et de leurs ministres ne sont que du crachat et de la poussire2 ,a ses yeux1 la puret et l'impuret sont comme la danse des six nagas2 ,a ses yeux1 la recherche de la voie de ,buddha est semblable des fleurs4 ,dans la pirogue la femme rangeait quelques filets4 ,la ligne bleue de la mer tait frquemment rompue par le vert de la crte des lames retombant sur les brisants de corail4 ,soir4 ,j'tais all fumer une cigarette1 sur le sable1 au bord de la mer4 ,le soleil1 rapidement descendu sur l'horizon1 se cachait demi dj derrire l'le ,mora1 que j'avais ma droite4 ,les oppositions de lumire dcoupaient nettement et fortement en noir1 sur les ardeurs violettes du ciel1 les montagnes1 dont les arrtes dessinaient d'anciens chteaux crnels4 ,est-ce sans motifs que des visions fodales me poursuivent devant ces architectures naturelles8 ,l bas1 ce sommet a la forme d'un ,cimier gigantesque4 ,les flots1 autour de lui1 qui font le bruit d'une foule immense1 ne l'atteindront jamais4 ,debout parmi les splendeurs en ruines1 le ,cimier reste seul1 protecteur ou tmoin1 voisin des cieux4 ,je sens qu'un regard cach plonge1 du haut de cette tte1 dans les eaux o fut engloutie la famille des vivants aprs qu'ils eurent commis le pch de la tte3 et de la fissure vaste o serait la bouche je sens fluer l'ironie ou la piti d'un sourire sur les eaux o dort le pass44 ,la nuit tomba vite4 ,mora dormait4 99 99 99 99 99 ,le silence6 ,j'apprenais connatre le silence d'une nuit tahitienne4 ,je n'entendais que les battements de mon coeur1 dans le silence4 ,mais les rayons de la lune1 travers les bambous galement distants entre eux de ma case1 venaient jouer jusque sur mon lit4 ,et ces clarts rgulires me suggraient l'ide d'un instrument de musique1 le pipeau des ,anciens1 que les ,maories connaissent et qu'ils nomment vivo4 ,la lune et les bambous le dessinaient1 exagr3 tel1 c'est un instrument silencieux1 tout le jour durant2 la nuit1 dans la mmoire et grce la lune1 il redit au songeur les airs aims4 ,je m'endormis cette musique4 ,entre le ciel et moi1 rien1 que le grand toit lev1 frle1 en feuilles de pandanus1 o nichent les lzards4 ,j'tais bien loin de ces prisons1 les maisons europennes6 ,une case maorie ne retranche point l'homme de la vie1 de l'espace1 de l'infini444 ,cependant je me sentais1 l1 bien seul4 ,de part et d'autre1 les habitants du district et moi1 nous nous observions1 et la distance1 entre nous1 restait entire4 ,ds le surlendemain1 j'avais puis mes provisions4 ,que faire8 ,je m'tais imagin qu'avec de l'argent je trouverais tout le ncessaire de la vie4 ,je m'tais tromp4 ,franchi le seuil de la ville1 c'est la nature qu'on doit s'adresser pour vivre1 et elle est riche1 elle est gnreuse1 elle ne refuse rien qui va lui demander sa part des trsors dont elle a d'inpuisables rserves dans les arbres1 dans la montagne1 dans la mer4 ,mais il faut savoir grimper aux arbres levs1 il faut pouvoir aller dans la montagne et en revenir charg de fardeaux pesants1 savoir prendre le poisson1 pouvoir plonger1 arracher dans le fond de la mer le coquillage solidement attach au caillou1--il faut savoir1 il faut pouvoir6 ,j'tais1 donc1 moi1 le civilis1 singulirement infrieur1 dans la circonstance1 aux sauvages4 ,et je les enviais4 ,je les regardais vivre1 heureux1 paisibles1 autour de moi1 sans plus d'effort qu'il n'est essentiel au quotidien des besoins1--sans le moindre souci de l'argent3 a qui vendre1 quand les biens de la nature sont la porte de la main6 ,or1 comme1 assis1 l'estomac vide1 sur le seuil de ma case1 je songeais tristement ma situation1 aux obstacles imprvus1 peut-tre insurmontables1 que la nature cre1 pour se dfendre de lui1 entre elle et celui qui vient de la civilisation1--j'aperus un indigne qui gesticulait vers moi en criant4 ,les gestes1 trs expressifs1 traduisaient les paroles1 et je compris3 mon voisin m'invitait dner4 ,d'un signe de tte je refusai4 ,puis1 galement honteux1 je crois1 et d'avoir subi l'offre de l'aumne et de l'avoir repousse1 je rentrai dans ma case4 ,quelques minutes aprs1 une petite fille dposait devant ma porte1 sans rien dire1 des lgumes cuits et des fruits1 proprement entours de feuilles vertes1 fraches cueillies4 ,j'avais faim4 ,sans rien dire non plus1 j'acceptai4 ,un peu plus tard1 l'homme passa devant ma case1 et1 en souriant1 sans s'arrter1 me dit4 sur le ton interrogatif3 --,paa8 ,je devinai3 ,es-tu satisfait8 ,ce fut1 entre ces sauvages et moi1 le commencement de l'apprivoisement rciproque4 ,sauvages6 ,ce mot me venait invitablement aux lvres1 quand je considrais ces tres noirs1 aux dents de cannibales4 ,dj1 pourtant1 j'entrevoyais leur grce relle1 trange444 ,cette petite tte brune aux yeux placides1 contre terre1 sous des touffes de larges feuilles de giromon1 ce petit enfant qui m'tudiait mon insu1 un matin1 et qui s'enfuit quand mon regard rencontra le sien444 ,ainsi qu'eux pour moi1 j'tais pour eux un objet d'observation1 un motif d'tonnement3 l'inconnu de tous1 l'ignorant de tout4 ,car je ne savais ni la langue1 ni les usages1 ni mme l'industrie la plus initiale1 la plus ncessaire4--,comme chacun d'eux pour moi1 j'tais pour chacun d'eux un sauvage4 ,et1 d'eux et de moi1 qui avait tort8 ,j'essayais de travailler3 notes et croquis de toutes sortes4 ,mais le paysage1 avec ses couleurs franches1 violentes1 m'blouissait1 m'aveuglait4 ,j'tais toujours incertain1 je cherchais1 je cherchais444 ,c'tait si simple1 pourtant1 de peindre comme je voyais1 de mettre1 sans tant de calcul1 un rouge prs d'un bleu6 ,dans les ruisseaux1 au bord de la mer1 des formes dores m'enchantaient3 pourquoi hsitais-je faire couler sur ma toile toute cette joie de soleil8 ,ah6 vieilles routines d',europe6 timidits d'expression de races dgnres6 ,pour m'initier au caractre si particulier d'un visage tahitien1 je dsirais depuis longtemps faire le portrait d'une de mes voisines1 une jeune femme de pure extraction tahitienne4 ,un jour1 elle s'enhardit jusqu' venir voir dans ma case des photographies de tableaux1 dont j'avais tapiss un des murs de ma chambre4 ,elle regarda longuement1 avec un intrt tout spcial1 l',olympia4 --,qu'en penses-tu8 lui dis-je4 7,j'avais appris quelques mots de tahitien1 depuis deux mois que je ne parlais plus le franais47 ,ma voisine me rpondit3 --,elle est trs belle4 ,je souris cette rflexion et j'en fus mu4 ,avait-elle donc le sens du beau8 ,mais que diraient d'elle les professeurs de l',ecole des ,beaux-,arts6 ,elle ajouta tout coup1 aprs ce silence sensible qui prside la dduction des penses3 --,c'est ta femme8 --,oui4 ,je fis ce mensonge6 ,moi1 le tan de la belle ,olympia6 ,pendant qu'elle examinait curieusement quelques compositions religieuses des ,primitifs italiens1 je me htai1 sans qu'elle me vit1 d'esquisser son portrait4 ,elle s'en aperut1 fit une moue fche1 dit nettement3 --,ata 7non76 et se sauva4 ,une heure aprs1 elle tait revenue1 vtue d'une belle robe1 le tiar l'oreille4--,coquetterie8 ,le plaisir de cder1 parce qu'on le veut1 aprs avoir rsist8 ,ou le simple attrait1 universel1 du fruit dfendu1 se le ft-on interdit soi-mme8 ,ou1 plus simple encore1 le caprice1 sans autre mobile1 le pur caprice dont les ,maories sont si coutumires8 ,je me mis sans retard au travail1 sans retard et avec fivre4 ,j'avais conscience que mon examen de peintre comportait comme une prise de possession physique et morale du modle1 comme une sollicitation tacite1 pressante1 irrsistible4 ,elle tait peu jolie1 selon nos rgles d'esthtique4 ,elle tait belle4 ,tous ses traits concertaient une harmonie raphallique par la rencontre des courbes1 et sa bouche avait t modele par un sculpteur qui sait mettre dans une seule ligne en mouvement toute la joie et toute la souffrance1 mles4 ,je travaillais en hte1 me doutant bien que cette volont n'tait pas fixe1 en hte et passionnment4 ,je frmissais de lire dans ces grands yeux tant de choses3 la peur et le dsir de l'inconnu2 la mlancolie de l'amertume1 exprimente1 qui est au fond du plaisir2 et le sentiment d'une matrise de soi1 involontaire et souveraine4 ,de tels tres1 s'ils se donnent1 semblent nous cder3 c'est eux-mmes qu'ils cdent4 ,en eux rside une force contenue de surhumaine--ou peut-tre de divinement animale essence4 99 99 99 99 99 ,maintenant1 je travaillais plus librement1 mieux4 ,mais ma solitude m'tait charge4 ,je voyais bien des jeunes femmes1 dans le district1 bien des jeunes filles l'oeil tranquille1 de pures ,tahitiennes1 et quelqu'une d'entre elles et volontiers peut-tre partag ma vie4--,je n'osais les aborder4 ,elles m'intimidaient vraiment1 avec leur regard assur1 la dignit de leur maintien1 la fiert de leur allure4 ,toutes1 pourtant1 veulent tre prise1 prises littralement 7ma1 saisir71 brutalement1 sans un mot4 ,toutes ont le dsir latent du viol3 c'est par cet acte d'autorit du mle1 qui laisse la volont fminine sa pleine irresponsabilit--car1 ainsi1 elle n'a pas consenti--que l'amour durable doit commencer4 ,il se pourrait qu'il y et un grand sens1 au fond de cette violence1 d'abord si rvoltante4 ,il se pourrait aussi qu'elle et son charme1 sauvage4 ,et j'y rvais bien2 mais je n'osais4 ,et puis1 on disait de plusieurs qu'elles taient malades1 malades de ce mal que les ,europens apportent aux sauvages comme un premier degr1 sans doute1 d'initiation la vie civilise44 ,et quand les vieillards me disaient1 en me montrant l'une d'elles3 --,ma tra 7prends celle-ci71 je ne me sentais ni l'audace ni la confiance ncessaires4 ,je fis savoir ,titi que je la recevrais avec plaisir4 ,elle vint aussitt4 ,l'essai me russit mal1 et je pus apprcier1 l'ennui que j'prouvai dans la compagnie de cette femme habitue au luxe banal des fonctionnaires1 quels rels progrs j'avais faits dj dans la bonne ,sauvagerie4 ,au bout de quelques semaines1 nous nous sparmes pour toujours1 ,titi et moi4 ,de nouveau1 seul4 ,,iii ,,vivo ,,vivo ,,de ,,lune ,la mer1 qui heurte aux rcifs ses vagues dferlantes1 la mer approfondit1 ne trouble pas la paix du soir1 et la vie alentour1 et la vie dans la case1 dans la case en bois de bourao1 tait ses bruits1 et la nuit tombe1 rapide1 l'immense rideau d'un thtre infini1 toile sombre illustre d'toiles4 ,plaintifs tous deux1 prs et loin1 mon coeur et le vivo chantent4 ,c'est du rivage1 l bas o l'anse brusque ses contours1 que me vient la mlancolique musique3 quoi songe-t-il1 le musicien sauvage1 et vers qui s'en vont ses plaintes8 ,a qui songe-t-il1 sauvage aussi1 ce coeur bless1 et dites pour qui1 dans cette solitude tant dsire1 il prcipite ses battements8 ,dans la solitude tous deux1 prs et loin1 mon coeur et le vivo chantent4 ,la lune insidieuse et confidentielle rit travers les bambous bien aligns de ma case1 ,hina1 la lune6 et rythme aux caprices de sa clart la musique1 l bas1 qui me vient du rivage1 et l'on dirait--ces bambous1 la lune--dans la nuit pleine de souvenirs1 dans le silence1 l'instrument et la mlodie4 ,dans le silence tous deux1 prs et loin1 mon coeur et le vivo chantent4 ,ah6 ce n'est pas un passant qui chante au loin sur le vivo sa chanson3 c'est mon coeur6 ,c'est mon coeur qui se souvient au clair de la lune1 au clair de la lune qui filtre travers les bambous de ma case sa clart mlodique1 accompagnement des mots autrefois dits et des danses danses4 ,en moi tous deux1 mon coeur et le vivo chantent4 ,mais que s'en aille loin de moi mon coeur vers la mer1 et que les souvenirs cdent aux esprances vers la mer dont les bruits autour de l',ile sont les murs bnis1 impntrables1 de mon exil1 et que je tende mes mains l'espace plein de promesses6 ,loin tous deux1 loin tous deux1 mon coeur et le vivo chantent4 ,,vivo ,,du ,,matin ,chante1 vivo tahitien1 ,chante la chanson du matin6 ,chante gament1 c'est chanter bien4 ,ma vahin1 dans les bois1 ,comme l'arbre frmissant1 ,avec l'aube dans les bois ,j'irai chanter en dansant4 ,chante1 vivo tahitien6 ,puis1 sur le bord de la mer1 ,comme les flots agits1 ,puis1 sur le bord de la mer ,en dansant j'irai chanter4 ,chante la chanson du matin6 ,tu crois dormir et je vois ,tes yeux briller dans les fleurs4 ,tu crois dormir et je vois ,tes dents luire sur les flots4 ,chante gament1 c'est chanter bien6 ,viens1 je chanterai pour toi ,des chants clairs comme le jour4 ,viens6 je danserai pour toi ,la douce danse d'amour4 ,chante1 vivo tahitien6 ,a l'ombre des pandanus ,tu sais qu'il est bon d'aimer1 ,a l'ombre des pandanus ,et sur le bord de la mer4 ,,sieste ,mme la fleur de ses cheveux languit1 et midi brle ,sur la mer dont l'eau lasse et lente avec langueur ondule ,et miroite1 et midi brle dans les bois1 et midi ,brle dans les cases4 ,pas un souffle4 ,l'air engourdi1 ,pesant1 sec1 est fait de chaleur condense et solide4 ,tout semble mort4 ,l',ile est dserte1 comme le ciel vide1 ,et ds longtemps a cess l'agitation du port4 ,tout dort4 ,sauf le soleil et ses chiens de flammes1 tout dort4 ,thura dort1 nue et seule sur sa couchette troite4 ,la fentre est close de rideaux lourds1 mais sa peau moite s'toile de points d'or fauve dans la demi-clart1 ,et ,thura dort1 l'abandon1 avec volupt4 ,soudain1 elle tremble1 frissonne et frmit tout entire3 ,l'esprit des morts veille6 ,thura sent sur ses paupires ,passer le vent de l'aile affreuse des ,tupapas4 ,puis le cauchemar s'vanouit et des songes doux ,conduisent la dormeuse la porte crpusculaire ,de la sieste4 ,elle entr'ouvre ses yeux3 la fureur solaire ,est apaise1 on renat1 on respire--et ,thura ,se lve et vers la vie et vers l'amour tend ses beaux bras4 ,,le ,,soir ,voici le ,soir qui vient dans la pourpre et l'or1 ivre ,d'amour4 ,c'est l'heure frache o se reprend vivre ,le peuple enfant1 joyeux d'un avenir de nuit4 ,et toute l',ile1 sur les rivages1 au bruit ,du vivo1 des chansons1 des rires assemble1 ,s'agite1 folle1 bavarde1 bariole1--,les femmes1 le tiar l'oreille1 les plis ,du paro tendus sur leurs reins assouplis1 ,le torse libre1 aux tons de bronze et de bitume1--,et la mourante ardeur du couchant se rallume ,aux brusques clairs d'or qui sillonnent leur chair4 ,le vent de l'ternel t s'endort dans l'air ,vespral4 ,le soleil1 vieilli1 vaincu1 recule ,devant la jeune lune au bord du crpuscule ,se dressant1 radieuse1 et leurs feux1 un moment1 ,sur la crte des flots qui dansent1 mollement ,s'entrebaisent--et sur la tte solitaire ,de l',arora1 temple et sommet de la terre1 ,d'o le rideau des bois drobe tous les yeux ,la gloire1 la douleur et le secret des ,dieux4 ,,tupapa,s ,dans la nuit du monde ,en gmissant ,les ,tupapas font des rondes ,en gmissant ,et leurs yeux sont rouges du sang ,des innocents4 ,ouh ouh ouh ,les ,tupapas ,aux yeux fous ,quand on dort ,ils entrent dans les cases ,sans ouvrir les portes ,et ce sont des morts ,qui parlent voix basse ,et des mortes ,a voix d'pouvante1 ,a voix basse1 ,morts amoureux des vivantes ,qui laissent les filles lasses1 ,mortes affames ,d'tre aimes1 ,qui laissent les garons pms4 ,ouh ouh ouh ,les ,tupapas ,et ce sont dans la nuit d'orage --,malheur nous si tu les nommes6-- ,les ,indicibles des vieux ges ,qui viennent torturer les hommes ,impies1 ,les ,ineffables des poques accomplies1 ,avec de grands visages roux1 ,les orbites pleines de flammes1 ,les dents longues comme des rames1 ,et la foudre dit leur courroux3 ,mais pour eux1 ils ne parlent pas4 ,la ,peur ,avertit qu'ils sont l ,et les montre1 ,et la ,douleur1 ,quand les monstres ,impitoyables ,nous mordent au coeur1 ,hurle le nom des ,ineffables3 --,malheur moi6 malheur toi6-- ,les ,atuas6 ,ouh ouh ouh ,puis la nuit s'achve1 ,bien longue1 si brve6 ,et les dmons ,que l'aube irrite ,prennent la fuite ,vers les monts4 ,,paia8 ,vivo tahitien1 chanson du vent sur les roseaux1 vivo6 ,telle1 dans le navire du voyage1 la chanson du vent sur les flots1 vivo6 ,telle1 aussi claire1 aussi obscure1 la chanson du sauvage sur le chalumeau1 vivo6 ,tu interroges3 --,,pa,a8 ,je t'coute sans rpondre1 accoud l'infini1 le menton dans la main1 les regards au large1 rflchissant dans mon me le soleil dj rflchi par la mer--rflchissant4 ,et que te rpondre8 ,je suis triste1 mais je sens les ailes de l'esprance s'panouir en moi comme deux grandes fleurs4 ,tu m'inquites1 mais tu me charmes4--,attends encore1 chante encore444 ,impatiences agites parmi l'indolence de l'tendue1 promesses d'escale en escale dmenties1 vous voil qui fusez en ralit d'autres ivresses1 d'autres que les rves1 en joies inconnues1 fonds sourds d'amertumes1 o s'tonne et s'gare mon dsir4 ,pourtant je vous ai voulus et je vous ai cherchs1 flots1 forts1 fleurs folles d'tre vivantes1 et toi1 race dore3 ton me1 une fleur belle aussi1 vaste1 odorante1 gnreuse1 je l'ai dsire comme une renaissance4 ,mais tu te gardes de moi1 tu gardes ton mystre4 ,me le diras-tu1 un jour8 --,ah6 peut-tre l'ombre du manguier colossal6 ,ma race aussi fut grande1 et elle affirmait1 simplement1 par des oeuvres1 la vertu de son coeur et de sa tte4 ,la gloire fleurissait comme dans son jardin dans les yeux de mes anctres1 ayant au trsor de leur pense son germe inpuisable4 ,bien que le divin soleil--de qui tout est venu1 qui tout retournera--ne leur prodigut pas ses plus vives flammes1 on tait heureux l'ombre des maisons leves par mes trs anciens anctres3 chaque jour une fte1 dlicieuse ou tragique1 fleurant la bonne odeur du sang et de l'amour1 et aux moindres soins de la vie la ,beaut prsidait1 sans qu'on pargnt rien pour l'atteindre et pour la retenir4 ,mais les avares hritiers de ces ,magnifiques1 avec la passion de l'extase hroque et du sacrifice1 perdirent l'art de sduire la ,beaut4 ,ils entassrent dans des coffres solides les richesses conquises par les vaillants des vieux jours et1 sans honte1 se rduisirent1 pour le quotidien de vivre1 de faux semblants d'honneur et d'amour1 ainsi qu'aux produits anonymes1 hideux et durables1 de quelle industrie6 ,ils furent sans tristesse1 trouvant dans leur sottise-mme1 dans les complications vaines de leurs destines et dans les mensonges dont tait tisse leur pense1 des motifs de rire inconnus jusqu'alors4 ,autour d'eux1 pourtant1 la terre s'attrista4 ,dans un climat o les vraies fleurs ne jaillissent gure que du cerveau des hommes1 il n'y eut plus de fleurs puisque l'humanit n'en produisait plus1 et puisqu'elle avait cach celles de jadis dans l'herbier dur des coffres1 ,et quand je voulus1 pour les rafrachir et les renouveler1 et pour qu' leur aspect s'allumt dans tous les yeux le dsir d'un autre printemps1 les agiter dans l'air1 ces fleurs de pass1 et dans la lumire1 je vis qu'elles avaient t corrompues et changes1 momies devenues6 dshonores par la nuit1 drisoires fleurs maintenant de papier6 par la nuit poudreuse des coffres-forts1--et que mes contemporains sont avares et jaloux de pourriture actuelle destine la purification prochaine du feu--de qui tout est venu1 qui tout retournera--pourriture actuelle et future cendre444 ,flots1 forts1 fleurs folles d'tre vivantes444 ,est-ce le pass qui me poursuit8 ,dans mes yeux l'empreinte est-elle ineffaable1 des choses subies8--,les revoil6 ,c'est de toutes habitudes fuies et de vieux dsespoirs1 c'est de haines et d'amours abolies1 c'est de mes propres fautes1 fanes6 et des torts de chacun1 ah6 fans6 c'est de tout le pass que sont faits les fantmes accroupis aux pierres du nouveau chemin4 ,jusqu'aux remords vrais1 avec des airs1 emprunts1 de regrets1 voquant les visages aims1 laisss1 et leurs larmes6 ,jusqu'aux triomphes sanglants1 ces gestes de menteuse gloire1 et ce qu'il en reste de cicatrices l'orgueil6 ,et la lassitude6 ,et les lassitudes6 ,et ce dgot final d'entendre et de voir qui fit qu'en partant on crut s'vader3 