,,la ,,sagesse ,,et ,,la ,,de/9,e ,,maurice ,,maet]l9ck #aijh ,,madame ,,georgette ,,leblanc ,je v\s ddie ce livre1 qui e/ p\r a9si dire votre oeuvre4 ,il y a une collaboration plus haute et plus relle que celle de la plume2 c'e/ celle de la p5se et de l'exemple4 ,il ne m'a pas fallu pniblem5t imag9] les rsolutions et les actions d'un sage idal1 ou tir] de mon coeur la morale d'un beau rve =cm5t un peu vague4 ,il a suffi que j'c\tasse vos p>oles4 ,il a suffi que mes yeux v\s suiviss5t att5tivem5t dans la vie2 ils y suivai5t a9si les m\vem5ts1 les ge/es1 les habitudes de la sagesse mme4 ,,maet]l9ck4 ,i ,en ce livre1 on p>l]a s\v5t de sagesse1 de fatalit1 de ju/ice1 de bonheur et d'am\r4 ,il semble qu'il y ait quelque ironie voqu] a9si un bonheur peu visible1 au milieu de malheurs trs rels1 une ju/ice peut-tre idale1 au se9 d'une inju/ice1 hlas6 trop matrielle1 et un am\r assez malaism5t saisissable dans de la ha9e ou de l'indiffr5ce bi5 manife/e4 ,il semble qu'il ne soit gure opportun d'all] *]*]1 loisir1 en des replis ca*s au fond du coeur de l'humanit1 quelques motifs de confiance ou de srnit1 quelques occasions de s\rire1 de s'pan\ir et d'aim]1 quelques raisons de rem]ci] et d'admir]1 qu& la plus gr&e p>tie de cette humanit1 au nom de laquelle on se p]met d'lev] la voix1 lo9 de p\voir s'att>d] aux j\issances intrieures et aux consolations pr(ondes1 mais si pniblem5t atte9tes1 que le p5seur satisfait prconise1 n'a mme pas l'assurance ni le temps de gt] jusqu'au b\t les misres et les dsolations de la vie4 ,on a repro* a9si aux morali/es1 ,epictte entre autres1 de ne jamais s'occup] que du sage4 ,il y a du vrai dans ce repro*e1 comme il y a du vrai dans presque t\s les repro*es qu'on peut faire4 ,au fond1 si l'on avait le c\rage de n'c\t] que la voix la plus simple1 la plus pro*e1 la plus pressante de sa consci5ce1 le seul devoir indubitable s]ait de s\lag] aut\r de soi1 dans un c]cle aussi t5du que possible1 le plus de s\ffrances qu'on p\rrait4 ,il faudrait se faire infirmi]1 visiteur des pauvres1 consolateur des affligs1 fondateur d'us9es modles1 mdec91 lab\reur1 que sais-je1 ou t\t au mo9s ne s'appliqu]1 comme le savant de laboratoire1 qu' arra*] la nature ses secrets matriels les plus indisp5sables4 ,seulem5t1 un monde o il n'y aurait plus1 un mom5t donn1 que des g5s se sec\rant les uns les autres ne p]si/]ait pas longtemps dans cette oeuvre *>itable si p]sonne n'usurpait le loisir ncessaire p\r se proccup] d'autre *ose4 ,c'e/ grce quelques hommes qui p>aiss5t inutiles qu'il y aura t\j\rs un c]ta9 nombre d'hommes inconte/ablem5t utiles4 ,la meilleure p>tie du bi5 qu'on fait aut\r de n\s1 cette heure1 e/ ne d'abord dans l'esprit de l'un de ceux qui ngligr5t peut-tre plus d'un devoir immdiat et urg5t p\r rfl*ir1 p\r r5tr] en eux-mmes1 p\r p>l]4 ,e/-ce dire qu'ils ai5t fait ce qu'il y avait de mieux faire8 ,qui os]ait rpondre cette "q8 ,ce qu'il y a de mieux faire semble t\j\rs1 aux yeux de l'me humblem5t honnte qu'il faut s'ef=c] d'tre1 le devoir le plus simple et le plus pro*e1 mais il n'en s]ait pas mo9s regrettable que t\t le monde s'en ft t\j\rs t5u au devoir le plus pro*e4 t\tes les poques1 il y eut des tres qui pur5t s'imag9] loyalem5t qu'ils remplissai5t t\s les devoirs de l'heure prs5te en songeant aux devoirs de l'heure qui allait suivre4 ,la plup>t des p5seurs affirm5t volonti]s que ces tres ne se trompr5t po9t4 ,il e/ bon que le p5seur affirme quelque *ose4 ,il e/ vrai1 p\r le dire en passant1 que la sagesse se tr\ve p>fois dans le contraire de ce que le plus sage affirme4 ,qu'importe8 on ne l'y et pas ap]ue sans cette affirmation2 et le sage a fait son devoir4 ,,ii ,auj\rd'hui1 la misre e/ une maladie de l'humanit comme la maladie e/ une misre de l'homme4 ,il y a des mdec9s p\r la maladie1 comme il faudrait des mdec9s p\r la misre huma9e4 ,mais1 de ce que l'tat de maladie e/ malheureusem5t trs commun1 s'ensuit-il qu'on ne doive jamais s'occup] de la sant1 et que celui qui enseigne l'anatomie1 p> exemple1 qui e/ la sci5ce physique correspondant le plus exactem5t la morale1 ait uniquem5t t5ir compte des d=mations qu'une d*ance plus ou mo9s gnrale inflige au corps de l'homme8 ,il importe qu'il p>te d'un corps sa9 et bi5 con/itu1 comme il importe que le morali/e qui s'ef=ce de reg>d] p> del l'heure prs5te1 p>te d'une me heureuse1 ou qui du mo9s a ce qu'il faut p\r l'tre1 hormis la consci5ce suffisante4 ,n\s vivons au se9 d'une gr&e inju/ice1 mais il n'y a1 je p5se1 ni indiffr5ce ni cruaut1 p>l] p>fois comme si cette inju/ice n'tait plus1 sans quoi l'on ne sortirait jamais de son c]cle4 ,il faut bi5 que quelques-uns se p]mett5t de p5s]1 de p>l] et d'agir comme si t\s tai5t heureux2 s9on1 quel bonheur1 quelle ju/ice1 quel am\r1 quelle beaut1 tr\v]ai5t t\s les autres le j\r o le de/9 leur ouvrira les j>d9s publics de la t]re promise8 ,on peut dire1 il e/ vrai1 qu'il convi5drait d'all] d'abord au plus press4 ,mais all] au plus press n'e/ pas t\j\rs le p>ti le plus sage4 ,mieux vaut s\v5t all] t\t de suite au plus haut4 ,si les eaux envahiss5t la demeure du paysan holl&ais1 la m] ou la rivire vois9e ayant p]c la digue qui df5d la campagne1 le plus press1 p\r lui1 s]a de sauv] ses be/iaux1 ses f\rrages et ses meubles1 mais le plus sage1 d'all] lutt] contre les flots1 au sommet de la digue1 et d'y appel] t\s ceux qui viv5t s\s la protection des t]res branles4 ,l'humanit a t jusqu'ici comme une malade qui se t\rne et se ret\rne sur son lit p\r tr\v] le repos1 mais cela n'emp*e pas que les seules p>oles vritablem5t consolantes qui lui ai5t t dites1 l'ont t p> ceux qui lui p>lai5t comme si elle n'et jamais t malade4 ,c'e/ que l'humanit e/ faite p\r tre heureuse1 comme l'homme e/ fait p\r tre bi5 portant1 et qu& on lui p>le de sa misre1 au se9 mme de la misre la plus univ]selle et la plus p]man5te1 on a l'air de ne lui dire que des p>oles accid5telles et provisoires4 ,il n'y a ri5 de dplac s'adress] elle comme si elle se tr\vait t\j\rs la veille d'un gr& bonheur ou d'une gr&e c]titude4 ,en ralit elle s'y tr\ve p> son in/9ct1 dt-elle ne jamais atte9dre le l5dema94 ,il e/ bon de croire qu'un peu plus de p5se1 un peu plus de c\rage1 un peu plus d'am\r1 un peu plus de curiosit1 un peu plus d'ardeur vivre suffira quelque j\r n\s ouvrir les portes de la joie et de la vrit4 ,cela n'e/ pas t\t fait improbable4 ,on peut espr] qu'un j\r t\t le monde s]a heureux et sage2 et si ce j\r ne vi5t jamais1 il n'e/ pas crim9el de l'avoir espr4 ,en t\t cas1 il e/ utile de p>l] du bonheur aux malheureux1 p\r leur appr5dre le connatre4 ,ils s'imag95t si volonti]s que le bonheur e/ une *ose extraord9aire et presque inaccessible6 ,mais si t\s ceux qui peuv5t se croire heureux disai5t bi5 simplem5t les motifs de leur satisfaction1 on v]rait qu'il n'y a jamais1 de la tri/esse la joie1 que la diffr5ce d'une acceptation un peu plus s\riante1 un peu plus claire1 un ass]vissem5t ho/ile et assombri2 d'une int]prtation troite et ob/9e une int]prtation h>monieuse et l>gie4 ,ils s'cri]ai5t alors3 ,n'e/-ce donc que cela8 ,mais n\s aussi n\s possdons dans notre coeur les lm5ts de ce bonheur4 ,en effet v\s les y possdez4 mo9s de gr&s malheurs physiques1 t\t le monde les possde4 ,mais ne p>lez pas de ce bonheur avec mpris4 ,il n'y en a po9t d'autre4 ,le plus heureux des hommes e/ celui qui connat le mieux son bonheur2 et celui qui le connat le mieux e/ celui qui sait le plus pr(ondm5t que le bonheur n'e/ sp> de la dtresse que p> une ide haute1 infatigable1 huma9e et c\rageuse4 ,c'e/ de cette ide qu'il e/ salutaire de p>l] le plus s\v5t possible2 non pas p\r impos] celle que l'on possde1 mais p\r faire natre peu peu dans le coeur de ceux qui n\s c\t5t le dsir d'en possd] une leur t\r4 ,cette ide e/ diffr5te p\r *acun de n\s4 ,la vtre ne me convi5t po9t2 v\s aurez beau me la rpt] avec loqu5ce1 elle n'atte9dra pas les organes ca*s de ma vie4 ,il faut que j'acquire la mi5ne en moi-mme1 p> moi-mme4 ,mais t\t en ne p>lant que de la vtre1 v\s m'aid]ez sans le savoir acqurir la mi5ne4 ,il arriv]a que ce qui v\s attri/e me rcon=t]a1 que ce qui v\s console m'afflig]a peut-tre1 peu importe2 ce qu'il y a de beau dans votre vision consolante entr]a dans mon affliction1 et ce qu'il y a de gr& dans votre tri/esse pass]a dans ma joie1 si ma joie e/ digne de votre tri/esse4 ,ce qu'il faut1 avant t\t1 c'e/ prp>] la surface de notre me une c]ta9e hauteur p\r y recevoir cette ide1 comme les prtres d'anci5nes religions dnudai5t et db>rassai5t de ses p9es et de ses ronces le sommet d'une montagne p\r y recevoir le feu du ciel4 ,il n'e/ pas impossible que1 dema91 on n\s envoie du fond de la plante ,m>s1 dans la vrit df9itive sur la con/itution et sur le b de l'univ]s1 la =mule infaillible du bonheur4 ,elle ne *ang]a1 n'amlior]a quelque *ose1 en notre vie morale1 qu'autant que n\s vivions depuis longtemps dans l'att5te et le dsir de l'amlioration4 ,*acun de n\s pr(it]a et j\ira des bi5faits de cette =mule1 cep5dant inv>iable1 en proportion de l'espace ds9tress1 purifi1 att5tif et dj clair que cette =mule tr\v]a dans son me4 ,t\te la morale1 t\te la sci5ce de la ju/ice et du bonheur1 ne devrait tre qu'une att5te1 une prp>ation aussi va/e1 aussi exprim5te1 aussi accueillante que possible4 ,c]tes1 il e/ dsirable entre t\s1 le j\r o n\s vivrons enf9 dans la c]titude1 dans la vrit sci5tifique1 totale1 9branlable2 mais en att5dant1 il n\s e/ donn de vivre dans une vrit plus importante encore1 la vrit de notre me et de notre c>actre2 et quelques sages n\s ont pr\v que cette vie tait possible au se9 mme des plus gr&es erreurs matrielles4 ,,iii ,e/-il va9 de p>l] de morale1 de ju/ice1 de bonheur et de t\t ce qui s'y rapporte1 avant l'heure df9itive de la sci5ce qui peut t\t b\lev]s]8 ,peut-tre sommes n\s dans des tnbres provisoires1 et bi5 des *oses ne se font pas de la mme faon dans les tnbres qu' la cl>t du j\r4 ,nanmo9s1 les vnem5ts ess5tiels de notre vie physique et de notre vie morale ont lieu dans l'ombre1 aussi ncessairem5t1 aussi compltem5t qu' la lumire4 ,il n\s faut vivre1 en att5dant le mot de l'nigme1 et c'e/ en vivant le plus heureusem5t1 le plus noblem5t que l'on peut1 qu'on vivra le plus puissamm5t et qu'on aura le plus de c\rage1 le plus d'indp5dance1 le plus de clairvoyance1 p\r le dsir et la re*]*e de la vrit4 ,et puis1 quoi qu'il arrive1 le temps consacr l'tude de n\s-mme ne s]a pas p]du4 ,quelle que soit la manire dont n\s ayons un j\r envisag] ce monde dont n\s faisons p>tie1 il y aura t\j\rs bi5 plus de s5tim5ts1 de passions1 de secrets inaltrs1 inaltrables en l'me huma9e1 qu'il n'y aura d'toiles relies la t]re1 ou de my/res claircis p> la sci5ce4 ,au se9 de la vrit la plus irrcusable et la plus pntrante1 l'homme s'lv]a sans d\te1 mais il s'lv]a selon la direction inv>iable de l'me huma9e2 et l'on peut affirm] que plus l'univ]selle c]titude s]a =te et consolante1 plus les problmes de la ju/ice1 de la morale1 du bonheur et de l'am\r pr5dront1 aux yeux de t\s1 l'aspect dom9ateur et passionnant1 s\s lequel ils se sont t\j\rs prs5ts aux reg>ds du p5seur4 ,il importe de vivre comme si l'on se tr\vait t\j\rs la veille de la gr&e dc\v]te et de se prp>] l'accueillir1 le plus totalem5t1 le plus intimem5t1 le plus ardemm5t qu'on p\rra4 ,et la meilleure manire de l'accueillir un j\r1 s\s quelque =me qu'elle se doive rvl]1 c'e/ de l'espr] ds auj\rd'hui1 aussi haute1 aussi va/e1 aussi p>faite1 aussi ennoblissante1 qu'il n\s e/ donn de n\s l'imag9]4 ,n\s ne saurions lui prt] trop d'ampleur1 trop de beaut1 ni trop de maje/4 ,il e/ c]ta9 qu'elle s]a meilleure que nos meilleurs espoirs1 c> si elle en diffre1 si elle va jusqu' les contr$ire1 p> le fait mme qu'elle n\s apport]a la vrit1 elle n\s apport]a quelque *ose de plus gr&1 de plus haut1 de plus con=me la nature huma9e que ce que n\s avions att5du4 ,p\r l'homme1 dt-il y p]dre t\t ce qu'il admirait1 l'admirable p> excell5ce ce s]a la vrit intime de l'univ]s4 ,en supposant qu'au j\r o elle s]a manife/e1 les plus humbles c5dres de nos esprances soi5t disp]ses1 il n\s re/]a en t\t cas notre prp>ation l'admirable1 et l'admirable entr]a dans notre me flots plus ou mo9s abondants1 selon la l>geur1 selon la pr(ondeur du lit que notre att5te aura creus4 ,,iv ,e/-il ncessaire de se croire meilleur que l'univ]s8 ,n\s aurons beau raisonn]1 t\te notre raison ne s]a jamais qu'un bi5 faible rayon de la nature1 une infime p>tie de ce t\t qu'elle s'arroge le droit de jug]1 et faut-il qu'un rayon1 p\r qu'il fasse son devoir1 s\haite de modifi] la lampe dont il mane8 ,le sommet de notre tre1 du haut duquel n\s ent5dons abs\dre ou condamn] la totalit de la vie1 n'e/ videmm5t qu'une 9galit que notre oeil seul rem>que sur la sphre sans limite de la vie4 ,il e/ sage de p5s] et d'agir comme si t\t ce qui arrive l'humanit tait indisp5sable4 ,il n'y a pas longtemps1 p\r ne cit] qu'un seul de ces problmes que l'in/9ct de notre plante e/ appel rs\dre1 il n'y a pas longtemps1 on eut1 p>at-il1 l'int5tion de dem&] aux p5seurs de l',europe s'il faudrait considr] comme un bonheur ou un malheur qu'une race n]gique1 op9itre et puissante1 mais qui n\s semble1 n\s autres ,ary5s1 en v]tu de prjugs trop aveuglm5t accepts1 infrieure p> l'me ou p> le coeur1 la race juive en un mot1 disp>t ou devnt prpondrante4 ,je suis p]suad que le sage peut rpondre1 sans qu'il y ait dans sa rponse ni rsignation ni indiffr5ce rprh5sibles3 ,ce qui aura lieu s]a le bonheur4 ,s\v5t1 ce qui a lieu n\s p>at avoir tort1 mais qu'a donc fait de plus utile jusqu'ici t\te la raison huma9e que de tr\v] une raison suprieure aux torts de la nature8 ,t\t ce qui n\s s\ti5t1 t\t ce qui n\s assi/e1 dans la vie physique comme dans la vie morale1 vi5t d'une sorte de ju/ification l5te et graduelle de la =ce inconnue qui n\s p>ut d'abord impitoyable4 ,si une race absolum5t con=me notre idal disp>at1 c'e/ que notre idal n'e/ pas absolum5t con=me l'idal p> excell5ce1 qui e/1 comme je l'ai dit1 la vrit intime de l'univ]s4 ,dj1 n\s avons su tir] de notre expri5ce1 dj n\s avons vu confirm] p> la ralit d'admirables rves1 d'admirables dsirs1 de gr&es ides et de gr&s s5tim5ts d'am\r1 de beaut1 de ju/ice4 ,s'il en e/ dans notre imag9ation1 de plus va/es et de plus consolants1 mais qui ne support]ai5t pas l'preuve de la ralit1 c'e/--dire de la puissance anonyme et my/rieuse de la vie1 c'e/ qu'il faut qu'ils soi5t autres1 mais non qu'ils soi5t mo9s beaux1 mo9s va/es1 ni mo9s consolants4 ,en att5dant que la ralit se manife/e1 il e/ peut-tre salutaire d'entret5ir un idal qu'on s'imag9e plus beau que la ralit2 mais aprs que celle-ci s'e/ enf9 rvle1 il devi5t ncessaire que la flamme idale que n\s avons n\rrie de nos meilleurs dsirs1 ne s]ve plus qu' clair] loyalem5t les beauts mo9s fragiles et mo9s complaisantes de la masse imposante qui crase ces dsirs4 ,je ne crois pas qu'il y ait en t\t ceci acceptation s]vile1 fatalisme endormi1 optimisme passif4 ,il e/ possible que le sage p]de en ma9te occasion une p>tie de l'ardeur ob/9e1 exclusive et aveugle1 qui fit ralis] p> quelques-uns des *oses p\r a9si dire surhuma9es1 p> cela mme qu'ils ne possdai5t pas la plnitude de la raison huma9e4 ,mais il n'en e/ pas mo9s c]ta9 qu'il n'e/ p]mis aucune me honnte d'all] *]*] de l'n]gie1 de la bonne volont1 des illusions ou de l'aveuglem5t dans une rgion infrieure celle des p5ses de ses meilleures heures4 ,on ne fait vraim5t son devoir dans la vie intrieure qu'en le faisant t\j\rs au plus haut de son me1 au plus haut de sa vrit propre4 ,et si1 dans l'exi/5ce pratique et quotidi5ne1 il e/ p>fois licite de compos] avec les circon/ances1 s'il n'y e/ pas t\j\rs opportun d'all] jusqu'au b\t de soi-mme1 comme ,sa9t-,j1 p> exemple1 qui1 v\lant1 avec une ardeur admirable1 la ju/ice1 la paix et le bonheur univ]sels1 envoyait de bonne foi l'*afaud des milli]s de victimes1 dans la vie de la p5se1 le devoir e/ d'all]1 en t\t cas jusqu' l'extrmit de sa p5se4 ,au re/e1 savoir que l'on n'agit qu'en att5dant la vrit n'emp*]a d'agir que ceux qui n'euss5t pas davantage agi dans l'ignorance4 ,la p5se qui s'lve enc\rage ce qu'elle dc\rage4 ,il semble naturel ceux qui reg>d5t de haut et admir5t d'avance ce qui dtruira leur action1 de faire t\t ce qu'ils peuv5t p\r amlior] ce qu'il n'e/ pas int]dit d'appel] la raison1 la ju/ice1 la beaut de la t]re1 l'in/9ct de la plante4 ,ils sav5t qu'amlior]1 ici1 ce n'e/1 au fond1 que dc\vrir1 compr5dre1 respect]4 ,avant t\t1 ils ont confiance dans l'ide de l'univ]s4 ,ils sont p]suads que t\t ef=t v]s le mieux les rappro*e de la volont secrte de la vie1 mais ils appr5n5t en mme temps tir] de l'*ec de leurs plus gnreux ef=ts et de la rsi/ance de ce gr& monde1 un alim5t n\veau p\r leur admiration1 p\r leur ardeur1 p\r leur espoir4 ,si v\s gravissez v]s le soir une haute montagne1 v\s voyez dim9u] peu peu1 se p]dre enf9 dans l'ombre envahissante de la valle1 les arbres1 les maisons1 le clo*]1 les prs1 les v]g]s1 la r\te et la rivire mme4 ,mais les petits po9ts lum9eux que l'on tr\ve1 au fond des plus obscures nuits1 dans les lieux habits p> les hommes ne s'affaibliront pas mesure que v\s v\s lv]ez4 ,au contraire1 *aque pas que v\s f]ez v]s la hauteur1 v\s dc\vrirez un plus gr& nombre de lumires dans les villages endormis s\s vos pi$s4 ,la lumire1 si fragile qu'elle soit1 e/ peut-tre la seule *ose qui ne p]de presque ri5 de sa valeur en face de l'imm5sit4 ,il en e/ de mme de nos lumires morales qu& n\s reg>dons la vie d'un peu haut4 ,il e/ bon que la contemplation n\s appr5ne n\s ds9tress] de t\tes nos passions infrieures1 mais il ne faut pas qu'elle affaiblisse ou dc\rage le plus humble de nos dsirs de vrit1 de ju/ice et d'am\r4 ,d'o vi5t-elle1 cette rgle que je =mule a9si8 je n'en sais ri5 moi-mme4 ,elle me p>at huma9e et ncessaire1 voil t\t2 et je n'en saurais donn] d'autres raisons que des raisons s5tim5tales4 ,mais les raisons s5tim5tales sont p>fois les mo9s mprisables4 ,et si j'atteignais un sommet d'o cette loi ne me p>atrait plus utile1 j'c\t]ais l'in/9ct secret qui me dirait de ne pas m'arrt]1 de m'lev] encore1 jusqu' ce que j'ap]oive de n\veau t\te son utilit4 ,v ,aprs cette introduction gnrale1 p>lons plus p>ticulirem5t de l'influ5ce que la sagesse peut avoir sur notre de/9e4 ,et puisque l'occasion s'en prs5te1 il e/ peut-tre utile de faire obs]v]1 ds l'abord1 qu'on *]*]ait en va9 une m?ode bi5 rig\reuse dans ce livre4 ,il n'e/ compos que de mditations int]rompues1 qui s'enr\l5t avec plus ou mo9s d'ordre aut\r de deux ou trois objets4 ,il ne prt5d p]suad] p]sonne1 il n'ent5d ri5 pr\v]4 ,au demeurant1 les livres n'ont gure1 dans la vie1 l'importance que la plup>t des hommes qui les criv5t ou qui les lis5t veul5t bi5 leur accord]4 ,il suffirait de les c\t] dans l'esprit o l'un de mes amis1 qui e/ un gr& sage1 c\tait un j\r le rcit des d]ni]s in/ants de l'emp]eur ,anton9 le ,pieux4 ,anton9 le ,pieux qui1 plus ju/e titre encore que ,m>c-,aurle1 peut tre considr comme l'homme le meilleur et le plus p>fait que la t]re ait port1 c> t\te la sagesse1 t\te la pr(ondeur1 t\te la bont1 t\tes les v]tus de son fils adoptif1 il joignait je ne sais quoi de plus viril1 de plus n]gique1 de plus pratique1 de plus simplem5t heureux et de plus spontan1 qui le rappro*ait davantage de la vrit quotidi5ne1 ,anton9 le ,pieux1 t5du sur son lit1 att5dait la mort1 les yeux voils de l>mes involontaires et les membres baigns des ples sueurs de l'agonie4 ce mom5t1 le *ef des g>des du palais entra dans sa *ambre1 p\r lui dem&]1 selon l'usage1 le mot d'ordre4 quanimitas1 galit d'me1 rpondit-il en t\rnant la tte du ct de l'ombre t]nelle4 ,il e/ beau d'aim] et d'admir] cette p>ole1 disait mon ami4 ,il e/ plus beau encore1 aj\tait-il1 de savoir sacrifi] sans que p]sonne le rem>que1 sans que soi-mme on songe s'en ap]cevoir1 le temps que le has>d n\s accorde p\r l'admir]1 la premire v5ue des petites oeuvres utiles et simplem5t vivantes que le mme has>d (fre sans cesse la bonne volont de notre coeur4 ,,vi ,leur de/9e v\lait sans d\te qu'ils fuss5t opprims p> les hommes ou p> les vnem5ts p>t\t o ils se plant]ai5t4 dit un auteur en p>lant des hros de son livre4 ,il en e/ a9si de la plup>t des hommes4 ,il en e/ a9si de t\s ceux qui n'ont pas appris sp>] leur de/9e extrieure de leur de/9e morale4 ,ils sont semblables au petit ruisseau aveugle que je contemplais un mat91 du haut d'une coll9e4 ,ttonnant1 se dbattant1 trbu*ant et *ancelant sans cesse au fond d'une valle obscure1 il *]*ait sa r\te v]s le gr& lac qui dormait de l'autre ct de la =t1 dans la paix de l'aurore4 ,ici1 c'tait un qu>ti] de basalte qui l'obligeait quatre longs dt\rs1 l-bas1 les rac9es d'un vieil arbre1 plus lo9 encore1 le simple s\v5ir d'un ob/acle jamais disp>u le faisait remont] v]s sa s\rce en b\illonnant en va91 et l'loignait indf9im5t de son b et de son bonheur4 ,mais1 dans une autre direction1 et presque p]p5diculairem5t au ruisseau affol1 malheureux1 inutile1 une =ce suprieure aux =ces in/9ctives avait trac trav]s la campagne1 trav]s les pi]res cr\les1 trav]s la =t obissante1 une sorte de long canal1 f]me1 v]doyant1 ins\cieux1 pacifique1 allant sans hsit]1 de son pas calme et clair1 des pr(ondeurs d'une autre s\rce ca*e l'horizon1 v]s le mme lac lum9eux et tranquille4 ,et j'avais mes pi$s l'image des deux gr&es de/9es qui sont (f]tes l'homme4 ,,vii ct de ceux qui sont opprims p> les hommes et p> les vnem5ts1 il y a en effet d'autres tres en qui se tr\ve une sorte de =ce intrieure laquelle se s\mett5t non seulem5t les hommes1 mais mme les vnem5ts1 qui les ent\r5t4 ,ils ont consci5ce de cette =ce2 et cette =ce n'e/ d'ailleurs autre *ose qu'un s5tim5t de soi-mme qui a su s't5dre au del des bornes de la consci5ce habituelle aux hommes4 ,on n'e/ *ez soi1 on n'e/ l'abri des caprices du has>d1 on n'e/ heureux et =t que dans l'ence9te de sa consci5ce4 ,au re/e1 ces *oses ont t dites trop s\v5t p\r que n\s n\s y arrtions1 si ce n'e/ p\r fix] notre po9t de d"p4 ,un tre ne gr&it que dans la mesure o il augm5te sa consci5ce1 et sa consci5ce augm5te mesure qu'il gr&it4 ,il y a ici d'admirables *anges2 et de mme que l'am\r e/ insatiable d'am\r1 t\te consci5ce e/ insatiable d'ext5sion1 d'lvation morale1 et t\te lvation morale e/ insatiable de consci5ce4 ,,viii ,mais ce s5tim5t de soi-mme1 tel qu'on le compr5d d'habitude1 se limite trop volonti]s la connaissance de nos dfauts et de nos qualits4 ,il peut s't5dre des my/res inf9im5t plus sec\rables4 ,se connatre soi-mme1 ce n'e/ pas seulem5t se connatre au repos ou se connatre plus ou mo9s dans le prs5t et le pass4 ,les tres dont je p>le n'ont en eux cette =ce que p>ce qu'ils se connaiss5t aussi dans l'av5ir4 ,avoir consci5ce de soi-mme1 p\r les hommes les plus gr&s1 c'e/ avoir consci5ce1 jusqu' un c]ta9 po9t1 de son toile ou de sa de/9e4 ,ils connaiss5t une p>tie de leur av5ir p>ce qu'ils sont dj une p>tie de cet av5ir mme4 ,ils ont confiance en eux p>ce qu'ils sav5t ds auj\rd'hui ce que les vnem5ts devi5dront dans leur me4 ,l'vnem5t en soi1 c'e/ l'eau pure que n\s v]se la =tune et il n'a d'ord9aire p> lui mme ni saveur1 ni c\leur1 ni p>fum4 ,il devi5t beau ou tri/e1 d\x ou am]1 mortel ou vivifiant1 selon la qualit de l'me qui le recueille4 ,il arrive sans cesse ceux qui n\s ent\r5t mille et mille av5tures qui sembl5t t\tes *>ges de g]mes d'hrosme1 et ri5 d'hroque ne s'lve aprs que l'av5ture s'e/ dissipe4 ,mais ,jsus-,*ri/ r5contre sur sa r\te une tr\pe d'enfants1 une femme adultre ou la ,sam>ita9e1 et l'humanit monte trois fois de suite la hauteur de ,dieu4 ,,ix ,on devrait p\voir dire qu'il n'arrive aux hommes que ce qu'ils veul5t qu'il leur arrive4 ,n\s n'avons1 il e/ vrai1 qu'une influ5ce affaiblie sur un c]ta9 nombre d'vnem5ts extrieurs2 mais n\s avons une action t\te puissante sur ce que ces vnem5ts devi5n5t en n\s-mmes1 c'e/--dire sur la p>tie spirituelle qui e/ la p>tie lum9euse et immortelle de t\t vnem5t4 ,il e/ des milli]s d'tres en qui cette p>tie spirituelle qui dem&e natre de t\t am\r1 de t\t malheur ou de t\te r5contre n'a pu vivre un in/ant1 et ceux-l pass5t comme des paves sur un fleuve4 ,il en e/ quelques autres en qui cette "p immortelle absorbe t\t2 et ceux-l sont comme des les sur la m]1 c> ils ont tr\v un po9t fixe d'o ils comm&5t aux de/9es intimes2 et la de/9e vritable e/ une de/9e intime4 ,p\r la plup>t des hommes1 c'e/ ce qui leur arrive qui assombrit ou claire leur vie2 mais la vie intrieure de ceux dont je p>le claire seule t\t ce qui leur arrive4 ,si v\s aimez1 ce n'e/ pas cet am\r qui fait p>tie de votre de/9e2 c'e/ la consci5ce de v\s-mme que v\s aurez tr\ve au fond de cet am\r qui modifi]a votre vie4 ,si l'on v\s a trahi1 ce n'e/ pas la trahison qui importe2 c'e/ le p>don qu'elle a fait natre dans votre me1 et la nature plus ou mo9s gnrale1 plus ou mo9s leve1 plus ou mo9s rfl*ie de ce p>don1 qui t\rn]a votre exi/5ce v]s le ct paisible et plus clair du de/9 o v\s v\s v]rez mieux que si l'on v\s tait re/ fidle4 ,mais si la trahison n'a pas accru la simplicit1 la confiance plus haute1 l't5due de l'am\r1 on v\s aura trahi bi5 inutilem5t1 et v\s p\rrez v\s dire qu'il n'e/ ri5 arriv4 ,x ,n'oublions pas que ri5 ne n\s arrive qui ne soit de la mme nature que n\s-mmes4 ,t\te av5ture qui se prs5te1 se prs5te notre me s\s la =me de nos p5ses habituelles1 et aucune occasion hroque ne s'e/ jamais (f]te celui qui n'tait pas un hros sil5cieux et obscur depuis un gr& nombre d'annes4 ,gravissez la montagne ou desc5dez dans le village1 allez au b\t du monde ou bi5 prom5ez-v\s aut\r de la maison1 v\s ne r5contr]ez que v\s-mme sur les r\tes du has>d4 ,si ,judas sort ce soir1 il ira v]s ,judas et aura l'occasion de trahir1 mais si ,socrate ouvre sa porte1 il tr\v]a ,socrate endormi sur le seuil et aura l'occasion d'tre sage4 ,nos av5tures err5t aut\r de n\s comme les abeilles sur le po9t d'essaim] err5t aut\r de la ru*e4 ,elles att5d5t que l'ide-mre sorte enf9 de notre me2 et qu& elle e/ sortie1 elles s'agglomr5t aut\r d'elle4 ,m5tez1 et les m5songes acc\rront2 aimez1 et la grappe d'av5tures frissonn]a d'am\r4 ,il semble que t\t n'att5de qu'un signal intrieur1 et si notre me devi5t plus sage v]s le soir1 le malheur apo/ p> elle-mme le mat9 devi5t plus sage aussi4 ,,xi ,il n'arrive jamais de gr&s vnem5ts intrieurs ceux qui n'ont ri5 fait p\r les appel] eux2 et cep5dant le mo9dre accid5t de la vie porte en lui la sem5ce d'un gr& vnem5t intrieur4 ,mais ces vnem5ts sont les esclaves de la ju/ice1 et *aque homme a la "p de but9 qu'il mrite4 ,n\s dev5ons exactem5t ce que n\s dc\vrons dans les bonheurs et les malheurs qui n\s advi5n5t2 et les caprices les plus inatt5dus de la =tune s'acc\tum5t pr5dre la =me mme de nos p5ses4 ,les vtem5ts1 les armes et les p>ures du de/9 se tr\v5t dans notre vie intrieure4 ,si ,socrate et ,!rsite p]d5t leur fils unique le mme j\r1 le malheur de ,socrate ne s]a pas p>eil au malheur de ,!rsite4 ,la mort mme1 que l'on croit inv>iable1 a d'autres habitudes1 d'autres ge/es1 d'autres l>mes dans la maison des bons que dans celle des m*ants4 ,on dirait que le malheur ou le bonheur se purifie avant de frapp] la porte du sage2 et qu'il baisse la tte p\r entr] dans une me mdiocre4 ,,xii mesure que n\s dev5ons sages1 n\s *appons quelques-unes de nos de/9es in/9ctives4 ,il y a dans t\t tre un c]ta9 dsir de sagesse1 qui p\rrait trans=m] en consci5ce la plup>t des has>ds de la vie4 ,et ce qui a t trans=m en consci5ce n'app>ti5t plus aux puissances ennemies4 ,une s\ffrance que votre me a *ange en d\ceur1 en indulg5ce ou en s\rires pati5ts1 e/ une s\ffrance qui ne revi5dra plus sans ornem5ts spirituels2 et une faute et un dfaut que v\s avez reg>ds face face e/ une faute et un dfaut qui ne peuv5t plus v\s nuire1 et qui ne peuv5t plus nuire aux autres4 ,il exi/e des rapports incessants entre l'in/9ct et le de/91 ils se s\ti5n5t l'un l'autre1 et ils rd5t la ma9 dans la ma9 aut\r de l'homme inatt5tif4 ,mais t\t tre qui sait dim9u] en lui la =ce aveugle de l'in/9ct1 dim9ue t\t aut\r de lui la =ce du de/94 ,il semble qu'il cre une sorte de lieu d'asile1 inviolable en proportion de sa sagesse1 et ceux qui pass5t p> has>d dans la zone claire de sa consci5ce acquise n'ont ri5 cra9dre du has>d tant qu'ils s'att>d5t en cette zone4 ,placez ,socrate et ,jsus-,*ri/ au milieu des ,atrides1 et l',ore/ie n'aura pas lieu aussi longtemps qu'ils se tr\v]ont dans le palais d',agamemnon2 et s'ils se fuss5t assis sur le seuil des demeures de ,joca/e1 ,o,edipe n'et pas song se crev] les yeux4 ,il y a des malheurs que la fatalit n'ose entrepr5dre en prs5ce d'une me qui l'a va9cue plus d'une fois1 et le sage qui passe int]rompt mille drames4 ,,xiii ,il e/ si vrai que la prs5ce du sage p>alyse le de/91 qu'il n'exi/e peut-tre pas un seul drame o p>aisse un vritable sage1 et s'il y en p>at un1 l'vnem5t s'arrte de lui-mme avant les l>mes et le sang4 ,non seulem5t1 il n'y a jamais de drame entre les sages1 mais il y a trs r>em5t un drame aut\r du sage4 ,il n'e/ gure possible d'imag9] qu'un vnem5t tragique se dveloppe entre des tres qui ont fait srieusem5t le t\r de leur consci5ce1 et les hros des gr&es tragdies ont des mes qu'ils n'int]rog5t jamais pr(ondm5t4 ,c'e/ p\rquoi le pote tragique ne saurait n\s montr] qu'une beaut plus ou mo9s en*ane1 c> ds que ses hros s'lv5t aussi haut que de vritables hros doiv5t mont]1 ils laiss5t tomb] leurs armes1 et le drame n'e/ plus que le repos dans la lumire4 ,le seul drame du sage se tr\ve dans le ,phdon1 dans ,prom?e1 dans la passion du ,*ri/1 dans le meurtre d',orphe ou le sacrifice d',antigone4 ,mais ce drame mis "p1 qui e/ le drame unique de la sagesse1 obs]vons que les potes tragiques os5t trs r>em5t p]mettre au sage de p>atre un mom5t sur la scne4 ,ils craign5t une me haute p>ce que les vnem5ts la craign5t1 et qu'un meurtre commis en prs5ce du sage n'a pas le mme aspect que le meurtre commis en prs5ce de ceux dont l'me s'ignore encore4 ,si ,o$ipe avait possd quelques-unes de ces c]titudes que t\t p5seur peut acqurir1 s'il avait eu en lui ce refuge t\j\rs ouv]t que ,m>c-,aurle1 p> exemple1 avait su difi] en lui-mme1 qu'aurait fait le de/91 et qu'aurait-il pris ses piges1 si ce n'e/ la pure lumire que rp& une gr&e me en dev5ant plus belle dans l'in=tune8 ,o se tr\ve le sage dans ,o,edipe8 ,e/-ce ,tirsias8 ,il connat l'av5ir1 mais il ignore que la bont et le p>don dom95t l'av5ir4 ,il sait la vrit sacre1 mais il ignore la vrit huma9e4 ,il ignore la sagesse qui pr5d le malheur dans ses bras p\r lui communiqu] sa =ce4 ,ceux qui sav5t ne sav5t ri5 s'ils ne possd5t pas la =ce de l'am\r1 c> le vritable sage n'e/ pas celui qui voit1 mais celui qui1 voyant le plus lo91 aime le plus pr(ondm5t les hommes4 ,voir sans aim]1 c'e/ reg>d] dans les tnbres4 ,,xiv ,on n\s affirme que t\tes les gr&es tragdies ne n\s (fr5t pas d'autre spectacle que la lutte de l'homme contre la fatalit4 ,je crois1 au contraire1 qu'il n'exi/e pas une seule tragdie o la fatalit rgne rellem5t4 ,j'ai beau les p>c\rir1 je n'en tr\ve pas une o le hros combatte le de/9 pur et simple4 ,au fond1 ce n'e/ jamais le de/91 c'e/ t\j\rs la sagesse qu'il attaque4 ,il n'y a de fatalit vritable qu'en c]ta9s malheurs extrieurs1 tels que les maladies1 les accid5ts1 la mort inop9e de p]sonnes aimes1 etc41 mais il n'exi/e pas de fatalit intrieure4 ,la volont de la sagesse a le p\voir de rectifi] t\t ce qui n'atte9t p> mortellem5t notre corps4 ,s\v5t mme elle p>vi5t s'introduire dans le doma9e troit des fatalits extrieures4 ,il e/ vrai qu'il faut accumul] en soi1 un l\rd1 un pati5t trsor1 p\r que cette volont tr\ve1 au mom5t sol5nel1 les =ces ncessaires4 ,,xv ,la /atue du de/9 projette une ombre norme sur la valle qu'elle semble inond] de tnbres2 mais cette ombre a des cont\rs trs nets p\r ceux qui la reg>d5t des flancs de la montagne4 ,n\s naissons en elle1 il e/ vrai2 mais1 il e/ p]mis beauc\p d'hommes d'en sortir2 et si notre faiblesse ou nos infirmits n\s atta*5t jusqu' la mort aux rgions assombries1 c'e/ dj quelque *ose que de s'en loign] p>fois p> le dsir et la p5se4 ,il e/ possible que le de/9 rgne plus rig\reusem5t sur l'un ou l'autre d'entre n\s1 en v]tu de l'hrdit1 en v]tu de l'in/9ct1 en v]tu d'autres lois plus inexorables encore1 plus pr(ondes et plus inconnues1 mais alors mme qu'il n\s accable de malheurs immrits et tonnants1 alors mme qu'il n\s oblige de faire ce que n\s n'aurions jamais fait s'il n'avait pas viol5t nos ma9s1 le malheur adv5u1 l'acte accompli1 il dp5d de n\s qu'il n'ait plus aucune influ5ce sur ce qui va se pass] dans notre me4 ,il ne peut emp*]1 qu& il frappe un coeur de bonne volont1 que le malheur subi ou l'erreur reconnue n'ouvr5t en ce coeur une s\rce de cl>t4 ,il ne peut emp*] qu'une me ne trans=me *acune de ses preuves en p5ses1 en s5tim5ts1 en bi5s inviolables4 ,quelle que soit sa puissance au dehors1 il s'arrte t\j\rs qu& il tr\ve sur le seuil l'un des g>di5s sil5cieux d'une vie intrieure4 ,et si on lui p]met alors l'accs de la demeure ca*e1 il n'y peut pntr] qu'en hte bi5faisant1 p\r ranim] l'atmosphre eng\rdie1 r5\vel] la paix1 augm5t] la lumire1 t5dre la srnit1 clair] l'horizon4 ,,xvi ,encore une fois1 qu'aurait fait le de/91 s'il s'tait tromp d'me et qu'il et t5du picure1 ,m>c-,aurle ou ,anton9-le-pieux les piges qu'il t5dit ,o,edipe8 ,je cons5s mme suppos] qu'il et pu entran] ,anton91 p> exemple1 massacr] son pre et pr(an] dans la mme ignorance1 la c\*e de sa mre4 ,qu'aurait-il branl dans l'me du noble s\v]a98 ,la f9 de t\t ceci n'et-elle pas t con=me au dn\em5t de t\s les drames qui s'attaqu5t au sage1 c'e/--dire une gr&e d\leur1 il e/ vrai1 mais aussi une gr&e lumire ne de cette d\leur mme et dj victorieuse demi de son ombre8 ,anton9 et pleur comme t\s les hommes pleur5t2 mais les plus l>ges pleurs n'teign5t aucun rayon dans une me qui n'a pas de rayons emprunts4 ,il y a p\r le sage1 de la d\leur au dsespoir1 un long *em9 que la sagesse n'a jamais p>c\ru4 la hauteur morale o la vie d',anton9 n\s montre qu'il tait p>v5u1 les p5ses qui gr&iss5t1 les s5tim5ts qui s'ennobliss5t clair5t t\tes les l>mes4 ,il aurait accueilli le malheur dans la p>tie la plus va/e et la plus pure de son me1 et le malheur p\se1 comme l'eau1 t\tes les =mes du vase dans lequel on l'enf]me4 ,anton9 se s]ait rsign1 disons-n\s4 ,oui1 mais encore faut-il rem>qu] que ce mot n\s ca*e trop s\v5t ce qui a lieu dans un gr& coeur4 ,il e/ facile la premire me v5ue de s'imag9] qu'elle aussi se rsigne4 ,hlas6 ce n'e/ pas la rsignation qui n\s console1 n\s purifie et n\s lve1 mais les p5ses et les v]tus au nom desquelles on se rsigne1 et c'e/ ici que la sagesse rcomp5se ses fidles en proportion de leurs mrites4 ,il exi/e des ides qu'aucune cata/rophe ne peut atte9dre4 ,il suffit d'ord9aire qu'une ide s'lve au-dessus de la vanit1 de l'indiffr5ce et de l'gsme quotidi5s p\r que celui qui la n\rrit ne soit plus aussi vulnrable4 ,et c'e/ p\rquoi1 qu'il y ait bonheur ou malheur1 l'homme le plus heureux s]a t\j\rs celui dans lequel la plus gr&e ide vit avec