tout le pass ressuscite ces dehors connus1 uss1 caducs1 rancis1 de fausses joies et de vains labeurs1--ici6 ,une ville6 ,argent1 ,bureaux3 une ville6 ,casernes1 ,tavernes1 ,hpitaux1 ,prisons3 une ville6 ,filles3 une ville6 ,et la sereine antiquit du ciel sur tout cela1 du ciel o j'ai vu luire aux profondeurs le reflet d'un secret perdu1--sur les habitudes1 sur les mensonges1 sur les turpitudes1 ici comme l bas6--,et1 ici comme l bas1 j'aurai l'effroi de voir1 par les fentres du matin1 aprs le jour et la nuit1 aprs la veille et le sommeil1 aprs le lucre et le stupre1 des mains de servantes1 indolemment1 par les fentres du matin1 dans la rue agiter avec les linceuls du jour et de la nuit la poussire des sept pchs4 ,flots1 forts1 fleurs folles d'tres vivantes1 et toi1 race dore3 ton me1 une fleur belle aussi1 vaste1 odorante1 gnreuse1 je l'ai dsire comme la seule vengeance6 ,me diras-tu ton mystre1 un jour8 --,ah6 loin de la ville1 peut-tre dans le libre rire des pcheurs dors6 ,ah6 loin de la ville1 peut-tre dans le libre baiser des amantes dores1 au bord de la mer6 ,loin de la ville1 vers la mer6 ,vers la mer o mourront les rumeurs de la ville et du pass6 ,vers la mer1 o1 dans le soir1 un vivo sauvage chante doucement6 ,mais1 htons-nous1 le chant aussi du vivo va mourir1 et la voix de la ville et du pass le menace3 elle monte1 elle couvre a demi dj la chanson grle du vivo1 la chanson frle du bord de la mer4 ,que triste le vent gmit dans l'arbre1 dans les branches noires et mortes de l'arbre dont les racines maudites sont en moi1 dans l'arbre de la ville et du pass6 ,vengeance et renaissance6 ,libert6 ,future vigueur1 vivo6 ,o vivo3 ignorer tout ce que tu ne sais pas4 ,ne m'interroge plus4 ,quand tu m'auras enseign ta toute-sciente ignorance je pourrai te rpondre3 tu m'auras dit ton secret4 ,je viens toi1 docile1 matre d'ignorance et de simplicit1 et le sourire n'est pas loin de mes lvres4 ,mais j'ai peur que la ville se lve et marche tout entire derrire moi1 contre toi1--j'ai peur de t'apporter la ville6 et de jeter moi-mme ses tnbres entre le bonheur et moi1 entre toi et ma douleur4 ,,vers ,,le ,,silence4 ,le chant du vivo allait se mourant1 dans la nuit1 sur le rivage1 et avec lui la voix de mes souvenirs allait se mourant1 dans mon me1 sur le bord du temps1--et les plus rcentes images s'effacrent les premires parmi les bruits confus du navire en voyage1 du navire d'adieux et d'esprance4 ,on n'entendait plus qu' peine le vivo1 dans la nuit1 sur le rivage1 plus loin1 et1 plus loin aussi dans mes souvenirs1 j'avais dpass le navire1 avec mon me remontant le fleuve du temps--et ce furent les lieux quitts1 l'appareil riche des sordidits sociales1 et tout mon dsespoir4 ,le vivo n'tait maintenant1 dans la nuit1 sur le rivage1 qu'un souffle trs lger1 moins ou que ressouvenu1--et soudain ce furent1 par del le pass mr1 les jours de ma jeunesse1 cette autre belle sauvagerie1 tt tiole dans l'atmosphre lourde des villes1 sans que1 longtemps1 renont l'esprance4 ,et puis le vivo se tut2 dans la nuit tahitienne seul vibrait le vent1 ouvrant larges sur la mer ses ailes1--et les voix de mon me aussi se turent1 et je me sentis perdu1 doucement1 perdu1 amoureusement1 dans le silence de la nature et de moi-mme1 seul seule avec l'immensit verte et bleue--qui ne te rpondra pas si tu la questionnes6--seul dans un prsent d'ternit1 sans avenir ni pass1 sans plus d'esprance ni de dsespoir4 ,,iv ,,le ,,conteur ,,parle ,mes voisins sont devenus pour moi des amis4 ,je m'habille1 je mange comme eux4 ,quand je ne travaille pas1 je partage leur vie d'indolence et de joie1 traverse de brusques passages de gravit4 ,le soir1 au pied des buissons touffus que domine la tte chevele des cocotiers1 on se runit par groupes o se mlent les hommes et les femmes1 les vieillards et les enfants4 ,les uns sont de ,tahiti1 les autres1 des ,tongas1 d'autres encore1 des ,marquises4 ,les tons mats de leurs corps font une belle harmonie avec le velours des feuillages1 et de leurs poitrines cuivres sortent de vibrantes mlodies qui s'attnuent en s'y heurtant aux troncs rugueux des cocotiers4 ,ce sont les chants tahitiens1 les imns4 ,une femme commence3 sa voix s'lve1 comme un vol d'oiseau1 et de la premire note atteint aux cimes de la gamme1 puis1 par de fortes modulations1 s'abaisse et remonte et dfinitivement plane1 tandis qu'autour de celle-ci les voix des autres femmes leur tour s'envolent1 pour ainsi dire1 et la suivent1 et l'accompagnent1 fidlement4 ,enfin1 tous les hommes par un cri guttural et barbare1 un seul1 terminent en accord dans la tonique4 ,quelquefois1 pour chanter et pour causer1 on s'assemble dans une sorte de case commune4 ,on dbute alors par une prire2 un vieillard la rcite d'abord1 consciencieusement1 et toute l'assistance la reprend en refrain4 ,puis on chante1 ou bien on conte des histoires pour rire4 ,le thme de ces rcits est trs tnu1 presque insaisissable2 ce sont les dtails brods sur cette trame1 subtile par sa navet-mme1 qui amusent4 ,plus rarement1 on disserte sur des questions srieuses1 on fait des propositions sages4 ,voici celle que j'entendis1 un soir1 et qui ne laissa pas de me surprendre3 --,dans notre village1 disait un vieillard1 on voit par ci par l1 des maisons qui tombent en ruines1 des murs dlabrs1 des toits pourris1 entr'ouverts1 o l'eau pntre quand par hasard il pleut4 ,pourquoi8 ,tout le monde a le droit d'tre abrit4 ,ce n'est pas le bois1 ce n'est pas le feuillage qui manquent pour confectionner des toitures4 ,je propose que nous mettions notre travail en commun pour construire des cases spacieuses et solides la place de celles qui sont devenues inhabitables4 ,nous y donnerons tous successivement la main4 ,tous les assistants1 sans exception1 applaudirent3--,cela est bien6 ,et la motion du vieillard fut vote l'unanimit4 ,voil--pensai-je en rentrant1 ce soir-l1 chez moi--un peuple prudent et bon4 ,mais1 le lendemain1 comme j'allais aux informations1 m'enqurant d'un commencement d'excution des travaux dcids la veille1 je m'aperus que personne n'y pensait plus4 ,la vie quotidienne avait repris son cours1 et les cases signales par le sage conseiller restaient en ruines comme devant4 ,a mes questions on ne rpondit que par des sourires vasifs4 ,pourtant1 le froncement des sourcils soulignait de significatives lignes ces vastes fronts rveurs4 ,je me retirai1 plein de penses en dsordre1 mais avec le sentiment que je recevais de mes sauvages une grande leon4 ,certes1 on avait eu raison d'applaudir la proposition du vieillard4 ,peut-tre avait-on raison aussi de ne point donner de suites la rsolution prise4 ,pourquoi travailler8 ,les ,dieux sont l1 qui prodiguent leurs fidles les biens de la nature4 --,demain8 --,peut-tre6 et1 quoi qu'il arrive1 le soleil se lvera demain comme il s'est lev aujourd'hui1 bienfaisant et serein4 ,est-ce l de l'insouciance1 de la lgret1 de la versatilit8 ,serait-ce--qui sait6--de la plus profonde philosophie8-,prends garde au luxe6 ,prends garde d'en contracter le got et le besoin sous prtexte de prvoyance4444 ,la vie se fait meilleure chaque jour4 ,j'ai fini par comprendre assez bien la langue maorie1 je la parlerai bientt sans difficult4 ,mes voisins--trois1 trs proches1 et les autres1 nombreux1 de distance en distance--me regardent comme des leurs4 ,au contact perptuel du caillou1 mes pieds se sont durcis1 familiariss au sol4 ,mon corps1 presque constamment nu1 ne souffre plus du soleil4 ,la civilisation s'en va de moi1 peu peu4 ,je commence penser simplement1 n'avoir que peu de haine pour mon prochain1--mieux3 l'aimer4 ,j'ai toutes les jouissances de la vie libre--animale et humaine4 ,j'chappe au factice1 la convention1 l'habitude4 ,j'entre dans le vrai1 dans la nature4 ,avec la certitude d'une suite de jours pareils au jour prsent1 aussi libres1 aussi beaux1 la paix descend en moi1 je me dveloppe normalement et je n'ai plus de proccupations vaines4 ,un ami m'est venu4 ,il m'est venu de lui-mme1 et je puis avoir1 ici1 la certitude qu'il n'a obi1 en venant moi1 aucun bas mobile d'intrt4 ,c'est un de mes voisins1 un jeune homme trs simple et trs beau4 ,mes images colories1 mes travaux dans le bois l'ont intrigu1 mes rponses ses questions l'ont instruit4 ,pas un jour qu'il ne vienne me regarder peindre ou sculpter444 ,aprs si longtemps1 j'ai plaisir encore au ressouvenir des sentiments vrais et rels que j'veillais dans cette nature vraie et relle4 ,et le soir1 quand je me reposais de ma journe1 nous causions4 ,il me faisait des questions de jeune sauvage curieux des choses europennes1 surtout des choses de l'amour1 et plus d'une fois ses questions m'embarrassrent4 ,mais ses rponses taient bien plus naves encore que ses questions4 ,un jour1 je lui mis dans les mains mes outils et un morceau de bois3 je voulais qu'il s'essayt sculpter4 ,interloqu1 il me considra d'abord en silence1 puis il me rendit le bois et les outils en me disant1 avec simplicit1 avec sincrit1 que1 moi1 je n'tais pas comme tout le monde1 que je pouvais des choses dont les autres hommes taient incapables1 que j'tais utile aux autres4 ,je crois bien que ,jotfa est le premier homme au monde qui m'ait tenu ce langage1--ce langage de sauvage ou d'enfant1 car il faut tre l'un des deux1 n'est-ce pas1 pour s'imaginer qu'un artiste soit--un homme utile4 ,il arriva que j'eus besoin1 pour mes projets de sculpture1 d'un arbre de bois de rose4 ,je voulais un ft plein et large4 ,je consultai ,jotfa4 --,il faut aller dans la montagne1 me dit-il4 ,je connais1 un certain endroit1 plusieurs beaux arbres4 ,si tu veux1 je te conduirai4 ,nous abattrons l'arbre qui te plaira et nous l'apporterons nous deux4 ,nous partmes de bon matin4 ,les sentiers indiens1 ,tahiti1 sont assez difficiles pour un ,europen1 et aller dans la montagne exige1 mme des naturels1 un effort auquel ils ne se dcident pas sans ncessit4 ,entre deux montagnes qu'on ne pourrait gravir1 deux hautes et droites murailles de basalte1 se creuse une fissure o serpente l'eau parmi des blocs de rochers4 ,les infiltrations ont dtach du flanc de la montagne ces blocs pour livrer passage une source2 la source1 en devenant ruisseau1 les a pousss1 cahots1 puis entreposs un peu plus loin3 le ruisseau les y reprendra1 plus tard1 quand il se fera torrent1 et les roulera1 les charriera jusqu' la mer4 ,de chaque ct de ce ruisseau1 frquemment accident de vritables cascades1 un semblant de chemin travers des arbres ple-mle1 arbres pain1 arbres de fer1 pandanus1 bouraos1 cocotiers1 hibiscus1 goyaviers1 fougres monstrueuses1 toute une vgtation folle et s'ensauvageant toujours davantage1 s'emmlant1 se nouant1 en un fouillis toujours plus inextricable mesure qu'on remonte vers le centre de l',ile4 ,nous allions1 tous les deux nus1 avec le paro blanc et bleu la ceinture1 la hache la main1 traversant maintes fois le ruisseau pour profiter d'un bout de sentier que mon guide semblait percevoir par l'odorat plutt que par la vue1 tant les herbes1 les feuilles et les fleurs1 en s'emparant de l'espace1 jetaient sur le sol de splendide confusion4 ,le silence tait complet1 on dpit du bruit plaintif de l'eau dans les rochers1 un bruit monotone1 une plainte si douce1 si faible1--accompagnement de silence4 ,et dans cette fort1 dans cette solitude1 dans ce silence1 nous tions deux1--lui1 un tout jeune homme1 et moi1 presque un vieillard1 l'me dfleurie de tant d'illusions1 le corps lass de tant d'efforts1 et cette longue1 et cette fatale hrdit des vices d'une socit moralement et physiquement malade6 ,il marchait devant moi1 dans la souplesse animale de ses formes gracieuses d'androgyne4 ,et je croyais voir en lui s'incarner1 palpiter1 vivre toute cette splendeur vgtale dont nous tions investis4 ,d'elle en lui1 par lui1 se dgageait1 manait un puissant parfum de beaut4 ,etait-ce un homme qui marchait l1 devant moi8 ,etait-ce le naf ami que m'avait donn l'attraction mutuelle du simple et du compos8 ,n'tait-ce pas plutt la ,fort elle-mme1 la ,fort vivante1 sans sexe--et tentante8 ,chez ces peuplades nues1 comme chez les animaux1 la diffrence entre les sexes est bien moins accentue que dans nos climats4 ,grce nos artifices de ceintures et de corsets1 nous avons russi faire de la femme un tre factice1 une anomalie que la nature elle-mme1 docile aux lois de l'hrdit1 nous aide1 sur le tard des races1 compliquer1 tioler1 et que nous maintenons avec soin dans un tat de faiblesse nerveuse et d'infriorit musculaire1 en lui pargnant les fatigues1 c'est dire les occasions de dveloppement4 ,ainsi modeles sur un bizarre idal de gracilit--auquel nous restons1 quant nous1 pratiquement1 trangers--nos femmes n'ont plus rien de commun avec nous1 ce qui ne va peut-tre pas sans de grades inconvnients moraux et sociaux4 ,a ,tahiti1 l'air de la mer et de la fort fortifie tous les poumons1 largit toutes les paules1 toutes les hanches1 et les rayons du soleil et les graviers de la plage n'pargnent pas plus les femmes que les hommes4 ,ils font ensemble les mmes travaux1 avec la mme activit ou la mme indolence4 ,quelque chose de viril est en elles1 et1 en eux1 quelque chose de fminin4 ,cette ressemblance des sexes facilite leurs relations1 et la nudit perptuelle1 en cartant des esprits la proccupation dangereuse du mystre1 le prix qu'il prte aux hasards heureux et ces couleurs furtives ou sadiques de l'amour chez les civiliss1 donne aux moeurs une innocence naturelle1 une parfaite puret4 ,l'homme et la femme1 tant des camarades1 des amis autant que des amants1 sont presque sans cesse1 pour la peine comme pour le plaisir1 associs1 et la notion mme du vice leur est interdite4 ,pourquoi1 et par cette attnuation mme des diffrences sexuelles1 dans l'ivresse des lumires et des parfums1 s'voquait-elle tout coup chez un vieux civilis1 cette notion redoutable1 avec le prestige du nouveau1 de l'inconnu8 ,la fivre me battait les tempes et mes genoux flchissaient4 ,mais le sentier tait fini2 pour traverser le ruisseau1 mon compagnon se dtourna1 et1 dans ce mouvement1 me prsenta la poitrine3 l'androgyne avait disparu4 ,c'tait bien un jeune homme qui marchait devant moi1 et ses yeux calmes avaient la limpide clart des eaux4 ,la paix rentra aussitt en moi4 ,nous fmes halte1 un instant1 et j'prouvai une jouissance infinie1 une jouissance de l'esprit plutt que des sens1 me plonger dans l'eau frache du ruisseau4 --,to to 7c'est froid71 me dit ,jotfa4 --,oh non6 rpondis-je4 ,et cette exclamation qui1 dans ma pense1 correspondait1 pour la conclure1 la lutte que je venais de livrer en moi-mme contre toute une civilisation pervertie1 au sursaut rvolt de l'me qui choisit entre la vrit et le mensonge1 veilla dans la fort de sonores chos4 ,et je me dis que la ,nature m'avait vu lutter1 qu'elle m'entendait1 qu'elle me comprenait3 maintenant1 mon cri de victoire elle rpondait1 avec sa grande voix1 qu'elle voulait bien1 aprs l'preuve1 m'accueillir au rang de ses enfants4 ,nous reprmes notre route1 et je m'enfonai vivement dans le fourr1 vivement et passionnment1 comme si j'eusse espr ainsi pntrer au coeur-mme de cette immense nature maternelle et me confondre avec ses lments vivants4 ,mon compagnon allait toujours son pas gal1 les yeux toujours tranquilles4 ,il n'avait rien souponn1 je portais seul le fardeau d'une mauvaise pense4 ,nous arrivions au but4 ,les murs escarps de la montagne s'taient peu peu vass1 et1 derrire un rideau d'arbres profond1 s'tendait une sorte de plateau1 bien cach2 mais ,jotfa connaissait l'endroit et m'y avait conduit avec une tonnante certitude4 ,une dizaine d'arbres de bois de rose tendaient l leurs vastes ramures4 ,nous attaqumes la hache le plus beau de tous1 et il fallut le sacrifier tout entier pour lui drober une branche convenable mon projet4 ,je frappais avec joie1 je m'ensanglantais les mains avec la rage heureuse1 l'intense plaisir d'assouvir en moi je ne sais qu'elle divine brutalit4 ,ce n'est pas sur l'arbre que je frappais1 ce n'est pas lui que je pensais abattre4 ,et pourtant j'aurais volontiers cout chanter ma hache sur d'autres troncs encore quand celui-ci fut terre4 ,et voici ce que je croyais entendre ma hache me dire dans la cadence des coups retentissants3 ,coupe par le pied la ,fort tout entire6 ,dtruis toute la ,fort du ,mal1 ,dont les sentences furent jetes en toi par des souffles de mort1 jadis6 ,dtruis en toi l'amour de ,toi-mme6 ,dtruis et arrache le mal1 comme1 en automne1 on coupe avec la main la fleur du lotus4 ,oui1 bien dtruit1 bien fini1 bien mort1 dsormais1 le vieux civilis4 ,je renaissais1--ou plutt en moi prenait vie un autre homme1 un autre1 pur et fort4 ,cet assaut cruel serait le suprme adieu de la civilisation3 du mal4 ,et ce dernier tmoignage des instincts dpravs qui sommeillent au fond de toutes les mes dcadentes exaltait1 par le contraste1 jusqu' la sensation d'une volupt inoue la simplicit saine de la vie dont j'avais fait1 dj1 l'apprentissage4 ,l'preuve intrieure serait celle de la matrise4 ,je respirais avidement la puret splendide de la lumire4 ,un autre homme1 oui3 j'tais ds lors un bon sauvage1 un vrai ,maorie4 ,et nous nous en retournmes1 ,jotfa et moi1 ,mataa1 pniblement et paisiblement1 portant notre lourd poids de rose3 noa noa6 ,le soleil n'tait pas encore couch quand nous arrivmes devant ma case1 bien fatigus4 ,jotfa me dit3 --,paa8 ,je lui rpondis3 --,oui6 ,et1 dans le fond de mon coeur1 je me rptai pour moi-mme3 --,oui6 ,je n'ai pas donn un coup de ciseau dans cette branche de bois de rose sans respirer1 chaque fois plus fort1 le parfum de la victoire et du rajeunissement3 noa noa6 ,par la valle du ,punaru--la grande fissure qui divise ,tahiti en deux parts--on parvient au plateau de ,tamano4 ,de l1 on peut voir le ,diadme1 l',orofna1 l',arora1--le centre de l',ile4 ,on m'en avait parl bien souvent comme d'un lieu merveilleux1 et je formai le projet d'aller1 seul1 y passer quelques jours4 --,mais1 la nuit1 que feras-tu8 --,tu seras tourment par les ,tupapas6 --,il n'est pas bon d'aller dranger les ,esprits de la montagne444 ,il faut que tu sois fou6 ,je l'tais probablement1 en effet1 car cette inquite sollicitude de mes amis tahitiens ne faisait que surexciter ma curiosit4 ,avant l'aube1 une nuit1 je m'orientai donc vers l',arora4 ,prs de deux heures durant1 je pus suivre un sentier qui longeait la rivire de ,punaru1 ,mais ensuite je fus1 plusieurs reprises1 oblig de traverser la rivire4 ,de chaque ct1 les murailles de la montagne s'levaient1 toutes droites1 appuyes jusqu'au milieu de l'eau1 comme sur des contre-forts1 sur d'normes quartiers de rochers4 ,force me fut1 en dfinitive1 de continuer mon voyage en pleine rivire4 ,j'avais de l'eau tantt jusqu'aux genoux1 tantt jusqu'aux paules4 ,entre les deux murailles1 qui1 d'en bas1 m'apparaissaient tonnamment hautes et trs resserres leur sommet1 le soleil1 en plein jour1 pointait peine4 ,a midi1 dans le ciel ardemment bleu1 je distinguais le scintillement des toiles4 ,vers cinq heures1 le jour baissant1 je commenais me proccuper de l'endroit o je passerais la nuit1 quand j'aperus1 droite1 un hectare de terrain presque plat1 o poussaient ple-mle les fougres1 les bananiers sauvages et les bouraos4 ,j'eus la chance de trouver quelques bananes mres4 ,a la hte1 je fis un feu de bois pour les cuire et ce fut mon repas4 ,puis1 tant bien que mal1 au pied d'un arbre sur les basses branches duquel j'avais entrelac des feuilles de bananier pour m'abriter en cas de pluie1 je me couchai4 ,il faisait froid et ma traverse dans l'eau me laissait grelottant4 ,je dormis mal4 ,mais je savais que l'aube