la plus gr&e ardeur4 ,si la fatalit l'et v\lu1 ,anton9 le ,pieux et t ince/ueux et p>ricide peut-tre1 mais sa vie intrieure1 lo9 de s'anantir comme la vie d',o,edipe1 et t raff]mie p> ses dsa/res mmes1 et le de/9 et pris la fuite1 en ab&onnant1 t\t aut\r du palais de l'emp]eur1 ses rseaux et ses armes brises1 c> de mme que le triomphe des consuls et des dictateurs ne p\vait avoir lieu que dans ,rome1 le vritable triomphe du de/9 ne saurait avoir lieu que dans l'me4 ,,xvii ,o se tr\ve la fatalit dans ,hamlet1 le ,roi ,le> et ,macbe?8 ,son trne n'e/-il pas assis au c5tre mme de la draison du vieux roi1 sur les m>*es infrieures de l'imag9ation du jeune pr9ce et sur la cime des dsirs maladifs du ?ane de ,cawdor8 ,ne p>lons pas de celui-ci1 ni du pre de ,cordlia1 dont l'inconsci5ce trop manife/e ne s]a conte/e p> p]sonne1 mais ,hamlet1 le p5seur1 e/-il sage8 ,voit-il les crimes d',els5eur d'assez haut8 ,il les ap]oit1 semble-t-il1 des sommets de l'intellig5ce1 mais les sommets de c]ta9s s5tim5ts1 les sommets de la bont1 de la confiance1 de l'indulg5ce et de l'am\r1 dans la lum9euse *ane de montagnes de la sagesse1 ne dom95t-ils pas ceux de l'intellig5ce8 ,que s]ait-il adv5u s'il avait contempl les =faits d',els5eur des hauteurs d'o ,m>c-,aurle et ,fnelon1 p> exemple1 les euss5t contempls8 ,et d'abord1 n'arrive-t-il pas s\v5t qu'un crime qui s5t pes] sur lui le reg>d d'une me plus puissante1 susp5de sa m>*e dans les tnbres1 de mme que les abeilles susp5d5t leur travail qu& un rayon de j\r pntre dans la ru*e8 ,en t\t cas1 le de/9 vritable auquel ,claudius et ,g]trude s'tai5t ab&onns1--c> on ne se livre au de/9 que lorsqu'on fait le mal1--le de/9 vritable1 qui e/ le de/9 intrieur1 aurait suivi sa voie dans l'me des c\pables1 mais aurait-il pu en sortir1 aurait-il os fran*ir la b>rire clatante et accusatrice que la simple prs5ce d'un de ces sages et mise en p]man5ce devant les portes du palais8 ,si les de/9es de ceux qui sont mo9s sages p>ticip5t malgr elles aux de/9es du sage qu'elles r5contr5t1 les de/9s du sage sont r>em5t atte9tes p> des de/9es infrieures4 ,dans les doma9es de la fatalit1 non plus que sur la t]re1 les fleuves ne remont5t v]s leurs s\rces4 ,mais p\r en rev5ir la premire ide1 v\s imag9ez-v\s une me puissante et s\v]a9e1 comme celle de ,jsus la place d',hamlet1 dans ,els5eur1 et que la tragdie suive son c\rs jusqu'aux quatre morts de la f98 ,cela v\s p>at-il possible8 ,e/-ce que le crime le plus habile1 en prs5ce d'une sagesse pr(onde1 ne ressemble pas un peu ces spectacles que l'on (fre le soir aux t\t petits enfants et dont un rayon de soleil rvl]ait la pauvret et le m5songe8 ,voyez-v\s ,jsus-,*ri/1 ou simplem5t le sage que v\s avez peut-tre r5contr1 au milieu des tnbres volontaires d',els5eur8 ,qu'e/-ce qui mne ,hamlet1 s9on une p5se aveugle qui lui dit que la v5geance e/ l'unique devoir8 ,mais fallait-il vraim5t un ef=t surhuma9 p\r reconnatre que la v5geance n'e/ jamais un devoir8 ,je le rpte1 ,hamlet p5se beauc\p1 mais il n'e/ gure sage4 ,il ne p>at pas s\ponn] o se tr\ve le dfaut de la cuirasse du de/94 ,il ne suffit pas t\j\rs de s'arm] de p5ses hautes p\r le va9cre1 c> le de/9 sait oppos] aux p5ses hautes des p5ses plus hautes encore2 mais quel de/9 a jamais rsi/ des p5ses d\ces1 simples1 bonnes et loyales8 ,la seule manire d'ass]vir le de/91 c'e/ de faire le contraire du mal qu'il v\drait n\s faire faire4 ,il n'y a pas de drame 9vitable4 ,les cata/rophes d',els5eur n'ont lieu que p>ce que t\tes les mes se refus5t voir2 mais une me vivante contra9t t\tes les autres entr'ouvrir les yeux4 ,o tait-il crit que ,larte1 ,ophlie1 ,g]trude1 ,hamlet et ,claudius duss5t m\rir1 si ce n'e/ dans l'aveuglem5t misrable d',hamlet8 ,mais qu'y avait-il donc d'9vitable en cet aveuglem5t8 ,ne faisons pas int]v5ir le de/9 l o une p5se peut ds>m] encore les puissances meurtrires4 ,il lui re/e une "p assez belle4 ,le de/91 je retr\ve son empire dans un mur qui me tombe sur la tte1 dans la tempte qui v5tre un navire et dans l'pidmie qui atte9t ceux que j'aime4 ,mais il n'entre jamais dans l'me d'un homme qui ne l'appelle pas4 ,hamlet e/ malheureux p>ce qu'il m>*e dans des tnbres inhuma9es1 et c'e/ son ignorance qui fixe son malheur4 ,il n'y a ri5 au monde qui obisse plus longtemps que la fatalit t\s ceux qui os5t lui donn] des ordres4 ,horatio lui-mme et pu lui en donn] jusqu'au d]ni] mom5t1 mais il n'a pas eu l'n]gie ncessaire p\r sortir de l'ombre de son matre4 ,il et suffi qu'une me et eu l'audace de cri] la vrit dans ,els5eur1 p\r que l'hi/oire d',els5eur ne se ft pas cr\le t\t entire dans des l>mes de ha9e et d'horreur4 ,mais le mauvais has>d1 aux doigts de la sagesse1 e/ s\ple comme un jonc que l'on vi5t de c\p] et devi5t une b>re d'aira9 meurtrirem5t inflexible aux ma9s de l'inconsci5ce4 ,une fois de plus1 t\t dp5dait ici1 non du de/91 mais de la sagesse du plus sage1 c> ,hamlet tait le plus sage1 et c'e/ p\rquoi il dev5ait1 p> sa seule prs5ce1 le c5tre mme du drame d',els5eur--et la sagesse d',hamlet ne dp5dait que de lui-mme4 ,,xviii ,si v\s v\s dfiez des tragdies imag9aires1 pntrez dans l'un ou l'autre des gr&s drames de l'hi/oire au!ntique2 v\s v]rez que la de/9e et l'homme y ont les mmes rapports1 les mmes habitudes1 les mmes impati5ces1 les mmes s\missions et les mmes rvoltes4 ,v\s v]rez que l aussi la p>tie la plus active de ce que n\s n\s plaisons nomm] fatalit e/ une =ce cre p> les hommes4 ,elle e/ norme1 il e/ vrai1 mais r>em5t irrsi/ible4 ,elle ne sort pas1 un mom5t donn1 d'un abme inexorable1 inaccessible et insondable4 ,elle e/ =me de l'n]gie1 des dsirs1 des p5ses1 des s\ffrances1 des passions de nos frres1 et n\s devrions connatre ces passions puisqu'elles sont p>eilles aux ntres4 ,mme dans les mom5ts les plus tranges1 dans les malheurs les plus my/rieux et les plus imprvus1 n\s n'avons presque jamais lutt] contre un ennemi invisible ou totalem5t inconnu4 ,n't5dons pas plaisir le doma9e de l'9luctable4 ,les hommes vraim5t =ts n'ignor5t po9t qu'ils ne connaiss5t pas t\tes les =ces qui s'oppos5t leurs projets1 mais ils combatt5t contre celles qu'ils connaiss5t aussi c\rageusem5t que s'il n'y en avait pas d'autres1 et triomph5t s\v5t4 ,n\s aurons s+ulirem5t aff]mi notre scurit1 notre paix et notre bonheur1 le j\r o notre ignorance et notre indol5ce auront cess d'appel] fatal t\t ce que notre n]gie et notre intellig5ce aurai5t d appel] naturel et huma94 ,,xix ,voyez une mmorable victime du de/93 ,l\is ,,xvi4 ,jamais1 semble-t-il1 la fatalit ne v\lut plus implacablem5t le malheur d'un pauvre homme1 honnte1 bon1 d\x1 v]tueux4 ,mais si on reg>de l'hi/oire de plus prs1 de quoi e/ fait t\t le v59 de cette fatalit s9on des faiblesses1 des hsitations1 des petites duplicits1 des inconsqu5ces1 de la vanit et de l'aveuglem5t de la victime8 ,s'il e/ vrai qu'une sorte de prde/9ation dom9e t\tes les circon/ances d'une vie1 cette prde/9ation ne saurait se tr\v] que dans notre c>actre2 et le c>actre1 n'e/-ce pas ce qui devrait se modifi] le plus facilem5t dans un homme de bonne volont8 ,n'e/-ce pas1 en fait1 ce qui se modifie t\j\rs dans la plup>t des exi/5ces8 ,avez-v\s1 tr5te ans1 le c>actre que v\s aviez v+t8 ,il e/ meilleur ou pire selon que v\s avez vu triomph] le m5songe et la ha9e1 la dloyaut et la m*ancet1 ou bi5 la vrit1 l'am\r et la bont4 ,et v\s avez cru voir triomph] la ha9e ou l'am\r1 la vrit ou le m5songe d'aprs l'ide plus ou mo9s leve que v\s v\s tes faite peu peu du bonheur et du b de la vie4 ,c'e/ ce qui proccupe notre secret dsir qui semble naturellem5t l'emport]4 ,si v\s t\rnez les yeux du ct du mal1 le mal e/ p>t\t victorieux2 mais si v\s avez appris vos reg>ds s'atta*] la simplicit1 la s9crit et la vrit1 v\s ne v]rez au fond de t\te *ose que la victoire puissante et sil5cieuse de ce que v\s aimez4 ,,xx ,t\tefois1 n'allons pas jug] ,l\is ,,xvi du po9t de vue o n\s sommes4 ,mettons-n\s sa place1 au milieu de ses inc]titudes1 de son tonnem5t1 de ses difficults1 de ses obscurits4 ,il e/ trop facile de prvoir ce qu'il et fallu faire aprs que l'on sait t\t ce qui a t fait4 ,n\s aussi1 dans nos tr\bles1 dans nos hsitations1 dans notre ignorance du devoir1 on devra n\s jug] en *]*ant retr\v] la trace de nos d]ni]s pas sur le sable de la petite m95ce d'o n\s n\s ef=cions de dc\vrir l'av5ir4 ,savons-n\s mieux que ,l\is ,,xvi ce qu'il convi5t de faire en ce mom5t8 ,ce qu'il faut ab&onn] et ce qu'il faut df5dre8 ,flott]ons-n\s plus sagem5t que lui entre les droits de la raison huma9e et ceux des circon/ances8 ,l'hsitation consci5cieuse n'a-t-elle pas s\v5t t\s les c>actres d'un devoir8 ,l'exemple du malheureux roi peut cep5dant n\s enseign] une *ose importante3 c'e/ que dans un gr& et noble d\te1 il faut t\j\rs all] c\rageusem5t1 directem5t et inf9im5t au del de ce qui n\s p>at raisonnable1 ralisable et ju/e4 ,l'ide que n\s n\s faisons du devoir1 de la ju/ice et de la vrit1 si claire1 si avance1 si indp5dante qu'elle n\s p>aisse1 ne l'e/ jamais autant qu'elle le s]a t\t naturellem5t quelques annes1 quelques sicles plus t>d4 ,il e/ donc sage d'all] du mo9s aussi promptem5t que possible la po9te extrme de ce que n\s voyons1 de ce que n\s esprons4 ,si ,l\is ,,xvi avait fait ce que n\s aurions fait sa place1 ma9t5ant que n\s savons ce qu'il et fallu faire1 c'e/--dire abdiqu] fran*em5t t\tes les folies du prjug royal1 accept] loyalem5t la vrit n\velle et la ju/ice suprieure qu'on (frait ses yeux1 n\s admir]ions son gnie4 ,or1 il e/ probable que ,l\is ,,xvi1 qui n'tait ni un m*ant homme ni un imbcile1 a pu voir1 ne ft-ce qu'une m9ute1 sa situation1 du mme oeil que l'et vue un philosophe ds9tress4 ,en t\t cas1 cela n'e/ pas1 hi/oriquem5t ou psy*ologiquem5t1 impossible4 ,n\s savons bi5 s\v5t1 dans nos d\tes sol5nels1 o se tr\ve le po9t fixe1 le sommet inaltrable du devoir1 mais il n\s semble qu'il y a1 du devoir actuel ce sommet trop solitaire et trop t9celant1 une di/ance qu'il ne s]ait pas prud5t de fran*ir t\t de suite4 ,et p\rtant1 t\te l'hi/oire de l'humanit1 t\te l'expri5ce de notre propre vie ne n\s pr\v5t-elles pas que c'e/ t\j\rs le plus haut sommet qui a raison1 qu'il faut t\j\rs f9ir p> y mont] de =ce1 aprs avoir p]du un temps prcieux sur la plup>t des m95ces int]mdiaires8 ,qu'e/-ce qu'un sage1 un hros1 un gr& homme1 s9on celui qui e/ all t\t seul1 avant les autres1 sur le plateau ds]t que t\s ap]cevai5t plus ou mo9s clairem5t8 ,,xxi ,n\s ne prt5dons pas qu'il et fallu que ,l\is ,,xvi et t un homme de ce g5re1 un homme de gnie1 bi5 que ce soit presque un devoir d'avoir du gnie qu& on ti5t dans ses ma9s la de/9e d'un gr& nombre de ses frres4 ,n\s ne prt5dons pas davantage que les meilleurs de n\s euss5t vit ses erreurs et p> consqu5t ses malheurs4 ,non2 mais une *ose e/ c]ta9e1 c'e/ qu'aucun de ces malheurs n'avait une orig9e surhuma9e1 n'tait surnaturellem5t ou trop my/rieusem5t 9vitable4 ,ils ne desc5dai5t pas d'un autre monde2 ils n'tai5t pas envoys p> un ,dieu mon/rueux1 incomprh5sible et capricieux4 ,ils tai5t ns d'une ide de ju/ice mconnue1 d'une ide de ju/ice qui s'tait reveille en sursaut dans la vie1 mais qui n'avait jamais dormi dans la raison de l'homme4 ,et qu'y a-t-il au monde de plus rassurant1 de plus prs de n\s1 de plus pr(ondm5t huma9 qu'une ide de ju/ice8 ,il tait regrettable1 au po9t de vue de la tranquillit de ,l\is ,,xvi1 que cette ide se ft prcism5t rveille s\s son rgne2 c'e/ peu prs t\t ce qu'il p\vait repro*] au de/92 et la plup>t des repro*es que n\s lui faisons d'ord9aire ont la mme valeur4 ,p\r le re/e1 il e/ trs lgitimem5t p]mis de suppos] qu'un seul acte d'n]gie1 de loyaut totale1 de sagesse ds9tresse et noblem5t clairvoyante et pu *ang] le c\rs des vnem5ts4 ,si la fuite ,v>5nes1 qui tait cep5dant un acte de duplicit et de faiblesse c\pable1 avait t organise d'une manire un peu mo9s purile1 un peu mo9s absurde1 comme aurait pu l'organis] t\t homme habitu la vie relle1 il n'e/ pas d\teux que ,l\is ,,xvi ne s]ait pas mort sur l'*afaud4 ,etait-ce un dieu ou son aveugle complaisance p\r ,m>ie-,anto9ette qui le p\ssait confi] au sot1 vaniteux et maladroit de ,f]s5 les prp>atifs et la direction du dsa/reux voyage8 ,etait-ce une =ce ple9e de gr&s my/res ou sa lgret1 son ins\ciance1 son inconsci5ce1 je ne sais quel ab&on apa?ique et en mme temps provocateur son toile1 comme les non*alants et les faibles en ont s\v5t dans les dang]s1 qui l'obligeait de mettre1 *aque relais1 la tte la portire de la b]l9e1 de faon tre reconnu trois ou quatre fois8 ,et dans le mom5t dcisif1 dans cette s9i/re et haletante nuit de ,v>5nes1 qui e/ une de ces nuits de l'hi/oire o la fatalit et d rgn] l'horizon comme une 9branlable montagne1 ne la voit-on pas *ancel] *aque pas1 cette fatalit1 telle qu'un enfant qui m>*e p\r la premire fois et qui ne sait si c'e/ ce caill\ blanc ou cette t\ffe d'h]be qui le f]a *oir droite ou gau*e dans le s5ti]8 l'arrt tragique de la b]l9e1 dans la nuit noire1 au cri t]rible p\ss p> un adolesc5t1 le jeune ,dr\et3 ,au nom de la nation6444 un ordre du roi dans la voiture1 un c\p de f\et1 un c\p de colli]1 et v\s et moi1 n\s ne s]ions probablem5t pas ns1 c> l'hi/oire du monde n'et pas t la mme4 ,et puis devant le maire1 respectueux1 dconc]t1 hsitant1 et qui n'att5d qu'un mot imprieux p\r ouvrir t\tes les portes1 et l'aub]ge1 et dans la b\tique de ,m4 ,sauce1 le brave pici] du village1 enf9 l'arrive de ,goguelat et de ,*oiseul1 ent\rs des huss>ds qui apport5t le salut1 v+t reprises1 t\t n'a-t-il pas dp5du d'un oui ou d'un non1 d'un pas1 d'un ge/e1 d'un reg>d8 ,mettez dix hommes que v\s connaissez assez intimem5t dans la situation du roi de ,france1 et v\s prvoirez c\p sr l'issue de leurs dix nuits4 ,ah6 c'e/ bi5 l la nuit honteuse1 la nuit rvlatrice de la fatalit6 ,vit-on jamais plus clairem5t la dp5dance1 la misre familire et eff>e de cette gr&e =ce my/rieuse qui dans nos heures trop rsignes semble pes] sur notre vie8 ,la vit-on jamais1 plus compltem5t dp\ille de ses vtem5ts emprunts1 imposants et trompeurs1 all] et v5ir1 c5t fois de suite et t\t en l>mes1 de la mort la vie1 de la vie la mort1 et se jet] enf91 comme une femme p\vante1 dans les bras d'un malheureux homme un peu mo9s inexi/ant1 un peu mo9s indcis qu'elle-mme1 p\r implor] jusqu'au mat9 une dcision1 une exi/5ce qu'elle ne tr\ve jamais qu'au fond d'une intellig5ce1 d'une volont huma9e8 ,,xxii ,p\rtant1 ce n'e/ pas l t\te la vrit4 ,il e/ salutaire d'envisag] les *oses de cette faon1 de dim9u] a9si le rle de la fatalit1 de la trait] comme une femme hsitante et g>e qu'il convi5t de recueillir et de guid]4 ,cela n\s donne1 en att5dant notre heure dang]euse1 une confiance1 une initiative1 un c\rage sans lesquels on ne f]ait ri5 d'utile3 mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas autre *ose1 qu'il ne faille jamais compt] qu'avec sa volont et son intellig5ce4 ,l'intellig5ce et la volont1 comme des soldats victorieux1 doiv5t s'habitu] vivre aux dp5s de t\t ce qui leur fait la gu]re4 ,elles doiv5t appr5dre se n\rrir de l'inconnu qui les dom9e4 ,on ne sort du bonheur trop troit des hommes sans mission1 on ne sort des actes ord9aires1 qu'en m>*ant avec une c]titude volontaire dans le s5ti] que l'on connat1 t\t en ne cessant pas de song] l'espace inexplor trav]s lequel ce s5ti] se dr\le4 ,acc\tumons-n\s agir comme si t\t n\s tait s\mis2 mais en entret5ant dans notre me une p5se *>ge de se s\mettre noblem5t aux gr&es =ces que n\s r5contr]ons4 ,il e/ ncessaire que la ma9 croie que l'on a t\t prvu2 mais qu'une ide secrte1 inviolable1 incorruptible1 n'oublie jamais que t\t ce qui e/ gr& e/ presque t\j\rs imprvu4 ,c'e/ l'imprvu1 c'e/ l'inconnu qui excut5t ce que n\s n'aurions pas os t5t]2 mais ils ne vi5n5t notre aide que s'ils tr\v5t au fond de notre coeur un autel qui leur soit ddi4 ,voyez la "p que1 dans leurs actes extraord9aires1 les hommes les plus d\s de volont1 comme ,napolon1 sav5t rs]v] la =tune4 ,ceux qui n'ont aucune esprance gnreuse emprisonn5t le has>d1 comme un enfant *tif2 les autres lui livr5t t\tes gr&es les pla9es sans limites que l'tre huma9 n'a pas encore la =ce de p>c\rir1 mais ne l'y p]d5t pas de vue4 ,,xxiii ,il en e/ de ces heures convulsives de l'hi/oire comme des temptes sur la m]4 ,on vi5t du fond des pla9es1 on acc\rt sur la plage1 on reg>de du haut des falaises1 on att5d quelque *ose1 on int]roge les vagues normes avec je ne sais quelle curiosit purilem5t passionne4 ,en voici une trois fois plus haute et plus furieuse que les autres4 ,elle s'avance comme un mon/re aux muscles transp>5ts4 ,elle se dr\le en hte du b\t de l'horizon1 porteuse1 semble-t-il1 d'une rvlation urg5te et dcisive4 ,elle creuse d]rire elle un sillon si pr(ond qu'il va livr] sans d\te l'un des secrets de l',ocan2 et de mme qu'entre les plus indol5tes petites vagues des j\rs sans s\ffle et sans nuage1 des flots limpides et insondables1 r\l5t sur d'autres flots limpides et insondables4 ,pas un tre vivant1 pas une h]be1 pas une pi]re ne surgit4 ,si quelque *ose p\vait dc\rag] le sage1 qui n'e/ po9t sage tant qu'un motif inatt5du de dc\ragem5t n'illum9e pas son tonnem5t et n'lve pas sa curiosit1 on tr\v]ait dans cette mme ,rvolution franaise1 plus d'une de/9e inf9im5t plus sombre1 plus crasante et plus inexplicable que celle de ,l\is ,,xvi4 ,je songe aux ,girond9s1 je songe surt\t l'admirable ,v]gniaud4 ,mme auj\rd'hui que n\s savons t\t ce que l'av5ir lui ca*ait1 et que n\s dev9ons peu prs o v\lait en v5ir l'ide in/9ctive d'un sicle exceptionnel1 il n\s s]ait probablem5t impossible d'agir plus sagem5t1 plus noblem5t que lui4 ,il s]ait1 en t\t cas1 difficile t\t homme1 jet p> le has>d dans le brasi] d'un drame qui n'avait plus de bornes1 d'unir un plus gr& esprit un plus gr& c>actre4 ,le beau fantme sans s\illure1 le bel tre sans cra9te1 sans arrire-p5ses1 sans erreurs1 sans faiblesses1 que p>fois n\s =mons au fond de notre coeur1 de t\tes nos =ces les plus pures1 de t\te notre sagesse et de t\t notre am\r1 v\drait all] s'asseoir non lo9 de lui1 sur ces bancs dj ds]ts de la ,conv5tion o semblait plan] l'ombre de la mort p\r p5s]1 p\r p>l]1 p\r agir comme il fit4 ,il ap]ut ce qu'il y avait d't]nel et d'infaillible de l'autre ct du mom5t tragique1 il sut re/] fidle l'humanit et l'indulg5ce durant des j\rs t]ribles o l'humanit et l'indulg5ce semblai5t les pires ennemis d'un idal de ju/ice auquel il avait t\t sacrifi2 et1 dans un gr& et noble d\te1 il alla c\rageusem5t1 directem5t et inf9im5t au del de ce qui p>aissait raisonnable1 ralisable et ju/e4 ,la mort1 viol5te mais att5due1 v9t sa r5contre avant qu'il et fait la moiti du *em91 p\r n\s appr5dre que bi5 s\v5t1 dans ces tranges luttes de l'homme et du de/91 il ne s'agit pas de sauv] la vie de notre corps1 mais celle de nos s5tim5ts les plus beaux et de nos meilleures p5ses4 ,qu'import5t mes meilleures p5ses si je n'exi/e plus8 dis5t les uns2 que re/e-t-il de moi1 si p\r cons]v] ma vie1 t\t ce que j'aime doit prir dans mon coeur et dans mon esprit8 leur rpond5t les autres4 ,et n'e/-ce pas ce *oix-l que se rduit presque t\j\rs t\te la morale1 t\te la v]tu1 t\t l'hrosme huma98 ,,xxiv ,mais qu'e/-ce enf9 que cette sagesse dont n\s p>lons a9si8 ,n'essayons pas de la df9ir trop /rictem5t1 c> ce s]ait l'emprisonn]4 ,t\s ceux qui le t5tr5t font song] un homme qui te9drait d'abord une lumire af9 d'tudi] la nature mme de la lumire4 ,il ne tr\v]a jamais qu'une m*e noircie et des c5dres4 ,le mot sage1 obs]ve ,j\b]t1 le mot sage dit un enfant e/ un mot qu'il compr5d t\j\rs et qu'on ne lui explique jamais4 ,acceptons-le comme l'accepte l'enfant1 af9 qu'il gr&isse en mme temps que n\s4 ,disons de la sagesse ce que soeur ,hadewijck1 l'ennemie my/rieuse de ,ruijsbroeck l'admirable1 dit de l',am\r3 ,son plus pr(ond abme e/ sa plus belle =me4 ,il ne faut pas que la sagesse ait une =me2 il faut que sa beaut soit aussi v>iable que la beaut des flammes4 ,ce n'e/ pas une desse immobile1 t]nellem5t assise sur son trne4 ,c'e/ ,m9]ve qui n\s accompagne1 qui monte et qui desc5d1 qui pleure et qui j\e avec n\s4 ,v\s n'tes vraim5t sage que si votre sagesse se trans=me sans cesse de votre enfance votre mort4 ,plus le s5s que v\s atta*ez au mot sage devi5t beau et pr(ond1 plus v\s dev5ez sage2 et *aque degr que l'on gravit en s'levant v]s la sagesse augm5te aux yeux de l'me l't5due que la sagesse ne p\rra jamais p>c\rir4 ,,xxv tre sage1 c'e/ avoir consci5ce de soi-mme2 mais qu& on a acquis une consci5ce assez va/e de son tre1 on s'ap]oit que la vritable sagesse e/ une *ose bi5 plus pr(onde encore que la consci5ce4 ,l'agr&issem5t de la consci5ce ne doit tre dsir que p\r l'inconsci5ce de plus en plus haute qu'elle dvoile2 et c'e/ sur les hauteurs de cette inconsci5ce n\velle que se tr\v5t les s\rces de la sagesse la plus pure4 ,t\s les hommes ont le mme hritage d'inconsci5ce2 mais une p>tie de ce doma9e e/ situe en de1 et une autre au del de la consci5ce normale4 ,la plup>t ne sort5t pas de la premire zone2 mais ceux qui aim5t la sagesse n'ont de repos qu'ils n'ai5t ouv]t des voies n\velles v]s la seconde4 ,si j'aime1 et que j'aie acquis de mon am\r la consci5ce la plus complte que l'homme puisse acqurir1 cet am\r s]a clair p> une inconsci5ce d'une t\t autre nature que l'inconsci5ce qui assombrit les am\rs ord9aires4 ,la d]nire n'ent\re que l'animal2 la premire environne le ,dieu4 ,mais elle ne l'environne s5siblem5t que lorsqu'il a p]du le s5tim5t de la premire4 ,n\s ne sortons jamais de l'inconsci5ce1 mais n\s p\vons amlior] sans cesse la qualit de l'inconsci5ce qui n\s baigne4 ,,xxvi tre sage1 ce n'e/ pas ador] sa raison seule1 et ce n'e/ pas seulem5t avoir acc\tum cette raison triomph] sans pe9e de l'in/9ct infrieur4 ,ce s]ai5t l des triomphes trs /riles s'ils n'enseignai5t la raison une s\mission plus gr&e un in/9ct d'un autre g5re1 qui e/ l'in/9ct de l'me4 ,ces triomphes quotidi5s ne doiv5t tre p\rsuivis que p>ce qu'ils p]mett5t un in/9ct de plus en plus div9 de se manife/] de plus en plus librem5t4 ,leur b ne se tr\ve pas en eux-mmes4 ,ils ne s]v5t qu' db>rass] la r\te de la de/9e de notre me qui e/ t\j\rs une de/9e de purification et de lumire4 ,,xxvii ,la raison ouvre la porte la sagesse1 mais la sagesse la plus vivante ne se tr\ve pas dans la raison4 ,la raison f]me la porte aux de/9es mauvaises1 mais c'e/ notre sagesse qui ouvre l'horizon une autre porte aux de/9es propices4 ,la raison se df5d1 int]dit1 recule1 lim9e1 dtruit2 la sagesse attaque1 ordonne1 avance1 aj\te1 augm5te et cre4 ,la sagesse e/ bi5 plutt un c]ta9 apptit de ntre me qu'un produit de notre raison4 ,elle vit au-dessus de la raison2 aussi le propre de la vritable sagesse e/-il de faire mille *oses que la raison n'appr\ve pas1 ou n'appr\ve qu' la longue4 ,c'e/ a9si que la sagesse a dit un j\r la raison qu'il fallait r5dre le bi5 p\r le mal et aim] ses ennemis4 ,la raison1 s'levant ce j\r-l sur ce qu'il y a de plus haut dans son empire1 a f9i p> l'admettre4 ,mais la sagesse n'e/ pas encore satisfaite2 et t\te seule elle *]*e bi5 plus lo94 ,,xxviii ,si la sagesse n'obissait qu' la raison1 et s'il suffisait qu'elle triompht exactem5t des conseils de l'in/9ct1 elle s]ait t\j\rs p>eille elle-mme4 ,il n'y aurait qu'une seule sagesse2 et l'homme en aurait fait le t\r1 p>ce que la raison a dj fait plus d'une fois le t\r de son doma9e4 ,or1 s'il y a plusieurs po9ts fixes dans la sagesse1 ri5 n'e/ cep5dant plus diffr5t que l'atmosphre qui l'enveloppe dans ,socrate et dans ,jsus-,*ri/1 dans ,ari/ide et dans ,m>c-,aurle1 dans ,fnelon et dans ,jean-,paul4 ,ri5 ne se trans=m]ait plus compltem5t qu'un vnem5t p>eil qui tomb]ait le mme j\r dans les eaux vives de la sagesse de ces hommes1 au lieu que s'il tombait dans l'eau /agnante de leur raison il y demeur]ait exactem5t semblable ce qu'il e/ en soi4 ,imag9ez que ,jsus-,*ri/ et ,socrate r5contr5t la femme adultre2 leur raison dira peu prs les mmes *oses1 mais leur sagesse1 p> del leurs p>oles1 p> del leurs p5ses1 aura des m\vem5ts qui n'app>ti5dront pas aux mmes mondes4 ,c'e/ la vie mme de la sagesse qui veut ces diffr5ces4 ,les sages p>t5t t\s du mme po9t1 qui e/ le seuil de la raison4 ,mais ils comm5c5t s'loign] les uns des autres compt] du mom5t o les triomphes de la raison n'hsit5t plus2 c'e/--dire compt] du mom5t o ils pntr5t librem5t dans la rgion de l'inconsci5ce suprieure4 ,,xxix ,il y a une gr&e diffr5ce entre dire3 ,ceci e/ raisonnable1 et dire3 ,ceci e/ sage4 ,ce qui e/ raisonnable n'e/ pas ncessairem5t sage1 et ce qui e/ trs sage n'e/ presque jamais raisonnable aux yeux de la raison trop froide4 ,la raison1 p> exemple1 enfante la ju/ice2 et la sagesse enfante la bont1 laquelle1 rem>que le vieux ,plut>que1 s't5d beauc\p plus lo9 que la ju/ice4 ,e/-ce de la raison ou bi5 de la sagesse que dp5d l'hrosme8 ,on p\rrait dire que la sagesse n'e/ que le s5tim5t de l'inf9i appliqu notre vie morale4 ,la raison a aussi1 il e/ vrai1 le s5tim5t de l'inf9i1 mais en elle ce s5tim5t n'e/ qu'une con/atation inanime4 ,elle se doit presque elle-mme de n'en t5ir aucun compte dans la vie2 au lieu que la sagesse e/ sage proportion de la prdom9ance active que l'inf9i acqui]t sur t\t ce qu'elle fait faire4 ,il n'y a pas d'am\r dans la raison2 il y en a beauc\p dans la sagesse2 et la sagesse la plus haute ne se disc]ne gure d'avec ce qu'il y a de plus pur dans l'am\r4 ,or1 l'am\r e/ la =me la plus div9e de l'inf9i2 et en mme temps1 sans d\te p>ce qu'elle e/ la plus div9e1 la plus pr(ondm5t huma9e4 ,ne p\rrait-on pas dire que la sagesse e/ la victoire de la raison div9e sur la raison huma9e8 ,,xxx ,on ne saurait tre trop raisonnable2 mais seule la sagesse a droit de faire appel la raison4 ,il n'e/ pas sage celui dont la raison n'a pas appris obir au premi] signe de l'am\r4 ,qu'aurait fait ,jsus-,*ri/1 qu'aurai5t fait les hros si leur raison ne se ft pas s\mise8 ,e/-ce qu'un acte hroque ne dpasse pas t\j\rs les bornes de la raison8 et cep5dant qui donc os]ait dire que le hros n'e/ pas plus sage que ceux qui ne b\g5t pas p>ce qu'ils n'c\t5t que leur raison8 ,il faut le rpt] encore2 ce n'e/ pas la raison1 c'e/ l'am\r qui doit tre le vase dans lequel on cultive la sagesse vritable4 ,il e/ vrai que la raison se tr\ve la rac9e de la sagesse2 mais la sagesse n'e/ pas la fleur de la raison4 ,c> il ne s'agit pas ici1 p\r employ] une autre mtaphore1 de la sagesse logique1 qui e/ sa petite-fille1 mais d'une autre sagesse1 qui e/ la soeur prfre de l'am\r4 ,la raison et l'am\r lutt5t d'abord violemm5t dans une me qui s'lve1 mais la sagesse nat de la paix qui f9it p> se faire entre l'am\r et la raison4 ,et cette paix e/ d'autant plus pr(onde que la raison a cd plus de droits l'am\r4 ,,xxxi ,la sagesse e/ la lumire de l'am\r1 et l'am\r e/ l'alim5t de la lumire4 ,plus l'am\r e/ pr(ond1 plus l'am\r devi5t sage2 et plus la sagesse s'lve1 plus elle s'appro*e de l'am\r4 ,aimez et v\s devi5drez sage2 dev5ez sage et v\s devrez aim]4 ,on n'aime vritablem5t qu'en dev5ant meilleur2 et dev5ir meilleur c'e/ dev5ir plus sage4 ,il n'y a pas d'tre au monde qui n'amliore quelque *ose en son me ds qu'il aime un autre tre1 lors mme qu'il ne s'agit que d'un am\r vulgaire2 et ceux qui ne cess5t pas d'aim]1 ne cont9u5t d'aim] que p>ce qu'ils ne cess5t pas de dev5ir meilleurs4 ,l'am\r alim5te la sagesse1 et la sagesse alim5te l'am\r2 et c'e/ un c]cle de lumire au c5tre duquel ceux qui aim5t embrass5t ceux qui sont sages4 ,la sagesse et l'am\r ne se peuv5t sp>]2 et dans le p>adis de ,sw$5borg1 l'p\se n'e/ que l'am\r de la sagesse du sage4 ,,xxxii ,notre raison1 dit ,fnelon1 ne consi/e que dans nos ides claires4 ,mais notre sagesse1 p\rrions-n\s aj\t]1 c'e/--dire ce qu'il y a de meilleur dans notre me et dans notre c>actre1 se tr\ve surt\t dans nos ides qui ne sont pas encore t\t fait claires4 ,si l'on ne se laissait guid] dans la vie que p> ses ides claires1 on ne t>d]ait pas dev5ir un homme digne de peu d'am\r1 digne de peu d'e/ime4 ,au fond1 ri5 n'e/ mo9s clair que les raisons p> lesquelles n\s n\s p]suadons qu'il convi5t d'tre bon1 ju/e1 gnreux et d'avoir en t\te *ose les s5tim5ts et les p5ses les plus nobles que n\s puissions atte9dre4 ,heureusem5t1 plus on a d'ides claires1 plus on appr5d respect] celles qui ne sont pas encore claires4 ,il faut t*] d'avoir le plus gr& nombre possible d'ides aussi claires que possible af9 d'veill] en son me un plus gr& nombre d'ides qui soi5t encore obscures4 ,les ides claires sembl5t guid] p>fois notre vie extrieure1 mais il e/ inconte/able que les autres se tr\v5t la tte de notre vie intime1 et la vie que l'on voit f9it t\j\rs p> obir celle qu'on ne voit pas4 ,or1 du nombre1 de la qualit et de la puissance de nos ides claires1 dp5d5t le nombre1 la qualit et la puissance de nos ides obscures2 et il e/ extrmem5t probable que la plup>t des vrits df9itives que n\s *]*ons avec tant d'ardeur1 att5d5t patiemm5t leur heure au milieu de la f\le de nos ides obscures4 ,il importe d'abrg] leur att5te4 ,une belle ide claire que n\s veillons en n\s1 ne manqu]a jamais d'all] veill] son t\r une belle ide obscure1 et qu& l'ide obscure s]a dev5ue claire en vieillissant1--c> la cl>t p>faite n'e/-elle pas d'ord9aire le signe de la lassitude des ides8--elle ira1 elle aussi1 tir] de son sommeil une autre ide obscure1 plus belle et plus haute qu'elle n'tait elle-mme en son ombre1 et peut-tre qu'en ttonnant a9si1 successivem5t1 sans se dc\rag]1 le long des lignes endormies1 l'une d'elles pos]a quelque j\r1 p> has>d1 sa petite ma9 presque invisible encore sur l'paule d'une gr&e vrit4 ,,xxxiii ,ides claires1 ides obscures1 coeur1 intellig5ce1 volont1 raison1 me2 au fond1 voil des mots qui dsign5t peu prs la mme *ose1 savoir1 la ri*esse spirituelle d'un tre4 ,l'me n'e/ sans d\te que le plus beau dsir de notre intellig5ce1 et ,dieu n'e/ peut-tre son t\r que le plus beau des dsirs de notre me4 ,il y a tant d'obscurit en t\t ceci que l'on peut t\t au mieux t5t] de divis] l'obscurit l'aide de grosses lignes1 s\v5t plus noires encore que les plans qu'elles c\p5t4 ,se connatre soi-mme e/ peut-tre le seul idal acceptable qui n\s re/e1 mais cette connaissance1 qui semble1 au premi] abord1 dp5dre de notre raison seule1 jusqu' quel po9t en dp5d-elle8 ,l'homme le meilleur1 le plus ju/e1 le plus vrai1 le plus moral en un mot1 ne devrait-il pas tre celui qui se s]ait le plus exactem5t r5du compte de sa situation dans l'univ]s8 ,mais qui peut croire de bonne foi qu'il s'en soit r5du compte2 et la morale la plus positive n't5d-elle pas t\tes ses rac9es dans une sorte d'inconsci5ce my/ique8 ,le plus beau dsir de notre intellig5ce ne fait gure que pass] p> notre intellig5ce2 et n\s croyons tort que la moisson1 p>ce qu'elle passe sur la r\te1 a t rcolte sur la r\te4 ,la raison la plus nette1 alors mme qu'elle explore son doma9e1 sort *aque pas de ce doma9e4 ,cep5dant1 c'e/ p> l'intellig5ce que n\s comm5ons d'embellir ce dsir1 le re/e ne dp5d pas entirem5t de n\s2 mais ce re/e ne se met en m\vem5t que si l'intellig5ce lui a donn le branle4 ,la raison1 qui e/ la fille ane de notre intellig5ce1 doit s'asseoir sur le seuil de notre vie morale1 aprs avoir ouv]t les portes s\t]ra9es d]rire lesquelles sommeill5t prisonnires les =ces vives et in/9ctives de notre tre4 ,elle att5d1 sa lampe la ma92 et sa seule prs5ce r5d ce seuil inabordable t\t ce qui n'e/ pas encore con=me la nature de la lumire4 ,plus avant1 dans les rgions o ses rayons ne pntr5t pas1 la vie obscure cont9ue4 ,elle ne s'en inquite po9t1 elle s'en rj\it au contraire4 ,elle sait qu'aux yeux du ,dieu qu'elle dsire1 t\t ce qui n'a pas fran*i l'arcade lum9euse1 songe1 p5se1 acte mme1 ne peut ri5 aj\t]1 ne peut ri5 enlev] l'tre idal qu'elle =me4 ,le devoir de sa flamme e/ d'tre aussi claire1 aussi t5due que possible1 et de ne pas ab&onn] son po/e4 ,elle n'hsite pas tant qu'il n'y a qu'une agitation d'in/9cts infrieurs et de tnbres4 ,mais il arrive que p>mi les captives qui s'veill5t1 des =ces plus clatantes qu'elle-mme s'appro*5t de l'entre4 ,elles rp&5t une lumire plus immatrielle1 plus diffuse1 plus incomprh5sible que celle de la flamme nette et f]me que protge sa ma94 ,ce sont les puissances de l'am\r1 du bi5 inexplicable1 d'autres plus my/rieuses1 plus inf9ies encore qui dem&5t pass]4 ,que faire8 ,si elle s'e/ assise sur le seuil1 alors qu'elle n'avait pas acquis le droit de s'y asseoir1 p>ce qu'elle n'avait pas encore eu le c\rage d'appr5dre qu'elle n'tait pas seule au monde1 elle se tr\ble1 elle a peur1 elle ref]me les portes2 et si jamais elle se rs\t les r\vrir1 elle ne retr\ve qu'une poigne de c5dres lgres au bas des m>*es sombres4 ,mais si sa =ce ne tremble pas1 p>ce que t\t ce qu'elle n'a pu appr5dre lui a du mo9s appris qu'aucune lumire n'e/ dang]euse2 que dans la vie de la raison on peut risqu] la raison mme dans une cl>t plus gr&e1 d'ineffables *anges auront lieu1 de lampe lampe1 sur le seuil4 ,des g\ttes d'une huile inconnue se ml]ont avec l'huile de la sagesse huma9e2 et qu& les blan*es trangres s]ont passes1 la flamme de sa lampe1 jamais trans=me1 s'lv]a plus haute1 plus puissante et plus pure entre les colonnes du por*e agr&i4 ,,xxxiv ,ab&onnons ici la sagesse isole p\r rev5ir celle qui m>*e v]s la tombe p>mi le gr& tr\peau des de/9es huma9es4 ,e/-il p]mis de dire que le de/9 du sage ne se mle jamais au de/9 du m*ant ou celui de l'me folle8 ,au contraire1 t\tes les exi/5ces s'entrecrois5t sans cesse2 et les fils d'or s'enr\l5t aut\r des fils de *anvre dans le tissu de la plup>t des av5tures4 ,il y a des malheurs plus l5ts et d'un aspect mo9s effrayant que ceux d',o,edipe ou du pr9ce d',els5eur1 et qui ne baiss5t pas les yeux s\s les reg>ds de la ju/ice1 de l'am\r ou de la vrit4 ,ceux qui p>l5t des avantages de la sagesse ne sont jamais plus sages que lorsqu'ils reconnaiss5t de bonne foi1 sans am]tume comme sans orgueil1 que la sagesse n'accorde presque ri5 ses fidles que ne puiss5t ddaign] les ignorants ou les m*ants4 ,il arrive ma9tes fois que l'appro*e du sage ne *ange pas gr&'*ose ce que les hommes ap]oiv5t1 soit qu'il vi5ne trop t>d1 soit qu'il passe trop vite et qu'il n'y ait pas eu de contact vritable1 soit qu'il ait lutt] contre des =ces accumules p> un trop gr& nombre d'tres depuis un trop gr& nombre de j\rs4 ,il ne fait pas de miracles extrieurs1 il ne sauve jamais que ce qui peut encore tre sauv selon les lois ord9aires de la vie1 et lui-mme1 il se peut qu'il soit pris dans un gr& t\rbillon inexorable4 ,mais alors mme qu'il prit1 il peut se dire qu'il prit sans avoir t1 comme il arrive presque t\j\rs1 bi5 des sema9es1 bi5 des annes peut-tre avant la cata/rophe1 le tmo9 impuissant et dsespr de la ru9e de son me4 ,et puis1 ent5dons-n\s1 sauv] quelqu'un selon la vie qui conti5t les deux vies1 ce n'e/ pas ncessairem5t l'arra*] la mort ou aux dsa/res du dehors2 mais c'e/ c]ta9em5t le r5dre plus heureux en le r5dant un peu meilleur4 ,sauv] moralem5t c'e/ t\t1 et cela semble1 en somme1 comme t\t ce qui a lieu sur les sommets de l'tre1 une bi5 petite *ose4 ,e/-ce que le bon l>ron n'a pas t sauv1 non seulem5t au s5s *rti51 mais encore au s5s plus p>fait de ce mot8 ,cep5dant il devait m\rir dans l'heure mme1 mais il m\rait t]nellem5t heureux p>ce qu'il avait t aim au t\t d]ni] mom5t2 et qu'un tre inf9im5t sage avait su lui montr] que son me n'tait pas inutile1 qu'elle avait t bonne elle aussi et n'tait pas passe inap]ue sur cette t]re4444 ,,xxxv mesure qu'on desc5d les degrs de la vie1 on desc5d en mme temps dans le secret d'un plus gr& nombre de tri/esses et d'impuissances4 ,on voit alors que bi5 des mes vgt5t aut\r de n\s p>ce qu'elles se croi5t inutiles1 qu'elles s'imag95t que p]sonne ne les a jamais reg>des1 et qu'elles n'ont ri5 en elles qui puisse les faire aim]4 ,mais une heure ne f9it-elle pas p> sonn] p\r le sage1 o il reg>de1 appr\ve1 et aime t\te me qui exi/e1 ri5 que p>ce qu'elle possde le don my/rieux d'exi/]8 ,une heure ne f9it-elle pas p> sonn]1 o il voit t\tes les =ces1 t\tes les vrits et t\tes les v]tus au fond de t\tes les faiblesses1 de t\s les vices et de t\s les m5songes8 ,heure claire et bnie o la m*ancet n'e/ plus que la bont qui a p]du son guide1 o la trahison n'e/ que la loyaut qui ne retr\ve plus le *em9 du bonheur1 o la ha9e n'e/ plus que l'am\r1 qui ouvre avec angoisse la porte de son tombeau4 ,c'e/ alors que l'hi/oire du bon l>ron devi5t1 sans qu'on s'en d\te1 l'hi/oire de t\s ceux qui ent\r5t l'homme ju/e2 et dans le plus humble des tres qu'un reg>d1 qu'une p>ole1 qu'un sil5ce a sauv de la sorte1 le bonheur vritable que le de/9 ne peut atte9dre1 oubli]a1 jusqu' la v5ue de la nuit1 comme en l'me de ,socrate1 que la c\pe mortelle a t bue avant le c\*] du soleil4 ,,xxxvi ,au re/e1 la vie intrieure n'e/ peut-tre pas ce qu'on p5se4 ,il y a autant de g5res de vies intrieures qu'il y en a d'extrieures4 ,les plus petits pntr5t en ces doma9es calmes aussi bi5 que les gr&s2 et ce n'e/ pas t\j\rs p> les portes de l'intellig5ce qu'on y entre4 ,il arrive bi5 s\v5t que celui qui sait t\t frappe va9em5t ces portes1 et que celui qui ne sait ri5 lui rpond du d$ans4 ,c]tes1 la vie intrieure la plus sre1 la plus belle et la plus durable e/ celle que la consci5ce difie l5tem5t en elle-mme1 l'aide des lm5ts les plus limpides de notre me4 ,il e/ sage1 celui qui appr5d entret5ir cette vie avec t\t ce que le has>d lui apporte *aque j\r4 ,il e/ sage1 celui en qui une dception ou une trahison ne desc5d5t que p\r purifi] la sagesse davantage4 ,il e/ sage1 celui en qui le mal lui-mme e/ oblig d'alim5t] le b*] de l'am\r4 ,il e/ sage celui qui a pris l'habitude de ne plus voir en sa s\ffrance que la lumire qu'elle rp& en son coeur et qui ne reg>de jamais l'ombre qu'elle t5d sur ceux qui l'ont fait natre4 ,il e/ plus sage encore celui en qui les joies et les d\leurs n'augm5t5t pas seulem5t la consci5ce1 mais font voir en mme temps qu'il y a quelque *ose de suprieur la consci5ce mme4 ,c'e/ ici qu'on atte9t les sommets de la vie intrieure1 sommets d'o l'on dom9e enf9 les flammes qui l'clair5t4 ,mais c'e/ la "p du petit nombre1 et l'on peut vivre heureux dans les valles mo9s ard5tes o s'agit5t les rac9es assombries de ces flammes4 ,il e/ des exi/5ces plus obscures qui connaiss5t aussi leurs refuges4 ,il y a des vies intrieures in/9ctives4 ,il y a des mes sans initiative ou sans intellig5ce qui ne tr\v]ont jamais le s5ti] qui desc5d en elles-mmes1 qui ne v]ront jamais ce qu'elles possd5t dans cette retraite1 et qui y agiss5t nanmo9s de la mme faon que celles dont l'intellig5ce en a pes t\s les trsors4 ,il exi/e des tres qui1 t\t en ignorant qu'il e/ la seule toile fixe de la consci5ce la plus haute1 ne veul5t que le bi51 sans qu'ils sa*5t p\rquoi ils le veul5t4 ,or1 t\te vie intrieure comm5ce mo9s au mom5t o l'intellig5ce se dveloppe qu'au mom5t o l'me devi5t bonne4 ,il e/ assez trange qu'il ne soit pas possible d'acqurir une vie intrieure dans le mal4 ,t\t tre qui ne possde pas quelque noblesse d'me n'a pas de vie intrieure4 ,il aura beau se connatre1 peut-tre saura-t-il p\rquoi il n'e/ pas bon1 mais il n'aura ni cette =ce1 ni ce refuge1 ni ce trsor de satisfactions invisibles que possde t\t homme qui peut r5tr] sans cra9te dans son coeur4 ,la vie intrieure n'e/ faite que d'un c]ta9 bonheur de l'me1 et l'me n'e/ heureuse que lorsqu'elle peut aim] en elle quelque *ose de pur4 ,il arrive qu'elle se trompe dans son *oix3 mais alors mme qu'elle se trompe1 elle s]a plus heureuse que l'me qui n'a pas eu l'occasion de *oisir4 ,,xxxvii ,aussi e/-ce dj sauv] quelqu'un que de faire qu'il aime le mal un peu mo9s qu'il ne l'aimait1 c> c'e/ l'aid] entrepr5dre t\t au fond de son me l'dification du refuge contre lequel la de/9e vi5dra bris] ses armes4 ,ce refuge e/ le monum5t de la consci5ce ou de l'am\r1 peu importe1 c> l'am\r e/ la consci5ce qui se *]*e encore obscurm5t1 t&is que la consci5ce vritable e/ l'am\r qui se retr\ve enf9 dans la cl>t4 ,or1 c'e/ au plus pr(ond de ce refuge que l'me allume le feu intime de sa joie4 ,la joie de l'me qui c>te la tri/esse que laiss5t d]rire elles les de/9es mauvaises1 de mme que le feu matriel c>te l'influ5ce des maladies qui rgn5t sur la t]re1 la joie de l'me n'e/ pas semblable aux autres joies4 ,elle ne vi5t ni d'un bonheur extrieur1 ni d'une satisfaction de l'am\r-propre4 ,c> s\s la joie de l'am\r-propre qui dim9ue mesure que l'me s'amliore1 il y a la joie de l'am\r pur qui s'accrot mesure que l'me s'ennoblit4 ,non1 cette joie ne nat po9t de l'orgueil2 et ce n'e/ pas p>ce qu'elle peut s\rire sa beaut que l'me se s5t heureuse4 ,une me qui a acquis quelque consci5ce d'elle-mme a le droit de savoir qu'elle e/ belle2 mais t\t ce qu'elle aj\te trop volontairem5t la consci5ce de sa beaut1 elle l'enlve peut-tre l'inconsci5ce de l'am\r4 ,et le premi] devoir de la consci5ce qui se dc\vre e/ de n\s enseign] le respect de l'inconsci5ce1 qui ne veut pas encore se dvoil]4 ,mais la joie dont je p>le n'te pas l'am\r ce qu'elle aj\te la consci5ce4 ,au contraire1 c'e/ en elle1 ce qui n'a lieu nulle autre "p1 que la consci5ce se n\rrit de l'am\r1 cep5dant que l'am\r s'augm5te de la consci5ce4 ,un esprit qui s'lve a des bonheurs que ne connat jamais un corps qui e/ heureux2 mais une me qui s'amliore a des joies que ne connatra pas t\j\rs un esprit qui s'lve4 ,il e/ vrai que l'esprit qui s'lve et l'me qui s'amliore ont c\tume de travaill] ensemble aff]mir l'difice intrieur4 ,mais il arrive aussi qu'ils travaill5t sp>m5t et que ri5 ne relie les deux ence9tes qu'ils con/ruis5t4 ,s'il en tait a9si1 et que l'tre que j'aime le plus au monde vnt me dem&] quel *oix il lui faut faire1 et quel e/ le refuge le plus pr(ond1 le plus inattaquable et le plus d\x1 je lui dirais d'abrit] sa de/9e dans le refuge de l'me qui s'amliore4 ,,xxxviii ,le sage ne s\ffrira jamais8 ,aucun orage n'assombrira le ciel de sa demeure8 ,p]sonne ne lui t5dra de pige8 ,sa femme et ses amis ne le trahiront po9t8 ,ce qu'il avait cru noble ne devi5dra pas vil8 ,ni son pre1 ni sa mre1 ni ses fils1 ni ses frres ne m\rront comme les autres8 ,t\tes les voies p> lesquelles la d\leur entre en n\s s]ont donc df5dues p> des anges8 ,et ,jsus-,*ri/ n'a pas pleur devant le tombeau de ,laz>e8 ,et ,m>c-,aurle n'a pas s\ff]t entre son fils ,commode1 en qui le mon/re app>aissait dj1 et sa femme ,fau/9e1 qu'il aimait et qui ne l'aima po9t8 ,et ,paul-mile1 aussi sage que ,timolon1 n'a pas gmi s\s la ma9 du de/9 qu& l'an de ses fils m\rut c9q j\rs avant son triomphe dans ,rome et le second trois j\rs aprs8 ,e/-ce donc l l'abri que la sagesse (fre au bonheur8 ,n\s faut-il effac] ce que n\s avons dit1 et inscrire la sagesse au nombre de ces illusions p> lesquelles l'me huma9e t5te de ju/ifi] aux yeux de la raison des dsirs que l'expri5ce dcl>e presque t\j\rs draisonnables8 ,,xxxix ,en vrit1 le sage s\ffre aussi4 ,il s\ffre1 si la s\ffrance e/ l'un des lm5ts de la sagesse4 ,il s\ffre peut-tre plus qu'un autre homme1 p>ce qu'il e/ un homme plus complet4 ,il s\ffre davantage1 p>ce que mo9s on e/ seul1 plus on s\ffre1 et que plus l'homme e/ sage1 mo9s il lui semble qu'il e/ seul4 ,il s\ffrira dans sa *air1 dans son coeur et dans son esprit1 p>ce qu'il y a des p>ties de la *air1 du coeur et de l'esprit qu'aucune sagesse de ce monde ne peut disput] au de/94 ,aussi1 n'e/-ce pas la s\ffrance qu'il s'agit d'vit]1 mais le dc\ragem5t et les *anes qu'elle apporte celui qui l'accueille comme un matre et non comme le messag] du p]sonnage plus important1 qu'un dt\r du *em9 drobe encore notre vue4 ,c]tes1 le sage1 t\t comme son vois91 s]a rveill en sursaut p> les c\ps dont le messag] importun branl]a les murs de sa demeure4 ,il faudra qu'il desc5de1 il faudra qu'il lui p>le4 ,mais1 t\t en lui p>lant1 il reg>d]a plus d'une fois p>-dessus l'paule du malheur mat9al1 p\r int]rog]1 dans la p\ssire de l'horizon1 la gr&e ide qu'il prcde peut-tre4 ,au fond1 qu& on y songe au milieu du bonheur1 le mal dont le de/9 peut n\s faire la surprise n\s semble bi5 petit4 ,je reconnais que le mal adv5u1 les proportions s]ont *anges1 mais il n'en e/ pas mo9s c]ta9 que s'il v\lait te9dre en n\s le foy] p]man5t du c\rage1 il faudrait qu'il russt avilir df9itivem5t au fond de notre coeur t\t ce que n\s aimons1 t\t ce que n\s admirons1 t\t ce que n\s adorons4 ,et quelle puissance trangre p>vi5t avilir un s5tim5t et une ide1 si n\s ne les dtrnons pas n\s-mmes8 ,hormis les s\ffrances physiques1 exi/e-t-il une d\leur qui puisse n\s atte9dre autrem5t que p> nos p5ses8 ,et qui donc f\rnit nos p5ses les armes l'aide desquelles elles n\s attaqu5t ou n\s df5d5t8 ,on s\ffre peu de sa s\ffrance mme1 on s\ffre normm5t de la manire dont on l'accepte4 ,il fut malheureux p> sa faute1 dit ,anatole ,france1 en p>lant de l'un de ceux qui ne reg>d5t jamais p>-dessus l'paule du messag] brutal1 il fut malheureux p> sa faute1 c> t\tes les misres vritables sont intrieures et causes p> n\s-mmes4 ,n\s croyons faussem5t qu'elles vi5n5t du dehors4 ,mais n\s les =mons au d$ans de n\s1 de notre propre sub/ance4 ,,xl ,la =ce active d'un vnem5t ne se tr\ve que dans la manire dont on envisage cet vnem5t4 ,runissez dix hommes qui comme ,paul-,emile p]d5t leurs deux fils dans l'heure la plus d\ce de leur vie3 v\s aurez dix d\leurs qui ne se ressembl]ont nullem5t4 ,le malheur vi5t en n\s1 mais il n'y fait que ce qu'on lui ordonne de faire4 ,il sme1 il ravage1 il moissonne1 selon l'ordre qu'il a tr\v inscrit sur notre seuil4 ,si les deux fils de mon vois91 qui e/ un homme mdiocre1 priss5t dans l'in/ant mme o la =tune de leur pre a ralis ses dsirs1 t\t s'en ira dans les tnbres1 aucune t9celle ne jaillira1 et le malheur1 presque ennuy lui-mme1 ne laiss]a d]rire lui que quelques c5dres incolores4 ,je n'ai pas beso9 de revoir mon vois94 ,je sais d'avance les petites *oses que la d\leur lui a donnes1 c> la d\leur ne fait jamais que n\s re/itu] ce que notre me lui a prt durant les j\rs heureux4 ,,xli ,mais le mme malheur a frapp ,paul-,emile4 ,rome effraye att5d1 ret5tissante encore de la m>*e du triomphe4 ,que va-t-il arriv]8 ,les dieux brav5t-ils le sage1 et de quelle faon le sage va-t-il rpondre aux dieux8 ,qu'e/-ce que ce hros a fait de la d\leur1 ou qu'e/-ce que la d\leur a fait de ce hros8 ,c'e/ en de tels mom5ts que l'humanit semble avoir consci5ce que le de/9 pr\ve une fois de plus la =ce de son bras2 que quelque *ose s]a *ang p\r elle1 si ce bras ne peut pas branl] ce qu'il a attaqu4 ,aussi1 voyez avec quelle inquitude elle *]*e en ces occasions-l1 dans les yeux de ses *efs1 le mot d'ordre contre l'invisible4 ,mais ,paul-,emile s'avance au milieu du peuple roma9 qu'il a convoqu4 ,il e/ grave1 et il p>le a9si3 ,je n'ai jamais cra9t ri5 de ce qui vi5t des hommes1 mais entre les *oses div9es1 ce que j'ai t\j\rs r$\t1 c'e/ l'extrme incon/ance de la =tune1 et l'9puisable v>it de ses c\ps2 surt\t durant cette gu]re o elle favorisait1 comme un v5t propice1 t\tes mes entreprises4 ,sans cesse1 en effet1 je m'att5dais la voir r5v]s] mon bonheur1 et s\lev] quelque tempte4 ,oui1 en un seul j\r j'ai trav]s la m] ,ioni5ne1 de ,br9des ,corcyre1 et1 de ,corcyre1 je suis arriv en c9q j\rs ,delphes1 o j'ai sacrifi ,apollon4 ,c9q j\rs encore1 et n\s t\*ions1 l'arme et moi1 la ,macdo9e1 et je purifiais l'arme avec les crmonies d'usage4 l'in/ant mme1 je comm5ai mes oprations militaires1 et qu9ze j\rs aprs j'avais t]m9 cette gu]re1 p> la plus glorieuse victoire4--,ce c\rs rapide de prosprit m'inspirait une ju/e dfiance de la =tune4 ,bi5 en repos sur les ennemis et n'ayant aucun dang] cra9dre1 c'e/ p\r la trav]se du ret\r que je r$\tais l'incon/ance de la desse1 alors que je ram5ais une telle arme1 si heureusem5t victorieuse1 et des dp\illes imm5ses et des rois captifs4 ,arriv sans aucun accid5t auprs de v\s1 et voyant la ville dans la joie1 dans les ftes et les sacrifices1 je ne m'en suis pas mo9s dfi du sort2 c> je savais qu'il n'e/ pas une de ses faveurs qui soit p\r n\s sans mlange1 et que l'envie accompagne t\j\rs les gr&s succs4 ,mon me1 ple9e de cette d\l\reuse inquitude1 et tremblante sur ce que l'av5ir rs]vait ,rome1 n'a t dlivre de ses cra9tes qu' l'in/ant o j'ai vu ma maison prir en ce t]rible naufrage1 o il m'a fallu1 dans des j\rs sacrs1 ensevelir de mes ma9s1 c\p sur c\p1 deux fils de si belle esprance1 les seuls que je me fusse rs]vs p\r mes hriti]s4 ,me voici ma9t5ant l'abri des gr&s dang]s1 et j'ai une f]me confiance que votre prosprit rsi/]a1 solide et durable4 ,la =tune e/ assez v5ge de mes succs p> les maux qu'elle a v]ss sur moi4 ,elle a fait voir1 dans le triomphateur autant que dans le captif tran en triomphe1 un frappant exemple de la fragilit huma9e2 avec cette diffr5ce p\rtant que ,p]se1 va9cu1 a t\j\rs ses enfants1 et que ,paul-,emile1 va9queur1 a p]du les si5s4 ,,xlii ,voil la manire roma9e d'accueillir la plus gr&e d\leur qui puisse atte9dre un homme dans le mom5t o il e/ le plus s5sible la d\leur1 c'e/--dire dans le mom5t de son plus gr& bonheur4 ,en e/-il d'autres8 ,oui1 c> il y a autant de manires de l'accueillir qu'il y a d'ides ou de s5tim5ts gnreux sur cette t]re1 et *acun de ces s5tim5ts1 *acune de ces ides ti5t la baguette magique qui *ange sur le seuil les vtem5ts et le visage de la s\ffrance4 ,job n\s et dit3 ,dieu a donn1 ,dieu a repris1 que son sa9t nom soit bni1 et ,m>c-,aurle peut-tre3 ,s'il ne m'e/ plus p]mis d'aim] ceux que j'aimais p>-dessus t\t1 c'e/ sans d\te p\r m'appr5dre aim] ceux que je n'aimais pas encore4 ,,xliii ,et ne croyons pas qu'ils se consol5t a9si l'aide de mots vides et que t\tes ces p>oles ca*5t mal une blessure d'autant plus d\l\reuse qu'ils la v\drai5t ca*]4 ,d'abord1 mieux vaut encore se consol] l'aide de mots vides que de ne pas se consol] du t\t4 ,et puis1 s'il faut admettre que t\t cela ne soit qu'illusion1 il e/ ju/e d'admettre1 en mme temps1 que l'illusion e/ la seule *ose que puisse possd] une me1 et au nom de quelle autre illusion n\s arrog]ions-n\s le droit de ddaign] une illusion8 ,c]tes1 lorsque les gr&s sages dont je vi5s de p>l] r5tr]ont v]s le soir dans leur maison ds]te1 et *]*]ont leur foy] les siges o leurs enfants ne vi5dront plus s'asseoir1 ils connatront une p>tie de la s\ffrance que connaiss5t entirem5t ceux en qui cette s\ffrance n'apporte pas une seule p5se noble4 ,c> c'e/ faire tort une belle p5se1 un beau s5tim5t que de leur attribu] une v]tu qu'ils n'ont pas4 ,il y a des l>mes extrieures qu'ils ne peuv5t essuy] et des heures sacres o la sagesse ne console pas encore4 ,mais1 disons-le une d]nire fois1 ce n'e/ pas la s\ffrance qu'il s'agit d'vit]1 puisqu'elle s]a t\j\rs 9vitable4 ,il s'agit de *oisir ce que la s\ffrance n\s apporte4 ,prt5dra-t-on que ce *oix que l'oeil ne saurait voir e/ en ralit une bi5 petite *ose1 qui ne peut effac] une d\leur dont la cause e/ sans cesse s\s les yeux8 ,t\tes nos joies morales1 qui sont bi5 plus pr(ondes que t\tes nos joies physiques ou intellectuelles1 ne sont-elles pas faites de petites *oses de ce g5re8 ,si n\s le traduisons p> des mots1 le s5tim5t qui p\sse le hros bi5 faire semble peu de *ose1 en effet4 ,c'tait une petite *ose aussi que l'ide que ,caton le ,jeune s'tait faite du devoir1 si n\s la comp>ons au tr\ble imm5se d'un empire et la mort sanglante qu'elle entrana2 et cep5dant1 n'e/-elle pas plus gr&e que ces tr\bles1 et ne dom9e-t-elle pas cette mort mme qu'elle a cause8 ,auj\rd'hui encore1 n'e/-ce pas ,caton qui a raison2 et quelle vie1 grce cette ide1 que la raison huma9e ne peut pes] en ses balances1 tant elle semble trangre la raison1 quelle vie fut plus intimem5t1 plus noblem5t heureuse que celle de ,caton8 ,t\t ce qui ennoblit notre exi/5ce2 t\t ce que n\s respectons en n\s-mmes1 les motifs de notre v]tu1 et ces bornes s5tim5tales que t\t homme impose ses vices et ses crimes mmes1 sembl5t peu de *ose en effet1 lorsque notre raison n\s en dem&e compte4 ,p\rtant1 c'e/ l que se tr\v5t les lois de la vie de *aque tre4--,et quel homme p\rrait vivre sans se s\mettre plusieurs de ces vrits qui ne sont pas s\mises la raison8 ,jusqu'aux plus misrables obiss5t l'une d'elles1 et plus le nombre e/ gr& de celles auxquelles il obx1 mo9s l'homme e/ misrable4 ,celui qui a assass9 v\s dira3 ,j'assass9e il e/ vrai1 mais je ne vole pas4 ,celui qui a vol1 vole1 mais ne trahit po9t2 et celui qui trahit1 ne trahit pas son frre4 ,a9si1 *acun se rfugie dans la d]nire beaut morale qui lui re/e4 ,le plus d*u des hommes a t\j\rs une sorte de lieu sacr1 une sorte de retraite dans son me1 o il retr\ve un peu d'eau pure1 et o il va puis] la =ce ncessaire p\r cont9u] de vivre4 ,ici1 non plus qu'ailleurs1 ce n'e/ gure la raison qui console1 et elle doit s'arrt] au seuil de la d]nire retraite du voleur ou du tratre1 comme elle s'arrte au seuil du sacrifice d',antigone1 de la rsignation de ,job et de l'am\r de ,m>c-,aurle4 ,elle s'arrte1 elle ne se r5d plus compte1 elle n'appr\ve gure1 et nanmo9s1 elle s5t que si elle se rvoltait1 elle se rvolt]ait contre la lumire dont elle n'e/ que l'ombre visible1 c> elle e/ au milieu de ces *oses comme un homme qui se ti5drait en ple9 soleil4 ,il voit son ombre qui s't5d ses pi$s1 il peut la faire avanc] ou recul]1 et en modifi] les cont\rs selon qu'il se baisse ou se relve1 mais cette ombre e/ la seule *ose qu'il dom9e1 qu'il possde et laquelle il puisse comm&] dans la lumire bl\issante qui l'ent\re4 ,notre raison s'agite a9si dans une lumire suprieure2 et l'ombre qu'elle y =me n'a pas d'action sur cette spl5deur immobile4 ,si lo9 que se tr\v5t l'un de l'autre ,m>c-,aurle et le tratre1 ils puis5t la mme s\rce l'eau my/ique qui fait vivre leur me2 et cette s\rce n'e/ pas dans leur intellig5ce4 ,il e/ assez trange que t\te notre vie morale soit situe ailleurs que dans notre raison2 c> celui qui ne vivrait que selon cette raison s]ait le plus misrable des tres4 ,il n'e/ pas une v]tu1 pas un acte de bont1 pas une p5se noble1 dont presque t\tes les rac9es ne plong5t ct de ce qu'on peut compr5dre et expliqu]4 ,p\rtant1 ne s]ait-ce pas l'orgueil de l'homme de tr\v] t\te v]tu1 t\te vie intrieure1 t\te joie1 dans la seule *ose qu'il possde vritablem5t1 dans la seule *ose en quoi il puisse avoir confiance3 c'e/--dire sa raison8 ,mais il aura beau faire1 le mo9dre vnem5t lui montr]a bi5tt que ce n'e/ jamais l qu'il faut se rfugi]1 tant il e/ vrai que n\s sommes autre *ose que des tres simplem5t raisonnables4 ,,xliv ,mais si notre raison ne *oisit pas ce que la s\ffrance n\s apporte1 qu'e/-ce donc qui *oisit8 ,notre vie antrieure1 qui a =m notre me8 ,on ne rcolte pas du j\r au l5dema9 les fruits de la sagesse4 ,si je n'ai pas vcu comme ,paul-,emile1 pas une seule des p5ses qui le consolr5t ne me consol]a1 alors mme que t\s les sages de ce monde s'unirai5t p\r me les rpt] sans cesse4 ,les anges qui vi5n5t essuy] nos l>mes pr5n5t exactem5t la =me et le visage de ce que n\s avons dit1 de ce que n\s avons p5s1 et surt\t de ce que n\s avons fait1 avant l'heure de la d\leur4 ,lorsque ,?omas ,c>lyle1 qui fut un sage1 mais un sage maladif1 p]dit1 aprs plus de qu>ante annes de vie commune1 sa femme ,jeannie ,wel%1 l'tre qu'il aima le plus pr(ondm5t1 sa pe9e1 elle aussi1 prit avec une exactitude incroyable la =me de la vie antrieure de leur am\r4 ,et c'e/ p\rquoi elle fut augu/e1 va/e1 torturante et consolatrice la fois1 dans la gr&eur de ses repro*es1 de ses t5dresses et de ses regrets1 comme une prire ou une contemplation au bord d'une m] assombrie4 ,c'e/1 en quelque faon1 l'image syn?tique de t\s nos j\rs qui ne sont plus1 qui se reproduit avec une fidlit affectueuse ou malveillante dans la s\ffrance de notre coeur4 ,si je n'ai dans ma vie que des s\v5irs sans gnrosit et sans lumire1 qu& vi5dra le mom5t1 qui arrive t\j\rs1 o les s\v5irs se trans=m5t en l>mes1 ces l>mes s]ont sans gnrosit et sans lumire aussi4 ,nos l>mes n'ont pas de c\leur p> elles-mmes1 af9 qu'elles puiss5t reflt] le pass de notre me2 et ce qu'elles reflt5t e/ notre *tim5t ou notre rcomp5se4 ,il n'y a qu'une *ose qui ne se trans=me jamais en s\ffrance1 c'e/ le bi5 que n\s avons fait4 ,qu& n\s p]dons un tre aim1 ce qui n\s fait pleur] les l>mes qui ne s\lag5t po9t1 c'e/ le s\v5ir des mom5ts o n\s ne l'avons pas assez aim4 ,si n\s avions t\j\rs s\ri l'tre qui n'e/ plus1 n\s ignor]ions t\t ce qu'il y a d'amo9drissant dans la d\leur1 et n\s pleur]ions des l>mes telles1 qu'il leur re/]ait un peu de la d\ceur des c>esses et des v]tus dont elles se s\vi5n5t4 ,c> les s\v5irs de l'am\r vritable1 qui e/ l'acte de v]tu qui conti5t t\s les autres1 arra*5t nos yeux les mmes l>mes bi5faisantes que les plus belles heures dont ces s\v5irs sont issus4 ,ri5 n'e/ plus ju/e que la d\leur1 et t\te notre vie att5d que son heure sonne1 comme le m\le att5d le bronze en fusion1 p\r n\s pay] notre salaire4 ,,xlv ,ici encore1 o se tr\ve cep5dant le pili] le plus l\rd de son trne1 n\s voyons quel po9t la puissance du de/9 se limite en t\s ceux qui devi5n5t meilleurs que le de/9 lui-mme4 ,le de/9 e/ demeur b>b>e2 et il n'e/ pas la hauteur de t\s les hommes4 ,il puise t\tes ses armes dans la vie ord9aire2 et ses armes ret>d5t4 ,il n\s attaque encore extrieurem5t comme il n\s attaquait au temps d',o,edipe4 ,il tire droit devant lui1 comme un ar*] aveugle1 mais qu& ses fl*es doiv5t s'lev] un peu p\r atte9dre leur b1 elles retomb5t sans =ce4 ,s\ffrances1 regrets1 l>mes1 d\leurs et t\t le re/e2 voil des noms semblables qui dsign5t des *oses qui ne se ressembl5t jamais4 ,si n\s allions jusqu' l'me de ces mots1 n\s reconnatrions que n\s n'appelons a9si que la trace de nos fautes1 et l o nos fautes fur5t nobles1--c> il y a de nobles fautes1 comme il y a de petites v]tus1--notre malheur s]a plus prs du bonheur vritable que le bonheur de ceux qui sont heureux sans avoir agr&i leur consci5ce4 ,croyez-v\s que ,c>lyle et v\lu *ang] son malheur qui s'pan\issait comme une fleur imm5se et t5dre dans son me1 contre le bonheur conjugal1 sans horizon et sans lumire du plus heureux de ses vois9s d ,*elsea8 ,et la d\leur d',erne/ ,r5an1 lorsqu'il p]dit sa soeur ,h5riette1 n'e/-elle pas meilleure l'me que l'abs5ce de d\leur *ez mille autres qui n'ont pas su aim] leur soeur8 ,faut-il pla9dre celui qui pleure c]ta9s soirs1 au bord d'une m] inf9ie1 ou celui qui s\rit1 sans raison1 t\te sa vie1 au fond d'une petite *ambre8 ,bonheur1 malheur2 si n\s p\vions sortir un in/ant de n\s-mmes1 et gt] le malheur du hros1 combi5 de n\s revi5drai5t sans regrets leur bonheur troit8 ,il e/ donc vrai que le bonheur ou le malheur1 lors mme qu'il arrive du dehors1 n'exi/e qu'en n\s-mmes8 ,t\t ce qui n\s ent\re devi5t ange ou dmon selon l'tat de notre coeur4 ,jeanne d',arc ent5d les sa9tes et ,macbe? les sorcires1 et c'e/ t\j\rs la mme voix4 ,le de/91 dont n\s aimons tant n\s pla9dre1 n'e/ peut-tre pas ce que n\s p5sions t\t l'heure4 ,il n'a d'autres armes que celles que n\s lui t5dons4 ,il n'e/ ni ju/e1 ni inju/e2 il ne r5d jamais de s5t5ce4 ,ce que n\s pr5ons p\r un ,dieu n'e/ qu'un messag] dguis4 ,il n\s av]tit simplem5t1 c]ta9s j\rs de notre vie1 que l'heure vi5t de sonn] o n\s avons n\s jug] n\s-mmes4 ,,xlvi ,il e/ vrai que les tres de second ordre ne se jug5t pas eux-mmes4 ,aussi1 e/-ce prcism5t p>ce qu'ils refus5t de se jug]1 qu'ils sont jugs p> le has>d4 ,ils sont s\mis un de/9 presque inv>iable2 c> le de/9 ne peut se trans=m] qu'aprs le jugem5t que l'homme a r5du sur lui-mme4 ,au lieu de trans=m] l'vnem5t qu'ils r5contr5t1 ils se trans=m5t eux-mmes1 moralem5t1 au premi] contact de t\t ce qu'ils r5contr5t4 ,ils pr5n5t immdiatem5t la =me mme du malheur qu'ils dplor5t1 et n'en pr5n5t que la =me la plus pauvre et la plus usite4 ,t\t ce qui leur arrive a l'odeur du de/94 ,p\r celui-ci1 c'e/ la pr(ession qu'il embrasse1 p\r celui-l1 c'e/ une amiti qui l'accueille1 p\r un troisime1 c'e/ la matresse qu'il r5contre4 leur g>d1 has>d et de/9 sont deux t]mes id5tiques2 et le has>d e/ r>em5t un de/9 favorable4 ,t\t ce qui en n\s-mmes n'e/ pas occup p> la puissance de notre me1 e/ immdiatem5t occup p> une puissance ennemie4 ,t\t vide dans le coeur ou dans l'intellig5ce devi5t le rs]voir d'influ5ces fatales4 ,l',ophlie de ,%akespe>e et la ,m>gu]ite de ,goe! sont s\mises au de/9 p>ce qu'elles sont si frles1 qu'on ne peut faire un ge/e1 en leur prs5ce1 qui ne devi5ne le ge/e mme du de/94 ,mais si ,m>gu]ite et ,ophlie euss5t possd une p>celle de la =ce qui anime l',antigone de ,sophocle1 n'euss5t-elles pas *ang1 non seulem5t leurs propres de/9es1 mais encore celles d',hamlet et de ,fau/8 ,et si le ,m de ,v5ise1 au lieu d'p\s] ,desdmone1 et pris p\r femme la ,paul9e de ,corneille1 croyez-v\s que dans des circon/ances id5tiques la de/9e de ,desdmone et os rd] un in/ant aut\r de l'am\r clair de ,paul9e8 ,etait-ce dans leur corps ou dans leur me que se dissimulait la ,fatalit noire8 ,et1 s'il e/ vrai1 p>fois1 que le corps ne puisse acqurir plus de =ce1 l'me ne peut-elle en acqurir t\j\rs8 ,pr5ons-y g>de3 p\r la plup>t des hommes on ne saurait imag9] qu'un de/9 vritable2 ce s]ait celui qui dirait3 p>tir de ce j\r1 ton me ne peut plus s'aff]mir et ne gr&ira plus4 ,mais e/-il un de/9 qui ait le droit de n\s p>l] a9si8 ,,xlvii ,cep5dant la v]tu e/ bi5 s\v5t punie1 et la =ce mme d'une me prcipite p>fois son malheur4 ,plus on aime1 plus on (fre de surface de nobles d\leurs2 mais le sage se plat agr&ir cette surface qui e/ belle4 ,oui1 reconnaissons-le1 le de/9 ne re/e pas t\j\rs au fond de ses tnbres2 il lui faut1 c]ta9es heures1 des victimes plus pures1 qu'il saisit en agitant ses gr&es ma9s glaces dans la lumire4 ,j'ai prononc tantt le nom tragique d',antigone1 et l'on dira sans d\te3 ,voil1 malgr sa =ce d'me1 la victime du de/9 que v\s *]*iez en va94444 ,on ne peut le ni]2 ,antigone e/ la proie du dieu froid1 p>ce que son me a trois fois plus de =ce que l'me d'une autre femme4 ,elle prit1 p>ce que le de/9 l'a mise dans une situation telle1 qu'elle e/ oblige de *oisir entre la mort et ce qu'elle considre comme le plus imprieux de ses devoirs de soeur4 ,elle se voit prise t\t c\p entre la mort et l'am\r2 et l'am\r le plus pur et le plus ds9tress1 puisqu'il s'agit de l'am\r p\r une ombre qu'elle ne v]ra jamais sur cette t]re4 ,et p\rquoi le de/9 a-t-il pu l'accul] a9si l'angle meurtri] que =m5t d]rire elle la mort et le devoir8 ,uniquem5t p>ce que son me1 plus haute que les autres1 a vu cette p>oi infran*issable du devoir1 qu',ismne1 sa pauvre soeur1 n'ap]oit pas1 mme lorsqu'on la lui montre4 ,dans le mme mom5t1 t&is qu'elles se tr\v5t t\tes deux sur le seuil du palais1 les mmes voix s'lv5t aut\r d'elles4 ,antigone n'ent5d que celle qui vi5t d'en haut2 et c'e/ p\rquoi elle meurt2 ,ismne ne se d\te gure qu'il en exi/e une autre que celle qui vi5t d'en bas2 et c'e/ p\rquoi elle ne meurt pas4 ,mettez dans l'me d',antigone un peu de l'impuissance qui se tr\ve dans celle d',ophlie ou de ,m>gu]ite1 et le de/9 et jug inutile de faire signe la mort dans l'in/ant o la fille d',o,edipe app>aissait s\s le por*e du palais de ,cron4 ,c'e/ donc uniquem5t p>ce que son me e/ =te que le de/9 a pu s'en r5dre matre4 ,il e/ vrai2 et c'e/ la consolation du ju/e1 du hros et du sage4 ,le de/9 n'a d'empire sur eux que p> le bi5 qu'il les oblige de faire4 ,les autres hommes sont comme des villes aux c5t portes ouv]tes p> lesquelles il pntre2 mais le ju/e e/ une ville f]me qui n'a qu'une porte de lumire2 et le de/9 ne peut l'ouvrir que lorsqu'il p>vi5t contra9dre l'am\r frapp] cette porte4 ,il fait faire ce qu'il veut aux autres hommes2 et le de/91 lorsqu'il e/ libre1 ne veut gure que le mal2 mais s'il songe rgn] sur le ju/e1 il faut aussi qu'il songe faire le bi54 ,ce n'e/ plus l'aide de tnbres qu'il attaque4 ,le ju/e e/ l'abri dans sa lumire2 et seule une lumire plus =te peut le va9cre4 ,il faut alors que le de/9 devi5ne plus beau que sa victime4 ,il place les hommes ord9aires entre une d\leur et le malheur des autres2 mais il ne peut saisir le hros et le sage qu'entre une s\ffrance p]sonnelle et le bonheur d'autrui4 ,il assaille les premi]s l'aide de t\t ce qui e/ laid2 il ne peut assaillir les d]ni]s qu' l'aide de ce qu'il y a de plus beau sur la t]re4 ,il a des milli]s d'armes contre les uns1 et les pi]res mmes du *em9 se trans=m5t en armes2 il n'a qu'un glaive irrsi/ible p\r attaqu] les autres2 et c'e/ le glaive ard5t du sacrifice et du devoir4 ,l'hi/oire d',antigone puise t\te l'hi/oire de l'empire du de/9 sur le sage4 ,jsus qui meurt p\r n\s1 ,curtius qui se jette dans le g\ffre1 ,socrate qui refuse de se taire1 la soeur de *>it qui s'te9t au *evet du malade1 et l'humble passant qui prit p\r sauv] le passant qui prit1 ont t obligs de *oisir1 et port5t la mme place la blessure glorieuse d',antigone4 ,c]tes1 il y a de beaux prils aussi dans la lumire1 et il e/ dang]eux d'tre sage p\r ceux qui craign5t de se sacrifi]2 mais ceux qui craign5t de se sacrifi]1 lorsque l'heure gnreuse e/ sonne1 ne sont peut-tre pas bi5 sages4444 ,,xlviii ,qu& n\s prononons le mot ,de/91 il n'e/ p]sonne qui ne se reprs5te quelque *ose de sombre1 d'affreux et de mortel4 ,au fond de la p5se des hommes1 il n'e/ que le *em9 qui conduit la mort4 ,mme1 la plup>t du temps1 il n'e/ autre *ose que le nom que l'on donne la mort qui n'e/ pas encore arrive4 ,il e/ la mort envisage dans l'av5ir et l'ombre de la mort sur la vie4 ,nul homme n'*appe son de/91 disons-n\s1 p> exemple1 en songeant la mort qui att5d le voyageur au dt\r de la r\te4 ,mais si le voyageur r5contre le bonheur1 n\s ne p>lons plus du de/91 ou n\s n'en p>lons plus comme du mme dieu4 ,et cep5dant1 ne peut-il adv5ir que celui qui *em9e p> la vie r5contre un bonheur plus gr& que le malheur et plus important que la mort8 ,ne peut-il adv5ir qu'il r5contre un bonheur que n\s ne voyons pas1 et de sa nature le bonheur n'e/-il pas mo9s manife/e que le malheur1 et ne devi5t-il pas mo9s visible mesure qu'il s'lve8 ,mais n\s n'en t5ons aucun compte4 ,si c'e/ une av5ture misrable1 t\t le village1 t\te la ville acc\rt2 mais si c'e/ un bais]1 un rayon de beaut qui vi5t frapp] notre oeil1 ou un rayon d'am\r qui vi5t clair] notre coeur1 p]sonne n'y pr5d g>de4 ,et p\rtant un bais] peut tre aussi important la joie qu'une blessure e/ importante la d\leur4 ,n\s ne sommes pas ju/es2 n\s ne mlons presque jamais le de/9 au bonheur2 et si n\s ne le joignons pas la mort1 c'e/ p\r le jo9dre un malheur plus gr& que la mort mme4 ,,xlix ,si je v\s p>le du de/9 d',o,edipe1 de ,jeanne d',arc et d',agamemnon1 v\s n'ap]cevrez pas la vie de ces trois tres1 v\s ne v]rez que les d]ni]s s5ti]s qui les m5r5t leur f94 ,v\s v\s direz que leur de/9 n'a pas t heureux1 puisque leur mort n'a pas t heureuse4 ,mais v\s oubliez que la mort n'e/ jamais heureuse aux yeux de ceux qui ne meur5t pas encore1 et p\rtant c'e/ a9si que n\s jugeons la vie4 ,il semble que la mort absorbe t\t2 et si tr5te annes de flicit ab\tiss5t une mort accid5telle1 les tr5te annes n\s p>atront p]dues dans les tnbres d'une heure d\l\reuse4 ,l ,n\s avons tort de reli] a9si le de/9 la mort ou au malheur4 ,qu& donc quitt]ons-n\s cette ide que la mort e/ plus importante que la vie1 et le malheur plus gr& que le bonheur8 ,p\rquoi ne reg>d] que du ct des l>mes1 qu& n\s jugeons de la de/9e d'un tre1 et jamais du ct des s\rires8 ,qui n\s a dit qu'il fallt valu] la vie l'aide de la mort et non pas la mort l'aide de la vie8 ,n\s plaignons la de/9e de ,socrate1 de ,duncan1 d',antigone1 de ,jeanne d',arc et de tant d'autres ju/es1 p>ce que leur f9 fut inatt5due ou cruelle1 et n\s n\s disons que la sagesse ou la v]tu ne ds>me pas le malheur4 ,mais d'abord1 v\s n'tes ni sage ni ju/e si v\s *]*ez dans la sagesse et la ju/ice autre *ose que la sagesse et la ju/ice mmes4 ,et puis1 de quel droit tassons-n\s a9si une exi/5ce t\t entire dans l'in/ant de la mort8 ,p\rquoi me dites-v\s que la sagesse ou la v]tu d',antigone et de ,socrate les r5dit malheureux p>ce que leur f9 fut malheureuse8 ,la mort occupe-t-elle dans la vie un po9t plus va/e que la naissance8 ,et cep5dant v\s ne t5ez pas compte de la naissance qu& v\s pesez la de/9e du sage4 ,ce qui n\s r5d heureux ou malheureux1 c'e/ ce que n\s faisons entre la naissance et la mort2 ce n'e/ pas dans sa mort1 mais dans les j\rs et les annes qui la prcd5t que se tr\ve le bonheur ou le malheur d'un tre et son vritable de/94 ,n\s raisonnons un peu comme si le sage dont l'hi/oire n\s a appris la mort affreuse et pass son exi/5ce prvoir la f9 d\l\reuse que sa sagesse lui prp>ait4 ,mais en ralit le sage e/ bi5 mo9s inquit que le m*ant p> l'ide de la mort4 ,socrate n'a pas cra9dre comme ,macbe? que t\t f9isse mal4 ,et si t\t f9it mal1 c'e/ contre t\te att5te1 et il n'a pas u sa vie la m\rir d'avance comme le ,?ane de ,cawdor4 ,mais trop s\v5t au fond de nos p5ses il semble qu'une blessure qui saigne quelques heures anantisse la paix d'une exi/5ce entire4 ,,li ,je ne dis pas que le de/9 soit ju/e1 qu'il rcomp5se les bons et punisse les m*ants4 ,quelle me p\rrait encore se dire bonne si la rcomp5se tait sre8 ,mais n\s sommes bi5 plus inju/es que le de/9 lui-mme lorsque n\s le jugeons4 ,n\s ne voyons que le malheur du sage1 c> n\s savons t\s ce que c'e/ que le malheur2 mais n\s ne voyons pas son bonheur1 c> il faut tre exactem5t aussi sage que le sage et aussi ju/e que le ju/e dont on pse le de/9 p\r connatre leur bonheur4 ,lorsqu'un homme l'me basse t5te de mesur] le bonheur d'un gr& sage1 ce bonheur fuit comme l'eau entre ses doigts2 mais dans la ma9 d'un autre sage1 il devi5t aussi f]me1 aussi brillant que l'or4 ,on n'a que le bonheur qu'on peut compr5dre4 ,il arrive s\v5t que le malheur du sage ressemble au malheur d'un autre homme1 mais son bonheur n'a aucun rapport avec ce qu'appelle bonheur celui qui n'e/ pas sage4 ,il y a bi5 plus de t]res inconnues dans le bonheur qu'il n'y a en a dans le malheur4 ,le malheur a t\j\rs la mme voix1 mais le bonheur fait mo9s de bruit mesure qu'il devi5t plus pr(ond4 ,qu& n\s mettons le malheur dans un plateau de la balance1 *acun de n\s dpose dans l'autre l'ide qu'il se fait du bonheur4 ,le