ne tarderait pas et que je n'avais rien craindre des hommes ni des animaux4 ,il n'y a ni carnassiers ni reptiles1 ,tahiti4 ,les seuls fauves de l',ile sont des porcs qui1 lchs dans la fort1 s'y sont multiplis en pleine sauvagerie4 ,tout au plus pouvais-je craindre qu'ils vinssent m'corcher les jambes2 je passai mon poignet la corde de ma hache4 ,la nuit tait profonde4 ,impossible de rien distinguer1 sauf1 tout prs de ma tte1 une sorte de poussire phosphorescente qui m'intriguait singulirement4 ,je souris en pensant aux contes des ,maories sur les ,tupapas1 ces esprits mchants qui s'veillent avec les tnbres pour tourmenter les hommes endormis4 ,leur capitale est au coeur de la montagne1 que la fort environne d'ternelles ombres4 ,l1 ils pullulent1 et leurs lgions s'accroissent sans cesse des esprits de tous les morts4 ,malheur au vivant qui se risque dans les lieux infests par les dmons6444 ,et j'tais ce tmraire4 ,aussi mes rves furent-ils assez agits4 ,j'ai su1 depuis1 que cette poussire lumineuse mane de petits champignons d'une espce particulire2 ils poussent1 dans les endroits humides1 sur les branches mortes1 comme celles qui m'avaient servi faire du feu4 ,le lendemain1 au petit jour1 je me remettais en route4 ,la rivire de plus en plus accidente1 ruisseau1 torrent1 cascade1 dessinait des sinuosits trangement capricieuses et semblait parfois revenir sur elle-mme4 ,le sentier me manquait sans cesse1 et c'tait souvent des mains qu'il fallait m'aider pour avancer1 passant de branche en branche la force des poignets en touchant peine et rarement le sol4 ,du fond de l'eau1 des crevisses d'une taille extraordinaire me regardaient1 semblant me dire3 ,que viens tu faire ici8-et des anguilles sculaires fuyaient mon approche4 ,tout coup1 un dtour brusque1 j'aperus1 dresse contre la paroi du rocher qu'elle caressait1 plutt qu'elle ne s'y retenait1 des deux mains1 une jeune fille1 nue4 ,elle buvait une source qui jaillissait silencieusement de trs haut dans les pierres4 ,quant elle eut fini de boire1 lchant le rocher1 elle prit de l'eau dans ses mains1 et se la fit couler entre les seins4 ,puis--je n'avais pourtant fait aucun bruit--comme une antilope peureuse qui1 d'instinct1 devine1 vente l'tranger1 elle pencha la tte1 scrutant le fourr o je me tenais immobile4 ,mon regard ne rencontra pas le sien4 ,a peine m'eut-elle aperu qu'aussitt elle plongea1 en criant ce mot3 --,taha 7froce76 ,prcipitamment je regardai dans la rivire3 personne1 rien--qu'une norme anguille qui serpentait entre les petits cailloux du fond4 ,non sans difficult ni fatigue1 je parvins enfin tout prs de l',arora1 le sommet de l',ile1 la montagne formidable et sacre4 ,c'tait le soir1 la lune se levait1 et1 en la regardant qui enveloppait mollement de ses lueurs lgres le front rude du mont1 je me rappelai la fameuse lgende3 ,para ,hina ,tfatou 7,hina disait ,tfatou7444 la lgende trs ancienne que les jeunes filles rcitent volontiers1 le soir1 la veille1 et laquelle pour thtre elles assignent le lieu mme o j'tais4 ,et je crus voir3 ,une tte puissante d'homme divin1 la tte du hros qui la ,nature a confr l'orgueil conscient de toutes ses forces1 un glorieux visage de gant1 brisant les dernires lignes de l'horizon1 et comme au seuil du monde2 une femme caressante et faible saisit doucement le ,dieu aux cheveux et lui parle3 --,faites revivre l'homme quand il sera mort444 ,et les lvres courrouces1 mais non cruelles1 du ,dieu vont s'ouvrir pour rpondre3 --,l'homme mourra4 ,v ,,pap,,mo ,source mystrieuse4 ,i ,le grand ,arbre autrefois fier de sa frondaison1 ,l',arbre mort maintenant1 vert seulement de lierre1 ,jette d'un geste aigu l'ombre inhospitalire ,d'un cueil sur la mer de glbe et de gazon4 ,o matin6 ,l',amour darde ses traits de lumire ,aux hommes endormis parmi la fenaison ,et la voix des enfants enchante la clairire ,mais l',arbre humili dsole l'horizon4 ,chant des oiseaux et leur rythmique ondoiement d'ailes6 ,hymne du moissonneur aux semences fidles6 ,tout est beaut1 tout est bont1 tout est clart2 ,le ciel rit doucement la plaine infinie ,d'o monte comme un vaste arme d'harmonie--,mais l',arbre mort se dresse1 et tout est dvast4 ,,ii ,par ici1 bcheron1 avec ta hache claire6 ,viens accomplir l'oeuvre d'amour et de colre6 ,avec l'amour et la colre de l'acier ,frappe au pied le grand ,arbre1 jeune justicier6 ,avec l'assentiment des ,dieux et de ta force ,abats le gant mort sous sa strile corce6 ,brise les rameaux secs6 ,romps les flancs vermoulus6 ,frappe le coup suprme au coeur qui ne bat plus6 ,eblouis du plein jour la foule tnbreuse ,des dmons accroupis dans la carcasse creuse6 ,ils jetteront sur toi des cris horribles3 ris1 ,car un ,dieu est dans ta main droite1 de leurs cris6 ,et s'ils prennent pour t'attendrir des voix touchantes ,poursuis ta tche et plus haut qu'eux toi-mme chante6 ,avec l'amour et la colre de l'acier ,dtruis l',arbre funeste1 jeune justicier6 ,et que l'infini vibre et que le ciel s'atteste ,au vaste et circulaire lan bleu de ton geste6 ,,iii ,au premier coup que triste on entendit gmir ,dans l',arbre de pass la voix du souvenir ,vibrant du loin des jours l'moi des murmures6 ,et que plit la nue travers les ramures ,s'entrechoquant comme des bras dcharns1 noirs1 ,dans la folie et la fureur du dsespoir6 ,et que perdit l'clat gai de sa robe verte ,le gazon o tombait la multitude inerte ,des menus rameaux morts1 au premier choc briss6 ,de pesants relents soudain volatiliss ,chargeaient l'air1 et dans le ciel s'veillait l'orage4 ,mais le bcheron bcheronnait avec rage1 ,une chanson lgre aux dents et une fleur1 ,et sa hache tait1 dans la surhumaine ampleur ,de l'effort1 l'aile d'un ange qui font des nues4 ,du fate jusqu'en les profondeurs inconnues ,o son orgueil des anciens temps fut implant ,tout l',arbre frmissait sous les coups rpts4 ,ce n'tait maintenant dans le mort titanique ,que l'unique rumeur pathtique et panique ,du million de cris des monstres dont ses flancs ,se peuplrent et qui dardaient leurs yeux sanglants1 ,avec des plaintes et des menaces rugies1 ,a l'entaille toujours par la hache largie4 ,cris rauques de la haine1 aigres cris de la peur3 ,malheur6 ,meure le profanateur6 ,c'est ici notre empire et la ,nuit4 ,arrire6 ,nous sommes ce qu'on fuit1 ,les vers nourris de sang corrompu1 ,gorgs toujours et jamais repus1 ,les dsirs rampants au fond des coeurs1 ,tout ce qu'on cache et tout ce qu'on fuit1 ,les larves obscnes de la ,nuit1 ,toute la ,haine et toute la ,peur1 ,tout ce qu'on fuit et tout ce qu'on cache6 ,arrire6 ,arrire6 ,epargne l'horreur ,du soleil aux larves de la ,nuit6 ,crains-nous1 la ,haine6 ,crains-nous1 la ,peur6 ,malheur6 ,meure le profanateur6 ,et des griffes grinaient sur l'acier de la hache4 ,mais le bcheron bcheronnait sans rien voir1 ,sans rien entendre1 simple et faisant son devoir4 ,soudain cessrent les cris et1 magicienne1 ,une voix seule1 belle en sa grce ancienne1 ,dlicieusement1 mlancoliquement1 ,chanta ces vers sur un rythme triste et charmant3 ,je fus touch par les annes ,avant que par ta main cruelle6 ,vois3 les svres destines ,m'ont meurtri de leurs fortes ailes4 ,vois3 la fin de l',arbre est prochaine ,et le crime tait inutile1 ,vois3 c'est un mourant que ta haine1 ,enfant sacrilge1 mutile4 ,vois6 la piti du temps oublie ,le vieux1 l'unique1 le suprme ,tmoin de forts abolies3 ,o fils de l'aube1 fais de mme6 ,j'tais la bont de la terre ,aux jours heureux de tes anctres1 ,ecoute le vieux solitaire ,demander grce aux nouveaux matres4 ,ecoute et vois3 mille ans de gloire ,consacrent mes tremblantes branches4 ,respecte les ramures noires ,comme les chevelures blanches4 ,tes pres mon ombre auguste ,sont ns4 ,jeune homme la main rude4 ,du fond de leur tombeau ces justes ,maudissent ton ingratitude4 ,mon abri leur fut tutlaire ,quand les nuages taient sombres2 ,dans la chaleur des heures claires ,ils aimaient dormir mon ombre4 ,l'amour y commena le rve ,que la science y vint poursuivre ,et c'est aux sources de ma sve ,qu'ils ont bu l'ivresse de vivre4 ,car l'homme l'arbre qu'il torture ,doit la paix1 la force et la joie4 ,c'est moi le mt et la toiture6 ,c'est moi dans l'tre qui flamboie6 ,j'attire sur moi la tempte ,et1 ,muse tour tour et ,mire1 ,j'inspire les chants du pote ,et l'air gurit que je respire4 ,le vent dans ma tte sonore ,a rendu d'illustres oracles1 ,et le crpuscule et l'aurore ,y font encore leurs miracles4 ,sonne l'heure1 soit6 je succombe4 ,mais je veux une fin sublime3 ,les ,dieux m'ont destin pour tombe1 ,creus par la foudre1 un abme6 ,la ,hache se levant et retombant toujours ,rpondait gravement coups gaux et lourds3 ,prisse la ,mort et vive la ,vie6 ,non pas la piti1 mais l'horreur t'oublie3 ,retourne la nuit1 messager d'effroi1 ,car l'odeur du mal mane de toi4 ,car tu n'as plus rien de l'aeul splendide ,qui verdoyait clair sur le ciel limpide1 ,debout dans sa grce et dans sa vigueur1 ,somptueux bouquet d'une seule fleur4 ,on le vnrait1 lui1 l',ancien1 le ,sage6 ,ses rameaux puissants1 sur le paysage ,a leur ombre sre au loin abrit1 ,avec la fracheur versaient la bont4 ,quel ,dieu malfaisant1 par quelle nuit morne1 ,dressa ton opprobre1 fatale borne ,que la peur signale et signe le deuil1 ,aux lieux o fleurit tant de juste orgueil6 ,il ne sort de toi que bruits de mensonges4 ,des exhalaisons putrides de songes ,empoisonnent l'air que tu respiras4 ,la haine et la peur ont crisp tes bras4 ,la haine et la peur suintent dans tes plaies4 ,tu blesses le jour et tu nous effraies ,comme une menace et comme un affront ,dont nous portons tous le stigmate au front4 ,prisse la ,mort et vive la ,vie6 ,tu tins trop longtemps la plaine asservie ,a l'autorit d'un pass ni ,par ton propre spectre1 ,arbre humili4 ,on tremble ton ombre1 ton ombre on n'ose ,pas vivre1 l'homme est devenu morose1 ,l'amante mendie en vain des baisers ,et les frres ont t diviss4 ,et plusieurs ont clos leur maison1 de crainte ,que ton ombre entrt par la porte sainte ,et soufflt la mort sur les purs flambeaux ,que l'amour allume entre les berceaux4 ,tu ne tiens debout que par l'artifice ,des dmons1 leur funeste complice1 ,qui vont aiguiser1 la nuit1 s'vadant1 ,sur l'enfant qui dort leur griffe et leur dent4 ,mais moi1 pntrant dans ta pourriture1 ,je dlivrerai l'homme et la nature ,de l',arbre strile et des vils esprits4 ,le mort et le mal sont en toi3 pris6 ,afin que l'espoir dans les coeurs renaisse6 ,afin qu'il y ait une autre jeunesse1 ,de nouvelles fleurs1 encore un t1 ,et que l',amour rgne avec la ,beaut6 ,prisse la ,mort et vive la vie6 ,je frappe et je suis sourde4 ,pleure1 crie1 ,l'oeuvre est faite6 ,l'aube a vaincu la nuit ,et l',arbre de la ,science est dtruit4 ,,iiii ,dans la plaine et les monts1 dans la mer et les les1 ,et bien loin au fond des sept lieux dans l'au del1 ,quand sur sa base enfin le gant oscilla1 ,un cri vibra de joie et d'attente fbriles2 ,et quand1 laissant dans l'air l'cho rl d'un glas1 ,il accabla le sol de sa grandeur strile1 ,la tempte fondit sur le mort et de mille ,promptes flches de foudre et de sang le cribla3 ,cependant que du tronc fuyait la foule affreuse ,des dmons expirants dont les voix douloureuses ,clamaient vers la clart3--,le ,dieu ,pan est vivant6 ,et que du pied de l',arbre une source soudaine ,jaillissait1 radieuse1 amoureuse1 sereine1 ,et dj s'y mirait l'or du soleil levant4 ,v ,source cimmrienne6 ,eau lustrale6 ,eau divine6 ,source de vrit1 ton clat m'illumine4 ,source de volupt1 tes conseils sont les vrais4 ,je t'coute et ta voix m'enseigne les ,secrets1 ,source mystrieuse1 eau divine1 eau lustrale6 ,voici que sur tes bords l'antique pastorale ,refleurit1 libre et calme et gaie4--,o je boirai ,pour purifier mon coeur ton flot sacr6 ,ta fracheur sur mon front1 sur mes mains sur mes lvres4 ,pour les gurir du feu des malfiques fivres6 ,ta fracheur sur mes yeux afin qu'ils puissent voir ,la vie ancienne rflchie en ton miroir1 ,la vie humaine au soleil jeune panouie1 ,la vie heureuse1 la vie humaine1 la ,vie6 ,voici4--,par groupes et par couples1 librement1 ,groupes rieurs1 couples graves1 d'amis1 d'amants1 ,foulant de pas gaux et lents l'herbe odorante4 ,ils vont1 foyers vivants de lumire vibrante1 ,et fastueusement vtus de seul soleil1 ,a la source1 qui rit son frais rire vermeil ,et s'enivre d'tre claire comme la joie1 ,baigner leurs corps o l'or pourpr du sang flamboie4 ,et l'aurore mdite au front du ,dieu pensif1 ,solidement assis dans son orgueil massif1 ,majestueux monceau de sicles et de pierres ,qui dresse l'horizon son horreur familire ,pour rappeler l'homme aisment oublieux ,qu'il se souvienne de faire leur part aux ,dieux ,et leur offre cueillir la fleur de son extase4 ,car cette ardeur inextinguible qui l'embrase ,lui vient d'eux et vers eux doit retrouver son cours ,selon la loi de bienfaisante parabole ,qui rgit les destins1 les amours et les jours4 ,ainsi l'aurore sur le front dur de l'idole ,inscrit en s'y jouant l'ternelle leon3--,si de ton propre sang libral chanson ,tu nous le verses dans la coupe de tes veines ,le vin dbordera toujours la coupe pleine ,et ta gloire sera le prix de ta vertu2 ,il tarira dans ton coeur avare si tu ,refuses de payer la ranon lgitime4 ,et soudain--gloire toi1 radieuse victime6--,des orbites du ,dieu un clair jaillissant ,rouge frappe la tte et couronne de sang ,un jeune homme1 entre tous le plus beau4 ,il frissonne ,dans la lumire divine qui l'environne1 ,il se lve1 et tous voient de son front1 de son coeur ,rayonner les traits du soleil intrieur ,qui dans l'intime orgueil du juste le dsigne ,avant qu'un ,dieu le montre et le proclame digne4 ,et de la tte blouissante du ,tmoin1 ,sur la plaine et la mer et les les1 au loin1 ,jusqu'au fond des sept cieux tumultueux nagure1 ,a l'infini se propage l'me en lumire ,qui demain hors du nombre et du temps vibrera ,dans le midi profond des yeux de ,taora4 ,et tous les vivants sur cette grande figure ,admirent la splendeur de leur gloire future1 ,et la ncessit heureuse de la mort ,exalte la joie et l'amour au coeur des forts4 ,l'lu est acclam1 l'idole est salue4 ,puis une extase tendre et du ciel influe ,jette aux bras des amants les amantes tandis ,que l'me lmentaire de ce paradis1 ,la ,fontaine ,voluptueuse et ,vridique ,chante aux ,dieux rjouis son sublime cantique4 ,imn6 ,c'est partout l'odeur et la couleur ,du sang6 ,c'est partout la beaut du sang vainqueur6 ,c'est lui qu'on voit1 c'est lui qu'on sent1 c'est lui qu'on touche1 ,c'est lui qui rit dans les blessures et les bouches1 ,impatient d'agir1 empress de s'offrir1 ,ivre de sacrifice autant que de plaisir1 ,et ses effluves font sur la nature comme ,un rideau d'or roux qu'elle tient des mains de l'homme4 ,c'est partout la chaleur du sang qui fuse et luit6 ,il arrose la terre et saigne dans les fruits4 ,il dcore la mer et c'est lui qui s'allume ,aux roses des coraux1 panouis d'cume4 ,et son odeur1 avec la sieste1 avec le soir1 ,de la fontaine o les femmes viennent s'asseoir1 ,dnouant les plis frais de l'onde sur leurs hanches1 ,s'exhale et largement dans la brise s'panche ,et se mle au senteurs amres du santal4 ,,vi ,o nouvelle beaut de l',autrefois vital6 ,o sur ce bord de l'infini marchant sans peine1 ,simple1 vivre la vie ancienne1 heureuse1 humaine6 ,o libre1 sans souci de demain et d'hier1 ,se donner6 ,se donner comme l'eau1 comme l'air6 ,mirer le monde en soi1 rayonner dans les choses1 ,avoir pour me l'me hroque des roses6 ,ah1 source d',autrefois qui chantes1 je t'entends1 ,source mystrieuse1 eau divine des temps1 ,et maintenant que sur la plaine et sur mon me ,l',arbre maudit ne verse plus son ombre infme--,remords et dsirs1 mots et fume--occident--,je viens toi1 l'esprit calm1 le coeur ardent1 ,dj riche de tes bienfaits4 ,mre1 ,nature1 ,pour t'offrir firement l'me que tu fis pure4 ,o ,rve oriental de ,vivre6 ,o donne-moi ,asile au jardin clair du ,nouvel ,autrefois1 ,dans la patrie o j'ai choisi ma destine4 ,au bord des flots o cette me relle est ne1 ,o1 dans la vrit et dans la volupt1 ,tout est beaut--tout est bont--tout est clart4 ,,vi ,,le ,,conteur ,,parle ,depuis quelque temps1 je m'tais assombri4 ,mon travail s'en ressentait4 ,il est vrai que beaucoup de documents essentiels me faisaient dfaut2 je m'irritais de me voir rduit l'impuissance en face des plus passionnants projets d'art4 ,mais c'est la joie surtout qui me manquait4 ,il y avait plusieurs mois que je m'tais spar de ,titi1 plusieurs mois que je n'entendais plus ce babil puril et chantant de la vahin me faisant sans cesse1 propos des mmes choses1 les mmes questions1 auxquelles je rpondais invariablement par les mmes histoires4 ,et ce silence ne m'tait pas bon4 ,je me dcidai partir1 entreprendre autour de l',ile un voyage dont je ne m'assignais pas d'une faon prcise le terme4 ,tandis que je faisais mes prparatifs--quelques paquets lgers pour les besoins de la route--et que je mettais en ordre mes tudes1 mon voisin et propritaire1 l'ami ,anani1 me regardait avec des yeux inquiets4 ,aprs de longues hsitations1 des gestes commencs1 inachevs1 et dont la signification trs claire m'amusait et me touchait tout la fois1 il se dcida enfin me demander si je me disposais m'en aller4 --,non1 lui dis-je1 je vais faire une promenade de quelques jours seulement4 ,je reviendrai4 ,il ne me crut pas et se mit pleurer4 ,sa femme vint le rejoindre et me dit qu'elle m'aimait1 que je n'avais pas besoin d'argent pour vivre parmi eux1 qu'un jour1 si je voulais1 je pourrais reposer pour toujours--l3 elle me montrait1 prs de sa case1 un tertre1 dcor d'un arbrisseau4 ,et j'eus tout coup le dsir de reposer pour toujours--l4 ,du moins personne1 l'ternit durant1 ne viendrait m'y dranger444 --,vous autres1 ,europens1 ajouta la femme d',anani1 vous tes tranges6 ,vous venez1 vous promettez de rester1 et quand on vous aime vous partez6 ,c'est pour revenir1 assurez-vous2 mais vous ne revenez jamais4 --,eh bien6 je puis jurer1 moi1 que mon intention est de revenir1 cette fois4 ,plus tard 7je n'osai mentir71 plus tard1 je verrai4 ,enfin on me laissa partir4 ,m'cartant du chemin qui suit le bord de la mer1 je prends un troit sentier1 travers un fourr profond4 ,le sentier me conduit assez loin dans la montagne1 et j'atteins1 au bout de quelques heures1 une petite valle dont les habitants vivent l'ancienne mode maorie4 ,ils sont heureux et calmes4 ,ils rvent1 ils aiment1 ils sommeillent1 ils chantent1--ils prient1 et il ne semble gure que le christianisme ait pntr jusqu'ici4 ,je vois distinctement1 bien qu'en ralit elles aient depuis longtemps disparu1 les statues de leurs divinits4 ,statues d',hina1 surtout1 et ftes en l'honneur de la desse lunaire6 ,l',idole1 d'un seul bloc1 a dix pieds d'une paule l'autre et quarante pieds de hauteur4 ,sur la tte elle porte1 en forme de bonnet1 une pierre norme1 de couleur rougetre4 ,autour d'elle on danse selon les rites d'autrefois--matamua--et le vivo varie sa note1 claire et gaie1 mlancolique et sombre1 selon la couleur des heures 444 ,je continue ma route4 ,a ,taravao--le district le plus loign de ,mataa1 l'autre extrmit de l',ile--un gendarme me prte son cheval1 et je file sur la cte est1 peu frquente des ,europens4 ,a ,faon1 petit district qui prcde celui1 plus important1 d',itia1 je m'entends interpeller par un indigne3 --,h6 l'homme qui fais des hommes6 7il sait que je suis peintre4447 ,har ma ta maha6 7,viens manger avec nous3 la formule tahitienne de l'hospitalit74 ,je ne me fais pas prier1 tant le sourire qui accompagne l'invitation est engageant et doux4 ,je descends de cheval4 ,mon hte prend la bte par la bride et l'attache une branche1 sans aucune marque de servilit1 simplement et avec adresse4 ,et nous entrons ensemble dans une case o sont runis des hommes et des femmes1 assis terre1 causant et fumant4 ,autour d'eux1 des enfants jouent et bavardent4 --,o vas-tu8 me demande une belle ,maorie d'une quarantaine d'annes4 --,je vais ,itia4 --,pour quoi faire8 ,je ne sais quelle ide me traversa l'esprit1 ou peut-tre disais-je bien le but rel1 secret jusqu'alors pour moi-mme1 de mon voyage3 --,pour y chercher une femme1 rpondis-je4 --,il y en a beaucoup ,faon1 et des jolies4 ,tu en veux une8 --,oui4 --,eh bien6 si elle te plat1 je vais t'en donner une4 ,c'est ma fille4 --,est-elle jeune8 --,oui4 --,est-elle jolie8 --,oui4 --,est-elle bien portante8 --,oui4 --,c'est bien1 va me la chercher4 ,la femme sortit4 ,un quart d'heure aprs1 et tandis qu'on apportait le repas--maor1 bananes sauvages et crevettes--elle rentra1 suivie d'une jeune fille qui tenait un petit paquet la main4 ,a travers la robe1 en mousseline rose trs transparente1 on voyait la peau dore des paules et des bras4 ,deux boutons se dressaient1 drus1 la poitrine4 ,c'tait une grande enfant1 lance1 vigoureuse1 d'admirables proportions4 ,mais je ne reconnus pas sur son beau visage le type que1 jusqu'alors1 j'avais vu partout rgner dans l',ile4 ,sa chevelure aussi tait exceptionnelle1 pousse comme la brousse et lgrement crpue4 ,au soleil1 tout cela faisait une orgie de chromes4-,on me dit qu'elle tait originaire des ,tongas4 ,je la saluai1 elle sourit et s'assit mon ct4 --,tu n'as pas peur de moi8 lui demandai-je4 --,ata4 --,veux-tu habiter ma case1 toujours8 --,eha 7oui74 --,tu n'a jamais t malade8 --,ata4 ,ce fut tout4 ,le coeur me battait1 pendant que la jeune fille1 impassible1 rangeait terre1 devant moi1 sur une grande feuille de bananier1 les aliments qui m'taient offerts4 ,je mangeai de bon apptit1 mais j'tais proccup1 troubl profondment4 ,cette enfant1 d'environ treize annes 7dix-huit ou vingt ans d',europe7 me charmait et m'intimidait1 m'effrayait presque4 ,que pouvait-il se passer dans cette me8 ,et c'tait moi1 moi si vieux pour elle1 qui hsitais au moment de signer un contrat o j'avais tous les avantages1 mais si htivement conu et conclu6 ,peut-tre--pensais-je--la mre a-t-elle ordonn1 exig4 ,peut-tre est-ce un march qu'elles ont dbattu entre elles444 ,je me rassurai en reconnaissant dans la physionomie de la jeune fille1 dans ses gestes1 dans son attitude1 les signes trs nets d'indpendance et de fiert qui sont les caractristiques de sa race4 ,et ma confiance fut entire et inbranlable quand1 aprs l'avoir bien tudie1 je vis en elle l'expression1 claire jusqu' l'vidence1 de srnit qui accompagne toujours chez les tres jeunes une action honorable1 louable4--,mais le pli moqueur de sa bouche1 du reste bonne et sensuelle1 tendre1 m'avertissait que tous les dangers de l'aventure taient pour moi1 non pour elle444 ,je n'oserais dire qu'en franchissant le seuil de la case je n'avais pas le coeur serr d'une trange et trs poignante angoisse4 ,l'heure du dpart tait venue4 ,je montai cheval4 ,la jeune fille suivit derrire4 ,sa mre1 un homme1 deux jeunes femmes--ses tantes1 disait-elle--suivirent aussi4 ,nous revenions ,taravao1 neuf kilomtres de ,faon4 ,aprs le premier kilomtre1 on me dit3 --,parahi ti 7ici arrte-toi74 ,je descendis de cheval et nous pntrmes tous les six dans une grande case proprement tenue1 presque riche1--des richesses de la terre3 de jolies nattes sur du foin4 ,un mnage encore jeune et d'une extrme bonne grce y habitait4 ,ma fiance s'assit ct de la femme et me la prsenta3 --,voici ma mre4 ,puis1 en silence1 on versa dans un gobelet de l'eau frache1 dont nous bmes tous la ronde1 gravement1 comme s'il se ft agi de quelque rite d'une religion familiale4 ,aprs quoi1 celle que ma fiance venait de dsigner comme sa mre me dit1 le regard mu1 les paupires humides3 --,tu es bon8 ,je rpondis1 non sans trouble1 aprs avoir fait mon examen de conscience3 --,je l'espre4 --,tu rendras ma fille heureuse8 --,oui4 --,dans huit jours1 qu'elle revienne4 ,si elle n'est pas heureuse1 elle te quittera4 ,je consentis du geste4 ,le silence se fit4 ,il semblait que personne n'ost le rompre4 ,enfin nous sortmes et1 de nouveau cheval1 je repartis1 toujours suivi de mon escorte4 ,chemin faisant1 nous rencontrmes plusieurs personnes qui connaissaient ma nouvelle famille4 ,elles taient dj informes de l'vnement1 et1 en saluant la jeune fille1 elles lui disaient3 --,eh6 quoi8 ,tu est maintenant la vahin d'un franais8 ,sois heureuse4 ,un point m'inquitait4 ,comment ,thura 7ainsi se nommait ma femme7 avait-elle deux mres8 ,j'interrogeai donc celle qui1 la premire1 me l'avait offerte3 --,pourquoi m'as tu menti8 ,la mre de ,thura me rpondit3 --,je n'ai pas menti4 ,l'autre aussi est sa mre1 sa mre nourricire4 ,a ,taravao1 je rendis au gendarme son cheval1 et l se produisit un incident dsagrable4 ,la femme du gendarme1 une ,franaise1 sans malice1 mais sans finesse1 me dit3 --,comment6 vous ramenez avec vous une gourgandine8 ,et ses yeux furieux dshabillaient la jeune fille1 qui opposait une indiffrence altire cet injurieux examen4 ,je regardai1 un instant1 le spectacle symbolique que m'offraient ces deux femmes3 la floraison nouvelle et la saison strile1 la foi et la loi1 la nature et l'artifice4 ,c'taient aussi deux races en prsence1 et j'eus honte de la mienne4 ,je souffris de la voir si petite et si intolrante1 si incomprhensive1--et je m'en dtournai vite pour rchauffer et rjouir mon regard l'clat de l'autre1 de cet or vivant que j'aimais dj4 ,les adieux de famille se firent ,taravao1 chez le ,chinois1 qui l vend de tout1 des liqueurs frelates et des fruits1 des toffes et des armes1 des hommes et des femmes1 et des btes4 ,nous primes1 ma femme et moi1 la voiture publique1 qui nous dposa1 vingt-cinq kilomtres plus loin1 ,mataa-chez moi4 ,ma femme tait peu bavarde1 la fois rieuse et mlancolique1 surtout moqueuse4 ,nous ne cessions gure de nous tudier1 rciproquement1 mais elle me demeurait impntrable et je fus vite vaincu dans cette lutte4 ,j'avais beau me promettre de me surveiller1 de me dominer1 pour rester un tmoin perspicace1 mes nerfs n'taient pas longs l'emporter sur les plus dtermines rsolutions1--et je fus en peu de temps1 pour ,thura1 un livre ouvert4 ,a mes dpens1 en quelque sorte1 et sur ma propre personne1 je vrifiais ainsi le profond cart qui spare une me ocanienne d'une me latine1 et particulirement d'une me franaise4 ,l'me maorie ne se livre pas tout de suite4 ,il faut beaucoup de patience et d'tude pour arriver la possder4 ,encore1 mme alors qu'on croit la connatre fond1 vous dconcerte-t-elle brusquement par les sautes les plus imprvues4 ,mais1 tout d'abord1 c'est l',enigme elle-mme1 ou plutt une srie indfinie d'nigmes4 ,au moment o l'on croyait la saisir1 elle est loin1 inaccessible1 incommunicable1 enveloppe de rire et de changement4 ,puis1 quand elle veut1 elle se rapproche1 pour chapper encore ds qu'on lui laisse voir la moindre apparence de certitude4 ,et1 pendant qu'intrigu de ses dehors vous cherchez sa vrit intime sans penser jouer un personnage1 elle vous examine avec une tranquille assurance1 du fond de son perptuel rire et de cette insouciante lgret1 moins relle qu'apparente1 peut-tre4 ,pour mon compte1 je renonai tt des calculs qui m'empchaient de jouir de ma vie4 ,je me laissai vivre1 simplement1 attendant de la suite des jours1 avec confiance1 les rvlations que les premiers instants me refusaient4 ,une semaine s'coula ainsi1 pendant laquelle je fus d'une enfance qui m'tait moi-mme inconnue4 ,j'aimais ,thura et je le lui disais1 ce qui la faisait rire3 elle le savait bien6 ,elle semblait1 en retour1 m'aimer1 et ne me le disait point3--mais quelquefois1 la nuit1 des clairs sillonnaient l'or de la peau de ,thura4444 ,le huitime jour--il me semblait que nous venions d'entrer pour la premire fois ensemble dans ma case--,thura me demanda la permission d'aller voir sa mre1 ,faon4 ,chose promise4 ,je me rsignai tristement1 et1 nouant dans son mouchoir quelques piastres pour qu'elle pt payer les frais du voyage et porter du rhum son pre1 je la conduisis la voiture publique4 ,j'eus le sentiment d'un adieu sans retour4 ,les jours qui suivirent furent pnibles4 ,la solitude me chassait de ma case et les souvenirs m'y rappelaient4 ,je ne pouvais fixer ma pense aucune tude444 ,une semaine encore s'coula1 et ,thura revint4 ,alors commena la vie pleinement heureuse4 ,le bonheur et le travail se levaient ensemble1 avec le soleil1 radieux comme lui4 ,l'or du visage de ,thura inondait de joie et de clart l'intrieur du logis et le paysage alentour4 ,elle ne m'tudiait plus1 je ne l'tudiais plus4 ,elle ne me cachait plus qu'elle m'aimait1 je ne lui disais plus que je l'aimais4 ,nous vivions tous deux si parfaitement simples6 ,qu'il tait1 bon1 le matin1 d'aller nous rafrachir dans le ruisseau voisin1--comme faisaient1 j'imagine1 au ,paradis1 le premier homme et la premire femme6 ,paradis tahitien1 nav nav fnua1--terre dlicieuse6 ,et l',eve de ce paradis se livre de plus en plus1 docile1 aimante4 ,je suis embaum d'elle3 noa noa6 ,elle est entre dans ma vie son heure4 ,plus tt1 je ne l'aurais peut-tre pas comprise1 et plus tard1 c'et t bien tard4 ,aujourd'hui1 je la comprends comme je l'aime1 et par elle je pntre enfin dans des mystres qui1 jusqu'ici1 me restaient rebelles4 ,mais1 pour l'instant1 mon intelligence ne raisonne pas encore mes dcouvertes1 je ne les classe pas dans ma mmoire4 ,c'est ma sensibilit que ,thura confie tout ce qu'elle me dit4 ,c'est dans mes sensations et dans mes sentiments que je retrouverai1 plus tard1 ses paroles inscrites4 ,elle me conduit ainsi1 plus srement que je n'y pourrais parvenir par toute autre mthode1 la pleine comprhension de sa race1--par l'enseignement quotidien de la vie4 ,et je n'ai plus conscience des jours et des heures1 du mal1 du bien4 ,la bonheur est si tranger au temps qu'il en supprime la notion4 ,je sais seulement que tout est bien1 puisque tout est beau4 ,et ,thura ne me trouble pas du tout1 quand je travaille ou quand je rve4 ,d'instinct1 alors1 elle se tait4 ,elle sait trs bien quand elle peut me parler sans me dranger1--et nous causons d',europe et de ,tahiti1 et de ,dieu1 et des ,dieux4 ,je l'instruis4 ,elle m'instruit4 ,je fus oblig d'aller pour un jour ,papeete4 ,j'avais promis de revenir le soir mme2 mais la voiture que je pris me laissa moiti route1 je dus faire le reste pied et il tait une heure du matin quand je rentrai4 ,en ouvrant la porte1 je m'aperus avec un serrement de coeur que la lumire tait teinte4 ,la chose n'avait pourtant rien de surprenant2 nous ne possdions1 pour le moment1 que trs peu de luminaire1 et la ncessit de renouveler notre provision avait compt parmi les motifs de mon absence4 ,mais je tressaillis d'une brusque sensation d'apprhension1 de dfiance1 que je pris pour un pressentiment3 srement1 l'oiseau s'tait envol444 ,vite1 je frottai des allumettes et je vis444 ,immobile1 nue1 couche plat ventre sur le lit1 les yeux dmesurment agrandis par la peur1 ,thura me regardait et semblait ne pas me reconnatre4 ,moi-mme1 je restai quelques instants dans une trange incertitude4 ,une contagion manait de la terreur de ,thura4 ,j'avais l'illusion qu'une lueur phosphorescente coult de ses yeux au regard fixe4 ,jamais je ne l'avais vue si belle1 jamais surtout d'une beaut si mouvante4 ,et puis1 dans ces demi-tnbres1 coup sr peuples1 pour elle1 d'apparitions dangereuses1 de suggestions quivoques1 je craignais de faire un geste qui portt au paroxysme l'pouvante de l'enfant4 ,savais-je ce qu' ce moment-l j'tais pour elle8 si elle ne me prenait pas1 avec mon visage inquiet1 pour quelqu'un des dmons et des spectres1 des ,tupapas dont les lgendes de sa race emplissent les nuits sans sommeil8 ,savais-je1 mme1 qui elle tait1 en vrit8 ,l'intensit de l'effroi qui la possdait1 sous l'empire physique et moral de ses superstitions1 faisait d'elle un tre si tranger moi1 si diffrent de tout ce que j'avais pu voir encore6 ,enfin elle revint elle1 m'appela1 et je m'vertuai la raisonner1 la rassurer1 lui rendre confiance4 ,elle m'coutait1 boudeuse1 puis avec une voix o les sanglots tremblaient3 --,ne me laisse plus seule ainsi1 sans lumire444 ,mais1 la peur peine endormie1 la jalousie s'veille3 --,qu'as-tu fait la ville8 ,tu es all voir des femmes1 de celles qui vont au march boire et danser1 et qui se donnent aux officiers1 aux matelots1 tout le monde444 ,je ne me prtai pas la querelle1 et cette nuit fut douce1--une douce et ardente nuit1 une nuit des tropiques4 ,thura tait tantt trs sage et trs aimante1 tantt trs folle et trs frivole4 ,deux tre contraires--sans compter beaucoup d'autres1 indfiniment varis--en un1 qui se dmentaient mutuellement et se succdaient l'improviste avec la plus tourdissante rapidit4 ,elle n'tait pas changeante1 elle tait double1 et triple1 et multiple3 l'enfant d'une race vieille4 ,un jour1 l'ternel juif-colporteur--il cume les les comme les continents--arrive dans le district avec une bote de bijoux en cuivre dor4 ,il tale sa marchandise2 on l'entoure4 ,une paire de boucles d'oreilles circule de mains en mains4 ,tous les yeux de femmes brillent1 toutes la dsirent4 ,thura fronce les sourcils et me regarde4 ,ses yeux me parlent trs clairement4 ,je fais semblant de ne pas comprendre4 ,elle m'attire dans un coin3 --,je la veux4 ,je lui fais observer qu'en ,france cette niaiserie n'aurait aucune valeur1 que c'est du cuivre4 --,je la veux6 --,mais quoi8 ,payer vingt francs une pareille salet6 ,ce serait folie4 ,non4 --,je la veux6 ,et1 avec une volubilit passionne1 les yeux pleins de larmes3 --,allons6 tu n'auras pas honte de voir ce bijou aux oreilles d'une autre femme8 ,dj un tel parle de vendre son cheval pour offrir la paire de boucles sa vahin6 ,je ne peux me rsigner cette sottise4 ,je refuse pour la seconde fois4 ,thura me regarde encore1 fixement1 sans plus rien dire1 et pleure4 ,je m'loigne1 je reviens1 je donne les vingt francs au ,juif-et le soleil reparat4 ,deux jours aprs1 c'tait dimanche4 ,thura fait sa grande toilette4 ,les cheveux lavs au savon1 puis schs au soleil1 et finalement frotts d'huile parfume2 la belle robe1 un de mes mouchoirs la main1 une fleur a l'oreille1--les pieds nus3 elle part pour le temple4 --,et les boucles8 lui dis-je4 ,thura fait une moue de ddain3 --,c'est du cuivre6 ,et1 en clatant de rire1 elle franchit le seuil de la case et s'en va1 brusquement redevenue grave4 ,a l'heure de la sieste1 dvtus1 simples1 nous sommeillons1 ce jour-l comme les autres jours1 cte cte1--ou nous rvons4 ,peut-tre1 dans son rve1 ,thura voit-elle briller d'autres boucles d'oreilles4 ,moi1 je voudrais oublier tout ce que je sais et dormir toujours4444 ,dieu sait quel jour de l'anne--il faisait beau1 ce qui ne distingue pas un jour dans l'anne tahitienne--nous nous mmes en tte1 un matin1 d'aller visiter des amis qui avaient leur case dix kilomtres1 peu prs1 de la ntre4 ,partis six heures1 nous fmes la frache le chemin1 assez1 vivement1 puisque nous tions arrivs huit heures4 ,on ne nous attendait pas3 grande joie1 et1 les embrassades termines1 on se mit1 pour nous faire fte1 en qute d'un petit cochon4 ,le meurtre fut accompli4 ,au cochon deux poules furent ajoutes4 ,une superbe pieuvre prise le matin-mme1 quelques taros et des bananes compltrent le menu d'un repas copieux et apptissant4 ,je proposai1 pour attendre midi1 d'aller aux grottes de ,mara1 que j'avais bien souvent vues de loin sans que jamais encore l'occasion se ft offerte de les visiter4 ,trois jeunes filles1 un jeune garon1 ,thura et moi1 toute une petite bande joyeuse1 nous emes bientt brl l'tape4 ,du bord de la route1 on prendrait la grotte1 presque entirement cache par des goyaviers1 pour un simple accident du rocher1 une fissure un peu plus nette que les autres4 ,mais cartez les branches1 laissez-vous glisser d'un mtre en hauteur3 plus de soleil1 on est dans une sorte de caverne1 dont le fond suggre l'ide d'une petite scne de thtre1 au plancher trs rouge1 distante1 en apparence1 d'une centaine de mtres4 ,sur l'une et l'autre parois1 d'normes serpents semblent s'allonger avec lenteur pour venir boire la surface du lac intrieur3 ce sont des racines qui se font jour dans les crevasses du roc4 --,si nous prenions un bain8 ,on me rpond que l'eau est trop froide2 puis1 de longs conciliabules l'cart1 et des rires qui m'intriguent4 ,j'insiste3 enfin1 les jeunes filles se dcident1 quittent leurs lgers vtements1 et les paros la ceinture1 nous voil tous l'eau4 ,ce n'est qu'un cri gnral3 --,to to6 ,l'eau clapote et ses bruits se rpercutent en mille chos qui rptent3 to to6 --,viens-tu avec moi8 dis-je ,thura en lui montrant le fond4 --,tu es fou8 ,l bas1 si loin6 ,et les anguilles8 ,on ne va jamais l4 ,et ondulante1 gracieuse1 elle se jouait sur le bord1 comme une jeune personne trs fire de savoir si bien nager4 ,mais moi aussi1 je sais trs bien nager1 et1 quoiqu'il m'en cott un peu de m'aventurer tout seul1 je me dirigeai vers le fond4 ,par quel trange phnomne de mirage semblait-il s'loigner de moi mesure que je m'efforais de l'atteindre8 ,j'avanais toujours et1 de chaque ct1 les grands serpents me regardaient avec ironie4 ,un instant1 je crus voir flotter une grosse tortue2 la tte mergea mme de l'eau1 et je distinguai deux yeux brillants et fixes qui me dfiaient4--,folies6 pensai-je3 les tortues de mer ne sjournent pas dans l'eau douce4 ,pourtant 7suis-je donc devenu vraiment un ,maorie87 j'ai des doutes et peu s'en faut que je frissonne4 ,qu'est-ce maintenant que ces ondulations larges1 silencieuses1 l1 devant moi8 ,les anguilles6--,allons1 il faut secouer cette impression paralysante de la peur6 ,je me laissai couler pic pour toucher le fond4 ,mais il me fallut remonter sans y tre parvenu4 ,du bord1 ,thura me crie3 --,reviens6 ,je me retourne1 et je la vois trs loin1 toute petite444 ,pourquoi la distance dans ce sens va-t-elle aussi l'infini8 ,thura n'est plus qu'un point noir dans un cercle lumineux4 ,rageusement je m'obstine4 ,toute une demi-heure je nage3 le fond m'apparat toujours aussi loin6 ,un point de repos1 un petit plateau1 quelconque1 et au-del encore un trou bant qui va444 o cela8 ,mystre que je renonce approfondir4 ,et je l'avoue enfin3 j'ai vraiment peur4 ,il me fallut une grande heure pour atteindre le but4 ,thura seule m'attendait4 ,ses compagnes1 indiffrentes1 taient parties4 ,thura fit une prire1 et nous sortmes de la grotte4 ,je tremblais encore un peu--de froid4 ,mais au grand air j'achevai de reprendre possession de moi1 surtout quand ,thura1 avec un sourire o je crus dmler de la malice1 me demanda3 --,tu n'as pas eu peur8 ,effrontment1 je lui rpondis3 --,nous autres ,franais1 nous n'avons jamais peur4 ,thura ne manifesta ni piti ni admiration4 ,mais je m'aperus qu'elle m'piait du coin de l'oeil pendant que j'allais1 quelques pas de l1 lui cueillir des tiar odorantes pour les planter dans la brousse de ses cheveux4 ,la route tait belle1 la mer1 superbe4 ,en face de nous1 ,mora dressait ses mornes altiers et grandioses4 ,qu'il fait bon vivre6 ,et de quel vaillant apptit on dvore1 au retour d'un bain de deux heures1 le petit cochon savamment prpar qui vous attend au logis6 ,une grande noce eut lieu ,mataa1--la vraie noce1 la noce religieuse et lgale1 que les missionnaires s'efforcent d'imposer aux ,tahitiens convertis4 ,j'y fus invit1 et ,thura y vint avec moi1 ,le repas fait1 ,tahiti--comme ailleurs1 je crois--le fond de