sauvage y mettra de l'alcool1 de la p\dre et des plumes2 l'homme civilis un peu d'or et quelques j\rs d'ivresse2 mais le sage y dpos]a mille *oses que n\s ne voyons pas1 t\te son me peut-tre1 et le malheur mme qu'il aura purifi4 ,,lii ,il n'e/ ri5 de plus ju/e que le bonheur1 ri5 qui pr5ne plus fidlem5t la =me de notre me1 ri5 qui remplisse plus exactem5t les lieux que la sagesse lui a ouv]ts4 ,mais il n'e/ ri5 qui manque encore de voix autant que lui4 ,l'ange de la d\leur p>le t\tes les langues et connat t\s les mots1 mais l'ange du bonheur n'ouvre la b\*e que lorsqu'il peut p>l] d'un bonheur que le sauvage e/ mme de compr5dre4 ,le malheur e/ sorti de l'enfance depuis des c5ta9es de sicles1 mais on dirait que le bonheur dort encore dans les langes4 ,quelques hommes ont appris tre heureux1 mais o sont-ils ceux qui dans leur flicit songr5t prt] leur voix l',ar*ange muet qui clairait leur me8 ,d'o vi5t cet inju/e sil5ce8 ,p>l] du bonheur1 n'e/-ce pas un peu l'enseign]8 ,prononc] son nom *aque j\r1 n'e/-ce pas l'appel]8 ,et l'un des beaux devoirs de ceux qui sont heureux1 n'e/-ce pas d'appr5dre aux autres tre heureux8 ,il e/ c]ta9 que l'on appr5d tre heureux2 et ri5 ne s'enseigne plus aism5t que le bonheur4 ,si v\s vivez p>mi des g5s qui bniss5t leur vie1 v\s ne t>d]ez pas bnir votre vie4 ,le s\rire e/ aussi contagieux que les l>mes2 et les poques que l'on appelle heureuses ne sont s\v5t que des poques o quelques hommes sur5t se dire heureux4 ,d'ord9aire1 ce n'e/ pas le bonheur qui n\s manque1 c'e/ la sci5ce du bonheur4 ,il ne s]t de ri5 d'tre aussi heureux que possible si on ignore qu'on e/ heureux1 et la consci5ce du plus petit bonheur importe bi5 plus notre flicit que le plus gr& bonheur que notre me ne reg>de pas att5tivem5t4 ,trop d'tres s'imag95t que le bonheur e/ autre *ose que ce qu'ils ont1 et c'e/ p\rquoi ceux qui ont le bonheur doiv5t n\s montr] qu'ils ne possd5t ri5 que ne possd5t t\s les hommes dans leur coeur4 tre heureux1 c'e/ avoir dpass l'inquitude du bonheur4 ,il s]ait ncessaire1 de temps autre1 qu'un homme favoris p> le de/9 d'une flicit clatante1 envie1 surhuma9e1 vnt n\s dire simplem5t3 j'ai reu t\t ce que vos dsirs appell5t *aque j\r1 j'ai la ri*esse1 la sant1 la jeunesse1 la gloire1 la puissance et l'am\r4 ,auj\rd'hui1 je puis me dire heureux2 non pas cause des dons que la =tune a daign m'accord]1 mais p>ce que ces dons m'ont appris reg>d] plus haut que le bonheur4 ,si j'ai tr\v dans mes voyages m]veilleux1 dans mes victoires1 dans ma =ce et dans mon am\r1 la paix et la flicit que je *]*ais1 c'e/ qu'ils m'ont appris que ce n'e/ pas en eux que se tr\v5t la flicit et la paix vritables4 ,avant t\s ces triomphes1 elles n'exi/ai5t qu'en moi2 aprs t\s ces triomphes1 elles s'y tr\v5t t\j\rs1 et je n'ignore pas qu'avec un peu plus de sagesse j'aurais pu possd] t\t ce que je possde1 sans qu'il et t ncessaire de possd] tant de bonheur4 ,je sais que je suis plus heureux auj\rd'hui que je ne l'tais hi]1 p>ce que je sais enf9 que je n'ai plus beso9 du bonheur p\r dlivr] mon me1 apais] ma p5se et clair] mon coeur4 ,,liii ,le sage sait cela sans qu'il soit ncessaire qu'un bonheur surhuma9 le lui vi5ne enseign]4 ,le ju/e le sait aussi1 lors mme qu'il e/ mo9s sage que le sage et que sa consci5ce semble mo9s dveloppe1 c> il e/ rem>quable qu'un acte de ju/ice ou de bont apporte avec soi une c]ta9e consci5ce in>ticule1 s\v5t plus efficace1 plus dv\e1 plus mat]nelle1 que celle qui nat d'une p5se pr(onde4 ,il apporte notamm5t une sorte de consci5ce spciale du bonheur4 ,on a beau faire1 les p5ses les plus hautes sont presque t\j\rs inc]ta9es et v>iables2 au lieu que la lumire d'un acte bi5faisant e/ p]man5te et /able4 ,une p5se pr(onde1 c'e/ quelquefois de la consci5ce ornem5tale1 mais une oeuvre de *>it1 l'accomplissem5t d'un devoir hroque1 c'e/ de la consci5ce1 c'e/--dire1 du bonheur en action4 ,m>c-,aurle qui p>donne une mortelle (f5se2 ,wa%+ton qui abdique au mom5t o sa gloire allait dev5ir une s\rce d'erreur p\r son peuple2 et l'tre ha9eux et vil1 qui1 dans une hypo?se d'ailleurs invraisemblable1 aurait dc\v]t p> has>d la gr&e loi de la gravitation1 ne s]ont pas heureux de la mme faon4 ,il y a un long *em91 bord des seules joies qui ne r$\t5t pas l'hiv]1 d'une intellig5ce satisfaite un coeur satisfait4 ,le bonheur e/ une plante de la vie morale bi5 plus qu'une plante de la vie intellectuelle4 ,ce n'e/ pas dans l'intellig5ce que la consci5ce en gnral1 et surt\t la consci5ce du bonheur1 ca*e ce qu'elle a de plus prcieux4 ,mme1 on dirait p>fois que les p>ties les plus hautes et les plus consolantes de l'intellig5ce ne se trans=m5t pas en consci5ce si elles n'ont po9t pass p> un acte de v]tu4 ,il ne suffit pas de dc\vrir une vrit n\velle dans le monde des ides ou des faits4 ,une vrit n'e/ vivante p\r n\s qu' p>tir du mom5t o elle a modifi1 purifi1 ad\ci quelque *ose dans notre me4 ,ce qui con/itue vritablem5t la consci5ce1 ce qui e/ son acte ess5tiel1 c'e/ la consci5ce d'une amlioration morale4 ,il y a des tres trs intellig5ts qui n'appliqu5t jamais leur intellig5ce la re*]*e d'une faute ou l'enc\ragem5t d'un s5tim5t de *>it4 ,le cas e/ frqu5t *ez les femmes1 p> exemple4 ,d'un homme et d'une femme d'gale puissance intellectuelle1 la femme emploi]a t\j\rs une bi5 mo9dre "p de cette puissance se connatre moralem5t4 ,or1 il semble que l'intellig5ce qui ne va pas v]s la consci5ce s'agite dans le vide4 ,t\te =ce de notre c]veau qui n'e/ pas immdiatem5t recueillie dans les vases les plus purs de notre coeur1 risque =t de se corrompre et de se p]dre4 ,en t\t cas1 elle demeure trangre au bonheur2 p> contre1 elle entre facilem5t en rapport avec le malheur4 ,on peut avoir une intellig5ce trs puissante et trs haute1 et ne s'tre jamais appro* du bonheur4 ,mais on ne peut avoir une me d\ce1 pure et bonne et ne pas connatre autre *ose que le malheur4 ,il e/ vrai que les frontires de l'intellig5ce et de la consci5ce ne sont pas t\j\rs aussi nettem5t sp>es qu'on a l'air de le dire ici2 et qu'une belle p5se e/ s\v5t une bonne oeuvre4 ,mais il arrive nanmo9s qu'une belle p5se qui n'e/ pas ne d'une bonne action ou qui n'en fait pas natre une1 aj\te peu de *ose notre flicit1 au lieu qu'une bonne action1 lors mme qu'aucune p5se ne pr5d naissance en elle1 aviv]a t\j\rs1 comme une pluie bi5faisante1 notre consci5ce du bonheur4 ,,liv ,qu'il faut avoir dit adieu au bonheur1 s'crie ,r5an1 p>lant du r5oncem5t de ,m>c-,aurle1 qu'il faut avoir dit adieu au bonheur p\r arriv] de tels excs6 ,on ne compr5dra jamais t\t ce que s\ffrit ce pauvre coeur fltri1 ce qu'il y eut d'am]tume dissimule p> ce front ple1 t\j\rs calme et presque s\riant4 ,il e/ vrai que l'adieu au bonheur e/ le comm5cem5t de la sagesse et le moy5 le plus sr de tr\v] le bonheur4 ,il n'y a ri5 de d\x comme le ret\r de joie qui suit le r5oncem5t la joie1 ri5 de vif1 de pr(ond1 de *>mant1 comme l'en*antem5t du ds5*ant4 ,c'e/ a9si qu'un sage dcrit le bonheur d'un sage1 et p\rtant1 le bonheur de ,r5an1 aussi bi5 que celui de ,m>c-,aurle se tr\v5t-ils uniquem5t dans le ret\r de joie qui suit le r5oncem5t la joie et dans l'en*antem5t du ds5*ant8 ,s'il en tait a9si1 mieux vaudrait encore tre mo9s sage p\r tre mo9s ds5*ant4 ,mais que v\lait-elle1 la sagesse qui se dcl>e ds5*ante8 ,que *]*ait-elle si elle ne *]*ait pas la vrit1 et quelle e/ donc la vrit qui puisse dtruire a9si au fond d'un coeur s9cre l'am\r mme de la vrit8 ,si la vrit v\s appr5d que l'homme e/ mauvais1 la nature sans ju/ice1 la ju/ice inutile et l'am\r sans puissance1 dites-v\s qu'elle ne v\s appr5d ri51 si elle ne v\s appr5d en mme temps une vrit plus gr&e1 qui enveloppe t\tes ces dsillusions d'une lumire plus clatante et mo9s vite puise que les mille lumires phmres qu'elle vi5t d'te9dre aut\r de v\s4 ,il n'y a pas de limites la vrit1 et c'e/ p\rquoi la sagesse n'a jamais le droit de dpli] a9si1 au premi] c>ref\r de l'orgueil1 la pauvre petite t5te du ds5*antem5t ou du r5oncem5t4 ,c> il y a un incroyable et bi5 fragile orgueil se dcl>] satisfait de ce que ri5 ne n\s peut satisfaire4 ,une satisfaction de ce g5re n'e/ qu'un mcont5tem5t qui n'a mme plus la =ce de se lev]2 et tre mcont5t1 au fond1 c'e/ ne plus essay] de compr5dre4 ,tant que l'homme s'imag9e qu'il e/ de son devoir de r5onc] au bonheur1 ne r5once-t-il pas une *ose qui n'e/ pas encore le bonheur8 ,et puis1 quels bonheurs faut-il dire cet adieu1 qui manque de simplicit8 ,c]tes1 il e/ ju/e d'c>t] de n\s t\t bonheur qui fait du mal aux autres1 mais le bonheur qui fait du mal aux autres demeure-t-il longtemps un bonheur p\r le sage8 ,et lorsque sa sagesse connat enf9 d'autres satisfactions1 sait-elle encore qu'elle r5once aux premires8 ,dfions-n\s t\j\rs de la sagesse et du bonheur qui sont fonds sur le mpris de quelque *ose4 ,le mpris et le r5oncem5t1 qui e/ le fils infirme du mpris1 ne n\s ouvr5t gure que l'asile des vieill>ds et des faibles4 ,n\s n'aurions le droit de mpris] une joie que lorsqu'il ne n\s s]ait mme plus possible de savoir que n\s la mprisons4 ,mais tant que le mpris ou le r5oncem5t doit pr5dre la p>ole ou agit] une p5se amre au fond de notre coeur1 c'e/ que la joie dont n\s ne v\lons plus n\s e/ encore ncessaire4 ,evitons d'introduire dans notre me c]ta9s p>asites des v]tus4 ,et le r5oncem5t n'e/ bi5 s\v5t qu'un p>asite4 ,alors mme qu'il ne l'affaiblit po9t1 il inquite notre vie intrieure4 ,qu& un animal trang] pntre dans une ru*e1 t\tes les abeilles susp5d5t leur travail2 et de mme1 qu& le mpris ou le r5oncem5t e/ entr dans notre me1 t\tes ses puissances et t\tes ses v]tus ab&onn5t leur t*e p\r se runir aut\r de l'hte s+uli] que l'orgueil leur amne4 ,c> tant que l'homme sait qu'il r5once1 le bonheur de son r5oncem5t nat surt\t de l'orgueil4 ,or1 si l'on ti5t r5onc] quelque *ose1 il convi5t qu'on r5once avant t\t aux bonheurs de l'orgueil1 qui sont les plus trompeurs et les plus vides4 ,,lv ,qu'il e/ commode1 en somme1 et dp\rvu de t\te audace et de t\te n]gie cet en*antem5t du ds5*ant6 ,mais quel nom donn] celui qui r5once un bonheur qui le r5dait heureux1 et aime mieux le p]dre srem5t auj\rd'hui1 de peur de le p]dre dema9 si le has>d le veut8 ,la seule mission de la sagesse e/-elle d'c\t] a9si1 dans un av5ir inc]ta91 les pas d'une s\ffrance qui ne vi5dra peut-tre po9t1 et de f]m] l'oreille au bruit d'ailes d'un bonheur qui remplit l'espace de sa prs5ce8 ,*]*ons notre bonheur dans le r5oncem5t qu& il n'e/ plus possible de le tr\v] ailleurs4 ,il e/ facile d'tre sage lorsqu'on se cont5te du bonheur que l'on tr\ve dans l'abs5ce du bonheur4 ,mais le sage n'e/ pas fait p\r tre malheureux2 et il e/ plus glorieux et plus huma9 aussi de ne pas cess] d'tre sage en demeurant heureux4 ,le b suprme de la sagesse e/ t\t ju/e de tr\v] le po9t fixe du bonheur dans la vie2 mais *]*] ce po9t fixe dans le r5oncem5t et l'adieu la joie1 c'e/ l'all] *]*] assez sottem5t dans la mort4 ,il e/ ais de se croire sage lorsqu'on ne b\ge plus4 ,mais l'homme a-t-il t cr p\r ne jamais b\g]8 ,il faut *oisir2 la sagesse e/ l'p\se respecte de nos passions et de nos s5tim5ts1 de t\tes nos p5ses et de t\s nos dsirs1 ou la mlancolique fiance de la mort4 ,qu'il y ait une sagesse immobile p\r la tombe1 mais qu'il y en ait une aussi p\r la maison o l'tre fume encore4 ,,lvi ,ce n'e/ pas en r5onant des bonheurs qui n\s ent\r5t que n\s devi5drons sages2 c'e/ en dev5ant sages que n\s r5onc]ons sans le savoir aux bonheurs qui ne s'lv5t plus jusqu' n\s4 ,a9si1 l'enfant1 en gr&issant1 ab&onne1 sans qu'il s'en ap]oive1 les jeux qui ne l'amus5t plus4 ,et de mme que l'enfant appr5d plus de *oses en j\ant qu'il n'en appr5d dans le travail qu'on lui impose1 la sagesse m>*e plus vite dans le bonheur qu'elle ne l'et fait dans le malheur4 ,les leons du malheur n'clair5t qu'une p>tie de la morale2 et l'homme qui e/ sage p\r avoir t malheureux1 ressemble l'homme qui a aim sans qu'on l'aimt4 ,il ignor]a t\j\rs dans la sagesse ce que l'autre ignor]a dans un am\r auquel l'am\r n'a jamais rpondu4 ,y a-t-il vraim5t dans le bonheur autant de bonheur qu'on le dit8 dem&ait un j\r1 deux mes heureuses1 un philosophe qu'une longue inju/ice avait un peu trop attri/4 ,non1 le bonheur e/ la fois plus et mo9s enviable qu'on ne p5se1 p>ce qu'il e/ t\t autre *ose que ce que p5s5t ceux qui n'ont pas t compltem5t heureux4 ,etre gai1 ce n'e/ pas tre heureux1 et tre heureux1 ce n'e/ pas t\j\rs tre gai4 ,il n'y a que les petits bonheurs d'un in/ant qui s\ri5t et qui f]m5t les yeux dans le temps qu'ils s\ri5t4 ,mais1 arriv une c]ta9e hauteur1 le bonheur p]man5t e/ aussi grave qu'une noble tri/esse4 ,des sages n\s ont appris qu'il ne fallait pas tre heureux1 af9 de p\voir dsir] le bonheur4 ,mais1 si le sage n'a pas t heureux1 comm5t peut-il savoir que la sagesse e/ l'unique *ose qui ne s'attri/e ni ne se lasse dans le bonheur8 ,les p5seurs qui connur5t le bonheur ont appris aim] la sagesse bi5 plus intimem5t que ceux qui fur5t malheureux4 ,il y a une gr&e diffr5ce entre la sagesse qui crot dans le malheur et celle qui se dveloppe dans la flicit4 ,la premire console en p>lant du bonheur1 mais la seconde ne p>le plus que d'elle-mme4 ,au b\t de la sagesse du malheureux1 il y a l'espoir du bonheur2 au b\t de celle de l'homme heureux1 il n'y a plus que la sagesse4 ,si le b de la sagesse e/ de tr\v] le bonheur1 ce n'e/ qu' =ce d'tre heureux qu'on f9it p> savoir que ce b ne se tr\ve qu'en elle4 ,,lvii ,la premire me v5ue ne peut pas port] le bonheur4 ,il y a le c\rage du bonheur1 comme il y a le c\rage du malheur4 ,peut-tre faut-il plus de =ce p\r cont9u] d'tre heureux que p\r cont9u] tre malheureux2 c> l'att5te de ce qu'il n'a pas encore donne plus de joie au coeur qui n'e/ pas sage que la ple9e possession de t\t ce qu'il a dsir4 ,c'e/ du sommet d'un bonheur p]man5t qu'on voit le mieux les dsirs de ce coeur qui semble ne p\voir se n\rrir que de cra9te ou d'espoir1 et qui a tant de mal se n\rrir de ce qu'il a1 alors mme qu'il a t\t4 ,on voit s\v5t des tres =ts et ple9s de prud5ce morale1 va9cus p> le bonheur4 ,n'y tr\vant pas t\t ce qu'ils y *]*ai5t1 ils ne le df5d5t ni ne le reti5n5t avec l'n]gie qu'il faudrait t\j\rs dploy] dans la vie4 ,ah6 qu'il faut tre sage1 p\r ne plus s'tonn] que le bonheur apporte aussi de la tri/esse1 et p\r que cette tri/esse ne n\s incl9e pas croire que n\s ne possdons pas encore le bonheur vritable6 ,ce qu'on tr\ve de meilleur dans le bonheur1 c'e/ la c]titude qu'il n'e/ pas une *ose qui enivre1 mais qui fait rfl*ir4 ,il e/ plus accessible et il devi5t mo9s r>e1 une fois qu'on a appris que le seul don qu'il laisse l'me qui sait en pr(it]2 c'e/ un l>gissem5t de consci5ce qu'elle n'aurait po9t tr\v ailleurs4 ,il e/ plus important p\r l'me huma9e de savoir la valeur d'un bonheur que d'en j\ir4 ,il e/ ncessaire de savoir bi5 des *oses p\r aim] longtemps le bonheur2 il e/ indisp5sable d'en savoir bi5 davantage p\r reconnatre qu'au se9 d'un bonheur sans orage la p>tie fixe et /able de t\te flicit se tr\ve uniquem5t dans cette =ce1 qui1 t\t au fond de notre consci5ce1 p\rrait n\s r5dre heureux au se9 du malheur mme4 ,v\s ne p\vez v\s dire heureux que lorsque le bonheur v\s a aid gravir des hauteurs d'o v\s p\vez le p]dre de vue1 sans p]dre en mme temps votre dsir de vivre4 ,,lviii ,on tr\ve des p5seurs pr(onds et ple9s du s5tim5t augu/e de l'inf9i1 de l't]nel et de l'univ]sel2 on tr\ve des p5seurs comme ,pascal1 ,hello1 ,s*op5hau]1 qui ne p>aiss5t gure heureux4 ,mais on se tromp]ait trangem5t si l'on s'imag9ait que l'expression d'une dtresse gnrale suppose t\j\rs un gr& dsespoir p]sonnel4 ,l'horizon du malheur1 contempl du haut d'une p5se qui n'e/ plus in/9ctive1 g/e1 mdiocre1 ne diffre pas s5siblem5t de l'horizon du bonheur1 contempl du haut d'une p5se de la mme nature1 mais d'une autre orig9e4 ,peu importe1 aprs t\t1 que les nuages qui s'agit5t l-bas1 aux conf9s de la pla9e1 soi5t tragiques ou *>mants2 ce qui apaise le voyageur1 c'e/ d'avoir atte9t un endroit lev1 d'o il dc\vre enf9 un espace sans limites4 ,il n'e/ pas indisp5sable que des voiles blan*es pass5t sans cesse sur la m]1 p\r que la m] n\s semble my/rieuse et admirable2 et une tempte1 pas plus qu'une belle j\rne calme1 n'affaiblit la vie de notre me4 ,ce qui l'affaiblit1 c'e/ de re/] j\r et nuit dans la *ambre de nos petites p5ses sans gnrosit1 sans ardeur1 sans gravit1 alors que l'ocan illum9e le ciel t\t aut\r de notre demeure4 ,mais il y a peut-tre une diffr5ce entre le p5seur et le sage4 ,il arrive que le p5seur s'attri/e simplem5t sur les sommets qu'il a gravis1 mais le sage t*e d'y s\rire de bonne foi et d'une faon si naturelle et si huma9e1 que le plus humble de ses frres peut recueillir et compr5dre ce s\rire qui tombe comme une fleur au pi$ de la montagne4 ,le p5seur ouvre la r\te qui va de ce qu'on voit ce qu'on ne voit pas1 mais le sage ouvre la voie qui mne de ce qu'on aime ce qu'on aim]a1 et les s5ti]s qui mont5t de ce qui ne n\s console plus ce qui peut n\s consol] longtemps encore4 ,il e/ ncessaire1 mais il ne suffit pas1 d'avoir sur l'homme1 sur ,dieu1 sur la nature1 des p5ses vivantes et audacieuses4 ,qu'e/-ce qu'une p5se pr(onde qui n'apporte aucun rcon=t8 ,n'e/-ce pas1 comme celle qui ne p>vi5t pas imprgn] notre vie de t\s les j\rs1 une p5se que le p5seur ne possde pas encore t\t entire8 ,il e/ plus facile de s'afflig] et de demeur] dans son affliction1 que de faire sur-le-*amp1 le pas que le temps f9it t\j\rs p> n\s faire faire au del de cette affliction4 ,il e/ plus facile de p>atre pr(ond dans la mfiance et les tnbres1 que dans la confiance et l'honnte cl>t o les hommes doiv5t vivre4 ,e/-on sr d'avoir fait t\t l'ef=t qu'on peut faire1 en mditant a9si1 au nom de t\s ses frres1 sur la dtresse de la vie1 si1 p\r ne pas amo9drir le gr& tableau de cette dtresse1 on leur ca*e les raisons1 dcisives aprs t\t1 p\r lesquelles on l'accepte1 puisque l'on cont9ue de vivre8 ,e/-ce all] jusqu'au b\t de sa p5se que de p5s] p\r ne pas consol]8 ,il e/ plus facile de me dire p\rquoi v\s v\s plaignez1 que de m'appr5dre avec simplicit les motifs plus puissants et plus pr(onds p\r lesquels votre in/9ct ne rejette pas cette vie dont v\s v\s plaignez de la sorte4 ,qui de n\s ne tr\ve1 sans les *]*]1 mille et mille raisons de n'tre pas heureux8 ,sans d\te1 il e/ utile que le sage n\s indique les plus hautes1 c> les raisons trs hautes p\r n'tre pas heureux1 sont bi5 prs de se trans=m] en raison d'tre heureux4 ,mais t\tes celles qui ne port5t pas en elles ces g]mes de gr&eur et de bonheur 7il y a en effet dans la vie morale une f\le d'espaces dc\v]ts o gr&eur et bonheur se confond5t71 ne mrit5t pas qu'on les numre4 ,il faut tre heureux p\r r5dre heureux2 et il faut r5dre heureux p\r demeur] heureux4 ,essayons d'abord de s\rire p\r que nos frres appr5n5t s\rire1 et puis n\s s\rirons bi5 plus rellem5t en les voyant s\rire4 ,il ne me convi5t pas que je me *agr9e moi-mme1 moi qui jamais n'ai volontairem5t *agr9 p]sonne1 dit ,m>c-,aurle1 en une de ses plus belles lignes4 ,mais n'e/-ce pas se *agr9] soi-mme et appr5dre en mme temps *agr9] les autres1 que de n'appr5dre pas tre aussi heureux que l'on peut l'tre8 ,,lix ,une petite p5se qui relie un reg>d satisfait1 un acte de bont quotidi5ne ou la plus tranquille1 la plus mode/e des m9utes heureuses1 quelque *ose de beau1 de /able et d't]nel1 e/ plus mritoire1 et il e/ inf9im5t plus difficile de l'arra*] aux my/res de la vie qu'une gr&e et sombre mditation qui ratta*e une d\leur1 un am\r1 un dsespoir1 la mort1 au de/9 ou aux puissances indiffr5tes qui environn5t notre exi/5ce4 ,ne n\s laissons pas tromp] p> des app>5ces4 ,hamlet qui se lam5te au bord du g\ffre1 n\s semble plus pr(ond et plus passionnant qu',anton9 le ,pieux1 qui reg>de tranquillem5t les mmes =ces1 les accepte et les int]roge avec calme1 au lieu de les maudire et d'y *]*] des sujets d'p\vante4 ,t\t ce qu'on fait durant le j\r1 p>at mo9s augu/e que le mo9dre ge/e qu'on bau*e alors que la nuit tombe1 mais l'homme e/ n p\r travaill] durant le j\r1 et non p\r s'agit] dans les tnbres4 ,,lx ,il y a en outre1 dans la mo9dre p5se consolante1 une =ce qu'on ne tr\ve jamais dans la plus va/e pla9te1 dans la plus belle ide mlancolique4 ,une gr&e ide pr(onde et attri/e1 c'e/ de l'n]gie qui claire les murs de sa prison en consumant ses ailes dans les tnbres2 mais la plus timide p5se de confiance1 d'ab&on enj\ aux lois 9vitables1 c'e/ dj une action qui *]*e un po9t d'appui p\r pr5dre enf9 son vol dans l'exi/5ce4 ,il n'e/ pas mauvais de se l'av\] quelquefois3 une p5se t5due et ds9tresse1 c'e/ *ose excell5te1 mais la ralit ne comm5ce qu' l'action4 ,ce qui con/itue proprem5t p>l] t\te notre de/9e1 ce sont celles de nos p5ses qui1 presses p> la f\le des p5ses incompltes1 obscures1 presque indi/9ctes encore1 ont eu la =ce1 ou ont enf9 cd la ncessit de se trans=m] en faits1 en ge/es1 en s5tim5ts1 en habitudes4 ,ce n'e/ pas affirm] qu'il faille nglig] les autres4 ,nos p5ses1 aut\r de notre vie relle1 on dirait d'une arme qui assige une ville4 ,il e/ probable que la plup>t des soldats1 qu& la ville s]a prise1 n'entr]ont pas dans son ence9te4 ,on c>t]a notamm5t les auxiliaires1 les b>b>es1 t\tes les b&es in=mes en un mot1 qui cd]ai5t trop facilem5t l'ivresse du pillage1 des flammes et du sang4 ,il e/ probable aussi que les deux ti]s des tr\pes ne pr5dront aucune "p au combat dcisif4 ,mais on a bi5 s\v5t beso9 des =ces inutiles2 et il e/ vid5t que la ville n'aurait pas trembl1 n'aurait jamais ouv]t ses portes1 si l'arme n'avait pas t innombrable au fond des pla9es et bi5 discipl9e au pi$ des murs4 ,il en va de mme dans notre vie morale4 ,les p5ses qui ne sont pas entres dans la ralit n'ont pas t t\t fait va9es2 elles ont p\ss ou s\t5u les autres1 mais celles-ci sont les seules qui ai5t accompli leur mission jusqu'au b\t4 ,et c'e/ p\rquoi ayons t\j\rs s\s nos ordres1 devant les rangs pais de nos ides confuses et attri/es1 un gr\pe de p5ses plus confiantes1 plus huma9es1 plus simples et prtes pntr] h>dim5t dans la vie4 ,,lxi ,on a beau v\loir s'lev] au-dessus des ralits dans un dsir trs pur du bi5 immatriel1 mille int5tions ne val5t pas un ge/e2 non que les int5tions n'ai5t aucune valeur1 mais le mo9dre ge/e de bont1 de c\rage1 de ju/ice1 exige plus d'un milli] de bonnes int5tions4 ,les *iromanci5s prt5d5t que t\te notre vie se grave dans notre ma91 et ce qu'ils appell5t notre vie1 c'e/ un c]ta9 nombre d'actions qui inscriv5t dans notre *air1 soit avant1 soit aprs leur accomplissem5t1 des m>ques indlbiles4 ,nos p5ses et nos int5tions n'y laiss5t p\r a9si dire aucune trace4 ,si j'ai n\rri durant de longs j\rs des projets de meurtre1 de trahison1 d'hrosme ou de sacrifice1 il se peut que ma ma9 n'en dise ri52 mais si j'ai tu1 p> has>d1 peut-tre p> erreur1 au dt\r d'une rue1 quelqu'un qui p>aissait me m5ac]2 ou si1 passant p> la mme rue1 je dois arra*] quelque j\r1 un n\veau-n aux flammes qui l'envelopp]ont1 ma ma9 port]a t\te ma vie l'irrcusable signe du meurtre ou de l'am\r4 ,que les *iromanci5s s'illusionn5t ou non1 peu importe1 il y a une gr&e vrit morale au fond de cette di/9ction4 ,une p5se peut me laiss] jusqu' ma mort la mme place dans l'univ]s2 mais une action me f]a presque t\j\rs avanc] ou recul] d'un rang dans la hir>*ie des tres4 ,une p5se1 c'e/ une =ce isole1 errante et passagre1 qui s'avance auj\rd'hui et que je ne rev]rai peut-tre pas dema92 mais une action suppose une arme p]man5te d'ides et de dsirs1 qui a su conqurir1 aprs de longs ef=ts1 un po9t d'appui dans la ralit4 ,,lxii ,mais n\s voici bi5 lo9 de la noble ,antigone et de l't]nel problme de la v]tu infructueuse4 ,il e/ c]ta9 que le de/91 ent5du au s5s ord9aire de ce mot1 c'e/--dire dsignant uniquem5t le *em9 qui conduit la mort1 ne respecte gure la v]tu4 ,arriv au bord de cet abme1 qui e/ comme la cuve c5trale o les morales vi5n5t se purifi] ou se tr\bl] df9itivem5t1 on n\s =ce *oisir entre la ju/ification1 et la condamnation du has>d4 ,la plup>t des sacrifices du devoir peuv5t se ram5] au type du sacrifice d',antigone4 ,qui de n\s n'a vu aut\r de soi plus d'un exemple d'hrosme *ti8 ,un ami1 du fond du lit qu'il ne devait quitt] que p\r un autre lit qu'on n'ab&onne plus1 me faisait un j\r suivre du doigt1 p\r a9si dire1 t\s les dt\rs dont se s]vit le sort p\r l'am5] boire1 dans une ville trangre1 la gorge d'eau empoisonne qui devait lui donn] la mort4 ,ri5 n'tait plus visible que les fils innombrables tisss p> le de/9 aut\r de cette vie1 et le mo9dre incid5t semblait d\ d'une prvoyance et d'une malice incomp>ables4 ,et p\rtant1 mon ami n'tait all l-bas que p\r y remplir un de ces devoirs que les sages1 les hros ou les sa9ts disc]n5t seuls l'horizon de la consci5ce4 ,que faut-il rpondre8 ,taisons-n\s encore sur ce po9t2 n\s y revi5drons t\t l'heure4 ,mon ami1 s'il avait survcu1 s]ait rep>ti le l5dema9 p\r une autre ville1 o un autre devoir l'et appel1 sans mme se dem&] s'il rpondait encore l'appel d'un devoir4 ,il y a des tres qui obiss5t a9si t\s les ordres *u*ots p> leur coeur4 ,ils n'ont nul s\ci de l'inju/ice de la =tune ou de l'+ratitude de la v]tu2 ils ne s'occup5t que de l'inju/ice des hommes et sembl5t se dire que les autres inju/ices ne les reg>d5t pas encore4 ,e/-il vrai qu'il ne faille jamais hsit] et qu'on ne fasse t\t son devoir qu'autant qu'on ne se d\te mme pas qu'on le fait8 ,e/-il indisp5sable qu'on s'lve un po9t d'o le devoir n'app>aisse plus comme un *oix de nos s5tim5ts les plus nobles1 mais comme une sil5cieuse ncessit de t\te notre nature8 ,,lxiii ,il en e/ qui att5d5t1 s'int]rog5t1 jug5t1 ps5t1 et se dcid5t enf94 ,ils ont raison aussi4 ,qu'importe que l'accomplissem5t d'un devoir soit le rsultat de l'in/9ct ou de l'intellig5ce8 ,les ge/es de l'in/9ct1 comme les ge/es de l'enfant1 ont ord9airem5t une beaut un peu vague1 nave1 inatt5due1 qui n\s t\*e davantage1 mais ceux de la bonne volont rfl*ie ne possd5t-ils pas une beaut plus srieuse et plus f]me8 ,il e/ donn peu de coeurs d'tre navem5t admirables2 et l'on aurait tort d'all] *]*] en eux t\tes les lois de nos devoirs4 ,au re/e1 la bonne volont rfl*ie1 alors mme qu'elle n'a plus d'illusions1 ap]oit un gr& nombre de devoirs mo9s sduisants1 que l'in/9ct ne voit pas2 et la valeur morale d'un tre ne s'e/ime-t-elle po9t au nombre des devoirs qu'il ap]oit et qu'il a l'int5tion d'accomplir4 ,il e/ bon que la plup>t suiv5t sans s'int]rog] trop att5tivem5t 7c> il faut s'int]rog] bi5 longtemps p\r que les rponses de la consci5ce devi5n5t enf9 semblables aux rponses de l'in/9ct72 il e/ bon que la plup>t suiv5t en att5dant l'in/9ct du sacrifice dans le devoir4 ,ils suiv5t a9si1 les yeux f]ms1 une lumire que les meilleurs de leurs anctres invisibles port5t devant eux4 ,mais enf91 ce n'e/ pas l l'idal2 et celui qui ab&onne la mo9dre *ose au pr(it de son frre1 sa*ant ce qu'il ab&onne et p\rquoi il le fait1 occupe dans la vie morale une situation plus haute que celui qui (fre sa vie mme sans avoir jet un reg>d en arrire4 ,,lxiv ,le monde e/ ple9 d'tres faibles et nobles qui s'imag95t que le d]ni] mot du devoir se tr\ve dans le sacrifice4 ,le monde e/ ple9 de belles mes qui1 ne sa*ant que faire1 *]*5t sacrifi] leur vie2 et cela e/ reg>d comme la v]tu suprme4 ,non1 la v]tu suprme e/ de savoir que faire1 et d'appr5dre *oisir quoi l'on peut donn] sa vie4 ,ce n'e/ que provisoirem5t que le devoir p\r *acun de n\s e/ ce qu'il croit tre son devoir4 ,le premi] de t\s nos devoirs e/ d'clair] notre ide du devoir4 ,le mot devoir conti5t s\v5t bi5 plus d'erreurs et de non*alance morale qu'il ne r5f]me de v]tus1 ,clytemne/re dv\e sa vie v5g] sur ,agamemnon la mort d',iphignie1 et ,ore/e sacrifie la si5ne v5g] sur ,clytemne/re la mort d',agamemnon4 ,mais il a suffi qu'un sage passt en disant3 ,p>donnez vos ennemis1 p\r que t\s les devoirs de la v5geance fuss5t effacs de la consci5ce huma9e4 ,il suffira peut-tre qu'un autre sage passe un j\r1 p\r que la plup>t des devoirs du sacrifice en soi5t galem5t bannis4 ,en att5dant1 c]ta9es ides sur le r5oncem5t1 la rsignation et le sacrifice puis5t plus pr(ondm5t que de gr&s vices et que des crimes mme1 les plus belles =ces morales de l'humanit4 ,,lxv ,oui1 la rsignation e/ bonne et ncessaire devant les faits gnraux et 9vitables de la vie1 mais sur t\s les po9ts o la lutte e/ possible1 la rsignation n'e/ que de l'ignorance1 de l'impuissance ou de la p>esse dguises4 ,il en e/ de mme du sacrifice1 qui n'e/ trop s\v5t que le bras affaibli que la rsignation agite encore dans le vide4 ,il e/ beau de savoir se sacrifi] simplem5t1 lorsque le sacrifice vi5t au-devant de n\s et qu'il apporte un bonheur vritable aux autres hommes2 mais il n'e/ ni sage ni utile de consacr] sa vie la re*]*e du sacrifice1 et de reg>d] cette re*]*e comme le plus beau triomphe de l'esprit sur la *air4 7,p\r le dire en passant1 on atta*e d'ord9aire une importance inf9im5t trop gr&e aux triomphes de l'esprit sur la *air2 et ces prt5dus triomphes ne sont le plus s\v5t que des dfaites totales de la vie47 ,le sacrifice peut tre une fleur que la v]tu cueille en passant1 mais ce n'e/ pas p\r la cueillir qu'elle s'e/ mise en r\te4 ,c'e/ une grave erreur de croire que la beaut d'une me se tr\ve dans son avidit du sacrifice2 sa beaut fconde rside dans sa consci5ce et dans l'lvation et la puissance de sa vie4 ,il e/ vrai qu'il y a des mes qui ne se s5t5t vivre que dans le sacrifice2 mais il e/ vrai aussi que ce sont des mes qui n'ont pas le c\rage ou la =ce d'all] la re*]*e d'une autre vie morale4 ,il e/ en gnral beauc\p plus facile de se sacrifi]1 c'e/--dire d'ab&onn] sa vie morale1 au pr(it de qui veut bi5 la pr5dre1 que d'accomplir sa de/9e morale et de remplir jusqu'au b\t la t*e p\r laquelle la nature n\s avait crs4 ,il e/1 en gnral1 beauc\p plus facile de m\rir moralem5t et mme physiquem5t p\r les autres1 que d'appr5dre vivre p\r eux4 ,trop d'tres endorm5t a9si t\te initiative1 t\te exi/5ce p]sonnelle dans l'ide qu'ils sont t\j\rs prts se sacrifi]4 ,une consci5ce qui ne va pas au del de l'ide du sacrifice et qui se croit en rgle avec soi1 p>ce qu'elle *]*e sans cesse l'occasion de donn] ce qu'elle a1 e/ une consci5ce qui a f]m les yeux et qui s'e/ ass\pie au pi$ de la montagne4 ,il e/ beau de se donn]1 et c'e/ d'ailleurs =ce de se donn] qu'on f9it p> se possd] quelque peu2 mais c'e/ se prp>] donn] peu de *ose que de n'avoir donn] ses frres que le dsir de se donn]4 ,avant donc que de donn]1 essayons d'acqurir2 et ne croyons pas qu'en donnant n\s soyons disp5ss du devoir d'acqurir4 ,att5dons l'heure du sacrifice en travaillant autre *ose4 ,elle f9it t\j\rs p> sonn]2 mais ne p]dons pas notre temps la *]*] sans cesse au cadran de la vie4 ,,lxvi ,il y a sacrifice et sacrifice2 et je ne p>le pas ici du sacrifice des =ts qui sav5t1 comme ,antigone1 r5onc] eux-mmes1 qu& le de/91 pr5ant la =me du bonheur vid5t de leurs frres1 leur ordonne d'ab&onn] leur bonheur et leur vie4 ,je p>le ici du sacrifice des faibles1 du sacrifice qui se replie sur son inanit avec une satisfaction purile1 du sacrifice qui se cont5te de n\s b]c]1 comme une n\rrice aveugle1 dans les bras amaigris du r5oncem5t et de la s\ffrance gratuite4 c\tons ce que n\s dit ce sujet un p5seur excell5t de ce temps1 ,john ,rusk93 ,la volont de ,dieu e/ que n\s vivions p> le bonheur et la vie de nos frres et non p> leur misre et p> leur mort4 ,il se peut qu'un enfant doive m\rir p\r ses p>5ts1 mais le desse9 du ciel e/ qu'il vive p\r eux4 ,ce n'e/ pas p> le sacrifice1 mais p> sa =ce1 sa joie1 la puissance de sa vie1 qu'il leur s]a un r5\vellem5t de vigueur et comme la fl*e dans la ma9 du gant4 ,il en e/ de mme dans t\tes les autres relations vritables4 ,les hommes s'entr'aid5t p> leurs joies et non p> leurs tri/esses4 ,ils ne sont pas crs af9 de se tu] l'un p\r l'autre1 mais af9 de se =tifi] l'un p> l'autre4 ,et p>mi ma9tes *oses trs belles1 qu'un usage erron a r5dues trs mauvaises1 je ne sais si c]ta9 esprit de sacrifice inconsci5t et trop d\x ne doit tre compt p>mi les plus fatales4 ,on a si bi5 appris quelques mes qu'il y a une v]tu dans la s\ffrance comme telle1 qu'elles accept5t la pe9e et la dtresse comme si c'tait leur "p 9vitable1 ne compr5ant po9t que leur dfaite n'en e/ pas mo9s dplorable1 p>ce qu'elle e/ plus fatale leurs ennemis qu' elles-mmes4 ,,lxvii ,on n\s dit3 ,aimez votre pro*a9 comme v\s-mme1 mais si v\s v\s aimez d'une manire troite1 purile et cra9tive1 v\s aim]ez votre pro*a9 de la mme faon4 ,appr5ez donc v\s aim] l>gem5t1 sa9em5t1 sagem5t et compltem5t4 ,c'e/ *ose mo9s facile qu'on ne croit4 ,l'gsme d'une me clairvoyante et =te e/ plus efficacem5t *>itable que t\t le dv\em5t d'une me aveugle et faible4 ,avant d'exi/] p\r les autres1 il importe que v\s exi/iez p\r v\s-mme2 avant de v\s donn]1 il faut v\s acqurir4 ,soyez c]ta9 que l'acquisition d'une p>celle de votre consci5ce importe mille fois plus1 au b\t du compte1 que le don de votre inconsci5ce t\t entire4 ,presque t\tes les gr&es *oses de ce monde ont t faites p> des tres qui ne songeai5t nullem5t se sacrifi]4 ,platon n'ab&onne pas sa p5se p\r ml] ses l>mes aux l>mes de ceux qui pleur5t dans ,a?nes2 ,newton ne quitte pas ses spculations p\r sortir la re*]*e de sujets de piti ou de tri/esse2 et surt\t ,m>c-,aurle 7c> il s'agit ici du sacrifice moral le plus frqu5t et le plus dang]eux71 ,m>c-,aurle n'te9t pas la cl>t de son me p\r r5dre plus heureuse l'me infrieure de ,fau/9e4 ,or1 ce qui e/ ju/e dans l'exi/5ce de ,platon1 de ,newton ou de ,m>c-,aurle1 e/ galem5t ju/e dans l'exi/5ce de t\te me4 ,c> t\te me dans sa sphre a les mmes devoirs env]s soi que l'me des plus gr&s4 ,conva9quons-n\s une fois p\r t\tes1 que le devoir capital de notre me e/ d'tre aussi complte1 aussi heureuse1 aussi indp5dante1 aussi gr&e que possible4 ,il ne s'agit pas ici d'gsme ou d'orgueil4 ,on ne devi5t efficacem5t gnreux1 on ne devi5t vritablem5t humble que qu& on a un s5tim5t de soi clair1 confiant et pacifique4 ,on peut sacrifi] ce b la passion mme du sacrifice2 c> le sacrifice ne doit pas tre un moy5 de s'ennoblir1 mais le signe d'un ennoblissem5t4 ,,lxviii ,sa*ons (frir1 qu& il le faut1 nos frres malheureux1 nos ri*esses1 notre temps1 notre vie2 c'e/ l le don exceptionnel de quelques heures exceptionnelles1 mais le sage n'e/ pas t5u de nglig] son bonheur et t\t ce qui ent\re son exi/5ce1 p\r se prp>] uniquem5t trav]s]1 avec plus ou mo9s d'hrosme1 une ou deux heures exceptionnelles4 ,en morale1 il faut avant t\t s'atta*] aux devoirs qui revi5n5t t\s les j\rs1 aux actes frat]nels qui ne s'puis5t pas4 ce po9t de vue1 dans la m>*e ord9aire de la vie1 la seule *ose dont n\s puissions (frir une "p sans cesse r5aissante aux mes heureuses ou malheureuses de ceux qui s'avanc5t nos cts le long des mmes r\tes1 c'e/ la =ce1 la confiance1 l'indp5dance apaise de notre me4 ,c'e/ p\rquoi le plus humble des hommes e/ oblig d'entret5ir et d'agr&ir son me1 comme s'il savait qu'un j\r elle dt tre appele consol] ou rj\ir un ,dieu4 ,qu& il s'agit de prp>] une me1 il faut t\j\rs la prp>] p\r une mission div9e4 ,en ce doma9e seul1 et cette condition1 se fait le vritable don de l'homme et s'accomplit le sacrifice p> excell5ce4 ,et qu& son heure sonne1 croyez-v\s que ce que donne alors ,socrate ou ,m>c-,aurle1 qui vcut mille vies1 ayant fait mille fois le t\r de sa vie1 ne vaille pas mille fois t\t ce que peut donn] celui qui n'a pas fait un pas dans sa consci5ce2 et que s'il e/ un ,dieu1 il pse seulem5t le sacrifice au poids du sang de notre corps1 et que le sang de l'me1 qui e/ sa v]tu1 son s5tim5t d'elle-mme1 t\te sa vie morale1 et t\te la =ce qu'elle a accumule durant bi5 des annes1 n'ait aucune valeur8 ,,lxix ,ce n'e/ pas en se sacrifiant que l'me devi5t plus gr&e2 mais c'e/ en dev5ant plus gr&e qu'elle p]d de vue le sacrifice1 comme le voyageur qui s'lve p]d de vue les fleurs du rav94 ,le sacrifice e/ un beau signe d'inquitude1 mais il ne faut pas cultiv] l'inquitude p\r elle-mme4 ,t\t e/ sacrifice aux mes qui s'veill5t2 bi5 peu de *oses port5t encore le nom de sacrifice p\r une me qui a su tr\v] une vie dont le dv\em5t1 la piti et l'abngation ne sont plus les rac9es indisp5sables mais les fleurs invisibles4 ,en vrit1 trop d'tres pr\v5t le beso9 de dtruire1 mme inutilem5t1 un bonheur1 un am\r1 un espoir qui leur app>ti5t1 p\r s'ap]cevoir la cl>t des flammes de l'holocau/e4 ,on dirait qu'ils port5t une lampe dont ils ne sav5t pas l'usage2 et lorsque la nuit tombe1 et qu'ils sont avides de lumire1 ils en rp&5t la sub/ance sur un feu trang]4 vitons d'agir comme ce g>di5 du ph>e de la lg5de1 qui di/ribuait aux pauvres des cabanes vois9es l'huile des gr&es lant]nes qui devai5t clair] l'ocan4 ,t\te me1 dans son milieu1 e/ g>di5ne d'un ph>e plus ou mo9s ncessaire4 ,la mre la plus humble qui se laisse attri/]1 absorb]1 anantir t\t entire p> les plus troits de ses devoirs de mre1 donne son huile aux pauvres1 et ses enfants s\ffriront t\te leur vie que l'me de leur mre n'ait pas t aussi claire qu'elle et pu l'tre4 ,la =ce immatrielle qui luit dans notre coeur doit luire avant t\t p\r elle-mme4 ,ce n'e/ qu' ce prix-l qu'elle luira p\r les autres4 ,si petite que soit votre lampe1 ne donnez jamais l'huile qui l'alim5te1 mais la flamme qui la c\ronne4 ,,lxx ,il e/ c]ta9 que l'altruisme demeur]a t\j\rs le c5tre de gravit des mes nobles1 mais les mes faibles se p]d5t dans les autres1 t&is que les mes =tes s'y retr\v5t4 ,voil la gr&e diffr5ce4 ,ce qui vaut mieux qu'aim] son pro*a9 comme soi-mme1 c'e/ de s'aim] soi-mme en lui4 ,il y a une bont qui prcde c]ta9s tres1 il y en a une qui suit c]ta9s autres4 ,il y a une bont qui puise1 et une autre bont qui n\rrit4 ,n'oublions pas que1 dans le comm]ce des mes1 ce ne sont po9t celles qui croi5t donn] t\j\rs qui sont les gnreuses4 ,une me =te pr5d sans cesse1 mme aux plus pauvres1 une me faible donne t\j\rs1 mme aux plus ri*es2 mais il y a une faon de donn] qui n'e/ que de l'avidit qui a p]du c\rage1 et si un ,dieu v5ait faire le compte1 peut-tre v]rions-n\s que c'e/ en pr5ant que l'on donne et en donnant que l'on enlve4 ,il arrive s\v5t qu'une me mdiocre ne comm5ce gr&ir que du j\r o elle a r5contr une me qui l'puise4 ,,lxxi ,p\rquoi ne pas s'av\] que le devoir p> excell5ce ce n'e/ pas de pleur] avec t\s ceux qui pleur5t1 de s\ffrir avec t\s ceux qui s\ffr5t et de t5dre son coeur ceux qui pass5t p\r qu'ils le meurtriss5t ou p\r qu'ils le c>ess5t8 ,les pleurs1 les s\ffrances1 les blessures ne n\s sont salutaires qu'autant qu'ils ne dc\rag5t pas notre vie4 ,ne l'oublions jamais3 quelle que soit notre mission sur cette t]re1 quel que soit le b de nos ef=ts et de nos esprances1 le rsultat de nos d\leurs et de nos joies1 n\s sommes avant t\t les dpositaires aveugles de la vie4 ,voil l'unique *ose absolum5t c]ta9e1 voil le seul po9t fixe de la morale huma9e4 ,on n\s a donn la vie1 n\s ne savons p\rquoi1 mais il semble vid5t que ce n'e/ pas p\r l'affaiblir ou p\r la p]dre4 ,n\s reprs5tons mme une =me t\te spciale de la vie sur cette plante3 la vie de la p5se1 la vie des s5tim5ts2 et c'e/ p\rquoi t\t ce qui e/ propre dim9u] l'ardeur de la p5se1 l'ardeur des s5tim5ts e/ probablem5t immoral4 ,t*ons donc d'activ]1 d'embellir1 d'amplifi] cette ardeur2 avant t\t1 augm5tons notre confiance dans la gr&eur1 dans la puissance et dans la de/9e de l'homme4 ,il e/ vrai que je p\rrais dire t\t aussi bi53 sa petitesse1 sa faiblesse et sa misre4 ,il e/ aussi passionnant d'tre gr&em5t misrable que d'tre gr&em5t heureux4 ,peu importe1 aprs t\t1 que ce soit l'homme ou l'univ]s qui n\s p>aisse admirable1 p\rvu que quelque *ose n\s p>aisse admirable et que n\s exaltions notre consci5ce de l'inf9i4 ,une toile qu'on dc\vre aj\te plus d'un rayon aux p5ses1 aux passions1 au c\rage de l'homme4 ,t\t ce que n\s voyons de beau dans ce qui n\s ent\re e/ dj beau dans notre coeur1 t\t ce que n\s tr\vons d'adorable et de gr& en n\s-mme1 n\s le tr\vons en mme temps dans les autres4 ,si mon me1 en s'veillant ce mat91 a r5contr dans les p5ses de son am\r une ide qui la rappro*a un peu d'un ,dieu qui n'e/ sans d\te1 comme on l'a dit plus haut1 que le plus beau de ses dsirs1 je vois trembl] cette mme ide dans le pauvre qui passe l'in/ant d'aprs s\s mes f5tres1 et je l'aime davantage p\r le connatre mieux4 ,ne croyons pas qu'il soit inutile d'aim] a9si2 ce s]a grce quelques-uns qui aim]ont a9si de plus en plus pr(ondm5t1 que l'homme saura un j\r ce qu'il lui faudra faire4 ,la morale vritable doit natre de l'am\r consci5t et inf9i4 ,la gr&e *>it1 c'e/ l'ennoblissem5t4 ,mais je ne puis v\s ennoblir si je ne me suis pas ennobli le premi]1 je ne puis v\s admir] si je n'ai ri5 tr\v d'admirable en moi-mme4 ,lorsque j'ai fait un acte noble1 la meilleure rcomp5se que m'accorde cet acte1 c'e/ la c]titude de plus en plus naturelle1 de plus en plus inv9cible que v\s p\vez en faire autant4 ,t\te p5se qui augm5te mon coeur1 augm5te en moi l'am\r et le respect p\r l'homme4 mesure que je monte1 v\s montez avec moi4 ,mais si1 p\r v\s aim]1 p>ce que votre am\r n'a pas encore d'ailes1 je c\pe les ailes mon am\r1 il y aura deux fois plus de l>mes et de pla9tes inutiles au fond de la valle1 mais l'am\r ne f]a pas un pas v]s la montagne4 ,aimons t\j\rs du plus haut po9t que n\s puissions atte9dre4 ,n'aimons pas p> piti lorsqu'on peut aim] p> am\r2 ne p>donnons pas p> bont lorsqu'on peut p>donn] p> ju/ice2 n'appr5ons pas consol] lorsque l'on peut appr5dre respect]4 ,ah6 soyons att5tifs amlior] sans rel*e la qualit de l'am\r que n\s donnons aux hommes6 ,une c\pe de cet am\r prise sur les sommets en vaut c5t que l'on puise aux cit]nes /agnantes de la *>it ord9aire4 ,et si celui que v\s n'aimez plus p> piti ou simplem5t p>ce qu'il pleure1 doit ignor]1 jusqu' la f91 que v\s l'aimez en ce mom5t p\r l'avoir ennobli en mme temps que v\s-mme1 qu'importe aprs t\t8 ,v\s avez fait ce que v\s conceviez comme le meilleur1 encore que le meilleur puisse n'tre pas utile4 ,ne faut-il pas t\j\rs agir en cette vie comme si le ,dieu que dsire le plus haut dsir de notre coeur n\s contemplait sans cesse8 ,,lxxii ,mais rev5ons aux gr&es lois incohr5tes4 ,il n'y a pas longtemps1 dans une cata/rophe affreuse#a1 le de/9 manife/a une fois de plus et d'une manire plus clatante que jamais1 ce que les hommes appell5t son inju/ice1 son aveuglem5t ou son indp5dance4 ,il p>ut y punir expressm5t la seule des v]tus extrieures que la raison n\s ait laisse1 je veux dire l'am\r du pro*a94 ,il e/ probable qu'il y avait quelques ju/es imp>faits dans l'ence9te o la fatalit desc5dit ce j\r-l4 ,il p>at mme c]ta9 qu'il s'y tr\vait au mo9s un ju/e vritable et ds9tress4 ,c'e/ la prs5ce presque c]ta9e de ce ju/e qui pose dans t\te sa puret la "q t]rible que n\s ne p\vons n\s emp*] de faire4 ,s'il n'avait pas t l1 n\s p\rrions n\s dire que n\s ne savons pas de quelle somme de ju/ice s\v]a9e e/ faite une inju/ice qui n\s p>at norme4 ,n\s p\rrions n\s dire que ce qu'on appelait l-bas *>it n'tait peut-tre que la fleur trop audacieuse d'une inju/ice p]man5te4 ,l'homme ne peut se dcid] croire qu'en t\t ce qui e/ extrieur il n'ait lutt] et compt] qu'avec des faits et des =ces aveugles3 l'eau1 le feu1 l'air1 les lois de la pesanteur et quelques autres4 ,n\s avons beso9 d'excus] le has>d2 et qu& n\s l'accusons =mellem5t1 n'e/-ce pas comme si n\s l'excusions dans le pass et l'av5ir1 avec l'tonnem5t pnible que n\s pr\vons en appr5ant qu'un homme de bi5 a commis un acte bas et vil8 ,n\s n\s plaisons crer un has>d idal plus ju/e que n\s-mmes1 et lorsqu'il vi5t de commettre une inju/ice irrcusable1 notre /upeur passe1 t\t au fond de notre coeur1 n\s lui r5dons notre confiance1 en n\s disant que n\s ne savons pas t\t ce qu'il sait1 et qu'il doit avoir obi des lois que n\s ne p\vons pntr]4 ,le monde n\s sembl]ait trop noir si le has>d n'tait pas moral4 ,qu'il n'y ait pas une ju/ice ou une morale g>di5ne de la ntre1 cela n\s p>atrait la ngation mme de t\te morale et de t\te ju/ice4 ,n\s ne v\lons plus de la basse et troite morale des *tim5ts et des rcomp5ses que n\s (fr5t les religions positives1 mais n\s oublions que si le has>d tait d\ du mo9dre s5tim5t de ju/ice1 la morale haute et ds9tresse que n\s rvons ne s]ait plus possible4 ,si n\s ne sommes pas conva9cus que le has>d e/ absolum5t sans ju/ice1 n\s n'avons plus aucun mrite tre ju/es4 ,n\s refusons l'idal des sa9ts1 et n\s sommes p]suads que faire son devoir dans l'espoir d'une rcomp5se quelconque1 ne s]ait-ce que la satisfaction du devoir accompli1 doit avoir1 aux yeux d'un ,dieu sage1 peu prs la mme valeur que faire le mal p>ce qu'il n\s pr(ite4 ,n\s n\s disons volonti]s que si ,dieu e/ aussi haut que l'ide la plus haute qu'il a mise dans l'me des meilleurs d'entre n\s1 il devrait c>t] t\s les hommes qui ont v\lu lui plaire1 c'e/--dire qui n'ont pas fait le bi5 comme s'il n'exi/ait pas1 et qui n'ont pas aim la v]tu plus que ,dieu mme4 ,mais1 en ralit1 et devant le mo9dre vnem5t1 n\s n\s ap]cevons que n\s sortons pe9e des traits de ,morale en action de l'enfance1 dans lesquels t\s les crimes sont punis4 ,il n\s faudrait1 au contraire1 des recueils de v]tus *ties4 ,ils s]ai5t plus utiles aux vritables mes et entreti5drai5t davantage la fi]t et l'n]gie du bi54 ,ne p]dons pas de vue que c'e/ de l'immoralit mme du has>d que doit natre une morale plus belle4 ,ici1 comme p>t\t plus l'homme se s5t ab&onn1 plus il retr\ve la =ce propre de l'homme4 ,ce qui n\s inquite dans ces gr&es inju/ices1 c'e/ la ngation d'une haute loi morale2 mais de cette ngation mme nat immdiatem5t une loi morale suprieure4 ,avec la suppression du *tim5t et de la rcomp5se nat la ncessit de faire le bi5 p\r le bi54 ,ne n\s tr\blons jamais lorsqu'une loi morale n\s semble disp>atre2 il y en a t\j\rs une plus gr&e en rs]ve4 ,t\t ce que n\s aj\tons la moralit du de/91 n\s l'enlevons notre idal moral le plus pur4 ,au contraire1 plus n\s sommes conva9cus que le de/9 n'e/ pas ju/e1 plus n\s l>gissons et purifions devant n\s les *amps d'une morale meilleure4 ,ne n\s imag9ons pas que les bases de la v]tu s'effondr5t p>ce que ,dieu n\s semble inju/e4 ,ce s]ait dans l'inju/ice vid5te de son ,dieu que la v]tu huma9e tr\v]ait enf9 des fondem5ts 9branlables4 ,note #a3 ,l'inc5die du ,baz> de la ,*>it ,p>is 7#d mai #ahig7 ,,lxxiii ,rsignons-n\s l'indiffr5ce de la nature env]s le sage4 ,cette indiffr5ce ne n\s semble trange que p>ce que n\s ne sommes pas assez sages2 c> l'un des devoirs de la sagesse e/ de se r5dre un compte aussi exact et aussi humble que possible de la place que l'tre huma9 occupe dans l'univ]s4 ,l'tre huma9 p>at gr& dans sa sphre comme l'abeille p>at gr&e sur la cellule de son rayon de miel2 mais il s]ait absurde d'espr] qu'une fleur de plus s'ouvrira dans les *amps p>ce que la re9e des abeilles a t hroque dans sa ru*e4 ,ne croyons pas n\s dim9u] en agr&issant l'univ]s4 ,que ce soit n\s-mmes ou le monde enti] qui n\s p>aisse gr&1 le s5tim5t de l'inf9i1 qui e/ le sang de t\te v]tu1 circul]a de la mme faon dans notre me4 ,qu'e/-ce qu'un acte de v]tu p\r en att5dre a9si des rcomp5ses extraord9aires8 ,ce n'e/ pas dans les lois de la gravitation mais en n\s qu'il faut tr\v] ces rcomp5ses4 ,il n'y a que ceux qui ne sav5t pas ce que c'e/ que le bi5 qui dem&5t un salaire p\r le bi54 ,surt\t n'oublions pas qu'un acte de v]tu e/ t\j\rs un acte de bonheur4 ,il e/ t\j\rs la fleur d'une longue vie intrieure heureuse et satisfaite4 ,il suppose t\j\rs des heures et de longues j\rnes de repos sur les montagnes les plus paisibles de notre me4 ,aucune rcomp5se po/rieure ne vaudrait la calme rcomp5se qui l'a prcd4 ,le ju/e qui prit dans la cata/rophe dont je vi5s de p>l]1 n'tait l que p>ce que son me avait tr\v dans le bi5 une c]titude1 une paix1 que nul bonheur1 nulle gloire1 nul am\r n'aurait pu lui donn]4 ,si les flammes s'ouvrai5t1 si les eaux reculai5t1 si la mort hsitait p>fois devant de tels tres1 que s]ai5t dsormais les hros et les ju/es8 ,o s]ait le bonheur d'une v]tu qui n'e/ compltem5t heureuse que p>ce qu'elle e/ noble et pure1 et qui n'e/ noble et pure que p>ce qu'elle n'att5d aucune rcomp5se8 ,il y a une joie huma9e faire le bi5 en p\rsuivant un b2 il y a une joie div9e faire le bi5 et n'espr] ri54 ,on sait en gnral p\rquoi l'on fait le mal2 mais mo9s on sait exactem5t p\rquoi l'on fait le bi51 plus e/ pur le bi5 que l'on fait4 ,p\r appr5dre ce que vaut un ju/e1 dem&ons-lui p\rquoi il e/ ju/e3 il e/ probable que celui qui aura le mo9s rpondre s]a le ju/e le plus p>fait4 ,il se peut qu' mesure que l'intellig5ce s't5d1 le nombre des raisons qui p\ss5t une me l'hrosme sembl5t dim9u]1 mais en mme temps l'intellig5ce s'ap]oit qu'elle n'a plus d'autre idal qu'un hrosme de plus en plus secret et ds9tress4 ,quoi qu'il en soit1 celui qui pr\ve le beso9 d'agr&ir la v]tu en y aj\tant l'approbation du de/9 et du monde1 n'a pas encore le s5tim5t de la v]tu4 ,on n'agit vraim5t bi5 que lorsqu'on agit bi5 p\r soi seul1 sans autre att5te que de savoir de mieux en mieux ce que c'e/ que le bi54 ,sans autre tmo9 que son coeur1 dit ,sa9t-,j4 ,il y a1 j'imag9e1 aux yeux de ,dieu1 une diffr5ce notable entre l'me d'un homme qui e/ p]suad que les rayons d'un acte de v]tu n'ont pas de limites1 et l'me de celui qui se dit que ces rayons ne sont probablem5t pas faits p\r sortir de l'ence9te de son coeur4 ,une vrit trop ambitieuse1 p\r n'tre pas d\teuse1 peut donn] un mom5t une =ce plus gr&e1 mais une vrit plus humble et plus huma9e donne t\j\rs une =ce plus pati5te et plus grave4 ,faut-il tre le soldat conva9cu que *acun de ses c\ps dt]m9e la victoire1 ou celui qui sait la petite *ose qu'il e/ dans la mle et combat nanmo9s d'un c\rage aussi f]me8 ,l'homme de bi5 se f]ait scrupule de tromp] son pro*a91 mais n'e/ que trop port accept] la p5se que se tromp] un peu soi-mme e/ un acte d'idal4 ,mais rev5ons aux dceptions du ju/e4 ,je crois que les meilleurs d'entre n\s *]*]ai5t un autre bonheur si la v]tu tait utile1 et ,dieu leur t]ait leur gr&e raison de vivre s'il les rcomp5sait s\v5t4 ,il e/ probable que ri5 n'e/ ncessaire1 que ri5 n'e/ indisp5sable1 et que si l'me n'avait plus cette joie de faire le bi5 p>ce qu'il e/ le bi51 elle en tr\v]ait une autre plus pure encore2 mais en att5dant1 c'e/ la plus belle qu'elle possde1 n'y t\*ons pas sans motif4 ,ne t\*ons pas trop aux malheurs de la v]tu1 de peur de t\*] en mme temps l'ess5ce la plus limpide de son bonheur4 ,les mes qui gt5t rellem5t ce bonheur s]ai5t aussi tonnes qu'on songet les rcomp5s]1 que les autres s]ai5t tonnes qu'on songet punir le malheur4 ,il n'y a que ceux qui ne viv5t pas dans la ju/ice qui s'en plaign5t t\j\rs4 ,,lxxiv ,la sagesse h9d\e a raison qu& elle dit3 ,travaille1 comme travaill5t ceux-l qui sont ambitieux4 ,respecte la vie1 comme le font ceux qui la dsir5t4 ,sois heureux comme le sont ceux qui viv5t p\r le bonheur de vivre4 ,et c'e/ encore le po9t c5tral de la sagesse huma9e4 ,agir comme si t\t acte portait un fruit extraord9aire et t]nel1 et cep5dant savoir combi5 c'e/ peu de *ose qu'un acte ju/e en face de l'univ]s4 ,avoir le s5tim5t de la disproportion et m>*] nanmo9s comme si les proportions tai5t huma9es4 ,ne pas p]dre de vue la gr&e sphre1 et se m\voir dans la petite avec autant de confiance1 autant de gravit1 de conviction et de satisfaction1 que si elle cont5ait la gr&e4 ,avons-n\s beso9 d'illusions p\r entret5ir notre dsir du bi58 ,s'il en tait a9si1 il faudrait s'av\] que ce dsir n'e/ pas con=me la nature huma9e4 ,il n'e/ pas prud5t de s'imag9] que le coeur croit longtemps des *oses auxquelles la raison ne croit plus4 ,mais la raison peut croire des *oses qui se tr\v5t dans le coeur4 ,elle f9it mme p> s'y rfugi] de plus en plus simplem5t1 *aque fois que la nuit tombe sur son doma9e4 ,c> la raison e/ l'g>d du coeur comme une fille clairvoyante1 mais trop jeune1 qui a s\v5t beso9 des conseils de sa mre1 s\riante et aveugle4 ,il arrive un mom5t dans la vie o la beaut morale semble plus ncessaire que la beaut intellectuelle4 ,il arrive un mom5t o t\tes les acquisitions de l'esprit doiv5t se dv]s] dans la gr&eur de l'me s\s pe9e de m\rir misrablem5t dans la pla9e comme un fleuve qui ne tr\ve pas la m]4 ,,lxxv ,mais n'exagrons ri5 qu& il s'agit de la sagesse1 ft-ce la sagesse mme4 ,si les =ces du dehors ne s'arrt5t pas t\j\rs devant l'homme de bi51 la plup>t des puissances intrieures lui sont s\mises2 et presque t\s les bonheurs et les malheurs des hommes provi5n5t des puissances intrieures4 ,n\s avons dit ailleurs que le sage qui passe int]rompt mille drames4 ,il int]rompt1 en effet1 p> sa seule prs5ce1 la plup>t des drames qui naiss5t de l'erreur ou du mal4 ,il les int]rompt en lui-mme et les emp*e de natre aut\r de lui4 ,des g5s qui aurai5t fait mille *oses folles ou mauvaises1 ne les font pas1 p>ce qu'ils ont r5contr un tre d\ d'une sagesse simple et vivante1 c> dans la vie1 la plup>t des c>actres sont des c>actres accessoires1 et suivant le has>d1 s'atta*5t un sillage de s\ffrance ou de paix4 ,aut\r de ,jean-,jacques ,r\sseau1 p> exemple1 t\t gmit1 t\t trahit1 t\t e/ ple9 de dt\rs et d'arrire-p5ses1 t\t p>at dlir]2 aut\r de ,jean-,paul1 t\t e/ loyal1 t\t semble noble et clair1 t\t s'apaise et t\t aime4 ,ce que n\s dom9ons en n\s1 n\s le dom9ons en mme temps dans t\s ceux qui s'appro*5t de n\s4 ,il se =me aut\r du ju/e un gr& c]cle paisible o les fl*es du mal p]d5t peu peu l'habitude de pass]4 ,les s\ffrances morales qui l'atteign5t ne dp5d5t plus des hommes4 ,il e/ vrai1 au pi$ de la lettre1 que leur malice ne peut n\s faire pleur] que dans les rgions o n\s n'avons pas encore p]du le dsir de faire pleur] nos ennemis4 ,si les traits de l'envie n\s font saign] encore1 c'e/ que n\s aurions pu lanc] ces mmes traits1 et si une trahison n\s arra*e des l>mes1 c'e/ que n\s avons t\j\rs en n\s la puissance de trahir4 ,on ne peut bless] l'me qu'avec les armes (f5sives qu'elle n'a pas encore jetes sur le gr& b*] de l'am\r4 ,,lxxvi ,quant aux drames du bi51 ils se j\5t sur une scne qui demeure my/rieuse au sage comme aux autres hommes4 ,n\s n'en ap]cevons que le dn\em5t1 mais n\s ignorons dans quelle ombre ou dans quelle lumire ce dn\em5t fut prp>4 ,le ju/e ne peut se promettre qu'une *ose1 c'e/ que son de/9 l'atte9dra dans un acte de *>it ou de ju/ice4 ,il ne s]a jamais frapp qu'en tat de grce1 selon l'expression des *rti5s1 c'e/--dire en tat de bonheur intrieur4 ,et c'e/ dj f]m] t\tes les portes aux mauvaises de/9es intrieures1 et la plup>t des portes aux has>ds du dehors4 mesure que s'lve notre ide du devoir et du bonheur1 l'empire de la s\ffrance morale se purifie2 et n'e/-ce pas l'empire le plus tyrannique du de/98 ,notre bonheur dp5d1 en somme1 de notre lib]t intrieure4 ,cette lib]t gr&it qu& n\s faisons le bi51 et dim9ue qu& n\s faisons le mal4 ,ce n'e/ pas mtaphoriquem5t1 mais trs rellem5t que ,m>c-,aurle se dlivre *aque fois qu'il tr\ve une vrit n\velle dans l'indulg5ce1 *aque fois qu'il p>donne ou qu'il p5se4 ,c'e/ mo9s mtaphoriquem5t encore que ,macbe? s'en*ane *acun de ses crimes4 ,et t\t ce qui e/ vrai d'un gr& crime sur une scne royale1 et d'une gr&e v]tu dans une vie hroque1 e/ p>eillem5t vrai des plus humbles fautes et de t\tes les v]tus inconnues d'une vie ord9aire4 ,il y a t\t aut\r de n\s des ,m>c-,aurles enfants1 et des ,macbe?s qui ne sort5t pas de leur *ambre4 ,si imp>faite que soit notre ide du bi51 ds que n\s l'ab&onnons un in/ant1 n\s n\s livrons aux =ces malveillantes du dehors4 ,un simple m5songe env]s moi-mme1 enseveli dans le sil5ce de mon coeur1 peut port] ma lib]t intrieure une atte9te aussi fune/e qu'une trahison sur la place publique4 ,et sitt que ma lib]t intrieure e/ atte9te1 le de/9 s'appro*e de ma lib]t extrieure1 comme un fauve s'appro*e pas l5ts d'une proie qu'il a longtemps guette4 ,,lxxvii ,exi/e-t-il un drame o un tre p>faitem5t beau et p>faitem5t sage s\ffre aussi pr(ondm5t que le m*ant8 ,il semble exact que dans ce monde le mal entrane son *tim5t plus srem5t que la v]tu ne voit sa rcomp5se4 ,il e/ vrai que le crime a l'habitude de se punir lui-mme au milieu de gr&s cris1 t&is que la v]tu se rcomp5se dans le sil5ce1 qui e/ le j>d9 clos de son bonheur4 ,le mal enf9 amne des cata/rophes clatantes1 mais un acte de v]tu n'e/ qu'un sacrifice muet aux lois les plus pr(ondes de l'exi/5ce huma9e4 ,et c'e/ p\rquoi1 sans d\te1 la balance de la gr&e ju/ice n\s p>at p5*] plus volonti]s du ct de l'ombre que de celui de la lumire4 ,mais s'il e/ peu probable qu'exi/e rellem5t le bonheur dans le crime1 le malheur dans la v]tu exi/e-t-il plus frquemm5t8 lim9ons d'abord les s\ffrances physiques1 celles du mo9s dont la s\rce e/ ca*e dans les =ts les plus obscures du has>d4 ,il va sans dire qu'une tr\pe de b\rreaux et pu t5dre ,sp9oza sur un lit de tortures1 et que ri5 n'emp*e les maladies les plus d\l\reuses d'assaillir ,anton9 le ,pieux aussi bi5 que ,rgane ou ,gon]il4 ,ceci n'e/ pas la "p huma9e1 mais animale de la d\leur4 ,obs]vons cep5dant que la sagesse envoie la sci5ce1 la plus jeune de ses soeurs1 limit] *aque j\r1 dans les doma9es du de/91 la zone mme de la d\leur physique4 ,mais1 malgr t\t1 il y aura t\j\rs dans ces doma9es un co9 inabordable o la malav5ture rgn]a4 ,il y aura t\j\rs quelques victimes d'une inju/ice irrductible1 et si celle-ci n\s attri/e1 du mo9s n\s appr5d-elle aj\t] une sagesse plus relle1 plus huma9e et plus fire1 ce que n\s enlevons une sagesse trop my/ique4 ,n\s ne dev5ons vritablem5t ju/es que du j\r o n\s sommes rduits *]*] en n\s seuls le modle de la ju/ice4 ,au re/e1 l'inju/ice du de/9 remet l'homme sa place dans la nature4 ,il n'e/ pas salutaire qu'il reg>de sans cesse aut\r de soi1 comme un enfant qui *]*e encore sa mre4 ,ne croyons pas que le dc\ragem5t moral doive natre de ces dceptions4 ,une vrit1 si dc\rageante qu'elle p>aisse1 trans=me le c\rage de ceux qui sav5t l'accept]4 ,en t\t cas1 une vrit dc\rageante1 p> cela seul qu'elle e/ une vrit1 vaut t\j\rs mieux que le plus beau m5songe qui enc\rage4 ,mais il n'e/ pas de vrit dc\rageante1 il y a p> contre des c\rages qui ne sont pas vritables4 ,ce qui branle les faibles1 e/ ce qui raff]mit les =ts3 ,je p5se au j\r de notre am\r1 crivait une femme1 o p> une l>ge f5tre qui s'ouvrait sur la m]1 n\s reg>dions v5ir l'horizon une multitude de b>ques blan*es1 qui t\tes v5ai5t docilem5t s'atta*] au port que n\s dom9ions 444 ,ah6 comme je revois ce j\r6444 ,te rappelles-tu qu'une seule b>que portait une voile presque noire1 et que ce fut la d]nire qui r5tra au port8 ,te rappelles-tu aussi qu'il tait l'heure de p>tir1 cela n\s tait pnible1 et n\s avions pris comme signal du d"p l'arrive de la d]nire b>que8 ,dans ce has>d qui faisait la d]nire b>que sombre n\s aurions pu tr\v] une cause de mlancolie4 ,mais comme des amants qui ont admis la vie1 n\s l'avons con/at en s\riant et une fois de plus n\s n\s sommes reconnus4 ,oui1 c'e/ a9si qu'il faudrait faire dans l'exi/5ce4 ,il n'e/ pas t\j\rs facile de s\rire l'arrive des b>ques sombres1 mais il e/ possible de tr\v] dans la vie quelque *ose qui n\s dom9e sans n\s attri/]1 comme l'am\r dom9ait sans l'attri/] la femme qui p>lait de la sorte4 mesure que la p5se et le coeur s'l>giss5t1 ils p>l5t mo9s s\v5t d'inju/ice4 ,il e/ bon de se dire que dans ce monde t\t e/ p\r le mieux p> rapport n\s1 puisque n\s sommes les fruits de ce monde4 ,une loi de l'univ]s qui n\s semble cruelle doit tre cep5dant plus con=me notre tre que t\tes les lois meilleures que n\s p\rrions imag9]4 ,les temps sont probablem5t v5us o l'homme doit appr5dre plac] ailleurs qu'en lui-mme le c5tre de son orgueil et de ses joies4 ,t&is que nos yeux s'ouvr5t1 n\s n\s s5tons dom9s p> une =ce de plus en plus norme1 mais n\s acqurons en mme temps la c]titude de plus en plus intime de faire p>tie de cette =ce2 et mme qu& elle n\s frappe1 n\s p\vons l'admir] comme ,tlmaque enfant admirait la =ce du bras pat]nel4 ,acc\tumons-n\s peu peu considr] l'inconsci5ce de la nature avec la mme curiosit et le mme tonnem5t satisfaits et att5dris que n\s avons p>fois qu& n\s considrons les m\vem5ts irrsi/ibles de notre propre inconsci5ce4 ,qu'importe que n\s prom5ions le petit flambeau de notre raison dans ce que n\s appelons l'inconsci5ce de l'univ]s ou la ntre8 ,l'une n\s app>ti5t aussi intimem5t que l'autre4 ,aprs la consci5ce de notre p\voir1 dit ,guyau un des plus hauts privilges de l'homme1 c'e/ de pr5dre consci5ce de son impuissance1 du mo9s comme individu4 ,de la disproportion mme entre l'inf9i qui n\s tue et ce ri5 que n\s sommes1 nat le s5tim5t d'une c]ta9e gr&eur en n\s3 n\s aimons mieux tre fracasss p> une montagne que p> un caill\2 la gu]re1 n\s prfrons succomb] dans une lutte contre mille que contre un4 ,l'intellig5ce1 en n\s montrant p\r a9si dire l'imm5sit de notre impuissance1 n\s te le regret de notre dfaite4 ,qui sait8 il y a dj des mom5ts o ce qui n\s dfait p>at n\s t\*] de plus prs que la "p de n\s-mme qui succombe4 ,ri5 ne *ange plus aism5t de foy] que l'am\r-propre1 c> un in/9ct n\s av]tit que ri5 ne n\s app>ti5t mo9s4 ,l'am\r-propre des c\rtisans qui ent\r5t un roi trs puissant1 ne t>de pas *]*] un refuge plus spl5dide dans la t\te-puissance de ce roi1 et une humiliation qui desc5d sur leur tte du haut d'un trne r$\t1 brise en eux d'autant mo9s d'orgueil qu'elle tombe de plus haut4 ,la nature1 en dev5ant mo9s indiffr5te1 ne n\s p>atrait plus assez va/e4 ,notre s5tim5t de l'inf9i a beso9 de t\t son inf9i1 de t\te son indiffr5ce1 p\r se m\voir l'aise1 et quelque *ose dans notre me aim]a t\j\rs mieux pleur] p>fois dans un monde sans limite1 que d'tre con/amm5t heureux dans un monde born4 ,si le de/9 tait inv>iablem5t ju/e env]s le sage1 ce s]ait sans d\te p>fait p> le fait mme que cela s]ait2 mais puisqu'il e/ indiffr5t1 c'e/ mieux encore et peut-tre plus gr&2 et en t\t cas1 cela re/itue l'univ]s l'importance que cela enlve aux actes de notre me4 ,n\s n'y p]dons ri51 puisque aucune gr&eur1 qu'elle soit dans la nature ou au fond de son coeur1 ne se p]d p\r le sage4 ,p\rquoi n\s inquit] a9si de la situation de l'inf9i8 ,t\t ce qui peut en app>t5ir un tre n'app>ti5dra jamais qu' celui qui l'admire4 ,,lxxviii ,v\s s\v5ez-v\s du roman de ,balzac intitul3 ,pi]rette dans la srie des ,clibataires8 ,ce n'e/ pas un des *efs-d'oeuvre de ,balzac1 il s'en faut2 aussi n'e/-ce pas ce po9t de vue que j'en p>le4 ,on y voit une d\ce et innoc5te orphel9e bretonne que sa mauvaise toile arra*e un j\r son gr&-pre et sa gr&'mre qui l'ador5t1 p\r l'ensevelir au fond d'une ville de prov9ce dans la tri/e maison d'un oncle et d'une tante1 ,m4 ,rogron1 et sa soeur1 ,mlle ,sylvie1 m]ci]s retirs des affaires1 b\rgeois t]nes et durs1 sottem5t vaniteux et av>es1 clibataires inquiets1 mornes et in/9ctivem5t ha9eux4 pe9e arrive1 le m>tyre de l'in(f5sive et aimante ,pi]rette comm5ce4 ,il s'y mle de t]ribles que/ions d'arg5t3 conomies ralis]1 m>iages vit]1 ambitions satisfaire1 successions dt\rn]1 etc4 ,les vois9s1 les amis des ,rogron1 assi/5t paisiblem5t au long et l5t supplice de la victime1 et leur in/9ct s\rit naturellem5t au succs des plus =ts4 ,t\t f9it p> la mort pitoyable de ,pi]rette1 le triomphe des ,rogron1 de l'abom9able avocat ,v9et et de t\s ceux qui les aidr5t4 ,plus ri5 ne vi5t tr\bl] le bonheur des b\rreaux4 ,le has>d mme a l'air de les bnir1 et ,balzac1 emport malgr lui p> la ralit des *oses1 t]m9e1 comme regret1 son rcit1 p> cette phrase3 ,conv5ons entre n\s que la lgalit s]ait p\r les friponn]ies sociales une belle *ose1 si ,dieu n'exi/ait pas4 ,il n'e/ pas ncessaire d'all] *]*] dans les romans des drames de ce g5re4 ,ils ont lieu t\s les j\rs dans un gr& nombre de demeures4 ,aussi n'ai-je emprunt cet exemple ,balzac que p>ce que l'hi/oire quotidi5ne du triomphe de l'inju/ice s'y tr\vait t\te faite4 ,il n'e/ ri5 de plus moral que de p>eils exemples1 et peut-tre la plup>t des morali/es ont-ils tort d'en affaiblir le gr& enseignem5t en essayant d'excus] comme ils peuv5t les iniquits du de/94 ,les uns s'en remett5t ,dieu du so9 de rcomp5s] l'innoc5ce4 ,les autres n\s diront que dans cette av5ture ce n'e/ pas la victime qu'il faut pla9dre le plus4 ,ils ont raison1 sans d\te1 plus d'un po9t de vue4 ,la petite ,pi]rette p]scute et malheureuse a des bonheurs que ne connaiss5t pas ses b\rreaux4 ,elle demeure aimante1 t5dre et d\ce dans ses l>mes2 et cela r5d plus heureux que d'tre dur1 g/e et ha9eux dans ses s\rires4 ,il e/ tri/e d'aim] sans tre aim2 mais il e/ bi5 plus tri/e encore de ne pas aim] du t\t4 ,et comm5t comp>] les satisfactions in=mes1 les petits espoirs bas et troits des ,rogron1 la gr&e esprance de l'enfant qui att5d dans son me la f9 de l'inju/ice8 ,ri5 ne n\s dit que la ple ,pi]rette soit plus intellig5te que ceux qui l'environn5t1 mais celui qui s\ffre inju/em5t se cre dans la s\ffrance un horizon qui s't5d1 jusqu' t\*] p> c]ta9s po9ts aux j\issances d'un esprit suprieur1 comme l'horizon de la t]re1 alors mme qu'on ne se tr\ve pas au sommet d'une montagne1 semble p>fois t\*] les pi$s du ciel4 ,l'inju/ice que n\s commettons ne t>de pas n\s rduire aux petits plaisirs matriels1 et mesure que n\s j\issons de ceux-ci1 n\s envions notre victime la facult de j\ir de plus en plus vivem5t de t\t ce que n\s ne p\vons lui enlev]1 de t\t ce que n\s ne p\vons atte9dre1 de t\t ce qui ne t\*e pas directem5t la matire4 ,un acte d'inju/ice ouvre t\te gr&e la victime la porte mme que le b\rreau ref]me sur son me lui2 et l'homme qui s\ffre alors respire un air plus pur que l'homme qui fait s\ffrir4 ,il fait c5t fois plus clair au fond du coeur de ceux qui sont p]scuts qu'au fond du coeur de ceux qui p]scut5t4 ,et t\te la sant du bonheur ne dp5d-elle pas d'une c]ta9e cl>t que n\s avons en n\s8--,l'tre huma9 qui apporte la d\leur te9t en lui plus de bonheur qu'il n'en peut te9dre en celui qu'il accable4 ,qui de n\s--s'il n\s fallait *oisir--n'aim]ait mieux se tr\v] la place de ,pi]rette qu' la place des ,rogron8 ,notre in/9ct du bonheur n'ignore pas qu'il e/ impossible que celui qui a raison moralem5t ne soit pas plus heureux que celui qui a tort1 alors mme qu'il aurait tort du haut d'un trne4 ,il e/ vrai que les ,rogron ne sav5t peut-tre pas leur inju/ice4 ,peu importe1 on ne respire pas plus l>gem5t dans l'inconsci5ce que dans la consci5ce du mal4 ,au contraire3 celui qui sait qu'il fait le mal a p>fois le dsir de s'vad] de sa prison2 l'autre y meurt1 sans mme avoir j\i p> la p5se de t\t ce qui ent\re les murs qui lui ca*5t tri/em5t la vritable de/9e de l'homme4 ,,lxxix quoi bon *]*] la ju/ice o elle ne peut tre8 ,exi/e-t-elle ailleurs que dans notre me8 ,la langue qu'elle p>le semble la langue naturelle de l'esprit huma92 mais du mom5t que celui-ci veut voyag] dans l'univ]s1 il faut qu'il appr5ne d'autres mots4 ,il n'y a pas d'ide laquelle l'univ]s songe mo9s qu' celle de la ju/ice4 ,il ne s'occupe que d'quilibre1 et ce que n\s appelons ju/ice n'e/ qu'une trans=mation huma9e des lois de l'quilibre1 de mme que le miel n'e/ qu'une trans=mation des sucs qui se tr\v5t dans les fleurs4 ,hors de l'homme il n'y a pas de ju/ice2 mais dans l'homme il ne se commet jamais d'inju/ice4 ,le corps peut j\ir de plaisirs mal acquis1 mais l'me ne connat d'autres satisfactions que celles que sa v]tu a mrites4 ,notre bonheur intrieur e/ pes p> un juge que ri5 ne peut corrompre2 c> essay] de le corrompre1 c'e/ encore enlev] quelque *ose aux d]ni]s bonheurs vritables qu'il allait dpos] dans le plateau lum9eux de la balance4 ,il e/ videmm5t navrant que l'on puisse opprim]1 comme le fir5t les ,rogron1 un tre in(f5sif1 et qu'il soit possible d'assombrir a9si les quelques annes d'exi/5ce que le has>d des mondes lui dp>tit sur cette t]re4 ,mais il ne faudrait p>l] d'inju/ice que si l'acte des ,rogron leur procurait une flicit intrieure1 une paix1 une lvation de p5se et d'habitude1 analogues celles que la v]tu1 la mditation et l'am\r procurr5t ,sp9oza ou bi5 ,m>c-,aurle4 ,on peut pr\v]1 il e/ vrai1 une c]ta9e satisfaction intellectuelle faire le mal4 ,mais le mal que l'on fait re/re9t ncessairem5t la p5se et la borne des *oses p]sonnelles et phmres4 ,en commettant une action inju/e n\s montrons que n\s n'avons pas encore atte9t le bonheur que l'homme peut atte9dre4 ,dans le mal mme1 c'e/1 en d]nire analyse1 une c]ta9e paix1 un c]ta9 pan\issem5t de son tre que le m*ant re*]*e4 ,il peut se croire heureux dans l'pan\issem5t qu'il y tr\ve2 mais ,m>c-,aurle1 qui a connu l'autre pan\issem5t1 l'autre tranquillit1 y s]ait-il heureux8 ,un enfant qui n'a pas vu la m]3 on le mne sur la rive d'un gr& lac2 il s'imag9e voir la m]1 il bat des ma9s1 il n'en dem&e pas davantage2 mais la m] vritable en exi/e-t-elle mo9s8 ,a-t-il aux yeux de ceux qui vir5t autre *ose1 un bonheur qu'il ne mrite pas1 celui dont le bonheur dp5d des mille petites victoires que l'envie1 la vanit1 l'indiffr5ce doiv5t remport] *aque j\r8 ,dsirez-v\s sa consci5ce de vivre1 la religion qui suffit son me1 l'ide de l'univ]s que suppos5t ces s\cis8 ,p\rtant1 n'e/-ce po9t t\t cela qui =me le lit plus ou mo9s l>ge et plus ou mo9s pr(ond o c\le le bonheur8 ,il croit peut-tre les mmes *oses que le sage3 qu'il y a un ,dieu1 ou qu'il n'y en a pas1 que t\t f9it cette vie ou que t\t se prolonge dans l'autre1 qu'il n'y a que la matire1 qu'il n'y a que l'esprit2 mais p5sez-v\s qu'il les croie de la mme faon8 ,le bonheur que n\s puisons en ce que n\s croyons1 c'e/--dire1 la c]titude de la vie1 la paix et la confiance de l'exi/5ce intrieure1 l'ass5tim5t non pas rsign1 mais actif1 int]rogateur et filial aux lois de la nature1 ne dp5d-il pas plus de la manire dont on croit que de ce que l'on croit8 ,je puis croire d'une manire religieuse et inf9ie qu'il n'y a pas de ,dieu1 que mon app>ition n'a pas de b hors d'elle-mme1 que l'exi/5ce de mon me n'e/ pas plus ncessaire l'conomie de ce monde sans limites que les nuances phmres d'une fleur2 v\s p\vez croire petitem5t qu'un ,dieu unique et t\t-puissant v\s aime et v\s protge2 je s]ai plus heureux et plus calme que v\s1 si mon inc]titude e/ plus gr&e1 plus grave et plus noble que votre foi1 si elle a int]rog plus intimem5t mon me1 si elle a fait le t\r d'un horizon plus t5du1 si elle a aim plus de *oses4 ,le ,dieu auquel je ne crois pas devi5dra plus puissant et plus consolateur que celui auquel v\s croyez1 si j'ai mrit que mon d\te repose sur des p5ses et sur des s5tim5ts plus va/es et plus purs que ceux qui anim5t votre c]titude4 ,encore une fois1 croire1 ne pas croire1 cela n'a gure d'importance2 ce qui en a1 c'e/ la loyaut1 l't5due1 le ds9tressem5t et la pr(ondeur des raisons p\r lesquelles on croit ou p\r lesquelles on ne croit po9t4 ,,lxxx ,on ne *oisit pas ces raisons1 on les mrite comme des rcomp5ses4 ,celles que n\s *oisissons ne sont que des esclaves a*etes p> has>d1 elles sembl5t vivre pe9e1 ne s'atta*5t ri51 n'att5d5t qu'une occasion de fuir4 ,mais celles que n\s avons mrites enc\rag5t nos pas comme des ,antigones p5sives et fidles4 ,on ne fait po9t entr] ces raisons dans une me2 il faut qu'elles y ai5t vcu bi5 longtemps1 il faut qu'elles y ai5t pass leur enfance1 qu'elles s'y soi5t n\rries de t\tes nos p5ses1 de t\tes nos actions1 il faut qu'elles y retr\v5t les mille s\v5irs d'une vie de s9crit et d'am\r4 mesure que gr&iss5t ces raisons1 mesure que s't5d l'horizon de notre me1 s't5d p>eillem5t l'horizon du bonheur2 c> l'espace qu'occup5t nos s5tim5ts et nos p5ses e/ le seul dans lequel puisse se m\voir notre bonheur4 ,notre bonheur n'a gure beso9 d'espace matriel1 mais l't5due morale qui s'ouvre devant lui n'e/ jamais assez gr&e4 ,il faut t\j\rs t*] l'agr&ir1 jusqu' ce qu'arrive le mom5t o notre bonheur ne dem&e plus d'autre n\rriture que l'espace mme qu'il dc\vre en s'levant4 ,alors l'homme comm5ce tre heureux dans la p>tie vraim5t huma9e et inexpugnable de son tre1 et t\s les autres bonheurs ne sont1 au fond1 que des fragm5ts encore inconsci5ts de ce bonheur qui mdite1 reg>de et n'ap]oit plus de limite en soi-mme1 ni dans ce qui l'ent\re4 ,,lxxxi ,cet espace se re/re9t t\s les j\rs dans le mal1 p>ce que =cm5t les p5ses et les s5tim5ts s'y re/reign5t4 ,mais l'homme qui s'e/ lev quelque peu ne fait plus le mal1 p>ce qu'il n'e/ aucun mal qui ne naisse1 en d]nire analyse1 d'une p5se troite ou d'un s5tim5t mdiocre4 ,il ne fait plus le mal p>ce que ses p5ses sont dev5ues plus hautes et plus pures et ses p5ses devi5n5t plus pures encore de ce qu'il ne peut plus faire le mal4 ,a9si1 nos actions et nos p5ses1 en conqurant le ciel paisible o la vie de notre me peut s't5dre sans tr\ble1 sont aussi insp>ables que les deux ailes de l'oiseau2 et ce qui p\r l'oiseau n'e/ encore qu'une loi de l'quilibre1 devi5t ici une loi de la ju/ice4 ,,lxxxii ,qui n\s dira si la sorte de satisfaction misrable que le m*ant semble tr\v]1 p> mom5t1 dans le mal1 devi5t s5sible l'me avant qu'il ne s'y mle un dsir faible et vague1 une promesse ou une possibilit lo9ta9e de bont ou de misricorde8 ,peut-tre le m*ant qui vi5t de rduire m]ci sa victime n'ap]oit-il un ct mo9s sombre et mo9s inutile dans sa joie qu' l'in/ant o il songe qu'il p\rrait p>donn]4 ,on dirait que la m*ancet doit emprunt] p>fois un rayon de lumire la bont af9 d'clair] son triomphe4 ,e/-il possible l'homme de s\rire dans la ha9e sans *]*] son s\rire dans l'am\r8 ,mais ce s\rire s]a bi5 phmre4 ,ici1 pas plus qu'ailleurs1 il n'y a d'inju/ice intrieure4 ,on peut dire qu'il n'y a pas une me o l'*elle du bonheur ne porte exactem5t les mmes m>ques que celles de la ju/ice ou de la *>it4 ,je confonds ici les deux mots1 c> la *>it ou l'am\r e/ la ju/ice qui n'a plus compt] que des pi]res prcieuses4 ,l'homme qui va glan] son bonheur dans le mal affirme p> l mme qu'il n'e/ pas aussi heureux que celui qui lui voit faire le mal et qui le dsappr\ve4 ,il a cep5dant le mme b que le ju/e4 ,il *]*e le bonheur1 je ne sais quelle paix ou quelle c]titude4 quoi bon le punir8 ,on n'en veut pas au pauvre qui n'habite pas un palais2 il e/ assez malheureux de n'avoir qu'une cabane p\r demeure4 ,aux yeux d'un tre qui v]rait l'invisible1 l'me de l'homme le plus inju/e aurait t\j\rs les attributs1 les vtem5ts immaculs et l'activit sa9te de la ,ju/ice4 ,il la v]rait pes] la paix1 l'am\r1 la consci5ce de vivre1 les s\rires de la t]re ou du ciel1 et ce qui les annule1 les rabaisse ou les empoisonne1 avec le mme so9 qu'y apporte l'me du sa9t1 du hros1 du p5seur4 ,peut-tre n'avons-n\s pas tort de n\s proccup] de ju/ice au se9 d'un univ]s qui ne s'en proccupe po9t1 pas plus que l'abeille n'a tort de faire du miel au se9 d'un monde qui n'en produit pas p> lui-mme4 ,mais n\s avons tort de v\loir une ju/ice extrieure puisqu'il n'y en a po9t4 ,celle qui e/ en n\s doit n\s suffire4 ,t\t se pse et se juge sans cesse en notre tre4 ,n\s n\s jugeons n\s-mmes2 ou plutt notre bonheur n\s juge4 ,,lxxxiii ,on dira peut-tre que le bi5 a ses dfaites et ses dceptions1 comme le mal2 mais les dfaites et les dceptions du bi51 au lieu d'assombrir et de *agr9] la p5se1 l'clair5t et la tranquillis5t4 ,un acte de v]tu peut tomb] dans le vide2 mais c'e/ surt\t alors qu'il n\s appr5d mesur] les pr(ondeurs de l'me et de la vie4 ,il y tombe s\v5t comme une pi]re plus lum9euse que nos p5ses4 ,qu& une comb9aison m*ante de ,mme ,rogron *\e devant l'innoc5ce de ,pi]rette1 son me se rtrcit encore davantage2 mais qu& une des bonts de ,titus desc5d sur un +rat1 l'inutilit du p>don1 l'inutilit de l'am\r1 lui appr5d port] ses reg>ds au del du p>don1 au del de l'am\r4 ,il n'e/ pas dsirable que l'homme s'enf]me en quelque *ose1 ft-ce dans le bi5 mme4 ,que le d]ni] ge/e de la v]tu soit t\j\rs le ge/e d'un ange qui entr'ouvre une porte4 ,il faudrait bnir ces dfaites4 ,si le has>d v\lait qu' *aque fois que n\s p>donnons1 notre ennemi devnt notre frre1 n\s m\rrions sans savoir ce qu'claire en n\s une clm5ce imprud5te qu'on ne regrette pas4 ,n\s m\rrions sans avoir eu l'occasion de mesur] les =ces qui ent\r5t notre vie1 l'aide de la =ce la plus gr&e qui se tr\ve dans notre me4 ,l'inutilit d'un acte de bont1 l'inefficacit app>5te d'une p5se leve ou simplem5t loyale1 jette sur une f\le de *oses un rayon d'une autre nature que celui qu'y p\rrait projet] t\te l'utilit du bi54 ,c]tes1 il y aurait une gr&e joie con/at] le triomphe inv>iable de l'am\r2 mais il y a une joie plus gr&e encore all] au trav]s de cette illusion jusqu' la vrit4 ,l'homme1 a dit un p5seur que la mort n\s enleva trop tt1 l'homme a trop s\v5t1 t\t le long de l'hi/oire1 plac sa dignit dans les erreurs1 et la vrit lui a p>u d'abord une dim9ution de lui-mme4 ,la vrit ne vaut pas t\j\rs le rve1 mais elle a cela p\r elle qu'elle e/ vraie4 ,dans le doma9e de la p5se il n'y a ri5 de plus moral que la vrit4 ,et cette vrit n'a ri5 d'am]1 aucune vrit n'e/ amre p\r le sage4 ,il a pu dsir] lui aussi que la v]tu transportt des montagnes et qu'un acte d'am\r ad\ct jamais l'me de t\s ses frres4 ,mais auj\rd'hui1 il appr5d prfr] qu'il n'en soit pas a9si4 ,et ce n'e/ pas p\r les satisfactions qu'y cueille son orgueil4 ,il ne se juge pas meilleur que l'univ]s1 mais il s'y croit mo9s important4 ,il ne cultive plus la passion de ju/ice qu'il tr\ve dans son me p\r les fruits spirituels qu'elle rapporte1 mais p> respect p\r t\t ce qui exi/e1 et p\r les fleurs inatt5dues qu'elle fait natre en son intellig5ce4 ,il ne maudit pas l'+rat1 il ne maudit mme pas l'+ratitude2 il ne se dit pas3 ,je suis meilleur que cet homme1 ou ,je ne tomb]ai pas dans ce vice4 ,mais l'+ratitude lui appr5d qu'il y a dans le bi5fait des joies plus spacieuses1 mo9s p]sonnelles et plus con=mes la vie gnrale que celles qu'il att5dait de la reconnaissance4 ,il aime mieux essay] de compr5dre ce qui e/1 que de s'ef=c] de croire ce qu'il dsire4 ,il a vcu longtemps comme le pauvre transport brusquem5t du fond de sa cabane dans un palais imm5se4 son rveil1 il *]*ait avec inquitude1 dans les salles trop va/es1 les misrables s\v5irs de son troite *ambre4 ,o donc tai5t l'tre et le lit1 la table1 l'cuelle et l'escabeau8 ,il retr\va1 tremblant encore ses cts1 l'humble flambeau de ses veilles1 mais sa lueur n'atteignait pas les hautes votes2 et seul1 le pili] le plus pro*e semblait *ancel] p> mom5ts dans les battem5ts impuissants des petites ailes de la lumire4 ,mais peu peu ses yeux s'acc\tumr5t la n\velle demeure4 ,il p>c\rut les salles innombrables1 et il se rj\it de t\t ce que le flambeau n'clairait po9t1 aussi pr(ondm5t que de t\t ce qu'il clairait4 ,il et v\lu d'abord des portes un peu plus basses1 des escali]s mo9s l>ges1 des gal]ies o ne se p]diss5t pas les reg>ds4 ,mais mesure qu'il m>*ait1 il compr5ait la beaut et la gr&eur de ce qui n'tait pas d'accord avec ses rves4 ,il fut heureux de con/at] que t\t ne t\rnait pas1 comme dans sa cabane1 aut\r de la table et du lit4 ,il se flicita que le palais n'et pas t bti la taille des mdiocres habitudes de sa misre4 ,il sut admir] ce qui contr$isait son dsir1 en l>gissant sa vision4 ,t\t ce qui exi/e console et raff]mit le sage1 c> la sagesse consi/e re*]*] et admettre t\t ce qui exi/e4 ,,lxxxiv ,elle admet mme les ,rogron4 ,elle s'intresse la vie plus encore qu' la ju/ice ou la v]tu1 et s'il arrive qu'une gr&e v]tu trop ab/raite se tr\ve en prs5ce d'une vie qui ne s'agite qu'entre d'troites murailles1 elle aim]a mieux p5*] son att5tion sur la petite vie que sur la gr&e v]tu immobile1 orgueilleuse et solitaire4 ,surt\t1 elle ne mprise ri52 il n'y a qu'une *ose au monde qui e/ t\t fait mprisable et c'e/ le mpris mme4 ,trop s\v5t ceux qui p5s5t sont encl9s mpris] ceux qui pass5t dans la vie sans p5s]4 ,c]tes1 la p5se a une gr&e importance1 et il faut t*] avant t\t de p5s] autant que possible et du mieux possible2 mais il y a quelque exagration croire qu'un peu plus ou un peu mo9s d'aptitude mani] un c]ta9 nombre d'ides gnrales mette une b>rire df9itive entre deux hommes4 t\t pr5dre1 entre le plus gr& des p5seurs et le petit b\rgeois de prov9ce1 il n'y a bi5 s\v5t que la diffr5ce d'une vrit qui tr\ve p> mom5t sa =mule1 une vrit qui ne se =mule jamais d'une manire apprciable4 ,c'e/ beauc\p2 c'e/ un foss pr(ond1 ce n'e/ pas un abme4 ,plus la p5se s'lve1 plus lui p>at arbitraire et fugitive la limite entre ce qui ne p5se pas encore et ce qui p5se t\j\rs4 ,le petit b\rgeois e/ ple9 de prjugs1 de passions qui sembl5t ridicules1 d'ides troites1 mesqu9es et s\v5t assez basses2 cep5dant1 mettez-le ct du sage dans les circon/ances ess5tielles de la vie2 devant la d\leur1 devant la mort1 devant l'am\r1 devant l'hrosme rel1 il arriv]a plus d'une fois que le sage se t\rn]a v]s son humble compagnon1 comme v]s le dpositaire d'une vrit aussi huma9e1 aussi sre que la si5ne4 ,il y a des mom5ts o le sage reconnat la vanit de ses trsors spirituels2 o il s'ap]oit que quelques habitudes1 quelques mots1 pe9e le sp>5t des autres hommes1 et o il d\te de la valeur de ces mots4 ,ce sont les mom5ts les plus fconds de la sagesse4 ,p5s]1 c'e/ s\v5t se tromp]1 et le p5seur qui s'g>e a frquemm5t beso91 p\r retr\v] sa r\te1 de rev5ir au lieu o sont re/s fidlem5t assis1 aut\r d'une vrit sil5cieuse mais ncessaire1 ceux qui ne p5s5t gure4 ,ils g>d5t le foy] de la tribu2 les autres en promn5t les tor*es1 et qu& la tor*e se met vacill] dans un air r>fi1 il e/ prud5t de se rappro*] du foy]4 ,on croirait qu'il ne *ange pas de place1 ce foy]1 c'e/ qu'il avance en mme temps que les mondes1 et sa petite flamme m>que l'heure relle de l'humanit4 ,on sait exactem5t ce que la =ce in]te doit au p5seur1 mais on ne ti5t pas compte de ce que le p5seur doit la =ce d'in]tie4 ,un monde o il n'y aurait que des p5seurs p]drait peut-tre la notion de plus d'une vrit indisp5sable4 ,en ralit1 le p5seur ne cont9ue de p5s] ju/e que s'il ne p]d jamais contact avec ceux qui ne p5s5t pas4 ,il e/ facile de ddaign]2 il e/ mo9s ais de compr5dre2 et p\rtant1 p\r le sage vritable1 il n'e/ pas un dda9 qui ne f9isse tt ou t>d p> se *ang] en comprh5sion4 ,t\te p5se qui passe avec dda9 au-dessus du gr& gr\pe muet1 t\te p5se qui ne reconnat pas mille soeurs1 mille frres endormis dans ce gr\pe1 n'e/ trop s\v5t qu'un rve nfa/e ou /rile4 ,il e/ bon de se rappel] p>fois que dans l'atmosphre spirituelle1 comme dans l'atmosphre extrieure1 il faut1 sans d\te1 bi5 plus d'azote que d'oxygne p\r qu'elle demeure respirable4 ,,lxxxv ,je compr5ds que des p5seurs comme ,balzac se soi5t plus dcrire des petites vies de ce g5re4 ,ri5 n'e/ plus t]nellem5t semblable elles-mmes que ces petites vies2 et1 cep5dant1 de sicle en sicle1 ri5 ne *ange plus pr(ondm5t que l'atmosphre o elles baign5t4 ,ge/es id5tiques s\s des cieux diffr5ts1 mais cieux qu'on ne v]rait pas diffr5ts si les ge/es n'tai5t pas id5tiques4 ,un gr& acte hroque absorbe notre reg>d en l'acte mme2 mais des p>oles et des m\vem5ts insignifiants appell5t notre att5tion sur l'horizon qui les ent\re1 et le po9t lum9eux de la sagesse huma9e ne se tr\ve-t-il pas t\j\rs l'horizon8 voir les *oses selon le s5tim5t et la raison de la nature1 la mdiocrit gnrale de ces vies ne saurait tre vraim5t mdiocre1 p> cela mme qu'elle e/ si gnrale4 ,au re/e1 il e/ bi5 inutile d'insi/] sur ceci3 on ne connat jamais une me que jusqu' la hauteur o l'on e/ arriv connatre la si5ne2 et il n'e/ pas un tre1 si petit qu'il p>aisse d'abord1 qui n'm]ge de l'ombre1 mesure que l'ombre o n\s sommes dim9ue4 ,ce n'e/ pas ce qu'on voit qu'il e/ ncessaire d'agr&ir p\r l'aim]2 c e/ ce qu'on n'aime pas qu'il e/ ncessaire d'clair] en levant la flamme jusqu' ce qu'elle p>vi5ne au niveau de l'am\r4 ,qu'un rayon sorte *aque j\r de notre me1 c'e/ t\t ce que n\s devons s\hait]4 ,il ira se pos] n'importe o4 ,il n'e/ pas un objet sur lequel vi5n5t s'abattre un reg>d1 une p5se1 qui ne conti5ne plus de trsors qu'ils n'en p\rront illum9]2 il n'e/ si petite *ose en ce monde qui ne soit bi5 plus va/e que t\te la cl>t qu'une me peut lui prt]4 ,,lxxxvi ,n'e/-ce pas dans les de/9es ord9aires que se tr\ve1 dgag d'une f\le de dtails qui n]v5t l'att5tion1 l'ess5tiel des de/9es huma9es8 ,une gr&e lutte morale sur les hauteurs1 c'e/ un trs beau spectacle2 un obs]vateur att5tif admir]a longtemps un arbre prodigieux sur un plateau ds]t1 mais au b\t de sa contemplation1 il r5tr]a dans la =t o les arbres ne sont pas m]veilleux mais innombrables4 ,il e/ probable que l'imm5se =t n'e/ faite que de troncs et de bran*es mdiocres1 mais n'e/-elle pas pr(onde1 et n'a-t-elle pas raison1 puisqu'elle e/ la =t8 ,le d]ni] mot n app>ti5dra jamais l'exceptionnel1 et ce qu'on appelle le sublime ne devrait tre qu'une consci5ce plus lucide et plus pntrante de ce qu'il y a de plus normal4 ,il e/ salutaire de reg>d] s\v5t ceux qui combatt5t sur les sommets2 mais il e/ ncessaire aussi de ne pas oubli] ceux qui sembl5t dormir dans la pla9e4 ,en voyant ce qui arrive ceux qui sommeill5t a9si1 en voyant combi5 il faut avoir lutt soi-mme p\r di/+u] leur bonheur plus troit du bonheur de ceux qui combatt5t l'c>t1 on atta*e peut-tre un peu mo9s d'importance la lutte1 mais on l'aime davantage4 ,plus la rcomp5se e/ discrte1 plus elle e/ dsirable2 non qu'on aime j\ir en secret1 comme un c\rtisan peu loyal1 des faveurs du bonheur1 mais les joies qu'il n\s accorde a9si1 sans l'annonc] aux autres1 sont peut-tre les seules qu'il n'ait pas drobes la "p de nos frres4 ,alors on ne reg>de plus ces d]ni]s p\r se dire3 ,combi5 je suis lo9 de ces hommes mais on peut s'av\] enf9 avec simplicit3 mesure que je m'lve1 il me semble que je m'loigne mo9s de mes compagnons les plus nombreux et les plus humbles1 et je compte les pas que je fais v]s un idal inc]ta91 aux pas qui me rappro*5t de ceux que j'avais mpriss1 dans l'ignorance et dans la vanit des premi]s j\rs4 ,,lxxxvii ,au fond1 qu'e/-ce qu'une petite vie8 ,n\s appelons a9si une vie qui s'ignore1 une vie qui s'puise sur place entre quatre ou c9q p]sonnages1 une vie dont les s5tim5ts1 les p5ses1 les passions1 les dsirs s'atta*5t des objets insignifiants4 ,mais p\r celui qui la reg>de1 p> le fait mme qu'il la reg>de1 t\te vie devi5t gr&e4 ,une vie n'e/ ni gr&e ni petite en elle-mme1 elle e/ reg>de plus ou mo9s gr&em5t1 voil t\t2 et une exi/5ce qui semble haute et va/e t\s les hommes e/ une exi/5ce qui a pris l'habitude de jet] sur elle-mme un reg>d t5du4 ,si v\s ne v\s reg>dez jamais vivre1 v\s vivrez ncessairem5t l'troit2 mais celui qui v\s reg>de vivre a9si1 tr\v]a1 dans la mdiocrit mme de l'angle o v\s v\s agitez1 une sorte d'lm5t d'horizon1 un po9t d'appui plus f]me1 d'o sa p5se s'lv]a avec une =ce plus huma9e et plus sre4 ,on croit au premi] abord1 qu'il n'y a t\t aut\r de n\s qu'exi/5ces eng\rdies1 f]mes et monotones1 et que ri5 ne relie notre me1 un s5tim5t p]man5t1 un intrt t]nel1 une humanit 9puisable1 la vie d'une vieille fille1 d'un magi/rat l'intellig5ce rtrcie1 d'un av>e prisonni] de son or4 ,mais que quelqu'un s'avance au milieu d'elles1 l'oeil ouv]t et l'oreille t5due1 comme ,balzac p> exemple1 et le s5tim5t n dans un pauvre salon de prov9ce s't5dra aussi lo91 agit]a t\te la vie huma9e jusqu'en des s\rces aussi pr(ondes1 aussi puissantes1 que l'augu/e passion qui dans l'hi/oire d'un gr& roi rayonne du haut d'un trne4 ,il y a telles petites temptes1 dit ce propos ,balzac1 dans la plus admirable de ses hi/oires des humbles1 le ,cur de ,t\rs1 il y a telles petites temptes qui dvelopp5t dans les mes autant de passions qu'il en aurait fallu p\r dirig] les plus gr&s intrts sociaux4 ,n'e/-ce pas une erreur de croire que le temps ne soit rapide que p\r les coeurs en proie aux va/es projets qui tr\bl5t la vie et la font b\illonn]8 ,les heures de l'abb ,tr\b]t c\lai5t aussi animes1 s'enfuyai5t *>ges de p5ses aussi s\cieuses1 tai5t rides p> des esprances et des dsespoirs aussi pr(onds que p\vai5t l'tre les heures cruelles de l'ambitieux1 du j\eur et de l'amant4 ,dieu seul e/ dans le secret de l'n]gie que n\s cot5t les triomphes actuellem5t remports sur les hommes1 sur les *oses1 et sur n\s-mmes4 ,si n\s ne savons pas t\j\rs o n\s allons1 n\s connaissons bi5 les fatigues du voyage4 ,seulem5t1 s'il e/ p]mis l'hi/ori5 de quitt] le drame qu'il raconte p\r pr5dre p5dant un mom5t le rle des critiques1 s'il v\s convie jet] un c\p d'oeil sur les exi/5ces de ces vieilles filles et des deux abbs1 af9 d'y *]*] la cause du malheur qui les viciait dans leur ess5ce1 il v\s s]a peut-tre dmontr qu'il e/ ncessaire l'homme d'pr\v] c]ta9es passions p\r dvelopp] en lui des qualits qui donn5t sa vie de la noblesse1 en t5d5t le c]cle1 et ass\piss5t l'gsme naturel t\tes les cratures4 ,il dit vrai4 ,il ne faut pas t\j\rs aim] la lumire p\r elle-mme1 mais p\r ce qu'elle claire4 ,un gr& feu sur les cimes1 c'e/ p>fait1 mais il y a peu d'hommes sur les cimes1 et une petite flamme au milieu d'une f\le f]a s\v5t besogne plus utile4 ,au re/e1 c'e/ dans les petites vies que les gr&es voi5t le mieux leur sub/ance1 et c'e/ en reg>dant des s5tim5ts troits qu'on f9it p> l>gir les si5s4 ,non que les s5tim5ts troits pr5n5t un aspect rpugnant1 mais ils p>aiss5t de mo9s en mo9s en h>monie avec la gr&eur de la vrit qui n\s pntre4 ,il e/ p]mis de rv] une vie meilleure que la vie ord9aire1 mais il n'e/ pas p]mis1 je p5se1 d'difi] ce rve avec des lm5ts qui ne se tr\v5t pas dans l'exi/5ce quotidi5ne4 ,on prt5d qu'il e/ bon de reg>d] plus haut que la vie2 mais peut-tre e/-il meilleur encore d'acc\tum] son me reg>d] droit devant elle1 et ne compt]1 p\r y pos] enf9 ses dsirs et ses songes1 sur d'autres sommets que ceux qui se di/+u5t nettem5t des nuages qui illum95t l'horizon4 ,,lxxxviii ,t\t ceci n\s ramne au po9t que n\s avons quitt depuis longtemps4 ,n\s n\s tions arrts au de/9 extrieur1 mais il e/ d'autres l>mes que celles qu'arra*5t nos yeux les d\leurs du dehors4 ,le sage que n\s aimons doit vivre au milieu de t\tes les passions huma9es2 c> les passions de notre coeur sont les seuls alim5ts dont la sagesse puisse longtemps se n\rrir sans dang]4 ,nos passions1 ce sont les ouvri]s que la nature n\s envoie p\r n\s aid] con/ruire le palais de notre consci5ce1 c'e/--dire de notre bonheur2 et l'homme qui n'admet pas ces ouvri]s et croit p\voir s\lev] seul t\tes les pi]res de l'exi/5ce n'aura jamais p\r abrit] son me qu'une cellule troite1 froide et nue4 tre sage1 ce n'e/ po9t n'avoir pas de passions2 mais c'e/ appr5dre purifi] celles qu'on a4 ,t\t dp5d de la position que l'on pr5d sur l'escali] des j\rs4 ,p\r l'un1 les dfaillances et les infirmits morales sont des m>*es qu'on desc5d2 p\r l'autre elles reprs5t5t des degrs que l'on monte4 ,il se peut que le sage fasse encore bi5 des *oses que fait celui qui n'e/ pas sage2 mais les passions de celui-ci l'enfonc5t davantage dans l'in/9ct2 au lieu que celles du sage f9iss5t t\j\rs p> clair] un co9 p]du de sa consci5ce4 ,il ne faut pas qu'il aime comme un f\1 p> exemple2 mais s'il aime comme un f\1 il devi5dra probablem5t plus sage que s'il n'et jamais aim que sagem5t4 ,ce n'e/ pas la sagesse1 mais l'orgueil s\s sa =me la plus inutile qui prospre dans l'immobilit et dans le vide4 ,il ne suffit pas de savoir ce qu'il faut faire1 ou de prvoir avec c]titude ce que les hros aurai5t fait4 ,cela peut s'appr5dre extrieurem5t en quelques heures4 ,il ne suffit pas d'avoir l'int5tion de vivre noblem5t et de se retir] ensuite dans sa cellule p\r y cultiv] cette int5tion4 ,la sagesse que v\s aurez acquise de la sorte ne s]a pas plus capable de dirig] ou d'embellir rellem5t votre me que les conseils d'autrui ne sont capables de la dirig] ou de l'embellir4 ,il faut1 dit un prov]be h9d\1 *]*] la fleur qui doit s'pan\ir dans le sil5ce qui suit l'orage1 pas avant4 ,,lxxxix ,plus on avance de bonne foi dans les s5ti]s de l'exi/5ce1 plus on croit la vrit1 la beaut et la pr(ondeur des lois les plus humbles et les plus quotidi5nes de la vie4 ,on appr5d les admir] ju/em5t p>ce qu'elles sont si gnrales1 si uni=mes1 si quotidi5nes4 ,on *]*e et on att5d de mo9s en mo9s l'extraord9aire3 c> on ne t>de pas reconnatre que ce qu'il y a de plus extraord9aire dans le va/e m\vem5t paisible et monotone de la nature1 ce sont les exig5ces enfant9es de notre ignorance et de notre vanit4 ,on ne dem&e plus aux heures qui pass5t des vnem5ts tranges et m]veilleux1 c> les vnem5ts m]veilleux n'arriv5t qu' ceux qui n'ont pas encore confiance en eux-mmes ou dans la vie4 ,on n'att5d plus1 les bras croiss1 l'occasion d'un acte surhuma91 c> on s5t qu'on exi/e dans t\s les actes huma9s4 ,on ne dem&e plus que l'am\r1 l'amiti et la mort se prs5t5t n\s1 p>s d'ornem5ts imag9aires1 ent\rs de concid5ces et de prsages prodigieux1 on sait les accueillir dans leur simplicit et dans leur nudit relles4 ,on se conva9c enf9 qu'on peut tr\v] l'quival5t de l'hrosme et de t\t ce qui con/itue aux yeux des faibles1 des inconsci5ts et des inquiets1 le sublime et l'exceptionnel1 dans l'exi/5ce bravem5t et compltem5t accepte4 ,on ne se croit plus le fils unique et prfr de l'univ]s2 mais on augm5te sa consci5ce1 on claire son s\rire et sa srnit de t\t ce qu'on enlve son orgueil4 ,qu& n\s sommes arrivs ce po9t1 les av5tures miraculeuses d'une sa9te ,?rse ou d'un ,jean de la ,croix1 l'extase des my/iques1 les incid5ts surnaturels des am\rs lg5daires1 l'toile d'un ,alex&re ou d'un ,napolon1 n\s p>aiss5t de bi5 puriles illusions1 comp>s la bonne et sa9e loyaut d'une sagesse huma9e et s9cre1 qui ne songe pas s'lev] au-dessus des hommes p\r pr\v] ce qu'ils n'pr\v5t pas1 mais sait tr\v] dans ce que t\s pr\v]ont t\j\rs1 ce qui e/ ncessaire p\r l>gir le coeur et la p5se4 ,ce n'e/ pas en v\lant tre autre *ose qu'un homme qu'on devi5t un homme vritable4 ,que d'tres us5t a9si leur vie att5dre l'app>ition d'une comte invraisemblable1 qui ne song5t jamais reg>d] les autres a/res p>ce qu'ils sont vus de t\s et qu'ils sont innombrables6 ,le dsir de l'extraord9aire e/ s\v5t le gr& mal des mes ord9aires4 ,il faudrait se dire1 au contraire1 que plus ce qui n\s arrive n\s p>at normal1 gnral1 uni=me1 plus n\s p>v5ons disc]n] et aim] les pr(ondeurs et les joies de la vie dans cette gnralit mme1 plus n\s n\s rappro*ons de la tranquillit et de la vrit de la gr&e =ce qui n\s anime4 ,il n'e/ ri5 de mo9s extraord9aire que l'ocan1 p> exemple1 puisqu'il c\vre les deux ti]s de notre globe2 et p\rtant il n'e/ ri5 de plus va/e4 ,il n'y a pas dans l'homme1 une p5se1 un s5tim5t1 un acte de beaut ou de gr&eur qui ne puisse s'affirm] dans la simplicit de l'exi/5ce la plus normale2 et t\t ce qui n'y peut tr\v] place app>ti5t encore aux m5songes de la p>esse1 de l'ignorance ou de la vanit4 ,,xc ,e/-ce dire que le sage ne doit att5dre de la vie ri5 de plus que les autres hommes1 qu'il faut aim] la mdiocrit1 se cont5t] de peu1 limit] ses dsirs et born] son bonheur de peur de ne pas tre heureux8 ,au contraire1 la sagesse qui r5once trop facilem5t quelque espoir huma9 e/ maladive et boiteuse4 ,l'homme a plus d'un dsir lgitime qui se passe =t bi5 de l'approbation d'une raison trop svre4 ,mais il ne faut pas se croire malheureux tant qu'on ne possde qu'un bonheur qui ne semble pas extraord9aire ceux qui n\s ent\r5t4 ,plus on e/ sage1 mo9s on a de pe9e se p]suad] qu'on possde un bonheur4 ,il e/ bon de se conva9cre que ce qu'il y a de plus enviable en un bonheur huma9 ce sont ses mom5ts les plus simples4 ,le sage appr5d anim] et aim] la sub/ance sil5cieuse de la vie4 ,il n'y a de joie fidle qu'en cette sub/ance sil5cieuse1 et ce ne sont jamais les bonheurs extraord9aires qui os5t accompagn] nos pas jusqu'au tombeau4 ,il importe d'accueillir et d'embrass] aussi frat]nellem5t que les autres le j\r qui s'appro*e et s'loigne sans faire un ge/e inacc\tum de joie ou d'esprance4 ,il a p>c\ru1 p\r v5ir jusqu' n\s1 les mmes espaces et les mmes univ]s que le j\r qui n\s tr\ve sur un trne ou dans le lit d'un gr& am\r4 ,peut-tre ca*e-t-il s\s son manteau des heures mo9s clatantes1 mais plus humblem5t dv\es4 ,on compte le mme nombre de m9utes t]nelles dans une sema9e qui passe sans ri5 dire que dans celle qui s'avance en p\ssant de longs cris4 ,au fond1 t\t ce qu'une heure semble n\s dire1 c'e/ n\s-mmes qui n\s le disons4 ,l'heure e/ une voyageuse hsitante et timide1 qui se rj\it ou s'attri/e selon le s\rire ou l'oeil morne de l'hte qui l'accueille4 ,ce n'e/ pas elle qui doit n\s apport] notre bonheur2 c'e/ n\s qui sommes *>gs de r5dre heureuse l'heure qui vi5t *]*] un refuge dans notre me4 ,il e/ sage celui qui a t\j\rs quelque *ose de paisible lui dire sur le seuil4 ,il faut accumul] en soi les causes de bonheur les plus simples4 ,c'e/ p\rquoi1 ne ngligeons aucune occasion d'tre heureux4 ,t*ons d'pr\v] d'abord le bonheur selon les hommes1 p\r lui prfr] ensuite1 en connaissance de cause1 le bonheur selon n\s-mmes4 ,il en e/ de ceci comme de l'am\r4 ,il faut avoir aim pr(ondm5t p\r savoir de quelle manire il faudrait qu'on aimt alors qu'on n'aime plus4 ,il e/ bon d'tre heureux p> mom5ts d'une manire visible1 p\r appr5dre tre heureux d'une manire invisible2 et peut-tre n'e/-il ncessaire de prt] l'oreille aux heures qui p>l5t haut dans leur ivresse1 que p\r appr5dre peu peu le langage de celles qui ne p>l5t jamais qu' voix basse4 ,elles seules sont nombreuses1 9puisables1 incapables de trahir ou de fuir cause de leur nombre1 et le sage ne devrait compt] que sur elles4 tre heureux1 c'e/ s'ex]c] voir le s\rire ca* et les ornem5ts my/rieux des heures incalculables et anonymes1 et ces ornem5ts ne se tr\v5t qu'en n\s4 ,,xci ,mais ri5 ne s]ait plus oppos la sagesse dont n\s p>lons ici qu'une prud5ce basse1 et mieux vaudrait encore s'agit] inutilem5t aut\r d'un bonheur quelconque1 que d'att5dre en dormant au co9 du feu un bonheur idal qui ne vi5dra jamais4 ,sur le toit de celui qui ne sort pas de sa maison1 ne desc5d5t d'habitude que les joies dont p]sonne n'a v\lu4 ,aussi1 n'appelons-n\s pas sage celui qui1 dans le doma9e des s5tim5ts1 p> exemple1 ne va pas inf9im5t au del de ce que la raison lui p]met1 ou de ce que l'expri5ce lui conseille d'att5dre4 ,aussi1 n'appelons-n\s pas sage l'ami qui ne se livre po9t son ami p>ce qu'il prvoit la f9 de l'amiti1 ou l'amant qui ne se donne pas t\t enti]1 de peur de s'anantir dans l'am\r4 ,il faut se dire qu'ici1 v+t av5tures malheureuses n'enlv5t que les p>ties prissables de notre n]gie du bonheur1 et l'on peut s'av\] que t\te sagesse n'e/1 en somme1 qu'une sorte d'n]gie purifie du bonheur4 tre sage1 c'e/ avant t\t appr5dre tre heureux1 p\r appr5dre en mme temps atta*] une importance de mo9s en mo9s gr&e ce que le bonheur e/ en soi4 ,il importe que l'homme soit1 aussi longtemps que possible1 aussi heureux que possible2 c> ceux qui sort5t enf9 d'eux-mmes p> la porte du bonheur sont mille fois plus libres que ceux qui sort5t p> celle de la tri/esse4 ,la joie du sage claire en mme temps son coeur et t\te son me1 au lieu que la tri/esse n'claire bi5 s\v5t que le coeur4 ,l'homme qui n'a pas t heureux ressemble un peu au voyageur qui n'aurait jamais voyag que de nuit4 ,et puis1 on tr\ve dans le bonheur une humilit plus pr(onde et plus noble1 plus pure et bi5 plus t5due que celle qu'on tr\ve dans le malheur4 ,il y a une humilit que l'on doit mettre au nombre des v]tus p>asites1 avec l'abngation /rile1 la pudeur1 la *a/et arbitraire1 le r5oncem5t aveugle1 la s\mission obscure1 l'esprit de pnit5ce et tant d'autres1 qui dt\rnr5t si longtemps au pr(it d'un tang endormi1 aut\r duquel t\s nos s\v5irs err5t encore1 les eaux vives de la morale huma9e4 ,je ne p>le pas d'une humilit basse1 qui n'e/ trop s\v5t qu'un calcul1 ou1 pr5dre les *oses au mieux1 une timidit de l'orgueil et une sorte de prt usuraire que la vanit d'auj\rd'hui cons5t la vanit de dema94 ,mais le sage lui-mme s'imag9e p>fois qu'il e/ salutaire de se dim9u] un peu ses propres yeux1 et de ne pas s'av\] les mrites qu'il a s\v5t le droit de se reconnatre lorsqu'il se comp>e d'autres hommes4 ,une telle humilit1 bi5 qu'elle soit s9cre1 enlve notre loyaut intime1 qu'il faut t\j\rs respect] p>-dessus t\t1 ce qu'elle peut aj\t] la d\ceur de notre attitude dans la vie4 ,en t\t cas1 elle dcle une c]ta9e timidit de consci5ce1 et la consci5ce du sage ne doit avoir aucune pudeur1 aucune timidit4 ,mais1 ct de cette humilit trop p]sonnelle1 exi/e une humilit gnrale1 une humilit haute et f]me qui se n\rrit de t\t ce qu'appr5n5t notre esprit1 notre me et notre coeur4 ,une humilit qui n\s montre exactem5t ce que l'homme peut att5dre et espr]1 une humilit qui ne n\s dim9ue que p\r r5dre plus gr& t\t ce que n\s voyons1 une humilit qui n\s enseigne que l'importance de l'homme ne se tr\ve pas dans ce qu'il e/1 mais dans ce qu'il peut ap]cevoir1 dans ce qu'il t*e d'admettre et de compr5dre4 ,il e/ vrai que la d\leur n\s ouvre aussi le doma9e de cette humilit1 mais elle ne le fait gure que p\r n\s conduire trop directem5t je ne sais quelle porte d'esprance1 sur le seuil de laquelle n\s p]dons bi5 des j\rs2 au lieu que le bonheur1 n'ayant pas autre *ose faire au b\t de quelques heures1 n\s en fait p>c\rir en sil5ce les s5ti]s les plus inaccessibles4 ,c'e/ qu& le sage e/ aussi heureux que possible1 qu'il devi5t aussi peu exigeant1 aussi peu orgueilleux qu'on peut l'tre4 ,c'e/ lorsqu'il sait qu'il possde enf9 t\t ce qu'il e/ p]mis l'homme de possd]1 qu'il comm5ce compr5dre que ce qui fait la valeur de t\t ce qu'il possde ne se tr\ve que dans la manire dont il envisage ce que l'homme ne p\rra jamais possd]4 ,aussi n'e/-ce gure qu'au se9 d'un bonheur prolong qu'on acqui]t une vue indp5dante de la vie4 ,il ne faut pas tre heureux p\r tre heureux1 mais p\r appr5dre voir di/9ctem5t ce que n\s ca*]ait t\j\rs l'att5te va9e et trop passive du bonheur4 ,,xcii ,mais1 laissons ce sujet p\r n\s rappro*] de ce que n\s disions t\t l'heure4 ,dans le royaume de notre coeur qui e/1 p\r presque t\s les hommes1 le royaume o se rcolte la sub/ance mme de la vie1 il n'y a pas d'conomies inutiles4 ,il s]ait prfrable de n'y ri5 faire que de n'y faire les *oses qu' demi1 et c'e/ t\j\rs ce qu'on n'a pas os risqu] que l'on p]d srem5t4 ,une passion ne n\s enlve vritablem5t que ce que n\s croyons lui drob]1 et n\s sommes t\j\rs dim9us de la "p que n\s p5sons avoir ret5ue p\r n\s-mmes4 ,d'ailleurs1 il y a1 dans notre me1 c]ta9es retraites si pr(ondes1 que l'am\r seul ose en desc5dre les degrs1 et c'e/ l'am\r aussi qui en rapporte des joyaux imprvus1 dont n\s n'ap]cevons l'clat que dans le bref mom5t o nos ma9s s'ouvr5t p\r les (frir des ma9s bi5-aimes4 ,on dirait1 en effet1 que nos ma9s1 en s'ouvrant p\r donn]1 rp&5t p>fois une cl>t spciale1 qui p]ce des corps plus opaques que ne font les rayons my/rieux qu'on vi5t de dc\vrir4 ,,xciii quoi bon s'afflig] longtemps de ses erreurs ou de ses p]tes8 ,quoi qu'il arrive1 aux d]nires m9utes de l'heure la plus tri/e1 au b\t de la sema9e1 la f9 de l'anne1 il y aura t\j\rs lieu de s\rire p\r l'homme de bonne foi lorsqu'il r5tr]a en lui-mme4 ,il appr5d peu peu regrett] sans l>mes4 ,il e/ le pre de famille qui1 v]s le soir1 et le travail f9i1 revi5t la maison4 ,il se peut que les enfants pleur5t1 j\5t des jeux dva/ateurs ou dang]eux1 ai5t drang les meubles1 bris un v]re1 r5v]s une lampe2 ira-t-il se dsespr]8 ,c]tes1 il et t prfrable1 au po9t de vue de la morale ?orique1 qu'ils se fuss5t t5us bi5 tranquilles1 qu'il euss5t appris lire ou crire1 mais quel pre raisonnable1 au milieu des repro*es les plus vifs1 p\rra s'emp*] de s\rire en dt\rnant la tte8 ,il ne dplore pas ces manife/ations un peu folles de la vie4 ,ri5 n'e/ p]du1 tant qu'il peut rev5ir1 tant qu'il porte sur lui la clef du logis protecteur4 ,les bi5faits de notre desc5te en n\s-mmes se tr\v5t mo9s dans l'exam5 de ce que notre me1 notre esprit1 notre coeur1 ont entrepris ou a*ev durant notre abs5ce1 que dans cette desc5te mme4 ,et si les heures sont passes sans dn\] sur notre seuil leurs ce9tures my/rieuses1 si les salles sont vides comme au j\r du d"p1 si nul de ceux qui devai5t travaill] n'a remu les ma9s1 la sonorit des pas du ret\r n\s appr5d1 en t\t cas1 quelque *ose sur l't5due1 sur l'att5te1 sur la fidlit de la demeure4 ,,xciv ,il n'y a de j\rs mdiocres qu'en n\s-mmes1 mais il y aurait t\j\rs place p\r la de/9e la plus haute dans les j\rs les plus mdiocres1 c> une telle de/9e se dr\le bi5 plus compltem5t en n\s qu' la surface de l',europe4 ,le lieu d'une de/9e1 ce n'e/ pas l't5due d'un empire1 mais l't5due d'une me4 ,notre de/9e vritable se tr\ve dans notre conception de la vie1 dans l'quilibre qui f9it p> s'tablir entre les que/ions insolubles du ciel et les rponses inc]ta9es de notre me4 mesure que ces que/ions s't5d5t1 elles devi5n5t plus paisibles1 et t\t ce qui arrive au sage agr&it ces que/ions et apaise ces rponses4 ,ne p>lez pas de de/9e tant qu'un vnem5t v\s rj\it ou v\s attri/e sans ri5 *ang] la manire dont v\s admettez l'univ]s4 ,la seule *ose qui n\s re/e aprs le passage de l'am\r1 de la gloire1 de t\tes les av5tures1 de t\tes les passions huma9es1 c'e/ un s5tim5t de plus en plus pr(ond de l'inf9i2 et si cela ne n\s e/ pas re/1 il ne n\s re/e ri54 ,j'ent5ds un s5tim5t1 et non pas seulem5t un ensemble de p5ses1 c> les p5ses ne sont ici que les m>*es innombrables qui n\s mn5t peu peu au s5tim5t dont je p>le4 ,il n'y a aucun bonheur dans le bonheur lui-mme1 tant qu'il ne n\s aide pas song] autre *ose2 tant qu'il ne n\s aide pas compr5dre en quelque sorte la joie my/rieuse que l'univ]s pr\ve exi/]4 ,arriv une c]ta9e hauteur1 t\t vnem5t apais]a le sage1 c> l'vnem5t qui l'afflige d'abord selon les hommes1 f9it aussi bi5 que les autres p> aj\t] son poids au gr& s5tim5t de la vie4 ,il e/ bi5 difficile d'enlev] une satisfaction celui qui a appris trans=m] t\te *ose en un sujet d'tonnem5t ds9tress2 il e/ difficile de lui enlev] une satisfaction1 sans que de l'ide mme qu'il peut se pass] de cette satisfaction ne naisse immdiatem5t une p5se plus haute qui l'enveloppe d'une lumire protectrice4 ,une belle de/9e e/ celle o pas une av5ture1 heureuse ou malheureuse1 n'e/ passe sans n\s faire rfl*ir1 sans l>gir la sphre o notre me se meut1 sans augm5t] la tranquillit de notre adhsion la vie4 ,aussi p\vons-n\s dire que notre de/9e se tr\ve bi5 plus rellem5t dans la faon dont n\s sommes capables de reg>d] un soir le ciel et ses toiles indiffr5tes1 les hommes qui n\s ent\r5t1 la femme qui n\s aime et les mille p5ses qui s'agit5t en n\s1 que dans l'accid5t qui n\s arra*e notre am\r1 n\s prp>e une entre triomphale ou n\s lve sur un trne4 ,,xcv ,quelqu'un disait un j\r une femme1 qui lui semblait l'tre le plus admirable1 le plus combl des dons les plus div]s1 y compris la jeunesse et la beaut physique1 qu'il ft possible de tr\v]3 ,qu'allez-v\s faire8 ,qui p\rrez-v\s aim]8 ,je ne vois pas d'issue2 il n'y a pas de de/9e qui soit la hauteur d'une me telle que la vtre4 ,qu'en savait-il8 ,ce n'e/ pas la de/9e1 mais l'me qui doit avoir de la hauteur4 ,sans d\te1 qu'il songeait1 selon l'habitude des hommes1 un trne1 des triomphes1 des av5tures m]veilleuses4 ,mais celui p\r qui ces *oses reprs5t5t la de/9e d'un tre1 n'a pas la mo9dre ide de ce que c'e/ qu'une de/9e4 ,et d'abord1 p\rquoi ddaign] auj\rd'hui8 ,ddaign] auj\rd'hui1 c'e/ pr\v] qu'on n'a pas compris hi]4 ,ddaign] auj\rd'hui1 c'e/ se dcl>] trang]2 et qu'esprez-v\s faire en ce monde si v\s y passez comme un trang]8 ,auj\rd'hui a sur hi] qui n'e/ plus1 l'avantage d'exi/] et d'tre fait p\r n\s4 ,auj\rd'hui1 quel qu'il soit1 en sait plus long qu'hi]1 et1 p> consqu5t1 e/ plus va/e et plus beau4 ,croyez-v\s que la femme dont je p>le et eu une de/9e plus belle ,v5ise1 ,flor5ce1 ou ,rome8 ,elle y et assi/ des ftes clatantes1 et sa beaut s'y ft prom5e en des paysages p>faits4 ,elle y et vu1 peut-tre1 des pr9ces1 des rois et une f\le d'lite ses pi$s2 et peut-tre et-elle pu1 p> un de ses s\rires1 augm5t] le bonheur d'un gr& peuple1 ad\cir ou ennoblir la p5se d'une poque4 ,auj\rd'hui1 t\te sa vie s'c\l]a probablem5t entre quatre ou c9q mes qui connaiss5t son me et qui l'aim5t4 ,il se peut qu'elle ne sorte pas de sa maison1 et que son exi/5ce1 sa p5se et sa =ce ne laiss5t aucune trace di/9cte et p]man5te p>mi les hommes4 ,il se peut que t\te sa beaut1 t\te sa puissance1 t\te son n]gie morale demeur5t ensevelies en elle-mme et dans le coeur de quelques-uns de ceux qui l'appro*r5t4 ,il e/ possible aussi que son me tr\ve une issue4 ,de nos j\rs1 les gr&es portes qui donn5t accs une vie utile et mmorable ne r\l5t plus sur leurs gonds avec le mme fracas qu'autrefois4 ,elles sont peut-tre mo9s monum5tales1 mais leur nombre e/ plus gr& et elles s'ouvr5t sur des s5ti]s plus sil5cieux p>ce qu'ils mn5t plus lo94 ,mais1 en supposant mme que t\t demeure dans l'ombre1 aura-t-elle manqu sa de/9e p>ce qu'aucun rayon n'aura fran*i le seuil de sa demeure8 ,une de/9e ne peut-elle tre belle et complte en elle-mme8 ,une me vraim5t =te qui jette un reg>d en arrire s'arrt]a-t-elle aux triomphes dont elle fut l'objet1 si ces triomphes n'ont pas s]vi la faire rfl*ir sur la vie1 augm5t] en elle la noble humilit de l'exi/5ce huma9e1 lui faire aim] davantage le sil5ce et la mditation dans lesquelles on rcolte les fruits mris en quelques heures la *aleur des passions que la gloire1 l'am\r1 l'en?