la fte4 ,a ,tahiti1 du moins1 on dploie dans ces solennits le plus grand luxe culinaire4 ,petits cochons rtis sur des cailloux chauds1 incroyable abondance de poissons1 maor1 bananes et goyaves1 taro1 etc4 ,la table1 o un nombre considrable de convives taient assis1 avait t place sous un toit improvis1 que dcoraient gracieusement des feuilles et des fleurs4 ,tous les parents et tous les amis des deux poux taient l4 ,la jeune fille--l'institutrice de l'endroit1 une demi-blanche--prenait pour poux un authentique ,maorie1 fils du chef du district de ,punaaua4 ,elle avait t leve dans les coles religieuses de ,papeete1 et l'vque protestant1 qui s'intressait elle1 s'tait personnellement entremis pour conclure ce mariage1 que plusieurs trouvaient un peu htif4--,l bas1 ce que missionnaire veut1 ,dieu le veut444 ,toute une heure durant1 on mange1 on boit--beaucoup4 ,aprs quoi commencent les discours4 ,ils sont nombreux4 ,on les rcite avec ordre et mthode1 et c'est un concours d'loquence trs curieux4 ,puis vient la question importante3 quelle des deux familles donnera un nouveau nom la marie8 ,cet usage national1 qui date de toute antiquit1 constitue une prrogative prcieuse4 trs envie1 trs dispute4 ,il n'est pas rare que le dbat1 sur ce point1 dgnre en bataille4 ,il n'en fut rien1 ce jour-l4 ,tout se passa gaiement1 paisiblement4 ,a vrai dire1 la table tait pas mal ivre4 ,ma pauvre vahin elle-mme 7je ne pouvais la surveiller71 entrane par l'exemple1 sortit de l ivre-morte1 hlas6 et ce ne fut pas sans peine que je la ramenai au logis4444 ,au centre de la table1 trnait la femme du chef de ,punaaua1 admirable de dignit4 ,sa robe en velours orang1 prtentieuse et bizarre1 lui donnait vaguement l'air d'une hrone de foire4 ,mais la grce incorruptible de sa race et la conscience de son rang prtaient ces oripeaux je ne sais quelle grandeur4 ,dans cette fte tahitienne1 aux fumets des mets1 aux odeurs des fleurs de l',ile1 la prsence de cette femme majestueuse1 d'un type trs pur1 ajoutait1 me semblait-il1 un parfum plus fort que les autres et dans lequel ils s'exaltaient tous4 ,a son ct se tenait une aeule centenaire1 affreuse de dcrpitude et que la double range intacte de ses dents de cannibale rendait encore plus horrible4 ,elle s'intressait peu ce qu'on faisait autour d'elle1 immobile1 rigide1 presque une momie4 ,mais sur sa joue un tatouage1 une marque sombre1 indcise dans sa forme qui rappelait le style d'une lettre latine1 parlait mes yeux pour elle et me contait son histoire4 ,ce tatouage l ne ressemblait en rien ceux des sauvages3 il tait srement fait de main europenne4 ,je m'informai4 ,autrefois1 me dit-on1 les missionnaires1 svissant contre la luxure1 signaient certaines femmes d'un signe d'infamie1 d'un sceau de l'enfer1--ce qui les couvrait de honte3 non point cause du pch commis1 mais cause du ridicule et de l'opprobre d'une telle marque de distinction4 ,je compris1 ce jour-l1 mieux que je n'avais jamais fait1 la dfiance des ,maories vis--vis des ,europens1 dfiance qui persiste aujourd'hui encore1 toute tempre qu'elle est1 du reste1 par les gnreux et hospitaliers instincts de l'me ocanienne4 ,que d'annes entre l'aeule marque par le prtre et la jeune fille marie par le prtre6 ,la marque reste1 indlbile1 attestant la dfaite de la race qui la subit et la lchet de la race qui l'infligea4 ,cinq mois plus tard1 la jeune marie mit au monde un enfant bien conform4 ,fureur des parents1 qui demandent la sparation4 ,le jeune homme s'y opposa3 --,puisque nous nous aimons1 qu'importe8 ,n'est-il pas dans nos usages d'adopter les enfants des autres8 j'adopte celui-ci4 ,mais pourquoi donc l'vque s'tait-il tant remu pour hter la crmonie du mariage8 ,on en jasa4 ,les mauvaises langues insinuaient que 444 ,il y a des mauvaises langues mme ,tahiti4 ,,vii ,,nav ,,nav ,f,,nua ,terre dlicieuse4 ,i ,dans cette me peu peu dgage de solennelles erreurs sous l'afflux des joies1 divines d'tre1 par la constance de leurs changements qui suivent l'heure1 toujours les mmes1 la lumire s'est faite et la simplicit4 ,et d'un progrs ininterrompu je m'lve jusqu' ma vrit intime3 dj je l'entrevois1 et c'est celle de l'absolu4--,ainsi1 d'un geste large de rames1 puis d'ailes1 d'lment en lment plus fluides1 ainsi1 avec une lenteur ample1 ainsi retourner l'infini1 et vers lui d'abord franchir l'ombre1 puis s'clairer et puis luire de lui1 jusque'enfin la minute o le temps1 brusquant la tangence1 s'abmera1 simplifi1 dans l'immense1 et laissera la parcelle lumineuse regagner le foyer primitif4 ,ou bien au bord de la mer1 ou bien sous les premires ramures de la fort1 je m'assieds1 seul parfois1 plus souvent prs de moi celle dont les jambes fortes et lisses sont comme les jeunes troncs de deux cocotiers vigoureux1 celle dont les lvres savent les noms des ,dieux1 le mien et rire1--et nous vivons1 dans la lumire1 simplement4 ,quand elle est srieuse1 quand on me croirait songeur1--en effet1 nous rflchissons1 tous deux3 moi 7comme jadis sur les flots du voyage1 mais avec une joie que j'ignorais alors7 la lumire du soleil2 elle1 le rayonnement dont il emplit mes yeux4 ,notre simplicit s'panouit dans la lumire4 ,elle nous dit tout ce qu'il importe de connatre1 au prsent4 ,pourtant il nous arrive de frissonner1 quand nous sentons que nos mes viennent d'tre visites par le reflet d'un ,secret perdu1 d'un des suprmes secrets que possdaient les aeux de ,thura3 plus prs que nous du ,grand ,coeur1 ils ignoraient tout de ce que nous savons4 ,car le ,soleil1 par del les laborieuses et mal sres oprations de la raison1 aux aeux de ,thura rvlait le mystre et le motif de vivre4 ,a nous il enseigne1 en nous il veille la vie seulement1 lumineuse et simple4 ,au moins1 c'est la vraie6 l'horizontal domaine de l'instant o je m'agite1 dans ma chair heureuse et dans mon esprit bloui4 ,a me contenter de ce domaine et bien jouir de lui1 je mriterai d'atteindre une station plus haute1 horizontale elle aussi1 et1 de stations en stations1 ascendantes toutes et chacune horizontale1 l'infini o sont tous les secrets je retournerai4 ,de ce sommet de la ,terre ,dlicieuse1 que j'ai piti1 quand ces ressouvenirs m'importunent1 aux compliqus soucis d'avenir o se fatigue l'importance citadine et d',europe1 sans clat1 que celui1 morne1 du mtal1 sans richesse1 que celle-l1 creuse1 et la rime des monnaies1 vile fanfare de temps qui passe1 de temps pass1 sans que rien1 hors cette ritournelle1 ait marqu l'affre ou le dlice du passage4 ,comme elle a perdu le sens de l'ternit1 l',europe ignore le prsent4 ,l'activit des hommes s'y consume dans la proccupation de l'insaisissable demain1 et1 quand ils ont un peu de rpit1 le pass1 qu'ils n'ont pas vcu sous les seules espces vitales du prsent1 ressuscite1 aigri de rancunes1 dans leur pense brle de regrets4 ,regrets et remords1 espoirs et dsirs3 ils furent et ils seront4 ,ils ne sont jamais4 ,moi1 maintenant1 dans la ,terre ,dlicieuse1 vraiment ,moi maintenant1 je vnre les menues pripties quotidiennes et leur signification profonde4 ,avec simplicit je jouis de la lumire pendant qu'elle brille4 ,moi1 maintenant1 je sais vivre4 ,non pas le jugement des autres m'intresse1 ni eux le mien3 mais vois-tu l'ombre balance du tamaris sur le seuil de ma case8 ,qu'il est heureux et beau6 ,qu'il est riche6 ,qu'il est gnreux6 ,comme il partage la joie qu'il me donne6 ,non pas ce que je ferai1 ce soir1 ni l'chance de demain2 non plus les fameuses ,questions proposes l'inquitude publique4--,je regarde un sein de femme1 je l'admire et j'y trouve de graves enseignements1 je l'coute1 et docile j'obis1 s'il commande4 ,et je sais de mme quelle science mane d'une tte tremblante de vieillard et de la bouche frache d'un enfant qui rit4 ,et je sais que cette science est toute la science1 tout l'art et toute la vie4 ,par elle1 on comprend ce qui est1 on aime ce qui est3 l'enfant1 dans l'enfant4 ,pourquoi l'homme futur8 ,par elle1 on touche l'ternel1 qui n'a pas d'avenir1--et par cette science de joie et d'amour qui fleurit dans tes jardins1 ,terre ,dlicieuse1 j'ai connu le bonheur et je me suis guri du mal occidental d'esprer4 ,,ii ,c'est printemps6 ,c'est matin6 ,c'est fte6 ,viens6 ,que fais-tu1 songeur1 seul au seuil de ta porte6 --,j'coute chanter dans ma tte ,le refrain d'une chanson morte4 ,plus de lumire1 plus de bruit4 ,ferme les yeux3 le ciel est tout de noir tendu4 --,non6 je vois luire dans la nuit ,le reflet d'un rayon perdu4 ,dans mes yeux et dans ma pense ,la trace n'est pas efface ,de la grande aurore passe4 ,sur les vagues et dans le vent ,plus haut que la voix des vivants ,la voix des morts vibre souvent4 ,flots1 forts1 fleurs folles d'tre vivantes1 ,vous tes l'panouissement du pass4 ,l'panouissement des germes entasss ,dans les profondeurs des tombes ferventes4 ,et toi1 race dore1 radieuse encore6 ,le dernier reflet d'un rayon perdu ,mle un charme fan tes gloires d'aurore1 ,et j'ai bien souvent1 hlas6 entendu ,dans l'imn des soirs1 dans ta voix jeune et forte1 ,le refrain mourant d'une chanson morte4 ,extases de la vie1 amours1 clarts1 parfums1 ,ralits plus belles que toutes rves1 ,vous tes les fleurs de jardins dfunts3 ,elles furent d'un sang hroque abreuves ,qui ne coulera plus--,chansons mortes6 ,rayons perdus6 ,,iii ,douceurs1 violences1 gravits1 caprices1 tant de fois la fois changeante1 et toujours la mme3 elle a ses raisons4 ,c'est l'harmonie1 contraste et constante1 de la fracheur abandonne de la vie au matin charmant1 et des prcautions et des terreurs dont le soir plein de menaces veut tre accueilli4 ,c'est la pirogue1 sur les vagues1 montant et redescendant sans cesse1 avec une lgance parfaite jusqu'en ses volutions les plus vites4 ,c'est le sage1 c'est l'humain rire1 car il n'est jamais loin des larmes1 d'un enfant4 ,c'est le jeu1 assujetti la logique des vents--mais nous ignorons leurs lois--de l'ombre longue1 souple et dlie des rameaux du pandanus1 de l'ombre pyramidale et plane des fougres lgres1 sur le gazon indfiniment berc1 dans ce jeu attnu1 de la nuit au jour4 ,c'est le temps1 aux approches de l'ternit1 concevant le dsir des multiples actions simultanes1 essentielles1 et qui s'vanouit1 pris du ,toujours1 aux ardentes couleurs de la ,passion1 car elle est imprieusement ,prsente4 ,c'est la gamme1 d'un doigt de vertige parcourue et reparcourue1 et se rsolvant en comme un seul accord de tout1--de tous les sentiments1 de toutes les sensations qui font le prix de la vie1 et c'est la morsure dans le baiser1 et c'est la blessure dans l'ivresse de la victoire4 ,c'est l',ile ,heureuse1 c'est la ,terre ,dlicieuse-- ,et c'est ,thura4 ,,iv ,moi1 maintenant vraiment ,moi1 franc d'exil et le fils adopt de la ,mre ,dlicieuse1 je sais bien des choses1--et je sais comment il convient d'honorer la ,lune1--7aprs le ,soleil1 ,dieu suprme et l'essence inaltrable des ,grands ,dieux7--comment il convient de peindre son image et de la sculpter1 afin que les hommes aiment la ,desse1 la redoutent et lui rendent hommage4 ,elle est diverse1 mais belle galement dans sa fureur et dans sa tendresse4 ,il faut clbrer d'abord ,hina la ,chasseresse3 ,hina du sang et de la mort4 ,dans la nuit effrayante des fourrs1 o rampent les lianes rousses1--,elle habite4 ,le jour ne viole jamais cette retraite et nul bruit de la vie ne vibre de l1 nul bruit1 mme alors que la ,desse bondit1 prend sa course et s'emporte travers les halliers4 ,elle est taciturne1 et1 sous ses pieds cruels1 la terre pouvante se tait4 ,si tu regardais longtemps au fond de l'ombre1 ,elle est l4 ,tu verrais1 mesure que la clart du ciel dserterait tes yeux1 dans la nuit des fourrs1 la forme pouvantable et grandiose luire4 ,une lumire propre mane d',elle2 d'une lumire infconde1 qui brille sans produire de chaleur et qui n'claire que ses pas1 dans la nuit effrayante1 dans la nuit des fourrs1 ,hina des ,bois rayonne4 ,regarde longtemps4 ,elle est l3 ,furieuse1 roulant du feu sous ses paupires1 ,et serrant de ses deux lourdes mains de guerrire ,contre son ventre qu'il dchire un louveteau1 ,nue1 avec ses cheveux pour somptueux manteau1 ,chaste1 avec sa chevelure voluptueuse1 ,hina des ,bois1 monstrueuse et majestueuse1 ,ivre d'orgueil1 de rage et de douleur1 ,hina ,la ,chasseresse6 ,hina du sang et de la mort6--,l'effort tend ses nerfs1 gonfle ses veines4 ,farouche1 ,affreuse1 le front bas1 de l'cume la bouche1 ,et les dents longues qui broient vide3 mais vois ,quel sublime incendie allument dans les bois ,les clairs roux de sa profonde chevelure6 ,mais sur sa gorge vois comme la ligne est pure ,de ses deux seins de femme1 au carnage trangers1 ,de ses deux seins de femme1 harmonieux1 lgers1 ,et qui jurent1 ,amour1 que ta divine joie ,a sa source au coeur de cette bte de proie6 ,v ,fte ,hina la bienveillante et la bonne6 ,fte ,hina de la vie et de l'amour6 ,sous les ramures du manguier vaste qui masque l'ouverture de la grande ravine--aux deux bords s'tage l',ile1 forts et puis jardins et le rivage--les jeunes hommes1 aux doigts le vivo1 se sont assis4 ,au dessus1 les hauts lieux menaants tonnent1 o ,taaroa veille4 ,par groupes1 devant les jeunes hommes et l mme o fut1 splendeur de nuit des temps1 l'image en pierre sculpte1 gigantesque1 d',hina1--par groupes1 immobiles1 sans vtements1 le bronze de la peau luisant1 et les yeux1 aux dernires lueurs du crpuscule1--se tiennent les jeunes filles4 ,et tous1 en attente1 les jeunes hommes1 les jeunes filles1 se taisent1 religieusement4 ,soudain1 au cri clair d'une voix de femme d'abord1 que tt poursuivent les notes aigus du vivo1 les danseuses s'abandonnent au jeu sacerdotal de la danse d'amour4 ,elles s'abandonnent1 les danseuses1 en chantant1 et la ,desse1 qui se plait leur hommage1 les exalte1 les enivre du soir et de leur beaut4 ,le rythme du vivo et des chants se prcipite4 ,une odorante chaleur humaine se mle aux senteurs intenses des cassolettes vgtales exhalant leurs adieux aux ardeurs de la journe finissante3 on respire1 cre et forte1 l'odeur de la vie1 dans ce cercle ferm1 o la fte s'affole1 lascif et mystique vertige1 dans cette atmosphre dangereuse d'un inabordable monde1 o la fte s'affole4 ,la fte s'affole6 ,les chants peu peu ont cess1 et mme les notes du vivo4 ,mais la danse1 fidle au rythme progressif que tous entendent dans le silence1 mais la danse plus vite tourne1 toujours plus vite tourne1 et les pieds qui volent et les seins qui tressautent gardent une dmente cadence4 ,dans le rire muet des bouches1 dans le rire qui s'oublie1 qui s'ternise au pli des lvres crispes1 les dents larges luisent plus vives que les prunelles4 ,une frocit sensuelle se trahit aux appels des bras imprieusement tendus1 aux lubriques essors brusques des jambe1--tant qu'enfin1 rapide1 la nuit tombe1 la nuit pleine de soupirs et de cris4-- ,de telles nuits pourrait renatre le ,pass1 avec sa sauvagerie fconde1 avec ses ,dieux rels qui sont ns de telles nuits1 avec les justes privilges de la prostitution sainte et du dlire hroque4 ,et j'en crois cette folie religieuse et cette fureur amoureuse3 ,hina de l'amour et ,hina de la mort sont bien la seule et la mme ,desse1 monstre au mufle de fauve avec des seins de femme4 ,j'coute mes penses1 dans la nuit maintenant pleine1 maintenant calme1 en marchant sur le rivage1 parmi l'air tout charg encore d'effluves humains et vgtaux4 ,les fleurs sont mortes1 foules aux pieds des amants4 ,je hume voluptueusement ce puissant arme1 ce dictame concert par la mort et l'amour4 ,sans hte1 je regagne ma case4 ,dj l'orient se colore1 et1 l haut1 comme une meraude immense1 la ,fort1 dans une apothose verte1 brille confusment de tous ses feuillages receleurs d'ternelles clarts1 jusqu' mi-cte de l',arora1 la cime nue1 solitaire1 triste1--o ,taaroa veille4 ,,vi ,,le ,,dernier ,,im,n ,a l'ombre du manguier colossal1 mi-voix1 ,adressant leurs regards l'orient des eaux1 ,dolentes d'avenir et fires d'autrefois1 ,tandis que leurs amants jouaient sur les roseaux ,assembls du vivo des airs dolents et fiers1 ,les amantes ont dit l'hymne d'espoir amer4 ,quand toutes les chansons seront chantes1 ,touts les baisers1 bus1 dus tous les voeux1 ,quand les jardins clairs de l',ile enchante ,ne fleuriront plus parmi nos cheveux1 ,quand auront fini l'ombre et la lumire ,sur nos fronts leurs jeux lgers et joyeux1 ,et quand le dernier avec la dernire ,auront au soleil ferm leurs doux yeux1 ,endormis dans la terre maternelle1 ,nous ne connatrons pas d'autres destins3 ,nos corps seront tous confondus en elle1 ,en elle nos coeurs jamais teints4 ,mais des ardeurs anciennes de nos mes ,un vaste foyer s'allumant soudain ,illuminera d'un halo de flammes ,la ,terre des ,dieux1 l',ile des ,jardins4 ,puis1 l',esprit de la merveille dserte1 ,epave d'aurore en la nuit du temps1 ,l'empoignant par sa chevelure verte1 ,la lancera dans les cieux clatants4 ,et les cieux loueront la nouvelle toile ,aux trois feux d'or1 d'meraude et d'azur4 ,toutes les ailes et toutes les voiles ,s'orienteront son nimbe pur4 ,et longtemps1 longtemps l'toile splendide ,sur les mers o fut ,tahiti luira4 ,mais sa place1 un jour1 au ciel sera vide1 ,et le monde1 qui l'aimait1 pleurera4 ,alors l'astre1 avec un cri de victoire1 ,au sommet des cieux prenant son essor1 ,eblouira l'infini de sa gloire ,aux trois feux d'azur1 d'meraude et d'or4 --,qui sait1 maintenant1 o le sort l'entrane1 ,astre errant qu'habite un peuple de morts8 --,va6 son but est beau1 sa course est certaine1 ,car il est guid par le ,forts des ,forts6 ,car ,taaroa1 le ,matre ,sublime1 ,gouvernant les bonds de l'astre perdu1 ,est1 comme autrefois1 assis sur la cime ,o fuma le sang qui lui tait d6 ,a l'ombre du manguier colossal1 mi-voix44 ,,viii ,,le ,,conteur ,,parle ,le soir1 au lit1 nous avons de longs entretiens1 longs et1 souvent1 trs srieux4 ,maintenant que je peux comprendre ,thura1 en qui dorment et parfois rvent ses aeux1 je m'efforce de voir et de penser par cette me d'enfant et de retrouver en elle les traces du lointain pass1 bien mort1 socialement1 mais qui persiste en de vagues souvenirs4 ,j'interroge1 et toutes mes questions ne restent pas sans rponses4 ,peut-tre les hommes1 plus directement asservis notre conqute ou sduits notre civilisation1 ont-ils oubli4 ,les ,dieux d'autrefois se sont gard un asile dans la mmoire des femmes4 ,et c'est un mouvant spectacle que ,thura me donne1 quand1 ma suggestion1 peu peu se rveillent dans sa pense les divinits nationales en secouant les artificiels voiles o les missionnaires protestants ont cru les ensevelir4 ,en somme1 l'oeuvre des catchistes est trs superficielle4 ,leur action1 particulirement sur les femmes1 a mal rpondu l'espoir qu'ils en avaient conu4 ,leur enseignement est comme une faible couche de vernis qui s'caille et cde vite la moindre atteinte adroite4 ,thura va au temple1 rgulirement1 et pratique des lvres et des doigts la religion officielle4 ,mais elle sait par coeur1 et ce n'est pas un petit bagage1 les noms de tous les dieux de l',olympe maorie4 ,elle connat leur histoire1 elle m'enseigne comment ils ont cr le monde1 comment ils le gouvernent1 comment ils aiment tre honors4 ,quant aux rigueurs de la morale chrtienne1 elle les ignore ou ne s'en soucie1 et1 par exemple1 ne songe gure se repentir d'tre la concubine--comme ils disent--d'un tan4 ,je ne sais trop comment elle associe dans ses croyances ,taaroa et ,jsus4 ,je pense qu'elle les vnre tous les deux4 ,au hasard des circonstances1 elle m'a fait un cours complet de thologie tahitienne4 ,en retour1 je tche de lui expliquer selon les connaissances europennes quelques phnomnes de la nature4 ,les toiles l'intressent beaucoup4 ,elle me demande comment on nomme en franais l'toile du matin1 celle du soir1 et les autres4 ,elle a peine comprendre que la terre tourne autour du soleil4444 ,elle me nomme les toiles dans sa langue1 et pendant qu'elle parle je distingue1 la propre clart des ,astres1 qui sont les ,divinits elles-mmes1 les formes sacres des ,matres maories de l'air et du feu1 des ,iles et des eaux4 ,les habitants de ,tahiti1 aussi haut qu'on puisse remonter dans leur histoire1 ont toujours possd des connaissances assez tendues en astronomie4 ,les ftes priodiques des ,aros--membres d'une socit secrte1 la fois religieuse et militaire1 qui rgna sur les ,iles et dont je vais avoir l'occasion de parler--taient fondes sur les volutions des astres4 ,les ,maories semblent mme n'avoir pas ignor la nature de la lumire lunaire4 ,ils supposaient que la lune est un globe sensiblement pareil la terre1 habit comme elle1 riche en productions analogues aux ntres4 ,ils valuaient leur manire la distance de la terre la lune3--,la semence de l'arbre ,ora fut apporte de la lune sur la terre par un pigeon blanc4 ,il lui avait fallu deux lunes pour atteindre le satellite1 et quand1 aprs deux autres lunes1 il retomba sur la terre1 il tait sans plumes4--,cet oiseau est1 de tous ceux que connaissent les ,maories1 celui qui passe pour avoir le vol le plus rapide4 ,mais voici la nomenclature tahitienne des toiles4 ,je complte la leon de ,thura l'aide d'un fragment de trs ancienne criture1 trouv dans la ,polynsie499 99 ,voir les crits de ,morenhout4 ,cette sorte de prcis de thologie polynsienne est publie en franais par nous1 sauf erreur1 les premiers4 ,est-il trop audacieux d'y voir l'bauche d'un systme raisonn d'astronomie plutt qu'un simple jeu d'imagination8 ,roa--grande est son origine--dormait avec sa femme1 la ,terre ,tnbreuse4 ,elle donna naissance son roi1 le ,sol1 puis au ,crpuscule1 puis la ,nuit4 ,alors1 ,roa rpudia cette femme4 ,roa--grande est son origine--dormait avec la femme dite ,grande-,runion4 ,elle donna naissance aux reines des cieux1 les ,etoiles1 puis l'toile ,tahiti1 toile du soir4 ,le roi des cieux dors1 le seul roi1 dormait avec sa femme ,fanoi4 ,d'elle est n l'astre ,taroa 7,vnus71 l'toile du matin1 le roi ,taroa1 qui donne des lois la nuit et au jour1 aux autres toiles1 la lune1 au soleil1 et sert de guide aux marins4 ,taroa fit voile gauche1 vers le nord1 et l1 dormant avec sa femme1 il donna naissance ,etoile-,rouge1 cette toile qui brille1 le soir1 sous deux faces4 ,etoile-,rouge1 volant dans l'ouest1 prpara sa pirogue1 pirogue du grand jour1 qui cingla vers les cieux4 ,il fit voile au lever du soleil4 ,rhoa s'avance dans l'tendue4 ,il dort avec sa femme1 ,ora ,tanpa4 ,d'eux sont ns les rois ,gmeaux1 en face des ,pliades4 ,ces ,gmeaux sont assurment les mmes que nos ,castor et ,pollux4 ,cette premire version de la ,gense polynsienne se complique de variantes qui ne sont peut-tre que des dveloppements4 ,taaroa dormait avec la femme qui se nomme ,desse du ,dehors 7ou de la mer74 ,d'eux sont ns les nuages blancs1 les nuages noirs1 la pluie4 ,taaroa dormait avec la femme qui se nomme ,desse du ,dedans 7ou de la terre74 ,d'eux est n le ,premier ,germe4 ,est n ensuite tout ce qui crot la surface de la terre4 ,est n ensuite le brouillard des montagnes4 ,est n ensuite celui qui se nomme le ,fort4 ,est ne ensuite1 celle qui se nomme la ,belle ou l',orne-pour-plaire4 ,mahoi99 va lancer sa pirogue4 99 ,ce ,mahoi semble se confondre arec ,taaroa1 ainsi que ce ,roa qui cra les toiles4 ,ce sont peut-tre les noms divers du mme dieu4 ,il s'assied dans le fond4 ,a son ct droit pend l'hameon1 attach la ligne par des tresses de cheveux4 ,et cette ligne qu'il tient dans sa main1 et cet hameon1 il les laisse descendre dans les profondeurs de l'univers pour pcher le grand poisson 7la terre74 ,l'hameon a mordu4 ,dj se montrent les axes1 dj le ,dieu sent le poids norme du monde4 ,tfatou 7le ,dieu de la terre et la terre elle-mme71 pris l'hameon1 merge de la nuit1 encore suspendu dans l'immensit4 ,mahoi a pch le grand poisson qui nage dans l'espace et qu'il peut prsent diriger selon sa volont4 ,il le tient dans sa main4 ,mahoi rgle1 en outre1 le cours du soleil1 de telle sorte que le jour et la nuit soient d'gale dure4 ,je demandai ,thura de me nommer les ,dieux3 --,dormait ,taaroa avec la femme ,ohina1 ,desse de l'air4 ,sont ns d'eux l',arc-en-ciel1 le ,clair-de-la-lune1 puis les nuages rouges1 la pluie rouge4 ,dormait ,taaroa avec la femme ,ohina1 ,desse du sein de la terre4 ,est n d'eux ,tfatou1 le gnie qui anime la terre et qui se manifeste par les bruits souterrains4 ,dormait ,taaroa avec la femme dite ,au-del-de-toute-terre4 ,d'eux sont ns les ,dieux ,tirii et ,roanoiia4 ,puis ,roo1 qui sortit du ventre de sa mre par le ct4 ,et de la mme femme naquirent encore la ,colre et la ,tempte1 les ,vents ,furieux1 et aussi la ,paix1 qui les suit4 ,et la source de ces esprits est dans le lieu d'o sont envoys les ,messagers4 ,mais ,thura convient que ces filiations sont contestes4 ,voici la classification la plus orthodoxe4 ,les ,dieux se divisent en ,atuas et ,oromatuas4 ,les ,atuas suprieurs sont tous fils et petits-fils de ,taaroa4 ,ils rsident dans les cieux4--,il y a ,sept ,cieux4 ,taaroa et sa femme ,fii ,fii ,matra eurent pour fils3 ,oro 7le premier des ,dieux aprs son pre et qui eut lui-mme deux fils1 ,tta ,mati et ,oro ,ttfa71 ,raa 7pre de ,ttoa ,oro ,oro1 ,foto1 ,thm1 ,roa ,roa1 ,thu ,ra ,tia ,hoto1 ,tmoria71 ,tan 7pre de ,perora1 ,piata ,hoa1 ,piatia ,roroa1 ,parara ,iti ,mata1 ,patia ,tara1 ,tan ,harira71 ,roo1 ,tiri1 ,tfatou1 ,roa ,noa1 ,toma ,hora1 ,roa ,otia1 ,mo1 ,topa1 ,panoa1 ,tfatou ,tir1 ,tfatou ,tota1 ,pura1 ,mahoi1 ,harana1 ,pamori1 ,hiro1 ,roi1 ,fanora1 ,fatohoi1 ,rii4 ,chacun de ces dieux a ses attributions particulires4 ,nous connaissons dj les oeuvres de ,mahoi1 de ,tfatou444 ,tan a pour bouche le septime ciel--et cela signifie que la bouche de ce ,dieu1 qui a donn son nom l'homme1 est l'extrmit du ciel par o la lumire commence clairer la terre4 ,rii spara les cieux et la terre4 ,roi gonfla les eaux de l'ocan1 rompit la masse solide du continent terrestre et le divisa en ces innombrables parties qui sont les ,iles actuelles4 ,fanora1 de qui la tte touchait aux nues et les pieds au fond de la mer1 et ,fatohoi1 autre gant1 descendirent ensemble ,eiva--terre inconnue--pour combattre et dtruire le cochon monstrueux qui dvorait les hommes4 ,hiro1 ,dieu des voleurs1 faisait avec ses doigts des trous dans les rochers4 ,il dlivra une vierge que des gants retenaient dans un lieu enchant3 d'une seule main il arracha les arbres qui cachaient au jour la prison de la vierge1 et le charme fut rompu444 ,les ,atuas infrieurs s'intressent particulirement la vie et au travail des hommes1 sans partager leurs habitations4 ,ce sont3 les ,atuas ,maho 7,dieux-,requins71 patrons des navigateurs2 les ,pho1 ,dieux et ,desses des vallons1 patrons des agriculteurs2 les ,no ,t ,opas ,opas1 patrons des chanteurs1 des comdiens et des danseurs2 les ,raao ,pava ,mas1 patrons des mdecins2 les ,no ,apas1 ,dieux auxquels on faisait des offrandes afin d'tre protg par eux contre les malfices et les enchantements2 les ,o ,tano1 patrons des laboureurs2 les ,tan ,it ,haas1 patrons des charpentiers et des constructeurs2 les ,minias et les ,papas1 patrons des couvreurs2 les ,matatinis1 patrons des faiseurs de filets4 ,les ,oromatuas sont les ,dieux domestiques1 les ,lares4 ,il y a les ,oromatuas proprement dits et les gnies4 ,les ,oromatuas punissent les fauteurs de querelles1 maintiennent la paix dans les familles4 ,ce sont3 les ,varna ,taatas1 mes des hommes et des femmes morts dans chaque famille2 les ,eriorios1 mes des enfants morts en bas ge et de mort naturelle2 les ,poaras1 mes des enfants qu'on tuait leur naissance et qui revenaient dans le corps des sauterelles4 ,les gnies sont des divinits supposes1 ou plutt sciemment imagines par l'homme4 ,a tel animal1 tel objet1 sans motif apparent1 sinon rel1 de choix1 il attribue le sens divin1 et1 ds lors1 il le consultera dans toutes les circonstances importantes3 un arbre1 par exemple4--,il y a peut-tre l une trace de la mtempsycose indienne1 que les ,maories ont trs probablement connue4 ,leurs chants historiques et leurs lgendes abondent en fables o l'on voit les grands ,dieux revtir la forme des animaux et des plantes4 ,aprs les ,atuas et les ,oromatuas viennent1 au dernier rang de la hirarchie cleste1 les ,tiis4 ,ces fils de ,taaroa et d',hina sont trs nombreux4 ,esprits infrieurs aux ,dieux1 trangers aux hommes1 ils sont1 dans la cosmogonie maorie1 intermdiaires entre les tres organiques et les tres inorganiques1 dfendant contre les usurpations de ceux-l les droits et prrogatives de ceux-ci4 ,voici leur origine4 ,dormait ,taaroa avec ,hina1 et d'eux naquit ,tii4 ,dormait ,tii avec la femme ,ani 7dsir71 et d'eux sont ns3 ,dsir-de-la-nuit1 messager des tnbres et de la mort2 ,dsir-du-jour1 messager de la lumire et de la vie2 ,dsir-des-,dieux1 messager des intrts clestes2 ,dsir-des-hommes1 messager des intrts humains4 ,sont ns ensuite3 ,tii-de-l'intrieur1 qui veille sur les animaux et sur les plantes2 ,tii-du-dehors1 qui garde les tres et les choses de la mer2 ,tii-des-sables1 et ,tii-des-rivages1 et ,tii-des-terres-mouvantes2 ,tii-des-rochers et ,tii-des-terres-solides4 ,sont ns plus tard encore3 ,evnement-de-la-nuit1 ,evnement-du-jour1 ,aller et ,revenir1 le ,flux1 le ,reflux1 le ,donner et le ,recevoir-le-plaisir4 ,les images des ,tiis taient places aux extrmits des maras 7temples7 et limitaient l'enceinte des terres sacres4 ,on en voyait sur les rochers1 sur les rivages1 et ces idoles avaient la mission de marquer la limite entre la terre et la mer1 de maintenir l'harmonie entre les deux lments1 de conjurer leurs empitements rciproques4 ,des voyageurs modernes ont encore pu voir1 dans l',ile de ,pques1 quelques statues de ,tiis4 ,ebauches colossales1 participant des formes humaines et des formes animales1 elles attestaient une conception particulire de la beaut et une relle adresse dans l'art de tailler la pierre1 d'en superposer les blocs architecturalement1 avec des combinaisons originales1 ingnieuses1 de couleurs4 ,l'invasion europenne et le monothisme ont dtruit ces vestiges d'une civilisation qui eut sa grandeur4 ,aujourd'hui1 quand les ,tahitiens se mlent d'difier un monument dcoratif1 ils ralisent des miracles de mauvais got--dans le genre du tombeau de ,pomar4 ,ils ont perdu leur sens natif1 et dont pourtant il furent si richement dous1 de l'accord ncessaire des crations humaines avec la vie animale et vgtale qui constitue leur cadre et leur dcor4 ,a notre contact1 notre cole1 ils sont vraiment devenus des ,sauvages1 dans l'acception que l'occident latin prte ce vocable4 ,rests beaux eux-mmes comme des chefs-d'oeuvre de l'art1 ils se sont 7nous les avons7 striliss au moral2 au physique aussi4 ,il existe quelques traces de maras4 ,c'taient des paralllogrammes interrompus par des ouvertures3 trois cts consistaient en murs de pierre de quatre six pieds2 une pyramide moins haute que large formait le quatrime4 ,en tout1 cent mtres de largeur1 environ1 et quarante de longueur4--,les images des ,tiis dcoraient cette architecture sommaire4 ,la lune tient une place importante dans les spculations mtaphysiques des ,maories4 ,on a dj dit que de grandes ftes se clbraient1 jadis1 en son honneur4 ,hina est souvent invoque dans les rcits traditionnels des ,aros4 ,mais son concours l'harmonie du monde1 son rle est plutt ngatif que positif4 ,cela apparat clairement dans l'inquitant dialogue-plus haut cit--d',hina et de ,tfatou4 ,de pareils textes offriraient une belle matire aux exgtes1 s'il s'en trouvait pour commenter la ,bible ocanienne4 ,ils y verraient d'abord les principes d'une religion fonde sur l'adoration des forces de la nature1--trait commun toutes les religions primitives4 ,la plupart des dieux maories sont1 en effet1 les personnifications des divers lments4 ,mais des regards attentifs--et que ne distrairait pas1 que ne dpraverait pas le dsir de dmontrer la supriorit de notre philosophie sur celle de ces peuplades1 ne tarderaient pas dcouvrir en de telles lgendes des traits intressants et singuliers4 ,j'en veux signaler deux--et je me contenterai de les indiquer4 ,aux savants appartient le soin de vrifier ces hypothses4 ,c'est1 avant tout1 la nettet avec laquelle se dsignent et se distinguent les deux seuls et universels principes de la vie1 pour ensuite se rsoudre en une suprme unit4 ,l'un1 me et intelligence1 ,taaroa1 est le mle2 l'autre1 en quelque sorte la matire et le corps du mme ,dieu1 est la femelle2 c'est ,hina4 ,a elle va tout l'amour des hommes1 lui leur respect4--,hina n'est pas le nom de la lune seulement3 il y a aussi ,hina-de-fair1 ,hina-de-la-mer1 ,hina-de- l'intrieur2 mais ces deux syllabes ne caractrisent que les parties infrieures de la matire4 ,le soleil et le ciel1 la lumire et son empire1 toutes les parties nobles1 ainsi parler1 de la matire--o plutt encore tous les lments spirituels de la matire sont ,taaroa4 ,cela est catgoriquement formul en plus d'un texte1 o l'on reconnat la dfinition de l'esprit et de la matire4--,or1 que signifierait1 si nous en restions cette dfinition1 la proposition fondamentale de la ,gense maorie3 ,l',,univers ,,grand ,,et ,,sacr ,n',,est ,,que ,,la ,,coquille ,,de ,,taaroa--8 ,ne faut-il dans cette proposition constater la croyance initiale en l'unit de substance1 comme1 dans la dfinition et le dpart de l'esprit et de la matire1 l'analyse des manifestations doubles de cette substance unique8 ,pour rare que soit un tel pressentiment philosophique chez des ,primitifs1 il ne s'en suit pas qu'on en doive rcuser l'vidence4 ,on voit bien que1 dans l'action du ,dieu qui cra le monde et qui le conserve1 la thologie ocanienne observe deux termes3 la cause gnratrice et la matire fconde1 la force motrice et l'objet m1 l'esprit et la matire2 on voit bien aussi que1 dans le paralllisme constamment sous-entendu de l'esprit lumineux avec la matire sensible qu'il vivifie1 il faut reconnatre1 travers les unions successives de ,taaroa aux diverses reprsentations d',hina1 l'influence perptuelle et varie du soleil sur les choses1 et1 dans les fruits de ces unions1 les modifications que la lumire et la chaleur ne cessent de faire subir ces mmes lments4 ,mais1 une fois le phnomne accompli en vue duquel les deux courants universels s'taient rejoints1--dans le fruit la cause gnratrice et la matire fconde1 dans le mouvement la force motrice et l'objet m1 dans la vie l'esprit et la matire s'unissent et se confondent3 et l'univers1 aussitt cre1 n'est que la coquille de ,taaroa6 ,en second lieu1 selon les conclusions du dialogue de ,tfatou avec ,hina1 l'homme et la terre prissent1 tandis que la lune et l'espce qui l'habite se perptuent4 ,si nous nous rappelons qu',hina reprsente la matire1--en qui1 selon le proverbe scientifique1 tout se transforme et rien ne prit1-nous penserons que le vieux sage maorie1 l'auteur de cette lgende1 en savait l-dessus autant que nous4 ,la matire ne prit pas1 c'est dire qu'elle ne cesse pas d'avoir ses qualits sensibles4 ,l'esprit1 au contraire1 et cette matire spirituelle1 la lumire1 subissent des intermittences3 il y a la nuit1 il y a la mort1 o se ferment les yeux1 de qui semblaient irradier les clarts qu'ils rflchissaient4--,l'esprit1 ou la plus haute manifestation actuelle de l'esprit1 c'est l'homme3 ,l'homme mourra444 ,il mourra pour ne pas revivre444 ,et l'homme dut mourir4--,mais quand l'homme et la terre1 ces fruits de l'union de ,taaroa avec ,hina1 auront pri1 ,taaroa1 lui1 est ternel1 et nous sommes avertis que la matire1 ,hina1 continuera d'tre3 c'est donc1 avec ncessit1 qu'ternellement en prsence l',esprit et la ,matire1 la lumire et l'objet qu'elle s'est dj rjouie d'clairer1 seront sollicits par le dsir mutuel d'une nouvelle union1 d'o natra un nouvel tat de l'volution infinie de la vie4 ,l'volution6444 ,l'unit de substance6444 ,qui se ft attendu rencontrer1 dans la pense de ci-devant cannibales1 les tmoignages d'une si haute culture8 ,j'ai pourtant conscience de ne rien ajouter la vrit4 ,il est vrai que ,thura ne se doutait gure de ces abstractions2 elle s'obstinait voir dans les toiles filantes des tupapas errants1 des gnies en dtresse4 ,dans le mme esprit que ses anctres1 et comme ceux-ci pensaient que le ciel est ,taaroa en personne1 que les ,atuas ns de ,taaroa sont la fois des ,dieux et des corps clestes1 elle attribuait aux toiles la sensibilit humaine4 ,je ne sais en quoi ces imaginations potiques gneraient les progrs de la science la plus positive4 ,je ne sais jusqu' quel point la science la plus leve les rprouverait444 ,a d'autres points de vue1 et pour en finir avec le dialogue de ,tfatou et d',hina1 il serait susceptible d'autres interprtations4--,le conseil de la lune1 qui est femme1 serait le conseil dangereux de la piti aveugle1 de la faiblesse sentimentale3 la lune et les femmes1 expressions 7dans la conception maorie7 de la matire1 ignoreraient que la mort seule garde les secrets de la vie4--,la rponse de ,tfatou serait l'arrt rigoureux1 mais prvoyant et dsintress1 de la sagesse suprme qui sait que les manifestations individuelles de la vie actuelle devront s'vanouir devant un plus grand tre1 pour qu'il vienne1 et se sacrifier lui1 pour qu'il triomphe4 ,bien plus bas1 mais avec une porte poignante encore1 cette rponse aurait le sens d'une prophtie nationale3 un grand esprit des anciens jours aurait tudi1 mesur la vitalit de sa race1 pressenti dans son sang des germes de mort1 sans plausible salut1 sans possible renaissance1 et il disait3 ,tahiti mourra1 elle mourra pour ne pas renatre4 ,thura parlait avec une sorte de religieux effroi de cette secte1 ou socit secrte1 qui avait gouvern les ,iles l'poque fodale3 la socit des ,aros4 ,a travers les discours confus de l'enfant1 je dmlai les souvenirs laisss par une institution redoutable1 singulire1 je devinai une tragique histoire1 pleine de crimes augustes1 mais difficile pntrer1 et dfendue des curieux par la vertu d'un secret bien gard4 ,quand ,thura m'eut dit ce sujet ce qu'elle savait1 je m'informai de toutes parts4 ,voici l'origine lgendaire de l'illustre ,socit4 ,oro1 fils de ,taaroa1 et1 aprs son pre1 le plus grand des ,dieux1 rsolut un jour de se choisir une compagne parmi les mortelles4 ,il la voulait vierge et belle1 ayant le dessein de fonder avec elle1 dans la foule des hommes1 une race suprieure toutes et privilgie4 ,il traversa donc les ,sept ,cieux et descendit sur le ,paa1 haute montagne de l',ile de ,bora-,bora1 o habitaient ses soeurs1 les ,desses ,touri et ,oaaoa4 ,oro1 en jeune guerrier1 ses soeurs1 en jeunes filles1 tous trois ainsi dguiss partirent pour un voyage d'exploration dans les ,iles1 afin de tcher d'y dcouvrir la crature digne du baiser divin4 ,oro saisit l'arc-en-ciel1 en posa sur le sommet du ,paa une extrmit et l'autre sur la terre3 ainsi le ,dieu et les ,desses traversaient les valles et les flots4 ,fastueux et charmants1 dans les diffrentes ,iles1 o on s'empressait de les accueillir1 les voyageurs donnaient des ftes merveilleuses auxquelles accouraient toutes les femmes4 ,et ,oro les considrait4 ,mais son coeur s'emplissait de tristesse1 car le ,dieu se faisait aimer et il n'aimait pas4 ,il n'arrtait longtemps son regard sur aucune des filles de l'homme1 ne voyant en pas une les vertus et les grces qu'il avait rves4 ,et1 aprs bien des jours