\siasme font b\illonn]8 la f9 de ces ftes et de ces actions hroques1 bi5faisantes ou h>monieuses1 que lui re/]a-t-il1 hormis quelques p5ses1 quelques s\v5irs1 quelque augm5tation de consci5ce1 en un mot1 et un s5tim5t plus apais1 plus t5du aussi1 puisqu'il lui a fallu s't5dre plus de *oses1 de la situation de l'homme sur cette t]re8 ,au mom5t o les vtem5ts clatants de l'am\r1 de la puissance ou de la gloire tomb5t aut\r de n\s p\r l'heure du repos1--et cette heure ne sonne-t-elle pas *aque soir1 et *aque fois que n\s n\s tr\vons seuls8--qu'emportons-n\s dans la retraite1 o le bonheur de t\te vie f9it p> se pes] au poids de la p5se1 au poids de la confiance acquise1 au poids de la consci5ce8 ,notre de/9e vritable se tr\ve-t-elle dans ce qui passe aut\r de n\s ou dans ce qui demeure dans notre me8 ,quelque puissants que soi5t les rayonnem5ts de la gloire ou du p\voir dont j\it un homme1 dit un p5seur1 son me a bi5tt fait ju/ice des s5tim5ts que lui procure t\te action extrieure1 et il s'ap]oit promptem5t de son nant rel1 en ne tr\vant ri5 de *ang1 ri5 de n\veau1 ri5 de plus gr& dans l'ex]cice de ses facults physiques4 ,les rois1 euss5t-ils la t]re eux1 sont condamns1 comme les autres hommes1 vivre dans un petit c]cle dont ils subiss5t les lois1 et leur bonheur dp5d des impressions p]sonnelles qu'ils y pr\v5t4 ,qu'ils y pr\v5t et dont ils se s\vi5n5t1 aj\tons-n\s1 p>ce qu'elles les ont amliors1 c> les mes dont n\s n\s occupons ici1 de t\tes les av5tures de leur vie1 ne reti5n5t jamais que celles qui les r5dir5t un peu plus gr&es1 un peu meilleures4 ,e/-il donc impossible de tr\v] n'importe o1 dans n'importe quel sil5ce1 la seule matire inaltrable qui re/e au fond du creuset de la plus noble exi/5ce extrieure1 et puisque n\s ne possdons une *ose qu'autant qu'elle n\s accompagne dans l'obscurit et le sil5ce1 s]a-t-elle mo9s fidle au sil5ce et l'obscurit p>ce qu'elle y e/ ne8 ,mais n'allons pas plus lo9 dans ces *em9s qui p\rrai5t n\s conduire une sagesse trop ?orique4 ,si une belle de/9e extrieure n'e/ pas indisp5sable1 il e/ nanmo9s ncessaire de l'espr] et de faire ce qu'on peut p\r l'obt5ir1 comme si on y atta*ait la plus gr&e importance4 ,le gr& devoir du sage e/ de frapp] t\s les temples1 t\tes les demeures de la gloire1 de l'activit1 du bonheur1 de l'am\r4 ,si ri5 ne s'ouvre aprs un grave ef=t1 aprs une longue att5te1 peut-tre aura-t-il tr\v dans l'ef=t et dans l'att5te mmes l'quival5t de la cl>t et des motions qu'il *]*ait4 ,agir1 dit quelque "p ,b>rs1 c'e/ annex] notre rflexion de plus va/es *amps d'expri5ces4 ,agir1 p\rrait-on aj\t]1 c'e/ p5s] plus vite et plus compltem5t que la p5se ne peut le faire4 ,agir1 ce n'e/ plus p5s] avec le c]veau seul1 c'e/ faire p5s] t\t l'tre4 ,agir1 c'e/ f]m] dans le rve1 p\r les ouvrir dans la ralit1 les s\rces les plus pr(ondes de la p5se4 ,mais agir1 ce n'e/ pas ncessairem5t triomph]4 ,agir1 c'e/ aussi essay]1 att5dre1 pati5t]4 ,agir1 c'e/ aussi c\t]1 se recueillir1 se taire4 ,il y aurait eu1 il e/ vrai1 p\r la femme1 dont n\s p>lons ici1 il y aurait eu ,a?nes1 ,flor5ce1 ou ,rome1 c]ta9s motifs d'exaltation et c]ta9es occasions de beaut ou d'hrosme qu'elle ne retr\v]a pas auj\rd'hui4 ,il y aurait eu aussi1 p\r elle1 l'ef=t et le s\v5ir de ses actions2 =ce vive et prcieuse1 c> l'ef=t que n\s faisons1 et le s\v5ir de ce que n\s avons fait1 trans=m5t s\v5t en n\s plus de *oses que la p5se la plus haute1 qui moralem5t ou intellectuellem5t1 vaudrait mille de ces ef=ts ou de ces s\v5irs4 ,oui1 et c'e/ cela seul qu'il faudrait envi] une de/9e agite et brillante1 savoir qu'elle t5d et veille un c]ta9 nombre de s5tim5ts et d'n]gies qui ne s]ai5t jamais sortis de leur sommeil ou de l'enclos d'une exi/5ce trop paisible4 ,mais savoir ou s\ponn] que ces s5tim5ts ou ces n]gies dorm5t en n\s1 n'e/-ce pas dj rveill] ce qu'ils ont de meilleur1 n'e/-ce dj pas reg>d] un mom5t la belle de/9e extrieure des hauteurs o elle ne p>vi5dra qu' la f9 de ses j\rs1 et rcolt] d'avance la fleur d'une moisson qu'elle ne p\rra cueillir qu'aprs bi5 des orages8 ,,xcvi ,hi] soir1 relisant ,sa9t-,simon1 o il semble que l'on voie1 du haut d'une t\r1 s'agit] dans la pla9e des c5ta9es de de/9es huma9es1 j'ai compris ce que l'in/9ct de l'homme appelle une belle de/9e4 ,peut-tre ,sa9t-,simon ignore-t-il lui-mme ce qu'il aime et ce qu'il admire en quelques-uns des hros qu'il ent\re d'une sorte de respect rsign et inconsci5t4 ,mille v]tus sont mortes qu'il vnrait1 et mille qualits qu'il prnait en ses gr&s hommes n\s p>aiss5t auj\rd'hui bi5 petites4 ,mais sans qu'il s'en occupe spcialem5t1 et bi5 qu'il dsappr\ve au fond l'ide qui les anime2 quatre ou c9q visages graves1 bi5veillants et admirables1 pass5t1 son insu p\r a9si dire1 dans la f\le clatante qui ruisselle aut\r du trne du gr& roi4 ,c'e/ ,fnelon1 ce sont les ducs de ,*evreuse et de ,beauvilli]s2 c'e/ ,monsieur le ,dauph94 ,ils ne sont pas plus heureux que la plup>t des hommes4 ,ils ne remport5t aucun succs df9itif1 aucune victoire ret5tissante4 ,ils viv5t comme les autres1 dans le tr\ble et dans l'att5te de ce qu'on n'appelle1 je p5se1 le bonheur1 que p>ce qu'on l'att5d4 ,fnelon enc\rt la disgrce de cet esprit assez mdiocre1 mais avis et p]spicace1 orgueilleux1 ombrageux et sol5nel1 gr& dans les petites *oses et petit dans les gr&es1 qu'tait ,l\is ,,xiv4 ,il e/ condamn1 p]scut1 exil4 ,les ducs de ,*evreuse et de ,beauvilli]s1 malgr l'importance de leurs *>ges1 viv5t la ,c\r dans une sorte de retraite prud5te et volontaire4 ,monsieur le ,dauph9 ne j\it pas de la faveur royale4 ,il e/ en butte aux intrigues d'une cabale puissante et envieuse1 qui p>vi5t bris] sa jeune gloire militaire4 ,il e/ envelopp de disgrces1 de contretemps et de malheurs qui sembl5t irrp>ables cette ,c\r vaniteuse et s]vile1 c> les disgrces et les malheurs pr5n5t les proportions que les moeurs du mom5t leur accord5t4 ,il meurt enf91 quelques j\rs aprs ,madame la ,dauph9e1 qu'il avait uniquem5t et follem5t aime4 ,il meurt1 peut-tre empoisonn comme elle1 et tombe en quelque sorte f\droy1 l'heure mme o les premi]s rayons d'une faveur que l'on n'esprait plus v5ai5t dor] les m>*es de son palais4 ,voil donc les tri/esses1 les mcomptes1 les dsappo9tem5ts et les tr\bles que p>c\rur5t ces exi/5ces4 ,et p\rtant1 lorsque l'on considre leur petit gr\pe sil5cieux et uni1 au milieu de l'clat int]mitt5t et capricieux des autres1 ces quatre de/9es sembl5t vraim5t belles et enviables4 ,une lumire commune les accompagne en t\tes leurs vicissitudes4 ,elle sort de la gr&e me de ,fnelon4 ,fnelon e/ fidle de hautes p5ses d'admiration1 de sa9tet1 de ju/ice1 de d\ceur et d'am\r2 et les trois autres sont fidles leur matre et leur ami4 ,qu'importe1 ici1 que les ides my/iques de ,fnelon ne soi5t plus les ntres8 ,qu'importe aussi que les p5ses que n\s croyons les plus pr(ondes et les meilleures et sur lesquelles n\s tablissons notre bonheur moral et t\tes les c]titudes de notre vie1 tomb5t en ru9e d]rire n\s1 et fass5t s\rire un j\r ceux qui auront tr\v des p5ses qu'ils s'imag9]ont plus huma9es et plus df9itives8 ,ce qui compte1 ce qui ennoblit et claire notre vie1 c'e/ bi5 mo9s nos p5ses que les s5tim5ts qu'elles veill5t en n\s4 ,la p5se e/ peut-tre le b2 mais il en e/ de ce b comme du b de bi5 des voyages3 c'e/ le trajet1 ce sont les tapes1 c'e/ ce qu'on r5contre sur la r\te1 c'e/ ce qui n\s arrive p> surcrot1 qui n\s intresse le plus4 ,ce qui demeure ici1 comme en t\tes *oses1 c'e/ la s9crit d'un s5tim5t huma94 ,une p5se1 n\s ne savons jamais si elle ne n\s trompe pas2 mais l'am\r dont n\s l'avons aime retomb]a sur n\s1 sans qu'une seule g\tte de sa cl>t ou de sa =ce se p]de dans l'erreur4 ,ce qui con/itue1 ce qui n\rrit l'tre idal que *acun de n\s s'ef=ce de =m] en lui-mme1 ce n'e/ pas tant l'ensemble des ides qui en dess95t le cont\r1 que la passion pure1 la loyaut1 le ds9tressem5t dont n\s enveloppons ces ides4 ,la manire dont n\s aimons ce que n\s croyons tre une vrit a plus d'importance que la vrit mme4 ,ne devi5t-on pas meilleur p> l'am\r que p> la p5se8 ,aim] loyalem5t une gr&e erreur vaut s\v5t mieux que de s]vir petitem5t une gr&e vrit4 ,cette passion1 cet am\r peut d'ailleurs se tr\v] dans le d\te comme dans la foi4 ,il y a des d\tes aussi passionns1 aussi gnreux que les plus belles convictions4 ,ce qu'a de meilleur une p5se qui n\s p>at trs haute1 trs pure ou pr(ondm5t inc]ta9e1 c'e/ qu'elle n\s (fre l'occasion d'aim] quelque *ose sans rs]ve4 ,que je me donne un homme1 un ,dieu1 une patrie1 un univ]s1 une erreur1 le mtal prcieux qu'on tr\v]a un j\r au fond des c5dres de l'am\r ne provi5dra pas de l'objet de cet am\r1 mais de l'am\r lui-mme4 ,ce qui laisse une trace qui ne s'efface pas1 c'e/ la simplicit1 l'ardeur1 la f]met d'un atta*em5t s9cre4 ,t\t passe1 se trans=me1 se p]d peut-tre1 hormis le rayonnem5t de cette pr(ondeur1 de cette f]met1 de cette fcondit de notre coeur4 ,jamais homme ne possda son me en paix comme celui-l dit ,sa9t-,simon1 p>lant de l'un d'eux environn d'intrigues1 de colres et de piges4 ,et plus lo91 c'e/ la sage tranquillit d'un autre1 et cette sage tranquillit pntre ce qu'il appelle t\t le petit tr\peau4 ,c'e/1 en effet1 le petit tr\peau de la fidlit aux meilleures p5ses1 le petit tr\peau de l'amiti1 de la loyaut1 du respect de soi-mme et de la satisfaction intrieure1 qui passe dans une lumire simple et paisible au milieu des vanits1 des ambitions1 des m5songes1 et des trahisons de ,v]sailles4 ,ce ne sont pas des sa9ts au s5s trop ord9aire de ce mot4 ,ils ne se sont pas retirs au fond des ds]ts ou des =ts1 ils n'ont pas *]* un g/e abri en d'troites cellules4 ,ce sont des sages2 ils ne sort5t pas de la vie2 ils demeur5t dans la ralit4 ,ne croyons pas que leur pit les sauve1 et que le refuge de leur me ne se tr\ve qu'en ,dieu4 ,il ne suffit pas d'aim] ,dieu et de le s]vir du mieux que l'on peut1 p\r que l'me huma9e s'aff]misse et se tranquillise4 ,on ne p>vi5t aim] ,dieu qu'avec l'intellig5ce et les s5tim5ts qu'on a acquis et dvelopps au contact des hommes4 ,l'me huma9e re/e pr(ondm5t huma9e malgr t\t4 ,on peut lui appr5dre aim] bi5 des *oses invisibles1 mais une v]tu1 un s5tim5t compltem5t et simplem5t huma91 la n\rrira t\j\rs plus efficacem5t que la passion ou la v]tu la plus div9e4 ,lorsque n\s r5controns une me vraim5t tranquille et sa9e1 soyons srs qu'elle doit sa sant et sa tranquillit des v]tus huma9es4 ,s'il tait p]mis de lire dans le secret des coeurs qui ne sont plus1 peut-tre v]rait-on que la s\rce de paix o ,fnelon allait boire *aque soir en son exil1 se tr\vait bi5 plus dans sa fidlit ,mme ,guyon malheureuse1 dans son am\r p\r le ,dauph9 mconnu et p]scut1 que dans l'att5te d'une rcomp5se t]nelle2 dans sa consci5ce huma9em5t t5dre1 huma9em5t loyale1 huma9em5t irrpro*able en un mot1 que dans ses esprances de *rti54 ,,xcviii ,admirable scurit du petit tr\peau6 ,aucune v]tu n'allume ici des feux bl\issants sur la montagne1 t\tes les flammes re/5t dans l'me et dans le coeur4 ,et pas d'autre hrosme que celui de la confiance1 de la s9crit et de l'am\r qui se s\vi5n5t et qui pati5t5t4 ,il e/ des tres dont la v]tu sort c]ta9s mom5ts avec un bruit de portes qu'on ouvre et qu'on ref]me4 ,il en e/ d'autres en qui elle demeure comme une s]vante sil5cieuse qui ne quitte pas la maison2 et ceux qui vi5n5t du dehors et qui ont froid la tr\v5t t\j\rs laborieuse et att5tive au co9 du feu4 ,peut-tre faut-il1 dans une belle vie1 mo9s d'heures hroques que de sema9es graves1 uni=mes et pures4 ,peut-tre une me droite et absolum5t ju/e e/-elle plus prcieuse qu'une me t5dre et dv\e4 ,si l'on doit en espr] un peu mo9s d'ab&on1 un peu mo9s d'en?\siasme dans les av5tures excessives de l'exi/5ce1 on peut se repos] sur elle avec plus de confiance et plus de c]titude dans les circon/ances ord9aires2 et quel homme1 t\t pr5dre1 si trange1 si tr\ble1 si glorieuse que soit sa vie1 ne la passe presque t\t entire dans des circon/ances ord9aires8 ,que sont1 lorsqu'on y rfl*it1 et surt\t lorsqu'on y e/ ml1 les in/ants les plus dcisifs des vnem5ts les plus respl5dissants8 ,n'e/-on pas tonn de voir volu]1 dans le gr& t\rbillon de l'heure la plus sublime1 t\tes les habitudes et t\tes les rflexions de l'heure la plus calme8 ,il faut t\j\rs en rev5ir une vie normale3 l se tr\ve le sol f]me et le roc primitif4 ,on n'a pas m'arra*] *aque j\r la mort1 au d%onneur1 au dsespoir1 mais peut-tre e/-il indisp5sable que je puisse me dire1 *aque heure attri/e de *aque j\r1 qu'une me qui s'e/ appro*e de mon me exi/e quelque "p1 sil5cieuse1 fidle1 ins5sible t\t ce qui ne lui semble pas con=me la vrit1 inv>iable1 9branlable4 ,il e/1 c]tes1 excell5t de faire et l une action hroque ou extrmem5t gnreuse1 mais il e/ plus l\able encore1 et cela dem&e une =ce plus con/ante1 de ne jamais se laiss] t5t] p> une p5se infrieure1 et de m5] une vie mo9s hauta9e1 mais plus galem5t sre4 ,mettons p>fois1 dans nos mditations1 notre dsir de p]fection morale au niveau de la vrit quotidi5ne1 p\r reconnatre qu'il e/ plus facile de taire p> mom5ts un gr& bi5 que de ne jamais faire le mo9dre mal1 de faire quelquefois s\rire que de ne jamais faire pleur]4 ,,xcix ,ils avai5t les uns dans les autres1 ils avai5t surt\t en eux-mmes1 leur refuge1 leur ro*] f]me1 comme dit ,sa9t-,simon1 et la p>tie 9branlable de ce ro*] avait exactem5t l't5due de ce qui tait irrpro*able dans leur coeur4 ,mille *oses =m5t les assises du ro*] f]me1 mais son plateau c5tral n'e/-il pas t\j\rs l o se tr\ve ce qui n\s semble irrpro*able en n\s8 ,il e/ vrai que ce gt de l'irrpro*able e/ s\v5t bi5 grossi]1 et qu'il n'e/ pas de sclrat qui ne monte un in/ant *aque soir sur de misrables dbris qu'il croit irrpro*ables4 ,mais je p>le ici d'une v]tu un peu plus haute que la v]tu /rictem5t ncessaire1 et l'tre le plus ord9aire sait trs bi5 ce qu'e/ une v]tu qui n'e/ pas ord9aire4 ,la beaut morale la plus imprvue a ceci de p>ticuli]1 que l'homme le plus born ne peut jamais s9crem5t prt5dre qu'il ne la saisit pas1 et l'acte le plus sublime e/ aussi celui que l'on compr5d le plus facilem5t4 ,il n'e/ peut-tre pas indisp5sable de s'lev] la hauteur de ce qu'il n\s e/ donn d'admir]1 mais il e/ ncessaire de ne s'endormir jamais dans les pr(ondeurs de ce qu'on ne peut s'emp*] de blm]4 ,mais rev5ons au refuge de nos sages4 ,dans la vie1 bi5 des bonheurs1 bi5 des malheurs ne sont dus qu'au has>d2 mais la paix intrieure ne dp5d jamais du has>d4 ,je sais qu'il e/ des mes btisseuses1 qu'il en e/ d'autres amies des ru9es1 et qu'il en e/ enf9 qui err5t t\te leur vie d'abris en abris1 s\s des toits trang]s4 ,mais s'il e/ difficile de trans=m] l'in/9ct d'une me1 il n'e/ pas inutile que celles qui ne btiss5t pas sa*5t la joie que les autres pr\v5t remettre sans cesse les pi]res sur les pi]res4 ,p5ses1 atta*em5ts1 am\rs1 convictions1 dceptions1 d\tes mme1 t\t leur s]t1 et ce que la tempte brise en l'arra*ant devi5t plus commode mani] p\r recon/ruire un peu plus lo9 un difice mo9s orgueilleux1 mais mieux appropri aux exig5ces de la vie4 ,quelles tri/esses1 quels regrets1 ou quelles dsillusions peuv5t encore branl] la maison de celui qui n'a pas rejet ce qu'il y a de sage et de solide dans les tri/esses1 les regrets1 et les dsillusions1 t&is qu'il *oisissait les pi]res de sa demeure8 ,et puis1 p\r n\s s]vir d'une autre image1 n'e/-il pas vrai de dire qu'il en e/ des rac9es du bonheur intrieur comme de celles des gr&s arbres8 ,ce sont les *nes que la tempte t\rm5te le plus s\v5t qui f9iss5t p> avoir les plus puissantes et les plus n\rricires atta*es dans le sol t]nel2 et le de/9 qui n\s sec\e inju/em5t ne sait pas plus ce qui a lieu dans l'me1 que le v5t ne se d\te de ce qui passe s\s t]re4 ,c ,il e/ intressant de surpr5dre ici la puissance et l'attrait my/rieux du bonheur vritable4 ,qu& l'un de ceux qui font p>tie du petit tr\peau passe trav]s la f\le heureuse et triomphante qui encombre d'intrigues1 de salutations1 de petites am\rs1 de petites victoires1 les escali]s de m>bre et les app>tem5ts magnifiques de ,v]sailles1 il se fait p>fois une sorte de sil5ce dans le tumultueux rcit de ,sa9t-,simon4 ,sans qu'il ait beso9 de le faire rem>qu]1 il semble qu'on mesure un mom5t ces maigres vanits1 ces satisfactions clatantes mais provisoires1 ces m5songes qui p>l5t haut mais qui trembl5t dans l'ombre1 la hauteur normale d'une me tranquille et porte4 ,il arrive peu prs ce qui a lieu qu& au milieu d'enfants qui j\5t des jeux df5dus1 arra*5t ou cras5t des fleurs1 se pr5n5t vol] des fruits1 tortur5t s\rnoisem5t un animal in(f5sif1 un prtre ou un vieill>d s'avance qui ne songe cep5dant pas les grond]4 ,les jeux sont brusquem5t int]rompus2 il y a un rveil de consci5ce eff>2 et les reg>ds gns s'arrt5t malgr eux sur le devoir1 sur la ralit et sur la vrit4 ,mais les hommes1 d'habitude1 ne s'att>d5t pas plus longtemps que les enfants suivre des yeux le vieill>d1 le prtre ou la rflexion qui s'loigne4 ,n'importe1 ils ont vu2 c> l'me huma9e1 en dpit des yeux qui se dt\rn5t ou se f]m5t trop volontairem5t1 e/ plus noble que la plup>t des hommes ne le dsir5t p\r leur tranquillit1 et entrevoit sans pe9e ce qui e/ suprieur l'in/ant inutile auquel on t*e de l'intress]4 ,on a beau *u*ot] le long de la r\te du sage qui disp>at1 il a trac1 sans le savoir1 dans les erreurs et dans les vanits1 un sillon qui s'effac]a mo9s vite qu'on ne croit4 ,il rev]dira surt\t l'heure inatt5due des l>mes4 ,une me un peu plus pure1 un peu plus vivante que les autres1 pleure bi5 r>em5t dans le rcit de ,sa9t-,simon1 sans qu'elle aille pleur] auprs de l'un de ceux qu'elle vit pass] a9si dans le sil5ce un peu inquiet et l'tonnem5t presque malveillant qui accompagn5t dans le monde les pas d'une vie irrpro*able4 ,on ne s'int]roge gure sur le bonheur durant les j\rs o l'on se croit heureux2 mais vi5ne l'in/ant de la s\ffrance1 et l'on n'a pas de pe9e se rappel] le lieu o se ca*e une paix qui ne dp5d pas d'un rayon de soleil1 d'un bais] refus ou d'une improbation royale4 ,n\s n'allons pas alors ceux qui sont heureux la manire dont n\s le fmes1 n\s savons enf9 ce qui subsi/e de ce bonheur aprs que le has>d a fait le mo9dre signe d'impati5ce4 ,si v\s v\lez appr5dre o se ca*e la flicit la plus sre1 ne p]dez pas de vue les dm>*es des misrables en qute de consolations4 ,la d\leur ressemble la baguette div9atoire dont se s]vai5t jadis les *]*eurs de trsors ou d'eaux vives2 elle indique celui qui la porte l'entre de la demeure o respire la paix la plus pr(onde4 ,et cela e/ si vrai1 que n\s devrions n\s dem&]1 p>fois1 si n\s p\vons avoir confiance en la qualit de notre quitude1 en la tranquillit1 en la s9crit de notre ass5tim5t aux gr&es lois de l'exi/5ce1 en la /abilit de notre joie1 tant que l'in/9ct des affligs ne les p\sse pas frapp] notre porte1 tant qu'ils ne sembl5t pas reconnatre1 endormi sur le seuil1 le beau rayon f]me et paisible de la lampe qui ne s'te9t jamais4 ,oui1 ceux-l seuls ont le droit de se croire l'abri1 *ez qui t\s ceux qui pleur5t v\drai5t v5ir pleur]4 ,il y a a9si1 de p> le monde1 des tres dont n\s n'ap]cevons le s\rire intrieur qu' p>tir du mom5t o les l>mes qui lav5t nos reg>ds jusqu'en leurs plus my/rieuses s\rces1 n\s ont appris disc]n] la prs5ce d'un bonheur qui ne nat pas de la bi5veillance ou de l'clat d'une heure1 mais de l'acceptation agr&ie de la vie4 ,ici1 comme en bi5 des *oses1 c'e/ le dsir et la ncessit qui aiguis5t nos s5s4 ,l'abeille qui a faim tr\ve le miel ca* aux plus pr(ondes cav]nes2 et l'me qui pleure df9itivem5t ap]oit la joie qui se dissimule dans la retraite ou le sil5ce le plus impntrable4 ,,ci ,sitt que la consci5ce s'veille et se met vivre dans un tre1 c'e/ une de/9e qui comm5ce4 ,il ne s'agit pas ici de la consci5ce appauvrie et passive de la plup>t des mes1 mais de la consci5ce active qui accepte l'vnem5t1 quel qu'il soit1 comme une re9e1 alors mme qu'on l'a jete dans une prison1 sait accept] un don4 ,s'il ne v\s arrive ri51 votre consci5ce peut dj crer un trs gr& vnem5t en con/atant1 d'une c]ta9e faon1 l'abs5ce de t\t vnem5t4 ,mais peut-tre n'y a-t-il pas un homme qui n'arriv5t plus de *oses qu'il n'en faut p\r alim5t] la consci5ce la plus avide1 la plus infatigable4 ,j'ai en ce mom5t s\s les yeux la biographie d'une de ces mes puissantes et passionnes1 ct de laquelle t\tes les av5tures qui font le bonheur ou le malheur des hommes sembl5t avoir pass sans dt\rn] la tte4 ,il s'agit de la femme de gnie la plus trange1 la plus inconte/able1 de la premire moiti de ce sicle1 ,emily ,bront4 ,elle ne n\s a laiss qu'un livre1 un roman1 intitul3 ,wu!r+ ,heights1 titre biz>re que l'on p\rrait traduire a9si3 ,les sommets orageux4 ,emily tait la fille d'un cl]gyman anglais1 le rvr5d ,patrick ,bront1 l'tre le plus nul1 le plus immobile1 le plus prt5tieux1 le plus g/e qu'on puisse imag9]4 ,deux *oses lui semblai5t importantes dans la vie3 la puret de son pr(il grec et la scurit de ses dige/ions4 ,quant la pauvre mre d',emily1 elle p>ut vivre t\t entire dans l'admiration de ce pr(il et dans le respect de ces dige/ions conjugales4 ,au re/e1 quoi bon rappel] ici son exi/5ce1 puisqu'elle m\rut deux ans aprs la naissance d',emily8 ,aj\tons1 nanmo9s1 ne ft-ce que p\r pr\v] une fois de plus que dans la vie mdiocre1 la femme e/ presque t\j\rs suprieure l'homme qu'elle a d accept]1 aj\tons que longtemps aprs la mort de l'p\se si s\mise du vaniteux et vgtatif cl]gyman1 on tr\va une liasse de lettres o celle qui s'tait t\j\rs tue1 jugeait trs nettem5t l'indiffr5ce1 la fatuit et l'gsme de son m>i4 ,il e/ vrai que p\r ap]cevoir un dfaut dans les autres il ne faut pas en tre exempt1 t&is que p\r dc\vrir une v]tu il e/ peut-tre ncessaire d'en possd] le g]me4 ,tels tai5t les p>5ts d',emily4 ,aut\r d'elle1 quatre soeurs et un frre reg>dai5t c\l] gravem5t les mmes heures uni=mes4 ,t\te la famille vivait1 et t\te l'exi/5ce d',emily se passa dans le sombre1 le dsol1 le solitaire1 misrable et /rile petit village de ,hawor?1 au milieu des bruyres du ,york%ire4 ,il n'y eut jamais d'enfance ni de jeunesse plus ab&onnes1 plus attri/es1 plus monotones que celles d',emily et de ses quatre soeurs4 ,pas une de ces petites av5tures heureuses ou quelque peu inatt5dues qui1 agr&ies et embellies ensuite p> les annes1 =m5t au fond de l'me le seul trsor 9puisable de la mmoire s\riante de la vie4 ,depuis le premi] j\r jusqu'au d]ni]1 le lev]1 les so9s du mnage1 les leons1 le travail aux cts d'une vieille tante1 les repas1 les prom5ades1 la ma9 dans la ma91 et presque t\j\rs sil5cieuses1 des graves petites filles sur la bruyre en fleurs ou c\v]te de neige4 ,au logis1 l'indiffr5ce absolue d'un pre qu'on ne voyait presque jamais1 qui pr5ait ses repas dans sa *ambre1 et ne desc5dait que le soir p\r lire haute voix1 dans la salle commune du presbytre1 les accablants dbats du ,p>lem5t anglais4 ,au dehors1 le sil5ce du cimetire qui ent\rait la maison1 le gr& ds]t sans arbres1 et les coll9es ravages du pr9temps l'hiv] p> le t]rible v5t du nord4 ,les has>ds de la vie--c> il n'e/ pas de vie o les has>ds ne fass5t quelque ef=t-arra*r5t trois ou quatre fois ,emily ce ds]t qu'elle avait appris aim]1 et considr]1 a9si qu'il arrive ceux qui re/5t trop longtemps aux mmes lieux1 comme le seul endroit o le ciel1 la t]re1 les plantes fuss5t rels et admirables4 ,mais au b\t de quelques sema9es d'abs5ce elle languissait1 ses beaux yeux ard5ts s'teignai5t1 et l'une ou l'autre de ses soeurs devait la ram5] en hte la solitaire maison du pa/eur4 ,en #ahdc1--;elle avait alors v+t-c9q ans1-elle y r5tra p\r ne plus la quitt] qu' la mort4 ,aucun vnem5t1 aucun s\rire1 aucun espoir d'am\r dans t\te son exi/5ce avant ce ret\r df9itif4 ,pas mme le s\v5ir de l'un de ces malheurs1 de l'une de ces dceptions1 qui p]mett5t tant d'tres trop faibles ou trop peu exigeants en face de la vie1 de s'imag9] que la fidlit passive ce qui s'e/ dtruit soi-mme e/ un acte de v]tu1 que l'inaction dans les l>mes e/ une excuse l'inaction1 et qu'on a fait t\t ce qu'il y avait faire1 qu& on a tir de sa s\ffrance t\tes les tri/esses et t\tes les rsignations qu'on y p\vait tr\v]4 ,ici1 il n'y avait mme pas de quoi atta*] aux p>ois vi]ges et lisses d'une me sans pass1 le s\v5ir ou la rsignation4 ,ri5 avant cette d]nire tape1 ri5 aprs1 si ce n'e/ de pauvres et dsolantes av5tures de g>de-malade1 auprs d'un frre dont l'exi/5ce fut brise p> la p>esse et p> une gr&e passion malheureuse1 d'un frre peu prs f\1 alcoolique incorrigible et mangeur d'opium4 ,puis1 comme elle allait accomplir sa v+t-neuvime anne1 p> une aprs-midi de dcembre1 dans le p>loir blan*i la *aux du petit presbytre et t&is qu'elle peignait ses longs *eveux noirs au co9 du feu1 le peigne tomba dans les flammes1 elle n'eut pas la =ce de le ramass]1 et la mort1 plus sil5cieuse encore que sa vie1 v9t l'enlev] sans viol5ce aux ples tre9tes des deux soeurs que le sort lui avait laisses4 ,,cii ,je n'ap]ois p\r toi1 sur les gr&s g5\x du de/91 ni un signe d'am\r1 ni une t9celle de gloire1 ni une heure s\riante6 s'crie1 dans un beau m\vem5t de tri/esse ,miss ,m>y ,rob9son qui n\s raconte cette exi/5ce4 ,en effet1 vue du dehors1 il n'y a pas de vie plus morne1 plus incolore1 plus va9e1 plus glace que celle d',emily ,bront4 ,mais de quel ct envisag] la vie p\r dc\vrir sa vrit1 p\r la jug]1 p\r l'appr\v] et p\r l'aim]8 ,si n\s dt\rnons un in/ant les reg>ds du petit presbytre isol dans la l&e p\r les report] sur l'me de notre hrone1 n\s voyons un autre spectacle4 ,il e/ r>e que l'on puisse surpr5dre a9si la vie d'une me dans un corps qui n'eut pas d'av5tures1 mais il e/ mo9s r>e qu'on ne p5se qu'une me ait une vie p]sonnelle peu prs indp5dante des incid5ts de la sema9e ou de l'anne4 ,il y a dans ,wu!r+ ,heights1 qui e/ le tableau des passions1 des dsirs1 des ralisations1 des rflexions1 et de l'idal de cette me1 sa vritable hi/oire en un mot1 plus d'n]gie1 plus de passion1 plus d'av5tures1 plus d'ardeur1 plus d'am\r qu'il n'en faudrait p\r anim] et p\r apais] t\r t\r v+t exi/5ces hroques1 v+t de/9es heureuses ou malheureuses4 ,aucun vnem5t ne s'arrta jamais au seuil de sa demeure2 mais il n'e/ pas un vnem5t auquel elle avait droit qui n'ait eu lieu dans son coeur avec une =ce1 une beaut1 une prcision et une ampleur incomp>ables4 ,il ne lui arrive ri51 semble-t-il1 mais t\t ne lui arrive-t-il pas plus p]sonnellem5t et plus rellem5t qu' la plup>t des tres1 puisque t\t ce qui se produit aut\r d'elle1 t\t ce qu'elle ap]oit et t\t ce qu'elle ent5d1 se trans=me *ez elle en p5ses1 en s5tim5ts1 en am\r indulg5t1 en admiration1 en adoration p\r la vie8 ,qu'importe qu'un vnem5t tombe sur notre toit ou sur le toit vois98 ,l'eau que v]se un nuage e/ qui la recueille1 et le bonheur1 la beaut1 l'inquitude salutaire ou la paix qui se tr\v5t dans un ge/e du has>d n'app>ti5n5t qu' celui qui a appris rfl*ir4 ,elle n'eut jamais d'am\r1 elle n'ent5dit pas une seule fois ret5tir sur la r\te les pas m]veilleux de l'amant1 et cep5dant elle1 qui m\rut vi]ge v+t-neuf ans1 a connu l'am\r1 a p>l de l'am\r1 en a pntr les plus incroyables secrets1 au po9t que ceux qui ont le plus aim se dem&5t p>fois quel nom donn] encore leur passion qu& ils appr5n5t d'elle les p>oles1 les lans1 les my/res d'un am\r ct duquel t\t semble accid5tel et ple4 ,o a-t-elle ent5du1 si ce n'e/ dans son coeur1 ces p>oles 9galables de l'amante qui p>le sa n\rrice de celui que t\s aut\r d'elle p]scut5t et dte/5t et qu'elle seule adore4 ,mes gr&es misres en ce monde ont t ses misres4 ,t\tes je les ai obs]ves et les ai ress5ties depuis le comm5cem5t4 ,ma p5se1 qu& je vis1 c'e/ lui-mme4 ,si t\t le re/e prissait et que lui seul demeurt1 je cont9u]ais d'exi/]1 et si t\t le re/e demeurait et qu'il ft ananti1 l'univ]s ne s]ait plus p\r moi qu'un imm5se trang]1 et je n'en f]ais plus p>tie4 ,mon am\r p\r l'autre dont tu p>les1 e/ comme le feuillage des =ts2 le temps le *ang]a comme l'hiv] *ange les arbres1 mais mon am\r p\r lui ressemble aux rocs t]nels et s\t]ra9s4 ,ils sont la s\rce de peu de satisfactions visibles1 mais ils sont ncessaires4--,je suis lui-mme4 ,il e/ t\j\rs1 t\j\rs1 dans ma p5se1 non pas comme un plaisir1 pas plus que je ne suis t\j\rs un plaisir p\r moi-mme4 ,je ne l'aime pas p>ce qu'il me semble beau1 mais p>ce qu'il e/ plus moi que t\t moi-mme1 et de quelque matire que soi5t faites nos mes1 la si5ne et la mi5ne ne sont que la mme me4444 ,elle t\rne aut\r des ralits extrieures de l'am\r avec une innoc5ce qui peut n\s faire s\rire2 mais o a-t-elle appris ces ralits intrieures qui t\*5t t\t ce que la passion a de plus pr(ond1 de plus illogique1 de plus inatt5du1 de plus invraisemblable et de plus t]nellem5t vrai8 ,il semble qu'il et fallu vivre durant tr5te ans dans les *anes les plus ard5tes des plus ard5ts bais]s p\r arriv] savoir ce qu'elle sait1 p\r os] n\s montr] avec cette c]titude1 avec cette exactitude infaillibles1 dans le dlire des deux amants prde/9s de ,wu!r+ ,heights1 les m\vem5ts les plus contradictoires de la d\ceur qui v\drait faire s\ffrir et de la cruaut qui v\drait r5dre heureux1 de la batitude qui dem&e la mort et de la dtresse qui s'atta*e la vie1 de la rpulsion qui dsire1 et du dsir ivre de rpulsion1 de l'am\r ple9 de ha9e1 et de la ha9e qui *ancelle s\s la poids de l'am\r4444 ,,ciii ,et cep5dant1 n\s le savons1 c> ri5 n'e/ ca* dans cette pauvre vie1 elle n'aima p]sonne et p]sonne ne l'aima4 ,il e/ donc vrai que le d]ni] mot d'une exi/5ce e/ un mot que le de/9 *u*ote au plus secret de notre coeur8 ,il e/ donc vrai qu'il y a une vie intrieure1 aussi relle1 aussi exprim5te1 aussi m9utieuse que la vie du dehors8 ,il e/ donc vrai qu'on peut vivre sur place1 qu'on peut aim]1 qu'on peut har sans que l'on ait quelqu'un rep\ss] ou quelqu'un att5dre8 ,il e/ donc vrai que l'me suffit t\t1 qu' une c]ta9e hauteur c'e/ t\j\rs elle qui dcide8 ,il e/ donc vrai que les circon/ances ne sont tri/es ou infcondes que p\r ceux dont la consci5ce dort encore8 ,t\t ce que n\s *]*ons p> les *em9s1 am\r1 bonheur1 beaut1 av5tures1 ne se donnait-il pas r5dez-v\s dans le coeur d',emily8 ,pas un j\r ne lui apporta une de ces joies1 une de ces motions ou l'un de ces s\rires que les yeux peuv5t voir1 que les ma9s peuv5t t\*]1 et cep5dant elle eut une de/9e complte1 ri5 ne dormit en elle1 il y eut t\j\rs de la cl>t1 de l'allgresse sil5cieuse1 de la confiance1 de la curiosit1 de l'animation et de l'esprance dans son coeur4 ,elle fut heureuse1 il n'e/ pas p]mis d'en d\t]4 ,en n\s ouvrant son me1 elle peut n\s montr] la mme rcolte imprissable que les meilleurs des hommes qui connur5t les bonheurs les plus div]s1 les plus longs1 les plus vifs et les plus p>faits4 ,si elle n'eut ri5 de ce qui passe dans l'am\r1 dans la d\leur1 dans l'angoisse1 dans la passion1 dans la joie1 elle eut t\t ce qui re/e des motions huma9es aprs qu'elles ne sont plus4 ,lequel aura vritablem5t possd quelque *ose1 de l'aveugle qui habite un palais ferique ou de celui qui n'e/ entr qu'une fois dans ce palais1 mais qui y e/ entr les yeux ouv]ts8 ,vivre1 ne pas vivre4 ,ne n\s laissons pas g>] p> les mots4 ,il e/ p>faitem5t possible d'exi/] sans rfl*ir1 mais il n'e/ pas possible de rfl*ir sans vivre4 ,l'ess5ce heureuse ou malheureuse d'un vnem5t se tr\ve dans l'ide qu'on en tire3 p\r les =ts1 dans l'ide qu'ils en tir5t eux-mmes2 p\r les faibles1 dans l'ide que les autres en tir5t4 ,il se peut que mille vnem5ts physiques vi5n5t votre r5contre1 le long de votre r\te v]s le tombeau1 et qu'aucun d'eux ne tr\ve en v\s la =ce qu'il lui faudrait p\r se trans=m] en vnem5t moral4 ,c'e/ seulem5t alors que l'homme doit se dire3 ,je n'ai peut-tre pas vcu4 ,,civ ,aussi e/-il p]mis d'affirm] que le bonheur intime de notre hrone1 comme celui de t\t tre1 e/ exactem5t reprs5t p> sa morale et p> sa conception de l'univ]s4 ,voil la clairire qu'il faudrait t\j\rs mesur] la f9 d'une vie1 dans la =t des accid5ts1 p\r e/im] l't5due d'un bonheur4 ,et qui p\rrait encore v]s] les petites l>mes des dceptions1 des inquitudes et des tri/esses quotidi5nes qui sont seules d\l\reuses1 puisque1 au lieu de rafra*ir1 elles aigriss5t les reg>ds1 qui p\rrait encore les v]s] sur les hauteurs de la comprh5sion et de l'apaisem5t o s'leva l'me d',emily ,bront8 ,on compr5d alors qu'elle ne pleure pas comme la plup>t des femmes qui err5t t\te leur vie de petites joies brises en petites joies brises4 ,une joie brise n'accable que lorsqu'on la promne sans raison1 comme le b*]on qui ne dpos]ait jamais son f>deau de bois mort4 ,mais le bois mort n'e/ pas fait p\r tre prom5 sur nos paules1 il e/ fait p\r tre allum et trans=m en flammes clatantes4 voir les flammes qui jailliss5t dans l'me d',emily1 on ne songe pas plus longtemps qu'elle n'y songe elle-mme1 aux tri/esses du bois mort4 ,il n'y a pas de malheur sans horizon1 il n'y a pas de tri/esse sans remde1 p\r celui qui1 t\t en s\ffrant et t\t en s'affligeant comme les autres1 appr5d suivre1 au fond de la tri/esse et au fond du malheur1 le gr& ge/e de la nature1 qui e/ le seul ge/e rel4 ,le sage ne peut jamais absolum5t dire qu'il s\ffre1 p>ce qu'il dom9e sa vie1 crivait une femme admirable et qui avait s\ff]t2 il la juge vol d'oiseau1 et s'il s\ffre auj\rd'hui1 c'e/ qu'il a t\rn sa p5se v]s la p>tie ina*eve de son me4 ,emily agite s\s nos yeux1 ct de l'am\r1 de la bont et de la loyaut1 la m*ancet1 la ha9e1 la v5geance la plus t5ace et la plus prvoyante p]fidie1 et n'a mme pas beso9 de p>donn]1 c> p>donn] ce n'e/ encore compr5dre qu' demi4 ,elle reg>de1 elle admet et elle aime4 ,elle admet et aime le bi5 comme le mal1 c> le mal aprs t\t c'e/ le bi5 qui se trompe4 ,elle n\s appr5d--non pas en d'arbitraires =mules de morali/e1 mais la manire dont les annes et les hommes n\s enseign5t les vrits que n\s avons qualit p\r accueillir--l'impuissance f9ale de la m*ancet devant la vie1 l'apaisem5t de t\t dans la nature et dans la mort1 qui n'e/ que le triomphe de la vie sur une de ses =mes p>ticulires4 ,elle n\s montre l'inutilit du m5songe le plus habile et le plus ple9 de =ce et de gnie1 devant la vrit la plus faible et la plus ignorante1 et les dceptions de la ha9e qui sme sans le savoir le bonheur et l'am\r dans l'av5ir qu'elle croyait dva/]4 ,la premire peut-tre1 elle n\s p>le de la gr&e loi de l'hrdit p\r n\s enseign] l'indulg5ce2 et qu&1 la f9 de son oeuvre1 elle va1 au cimetire du village1 visit] l't]nelle demeure de ses hros1 l'h]be e/ aussi v]te sur la tombe des b\rreaux que sur celle des m>tyrs1 et elle s'tonne que quelqu'un puisse s'imag9] qu'un songe malfaisant vi5ne tr\bl] le repos de ceux qui dorm5t a9si dans le se9 de la t]re indiffr5te et pacifique4 ,,cv ,je sais bi5 qu'il s'agit d'un tre de gnie1 mais de tels tres ne font que n\s montr]1 avec un peu plus d'clat1 ce qui peut avoir lieu1 ce qui a lieu dans t\s les tres1 s9on ce n'e/ plus gnie1 mais extravagance ou folie4 ,plus on va1 mieux on voit qu'il n'y a gure de gnie dans l'extraord9aire et que la vritable supriorit e/ =me des lm5ts que t\s les j\rs (fr5t t\s les hommes4 ,au re/e1 il n'e/ pas "q de littrature en ce mom5t4 ,ce n'e/ pas sa littrature1 mais sa vie intrieure qui console ,emily1 c> il y a s\v5t une littrature trs bl\issante sans qu'on y tr\ve la mo9dre activit morale4 ,emily se ft tue1 n'et jamais t5u une plume1 qu'il y et eu en elle la mme puissance1 la mme vitalit1 la mme abondance d'am\r1 le mme s\rire intrieur de l'tre qui a l'air de savoir o il va1 la mme c]titude l>gie de l'me qui a su faire sa paix sur les hauteurs avec les gr&es inc]titudes et les gr&es misres de ce monde4 ,n\s l'aurions ignor1 voil t\t4 ,elle n\s enseigne plus d'une *ose1 cette humble vie4 ,ce n'e/ pas qu'il la faille donn] en exemple ceux qui sont encl9s la rsignation2 ils p\rrai5t s'y tromp]4 ,il semble qu'elle s'c\le t\t entire dans l'att5te1 et t\t le monde n'a pas le droit d'att5dre4 ,emily m\rut vi]ge v+t-neuf ans1 et on a tort de m\rir vi]ge4 ,le premi] devoir de t\t tre n'e/-il pas d'(frir sa de/9e t\t ce qu'on peut (frir une de/9e huma9e8 ,mieux vaut une oeuvre ina*eve qu'une vie incomplte4 ,il e/ bon de nglig] les satisfactions vaniteuses ou inutiles1 mais il n'e/ pas sage d'c>t] presque volontairem5t les pr9cipales *ances d'un bonheur ess5tiel4 ,il n'e/ pas int]dit l'me malheureuse de n\rrir de nobles regrets4 ,avoir une vue quelque peu t5due de la tri/esse de son exi/5ce1 c'e/ dj essay] dans l'ombre les ailes qui n\s aid]ont un j\r plan] sur t\te cette tri/esse4 ,peut-tre manque-t-il un ef=t dans la vie d',emily4 ,elle avait t\tes les audaces1 t\tes les passions1 t\tes les indp5dances dans son me2 mais dans sa vie1 t\tes les timidits1 t\s les sil5ces1 t\tes les inactions1 t\tes les re/rictions1 t\tes les ab/5tions et t\s les prjugs qu'elle mprisait dans sa p5se4 ,trop s\v5t1 c'e/ l'hi/oire des mes trop p5sives4 ,il e/ bi5 difficile de jug] une exi/5ce en soi1 et p\r ,emily ,bront notamm5t1 il y aurait beauc\p dire sur le dv\em5t avec lequel elle sacrifia les meilleures annes de sa jeunesse un frre indigne1 mais malheureux4 ,on ne peut donc p>l] ici que d'une faon trs gnrale1 mais qu'il e/ long1 qu'il e/ troit *ez presque t\s les tres1 le *em9 qui conduit de leur me leur vie6 ,il en e/ de nos p5ses d'audace1 de ju/ice1 de loyaut et d'am\r comme des gl&s du *ne dans la =t3 mille et dix mille s'g>5t et p\rriss5t dans la m\sse1 avant qu'un seul arbre ne naisse4 ,elle avait1 disait en p>lant d'une autre femme la femme dont je citais t\t l'heure une p>ole1 elle avait une belle me1 une belle intellig5ce1 un coeur s5sible1 mais t\t cela n'arrivait dans la vie qu'aprs avoir pass p> un c>actre trs troit4 ,je rem>que presque t\j\rs le mme dfaut de clairvoyance1 et surt\t le mme manque de ret\r sur soi-mme4 ,qu& un tre veut n\s montr] sa vie1 il comm5ce p> n\s dire sa manire de voir1 de compr5dre1 de s5tir2 on voit alors une noble nature d'me2 puis1 mesure qu'on pntre avec lui dans son exi/5ce1 il n\s numre ses actes1 ses d\leurs et ses joies1 et dans t\t cela1 il n'y a plus trace de l'me qu'on avait ap]ue un in/ant trav]s les pr9cipes et les ides4 ,ds qu'il y a action1 les in/9cts int]vi5n5t1 le c>actre s'impose1 et l'me1 c'e/--dire la p>tie suprieure de l'tre1 n\s semble anantie1 on dirait une pr9cesse qui aime mieux vivre dans une misre sordide que d'endurcir ses ma9s des besognes ord9aires4 ,,cvi ,hlas6 ri5 n'e/ fait1 tant qu'on n'a pas appris endurcir ses ma9s1 tant qu'on n'a pas appris trans=m] l'or et l'arg5t de ses p5ses en une clef qui n'ouvre plus la porte d'ivoire de nos songes1 mais la porte mme de notre maison1 en une c\pe qui ne ti5t pas seulem5t l'eau m]veilleuse de nos rves1 mais qui ne laisse pas fuir l'eau trs relle qui tombe sur notre toit1 en une balance qui ne se cont5te pas de pes] vaguem5t ce que n\s allons faire dans l'av5ir1 mais qui n\s m>que avec exactitude le poids de ce que n\s avons fait auj\rd'hui4 ,l'idal le plus haut n'e/ qu'un idal provisoire tant qu'il ne pntre pas familirem5t t\s nos membres1 tant qu'il n'a pas tr\v moy5 de se gliss] p\r a9si dire jusqu' l'extrmit de nos doigts4 ,il y a des tres en qui le ret\r sur soi ne pr(ite qu' leur intellig5ce4 ,il en e/ d'autres en qui ce mme ret\r aj\te t\j\rs quelque *ose leur c>actre4 ,les uns sont clairvoyants tant qu'il n'e/ pas "q d'eux-mmes1 tant qu'il n'e/ pas "q d'agir2 les yeux des autres s'illum95t surt\t qu& il s'agit d'entr] dans la ralit1 qu& il s'agit d'un acte4 ,on dirait qu'il y a une consci5ce intellectuelle1 t]nellem5t assise1 t]nellem5t c\*e sur un trne immobile1 et qui ne communique avec la volont que p> la voie d'ambassadeurs infidles ou t>difs1 et une consci5ce morale t\j\rs deb\t sur ses deux pi$s1 t\j\rs prte m>*]4 ,il e/ vrai que celle-ci dp5d peut-tre de la premire1 n'e/ peut-tre que la premire1 qui1 fatigue d'un long repos1 ayant appris dans ce repos t\t ce qu'elle peut appr5dre1 se dcide se lev] enf91 desc5dre les m>*es inactives1 sortir dans la vie4 ,t\t e/ bi51 p\rvu qu'elle ne s'att>de po9t jusqu'au j\r o ses membres refus5t de la port]4 ,qui n\s dira s'il n'e/ pas prfrable d'agir p>fois contre sa p5se que de n'os] jamais agir selon ses p5ses8 ,l'erreur active e/ r>em5t irrmdiable2 les *oses et les hommes se *>g5t de la r$ress] tt1 mais que peuv5t-ils contre l'erreur passive qui vite t\t contact avec la ralit8 ,au demeurant1 t\t ceci ne veut pas dire qu'il faille modr] notre consci5ce intellectuelle et cra9dre de la trop n\rrir en att5dant notre consci5ce morale4 ,n'ayons pas peur d'avoir un idal trop admirable p\r qu'il puisse s'adapt] la vie4 ,il faut un fleuve de bonne volont p\r mettre en m\vem5t le mo9dre acte de ju/ice ou d'am\r4 ,il faut que nos ides soi5t dix fois suprieures notre conduite p\r que notre conduite soit simplem5t honnte4 ,il faut v\loir normm5t le bi5 p\r vit] un peu le mal4 ,aucune =ce en ce monde n'e/ sujette d*et plus norme que l'ide qui doit desc5dre dans l'exi/5ce quotidi5ne2 c'e/ p\rquoi il e/ ncessaire d'tre hroque dans ses p5ses p\r tre t\t au plus acceptable ou in(f5sif dans ses actions4 ,,cvii ,appro*ons-n\s une d]nire fois des de/9es obscures4 ,elles n\s appr5n5t que1 mme au se9 de gr&s malheurs physiques1 il n'y a ri5 d'irrp>able1 et que se pla9dre du de/9 c'e/ presque t\j\rs se pla9dre de l'indig5ce de son me4 ,on raconte1 dans l'hi/oire roma9e1 qu'un snateur gaulois1 ,julius ,sab9us1 s'tant rvolt contre l'emp]eur ,vespasi51 fut va9cu4 ,il lui et t facile de fuir *ez les ,g]ma9s1 mais ne p\vant emm5] sa jeune femme1 appele pon9e1 il n'eut pas le coeur de l'ab&onn]4 ,il semble qu'aux j\rs d'angoisse et de malheur on reconnaisse enf9 la valeur unique et vritable de la vie2 il ne r5ona donc pas la vie4 ,il possdait une villa s\s laquelle s't5dai5t de va/es s\t]ra9s connus de lui seul et de deux affran*is4 ,il fit inc5di] cette villa et le bruit se rp&it qu'il s'tait empoisonn et que son corps avait t dvor p> les flammes4 pon9e elle-mme y fut trompe1 dit ,plut>que1 dont je repr5ds ici le rcit tel qu'il e/ complt p> l'hi/ori5 des ,anton9s1 le comte de ,*ampagny2 et qu& ,m>tialis l'affran*i lui annona le suicide de son m>i1 elle demeura trois j\rs et trois nuits pro/]ne contre t]re et refusant t\te n\rriture4 ,sab9us1 in/ruit de cette d\leur1 en eut piti1 et fit dire pon9e qu'il vivait4 ,elle cont9ua comme de raison port] le deuil de son m>i et le pleur] le j\r1 devant le public1 mais elle le visita de nuit dans sa retraite4 ,p5dant sept mois1 elle desc5dit *aque nuit aux enf]s p\r y retr\v] son m>i4 ,elle essaya mme de l'en faire sortir1 lui rasa la b>be et les *eveux1 ent\ra sa tte de b&elettes1 le dguisa1 le fit emport] dans un paquet de vtem5ts et le conduisit dans sa ville natale4 ,mais bi5tt ce sj\r lui sembla trop dang]eux1 elle ram5a son m>i dans le s\t]ra91 elle1 tantt habitant la campagne et passant ses nuits avec lui1 tantt ret\rnant la ville et se faisant voir aux femmes ses amies4 ,elle dev9t grosse1 et1 grce un ongu5t dont elle s'oignit1 jamais femme1 mme aux ba9s qui se pr5ai5t en commun1 ne s'ap]ut de sa grossesse4 ,qu& le mom5t de l'enfantem5t fut v5u1 elle desc5dit dans le s\t]ra91 et seule1 sans une sage-femme1 comme la lionne met bas dans sa tanire1 elle mit au monde deux jumeaux4 ,elle les n\rrit de son lait1 elle les vit gr&ir2 elle s\t9t son m>i p5dant neuf ans dans cette retraite et dans ces tnbres4 ,sab9us fut dc\v]t p\rtant1 et am5 ,rome4 ,il mritait c]tes la clm5ce de ,vespasi52 pon9e1 prs5tant l'emp]eur ses deux fils1 qu'elle avait levs s\s t]re3 ,je les ai mis au monde1 dit-elle1 et je les ai levs af9 que n\s fussions plus nombreux p\r implor] ta grce4 ,les assi/ants pleurai5t2 ,cs> fut p\rtant inflexible1 et la c\rageuse ,gauloise fut rduite dem&] m\rir avec son p\x4 ,j'ai vcu1 dit-elle1 plus heureuse avec lui dans les tnbres1 que tu ne l'z jamais t1 ,cs>6 la face du soleil et au milieu des spl5deurs de ton empire4 ,,cviii ,quel coeur os]ait en d\t]1 quel coeur hsit]ait aim] des tnbres illum9es d'un tel am\r8 ,sans d\te plus d'une heure s'c\la p\r eux1 affreuse ou misrable1 au fond de leur repaire2 mais qui1 p>mi ceux-l mmes qui n'e/im5t que les plus petites satisfactions de l'exi/5ce1 n'aim]ait mieux aim] d'une p>eille ardeur au fond d'une sorte de tombeau1 que de n'aim] jamais que froidem5t dans la *aleur et la lumire du soleil8 ,l'admirable cri d'pon9e e/ le cri de t\s ceux qui connur5t l'am\r et le cri de t\s ceux dont l'me sut tr\v] un intrt1 une curiosit1 un espoir1 un devoir dans la vie4 ,la flamme qui l'animait au fond de ses tnbres e/ la flamme mme qui anime le sage au fond des heures uni=mes4 ,l'am\r e/ le soleil inconsci5t de notre me1 mais les rayons les plus purs1 les plus *auds1 les plus /ables de ce soleil1 ressembl5t tonnamm5t ceux qu'une me passionne de ju/ice1 de gr&eur1 de beaut et de vrit s'ef=ce de multipli] en elle4 ,le bonheur qui se tr\vait l1 p> has>d1 dans le coeur d',epon9e1 ne peut-on l'introduire dans t\t coeur de bonne volont8 ,t\t ce qu'il y avait de plus consolant dans son am\r1 l'oubli de soi1 la transfiguration des regrets en s\rires1 des plaisirs auxquels on r5once en bonheurs que le coeur t]nise1 l'intrt que l'on pr5d aux plus ples lueurs de *aque j\r lorsqu'elles clair5t une *ose qu'on admire1 l'imm]sion dans une lumire et dans une allgresse que n\s p\vons t5dre volont1 puisqu'il n\s suffit d'ador] davantage2 t\t cela et mille =ces aussi d\ces1 aussi sec\rables1 ne peut-il se tr\v] dans la vie plus ard5te de notre coeur1 de notre me et de notre p5se8 ,l'am\r d'pon9e tait-il autre *ose qu'une sorte d'clair involontaire1 inatt5du1 immrit de cette vie8 ,l'am\r ne p5se pas t\j\rs2 bi5 s\v5t il n'a beso9 d'aucune rflexion1 d'aucun ret\r sur lui-mme1 p\r j\ir de t\t ce qu'il y a de meilleur dans la p5se1 mais ce qu'il y a de meilleur dans l'am\r n'en e/ pas mo9s semblable ce qu'il y a de meilleur dans la p5se4 pon9e1 p>ce qu'elle aimait1 ne voyait que le visage lum9eux de ses s\ffrances2 mais rfl*ir1 mdit]1 reg>d] plus lo9 que sa pe9e1 et agir plus joyeusem5t qu'il ne faudrait selon l'ordre app>5t du de/91 n'e/-ce pas faire volontairem5t et srem5t ce que l'am\r ne fait qu' son insu p> un has>d heureux8 ,*acune des s\ffrances d'pon9e allumait une tor*e aux creux du s\t]ra91 et de mme p\r l'me acc\tume la retraite1 t\te d\leur qui la fait r5tr] en elle-mme n'allume-t-elle pas de gr&es consolations8 ,et puisque1 avec notre noble pon9e1 n\s sommes au temps des p]scutions1 ne p\rrait-on pas dire qu'une telle d\leur e/ p>eille au b\rreau paen1 qui1 t\* p> l'admiration ou la grce1 au milieu des tortures qu'il inflige1 s'ag5\ille s\da9 aux pi$s de sa victime1 l'enc\rage t5drem5t1 veut s\ffrir avec elle1 et lui dem&e enf91 dans un bais]1 le *em9 de son ciel8 ,,cix ,en quelque lieu que n\s allions1 le fleuve de la vie c\le avec abondance s\s les votes cle/es4 ,il passe entre les murs d'une prison1 bi5 que le soleil n'en claire pas les flots1 comme il passe au pi$ d'un palais de gloire et de bonheur4 ,p\r n\s1 ce qui importe1 ce n'e/ pas l't5due1 la pr(ondeur ou la viol5ce du fleuve qui app>ti5t t\s et qui c\le t\j\rs1 mais la puret et la capacit de la c\pe que n\s y plong]ons4 ,t\t ce que n\s p\vons absorb] de la vie pr5d ncessairem5t la =me de cette c\pe1 et cette c\pe de son ct a t m\le sur nos s5tim5ts et sur nos p5ses1 en un mot1 sur le se9 de notre de/9e intime1 comme la c\pe du sculpteur d'autrefois fut m\le sur le se9 d'une desse4 ,on a la c\pe qu'on s'e/ faite1 on a presque t\j\rs celle qu'on apprit dsir]4 ,n\s ne p\rrions n\s pla9dre du de/9 que s\s un seul rapport1 c'e/ qu'il ne n\s et pas donn l'ide ou le dsir d'une c\pe plus va/e1 plus p>faite4 ,oui1 il n'y a d'9galit que dans le dsir1 mais cette 9galit-l ne n\s devi5t s5sible que dans le mom5t mme o elle comm5ce s'effac]4 ,appr5dre que notre dsir p\rrait tre plus beau1 n'e/-ce pas dj l'embellir8 n'e/-ce pas s\lev] d'une aspiration n\velle le se9 de notre de/9e1 et1 p> le fait mme1 l>gir les bords de la c\pe idale et docile1 dont le mtal ne se fige df9itivem5t qu' l'heure froide et inflexible de la mort8 ,il n'a pas se pla9dre celui qui att5d un s5tim5t plus ard5t et plus gnreux4 ,il n'a pas se pla9dre celui qui att5d le dsir d'un peu plus de bonheur1 d'un peu plus de beaut1 d'un peu plus de ju/ice4 ,il en e/ de ceci comme on dit qu'il en e/ de la flicit des lus4 ,*acun d'eux e/ vtu d'allgresse et a le vtem5t qui convi5t sa taille4 ,il ne peut dsir] une batitude plus t5due que celle qu'il possde1 c> dans le dsir mme qui la dsir]ait1 il la possd]ait4 ,si j'envie noblem5t le bonheur de ceux qui sont mme de plong] l'endroit le plus lum9eux du gr& fleuve1 un vase plus clatant et plus l\rd que le mi51 j'ai1 sans que je le sa*e1 une "p excell5te t\t ce qu'ils y puis5t1 et mes lvres se pos5t ct de leurs lvres sur les bords de la c\pe4 ,,cx ,qui p\rrez-v\s aim]8 disait-on1 avant ces digressions la femme dont v\s v\s s\v5ez peut-tre4 ,on et pu dem&] la mme *ose ,emily ,bront1 bi5 d'autres2 et il y a1 de p> le monde1 une f\le d'mes de bonne volont qui p]d5t les meilleures annes de l'am\r se pos]1 au sujet de leur av5ir s5tim5tal1 des que/ions de ce g5re4 ,au re/e1 dans l'empire du de/91 c'e/ aut\r de l'image de l'am\r que se press5t la plup>t des pla9tes1 des regrets1 des att5tes oisives1 des cra9tes vaniteuses1 des esprances disproportionnes4 ,il y a beauc\p d'orgueil1 beauc\p de fausse posie et beauc\p de m5songes au fond de t\t ceci4 ,en gnral1 c'e/ p>mi les mes qui ont fait le mo9s d'ef=ts p\r se compr5dre que l'on tr\ve le plus d'mes incomprises4 ,en gnral1 c'e/ l'idal le plus dbile1 le plus troit et le plus arbitraire qui se n\rrit le plus abondamm5t d'apprh5sions1 de dceptions1 d'exig5ces et de petits mpris4 ,n\s craignons surt\t que l'on froisse ou que l'on mconnaisse les v]tus1 les p5ses1 les qualits et les beauts morales que n\s ne possdons encore qu'en imag9ation4 ,il en e/ des mrites de ce g5re comme des bi5s matriels1 l'espoir s'atta*e le plus ob/9m5t ceux qu'on n'aura probablem5t jamais la =ce d'acqurir4 ,a9si1 le f\rbe qui mdite de se corrig] e/ assez tonn qu'on ne r5de pas la loyaut qui s'veille un mom5t dans son coeur1 un hommage immdiat et extraord9aire4 ,mais qu& n\s sommes rellem5t purs1 ds9tresss et s9cres1 qu& nos p5ses s'lv5t habituellem5t et simplem5t au-dessus de la vanit ou de l'gsme in/9ctif1 n\s n\s s\cions beauc\p mo9s que ceux qui sont aut\r de n\s n\s appr\v5t1 n\s compr5n5t1 n\s admir5t4 pictte1 ,m>c-,aurle1 ,anton9 le ,pieux1 ne se sont jamais pla9ts de n'tre pas compris4 ,ils ne p5sai5t pas avoir en eux quelque *ose d'in\ ou d'incomprh5sible4 ,au contraire1 ils croyai5t que le meilleur de leur v]tu se tr\vait t\t ju/e dans ce que t\s p\vai5t admettre sans ef=t4 ,ce que l'on mconnat1 non sans raison2 c> il y a presque t\j\rs une raison suprieure dans l'in]tie gnrale d'un s5tim5t2 ce que l'on mconnat1 ce sont les v]tus maladives auxquelles n\s atta*ons trop d'importance1 et t\te v]tu e/ maladive laquelle n\s atta*ons une gr&e importance et p\r laquelle n\s exigeons une att5tion respectueuse4 ,une v]tu maladive e/ s\v5t plus fune/e qu'un vice bi5 portant2 en t\t cas1 elle s'loigne davantage de la vrit1 et il n'y a ri5 espr] lo9 de la vrit4 mesure que notre idal s'amliore1 il admet un plus gr& nombre de ralits2 mesure que notre me gr&it1 elle apprh5de mo9s de ne pas r5contr] une autre me sa taille2 c> une me qui gr&it e/ une me qui se rappro*e de la vrit1 et non lo9 de la vrit t\t p>ticipe de la gr&eur de la vrit mme4 ,au milieu des cle/es lumires1 presque uni=mes en leurs bl\issem5ts1 arriv la troisime sphre1 ,dante ne voyant ri5 b\g] aut\r de lui1 se dem&e t\t c\p s'il demeure immobile ou s'il s'avance encore v]s le sige de ,dieu4 ,il reg>de alors ,batrice1 et comme elle lui p>at plus belle1 il reconnat qu'il s'e/ rappro* de son b4 ,et n\s aussi1 c'e/ l'augm5tation de la curiosit1 de l'am\r1 du respect et de l'admiration p\r t\t ce qui n\s accompagne dans la vie que n\s p\vons compt] les pas que n\s faisons sur la r\te de la vrit4 ,,cxi ,d'habitude1 l'homme sort de sa maison la re*]*e de la joie1 de la beaut1 de la vrit1 de l'am\r1 et ne r5tre entirem5t satisfait que s'il peut dire ses enfants qu'il n'a ri5 r5contr4 ,il y a bi5 de l'orgueil se dire mcont5t2 et la plup>t n'accus5t la vie et l'am\r que p>ce qu'ils s'imag95t que la vie et l'am\r leur doiv5t quelque *ose de plus que ce qu'ils peuv5t leur accord] eux-mmes4 ,il e/ vrai qu'il faut p\r l'am\r comme p\r t\t le re/e un idal aussi lev que possible1 mais t\t idal qui ne rpond pas une =te ralit intrieure n'e/ qu'un m5songe oisif1 /rile1 obsquieux4 ,il suffit de deux ou trois idals inaccessibles p\r p>alys] une vie4 ,c'e/ une erreur de croire que la hauteur d'une me se mesure celle de ses aspirations ou de ses rves4 ,les faibles ont1 en gnral1 des rves bi5 plus beaux1 bi5 plus nombreux que les =ts1 c> t\te leur n]gie1 t\te leur activit s'vapore dans leurs songes4 ,la hauteur d'un rve habituel n'entre en ligne de compte1 qu& il s'agit d'valu] notre hauteur morale1 qu'autant que ce rve soit l'ombre prolonge d'une vie antrieure et d'une volont dj trs f]mes1 trs exprim5tes et trs huma9es4 ,alors il e/ p]mis de le plant] un in/ant au milieu de la pla9e inonde du soleil des ralits extrieures1 comme on plante un bton ct d'un clo*] que l'on veut mesur] son ombre1 af9 de dt]m9] le rapport entre l'ombre de l'heure et la t\r t]nelle4 ,,cxii ,il semble naturel qu'un noble coeur att5de un gr& am\r1 mais il e/ bi5 plus nature encore qu'il aime en att5dant1 et que p5dant qu'il aime il ne croie pas att5dre4 ,dans l'am\r comme dans la vie1 il e/ presque t\j\rs =t inutile d'att5dre2 c'e/ en aimant qu'on appr5d aim]1 et c'e/ avec les soi-disant dsillusions des petites am\rs1 qu'on n\rrira le plus simplem5t et le plus srem5t la flamme 9branlable du gr& am\r qui vi5dra peut-tre clair] le re/e de la vie4 ,on e/ s\v5t inju/e env]s les dsillusions4 ,on leur donne un visage *agr91 ple1 dc\rag2 elles sont1 au contraire1 les premi]s s\rires de la vrit4 ,v\s tes un homme de bonne volont1 v\s aspirez tre ju/e1 utile1 sage et heureux1 mais si une dsillusion v\s attri/e1 c'e/ donc que v\s regrettez le m5songe dans lequel v\s tiez8 ,aimez-v\s mieux vivre dans le monde de vos erreurs et de vos rves1 que dans celui de la ralit8 ,les meilleures heures des meilleures volonts se p]d5t trop s\v5t aut\r de la lutte d'un beau songe contre une loi 9vitable1 dont elles n'ap]oiv5t la beaut qu'aprs que le beau songe a puis leurs =ces4 ,si l'am\r1 p> exemple1 v\s a du1 p5sez-v\s qu'il v\s et t salutaire de croire1 durant t\te votre vie1 que l'am\r e/ ce qu'il n'e/ pas1 ce qu'il ne peut pas tre8 ,croyez-v\s qu'une illusion de ce g5re ne fausse pas les plus importants de vos actes1 et ne voile pas longtemps une p>tie de la vrit que v\s v\lez atte9dre8 ,et si v\s esprez faire de gr&es *oses et que la dsillusion v\s remette votre place p>mi les *oses du second ordre1 e/-il ju/e de maudire jusqu' la f9 de vos j\rs l'envoy de la vrit8 ,n'e/-ce pas1 t\t compte fait1 la vrit mme que votre illusion re*]*ait1 si elle tait s9cre8 ,appr5ons n\s faire de nos dsillusions une tr\pe d'amies my/rieuses et fidles1 de conseillres incorruptibles4 ,si l'une d'elles1 plus cruelle que les autres1 n\s abat un in/ant1 ne n\s disons pas en sanglotant3 la vie n'e/ pas aussi belle que nos rves2 disons-n\s3 il manquait quelque *ose nos rves puisqu'ils n'ont pas t appr\vs p> la vie4 ,en somme1 t\te la =ce tant vante des mes =tes n'e/ faite que de dsillusions qu'elles ont bi5 accueillies4 ,*aque dception1 *aque am\r mconnu1 *aque espoir ananti1 aj\te un c]ta9 poids au poids de votre vrit1 et plus les illusions tomb5t aut\r de v\s1 plus noblem5t1 plus srem5t app>at la gr&e ralit1 comme le soleil qu'on ap]oit plus clairem5t entre les bran*es dp\illes de la =t d'hiv]4 ,,cxiii ,si v\s *]*ez un gr& am\r1 croyez-v\s qu'il soit possible de tr\v] une me aussi belle que vos rves si vos rves seuls sort5t sa re*]*e8 ,e/-il ju/e de n'(frir que des dsirs1 des s\haits et des songes sans =me1 et d'exig] en ret\r des p>oles prcises et des actes dcisifs8 ,p\rtant1 c'e/ ce que n\s faisons presque t\s4 ,et si un has>d1 trop heureux p\r n'tre pas inespr1 n\s mettait enf9 en prs5ce de l'tre qui ralist exactem5t notre idal1 aurions-n\s le droit de n\s imag9] que nos aspirations p>esseuses et confuses fuss5t re/es longtemps d'accord avec sa ralit active et bi5 dt]m9e8 ,on n'a quelque *ance de tr\v] son idal hors de soi qu'aprs l'avoir autant qu'il e/ possible accompli en soi-mme4 ,esprez-v\s reconnatre et ret5ir une me loyale1 pr(onde1 aimante1 fidle1 9puisable1 une me va/e1 vive1 spontane1 indp5dante1 c\rageuse1 bi5veillante et gnreuse1 si v\s ne savez pas aussi bi5 qu'elle ce qu'e/ la loyaut1 l'am\r1 la fidlit1 la p5se1 la vie1 la spontanx1 l'indp5dance1 le c\rage1 la bi5veillance1 la gnrosit8 ,et comm5t le savoir si v\s n'avez pas aim ces *oses et vcu longtemps p>mi elles1 comme elle les a aimes1 comme elle y a vcu8 ,il n'e/ ri5 de plus exigeant1 de plus maladroit1 de plus aveugle que la bont1 la beaut1 la p]fection morale l'tat de dsir4 ,si v\s v\lez tr\v] l'me idale1 comm5cez p> ressembl] v\s-mme l'idal que v\s *]*ez4 ,il n'y a pas d'autre moy5 de l'obt5ir4 mesure que v\s v\s rappro*]ez rellem5t de cet idal1 v\s v]rez qu'il e/ ju/e et heureux qu'il soit presque t\j\rs bi5 diffr5t de ce que vos esprances indi/9ctes att5dai5t4 mesure que votre idal se ralis]a au contact de la vie1 il s't5dra1 s'ad\cira1 s'ass\plira et s'amlior]a4 ,alors v\s dc\vrirez sans pe9e dans ce que v\s aimez1 ce qui e/ vraim5t beau1 ce qui e/ solidem5t bon1 ce qui e/ t]nellem5t vrai en v\s-mme1 c> ri5 ne n\s av]tit du bi5 qui e/ aut\r de n\s1 si ce n'e/ le bi5 qui e/ dans notre coeur4 ,alors1 enf91 v\s atta*]ez mo9s d'importance des imp]fections qui ne bless]ont plus en v\s la vanit1 l'gsme ou l'ignorance1 c'e/--dire des imp]fections qui ne s]ont plus p>eilles aux vtres1 c> c'e/ le mal qui e/ en n\s qui supporte avec le mo9s de pati5ce le mal qui se tr\ve dans autrui4 ,,cxiv ,ayons confiance dans l'am\r comme n\s avons confiance dans la vie1 puisque n\s sommes faits p\r avoir confiance et que la p5se la plus fune/e en t\tes *oses e/ celle qui t5d se dfi] de la ralit4 ,j'ai vu plus d'une vie brise p> l'am\r1 mais si ce n'et t l'am\r1 il e/ probable que l'amiti1 l'apa?ie1 l'inc]titude1 l'hsitation1 l'indiffr5ce1 l'inaction euss5t bris ces mmes vies4 ,l'am\r ne brise dans un coeur que les objets fragiles1 et s'il y brise t\t1 c'e/ que t\t y tait trop fragile4 ,il n'e/ p]sonne qui n'ait pu croire sa vie brise plus d'une fois1 mais ceux dont elle fut vraim5t brise doiv5t s\v5t leur malheur je ne sais quelle vanit des ru9es4 ,assurm5t il y a1 dans l'am\r1 comme dans le re/e de notre de/9e1 bi5 des has>ds heureux ou malheureux4 ,il e/ possible qu' sa premire sortie dans l'exi/5ce1 un tre dont le coeur et l'esprit sont ple9s de t\tes les n]gies1 de t\tes les t5dresses1 de t\tes les bonnes aspirations huma9es1 r5contre sans l'avoir *]*e1 l'me qui ralise1 dans l'ivresse d'un bonheur p]man5t1 t\s les voeux de l'am\r1 les plus hauts comme les plus humbles1 les plus va/es en mme temps que les plus dlicats1 les plus t]nels et les plus fugitifs1 les plus puissants et les plus d\x4 ,il peut se faire qu'il tr\ve immdiatem5t le coeur auquel il p\rra donn] et qui recevra sans cesse le meilleur de lui-mme4 ,il peut arriv] qu'il atteigne d'emble1 l'me peut-tre unique1 t\j\rs ple9e de dsirs1 qui saura recevoir jusqu'au tombeau mille fois plus que t\t ce qu'on lui donne1 et qui r5dra t\j\rs mille fois plus que t\t ce qu'elle aura reu4 ,c> l'am\r qui rsi/e aux annes e/ fait de ces *anges dlicieusem5t 9gaux2 et c'e/ ce qu'on y donne que l'on possde enf9 et ce qu'on y reoit qu'on n'e/ plus seul possd]4 ,,cxv ,il e/ p>fois des de/9es aussi p>faitem5t heureuses1 mais si t\t homme a plus ou mo9s le droit d'en espr] une p>eille1 il aurait tort d'emprisonn] sa vie dans cet espoir4 ,il ne peut que se prp>] tre digne un j\r d'un am\r de ce g5re1 et mesure qu'il s'y prp>]a1 son att5te devi5dra plus pati5te4 ,il et t galem5t possible que l'tre dont n\s p>lions t\t l'heure passt et repasst1 de sa jeunesse sa vieillesse1 le long du mur d]rire lequel son bonheur l'att5dait dans un sil5ce trop pr(ond4 ,mais de ce que son bonheur se tr\vait de ce ct-ci de la muraille1 s'ensuit-il qu'il n'y ait que malheur et dsespoir de l'autre8 ,n'e/-ce pas un bonheur que d'avoir acquis le droit de pass] a9si ct du bonheur8 ,n'e/-il pas prfrable de ne s5tir1 entre soi et le gr& am\r qu'on espre1 qu'une sorte de has>d p\r a9si dire transp>5t et peut-tre fragile1 que d'en tre jamais sp> p> t\t ce qui e/ inhuma91 inutile et indigne en n\s-mmes8 ,il e/ heureux celui qui peut cueillir et emport] la fleur1 mais il n'e/ pas pla9dre autant qu'on le suppose1 celui qui m>*e jusqu'au soir dans le noble p>fum de la fleur invisible4 ,une vie e/-elle manque1 a-t-elle p]du t\te valeur et t\te utilit p>ce qu'elle n'e/ pas aussi heureuse qu'elle et pu l'tre8 ,ce qu'il y aurait eu de meilleur dans l'am\r que v\s regrettez1 n'e/-ce pas v\s qui l'eussiez apport1 et si1 comme il e/ dit plus haut1 l'me ne possde enf9 que ce qu'elle peut donn]1 n'e/-ce dj pas possd] un peu que de guett] sans cesse l'occasion de donn]8 ,oui1 il n'y a pas1 je p5se1 sur cette t]re1 de plus dsirable bonheur qu'un admirable et long am\r1 mais si v\s ne tr\vez pas cet am\r1 ce que v\s avez fait af9 de v\s en r5dre digne ne s]a pas p]du p\r la paix de votre coeur1 p\r la tranquillit plus c\rageuse et plus pure du re/e de votre vie4 ,,cxvi ,et puis1 on peut t\j\rs aim]4 ,aimez admirablem5t de votre ct et v\s aurez presque t\tes les joies d'un am\r admirable4 ,mme dans l'am\r le plus p>fait1 le bonheur des deux amants les plus unis n'e/ pas exactem5t le mme1 et c'e/ bi5 c]ta9em5t le meilleur qui aime le mieux1 et celui qui aime le mieux qui e/ le plus heureux4 ,c'e/ mo9s p\r le bonheur de l'autre1 que p\r votre propre bonheur que v\s devez v\s r5dre digne de l'am\r4 ,ne v\s imag9ez po9t que dans les heures malheureuses d'un am\r 9gal1 ce soit le plus ju/e1 le plus sage1 le plus gnreux1 le plus noblem5t passionn qui s\ffre le plus4 ,le meilleur n'e/ presque jamais la victime qu'il faut pla9dre4 ,on n'e/ compltem5t victime que lorsqu'on e/ victime de ses propres fautes1 de ses propres torts1 de ses propres inju/ices4 ,quelque imp>fait que v\s soyez1 v\s p\vez suffire l'am\r d'un tre m]veilleux1 mais l'tre m]veilleux ne suffira pas votre am\r si v\s n'tes po9t p>fait4 ,il e/ s\hait] que la =tune introduise un j\r dans votre demeure1 la femme p>e de t\s les dons de l'intellig5ce et du coeur1 que v\s avez eu l'occasion d'admir]1 en passant1 dans l'hi/oire des gr&es hrones de la gloire1 du bonheur et de l'am\r2 mais v\s n'en saurez ri5 si v\s n'avez pas appris reconnatre et aim] ces dons dans la vie relle2 et la vie relle1 p\r t\t homme1 qu'e/-ce donc1 aprs t\t1 s9on sa propre vie8 ,c'e/ votre loyaut qui s'pan\ira dans la loyaut de l'amante2 c'e/ votre vrit qui s'apais]a dans sa vrit1 et c'e/ la =ce de votre c>actre qui j\ira seul de la =ce qui se tr\ve dans le si54 ,mais une v]tu de l'tre aim1 qui ne r5contre pas1 au seuil de notre coeur1 une v]tu qui lui ressemble un peu1 ne sait quelles ma9s confi] l'allgresse qu'elle apporte4 ,,cxvii ,et quel que soit votre de/9 s5tim5tal1 ne p]dez pas c\rage4 ,surt\t n'allez pas croire que n'ayant pas connu le bonheur de l'am\r1 v\s ignor]ez jusqu'au b\t le gr& bonheur de l'exi/5ce huma9e4 ,que le bonheur pr5ne la =me d'un fleuve1 d'une rivire s\t]ra9e1 d'un torr5t ou d'un lac1 il n'a qu'une seule et mme s\rce aux lieux secrets de notre coeur1 et le plus malheureux des hommes peut se faire une ide du plus gr& des bonheurs4 ,il y a dans l'am\r1 il e/ vrai1 une ivresse qu'il ne connatra pas1 mais cette ivresse ne laiss]ait1 au fond d'un coeur grave et s9cre1 qu'une gr&e mlancolie1 si l'on ne tr\vait pas dans l'am\r vritable1 quelque *ose de plus sr1 de plus pr(ond1 de plus 9branlable que l'ivresse2 et ce qu'il y a de plus sr1 de plus pr(ond1 de plus 9branlable dans l'am\r e/ aussi ce qu'il y a de plus sr1 de plus pr(ond1 de plus 9branlable dans une noble vie4 ,il n'e/ pas donn t\t homme d'tre hroque1 admirable1 victorieux1 gnial ou simplem5t heureux dans les *oses extrieures2 mais le mo9s favoris p>mi n\s peut tre ju/e1 loyal1 d\x1 frat]nel1 gnreux2 le mo9s d\ peut s'acc\tum] reg>d] aut\r de soi sans malveillance1 sans envie1 sans rancune1 sans tri/esse inutile2 le plus d%rit peut pr5dre je ne sais quelle sil5cieuse "p1 qui n'e/ pas t\j\rs la mo9s bonne1 la joie de ceux qui l'environn5t1 le mo9s habile peut savoir jusqu' quel po9t il p>donne une (f5se1 excuse une erreur1 admire une p>ole et une action huma9es2 et le mo9s aim peut aim] et respect] l'am\r4 ,en agissant de la sorte1 il se p5*e sur la s\rce o les heureux vi5n5t se p5*] aussi1 plus s\v5t qu'on ne croit1 aux heures ard5tes du bonheur1 af9 de s'assur] qu'ils sont vraim5t heureux4 ,t\t au fond des flicits de l'am\r comme au fond de l'humble vie du ju/e auquel le has>d n'a pas v\lu s\rire1 il n'e/ d'inaltrable et d'immobile que la ju/ice1 la confiance1 la bi5veillance1 la s9crit1 la gnrosit4 ,l'am\r donne un peu plus d'clat ces po9ts lum9eux2 et c'e/ p\rquoi il faut *]*] l'am\r4 ,le plus gr& avantage de l'am\r1 c'e/ qu'il ouvre nos yeux c]ta9es vrits pacifiques et d\ces4 ,le plus gr& avantage de l'am\r1 c'e/ qu'il n\s donne l'occasion d'aim] et d'admir]1 dans un objet unique1 ce que n\s n'aurions eu ni l'ide ni la =ce d'aim] et d'admir] en mille objets div]s2 c'e/ qu'il n\s l>git a9si le coeur p\r l'av5ir4 ,mais la base du plus m]veilleux am\r1 il n'y a jamais qu'une flicit trs simple1 une t5dresse et une adoration trs comprh5sibles1 une confiance1 une scurit et une s9crit trs accessibles1 une admiration et un ab&on trs huma9s1 que la bonne volont mal5contreuse p\rrait connatre aussi dans sa vie attri/e1 si elle avait un peu mo9s d'am]tume1 un peu mo9s d'impati5ce1 un peu plus d'initiative1 un peu plus d'n]gie4