consums en vaines recherches1 il se disposait retourner aux cieux1 quand il vit1 ,vatap1 dans l'le de ,bora-,bora1 une jeune fille trangement belle qui se baignait au petit lac d',ava ,aa4 ,elle tait de haute stature et tous les feux du soleil brlaient et brillaient dans la splendeur de sa chair1 tandis que tous les enchantements de l'amour sommeillaient dans la nuit de ses cheveux4 ,oro1 charm1 pria ses soeurs d'aller parler pour lui la jeune fille4 ,et il se retira1 en attendant le rsultat de leur ambassade1 sur le sommet du ,paa4 ,les ,desses1 en abordant la jeune fille1 la salurent1 lourent sa beaut1 et lui dirent qu'elles venaient d',avana1 district de ,bora-,bora4 --,notre frre te fait demander si tu consens tre sa femme4 ,varamati--ainsi se nommait la jeune fille-examina les trangres attentivement et leur dit3 --,vous n'tes point d',avana4 ,mais n'importe4 ,si votre frre est un chef1 s'il est jeune1 s'il est beau1 qu'il vienne3 ,varamati sera sa femme4 ,touri et ,oaaoa remontrent sans tarder au ,paa pour apprendre leur frre qu'il tait attendu4 ,aussitt ,oro1 replaant l'arc-en-ciel comme la premire fois1 redescendit ,vatap4 ,varamati avait prpar pour le recevoir une table charge des plus beaux fruits et un lit fait des toffes les plus rares et des nattes les plus fines4 ,et sous les tamaris et les pandanus1 dans les bois et au bord de la mer1 gracieux et forts tous les deux1 tous les deux divins1 ils s'aimaient4 ,chaque matin1 le ,dieu remontait au sommet du ,paa2 chaque soir1 il en redescendait pour aller dormir avec ,varamati4 ,nulle autre fille des hommes ne devait1 dsormais1 le voir sous les apparences mortelles4 ,et toujours1 entre le ,paa et ,vatap1 l'arc-en-ciel abaiss lui servait de passage4 ,or1 bien des lunes avaient lui et s'taient teintes depuis que1 dans les ,sept ,cieux dsols1 on ignorait la retraite d',oro4 ,deux autres fils de ,taaroa1 ,orotfa et ,ortfa1 prenant leur tour la forme humaine1 partirent la recherche de leur frre4 ,longtemps ils errrent sans le trouver travers les ,iles4 ,enfin1 abordant ,bora-,bora1 ils aperurent le jeune ,dieu1 assis avec ,varamati1 l'ombre du manguier sacr4 ,ils furent merveills de la beaut de la jeune femme et voulurent lui tmoigner leur admiration en lui offrant quelques prsents4 ,orotfa se mtamorphosa donc en truie et1 ,ortfa1 en plumes rouges2 puis1 reprenant aussitt la forme humaine1 bien que la truie et les plumes persistassent1 ils s'approchrent des deux amants1 ces prsents dans la main4 ,oro et ,varamati accueillirent avec joie les deux augustes voyageurs4 ,la nuit-mme1 la truie mit bas sept petits1 desquels on rserva le premier pour une destination ultrieure2 le second fut sacrifi aux ,dieux2 le troisime1 consacr l'hospitalit et offert aux trangers2 le quatrime fut nomm3 ,cochon de l'hcatombe en l'honneur de l'amour3 le cinquime et le sixime durent tre gards1 pour multiplier l'espce1 jusqu' la premire porte4 ,enfin1 on rtit le septime tout entier1 sur des cailloux chauds-- la mode maorie ainsi divinement inaugure--et on le mangea4 ,les frres d',oro retournrent dans les cieux4 ,quelques semaines ensuite1 ,varamati dit ,oro qu'elle allait tre mre4 ,alors1 ,oro prit le premier des sept cochons1 celui qu'on avait mis part1 et se rendit ,raata1 au grand mara1 temple du ,dieu ,vapoa4 ,l il rencontra un homme nomm ,mahi1 qui il remit le cochon en disant3 --,maii maita o tini boaa 7prenez et gardez bien ce cochon74 ,et le ,dieu ajouta avec solennit3 --,c'est le cochon sacr4 ,dans son sang sera teinte la ceinture des hommes qui viendront de moi4 ,car1 en ce monde1 je suis pre4 ,ces hommes seront les ,aros4 ,a vous1 j'accorde leurs prrogatives et leur nom4 ,pour moi1 je ne puis rester davantage ici4 ,mahi alla trouver le chef de ,raata et lui conta l'aventure4 ,mais1 ne pouvant garder le dpt sacr sans tre l'ami du chef1 il ajouta3 --,mon nom sera le vtre et votre nom sera le mien4 ,le chef consentit et ils prirent en commun le nom de ,tara-manini4 ,cependant1 ,oro1 tant revenu auprs de ,varamati1 lui annona qu'elle aurait un fils et lui ordonna de le nommer ,hoa ,tabou t ,ra 7l'ami sacr des cieux74 ,puis il dit3 --,les temps sont accomplis et je dois te quitter4 ,se changeant alors en une immense colonne de feu1 il s'leva dans l'air1 majestueusement1 jusqu'au dessus du ,prirr1 qui est la plus haute montagne de ,bora-,bora4 ,l1 son pouse plore et le peuple saisi d'tonnement cessrent de le voir4 ,hoa ,tabou t ,ra fut un grand chef et fit beaucoup de bien aux hommes4 ,a sa mort1 il fut ravi au ciel1 o ,varamati elle-mme prit rang parmi les ,desses4 ,oro pourrait bien tre quelque ,brahmine errant1 qui apporta dans les ,iles de la ,runion--quand8 444--la doctrine de ,brahma 7dont j'ai dj signal des traces dans la religion ocanienne74 ,a la clart de cette doctrine1 le gnie maorie s'veilla4 ,les esprits capables de comprendre se reconnurent entre eux et s'associrent1 pour pratiquer-- l'cart1 naturellement1 du vulgaire--les rites ordonns4 ,plus clairs que les autres hommes de leur race1 ils prirent bientt en main le gouvernement religieux et politique des ,iles1 s'arrogrent d'importantes prrogatives et fondrent une fodalit trs forte qui fut1 dans l'histoire de l',archipel1 la priode la plus glorieuse4 ,bien qu'ils ne semblent pas avoir connu l'criture1 les ,aros taient vraiment savants4 ,ils passaient des nuits entires rciter1 mot mot1 scrupuleusement1 d'antiques ,paroles des ,dieux dont le texte1 maintenant fix1 ne pourrait tre traduit qu'au prix d'un travail assidu de plusieurs annes4 ,ces paroles des ,dieux1 dont ils taient les dpositaires uniques1 auxquelles il ne leur tait permis d'ajouter que des commentaires1 donnaient aux ,aros la scurit d'un centre intellectuel1 l'habitude de la mditation1 l'autorit d'une mission surhumaine1 un prestige enfin qui courbait autour d'eux toutes les ttes4 ,il y a1 dans notre moyen ge fodal et chrtien1 des institutions1 et le lecteur les nomme1 analogues celle-l2 je n'en sais point de plus simplement formidable que cette compagnie religieuse et guerrire1 ce concile permanent et en armes1 rendant des arrts au nom des ,dieux1 dtenant la toute-puissance1 disposant de la vie et de la mort4 ,les ,aros enseignaient que les sacrifices humains sont agrables aux ,dieux et sacrifiaient eux-mmes1 dans les maras1 tous leurs enfants sauf le premier-n3 ce rite sanglant tait symbolis par les sept cochons de la lgende1 qui sont tous mis mort1 sauf le premier1 le cochon sacr4 ,ne nous htons pas de crier la sauvagerie4 ,cette obligation barbare1 laquelle tant d'autres peuplades primitives se sont soumises1 avait des causes profondes1 d'ordre social1 d'intrt gnral4 ,chez des races trs prolifiques1 comme fut autrefois la race maorie1 le dveloppement illimit de la population menaait son existence-mme1 nationale et prive4 ,sans doute1 la vie1 dans les ,iles1 tait facile1 et il ne fallait pas chacun beaucoup d'industrie pour y trouver le ncessaire4 ,mais le territoire1 trs restreint1 et qu'environnait la mer immense1 la mer infranchissable aux frles pirogues1 se ft bientt drob sous les pieds d'un peuple sans cesse multipli4 ,la mer n'et plus donn assez de poisson1 la fort assez de fruit4 ,la famine n'et pas tard1 qui a toujours eu1 et dans tous les pays du monde1 pour consquence l'anthropophagie4--,pour s'pargner le meurtre de l'homme1 les ,maories se rsignrent au sacrifice de l'enfant4 ,remarquons-le1 du reste1 l'anthropophagie avait dj pntr dans les moeurs quand les ,aros intervinrent3 c'est pour la combattre en en dtruisant les causes et c'est un peuple d'anthropophages qu'ils imposrent l'infanticide4 ,on peut donc dire1 bien que le ct sinistrement comique de l'observation soit de nature rjouir quelque vaudevilliste1 que l'infanticide constituait un notable adoucissement des moeurs4 ,il fallut1 sans doute1 aux ,aros1 une extraordinaire nergie pour raliser ce progrs2 ils n'y parvinrent qu'en se grandissant1 aux yeux du peuple1 de toute l'autorit des ,dieux4 ,l'infanticide fut1 en outre1 pour la race1 un moyen puissant de slection4 ,ce terrible droit d'anesse1 qui tait le droit-mme la vie1 maintint dans le peuple l'intgrit de la force1 en le prservant des produits maladifs d'un sang puis4 ,elle nourrit aussi1 dans tous ces enfants de la jeunesse1 le sens d'une fiert inaltrable4 ,c'est celte force premire et c'est la dernire fleur de cette fiert que nous admirons encore dans les produits suprmes d'une grande race expirante4 ,enfin1 le spectacle constant1 la frquentation assidue de la mort tait un austre et vivifiant enseignement4 ,les guerriers y apprenaient le mpris de la douleur et la nation tout entire y trouvait le bnfice d'une intense motion qui la dfendait contre l'engourdissement tropical1 qui la suscitait des langueurs de la sieste perptuelle4 ,le fait historique est que1 du jour o fut abroge la loi du sacrifice1 les ,maories commencrent dcliner et finalement perdirent toute vitalit morale et toute fcondit physique4--,si cela n'est pas la cause de ceci1 du moins la concidence reste inquitante4 ,et peut-tre1 plus haut encore1 les ,aros avaient-ils compris la vertu profonde1 la ncessit symbolique du ,sacrifice444 ,dans la socit des ,aros1 la prostitution tait une obligation sacre4 ,nous avons chang cela4 ,non point qu' ,tahiti1 depuis que nous l'avons comble des bienfaits de notre civilisation1 la prostitution ait cess3 elle prospre4 ,mais elle n'est plus ni obligatoire ni sacre4 ,elle est1 simplement1 sans excuse et sans grandeur4 ,la dignit ecclsiastique se transmettait de pre en fils1 et l'initiation commenait ds l'enfance4 ,la ,socit tait divise1 l'origine1 en douze loges1 qui avaient pour grands matres les douze premiers ,aros4 ,puis venaient des dignitaires de second ordre et enfin des apprentis4 ,les divers grades se distinguaient par des tatouages particuliers1 aux bras1 aux cts du corps1 aux paules1 aux jambes et aux chevilles4 99 99 99 99 99 ,du loin d'autrefois1 du ,matamua des ,aros1 cette scne maorie3 l'intronisation d'un roi4 ,le nouveau chef sort de son palais1 revtu d'ornements somptueux1 entour des principaux de l',ile1 prcd des ,matres ,aros1 qui portent dans leurs cheveux les plumes les plus rares4 ,il se rend avec son cortge au mara4 ,en l'apercevant1 les prtres1 qui l'attendaient sur le seuil1 proclament grand bruit de trompettes et de tambours que la crmonie commence4 ,puis1 entrant avant le roi dans le temple1 ils placent une victime humaine1 morte1 devant l'image du ,dieu4 ,le roi et les prtres rcitent et chantent ensemble des prires2 aprs quoi1 le prtre arrache la victime les deux yeux4 ,il offre l'oeil droit au ,dieu et l'oeil gauche au roi3 celui-ci ouvre la bouche comme pour avaler l'oeil sanglant1 mais le prtre le retire aussitt et le joint au reste du corps499 99 ,on ne peut mconnatre le sens symbolique de ce rite1 claire interdiction de l'anthropophagie4 ,on place ensuite la statue du ,dieu sur un brancard sculpt que portent les prtres4 ,le roi1 assis sur les paules de deux chefs1 suit l'idole jusqu'au rivage1 accompagn des ,aros comme au dpart4 ,tout le long du chemin1 les prtres ne cessent de sonner de la trompette et de battre du tambour en dansant4 ,la multitude marche derrire1 silencieuse et respectueuse4 ,a l'anse du rivage se balance la pirogue sacre1 dcore1 pour cette solennit1 de branches vertes et de fleurs4 ,on y introduit d'abord l'idole4 ,puis1 on te au roi ses vtements1 et les prtres le conduisent dans la mer1 o les ,atuas ,mao 7les ,dieux-,requins7 vont le caresser et le laver dans les flots4 ,ainsi consacr une seconde fois par le baiser de la mer1 sous les regards du ,dieu1 comme il l'a t une premire fois par le ,dieu lui-mme dans son temple1 le roi monte dans la pirogue sacre1 o le grand prtre lui ceint autour des reins le maro oro et autour de la tte le tao mata1 les bandeaux de la souverainet4 ,debout l'avant de la pirogue sacre1 le roi se montre au peuple4 ,et le peuple1 cette vue1 rompant enfin son long silence1 fait retentir de toutes parts le cri solennel3 --,mava ,arii6 7,vive le ,roi67 ,quand le tumulte de ce premier mouvement d'allgresse a cess1 on place le roi sur le lit sacr o1 tout l'heure1 tait l'idole1 et on reprend le chemin du mara1 peu prs dans le mme ordre processionnel qu'on a observ pour en venir4 ,les prtres portent l'idole4 ,les chefs portent le roi4 ,les prtres ouvrent la marche avec leur musique et leur danse4 ,le peuple vient derrire4 ,mais maintenant1 s'abandonnant sa joie1 il ne cesse de crier3 --,mava ,arii6 ,l'idole est solennellement rtablie sur l'autel4 ,ici se termine la fte religieuse4 ,la fte populaire va commencer4 ,comme il a communi avec les ,dieux dans leur temple1 comme il a communi avec la nature dans la mer1 le roi va communier avec son peuple499--,le roi1 couch sur des nattes1 va recevoir le dernier hommage du peuple4 99 ,il est craindre que les missionnaires 7qui nous ont conserv ces traditions7 aient lgrement1 dans un but qu'on devine1 calomni sur ce point comme sur tant d'autres les anctres de leurs ouailles4 ,mais1 travers ce qu'il a de brutal1 de grotesque et mme de rpugnant1 on conviendra peut-tre que ce rite suprme ne manque pas d'une singulire beaut4 ,hommage frntique2 d'un peuple sauvage4 ,c'est toute une foule exprimant son amour pour un homme1 et cet homme est le roi4 ,c'est le dialogue1 grandiose jusqu' l'horreur et jusqu' l'pouvante1 d'un homme et de la foule4 ,demain1 il sera le matre1 il disposera son gr des destines assujetties la sienne et tout l'avenir est lui4 ,la foule n'a qu'une heure6 ,des hommes et des femmes1 entirement nus1 entourent le roi en dansant des danses lascives1 et s'efforcent de toucher certaines parties de son corps de certaines parties du leur4 ,il ne parvient pas toujours viter les contacts1 se prserver des souillures4 ,et l'pilepsie populaire grandit1 devient furieuse4 ,toute l',ile douce vibre d'affreux cris3 dans le soir qui tombe1 l'apparition fantastique d'une multitude folle1 aux geste forcens4 ,mais tout coup les sons de la trompette et du tambour sacerdotaux retentissent4 ,fin de l',hommage1 fin de la fte2 signal de la retraite4 ,les plus dlirants obissent1 tout s'apaise2 un brusque silence1 absolu1 s'est fait4 ,le roi se lve et rentre dans son palais1 accompagn de sa suite1 solennellement1 majestueusement4 ,,ix ,,parahi ,t ,,mara ,l rside le ,temple ,passant1 l'me divine anime jusqu'aux lieux ,o s'accomplirent les ineffables mystres4 ,comme ,hina est la lune et1 ,tfatou1 la terre1 ,passant6 le ,temple vit1 passant6 le ,temple est ,dieu4 ,or1 plus d'un sage a vu s'ouvrir sur les hauts lieux ,des bouches que la soif de notre sang altre3 ,garde-toi des sommets qu'on croirait solitaires1 ,toute cime est un ,temple et tout ,temple est un ,dieu4 ,o passant6 garde-toi de marcher sur la terre ,o s'pancha le vin rouge et noir des mystres1-- ,tu sentirais dans tes talons la dent d'un ,dieu4 ,car1 tandis qu'en nos coeurs le culte pur s'altre1 ,un ,temple indestructible habite les hauts lieux1 ,et les ,dieux ternels y rvent1 solitaires4 ,i ,sommet d'horreur de l',ile ,heureuse1 l rside ,le ,temple1 lieu vivant1 ouvert1 sauvage1 avide4 ,l sont les pieds des ,dieux qui supportent le poids ,des cieux1 l vient mourir la richesse des bois1 ,tout en haut de l',arora1 cimier des cimes1 ,l s'gouttait le sang1 autrefois1 des victimes ,o les vivants communiaient pieusement1 ,et ce rite tait cher aux ,atuas clments ,qui1 gouvernant selon leur sagesse profonde1 ,autrefois6 l'effroyable expansion des mondes1 ,pardonnaient la vie en faveur de la mort4 ,alors l',ile tait riche1 et le peuple tait fort1 ,et connaissait l'amour1 et connaissait la joie4 ,qui buvait1 au sommet d'o le soleil flamboie ,et rayonne sur l'univers1 le flux vital ,de la douleur4 ,splendeur d'autrefois fodal6 ,alors ,otahiti riait dans la lumire4 ,fille franche des eaux1 dlicieuse et fire4 ,qu'illustraient de son sang les sacrificateurs1 ,quand1 de toute l'ardeur du ciel1 sur les hauteurs ,sublimes1 ,taora1 que sa gloire contemple1 ,entretenait la flamme homicide du ,temple ,o venaient les hros allumer leur vertu4 ,,ii ,or1 voici que le cri des victimes s'est tu1 ,et voici que partout1 dans les langueurs de l',ile1 ,coeurs de mles et flancs de femmes sont striles4 ,la prudence1 la peur et l'pargne ont tari ,le sang dont le sommet sacr n'est plus fleuri ,et qui stagne aux longs bords des siestes nervantes4 ,et la vieille ,fort1 dont la sve fervente ,prodigue perdument ses flots insoucieux-- ,palmiers fins dont le front frmit au bord des cieux1 ,tamaris1 hibiscus1 fougres gigantesques1 ,lianes sinuant leurs souples arabesques4 ,l'arbre de rose et le manguier qui chargent l'air ,d'un faste d'ombre et de parfum1 l'arbre de fer1 ,le santal odorant dont l'corce tincelle1 ,et toute la ,fort gnreuse1 o ruisselle ,en nappes d'ombres par les lourdes frondaisons ,et s'vapore en amres exhalaisons ,la puissante liqueur de l'ternelle vie1 ,la ,fort douloureuse et la ,fort ravie1 ,o la nature nat1 meurt et renat sans fin1-- ,dnonce et blme avec le tumulte divin ,de l'amour la folie et le crime de l'homme1 ,qui1 de ses ples jours lchement conome1 ,et corrompu d'orgueils interdits aux mortels1 ,s'empoisonne du sang qu'il drobe aux autels6 ,,iii ,vers la cime jamais dserte et diffame1 ,o ne s'exhale plus la fconde fume ,du sang1 vers le lieu mort ou rgnrent les ,dieux1 ,o l'homme pria1 seuls font les arbres pieux1 ,de leurs rameaux lgers agits par la brise1 ,un geste d'encensoir vaste qui s'ternise4 ,vers le rivage mu de frissons argents ,rit et chante1 aime et dort toute une humanit ,purile1 ingnue1 oublieuse1 frivole1 ,rayonnante au soleil1 comme les vagues molle4 ,et jouissant du jour tant qu'il luit4--,imn6 ,glas de la vie6 ,echo du pass profan6 ,chant immmorial de gat dmentie ,par la menace de trs haut appesantie6 ,,iv ,les ,dieux sont mort1 et ,tahiti meurt de leur mort4 ,le soleil autrefois qui l'enflammait l'endort ,d'un sommeil dsol d'affreux sursauts de rve1 ,et l'effroi du futur emplit les yeux de l',eve ,dore3 elle soupire en regardant son sein1 ,or strile scell par les divins desseins4 ,les ,dieux sont morts4--,mais quand1 sur son char de tnbres1 ,le ,soir1 pourpre d'amours et de meurtres clbres1 ,apparat1 pourchassant le ,soleil furieux4 ,du fond de leur tombeau se relvent les ,dieux ,qui1 sur la cime1 en un formidable concile1 ,durant toute la nuit demeurent1 immobiles1 ,les bras dards vers la mer4 ,et1 du haut du mont1 ,par milliers vers la grve essaiment les dmons1 ,tupapas1 esprits des morts1 larves cruelles1-- ,qui1 dans l'troite case1 en repliant leurs ailes1 ,vers la couchette o la peureuse ne dort pas1 ,se glissent1 froids frleurs1 et chuchotent tout bas3 ,c'est l'heure des ,dieux1 c'est soir des ,dieux1 c'est ,soir6 ,viens3 pour les servir c'est toi qu'ils ont lue4 ,c'est soir de la mort et de l'amour1 c'est ,soir6 ,viens3 pour les aimer c'est toi qu'ils ont voulue4 ,tu n'iras plus danser au bord de la mer1 ,cueillir en chantant la fleur des lauriers-roses1 ,baigner l'or de ton corps l'or de la mer1 ,fondre ton rve au vague rve des choses4 ,tu ne dormiras plus sous les pandanus1-- ,nous allons te saisir entre nos mains creuses3 ,les vivants qui t'aimaient sous les pandanus ,ont-ils su fconder ta chair amoureuse8 ,ton sang est condamn6 ,le temps est venu ,o l'homme doit mourir pour ne pas revivre6 ,il a trahi ses ,dieux3 le temps est venu ,o dans la nuit de la mort il doit les suivre-- ,afin que le ,roi1 le seul ,roi1 ,taora1 ,couve nouveau l'oeuf de l'ternel mystre1 ,afin que le ,roi1 le seul ,roi1 ,taora1 ,partage de plus grands que l'homme la terre4 ,et comme une femme tait1 au premier jour1 ,de qui procda la vie et l'esprance1 ,qu'une femme aussi se lve1 au dernier jour4 ,de qui vienne la mort et la dlivrance4 ,tu n'chapperas pas l'amour des ,dieux6 ,ils te possderont dans ta juste joie1 ,thura1 glorieuse amante des ,dieux1 ,ou tu seras dans ton dsespoir leur proie6 ,c'est l'heure des ,dieux1 c'est soir des ,dieux1 c'est ,soir6 ,viens3 pour les servir c'est toi qu'ils ont lue4 ,c'est soir de la mort et de l'amour1 c'est ,soir6 ,viens3 pour les aimer c'est toi qu'ils ont voulue4 ,et l'enfant voit dans sa terreur le sanctuaire ,antique1 l'appareil des rites mortuaires1 ,l'autel1 le prtre rouge1 et l'oeil phosphorescent ,des dmons1 et les ,dieux au geste menaant1 ,et sa race au grand coeur d'autrefois1 qui succombe ,et gravit humblement les rampes de la tombe ,o l'appellent les ,dieux qu'elle a mis en oubli3 ,sommet d'horreur de l'le ,heureuse1 l rside ,le ,temple1 lieu toujours vivant1 toujours avide4 ,v ,l'enfant voit--et dj les temps sont accomplis4 ,l'homme est mort4 ,il est mort pour ne jamais renatre4 ,les les et les ,eaux servent un autre matre1 ,meilleur1 et dont les yeux sont des foyers d'amour ,et de joie1--et l'enfant1 qui s'tonne du jour ,nouveau1 songe qu'elle est morte1--et la mort est douce ,comme la sieste1 au bord de la mer1 sur la mousse4 99 99 99 99 99 ,l',aroa tonnait dans la nuit du dluge1 ,inaccessible et seul1 phare1 temple1 refuge1 ,parmi l'horreur de l'pouvantable mare1 ,et1 lui ddiant leurs mes dsespres1 ,quelques uns1 les meilleurs de tes fils1 race impie1 ,race oublieuse du vrai chemin de la vie1 ,atteignirent la ,cime et purent voir encore ,sur l'abme des eaux se lever les aurores4 ,bientt recommena la coutumire extase3 ,lumire6 ,amour6 ,bientt le seuil fleuri des cases ,sonna du rire clair des enfants4 ,l',ile ,heureuse ,respirait nouveau la lumire amoureuse1 ,et du sommet sacr les ,dieux veillaient sur elle4 ,car elle fut durant de longs ges fidle1 ,et1 gravissant aux jours marqus la cime rude1 ,aux ,invisibles de la haute solitude ,les gnrations longtemps1 selon le rite1 ,versrent le flots des libations prescrites4 ,vint le crime et vint la peine4 ,ceux qu'on oublie1 ,les ,dieux se sont vengs sur ta gloire1 abolie1 ,race dfaite1 race rduite et captive1 ,et tu ne mires sur l'enchantement des rives ,que l'indolence d'un sourire nostalgique ,o le ressouvenir de ta grandeur tragique1 crit en traits d'inaltrable orgueil1 demeure4 ,qu'attends-tu1 sachant la fatalit de l'heure ,et que les ,dieux trahis ignorent l'indulgence8 ,ah6 reconquiers ton vieil honneur dans leur vengeance6 ,hors du temps lche qui lentement te dcime1 ,bondis jusque vers l'ternit de la ,cime ,qui tonne encore comme en la nuit de l'antique ,dsespoir1 et plus haut que le flux mphitique ,de l'injure1 de l'esclavage1 de la honte1 ,retourne tes ,dieux1 race expirante3 remonte6 ,ces derniers vers1 hier l'actualit1 aujourd'hui l',histoire les souligne d'une singulirement mouvante concidence4 ,la fire race maorie n'a pas attendu nos conseils pour se rsoudre l'hrosme du suicide1 et si elle ne remonte pas1 littralement1 la ,montagne du ,sacrifice1 si elle accepte le mode1 plus moderne1 de la fusillade1 c'est tout de mme la mort qu'elle va1 pour l'amour de son propre et national idal1 et c'est donc ses ,dieux qu'elle retourne4 ,tel1 du moins1 l'exemple de grandeur que donna au monde--mais la presse l-dessus soigneusement fit le silence--la population de ,raata1 l'une des ,iles-sous-le-vent4 ,les spcialistes qui dirigent notre expansion coloniale1 ayant dcid d'annexer nos possessions ocaniennes ce petit groupe d'les1 usrent d'abord1 humainement1 des moyens diplomatiques4 ,mais ils commirent une lourde faute en confiant ce soin au ngre qui gouvernait ,tahiti1 ,lacascade4 ,celui-ci envoya ,raata un messager1 qui russit1 par la ruse1 amener sur la plage le chef de l'le1 accompagn de chefs subalternes4 ,a peine taient-ils en vue que1 du navire de guerre qui attendait distance le rsultat de cette premire tentative1 on dpchait terre des embarcations armes1 tandis que1 sur le navire-mme1 on braquait en sourdine les canons4 ,les indignes1 qui ont la vue trs perante1 conurent de ces manoeuvres quelque dfiance1 et se retirrent en bon ordre4 ,les troupes de dbarquement furent reues coups de fusil et obliges de retourner bord au plus vite4 ,plusieurs matelots et un enseigne expirent la maladresse de ,lacascade et de son messager4 ,a quelque temps de l1 un des spcialistes dont nous parlions1 ,m4 ,chess1 s'tant fait fort de venir bout des rvolts par la simple persuasion1 le gouvernement l'en crut4 ,cela cota une centaine de milliers de francs la ,colonie1 capital dpens en de nombreux envois de messagers aux diffrents chefs insoumis et en une infinit de petits cadeaux aux femmes indignes3 ballons rouges1 boites musique1 etc4 ,ces moyens de sduction n'ayant produit aucun rsultat1 il fallut recourir aux armes4 ,le feu commena le #a;er janvier #ahig4 ,il devait durer1 les montagnes pouvant cacher les ,maories pendant longtemps4 --,pourquoi ne voulez-vous pas tre1 comme ceux de ,tahiti1 gouverns par les lois franaises8--demandait-on un indigne quelques jours avant l'action4 --,parce que nous ne sommes pas vendre1 parce que nous nous trouvons trs bien comme nous sommes1 et parce que nous voulons rester nos matres4 ,nous savons1 du reste1 par l'exemple de ,tahiti prcisment1 en quoi consistent les bienfaits de votre civilisation4 ,a peine installs1 vous prenez tout1 la terre et les femmes1 et sous prtexte d'ivrognerie1 de vol1 vous nous envoyez en prison pour nous donner1 sans doute1 le got des vertus dont vous parlez beaucoup et que vous ne pratiquez pas4 ,et les amendes6 et les papiers timbrs6 et les impts6 et les gendarmes6 et les fonctionnaires64444 --,mais qu'esprez-vous8 --,rien4 ,nous savons que nous serons vaincus4 ,qu'importe6 ,si nous nous rendions1 les principaux de nos chefs seraient envoys ,nouma1 au bagne1 et comme1 pour un ,maorie1 la mort loin de la terre natale est ignominieuse1 nous prfrons mourir chez nous4 ,ce n'est pas nous qui avons provoqu les troubles1 mais il n'y aura pas de repos durable tant que ,maories et ,franais seront cte cte4 ,il faut donc nous tuer tous4 ,vous n'aurez plus alors vous disputer qu'entre vous4 ,pour nous1 nous n'avons d'autre recours que la fuite quotidienne dans la montagne4 ,x ,le ,conteur parle ,depuis une quinzaine de jours1 les mouches1 rares auparavant1 abondaient et devenaient insupportables4 ,et tous les ,maories de se rjouir3 les bonites et les thons allaient monter des bas-fonds4 ,les mouches annonaient la saison de la pche1 la saison du travail4 ,mais n'oublions pas qu' ,tahiti le travail est un plaisir4 ,chacun vrifiait la solidit de ses lignes1 de ses hameons4 ,femmes et enfants1 avec une activit insolite1 s'employaient traner des filets1 ou plutt de longues barrires en feuilles de cocotier1 sur les bords du rivage1 sur les coraux qui garnissent le fond de la mer1 entre la terre et les rcifs4 ,on parvient prendre ainsi certains petits poissons dont les thons sont friands4 ,quand les prparatifs furent achevs1 ce qui ne demanda pas moins de trois semaines1 on lana la mer deux grandes pirogues accouples1 garnies l'avant d'une trs longue perche1 susceptible d'tre releve vivement au moyen de deux cordes fixes l'arrire3 la perche est pourvue d'un hameon et d'un appt2 quand le poisson a mordu1 il est aussitt tir de l'eau et emprisonn dans l'embarcation4 ,nous prmes la mer 7j'tais--naturellement--de la fte7 un beau matin et nous emes vite franchi la ligne des rcifs4 ,nous nous aventurions1 maintenant1 assez loin au large4 ,je vois encore une tortue1 la tte hors de l'eau1 qui nous regarde passer4 ,tous les pcheurs taient d'humeur joyeuse et ramaient vivement4 ,nous arrivons un endroit o la mer est trs profonde et qu'on nomme le ,trou aux ,thons1 en face des ,grottes de ,mara994 ,c'est l1 dit-on1 que ces poissons1 la nuit1 vont dormir1 des profondeurs inaccessibles au requins4 99 ,le mot mara se retrouve dans la langue des bouddhistes1 o il signifie mort et1 par dduction1 pch4 ,un nuage d'oiseaux de mer plane au dessus du trou1 pie les thons4 ,ds qu'un poisson apparat la surface1 les oiseaux se laissent tomber la mer avec une inconcevable rapidit1 puis remontent1 un lambeau de chair au bec4 ,ainsi1 partout1 dans la mer et dans l'air1 et jusque sur nos pirogues1 de toutes parts on mdite le carnage ou on l'accomplit4 ,comme je demandais mes camarades pourquoi ils ne filaient pas une longue ligne fond dans le ,trou aux ,thons1 il me fut rpondu que c'tait impossible3 lieu sacr4 --,l rside le ,dieu de la mer4 ,je pressentais une lgende1 j'obtins sans peine qu'on me la contt4 ,roa ,hatou1 espce de ,neptune tahitien1 dormait au fond de la mer1 dans cet endroit4 ,un ,maorie fut assez imprudent pour y aller pcher1 et1 son hameon s'tant accroch aux cheveux du ,dieu1 le ,dieu s'veilla4 ,furieux1 il monta la surface pour voir qui avait en l'insolence de troubler son repos1 et1 quand il sut que le coupable tait un homme1 il dcida aussitt que toute la race humaine1 pour expier l'impit d'un seul1 prirait4 ,du chtiment1 pourtant--mystrieuse indulgence--fut except prcisment l'auteur du crime4 ,le ,dieu lui ordonna d'aller1 avec toute sa famille1 sur le ,toa ,marama991 qui1 d'aprs les uns1 est une le ou une montagne1 et1 d'aprs les autres1 une pirogue1 une arche4 99 ,toa ,marama signifie ,le guerrier de la ,lune4 ,cette tymologie donne penser que la malfique ,hina fut pour quelque chose1 selon les croyances populaires1 dans le cataclysme du dluge4 ,quand le pcheur et sa famille se furent rendus au lieu dit1 les eaux de la mer commencrent monter4 ,elles couvrirent peu peu jusqu'aux sommets les plus levs1 et firent prir tous les vivants1 l'exception de ceux qui s'taient rfugis sur 7ou dans7 le ,toa ,marama4 ,plus tard1 ils repeuplrent les ,iles499 99 ,cette lgende est une des nombreuses explications maories du dluge4 ,nous dpassmes donc le ,trou aux ,thons1 et un homme fut dsign par le patron des pirogues pour enfoncer la perche dans la mer et jeter l'hameon4 ,on attendit1 de longues minutes durant4 ,aucun thon ne venait mordre4 ,ce fut le tour d'un autre rameur1 et1 cette fois1 un superbe thon mordit1 fit ployer la perche4 ,quatre bras vigoureux soulevrent l'arbuste en tirant les cordes l'arrire1 et le thon parut la surface4 ,mais aussitt un gros requin bondit sur les vagues3 quelques coups des terribles dents1 et nous n'avions plus1 au croc de l'hameon1 qu'une tte coupe4 ,le patron me fit signe4 ,je jetai l'hameon4 ,au bout de trs peu de temps1 nous pchions un thon norme4--,j'entendis1 sans trop y prendre garde1 mes voisins rire entre eux et chuchoter4--,assomm coups de bton sur la tte1 l'animal1 frmissant des spasmes de l'agonie1 s'agitait dans la pirogue1 et son corps1 transform en miroir brillant de facettes1 jetait les clairs de mille feux4 ,une seconde fois1 je fus aussi heureux4 ,dcidment1 le ,franais portait chance6 ,mes compagnons me flicitaient joyeusement1 protestant que j'tais un homme de bien1 et moi1 tout glorieux1 je ne disais pas non4 ,mais1 dans le concert des louanges1 je distinguai1 comme lors de mon premier exploit1 des chuchotements et des rires inexplicables4 ,la pche continua jusqu'au soir4 ,quand la provision de petits poissons amorces fut puise1 le soleil allumait de flammes rouges l'horizon et dix magnifiques thons surchargeaient la pirogue4 ,on se prpara au retour4 ,pendant qu'on mettait tout en ordre1 je demandai un jeune garon le sens des paroles changes tout bas et des rires qui avaient accueilli mes deux captures4 ,il refusa de me rpondre4 ,mais j'insistai1 sachant combien peu le ,maorie possde de force de rsistance1 comme il se rend vite quand on le presse nergiquement4 ,mon interlocuteur finit par me confier que1 si le poisson est pris par l'hameon la mchoire infrieure--et mes deux thons avaient t pris ainsi--cela signifie infidlit de la vahin pendant l'absence du tan4 ,je souris1 incrdule4 ,et nous revnmes4 ,la nuit1 aux tropiques1 tombe vite4 ,il s'agit de la devancer4 ,vingt-deux alertes pagaies plongeaient et replongeaient ensemble dans la mer1 et les rameurs1 pour s'exciter1 criaient en cadence4 ,un sillage phosphorescent s'ouvrait derrire nos pirogues4 ,j'eus la sensation d'une fuite folle3 les redoutables matres de l'ocan nous poursuivaient2 autour de nous bondissaient1 comme des troupeaux fantastiques1 aux formes infinies1 les poissons effrays et curieux4 ,deux heures aprs1 nous approchions de l'entre des rcifs4 ,la mer y dferle furieusement1 et le passage est dangereux cause de la lame4 ,ce n'est pas une manoeuvre aise que de bien prsenter le devant de la pirogue la barre4 ,mais les indignes sont adroits et1 avec un vif intrt1 non sans un peu de crainte aussi1 je suivis l'opration1 qui s'excuta parfaitement4 ,devant nous1 la terre s'clairait de feux mouvants--flammes de torches normes que fournissent des branches sches de cocotiers4 ,et le spectacle tait admirable3 sur le sable1 au bord des flots illumins1 les familles des pcheurs nous attendaient4 ,quelques figures se tenaient assises1 immobiles1 d'autres couraient le long du rivage en agitant les torches2 les enfants sautaient a et l et on entendait de loin leurs cris aigus4 ,d'un puissant lan1 la pirogue s'leva sur le sable4 ,aussitt on procda au partage du butin4 ,tous les poissons furent dposs terre1 et le patron les divisa en autant de parts gales qu'il y avait eu de personnes--hommes1 femmes1 enfants1--pour concourir la pche aux thons et la pche aux petits poissons-amorces4 ,cela fit trente-sept parts4 ,sans perdre de temps1 ma vahin prit la hache1 fendit le bois1 alluma le feu1 tandis que je faisais un peu de toilette et que je me couvrais cause de la fracheur de la nuit4 ,de nos deux parts1 l'une fut cuite1 et ,thura garda la sienne crue4 ,puis elle m'interrogea longuement sur les divers incidents de la pche et je satisfis avec complaisance sa curiosit4 ,elle s'gayait de tout1 contente et nave1 et je l'observais sans rien lui laisser voir de mes secrtes proccupations4 ,au fond de moi1 une inquitude sans plausibles causes s'tait veille et ne voulait plus dormir4 ,je brlais de faire ,thura une question1 une certaine question 444 et j'avais beau me dire3 ,a quoi bon8 je me rpondais moi-mme3 ,qui sait8 ,vint l'heure du coucher1 et1 quand nous fmes tous deux tendus cte cte1 je dis tout coup3 --,tu as t bien sage8 --,oui4 --,et ton amant d'aujourd'hui1 tait-il ton got8 --,je n'ai pas eu d'amant4 --,tu mens6 le poisson a parl4 ,thura se leva et me considra fixement4 ,son visage tait empreint d'un caractre inou de mysticisme et de majest1 d'une grandeur trange1 inconnue et que je n'aurais jamais attendue de sa physionomie naturellement enjoue1 de ses traits presque purils encore4 ,une atmosphre nouvelle venait de se crer dans notre petite case3 je sentais que ,quelqu'un d'auguste venait de se lever entre nous4 ,oui1 malgr moi1 je subissais l'ascendant de la ,foi1 j'attendais l'avertissement d'en haut1 et1 tout en faisant un rapide et pnible retour sur la strile vanit de notre scepticisme compar aux certitudes ardentes d'une croyance et ft-ce d'une superstition quelconque1 je ne doutais pas que l'avertissement ne dt venir4 ,thura1 doucement1 alla s'assurer que notre porte tait bien close1 et1 revenue au milieu de la chambre1 fit haute-voix cette prire3 ,sauvez-moi6 ,sauvez-moi6 ,il est soir1 il est soir des ,dieux6 ,veillez prs de moi1 mon ,dieu6 ,veillez sur moi1 mon ,seigneur6 ,gardez-moi des enchantements et des mauvais conseils2 ,gardez-moi de la mort subite1 ,de souhaiter le mal et de maudire2 ,gardez-moi des querelles pour le partage des terres4 ,que la paix rgne autour de nous6 ,o mon ,dieu1 gardez-moi contre les guerriers furieux6 ,gardez-moi contre celui qui erre en menaant1 ,qui se plat faire peur4 ,contre celui dont les cheveux sont toujours hrisss6 ,que moi et mon esprit nous vivions1 ,o mon ,dieu6 ,ce soir-l1 certes1 avec ,thura1 moi aussi j'ai pri4 ,sa prire finie1 elle s'approcha de moi et me dit1 les yeux pleins de larmes3 --,il faut me battre1 beaucoup me frapper4 ,et devant l'expression profonde de ce visage1 et devant la beaut parfaite de cette statue vivante1 j'eus la vision de la ,divinit elle-mme que ,thura venait d'invoquer4 ,que mes mains soient jamais maudites si elles osaient se lever sur un chef-d'oeuvre de la nature6 ,ainsi1 nue1 les yeux calmes dans les pleurs1 elle me semblait revtue du manteau de puret jaune-orang1 du manteau jaune-orang de ,bhixu4 ,elle rpta3 --,il faut me battre1 beaucoup me frapper1 sinon tu seras courrouc longtemps et tu seras malade4 ,je l'embrassai4 ,et maintenant1 l'aimant sans dfiance et autant que je l'admirais1 je murmurais en moi-mme ces paroles du ,bouddha3 ,oui1 c'est par la douceur qu'il faut vaincre la violence1 par le bien1 le mal1 par la vrit1 le mensonge4 ,cette nuit fut divine comme tant d'autres1 plus que toutes les autres1--et le jour se leva radieux4 ,ds la premire heure1 belle-maman nous apporta quelques cocos frais4 ,du regard1 elle interrogeait ,thura4 ,elle savait4 ,avec un jeu trs fin de physionomie1 elle me dit3 --,tu as pch1 hier4 ,tout s'est bien pass8 ,je rpondis3 --,j'espre recommencer bientt4 ,,xi ,,le ,,conteur ,,ach,,ve ,,son ,r,,cit ,il me fallut revenir en ,france4 ,des devoirs imprieux de famille me rappelaient4 ,adieu1 terre hospitalire1 terre dlicieuse1 patrie de libert et de beaut6 ,je pars1 vieilli de deux ans1 rajeuni de vingt ans1 plus barbare qu' l'arrive et bien plus instruit4 ,oui1 les sauvages ont enseign bien des choses au vieux civilis1 bien des choses de la science de vivre1 ces ignorants1 et de l'art d'tre heureux4 ,surtout1 ils m'ont fait me mieux connatre moi-mme1 ils m'ont dit ma propre vrit4 --,etait-ce l ton ,secret1 monde mystrieux8 ,o monde mystrieux d'tre la ,toute ,clart1 tu as fait en moi la lumire1 et j'ai grandi dans l'admiration de ton antique beaut1 qui est la jeunesse immmoriale de la ,nature4 ,et je suis devenu meilleur d'avoir compris et d'avoir aim ton me humaine1--une fleur qui achve de fleurir et dont personne1 dsormais1 ne respirera plus l'odeur4 ,quand je quittai le quai1 au moment de prendre la mer1 je regardai pour la dernire fois ,thura4 ,elle avait pleur plusieurs nuits durant4 ,lasse maintenant1 et triste toujours1 mais calme1 elle se tenait assise sur la pierre1 les jambes pendantes1 effleurant de ses pieds larges et solides l'eau sale4 ,la fleur qu'elle portait1 le matin1 son oreille1 tait tombe sur ses genoux1 fane4 ,de distance en distance1 d'autres1 comme elle1 regardaient1 fatigues1 muettes1 mornes1 sans penses1 la lourde fume du navire qui nous emportait tous1 bien loin1 pour jamais1 amants d'un jour4 ,et de la passerelle du navire1 avec la lorgnette1 longtemps encore1 tandis que nous nous loignions1 il nous sembla lire sur leurs lvres ces vieux vers maories3 ,vous1 lgres brises du sud et de l'est1 ,qui vous joignez pour vous jouer et vous caresser au-dessus de ma tte1 ,htez-vous de courir ensemble l'autre ,ile4 ,vous y trouverez1 assis l'ombre de son arbre favori1 ,celui qui m'a abandonne4 ,dites-lui que vous m'avez vue en pleurs4 ,,table ,thura1 j'inscrirai ton nom d'bne et d'or4 ,i4 ,point de vue ,,ii4 ,le ,conteur parle ,,iii4 ,vivo ,,iv4 ,le ,conteur parle ,v4 ,papmo ,,vi4 ,le ,conteur parle ,,vii4 ,nav nav fnua ,,viii4 ,le ,conteur parle ,,ix4 ,parahi t ,mara ,x4 ,le ,conteur parle ,,xi4 ,le ,conteur achve son rcit